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  • Livres de philosophie

    Un choix auquel j'adhère. 

    Un article et un site très intéressant.


    https://www.hypnose-deconditionnement.com/blog/2017/11/19/7-livres-pour-changer-de-vie-avec-les-philosophes

    7 livres à lire absolument pour changer de vie avec les philosophes

    19.11.2017, 11:210 commentaire

    7 livres à lire absolument pour changer de vie avec les philosophes

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    Ça vous intrigue, mais vous ne savez pas vraiment par où commencer. S’initier à la philosophie n’est pas toujours évident, car, disons les choses, les grands classiques ne sont pas tous abordables et peuvent parfois dégoûter de la philo à tout jamais. 

    Alors, pour vous éviter cela, voici une petite sélection de 7 livres  parfois courts, parfois plus longs mais surtout accessibles pour commencer à lire de la philosophie. Profitez-en ! En ces temps où la disette intellectuelle et morale ont décharné ses dieux du mont Olympe, il peut être utile d'aller boire aux sources qui redonnent de l’ardeur, de la force à l'esprit pour l'accompagner avec brio vers le changement.

    De la brièveté de la vie — Sénèque (61 pages !!) 

    Si vous faites partie de ces gens qui pensent que la vie est très courte et que c’est vraiment  injuste, ces 61 pages sont faites pour vous. Chacun conduit sa vie à grande allure et souffre de tout attendre du futur et d’être insatisfait du présent. — De la brièveté de la vie

    Pour le stoïcien Sénèque, la vie n’est pas trop courte, au contraire, elle est même plutôt généreuse avec nous. C’est notre comportement, notre fâcheuse tendance à gaspiller notre temps précieux qui nous donne l’impression que la vie défile à 2000 à l'heure. Il nous invite alors à prendre conscience de la valeur inestimable du temps, pour apprendre à le saisir, à vivre dans le présent et à ne plus s’éparpiller dans des choses futiles et sans intérêt.

    On vit comme des immortels, voilà ce que Sénèque nous dit. Et malheureusement, on ne pourra jamais être heureux tant que l’on n’aura pas accepté notre condition de mortel, car c’est la seule manière de se réapproprier le temps précieux dont nous disposons.

    Vous l’aurez compris, ce livre remet gentiment les idées en place, tout en nous invitant à réfléchir sur notre façon de vivre.

    Ainsi parlait Zarathoustra — Friedrich Nietzsche

    Ainsi parlait Zarathoustra est une oeuvre philosophique magistrale. Elle a bouleversé la pensée de l'Occident. « Nietzsche démolit, il sape », disait de lui Gide. Il remet définitivement l'homme en question. Poète-prophète, Zarathoustra se retire dans la montagne et revient parmi les hommes pour leur parler. Sa leçon essentielle : « Vouloir libère. » Son leitmotiv : rejeter ce qui n'est pas voulu, conquis comme tel, tout ce qui est subi. C'est le sens du fameux : « Deviens celui que tu es. » La vertu est souvent le droit du plus faible, elle paralyse tout, désir, création et joie. Le surhomme nietzschéen est celui qui a la plus grande diversité d'instincts qui s'opposent puissamment mais qu'il maîtrise. La pensée de Nietzsche est un défi permanent. Elle échappe à tout système politique.
    La ferveur de sa poésie, sa vigoureuse drôlerie ont donné à Nietzsche une célébrité universelle.  «Parmi mes œuvres, mon Zarathoustra occupe une place bien à part. En l’offrant à l’humanité, je lui ai fait le plus grand cadeau qu’elle ait jamais reçu. […] Tout le phénomène humain se trouve à des distances infinies au-dessous de lui – c’est aussi le plus profond jamais surgi des trésors les plus secrets de la vérité ». (Ecce Homo p. 95)

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    Lettre à Ménécée — Épicure 

    109 pages pour comprendre l’Épicurisme, une philosophie axée sur la recherche du bonheur et de la sagesse, fondée par Épicure lui-même (philosophe grec né en 342 av. J.-C. et mort en 270 av. J.-C.). Le livre est écrit sous forme de lettre car il s’adresse en premier lieu à son disciple Ménécée, chargé de faire perpétuer la philosophie d’Épicure après sa mort.

    Si vous cherchez un manuel du bonheur, en voici un. La pensée d’Épicure c’est comme un gros pansement que l’on mettrait sur nos plaies enfouies au fond de nous. D’abord, parce qu’Épicure considère la philosophie comme médecine de l’âme, il nous invite donc à pratiquer la philosophie au quotidien pour vivre mieux.

    «Qu’on ne remette pas à plus tard, parce qu’on est jeune, la pratique de la philosophie et qu’on ne se lasse pas de philosopher, quand on est vieux. En effet, il n’est, pour personne, ni trop tôt ni trop tard, lorsqu’il s’agit de veiller à la santé de son âme.» 

    Extrait de la Lettre à Ménécée.

    Ainsi, Épicure propose des méthodes pour apaiser nos angoisses (la mort et la douleur par exemple) et pour mieux vivre, dans le but d’atteindre l’ataraxie (= absence de troubles de l’âme, le bonheur absolu quoi).

    Les grands thèmes abordés : la quête du bonheur, le plaisir, la peur de la mort, la douleur.

    L’Art d’avoir toujours raison — Arthur Schopenhauer 

    Il s’agit d’un petit guide de rhétorique ( 96 pages). Avec L’Art d’avoir toujours raison, autant vous dire que vous ne serez plus jamais à court d’argument face à quelqu’un qui tente de vous déstabiliser. Dans cet ouvrage, Schopenhauer nous livre 38 stratagèmes à appliquer pour apprendre à être convaincant en public (et accessoirement, pour fermer le clapet à n’importe qui).

    Mais quel rapport avec la philo ? On y arrive! Dans son livre, Schopenhauer fait d’une part référence aux sophistes, des maîtres en rhétorique grecs, qui enseignaient l’art de parler en public mais dont les discours étaient faux et vides de sens. Mais surtout, il nous initie à la dialectique éristique, c’est-à-dire l’art de mener un débat de manière à avoir toujours raison.

    D’autre part, ce livre est aussi une profonde étude de l’homme : on cherche à comprendre ses vices pour mieux les utiliser contre lui (la mauvaise nature du genre humain ..). Schopenhauer nous donne alors toutes les ficelles de la nature humaine et de la rhétorique pour enfumer son auditoire en quelques jongleries.

    «Ne pas débattre avec le premier venu, mais uniquement avec les gens que l’on connaît et dont on sait qu’ils sont suffisamment raisonnables pour ne pas débiter des absurdités et se couvrir de ridicule. Il en résulte que sur cent personnes, il s’en trouve à peine une qui soit digne qu’on discute avec elle » 

    Ces conseils précieux, illustrés d’exemples de conversations concrètes (pour mieux se mettre dans l’ambiance), nous font donc réfléchir sur le langage et l’absurdité des relations humaines.

    Pensées — Marc Aurèle 

    Ces Pensées sont rédigées par l’empereur romain Marc-Aurèle, entre 170 et 180 ap. J.C.

    À l’origine, il s’agissait de petites notes qu’il écrivait pour lui-même, une sorte de journal intime d’un homme de pouvoir. Ses Pensées n’étaient donc pas destinées à être lues. Mais pourtant, cet ouvrage est devenu une référence de la philosophie stoïcienne.

    Et la grande question du stoïcisme, c’est “comment atteindre le bonheur ?” Pour les stoïciens – dont Marc Aurèle fait partie -, il s’agit de trouver la sérénité absolue face aux évènements tristes ou angoissants de la vie.

    Pour y parvenir, la règle n°1 c’est de ne pas être affecté par les choses qui ne dépendent pas de nous, à savoir : le matériel, l’opinion des gens, la pluie, la mort, la maladie… Tout cela ne dépend pas de nous, et nous n’avons aucun pouvoir dessus. Les seules choses que nous pouvons maîtriser ce sont nos émotions et nos jugements qui sont bien souvent faux ou exagérés, et c’est ce qui nous rend malheureux selon Marc Aurèle.

    «Si un élément externe vous fait souffrir, notre douleur n’est pas causée par cet élément en tant que tel mais par votre propre jugement de cet élément ; et vous avez le pouvoir d’annuler ceci à tout moment».

    Ainsi, Marc Aurèle nous fait réfléchir sur notre rapport au monde, sur nos peurs, sur les relations humaines, sur la mort… Sous forme de courtes réflexions stoïciennes, ses pensées nous invitent à trouver la sagesse, à nous défaire de nos interprétations, car le sage ne laisse aucun jugement entraver son bonheur et sa sérénité.

     

    Les grands thèmes abordés : la quête du bonheur, la mort, le devoir, l’opinion publique, la nature humaine et les rapports humains.

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    Le Banquet — Platon 

    Le Banquet de Platon, c’est l’histoire d’une fête mondaine en -400 av. J.-C. chez le poète Agathon, qui reçoit chez lui 7 de ses amis (Phèdre, Pausanias, Eryximaque, Aristophane, Agathan et Socrate), et ce soir là, le sujet de conversation à table c’était l’amour.

    Le Banquet c’est donc un très long dialogue entre les convives où chacun exprime ses pensées sur l’amour, tout en s’interrogeant :

    Pourquoi on aime ?
    C’est quoi la nature du désir ?
    D’où vient ce sentiment qui nous pousse à nous unir à quelqu’un d’autre ?
    Qu’attendent-ils donc, ceux qui passent leur vie ensemble ? etc. 

    Les réponses sont multiples, et diffèrent en fonction des penseurs.

    Chacun d’entre nous est donc une fraction d’être humain dont il existe le complément, puisque cet être a été coupé comme on coupe les soles, et s’est dédoublé. Chacun, bien entendu, est en quête perpétuelle de son complément. — extrait du Banquet.

    Les discours s’enchainent alors, jusqu’à ce que Socrate intervienne et s’empresse de problématiser le sujet : on désire que ce qu’on n’a pas. La suite, dans le livre..

    Chevaucher le tigre — Julius Evola

    Dernier livre important d'un iconoclaste sans passion, Chevaucher le tigre dresse une critique implacable des idoles, des structures, des théories et des illusions de notre époque.

    Sans faire de concessions au spiritualisme humanitaire et à son ascétisme frileux, l’'auteur trace la figure d’un type humain aristocratique capable de «chevaucher le tigre», c’est-à dire de transformer en remède, en vue d’une libération intérieure, des processus extrêmes presque toujours destructeurs pour la majorité de nos contemporains. Aussi éloigné des crispations d'un traditionalisme viscéralement passéiste que de tout projet révolutionnaire naïvement utopique et optimiste, " l'homme différencié "ne compte que sur lui-même et n'a qu'un but : donner un sens absolu à sa vie dans un monde où il n'y a plus rien à aimer et à défendre.

     

    « Fais en sorte que ce sur quoi tu n'as pas prise ne puisse avoir de prise sur toi »

    Telle est la formule qui résume le plus adéquatement possible cette ligne de conduite essentiellement psychologique et individuelle dont les répercussions sur l'ensemble des aspects de l'existence sont considérables.

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    Pier Paolo Pravda

    En lien avec avec les articles: 

    Philosophie stoïcienne: 20 Citations inspirantes d'Epictète

    Marc Aurèle - Pensées pour moi-même.  Extraits et citations inspirantes

     

    Vous pouvez retrouver d'autres citations inspirantes sur notre page Facebook. 

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    Tags : Arthur Schopenhauer , Déconditionnement, Epicure, Friedrich Nietzsche, Hypnose, Julius Evola, Marc Aurèle, Marseille, Platon

     

     

  • Enseignement et salaire.

    En général, quand un enseignant aborde avec un interlocuteur le problème de la faiblesse de son salaire, il a droit en retour, sur un ton ironique, voire acerbe le nombre de jours de congé. Alors, premièrement, sur l'ensemble de ma carrière, si mes heures de travail à domicile avaient réellement été prises en compte dans mon salaire, je ne serais pas à compter ce qui reste le 15 du mois. Deuxièmement, que les gouvernants prennent le risque de réduire le nombre de jours de congé (c'est à dire de "remise en état") du personnel et la crise de recrutement dans l'enseignement atteindra des sommets...

    Quand je lis le classement des pays de l'OCDE et que je vois où on se situe...Misère... Et le pire dans tout ça, c'est qu'une partie de la population ne réalise pas que leurs enfants sont également concernés...

     

     

     

    Ocde : Les enseignants français parmi les moins considérés 

     

    Si les enseignants français sont parmi les plus jeunes des pays de l'OCDE c'est que le métier attire encore. Pourtant, dans Regards sur l'éducation 2015, l'OCDE souligne les écarts de carrière entre les enseignants français et leurs collègues des autres pays.

     

    Mais pas de progrès coté paye des profs

     

    La situation des enseignants français s'écarte de celle des autres pays développés. "En France, les enseignants du primaire et du secondaire ont des salaires statutaires nettement inférieurs à la moyenne de pays de l’OCDE", affirme l'OCDE. Les chiffres parlent d'eux mêmes. En moyenne, dans les pays de l’OCDE, le salaire statutaire (c’est-à-dire primes et paiement des heures supplémentaires non inclus) des enseignants ayant au moins 15 ans d’exercice à leur actif s’établissait en 2013 à 38 653 $ (contre 33 500 $ en France) dans l’enseignement préprimaire, à 41 245 $ (contre 33 500 $ en France) dans l’enseignement primaire, à 42 825 $ (contre 36 589 $ en France) dans le premier cycle de l’enseignement secondaire (collège) , et à 44 600 $ (contre 36 897 $ en France) dans le deuxième cycle de l’enseignement secondaire (lycée). Cette moyenne Ocde se construit avec des pays moins riches comme le Mexique, la Slovaquie ou la Pologne par exemple. 

     

     

     

    La crise économique a détérioré les revenus des enseignants en général. Parfois de façon très brutale comme au Portugal. En France le revenu a baissé entre 2010 et 2012 selon l'Ocde.

     

    Travailler plus pour gagner moins ?

     

    La seule façon dont les enseignants peuvent espérer améliorer leur sort c'est en accumulant les heures supplémentaires et les primes. Le cas de l'ISOE et de l'ISAE est bien connu : la prime du secondaire est trois fois plus élevée que celle du primaire, ce qui creuse l'écart. Les heures supplémentaires l'augmentent aussi. Au final les enseignants du second degré se rapprochent des moyennes Ocde. Pas ceux du premier degré.

     

     

     

    Or les enseignants du premier degré travaillent nettement plus que leurs collègues du second degré et que les professeurs des écoles des autres pays. "Il n’y a qu’en France et en Turquie où les enseignants donnent 30 % d’heures de cours de plus par an dans l’enseignement primaire qu’au collège", écrit l'Ocde. "En France, les enseignants du primaire sont 924 heures devant les élèves par an, soit 152 heures de plus que la moyenne de l’OCDE, qui s’établit à 772 heures et 276 heures de plus par rapport aux enseignants certifiés qui exercent dans le secondaire en France". L'année dernière l'Ocde avait dénoncé l'écart entre le primaire et le secondaire en France. Cela n'a pas changé.

     

     

     

    La taille des classes est aussi plus forte en France que dans l'Ocde : 23 élèves par calsse au primaire contre 21 dans l'Ocde, 25 au collège contre 24. Or plus les classes sont chargées, moins de temps est consacré à l'enseignement souligne l'OCDE.


     

     

     

     

    L'éducation en mal d'innovation

     

    "En France, seulement 24 % des enseignants au collège ayant pris part à l’enquête TALIS ont déclaré que leurs élèves utilisaient souvent les TIC dans le cadre de leurs projets ou de leur travail scolaire", note l'Ocde, contre 40% en moyenne dans l'Ocde. De tous les pays de l'Ocde c'est en France que les diplômés désignent le moins souvent le secteur éducatif comme innovant. Vous comprenez qu'on tienne au Forum des enseignants innovants.. (4-5 décembre Paris).

     

    François Jarraud

     

    Regards sur l'éducation 2015

     

  • "Soigne ou enseigne, mais tais-toi"

    Quand j'étais adolescent, je me souviens très bien qu'il existait deux secteurs professionnels qui passionnaient beaucoup d'élèves : la médecine et l'enseignement. Lorsque je suis devenu instituteur, j'avais tous les ans, dans ma classe, des enfants qui avaient aussi ce rêve. 

    Aujourd'hui, le constat n'est plus du tout le même. Il y a même bien longtemps que je n'ai rencontré un enfant rêvant de devenir enseignant...

    Il y a dans ces deux professions un intérêt pour l'humain, une empathie naturelle et s'y ajoute la passion pour l'acte médical ou l'acte d'enseigner.

    Je trouve par conséquent très révélateur de constater à quel point nos gouvernants successifs martèlent, plombent, détruisent ces deux piliers d'une société.

    Dans les deux secteurs, nous verrons s'amplifier avec l'augmentation graduelle du désappointement des personnels une dégradation constante dans l'acte lui-même. C'est inévitable.

    On peut dès lors se demander pour quelles raisons les gouvernants délaissent à ce point ces deux secteurs ?

    C'est très simple : clinique et écoles privées leur conviennent parfaitement. 

    Je force un peu le trait bien entendu... Mais la vérité n'est sûrement pas bien loin.  

     

    Si les patients français peuvent se réjouir de bénéficier d'un des meilleurs accès aux soins au monde, les professionnels de santé, eux, sont mal traités. Le panorama de la santé 2017 de l'OCDE est accablant : les infirmiers français sont les plus mal lotis des grands pays de l'OCDE.

     

    Les infirmiers français sont parmi les moins bien payés d'Europe

     

    FREDERICK FLORIN / AFP

    Après le salaire des professeurs, voilà une autre indignité bien française : les salaires des infirmiers en France sont les plus bas de tous les pays développés. Un chiffre calculé par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), qui présentait la semaine dernière son Panorama de la santé 2017. Avec un diplôme équivalent à une licence (trois ans d'études) et des conditions de travail très exigeantes, les infirmiers hospitaliers  français – 500.000 salariés – perçoivent une rémunération inférieure de 5% au salaire moyen en France. En Allemagne, un infirmier gagne 13% de plus que le salaire moyen, en Espagne 28% de plus. Au Mexique, la rémunération est presque le double du salaire moyen.

    Aucune revalorisation des salaires en vue

    En France, le tableau est sombre et, malheureusement pour les infirmiers, aucune lueur d’amélioration ne pointe à l’horizon. « Les dernières négociations salariales datent de 2010, à une époque où les infirmiers ont dû accepter un chantage salaire contre retraite », explique Thierry Amouroux, secrétaire général du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI). « L’âge de la retraite a été repoussé de sept ans, passant de 55 à 62 ans, en échange d’une augmentation de 150 euros par mois ». Un accord arraché à contre-cœur à des professionnels de santé, très frustrés que la pénibilité de leur travail n’ait pas été prise en compte.

    Selon un rapport de la Caisse de retraite des agents des collectivités locales, une infirmière vit en moyenne 6 ans de moins qu’une femme française. Les infirmières décèdent en moyenne à 78,8 ans, alors que l’espérance de vie des Françaises est de 85 ans. Autre indicateur éloquent, 20% des infirmières arrivant à la retraite sont affectées d’une invalidité – conséquence des manutentions, du travail de nuit mais aussi de l’exposition aux produits de chimiothérapie.

     

    Un tiers des jeunes abandonnent après leur diplôme

    Le métier - qui répond à une recherche de sens - continue d’attirer. Mais la difficulté des conditions de travail alliée à cette faible rémunération décourage massivement : "Dans les cinq ans qui suivent l’obtention du diplôme, un tiers des infirmières abandonnent le métier. C’est un gâchis humain énorme", souligne Thierry Amouroux.

    L'infirmière de pratique avancée, un espoir pour la profession

    Dans L'hôpital à coeur ouvert, le livre bilan qu'il vient de publier, Martin Hirsch, directeur général de l'Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP), évoque une piste pour valoriser la profession: "déléguer des ­tâches de médecins vers des infirmières, en contrepartie de rémunérations plus élevées". 

    La promotion du métier d’Infirmière de pratique avancée (IPA) devrait permettre de faire monter en compétence les infirmières. La loi de santé de janvier 2016 a créé un cadre légal pour ce nouveau métier – qui nécessite deux ans d’études supplémentaires, soit un niveau Master. Mais les décrets d’application ne sont pas encore publiés, et les grilles salariales restent à négocier. 26ème pays à reconnaître ce métier, la France ne fait que rattraper son retard. Habilitées à faire une consultation et délivrer une ordonnance, comme les sages-femmes, ces infirmières de pratique avancées pourront soulager les médecins en participant au tri des urgences, à la prévention et au dépistage ou encore au suivi des maladies chroniques.

    Au Royaume-Uni, où la profession d'infirmière de pratique avancée ("advanced nurse") est reconnue depuis le début des années 1990, le salaire médian de ces "master infirmières" est très supérieur à celui d'une infirmière : selon les informations du moteur de recherche d'offres d'emploi Adzuna, il tourne autour de 70.000 euros (63.000 livres) par an, soit presque le double du salaire d'une simple infirmière (36.000 livres, soient 40.000 euros).

    Cette évolution de carrière n’apporte toutefois qu’une réponse partielle à cette profession en souffrance. Dans les pays qui ont reconnu ce métier de longue date, les infirmières de pratique avancée ne représentent que 3 à 5% du personnel hospitalier. Il faudra certainement aller plus loin et ouvrir d'autres perspectives - la possibilité de réaliser certains actes médicaux - aux 500.000 infirmières sous-payées de l'hôpital français. 

     

  • Processus d'individuation (Jung)

    Le processus d’individuation (ou la transition du milieu de vie)

    https://illuminatosmundi.wordpress.com/2013/07/16/le-processus-dindividuation-ou-la-transition-du-milieu-de-vie/

     

     La vie est jalonnée d’étapes. Nous connaissons tous l’étape délicate de l’adolescence que Françoise Dolto appelle « le complexe du homard »,  cette transition vers l’âge adulte qui ne se fait pas sans difficultés. Il existe aussi d’autres transitions dans la vie, non moins importantes mais moins connues : il s’agit de la transition du milieu de  vie, qui survient généralement entre 45 et 55 ans et où l’individu connaît une remise en question de sa vie, de son cheminement. Ce n’est donc pas à quarante ans que survient cette fameuse crise mais plus tard… Et le mot « crise » n’est pas le plus adapté pour parler de cette phase de la vie.

     jung-homme-symboles

    Un peu de vocabulaire jungien : la persona, l’ego, l’Ombre et le soi.

    C’est Carl Gustav Jung, le célèbre psychiatre suisse, qui aura parlé le premier du processus d’individuation dans son ouvrage Les sept sermons aux morts. Pour bien le comprendre, il va falloir se familiariser avec certains termes de la psychologie jungienne. Pendant la première partie de notre vie, nous construisons notre Persona qui est le « je » désirant contenant l’ego. Cette Persona est notre partie consciente, notre moi. Elle est la personnalité que nous nous sommes construits, la personne que nous croyons être et que les autres croient que nous sommes. La Persona, qui vient du grec « prosopon », qui signifie masque, est ainsi le masque que chacun se fabrique et qu’il présente à la société. C’est l’ensemble des comportements, des règles morales que nous décidons d’adopter. Le danger est de considérer que cette Persona est nous-mêmes et que nous sommes définis par elle. En effet, la Persona n’est qu’une petite part, un fragment du Soi, qui est une partie beaucoup plus vaste de nous-mêmes. Chaque individu porte en lui-même cette dimension fondamentale de lui-même qu’est le Soi. Mais cette dimension demeure le plus souvent inconsciente d’elle-même durant la première moitié de la vie. Pour que le Soi devienne conscient de lui-même, il faut en passer par le processus d’individuation. Le processus d’individuation est le processus par lequel un être devient un in-dividu psychologique pour Jung, c’est-à-dire une unité autonome et indivisible. Or, pour devenir cette unité, il faut réaliser son Soi, que Jung décrit comme une unité sur-ordonnée au moi, qui embrasse non seulement la psyché consciente mais aussi la psyché inconsciente. Le moi, lui, est le centre de la conscience. Mais, à un moment de sa vie, l’individu n’est plus satisfait par sa Persona puisque, tandis qu’il s’occupait de construire son ego, une autre partie de sa personnalité qu’il négligeait, qui ne fait pas partie de la conscience, se construisait, elle aussi, à son insu. Cette partie là, c’est l’Ombre, qui est « la partie inférieure de la personnalité » selon Jung et qui comporte tous les aspects psychiques de l’être qui ont été refoulés et qui ont été exclus de l’existence courante pour des raisons morales, sociales ou éducatives. Dans l’Ombre sont relégués tout ce que l’individu n’a pas choisi consciemment, tout ce qu’il n’a pas vécu et qu’il ne se permet pas de vivre. L’Ombre est en quelque sorte le coffre fort de l’inconscient.

    Quand naît le besoin d’accomplissement et qu’émerge l’Ombre :

    Dans la première moitié de sa vie, l’individu occupé à forger son moi refoule des modèles de comportement dans l’Ombre sans qu’il en résulte de grands dommages. Pour mieux comprendre ce processus, prenons pour exemple une jeune femme qui a construit sa vie de couple, qui a ses enfants et son réseau professionnel. Alors que toutes les conditions semblent en apparence réunies pour donner à cette femme le sentiment d’une réussite apaisante, d’être parvenue à quelque chose de stable dans son existence, celle-ci se révèle angoissée, a des vagues à l’âme et parfois même des humeurs dépressives. Cette femme se pose une question fondamentale : cette vie que  je mène, est-ce réellement la vie que je veux  vivre ? Et cette question génère chez elle de la culpabilité parce qu’elle a construit tellement de choses dans sa vie qu’elle se dit qu’il s’agit là d’une attitude d’enfant gâtée qui est si comblée qu’elle se met à se poser des questions existentielles. Or, il s’agit en réalité d’un besoin fondamental qui s’exprime. Tandis que ses autres besoins fondamentaux ont été satisfaits, il en demeure un seul qui ne l’est pas : le besoin d’accomplissement. Dans la pyramide des besoins de Maslow, le niveau supérieur de la pyramide concerne l’accomplissement de soi. Celui-ci vient après les besoins physiologiques, les besoins de sécurité, les besoins d’appartenance et d’amour et les besoins d’estime. Dans la première moitié de sa vie, cette femme s’est « accommodée ». Elle a répondu aux injonctions de sa société, de ses professeurs, de ses parents. Cette phase d’accommodation n’est pas du tout négative puisque ces personnes et ces entités nous guident et nous aident à trouver notre place dans le monde. Les règles qui régissent la première moitié de la vie sont donc extérieures. Mais autour de l’âge de 45 ans commencent à se faire sentir les limites de cette phase d’accommodation. On se sent moins serein, quelque chose nous titille mais on ne sait pas encore ce que c’est. On aurait pourtant toutes les raisons d’être rassuré puisqu’on a trouvé sa place dans la société mais pourtant ça ne suffit plus. Un questionnement plus profond et  plus fondamental sur le sens de ce que l’on fait et le sens de notre existence se fait jour.

    Mais comment  est-ce que cette insatisfaction commence à poindre ? Les raisons sont multiples. Il peut s’agir d’une prise de conscience soudaine quand on se rend compte que le temps a commencé son travail et qu’il a dessiné des ridules et des rides sur notre visage. Nous ne sommes pas immortels et nous devons penser avec sérieux à ce que nous voulons faire de notre vie. Ce peut être aussi un questionnement sur la vie qu’on partage avec un autre depuis peut-être vingt ans. Le facteur déclenchant peut être aussi le départ des enfants qui quittent la maison familiale : c’est le syndrome du nid vide qui renvoie les parents au statut d’amants, statut qu’ils avaient peut être délaissé au profit de leur statut de parents. Il peut également s’agir d’un questionnement professionnel quand la personne se rend compte qu’elle exerce un métier qui ne l’intéresse plus. Pour d’autres, il peut s’agir d’une modification des priorités : ils privilégiaient par exemple leur carrière au détriment de leur vie sentimentale.

    C’est dans ce moment de remise en question que l’Ombre commence à émerger. C’est aussi à ce moment que la Persona se fragmente. Cette fragmentation créé une angoisse chez l’individu si habitué à s’identifier uniquement à sa Persona et oubliant son Soi.

    Le processus d’individuation doit-il se faire obligatoirement à partir de 45 ans ?

    Mais ce processus d’individuation ne peut-il pas s’effectuer plus tôt ? Pourquoi ce questionnement sur soi-même surgit-il généralement à partir de l’âge de 45 ans ? Nous pouvons être mûrs plus tôt et être confrontés à des questionnements sur notre vie plus jeunes. En effet, la question de l’authenticité par rapport à soi-même peut se poser à n’importe quel âge. D’après le psychiatre Christophe Fauré, auteur de l’ouvrage Maintenant ou jamais qui traite de cette question, il y a un timing. A vingt-cinq ans, quand une personne se demande « qu’est-ce que je veux donc pour moi ? », il ne s’agit pas forcément d’un questionnement d’intériorité. Cette question renvoie beaucoup plus à un désir lié à la vie affective, à la vie professionnelle et à l’exploration du monde. Pour Christophe Fauré, ce questionnement est absolument nécessaire pour devenir conscient de soi.

    Néanmoins, il existe des exceptions qui confirment la règle. Ce processus d’individuation peut s’enclencher précocement chez des personnes très jeunes, qui très tôt ont des questionnements existentiels et sont en quête réelle de sens. Mais pourquoi ce processus s’active-t-il très tôt chez certaines personnes et pas chez d’autres ? Il est possible que la différence tienne au degré de spiritualité et d’éveil des premières, qui sont plus naturellement conscientes de leur Soi. Le danger est qu’un processus d’individuation qui se met en place très tôt –dès l’âge de dix-huit ans-  est mal vécu, parce qu’à cet âge nul n’est préparé physiquement et psychologiquement à apprivoiser le sentiment océanique de la vie corrélatif de la découverte du Soi. L’instrument corporel ne s’est pas suffisamment confronté à ce qui va permettre au moi et à l’ego de se construire. Il n’est pas facile de bien vivre ce processus d’individuation alors que notre moi et notre ego sont encore en train de se consolider. Il y a un ordre et une harmonie qu’il n’est pas bon de perturber.

    Mais pour peu que nous nous posions les bonnes questions, que nos proches nous poussent assez tôt à nous poser des questions sur nous-mêmes et que nous cherchions à donner un sens à notre vie, nous pouvons réaliser ce processus d’individuation plus jeune, dès l’âge de 35 ans. Nous avons alors, libérés de la tyrannie de notre ego, plus qu’une moitié de vie à consacrer aux choses essentielles.

  • Quatre étapes.

    Les 4 étapes de notre vie selon Carl Gustav Jung

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    « Sans plus de préparation, nous parvenons à l’étape de l’après-midi de la vie. Pire encore, nous franchissons cette étape avec la fausse croyance que nos vérités et idéaux nous serviront comme ils l’ont fait jusqu’à présent. Mais il est impossible de vivre l’après-midi de la vie selon le programme du matin de la vie, car ce qui était grand le matin sera petit le soir et ce qui était vrai le matin, sera devenu un mensonge le soir« . Carl Gustav Jung

    Selon le psychologue suisse Carl Gustav Jung, il existe 4 archétypes, quatre étapes que nous traversons pendant notre vie et ces étapes sont :

    1. L’étape de l’athlète (le sauvage)

    À cette étape, nous nous préoccupons surtout de notre apparence, de ce à quoi ressemble notre corps. Durant cette étape, nous pourrions rester des heures à regarder et admirer notre reflet dans le miroir. Notre corps, notre apparence sont les choses les plus importantes à nos yeux, rien d’autre ne compte.

    1. L’étape du guerrier (l’aventurier)

    Pendant cette période, notre principal souci est de partir à la conquête du monde, de faire de notre mieux, d’être le meilleur et de parvenir à l’excellence, de faire ce que font les guerriers et d’agir comme agissent les guerriers. C’est une étape pendant laquelle nous pensons continuellement aux moyens d’avoir plus que tout le monde, une étape de comparaison, de vaincre ceux autour de nous afin de nous sentir meilleurs parce que nous avons réalisé davantage, parce que nous sommes des guerriers, des braves.

    1. L’étape de la communication (l’enseignant)

    À cette époque, à ce stade de votre vie, vous réalisez que ce qui a été fait jusqu’ici ne suffit pas à vous contenter, à vous rendre heureux… vous cherchez maintenant les moyens de faire une différence dans le monde, les moyens de servir ceux qui vous entourent. Votre préoccupation est de commencer à donner. Vous réalisez maintenant que dorénavant votre poursuite de l’argent, du pouvoir, des possessions, etc. continueront d’apparaitre dans votre vie, mais vous ne leur attribuez plus la même valeur qu’auparavant, vous n’êtes plus attaché à ces choses, parce que vous êtes maintenant dans une étape différente de votre vie, où vous savez qu’il existe autre chose. Vous les recevez, vous les acceptez et vous en êtes reconnaissant, mais vous êtes prêt à vous en détacher n’importe quand. Vous cherchez des moyens pour arrêter de penser à vous, à la manière de recevoir et à commencer à vous concentrer sur une vie de service. Tout ce qui vous importe à ce stade est le don. Vous savez maintenant que donner c’est recevoir et que c’est le moment de stopper l’égoïsme et de penser aux façons d’aider ceux dans le besoin, de quitter ce monde en étant meilleur que lorsque vous y êtes entré.

    1. L’étape spirituelle (le sage)

    Selon Jung, ce sera la dernière étape de votre vie, une étape où nous réalisons qu’aucune de ces trois étapes ne représente réellement qui nous sommes et ce que nous sommes. Nous comprenons que nous sommes plus que notre corps, plus que nos possessions, plus que nos amis, notre pays et ainsi de suite. Nous en venons à réaliser que nous sommes des êtres divins, des êtres spirituels ayant une expérience humaine et non pas des humains ayant une expérience spirituelle.

    Nous savons maintenant que ce n’est pas notre foyer et que nous ne sommes pas ce que nous pensons être. Nous sommes dans ce monde mais pas de ce monde. Nous pouvons désormais nous observer à partir d’une autre perspective. Nous pouvons renoncer à notre propre esprit, à notre corps et saisir qui nous sommes vraiment, voir les choses telles qu’elles sont. Nous devenons l’observateur de notre vie. Nous réalisons que nous ne sommes pas celui que nous remarquons mais l’observateur de ce que nous remarquons.

    Il y a 2500 ans, Lao Tseu tentait de nous enseigner la manière de comprendre cette dernière étape de vie, cette étape spirituelle : « Pouvez-vous faire machine arrière en pensée et ainsi saisir toutes choses ? Donner la vie et la nourrir, avoir sans posséder, agir sans attentes, diriger sans essayer de contrôler : voici la vertu suprême ».

     

    par Hélios

    source: http://bistrobarblog.blogspot.fr/2015/12/les-4-etapes-de-notre-vie-selon-carl.html

     

  • Couche d'ozone.

    "Par ailleurs, nous vivons dans un monde où les lobbys sont très importants. Aujourd'hui, on a l'impression que les Etats ont beaucoup moins de pouvoir par rapport à des industriels puissants", relève Sophie Godin-Beekmann.

     

     

    Comment l'humanité a sauvé la couche d'ozone (et pourquoi on devrait s'en inspirer pour le climat)

    Alors que s'achève la COP23 à Bonn, les scientifiques s'alarment du manque d'initiatives pour lutter contre les gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique. Pourtant, il y a trente ans, c'est lors d'une conférence comme celle-ci que politiques et scientifiques ont sauvé la couche d'ozone d'une disparition attendue. 

    Un bateau chilien dans l\'Antarctique, dans la zone où a été identitifié le trou dans la couche d\'ozone, le 25 janvier 2015. 
    Un bateau chilien dans l'Antarctique, dans la zone où a été identitifié le trou dans la couche d'ozone, le 25 janvier 2015.  (NATACHA PISARENKO / AP / SIPA)

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    Marie-Adélaïde ScigaczFrance Télévisions

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    LA NEWSLETTER ACTUNous la préparons pour vous chaque matin

    "Tirer la sonnette d'alarme", "marteler", "prévenir"... En 2017, c'est aussi cela, le job de scientifique. Surtout quand il étudie le réchauffement climatique. Lundi 13 novembre, plus de 15 000 chercheurs, issus de 182 pays, ont ainsi signé une tribune demandant d'agir en urgence pour enrayer le phénomène. Ils y dressent un rapide bilan de ce qui a été fait pour sauver la planète depuis la publication d'un "premier avertissement", il y a vingt-cinq ans. 

     

    Depuis 1992, à l'exception de la stabilisation de la couche d'ozone stratosphérique, l'humanité n'a pas réussi à faire des progrès suffisants dans la résolution générale de ces défis environnementaux prévus et (...) la plupart d'entre eux deviennent bien pires.

    Tribune de 15 000 scientifiques pour le climat

     

    Démoralisante, cette phrase convoque un lointain souvenir : celui d'un monde terrifié à l'idée de finir carbonisé par les rayons ultraviolets du soleil, en raison du trou de la taille d'un continent dans notre couche d'ozone. Et qui a réagi. Selon la Nasa, ce dernier est bien parti pour se résorber totalement d'ici 2030-2050 (lien en anglais). L'occasion de revenir sur la façon dont scientifiques, politiques et industriels ont sauvé le monde une première fois. Qui sait, peut-être en sont-ils toujours capables ?

    "L'industrie chimique a rapidement été alertée"

    Quand la présidente de la Commission internationale sur l’ozone, Sophie Godin-Beekmann, démarre sa carrière de scientifique, à la toute fin des années 80, l'humanité vient de prendre conscience de l'ampleur des dégâts causés sur la couche d'ozone par les gaz CFC (ou chlorofluorocarbures). Elle se souvient d'une terrifiante conférence lors de laquelle un chercheur avait présenté l'ampleur de la diminution d'ozone à l'échelle planétaire. "Il s'agissait d'un signal tellement fort que nous étions tous très, très inquiets", se rappelle-t-elle.

    L'homme qui tire la sonnette d'alarme s'appelle Paul Crutzen. Le Néerlandais fait partie de ces quelques chercheurs qui, au début des années 70, ont évoqué publiquement la détérioration de la couche d'ozone sous l'effet des CFC. Et ce, à une époque où les gouvernements envisageaient de développer des flottes d'avions supersoniques – tel le Concorde – dévastateurs pour la couche d'ozone... 

     

    Une fabrique d\'aérosols, à Saint-Pétersbourg (actuelle Russie), en 1976. 
    Une fabrique d'aérosols, à Saint-Pétersbourg (actuelle Russie), en 1976.  (V. NIKITIN / RIA NOVOSTI / AFP)

     

    "Jusqu'au milieu des années 70, on considère que les CFC sont des composés très sûrs au niveau du process industriel", relève la spécialiste, directrice de recherche au CNRS. Leur utilisation est très developpée. On en trouve à la fois dans les aérosols et les réfrigérateurs. Les accusations des chercheurs, qui se basent sur des "modèles rudimentaires" et non des preuves tangibles, embarrassent donc l'industrie chimique. Cette dernière se défend en arguant que le secteur pèse quelques centaines de milliers d'emplois et plusieurs milliards de dollars, rappellent les auteurs de Protecting the Ozone Layer : The United Nations History. 

    Dès 1975, la mauvaise réputation de ce composé provoque toutefois la chute des ventes d'aérosols aux Etats-Unis. L'entreprise SC Johnson fait même le pari de se débarrasser des CFC. Au Canada comme en Scandinavie, on discute de la pertinence de ce composant. "L'industrie chimique a rapidement été alertée des soupçons qui pesaient sur le CFC et a alors commencé à travailler sur des substituts", poursuit la spécialiste.

     

    L'industrie a choisi d'accompagner les scientifiques. Elle a notamment payé des instruments de mesures et a suivi l'avancée des travaux dans ce domaine. Moi-même, j'ai utilisé un laser financé par le CMA, l'association de l'industrie chimique.

    Sophie Godin-Beekmann

    à franceinfo

    Pour les industriels, il s'agit alors de garder la main sur le secteur en développant de nouveaux produits et "leurs propres modèles scientifiques""Ils voulaient anticiper et comprendre ce qu'il se passait", souligne encore la chercheuse. 

    "Le monde a compris qu'on mettait l'espèce humaine en danger"

    Le débat bascule à partir de 1985, avec la publication d'un article du scientifique Joseph Farman, puis deux ans plus tard, avec les premières campagnes de mesures réalisées dans l'Antarctique. La science rapporte enfin la preuve de l'implication des CFC dans la diminution de la couche d'ozone. Elle tranche les théories discutées entre experts en établissant un lien entre quantité de chlore dans l'atmosphère et diminution de l'ozone. En août et en septembre 1987, un avion effectue deux vols à 17 km au-dessus de l'Antarctique et révèle avec précision l'ampleur du trou dans la couche d'ozone.

     

     

    Ces images, fournies par la Nasa, montrent le trou de la couche d\'ozone en 1979, 1989, 2006 et 2010. 
    Ces images, fournies par la Nasa, montrent le trou de la couche d'ozone en 1979, 1989, 2006 et 2010.  (AP / SIPA)

     

     

    Quand bien même certains, comme le très populaire vulcanologue Haroun Tazieff, martèlent à tort que les données scientifiques ne permettent pas d'incriminer l'homme, ces nouvelles images entraînent la sensibilisation express du grand public. "Elles ont frappé les esprits", note la scientifique.

    La couche d'ozone, c'est quand même le seul filtre qui nous protège des rayonnements ultraviolets. Tout le monde a compris que si on l'endommageait, on mettait directement en danger l'espèce humaine.

    Sophie Godin-Beekmann

    à franceinfo

    Un protocole ratifié par tout le monde

    La même année, en mars, une première conférence intergouvernementale se penche sur le problème et se solde par la ratification d'un traité, toujours en œuvre aujourd'hui : le protocole de Montréal. "Au départ, il ne permet pas d'éliminer les CFC", précise la directrice de recherche. En effet, le texte instaure "une baisse de la production des CFC de 30% et le principe d'une révision de ces objectifs tous les quatre ans, afin de faire évoluer les règles en fonctions de nos connaissances." Surtout, il met en mouvement "un cercle vertueux".

    Les différentes disciplines des sciences du climat ont commencé à travailler ensemble – les modélisateurs, les observateurs, les gens qui étudient les constantes de réactions chimiques – dans des programmes scientifiques internationaux.

    Sophie Godin-Beekmann

    à franceinfo

    "Ils ont produit des rapports détaillés qui ont permis aux politiques de disposer des informations nécessaires pour décider de revoir encore à la baisse la production des CFC". Le composant finit par être banni en 1996 dans les pays développés et en 2010 dans les pays en voie de développement.

    C'est l'autre point positif du protocole, souligne la chercheuse. "Les pays développés, à l'origine de cette pollution, ont subi des règles plus contraignantes. Et les pays en voie de développement, dont la Chine faisait partie, ont bénéficié de transferts de technologies, notamment sur les produits de substitution", explique-t-elle. "Cela a accéleré la ratification du protocole par la plupart des pays. Il est l'un des rares protocoles environnementaux ratifiés de manière universelle." 

    Un problème "plus simple" que le réchaufffement

    Comment expliquer que la planète ait pris à bras-le-corps le problème du trou de la couche d'ozone alors qu'il apparaît aujourd'hui si compliqué d'agir contre le dérèglement climatique ? D'abord, parce que "les composants incriminés avaient été identifiés". "Les industriels avaient déjà dans leurs cartons des substituts possibles quand il a fallu faire baisser les émissions. Pour eux, abandonner les CFC ne nécessitait pas de changer tout le process industriel : il s'agissait de le remplacer par des gaz qui sont assez proches. Cela paraissait faisable", relève Sophie Godin-Beekmann. 

    Repenser notre façon de produire l'énergie à l'échelle planétaire semble plus complexe. Plus abstrait aussi pour le grand public, qui ne doit pas seulement jeter son frigo ou arrêter de vaporiser de la laque.  

     

    Un vieux frigo dans la rue porte une inscription indiquant que le CFC a été retiré, le 23 juillet 2010, à New York (Etats-Unis). 
    Un vieux frigo dans la rue porte une inscription indiquant que le CFC a été retiré, le 23 juillet 2010, à New York (Etats-Unis).  (RICHARD B. LEVINE / NEWSCOM / SIPA)

     

    Par ailleurs, sur le plan de l'action politique, "compte tenu de la situation de l'époque, marquée par la domination écrasante des Etats-Unis, il y avait beaucoup moins d'acteurs dans le jeu qu'aujourd'hui". Et la chercheuse de résumer :

     

    Moins d'acteurs politiques, moins d'acteurs économiques, une seule sorte d'industrie concernée avec une certaine gamme de produits, un coupable identifié, des images fortes... En fait, le problème était beaucoup plus simple que ce que nous connaissons avec le réchaufffement climatique.

    Sophie Godin-Beekmann

    à franceinfo

    Et le monde de 2017 n'est plus celui de 1987. "Le fait qu'un président comme Donald Trump soit capable de dire que son pays ne fera rien et que ce que dit la communauté scientifique est faux, c'est quelque chose qui n'aurait pas été imaginable dans les années 80", estime Sophie-Godin Beekmann. Aujourd'hui, la parole du scientifique sur le réchauffement climatique est difficilement audible. "Les gens peinent à discerner le vrai du faux. (...) Par ailleurs, nous vivons dans un monde où les lobbys sont très importants. Aujourd'hui, on a l'impression que les Etats ont beaucoup moins de pouvoir par rapport à des industriels puissants", relève Sophie Godin-Beekmann.

     

     

    Une bombe aérosol contenant du CFC (image d\'illustration). 
    Une bombe aérosol contenant du CFC (image d'illustration).  (VIDAL / ISOPRESS / SIPA)

     

    Signataire de la tribune publiée lundi, la scientifique pense pourtant que tout espoir n'est pas perdu. La lutte contre le réchauffement climatique "bénéficie à tous et il faut insister sur ce discours positif afin que les citoyens réalisent qu'il faut agir", estime-t-elle, en soulignant que la pression citoyenne peut faire avancer le politique et transformer l'accord de Paris signé en 2015 en un texte aussi décisif que le protocole de Montréal. Pour le moment, on est encore loin du compte.  

  • Perturbateurs endocrinens (3)

    Perturbateurs endocriniens, les poisons de notre quotidien

     

    Florence Bauchard / Chef de rubrique Les Echos Week-End | 

    image: https://www.lesechos.fr/medias/2017/11/10/2128865_perturbateurs-endocriniens-les-poisons-de-notre-quotidien-web-tete-030845058095_1000x300.jpg

     

     

     

    QUELQUES CONSEILS DE PRÉVENTION

     

    Rincez à l'eau claire et épluchez les fruits et légumes pour éviter les pesticides. Et privilégiez si possible les produits de l'agricuture biologique.

     

    Réduisez la consommation d'aliments transformés et conditionnés pour limiter les risques d'ingérer des plastifiants et des additifs.

     

    Jetez les poêles et casseroles au revêtement antiadhésif abîmé, ou mieux, optez pour la fonte ou la céramique.

     

    Optez pour une bouilloire en inox plutôt qu'en plastique.

     

    Préférez les emballages en verre, en inox ou en céramique pour conserver les aliments, plutôt qu'en plastique.

     

    Evitez de réchauffer les aliments au micro-ondes dans du plastique recouvert de film étirable. Utilisez plutôt un récipient en verre recouvert d'une assiette en céramique ou en verre.

     

    Utilisez des produits ménagers bio ou traditionnels comme le vinaigre blanc ou le bicarbonate de soude.

     

    Lavez-vous les mains à l'eau et au savon plutôt qu'avec un gel hydroalcoolique.

     

    Eteignez les appareils électriques la nuit car ils contiennent des retardateurs de flamme pour éviter les accidents.

     

    Traitez vos plantes avec modération et n'oubliez pas les recettes de grand-mère.

    Perturbateurs endocriniens, les poisons de notre quotidien ©VOISIN/PHANIE

    Largement médiatisés, les perturbateurs endocriniens sont incriminés dans l'explosion du diabète, de l'obésité, de l'autisme et d'autres troubles du comportement. Face à l'urgence sanitaire, le Parlement européen pousse Bruxelles à prendre ses responsabilités.

    Mercredi 4 octobre. Barbara Demeneix arbore un sourire triomphal dans son bureau du Jardin des Plantes, à Paris, baigné par un soleil laiteux d'arrière-saison. Les eurodéputés viennent de donner raison à cette biologiste renommée du Muséum d'histoire naturelle qui dénonce depuis des années les dangers des perturbateurs endocriniens. Benoît Hamon en avait fait l'un de ses thèmes clés lors de la dernière campagne présidentielle. Depuis, le sujet ne cesse de défrayer la chronique, en témoigne le documentaire « Demain, tous crétins  ? » diffusé samedi 11 novembre sur Arte.

    À une large majorité, le Parlement a retoqué le 4 octobre la définition trop « laxiste » qu'en avait proposée la Commission européenne trois mois plus tôt. Barbara Demeneix s'en réjouit, qui dénonce depuis des années ces « cocktails toxiques » pour le développement du cerveau, la reproduction et le métabolisme (1). Face à l'explosion des cas de diabète et d'obésité, l'OMS tire elle aussi la sonnette d'alarme. À elles seules, les maladies causées par les perturbateurs endocriniens, cancers mis à part, représenteraient 157 milliards d'euros par an dans l'Union ! Des chiffres à faire frémir, sans commune mesure avec les dépenses liées aux tristes affaires de l'amiante ou du sang contaminé. De nature très variée, ces perturbateurs essentiellement synthétiques se retrouvent aussi bien dans les traitements contre les insectes et les mauvaises herbes que dans les cosmétiques, les emballages alimentaires, les ustensiles de cuisine, le mobilier, les peintures et les jouets.

    Dès sa publication, le 4 juillet, cette définition des perturbateurs endocriniens - très attendue pour appliquer la nouvelle réglementation européenne sur les pesticides - avait suscité l'ire des scientifiques. Trois sociétés savantes - la société d'endocrinologie française, son pendant européen et la société des pédiatres endocrinologues - avaient envoyé une lettre aux parlementaires pour dénoncer un texte « insatisfaisant », raconte la volubile Barbara Demeneix sous le portrait du célèbre médecin physiologiste Claude Bernard. Le niveau de preuves à rassembler pour démontrer la nocivité de ces substances était en outre « trop élevé », ajoute avec un léger accent « british » la scientifique qui a quitté son Angleterre natale pour une carrière internationale. Pire encore, la Commission exemptait certains pesticides alors qu'ils étaient précisément conçus pour interférer avec le système endocrinien des insectes visés. « Une initiative contre-productive car susceptible de retarder l'identification de certaines substances comme perturbateurs endocriniens », estime Rémy Slama, épidémiologiste à l'Inserm de Grenoble et président du conseil scientifique du Programme national de recherche sur les perturbateurs endocriniens.

     

     

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    LE DÉBAT PUBLIC PREND DE L'AMPLEUR

    image: https://www.lesechos.fr/medias/2017/11/10/2128865_perturbateurs-endocriniens-les-poisons-de-notre-quotidien-web-tete-030850713098.jpg

    Les pommes figurent parmi les fruits les plus contaminés ©hidesy/istock

    De quoi irriter non seulement les parlementaires, mais aussi les ONG et les scientifiques, qui y ont vu une concession accordée à l'Allemagne, la première puissance chimique européenne, pour gagner son adhésion au texte. Ce faisant, « la Commission a outrepassé ses droits », affirme avec conviction la députée Europe Ecologie Michèle Rivasi dans les vastes bureaux parisiens de l'antenne du Parlement, boulevard Saint-Germain. Une brèche dans laquelle l'institution européenne, garante des intérêts des citoyens, s'est engouffrée avec le succès que l'on sait, auprès des sensibilités de gauche comme de droite. Rachida Dati, eurodéputée pour l'Île-de-France sous l'étiquette des Républicains, a soutenu l'initiative des socialistes et des Verts. Depuis la naissance de sa fille, l'ancienne ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy est beaucoup plus réceptive à ces problématiques particulièrement préoccupantes pour les femmes enceintes et les jeunes enfants, constate avec plaisir Michèle Rivasi, que sa formation de biologiste a sensibilisée de longue date aux questions de santé.

    Longtemps confiné au milieu scientifique, le sujet est aujourd'hui largement politisé et médiatisé, voire exploité par le business. C'est particulièrement vrai en France, où Benoît Hamon avait réussi à faire prononcer en « prime time » cette appellation indigeste par David Pujadas, l'ancien présentateur vedette de France 2. Depuis, les publications d'ouvrages plus ou moins grand public sur la question se multiplient. La référence aux perturbateurs endocriniens - et au souci de les éviter - est aujourd'hui devenue quasiment un argument marketing. Et pas seulement pour l'édition. Salveco l'a bien compris. Ce petit fabricant vosgien de nettoyants ménagers l'utilise pour vanter, a contrario, les vertus de ses produits fabriqués à partir de dérivés d'acide lactique et non de pétrole. Quant au laboratoire grassois Officinea, il a lancé depuis un an l'application Clean Beauty pour débusquer les perturbateurs présents dans les cosmétiques à partir d'une simple photo de la liste de leurs ingrédients.

    La pédagogie en la matière est plus que nécessaire. Après tout, l'identification des perturbateurs endocriniens est récente. Elle remonte à un quart de siècle, même si les premiers clignotants se sont allumés dès les années 1960. Plastifiants, émulsifiants, rigidifiants, filtres anti-UV, conservateurs, retardateurs de flamme : ces produits élaborés par l'industrie chimique pour la cosmétique, l'hygiène et le mobilier se sont avérés, dans certains cas, de véritables poisons à retardement. Mais la science peine encore à cerner précisément leurs mécanismes d'action et l'étendue de leur impact sur la santé. Même si, étude après étude, leur implication présumée dans différentes maladies se précise, n'en déplaise à leurs fabricants.

    L'Américaine Theo Colborn est la première à avoir théorisé le sujet. Invitée à se pencher sur les problèmes environnementaux des grands lacs entre les Etats-Unis et le Canada, cette multidiplômée (toxicologie, biologie, épidémiologie, etc.) constate avec effarement la multiplication de malformations congénitales chez de jeunes rapaces et des poissons. À l'origine de ces troubles, non pas des cancers mais des dérèglements hormonaux. En 1991, Theo Colborn et John Peterson Myers, un biologiste diplômé de Berkeley, invitent une trentaine de scientifiques - anthropologues, zoologues, physiologues, ornithologues, etc. - à confronter leur expérience sur le sujet dans le centre de conférence de Wingspread, à Racine, une petite ville au nord de Chicago. Le rapprochement est établi entre ces dérèglements et les polluants chimiques tels que le PCB - utilisé comme isolant dans les transformateurs électriques avant d'être interdit - ou l'insecticide DDT, banni en 1972. La déclaration rédigée à l'issue de la conférence constitue un véritable pavé dans la mare. Un an plus tard, Theo Colborn regroupe ces poisons sous le sceau d'« endocrine disruptors », que les Français traduisent par « perturbateurs endocriniens ». Pas très grand public ! En 1996, toujours avec John Peterson Myers, la scientifique publie un ouvrage de vulgarisation qui se dévore comme un policier : Our Stolen Future (« L'homme en voie de disparition ? » en français). En signant sa préface, Al Gore lui donne un sérieux coup de pouce. Trois ans plus tard, il est déjà traduit en seize langues. Le livre va susciter des débats au Congrès et le lancement d'un programme de recherche par l'Agence américaine de l'environnement (EPA). Jusqu'à sa mort, en 2014, Theo Colborn ne cessera d'oeuvrer pour sensibiliser la communauté scientifique, les politiques et l'opinion publique à la portée du phénomène, prêtant son assistance à l'EPA et au WWF.

    image: https://www.lesechos.fr/medias/2017/11/10/2128865_perturbateurs-endocriniens-les-poisons-de-notre-quotidien-web-tete-030850725853.jpg

    Du triclosan dans le dentifrice, des parabens dans les cosmétiques... la salle de bains est aux premières loges ©Michael Cogliantry/gettyimages

    UNE NOCIVITÉ ACCRUE À PETITES DOSES

    Vingt-cinq ans après l'appel de Wingspread, la prise de conscience a bien progressé, mais la réglementation reste très permissive. Pourquoi ? Les freins sont autant techniques qu'économiques ou politiques. Première difficulté : contrairement aux substances cancérigènes, le mécanisme d'action des perturbateurs endocriniens ne semble pas répondre au principe selon lequel « c'est la dose qui fait le poison » posé par le savant suisse Paracelse, père fondateur de la toxicologie, au xvie siècle. Ce serait même l'inverse : à petites quantités, les effets seraient encore plus délétères. Un véritable changement de paradigme. Les personnes les plus vulnérables ? Les enfants et les femmes en âge de procréer. Pour le foetus, tout dépendra de l'exposition de sa mère avant la conception et pendant la grossesse. Mais ces substances compromettent aussi la santé des adultes et leur capacité à se reproduire. S'ils n'altèrent ou ne détruisent pas directement les cellules, les perturbateurs miment si bien les hormones naturelles qu'ils font « ouvrir la porte à n'importe qui », expliquent Marine Jobert et François Veillerette, auteurs d'un livre très synthétique sur cette « menace invisible » (2). Et nuisent à la bonne marche du corps.

    L'impact cumulé des substances toxiques et le fait que les petites quantités soient plus nocives que les grandes rendent l'étude de ces molécules passablement compliquée. Il faut mettre au point des tests d'évaluation pertinents et mener des études sur longue période pour apprécier leur impact intergénérationnel. Beaucoup de travaux ont été conduits sur les animaux, moins sur l'homme. Et la transposition n'est pas évidente. Pour Patrick Lévy, médecin-conseil de l'Union des industries chimiques (UIC), la puissante organisation professionnelle française, « il y a encore des débats scientifiques importants sur la transposition de l'animal à l'homme. Les scientifiques sont encore loin d'avoir trouvé un consensus sur ce sujet. Cela nécessite des approfondissements au niveau national et européen. » Evidemment, l'industrie et les responsables politiques ne sont pas prêts à remettre en cause tout un pan d'activité économique sans certitude d'une urgence sanitaire. « La société doit mettre davantage de moyens sur la recherche toxicologique et épidémiologique pour disposer de tests efficaces et identifier rapidement les perturbateurs endocriniens les plus dangereux », rétorque Rémy Slama (3), qui étudie actuellement l'impact de bisphénols - dont le fameux A - sur la santé de 480 familles.

    L'EUROPE SE DIVISE

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    Présents dans les pesticides, les perturbateurs endocriniens finissent dans nos assiettes ©imageBROKER/ hemis.fr

    Les financements sont insuffisants et pas forcément pérennes. Il n'empêche, l'arsenal scientifique progresse. Parmi les nouveaux outils à disposition, Barbara Demeneix a mis au point une technologie de têtards fluorescents étonnante. Au sein de son laboratoire d'évolution des régulations endocriniennes, rue Cuvier, la Flamande qu'elle emploie comme thésarde manie régulièrement ces têtards pour mesurer l'impact de cocktails de différents polluants chimiques sur leur thyroïde. « L'avantage, c'est que la glande des têtards est très proche de celle de l'homme », explique la jeune femme en plaçant une boîte de Petri avec un microtêtard de 2 mm sous un microscope connecté à un ordinateur. À l'écran, l'image de son crâne disproportionné vert fluo est saisissante. « La fluorescence varie en fonction de la concentration du cocktail chimique », ajoute-t-elle. Aujourd'hui, la start-up Watchfrog commercialise sous licence cette technologie. Les progrès vont se poursuivre. D'ailleurs, pas une quinzaine ne s'écoule sans une nouvelle publication sur le sujet.

    Industriels comme politiques sont sous pression pour agir. La sanction parlementaire pousse la Commission à revoir sa copie. Et vite. Vytenis Andriukaitis, le commissaire à la Santé, est en première ligne. Non seulement le Parlement dispose du soutien de l'opinion, mais d'un point de vue technique, la Commission a déjà quatre ans de retard par rapport à l'échéance prévue du 13 décembre 2013. L'exécutif bruxellois s'est déjà fait rappeler à l'ordre en 2015 par la Cour de justice européenne. Celle-ci avait été saisie par la Suède et la France notamment, irritées de son inaction face à cet enjeu de santé publique. Mais, comme pour l'élaboration laborieuse du fameux règlement Reach sur les produits chimiques, destiné à mieux protéger l'environnement et la santé, ou la réhomologation actuellement très controversée du glyphosate, l'herbicide le plus vendu au monde, l'Europe se divise. D'un côté, l'Allemagne, la Grande-Bretagne et la France, avec une industrie chimique encore importante, sont tiraillées entre intérêts économiques et protection des consommateurs. De l'autre, le nord de l'Europe, historiquement plus soucieux du bien-être de sa population, où certains produits considérés comme « suspects » ont d'ores et déjà été unilatéralement proscrits. C'est le cas de quatre phtalates couramment utilisés dans des nappes en plastique ou des rideaux de douche que le Danemark a interdits depuis 2012. Le gouvernement danois édite également depuis 2006 un guide de prévention gratuit à l'intention des femmes enceintes.

    Côté industrie, les entreprises réclament une clarification du cadre réglementaire - un impératif compte tenu du coût et du temps nécessaires au développement de nouvelles molécules (dix ans environ). Elles sont d'autant plus inquiètes que chaque pays européen est libre de prendre ses propres initiatives, à l'instar de la France qui interdit le bisphénol A dans les conditionnements alimentaires depuis deux ans. Cette interdiction, qui ne vaut que dans l'Hexagone, oblige les fabricants de canettes à produire selon deux méthodes, en fonction du marché final. En coulisses, les poids lourds du secteur - probablement celui qui dépense le plus en lobbying en Europe - sont à la manoeuvre pour limiter tout resserrement des contraintes légales et retarder le processus. « Comme l'industrie du tabac il y a quelques années, ils cherchent à discréditer le consensus scientifique », affirme Stéphane Horel, auteure d'Intoxication, un livre remarqué sur le lobbying industriel. Les entreprises ne peuvent toutefois plus ignorer les pressions sociétales. L'UIC vient ainsi de créer un site d'information grand public. Même si l'adresse, www.perturbateurendocrinien.fr, est très neutre, «c'est un relais subtil de ses thèses», aux yeux de François Veillerette.

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    Des têtards fluorescents : c'est la technique mise au point par la biologiste Barbara Demeneix pour étudier l'impact des cocktails de polluants ©Laboratoire Watchfrog

    SUR LE TERRAIN, LES INITIATIVES FLEURISSENT

    À Sophia Antipolis, le groupe Bayer, qui s'apprête à fusionner avec Monsanto, a accepté de nous ouvrir les portes de son site mondial chargé des études de sécurité sur ses produits phytosanitaires. « C'est la première fois que nous recevons un média », explique Rémi Bars, directeur scientifique en toxicologie du site. Dans les quatre étages de ce bâtiment aux grandes baies vitrées noyé dans la pinède de la « Silicon Valley » à la française, plus d'une centaine de spécialistes testent sur des rongeurs, poissons-zèbres et autres animaux les futurs blockbusters de Bayer. « On travaille plus étroitement avec nos chimistes à l'aide de tests précoces pour évaluer en amont la sécurité de nos produits et anticiper, autant que possible, les résultats des études réglementaires », explique ce vétéran passionné de toxicologie, qui a rejoint l'ex-champion français de la chimie Rhône-Poulenc après ses études de pharmacie. Peu sexy à l'époque, la toxicologie est aujourd'hui une discipline très recherchée avec la montée des préoccupations environnementales. « Il n'y a pas de molécule naturelle ou chimique qui ne soit pas toxique dans certaines conditions », observe Rémi Bars.

    Le feuilleton est loin d'être terminé. Si l'Europe accouche d'une législation sur les perturbateurs endocriniens, « elle sera la première dans le monde », a rappelé l'eurodéputée Françoise Grossetête le 3 octobre en défendant la proposition de la Commission. Avec une portée allant bien au-delà des pesticides puisqu'elle doit s'appliquer à terme à l'ensemble des produits chimiques. Sur le terrain, les initiatives fleurissent déjà. Avec un effort particulier auprès des populations les plus à risque de la part des médecins. À l'hôpital Archet de Nice, l'endocrinologue et gynécologue Patrick Fénichel recommande un minimum de précautions au cours de la grossesse. Bien laver les fruits et légumes, qu'on choisira plutôt bio, éviter les cosmétiques, ne pas chauffer des aliments dans des contenants en plastique, ne pas peindre la chambre du bébé juste avant l'accouchement... Les villes se mobilisent également. Organisée à Paris le 10 octobre à l'initiative de Réseau Environnement Santé - une vingtaine d'associations -, la première réunion des villes sans perturbateurs endocriniens a attiré plus de 200 personnes, dont des représentants de villes étrangères comme Madrid. Les expériences de crèche et de maternité sans perturbateurs endocriniens présentées respectivement par Limoges et Lille en ont séduit plus d'un.

    Pour l'instant moins volontariste que sa prédécesseuse Ségolène Royal - si ce n'est dans son combat contre le glyphosate - Nicolas Hulot espère bien mettre les bouchées doubles en 2018. Réduire l'exposition aux perturbateurs et aux nanomatériaux, réviser Reach, monter un fonds pour mener des études complémentaires sur des produits controversés : le ministre de la Transition écologique et solidaire ne manque pas d'idées. La rumeur laisse entendre, pour d'autres raisons, qu'il pourrait abréger son mandat. Pourtant, cinq ans n'y suffiraient sans doute pas...

     

     

    CINQ SCIENTIFIQUES ENGAGÉS

     

    Theo Colborn :Après avoir élevé ses quatre enfants, cette Américaine s'est consacrée à la reconnaissance des risques pour la santé humaine et animale des polluants chimiques, qu'elle a été la première à nommer « perturbateurs endocriniens » (« endocrine disruptors ») en 1992. 

     

    Andreas Kortenkamp :Installé en Grande-Bretagne depuis sa thèse, ce scientifique né en Allemagne a été le premier à identifier les effets cocktails des perturbateurs endocriniens. Il a même réalisé un rapport sur le sujet pour la Commission européenne en 2012.

     

    André Cicolella :Le président du Réseau Environnement Santé a joué un rôle actif dans l'interdiction du bisphénol A dans les biberons - une initiative française ensuite suivie par Bruxelles. 

     

    Barbara Demeneix :Cette biologiste du Muséum d'histoire naturelle a mis au point une technologie innovante pour étudier l'impact des cocktails de perturbateurs sur le cerveau, dont elle dénonce régulièrement les effets auprès des politiques, des industriels et de l'opinion publique. 

     

    Rémy Slama :Ce polytechnicien, directeur de recherche à l'Inserm de Grenoble depuis une douzaine d'années, préside le Programme national de recherche sur les perturbateurs endocriniens. Il mène actuellement une vaste étude sur les effets du bisphénol A sur 480 familles. 

     

     

     

    CHIFFRE CLÉ

     

    157 milliards d'euros Le montant annuel estimé des dépenses de soins et pertes de revenus potentiels liées aux perturbateurs endocriniens pour l'Union européenne.

     

     

     


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  • Hyperactivité et alimentation

    VOICI CE QU’IL SE PASSE QUAND ON ENLÈVE LES ADDITIFS DE L’ALIMENTATION DES ENFANTS !

    Par Lerebelle -

    Article blog enfants hyperactifs les additifs 768x501

     

      

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    Dans l’école publique de Nana Glen, un petit village Australien, une expérience est menée : Durant deux semaines, les enfants de cette école vont manger des aliments ne contenant pas d’additifs alimentaires.

    Sensibles aux troubles comportementaux des enfants en classe, la direction de Nana Glen, une petite école publique dans un village australien, et Sue Dengate spécialiste en nutrition et troubles du comportement, décident de mettre au régime leurs élèves pendant deux semaines pour en étudier l’impact sur leur santé et leur comportement.

    Durant quinze jours, les enfants de cette école ne mangent aucune nourriture enrichie d’additifs.

    Unhealthy food: popped wheat seeds with lots of food additive chemicals

    Le résultat est surprenant: davantage d’élèves concentrés, moins de punitions et de retenues, des élèves victimes de leur agressivité et de leur mauvais caractère se pacifient et renouent des liens avec leurs camarades de classe.

    Outre les colorants, évidents dans les boissons et les sucreries préférées des enfants, les additifs se trouvent dans un nombre incalculable d’aliments: surgelés, plats préparés, conserves, farines, sucre édulcoré à l’aspartame, sauces dans les hamburgers en restauration rapide,…toute nourriture industrielle semble comporter les dangers liés aux additifs.
    Deux semaines de diète sans cette nourriture, remplacée par des repas bios, rigoureusement contrôlés, entraînent des changements surprenants chez les enfants les plus touchés par les additifs.
    Même les allergies semblent allégées suite à cette rigueur alimentaire.