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    Les prochaines pandémies

    Les prochaines pandémies (2)

     

    En 2018, j'avais publié un article parlant déjà de cette immense pollution planétaire du plastique, des dégâts qu'elle occasionnait sur la biodiversité marine et des risques qu'elle faisait désormais courir à l'humanité. Je ne serais guère surpris que la prochaine pandémie vienne de là. A moins que les élevages intensifs ne lui dame le pion. Il serait inconscient en tout cas de croire qu'il n'y en aura pas d'autres. 

    "Plastisphère"

     

    Inquiétantes découvertes scientifiques sur les microplastiques dans les océans

     

    Durée de lecture : 6 minutes

    https://reporterre.net/Inquietantes-decouvertes-scientifiques-sur-les-microplastiques-dans-les-oceans

    19 février 2021 / Marie Astier (Reporterre)
     

         
     

    Inquiétantes découvertes scientifiques sur les microplastiques dans les océans

    La pollution générée par le plastique est plus complexe qu’elle n’y paraît. Saviez-vous que les microplastiques voguant sur l’eau déplacent des espèces invasives ? Qu’en absorbant les antibiotiques ils favorisent l’antibiorésistance ? Des chercheurs au CNRS font le bilan de leurs inquiétantes découvertes. Des solutions naissent, doucement.

    Faut-il encore le rappeler ? De l’Antarctique aux grands fonds méditerranéens, les plastiques sont partout. Et les conséquences de leur dissémination aussi exponentielles que la courbe de leur utilisation.

    Le sujet occupe et préoccupe de plus en plus de chercheurs, a rappelé le CNRS lors d’une présentation en ligne des travaux du groupement de recherche polymères et océans — créé en 2019, il rassemble plus de deux cents chercheurs. Plusieurs d’entre eux ont ainsi fait le point mercredi 10 février sur la recherche concernant cette matière omniprésente dans notre quotidien.

    L’occasion de préciser l’ampleur de la pollution, et sa répartition. La mer est sa principale victime : quatre cents millions de tonnes de plastique sont produites chaque année et environ dix millions d’entre elles aboutissent dans les océans, a chiffré François Galgani, océanographe et écotoxicologue à l’Ifremer en Corse. Le rapport d’experts d’une ONG étasunienne prédit même un triplement à trente millions de tonnes par an en 2040, si rien n’est fait.

    Parmi ces déchets, « 30 à 40 % sont des emballages », a précisé le chercheur. « La mer Méditerranée est la plus polluée au monde, en raison du grand nombre d’habitants, du fait qu’elle est fermée, de la densité de trafic maritime et des grands fleuves qui s’y déversent », a-t-il poursuivi. L’embouchure du Nil ou celle du canal de Suez sont notamment des points noirs.

    « La pollution croît significativement dans les zones les plus lointaines, comme l’Antarctique ou les grands fonds »

    Surtout, ces déchets ne restent pas forcément là où ils sont produits. « Ils circulent sur de longues distances, explique le chercheur. Par exemple, les déchets produits sur la côte atlantique européenne peuvent être transportés de l’autre côté de l’Atlantique. Ils s’accumulent aussi dans les zones de convergence, ce que les ONG ont appelé les continents de plastique. La pollution n’augmente pas partout de la même manière. Désormais, elle croît significativement dans les zones les plus lointaines, comme l’Antarctique ou les grands fonds. »

    L’étendue des conséquences de cette pollution commence à peine à être explorée. « On connaît les effets sur la macrofaune via les piégeages, les étranglements, les blessures, a expliqué Ika Paul-Pont, chercheuse au CNRS en écotoxicologie marine. Mais il y a une pollution plus insidieuse. Les plastiques sont ingérés par toute la chaîne alimentaire marine. Ils peuvent s’accumuler dans le tube digestif des animaux, voire passer la barrière intestinale et aller dans d’autres organes. Ils ont des effets toxiques avérés. »

    « Les déchets s’accumulent aussi dans les zones de convergence, ce que les ONG ont appelé les continents de plastique. »

    Car, au-delà de la perturbation mécanique que crée la présence d’un morceau de plastique dans le corps, cette matière a aussi des effets chimiques. Les plastiques contiennent, pour environ 5 % de leur composition, des additifs parfois problématiques, tels que les phtalates et le bisphénol A. Et en plus de cela « le plastique a une très forte capacité d’absorption des contaminants du milieu environnant », poursuit Mme Paul-Pont. Un concentré de polluants, en somme, ingéré par les habitants des mers. « On a observé en laboratoire que cela a des effets sur la capacité des animaux à se nourrir, crée du stress, perturbe leurs défenses immunitaires, leur croissance, leur reproduction et leur comportement. »

    Des micro-organismes — dont des espèces invasives — voyagent sur des microplastiques

    Mme Paul-Pont nous apprend aussi la découverte récente de ce que les spécialistes ont appelé la « plastisphère », soit l’ensemble des micro-organismes vivant sur les particules de plastique parsemant les océans. « C’est une nouvelle niche écologique », constate-t-elle. Qui pose de sacrées questions : « Les microplastiques sont très durables dans le temps et peuvent parcourir de grandes distances. Cela peut déplacer des espèces invasives voire pathogènes. Par exemple, six ans après le tsunami au Japon de 2011, on a retrouvé près de trois cents espèces nouvelles de micro-organismes arrivées sur la côte américaine via des microplastiques. Ils ont traversé le Pacifique. » Autre inquiétude, cette plastisphère comprend parmi ses habitants des bactéries ayant développé des résistances à un large éventail d’antibiotiques. La chercheuse au CNRS résume :

    Les plastiques absorbent aussi les antibiotiques. Ils pourraient donc jouer un rôle dans le développement de l’antibiorésistance.

    Après les microplastiques et leur cortège de micro-organismes, poursuivons la plongée dans l’infiniment petit avec les nanoplastiques, produits de la dégradation du plastique et invisibles à l’œil nu. Ils intéressent les chercheurs depuis 2015. Eux aussi sont partout. « Dans les sols, les plages, les océans, les rivières, détaille Julien Gigault, chargé de recherche au CNRS. Ils sont très contaminants. Leur taille et leur forme leur procurent une capacité de diffusion extraordinaire. Ils traversent les barrières organiques très facilement. » Et apportent donc avec eux leur cortège de polluants et micro-organismes prospérant sur le plastique. Les scientifiques explorent encore les conséquences de ces observations.

    Lise Durantou, cofondatrice de l’association la Pagaie sauvage, en pleine capture de microplastiques dans une rivière au Pays basque.

    Elles semblent, à première vue, potentiellement catastrophiques pour le monde marin. En revanche, les spécialistes se sont montrés plus rassurants pour les humains. Concernant les nanoplastiques, « l’exposition est limitée et se fait surtout par l’air, puis par les vêtements, les cosmétiques, l’alimentation et de façon volontaire par des actes médicaux, a expliqué Guillaume Duflos, biochimiste à l’Anses (l’agence nationale de sécurité sanitaire). Mais les recherches sur la toxicité pour l’humain ont commencé il y a peu. » En 2019, un rapport de l’ONG Center for international environmental law (Ciel) s’intéressant aux effets des plastiques sur la santé humaine estimait tout de même que « le plastique est une crise sanitaire globale ignorée bien que sous nos yeux ». On y lisait qu’« une étude a trouvé des microplastiques dans les selles de sujets habitant dans des régions du monde variées et aux régimes alimentaires totalement différents ».

    « On est capable de faire des plastiques biodégradés à 90 % au bout de 250 jours »

    Alors, que faire face à l’ampleur du désastre annoncé ? « Malheureusement, on ne peut pas nettoyer les océans », a constaté Fabienne Lagarde, maîtresse de conférences à l’Université du Mans. Il faut donc absolument limiter les entrées. » Réduire, donc, la quantité de plastique relarguée dans la nature. En en diminuant notre consommation effrénée par exemple. La réglementation européenne visant à réduire l’utilisation du plastique à usage unique est un bon début, selon François Galgani : « Il y a également des discussions au niveau mondial pour s’accorder sur la réduction du plastique à usage unique, cela peut fonctionner. »

    Mieux récupérer les déchets plastiques pour les recycler davantage fait également partie des pistes évoquées. Enfin, « il faut penser la fin d’usage du matériau dès sa conception », a estimé Fabienne Lagarde. Autrement dit, inventer des plastiques qui se dégradent rapidement dans l’environnement. Un champ de la recherche en plein développement selon Stéphane Bruzaud, professeur à l’Université de Bretagne-Sud : « On est capables de faire des plastiques biodégradés à 90 % au bout de 250 jours », se félicite-t-il. « Ils ne persisteraient dans l’environnement que quelques jours ou semaines plutôt que des dizaines d’années. Mais ils ne représentent que 1 % du plastique aujourd’hui dans le monde. »

    C’est maintenant que tout se joue…

    Les scientifiques alertent sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale dans le traitement de l’actualité.
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    Lire aussi : Le plastique est relancé par le coronavirus — au détriment de l’environnement

    Source : Marie Astier pour Reporterre

    Photos :
    . chapô : Des microplastiques de la rivière Patapsco photographiés au laboratoire du département de science environnementale et de technologie de l’Université du Maryland (États-Unis), en 2015. Will Parson/Chesapeake Bay Program
    . Cofondatrice de l’association la Pagaie sauvage. © Chloé Rebillard/Reporterre
    . Des microplastiques récoltés dans un vortex, ou tourbillon, de déchets dans l’océan. Will Parson/Chesapeake Bay Program / 
    Flickr

     


     

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    Les élevages de visons en Chine à l’origine du Covid-19 ? Les indices s’accumulent

     

    Durée de lecture : 24 minutes

    8 janvier 2021 / Yann Faure et Yves Sciama (Reporterre)
     

         
     

    Les élevages de visons en Chine à l'origine du Covid-19<small class="fine d-inline"> </small>? Les indices s'accumulent

    Et si la pandémie était née dans des élevages intensifs d’animaux à fourrure en Chine ? Le « chainon manquant » entre la chauve-souris et l’humain pourrait bien être le vison — le chien viverrin est également suspecté. Ceci expliquerait la volonté tenace de la Chine — premier producteur mondial de fourrure — de verrouiller l’information scientifique.

    La naissance du Covid-19 dans une ferme d’animaux à fourrure chinoise — et notamment de visons — semble de plus en plus plausible, comme le montre cette enquête. Fin décembre 2020, Reporterre avait révélé que les souches responsables des deux vagues épidémiques qui ont ravagé l’Europe étaient apparues à proximité immédiate d’importants élevages de visons. Reporterre a continué l’enquête du côté chinois. Aujourd’hui même, vendredi 8 janvier, Science a publié un article soulignant la nécessité d’étudier le lien entre Covid et visons.

    Ira, ira pas ? Plus personne ne sait à l’heure où nous écrivons ces lignes si la délégation de scientifiques sélectionnés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) se rendra bel et bien en Chine pour enquêter sur l’origine de la pandémie. Les dix experts internationaux n’ont toujours pas reçu les autorisations nécessaires pour entrer sur le territoire. Des négociations sont en cours, mais l’opacité est telle que nul n’en connaît les enjeux. [1]

    Il est stupéfiant qu’un an après ce qui s’annonce comme la plus importante pandémie du siècle écoulé, aucun progrès n’ait été réalisé dans la compréhension de comment le Sars-CoV-2 a pu être transmis à l’humain depuis la chauve-souris, son hôte naturel. Une incertitude qui n’est pas due aux limites de la science, mais bel et bien à l’attitude des autorités chinoises, qui depuis un an s’opposent becs et ongles à toute tentative indépendante — quand bien même elle viendrait de l’intérieur du pays — de répondre à cette question. On se demande ce que la Chine veut absolument cacher.

    Difficile de ne pas noter, en particulier, qu’aucune enquête n’a été menée pour confirmer ou infirmer une hypothèse aussi évidente que rarement mentionnée : celle d’une origine de la pandémie dans un élevage d’animaux à fourrure. La Chine est en effet à la fois le premier marché et le premier producteur de fourrure mondiaux, et la colossale branche chinoise de cette industrie pèse plus de vingt milliards de dollars annuels, avec plus de cinquante millions de têtes. Or, si les animaux d’élevage traditionnels (bovins, porcins, volailles…) ne semblent pas infectés par le coronavirus, c’est l’inverse pour les animaux à fourrure : les trois principales espèces — vison, renard, et chien viverrin — y sont hautement sensibles.

    Tous les spécialistes savent que les épidémies humaines issues d’élevages n’ont rien d’exceptionnel. Ces derniers sont des bouillons de culture microbiens connus : la dernière pandémie grippale de 2009, par exemple, est née dans les élevages porcins américains — d’où son nom de grippe porcine. Du reste, le « coronavirologue » Christian Drosten, découvreur du Sars-CoV-1 en 2003, et conseiller scientifique du gouvernement allemand, affirmait dès le mois d’avril 2020 dans une interview au Guardian : « Si quelqu’un me donnait quelques centaines de milliers de dollars et un laissez-passer en Chine pour trouver la source du virus, je chercherais dans les endroits où les chiens viverrins sont élevés. »

    L’hypothèse émise par Christian Drosten, selon laquelle le chien viverrin pourrait être le chaînon manquant entre la chauve-souris (l’hôte originel de ce coronavirus, selon le consensus scientifique) et l’humain, tombe sous le sens. Les chiens viverrins (Nyctereutes procyonoides) — souvent confondus avec les ratons laveurs auxquels ils ressemblent — sont de petits carnivores de la famille des canidés. Une équipe dirigée par Conrad Freuling, de l’Institut fédéral allemand de recherche sur la santé animale, situé à Riems, a démontré expérimentalement en août 2020 que non seulement ces animaux attrapent le coronavirus humain, mais qu’ils se le transmettent parfaitement.

    En Chine, le nombre de chiens viverrins d’élevage était estimé à 14 millions en 2019.

    « Nous avons constaté que le virus reste cantonné aux fosses nasales dans cette espèce, et ne gagne pas les poumons », indique le chercheur, interrogé par Reporterre. Conséquences ? «  Ils ne sont pratiquement pas malades lorsqu’ils sont infectés, et restent asymptomatiques tout en étant contagieux. De plus, ils excrètent a priori suffisamment de virus pour infecter un humain. » Cette propriété les rapproche des visons, comme on a pu le constater dans les élevages du nord de l’Europe. Le chercheur note qu’être très transmissible et peu pathologique est le profil d’un virus très adapté, ce qui est tout à fait compatible avec l’hypothèse selon laquelle ces espèces seraient le « chaînon manquant » entre la chauve-souris et l’humain.

    Mais si Christian Drosten soupçonne le chien viverrin, c’est avant tout à cause de la pandémie de Sras de 2003 [2]. Car s’il a beaucoup été répété que l’animal qui a propagé cette maladie (dont le Sars-CoV-1 était l’agent) était un viverridé, la civette masquée (Paguma larvata)… les raccoon dogs, ou chiens viverrins, étaient également contaminés et tout autant susceptibles de jouer le rôle de transmetteur à l’être humain !

    Dans les études scientifiques datant de 2003-2004 portant notamment sur les marchés de Shenzhen, dans le Guandong, il paraît quasiment impossible de départager laquelle des deux espèces a contaminé l’autre ou si une troisième a infecté les deux à la fois. Comme l’indique un article d’avril 2007 paru dans Virus Research, la civette masquée est considérée comme le dernier hôte intermédiaire le plus probable avant l’humain. L’une des principales raisons évoquées : l’identification de restaurants, proches, où se trouvaient des civettes infectées et où trois clients et une serveuse sont tombés malades. C’est maigre. D’autant plus maigre que les civettes, qui furent pendant plusieurs décennies élevées pour leur fourrure avant de devenir une viande de consommation réputée, ne comptaient plus dans ces années-là que 40.000 têtes dans l’ensemble du pays. Autrement dit, un tout petit réservoir potentiel. Le nombre de chiens viverrins d’élevage est, lui, estimé entre cinq et dix millions.

    En 2003, la Chine semble avoir manœuvré pour incriminer la civette afin de détourner l’attention de son industrie de la fourrure

    À l’hiver 2003-2004, une immense enquête financée par le ministère chinois des Sciences et Techniques et le National Institute of Health étasunien, portant sur le séquençage d’un échantillon de 1.107 civettes issues de 23 élevages choisis dans douze provinces, a conclu que si, sur le marché de Xinyuan (Guandong), les 91 civettes présentes étaient effectivement porteuses du virus, il n’y avait pas d’infection détectable dans les élevages d’origine des civettes commercialisées. Indice que la contamination avait pu avoir lieu plutôt sur le marché ou durant le transport. Or, sur le même marché de Xinyuan, la totalité des quinze chiens viverrins présents étaient contaminés.

    Bien que plusieurs articles aient souligné que ces civettes auraient pu tout simplement avoir été contaminées par les chiens viverrins, aucune étude n’a été lancée pour en savoir davantage sur les raccoon dogs. Plusieurs chercheurs s’en sont étonné, notamment Paul et Martin Chan, qui ont déploré que ceux-ci « ne suscitent pas d’intérêt ». Shi Zhengli, sans doute la principale « coronavirologue » chinoise — elle dirige un département du Wuhan Institute of Virology —, regrettait, en 2007 dans l’article de Virus Research déjà mentionné, qu’il ne soit « toujours pas clair si ce sont les chiens viverrins qui ont été infectés par les civettes ou l’inverse ». Et concluait : « Contrairement aux civettes, très peu de recherches ont été conduites pour échantillonner les chiens viverrins sauvages ou d’élevage. »

    On retrouve ce même étonnement chez Conrad Freuling, qui avoue qu’il a aussi testé les chiens viverrins en Allemagne parce que personne ne l’avait jamais fait en Chine, où sont pourtant situés la quasi-totalité des élevages du monde — on en trouve une poignée en Finlande et en Pologne [3]

    Notons enfin que sur ces marchés, des renards roux et des mustélidés étaient également infectés. Curieusement, l’étude sino-américaine n’échantillonna aucune ferme dans le Shandong, le Liaoning, le Jilin ou le Heilongjiang, les quatre principales provinces d’élevage de visons. Ne pas avoir enquêté dans le Shandong est particulièrement étonnant, puisque c’est la capitale sans rivale de la production de fourrure et que cette province est géographiquement plus proche du Guandong que le Hebei — qui a pourtant été bien prospecté.

    Fur farming regions in China.

    Tout s’est donc passé en 2003 comme si la Chine avait manœuvré pour incriminer la civette, une espèce à l’importance économique marginale, afin de détourner l’attention de son industrie de la fourrure, pour la protéger.

    Or, cette même stratégie semble bien avoir été reprise et portée à un niveau supérieur en 2020 — dans un contexte évidemment différent et avec des enjeux colossaux. Cette fois-ci, la Chine a manifestement décidé de contrôler totalement la parole scientifique sur la pandémie, au même titre que la parole citoyenne. Après une phase initiale de confusion en janvier et février 2020, durant laquelle on a vu tant des journalistes que des scientifiques de haut rang publier relativement librement, la répression s’est abattue sur les premiers (avec des condamnations et même des disparitions), et la censure sur les seconds.

    L’information est à l’évidence filtrée et façonnée au gré des besoins du pouvoir chinois

    Plus précisément, une enquête récente de l’Associated Press (AP) révèle que le pouvoir a engagé une vigoureuse reprise en main des publications scientifiques après la parution d’un article de deux chercheurs en février — article introuvable, désormais, sur internet [4] —, suggérant que le virus s’était échappé d’un laboratoire de Wuhan. Conséquences, dès le 24 février : une nouvelle procédure d’approbation des publications par le Centre de contrôle des maladies chinois (CDC), puis la diffusion d’une note ministérielle confidentielle, datée du 3 mars, qu’AP s’est procurée et a mise en ligne. Le contenu de celle-ci est saisissant, appelant à « coordonner la publication de la recherche scientifique sur le Covid-19 à travers le pays à la manière d’une partie d’échecs », sous le contrôle d’un « groupe de recherche scientifique du Conseil d’État » et après avoir notifié l’équipe de « propagande » dudit Conseil. La note interdit toute publication qui ne serait pas validée par ce groupe — et conclut que les contrevenants « seront tenus pour responsables ».

    C’est donc à la lumière de cette note qu’il faut aborder les récentes publications scientifiques chinoises : malgré l’excellence d’un grand nombre de chercheurs, l’information est à l’évidence filtrée et façonnée au gré des besoins du pouvoir. Même chose pour la presse : pendant des mois, on n’y trouve aucune mention des renards, des visons et des chiens viverrins dans l’inventaire des animaux présents au marché de Wuhan avant sa fermeture le 31 décembre 2019.

    Au marché de Wuhan se vend une profusion de marchandises, dont des renards, des visons et des chiens viverrins.

    Pourtant, d’après le dernier rapport de l’OMS, les renards étaient bien présents au « wet market » de la ville. Et d’après une évaluation des risques publiée en mars par le Centre des maladies infectieuses et l’Agence de santé publique canadienne, les visons aussi figuraient sur la liste des animaux en vente. Enfin, sur des photographies, prises début décembre 2019 à l’intérieur du marché et diffusées en janvier 2020 par CNN, il y avait bien aussi, dans ce fameux marché, des raccoon dogs. Quoi qu’en aient dit les autorités, le trio des carnivores d’élevage était donc au complet sur le marché de Wuhan.

    Notons que si ces espèces ont fait l’objet d’un black-out médiatique, le ministère chinois de l’Agriculture et des Affaires rurales n’a pas pour autant oublié leur existence. Lorsqu’il a fallu, sous la pression de l’opinion publique mondiale, interdire le commerce d’animaux sauvages en raison des risques d’émergence virale et de propagation, il les a requalifiées en « espèces domestiques » afin d’exonérer leur élevage de toute entrave possible.

    Évoquons aussi le succès planétaire de la fable du pangolin. Pas moins de quatre articles chinois sont sortis pour incriminer cet animal à écailles. La théorie du pangolin, désormais abandonnée, puisque le virus trouvé dans cet animal est encore plus éloigné du Sars-CoV-2 que celui de la chauve-souris, a été proposée alors même que le séquençage du gène viral qu’il était censé porter était loin d’être achevé. Juste avant, les autorités chinoises avaient déjà réussi à nourrir la presse de l’hypothèse que le serpent était probablement l’hôte intermédiaire. Dans la foulée, il y a même eu une tentative de jeter la tortue en pâture à l’opinion. Que de fausses pistes ! On ne peut s’empêcher de penser que diriger les regards vers trois espèces à écailles ne peut relever tout à fait du hasard, tant de tels suspects éloignent efficacement l’imaginaire du public des producteurs de fourrure.

    L’hôte intermédiaire le plus probable d’après une recherche récente ? Le vison

    Pourtant, après que l’Université d’agriculture du Sud a communiqué brutalement, sans aucune donnée à l’appui, au sujet du pangolin, une étude contredisant la précédente passait à peu près inaperçue. Le 24 janvier 2020, ainsi qu’on peut le voir sur le site Global Times, qui tient le journal de l’épidémie depuis ses prémices, l’hôte intermédiaire le plus probable d’après une recherche fondée sur une comparaison générale des bases de données (GISAID) à l’aide d’un logiciel d’intelligence artificielle est… le vison. Il a même le potentiel d’en être l’hôte d’origine. Or, cette étude qui cible le vison a été initiée avec le soutien de l’Académie chinoise des sciences, du laboratoire virologique de Wuhan et du CDC chinois. Le travail de l’équipe de Quian Guo offre toutes les garanties de sérieux, et ses résultats n’ont pas été contestés. Mais, excepté à Singapour et en Australie, on s’est juste contenté de ne lui accorder aucune audience. Il a été fait en sorte que le pangolin, en confortant les préjugés et en exacerbant les passions, sature tout l’espace disponible.

    Un autre exemple édifiant des publications dilatoires de la communauté scientifique chinoise est l’étude effectuée par l’Université médicale du Shandong, parue le 1er avril 2020 dans le Medical Journal of Virology. Les chercheurs ont testé à partir de la structure de leur protéine réceptrice, celle sur laquelle se fixe le virus, 85 espèces de mammifères : humain, chat, chien, porc, cheval, civette, pangolin, macaque, renard, chien viverrin, éléphant africain, suricate, taureau, putois, kangourou, opossum, tortue, lynx, etc. Mais ils ont « oublié » le vison, pourtant particulièrement présent dans la région d’origine des chercheurs, à savoir dans le Shandong, où ils ne sont pas moins de quinze millions ! Les scientifiques ont conclu sans rire qu’il serait bon de surveiller attentivement un cétacé, « le marsouin sans nageoire du Yang Tsé, parce qu’il s’en trouve dans les lacs à proximité de Wuhan et qu’il pourrait être infecté par le Sars-CoV-2 ou un coronavirus apparenté ». Il est d’ailleurs amusant de noter que leur étude trouve aux petits carnivores, chats inclus, une affinité nettement moindre pour le Sars-CoV-2 que la vache ou le mouton, alors que l’on sait désormais que c’est l’inverse.

    Il y a trois mille élevages de visons chinois, dont certains dépassent les cent mille têtes

    Les visons chinois, et particulièrement ceux du Shandong, méritent pourtant qu’on s’y attarde. On le sait, ces derniers mois ont fait la démonstration scientifique que les visons pouvaient à la fois contracter le virus des humains et les infecter en retour, non sans fréquemment générer des mutations dans le processus. Mais il y a par-delà cette actualité, une longue histoire des maladies du vison, qui montre que cette espèce solitaire — comme tous les carnivores d’élevage, alors que les herbivores sont sociaux —, placée dans les conditions de promiscuité épouvantable des élevages, contracte des maladies multiples qui en font une menace sanitaire. Or, il y a trois mille élevages de visons chinois, dont certains dépassent les cent mille têtes, qui peuvent être à la source de l’actuelle pandémie. Il est donc incompréhensible qu’aucune recherche virale n’ait été publiée concernant ces animaux.

    Les visons — ici, chinois — peuvent à la fois contracter le virus des humains et les infecter en retour, non sans fréquemment générer des mutations dans le processus.

    Quelques exemples du problème ? En 2011, un nouveau virus excrété par des visons d’élevage a été génétiquement mis en évidence dans une ferme du Hebei. Il semble être un réassortiment virulent de souches de virus humains et porcins habituellement bénignes. 100 % des visons étaient touchés, 5 % en mouraient. L’apparition d’encéphalopathie nécrosante chez deux enfants était susceptible d’être attribuée à cette recombinaison, et l’étude publiée par Emerging infectious diseases a conclu qu’il fallait se préparer à l’émergence de variantes plus virulentes.

    En 2014, les visons d’une ferme du Shandong étaient victimes d’une épidémie de pseudorage d’origine porcine qui aboutit à la mort de 87 % des animaux et se propagea à l’ensemble de la province. Les scientifiques qui avaient essayé d’évaluer l’ampleur de l’épidémie dans quatorze localités affirmaient dans leur publication que le virus avait un taux d’infection très élevé dans la région et que « cela pose un défi pour l’industrie de la fourrure ».

    En 2015, une équipe (comprenant la virologue chinoise Shi Zhengli) a isolé et identifié des virus de chauve-souris étroitement liés aux virus humains, porcins et visonins. Ce qui suggère des transmissions interspécifiques entre les chauves-souris et les humains ou les animaux.

    En octobre 2016, une équipe du collège vétérinaire de Quingdao découvrait que les visons du Shandong étaient contaminés par une grippe aviaire H5N1 hautement pathogène.

    En 2019, une autre équipe du même collège vétérinaire de Quindao a repéré dans les élevages de visons du Shandong l’émergence d’une co-infection mortelle du virus de la maladie de Carré et de celui de la grippe H1N1 porcine, donnant lieu à une nouvelle souche H1N1 dans les poumons infectés de ces mustélidés.

    Les visons d’élevage sont également des hôtes intermédiaires possibles pour des variétés de grippe A qui peuvent conduire au développement de souches pandémiques humaines par transmission directe ou indirecte. Ils hébergent parfois de manière épidémique le virus de l’hépatite E, sans qu’on sache encore s’ils peuvent le transmettre aux humains. Ils sont suivis pour l’ESB (encéphalite spongiforme bovine) en raison de leur régime en partie constitué de farines animales, etc.

    Pour limiter les dégâts, les visons sont vaccinés contre les virus qui les affectent le plus couramment, comme le parvovirus de la maladie aléoutienne, hautement contagieux pour leur espèce et le virus de la maladie de Carré, transmissible depuis les canidés et aux canidés. Mammifères aux poumons fragiles, ils attrapent spontanément des pneumopathies, qu’ils propagent facilement car ils ont la particularité d’éternuer, tout comme les furets, eux aussi des mustélidés. Visons comme furets sont porteurs de coronavirus spécifiques, celui des furets étant appelé « systémique », car il touche tous les organes, tandis que celui des visons est appelé mink CoV (MCoV) (mink est le mot anglais pour vison).

    Les chauves-souris, attirées par les hangars d’élevage, défèquent… sur les cages

    Enfin, pour prendre la mesure du chaudron microbien que représentent ces élevages, notons que les visons chinois sont particulièrement concentrés dans la région du Shandong. Cette terre historique d’élevages pour la fourrure accueille des milliers d’exploitations, parfois en polyactivités. On l’a vu, quinze millions de visons s’y agglutinent (en plus de trois millions de chiens viverrins et de six millions de renards). La plupart se trouvent dans une zone grande comme un département français, qui s’étend vers le sud depuis la commune côtière de Weifang. Les animaux, entassés dans des conditions d’hygiène parfois effrayantes, y sont nourris en partie de poissons frais tirés de la mer Jaune, d’abats de volailles ou de porcs, de farines animales et des charognes de leurs congénères, au gré des dépeçages. La nourriture fraîche fortement protéinée est importante pour améliorer la qualité de leurs peaux. Leur existence, entièrement captive, est plutôt brève : les visons, par exemple, se reproduisent en mars, mettent bas en avril et les portées sont tuées entre la mi-novembre et la mi-décembre. Ne sont épargnés que les « étalons » et les femelles destinés à reproduire la génération suivante. Ces reproducteurs représentent néanmoins environ 12 % de l’effectif de chaque élevage, ce qui peut suffire à ce que d’éventuels pathogènes persistent.

    Vente de fourrures au marché Sunning, dans la province de Hebei.

    Ajoutons que le Shandong, territoire de moyenne montagne et de forêts, connu entre autre pour ses grottes, héberge de nombreuses espèces de chauves-souris, dont certaines, comme Rhinolophus ferrumequinum, Myotis Fimbriatus ou Eptesicus Serotinus, sont porteuses de coronavirus. Les chauves-souris sont attirées par les hangars d’élevage, qui leur fournissent un abri potentiel. Elles urinent et défèquent fréquemment sur tout ce qu’elles surplombent. Des cages contenant des animaux par exemple. De fait, on dispose donc dans le Shandong (même si c’est également le cas dans d’autres régions de Chine) de tous les ingrédients pour de formidables rencontres virales, des recombinaisons en tout genre et des émergences fulgurantes.

    Un chiffre peu connu attire l’attention : en 2019, la province n’a récolté que 6,5 millions de peaux de visons, contre presque quinze l’année précédente. Quasiment neuf millions de visons volatilisés d’une année sur l’autre ! Une baisse de 55 %, propre à cette seule province, qui semble ne pouvoir s’expliquer que par une catastrophe ou un fléau brutal. Lequel ? Pourrait-il être sanitaire ? D’autant que les productions de peaux de renards (5,7 millions) et de chiens viverrins (trois millions) issues du même territoire sont, elles, restées parfaitement stables. Sollicitée à plusieurs reprises par Reporterre pour expliquer cette hécatombe, la China Leather Industry Association a laconiquement invoqué dans un courriel « un marché stagnant et une surproduction de peaux de visons » qui auraient conduit « la plupart des compagnies à quitter l’industrie ». Une explication qui semble insuffisante devant l’ampleur du séisme.

    Effondrement de la production de visons en 2019.

    Tous les grands pays producteurs de peaux de visons ont été contaminés… sauf la Chine ?

    Quoiqu’il en soit, on peut s’étonner qu’officiellement aucune ferme intensive chinoise de visons n’ait été contaminée alors que l’Europe de l’Est, de l’Ouest, du Nord et du Sud, les États-Unis et le Canada sont touchés. Ce serait une étonnante anomalie : tous les grands pays producteurs auraient été frappés mais le principal ferait exception, malgré les nombreux liens commerciaux et professionnels l’unissant à ses partenaires étrangers, notamment l’Amérique, l’Europe du Nord et l’Italie.

    En définitive, mustélidés, canidés et viverridés — les mammifères suspects pour tenir le rôle d’intermédiaire — sont les mêmes aujourd’hui que pour l’épidémie de Sars-CoV-1 en 2003-2004. Sauf que les civettes masquées sont désormais mille fois moins nombreuses dans le pays que les renards, les raccoon dogs et les visons élevés pour leur fourrure. Il paraît donc inconcevable pour l’établissement de la vérité et pour prévenir une future nouvelle pandémie que l’OMS ne commande pas une enquête serrée dans les élevages, au Shandong et ailleurs.

    Vente de renards et de chiens viverrins dans la province de Hebei, au marché de fourrures de Shangcun.

    On comprend à la lecture du rapport préparatoire, malgré les perceptibles précautions diplomatiques vis-à-vis de la Chine, que l’intention est présente. Il est par exemple indiqué que la commission d’experts envisage notamment de « cartographier les chaînes d’approvisionnement de tous les animaux vendus sur le marché », sauvages et domestiques, en vue d’identifier « des aires géographiques intéressantes pour effectuer des sérologies animales et humaines ». Exactement, donc, ce qui aurait dû être fait depuis un an : des recherches de virus dans et autour des élevages.

    Hélas, l’OMS, après de multiples concessions à l’égard du régime chinois, a abandonné l’ambition de pratiquer directement le travail de terrain en signant un protocole qui délègue aux chercheurs locaux cette partie de l’enquête. La mission ne devrait même pas sortir de Wuhan et l’un de ses membres déclarait récemment à la revue Science et Avenir qu’il ne faut pas s’attendre « à ce que l’équipe revienne avec des résultats concluants ». Même ainsi désarmée, cette délégation semble continuer à poser problème à Pékin.

    Le mur dressé par l’État chinois semble toutefois commencer à se lézarder. Le 8 janvier, un article signé par des chercheurs chinois éminents, en l’occurrence Zhengli Shi et Peng Zou, reconnaît pour la première fois dans les colonnes de la revue Science que le vison pourrait être l’hôte « du virus qui a engendré le Sars-CoV-2 ». Les chercheurs suggèrent même de conduire « des investigations rétrospectives d’échantillons datant d’avant la pandémie chez les visons ou d’autres animaux susceptibles ». Les esprits suspicieux se demanderont pourquoi cette suggestion vient si tard, la sensibilité au Covid des visons étant connue depuis six mois, et si de tels échantillons existent encore. Les autres jugeront sans doute qu’il vaut mieux tard que jamais.

    Compte tenu de son importance internationale, nous avons traduit cette enquête en anglais : Mounting evidence suggests mink farms in China could be the cradle of Covid-19

    C’est maintenant que tout se joue…

    Les scientifiques alertent sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale dans le traitement de l’actualité.
    Contrairement à de nombreux autres médias, nous avons fait des choix drastiques :

    celui de l’indépendance éditoriale, ne laissant aucune prise aux influences de pouvoirs. Le journal n’appartient pas à un milliardaire ou à une entreprise ; Reporterre est géré par une association d’intérêt général, à but non lucratif. Nous pensons qu’un média ne doit pas être un levier d’influence de l’opinion au profit d’intérêts particuliers.

    celui de l’ouverture : tous nos articles sont en libre accès, sans aucune restriction. Nous considérons que s’informer est un droit essentiel à la compréhension du monde et de ses enjeux. Ce droit ne doit pas être conditionné par les ressources financières de chacun.

    celui de la cohérence : Reporterre traite des bouleversements environnementaux, causés entre autres par la surconsommation, elle-même encouragée par la publicité. Le journal n’affiche donc strictement aucune publicité. Cela garantit l’absence de lien financier avec des entreprises, et renforce d’autant plus l’indépendance de la rédaction.

    En résumé, Reporterre est un exemple rare dans le paysage médiatique : totalement indépendant, à but non lucratif, en accès libre, et sans publicité.
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    [1] Une équipe de l’OMS est finalement arrivée jeudi 14 janvier en Chine, à Wuhan (centre).

    [2] Le Sras est la première maladie grave et transmissible à émerger au XXIe siècle. L’épidémie, partie de Chine fin 2002, a éclaté au niveau mondial en 2003 faisant plus de 8.000 cas et près de 800 morts, résume l’Institut Pasteur.

    [3] En 2018, 34,7 millions de visons, 2,7 millions de renards, 166.000 chiens viverrins et 227.000 chinchillas ont été élevés dans l’Union européenne.

    [4] Le lien vers lequel nous renvoyons est une archive.

    Lire aussi : EXCLUSIF - Les élevages de visons sont-ils la source du Covid en Europe ?

    Source : Yann Faure et Yves Sciama pour Reporterre

    Carte : © Gaëlle Sutton/Reporterre

    Graphique : © Nicolas Boeuf/Reporterre

    Photos :
    . chapô et vison blanc : Visons élevés pour leur fourrure, en 2015, à Zhangjiakou, province de Hebei. © Greg Baker / AFP
    . Chien viverrin. 
    Animal Equality International
    . Wuhan. 
    c f de Pixabay
    . Marché Suning, à Hebei. 
    Rapport Peoples Republic of Fur Animals and Products
    . Wuhan Market. Arend Kuester/
    Flickr
    . Marché de fourrures de Shangcun. Animal Equality International/
    Flickr

  • Traverser le Temps

     

     « Qu'est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais; mais, si on me le demande, et que je veuille l'expliquer, je ne le sais plus ».

    Saint-Augustin

     

    Ces jours-ci, on est beaucoup sorti en montagne : raquettes à neige, ski de fond et ski de randonnée. Les journées sont splendides, les montagnes enneigées nous appellent et nous avions besoin de "vider" nos cerveaux emplis d'émotions et de tourments trop nombreux. Des situations qui nous pèsent et dont la résolution ne nous appartient pas intégralement. 

    Aujourd'hui, c'était ski de fond. Un parcours qu'on connaît bien sur le plateau de la Féclaz, au-dessus de Chambéry. Un parcours qui relie une piste rouge à une noire, puis un morceau de piste bleue et un final sur une piste rouge. On a mis 1h40. Il doit y avoir une vingtaine de kilomètres, bien vallonné.

    Il y a dix ans, c'était un parcours qu'on enquillait "à fond". Aujourd'hui aussi, on l'a fait "à fond". Mais ça n'était pas le même ryhtme. Le physique n'est plus le même, bien qu'on tente de le préserver par une alimentation réfléchie et une activité physique quasi quotidienne. Le sport est un révélateur du Temps. Non pas du Temps qui passe mais de notre passage à travers ce Temps. 

    Imaginons une pluie continue.

    Vous sortez bien habillé et vous commencez à marcher sous la pluie. Elle tombe doucement, verticale, presque imperceptible...Au début, vous la sentez à peine humidifier votre visage. Le reste de votre corps est bien à l'abri. Vos mains sont nues, vous devinez dans le balancement de vos bras des goutellettes infimes qui se déposent.

    La pluie ne cessera jamais. Vous continuerez à marcher toute votre vie. Après quelques années, vos habits ne seront plus imperméables, l'eau finira par passer à travers la première épaisseur, vous commencerez à sentir son poids et insensiblement, année après année, vous serez obligé de ralentir la cadence de votre pas.

    Et puis viendra le temps où plus rien ne sera sec. Vous sentirez sur la totalité de votre corps la présence de l'eau. Et plus tard encore, vous vous mettrez à avoir froid. Et plus tard encore, vous aurez l'impression que l'eau a traversé votre peau, qu'elle s'est inflitrée par les pores. Le poids se fera sentir avec une lourdeur que vous aurez de plus en plus de mal à combattre, votre pas raccourcira encore, vous ne franchirez plus de montagnes, la plaine sera devenu votre seul horizon.

    La pluie n'a jamais cessé.

    Vous l'avez traversée pendant toute votre vie. Elle est toujours restée identique. Parfois, vous l'avez oubliée, emporté par l'euphorie des bonheurs ou la détresse des drames. Parfois, elle vous a considérablement agacé. Mais elle n'a jamais changé. C'est vous qui l'avez perçue différemment. 

    Vous avez traversé le Temps.

    Le Temps ne passe pas. Il est immuable, insaisissable, indescriptible.

    Cette traversée est marquée par les joies et les peines, les bonheurs et les détresses, les coups durs et les apaisements, la sérénité et la colère, la douceur et la douleur, la béatitude et la souffrance. 

    Beaucoup de choses nous échappent, beaucoup d'événements surviennent sans qu'on n'ait pu les prévoir, beaucoup de situations resteront ancrées, comme des cicatrices immuables ou des instants de lumière.

    Il n'y a qu'une chose qui nous appartienne totalement. L'acceptation, le lâcher-prise, l'agir dans le non agir. 

    "Quand tu les acceptes, les choses sont ce qu'elles sont; quand tu ne les acceptes pas, les choses sont ce qu'elles sont." 

    Dans la diminution de mes capacités physiques, je ne ressens aucune tristesse, aucun désappointement. Il serait absurde que j'entre en lutte contre le phénomène de la vie. Je sais ce que j'ai accompli, je sais ce que je peux faire aujourd'hui, j'ignore ce qu'il en sera dans quelque temps. Mais je l'accepte intégralement et en l'accueillant sereinement, je m'offre la possibilité de jouir pleinement de ce qui est là. 

     

  • Régime de faveur

    Doit-on s'en étonner ?

    Doit-on se taire ?

    Doit-on l'accepter ? 

    Non, bien évidemment. Mais notre avis ne compte pas.

    Ma mère a fait un AVC en 2019 et elle a une pathologie cardiaque. Mon père lui aussi souffre d'une pathologie cardiaque. Malgré ça et de multiples appels téléphoniques auxquels personne ne répond et un site internet qui me répond sur le formulaire d'inscription que les réservations sont suspendues, je n'arrive pas à leur obtenir de rendez-vous.

    Ils ont 86 et 85 ans.

    Combien de cas similaires actuellement ? Lorsque je fouille sur internet, je trouve des centaines de messages dénonçant une impossibilité d'être vacciné malgré des situations à hauts risques chez les personnes concernées.  

    Covid-19 : Nicolas Sarkozy, 66 ans, a été vacciné au mois de janvier

     

    L’ancien chef de l’Etat, âgé de 66 ans, a reçu l'injection à l’hôpital militaire de Percy, à Clamart (Hauts-de-Seine). La vaccination avait été prescrite par un médecin de ville qui invoque une pathologie à haut risque dont souffrirait l'homme politique.

    Article rédigé par

    franceinfo

    Radio France

    Publié le 18/02/2021 15:30Mis à jour il y a 12 minutes

     Temps de lecture : 1 min.

    Nicolas Sarkozy, le 22 janvier 2021. (FRANCK FIFE / AFP)

    Nicolas Sarkozy, le 22 janvier 2021. (FRANCK FIFE / AFP)

    Nicolas Sarkozy s’est fait vacciner contre le Covid-19 au mois de janvier, a appris franceinfo de source militaire, jeudi 18 février, confirmant une information de L’Express.

    L’ancien chef de l’Etat, âgé de 66 ans, a reçu l'injection par un médecin de l’hôpital militaire de Percy, à Clamart (Hauts-de-Seine), sur prescription d’un médecin de ville, a précisé cette source. La vaccination était réservée à ce moment-là aux personnes de plus de 75 ans et aux personnes présentant des pathologies à haut risque.

    La nature de la pathologie n'a pas été précisée

    C’est cette dernière raison qui a été invoquée par le médecin pour justifier la vaccination de Nicolas Sarkozy. La source militaire n’a pas précisé la nature de cette pathologie. "Il en va de Nicolas Sarkozy comme de n'importe quel
    français, il a droit au secret médical. Pas de commentaire", a réagi le ministre de la Santé, Olivier Véran, lors de son point hebdomadaire sur la situation sanitaire du pays.

    On ignore également quel type et marque de vaccin l’ancien président a reçu. Mais selon le calendrier vaccinal mis en ligne sur le site du ministère de la Santé, les personnes présentant des pathologies à haut risque doivent recevoir le vaccin à ARN messager de Pfizer/BioNTech ou Moderna.

     

     L'hôpital américain de Neuilly. Photo d'illustration ALAIN JOCARD/AFP

    L'hôpital américain de Neuilly. Photo d'illustration ALAIN JOCARD/AFP

    Vaccination : les passe-droits des VIP de l’Hôpital américain de Neuilly

    Mercredi 10 Février 2021

    Cet établissement privé de Neuilly (Hauts-de-Seine) aurait procédé en janvier à la vaccination d’une partie de ses dirigeants non médicaux, mais aussi de certains de ses riches donateurs.

    La révélation fait désordre. Selon Franceinfo, l’hôpital américain de Neuilly-sur-Seine aurait proposé, avant même le début officiel de la campagne de vaccination, des injections aux membres de son conseil d’administration, pourtant non prioritaires. Et, de fait, ce prestigieux établissement privé a procédé en janvier à la vaccination d’une partie de ses dirigeants, les « gouverneurs » , mais aussi de certains de ses donateurs.

    Capitaines d'industrie

    Le Board of Governors de l’Hôpital, l'équivalent d’un conseil d’administration est constitué d’une quarantaine de personnalités internationales (françaises, américaines, japonaises) dont des grands capitaines d’industrie, dirigeants d’entreprise, banquiers, diplomates, avocats, etc. La plupart de ces "gouverneurs" sont âgés mais ce n'est pas le cas de tous comme le millionnaire Arnaud Lagardère (59 ans) ou la femme de Bruno Bouygues, Helen Lee Bouygues (45 ans), explique Franceinfo.

    Icon Push-pinNotre carte interactive. Vaccination contre le Covid-19 : où en est votre département ?

    Mardi, le ministre de la Santé a dit « déplorer » ces faits, s’ils étaient avérés. « Je n’accepterai pas qu’il y ait des passe-droits », a poursuivi Olivier Véran. L’hôpital, lui, s’est défendu en disant avoir proposé ces injections à « l’ensemble » des intervenants dans l’établissement : « médecins, soignants, administratifs, gouverneurs, prestataires de ménage, de sécurité et de restauration, volontaires bénévoles ». Sauf que, dans cette liste, lesdits « gouverneurs » n’exercent aucune fonction sanitaire dans l’hôpital...

    Et pendant ce temps : Une vaccination à la traîne dans les quartiers populaires ?

    L’hôpital Max-Fourestier, à Nanterre, un des 13 centres de vaccination des Hauts-de-Seine, est privé de dose depuis la semaine dernière. Michel Euler/AP/SIPA

    L’hôpital Max-Fourestier, à Nanterre, un des 13 centres de vaccination des Hauts-de-Seine, est privé de dose depuis la semaine dernière. Michel Euler/AP/SIPA

    Une vaccination à la traîne dans les quartiers populaires ?

    Mardi 9 Février 2021

    Nadège Dubessay

    Nanterre n'a reçu aucune dose de vaccin la semaine dernière quand Neuilly en a eu 540, pointe le maire de la ville lésée... Dans les Hauts-de-Seine, comme en Seine-Saint-Denis, des élus s’insurgent contre une campagne vaccinale qui laisserait sur le carreau les plus précaires. RÉACTIONS.

    Au centre de vaccination aménagé dans l’hôpital Max-Fourestier de Nanterre (Hauts-de-Seine), les locaux sont désespérément vides. Et pour cause. Dans cette commune populaire de 97 000 habitants, les plus de 75 ans qui veulent se faire vacciner devront attendre. Car Nanterre ne devrait recevoir aucune dose de vaccin pour la semaine à venir.

    Ici, tous nos articles sur la campagne de vaccination.

    Ce qui a fait bondir Patrick Jarry, le maire (DVG), c’est de constater que, dans les communes huppées voisines, Neuilly-sur-Seine, Issy-les-Moulineaux ou Boulogne-Billancourt, les centres de vaccination n’ont pas ralenti leur activité. Jusqu’à présent, les 13 centres des Hauts-de-Seine recevaient 420 doses chacun. « Or, la semaine dernière, Nanterre en a eu zéro et Neuilly 540 », ne décolère pas Patrick Jarry. « Ce matin, la directrice départementale de l’agence régionale de santé m’a expliqué que l’ARS avait demandé à tous les centres de vaccination de ne pas prendre de rendez-vous en prévision de la baisse d’arrivage du vaccin Pfizer. Neuilly n’aurait pas exécuté l’injonction ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Quand on ne respecte pas les règles, on est récompensé ? » tempête l’élu. Qui précise que, « dans la semaine, l’ARS avait demandé de déprogrammer des rendez-vous ». Il n’en démord pas : certaines villes seraient mieux loties que d’autres. Alors, pour en avoir le cœur net, il a demandé au préfet de rendre public le nombre de personnes vaccinées ville par ville. « À la pénurie de vaccins, ne rajoutons pas l’injustice ! » lance-t-il.

    Cet article devrait aussi vous intéresser : Vaccin : quand les chercheurs réfléchissent au « coup d’après »

    Fracture numérique, surmortalité...

    D’autant qu’ici, comme dans bien d’autres villes populaires, les personnes âgées ne sont pas toujours mobiles et la fracture numérique frappe durement. Or, les rendez-vous se prennent sur Internet. « Il faudrait organiser des brigades mobiles pour aller dans les quartiers », insiste le maire. En Seine-Saint-Denis, c’est le président du conseil départemental qui a tiré la sonnette d’alarme, il y a quelques jours, face au peu de personnes vaccinées. Le 93, où 17 centres de vaccination ont été ouverts, affiche le triste record du département le moins vacciné de la métropole… « Cela montre que les inégalités sociales, les fractures numériques que nous connaissons en Seine-Saint-Denis ont aussi un impact dans cette crise sanitaire », explique Stéphane Troussel (PS) sur la page Web du conseil départemental. D’autant que, pour s’inscrire sur la Toile pour un rendez-vous, pas besoin de mentionner sa ville d’origine. Des Parisiens, face à la saturation des centres de vaccination de la capitale, se sont rués vers les villes de proche banlieue : Saint-Ouen, Montreuil, La Courneuve… Au détriment de ceux qui ne maîtrisent pas l’outil informatique ou qui en sont dépourvus.

    À Saint-Ouen, plus de 50 % des patients proviennent d’autres communes. À La Courneuve, le taux atteint 80 %. Certes, le virus n’a pas de frontières. « Sauf que les populations fragiles de nos villes se sont retrouvées en deuxième rideau », tacle Gilles Poux, le maire (PCF) de La Courneuve. Stéphane Troussel en est persuadé : « Il faut faire autrement, changer de méthode : mettre des plateformes téléphoniques, des bus qui vont dans les communes ou passer via les aides à domicile, pour qu’elles puissent vacciner. »

    Une urgence bien réelle

    Même si la Seine-Saint-Denis ne compte « que » 80 000 personnes de plus de 75 ans, l’urgence est ici bien réelle. Entre le 2 mars et le 10 mai 2020, soit pendant la première vague de l’épidémie, les décès avaient bondi de + 110 % (c’est-à-dire plus que doublé) par rapport à la moyenne observée entre 2015 et 2019, un record en France. « Les personnes obèses, diabétiques ou souffrant de maladies cardio-vasculaires, mais aussi celles qui ne peuvent pas télétravailler ou qui se trouvent en surpopulation dans leur logement, sont particulièrement exposées au Covid, constate un médecin de l’hôpital Avicenne, à Bobigny. Or, en Seine-Saint-Denis, elles sont bien plus nombreuses qu’ailleurs. » On le sait : le virus n’a fait qu’exacerber les inégalités sociales. Et, aujourd’hui, c’est l’accès au vaccin qui pourrait se révéler injuste et inéquitable pour toute une frange de la population.

    Pour aller plus loin : Science appliquée à la santé : quelles politiques de recherche pour prévenir d’autres pandémies ?

  • Une épidémie révélatrice

    Covid-19 : une épidémie révélatrice d’une crise écologique et sociétale

     

    Alain Coulombel, Eric Caumes

    10/01/2021

    Dans le quartier d'affaire de La Défense, pendant la pandémie du Covid-19© Denis ALLARD Dans le quartier d'affaire de La Défense, pendant la pandémie du Covid-19

    Il a suffi d’un virus pour que la mégamachine planétaire s’enraye. La leçon vaut pour aujourd’hui et pour demain. Sans la révision du système de santé publique et sans l’engagement écologique, les mêmes causes produiront les mêmes effets.

    Tribune. L’année 2020 aura été marquée par la première traduction épidémique de la crise écologique planétaire. Si nous n’y prenons garde, d’autres épidémies suivront car les mêmes causes produiront les mêmes effets. Nous en connaissons l’impulsion, à savoir la transmission extrêmement rapide d’un coronavirus, virus ayant franchi la barrière des espèces et dont l’émergence est liée, notamment, à l’emprise humaine sur les espaces naturels, à la perte de la biodiversité et au commerce d’animaux sauvages. Le commerce de la faune sauvage a été multiplié par cinq ces quinze dernières années, en dépit de l’avertissement constitué par l’épidémie de Sars en 2002-2003 en Asie.

    Tout au long de ces douze derniers mois, la Covid-19 a agi (et continue d’agir) comme un immense trou noir absorbant toute la matière informationnelle pour ne laisser place en France qu’au décompte journalier du nombre de morts, de places disponibles en réanimation, de l’hydroxychloroquine ou du vaccin. Plus de Hezbollah, de conflits au Yémen, en Syrie ou en Libye, de camps de réfugiés, de migrants sur leurs frêles embarcations, de réchauffement climatique, de nucléaire iranien, de réforme des retraites, mais une réalité planétaire engloutie dans le champ gravitationnel de la Covid-19. Jusqu’à saturer notre univers mental et spirituel. Plus de sport, plus de culture, plus de bistrot, plus de restaurant. Plus rien d’autre. Que le désarroi et la peur, l’emballement et le basculement dans une réalité terriblement anxiogène et indéterminée jusqu’à l’arrivée d’un vaccin.

    Aucun espace pour la réflexion et la distance critique

    Comme si l’évènement que nous viv(i)ons avait échappé à nos radars et à nos grilles de lecture familières, tout en nous rapprochant de la catastrophe planétaire si chère aux «collapsologues». Qui aurait pu imaginer, en ce début d’année 2020, l’emballement planétaire dont nous allions être les principaux protagonistes hébétés? Qui aurait pu deviner que des territoires entiers seraient confinés, des villes désertées, des activités de toutes sortes interrompues, des élections reportées, des responsables politiques et sanitaires, malades ou déboussolés, improvisant, jour après jour, des réponses trop souvent incohérentes ou inadaptées ?

    Quelque chose semble s’être déréglé, là, soudain, dans cette belle mécanique des flux mondialisés, des traités de libre-échange et de la division internationale du travail, du tourisme de masse et des voyages low cost. Au cœur d’une époque déjà marquée par tant de soubresauts localisés, de crises à répétition, et d’autres emballements climatiques, boursiers, technologiques, médiatiques ou politiques…

    Mais avec cette première crise écologique planétaire, c’est comme si l’emballement avait secoué notre petite planète bleue à une échelle et avec une intensité jusque-là jamais observées. De l’emballement des chaînes d’information en continu à celui des défenses immunitaires (orage cytokinique); de la multiplication des articles publiés dans les revues scientifiques autour de la Covid (jusqu’à 292 par jour !) à l’envolée de la dette publique et privée; de l’emballement de la décision politique concernant la mise sur le marché de médicaments (comme le remdisivir, payé au prix fort au laboratoire Gilead, et qui s’avérera inefficace) ou de vaccins (comme le Pfizer/BioNTech, premier arrivé sur le marché) à l’agitation des réseaux sociaux autour de l’hydroxychloroquine ou de Raoult, tout semble converger et s’accélérer pour ne laisser aucun espace à la réflexion et à la distance critique.

    Paupérisation de notre système de santé publique

    Nous savons depuis Paul Virilio ou Hartmut Rosa (1) que notre monde s’accélère, de crise en crise, de rupture en rupture, de dégradation en dégradation. Mais avec la Covid-19, nous sommes entrés dans l’ère des phénomènes systémiques globaux et planétaires, l’immédiateté et l’instantanéité du temps réel, à l’échelle du monde, nous plongeant dans un état d’urgence généralisé: urgence sanitaire, sécuritaire, économique, sociale et climatique. Il a suffi d’un virus, pour que notre mégamachine planétaire s’enraye, que la croissance s’effondre, que les cours de la Bourse s’affolent, que la pauvreté et la précarité explosent, que les équilibres géopolitiques soient profondément remaniés et que nous découvrions, ce que nous ne voulions pas savoir, la vulnérabilité de notre système-monde, et la fragilité de nos sociétés occidentales.

    Quelles leçons provisoires pouvons-nous tirer de ce constat? D’abord, il ne saurait y avoir de solutions pérennes sans la remise en cause de l’idéologie du «zéro stock et des flux tendus», du time management et du pilotage par les indicateurs qui ont largement alimenté la vie de nos institutions (privées ou publiques), depuis les années 80. Avec pour résultat sanitaire, la paupérisation de notre système de santé publique mis en défaut face aux assauts répétés de la pandémie dans ses volets préventif comme curatif.

    «One Health»

    Or nous continuons, en France, de supprimer des lits, alors que la crise sanitaire a montré l’importance de personnels et de services bien dotés! Le second message est écologique et doit nous faire reconsidérer notre place parmi les vivants. Car il faut bien le reconnaître, notre système n’a eu de cesse de dégrader les conditions de vie sur Terre, sans égard pour l’homme comme pour l’animal, le minéral ou le végétal.

    Le soin doit devenir l’objet d’une politique générale et le principe de toute action future. L’approche «One Health», qui considère, ensemble, santés humaine, animale et environnementale, est un pas dans la bonne direction. Nous ne pouvons ignorer notre dépendance à la Terre et aux conditions géophysiques de toute existence. La leçon vaut pour aujourd’hui et pour demain. Si nous devions l’oublier, une fois encore, trop pressés de refermer la parenthèse Covid-19, alors les pandémies du futur, associées à la perte de la biodiversité et au réchauffement climatique, pourraient être bien plus dramatiques avec un impact encore plus important sur nos sociétés humaines.

    (1) Vitesse et Politique de Paul Virilio et Accélération d’Hartmut Rosa.

    Alain Coulombel est l’auteur de Chronique d’un emballement planétaire, à paraître mi-janvier, chez Libre & Solidaire. Eric Caumes est l’auteur d’Urgence sanitaire, Robert Laffont, 2020.

  • Covid et changement climatique

    La crise du coronavirus peut-elle changer la donne pour le changement climatique ?

     

    https://www.rtbf.be/info/societe/detail_la-crise-du-coronavirus-peut-elle-changer-la-donne-pour-le-changement-climatique?id=10651877

     

    Pour contenir le changement climatique, il faudrait une diminution annuelle de 7,6% des émissions de CO2. Cette année, les mesures de confinement auront entraîné une baisse de 7% au niveau mondial. Une bonne nouvelle pour le climat ? Pas si vite. "Nous allons nous retrouver en 2020 pour la première fois sur une trajectoire d’émissions compatible avec les objectifs des accords de Paris", souligne François Gemenne, chercheur qualifié du FNRS, Observatoire des migrations environnementales (Cedem – ULg). "Le paradoxe, c’est que nous allons nous y retrouver non pas à cause de politiques climatiques que nous aurions choisies, mais à cause de mesures sanitaires que nous avons subies. Le fait que ce soit la crise sanitaire qui amène cette réflexion souligne en creux l’inefficacité ou l’insuffisance en tout cas de nos politiques climatiques actuelles."

    Pour le changement climatique, il n’y aura pas de vaccin

    Cette baisse des émissions est ponctuelle. Pour une diminution structurelle, et un réel impact sur le changement climatique, il faudrait des mesures structurelles. Pas le même registre de mesures que celles adoptées actuellement en situation de crise.

    "Qui dit crise suppose une sorte de retour à la normale", poursuit François Gemenne. "Pour le changement climatique, il n’y aura pas de vaccin, ce qui veut dire que la température ne baissera pas, que le niveau des océans ne baissera pas […] Le changement climatique n’est pas une crise, c’est une transformation en profondeur, une transformation structurelle de nos sociétés qui appelle aussi des mesures structurelles et de long terme parce qu’il n’y aura pas de retour à la normale justement."

    Revoir la séquence du JT consacrée au Plan belge sur le climat (10 décembre 2020):

    D’où vient la baisse observée ?

    Même si la baisse observée est ponctuelle, il est intéressant de comprendre d’où elle vient précisément. Pendant le confinement, l’arrêt de certaines activités a-t-il pesé plus que d’autres ?

    A l’ULB, une équipe analyse tous les jours des données satellites qui permettent de surveiller l’émission de polluants en lien avec l’activité humaine, comme l’agriculture, ou naturelle, comme les volcans. "Cette année, c’est une année exceptionnelle", commente Cathy Clerbaux, membre de l’équipe en tant que chercheuse en sciences de l’atmosphère et du climat (CNRS). Et pas seulement au niveau des gaz à effet de serre comme le CO2.

    Si l’on regarde le NO2, un polluant émis par les pots d’échappement des voitures (en lien direct donc avec l’intensité du trafic automobile) : "On voit une chute de polluants entre 30 et 50% en fonction des différents endroits par rapport à la même époque de l’année précédente. C’est énorme, on n’avait jamais pensé avoir une situation telle que celle-là." Autre polluant en diminution parfois spectaculaire pendant le confinement, le CO : "un excellent traceur de la pollution parce que tout phénomène de combustion va conduire à ce type d’émissions (industrie, trafic automobile…)", précise Cathy Clerbaux.

    Les feux en Sibérie ont brûlé une surface équivalente à sept fois la Belgique

    Mais dans le bilan global, un autre phénomène a également pesé, avec une intensité exceptionnelle cette année : la multiplication de gigantesques incendies, comme en Californie, en Australie ou en Sibérie. "Les feux en Sibérie ont brûlé une surface équivalente à sept fois la Belgique… C’est énorme en fait, et donc vous imaginez bien que ça émet plein de CO, et plein de CO2 qui vont s’accumuler dans l’atmosphère." Une multiplication des incendies en lien, structurel celui-là, avec le changement climatique…

    Revoir la séquence du JT consacrée aux températures en Sibérie (21 juin 2020) :

    Au final, la diminution de 7% des émissions de CO2 peut sembler assez faible face à l’ampleur de la paralysie économique et sociale entraînée par la pandémie et le confinement. Les incendies l’expliquent en partie seulement. "Au premier confinement, les chiffres étaient plus importants mais c’est lissé sur une année", contextualise Edwin Zaccai, directeur du Centre d’Etudes du Développement (ULB). "Ensuite, les entreprises dans le monde ont continué à travailler, le chauffage continue. Ce sont surtout les transports qui ont été affectés et les transports c’est une part seulement des gaz à effet de serre."

    "Ça souligne à quel point nos comportements individuels déterminent une part relativement limitée des émissions mondiales", ajoute François Gemenne. "C’est-à-dire que, alors que nous étions à l’arrêt, confinés chez nous, toute une série d’émissions structurelles continuaient à se produire. L’exemple le plus frappant, c’était celui de l’extraction du pétrole, au point que les cours de livraison du baril du pétrole sont même passés en négatif au mois d’avril dernier parce qu’on en sortait trop de la terre et qu’on ne parvenait plus à trouver des endroits pour le stocker".

    Pour le chercheur, il faut aussi tenir compte de notre regard "très eurocentré" : "Le reste du monde est loin d’être à l’arrêt. En dehors de nos quelques pays, nos quelques millions d’habitants, le monde a repris une marche presque normale, c’est assez logique que la baisse [des émissions de CO2] soit entre 8 et 10%", estime-t-il.

    Quelles leçons pour la gestion du changement climatique?

    Au final, s’il est clair que cette baisse ponctuelle ne changera pas directement l’ampleur du changement climatique, peut-on malgré tout en tirer des enseignements utiles pour mieux appréhender cette transformation-là ?

    Les gouvernements ont montré qu’ils peuvent agir de façon plus forte quand ils se rendent compte qu’il y a un péril important, qu’il y a une pression de la population

    "Ce qui m’a surtout frappé, c’est d’avoir vu comment les gouvernements pouvaient assez rapidement avoir des actions extrêmement fortes, extrêmement vigoureuses alors que par rapport au changement climatique, les actions sont lentes, toujours freinées par toute une série de considérations", estime Edwin Zaccai.

    "Il y a des enseignements à tirer, pas faciles, car c’est quand même une expérience douloureuse pour beaucoup de gens, beaucoup de sociétés, mais les gouvernements ont montré qu’ils peuvent agir de façon plus forte quand ils se rendent compte qu’il y a un péril important, qu’il y a une pression de la population aussi, et c’est le cas pour le climat. Deuxièmement, il y a des fonds dégagés pour la relance post-Covid et cette relance peut être effectuée d’une façon plus verte : il y a beaucoup de plans pour des activités davantage vertes." L’expert pointe également l’augmentation du télétravail : "Je crois qu’il va en rester quelque chose donc il y aura une baisse des déplacements liés au travail – c’est probable – mais ce n’est qu’un élément parmi les émissions."

    Pourquoi nous ne voyons pas le changement climatique comme un danger immédiat et présent?

    François Gemenne se montre lui plus réservé sur notre capacité collective à tirer des leçons pour l’avenir de façon générale. Mais en prenant le parti d’être optimiste, il souligne également cette capacité démontrée par les dirigeants à prendre des mesures "radicales, urgentes et extrêmement coûteuses lorsque nous sommes confrontés à un danger immédiat".

    Ce qui pour lui amène immédiatement une autre question : "Pourquoi nous ne voyons pas le changement climatique comme un danger immédiat et présent, pourquoi nous avons toujours tendance à voir le changement climatique dans un futur lointain que nous pourrions encore éviter ?" Or ce changement est déjà en cours "depuis au moins vingt ou trente ans"… Mais "contrairement au Covid, les morts ne sont pas encore à nos portes et sont pour la plupart situés de l’autre côté de la Méditerranée et donc nous ne voulions pas les voir de la même manière que nous ne voulions pas voir le danger du virus tant qu’il était encore confiné en Chine", avance-t-il.

    Pour lui, la crise du Covid est aussi une leçon de solidarité : "Alors qu’on nous serinait depuis des années que désormais la vie humaine n’avait plus aucune importance et que c’était uniquement le profit qui primait, nous avons créé une énorme crise purement artificielle pour préserver la vie des plus âgés et vulnérables dans nos sociétés." L’enjeu, poursuit-il, serait aujourd’hui de réussir à extrapoler cette solidarité au-delà de nos frontières, en considérant que "nos proches ne sont pas seulement nos grands-parents mais aussi ceux qui habitent de l’autre côté de la Méditerranée, et qui seront les premiers et les plus durement touchés par les impacts du changement climatique".

    Des choix politiques pour le court et le long terme. Et qui semblent plus à même d'être envisagés, et concrétisés, dans un contexte dégagé de la gestion quotidienne de la pandémie.

  • Les leçons du covid

    A mon sens, il y a deux lectures de l'actualité sanitaire. Celle qui consiste à observer l'évolution au jour le jour et celle qui consiste à se projeter bien plus loin. 

    La première ne m'importe pas au premier plan. 

    La seconde est absolument primordiale. 

    Covid-19 : les leçons à tirer de la baisse des émissions de CO2

     

    Le confinement pourrait avoir entraîné une baisse de 4 % des émissions globales de CO2 en 2020. Une nouvelle étude fait le point secteur par secteur.

    La << coronapiste >> cyclable amenagee rue de Rivoli a Paris.

    La « coronapiste » cyclable aménagée rue de Rivoli à Paris.© THOMAS COEX / AFP

    Par *

    Publié le 21/05/2020 à 09h00 - Modifié le 21/05/2020 à 09h18

    Avec la pandémie, de nouveaux modes de vie – on pense notamment à la diminution drastique de l'usage des voitures – sont apparus. La distanciation sociale imposée par le Covid-19 change notre façon de vivre et de travailler.

    Le nombre de personnes à vélo ou marchant a ainsi connu une envolée inédite. Bogota, Berlin et Vancouver ont élargi leurs voies cyclablesÀ Paris, un vaste réseau de voies pour les vélos est également en cours d'élaboration.

    Mais, une fois passée la crise, le système reviendra-t-il à la « normale » ? Et le devrait-il ?

    C'est l'une des nombreuses questions qui émergent à l'heure où l'effet de la pandémie sur les émissions de carbone commence à se préciser.

    À LIRE AUSSICovid-19 : la renaissance sera écologique et sociale ou ne sera pas

    Au-delà de la pandémie

    Dans un article de recherche – publié ce mardi 19 mai 2020 dans la revue scientifique Nature Climate Change –, nous montrons comment le Covid-19 a affecté les émissions de CO2 dans six secteurs économiques (énergie, transport routier, industries, services publics et commerces, résidentiel et aviation) à l'échelle mondiale.

    Nous avons ainsi découvert que les niveaux d'activité restreints ont entraîné une baisse maximale de 17 % des émissions mondiales quotidiennes début avril, par rapport à 2019.

    Ces données sont précieuses à un moment où nous considérons qu'un changement structurel profond est nécessaire pour orienter l'économie mondiale vers la neutralité carbone.

    À LIRE AUSSICoronavirus : en route vers une décrue historique des émissions de CO2

    Prenons le cas de nos rues devenues soudain si calmes avec le confinement. La chute du trafic routier est l'un des principaux moteurs de la baisse des émissions mondiales durant la pandémie. Par conséquent, si nous encourageons le vélo et le télétravail au-delà de la pandémie actuelle, nos objectifs climatiques pourraient devenir plus facilement réalisables.

    Émissions fossiles quotidiennes mondiales de CO₂, en millions de tonnes. Les lignes en pointillé représentent différents scénarios futurs d'émissions en fonction de l'évolution de la pandémie et des niveaux de confinement.

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    Des données précises et variées

    Chaque fin d'année, nous publions le « Global Carbon Budget », un rapport annuel de référence sur les tendances mondiales et régionales du cycle du carbone. Les circonstances inédites que nous traversons nous ont incités à effectuer une analyse préliminaire.

    Cette analyse a consisté à estimer comment la pandémie a pu influencer les émissions quotidiennes de CO2 dans 69 pays – couvrant 97 % des émissions mondiales –, pour six secteurs économiques.

    Il a fallu collecter, de façon très détaillée et variée, de nouvelles données à partir de diverses sources pendant la période de confinement. Nous avons, par exemple, examiné l'activité de transport routier et aérien à l'aide des données de trafic fournies par TomTom, de mobilité grâce à Apple Maps ainsi que des données relatives aux décollages d'avions dans les aéroports. Nous avons aussi eu recours à des données quotidiennes portant sur les changements de consommation d'électricité ou l'activité industrielle.

    Nous avons ensuite construit un « indice de confinement » – de 0 (pas de confinement) à 3 (confinement le plus strict) – dans chaque pays afin d'extrapoler les données disponibles au niveau mondial.

    Le pic pandémique

    Début avril 2020, au plus fort de la crise, le recul de l'activité mondiale a entraîné une baisse de 17 % des émissions quotidiennes mondiales – soit 17 millions de tonnes par jour – par rapport à la moyenne quotidienne de 2019.

    Au cours de cette période, les émissions quotidiennes totales auront été similaires à celles observées en 2006. Le fait que le monde émette autant, dans des conditions de confinement strict, qu'il y a 14 ans, dans des conditions normales, souligne la croissance rapide de nos émissions de CO2 ces dernières années.

    Avec une part de 43 % dans la réduction globale, le trafic routier aura le plus contribué à la baisse des émissions. Parmi les autres contributeurs de poids, on trouve le secteur de la production d'énergie et celui de l'industrie (avec notamment la fabrication de produits et matériaux tels que le ciment et l'acier).

    L'ensemble de ces trois secteurs est à l'origine de 86 % de la baisse des émissions journalières durant le confinement.

    Ampleur de la baisse des émissions de CO₂ au niveau mondial et par secteur d'activité pendant le confinement.

    Si le secteur de l'aviation a subi une chute quotidienne de son activité de l'ordre de 60 % au niveau mondial – la plus importante baisse de tous les secteurs que nous avons analysés –, sa contribution à la baisse globale des émissions a été relativement faible (10 %), ce secteur ne représentant que 3 % des émissions mondiales.

    Comme la majorité des gens sont restés à la maison, nous avons logiquement constaté une légère augmentation (de l'ordre de 5 %) des émissions mondiales du secteur résidentiel.

    En France, le confinement a entraîné une baisse des émissions quotidiennes de pointe estimée à 34 %, soit deux fois plus importante que la baisse mondiale de 17 %. Cette baisse provient principalement du secteur du transport routier.

    Ampleur de la baisse des émissions de CO₂ pour la France et par secteur d'activité pendant le confinement.

    Les perspectives pour 2020

    Nous avons aussi évalué la façon dont la pandémie pourrait affecter les émissions de CO2 pour le reste de 2020 – sachant que cela dépendra de l'intensité et de la durée des restrictions dans les mois à venir.

    Si le confinement mondial généralisé se termine vers la mi-juin, nous estimons que les émissions globales de carbone en 2020 chuteront d'environ 4 % par rapport à 2019. Si certaines restrictions restent néanmoins en place pour le reste de l'année, la réduction serait d'environ 7 %. La gamme complète des baisses d'émissions est de 2 % à 13 %, si l'on considère les différents scénarios de pandémie et les incertitudes relatives aux données.

    Plaçons ces chiffres dans le contexte du changement climatique. Selon l'Accord de Paris sur le climat et le « Gap Report » des Nations unies, les émissions mondiales doivent chuter de 3 et 7 % par an d'ici à 2030 pour limiter respectivement le changement climatique en dessous de 2 °C et de 1,5 °C. Avec la baisse des émissions prévue cette année à la suite du confinement, nous pourrions de fait atteindre cet objectif en 2020.

    À la croisée des chemins

    Stabiliser le système climatique nécessitera des modifications de nos systèmes énergétiques et économiques d'une ampleur extraordinaire – comparable à la perturbation provoquée par le Covid-19. Mais comment faire pour que la baisse des émissions en 2020 impulse ces changements nécessaires et durables ?

    L'expérience des crises économiques mondiales précédentes indique que, sauf actions concertées, les émissions finiront par rebondir et revenir à peu près aux niveaux d'avant crise.

    Mais ce n'est pas une fatalité : le choc du confinement nous offre une occasion de changer les structures qui sous-tendent nos systèmes énergétiques et économiques. Un tel choc pourrait nous engager sur la voie de la décarbonisation de l'économie mondiale.

    Évoquons à nouveau toutes ces personnes qui se sont mises récemment à la marche et/ou au vélo. Les gouvernements ne devraient-ils pas se saisir de l'occasion pour encourager et soutenir ces moyens de transport à faibles émissions et les rendre permanents ? Et si nous accélérions aussi le déploiement des voitures, vélos et trottinettes électriques pour élargir les options de mobilité tout en réduisant la pollution des milieux urbains ?

    On peut aujourd'hui se féliciter que de nombreux responsables politiques souhaitent prendre une telle direction. La région Île-de-France s'est par exemple engagée à investir 300 millions d'euros dans un réseau de « RER vélo » de 650 km reliant Paris à sa périphérie.

    La crise a ouvert la voie à de multiples autres changements, permettant d'évaluer quels déplacements étaient essentiels et comment la communication à distance pouvait offrir une alternative efficace.

    Si la réduction forcée de la consommation de produits et d'énergie pendant le confinement n'offre pas d'incitation directe pour réduire les émissions de gaz à effet de serre à long terme, des modes de production et consommation à plus faible demande énergétique peuvent être atteints, conduisant à un développement plus respectueux de l'environnement tout en préservant le bien-être individuel et l'activité économique.

    Nous pouvons revenir rapidement à la « normale », avec des émissions de gaz à effet de serre qui continueront de suivre leur trajectoire. Mais si nous optons pour le changement, 2020 pourrait bien être le coup de pouce inattendu qui renverse à jamais la tendance mondiale des émissions.

    * Pep Canadell, Chief research scientist, CSIRO Oceans and Atmosphere ; and Executive Director, Global Carbon Project, CSIRO ; Corinne Le Quéré, Royal Society Research Professor, University of East Anglia ; Felix Creutzig, Chair Sustainability Economics of Human Settlements, Mercator Institute on Global Commons and Climate Change ; Glen Peters, Research Director, Center for International Climate and Environment Research – Oslo ; Matthew William Jones, Senior Research Associate, University of East Anglia ; Pierre Friedlingstein, Chair Mathematical Modelling of Climate, University of Exeter ; Rob Jackson, chair, Department of Earth System Science, and Chair of the Global Carbon Project, Stanford University ; Yuli Shan, Research Fellow, University of Groningen

    La version originale de cet article a été publiée en anglais.

    SCIENCES & NATURE

    ENVIRONNEMENT

  • Faut rigoler

     

     

    Bon, y'a des jours, vraiment j'en ai marre du monde, des gens, de l'actualité, de cette misère spirituelle, de ce délabrement moral, de cette déliquescence sociale, de cet abandon chronique de l'idée même du début d'une réflexion philosophique, sur le pourquoi du comment, et dans quel état j'erre. Alors, je regarde des gens qui me font rire.

    Sellig, je l'aime. Là, quand j'écoute ça, je redeviens le gamin des années 1970 et ça me fait du bien. Tout est vrai là-dedans, c'est comme s'il racontait mon histoire. Oui, je sais, ça fait vieux con nostalgique. Mais ça me console.  

     

     

  • Patchwork de l'hiver

    Ski de fond, raquettes à neige et ski de randonnée.

    Que du bonheur.

    Là-Haut.

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