Les phénomènes météorologiques extrêmes ont explosé ces vingt dernières années, notamment en Asie, et le changement climatique en est le principal responsable, alerte l'Onu.
Blog
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La marginalité et la normalité.
- Par Thierry LEDRU
- Le 22/10/2020

La spiritualité.
Ce monde que nous croyons connaître.
La spiritualité est une découverte constante au cœur de la réalité.
"L'homme n'est que l'ombre de l'Homme qui est l'ombre de Dieu."
Et parce que la spiritualité exige de la part de l'individu une découverte et une élaboration totale, depuis la source, de la voie qui l'élève, il est actif et non "utilisé"...
L'absence de repères établis autorise l'individu à œuvrer pour lui-même, non dans une voie reconnue et balisée, mais dans l'élaboration obstinée de ses propres horizons. "Voilà où je veux aller." Et non "je voudrais aller là où vous êtes."La spiritualité est un chemin solitaire. Les rencontres sont des apports et non des soumissions, elles enrichissent celui qui y perçoit le diamant qui lui convient et non celui que les instances dirigeantes lui ordonnent d'honorer.
La foi n'est pas là. Ce monde religieux n'est pas le monde spirituel. La spiritualité n'a pas de fil conducteur, elle n'a pas de Bible, aucun texte Sacré, elle ne réclame aucune fidélité, elle accepte les errances, les changements de voie, les recherches multiples, elle reconnaît que l'individu est une unité existentielle et qu'il possède ce droit essentiel du choix.
Le fonctionnement vis à vis de Dieu me semble être le même. Nous nous engorgeons de données liturgiques sans les comprendre autrement que par auto persuasion, par goût de l'appropriation partagée, comme une nouvelle technologie ou une nourriture exotique. Nous en apprenons l'usage mais nous ne comprenons rien de son origine, de sa réalité, du mystère qui l'habite. Et croyant (justement) que ces religions nous élèvent, nous ignorons respectueusement que nous les servons. La tristesse inhérente à cette absence d'élévation malgré ce don de soi que nous maintenons à travers des pratiques ou des lectures, cette désillusion prolongée ne font que renforcer l'adhésion forcenée dans l'attente impatiente d'un "signe", d'un bonheur, d'une révélation, d'une protection accordée. On entre dans l'addiction. La lucidité en est exclue.
L’homme moderne est ainsi un être qui “ne sait quasiment rien” au sujet du fonctionnement du monde, de l’économie, de ce qui fait son quotidien, de son corps, de sa vie. Ou, en tout cas, si information il y a, elle lui arrive depuis un extérieur spectaculaire envers lequel il reste passif et éloigné. En d’autres termes, nous sommes chaque jour plus informés des choses dont nous ne savons rien."La tristesse comme symptôme de l’impuissance est alors la conséquence de cette déréalisation du monde. » Miguel Benasayag
Cette tristesse insoumise génère une anxiété qui ne trouve son apaisement que dans l'exubérance ou le formatage. On fait la fête, on s'étourdit puis on rentre dans le rang et on réintègre le cycle "métro-boulot-dodo". Un cycle rassurant finalement puisque tout le monde s'y trouve. La marginalité ne sera regardée que par le prisme déformant de l'anormalité alors que la normalité relève bien souvent d'une pathologie commune.
Il existe pourtant des individus qui parviennent à établir un état de conscience constant, qui restent en état d'observation et qui dans leur vie quotidienne savent différencier ce qui relève de l'agitation et ce qui relève de l'analyse intérieure. C'est là que la spiritualité prend forme. Dans l'observation consciente.
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Carte des risques naturels
- Par Thierry LEDRU
- Le 14/10/2020
Je continue à suivre l'actualité de la région dévastée du Mercantour, Vésubie, Roya, Tinée.
C'est tout d'abord dramatique, épouvantable, un traumatisme que les gens n'oublieront jamais.
J'en tire quelques conclusions.
L'anticipation, les réserves alimentaires, les réserves d'eau, un sac de survie toujours prêt avec les doubles de tous les papiers, une clé USB contenant les codes, les numéros de compte, les numéros de téléphone, tout ce qui sera indispensable au cas où...
Bien entendu que certaines zones sont particulièrement impactées et les vallées de montagne peuvent se révéler des pièges redoutables. Mais les tempêtes sur la côte Atlantique ont déjà coupé du monde des villages entiers. je l'ai vécu en 1987...
Aucune zone géographique ne doit se croire à l'abri. Ici, dans les Alpes, on peut rajouter le risque sismique. Dans le pourtour méditérannéen, ça peut prendre la forme d'incendies gigantesques. Les tempêtes de vent, toutes les régions françaises en ont déjà connu.
Il y a un document intéressant à ce sujet : Il faut cliquer sur le lien ou le coller pour avoir les cartes. Mon blog ne les affiche malheureusement pas et elles sont impossibles à télécharger ici.
https://www.francetvinfo.fr/meteo/tempete/tempete-alex/cartes-quels-sont-les-territoires-de-france-metropolitaine-les-plus-vulnerables-aux-risques-climatiques_4134741.html
CARTES. Risques climatiques : quels sont les territoires les plus exposés en France métropolitaine ?
Non seulement le réchauffement climatique fournit les conditions propices à une météo instable mais il augmente aussi la fréquence des évènements graves.
"On sera là." Emmanuel Macron pose la main sur l'épaule des sinistrés, choqués et épuisés. A ceux qui ont perdu leur maison, emportée par la crue de la Vésubie ou de la Roya, d'innocentes rivières de l'arrière-pays niçois changées en monstres de boue par les pluies records de la tempête Alex, le président de la République a promis mercredi 7 octobre "plusieurs centaines de millions d'euros". Pour reconstruire. "Très vite." Le matin même, 55 communes ont été déclarées en état de catastrophe naturelle. Cinq personnes sont mortes. Une vingtaine sont portées disparues ou "supposées disparues". Traumatisés, certains veulent quitter leur vallée. Beaucoup n'ont pas d'autre choix.
Tempêtes, érosion, mouvements de terrain, canicules, sécheresse, avalanches... La grande majorité du territoire, en France métropolitaine comme dans les outre-mer, est exposée à un ou plusieurs risques naturels susceptibles d'avoir de lourdes conséquences sur un territoire, ses habitants et son économie. Alors que le changement climatique fournit les conditions propices à une météo instable, franceinfo s'est concentré sur trois indicateurs qui touchent des régions disparates de France métropolitaine : les inondations, les feux de forêts et les mouvements de terrain.
Pour connaître le ou les risques auxquels est exposée votre commune ainsi que son indice d'exposition, entrez son nom dans le moteur de recherche ci-dessous.
Des risques multiples sur tout le territoire
En janvier, le ministère de la Transition écologique a rendu public un rapport sur la vulnérabilité de la France face aux risques climatiques (PDF), basé sur les données de l'année 2016. A l'époque, six Français sur dix étaient exposés à au moins un de ces risques : inondation, feu de forêt, avalanche et phénomène atmosphérique.
Le risque d'inondations est le plus répandu : il concerne 64% des communes, en raison notamment de l'"implantation historique des villes le long des cours d'eau, utilisés alors comme voies de transport et renforcée depuis". Un constat qui "vaut également pour les territoires littoraux, confrontés à une urbanisation toujours croissante, en lien avec la pression touristique".
La carte des risques d'inondation :
Les risques de feux de forêt concernent quant à eux en majorité des communes de Provence-Alpes-Côte d'Azur, de Corse, du Languedoc-Roussillon, de la Drôme, de l'Ardèche et de la région Aquitaine.
La carte des risques de feux de forêt :
Par ailleurs, 55% des communes sont exposées à un risque de mouvements de terrain. Les sols argileux sont particulièrement vulnérables dès lors qu'ils sont fragilisés par l'alternance de sécheresse et de précipitations. Aussi répandu que peu médiatisé, car moins spectaculaire qu'une coulée de boue dévalant une vallée ou qu'un mur de flamme léchant les abords d'une station balnéaire, ce phénomène de retrait-gonflement argileux touche aussi bien le nord de la France que la Bretagne, le Grand-Est et le sud du pays.
La carte des risques des mouvements de terrain :
La densité de population, l'aménagement du territoire, le contexte socio-économique, le profil démographique et, bien sûr, la survenue d'un épisode météorologique extrême sont autant de facteurs susceptibles de transformer un aléa (un important phénomène pluvieux, par exemle) en catastrophe. "C'est une conjonction d'éléments", explique Agathe Euzen, directrice adjointe scientifique à l'Institut écologie et environnement du CNRS.
C’est une évidence, un événement extrême, comme une tempête, qui survient dans un territoire qui n'est pas habité a beaucoup moins de conséquences que dans les territoires occupés par des activités humaines, des habitations, des infrastructures... qui tendent à se développer et sont par conséquent plus vulnérables.Agathe Euzenà franceinfo
Ainsi, de fortes pluies ne suffisent pas à provoquer des inondations. De même, une canicule ou la sécheresse ne peuvent être les seules responsables de feux de forêt.
"Par nature, un risque est imprévisible", abonde le climatologue Hervé Le Treut, président d'AcclimaTerra, le comité régional sur le climat en Nouvelle-Aquitaine. "En revanche, nous sommes capables de déterminer quelles zones sont exposées à quels dangers. Par exemple, là ou l'eau s'écoule dans une passe très étroite, c'est une eau qui peut aller très vite et être très violente. Mais il existe toujours une part d'inattendu, c'est ça la difficulté."
Ainsi, Saint-Martin-Vésubie, commune en partie détruite par les intempéries du 2 octobre, bénéficiait d'un indice de risque "faible". Il était même "très faible" à la Bollène-Vésubie, où la rivière a emporté la route sur laquelle circulait une voiture avec deux pompiers à bord. De même, un phénomène peut toucher une région une année et une autre la suivante, rendant difficile la perception de ce risque pour les habitants et les pouvoirs publics locaux.
Des évènements plus intenses et plus fréquents
Les climatologues interrogés par franceinfo sont formels : les risques sont en augmentation du fait du changement climatique, y compris sur le territoire français, comme en témoignent les données du ministère de la Transition écologique. Le rapport de janvier indique que la fréquence annuelle des "accidents très graves" – qui ont fait plus de 10 victimes et/ou plus de 30 millions d'euros de dégâts – a quasiment quadruplé en 20 ans : d'un événement par an entre 1950 et 1996, nous sommes passés à 3,6 sur la période 1997-2017. Or, depuis la récolte de ces données, les ouragans Maria et Irma ont balayé les Antilles, la ville de Cannes s'est à nouveau retrouvée sous les eaux, la France a connu plusieurs épisodes caniculaires (parfois dans le même été), une crue de l'Aude a fait d'importants dégâts...
"Tous les territoires vont devoir vivre avec des incertitudes plus fortes qu'avant", abonde Antoine Nicault, écologue et paléoclimatologue, membre du GREC-Sud, le groupe régional d'experts sur le climat en région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Dans sa région, la hausse de la température de la Méditerranée couplée à la hausse de la température de l'air a pu, avec la présence d'un flux de Sud-Ouest, créer les conditions idéales pour les précipitations exceptionnelles observées cet automne dans les Cévennes et l'arrière-pays niçois.
"On a un doublement de la fréquence des évènements qui dépassent les 200 mm de pluie par jour, soit la limite à partir de laquelle on parle d'épisode méditerranéen. On observe aussi une augmentation de l'intensité de ces épisodes de l'ordre de 22%", remarque Antoine Nicault.
Ces événements ont toujours existé. Sauf qu'avec le changement climatique il y a une pression sur certaines variables à l'origine de ces phénomènes.Antoine Nicaultà franceinfo
De même, la hausse du niveau des océans accroît l'érosion et le risque de submersion en cas de tempête, en Nouvelle-Aquitaine, du côté de chez Hervé Le Treut.
"La France est un observatoire très intéressant car nous connaissons à la fois les problématiques des pays du bassin méditerranéen et celles des pays du nord", relève à son tour la géographe Magali Reghezza-Zitt, membre du Haut Conseil sur le climat. En métropole, "nous observons une 'méditerranéisation' de la France avec par exemple des incendies au nord de la Loire. Ça, c'est nouveau."
Les pompiers de la moitié nord de la France ont longtemps envoyé des forces pendant l'été dans le Sud pour combattre les incendies. Désormais, ils peuvent être appelé à intervenir sur des feux de forêts chez eux.Magali Reghezza-Zittà franceinfo
En mars 2019, les Assises nationales des risques naturels estimaient que la saison des incendies de forêts pourrait s'allonger de trois à six mois à l'horizon 2050, exposant désormais les Pays de la Loire, le Val-de-Loire et la Bretagne. Des prévisions inquiétantes qui mettent sur la table la question de l'adaptation.
"On ne va pas reconstruire à l'identique", a prévenu mercredi Emmanuel Macron depuis la vallée de la Vésubie. Certaines maisons trop proches de la rivière devront être évacuées et des travaux d'aménagement devront être réalisés, de sorte à limiter l'artificialisation des sols. Car les erreurs commises dans le passé en terme d'aménagement se payent cher, d'après les experts sollicités par franceinfo. Il est urgent de s'adapter, préviennent-ils, sans oublier de lutter contre le changement climatique. Réduire les émissions de gaz à effet de serre est encore la meilleure façon de réduire les risques de catastrophe naturelle.
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Catastrophes naturelles (2)
- Par Thierry LEDRU
- Le 14/10/2020
En 2015, après un déluge dévstateur sur la côte d'Azur, j'avais écrit ça :
Je n'en change pas une ligne.
Pour moi, il ne s'agit plus d'essayer de savoir si le réchauffement climatique provient d'un phénomène essentiellement naturel ou principalement anthropique ou les deux à la fois. D'abord je n'en ai pas les compétences. Ensuite, ça ne me servirait à rien.
La seule chose qui nous importe, à Nathalie et moi, c'est de nous préparer à la suite. Nous avons vendu notre maison en Savoie. Vingt-six ans de vie dans ce lieu. Nos trois enfants y ont grandi. Nous avions acheté une ruine, un ancien corps de ferme construit sous l'époque de Louis XIII. Il n'y avait plus de toit. On a tout reconstruit et la maison neuve y a été accolée.
Mais ce terrain n'a pas de source et il est trop petit pour l'aménagement d'un potager-verger, d'une forêt jardin, un ensemble nous assurant l'autonomie alimentaire.
Les scientifiques sont quasi unanimes pour dire que les sécheresses vont prendre une ampleur jamais connue. Cinq étés consécutifs ici avec une sécheresse dramatique pour le potager, avec en plus un vent chaud qui brûle les plantes.
Il n'y a qu'une solution : le jardin-forêt. J'en ai déjà parlé ici. Les potagers en plein soleil sont condamnés à souffrir. Il faut les implanter à l'ombre d'arbres matures. Tout autant pour les arbres fruitiers. Il faut approcher des 500 mètres d'altitude pour bénéficier du rafraîchissement des nuits et de la rosée matinale et pas au-dessus de 800 mètres pour se protéger des gelées printanières.
On a donc longuement étudié la carte de France. On sait où on doit aller. Pluviométrie importante, hivers encore un peu enneigés mais des gelées printanières devenues très rares. Des terres très peu urbanisées, un tourisme uniquement estival et dans une mseure très modérée, une population attachée à sa terre et à sa protection, des communautés villageoises, solidaires et attentives aux autres.
On va tout recommencer mais avec notre expérience et nos connaissances, celles qu'on n'avait pas quand on s'est engagé ici.
La retraite, comme une nouvelle vie.
Les catastrophes naturelles ont doublé en 20 ans sous l'effet du réchauffement climatique
par la rédaction numérique de France Inter publié leLe tsunami de 2004 dans l'Océan indien a été le plus meurtrier des deux dernières décennies, faisant 220 000 victimes. © Maxppp / JIMIN LAI / AFP
Le changement climatique est le principal responsable du doublement des catastrophes naturelles dans le monde ces vingt dernières années, selon un rapport du Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe, ou UNSDIR, rendu public ce lundi.
Depuis l'an 2000, 7 348 désastres naturels ont été recensés dans le monde, faisant 1,23 millions de morts et affectant 4,2 milliards de personnes. L'Asie est particulièrement touchée : la Chine (577) est le pays qui a enregistré le nombre le plus élevé de catastrophes entre 2000 et 2019, devant les Etats-Unis (467) puis l'Inde (321), les Philippines (304) et l'Indonésie (278). Huit des dix premiers pays enregistrant le plus grand nombre de catastrophes sont asiatiques.
Sécheresses, inondations, tempêtes, incendies, températures extrêmes
Les années 2004, 2008 et 2010 ont été les plus dévastatrices, avec plus de 200 000 morts à chacune de ces années. Le tsunami de 2004 dans l'océan Indien a été le plus meurtrier, faisant plus de 220 000 victimes. Et le rapport montre que la progression de ces catastrophes est surtout lié à l'augmentation des catastrophes climatiques. Sur la période, le nombre d'inondations importantes ont ainsi plus que doublé et des épisodes de sécheresse, des incendies et des températures extrêmes ont aussi causé des ravages. Si les inondations et les tempêtes étaient les catastrophes les plus fréquentes ces vingt dernières années, l'Onu estime que le pire problème sera les vagues de chaleur.
"Les vagues de chaleur ont augmenté de 232% depuis 1999. C'est énorme, constate Debarati Guha-Sapir, professeure d'épidémiologie à l'université de Louvain, en Belgique, qui a co-écrit le rapport. Et les inondations dans le monde, notamment en France à l'heure actuelle, ont augmenté de 134%, donc elles ont plus que doublé". Selon elle, "si cette accélération de phénomènes météorologiques extrêmes continue pendant les prochaines vingt années, l'avenir de l'humanité semble certainement très sombre".
L'urbanisation ou la déforestation également en cause
"De plus en plus de personnes subissent les effets de cette situation d'urgence climatique qui est en train de se développer", a déclaré la représentante spéciale du Secrétaire général pour la réduction des risques de catastrophe de l'Onu, Mami Mizutori, lors de la présentation du rapport. Elle a appelé les gouvernements à investir dans des systèmes d'alerte précoce et à mettre en place des stratégies de réduction du risque.
Le réchauffement climatique est le principal responsable du doublement des catastrophes naturelles, conclut le rapport, mais d'autres facteurs interviennent : l'urbanisation mal réfléchie, la déforestation ou des constructions dans des zones à risques.
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Les dauphins, les pêcheurs et les consommateurs
- Par Thierry LEDRU
- Le 13/10/2020
Je suis né en Bretagne. J'ai été élevé aux poissons et aux fruits de mer. J'ai pêché autant que je pouvais pendant ma jeunesse.
Mon père était boucher et on mangeait de la viande quasiment à tous les repas. Charcuterie à foison. En Bretagne, c'est une tradition.
Il y a huit ans maintenant, j'ai arrêté de manger des animaux. Tous les animaux. ceux de la mer y compris. Et je ne reviendrai jamais sur cette décision.
Parce que je ne veux pas porter la responsabilité, aussi infime soit-elle, de ce massacre. La seule chose qui m'importe, c'est de pouvoir dire : Je n'en fais pas partie.
Hécatombe de dauphins : le gouvernement refuse de suspendre la pêche l’hiver
https://lareleveetlapeste.fr/hecatombe-de-dauphins-le-gouvernement-refuse-de-suspendre-la-peche-lhiver/?
« Il s’agit d’un revirement absolument considérable parce qu’on pensait que la Ministre allait instaurer une fermeture temporaire de la pêche de plus de 15 jours ! Durcir les contrôles n’empêche pas les prises accidentelles ! »13 octobre 2020 - Laurie DeboveEnvie d’une vraie déconnexion ? Évadez-vous avec notre nouvelle bande dessinée !
- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 130 pages
- Impression : France
Malgré les recommandations du monde scientifique et une action en justice de la Commission Européenne, la ministre de la Mer Annick Girardin a décrété qu’il n’y aurait aucune suspension de la pêche cet hiver dans le Golfe de Gascogne, même pour une courte durée. Les associations de protection de l’environnement dénoncent une décision scandaleuse qui laisse présager un nouveau désastre cet hiver. En effet, en 30 ans, la pêche a causé la mort de 90 000 dauphins en Atlantique nord-est ! Rien que pour ces deux dernières années, ce sont plus de 18 500 dauphins qui ont été massacrés dans le Golfe de Gascogne.
Une hécatombe à la hausse
Pire que les Iles Féroé, plus dévastateur que la baie de Taiji au Japon, il y a le Golfe de Gascogne, en France, qui est le théâtre d’une hécatombe sanglante année après année. Des milliers de dauphins sont capturés « accidentellement » dans les filets des pêcheurs, petits et gros bateaux, et rejetés morts dans l’océan. Ils viennent ensuite s’échouer sur le littoral français.
Chaque année, le nombre de mammifères marins qui meurent par capture accidentelle augmente. Pendant l’hiver 2019 – 2020, on estime ainsi que ce sont 11 500 dauphins qui ont été tués dans le Golfe de Gascogne !
Les dauphins sont pourtant une espèce protégée. L’affaire est tellement grave qu’elle a attiré l’attention de 1500 scientifiques du Conseil International pour l’Exploration de la Mer (CIEM) qui avaient rendu un avis historique en juin 2020 dans lequel ils expliquaient qu’il est impératif de fermer les zones de pêche du 15 janvier au 15 mars, accompagnées de mesures à plus long terme, pour sauver les dauphins de l’hécatombe.
En juillet, c’est la Commission Européenne qui était montée au créneau pour rappeler la France à l’ordre sur son devoir de protection de l’espèce. Les annonces du Ministère de la Mer étaient donc particulièrement attendues par les associations. Elles sont tombées de haut à l’annonce d’Annick Girardin, la Ministre de la Mer : la France refuse de fermer la pêche temporairement pour sauver l’espèce.
Mission Sea Sheperd France La France dans le viseur de la communauté internationale
Face au tollé provoqué par cette décision en commission de travail, la Ministre de la Mer a expliqué depuis dans différents médias que la France préférait durcir les contrôles sur les prises accidentelles de dauphins, des mesures loin d’être convaincantes pour les ONG.
« Il s’agit d’un revirement absolument considérable parce qu’on pensait que la Ministre allait instaurer une fermeture temporaire de la pêche de plus de 15 jours ! Durcir les contrôles n’empêche pas les prises accidentelles ! Ce dossier existe depuis 30 ans, et les connaissances scientifiques dessus sont déjà très avancées notamment grâce à l’Observatoire Pelagis et l’IFREMER. Malgré l’intensification des mesures préventives, on a multiplié par deux ou trois la mortalité des dauphins entre 2016 et 2020 ! Encore une fois, le socio-économique prime alors qu’on peut tout à fait sauvegarder les intérêts économiques des pêcheurs en respectant les règlements sur les espèces protégées. Cette inertie considérable va coûter la vie de milliers de dauphins pour l’hiver 2020 / 2021, la décision du gouvernement français n’est pas bonne. » explique Dominique Chevillon, naturaliste, Président de Ré Nature Environnement et Vice-Président de la LPO, pour La Relève et La Peste
En effet, sur plus de 500 bateaux de pêche, seulement 55 ont déclaré avoir commis des captures accidentelles. Un chiffre bien faible qui est loin d’indiquer quels sont les techniques de pêche ou bateaux, majoritairement sous pavillon français dans le Golfe de Gascogne, les plus meurtriers.
Parmi les mesures annoncées par la Ministre, le gouvernement français souhaite installer des caméras à bord d’une vingtaine de fileyeurs. Ce dispositif de surveillance sera peut-être une bonne façon de mieux comprendre les captures accidentelles mais n’empêchera en rien la mort de dauphins, ainsi que le précise Hélène Pelletier, biologiste à l’Observatoire Pelagis.
De la même façon, si les pingers eux diminuent bien le taux de capture accidentelle, ils n’en restent pas moins un dispositif intrusif dans les zones de chasse des cétacés et pourraient s’avérer bien plus nuisibles que positifs, ainsi que le dénonce l’association Sea Shepherd France dans leur attaque en justice contre cette béquille technologique.
Mission Sea Shepherd France La France avait jusqu’au 2 octobre pour présenter des mesures concrètes à la Commission Européenne, et fait pour l’instant traîner le dossier. Une fois qu’il sera remis, la Commission Européenne pourrait bien décider de saisir la Cour de Justice Européenne (CJUE) face aux manquements de la France en la matière.
Les 26 ONG qui avaient interpellé la Commission Européenne sur le sujet se sont déclaré prêtes à aider la justice à se saisir du dossier. Si la CJUE s’en mêle, la France pourrait bien être obligée de fermer temporairement la pêche l’hiver et risque des amendes d’un montant pouvant s’élever à plusieurs dizaines de millions d’euros, payés par l’argent des contribuables français.
Les ONG dénoncent également l’hypocrisie du gouvernement français qui enchaîne les effets d’annonce sur la protection de l’environnement tout en dilapidant le droit environnemental et refusant de s’engager avec cohérence sur des mesures de protection efficaces.
« Dans un contexte d’érosion sans précédent de la biodiversité, suite à la publication de la Stratégie de l’Union Européenne en faveur de la biodiversité pour 2030, à la veille de la COP 15 de la Convention pour la biodiversité biologique, de la publication d’une stratégie nationale en faveur des aires protégées pour la décennie 2020-2030, et du Congrès mondial pour la nature dont la France est l’hôte, France Nature Environnement continuera d’alerter le public ainsi que la Commission européenne sur ce massacre, jusqu’à ce que la France se réveille et prenne enfin ses responsabilités. » conclut ainsi l’ONG dans un communiqué
13 octobre 2020 - Laurie Debove -
Coronavirus : Mise au point
- Par Thierry LEDRU
- Le 12/10/2020
Covid : dans une tribune, près de 300 scientifiques dénoncent les mesures gouvernementales "disproportionnées"
https://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/bouches-du-rhone/marseille/covid-tribune-pres-300-scientifiques-denoncent-mesures-gouvernementales-disproportionnees-1878840.html
Dans une tribune publiée lundi sur le site de Médiapart, près de 300 scientifiques, médecins et universitaires critiquent les dernières restrictions décidées par le gouvernement contre le Covid et leurs effets "secondaires" dramatiques. Ils appellent à changer en urgence de stratégie sanitaire.
•© SPEICH Frédéric, POOL/MaxPPPLe 10 septembre, ils étaient 35 à signer une première tribune "Nous ne voulons pas être gouvernés par la peur". Le docteur Fouché était déjà de ceux-là.
17 jours plus tard, ils sont près de 300 à clamer : " Il est urgent de changer de stratégie sanitaire face au Covid-19."
Louis Fouché, médecin anesthésiste-réanimateur à l’Hôpital de la Conception à Marseille (AP-HM) est à nouveau en tête des signataires de cette tribune publiée par Médiapart.
Des personnalités très médiatiques comme le Pr Jean-François Toussaint, le Pr Chritian Perronne, l’épidémiologiste Laurent Toubiana ou le philosophe André Comte-Sponville, côtoient des anonymes professionnels de santé, chercheurs mais aussi universitaires.
Une quinzaine de personnalités de la région PACA co-signent ce texte comme le sociologue Raphaël Liogier, professeur à l’Institut de Sciences Politiques d’Aix-en-Provence.
Porte-parole du collectif "Soignants pour une politique sanitaire juste et proportionnée" qui regroupe 400 médecins, chercheurs et soignants et citoyens, le Dr Fouché dénonce des "mesures disproportionnées".
Le 23 septembre dernier, le ministre de la Santé a annoncé la fermeture des bars, restaurants et salles de sport dans la métropole d'Aix-Marseille en se basant sur les données de circulation du virus. Pour le docteur Fouché, le Covid masque les "défaillances du système hospitalier".On maintient la peur et c’est surtout ça qui nous gêne.
Dr Louis Fouché anesthésiste-réanimateur
"Oui, il y a une tension hospitalière sur le nombre de soignants, de lits, etc. explique-t-il, mais cette situation n’est pas nouvelle, c’est lié à un sous-investissement dans l’hôpital public depuis une quinzaine d’années pour favoriser le secteur privé".
"Est-ce que l’hôpital est en tension à cause du Covid ? Je dis non, ajoute-il. La réalité, c’est qu’il y a eu un mort du Covid à Marseille ce week-end (NDLR 27 sur toute la France), alors qu’il y a en moyenne 1700 morts par jour en France, 450 morts de maladies cardio-vasculaires, 430 de cancers, 110 de maladies respiratoires, 27 suicides, 11 accidents de la route. C’est très disproportionné".Statistiques contre statistiques
Le médecin réanimateur estime qu'"on fait peser sur l’institution hospitalière l’ensemble de ces malades, or un certain nombre de ces malades ne sont pas là forcément pour le Covid".
"Les six derniers malades de la réanimation chez moi, trois avaient un Covid positif, et étaient comptés dans les statistiques Covid positifs. Mais en fait, ils étaient malades d’autre chose, un choc septique sur une pneumonie à bacille pyocyanique, un œdème aigü du poumon, un lymphome en cours d’induction de chimiothérapie…" explique-t-il.
"On fait dire aux chiffres des choses qui ne sont pas vrais, affirme-t-il. On fait dire à ces gens positifs qu’ils sont tous malades de la maladie Covid qu’on a vue au mois de mars, ce n’est pas vrai. Et je ne peux pas croire qu’on soit la seule réa dans ce cas-là. Ça veut dire qu’il y a environ 30% au moins des patients qui ne sont pas malades de la Covid."
Pour LouisFouché, il y a une raison à cela.
"Quand Olivier Véran vient à Marseille, pourquoi vient-il ? En gros, il vient donner de l’argent si on continue la narration de la peur et il vient faire un espèce de chantage consistant à dire "je ne nourris l’hôpital public que si vous continuez à faire ce que je vous dis sans discuter". Et les gens s’alignent pour maintenir l’institution et continuer de soigner les gens".C’est un chantage aux ressources.
Louis Fouché ne nie pas la recrudescence du nombre de cas positifs. Mais, dit-il, c'est parce qu'' on voit ce qu’on s’est interdit de voir en mars par une politique de tests qui n’étaient pas adaptée à l’époque."La menace d'un reconfinement
Pour le praticien, il faut arrêter l'organisation de ces dépistages massifs, et se limiter aux tests sur prescription "quand on a un doute, après avoir vu un médecin".
La menace d’un reconfinement brandie par le ministre de santé est selon lui une façon de "reprendre le contrôle sur les gens par la menace". "Ça jugule toute contestation, c’est tyrannique, anti-démocratique et ça n’est pas proportionné aux risques de cette épidémie de Covid", assène-t-il.On ne peut pas cantonner une maladie virale c’est une illusion.
Selon le docteur Fouché, les restrictions prises rendraient le remède pire que la maladie.
"La volonté de la cantonner actuellement, c’est de ne pas mettre en tension le système hospitalier. Et on fait peser sur la population générale des mesures extrêmement liberticides et qui divisent et qui ont plein de dommages collatéraux alors que c’est la politique de gestion du système de santé qui est défaillante."Des effets collatéraux dévasteurs
"On est en train de casser le lien social, de le disloquer en prenant la proie pour l’ombre" s'inquiète le médecin marseillais.
"Il faut protéger les plus fragiles et ce n’est pas par la politique sanitaire actuelle qu’on les protège, au contraire. Il faudrait d’arrêter les masques dans les écoles, d’arrêter les masques à l’extérieur, d’arrêter les tests en population générale parce que tout cela procède d’une imposture et tout le monde le sait".
L’urgence, affirme-t-il, "c’est de protéger les plus fragiles, ça veut dire donner aux gens qui ont peur, aux gens qui ont une immuno-dépression sévère , ceux qui sont hypertendus, obèses, diabétiques, ou avec des comorbidités sévères, c’est ceux-là qui font les formes graves et on les connaît. Il faut leur donner des FFP2 et qu’ils les portent et pas faussement les rassurer avec un masque chirurgical qui ne les protège pas. Et laisser le reste de l’épidémie circuler pour que l’immunité collective se fasse."
Laure Farnault, hématologue-immunologue à Marseille, partage cette analyse. Elle aussi a signé la tribune. Elle tient à préciser qu'elle exprime de son point de vue et non au nom de l'institution.
Dans son service, elle a vu les conséquences des choix faits ces derniers mois.
"En post-confinement dans mon service d’hématologie, j’ai vu arriver des patients avec des diagnostics qu’on a jamais vus, ils sont tous bien restés confinés chez eux pendant trois mois et ils pensaient que dans le monde il n’y avait que le Covid.
"Ces personnes ont vraiment perdu des chances de survie avec le confinement, on l’a vraiment vu beaucoup."On a tous oublié qu’on peut mourir d’un AVC, d’un infarctus, d’un cancer métastatique, de beaucoup d’autres choses… l’humanité a perdu un peu la raison.
Laure Farnault hématologue-immunologue
Laure Farnault met aussi en garde contre les stastitiques officielles qui ne reflèteraient pas la réalité des malades Covid et des décès.
"J’ai amené un jeune de 23 ans en réa en choc septique, il a eu une PCR Covid qui fait partie des 20 % de faux-positifs. Il serait mort, on aurait dit "il est mort du Covid", mais il avait une leucémie, un choc septique, du pyocyanique".
"Mais du point de vue de l’ARS, elle pouvait dire qu’il y avait un jeune en réanimation qui avait le Covid… il y a toute mascarade."
"Je ne dis pas qu’il n’y a pas un problème sanitaire, souligne-t-elle, il y a bien un problème sanitaire, mais pour moi c’est aux médecins et groupements hospitaliers de le gérer, ce n’est pas aux artistes, aux restaurateurs, aux jeunes qui sortent, aux collégiens ou aux lycéens…"L'AP-HM joue la transparence
Par souci de transparence, l'Assistance Publique des Hopitaux de Marseille (AP-HM) a décidé de publier au quotidien "la situation chiffrée des patients Covid dans ses hôpitaux marseillais.
Le bilan en date du 30 septembre fait état de 43 patients Covid en réanimation contre 46 la veille et 110 en hospitalisation contre 177.En se basant sur une "augmentation significative au cours des dernières semaines"n le ministre de la Santé Olivier Véran a classé le territoire d'Aix-Marseille en "zone d'alerte maximale".
Etaient pris en compte le taux d’incidence, le taux d’incidence chez les personnes âgées et la part des patients covid dans les services de réanimations. Le taux d'incidence est calculé sur la base du nombre de tests RT-PCR (tests effectués dans le nez) positifs pour 100.000 habitants.La fermeture des bars et restaurants confirmés par la justice
Selon Olivier Véran, il était supérieur 250 à Marseille dans la population générale (le seuil critique étant à 50) et 180 pour les plus de 65 ans, contre une moyenne de 100 pour 100.000 sur la France.Mercredi 30 septembre, le tribunal de Marseille a confirmé la fermeture totale des bars et restaurants à Aix-en-Provence et Marseille décidée par le gouvernement contre l'avis des élus locaux qui avaient déposé un recours.
Dans son arrêté la Préfecture des Bouches-du-Rhône a estimé que "l’intérêt de la santé publique justifie de prendre des mesures proportionnées aux risques encourus et appropriées aux circonstances afin de prévenir et limiter les conséquences et les menaces possibles sur la santé de la populations".Notre sélection d’articles à explorer sur le même thème
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Reporter de guerre
- Par Thierry LEDRU
- Le 10/10/2020
J'étais au lycée quand j'ai lu "La 317 ème section" de Pierre Schoendoerffer.
Un choc immense.
Puis j'ai vu le documentaire : "La section Anderson". Un documentaire tourné en 1967. Et qui devrait être montré dans les salles de classe.
Ont suivi les lectures de ses autres romans : Le crabe tambour / L'adieu au roi / Là-Haut, un roi au-dessus des nuages...
Et puis ses films avec Jacques Perrin, Jean Rochefort, Jacques Balutin, Claude Rich. "Le crabe tambour / Là-Haut / Dien Bien Phu...
Au lycée puis pendant des années, j'ai lu tout ce que je trouvais sur les récits de guerre. Des dizaines de livres : documentaires et romans. Guerre de 14-18, seconde guerre mondiale, Indochine, Vietnam.
Les cours d'Histoire à l'école m'intéressaient un peu. Mais il n'y avait jamais la puissance de vie des récits de guerre. J'en voulais aux professeurs, aux programmes, à l'éducation nationale. Il y avait pour moi un manque de respect. On ne devait pas réduire les guerres à des dates, à des noms, à des situations. La politique et les hauts gradés, les financiers et les idéologies, les stratégies, les défaites et les victoires, tout ça ne pouvait représenter la réalité, l'entière réalité.
Alors, je me suis intéressé aux reporters de guerre. A ceux et celles qui racontent ce qu'ils ont vécu. Au plus près.
Des hommes et des femmes, souvent inconnues du grand public.
Pierre Chauvel, Camille Courcy, Tony Comiti, par exemple.
https://www.la-croix.com/Culture/Expositions/Reporter-guerre-metier-haute-tension-2018-10-20-1200977340
Reporter de guerre, un métier sous haute tension
L’exposition « Raconter la guerre », à l’hôtel du Doyen à Bayeux, traverse deux siècles de reportages, via les mutations technologiques et l’évolution des conditions de travail des correspondants.
- Jean-Claude Raspiengeas (envoyé spécial à Bayeux),
Lecture en 2 min.
Le correspondant de guerre Alan Wood en train de taper une dépêche dans un bois aux Pays-Bas en 1944.SERGENT D. SMITH/CROWN COPYRIGHT « La première victime de la guerre, c’est la vérité. » Ce constat, énoncé en 1917, résume l’un des défis que doivent relever les reporters de guerre en forte période de propagande. Et leur vision au milieu du chaos et de la confusion demeure toujours parcellaire, rappelle Adrien Jaulmes.
iPourquoi lire La Croix ? La Croix vous explique, avec lumière et clarté, le monde qui vous entoure, afin que vous puissiez bâtir votre opinion.
+Grand reporter au Figaro, il est le commissaire d’une exposition ambitieuse, conçue pour les 25 ans du prix Bayeux-Calvados-Normandie, riche de documents d’archives, de photos, de films et de matériels, sur l’évolution de leurs conditions de travail.
Roger Fenton, un précurseur

Churchill pendant la guerre des Boers. / NAM
Raconter la guerre fut longtemps l’apanage des militaires, jusqu’au milieu du XIXe siècle, quand débarquent ceux qui font profession de rapporter l’information. Au nom d’un impératif : aller voir, décrire, transmettre. Mais le mélange des genres tarde à se dissiper. Winston Churchill, officier et correspondant de guerre, joue sur les deux tableaux pendant la guerre des Boers.
Parmi les précurseurs, Roger Fenton, couvrant la guerre de Crimée, se heurte aux états-majors. Il circule avec un chariot, labo photo ambulant, dans des conditions dantesques. On lui tire dessus. Il inaugure une longue tradition de tracas : l’hostilité des autorités militaires qui accusent les journalistes de nuire au moral des troupes et de renseigner l’ennemi. La censure, Anastasie et ses grands ciseaux, tranche les articles et impose la vérité officielle.
C’est pendant la Guerre de Sécession (1861-1865) que sont publiées les premières photos des morts de son propre camp. Les grands journaux, comme L’Illustration, se saisissent de ces documents qui frappent l’opinion et envoient leurs reporters des deux côtés. Très vite, les grandes plumes et les écrivains rappliquent. La mythologie des grands hôtels, refuge et QG des reporters, n’est pas oubliée dans cette exposition.

L’équipe du <em>New York Herald</em> sur le terrain, à Bealeton (Virginie), pendant la Guerre de Sécession. / Mathew Brady Collection
De l’embrigadement à la dénonciation
« Ce sport dangereux mais exotique change de nature avec la Première Guerre mondiale. Les journalistes sont mobilisés pour soutenir l’effort de guerre et caricaturer l’ennemi. La crédibilité de la presse ne s’en remettra pas », estime Adrien Jaulmes. La guerre d’Espagne fera aussi des ravages. Les reporters choisissent leur camp. Les querelles entre eux seront violentes.
« Un journaliste doit travailler avec son cœur autant qu’avec sa tête », plaidera George Orwell. Quand George Steer, du Times, arrive le premier à Guernica, son témoignage est bouleversant. Comme le seront ceux des reporters qui découvriront les camps d’extermination. Même les plus chevronnés craquent. Avant de diffuser son reportage, Edward R. Murrow conseille aux auditeurs américains d’éteindre leur poste…

Dans un bus, lors du siège de Sarajevo en 1992. / Laurent Rebours/AP
La vision et la perception de la guerre changent en permanence. De la proximité avec les militaires, on passe à l’embrigadement, puis au témoignage, et progressivement à la dénonciation, notamment depuis le génocide au Rwanda et le siège de Sarajevo.
« C’est un métier très individualiste, reconnaît Adrien Jaulmes, exercé dans des conditions contraignantes et dangereuses. Un artisanat qui nécessite un savoir-faire pour s’adapter aux ruptures technologiques et aux différentes formes de guerre. Il comporte aussi des continuités comme les problèmes logistiques, l’accès aux combats, les polémiques sur la vérité. Et surtout comment raconter. »
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Instruction à la maison
- Par Thierry LEDRU
- Le 09/10/2020
Si nous étions jeunes parents aujourd'hui, c'est ce que nous ferions.
Instruction à la maison : les familles entrent en résistance
https://lareleveetlapeste.fr/instruction-a-la-maison-les-familles-entrent-en-resistance/?
“Il n'est pas tolérable qu'un gouvernement ait, de jure ou de facto, un contrôle complet sur l'éducation des gens. Posséder ce contrôle et surtout l'exercer est le propre d'un comportement despotique.” John Stuart Mill, Principes d'économie politique, (1848, livre V, ch XI)
8 octobre 2020 - La Relève et La Peste
Suite au discours d’Emmanuel Macron, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a publié mardi le texte du projet de loi contre le “séparatisme”, renommé « projet de loi renforçant la laïcité et les principes républicains » dans un bel exercice de novlangue. Parmi ses cinq axes principaux se trouve la fin de la scolarisation à domicile pour tous les enfants. L’occasion de questionner qui est légitime pour les instruire, et comment sont définis et incarnés ces fameux principes républicains.
La Relève et La Peste a donc invité Lénie Cherino, maman d’une “non-sco”, une enfant non-scolarisée, Thierry Pardo, chercheur indépendant associé au Centre de recherche en éducation et formation relatives à l’environnement et à l’écocitoyenneté de l’Université du Québec à Montréal et auteur du livre “Une éducation sans école” ainsi que l’association UNIE, spécialisée dans l’Instruction En Famille, pour mieux expliquer cet enjeu de société primordial.
Une annonce liberticide
Le discours d’Emmanuel Macron a frappé comme un coup de tonnerre pour les nombreuses familles et les 50 000 enfants qui ont choisi l’instruction en famille (IEF). Si l’association UNIE avait bien conscience par expérience que le dispositif, et notamment les familles non déclarées, étaient dans le viseur du gouvernement, la décision d’interdire purement et simplement l’IEF est vécu comme une véritable mesure liberticide.
Pour Lénie Cherino :
Ce n’est pas l’école qui est obligatoire mais l’instruction ! La majorité des familles françaises n’avaient pas conscience de cette nuance et ignoraient ce droit… jusqu’à ce que le président Emmanuel Macron décide de changer la donne.
Ce que je vois derrière cette annonce, au-delà du coup de massue que cela représente pour la maman « non sco » que je suis, c’est une des libertés les plus élémentaires, de TOUT.ES les français.e, se faire piétiner.
Aujourd’hui, pour les familles dont les enfants sont en souffrance à l’école, il est possible de choisir l’IEF… déscolariser son enfant et opter pour l’instruction à domicile est un droit légal pour TOUT.ES. Un droit menacé. Un de plus.
Opter pour l’éducation à la maison serait ainsi l’une des plus belles façons d’incarner le principe républicain de la Liberté, ainsi que le rappelle Thierry Pardo :
L’éducation sans école est principalement un projet libertaire. Bien sûr, en se penchant à bâbord ou à tribord on peut trouver d’autres motivations que de saines aspirations à des horizons à perte de vue.
Mais pour l’essentiel, les pratiquants d’une éducation libre aspirent à découvrir le monde, rencontrer, se frotter aux quatre vents et apprendre tous les jours un peu plus de la diversité des paysages humains et naturels.
C’est pour cela qu’on ne trouve que très peu de soutien dans le monde politique, dans les institutions, l’école bien évidemment, mais aussi la justice. Nos alliés ne sont pas parmi ceux dont la mise en boîte est la fonction. À l’heure où notre mode de vie, nos choix éducatifs, la liberté de nos enfants sont menacés, qui, parmi ceux qui détiennent la règle et le bâton, le programme et le contrôle, ou parmi ceux qui aspirent à les détenir, nous soutiendra? Qui se lèvera pour dire qu’un enfant ne s’appartient qu’à lui-même?
Être libertaire dans le monde d’aujourd’hui ce n’est pas poser des bombes, ce n’est pas refuser toute forme d’État et beaucoup d’entre nous sont bien heureux de pouvoir compter sur les services publics, les musées, les routes et les transports comme moyens de parcourir la vie en famille.
Mais que cette jouissance de l’espace public soit inféodée à une pensée unique, une vision étatique pour l’éducation de nos enfants, nous ne pouvons l’accepter. Que le gouvernement nous intime la « bonne » philosophie éducative, celle que tous les enfants devraient connaître, sous peine de nous faire passer pour des séparatistes de la République, cela revient à reconnaître que la République est un mot d’ordre et non plus le résultat de la convivialité d’un peuple.
Crédit : Ben White Un amalgame raciste
Pour Lénie Cherino :
Cette allocution d’Emmanuel Macron, pétrie d’incohérences, ouvre la voie à des amalgames douteux. Elle aura provoqué de vives réactions chez certaines familles IEF et, peut-être, l’air de rien, encouragé un racisme d’une fourbe discrétion. Ce racisme contesté mais en vérité, toléré par de trop nombreux citoyens français encore aujourd’hui.
Ce racisme systémique qui imprègne encore et toujours la moelle de nos institutions républicaines. Ce racisme qui s’impose discrètement telle une ombre derrière une phrase du genre : « C’est dégueulasse, nous on n’est pas musulmans et on se retrouve pénalisés ».
Je n’accuse personne d’être raciste, je m’interroge sur les intentions de Mr Macron qui invite malencontreusement des pensées islamophobes dans des foyers qui n’en avaient peut-être pas auparavant. Qui au prétexte d’unir, divise… Pour mieux régner.
Au sein des réseaux d’IEF, il y a beaucoup de parents laïques, catho, musulmans, bref ! Français, qui ont choisi l’instruction en famille précisément au nom des valeurs républicaines « Liberté, égalité, fraternité », pour ne citer que celles-ci. Des valeurs dont ils estiment qu’elles sont mal, voire pas du tout, respectées à l’école de la République.
Crédit : Andrew Ebrahim De fait, les associations ou les regroupements de famille ayant opté pour l’instruction à la maison sont souvent un bel ensemble éclectique de personnes d’horizons et d’opinions variés, comme en témoigne Armelle, l’une des co-fondatrices de l’association UNIE :
Je pense que la seule fois où l’on a pu noter une vague plus marquée de nouveaux arrivants, c’est suite aux attentats terroristes où de trop nombreuses familles ont été victimes de racisme à l’école… Chez UNIE, nous avons depuis notre création des familles de tous bords, de toutes religions, de tous partis politiques.
Des familles dont tous les enfants font l’instruction chez eux, tandis que d’autres sont mixtes avec certains enfants scolarisés et d’autres pas. Chacun fait comme cela lui convient ! Je n’arrive pas à comprendre la notion de séparatisme qui est un terme flou et vague, dans le séparatisme j’entends plutôt une divergence d’opinions avec l’Etat…
Or, on sait très bien qu’une majorité de personnes est en désaccord avec la politique menée par le gouvernement, ça ne fait pas d’eux des terroristes en puissance ! Notre association se définit comme apolitique dans le sens où notre but est que les droits de la famille soient respectés peu importe son obédience religieuse et son parti politique.
Le fait qu’on soit pluriels et multiples est extrêmement intéressant car cela permet aux idées d’être échangées et débattues paisiblement. Avec leurs différences, nos adhérents travaillent ensemble sous la même bannière autour d’un but commun : l’éducation et le bien-être des enfants.
Crédit : Danielle Rice Les valeurs républicaines hors de l’école
Pour Lénie Cherino :
Pour certains parents, il est difficile d’entrevoir la liberté dans un système qui contraint les enfants à rester assis à la même place parmi 30 autres, 6 heures par jour.
Difficile aussi de reconnaître l’égalité quand l’âge est un motif d’injonction à se taire et à poser des questions à l’adulte uniquement quand celui-ci les y autorise.
Difficile de reconnaître la fraternité quand le regroupement par tranche d’âge et le système de notation incite à la comparaison et à la compétition. Quand échanger lors d’un temps de travail est perçu comme un acte de tricherie plutôt que comme un acte d’entraide.
Tout le monde est d’accord pour reconnaître que les conditions d’enseignement, et donc d’apprentissage dans les écoles publiques des cycles primaire et secondaire sont de plus en plus affligeantes. Le système scolaire français comporte bien des incohérences, dues pour une grande part à la négligence du gouvernement et de l’Etat.
Je me sens profondément solidaire du personnel enseignant qui réclame plus de moyens et plus de considération. Notre famille n’a pas choisi l’IEF contre l’école mais pour vivre une autre aventure !
Je souhaite de tout mon cœur cultiver un lien de qualité avec l’école de ma fille. Je souhaite profondément que les écoles et les familles en IEF se côtoient et échangent. Ce serait incroyablement enrichissant pour tous le monde.
Crédit : Ben White Pour Thierry Pardo :
Le monde de l’éducation est un domaine de pensées, de recherches, de pratiques dont nul ne peut prétendre détenir des réponses définitives. Quand des parents sont concentrés sur les besoins de leurs enfants, les connaissent par cœur, les devinent, il n’est quand même pas aisé d’intervenir de façon toujours appropriée et nombre d’entre nous allons nous coucher le soir avec le regret de ne pas avoir été assez patient ou attentif.
Nous naviguons au plus juste de notre réalité familiale, des possibilités de l’environnement, nous avons confiance en notre boussole de parent.
Ironie du sort, l’association UNIE a vu son nombre d’adhérents triplé suite au discours d’Emmanuel Macron. Avec une adhésion en prix libre et facultative, les familles et nombreux soutiens ont voulu montrer leur solidarité dans l’adversité. Et les familles pensent déjà à la suite, comme l’explique Armelle :
De nombreuses familles sont en pleurs et complètement désemparées. Nous avons désormais deux options si cette loi passe vraiment : ceux qui vont partir car ils ont les moyens de le faire, et ceux qui vont opter pour la désobéissance civile.
Également inquiètes, les écoles “hors contrat” comme les écoles Montessori et toutes les écoles alternatives redoutent de voir un durcissement des règles freiner leur développement. Mais la résistance s’organise déjà pour toutes celles et ceux qui sont convaincus du bien-fondé de la démarche.
Pour Thierry Pardo :
Qu’un gouvernement décide qu’aucun parent sur le territoire national ne pourra plus éduquer son enfant sans école revient à entériner « l’incompétence parentale pour tous ».
L’État considère désormais qu’un parent n’est pas apte à véhiculer les « bonnes » valeurs, les « bonnes » dispositions pour la vie collective et partagée de la nation. À quand le diplôme de parent préalable à la naissance ?
Le libertaire et son drapeau noir a toujours été le paria de la mise en conformité des cités, des cadastres, des clepsydres, des boutiquiers. Il est le poil à gratter de tous ceux qui ne voit la gouvernance que comme une mise au pas, en conformité, en rang et en silence.
« Ne cherchez plus comment éduquer vos enfants, nous avons trouvé! Nous voulons votre liberté, et nous l’aurons » semblent chanter en chœur tous ceux, à droite comme à gauche, qui ne trouvent rien à redire à l’école obligatoire.
Encore une fois, le libertaire devra reprendre la mer, hisser le pavillon noir et assumer sa condition de pirate. Ce n’est pas lui qui refuse la cité, c’est le monde des institutions, des instituteurs en chef qui criant au feu, au loup ou à la peste, profite du moment de panique qu’il a su créer pour fermer les portes de la ville et tourner ses canons vers la rue.
Le projet de loi doit être examiné en Conseil des ministres le 9 décembre. A suivre.
8 octobre 2020 - La Relève et La Peste
"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"
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Le covid à l'école
- Par Thierry LEDRU
- Le 04/10/2020
J'ai fêté ma première année de retraite en septembre et Dieu sait combien je suis considérablement soulagé d'être sorti de cette nasse.
Je suis convaincu que dans dix ans au plus, l'état ne trouvera plus assez de candidats pour devenir enseignant et que l'enseignement sera de plus en plus organisé autour de l'enseignement à distance par ordinateurs. Et il ne s'agit pas que du problème lié au covid. Le mal est bien plus profond que ça. D'ailleurs, les marchands se frotteront les mains. Et le sieur Macron pourra vanter la couverture du pays par la 5G... Quand à ceux des campagnes, les enfants continueront peut-être à aller dans des écoles de village. Ce seront les ploucs, les arriérés, les Amish de l'école. L'école des villes et l'école des champs. La Fontaine nous aurait écrit une bien belle fable.
L’INSTIT
HUMEURSLa vie de l'école, l'actualité de l'éducation
Covid, direction d’école, salaires : le ministère se fiche des enseignants
@ Loic VENANCE / AFP Partager :
Un peu plus d’un mois après la rentrée, le moral des enseignants n’est pas franchement au beau fixe. Entre la situation sanitaire et les principaux dossiers en cours, les profs ont comme l’impression qu’on se fiche pas mal d’eux, rue de Grenelle.
Covid : l’entourloupe statistique
« On est prêt », nous assurait-on. Comme on nous avait déjà fait le coup lors du confinement, on était méfiant, et on n'avait pas tort : il a fallu à peine une semaine au scénario officiel pour voler en éclats.
Le 1er septembre le protocole sanitaire était clair en cas d’élève covid+ : classe fermée, tous les élèves et l’enseignant testés et en quatorzaine. Une semaine plus tard, il y avait tant d’élèves positifs dans certaines régions (à Marseille, à Paris, notamment) que la consigne, off, a commencé à circuler : « On ne ferme plus de classe ». Le problème ? Quand on ferme une classe pour 1 cas positif, ce sont 30 enfants à garder à la maison, et 30 parents qui ne peuvent pas aller travailler.
Et puis les cas ont continué à proliférer, au point qu’il a fallu changer le protocole : désormais, on ne ferme une classe qu’à partir de trois cas positifs. Des milliers d'élèves sont positifs, mais rarement trois dans la même classe, aussi le ministère obtient ce qu’il voulait, il n’y a quasiment plus de fermetures. Le ministre Blanquer peut parader dans les médias pour dire que la situation est sous contrôle à l’école.
La manipulation est énorme, les ficelles se voient comme des câbles haute-tension, on dirait Kevin quand il me montre son dernier tour de magie dans la cour de récréation et que je fais semblant de ne pas voir les cartes dans sa manche. Mais ça passe.
Les enseignants, qui aimeraient bien savoir définitivement si les enfants sont moins contaminants que les adultes (c’est bien possible, vu qu’ils sont largement asymptomatiques) ont franchement le sentiment que le ministère se fiche du monde, avec sa communication nord-coréenne qui n'a qu'un objectif : minimiser les chiffres.
La vérité, qui justifie cette entourloupe statistique, c’est que les écoles doivent rester ouvertes, non seulement parce que les élèves ont besoin de leur enseignant à leurs côtés pour progresser, mais surtout parce que leurs parents ont besoin d’aller travailler. Personnellement, c’est quelque chose que je comprends parfaitement, il est clair que la santé économique du pays est un enjeu considérable, et je n’ai aucune envie d’assister au grand collapse. Mais alors, pourquoi ne nous dit-on pas « vous avez un rôle majeur à jouer dans cette continuité économique, en plus de préparer la nation de demain vous permettez à celle d’aujourd’hui d’exister, c’est parce que vous jouez votre rôle que les autres travailleurs peuvent jouer le leur, et la patrie vous en est infiniment reconnaissante » ?
Au lieu de quoi les profs assistent atterrés aux prises de parole de leur ministre sur l’air de « Madame la marquise », en totale contradiction avec la réalité du terrain, leur réalité.
En guise de cerise sur cet indigeste gâteau, il y a eu l’affaire des masques slips DIM fournis par le ministère aux enseignants, un véritable scandale sanitaire, puisque ledit masque faisait de l’enseignant un cas contact en cas de covid+ dans la classe, contrairement au masque chirurgical. Autant dire que les profs ont doublement eu le sentiment qu’on se foutait d’eux puisqu’il a suffi, là encore, qu’on modifie le protocole pour régler le problème : dans les faits rien n’a changé, mais la définition du cas contact a simplement été modifiée.
Direction d’école : rien n’a changé
Cette semaine on a commémoré le suicide de Christine Renon, il y a un an tout juste. On se souvient de cette directrice d’école de Pantin, suicidée sur son lieu de travail en laissant une lettre qui avait fait grand bruit, dans laquelle elle pointait clairement les responsabilités de l’institution dans le surmenage de nombre de ses collègues et leur solitude dans la gestion quotidienne des problèmes de l’école. Il avait fallu l’émoi de toute une profession pour que le sujet émerge et que les médias s’en emparent, relayant le ras-le-bol des directeurs et obligeant le ministère à communiquer sur le sujet et à promettre des changements.
Il fut d’abord question d’aide à la direction avec la mise à disposition de services civiques, mais les rares SC qui ont été aperçus étaient déjà prévus, et puis il fallait les former, ils ne pouvaient pas faire grand-chose, bref, un sparadrap sur une plaie béante.
Il a fallu attendre la fin de l’année scolaire pour voir la suite, sous la forme de la « loi Rilhac » (du nom de la députée LREM) sur les directeurs d’école votée en juin dernier. Dans les faits, la loi, vidée de sa substance par les députés… LREM, a enterré l’emploi fonctionnel de directeur d’école, maintenu le rôle du directeur dans le flou, lui accordant un maigre droit de véto au sein du conseil d’école, mais surtout pas les jours de décharges tant demandés par les directeurs : l’article 2 qui prévoyait des décharges de direction pour les écoles de 8 classes a été purement et simplement abandonné (pas de budget pour ça). Côté rémunération, pas d’augmentation puisque pas « d’emploi fonctionnel », mais un simple avancement accéléré en forme d’os à ronger.
Bref, comme l’a parfaitement résumé un député de l’opposition : « A partir de maintenant tout sera comme avant ».
… Entretemps, les directeurs d’école ont eu à gérer la crise covid de plein fouet, ce furent notamment les seuls interlocuteurs de parents déboussolés et énervés, lors du déconfinement, par les contradictions entre la réalité du terrain et ce que vendait abusivement la parole ministérielle et gouvernementale ; à nouveau depuis la rentrée, avec la multiplication des cas d’enfants et d’enseignants positifs au covid, les directeurs d’école se retrouvent en surmenage, à devoir jouer (en plus d’enseigner, pour nombre d’entre eux, et en plus de gérer les habituels problèmes administratifs), le rôle de rustine, de piston, de courroie de transmission, bref, à se démultiplier dans tous les sens pour que l’école fonctionne. Le ministère a promis une prime covid pour les directeurs d’ici la fin de l’année, mais en attendant, leur situation est sans doute pire qu’il y a un an, lorsque Christine Renon s’est donné la mort.
Salaires : roupie de sansonnet
On se souvient, c’était il y a un peu moins d’un an (décidément, que de promesses faites, fin 2019…), le ministre et le gouvernement avaient garanti aux profs une revalorisation sans précédent, on parlait de 10 milliards par an de budget supplémentaire de l’EN consacrés aux salaires des profs, on allait voir ce qu’on allait voir, ceux qui osaient douter se faisaient reprendre de volée, si si, on vous assure, cette fois-ci c’est pour de bon, imaginez un peu, des centaines d’euros mensuels pour tous les profs, à terme, on allait enfin rattraper le retard de salaire par rapport aux collègues étrangers, enrayer la vertigineuse baisse du pouvoir d’achat.
Un an plus tard, on ne voit toujours rien venir. Les quelques euros en plus sur la fiche de paie début 2020 étaient dus aux accords PPCR passés sous le précédent gouvernement et que le présent avait confisqués une année durant en repoussant leur mise en place. Et puis, rien d’autre, si ce n’est qu’au printemps la baudruche avait commencé à se dégonfler, il n’était plus question d’augmentation jusqu’à 2037 (non mais, quelqu’un y a-t-il vraiment cru, ailleurs qu’au Figaro ?) mais d’un simple plan quinquennal sous la forme d’une loi de programmation portant sur la période 2022-2026 suscitant juste quelques rictus désabusés chez les profs.
Cette semaine, le budget de l’EN pour 2021 a été annoncé, l’enveloppe allouée aux augmentations de salaire se résume à 400 millions d’euros, et non plus 500 millions d’euros comme prévu initialement. De l’extérieur cela peut sembler une coquette somme, mais dans les faits on ne peut tellement rien faire avec qu’il faut faire des choix et celui du ministère consiste à favoriser les profs débutants, qui auront droit l'année prochaine à quelques dizaines d'euros de plus sur leur fiche de paie chaque mois. Tant mieux pour eux, sincèrement, mais on n’est pas dupes de la manœuvre : le ministère cherche à relancer l’attractivité du métier en proposant des salaires d’entrée un peu moins repoussoirs, mais les jeunes profs doivent comprendre qu’en contrepartie leur salaire va stagner plus longtemps avant de rejoindre celui des autres profs, qui eux, verront une nouvelle leur pouvoir d'achat baisser en 2021, comme depuis des années.
Quant aux profs qui auraient l'idée de dire « ah mais comment, on sort des centaines de milliards d’euros pour relancer le pays, et il n’y a rien pour les profs qui s’appauvrissent depuis deux décennies ? », ma foi ils auront une idée de l’estime que leur porte le président avec ces propos, tenus au ministre Blanquer qui avait demandé, une fois n’est pas coutume, la création de 3 000 postes de profs : « C’est le genre de créations d’emplois qui vont aggraver le déficit et qui ne servent pas à redresser le pays ».
Pour boucler cette bien belle semaine, on a découvert le calendrier du bac 2021… dans les journaux (le Figaro). Les syndicats eux-mêmes n’étaient pas au courant : comme d’habitude le ministère s’est débrouillé de son côté, sans consulter, et son calendrier semble aberrant et totalement hors-sol, les épreuves commencent en mars, c’est intenable. C’est ce qui arrive quand on ne demande pas leur avis aux gens qui bossent sur le terrain : on fait un peu n’importe quoi.
Voilà, sinon le sujet de la semaine n’a été aucun de ceux-là, il était bien plus urgent, visiblement, de parler de la manière de s’habiller des collégiennes, du retour de l’uniforme (on le répète, il n’y a jamais eu d’uniforme en France dans le public, tout au plus des blouses) et de faire des sondages sur le degré d’acceptabilité des décolletés de ces demoiselles.
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