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Clap de fin
- Par Thierry LEDRU
- Le 13/05/2014

Le gouvernement a décidé de détruire l'école que j'aimais.
L'Education nationale n'existe plus.
Le projet de l'État est de se désengager financièrement, d'abandonner l'école publique, de la morceler, d'en affaiblir la qualité, encore et encore, sous couvert de lois progressistes..
La chronobiologie est une fumisterie totale, un prétexte qui ne répond absolument pas aux priorités.
La baisse du chômage est une priorité bien plus présente pour l'État. Les TAP sont là pour ça.
La concentration des écoles.
Le transfert inéluctable des enfants vers les écoles privées. Deux formes d'enseignement à venir : les enfants favorisés par le niveau social de la famille et les autres.
La territorialisation de l'enseignement. Les charges aux communes, selon leurs moyens, la fin inévitable des petites écoles qui ne pourront financer les activités péri scolaires, des mairies qui iront jusqu'à souhaiter, voire accélerer les fermetures de classe. Le coût des transports suffira à mettre le budget municipal en péril.
Je renvoie vers la lecture du cahier numéro 13 de l'OCDE. Le projet n'est pas celui qui est présenté dans les "merdias."
Les inégalités territoriales seront immenses et source de multiples dérives.
La fatigue des enfants et par conséquent les effets sur les apprentissages renforceront le désastre en cours.
Les effectifs dans les classes atteindront des seuils jamais connus. Fermetures des petites écoles rurales et donc concentration urbaine ajoutée à la diminution du nombre d'enseignants.
Les entreprises entreront inévitablement dans les écoles en "sponsorisant" les activités. L'éducation deviendra un marché. Les enfants subiront un conditionnement considérablement puissant. Futurs consommateurs. Main d'oeuvre exploitable, reconnaissante, soumise, léchant la main tendue de son Maître.
La dernière chose qui me tenait encore debout, celle qui nourrissait encore mon engagement, c'était le bien être des enfants dans ma classe.
Hier, jour de rentrée scolaire...
La directrice m'arrête dans le couloir pour me dire que des parents sont venus se plaindre que leurs enfants subissent un harcèlement constant, dans ma classe, de la part d'autres enfants, un groupe important contre deux enfants.
Dans MA classe.
Je n'ai pas été informé, ni invité. Les réclamations se sont faites vers la hiérarchie et la hiérarchie me demande d'être vigilant...
Et qu'est-ce que je fais, à chaque instant, et chaque année, quels sont mes objectifs, mes attentes, mes exigences, mes valeurs, quelle est ma vision de l'enseignement ? Combien de fois je suis intervenu pour que les enfants se respectent, ils savent ce que j'ai subi à l'école, ils savent à quel point j'en ai souffert, ils savent que c'est inacceptable...
Des heures à leur parler d'amour, de respect, à leur expliquer les phénomènes de groupe, le mal immense que ça peut faire...
Et pourtant...
Tout ce que je dis sur la vie en communauté, tous les textes philosophiques, toute la dimension existentielle, cette volonté constante d'établir un sanctuaire.
Des heures à leur lire des textes de philosophes, à leur expliquer l'importance considérable de l'observation de soi...
Et pourtant...
Constat sans appel : Je ne parviens plus à faire de ma classe un sanctuaire et j'ai toujours pensé que si un jour, je ne me sentais plus en capacité d'élever la conscience des enfants dont j'ai la charge, je partirai.
Je suis allé dans ma classe, hier soir, j'ai décroché des murs tous les textes des philosophes écrits sur de grands panneaux calligraphiés, j'ai ramené chez moi tous les livres personnels que je prêtais aux enfants.
De toute façon, ils ne les lisaient pas. Et d'ailleurs, combien d'entre eux lisent encore ? Parfois ...Quelques lignes...
Un enterrement. Un désastre.
J'ai fermé ma classe et je n'y retournerai plus.
Trente-deux ans à lutter.
Clap de fin.
Je n'irai plus.
C'est mort.
Cataclysme.
Il ne reste qu'un champ de ruines.
Et je vais tourner le dos à ce champ de batailles.
Il faut que je sauve ma peau.
Pour ma femme, pour mes trois enfants.
Et pour moi.
Je refuse de collaborer au démantèlement de l'école et je n'ai plus l'énergie de lutter contre les dégâts de ce monde sur les enfants que je rencontre. C'est au-delà de mes forces.
Et tant mieux.
A partir d'aujourd'hui, j'entre en désobéissance civique.
Enterrement de dernière classe...
Après ça, il n'y aura plus rien.
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Sans espoir (école)
- Par Thierry LEDRU
- Le 06/04/2014
Christian Beullac UDF Ministre de l'Éducation Alain Savary PS Ministre de l'Éducation nationale Jean-Pierre Chevènement PS Ministre de l'Éducation nationale René Monory UDF Ministre de l'Éducation nationale Lionel Jospin PS Ministre d'État de l'Éducation nationale, de la Recherche et des Sports Jack Lang PS Ministre de l'Éducation nationale et de la Culture François Bayrou UDF Ministre de l'Éducation nationale Claude Allègre PS Ministre de l'Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie Jack Lang PS Ministre de l'Éducation nationale Luc Ferry UMP Ministre de la Jeunesse, de l'Éducation nationale et de la Recherche François Fillon UMP Ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche Gilles de Robien UMP Ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche Xavier Darcos 23 juin 2009 UMP Ministre de l'Éducation nationale Luc Chatel 23 juin 2009 UMP Ministre de l'Éducation nationale, de la Jeunesse et de la Vie associative Vincent Peillon PS Ministre de l'Éducation nationale Benoît Hamon En fonction PS Ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche
La liste des ministres de l'En depuis ma première année comme instituteur.
Lequel a pris en considération l'enfant avant l'élève ?
Aucun.
Peillon a fini de pourrir la maison. Hamon va se charger de compter les morts. Belkacem viendra pisser sur les tombes.
Je n'ai aucun espoir d'une rupture catégorique dans la politique éducative de ce pays.
Même si cette réforme était abandonnée ou modifiée, il est clair que la dimension existentielle, holistique, philosophique n'existera jamais autrement que dans des classes occupées par des esprits rebelles.
Je leur souhaite la plus grande énergie.
Moi, je n'en ai plus.
Il ne reste que le dégoût devant cet épouvantable gâchis.
Rien ne changera. Ils reprendront les programmes, ils ajusteront les activités périscolaires, ils demanderont de la patience et l'engagement des enseignants, des parents, des communes...Jamais, ils ne parleront des enfants. Ils joueront sur la culpabilité, ils traiteront le milieu de mammouth, les syndicats gesticuleront, la FCPE continuera à se prostituer pour ses subventions, la droite critiquera la gauche jusqu'à ce qu'elle repasse au pouvoir et que la gauche lui tombe dessus, le jeu des chaises musicales reprendra, ils toucheront leurs salaires et leurs primes, ils cumuleront leurs droits à la retraite et seront défiscalisés, la populace se plaindra mais les enfants continueront à aller à l'école...
Que faire ? La désobélissance civile.
Blocus complet de toute la sphère administrative, aucun retour de documents, aucune statistique, aucun tableau, aucun graphique, aucune réunion, aucun effectif, aucune concertation, refus des inspections, fermeture des boîtes mail professionnelles...Mais jamais de grève.
Une information continue aux parents d'élèves, une école ouverte et bienveillante, une quête d'unité.
Les communes suivraient parce que leur budget scolaire va les étouffer ou générer des conflits interminables. Que le choix se porte sur une hausse des impôts, la suspension des subventions aux associations sportives et culturelles, une participation financière des familles, quel que soit la solution retenue, il ne s'agira plus jamais d'une "école gratuite".
L'éducation nationale est devenue territoriale.
Les villes les mieux loties tenteront d'organiser des activités intéressantes, avec des personnels qualifiés.
Les petites communes ? Quelles se débrouillent...
Enseignement à deux vitesses, mise en compétition des villes, hiérarchisation des résultats. On comptera en nombre d'heures et en nombre d'activités. Il y aura des classements des villes les plus dynamiques. Ou celles qui "collaberont" le mieux.
J'imagine très bien ce qui va se passer.
Après le classement des meilleurs lycées, on aura bientôt le classement des villes les plus obéissantes.
Juste du dégoût.
La "désobéissance civile" de Thoreau, personne donc ne s'en souvient ?...
Mais je m'en sortirai.
Cette vie-là est finie.
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Désertion
- Par Thierry LEDRU
- Le 25/03/2014
Il y a environ trois cent mille enseignants du premier degré en France.
Depuis la mise en place de la réforme Peillon, ils sont confrontés à un nombre invraisemblable de problèmes très lourds à régler.
On ne compte plus les réunions. Enseignants, élus, parents d'élèves, associations...
Tout le monde oeuvre à l'élaboration de planning, de bouclement de budgets, d'entretiens d'embauche, d'état des lieux des bâtiments susceptibles d'accueillir les enfants.
Branle bas de combat.
En sachant pertinemment que tout cela n'évitera pas le désastre à venir.
C'est comme si l'ensemble des passagers du Titanic s'organisait pour boucher les trous dans la coque en sachant que c'est perdu d'avance.
J'ai entendu le président de la FCPE dire que cette réforme était ambitieuse et complexe et qu'il faudrait sûrement de nombreux ajustements et que ça prendrait du temps, un an, deux, trois peut-être...
Trois ans dans la vie d'un enfant de dix ans, est-ce qu'il s'est posé la question de savoir ce que ça représente ? Non. Il ne voit que son positionnement et sa propre analyse, totalement décorrelée de la réalité des enfants.
Un an dans la vie d'un enfant de dix ans, c'est donc un dixième.
J'ai 52 ans, cela représentrait donc plus de 5 ans.
C'est ainsi qu'il faut regarder cette période d'ajustements, la comparer à la vie d'un enfant...
Un an de troubles cognitifs, émotionnels, existentiels. Deux ans, peut-être trois...Un traumatisme irrémédiable.
Mais j'ai vraiment l'impression de parler dans le vide.
Tout le monde travaille à ordonner ce chaos.
Et je m'interroge. Pourquoi cette obéissance ?
Les raisons sont nombreuses : un attachement à un système qui a permis à ces enseignants d'obtenir un travail, une sécurité de l'emploi, un cadre de vie qui reste bien plus supportable que celui de l'ouvrier en usine...
Une certaine forme de respect pour cette "grande maison"...
La peur de l'avenir également.
Un enfermement professionnel étant donné que les gens de ma génération, nous n'avons que le BAC et notre diplôme d'instit. C'est à dire rien du tout...
J'ai eu mon 2ème RDV aujourd'hui avec le personnel de l'EN chargé de la reconversion des enseignants. Et bien, il n'y a rien, aucune solution...Un désastre.
Plus de budget, aucune prise en charge.
Prisonnier. Trente ans à enseigner, plus de mille élèves. Aucune valeur, rien, le néant. C'est comme du vide dans l'Univers. Inexistant.
Alors, tout le monde travaille.
Et c'est là que ça me pose un problème.
300 000 enseignants qui annonceraient au gouvernement qu'ils refusent catégoriquement d'appliquer cette réforme. Aucune menace de grève, aucun refus d'accueillir les élèves mais un blocus complet envers toutes les directives. Refus des inspections, aucun formulaire d'enquête, aucun document administratif, aucun retour. Tout à la poubelle. Aucune conférence pédagogique, ni en présentiel ni en virtuel (oui, c'est ainsi que ça va se passer désormais, conférences sur le net...). Aucun effectif communiqué. Un blocus.
Les enfants seraient accueillis, le travail serait fait, les parents soutiendraient l'action commune des enseignants.
Nous serions tous en faute professionnelle. Trois cent mille fonctionnaires.
Une désobéissance civile, une "désertion" administrative.
Que pourraient-ils les politiciens ? Sanctionner 300 000 fonctionnaires ? 300 000 électeurs ?...
M Peillon agiterait la responsabilité, il jouerait sur la culpabilisation et sur la peur.
Mais les parents verraient que le travail avec les enfants est fait. Aucune sanction morale ne serait appliquée par la population.
De quoi ont-ils peur les enseignants ?
De perdre leurs prérogatives, leur sécurité, peur de s'opposer à la hiérarchie ? Peur de trahir Dieu le Père ?
Et les enfants ?
Qui pensent aux enfants ?
Finalement, le corps enseignant est un corps d'armée. Pas question de se pencher sur les victimes du conflit.
"Ne pense pas, tais-toi et obéis aux ordres. "
Je ne cautionnerai pas ce massacre. Plutôt crever.
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Pulsion de vie (3)
- Par Thierry LEDRU
- Le 08/02/2014
Pulsion de Vie

Pulsion de vie.
de Thierry Ledru
La Vie est une pensée qui a pris forme, il y a bien longtemps, cette pensée sous-tend deux voies indissociables l’une de l’autre, la première est la naissance de la vie (de la cellule), sa multiplication par division, créant ainsi une nouvelle cellule et la deuxième est la mort de la cellule programmée originellement pour une certaine durée de vie…Dans sa nature originelle, la vie est composée de pulsions de vie et de pulsion de mort. La biogénèse nous enseigne que le renouvellement de la vie est programmé ou formaté. Le compte à rebours a -t-il commencé ? comme Albert Jacquard nous l'enseigne.
Si je m’en tiens à l’idée que la Vie est une pensée qui a pris forme, cela sous-entend que cette pensée contient deux voies :
- Une pulsion de vie dont le but est de créer, de prolonger puis de renouveler.
- Et une pulsion de mort.
Pour que ce renouvellement se fasse, la mort a pour rôle de mettre un terme aux formes. Il était inconcevable que des formes apparaissent sans que celles existantes ne laissent leur place.Dans la pensée de la Vie, il y a une finitude des formes, mais pas de la Vie elle-même. C’est juste un remplacement afin que les formes existantes soient vivaces, exaltées, enthousiastes, lumineuses et soient dans un état favorable à l’idée du renouvellement. L’épuisement de la forme n’est pas compatible avec l’idée de reproduction. Le principe de la reproduction s’appuie sur des formes robustes. La Mort n’intervient pas comme une fin mais comme une évolution possible.
Le remplacement implique l’éventualité d’une amélioration, d’un renforcement, d’une transformation nécessaire. Rien n’est figé parce que la Mort se charge d’éliminer l’ancien temporel afin que la Vie propose une suite elle-même provisoire, nourrit par des changements constants, aussi infimes soient-ils, ou aussi dérisoires dans le temps d’existence de cette forme.
Le Temps de la Vie s’inscrit dans un système solaire dont la durée n’est pas accessible à notre cerveau. L’évolution de cette Vie n’est pas plus palpable. Tout juste une intuition malgré toutes les connaissances accumulées.Des savoirs qui progressent et se transforment eux aussi.
Cette mort a pourtant eu une conséquence néfaste dans ce système parfait.
La pulsion de mort, générée par la pensée, est devenue chez l’homme une véritable addiction.
Un enfant marche le long d’une haie. Il laisse traîner sa main dans les feuillages puis soudainement, il serre les doigts et arrache une feuille. Il la malaxe quelques secondes et la laisse tomber au sol.
Pulsion de mort !
Un geste irréfléchi ? Une action impulsive, très facile à réaliser, générant un sentiment de puissance qui vient renforcer l’identification de l’individu, cette irréalité du détachement envers la Vie.
« Tu as écrasé cette chenille. C’était facile. Maintenant, refais-la. » Lanza del Vasto.
« Je ne suis pas cette plante, je ne suis pas cette chenille. »
Et se disant cela, l’enfant peut la blesser ou la tuer. Elle n’est pas « lui ».Effectivement, elle n’est pas « lui », mais elle porte une Vie identique à celle qui est en lui.
Pour concevoir cette idée, il faut être habité par la pulsion de Vie. Cela implique un détachement envers cette identification formatée dont l’individu est abreuvé depuis sa naissance par l’éducation, la société, l’histoire antédiluvienne, des conditionnements répétés, le matérialisme mondialisé, l’idée consternante que les humains possèdent la Terre. Et par conséquent la Vie.La pulsion de vie n’est pas la norme en vigueur dans le monde occidental. Elles l’est chez les Peuples Premiers, les kogis par exemple.
La pulsion de mort a un impact incommensurable. Elle répond à des désirs immédiats d’identification et cette identification favorise le développement de comportements mercantiles. La pulsion de mort renforce le conditionnement qui consiste à présenter l’individu comme détaché de la Vie. Il y a lui et « l’environnement ».
En étant éduqué comme une entité individuelle évoluant dans un environnement et non comme un fragment d’une entité originelle, une pièce infime d’une image immense et en dehors de laquelle il n’est rien, l’individu n’est pas amené à se tourner vers la pulsion de Vie mais bien au contraire à exploiter cette pulsion de mort qui exacerbe ce schéma de pensée éducatif.
Les effets mercantiles se mettent en place dès lors que l’identification à l’individu est suffisamment ancrée pour que des désirs de puissance viennent l’alimenter. Posséder et détruire sont deux phénomènes révélateurs de ce formatage de la pensée.La possession matérielle va apporter à l’individu un renforcement de sa distinction, de cette croyance à son extériorité au regard du phénomène vital. En accumulant les biens, il comble inconsciemment le vide existentiel tombé en lui avec son rejet forcené du phénomène vital. Etranger au cœur de ce phénomène vital, il va s’engouffrer au cœur du matérialisme « vivant ». L’appartenance à des groupes sociaux renforce là encore l’identification étant donné qu’elle créé un miroir dans lequel l’individu s’observe. « Je suis comme ceux-là. »
Tous les phénomènes sociaux, qu’ils soient politiques, économiques, religieux, consuméristes, médiatiques… sont des excroissances de cette pulsion de mort. Il s’agit tout simplement de renforcer sans cesse, en multipliant les supports, tout ce qui permet de combler le vide laissé par la perte de la pulsion de Vie et la perte de quête de sens.
Là où le phénomène a pris une ampleur jamais perdue depuis, c’est lorsque certains individus totalement impliqués dans cette pulsion de mort se sont aperçus du bénéfice qu’ils pouvaient en tirer. Ils sont devenus « les Maîtres » à penser. Dans un schéma de pensées individualistes.
La guerre en est l’exemple parfait : pouvoir, puissance, accumulation des richesses, extension des territoires, suprématie etc… Pour parvenir à ses fins, un conquérant, qu’il soit président élu, dictateur ou empereur doit avant tout accumuler des armes. Il faut des matières premières, des usines, des marchands. Des sommes colossales. Une fois les terres ravagées et la paix revenue, il faut reconstruire. Des sommes colossales et des bénéfices pour les exploitants.Et la mort et la détresse pour les exploités... La pulsion de mort dans toute son horreur. Les instigateurs des combats n’en seront pas les victimes. Il leur aura suffi d’utiliser les masses populaires, celles qui depuis leur naissance ont appris à être identifié à eux-mêmes, puis à une nation, à un drapeau, à des idées politiques, à tout un ensemble intellectuel, jusqu’à la déraison. Pensant avec les Maîtres en retirer des bénéfices. Aussi dérisoires soient-ils. L’essentiel étant de continuer à exister comme l’individu qu’ils ont appris à être.
Il aurait été envisageable qu’à la suite de deux guerres mondiales dévastatrices, l’humanité s’engage dans un cheminement réfléchi au regard du Vivant. Il n’en a rien été. Rien de durable. La mondialisation spirituelle a été étouffée par la mondialisation matérielle.
En temps de paix, la pulsion de mort est également très profitable. Le principe est toujours le même. Pour exister, il faut posséder et combler le vide de la pulsion de Vie abandonnée. Les possessions matérielles sont là pour ça. L’individu existe parce qu’il a une maison à son nom, une voiture à son nom, un compte en banque à son nom, des enfants qui portent son nom, il a un bout de terrain qui lui appartient, il achète la technologie à la mode et il peut en parler avec ceux qui font comme lui, il est supporter d’un club de foot, il a même une femme qui a pris son nom…
Mais tout ça ne serait pas très enthousiasment s’il n’y avait pas la possibilité de changer. Il suffit de casser et on remplace, il suffit d’attendre la dernière nouveauté et on remplace, il suffit de jeter, de perdre, d’abîmer, d’user, d’abuser. Même une femme, « ça » se remplace…Mêmes des enfants, « ça » se remplace, « ça » se jette. C’est normal tout ça. Tout le monde vit comme ça. C’est le monde moderne.
Il est tout aussi intéressant de renforcer les appartenances. Les religions ont montré la voie dans ce domaine. Les religions technologiques les ont remplacées. Toujours des appartenances, du néant pour combler le vide originel. Les religions politiques, les religions médiatiques, les religions syndicalistes, historiques... Du néant.
Ce qui importe pour tous les Maîtres de ces mouvements, c’est de prolonger et d’intensifier les richesses accumulées, de renouveler la masse des consommateurs, des électeurs, des participants. Il suffit qu’ils y trouvent du rêve à défaut d’une réalité enviable.
Il est facile de faire rêver un endormi.
Dans la pulsion de Vie, le principe du renouvellement est une nécessité afin de maintenir la vie.
Dans la pulsion de mort, le principe du renouvellement est évènementiel. Il s’agit de créer un évènement qui va renouveler le rêve, lui donner un nouveau visage. Il n’y a aucune nécessité intrinsèque mais une intention cachée. Il faut changer la décoration de la cellule.
Le droit de vote n’est jamais que le droit de rester endormi. Comme il est doux de continuer à rêver après avoir fait son devoir…Juste le devoir inséré dans le cerveau de la masse par les Maîtres du système.
«Ce n’est pas un signe de bonne santé que d’être adapté à une société malade. » © Krishnamurti.
Il ne sert à rien de chercher à améliorer le confort d’un malade quand on en oublie de combattre la maladie. Ou pire encore quand on ne la voit même pas.
Ce monde moderne s’entête dans une voie sans issue.
Et je ne vois aucune solution collégiale au problème. L’Humanité n’évoluera qu’au regard de l’évolution spirituelle de chacun.
D’avoir perdu le sens de l’unité originelle a généré une unité fondée sur l’individualisme.Les individus se regroupent sous les bannières des Maîtres à penser. Eux-mêmes regroupés sous la bannière de leurs propres intérêts et de leurs pulsions les plus basses.
Le monde moderne fonctionne comme une unité morcelée qui broie l’individu en prônant sa liberté.
Il est impossible d’imaginer ce que sera l’Humanité dans dix mille ans. En imaginant qu’elle existe encore.Une évolution positive est-elle encore envisageable ? Une évolution réfléchie bien entendue, pas une somme de réactions forcenées, dictées par des évènements catastrophiques…
Je n’ose même pas essayer d’imaginer ce qu’il restera de la Nature.Et cette douleur-là m’est insupportable.
Pour l’Humanité elle-même, je n’en éprouve aucune peine. C’était sans doute un beau projet.
Mais la pensée de la Vie aura peut-être besoin d’en changer.
Il fallait voir ce que nous étions capables de faire et de devenir...
Nous ne sommes finalement peut-être qu’une expérience.
Pulsion de vie © Thierry Ledru pour frenchwritersworldwide.com
11 juin 2012.
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La sexualité de l'Amour (sexualité sacrée)
- Par Thierry LEDRU
- Le 28/01/2014
Extrait du livre sur la sexualité sacrée d'Osho
« L'amour donne accès à l'infini, à l'immortalité de la vie. Donc, si vraiment vous avez rencontré l'amour, vous pouvez l'utiliser comme technique de méditation.
Voici comment faire : Dans l'amour, ne gardez pas vos distances. Soyez amour et entrez dans l'éternité. Lorsque vous faites l'amour à un homme ou une femme, êtes-vous là en tant qu'amant ?
Si vous y êtes, vous êtes dans le temps et votre amour est faux, artificiel.
Si vous êtes encore présent et capable de dire : « Je suis », vous êtes peut-être proche physiquement, mais spirituellement vous êtes aux antipodes l'un de l'autre.
Pendant l'amour, vous ne devez pas être. Seul l'amour, seul l'acte d'amour doit être.
Devenez l'acte d'amour !
Lorsque vous caressez votre bien-aimé(e) ou votre amant(e), devenez la caresse.
Dans le baiser, ne soyez pas celui ou celle qui embrasse ou qui reçoit le baiser, soyez le baiser.
Oubliez complètement l'ego ; dissolvez-le dans l'acte.
Entrez dans l'acte de façon si profonde que celui ou celle qui agit disparaît.
Et si vous ne pouvez entrer dans l'acte d'amour, il vous sera difficile d'entrer dans l'acte de manger ou de marcher - très difficile, car l'amour est l'approche la plus simple pour dissoudre l'ego.
C'est la raison pour laquelle ceux qui sont égoïstes sont incapables d'aimer. Ils peuvent en parler, ils peuvent le chanter, ils peuvent écrire à son sujet, mais ils sont incapables d'amour. L'ego ne peut aimer....
Devenez l'amour ! Et entrez dans la vie éternelle. L'amour vous fait brusquement changer de dimension. Vous êtes projetés hors du temps et vous faites face à l'éternité.
L'amour peut se transformer en une profonde méditation, la plus profonde qui soit. Et des amants ont parfois rencontré ce que des saints n'ont pas connu.
Des amants ont pu toucher ce centre, ce que de nombreux yogis n'ont pas réussi.
Mais cela ne restera qu'un pressentiment, à moins de transformer votre amour en méditation.
Tantra signifie ceci : transformer l'amour en méditation.
Maintenant vous pouvez comprendre pourquoi le Tantra parle tellement d'amour et de sexe.
Pourquoi ? Parce que l'amour est la porte naturelle la plus aisée pour transcender ce monde-ci, la dimension horizontale....
Le sexe ne doit pas rester du sexe- voilà l'enseignement du Tantra - il doit être transformé en amour.
Et l'amour non plus ne doit pas rester de l'amour.
Il doit être transformé en lumière, en expérience méditative, en la dernière et ultime apogée mystique.
Comment transformer l'amour ?
Soyez l'acte et oubliez celui ou celle qui agit.
Pendant l'acte d'amour, soyez l'amour, rien qu'amour.
Ensuite, il ne s'agit plus de votre amour ou de mon amour ou de celui de n'importe qui d'autre. C'est simplement de l'amour.
Lorsque vous n'êtes plus là, vous êtes alors entre les mains d'un courant, d'une source ultime, et vous êtes dans l'amour.
Ce n'est pas vous qui êtes dans l'amour ; dans ce cas, l'amour vous a submergés, vous avez disparu.
Vous n'êtes qu'une énergie qui circule...
L'amour c'est passer ensemble dans un monde différent. » -
"RéLovution"
- Par Thierry LEDRU
- Le 08/12/2013
La méthode d'éveil est d'amener dans notre vécu cette nature qui est déjà présente. Que ce soit la méditation ou toute autre pratique, rien de nouveau n'adviendra car cela signifierait sinon que nous captons dans l'environnement un état inconnu en nous, comme si la pluie pouvait se glisser en nous, comme si nous n'avions pas de matière, comme si la lumière du soleil devenait une possession.
La méditation ne fabrique rien. Elle n'insère pas dans l'individu une donnée extérieure. Elle permet de prendre conscience de ce qui est là. Il s'agit en fait d'une épuration, de l'arrachement à notre conscience de tous les états parasites, de tous les voiles opaques qui contiennent une lumière déjà présente en nous. La nature de tous les êtres est exactement la même et cette nature est au-delà de la pensée. C'est là que se situe l'ouverture. Une ouverture sur ce qui est déjà là. Un état qui dissout l'intention, la volonté, l'imaginaire. Il n'y a rien à imaginer, rien à attendre, à vouloir, à espérer.
Penser à la méditation, c'est ne pas méditer. Tout le problème est là. Se donner un objectif mentalisé ramène l'individu à son mental et par conséquent à ses attachements.
L'attachement à la dissolution des attachements ne peut pas être un état d'éveil.
Toute la difficulté vient du fait que notre éducation, les enseignements reçus, l'accession à la connaissance, contribuent tous ensemble à créer une habitude : un travail, quelqu'il soit, attribue à l'individu une possession nouvelle. Il doit y avoir un résultat tangible, mesurable, identifiable, transmissible, ce travail doit même, si possible, octroyer un pouvoir, une distinction au regard du groupe humain. L'école enseigne pour que l'individu gravisse les échelons de la connaissance...
La méditation enseigne à perdre ce qui a été accumulé puisque ce qui est accumulé contribue finalement à la perdition de l'individu. La connaissance intègre le connaissant mais l'accession à la connaissance ne favorise pas instantanément la connaissance interne du connaissant. Ils sont nombreux ces diplômés qui ne savent rien d'eux-mêmes, sinon, l'image associée au statut de connaissant qu'ils ont acquis. Tout cela n'est pas une connaissance de soi. Tout le problème est là.
La connaissance détachée du connaissant est une accumulation de données temporelles. Toutes les connaissances viennent du passé et sont transmises à l'individu. Mais sans l'exploration du connaissant, dans l'instant, toute accumulation de connaissances n'est qu'un fardeau dont on se charge. Bien entendu, l'agrégé de philosophie considèrera qu'il a un très haut niveau de connaissances et c'est exact pour ce qui est de son domaine. Mais s'il s'identifie à cette connaissance, il ne sait plus rien de lui...
C'est bien là que se situe le problème de notre enseignement en France. Nous amenons les enfants à croire que leurs connaissances leur donnent forme.
C'est terrifiant d'imaginer l'ampleur de ce mensonge...
Terrifiant aussi pour moi de penser que j'y participe...
Il est indispensable de changer de voie. Et les réformes ne servent à rien. C'est une "RéLovution" dont nous avons besoin.
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"Cet étrange sentiment de transcendance"
- Par Thierry LEDRU
- Le 27/11/2013
Il s'agit d'un article dans le dernier numéro de l'excellente revue "Inexploré".
"Béatitude, fluidité, communion, bonheur suprême, amour absolu...Pour expliquer le moment, les mots manquent souvent, "notamment pour décrire la sensation paradoxale de toucher du doigt à la fois le tout et le rien, le vide et le plein, la fin et le commencement," indique la psychologue Stéphanie Rajalu, du réseau d'écoute de l'INRESS. Surprenante aussi :l'impression de percer le voile des apparences et de s'éveiller à l'essence des choses. Que touche-t-on alors ? Le divin ? Une part de soi-même? Un phénomène extérieur ? Une dimension du réel d'ordinaire inaccessible ? S'agit-il d'une révélation ? D'un rêve éveillé? D'une hallucination ? "C'est un état modifié de conscience", répond le médecin Alain Tayeg. Ces moments de transcendances, aussi spectaculaires soient-ils, sont courants. Même si on ne connaît pas leur nature exacte, ils font partie de l'humain. " Généralement lumineux, ils peuvent bouleverser par leur soudaineté et leur intensité. "Ces vécus sont faciles à intégrer lorsqu'ils s'inscrivent dans un cadre qui leur donne un sens - spiritualité, yoga, méditation", commente Stéphanie Rajalu. "Mais ils peuvent aussi surgir comme par effraction, à l'occasion par exemple d'un choc émotionnel, de difficultés personnelles ou professionnelles. "
Voilà deux semaines que j'ai replongé dans cette dimension, comme un retour aux sources. Je n'ai rien décidé. C'est une vague qui survient. Une absence à la vie quotidienne, comme un état d'apesanteur, un arrachement indolore à la masse pesante de l'incorporation...Et les émotions ont une force incommensurable. Dans la classe, en regardant mes élèves, leurs yeux lumineux, leur joie, leur curiosité ou ces instants de silence lorsqu'on est en séance de méditation. Je m'occupe de jeunes enfants de CP une fois par semaine et nous travaillons sur la pensée et l'observation de soi. J'aime deviner dans leur immobilité les voyages intérieurs.
Un paysage de montagne enneigée, la lumière du soleil couchant sur les crêtes embrasées.
La voix de ma femme dans une autre pièce.
Le parfum de sa peau.
Juste la pensée de cet amour infini.
C'était il y a sept ans. Trois hernies discales d'un coup. Deux déjà opérées. La première, j'avais 25 ans...Une autre à 37 ans. Et puis, cette fois, la jambe gauche paralysée. Des douleurs à mourir.
Une rencontre. Tout ce qu'on peut imaginer, sauf un hasard...Hélène, médium, magnétiseuse.
Il a fallu que j'écrive tout ça. Je savais que sinon, j'en perdrais la trace parce que le passé n'avait plus aucune emprise sur moi. "Les Eveillés". Comme une écriture automatique. Je ne m'arrêtais d'écrire que lorsque les larmes me cachaient les touches du clavier.
Je ne compte plus depuis ces moments de rupture. J'ai essayé de les transcrire.
"Les Egarés", les éditeurs n'en veulent pas. Sans doute n'ont-ils pas conscience de l'intérêt que porte un grand nombre de personnes envers ces états de conscience modifiée, sans doute considèrent-ils que ces récits sont trop ésotériques ou "illuminés". Peut-être aussi que ça n'est pas bien écrit.
L'exploration de cette dimension spirituelle prend une ampleur nouvelle, les témoignages se multiplient, les langues se délient, la peur s'efface. L'incompréhension se délite peu à peu, le rejet s'inverse, les rencontres et les partages prennent un envol exponentiel. Viendra un jour où la dimension inexplorée ne concernera que la rationnalité. Celle-ci apparaîtra dans toute sa pauvreté. Alors, "nous" ne serons plus des êtres étranges et incompris, assimilés à des déglingués ou à des mythomanes.
LES EGARES
"Les nuits sans sommeil, quelques cessez-le-feu épisodiques, l’observation inquiète des horizons éteints, les embrasements suspendus, les odeurs âcres des sueurs, des morves séchées, des peaux talées, les cheveux collés … Juste un répit. Il tentait de récupérer, se laisser porter par l’épuisement, flotter entre la surface lumineuse et les fonds obscurs, les yeux clos, le corps immobile, essayer de relâcher les résistances, les nœuds enflammés par les heures de lutte, respirer profondément et que l’air absorbé liquéfie les crampes, emporte les acides, purifie les tranchées ravinées, les artères souillées, les muscles brisés, arracher de son corps la boue solidifiée des douleurs.
Remonter à la source du conflit, identifier les forces en présence, analyser les raisons du désastre. Comprendre, chercher une issue, ailleurs que dans les réseaux médicaux, on voulait l’éventrer. En période de guerre, les chirurgiens ne font pas de détails.
Il était en guerre.
« A 50%, le risque c’est le fauteuil roulant, à 25% la paralysie de la jambe gauche, il reste 25% de chances que l’opération réussisse. »
Leslie lui avait fait part de ce commentaire du chirurgien dans le couloir, il ne considérait finalement que l’opération et pas l’individu, le geste chirurgical était évalué en pourcentage. Pas la vie de l’homme.
Il n’irait pas.
Plutôt mourir.
Le rêve. Une voix qui lui parle. Au cœur d’un halo bleuté.
« Ce que tu vois n’est pas la vérité. Ça n’est qu’une image. Ton âme sait où elle va. »
Il n’en parlait pas.
Peut-être la morphine et pourtant cet amour ineffable, incommensurable. La lumière l’aimait, des auras bleues qui dansaient devant ses yeux émerveillés. La notice du médicament, les effets secondaires, une liste redoutable mais pas d’hallucinations. Une incompréhension totale. Habituellement, ses rêves disparaissaient au réveil. Rien, aucun souvenir. Celui-là perdurait et l’enlaçait de douceur. Comme un baume d’amour.
Une caresse d’ange.
Et puis.
L’apparition d’Hélène.
Un conseil d’une amie, une médium magnétiseuse, Leslie avait pris rendez-vous. Il avait étouffé les douleurs en triplant les doses de morphine. Se lever, marcher en traînant la jambe gauche, elle ne réagissait plus. Elle l’avait soutenu jusqu’à la voiture. Plus rien à perdre.
Une petite maison dans la montagne, un jardin très soigné, des volets et un portail violets.
Hélène en haut de l’escalier. Ce premier regard. Inoubliable. Tellement de force et tellement d’amour. Elle avait demandé à Leslie de les laisser. Elle lui téléphonerait quand ça serait fini. Il s’était effondré sur une banquette moelleuse. Les effets de la morphine qui s’estompaient, la terreur des douleurs à venir, tous ces efforts qu’il allait devoir payer. Une petite pièce lambrissée, aménagée pour la clientèle, des bougies parfumées, quelques livres. Ils avaient discuté, quelques minutes, tant qu’il pouvait retenir ses larmes puis elle l’avait aidé à se déshabiller.
« Je vais te masser pour commencer. Tu as besoin d’énergie. »
Il s’était allongé en slip sur une table de kiné.
Les mains d’Hélène. Une telle chaleur.
Elle parlait sans cesse. D’elle, de ses expériences, de ses patients, elle l’interrogeait aussi puis elle reprenait ses anecdotes, des instants de vie.
« Tu veux te faire opérer ?
- Non.
- Alors, il faut que tu lâches tout ce que tu portes. »
Il n’avait pas compris.
Elle avait repris son monologue, son enfance, ses clients, ses enfants, son mari, son auberge autrefois, maintenant la retraite, quelques voyages. Et tous ces clients. De France, de Suisse, de Belgique, de la Réunion … Elle n’avait rien cherché de ses talents. Ils étaient apparus lorsqu’elle avait huit ans, une totale incompréhension, des auras qui lui faisaient peur et puis elle avait fini par comprendre, nourrie par des révélations incessantes descendues en elle comme dans un puits ouvert.
Des auras … Les rêves qui habitaient ses nuits. Interrogations. Lui aussi ?
Les mains d’Hélène, sa voix, la chaleur dans son corps, ce ruissellement calorique. L’abandon, l’impression de sombrer, aucune peur, une confiance absolue, un tel bien-être, des nœuds qui se délient, son dos qui se libère, comme des bulles de douleurs qui éclatent et s’évaporent, une chaleur délicieuse, des déversements purificateurs, un nettoyage intérieur, l’arrachement des souffrances enkystées, l’effacement des mémoires corporelles, les tensions qui succombent sous les massages appliqués et la voix d’Hélène.
« Tu sais que tu n’es pas seul ?
- Oui, je sais, tu es là.
- Non, je ne parle pas de moi. Il y a quelqu’un d’autre. Quelqu’un que tu portes et tu en as plein le dos. Il va falloir que tu le libères. Lui aussi, il souffre. Vous êtes enchaînés.»
Il n’avait pas encore parlé de Christian.
Les mains d’Hélène, comme des transmetteurs, une vie insérée, les mots comme dans une caisse de résonance, des rebonds infinis dans l’antre insondable de son esprit, une évidence qui s’impose comme une source révélée, l’épuration de l’eau troublée, les mots comme des nettoyeurs, une sensation d’énergie retrouvée, très profonde, aucun désir physique mais une clairvoyance lumineuse, l’impression d’ouvrir les yeux, à l’intérieur, la voix qui s’efface, un éloignement vers des horizons flamboyants, il vole, il n’a plus de masse, enfin libéré, enfin soulagé, effacement des douleurs, un bain de jouvence, un espace inconnu, comme une bulle d’apesanteur, un vide émotionnel, une autre dimension, les mains d’Hélène qui disparaissent, comme avalées doucement par le néant de son corps, il flotte sans savoir ce qu’il est, une vapeur, plus de contact, plus de pression, même sa joue sur le coussin, tout a disparu, il n’entend plus rien, il ne retrouve même pas le battement dans sa poitrine, une appréhension qui s’évanouit, l’abandon, l’acceptation de tout dans ce rien où il se disperse, le silence, un silence inconnu, pas une absence de bruit mais une absence de tout, plus de peur, plus de douleur, plus de mort, plus de temps, plus d’espace, aucune pensée et pourtant cette conscience qui navigue, cet esprit qui surnage, comme le dernier élément, l’ultime molécule vivante, la vibration ultime, la vie, il ne sait plus ce qu’il est, une voix en lui ou lui-même cette voix, la réalité n’est pas de ce monde, il est ailleurs, il ne sait plus rien, un océan blanc dans lequel il flotte mais il n’est rien ou peut-être cet océan et la voix est la rumeur de la houle, l’impression d’un placenta, il n’est qu’une cellule, oui c’est ça, la première cellule, le premier instant, cette unité de temps pendant laquelle la vie s’est unifiée, condensée, un courant, une énergie, un fluide, un rayonnement, une vision macroscopique au cœur de l’unité la plus infime, des molécules qui dansent.
Où est-il ?
Fin du Temps, même le présent, comme une illusion envolée, un mental dissous dans l’apesanteur, ce noir lumineux, pétillant, cette brillance éteinte comme un univers en attente, concentration d’énergie si intense qu’elle embrase le fond d’Univers qui l’aspire, la vitesse blanche, la fixité noire, la vitesse blanche, la fixité noire, le Temps englouti dans un néant chargé de vie, une vie qui ruisselle dans ses fibres, des pléiades d’étoiles qui cascadent, des myriades d’étincelles comme des galaxies nourricières dans son sang qui pétille.
Il est sorti en marchant.
Que s’est-il passé ?
Aucune réponse.
Il ne sait rien.
Il se souvient d’Hélène qui l’embrasse sur le front alors qu’il est encore allongé. Il n’arrive pas à ouvrir les yeux. Comme l’abandon refusé d’un espace scintillant et la plongée douloureuse dans la lumière sombre de sa vie réintégrée.
Il aurait préféré ne jamais revenir.
Il n’a jamais compris. Aucune explication rationnelle. Hélène n’en donnait pas.
« Moi, je n’ai rien fait, disait-elle avec son habituel sourire. Juste un transfert d’énergie mais cette énergie, c’est toi qui t’en sers ou qui la rejettes. Je n’ai fait qu’initier la guérison que tu portais. Tu étais au bout du rouleau, tu n’avais pas le choix, il fallait bien que tu comprennes.
- Mais comprendre quoi Hélène ? Je ne comprends rien.
-Ton mental ne comprend rien mais celui-là on s’en moque. C’est l’être réel qui importe. Et celui-là a tout compris ou ton âme si tu préfères. Laisse ton mental régler les problèmes quotidiens, c’est son travail. Mais pour le reste, c’est une question d’âme. »
Rien de plus.
Son médecin parlait de « chance. » La même incompréhension. Dans le cabinet médical. Il observait une nouvelle fois les radios, les hernies aussi visibles qu’une tumeur, « des œufs de moineau, » avait-il dit, le nerf sciatique englobé dans une fibrose solidifiée, l’inévitable opération et pourtant la disparition des symptômes.
Il était venu à pied, un besoin irrépressible de marcher.
« Ça vaudrait le coup que tu repasses un scanner Yoann, pour voir où sont passées ces trois hernies.
- Ça ne m’intéresse pas, elles ne sont plus là, c’est tout, je le sens bien, je n’ai pas envie de concentrer mes pensées sur elles. Je m’en suis libéré, inutile de les rappeler.
- Mais tu sais aussi bien que moi que c’est impossible. Quand elles sont aussi installées, rien ne peut les faire rentrer dans leur logement, c’est écrasé et c’est tout, il faut les enlever.
- C’est le point de vue de la médecine, pas celle de mon corps, ni de mon esprit. Je ne sais pas ce qu’Hélène a réussi à faire mais en tout cas, ces hernies ne sont plus là. C’est tout ce qui compte.
- Je n’y comprends rien. Jamais vu ça.
- Y’a rien à comprendre. Ça obligerait à y penser et c’est du passé. Là, maintenant, je marche. C’est ça qui m’importe. »
Quatre rechutes. Violentes. Hélène les avait annoncées. Des crises qui le laissaient hagard mais une étrange compassion envers son corps. Il n’était plus un ennemi mais juste le porteur d’une douleur. Il n’y était pour rien, la source était ailleurs. Il n’était pas sa douleur, il ne s’identifiait plus à elle, il savait qu’elle n’était qu’une intruse à laquelle il avait ouvert la porte et que si elle était parvenue à entrer, il existait nécessairement la possibilité qu’elle s’en aille.
Qu’il lui donne l’autorisation de le quitter.
Il n’avait plus besoin d’elle pour exister.
L’impression d’entendre tomber autour de lui les murs ébranlés de sa geôle. Bloc après bloc, des coups de bélier répétés, les horizons qui s’ouvrent.
Hélène. Trois autres visites. Des heures entre ses mains, des plongées intérieures, des flux d’énergie, des mots comme des scalpels, tranchant les vieilles écorces, les armures invalidantes, des paroles chirurgicales, affûtées, une précision infaillible, il ne résistait plus, une évidence. La vérité.
« Comment veux-tu que ton dos vous porte tous les deux ? Il ne peut pas supporter un tel fardeau. Il faut que tu le poses. Christian aussi en sera libéré. Il ne peut pas partir puisque tu le retiens. Il n’a pas décidé d’être là, c’est toi qui l’emprisonnes avec tes regrets, ta culpabilité, ton identification. Tu n’existes qu’à travers cette histoire et profondément, là où ton mental se perd, tu crois que tu ne peux pas vivre sans ce passé. Tu t’y accroches comme une huître à son rocher. C’est inconscient bien entendu mais les dégâts sont gigantesques. Tu n’es pas là, dans l’instant, tu vis ailleurs, dans une dimension psychologique et ton corps n’en peut plus. »
Il écoutait sans aucun refus, sans aucune résistance, c’était impossible de ne pas admettre la vérité.
« La première fois que tu es entré, Christian était là, je le voyais, tu le portais, une âme violette, alourdie elle aussi, vieillie par ta propre souffrance, vous êtes tous les deux des victimes et il n’y a que toi qui puisses vous libérer. Christian attend que tu l’autorises à partir en abandonnant la culpabilité que tu traînes et qui le rattache à toi. Il a besoin que tu t’éveilles, il sait que tu souffres et il s’en veut. Son âme est emprisonnée dans ton histoire. »
Il n’en avait rien dit à Leslie, ça n’était pas racontable.
Un regret. Ca n’est pas elle qui ne pouvait pas comprendre mais lui qui ne savait pas en parler. Comme une honte aussi. Tout ce gâchis.
« Inutile de regretter. »
Hélène.
« Tu ne pouvais rien prévoir. Ça ne t’appartenait pas. C’est le chemin que tu as choisi. Il y a longtemps. Cette vie est nécessaire pour ton évolution. Elle n’appartient pas à ton mental mais à ton âme. »
Impossible à comprendre. Et il ne fallait pas chercher à comprendre. Pas avec le mental.
« Les choix de l’âme peuvent paraître redoutables mais elle sait où elle va, elle sait ce dont elle a besoin. Laisse faire. »
Laisser faire. Il s’y était attaché. Lâcher les résistances. Cette impression d’être conditionné, influencé, manipulé, il avait essayé d’admettre l’idée que c’était nécessaire, qu’il était inutile de lutter, que tout avait un sens. Même s’il ne le comprenait pas, que ça finirait par le mener quelque part, qu’un nouvel espace s’ouvrirait un jour. C’était peut-être déjà le cas avec cette guérison miraculeuse. L’âme en avait besoin même si le mental en souffrait. Et qu’il trouvait dans cette souffrance une identification qui le servait.
Des jours et des nuits de pensées ressassées, un chaos étrange, comme si dans ce fatras existait une volonté cachée, un cheminement désiré. Christian, l’hôpital, la douleur, les hernies, le goût de la mort. Aucun hasard là-dedans, un chemin de croix pour grandir. Le choix de l’âme à laquelle il appartenait.
Accepter, laisser faire.
« Quand tu les comprends, les choses sont ce qu’elles sont. Quand tu ne les comprends pas, les choses sont ce qu’elles sont. »
Hélène. Elle devait apparaître, c’était nécessaire et déjà établi.
Un plan minutieusement élaboré.
Ces marches la nuit, ce magma de forces en lui, impossible de dormir, une lampe frontale lorsque la nuit était trop sombre et parfois cette impression que le sol s’éclairait sous ses pas, une luminescence de la terre, des marées de questions sur le rythme de ses pas, il devinait des jaillissements d’énergie au bout de ses doigts. Dieu. Il n’aimait pas le nom, les hommes l’avaient tellement souillé.
L’Un.
Etait-ce lui qui avait programmé un chemin aussi douloureux ? Connaissait-il déjà l’issue ? Hélène avait-elle été le fil conducteur de ses intentions ? Un canal d’énergie. C’était au-delà de la raison. Personne ne comprenait cette rémission. Cette magie des pas qui se succèdent, ce sourire intérieur qui ne le quittait plus, cette joie incompressible, inaltérable, cette chaleur dans son corps, comme un noyau en fusion. Un flux vital libéré, comme si la raison éteinte ne pouvait plus maintenir enfermée la conscience du lien. Une connexion indescriptible.
La vie pouvait-elle souffrir des errances du mental au point de se détruire ? N’était-ce pas son amour retrouvé de cette vie qui avait permis la guérison ? Cette épuration de son mental, l’éveil de sa conscience, l’abandon, l’acceptation, tout ce qu’il avait découvert. La vie pouvait-elle se guérir ? Aucune intervention divine. Juste le flux vital qui se nourrit de l’amour qu’on lui porte.
Et ce rêve. Sans que le mot ne convienne, il aurait fallu un autre terme, une rencontre, un message, un contact, une bénédiction, un médecin aurait parlé de rêve, un psychiatre aurait dit hallucination ou délire, il n’en parlait pas, c’était inutile.
Des bulles bleues, phosphorescentes, il flottait dans un océan de plénitude, aucun mouvement, juste les arabesques lentes de ces entités lumineuses. Des voix qui résonnaient en lui, des murmures susurrés doucement dans son âme, il ne se voyait pas mais il était là, c’était lui, une présence, et des myriades d’esprits qui l’enlaçaient, il savait bien que ça n’était pas que des bulles, c’était vivant, animé, un rayonnement d’amour, des auras câlines.
« Tu n’es pas au fil des âges un amalgame de verbes d’actions conjugués à tous les temps humains mais juste le verbe être nourri par la vie divine de l’instant présent. »
La phrase inlassablement répétée, comme glissée en lui, coulant dans son âme comme une délivrance, une certitude, une naissance, oui, c’était ça, une naissance.