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JUSQU'AU BOUT : Seul
- Par Thierry LEDRU
- Le 09/09/2013

ROMAN : JUSQU'AU BOUT
Sous les arbres, quand il approcha de l’océan et qu’il entendit sa rumeur par-delà les dunes, il ôta son tee short. Il aurait voulu se mettre nu pour se présenter devant lui mais les hommes ne l’auraient pas compris. Leurs yeux vicieux auraient pris cela pour une agression ou une perversion quand il ne s’agissait que d’une offrande. Il garda son pantalon et escalada le dôme de sable.
Quand il déboucha au sommet des dunes, il fut saisi par la beauté du paysage. Il s’arrêta.
« Bonjour », dit-il à la mer.
Il en était persuadé désormais, elle était vivante comme lui, comme le soleil, comme les nuages, les oiseaux, les arbres, les poissons cachés tout rayonnait d’une lumière commune. Il fallait simplement trouver l’osmose, la synergie, la résonance universelle, comme le bouton d’une radio qu’il suffisait de tourner pour trouver les ondes. Il inspira une grande bouffée d’air iodé et essaya de visualiser les particules gazeuses dans son être, l’excitation de ses propres cellules au contact de cette vie puissante.
En découvrant le large, il constata que la mer n’avait pas d’ombre, c’était l’être vivant le plus grand et il n’avait pas d’ombre. Il n’y avait jamais pensé car il ne l’avait jamais perçue ainsi, il n’avait toujours vu qu’une immensité agitée ou calme, posée devant les hommes. Parfois, il lui avait bien attribué des caractéristiques humaines, pour s’amuser, marquer de son empreinte un espace naturel, mais il ne l’avait jamais ressentie réellement comme un être à part entière. Il comprenait maintenant combien sa vision avait été réductrice.
Elle était, sur cette planète, l’être vivant possédant la plus grande énergie lumineuse. Voilà pourquoi des foules considérables se ruaient sur son corps, au bord de sa peau bleue et attirante. Tous, ils cherchaient à ressentir cette lumière mais ils ne le savaient pas. Il aurait fallu y penser, accepter l’idée, s’y plonger réellement, puis cesser même d’y penser, apprendre le silence, ça ne faisait pas partie de ce monde agité, c’était trop d’efforts, et simultanément trop d’humilité et d’écoute de soi. Chacun se chargeait de la lumière de la mer, du soleil, du vent, des parfums, des oiseaux blancs du large, pensant simplement à être bronzé, reposé, amusé. Mais pas illuminé…Et pourtant, elle continuait à diffuser sa lumière sans rien attendre en retour. Devant elle, personne ne pouvait réellement se sentir seul ou abandonné. Dans les moments de solitude humaine, il restait toujours cette possibilité de rencontrer un être planétaire.
Cet individu assis, seul, sur une plage ou un rocher n’était pas réellement seul. S’il acceptait d’écouter la lumière qui rayonne en lui, s’il s’abandonnait et laissait s’établir le lien, le lien unique, immense, le lien avec la mer, avec l’univers, comment aurait-il pu se sentir seul ! C’était impossible. Il fallait le dire aux hommes, aux enfants d’abord. Oui, d’abord aux enfants. Ils écouteraient immédiatement car ils le savaient déjà mais n’osaient pas le dire. Les adultes sont si réducteurs, si raisonnables…Si coupables aussi. Non… Pas de condamnation…Il fallait développer le bien, ne pas les juger mais les aider.
Il étouffa sa colère sous les caresses du soleil.
Il descendit sur la plage. Il enleva ses chaussures dans la pente et il pensa que, comme lui à cet instant, tout descendait un jour à la mer, les glaciers et les ruisseaux, les rivières et les fleuves, les routes humaines et les chemins de forêts, tout aboutissait finalement dans ce grand corps accueillant et même si on restait au bord, même si on ne s’aventurait pas sur sa peau et qu’on restait assis contre ce ventre immense, on retrouvait déjà la paix de l’enfant contre sa mère. C’était ça la magie de l’océan…Un refuge offert à l’humanité entière.
Il s’éloigna de la zone d’accès et se déshabilla.
Alors, il sentit pleinement le contact.
Il marcha sur le sable mouillé. C’était incroyable cette surface d’échange, incessamment excitée, ces caresses entre l’eau et la terre, ce contact permanent…
Contact…
Il sentit soudainement l’importance de ce mot. Il chercha si la terre en possédait un autre plus vaste encore et pensa à l’atmosphère. La planète et son atmosphère. C’était comme cette vague sur cette plage. L’atmosphère se couchait sur le corps de la Terre, l’enlaçant totalement, la caressant, la protégeant et cette atmosphère, elle-même, baignait dans un environnement plus vaste.
Il pensa que nous étions tous protégés par plus grand que nous et tous reliés par cette lumière commune, que la plupart des scientifiques, trop présomptueux, trop limités par leurs connaissances, ne parviendraient jamais ni à identifier, ni à situer, ni même à comprendre. L’humilité restait le fondement de l’amour.
Il marcha sur le sable mouillé comme sur un lit défait, le point de rencontre de deux amants suprêmes. Chaque vague étirait son grand corps vers la plage lascive, étendait des nappes mouvantes, écumeuses et pétillantes comme autant de langues curieuses et il sentait émaner du sable mouillé des parfums subtils, des envolées d’essences délicates. Son corps, enveloppé dans ces baumes inconnus, se revigorait et se renforçait. Il suffisait d’être là, ouvert au monde, réceptif.
Oublier d’être l’homme pour devenir le complice.
Il contempla l’étendue et pensa que c’était l’amour qui s’ouvrait devant lui, la paix, la beauté simple et nue, des odeurs mêlées, un corps offert aux regards, juste aux regards, pour le plaisir des yeux, et puis surtout cette complicité silencieuse, l’inutilité des mots, le bonheur limpide d’être ensemble, juste ensemble, c’était beau, si beau et si tendre.
Il se sentit fort et heureux. Il marcha sans penser, sur un rythme de houle, les pas dans le sable comme le parcours respectueux des doigts d’un homme sur un corps de femme, des gestes délicats, légers, effleurements subtils. Il n’aurait pas osé courir, il voulait juste que le sable le sente passer, délicatement. Il laissa une vague lécher ses pieds. Ce fut comme un salut matinal, un bonjour joyeux mais un peu endormi. L’eau se retira avec un sourire écumeux, des petites bulles d’air pleines de joies qui se dispersèrent dans le rouleau suivant.
Il se demanda si l’océan avait pu ressentir ce contact. Est-ce qu’il percevait toute la vie qui l’habitait, les poissons amoureux, les coquillages multicolores, les baleines câlines, les dauphins joueurs, les algues dansantes ? Et les hommes, est-ce qu’il les ressentait comme des prédateurs impitoyables ou parfois aussi comme des êtres bons ? Il s’arrêta et regarda le large, lançant sur les horizons ouverts tout l’amour qu’il pouvait diffuser.
Il entra dans l’eau, juste quelques pas, sans atteindre le creux des rouleaux. Il s’allongea sur le dos et attendit la vague suivante. Elle le baigna soigneusement, glissant entre ses cuisses, passant sur ses épaules, jetant malicieusement quelques gouttes sur son ventre, il frissonna au premier contact puis s’abandonna à l’étreinte. Les yeux clos.
Il se releva enfin et reprit son sac. Il resta nu et marcha les chevilles dans l’eau. Une trouée dans le ciel dispensa un souffle chaud qui descendit sur la plage comme une haleine solaire. Il s’arrêta et ouvrit la bouche, buvant les ondes célestes, inspirant à pleins poumons cette chaleur ténue mais pleine de promesses.
Au large, des bandes bleues, luisantes de lumière, s’étaient peintes à la limite de la mer. Le vent de la marée montante rameutait vers la côte ces plages éclatantes comme autant de halos incandescents. Des crayons rectilignes, vastes torrents éblouissants, cascadant des altitudes éthérées, tombaient sur la mer enflammée. Il imagina les poissons remontés sous ces auréoles chaudes, jouant à la surface miroitante, frissonnant de bonheur sous leurs écailles.
Quand il s’arrêta, il s’aperçut que la courbure de la côte l’isolait de tout. Il ne voyait plus l’accès à la plage et devant lui, aucune zone habitée, ni même portant trace humaine, ne se dessinait. Cette solitude lui parut incroyable, presque irréelle. Le cordon de dunes le coupait de tous regards vers les terres. La mer était vide de toutes embarcations. Aucune trace dans le ciel du passage d’un avion.
Seul au monde.
Seul.
Non, il n’était plus seul.
Il ne le serait plus jamais.
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L'Enquêteur et le Superviseur.
- Par Thierry LEDRU
- Le 07/09/2013
L'introspection désigne le fait, pour un sujet de s'observer lui-même, de saisir et rapporter ses propres processus cognitifs. L'objectif est de parvenir à une meilleure connaissance de soi et par conséquent à vivre mieux.
Tout le problème, à mon sens, vient de cette intention. Dès lors que l'intention devient le fil conducteur d'une démarche, elle prend le pouvoir et la lucidité succombe sous le poids immense de cet horizon à atteindre.
L'introspection peut donc devenir tout aussi néfaste que l'inconscience de soi qu'elle cherche à dépasser.
C'est là qu'intervient pour moi une entité séparée de ce cheminement, une méta conscience, le "Superviseur", une parcelle en soi qui ne répond pas à cette introspection mais qui observe "l'Enquêteur" qui vise de son côté cette exploration interne.
Il s'agit de créer, dans une vision macroscopique, un regard neutre, libéré des émotions, des intentions, des objectifs, un observateur dénué de toute personnalité, inerte, déshumanisé.
Déshumanisé ne signifie pas qu'il va renier ce qui fait l'humain mais qu'il va s'extraire de l'historique de l'humain qui projette une introspection.
Il sera donc un Superviseur.
Si l'introspection n'atteint pas l'objectif espéré, le Superviseur est là pour analyser le cheminement, non pas de l'introspection elle-même, mais de "l'introspecteur", de cet "Enquêteur" et de tous les tourments qui font que l'introspection peut se révéler chaotique...
Il s'agit de se détacher de l'objet de la quête pour étudier l'enquêteur car l'enquêteur ne peut pas s'étudier lui-même, simultanément à l'enquête.
Le Superviseur vient contrer l'idée de l'impossible « indépendance » de l'observateur par rapport à l'objet observé dans le processus.
Ce Superviseur se doit d'être neutre puisqu'en réagissant à une quelconque situation, il rejoindrait l'entité de l'enquêteur et subirait une "contamination".
Prenons un exemple :
J'avais décidé d'écrire une réflexion sur l'introspection et je cherchais en moi les tenants et les aboutissants de la démarche mais à un moment, j'ai senti que la réflexion m'échappait car venait s'y méler ma propre histoire, mes propres errances, des échecs répétés dans la compréhension fine de certains évènements et s'est levés alors, dans un flot d'émotions, le dépit, l'amertume, une certaine colère.
L'Enquêteur perdait le fil car devant lui, l'horizon visé se voilait, un paravent de trames nouées dressait une muraille. L'émotion contaminait l'esprit et le goût amer de l'échec grandissait.
C'est là que le Superviseur doit jouer son rôle. Il est là pour calmer le jeu, du haut de ses altitudes éthérées, il doit élever l'individu tout entier.
Il sait qu'il n'y a rien à atteindre, rien à gagner, ni rien à perdre.
Il n'y a aucun objectif, tout ça n'est qu'un jeu et la pire des solutions envisagées serait de vouloir laisser l'Enquêteur reprendre la main car il n'est plus en état. Il ne sert à rien que l'Enquêteur se torture, se dévalorise, s'humilie, s'auto flagelle ou se glorifie. Il doit juste s'abandonner dans la plénitude bienveillante du Superviseur.
Il sait aussi qu'il est inutile d'en parler à l'Enquêteur.
L'Enquêteur résiste la plupart du temps en arguant que cet abandon est une fuite, l'étendard des lâches, la faiblesse des esprits médiocres et sa colère grandit encore et cette colère accroit encore la hauteur des murailles qui voilent ses regards... Il cogne de toute sa rage contre les citadelles et nourrit la force des ciments.
Le Superviseur observe tout cela sans aucune pitié, ni le moindre espoir, sans aucune compassion, ni la moindre lassitude.
Il attend.
Il observe.
S'il cherche à s'imposer, l'Enquêteur le prendra mal, il se sentira humilié, ridiculisé, soumis, obligé, contraint. Et de nouvelles émotions gonfleront les armées qui le broient.
Le Superviseur attend l'épuisement de l'Enquêteur, cet instant libérateur où rien d'autre n'est possible.
Et le silence intérieur.
C'est là qu'ils pourront se parler.
Lorsque les émotions auront perdu leur vigueur.
Le flot chaotique se jette dans l'océan de la plénitude et se disperse dans l'immensité. Les alluvions ne sont plus agitées, tout se dépose calmement et la surface s'immobilise.
"Regarde-toi, dira le Superviseur. Regarde dans quel état tu étais. Je ne te reproche rien, tu sais. Puisque si j'existe, c'est à toi que je le dois.
Nous sommes Un.
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Ce silence.
- Par Thierry LEDRU
- Le 02/09/2013

Ce silence.
Il marchait vers les cieux, sur des pentes rocheuses. Une allée empierrée par des hommes. Il y a si longtemps qu’il faudrait écouter les murmures des pierres pour en retrouver la trace. Des blocs immenses enchâssés comme des diamants…
De quels outils avaient-ils usés ?
Comment avaient-ils porté si haut de tels monuments de granit ?
Comment étaient-ils parvenus à les emboîter ?
Il imaginait la sueur et les paroles, les chants, les pauses avec une miche de pain, une bouteille de vin, des regards voyageant sur les crêtes qui enserraient le vallon.
Et ce silence.
Ce silence de granit, d’herbes reposées, de nuages cajolant le tissu tendu de l’azur, le vent lui-même se berçait de l’immobilité de l’atmosphère, comme subjugué par la douceur, des têtes de rochers comme des peuples fossilisés dressaient vers les altitudes des regards fascinés.
Ce silence.
Il avait quitté la ville depuis cinq jours.
Il avait sué longuement avant que le vacarme humain ne s’efface de sa mémoire.
Les avions, les trains, les usines, les milliards de moteurs, les tronçonneuses et les machines agricoles, les guerres et les bombes, les cris d’horreur, les enfants qui hurlent, les mères qui agonisent, le vacarme de la folie humaine.
Il aurait voulu enregistrer ce chaos et le projeter en une seule seconde dans les cerveaux des hommes, tous les bruits condensés en une seule note, un hurlement qui déchirerait les neurones jusqu’au plus profond des boîtes crâniennes, un hurlement qu’aucune conscience ne pourrait imaginer, qu’aucune machine ne pourrait reproduire, les agonies des poissons dans les filets dérivants et les couinements aigus des porcs dans les abattoirs, les milliards de bêtes éventrées chaque jour, les cris invisibles des insectes piétinés, des poussins broyés dans les champs de blés par des moissonneuses aveugles, le vacarme de la folie humaine en un seul cri projeté, les gens figés, dans l’instant, les mains écrasant les oreilles, bouches ouvertes, happés par l’horreur, toute l’horreur de ce chaos.
Tués sur le coup.
Le cri qui délivrerait le monde.
L’humanité balayée par son propre hurlement.
Il ne resterait que le silence.
Et le chant des oiseaux, les houles du vent dans les chemins d’altitude, la ronde infinie des nuages et ce murmure très lointain de la rotation de la Terre dans l’Univers. Il l’avait déjà entendue ce chant de la Terre. Une fois.
Il ne l’avait jamais oublié. Il avait pleuré comme il pleurait d’amour quand il était dans le ventre de sa mère.
Il avait marché cinq jours. Et il avait senti couler en lui la mémoire du vacarme, il avait senti la paix l’emplir, comme un abandon très lent, des résistances à rompre, comme un statut d’homme à abandonner.
Il avait éprouvé cet empoisonnement du vacarme, il avait deviné la profondeur dans ses fibres des dépôts putrides, il s’était forcé à suer, larmes et eaux, tristesse et rage, comme une épuration indispensable.
Et puis, il avait découvert ce vallon.
Un chemin empierré, des sommets comme une ronde, des crêtes dentelées et des éboulis impassibles, il avait été surpris par la quantité colossale de roches entassées alors que rien ne bougeait, comme si les pierres ne se décrochaient que dans le secret des nuits, rien, le silence, pas un mouvement, pas une bête, pas un oiseau, pas un avion dans le ciel, aucun bruit de moteur. Aucun bruit.
Il s’était assis sur une roche plate et soudainement, il avait entendu son cœur. Un battement sourd jusqu’au bout des doigts.
Il avait retenu sa respiration.
Boum………Boum……..Boum……
Il avait fermé les yeux.
Boum……Boum……Boum…..
Le ruissellement de son sang, le battement des cellules, la consommation des énergies insérées, le flux vital qui se prolongeait, puisait dans les réserves, entretenait la flamme, pas son existence limitée d'être humain mais le lien avec la vie, au-delà de lui.
Il avait entendu ce qui ne s’entend pas.
Là-Haut.
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Obsolescence programmée (3)
- Par Thierry LEDRU
- Le 24/04/2013
http://sosconso.blog.lemonde.fr/2013/04 ... fabricant/
Quand la panne est programmée par le fabricant
Machine à laver en panne au bout de cinq ans, téléviseur qui ne fonctionne plus au bout de trois...
Est-ce une fatalité si les biens d'aujourd'hui durent moins longtemps qu'avant?
Le Centre européen de la consommation (CEC) est persuadé qu'il s'agit d'obsolescence programmée.
Le Centre européen de la consommation vient de publier une étude intitulée: l'obsolescence programmée, dérive de la société de consommation.
Cette étude a été faite avec l'aide de Lydie Tollemer, une étudiante qui vient d'écrire un mémoire sur le sujet.
L'obsolescence programmée est le fait de planifier délibérément la durée de vie d'un produit. Cela permet de réduire cette durée de vie afin d'inciter les consommateurs à en acheter un autre.
Exemples d'obsolescence programmée
Le type d'obsolescence le plus répandu est l'obsolescence "par défaut fonctionnel": les producteurs font en sorte que si une seule et unique pièce tombe en panne, c'est l'appareil entier qui cesse de fonctionner. Cela concerne les produits électriques ou électroniques tels que les téléviseurs, les téléphones portables, les machines à laver ou les ordinateurs (voir ci-dessous).
- Machines à laver
Le CEC estime qu'elles sont programmées pour faire 2000 à 2500 cycles de lavage seulement. Le remplacement des cuves en inox par des cuves en plastique permet de limiter leur durée de vie: il suffit qu'une pièce de monnaie se soit glissée à l'intérieur, pour qu'elles se cassent, au moment de l'essorage; une température trop élevée peut aussi les déformer.
"En outre, les roulements à bille, qui sont des pièces vitales au fonctionnement de la machine, sont directement moulés dans la cuve en plastique. S'ils ne fonctionnent plus, il faut changer la cuve en entier. Et si la cuve en plastique, moins résistante que celle en inox, casse, il faut remplacer les roulements à bille."
- Téléviseurs
Le CEC estime qu'ils sont programmés pour fonctionner 20 000 heures.
Les pannes viendraient le plus souvent du "condensateur", une pièce qui a pour rôle de les allumer. On peut le faire gonfler et casser, en l'exposant à la chaleur sur la carte d'alimentation.
-Téléphones portables et smartphones
Ils sont victimes de plusieurs types d'obsolescence programmée:
-par défaut fonctionnel: il suffit que la batterie tombe en panne pour qu'ils deviennent inutilisables.
- indirecte: sur beaucoup d'appareils, il est certes aisé d'enlever la batterie, mais il est moins facile de trouver une batterie de remplacement. Même chose pour les chargeurs. Les accessoires ne sont plus disponibles, ce qui fait que l'on ne peut plus utiliser le bien principal.
-par incompatibilité: il faut des appareils toujours plus récents pour télécharger des applications.
-Et ne parlons pas de l'obsolescence esthétique! Les consommateurs veulent le modèle dernier cri. La périodicité de renouvellement des portables est en moyenne de vingt mois.
-Imprimantes
Elles sont victimes d'obsolescence par notification, assure le CEC. Elles signalent le moment où il faut changer la cartouche d'encre, mais continuent encore à imprimer plusieurs dizaines de feuilles. Certains consommateurs changent donc le toner avant que ce soit utile. "C'est l'imprimante qui rend la cartouche d'encre obsolète", conclut le CEC.
Parfois, une puce placée dans l'imprimante enregistre le nombre d'impressions faites et, au bout d'un nombre prédéterminé par le fabricant, bloque cette dernière.
-Ipod et Apple
Les Ipod de première, deuxième et troisième génération d'Apple n'avaient pas e batteries amovibles. Quand la batterie tombait en panne, au bout de dix-huit mois, il fallait acheter un autre appareil. Une "Class action" (action de groupe) a été lancée aux Etats-Unis, mais n'a pas abouti, Apple ayant accepté entre-temps de dédommager ses clients et de proposer des batteries de remplacement.
-Voitures
Il arrive souvent qu'un moteur devienne inutilisable, faute de pouvoir trouver les pièces détachées de rechange
Comment lutter contre l'obsolescence programmée? Les sites internet d'aide à la réparation
Nombre de consommateurs donnent des conseils pour réparer des appareils électrique.
Le site américain Ifixit.com propose des vidéos, sur lesquelles les salariés montrent comment tout réparer, du grille-pain à la voiture en passant par l'ordinateur portable ou la machine à laver.
En France, il y a le site Commentreparer.com (qui répertorie des sites de pièces détachéees d'électro-ménager), ou le forum de réparation Tout-electromenager.fr .
La réponse législative
Le CEC souhaite que l'Union européenne se saisisse de cette question
Il demande que, pour chaque appareil acheté, le consommateur ait accès à l'information sur la durée de vie de l'appareil. Il estime que la durée de la garantie de conformité devrait être allongée en fonction de cette durée de vie moyenne.
En attendant, le CEC soutient la proposition de loi "visant à lutter contre l'obsolescence et à augmenter la durée de vie des produits" déposée le 18 mars sénateur Jean-Vincent Placé (Europe Écologie Les Verts).
Ce texte propose d'étendre la durée légale de conformité des produits électriques et électroniques, de deux ans actuellement, à trois ans au 1er janvier 2014, quatre ans au 1er janvier 2015 et cinq ans au 1er janvier 2016.
"Le fabricant aura ainsi intérêt à produire des biens plus durables, tandis que le consommateur n'aura pas intérêt à renouveler l'achat avant la date d'expiration de la garantie", explique l'exposé des motifs.
Actuellement, pendant les six premiers mois à compter de la vente, le consommateur n'a pas à prouver l'antériorité du vice, mais seulement son existence. La proposition de loi propose d'étendre ce délai à deux ans.
Le texte dit aussi que le consommateur doit pouvoir disposer des pièces détachées indispensables ) la réparation dans un délai d'un mois, et pendant une période de dix ans à partir de l'achat. -
Obsolescence programmée (2)
- Par Thierry LEDRU
- Le 24/04/2013
"Et pour l'environnement, l'enjeu est majeur. Par exemple, pour fabriquer un smartphone, 25 minerais différents sont utilisés. Cela oblige les producteurs à extraire les matériaux de plus en plus profond sous terre car la surface a déjà été utilisée. L'extraction de minerais détruit des habitats, des plaines ou encore des forêts. Et il y a aussi le problème des déchets. Nous ne sommes pas très performants dans le recyclage des déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE). Par exemple, quand on jette un ordinateur de deux kilogrammes, on ne jette pas seulement ce poids mais également les 430 kg de déchets produits lors de sa fabrication. C'est le sac-à-dos écologique ! On n'a pas toujours connaissance de tous les déchets et on rencontre des difficultés pour les recycler."
Obsolescence programmée: "Ce n'est plus tenable, il faut agir"
Par Audrey Avesque - publié le 23/04/2013 à 18:32
Le président du groupe EELV au Sénat, Jean-Vincent Placé, a déposé une proposition de loi qui a été débattue ce mardi. Elle vise à lutter contre l'obsolescence programmée. Le point en trois questions avec Lydie Tollemer, juriste au Centre Européen de la Consommation.
Ce mardi 23 avril, une proposition de loi a été débattue au Sénat pour luter contre l'obsolescence programmée, pointée du doigt par Jean-Vincent Placé, président du groupe EELV.REUTERS/Bobby YipVotre batterie de téléphone portable a lâché un an après l'achat ? Le fil de votre aspirateur s'est cassé et votre machine à laver a rendu l'âme juste après la fin de votre garantie ? Ce n'est pas un hasard mais certainement de l'obsolescence programmée, procédé qui consiste à limiter volontairement la durée de vie du produit.
Ce mardi 23 avril, une proposition de loi a été débattue au Sénat pour luter contre l'obsolescence programmée, pointée du doigt par Jean-Vincent Placé, président du groupe EELV. L'occasion de faire le point sur ce phénomène avec Lydie Tollemer, juriste au Centre Européen de la Consommation et spécialiste de la question de l'obsolescence.
Qu'est-ce-que l'obsolescence programmée et que prévoit le projet de loi pour lutter contre?
L'obsolescence programmée est la théorie selon laquelle les fabricants de produits mettent en place tes techniques afin de réduire délibérément la durée de vie de l'objet pour inciter le consommateur à en acheter un neuf plus tôt que prévu. L'exemple type, c'est celui de l'ordinateur portable composé d'une batterie non amovible. En effet, la batterie est l'un des composants qui tombe en panne le plus rapidement. Mais si elle ne se détache pas, on ne peut pas l'enlever pour la remplacer donc l'ordinateur n'est plus portable! Il peut être seulement utilisé sur secteur, c'est paradoxal. Le consommateur est alors contraint de renouveler son matériel.
Il est donc important de luter contre les industriels qui ont recours de façon délibérée à l'obsolescence. Cela passe notamment par deux propositions majeures : allonger la durée de garantie légale de deux à cinq ans d'ici 2016, et proposer à la vente les pièces détachées pendant dix ans. Mais le grand questionnement est : comment prouver l'intention de l'entreprise de réduire volontairement la vie du produit ? Ce n'est pas impossible mais c'est très complexe. L'industriel se défendra en expliquant qu'il a utilisé des composants moins chers donc de moins bonne qualité pour favoriser l'accès au plus grand nombre au produit. Pour apporter la preuve, il faudrait trouver des documents internes à l'entreprise comme des procès verbaux, des comptes-rendus ou encore des courriers électroniques dans lesquels la stratégie apparaitrait.
Quelles sont les conséquences de l'obsolescence programmée pour le consommateur et l'environnement ?
Pour le consommateur, la conséquence est financière. En plus d'une perte de confiance globale dans l'économie et dans les acteurs comme les producteurs, le problème est que tous les Français ne sont pas armés de la même façon pour acheter des produits de plus en plus tôt. Certains achètent une machine à laver à crédit et quand elle tombe en panne au terme de cinq ans, elle n'est pas encore amortie.
Et pour l'environnement, l'enjeu est majeur. Par exemple, pour fabriquer un smartphone, 25 minerais différents sont utilisés. Cela oblige les producteurs à extraire les matériaux de plus en plus profond sous terre car la surface a déjà été utilisée. L'extraction de minerais détruit des habitats, des plaines ou encore des forêts. Et il y a aussi le problème des déchets. Nous ne sommes pas très performants dans le recyclage des déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE). Par exemple, quand on jette un ordinateur de deux kilogrammes, on ne jette pas seulement ce poids mais également les 430 kg de déchets produits lors de sa fabrication. C'est le sac-à-dos écologique ! On n'a pas toujours connaissance de tous les déchets et on rencontre des difficultés pour les recycler.
Si on n'agit pas, que va-t-il se passer ?
Il faut agir. Aujourd'hui, nous consommons tellement qu'il nous faudrait en une année civile les ressources terrestres d'une année et demie. Cela signifie qu'on pioche déjà dans les ressources de l'année suivante. Ce n'est plus tenable. En effet, si les sept milliards d'êtres humains vivaient comme les Américains, il nous faudrait deux planètes chaque année pour subvenir à nos besoins. Il y a urgence et cette proposition de loi va dans ce sens.
Le problème est que le gouvernement doit arbitrer entre économie et écologie. L'économie est basée sur la consommation donc l'obsolescence programmée est un facteur favorable puisqu'elle incite les consommateurs à acheter. Mais si en faveur de l'écologie, on lutte contre l'obsolescence programmée, on arrête la consommation et la croissance, donc l'économie s'effondre. Le dilemme du gouvernement est : qu'est-ce-qui est plus profitable à " l'instant t ", privilégier l'emploi et l'économie ou l'environnement pour une planète propre pour les générations à venir ? Il faut savoir si on est altruiste ou pas.
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Obsolescence programmée
- Par Thierry LEDRU
- Le 23/04/2013
Obsolescence programmée
Cet article ne cite pas suffisamment ses sources (mars 2011).Si vous disposez d'ouvrages ou d'articles de référence ou si vous connaissez des sites web de qualité traitant du thème abordé ici, merci de compléter l'article en donnant les références utiles à sa vérifiabilité et en les liant à la section « Notes et références ». (Modifier l'article)
La célèbre Ford T, fiable, solide, durable et accessible à l'Américain moyen, a très peu évolué durant ses 19 ans de production (1908 – 1927). Elle n'a finalement pas pu faire face à la concurrence de General Motors qui a établi sa stratégie sur la production régulière de nouveaux modèles démodant les séries précédentes1. C'est un des exemples proposés d'obsolescence programmée, par le design et la mode entretenue par la publicité.L'obsolescence programmée (aussi appelée « désuétude planifiée ») est l'ensemble des techniques visant à réduire la durée de vie ou d'utilisation d'un produit afin d'en augmenter le taux de remplacement1. Ce concept est dénoncé de nos jours, notamment par les mouvements écologistes23 ou en faveur de la décroissance, ainsi que par certaines organisations de défense du consommateur4.
L'obsolescence programmée s'inscrit dans une démarche critique vis-à-vis de la société de consommation. Dans cette optique elle est vue comme résultant du comportement des entreprises pour maximiser leur profit et expliquerait certains cas de cartels. Le secteur bénéficierait alors d'une production plus importante, stimulant les gains de productivité (économies d'échelle) et le progrès technique (qui accélère l'obsolescence des produits antérieurs)1. Cette stratégie ne serait pas sans risques : elle impliquerait un effort de recherche et développement, n'allant pas toujours dans le sens d'une amélioration du produit. De plus, elle ferait courir un risque à la réputation du fabricant (son image de marque) ; enfin, elle implique un pari sur les parts de marché futures de la firme (sur les produits de remplacement).
Cette stratégie a également un impact écologique direct. L'obsolescence programmée visant la surconsommation, elle est la cause d'un surplus de déchets, indépendamment de l'état de fonctionnement effectif des produits techniques mis au rebut ou de l'état d'usure des objets d'usage. Les circuits de recyclage ou de conditionnement des matières plastiques et des métaux, en particulier, ne prennent pas en charge le stockage des déchets informatiques, malgré l'abondance de matières premières de valeur qu'ils peuvent contenir (fer, aluminium, mais aussi tantale pour les condensateurs et métaux rares, etc.)1. L'exportation en masse de déchets des pays de grande consommation vers des zones géographiques où le stockage est négociable à moindre coût est d'autant plus problématique et expose classiquement les pays receveurs à des pollutions spécifiques sur les sites de décharge de grande envergure1.
Cependant, pour Philippe Frémeaux, d'Alternatives économiques, la situation serait plus complexe : d'une part l'optimisation des processus de production a poussé ces temps derniers à limiter la consommation de matières premières et d'énergie2. Par ailleurs, les voitures actuelles sont plus fiables et durables que les anciens modèles2. Enfin, la durée de vie d'un bien ne peut pas être dissociée de son coût. Par exemple si les camions durent plus de temps que les voitures leur coût est aussi proportionnellement plus élevé. Pour cet auteur, « certes, tout ne fonctionne pas toujours comme cela devrait, mais l'idée même d'obsolescence programmée apparaît comme une insulte au travail des millions d'ingénieurs, techniciens et ouvriers qui s'efforcent chaque jour d'atteindre le zéro défaut, la qualité totale, tout en offrant le meilleur rapport qualité-prix »2.
Sommaire
Définitions
Obsolescence et durée de fonctionnement
Il convient de distinguer les significations des termes « obsolescence » et « durée de vie fonctionnelle ». Selon le dictionnaire Larousse, l'obsolescence, au sens précis du terme, signifie la « dépréciation d'un matériel ou d'un équipement avant son usure matérielle »5. Ainsi, un produit obsolète fonctionne encore, mais son usage a perdu de son intérêt : par exemple, un moulin à café manuel en parfait état de fonctionnement.
Un produit peut devenir obsolète pour plusieurs causes : parce que de nouveaux produits sont plus efficaces ou plus rentables, parce que la mode a changé6, ou encore parce qu'il n'existe plus de pièces de rechange ou que le produit n'est plus compatible avec son environnement (cas d'un ordinateur).
Par contre, il découle de la définition citée plus haut, que ne plus utiliser un produit parce qu'il est hors d'usage ne correspond pas au sens du mot obsolescence employé seul.
Évolution de la signification
Bernard London, qui a inventé la notion d'obsolence programmée (planned obsolescence), regrette, en 1932, que les consommateurs aient pris l'habitude, à cause de la crise, d'utiliser un produit jusqu'à ce qu'il soit hors d'usage7. Il pense que le gouvernement devrait obliger les consommateurs à rendre un produit avant qu'il soit usé8 afin de mieux faire fonctionner l'économie.
Dans les années cinquante, le designer Brooks Stevens popularise la notion en la modifiant9: il propose un modèle selon lequel une entreprise augmentera ses profits en provoquant volontairement l'obsolescence d'un produit, non pas en fabriquant un produit de mauvaise qualité, mais en faisant en sorte qu'il soit passé de mode rapidement. Ici, c'est l'entreprise qui stimule l'obsolescence. On voit que chez ces deux auteurs l'obsolescence programmée se distingue d'une limitation de la durée technique de fonctionnement.
Mais dans les débats actuels on désigne aussi par ce terme la volonté réelle ou supposée pour une entreprise de réduire la durée de vie en introduisant volontairement des défectuosités, des fragilités, voire un arrêt programmé10. Et ceci indépendamment des choix technico-économiques habituels qui consistent à arbitrer entre coût de fabrication, efficacité et durée de fonctionnalité. Il ne faut pas confondre en effet cet arbitrage avec l'obsolescence programmée, comme on le voit dans le faux exemple de l'ampoule à incandescence 11. Un fabricant doit en effet toujours arbitrer entre coût de fabrication, efficacité, rendement et durée de vie 12 13.
Souvent ce sont les clients qui arbitrent eux-mêmes entre un produit bon marché mais fragile et un produit fiable mais plus cher14. Mais lorsqu'un fabricant réduit sciemment, toutes choses égales par ailleurs (coût, efficacité) la durée de vie 15, cela s'apparente bien à de l'obsolescence programmée, car il s'agit de brider volontairement la durée d'utilisation en agissant sur la robustesse du produit en dehors de toute contrainte technique.
Voilà sans doute pourquoi dans ce débat on confond souvent ces deux notions : réduction volontaire de la durée de fonctionnement (technique) et réduction de la durée d'usage par obsolescence provoquée (subjectif). Manifestement, l'intention est semblable, mais les moyens diffèrent. Faut-il alors, dans l'expression « obsolescence programmée », ne conserver que le sens strict d'obsolescence ou au contraire élargir sa signification à la notion de limitation technique ?
Définition de l'Ademe
En 2012, l'Ademe donne sa réponse à cette question dans un rapport sur la durée de vie des équipements électriques et électroniques16. Elle donne plusieurs définitions de l'obsolescence et de l'obsolescence programmée :
- Obsolescence : l'ademe reprend la définition du Larousse donnée plus haut. Elle en distingue deux types :
- Obsolescence fonctionnelle : « correspond au fait qu’un produit ne réponde plus aux nouveaux usages attendus, pour des raisons techniques (exemple incompatibilité avec de nouveaux équipements), règlementaires et/ou économiques17 »
- Obsolescence d'évolution : « correspond au fait qu’un produit ne réponde plus aux envies des utilisateurs qui souhaitent acquérir un nouveau modèle du fait d’une évolution de fonctionnalité ou de design18 »
- Obsolescence programmée. Elle cite plusieurs définitions avant de donner la sienne :
- Le sénat belge : « le fait de développer puis de commercialiser un produit en déterminant à l'avance le moment de sa péremption. »19
- The Economist : « l’obsolescence programmée est une stratégie d’entreprise dans laquelle l’obsolescence des produits est programmée depuis leur conception. Cela est fait de telle manière que le consommateur ressent le besoin d’acheter de nouveaux produits et services que les fabricants proposent pour remplacer les anciens »20
- L'Ademe, après débat du comité de pilotage : « la notion d’« obsolescence programmée » dénonce un stratagème par lequel un bien verrait sa durée normative sciemment réduite dès sa conception, limitant ainsi sa durée d’usage pour des raisons de modèle économique. »21 Précisons que la durée normative est définie dans le même rapport comme la durée de fonctionnement moyen mesurée dans des conditions normatives de test.
La définition de l'Ademe tranche avec les définitions originelles, avec celle du Sénat Belge ainsi qu'avec celle de The Economist, ou même avec la définition du mot obsolescence employé seul, puisqu'elle associe exclusivement l'obsolescence programmée à une limitation technique objective, et renvoie l'aspect subjectif (phénomène de mode, goûts) hors du champ de la définition : « Il a ainsi été décidé, dans le cadre de cette étude, de limiter l’obsolescence programmée à des raisons techniques objectives pour en exclure la dimension subjective liée aux choix de consommation »22. En clair, l'obsolescence programmée est pour l'Ademe la limitation technique provoquée sciemment par le fabriquant : par exemple en introduisant une fragilité, une limitation technique, l'impossibilité de réparer ou la non compatibilité du produit.
Historique
Comme cela a été vu dans la rubrique Définition, l'expression (planned obsolescence en anglais) remonterait à un chapitre rédigé par un Américain courtier en immobilier, Bernard London, en 1932 en pleine crise économique : Ending the Depression Through Planned Obsolescence (« Mettre fin à la crise au moyen de l'obsolescence programmée ») dans son ouvrage The New Prosperity23. Il y faisait le constat que, sous l'effet de la crise économique, les Américains avaient rompu avec leur habitude de se débarrasser de leurs biens avant qu'ils ne soient usagés et qu'ils s'étaient mis à conserver leur voiture, leurs pneus, leur poste de radio, leurs vêtements plus longtemps que ne l'avaient prévu les statisticiens, allant ainsi à l'encontre de la « loi de l'obsolescence »24.
L'expression aurait été popularisée ensuite au milieu des années 1950. Elle fait l'objet de débats dans les colonnes de la revue Industrial Design et sera popularisée par le designer industriel Brooks Stevens. Comme ses prédécesseurs, il souhaite non pas faire des produits de mauvaise qualité, mais les renouveler tous les ans via la mode. Il produit de nombreux objets (voitures, motos, tondeuses, aspirateurs25 et autres articles ménagers) dont les modèles sont sans cesse renouvelés. Selon B. Stevens, il faut « inculquer à l'acheteur le désir de posséder quelque chose d'un peu plus récent, un peu meilleur et un peu plus tôt que ce qui est nécessaire26 ». Il crée une société de design Brooks Stevens Design Associates et se fait le chantre de cette approche, parcourant l'Amérique pour en faire la promotion au moyen de nombreux enseignements, articles et conférences.
Dans les années 1960, l'expression devient courante. Le constructeur automobile Volkswagen lance même une campagne de publicité sur ce thème27.
L'expression a connu un regain d'intérêt en France ces dernières années, probablement à la suite de la diffusion d'un documentaire sur Arte Prêt à jeter en 2010. La candidate écologiste Eva Joly, lors de la campagne présidentielle de 2012, a proposé d'interdire cette pratique28.
L'association environnementale Les amis de la Terre a publié avec le CNIID un rapport sur la question en 201029. Elle souligne dans un nouveau rapport sur les produits high-tech que le problème est palpable en particulier pour ces produits30. Une proposition de loi contre l'obsolescence programmée est en cours d'élaboration chez le groupe Europe Écologie Les Verts, et le sujet sera débattu au parlement en 2013 dans le cadre du projet de loi "consommation"31.
L'Ademe a publié en juillet 2012 une "Étude sur la durée de vie des équipements électriques et électroniques"32, dans laquelle elle précise la notion d'obsolescence programmée.
Pendant ce temps la réalité de cette pratique fait débat chez les économistes. Serge Latouche affirme sa réalité et la dénonce dans son livre "Bon pour la casse ! Les déraisons de l'obsolescence programmée"33, tandis que Philippe Frémeaux dans Alternatives économiques34, ou Alexandre Delaigue dans Le Figaro35, la considèrent comme une "idée" sans véritable réalité pour le premier, ou même comme un "mythe" pour le second.
Modèle économique
Microéconomie
La mise en œuvre d'un programme d'obsolescence programmée suppose que le fabricant soit sûr que l'achat de remplacement sera fait chez lui, ce qui implique deux conditions :
- Une situation dominante, voire de cartel, monopole ou d'oligopole. En effet, lorsque le marché est dynamique et réellement concurrentiel, il est difficile d'imposer aux consommateurs des produits ayant une durée de vie limitée.
- La durée de vie programmée de l'objet doit rester secrète, sans quoi le consommateur aurait l'impression de se faire tromper et s'adresserait à un autre fabriquant avec une meilleure réputation. C'est ce qui distingue le modèle de l'obsolescence programmée de celui du produit jetable ou plus généralement dont il est clair pour le consommateur que sa durée de vie est limitée (produit de saison comme un sapin de Noël par exemple), même si les logiques à l'œuvre sont proches (réduction des coûts, augmentation du rythme de renouvellement).
Ces conditions sont drastiques et c'est ce qui rend le concept d'obsolescence programmée si critiqué. En effet, si un fabricant (ou un groupe) dispose d'une situation dominante, il a d'autres choix que d'essayer d'augmenter son marché futur par une réduction de la qualité de son produit (au risque de sa réputation) ; à commencer par le plus profitable à court terme, simplement augmenter ses prix. [réf. nécessaire]
Macroéconomie
À l'époque de la Grande Dépression, Bernard London a soutenu qu'il serait bon pour l'économie de rendre l'obsolescence programmée obligatoire, non pas en produisant des produits manufacturés de mauvaise qualité, mais en leur imposant une date limite légale, après laquelle les consommateurs devraient obligatoirement les renvoyer à un organisme ad hoc, de manière à entretenir un flux éternel de produits manufacturés36.
Ce genre de réflexion, selon laquelle une destruction est favorable aux affaires, correspond au sophisme de la vitre cassée décrit par l'économiste Frédéric Bastiat en 1850.
Cependant, certains estiment que la péremption rapide des produits est le pendant de l'industrie de masse, une conséquence inévitable du progrès technologique tel qu'il est conçu actuellement. Pour l'historien et critique social Christopher Lasch par exemple « la production […] est dirigée par des stratégies marketing reposant sur la technique bien connue de l'obsolescence programmée » et « l'idéal de la publicité est un univers de biens jetables, où l'on se débarrasse de choses dès qu'elles ont perdu leur attrait initial. Que quoi que ce soit doit être réparé, rénové ou remplacé est une notion étrangère à l'éthique publicitaire. »37.
Différents types d'obsolescence programmée
Il existe différentes variantes d'obsolescence programmée. Certaines impliquent d'ajouter sciemment des défauts de conception au produit vendu (il ne s'agit pas alors à proprement parler d'obsolescence, mais de défectuosité) ; d'autres formes plus psychologiques tentent plutôt de dévaloriser l'image du produit auprès des consommateurs. Voici un tour d'horizon non exhaustif des mécanismes attribués aux industriels.
Défauts fonctionnels
Lorsqu'une pièce ne fonctionne plus, l'ensemble du produit devient inutilisable. À ce moment-là, si le prix d'un appareil neuf est inférieur à celui de la réparation et de l'amortissement de l'appareil ancien, alors le neuf revient moins cher.
Le coût de réparation est constitué du prix de la pièce de rechange, du coût de la main-d'œuvre locale, des frais de transport et de logistique. Le fabricant peut influencer le coût de la main-d'œuvre en concevant des objets plus ou moins faciles à réparer. Néanmoins, les contraintes de production, d'ergonomie et de fiabilité du produit fini peuvent également conduire à compliquer les réparations. C'est le cas par exemple de produit non démontable et de pièces scellées : circuit imprimé de téléviseur, pièces scellées de matériel électroménager, etc. [réf. nécessaire]
Obsolescence par péremption
Certains produits possèdent une date de péremption à partir de laquelle ils sont annoncés comme « périmés ». Cela s'applique principalement aux aliments et aux boissons, qui ont une date limite de consommation ou une date limite d'utilisation optimale, ainsi qu'aux produits cosmétiques, pharmaceutiques et chimiques. Cependant, dans certains cas, les produits restent utilisables après cette date. Par exemple, un aliment ayant une date limite d'utilisation optimale risque de voir ses qualités organoleptiques diminuées au-delà de la date indiquée, tout en restant consommable sans risque pour la santé. Une date limite de consommation est par contre plus stricte, car elle indique un risque pour la santé du consommateur s'il utilise le produit au-delà.
L'ignorance de la différence entre date limite d'utilisation optimale et date limite de consommation peut entraîner le consommateur à des mises à la poubelle prématurées, ou à des prises de risques inconsidérées.
Une forme courante d'obsolescence par péremption concerne les logiciels dont l'éditeur annonce la fin du support à une certaine date, contraignant les utilisateurs à acheter une version supérieure dont ils n'ont pas forcément besoin et qui si elle n'est pas compatible avec le matériel de l'utilisateur entraîne alors obsolescence de celui-ci.[réf. nécessaire]
Obsolescence indirecte
Télé cathodique mise aux déchets avec le carton de la télé LCD qui l'a remplacée.Certains produits deviennent obsolètes alors qu'ils sont totalement fonctionnels de par le fait que les produits associés ne sont pas ou plus disponibles sur le marché. C'est le type d'obsolescence programmée le plus courant en ce qui concerne les téléphones mobiles : un téléphone en parfait état devient inutilisable lorsque sa batterie ou son chargeur ne sont plus offerts sur le marché, ou simplement parce que racheter une batterie neuve serait économiquement non rentable. Certains fabricants vont jusqu'à souder la batterie des appareils électroniques pour pousser au renouvellement de l'équipement quand la batterie ne fonctionne plus38. De la même façon certaines imprimantes deviennent de facto obsolètes lorsque le fabricant cesse de produire les cartouches d'encre spécifiques à ces modèles. On peut également citer l'exemple d'un moteur de voiture rendu inutilisable du simple fait qu'il est impossible de trouver des pièces de rechange. Autre exemple, les traceurs à plumes, dont la plupart fonctionnent encore parfaitement, mais dont les outils de traçage ne sont plus fabriqués.
L'arrêt de la production de pièces détachées est un levier puissant à la disposition des industriels. Le choix d'abandonner la production ou la commercialisation des produits annexes (cartouches, pièces détachées, batteries, etc.) complique la tâche de maintenance et de réparation, jusqu'à la rendre impossible.
Cette pratique ne se limite pas aux produits consommables et aux pièces dérivées. Le même mécanisme d'obsolescence indirecte est possible également pour l'industrie des services et des logiciels. Par exemple, en juillet 2006, Microsoft abandonne le service d'après-vente et de maintenance corrective pour les logiciels Windows 98 et Millenium39. Cette décision implique que, depuis cette date, les bogues et les failles de sécurité ne sont plus corrigés par Microsoft40. Effet secondaire : les consommateurs vont se débarrasser du vieux matériel incapable de faire tourner les versions récentes de Windows (quantité de mémoire vive insuffisante, etc.).
Le fait que les spécifications ne soient pas toutes communiquées, ainsi que les brevets, empêchant des tiers de satisfaire la même demande41, représentent une pression supplémentaire.
Obsolescence par notification
Proche de l'obsolescence indirecte, l'obsolescence par notification est une forme évoluée d'« auto-péremption ». Elle consiste à concevoir un produit de sorte qu'il puisse signaler à l'utilisateur qu'il est nécessaire de réparer ou de remplacer, en tout ou en partie, l'appareil. On peut citer l'exemple des imprimantes qui avertissent l'utilisateur lorsque les cartouches d'encre sont vides. En soi ce mécanisme n'est pas un mécanisme d'obsolescence. Cependant si les cartouches ne sont pas complètement vides lorsque le signal est émis, il s'agit bel et bien d'une obsolescence programmée de la cartouche.
L'aspect insidieux de ce type de péremption forcée réside dans l'interaction entre deux produits : dans l'exemple de l'imprimante, un produit « consommable » (la cartouche) est déclaré obsolète par un autre produit (l'imprimante elle-même). Cette technique est plus efficace lorsque le constructeur produit à la fois la machine et les recharges.
On peut aussi noter le cas des imprimantes affichant un message d'erreur bloquant leur fonctionnement normal (« réservoir d'encre usagée plein ») et où le fabricant n'assure aucun service et invite à renouveler le matériel. L'utilisateur se retrouve avec une imprimante qui ne fonctionne plus et il ne peut aller au-delà de ce message. L'imprimante s'est ainsi rendue inutilisable elle-même et l'utilisateur est contraint de renouveler son matériel ou de nettoyer son imprimante et d'utiliser un logiciel permettant de remettre le compteur d'impressions à zéro.
La Communauté européenne a en revanche interdit désormais la commercialisation de cartouches d'encre à puce électronique refusant tout service après un certain nombre de pages (même après remplissage d'encre), n'y voyant pas d'intérêt pour le consommateur et moins encore pour l'écologie des pays.
NOTA : Cette obsolescence peut s'avérer nécessaire si elle vise à garantir une sécurité des utilisateurs. Par exemple une pièce « fusible » d'un avion, d'un bateau, d'un ascenseur cassant avant même la rupture de pièces liées à la sécurité indiquerait aux utilisateurs de passer par une case maintenance obligatoire.[réf. nécessaire]
Obsolescence par incompatibilité
Principalement observée dans le secteur de l'informatique, cette technique vise à rendre un produit inutile par le fait qu'il n'est plus compatible avec les versions ultérieures. Dans le cas d'un logiciel, le changement de format de fichier entre deux versions successives d'un même programme suffira à rendre les anciennes versions obsolètes puisque non compatibles avec le nouveau standard.
Les changements de formats ou de standards sont souvent nécessaires pour prendre en compte les innovations d'un produit. Cependant ils peuvent aussi être provoqués artificiellement.
On retrouve encore une fois ce type d'obsolescence dans les imprimantes, dans lesquelles les cartouches qui ne sont pas ou plus produites par le fabricant ne peuvent être remplacées efficacement. La raison en est que les cartouches fournies par le fabricant disposent d'un circuit d'identification indiquant à l'imprimante que c'est bien une cartouche officielle. Si ce n'est pas le cas, l'imprimante refusera d'imprimer ou imprimera avec une qualité moindre. Pour parer à cela, il existe des logiciels permettant de passer outre cette protection de l'industriel et permettre l'usage de cartouches reconditionnées (à la maison, ou par des professionnels). À noter que certains vendeurs fournissent directement des cartouches génériques reprogrammées pour simuler une cartouche officielle à moindre coût pour l'utilisateur final.
Du côté d'Apple, le même phénomène se produit. En effet, en 2011, le nouveau système d'exploitation Lion n'intègre plus de module Rosetta qui permettait d'exécuter les programmes compilés pour un processeur PowerPC sur un Mac équipé d'un processeur Intel. Ceci se traduit par une incompatibilité des programmes compilés avant 2006. Par ailleurs, la période de 2006 à 2011 est appelée période de transition car les développeurs ont été encouragés à abandonner le PowerPC pour l'Intel. Cependant, tous n'ont pas fait ce pas et des programmes datant de cette période ne peuvent être exécutés sur Lion42. L'abandon de Rosetta est contesté car lors du passage de Snow Leopard à Lion, les programmes PowerPC devinrent inutilisables. De plus, bien que les programmes les plus populaires aient été convertis, il reste une importante ludothèque, inutilisable aujourd'hui.[citation nécessaire]
Obsolescence esthétique
Certains produits (notamment les chaussures et les vêtements) subissent une obsolescence subjective. Les modes vestimentaires et les critères d'élégance évoluent rapidement et les vêtements perdent leur valeur simplement parce qu'ils ne sont plus « à la mode ».
Certains fabricants exploitent ce principe en lançant des opérations marketing et des campagnes publicitaires dont le but est de créer des modes et d'en discréditer d'autres. À noter tout de même l'effet « boomerang » de l'obsolescence esthétique : un objet qualifié de démodé pourrait très bien revenir au goût du jour quelques années plus tard. [réf. nécessaire]
Exemples
Quelques exemples sont cités par Cosima Dannoritzer dans son documentaire Prêt à jeter de 2010 :
- L'ampoule électrique à incandescence : sa durée de vie a été « harmonisée » et maintenue par les industriels (cartel Phœbus) à 1 000 heures, dans le monde entier. Le documentaire en fait un argument majeur et affirme que des technologies 10 fois plus durables à performances égales (éclairage, consommation, prix) ont été refusées par les fabricants. Toutefois après recherche, on n'a pas trouvé la source de cet argument. Pourtant il est repris depuis tel quel dans de nombreux de sites. Le reportage présente également une ampoule de 1901, qui brille sans interruption depuis plus d'un siècle. Mais la validité de cet exemple est contestable car l'augmentation de la durée de vie se fait au détriment de la consommation. En réalité l'optimum entre durée de vie et consommation serait de 5000 heures selon un calcul mathématique entre durée de vie, luminosité et consommation43. D'ailleurs des techniques existent pour augmenter la durée de vie d'une ampoule tungstène et ont bel et bien été commercialisées : filament à double spirale, bulbe rempli de néon, krypton ou ampoule dite halogène. À chaque fois, un compromis est fait entre consommation et durée de vie. Dans les années 50 la commission de la concurrence britannique a certes condamné le cartel Phoebus pour entente sur les prix, mais a reconnu que le standard des 1000 heures représentait un bon compromis, au bénéfice des consommateurs 44. Il s'agirait ici d'un mauvais exemple et le documentaire semble sur ce point erroné. Voir Lampe à incandescence classique.
- L'automobile : pour concurrencer Henry Ford et sa Ford T volontairement vendue comme modèle unique, à portée du consommateur moyen, fiable, facile à réparer et très robuste, Alfred P. Sloan a inventé pour General Motors une Chevrolet conçue avec un châssis et un moteur uniques, mais selon le concept du changement de gamme à raison de trois nouveaux modèles de carrosserie, formes, couleurs et accessoires par an. En démodant rapidement les produits par la publicité, il pousse l'automobiliste à sans cesse abandonner son véhicule « démodé » au profit d'un modèle plus à la mode. C'est ainsi que General Motors a forcé Ford à changer de stratégie pour se lancer dans la course aux nouveaux modèles.
Il semble qu'il s'agisse-là du début du modèle d'« obsolescence programmée par l'esthétique et le design »1.
- Le bas nylon : mis sur le marché par DuPont dans les années 1940, il était si résistant que les ventes s'effondrèrent, faute de besoin de renouvellement. En modifiant la formulation (notamment en r&ea
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Déterminisme et acceptation
- Par Thierry LEDRU
- Le 24/02/2013
Entre nos gènes et notre déterminisme social, nous sommes en liberté surveillée. Nous avons hérité de nos gènes et nous sommes le produit d'un environnement social et de l'histoire qui s'en nourrit. Il existe pourtant une incertitude générée par notre cortex. En tout cas, on peut le supposer...La liberté est souvent définie comme un libre-arbitre, c'est à dire comme le pouvoir de prendre une décision contraire à l'évidence. Personnellement, je n'y vois qu'une "réaction", un état d'esprit rebelle. Je n'appelle pas ça la liberté. Mais l'illusion d'un pouvoir. Le dictateur ne prend pas des décisions lucides mais celles qui permettront le maintien de son statut. Lorsque nous "décidons" d'aller à l'encontre de l'évidence et de rompre avec le déterminisme, nous agissons sous la force d'un contrepoids, d'un esprit de contradiction. C'est à cet état d'esprit que nous nous aliénons. S'il n'y avait le poids du déterminisme, cette rébellion n'existerait pas. Elle n'est pas issue de rien, elle est nourrie par l'insupportable dépendance que nous portons.
La liberté n'est pas accessible dans une démarche réactive. Le prisonnier qui s'échappe de sa geôle n'est pas libre, il court désormais sous la menace d'être rattrapé...Nous sommes toujours sous la menace des chaînes et nos instants de liberté sont hallucinogènes si nous les nourrissons de notre colère.
C'est là qu'intervient la notion d'acceptation.
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"Cher Monsieur Peillon"
- Par Thierry LEDRU
- Le 30/01/2013
Cher Monsieur Peillon,
L’illettrisme ? C’est ma faute. Ma méthode de lecture était sans doute trop globale. J’assume
Le décrochage scolaire ? C’est ma faute. Je ne suis pas capable d’intéresser mes élèves et rendre l’école attrayante. J’assume.
La délinquance juvénile ? C’est ma faute. Je n’insiste pas suffisamment sur l’Instruction civique et morale.
J’assume.
L’obésité ? C’est ma faute. A cause du biscuit à la récré. J’assume.
Les caries ? C’est ma faute. Je devrais fournir le matériel nécessaire à mes élèves afin qu’ils puissent se brosser les dents sur le temps de classe. J’assume.
Théo a 12 ans et porte encore des baskets à scratch ? C’est ma faute. J’aurais dû lui apprendre à faire ses lacets. J’assume.
Arthur s’est fait renverser par une voiture ? C’est ma faute. Je ne lui ai pas fait passer son permis piéton.J’assume.
Zoé ne connait ni ses tables de multiplication, ni sa poésie, ni Jules César, ni Vercingétorix, ni les départements français, ni…. Encore ma faute. J’aurais dû lui faire apprendre ses leçons pendant qu’elle se brossait les dents d’une main et nouait ses lacets de l’autre, avant de traverser la rue en courant pour éliminer les calories du biscuit que je l’avais forcée à ingurgiter à 10 heures ! Bref, j’assume tout.
Même la crise économique. Il faut bien avouer que l’Etat me paie grassement pour finir mes journées à 16 h 30 et passer le plus clair de mon temps en vacances…
Et j’allais oublier la sécurité de l’emploi…
Alors vous avez raison, Monsieur le Ministre. Il est grand temps de réformer tout ça. Le changement, c’est maintenant !
Vous avez enfin dévoilé votre plan pour une grande Refondation de l’École. Grandiose ! Magnifique ! Courageux ! Audacieux !
Mes collègues et moi-même sommes enfin investis d’une véritable mission d’intérêt général : supporter et soulager tous les maux de notre société. Alors, méprisez-nous, insultez-nous, frappez-nous, instrumentalisez les familles au nom du bien être et de l’avenir de leurs enfants…
C’est tout ce que nous méritons ! En plus, une fédération de parents d’élèves se gausse et certains de nos syndicats applaudissent. Franchement, vous auriez tort de vous en priver.
Toutefois, bien qu’irresponsable, paresseuse, incompétente et quelque peu limitée intellectuellement comparée aux cols blancs de la rue de Grenelle, j’ose vous dire, Monsieur le Ministre, que votre projet est une hérésie voire même une involution.
Bon nombre d’enseignants ne veulent pas de votre semaine de 4 jours et demi. Quel salarié accepterait de travailler plus pour gagner moins ? Le précédent gouvernement en a rêvé, vous l’avez fait !
Vous brandissez l’étendard des rythmes de l’enfant. Il est en effet d’une logique implacable qu’ils seront moins fatigués en travaillant une demi-journée supplémentaire. Vous êtes le Ministre de l’Éducation nationale et vous ne vous adressez qu’aux enseignants. Pourquoi n’expliqueriez-vous pas à moult parents qu’il est déraisonnable de coucher son enfant à 23h ?...
La journée d’école écourtée, bonne idée ! Expliquez à nos concitoyens que leurs impôts vont financer l’accueil périscolaire (par ailleurs totalement inégalitaire sur le territoire) et que leurs frais de garde vont augmenter. Je suis sûre qu’ils apprécieront! Les maires qui doivent supporter le coût de votre réforme aussi !
Savez-vous que le mercredi est une journée de coupure nécessaire à la santé mentale des enseignants qui gèrent une trentaine d’enfants chaque jour ?! Ignorez-vous que nous consacrons déjà la majeure partie de notre mercredi à l’école (formation, corrections, préparations…) ? Savez-vous que beaucoup de parents apprécient de travailler à 80 % pour passer le mercredi avec leurs enfants ? Ah oui ! Suis-je bête ! C’est vrai qu’ils sont mieux à l’école que chez eux …
Pensez-vous sérieusement qu’en supprimant les devoirs vous lutterez contre les inégalités sociales ? Venez dans nos classes et montrez-nous comment faire apprendre une leçon à 30 élèves en même temps ! Les parents investis continueront le suivi de leur enfant à la maison. Pour les autres, vous cautionnez leur manque d’intérêt pour l’école et les encouragez à se déresponsabiliser encore un peu plus. Les enseignants ne sont pas omnipotents et ne pourront jamais se substituer aux familles ! Leur faire croire le contraire est un mensonge éhonté et dangereux ! Dans notre métier, le temps consacré à l’éducation tend déjà à prendre le pas sur celui consacré à l’instruction (tant pis pour l’orthographe, Vercingétorix et Jules César !). Il est donc grand temps de redéfinir les missions de chacun !
Après les MDPH, les PPRE, les PPMS, les DUERP nouvelle révolution : vous tentez de nous enfumer avec les PET ! Jamais un sigle n’aura aussi bien porté son nom !
Et les enfants dans tout ça ? On continue de les asphyxier sous le poids de programmes surchargés et inadaptés. A quand un vrai retour aux fondamentaux ? On continue de les accabler sous le poids d’évaluations toujours plus normatives et dévorantes. Quand va-t-on leur rendre le temps d’apprendre ? On continue le bricolage avec les élèves en difficulté. Quid des RASED dans votre réforme. A quand une véritable égalité sur le territoire des prises en charge en orthophonie, psychomotricité, psychothérapie…. ? (Jusqu’à un an d’attente dans le Cher !) On continue d’intégrer les enfants handicapés dans des classes surchargées avec, dans le meilleur des cas, la présence d’AVS sous-payés, plein de bonne volonté mais pas formés ! La négligence confine parfois à la maltraitance ! Et les collégiens qui décrochent ? On continue de briser des talents sous prétexte qu’on a raté sa vie si on ne finit pas col blanc ? Pas de manuels, pas de pâtissiers, pas de boulangers, pas de plombiers... Au nom de l’égalité, tous bacheliers ! Et tant pis pour ceux qui craquent avant : ils ne pourront plus être orientés à temps !
Je pourrais continuer ainsi bien longtemps.
Vous l’aurez compris, Monsieur le Ministre, il va falloir réviser votre copie !
Les enseignants ne sont pas hostiles à toute réforme. Au contraire, nous voulons redresser notre école.
La refondation doit se faire avec nous. Nous sommes les premiers acteurs du système éducatif. Qui peut prétendre mieux le connaître que nous ? Nous débordons d’idées, de suggestions alors écoutez-nous !
Je n’appartiens plus à aucun syndicat, je ne suis membre d’aucun parti politique, mes propos ne feront sans doute pas l’unanimité, c’est pourquoi je vous invite à consulter les blogs sur le sujet. Vous constaterez alors qu’il y a au moins deux points sur lesquels nous sommes tous d’accord : votre projet en l’état actuel des choses est inacceptable (aussi bien pour les élèves que leurs enseignants) et nous ne nous laisserons pas déplumer !
J’appelle maintenant les deux premiers syndicats enseignants de France à ne plus rester sourds aux glouglous de leur base.
J’appelle tous les enseignants dépités, découragés, résignés à rester en colère.
J’appelle tous les parents qui veulent pour leurs enfants une école publique, républicaine et laïque digne de ce nom à nous rejoindre.
J’appelle tous les maires de France qui refusent d’assumer le poids de cette réforme à faire entendre leur voix.
J’appelle tous ceux qui se considèrent comme les dindons de cette farce à la mobilisation !
Soyons la nouvelle grippe aviaire de cet hiver !
Zaz Malaussène du 18
NB : Mes propos n’engagent que moi et en aucun cas la responsabilité du collectif des dindons.