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  • JUSQU'AU BOUT : Lucidité de l'angoisse

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    Il se réveilla heureux. Il retira rapidement le rideau et regarda le fourgon vert. Il ne vit aucun mouvement. 8h30. Ils étaient déjà partis.

    L’impression de rattraper des heures de sommeil. Les deux journées de vélo ne lui avaient laissé aucune courbature. Il s’en félicita. Il enfila un short et sortit. Ciel nuageux. Une légère couverture dentelée, comme une haleine glacée. Pour le bleu du ciel, ça devait être agréable de se glisser sous des draps aussi accueillants. Nulle menace dans cette vapeur suspendue.

    Il décida de marcher. L’envoûtement des pas, le retournement vers soi… Plonger à l’intérieur. Le goût d’un bonbon de son enfance. Il revenait régulièrement. Il n’aurait su le décrire mais il le ressentait pourtant. Ce n’était pas dans la bouche mais dans une mémoire profonde, diffuse, insaisissable, un abysse impossible à situer. Comme un envahissement. Qu’y avait-il d’autre dans ces endroits inexplorés ? Etait-il possible de remonter plus loin dans le temps ? Une mémoire à l’échelle de l’humanité se cachait-elle en nous ? Une mémoire à l’échelle de l’univers, était-ce possible ? Portions-nous bien plus que nos simples souvenirs ?

    Enflammé par les idées, il se prépara joyeusement et partit. Il délaissa les sentiers et s’enfonça sous les arbres. Une borne d’altitude placée sur la carte. C’était son objectif. Entraînement pour le Grand Nord.

    Méandres sous les pinèdes, franchissements de talus, remontées de flancs rocailleux, faire le point avec la boussole, tracer un azimut, prendre des repères…

    Il essaya de replonger dans la discussion de la veille. L’opposition entre l’essence et la personnalité. Où en était-il ? Un fouillis de pensées lui brouilla rapidement l’esprit. Désagréable malaise. Comme un travail titanesque, une odyssée périlleuse, sans aucune balise. En était-il capable ? Il décida de chercher parmi les écrivains ceux qui auraient pu s’intéresser à cette théorie et qui l’aurait analysée. Il n’en trouva aucun et il perdit les quelques réflexions personnelles qu’il avait réussi à extirper des méandres de son cerveau agité.

    Il s’arrêta pour rectifier son cap avec la boussole. La traversée d’une zone de feuillus encombrée d’arbustes épineux et de taillis serrés l’avait écarté de son axe.

    Lorsqu’il voulut reprendre le fil de ses réflexions il n’en restait qu’un capharnaüm indescriptible. L’impression de devoir tout reprendre à zéro. Il en garda une pénible sensation d’impuissance et décida finalement de ne penser à rien et de se concentrer sur la marche.

    Les parfums de résine, les chants joyeux d’oiseaux invisibles, les couleurs chatoyantes des frondaisons, la découverte curieuse d’un nouveau paysage, quelques traces d’animaux dans une boue séchée, des sentes discrètes qu’il suivit silencieusement attisèrent peu à peu cet abandon.

    Et pourtant ce dépit, cette déception tenace. Ce n’était pas ainsi qu’il parviendrait à progresser dans sa propre connaissance et la désillusion le rattrapait. Une lutte inéluctable, comme si les pensées ne pouvaient cesser de se combattre, de se chevaucher, de se contredire, il voulait cesser de penser et devait y penser pour y parvenir. Désirer l’apaisement et créer dès lors les conditions favorables à l’émergence du dégoût, une nasse inévitable, ce dégoût de l’impuissance en lui.

    En débouchant dans une clairière, il s’aperçut que la couverture nuageuse s’était déchirée et que des taches de bleu parsemaient le tissu tendu du ciel. Une étrange similitude avec les différents états dans lesquels il évoluait depuis quelques mois. Les trouées éparses pouvaient représenter les quelques moments de clairvoyance qui parvenaient parfois à déchirer la masse compacte de son engourdissement. Les eaux boueuses du lac. La nature, quand on l’observait réellement, offrait de multiples possibilités d’analyses de l’existence. Mais cette simple observation restait insuffisante si l’on désirait parvenir à une conscience supérieure. Comme un simple jeu enfantin, une connivence imaginaire. Il en resta troublé puis l’idée jaillit brutalement comme un éclair de lucidité, une fulgurance qui faillit le renverser !

    Il s’arrêta.

    Le ciel, comme son esprit, procédait de la même façon, ils étaient semblables et égaux dans leurs existences ! Il ne s’agissait pas de se comparer occasionnellement à un élément de la nature mais de vivre comme cet élément, aussi fragile ou déterminé que lui, aussi troublé ou apaisé. Identique. Lui, simple être vivant, membre à part entière d’une nature vivante, il ressentait les mêmes troubles, les mêmes agitations, les mêmes apaisements qu’un ciel, qu’un lac, qu’un arbre ou qu’un insecte. Leurs effets étaient sans doute différents dans leurs matérialisations visibles mais leurs causes restaient communes. Les ouragans ou les tremblements de terre pouvaient donc représenter les conséquences d’un trouble profond de la planète, trouble assimilable à celui d’une crise de nerfs chez l’homme.

    Durant quelques secondes, cette idée lui sembla totalement folle puis finalement cela lui parut évident. Les animistes l’avaient ressenti depuis longtemps. Cette terre était vivante, tout comme lui et il la percevait enfin dans sa réalité. Tous ces textes ésotériques qui prenaient, à travers cette vision, une portée considérable, ces réflexions qu’il n’avait pas su saisir, ces témoignages incompris.

    Mais si cette nouvelle conscience s’avérait exacte, tout ce que l’homme infligeait à la nature devait la plonger dans une totale incompréhension vis à vis de cette humanité.

    « Pourquoi cette espèce vivante me cause-t-elle autant de douleurs ? »

    Cette question devait résonner à chaque instant dans l’âme de cette planète. Il en eut honte. Terriblement honte. Aucune autre espèce vivante ne se permettait un tel affront, l’idée d’une atteinte physique inconsidérée et injustifiée ne pouvant sans doute même pas s’éveiller dans l’esprit d’aucun des autres membres de cette vie. Le plus incroyable étant d’entendre ces hommes accuser la montagne meurtrière, la mer implacable, les volcans cruels d’avoir emporté quelques vies humaines. Mais pouvait-on honnêtement demander à cette planète de rester impassible juste parce que nous vivions à sa surface ? La puce qui nous sautait dessus ne nous demandait pas de rester immobile et de cesser toute activité. Elle savait bien qu’elle prenait un risque en s’aventurant sur cette surface vivante, mouvante et colérique. Elle en assumait la décision. Nous étions bien les seuls à oser nous plaindre des phénomènes inhérents à la vie de notre vaste foyer.

    Il essaya de recentrer chacune de ses pensées et d’en retirer un résumé, une formule parfaite, un condensé précis qu’il pourrait facilement transmettre aux hommes qui seraient prêts à l’écouter. Il ne trouva rien de simple. Vouloir limiter de telles réflexions revenait systématiquement à en perdre un aspect et à donner à l’ensemble une impression farfelue. On ne l’écouterait même pas, on se moquerait de lui, il s’en doutait bien et entendait déjà les railleries. L’humanité s’était enfermée dans une vision restrictive mais rassurante, une hégémonie qui satisfaisait son désir narcissique. Vouloir établir une égalité d’existence, une similitude dans nos émotions avec un brin d’herbe ou une fourmi relevait de l’utopie absolue. Personne ne l’écouterait.

    Il pensa à Nelly et à Jean-Jacques. Un possible partage.

    Le retournement vers soi. Il ne s’agissait pas de se contenter d’un regard humain mais d’instaurer un regard différent, neuf, épuré, jusqu’à l’effacement de cet humain. Qu’il ne reste qu’une forme de vie en symbiose avec d’autres formes de vie. L’oubli de soi, quand il ne s’agit que d’une forme aiguë de prétention, était la clé nécessaire à cette ouverture vers le monde. Il tenait la solution et la joie qui le gonflait aurait pu le faire voler au-dessus de la cime des arbres.

    Ce fut comme une naissance et l’accession à une nouvelle lumière.

    Pas, cette fois, la lumière artificielle d’une salle d’hôpital mais la lumière de l’univers. Un rayonnement d’étoile, un embrasement au cœur de ses fibres, un noyau en fusion, une âme libérée, un envol. Des vagues de frissons qui cascadent.

    Un autre état de conscience, différent de celui prôné par l’esprit humain. Un état naturel. Un état de connivence avec le monde. Nous serions donc en dehors de la vie, attachés comme du bétail à tirer dans une fuite aveugle des fardeaux imposés, à nous abrutir jour et nuit de drogues licites, à nous interdire, par tous les moyens, de nous observer. Il pensa à ses journées de travail, à ses six heures en classe, à ses deux heures au bureau, à l’entretien de son logement et de son fourgon, de son vélo et de toutes ses petites affaires, aux courses, à la télévision et à la radio, à ces informations d’un monde en débâcle, aux discussions sur le mauvais temps et le prix de l’essence, et à tous les passe-temps dérisoires pour occuper les dernières minutes de cette mort camouflée dans une journée quotidienne. Toutes nos activités nous tournaient irrémédiablement vers un extérieur artificiel, à des distances considérables de nous-mêmes et du monde. De notre complicité avec ce monde. Nous étions tous dans un état de non vie.

    Il s’assit au sommet d’une butte. Il dominait la cime des arbres. Le paysage devant lui s’étendait jusqu’à l’horizon. Il eut peur brutalement de ce qu’il découvrait.

    Il eut peur du moment où il redescendrait parmi les morts.   

    Il eut envie de leur parler. Il eut pitié d’eux. Pour la première fois, il aima l’humanité. Pendant quelques secondes. Pourquoi cette humanité avait-elle abandonné ce bonheur ?

    Il chercha… Et comprit qu’il ne devait pas le faire. Chercher, c’était encore faire appel à l’esprit humain pour répondre à une question qui concernait un ordre planétaire, une harmonie universelle d’où l’homme s’était retiré.

    Il déposa son sac, sortit sa serviette et l’étala. Il se déshabilla et s’allongea au soleil. Les yeux fermés.

    Une brise légère mais régulière coiffait le sommet dégagé et repoussait les insectes. Il pensa aux rennes de Scandinavie qui progressent sur les crêtes ventées pour se protéger des taons. Il suivit leurs longues marches. Vaste troupeau obéissant à des migrations séculaires, chaque individu posant ses pas dans les pas de ses ancêtres, acceptant la loi du groupe sans même y penser, perpétuant sereinement un ordre naturel. Un faucon survolait les troupeaux. La danse suspendue de l’oiseau le conduisit au bord de l’océan. Jonathan Livingstone l’accueillit. Le goéland avait acquis la liberté à travers le vol, il avait brisé les règles établies et choisi de développer des qualités extraordinaires pour éveiller sa propre connaissance. Mais s’il avait atteint une liberté sublime, il ne le devait qu’à une volonté farouche. Ce n’était pas un exemple accessible à tous. Le développement de cette connaissance hors du commun n’avait été rendu possible qu’à travers l’extrême perception et l’absolue maîtrise de son essence. Il avait retrouvé enfoui sous de misérables comportements quotidiens toutes les possibilités de son corps et de son esprit. De son être unifié. Aujourd’hui, le culte de la personnalité qui servait de référence ne représentait en fait que la consolidation d’un système pervers, nullement l’accession à cette connaissance supérieure. Ce n’était pas l’homme qui était promu mais sa totale participation à une vie de masse. Et les quelques individus parvenant à s’extirper de cette foule anonyme cautionnaient par cette fausse réussite un esclavage doré, totalement éloigné de toute essence. Rien ne s’éveillerait. Ce n’était pas l’homme libre qui pouvait jaillir mais juste l’homme privilégié, profitant avidement de l’opulence sordide des plaisirs offerts par ce système, l’embellissement frénétique des murs de la prison. Celui qui y parvenait apparaissait comme le plus heureux et le meilleur des hommes et la foule envieuse continuait à rêver avec le même enthousiasme aveugle, la même convoitise, se nourrissant d’espoirs de gloire et de fortune quand la paix de l’âme restait à portée de main, accessible à tous, sans distinction sociale, raciale ou d’intelligence. C’est l’esprit seul, sa sensibilité et sa capacité à goûter pleinement l’importance d’un brin d’herbe comme celle d’une étoile qui ouvrait les portes du monde.

    Il s’étonna de la fluidité de son raisonnement. Il ne se souvenait pas avoir connu auparavant des éveils aussi flamboyants. Il ne pouvait certifier qu’il parviendrait à échanger de telles idées mais ce bonheur  était déjà si inattendu qu’il lui suffisait amplement. Il douta d’ailleurs d’une possible transmission. N’était-ce pas à chacun de constituer sa propre théorie ? Sa propre vérité…Opposée à cette vacuité terrible qui nous étouffait. Soudainement, encore une fois, le vide de l’existence telle qu’elle était instituée, lui brûla la gorge. Physiquement. Il s’assit, prit la gourde et avala plusieurs goulées d’eau fraîche. L’angoisse disparût mais la tension dans laquelle l’esprit s’était maintenu céda d’un coup. Les larmes coulèrent, librement, sur les joues, il fallait pleurer, il le sentait, c’était une délivrance nécessaire, pas une fuite ou un abandon mais un lien avec ce monde oublié et battu. La rencontre triste de deux consciences esseulées, la complicité fabuleuse de deux esprits en sursis, deux êtres condamnés à plus ou moins brève échéance, sentant au-dessus de leurs consciences effrayées la menace permanente d’un sabre que l’espèce humaine tenait fièrement.

    Il refusa de sombrer dans les noirceurs et se releva. Il reprit son sac et s’engagea sur une sente. Il força son pas durant de longues minutes, crachant des bouffées de déprime dans les souffles jaillis de ses poumons, dans les brûlures de ses muscles, les gouttes de sueur qui voilaient ses yeux. Il sentit combien la peur pouvait étouffer les plus beaux sentiments, les plus intenses émotions. Il avait entrevu son retour parmi les hommes et la terreur qui s’était dressée l’avait tétanisé. Comment supporter ce mensonge immonde ? Ça ne lui semblait plus possible.

    Il marcha comme un forcené, évadé d’une prison morale et qui court, qui court, sentant dans son dos la rage haineuse des morts.

    Il serpenta entre les arbres, hors de tout objectif et de toute conscience réelle. Ce fut une fuite sans but. La douleur était en lui, les terreurs l’habitaient. Et il souffrait davantage encore de ne pas maîtriser ces assauts morbides, de ne pas parvenir au contrôle de soi et de devoir, pour trouver une certaine paix, consumer ses forces dans des défis déraisonnés.

    Il atteignit un nouveau sommet, simple colline déboisée, ouverte sur les horizons. Dans la dernière montée, un vertige l’avait ébloui. Il décida de manger. Espérant surtout y trouver l’absence de pensées dont il avait besoin.        

    Face à lui s’étendaient des pentes boisées, vastes mers de couleurs superbes sur lesquelles les rayons solaires, variant leurs inclinaisons et leurs intensités, jouaient pendant des heures. Il devina, sous le secret des frondaisons, les itinéraires répétés des animaux, leurs parcours ancestraux, incessamment agressés par des hommes envahisseurs. Il sentit l’angoisse pesante des espèces encerclées, les cris suppliants des arbres abattus, les râles étouffés d’une terre labourée, toutes ces souffrances quotidiennes qui resserraient impitoyablement sur des êtres fragiles leurs étreintes mortelles. Il aperçut au loin une brume étrange, surplombant une vallée invisible. Était-ce une vapeur échappée d’un lac ou la pollution d’une ville ? Embryon de pluie ou haleine putride. C’est de nos âmes que s’élevait ce poison. L’empreinte des hommes sur la Terre. Le cerf, au fond des bois, percevait le parfum pestilentiel des fumées d’usine, le ronflement des moteurs, le vacarme des avions, le hurlement aigu des tronçonneuses, les appels des chasseurs vers les meutes excitées des chiens. Même le parfum âcre de sa sueur agressait les narines des animaux aux abois. L’homme n’était toujours qu’une menace, que le complice cynique de la mort. Le dégoût. Il n’était qu’un humain. Les fumées de son fourgon, les routes dont il profitait, les champs sulfatés pour les récoltes forcées dont il se nourrissait, les bétails engraissés pour des populations obèses, les mers vidées par les filets dérivants, les centrales nucléaires pour des électricités gaspillées, les forêts vierges rasées pour des meubles coûteux, les fleuves agonisants sous les rejets nitratés, les décharges sauvages et les dépotoirs engorgés. On immergeait dans les fosses marines des containers de déchets radioactifs comme on jetait par les fenêtres des voitures un paquet de cigarettes. Le geste était le même. C’est la mort qu’on propageait.

    Le dégoût.

    Il ne voyait pas d’issue et sentait combien ses réflexions le conduisaient à une impasse. Si les animaux vivaient dans la peur permanente, la planète elle-même ressentait-elle cette angoisse ? Représentions-nous désormais le mal absolu ? 

    Sa simple présence éveillait dans les arbres des frissons inquiets et les gens incrédules mettaient cela sur le compte du vent. Un pigeon passa devant lui. Son vol était puissant et rapide. Etait-ce une fuite, la recherche désespérée d’un dernier refuge ? On trouvait jusque dans les mers australes des traces de dérivés chimiques. Où pouvait-il aller ? Les feuilles des arbres, autour de lui, le regardaient avec des yeux terrifiés, des hordes d’insectes affolés fuyaient devant ses pas aveugles, les nuages empoisonnés pleuraient des larmes acides.

    Les hommes avaient propagé la mort. Ils étaient son plus fidèle allié. L’humanité comme l’étendard de la grande faucheuse.

    Le dégoût.

    La violence du dégoût.

    Il se leva et prit le chemin du retour. Un court instant, des désirs de suicide. Il en gardait sur les lèvres un goût sucré, presque bon, l’anéantissement salvateur de la culpabilité et l’impression d’un geste enfin à soi.

    Il ne devait pas rester seul. Il en mourrait. C’était certain.

    Tête baissée, il parcourut les bois, la mort aux trousses et c’est ce sentiment effroyable de la fin à venir que les hommes étouffaient sous des agitations frénétiques. Ne pas savoir, ne pas écouter ni sentir. Rien. Vivre dans l’aveuglement, juste pour se supporter. Nous étions la mort et nous le savions. Mais nous maintenions avec obstination l’interdiction de le dire.

    Il finit par courir espérant que la violence de l’effort empêcherait toute intrusion raisonnée.

    Arrêter de penser et ne penser qu’à cela.

    C’était donc cela le rôle du sport. Juste le complice d’une dictature complexe. L’opium du peuple, un de plus.

    Ne pas penser. Courir. Etouffer le dégoût sous des épuisements musculaires.

    « Arrête de penser ! » cria-t-il dans le silence craintif des bois. Des sanglots échappés bloquaient ses souffles dans la gorge serrée.

    « Arrête de penser, gémit-il, arrête, c’est plus supportable. »

    A l’orée d’une clairière, il s’arrêta. Il ne se souvenait pas de cet espace dégagé. Il regarda autour de lui et ne reconnut rien. Au premier instant, il se dit qu’il était perdu mais l’absurdité de cette conclusion le frappa. Parmi les hommes il était perdu. C’est ici qu’il était quelque part mais il n’y trouvait pas les repères inculqués et se sentait totalement égaré.

    Avant de s’effondrer, il fonça, droit devant.

    Ce n’est pas le temps qui s’égrena mais la répétition mécanique de ses foulées, la force de ses respirations, l’usure de ses muscles, le choc dans son crâne des pas retombés, les crachats de salive qui suintaient aux coins des lèvres et les larmes salées qui coulaient de son corps comme un pus honteux.

    Honteux.

    C’est ainsi qu’il déboucha sur une route. Il reconnut l’accès au lac. Il était descendu trop bas. Il remonta le ruban goudronné et songea à ces milliards de kilomètres balafrant la planète, cicatrices sans cesse entretenues, élargies, renforcées, reliées entre elles par des réseaux de plus en plus étendus. Il crut devenir fou et comprit qu’il découvrait la vraie raison. Les fous, de leurs côtés, traçaient de nouvelles routes pour rejoindre plus rapidement leurs semblables.

    Le parking, le fourgon. Il courut encore, s’engouffra, ferma la porte et sauta fébrilement sur la boîte de cannabis. Anesthésier les flots de pensées sous des brouillards parfumés, étouffer fébrilement des consciences insupportables.

     

     

  • Tu n'est pas Je.

    Je reviens parfois sur ce texte. Je sais dans quel état je l'ai écrit. Pas plus de dix minutes. Une révélation soudaine. La compréhension fulgurante de ces deux entités en moi, cette lutte constante de "Tu" qui prend forme dans les réseaux humains, les relations sociales, les identifications rapportées et les regards qui nous empoisonnent.

    L'oubli de "Je" qui ne peut être saisi que lorsque "Tu" s'efface. 

    Une lutte qu'il faut mener jusqu'à son terme pour vivre soi-même et mourir comme un nouveau-né.


     

    Qui es-Tu toi qui m'étouffe sous tes certitudes

    Entassées comme autant de fêlures

    Tu as établi ta souveraineté au royaume des altitudes

    Miasmes enluminés d'infinies convenances,

    Soumissions passives, vicieuses accoutumances,

    Qui es-Tu pour vouloir ainsi me perdre alors que Je t'héberge

    Tu as voulu te nourrir des amitiés soudoyées,

    Honorer les vénérations, les reconnaissances

    Te gaver sans répit des amours passés,

    Tu as cru prendre forme, pâte malléable

    Abandonnée langoureusement aux caresses versatiles

    Tu réclamais ta pitance le cœur éteint

    Et l'ego malhabile, prêt à t'humilier pour calmer ta faim,

    L'euphorie anarchique te servait de remède et

    Tu refusais d'écouter en ton sein

    Vibrer une âme éteinte qui tendait vers sa fin

    Tu as rogné le Temps comme un poison pervers

     Avide d’espoir et gangréné de remords

     Mais la Vie a trouvé la faille et t'a mené vers le tombeau

    Nulle crainte pour elle Tu n'étais qu'un vaisseau

    Tu pouvais bien sombrer dans les abysses lointaines

    Elle était l'Océan, Tu te croyais capitaine

    Au creux des montagnes mouvantes Tu as eu peur enfin

    Tes pensées se sont tues et Je suis revenu

    De mon corps paralytique ont jailli des lumières

    Des étreintes amoureuses ruisselant de semence

    Palpitations d'univers comme autant de naissances

    J'ai compris les douleurs car Tu n'étais plus là

    Dressé à la barre d'un navire perdu Tu n'avais pas le choix

    Ta solitude morbide t'emplissait de morve

    Il fallait que Tu craches toutes tes nuisances

    Pour échapper enfin aux avides noirceurs

    Je ne t'en veux pas Tu sais,

    Tu as fait ce que Tu croyais juste

    Le courant était bien trop fort pour toi

    Je te tends la main désormais

    Il n'y a plus rien à fuir, ni peur à nourrir

    Le Temps que Tu vénérais te privait des instants

    Le Temps que Tu as gâché n’en a plus pour longtemps

    Il n’est qu’illusion même si Tu ne comprends rien

    Tu as rejoint ton âme et Tu t'y sens bien

    Laisse -toi porter

    La Vie sait ce dont elle a besoin

    L'Océan n'existe que là où Je me trouve

    Cesse de regarder les horizons éteints

    Ils ne sont que chimères et Tu t'épuises pour rien

    Je suis là maintenant et Tu peux t'abandonner.

    Tu es mort pour ton bien.

     

  • Ce qu'il faudrait enseigner...

    JARWAL LE LUTIN, tome 2

    EXTRAIT

    Le lendemain matin, Jarwal et Kalén allèrent s’asseoir au bord de la mare. Gwendoline les accompagna. Elle avait secrètement demandé à Léontine, la petite mouche bleue, d’assister à la discussion.

    Elle n’avait pas parlé de ses tourments. Jarwal était déjà concentré sur ce qu’il devait apprendre.

    Assis au bord de l’eau, Kalén sortit le parchemin de son outre.

    « Voilà ce que tu dois comprendre Jarwal. »

    Jarwal observa le rouleau ouvert.

    « Je ne comprends pas ta langue Kalén.

    -Je vais te le lire. Il te suffira de retenir certaines incantations. Le principe est très simple en fait. L’eau a une mémoire. Tout ce qui est dissout en elle reste ancré, jusqu’aux plus petites particules. Rien ne disparaît. Ce parchemin va t’expliquer comment rejoindre en toi l’eau qui te constitue. Ton enveloppe va se fragmenter pour retourner à sa source. Rien ne disparaîtra étant donné que cette eau en toi est comme une mémoire de ce que tu es. La plus grande difficulté consiste à quitter les pensées. Ce sont elles qui brisent en nous l’osmose avec le flux vital, avec l’énergie fondatrice. Il est essentiel d’apprendre à ne plus penser pour entrer dans l’énergie. Ce sont elles par contre qui te permettront de réintégrer ton enveloppe corporelle. Tu comprends ? Les pensées sont le lien entre notre âme et notre corps et notre âme est le lien entre l’esprit et la vie qu’il insère en nous. Il fallait un corps pour accueillir ce phénomène mental. L’âme en suspens est attirée par les pensées de deux adultes qui s’aiment et veulent concevoir un enfant. Si le chemin de vie qui est associé à ces deux individus convient au projet de l’âme, elle choisira ces deux adultes comme maison d’accueil. Tout commence sur cette Terre par les pensées de ceux qui vont devenir nos parents. C’est l’âme qui, la première, aime ceux qui vont devenir ses parents. Pas l’inverse. Mais dans le corps qui va recevoir notre âme, la mémoire de tout est enregistré. Nos vies précédentes, non pas dans leur parcours terrestre mais dans leur cheminement spirituel. Ce que l’âme n’aura pas réussi à atteindre dans ses vies passées, ce qu’elle a déjà accompli, ce qu’elle doit réaliser. Tout est englobé dans chaque particule d’eau. C’est là que tu vas retourner.

    -Et nous réintègrerons nos corps en percevant les pensées de ton peuple vers nous, c’est ça ?

    -Exactement. »

    Gwendoline s’était assise un peu à l’écart, le dos appuyé contre un chêne ancien, elle constituait des bouquets de fleurs séchées. Elle avait promis d’en offrir à Inola.

    Elle nouait machinalement les renoncules, les pieds d’alouette, les pivoines, les immortelles, les aconits, assemblant les couleurs et les formes.  

    « Puisqu’il faut un espace liquide pour recevoir les particules qui nous constituent, je suppose que tu sais déjà où nous devrons nous reconstituer ?

    -Un bassin naturel, sur la rivière qui court dans la vallée des Kogis. Nabusimaké, « là où naît le soleil », c’est là que vit mon peuple.

    -Il faudra que quelqu’un soit sur place en permanence.

    -Mon oncle s’y trouve.

    -Bien. Je dois donc quitter mes pensées, c’est cela ?

    -Si tu cherches à quitter tes pensées volontairement, tu resteras attaché à cette pensée. Ça n’est pas toi qui vas quitter tes pensées, ce sont elles qui vont sortir. Parce que tu ne seras plus disponible pour les accueillir. Chez les Kogis, on apprend aux enfants que les pensées sont comme des mouches dans la hutte. La hutte, c’est le mental qui pense. Les pensées ont trouvé une entrée et elles bourdonnent. Si le mental se concentre sur elles, c’est comme s’il leur offrait du sucre. Elles ne partiront plus, elles ont trouvé leur pitance. Il s’agit donc de ne pas s’en occuper, de ne pas les observer mais d’observer celui qui ne les regarde plus. La hutte va rester ouverte et elles finiront par partir parce que le mental ne leur aura pas offert ce qu’elles cherchent. Ça n’est donc pas une question de volonté mais plutôt d’abandon de la volonté. Il faut ne rien vouloir jusqu’à oublier cet objectif. Ce qui importe, c’est qu’il n’y ait plus de murs à l’intérieur. Les pensées, tout comme les mouches, vont se retrouver dehors. La hutte, c’est ton mental qui pense. L’esprit, c’est celui qui brise les murs. C’est lui l’architecte. Il accepte la présence du mental quand il est utile mais il peut aussi s’en séparer provisoirement. L’âme est le point de rencontre entre le mental et l’esprit. Pour retrouver l’esprit en toi, il faut aller vers la contemplation et abandonner les émotions. C’est ce que nous apprenons aux enfants.  

    -Et tu sais donc déjà comment t’y prendre malgré ton jeune âge?

    -Parce que les Kogis vivent en eux comme au cœur de la Nature. Ils sont dans le silence de la contemplation. Pas l’homme blanc. Lui, il fait les choses avant même de savoir qui il est. Chez nous, les enfants apprennent à être.

    -Des êtres humains et pas des hommes.

    -Et c’est un long chemin parce que c’est une voie exigeante. La voie de l’homme blanc est un abandon à la faiblesse.

    -Ici, la voie de l’homme blanc est présentée aux enfants comme la voie du progrès. »

    Une incompréhension sur le visage de Kalén, une stupéfaction. Comment pouvait-on égarer les enfants de la sorte ?

    « Et lorsque je suis en dehors de mes pensées, que dois-je faire pour être ?

    -Etre, tout simplement. Il n’y a rien à faire puisque tout est déjà là. Il n’y a rien à trouver. C’est ça que l’homme blanc ne comprend pas. Il s’obstine à chercher ce qui est déjà là et il ajoute sans cesse de nouvelles carapaces sur lui-même. Il s’est persuadé que son mental détient à travers les pensées le sens de l’existence. Il a succombé à la prétention parce qu’il détient la capacité à penser et à savoir que c’est lui qui pense. C’est comme s’il avait décidé d’honorer le coffre qui contient le trésor de la vie en oubliant les richesses qui s’y cachent. Tu n’auras aucun mal à ressentir ce dont je parle. C’est Izel qui me l’a expliqué. Et je sais qu’il avait raison. Tu es un lutin.»

  • NDE, expérience de mort approchée. (spiritualité/mort)

    Des expériences de mort imminentes scientifiquement prouvées

     

    La réalisatrice Sonia Barkallah et la comédienne et auteure Lise Thouin. 

     

    La réalisatrice Sonia Barkallah et la comédienne et auteure Lise Thouin.

    http://www.info07.com/Societe/2012-09-29/article-3086343/Des-experiences-de-mort-imminentes-scientifiquement-prouvees/1

    Patrick Voyer
    Publié le 29 Septembre 2012
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    La Revue

    Il y aura toujours des sceptiques du fameux "tunnel de lumière blanche", mais les plus grands spécialistes du monde commencent à croire leurs patients qui en reviennent…

    Sujets :
    France , Martigues , Italie

    La journaliste française Sonia Barkallah le démontre dans son documentaire Faux départ – Enquête sur les expériences de mort imminente. Les plus grands neurologues et réanimateurs de la planète brandissent le porte-voix et font tomber des centaines d'années de stagnation scientifique. Leurs constats: oui, certaines âmes peuvent quitter momentanément leur corps et oui, le siège de la conscience pourrait se trouver en dehors du cerveau.

    Sonia a interviewé des dizaines d'éminents spécialistes convaincus de ces deux avancées et de nombreuses personnes ayant vécu une expérience de mort imminente (en anglais, near death experience). Une d'entre elles, la comédienne et auteure Lise Thouin, effectue une tournée de promotion québécoise en sa compagnie. Les deux femmes se sont rencontrées en France lors d'un colloque sur les EMI, en 2006.

    La réalisatrice est fière du résultat, car elle a réussi à utiliser la science pour briser des tabous ou croyances jugés farfelus: «Des sceptiques, ça en prend. Mais quand des spécialistes viennent donner des arguments solides comme ça, c'est ridicule de ne pas les prendre au sérieux», lance Sonia.

    En France, son film a tellement créé une commotion positive, qu'il est distribué et écouté dans des centres de soins palliatifs et des universités. Sonia est invitée par des facultés de médecine pour présenter son film, considéré comme pédagogique pour les soignants et thérapeutique pour les patients.

    «Quand je suis allée dans les hôpitaux pour rencontrer des médecins, j'ai été surprise: ils m'ont dit oui tout de suite!», confie Sonia, qui a recueilli des déclarations fracassantes. Comme celle d'un neurologue ahuri par les propos de son patient après une opération qui aurait pu lui coûter la vie; il lui a raconté dans les moindres détails qu'il a assisté à l'opération et même à celle dans la pièce d'à-côté…

    «La question n'est pas de savoir si l'"expérienceur" est mort ou pas, mais comment a-t-il pu percevoir tout ça!», plaide Sonia, qui a notamment interviewé une dame aveugle qui a "vu" son opération en survolant son corps.

    Sceptiques confondus?!

    Non seulement ces "compte-rendu" renversent-ils l'ordre établi, ils établissent que les EMI ne découlent pas d'hallucinations provoquées par des psychotropes ou des maladies mentales. Le documentaire montre bien que les EMI arrivent dans n'importe quel cas, un accident comme une longue maladie de cause naturelle. Et cela, sans que la religion soit impliquée.

    Sonia sait bien qu'il y aura toujours des incrédules, même si on leur plaque l'évidence en plein visage. Mais elle préfère garder confiance, tout comme Lise Thouin, qui se sent isolée depuis son EMI de 1985, car elle voit que la communauté scientifique prend la question au sérieux. «La plupart des grandes découvertes sont arrivées comme ça; dès qu'un scientifique est témoin d'un phénomène, la communauté suit», dit-elle.

    «Il faut que ça se fasse graduellement, car certaines personnes sont fragiles», ajoute Lise Thouin.

    Mais Sonia a un as dans sa manche: elle prétend que la sphère scientifique détient la preuve irréfutable de l'existence des EMI depuis dix ans (grâce à une étude d'un médecin néerlandais s'étalant sur huit ans), mais qu'elle ne la dévoile pas officiellement pour des raisons éthiques. Bref, certains spécialistes trouvent que ça chamboule trop rapidement l'édifice!

    Mais ce n'est qu'une question de temps, car si plusieurs ont participé au premier colloque sur les EMI, à Martigues en 2006, davantage y seront en 2013 lors du second organisé par Sonia Barkallah. On veut en discuter, étaler les preuves, et on veut que la population soit au courant. Surtout que 18% des gens vivront une EMI…

    Une expérience bouleversante

    Lise Thouin avoue que l'ouverture face aux EMI est plus grande qu'en 1985, quand elle a survécu miraculeusement à un virus contracté en Italie. Or, elle assure que peu d'oreilles québécoises se dressent lorsqu'on parle de ce phénomène de plus en plus normalisé dans certains coins de la planète.

    Si seulement 6 milliards de personnes avaient pu se trouver dans sa chambre d'hôpital en 85… «Je n'étais pas branchée quand c'est arrivé. Je suis morte et suis revenue. Pourtant, j'étais condamnée, tout le monde pensait que j'allais mourir.»

    Ce qu'elle a expérimenté est indicible. Elle en a tout de même écrit un livre. «J'ai communiqué avec une réalité globale que je n'arrive pas à décrire avec des mots. C'était profond, mais ça s'est estompé. La conséquence reste encrée par contre, admet-elle, la main sur la poitrine. À mon réveil, je l'ai raconté au médecin, mais il m'a dit de ne pas en parler, que l'important est que j'étais vivante. Une seule infirmière m'a cru, parce que sa mère avait vécu la même chose.»

    Lise Thouin avoue que sa vision de la vie a changé depuis cet épisode. «Je ne considère pas ça comme un hasard, mais comme une seconde chance pour faire autre chose», précise-t-elle.

    Sonia considère les EMI un peu de la même façon. «La vie nous donne ce dont on a besoin pour évoluer», glisse-t-elle, en espérant plus de "contagions bénignes des EMI" dans le monde.

    «Je trouve ça réconfortant, conclut Lise Thouin, car comme ça, l'humain ne meure pas comme un champignon…»

    Commentaires

    • Nom de l\'usager
      Guezenec
      - 29 Septembre 2012 à 11:17:11

      Cela m'a toujours étonné de voir que, depuis 1975 où ces expériences ont été pour la première fois dévoilées par le Docteur Moody, il y ait si peu de diffusion dans les médias, alors que le sujet est l'un des principaux questionnements de l'humanité. Et ce ne sont pas les contre-arguments, peu convaincants (*), des sceptiques qui devrait freiner cette diffusion. (*) les sceptiques avancent depuis toujours que le cerveau génère une drogue au moment de mourir et provoque des hallucinations. Cette explication ne tient pas car 1. dans quelques récits, on est sur que le cerveau est HS 2. si c'étaient des hallucinations , elles seraient toutes différentes 3. Certaines expériences se produisent sans danger de mort 4. etc...

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    • Nom de l\'usager
      Magali
      - 29 Septembre 2012 à 10:09:09

      Ma mère aussi à vécue cette expérience y'a une 15ene d'année. Elle a raconté son histoire à une infirmière qui a mis ça sur le compte des médicaments mais ma mère disait que ce qu'elle avait vécue était plus vraie que la réalité de ce monde. Elle a eu l'impression de "revenir à la maison" Je pense que la médecine a encore beaucoup de choses à découvrir même si c'est une expérience qu'on peut pas reproduire à volonté. Il n'y a que les médecins et scientifiques qui ont fait eux même une EMI qui peuvent comprendre.

  • Dieu

    Rien à ajouter.

    En dehors du fait qu'en France, aujourd'hui, cet enfant serait passé à la porte dès qu'il aurait dit au professeur qu'il avait tort. Einstein a eu de vrais professeurs sans doute.

  • "Bon courage"

    Pendant notre raid à vélo de Clermont-Ferrand à Sète, j'étais surpris à chaque fois qu'à la suite d'une rencontre et d'une discussion, notre interlocuteur nous disait en partant : "Bon courage".

    Mais quel courage ? Il n'est nullement question de courage dans cette situation.

    Le mineur qui descend tous les jours dans des galeries instables en Chine, au Pérou, en Zambie, lui, il a besoin de courage. Il y va pour faire vivre sa famille et lui-même. Il n'a rien choisi. Ou alors il aurait choisi autre chose.

    Ce que cette expression révèle lorsqu'elle nous était attribuée, c'était bien l'image associée à l'effort que nous allions produire. Pour certaines personnes, cela relevait du calvaire. Incompréhension totale qui se lisait quand ils observaient notre chargement dans nos sacoches.

     C'est effrayant au final. Cette perception de l'effort physique qui ne serait qu'un chemin de croix.

      Cette incapacité à comprendre que ces heures à pédaler produisaient des effets merveilleux sur notre être intérieur, que cette exploitation partielle de nos forces engendrait un état d'épuration.

    On a même découvert à la fin du parcours que Nathalie et moi avions eu envie parfois la nuit de démonter le camp et d'enfourcher les vélos, sans attendre le jour, comme une euphorie qui ne pouvait plus patienter. On s'obligeait à dormir...

    J'avais des musiques qui tournaient en boucle, celles que j'avais écoutées dans une montée, un col, un passage où il avait fallu pousser les vélos. Tous les paysages étaient là, en moi, inscrits dans les notes de musique. Et d'écouter intérieurement ces airs qui revenaient comme en écho stimulait mon corps, comme s'il était mû par une énergie indocile, un courant électrique qui crépitait dans mes muscles.

    Quel courage ? Il n'est pas question de courage. Cette concentration sur la poussée des jambes, remonter la jambe gauche pendant que la droite appuie, le relâchement de la nuque, se défaire des crispations des épaules, la mélodie des souffles et le coeur qui cogne comme un tambour, les pensées qui ruissellent sur la route et l'esprit qui se vide, cet éclat de rire qui survient parfois, une fulgurance de bonheur.

    Le courage ne délivre pas ce genre de plénitude. Le courage suppose un combat.

    Un pompier qui entre dans une maison en flammes fait preuve de courage. Il maîtrise sa peur face à l'inconnu. Une situation périlleuse n'est jamais similaire à une autre, il y a nécessairement une part d'inconnu.

    Les exemples sont nombreux.

    Nous, nous étions en paix. Nous n'avions pas besoin de courage. Nous étions nourris par l'amour de ce que nous faisions.

     

     

  • 3) La GTMC, massif du Cézallier

    Une lecture très instructive sur wikipédia.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/C%C3%A9zallier

    Le massif du Cézallier, qui peut aussi s'écrire Cézalier (en auvergnat Sejalyé), est un plateau volcanique français situé dans le Massif central, entre les monts Dore et les monts du Cantal. Il est partagé entre deux départements : le Puy-de-Dôme et le Cantal.

    L’altitude moyenne du massif est située entre 1 200 et 1 500 m. Le point culminant du massif est le signal du Luguet (1 551 m).


    Un magnifique massif que nous ne connaissions pas, des paysages extraordinaires, un silence impressionnant. Immensité des plateaux.

    Le village de la Godivelle avec ses deux lacs, un de formation volcanique et l'autre d'origine glaciaire. Une longue traversée des plateaux puis une montée au col de Charmouroux...D'abord par la route

    gtmc-ete-2012-015.jpgpuis la fin sur une piste.

    On vient du fond, de tout en bas...

    GTMC-t-2012-021.jpg

    On a rempli les gourdes au dernier hameau, on a le repas du soir dans les sacoches, il ne reste qu'à trouver un endroit pour planter la tente.

    De "l'art" de cacher la tente et de se mettre à l'abri du vent dans un des seuls petits bois du secteur vers le buron de Paillassère.

    GTMC-t-2012-022.jpg

     

    Vivre là-haut réclame un amour de la solitude, des terres rudes, des hivers rugueux. Très peu de villages et de hameaux. Sur une carte régionale, le massif est représenté par un espace "blanc"...Une terre "vide" et pourtant qui nous "remplit"...

     

    L'immensité...Et toujours des montagnes au loin, comme un appel irrésistible, ce désir maintenu d'avancer encore un peu, cette promesse de nouvelles découvertes.

    GTMC-t-2012-017.jpg

    J'ai tellement aimé ce massif que je m'en suis servi pour un de mes romans :Coeurouvertwhite 2

     

    On s'arrête côte à côte parfois, on regarde la carte, on échange les avis, on demande si ça va, on mange quelques fruits secs et on repart...Chacun dans sa perception du présent et heureux du bonheur de l'autre.

  • Sur la mort.

    Il existe dans la mort une étonnante contradiction : on sait tous ce que cela signifie quand on apprend que quelqu'un est mort et pourtant, il nous est impossible en même temps d'affirmer quoique ce soit sur l'inconnu que cela propose. On sait que l'individu n'est plus là, matériellement mais sans pouvoir présager de ce qu'il en est de l'âme ou de l'esprit ou de l'énergie vitale qui s'en est allée.

    Ce qui est évident par contre, incontestable, c'est que la mort en nous est déjà programmée. Le moment où elle surviendra reste totalement insaisissable mais sa survenue est indéniable. Un jour, nous serons morts. C'est déjà inscrit. Il ne s'agit pas d'un phénomène qui survient soudainement et nous arrache mais d'un très long phénomène qui vit sa construction, jour après jour. La mort fait son chemin. Et puis, l'échéance atteint son apogée et le fil se rompt. Là, il s'agit bien entendu du meilleur des cas. Il reste ensuite tous les aléas de l'existence et les multiples formes que la fin peut prendre. Brutale dans la fleur de l'âge. Précoce dans l'enfance. Un accident, une maladie.

    Rien de contradictoire quant au phénomène lui-même. La mort est inscrite. Elle n'est responsable de rien. Ce sont les accidents imprévisibles qui lui donnent cet air horrible et injuste. Mais la mort n'a rien décidé. Elle a juste été sollicitée de façon prématurée par la vie elle-même et toutes les situations qui s'y greffent.  

    C'est à se demander même si cette mort a une existence réelle. Les hommes ont donné ce nom à l'effacement de la vie. L'effacement matériel. L'enveloppe n'est plus animée. C'est la Vie qui est partie. Et c'est cet état qui se nomme la mort. On aurait pu dire tout simplement la non-vie. 

    Et c'est encore un terme qui ne contient peut-être qu'une vision partielle. Parce que nous ne savons rien de cette non-vie. En dehors de l'immobilité cadavérique.

    Je portais l'âme de mon frère. Et mon dos n'en pouvait plus. La médium qui m'a sauvé voyait cette âme fatiguée de ce calvaire. Fatiguée de ma souffrance, de ma culpabilité alors qu'elle attendait sa délivrance.

    J'ai entendu dans les noirceurs des nuits des auras bleutées qui me parlaient. Cloué au fond de mon lit, réduit à une peau de douleur, elles s'insinuaient en moi et me susurraient des paroles inconnues :

    "Laisse la vie te vivre, elle sait où elle va. "

    "Tu n'es pas au fil des âges un amalgame de verbes d'actions conjugués à tous les temps humains mais simplement le verbe être nourri par la vie divine de l'instant présent. "

    Répétés sans fin comme dans un écho de montagnes, des lumières circulaires qui dansaient lentement devant mes yeux fermés.

    Des âmes anciennes qui veillaient sur moi ? Je ne sais pour quelles raisons. Peut-être simplement parce que je n'espérais plus rien.

    La mort ?... Juste un autre espace habité. La rigidité cadavérique n'est qu'une enveloppe déchirée dont le message s'est envolé. Il faut ouvrir le pli pour lire le message. Le parcours terrestre est une approche minutieuse pendant lequel il convient simplement de ne pas alourdir le porteur du pli.

    Se simplifier de tout pour être prêt.