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  • Résilience locale

    http://www.institutmomentum.org/breves/visages-de-la-resilience/

    Petit traité de résilience locale

     

     

    Dans les années à venir, nous devrons faire face aux impacts du réchauffement climatique, à la dégradation accélérée de notre environnement, et à la raréfaction des ressources qui maintiennent notre civilisation en vie, trois bouleversements qui vont s’accompagner de profonds changements sociétaux.

    Désormais, il s’agit de s’y préparer, car il est possible qu’il soit trop tard pour infléchir les trajectoires. Comment ? En développant notre résilience, cette capacité des êtres et des systèmes socio-écologiques à absorber les chocs et à se transformer.

    Mot d’ordre du mouvement des villes en transition, mobilisateur pour certains, synonyme de résignation pour d’autres, la résilience a plusieurs facettes. Elle s’adresse aux individus, aux collectivités et aux élus locaux qui se trouvent en première ligne pour maintenir les fondamentaux de notre société – santé, alimentation, transport, ressources vitales, énergie, habitat.

    Loin de prôner le repli sur soi, les stratégies de résilience encouragent le partage, la coopération, l’autonomie créatrice et l’imagination de tous les acteurs locaux. Les auteurs nous offrent une boussole qui pourrait bien s’avérer utile pour traverser ce siècle sans chavirer.

    Agnès Sinaï est fondatrice en de l’Institut Momentum, journaliste indépendante (Le Monde diplomatiqueLa Revue durable,Actu-environnement) et auteure. Raphaël Stevens est chercheur indépendant, formateur, auteur, spécialisé en résilience des systèmes socio-écologiques. Hugo Carton est ingénieur centralien, diplômé de Sciences Po. Pablo Servigne est ingénieur agronome et docteur en biologie. Il est chercheur indépendant, formateur, auteur et conférencier. Tous sont chercheurs associés à l’Institut Momentum.

    Editions Charles Léopold Mayer, septembre 2015

    110 pages, 9 €

     


    Philippe Bihouix : Inventer un monde de post-croissance

     

    Entretien paru dans Libération le 1er août 2017

     

    A l’occasion du jour du dépassement de l’empreinte écologique terrestre, le 1er août, Libération a interrogé Philippe Bihouix, membre de l’Institut Momentum, sur les voies d’un autre système économique et social.

     

    Le jour du dépassement arrive chaque année un peu plus tôt. N’a-t-on pas déjà atteint un point de non-retour ?

    Le point de non-retour a déjà été franchi dans plusieurs domaines. Le problème, c’est que nous ne mesurons pas l’ampleur de la catastrophe. C’est le syndrome du décalage du point de référence (ou shifting baselines), théorisé par le biologiste Daniel Pauly. Nous échouons à transmettre d’une génération à l’autre la dégradation de notre environnement, la perte de biodiversité. Mon fils s’extasie quand il voit une grenouille, grenouille que je pouvais encore disséquer en cours de science naturelle, quand mon père, lui, en voyait des centaines. La dégradation de la planète peut encore s’accentuer, via l’exploitation des ressources. Nous pouvons continuer à aller chercher du pétrole, du gaz naturel ou des minerais, moins concentrés et moins accessibles, avec des rendements inférieurs et des conséquences environnementales accrues. La question subsidiaire étant : peut-on inverser la vapeur ? La bonne nouvelle, c’est que nous avons une forte capacité d’adaptation et d’innovation. Mais comment orienter cette incroyable capacité à inventer dans le bon sens et à la bonne vitesse ?

    Les innovations et la haute technologie peuvent-elles nous sauver ?

    Il y a de nombreuses promesses technologiques. Le problème, c’est que le numérique nous a donné l’impression que les hautes technologies pouvaient nous sauver. Or, nous ne pouvons pas réaliser dans le monde physique les progrès phénoménaux que nous avons connus avec le numérique. Nous nous heurtons d’abord à la question des ressources non renouvelables, de certains métaux comme le néodyme pour les éoliennes ou le lithium dans les voitures électriques. Et puis il y a une seconde contrainte, celle liée à la vitesse de généralisation. On espère ainsi que toute nouvelle technologie va pouvoir être déployée à l’échelle planétaire sur une période de dix ou vingt ans, de la même manière que les réseaux internet. Là encore, c’est un très mauvais calcul. On peut rajouter un macrosystème technique sur un autre, en installant par exemple des antennes pour créer un réseau internet sur un réseau électrique et de transport déjà existant. Et ça fonctionne. Mais quand il s’agit de remplacer un macrosystème par un autre, par exemple de remplacer le moteur thermique par un électrique, on se heurte là à la capacité industrielle de déploiement du réseau énergétique nécessaire.

    L’économie collaborative paraît être une bonne solution pour diminuer notre consommation…

    Oui, mais elle produit un effet pervers appelé « l’effet rebond ». Si trois passagers relient Paris à Strasbourg en covoiturage par exemple, on est tenté de dire que l’on divise par trois la quantité consommée de carburant. Mais dans cette voiture, il y a qui ? Un étudiant qui a saisi l’opportunité de faire Paris-Strasbourg pour aller voir un copain et qui n’aurait pas forcément fait le trajet si le service n’avait pas existé. On a une autre personne qui aurait pris le train mais a préféré la voiture parce que c’était moins cher et c’est difficile de lui en vouloir. Le chauffeur, lui, fait Paris-Strasbourg plus souvent parce que la contribution économique des deux autres lui permet de payer le péage et le carburant. A l’échelle du pays, la consommation de carburant ne baisse pas.

    Finalement, sans sobriété, il n’existe pas de solution technologique ?

    La croissance n’est plus possible. Elle ne reviendra pas à la hauteur des fantasmes de nos dirigeants. Et elle n’est pas souhaitable, puisqu’on ne sait pas à la fois diviser nos émissions de gaz à effet de serre par quatre et faire de la croissance. La décroissance, ce n’est pas la caricature de l’inverse de la croissance. Mais une volonté de décroître en termes de consommation d’énergie, de matières premières et de production de déchets. D’inventer un autre système économique, social, fiscal, culturel, un monde de post-croissance de plein-emploi, plutôt que continuer à croire au miracle de l’ouragan schumpetérien de la destruction créatrice – alors que toujours plus de gens perdent leur travail.

    Comment faire ?

    Il n’y a pas d’un côté le décroissant qui fait ses confitures et son compost, et de l’autre l’espoir d’une organisation mondiale de l’environnement. Entre les deux, il y a une gamme incroyable d’actions possibles, au niveau territorial et surtout national, qui permettraient de donner une vraie impulsion à une réelle transition énergétique et écologique.

    Comment expliquer le manque d’actions malgré l’urgence ?

    On est dans l’injonction contradictoire permanente, dans la dissonance cognitive : d’un côté les mauvaises annonces sur la dégradation de l’état de la planète ; de l’autre des annonces de solutions miracles. Nos dirigeants sont dans une rivalité mimétique – Nantes a un «fablab», Rennes veut le sien – et tentent toujours les vieilles recettes néokeynésiennes : les grands travaux et la relance de la consommation créent les emplois. Cela a bien fonctionné pendant les Trente Glorieuses. Mais désormais la consommation de produits manufacturés ailleurs crée moins d’emplois. Reste alors la politique de grands travaux : il faut faire des aéroports, des LGV, etc. Cela donne des éléphants blancs, qui sont des aberrations dans la forêt économique et environnementale.

    Entretien paru dans Libération le 1er août 2017. Propos recueillis par Estelle Pattée.

    Philippe Bihouix est ingénieur et auteur de L’Age des low tech, vers une civilisation techniquement soutenable, aux éditions du Seuil.

    Lien vers l’interview

     

    Auteur: Philippe Bihouix

     

  • Black out électrique

    J'aime bien dans l'écriture d'un roman la phase de recherches d'informations... Pour l'écriture de "Là-Haut", j'avais rencontré des médecins spécialisés dans les prothèses et je m'étais entretenu avec des personnes amputées qui m’avaient expliqué la problématique de la rééducation sur le plan physique mais surtout dans la dimension psychologique. Une grande leçon...

    Quand je décide d'écrire un roman, il est essentiel pour moi d'être au plus près de la réalité. Pour "Là-Haut", je tenais absolument à être crédible et à ne pas raconter n'importe quoi sur la situation des personnes amputées. C'est d'ailleurs ce qui m'a fait le plus plaisir lorsque le roman a été sélectionné par l'association handisport pour le prix littéraire.

    Je me souviens d'un guide de hautes montagnes qui après la lecture de "Noirceur des cimes" m'avait demandé à quelle date j'avais gravi le K2 par la "magic line" et je lui avais répondu que je n'y étais jamais allé. Il avait du mal à le croire tellement il avait été plongé dans la description de l'ascension. Il reconnaissait les passages qu'il avait franchis et ne s’expliquait pas la "qualité descriptive" pour quelqu'un qui n'y était jamais allé :) Ça, pour moi, c'est le plus beau compliment.
     

    Pour le roman en cours, je travaille donc à lire et à compiler divers documents, articles, études scientifiques, documentaires vidéos... Je lis, je lis, je lis...Et je découvre, effaré, l'extrême dépendance des sociétés "modernes" à l'électricité et au pétrole. Et les études qui étudient l'impact d'un dysfonctionnement dans l'exploitation de ces deux piliers de nos sociétés sont absolument sidérantes... La méconnaissance des populations face à de tels enjeux relèvent d'ailleurs du principe des œillères... 
    "Regardons droit devant et avançons tous ensemble. D'ailleurs, si tout le monde marche dans la même direction, c'est nécessairement la bonne..." 

    Un responsable des pompiers en Corse expliquait que seule la conscience du risque pouvait conduire à des anticipations salvatrices.
    Je le pense également.
    Mais dans le domaine de la dépendance énergétique, on est très loin de la vérité. 
    Ce document, issu de l'administration suisse, explique quelque peu les effets d'un "black out", (arrêt de l'alimentation électrique). 
    Achetez des bougies et creusez un puits...
    Autonomie de 2 à 4 heures d'eau potable pour la ville de Genève en cas de "black out"....
    ......"arrêts des stations de filtration/pompage d’eau potable et d’eau usée (pollution des rivières), et arrêt plus
    ou moins rapide de la distribution de l’eau (ex. 2 à 4 heures pour Genève), selon l’existence ou non de
    réservoirs à gravitation et de leurs capacités....."......... 
    Et en France ?.... Malgré des heures à chercher des informations, je ne trouve rien, aucune étude détaillée....Et ça n'a rien de rassurant. J'ai pourtant trouvé des études dans d'autres pays : Italie, Equateur, Colombie, Canada, USA (suite à l'ouragan Katrina), Japon (suite au tremblement de terre et au tsunami qui a détruit entre autre Fukushima) etc etc...

    C'est d'ailleurs étrange de ne trouver des études qu'après des périodes critiques... Ici, en France, j'ai un peu l'impression que tout le monde imagine que nous sommes protégés des Dieux et si les gens pensent que l'Etat a un pouvoir divin et sauvera tout le monde, c'est juste risible....


    https://www.strom.ch/fileadmin/user_upload/Dokumente_Bilder_neu/010_Downloads/Basiswissen-Dokumente/29_Blackout_electrique_fr.pdf

    Blackout électrique

    Document connaissances de base, état: novembre 2015

    1. Synthèse Le blackout est une panne d’électricité de grande envergure touchant un très grand nombre de personnes. Il n’y a jamais eu de blackout total en Suisse. Pourtant, c’est un risque que les autorités fédérales et la branche électrique ne doivent pas sous-estimer. Histoire d’anticiper à temps les mesures à prendre. Les conséquences négatives y relatives, directes et indirectes, peuvent parfois être dramatiques. D’une manière générale, les causes directes d’un blackout sont celles engendrant une rupture d’équilibre entre la consommation et la production d’électricité par manque de production (perte/insuffisance) ou manque de capacité de transport (surcharge), avec des problèmes de synchronisme (production), d’écroulements de fréquence ou de tension. Leurs origines peuvent être regroupées dans différentes caté- gories, comme : ‒ des accidents/incidents (par ex. court-circuites provoqués par une tempête, négligences, malveillances, attentats, etc.) ‒ des aléas météorologiques (coups de foudre, tempêtes, gel, inondations, etc.) ‒ des déclenchements ou défaillances d’équipements (lignes, centrales, automatismes de protection, etc.) ‒ des erreurs humaines (concepts de sécurité inadéquats, prévisions de charge erronées, manque de communication ou de coordination, manque d’expérience, fausses manœuvres, etc.) Les risques particuliers de blackouts liés à la production et aux réseaux peuvent être un manque de production régionale, un manque d'investissement dans le domaine des réseaux électriques, la volatilité de certaines productions décentralisées d'énergie renouvelable ou des blackouts externes. Sur le plan financier, on peut estimer au minimum entre 2 à 4 milliards de CHF par jour le coût d’un blackout total de la Suisse, sans prendre en compte des dédommagements de divers préjudices immatériels ou indirects.

    2. Historique et principales pannes en Suisse Depuis l'interconnexion des réseaux exploités en très haute tension de la Suisse avec la France et l’Allemagne survenue en 1958 à Laufenburg, la Suisse n'a plus connue de panne généralisée d'approvisionnement ou de blackout. Les pannes les plus importantes ont concerné la région zurichoise (un 24 décembre dans les années 1960) et l'arc lémanique en 2005. Suite à la panne zurichoise, un programme de construction de centrales au fioul avait été mis en place. Seule la centrale de Chavalon a été réalisée. Les autres centrales prévues ont été remplacées par la construction des centrales nucléaires de Beznau et Mühleberg. 2/6

    3. Impact d'un blackout Les exercices de simulation de panne généralisée de l'approvisionnement mettent en évidence une durée minimale d'un blackout de 4 à 8 heures. Ces durées courtes ne peuvent être atteintes que si l'on dispose d'une source de fréquence et de tension d'un pays voisin (interconnexion). Dans le cas contraire, il faut pré- voir un temps de reconstitution de la fourniture (Black start) d'un jour au minimum, pour autant que de grandes centrales soient disponibles. Quelques scénarios montrent des durées pouvant atteindre 2 à 3 jours. L’électricité est le vecteur d’énergie le plus pratique et le plus répandu dans les sociétés modernes. Elle est donc un bien de consommation de première nécessité. De ce fait, les conséquences économiques, sociales et humaines d’un blackout peuvent être extrêmement nombreuses et graves, et sont étroitement liées au degré d’évolution, de technicité et d’urbanisation du pays ou de la région. Elles sont en grande partie immé- diates, mais elles entraînent aussi diverses répercussions qui s’aggravent avec le temps.

    On peut citer notamment comme exemples de conséquences :

    ‒ extinction des éclairages (routes, tunnels, bâtiments, caves, voies publiques, etc.)

    ‒ arrêts des systèmes de télécommunication (après 2h pour les portables et 4h pour les téléphones fixes) et des systèmes informatiques (blocage des processus y relatifs, pertes de données, etc.)

    ‒ arrêts des automates et régulations diverses, arrêt des systèmes de protection et sécurité pour les personnes, objets et processus (ex. alarmes incendie, antivols, etc.), avec notamment des risques d’incendie accrus

    ‒ arrêts des feux de circulation (bouchons, accidents, blocage des ambulances, etc.),

    ‒ arrêts des ascenseurs (personnes bloquées dans les ascenseurs, problèmes pour accéder aux étages élevés particulièrement pour les personnes âgées ou handicapées ou avec des enfants en bas âge ou autres)

    ‒ arrêts de toutes sortes de machines électriques et de la quasi-totalité des entreprises, sociétés, commerces et services publics (arrêts ou détériorations de processus divers: productions, expériences scientifiques, élevages intensifs, transactions commerciales, bancomats, etc.),

    ‒ arrêts des stations de filtration/pompage d’eau potable et d’eau usée (pollution des rivières), et arrêt plus ou moins rapide de la distribution de l’eau (ex. 2 à 4 heures pour Genève), selon l’existence ou non de réservoirs à gravitation et de leurs capacités

    ‒ arrêts des trams et trolleybus, des stations d’essence, des gares et des trains, des aéroports, etc.

    ‒ soins impossibles ou service minimum dans les homes pour personnes âgées (hygiène, climatisations, repas chauds, dialyses, etc.),

    ‒ arrêts des systèmes de chauffage (y compris chaudières à combustibles fossiles et autres applications) ou de réfrigération / refroidissement (dégradation et pertes au niveau des aliments, médicaments et autres produits ou processus) etc.

    Mais les conséquences d’un blackout ne se limitent pas à sa durée technique. Il peut y avoir des effets à moyen et long terme, notamment aux niveaux mécanique, physique, chimique, financier, physiologique et psychique. 3/6

    Quelques grands blackouts internationaux ‒ novembre 1965, USA et Canada, avec 25 millions de personnes affectées ; ‒ juillet 1977, USA (New York), avec 7.5 millions de personnes affectées ; ‒ décembre 1978, France, avec 45 millions de personnes affectées ; ‒ mars 1989, Canada (Québec), avec 6 millions de personnes affectées ; ‒ décembre 1995, USA (Oregon), avec 2 millions de personnes affectées ; ‒ décembre 1999, France, avec 3.4 millions de personnes affectées ; ‒ janvier 2001, Inde (New Dehli), avec 200 millions de personnes affectées ; ‒ juin 2003, Italie, avec 6 millions de personnes affectées ; ‒ août 2003, USA/Canada, avec 30 à 50 millions de personnes affectées ; ‒ septembre 2003, Italie, avec 56 millions de personnes affectées ; ‒ septembre 2003, Suède et Danemark, avec 4 millions de personnes affectées ; ‒ novembre 2004, Espagne, avec 2 millions de personnes affectées ; ‒ mai 2005, Russie (Moscou), avec 2 millions de personnes affectées ; ‒ novembre 2006, Allemagne et Nord-Ouest Europe, avec 10 millions de personnes affectées ; ‒ février 2008, USA (Floride), avec 6 millions de personnes affectées.

    4. Evaluation des coûts d'un blackout en Suisse Les coûts d'un blackout sont extrêmement difficiles à calculer et dépendent de multiples facteurs. On a pu néanmoins estimer des ordres de grandeurs selon diverses méthodes donnant des résultats souvent comparables et permettant ainsi de valider la plausibilité d’une fourchette minimum de coûts. Prenons le coût du blackout de New York en 2003 et ramenons-le à une journée. Actualisé pour 2011 et extrapolé à la population suisse. Cela donne 5 à 6 milliards de CHF par jour. L’OFEN a mené en 2008 une enquête auprès de 200 entreprises suisses – échantillon non garanti repré- sentatif – en leur demandant d’évaluer leurs pertes financières en cas de coupure de courant. En extrapolant la valeur moyenne horaire à une journée de travail et à l’ensemble des 300'000 entreprises suisses existantes, on obtient le coût d’un blackout de 3 à 7 milliards de CHF par jour. Les valeurs annuelles du PIB et des salaires suisses ramenées à un jour de travail permettent d’établir facilement une image des ordres de grandeur minimum de base en jeu : ‒ PIB d’un jour d’œuvre: 2,4 milliards de CHF. ‒ Salaire d'un jour d’œuvre: 1,3 milliards de CHF. Sur cette base, le coût minimum d'un blackout en Suisse peut être estimé entre 2 à 4 milliards de CHF par jour. En outre, diverses conséquences immatérielles ou indirectes d'une telle interruption de la fourniture d'électricité n’ont pas été prises en considération et devraient être encore rajoutées. 4/6

    5. Manque de production romande Une production régionale ou nationale insuffisante conduit à des transports de l'énergie électrique sur de plus longues distances, ce qui charge de plus grandes portions de lignes et réduit en conséquence leurs capacités. Les marges de sécurité d’exploitation sont ainsi réduites entraînant une augmentation des risques de congestions et de blackouts par déclenchements en cascade. Au niveau suisse, la région nord-ouest, y compris l'arc lémanique, est fortement concernée par ce risque, notamment en cas d’indisponibilité d’une grande centrale de la région. D’une manière générale, ce risque est à surveiller de très près suite au projet d’abandon progressif de la production nucléaire et des capacités limitées des réseaux THT (voir ci-dessous). Il faut également tenir compte des difficultés générales pour construire de nouvelles centrales (délais divers et oppositions).

    6. Peu d'investissements Les réseaux THT actuels sont relativement anciens et surtout, en partie, proches de leurs capacités maximum, car ils n'ont pas pu être adaptés à l'accroissement constant de la demande d’électricité par manque d'autorisation de construire (oppositions systématiques). En Suisse, le déficit d’investissement atteint aujourd’hui quelque 6 milliards de CHF. Les surcharges des lignes qui en résulteront peuvent conduire à des déclenchements en cascades et ainsi au blackout. L’ouverture des marchés de l’électricité et les besoins de transits internationaux accroissent encore le problème. Les très fortes variations de production liées à un recours massif aux productions instables telles que l’éolien ou le photovoltaïque, et l'absence de moyens de production aptes à compenser localement leur intermittence, peuvent conduire à des flux de puissance oscillants imprévus qui, par défaillance de puissance ou surcharge de lignes, peuvent provoquer des délestages ou des déclenchements en cascade conduisant à un blackout. Tous les risques précités concernent également bon nombre de pays voisins et pourraient à l’avenir augmenter les risques de blackout en Europe, réduisant ainsi la sécurité partielle apportée par l’interconnexion des réseaux européens (UCTE) et augmentant les risques de propagation de blackout d’un pays à l’autre. Dans ce contexte, il serait prudent que la Suisse conserve une capacité de production suffisante (puissance et énergie) lui permettant de pouvoir fonctionner en autonomie le cas échéant.

    7. Développement 2035 / 2050 Compte tenu de la vétusté grandissante et du dimensionnement limite de certaines lignes de transport THT, de l’accroissement continuel de la consommation d’électricité, de la volonté ou de la nécessité d’augmenter les transactions et échanges internationaux d’énergie électrique, des difficultés pour réaliser de nouvelles lignes de transport, des projets d’abandon du nucléaire en Suisse et dans d’autres pays, du développement croissant des productions décentralisées instables (éolien, photovoltaïque, etc.), du manque d’intérêts des investisseurs et des délais nécessaires pour construire de nouvelles lignes et centrales électriques, etc. les risques de blackouts deviennent croissants et il devient de plus en plus urgent de prendre des mesures pour les réduire. 5/6

    L'évolution des coûts et risques de blackouts peut être influencée, directement et indirectement par de nombreux facteurs, tant au niveau suisse, qu'au niveau européen, voir mondial. Certains points sont difficilement prévisibles, comme par exemple: les crises financières ou économiques, les conflits internationaux, l'avènement de nouvelles technologies, les orientations concrètes des différentes facettes de la politique énergé- tique et des paramètres les influençant Néanmoins, si l'on prend l'hypothèse relativement raisonnable que les coûts d'un blackout augmentent approximativement dans les mêmes proportions que le PIB, soit environ +30% pour 2035 et +50% pour 2050, alors l'estimation du coût d'un blackout suisse passerait de 2-4 milliards de CHF par jour actuellement à 3 à 6 milliards de CHF par jour pour 2050. Au niveau de l'évolution des risques, il est objectivement impossible de faire une prévision fiable pour 2035 / 2050. Mais logiquement, les risques devraient augmenter à court et moyen terme, compte tenu des projets de réduction / d’abandon du nucléaire, de l'évolution (probablement) croissante de la consommation de l'électricité, compte tenu des diverses inerties liées aux coûts, au manque de prise de conscience des risques et des délais importants pour construire de nouvelles centrales et renforcer les réseaux de transports."

  • La déconsommation

    Miracle : les Français seraient entrés dans l'ère de la "déconsommation"

     

    par  | 

     

    Les Français seraient de plus en plus sobres dans leurs achats de produits de grande consommation. Un véritable choix plus qu'une crise du pouvoir d'achat. Certains observateurs s'inquiètent, mais nous on se réjouit. 

    CAPTAIN FANTASTIC

    (© Mars Distribution)

    Le 12 janvier, Les Échos signaient un article intitulé "La France sur le chemin de la déconsommation", qui analyse les chiffres de la consommation des ménages français en montrant que la consommation de masse était de moins en moins plébiscitée. Selon l'étude, les grandes surfaces comme les supers et les hypers ont moins la cote, et plusieurs produits alimentaires et du quotidien dits "de grande consommation" ne font plus l'unanimité. C'est le cas en particulier de la viande rouge, du lait, des sodas, des surgelés, ou encore de certains produits d'hygiène et de beauté.

    Une observation qui pourrait de prime abord être un mauvais signe et refléter une crise économique affectant le pouvoir d'achat ou l'augmentation de la précarité. Sauf que selon les indications de l'Insee, la croissance a pourtant été d'environ 1,3 % en 2016 et la consommation elle-même a crû de 1,6 %. Autrement dit, la consommation tient la route depuis la crise financière mais la consommation de masse commence à décroître. Ainsi, les experts commencent à parler d'un début de mouvement de "déconsommmation" pour certaines catégories de produits et évoquent même l'ère de "l'éconologie" : l'économie de l'écologie.

    Les "millenials hipsters" consommeraient autrement

    Plusieurs facteurs entrent en compte : en premier lieu, le food bashing du lait et de la viande rouge (d'ailleurs les fléxitariens représentent désormais 25 % de la population), mais aussi un désir de plus de naturel. Les millenials et les hipsters seraient des catégories au premier plan de cette déconsommation. C'est en tous cas ce qu'affirme Gaëlle Le Floch, directrice des études stratégiques chez le panéliste Kantar Worldpanel :

    "Le marché de l'hygiène-beauté est confronté à un enjeu de volume avec des acheteurs moins fréquents. Ses produits sont de moins en moins prioritaires pour les Français, qui vont vers moins de sophistication, plus de naturel [...] Des femmes qui ont les cheveux plus longs et les lavent moins souvent ou encore la tendance hipster chez les millenials avec des garçons qui se rasent moins..."

    De là à nous accuser d'être sales, il n'y a qu'un pas mais passons. La jeune génération ne ferait plus des produits de beauté et d'hygiène sa priorité. Le naturel avant tout comme étendard d'authenticité et de sobriété, plutôt que la sophistication comme gage de superficialité et de dépenses inutiles. En gros, nous réalisons doucement, après avoir grandi baignés dans la publicité, qu'un seul savon suffit pour être propre et qu'en posséder cinquante pour différentes parties du corps ne serait qu'une invention du marketing pour nous encourager à consommer plus.

    Du coup, nous devrions nous réjouir de consommer "utile", au lieu d'acheter bêtement par réflexe en répondant à l'injonction de la société de consommation de masse. Ainsi, nous avons été un peu surpris par BFM TV qui relaye l'information sous ce titre : "Pourquoi la France emprunte l'inquiétant chemin de la déconsommation". Si le contenu de l'article reste pourtant factuel, on peut s’interroger sur l'usage du mot "inquiétant" qui, du coup, fait un peu peur pour rien. Comme si cette rupture de la consommation était dramatique, alors que les experts évoquent justement une évolution sociétale plus qu'un problème économique.

    L'ère grimpante de l'éconologie

    Cette situation inédite se situe donc en rupture par rapport aux habitudes de consommation des Français ces dix dernières années. Les Échos notent ainsi que nous faisons une part de plus en plus belle au bio et au local, quitte à dépenser plus pour consommer mieux :

    "[Ils] mangent mieux, et achètent donc des produits plus chers. C'est le bio, les produits locaux issus des PME. Les produits de distribution dits alternatifs, comme les petites épiceries ou les marchés en plein air progressent aussi."

    "On gaspille moins, on privilégie la qualité", résume le quotidien. Tous ces éléments réunis conduisent les experts à parler d'une nouvelle tendance : l'éconologie, c'est-à-dire le mariage de l'écologie et de l'économie. Autrement dit, vivre dans une société plus écologique n'est pas un renoncement à toute forme de consommation, mais serait plutôt une façon plus réfléchie et durable de consommer. Et bonne nouvelle : consommer moins mais mieux ne revient donc pas forcément plus cher que de consommer en masse des produits au rabais. Espérons que le XXIe siècle voie grandir cette tendance sociétale, qui reflète aussi bien une philosophie de vie qu'une forme d'engagement au-delà des formes traditionnelles de politisation.

    À lire -> Docu : le minimalisme, consommer moins pour vivre mieux

  • L'observation de soi.

    J'imagine un peu que la tournure prise par ce blog depuis quelques mois a fini par déplaire au vu de la baisse de fréquence des visiteurs.

    Il est clair que les articles ne sont plus les mêmes. J'écrivais beaucoup plus d'articles personnels il y a quelques années. J'aurais pourtant beaucoup à écrire sur moi...J'ai passé trois ans à refuser d'appliquer la Réforme des rythmes scolaires et j'en ai beaucoup parlé ici.

    Pendant les deux premières années, j'ai vu mon corps fabriquer diverses pathologies avec une vitesse inquiétante. Certaines de ces pathologies ne disparaîtront plus. Je suis déjà bien content quand elles se sont stabilisées. Pour les autres, celles qui évoluent encore, je ne sais pas où on va...

    J'ai donc eu "tout à loisir" et encore aujourd'hui d'étudier l'impact des pensées sur l'organisme. Il est clair que la somatisation est d'une puissance redoutable. Le fait, par exemple, que ma vésicule biliaire soit désormais totalement hors service, s'explique, dans la médecine chinoise, par "une colère immense qui ne peut être libérée..."

    La dépression est un vaste chantier intérieur qui ne concerne pas que la dimension psychologique mais bien aussi la dimension corporelle, organique, viscérale...Les émotions sont des rayons de soleil ou des poisons. Et le corps dépérit s'il est abandonné par l'esprit, trop préoccupé par des éléments extérieurs, pour penser à son convoyeur...

    Je pourrais donc écrire de longs articles mais tout cela ne concerne que ma petite personne et les problèmes de la planète sont d'une autre ampleur. 

    Il est clair, au regard des milliers de pages lues ou de films et documentaires visionnés, que mes projections sur l'avenir proche ne sont pas des plus plaisantes. Il est clair également que mon engagement actuel dans des voies de décroissance, de survivalisme, de transition, d'anticipation, de préparation, ne concerne pas que moi mais que j'oeuvre à ma mesure à la protection de mes proches et plus largement à celle de l'humanité. En cherchant par tous les moyens à m'extraire d'une société consumériste et immature et en appliquant consciencieusement mes valeurs, je peux dire que j'agis pour le bien de la planète et donc de l'humanité.

    Voilà ce qui m'importe.

    Autant je suis fondamentalement solitaire, autant j'ai un attachement viscéral aux enfants. Je dis bien : aux enfants. J'ai beaucoup plus de mal avec le monde adulte.

    Les articles, depuis quelques mois, tournent donc principalement autour de problèmes planétaires mais qui concernent chaque individu. Il s'agit pour moi de définir les problèmes, de les identifier, de les présenter et si possible, de proposer un début de solution ou au moins une réflexion personnelle. C'est à dire que le plus important à mes yeux est d'interpeller les lecteurs et lectrices pour susciter une analyse personnelle.

    Que chacun en vienne à s'observer dans ses propres comportements. Puisque seule, cette attitude, contient les germes d'une évolution positive.

     


     

     

     

     

  • "Tout va s'effondrer...Alors, préparons la suite"

    « Tout va s’effondrer. Alors... préparons la suite »

     

    7 mai 2015 / Entretien avec Pablo Servigne 
     

      

       
     

    «<small class="fine"> </small>Tout va s'effondrer. Alors... préparons la suite<small class="fine"> </small>»

    Le pic pétrolier, le climat qui se dérègle, la biodiversité qui disparaît… Les scientifiques nous bombardent de nouvelles alarmistes, mais que faire ? Prenons-les enfin au sérieux, préconise Pablo Servigne, co-auteur de « Comment tout peut s’effondrer ». Mais pas de panique : même si le chemin n’est pas facile, il faut l’accepter, pour commencer à préparer le monde d’après.

    Sur quels faits vous appuyez-vous pour affirmer que l’effondrement est possible ?

    Nous avons rassemblé un faisceau de preuves qui viennent des publications scientifiques. Les plus évidentes sont liées au fait que notre civilisation est basée à la fois sur les énergies fossiles et sur le système-dette.

    Le pic de pétrole conventionnel a eu lieu en 2006-2007, on est entrés dans la phase où l’on exploite le pétrole non conventionnel : sables bitumineux, gaz de schiste, pétroles de schiste, etc. Déjà, c’est un signe qui ne trompe pas.

    Ensuite, il y a un siècle, on investissait un baril de pétrole et on en retirait cent. On avait quatre-vingt-dix-neuf barils de surplus, on nageait dans le pétrole. Un siècle après, ce taux de retour est descendu à dix ou vingt, et cette diminution s’accélère. Or, en-dessous d’un certain seuil, entre quinze et vingt, c’est dangereux pour une civilisation. Pour fonctionner, notre société a besoin de toujours plus d’énergie. Or il y en a toujours moins. Donc à un moment, il y a un effet ciseaux.

    En même temps, pour fonctionner, notre société a besoin de toujours plus de croissance. Pendant les Trente glorieuses, les deux-tiers de notre croissance faramineuse venaient des énergies fossiles. Sans énergies fossiles il n’y a plus de croissance. Donc toutes les dettes ne seront jamais remboursées, et c’est tout notre système économique qui va s’effondrer comme un château de cartes.

    Dans ce schéma, quelle place a la crise écologique ?

    Dans notre livre, on prend la métaphore de la voiture. Il y a la question du réservoir d’essence : à un moment il sera vide. C’est ce que je viens d’expliquer. Et il y a un autre problème : la voiture va de plus en plus vite et sort de la route. La science s’est rendue compte que le climat s’est emballé, que la biodiversité s’effondre littéralement. On dépasse des seuils qu’il ne faudrait pas dépasser sous peine de déstabiliser les écosystèmes qui nous maintiennent en vie. La voiture risque de se prendre des arbres. Si on va au bout, certaines études montrent que l’on peut vraiment éliminer presque toute vie sur Terre. On en est à ce point là.

    Pablo Servigne

    Donc la crise écologique est beaucoup plus grave que les crises économiques. Certaines civilisations anciennes se sont effondrées économiquement et politiquement. Quelques siècles après, ça renaît. Et puis il y a des civilisations qui se sont effondrées pour des cause écologiques. L’effondrement de l’environnement provoque l’effondrement de la civilisation. Là, en revanche, la civilisation ne repart pas parce que le milieu est épuisé, mort.

    Parmi toutes ces catastrophes, quelle est celle qui risque de déclencher les autres ?

    Ce qui est important, pour l’étincelle qui déclenchera les autres, c’est la rapidité. Et là, c’est le système financier qui est le plus fragile. Les effondrements financiers sont très rapides, même s’ils sont moins graves. Le problème, c’est qu’ils peuvent déclencher un effondrement économique, donc du commerce physique, qui peut déclencher un effondrement politique, et plus tard un effondrement des institutions sociales, de la foi en l’humanité, de la culture, etc.

    On utilise plutôt les mots « crise » ou « catastrophe » : pourquoi avoir choisi de parler d’« effondrement » ?

    On a quand même utilisé les mots catastrophe et crise. Catastrophe, on l’aime bien parce qu’il est provocateur. En fait nous sommes devenus catastrophistes. Cela ne veut pas dire qu’on souhaite les catastrophes ou qu’on arrête de lutter contre. Cela veut juste dire qu’on est lucides et qu’on les accepte.

    Le mot crise, lui, ne convient pas parce qu’il sous-entend que l’on peut revenir à l’état de normalité qu’on avait avant la crise. Or ce n’est pas le cas. Donc parler de crise est un abus de langage, même si on l’a quand même un peu utilisé dans le livre.

    Effondrement est un mot qui nous plaît bien parce qu’il est très large. Il permet d’être aussi bien du côté de la raison, de parler des rapports scientifiques, que de toucher l’imaginaire. Quand on parle d’effondrement, les gens voient Mel Gibson avec un fusil à pompe, ou des films de zombies. Mais il y a beaucoup d’autres choses qui peuvent émerger. Donc notre travail, c’est de donner chair à ce mot d’effondrement. D’arriver à décrire ce à quoi il pourrait correspondre dans notre société, pour la génération présente, en-dehors des mythes hollywoodiens.

    Et cela permet aussi de se rendre compte que c’est un processus.

    Oui. Dans notre imaginaire, on a la notion d’apocalypse. Du jour au lendemain, il n’y a plus rien et c’est la barbarie. En fait non. Quand on parle d’effondrement, on parle aussi bien d’une catastrophe financière qui arrive en quelques heures, que d’une catastrophe climatique qui arrive en quelques décennies voire en quelques siècles. Toutes les grandes civilisations qui se sont effondrées ont mis des dizaines voire des centaines d’années à le faire.

    Si ça s’effondre, qu’est-ce qui s’effondre exactement ?

    On a creusé cette question en partant de ce qui était vulnérable. Aujourd’hui dans nos sociétés, on a une économie, des lignes d’approvisionnement, un système financier, des structures de flux – tout ce qui est système alimentaire, système d’approvisionnement en eau, système médical. Tout cela est devenu extrêmement fragile parce que complexe, inter-connecté. Donc ce qui va s’effondrer, c’est tout ce qui dépend des énergies fossiles. Cela inclut les énergies renouvelables et le nucléaire, car pour les fabriquer, il faut des énergies fossiles. Quand on se rend compte que quasiment toute notre nourriture dépend du pétrole, qu’est-ce qu’on va manger ? Ce qui va s’effondrer est absolument gigantesque.

    Des maisons au Hameau des buis

    Une autre manière de répondre est que plus un pays est riche et industrialisé, et hors sol, plus il va tomber de haut. Aux périphéries, cela va être beaucoup moins grave et il va y avoir des jeunes pousses qui vont pouvoir relancer une civilisation. Par exemple, pendant la crise des subprimes de 2008, il y a eu trente-cinq pays qui sont entrés en émeutes de la faim, juste à cause d’une fluctuation des matières premières. Au Mozambique, ils n’étaient pas connectés au système mondial économique, et ils n’ont pas subi cette crise.

    Est-il possible d’éviter cet effondrement ?

    Non, c’est un des grands messages du livre. L’éviter voudrait dire qu’on continue notre trajectoire de croissance. Or non seulement ce n’est plus possible (on l’a montré avec la fin des énergies fossiles), mais si on continue de croître, le réchauffement climatique et la destruction de la biodiversité provoqueront un effondrement de notre civilisation. L’autre voie pour éviter un effondrement serait de bâtir une économie qui n’ait pas besoin de croissance. Mais sans croissance, la civilisation industrielle actuelle s’effondre. Donc de tous les côtés, ça s’effondre. On est cernés.

    La posture du livre est de l’accepter. Il y a un effondrement, d’accord, on respire. On apprend à gérer sa raison, à gérer ses émotions, à gérer son rapport avec les autres, avec l’avenir. J’ai dû renoncer à des rêves que j’avais pour moi, mais j’ai dû renoncer à des rêves que j’avais pour mes enfants. C’est très douloureux. Une piste de sortie, c’est que l’effondrement peut être vu comme une opportunité incroyable d’aller vers quelque chose qu’on peut commencer à construire dès maintenant.

    Est-ce qu’on le saura, quand l’effondrement arrivera ?

    Vous connaissez la fable de la grenouille ? Quand on met une grenouille dans l’eau bouillante, elle saute. Quand on la met dans l’eau froide et qu’on fait peu à peu monter la température, elle reste jusqu’à en mourir parce qu’elle ne se rend pas compte que l’eau devient bouillante… Notre intuition est que peut-être, en Grèce, en Espagne, en Syrie, l’effondrement a déjà commencé. Nous, on n’est pas encore touchés parce qu’on est riches.

    Comment êtes-vous arrivé à concentrer vos recherches sur l’effondrement ?

    Un spécialiste du pic pétrolier, dans un colloque, a un jour parlé de ce qu’il appelle des « Oh my God points » [des points « oh mon Dieu » - NDLR]. Ce n’est pas un choc de la tête, c’est un choc du ventre et du cœur et après, plus rien n’est pareil.

    Mon premier, c’était le pic pétrolier. J’ai vu un documentaire sur comment Cuba a survécu au pic pétrolier, et ça m’a tellement bouleversé que j’y suis allé pendant deux mois. Un autre grand « Oh my god point » est ma rencontre avec Dennis Meadows, le co-auteur du rapport du club de Rome [Rapport sur les limites de la croissance, 1972 - NDLR]. Son message est clair : il est trop tard pour le développement durable, il faut se préparer au choc, et construire des petits systèmes résilients parce que l’effondrement est là. Cela fait quarante ans qu’il dit cela, personne ne l’écoute. Le rapport prévoit un effondrement pour le début du 21e siècle et c’est ce qu’on est en train de vivre.

    Pourtant, la grande majorité des gens ne voient pas l’effondrement.

    Ils sont dans le déni, parce que c’est trop violent.

    Après plein de gens savent. C’est le grand problème de notre époque : on sait mais on ne croit pas. Les mythes sont toujours plus forts que les faits. Notre mythe, c’est la croissance infinie, la techno-science qui domine la nature. Si on trouve un fait qui ne colle pas avec ces mythes, on le déforme pour le faire rentrer. On dit qu’on trouvera de nouvelles énergies, par exemple.

    C’est pour cela qu’avec ce livre on est sur le terrain de l’imaginaire, qui est beaucoup plus fort que les faits, et structure la manière de donner sens au monde. On dit que l’utopie a changé de sens : les utopistes sont aujourd’hui ceux qui croient qu’on peut encore continuer comme avant.

    Accepter l’effondrement, c’est comme accepter la mort d’un proche. Il faut dépasser les phases du deuil : le déni, le marchandage, la colère, la tristesse et l’acceptation. Beaucoup de gens sont encore dans le déni, mais il y en a aussi dans la tristesse, dans la colère. Et il y en a qui sont dans la joie, parce qu’ils sont déjà dans l’acceptation.

    A la fin de l’année se déroulera une grande conférence sur le climat à Paris. N’est-ce pas la preuve que nos élites politiques ne nient plus l’effondrement et cherchent des solutions ?

    Non, je pense que les politiques n’y croient pas. C’est bien que des gens se mettent autour de la table pour parler de climat, cela a au moins une vertu pédagogique. Mais parler de solutions, c’est tordu. Cela laisse la porte ouverte à tous les techno-béats qui sont là à trépigner avec la géo-ingénierie. Et cela empêche de se rendre compte que le changement climatique, même si tout s’arrête d’un coup, c’est déjà trop tard, il s’est emballé.

    Mais on peut limiter les dégâts, c’est pour cela que c’est bien de mener des négociations. Et surtout on doit le faire parce qu’aujourd’hui, il n’y a aucun grand conflit international. C’est le moment idéal pour des négociations.

    Que peut-on faire d’autre au niveau politique pour faire face à l’effondrement ?

    On est dans des paradoxes, car si quelqu’un au niveau politique commence à parler d’effondrement cela va créer une panique des marchés financiers, qui va provoquer l’auto-réalisation de l’effondrement. Il va provoquer ce qu’il voulait éviter.

    En revanche, on peut agir au niveau micro-politique. Avec l’effondrement, les macro-structures vont souffrir. On va retourner à des sociétés beaucoup plus locales. Le mouvement de la transition est en train de redonner du pouvoir aux gens au niveau municipal. C’est cette échelle qui permet de passer à l’action rapidement.

    Vous dites que pour décrire l’effondrement, les faits scientifiques ne suffisent pas. Il faut aussi avoir l’intuition qu’il arrive. Ceux qui portent des alternatives sont-ils ceux qui ont cette intuition ?

    Pour beaucoup, oui. Il y a des millions d’individus dans le monde qui sont déjà dans le monde post-pétrole, post-effondrement : le monde d’après.

    Le problème est que si on n’a pas encore mis les lunettes de la transition, on ne voit pas ces initiatives. On ne comprend pas pourquoi tel paysan a développé la traction animale. Or dans vingt ans, l’agriculture industrielle se sera effondrée et tout le monde sera à la traction animale.

    Il faut se mettre en transition, c’est une opportunité de changer le monde. Cela veut dire construire des « réseaux des temps difficiles ». C’est retrouver le lien aux autres, à la nature, avec nous-mêmes. C’est accepter l’interdépendance de tous les êtres. Quand une civilisation s’effondre, les bâtiments peuvent s’effondrer, il reste les liens humains.

    Les yourtes de l’école du Hameau des buis

    A quoi ressemblerait ce monde d’après, ce monde en transition ?

    Ce n’est pas à moi de répondre à cette question. Ce qu’on donne dans ce livre, ce sont des outils pour qu’avec votre imaginaire, vous forgiez votre monde d’après. Il sera différent d’un pays à l’autre, d’une personne à l’autre, c’est la mosaïque de l’effondrement. Je ne sais pas si on arrivera dans un grand sursaut collectif à en atténuer les effets, ou si on ira vers plus de guerres, de famines, de catastrophes. Mais je sais qu’il y a un grand chemin intérieur à faire, qu’on a déjà commencé et qu’on est nombreux.

    Ici nous sommes au Hameau des buis, une communauté installée dans la campagne ardéchoise. Avoir fait le choix d’habiter ici, est-ce une façon d’anticiper l’effondrement ?

    J’aimerais dire non, mais en fait je dois avouer qu’au fond de moi, j’ai fait cela pour quitter la ville parce que je sens qu’à ville, cela va être de plus en plus difficile. Un grand exode urbain a commencé. Plein de jeunes, de néoruraux, de « nimaculteurs » - non issus du monde agricole - y participent.

    Et la transition, comment l’amorcez-vous ici ?

    Ici, au Hameau des buis, on n’est pas du tout autonomes en énergie, en alimentation, etc. Quand je suis arrivé, j’ai fait ma conférence et cela a provoqué des « Oh my god points ». On a entamé des travaux pour être autonomes en eau et en alimentation. On se dit qu’il va falloir qu’on ait des chevaux pour se débrancher de la voiture.

    Pour moi, la transition c’est l’histoire d’un grand débranchement du système industriel. Se débrancher avant qu’il ne s’effondre et nous emporte avec. Car pour l’instant, si tout s’effondre on est mort : je ne sais pas vivre sans voiture et sans supermarché.

    - Propos recueillis par Marie Astier


    - Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Ed. Le Seuil, 304 p., 19 €


     


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    Source et photos : Marie Astier pour Reporterre

  • Mystification de la "croissance verte".

    « La “croissance verte” est une mystification absolue »

    16 juin 2015 / Entretien avec Philippe Bihouix 

      

       
     

    «<small class="fine"> </small>La “croissance verte” est une mystification absolue<small class="fine"> </small>»

    Auteur de L’âge des Low Tech. Vers une civilisation techniquement soutenable, l’ingénieur Philippe Bihouix alerte sur l’épuisement croissant des ressources de métaux. Et souligne que, en raison de leur besoin de métaux rares, les énergies nouvelles ne sont pas la panacée : une énergie illimitée et propre est un mythe, il faut... économiser, recycler, relocaliser. Un entretien énergisant.


    Reporterre - Cinq ans après la sortie de votre livre Quel futur pour les métaux ?, votre diagnostic reste-t-il d’actualité ?

    Philippe Bihouix - Mon diagnostic concernant la raréfaction des métaux reste vrai. Il ne peut pas changer, parce que la partie accessible et exploitable des ressources minérales et métalliques est limitée. Ces ressources peuvent être très importantes mais elles sont finies, comme peuvent l’être les ressources d’énergie fossile – pétrole, charbon, gaz – non renouvelables, ou les ressources forestières, halieutiques, et autres, si on les exploite à une vitesse excédant leur taux de renouvellement. Avec une quantité de ressources finie, un pic de production, suivi d’une baisse, est incontournable. C’est mathématique. Comme il y a un pic pétrolier, il y aura un pic énergétique puis, comme production d’énergie et exploitation des ressources sont liées, il y aura au final un pic de tout.

    Cela semble inadmissible pour certains, qui s’accrochent au fait que l’énergie solaire incidente est plusieurs milliers de fois supérieure aux besoins énergétiques de l’humanité. Il n’y aurait donc qu’à développer les panneaux photovoltaïques, les centrales solaires à concentration, l’éolien et d’autres énergies renouvelables. Ce ne serait qu’une question de volonté politique, de moyens financiers à mobiliser, de lobbies pétroliers et nucléaires à combattre. Idem pour les métaux. Les géologues nous expliquent que les ressources métalliques sont abondantes, et s’ils reconnaissent que leur qualité et leur accessibilité est en baisse, c’est pour mieux proposer de nouvelles solutions techniques pour les exploiter. On a donc l’impression qu’il n’y a aucun problème.

    Or, il y a interaction entre la production énergétique et l’exploitation des ressources. Il faut toujours plus d’énergie pour exploiter des métaux de plus en plus difficiles à extraire : la teneur en métal des minerais tend à diminuer et les mines qui ouvrent aujourd’hui sont moins concentrées que celles qui ferment après épuisement... Il faut aussi toujours plus de métaux pour produire de l’énergie : il faut multiplier les puits pour exploiter le gaz de schiste, par exemple.

    Pour appréhender le problème, il est donc nécessaire, comme Dennis Meadows, un des auteurs du rapport au Club de Rome sur la croissance, l’a fait dans les années 1970, d’avoir une approche systémique de ces questions. Et pour moi, le système se tend de plus en plus : la cage à hamster énergético-géologique et minière tourne de plus en plus vite, avec une quantité toujours plus grande de matières et d’énergies englouties pour maintenir la production. Ce processus « extractiviste » devrait encore durer quelques décennies, malheureusement, avec des conséquences environnementales multipliées et aggravées.

    Pourquoi la demande mondiale en métaux explose-t-elle ?

    L’explosion, relativement récente, de la demande en métaux est due pour l’essentiel à deux phénomènes. D’une part, pour les « grands » métaux industriels (fer, aluminium, cuivre, zinc, plomb…), à l’industrialisation, à l’urbanisation et à la motorisation des pays émergents, Chine et Inde en particulier. D’autre part, pour les « petits » métaux de spécialité, à l’essor des nouvelles technologies. Il y a quarante ans, moins d’une trentaine de métaux étaient utilisés à l’échelle industrielle pour fabriquer les produits du quotidien. D’autres étaient également utilisés, mais en quantités moindres, dans des filières ultra-spécialisées, comme le nucléaire, l’armement, etc.

    Aujourd’hui, une soixantaine de métaux sont couramment exploités : le gallium est utilisé dans les diodes électroluminescentes (LED), l’indium dans les écrans plats, le cobalt dans les batteries au lithium, etc. En réalité, tous ces « nouveaux » métaux existaient auparavant, ce sont d’ailleurs souvent des sous-produits issus de l’exploitation industrielle des grands métaux historiques – l’indium est un sous-produit du zinc, le gallium de l’aluminium –, mais ils n’étaient pas raffinés, ou étaient considérés comme des impuretés.

    Aujourd’hui, l’industrie leur a trouvé des débouchés. Nous avons « électronicisé » nos vies, alors qu’auparavant nous étions essentiellement entourés d’appareils électriques, ce qui est très différent. Avec l’électronique, et ensuite la micro-informatique, sont apparus de nouveaux besoins et donc de nouvelles contraintes de production : les produits sont plus complexes, doivent être plus petits, plus légers, plus résistants, plus transportables, etc.

    Par exemple, il faut utiliser du tantale, assez rare, pour fabriquer des condensateurs plus petits qu’avec l’aluminium, qui est bien plus abondant. Le germanium, lui aussi sous-produit du zinc, est employé pour « doper » la conductivité des fibres optiques. On les retrouve également dans les énergies renouvelables : le néodyme, par exemple, qui présente des caractéristiques magnétiques par unité de poids intéressantes, est souvent préféré à d’autres métaux pour les aimants des générateurs d’éoliennes de forte puissance.

    Quand on étudie en profondeur le contenu des produits manufacturés, comme leur procédé de fabrication, il y a toujours, en bout de chaîne, l’exploitation de ressources minérales et métalliques, et tout particulièrement pour les télécoms et l’informatique. L’économie n’est jamais immatérielle.

    Que pensez-vous des énergies renouvelables et des technologies dites « vertes » ?

    Je ne suis pas contre les énergies renouvelables dans l’absolu. En revanche, je suis contre le mythe d’une énergie qui serait illimitée et propre. Les « technologies vertes » sont, elles aussi, consommatrices de ressources, font appel à des métaux plus rares, et sont en général moins bien recyclables. Dans les énergies renouvelables, on peut trouver le meilleur comme le pire. Les panneaux photovoltaïques au silicium – un métal qui compose 27 % de la croûte terrestre – sont a priori plus vertueux que les panneaux multicouches à haut rendement. Mais même un panneau au silicium contient d’autres métaux, comme du cuivre ou de l’argent pour les contacteurs, par exemple. Idem pour les éoliennes, dont le contenu métallique dépend de la conception, de la puissance, etc. Une solution consisterait à orienter la recherche scientifique en prenant en compte les ressources, plutôt que le seul rendement, physique ou économique.

    Mais le problème est plus profond. En France, par exemple, on développe un programme éolien offshore d’un côté, mais de l’autre on multiplie les panneaux publicitaires et les écrans plats énergivores, et on se réjouit du développement des big data et des centres de données ! En réalité, le développement des énergies renouvelables ne permet pas, et ne permettra pas, de maintenir notre niveau effarant de dépense énergétique et d’absorber la croissance continue de notre consommation matérielle.

    Il est insensé de croire que l’on peut réduire les émissions de gaz à effet de serre significativement sans réduire massivement notre consommation énergétique. De ce point de vue, la « croissance verte », qui élude la question de nos modes de vie, est une mystification absolue. Les chiffres le montrent aisément.

    Votre dernier livre portait sur les « low tech ». De quoi s’agit-il ?

    Cette expression est avant tout un pied-de-nez à la « high tech », au mirage des technologies salvatrices. Dans ce livre, je pose les questions fondamentales suivantes : pourquoi produit-on ? Que produit-on ? Et comment produit-on ? Mon propos est de dire que l’on pourrait d’ores et déjà produire moins sans que notre qualité de vie en pâtisse, bien au contraire. Par exemple, on pourrait supprimer le million de tonnes de prospectus publicitaires qui sont distribués chaque année. On pourrait étendre le rechapage des pneus à tous les véhicules, comme cela se fait déjà pour les avions et les camions. On pourrait rétablir la consigne pour les emballages et favoriser la vente en vrac. On pourrait progressivement limiter la vitesse maximale, brider les moteurs, interdire les voitures trop puissantes. La voiture « propre » n’existe pas, mais en attendant de tous enfourcher un vélo, la voiture à 1 litre au 100 km est à portée de main. Simplement, elle fait 500 kg et ne dépasse pas les 80 km/h, ce qui suffirait pour une large part des besoins de déplacement.

    En même temps, il faut pousser l’éco-conception au maximum. Il faut que les produits que l’on utilise tous les jours soient plus facilement réparables, réutilisables, modulaires, à plus longue durée de vie, constitués d’un seul matériau plutôt que de matériaux composites, etc. Il faut accepter d’avoir des produits un peu moins performants, légers, esthétiques.

    Enfin, la façon dont on produit ces biens est également cruciale. Aujourd’hui, l’organisation industrielle mondiale est telle que quelques usines fabriquent des quantités phénoménales de produits. La part du travail humain se réduit toujours plus, au profit de la mécanisation, des robots et bientôt des drones. Au contraire, il faut relocaliser une partie de cette production, retrouver l’échelle du territoire, des petites entreprises, des ateliers, de l’artisanat, d’un tissu industriel et commercial à l’échelle de l’Homme.

    Se pose alors inévitablement la question – épineuse mais inévitable – du protectionnisme et de l’échelle des territoires à protéger. Soyons là aussi réalistes : comment une industrie chimique locale, nationale ou même européenne, aux normes environnementales élevées et intégrant pleinement un coût du carbone, pourrait-elle résister à l’industrie des gaz de schiste américains, ou au gaz « gratuit » du Qatar ? Comment des élevages de taille moyenne pourraient-ils concurrencer la production brésilienne et les poulets trempés dans le chlore ? La logique du « consomm’acteur »ne suffira pas, il faut se donner les moyens réglementaires et normatifs de faire émerger et prospérer des solutions plus vertueuses.

    Comment la civilisation occidentale peut-elle devenir « techniquement soutenable » ?

    En travaillant sur la sobriété avant tout, et en déployant des solutions intelligentes en parallèle. Il est nécessaire de réduire notre consommation énergétique – et pas seulement électrique – de 75 à 80 %. On a également besoin de mettre en œuvre un mix pertinent d’énergies renouvelables décentralisées avec, par exemple, du solaire thermique pour l’eau chaude, une part de photovoltaïque, d’éolien, de micro-hydraulique et de biogaz.

    Il faut surtout que l’on accepte les contraintes d’une production énergétique intermittente pour renouer avec les rythmes de la nature, car sinon il faudra installer des surcapacités énormes, et le système de stockage qui va avec, et surtout les faire durer dans le temps. Compte tenu de la consommation de ressources non renouvelables, pour partie non recyclables, que cela engendrerait, un tel scénario industriel ne serait effectivement pas soutenable, et absolument pas généralisable au monde entier.

    L’économie circulaire a le vent en poupe. Qu’en pensez-vous ?

    L’économie circulaire me rappelle furieusement le développement durable. Comme lui, ça va faire « pschitt ! ». L’économie circulaire est un concept très vague, tellement vague que tout le monde s’y retrouve, à la fois les citoyens, les associations, les industriels, les multinationales, les politiques, etc. C’est pour cela que l’économie circulaire est à la mode : il n’y a pas de définition stabilisée, chacun y met ce qu’il y veut et on peut même y « recycler » quelques bon vieux concepts : écologie industrielle, économie de la fonctionnalité, économie du partage...

    Selon la définition de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), l’économie circulaire est un système économique qui vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources à tous les stades du cycle de vie des produits. Il s’agit de « faire plus avec moins ». C’est beau, mais utopique, car on ne sait pas découpler de manière absolue croissance du PIB et décroissance de la consommation matérielle et pollution.

    Philippe Bihouix

    Il faudrait plutôt « faire un peu moins avec beaucoup moins » ! Comme les taux de prélèvement des ressources naturelles et le volume d’émission des gaz à effet de serre atteignent des niveaux hallucinants, il faut plutôt écraser la pédale de frein le plus vite possible, mais le plus intelligemment possible, en essayant de maintenir l’essentiel de notre « confort ».

    Quelles sont, selon vous, les limites du recyclage ?

    Le recyclage présente trois limites, une mineure (à court terme) et deux majeures. La mineure, comme l’a justement perçu l’économiste Nicholas Georgescu-Roegen, c’est l’usure liée au deuxième principe de la thermodynamique : on ne recycle jamais à 100 %, il y a toujours des pertes.

    La première limite majeure, c’est l’existence des alliages. Les métaux ne sont pas utilisés dans leur forme pure, mais de petites quantités de métal sont généralement mélangées à un ou deux « grands » métaux : par exemple, dans l’acier pour améliorer ses qualités, mais aussi pour fabriquer des laitons, ou des alliages « high tech » en très petites quantités dans les appareils électroniques. Selon les mélanges, et en fonction des quantités, une partie de la ressource n’est pas récupérable en fin de vie. Souvent, les métaux non ferreux ou précieux sont physiquement récupérés, mais ils sont perdus fonctionnellement, il y a aussi une dégradation de l’usage : un acier recyclé ne retrouve pas son utilisation première et servira, par exemple, à fabriquer des ferraillages pour la construction.

    La seconde limite majeure au recyclage, c’est l’usage dispersif. Les métaux ne sont pas toujours utilisés sous forme métallique, ils le sont aussi beaucoup sous forme chimique. Le cas le plus emblématique, c’est le titane, qui est employé à 95 % comme colorant blanc universel, dans les cosmétiques, les plastiques, etc. Le cobalt, lui, sert à faire du bleu, le chrome du vert ou du jaune, etc. Un autre exemple : l’antimoine est intégré dans les produits électroniques comme retardateur de flammes. L’étain et le cuivre sont présents dans les peintures anti-algues pour les bateaux, etc. Or, il est quasiment impossible de récupérer tous ces métaux dispersés.

    Au final, les « grands » métaux industriels (comme l’aluminium, le cuivre, le nickel, etc.) sont recyclés au-delà de 50 % – et même jusqu’à 95 % au moins pour le plomb. Mais les métaux de spécialité, employés en très petites quantités ou dans des alliages – comme beaucoup de métaux utilisés dans l’électronique, ou les terres rares –, ont souvent des taux de recyclage qui se situent entre 1 et 10 %.

    Si la fuite en avant énergético-minière se poursuit, quelles pourraient en être les conséquences géopolitiques et socio-politiques ?

    Il faut regarder les choses en face, la situation va s’aggraver. Nos dirigeants font semblant d’appuyer sur le frein avec un discours lénifiant sur le développement durable, alors qu’ils appuient à fond sur l’accélérateur ! Il n’y a qu’à voir les appels à l’innovation, les subventions accordées, tous les projets qui sortent concernant les nanotechnologies, la biologie de synthèse, le numérique, les objets connectés, la robotique, etc. Tout le monde s’émerveille face à ces nouveautés, mais la voie que nous poursuivons est en réalité mortifère, tant du point de vue de la consommation de ressources et d’énergie que de la génération de déchets électroniques ingérables.

    Quelles en seront les conséquences ? Les tensions géopolitiques autour des ressources minières sont moins prégnantes que celles concernant les ressources énergétiques. Toutefois, un nationalisme minier émerge en Chine, en Australie, en Russie. La France devra sans doute entretenir dans les années à venir de bonnes relations avec ces pays, comme avec le Brésil, l’Afrique du Sud. Mais on n’est pas à l’abri de nouvelles périodes de tension, comme dans les années 2006 à 2008, quand le prix du pétrole a flambé et avec lui le prix des métaux.

    En France, de plus en plus de personnes ont conscience que les ressources mondiales sont limitées et qu’il faudra les partager au sein d’une population toujours plus nombreuse. D’un point de vue strictement socio-économique, cela ne peut mener qu’à une augmentation du prix de ces ressources, et donc à une inflation générale des prix, sans l’inflation équivalente des salaires et du pouvoir d’achat bien sûr, puisqu’en gros, il faudra payer toujours plus les matières premières essentiellement importées, alors que la concurrence de la main d’œuvre maintiendra la pression sur les revenus du travail.

    Si nous ne savons pas nous passer de ces ressources énergétiques et minières – par la sobriété et un recyclage meilleur –, il y aura une paupérisation, progressive mais inéluctable, de la population. A voir les clivages et les tensions qui traversent la société française, et le sentiment d’appauvrissement partagé par de plus en plus de personnes, nous en prenons effectivement le chemin, et tenter de maintenir le statu quo industriel et économique actuel promet de grandes frustrations et une instabilité politique accrue.

    - Propos recueillis par Anthony Laurent


     


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    Lire aussi : « Tout va s’effondrer. Alors... préparons la suite »


    Source : Anthony Laurent pour Reporterre

    Dessin : Félix Blondel pour Reporterre

    Photos : 
    . Portraits : © Lucas Mascarello pour Reporterre
    . Voiture : 
    Flickr (bertknot/CC)
    . Mine en Australie : 
    Wikipedia (CC)

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  • Elevage et déforestation

    Oui, je sais, encore un article qui met en avant le régime végétarien...Je sais que ça énerve parfois et que certains voient cela comme une atteinte à leur liberté... Pour ma part, ce qui est essentiel dans cette démarche, c'est qu'elle me permet d'agir à ma mesure et ne pas me contenter de lister les dégâts occasionnés par l'homme en simple observareur...Nous sommes les ouvriers du monde que nous désirons... Il faut donc analyser ses propres désirs, non pas à l'échelle individuelle mais universelle..."Qui est responsable ? Uniquement celui qui engendre les dégâts ou également celui qui y participe ?...

     


     

    L’élevage accentue l’effet de serre et la déforestation

     

    • L'élevage est responsable de 14,5 % des émissions de gaz à effet de serre
    • Et de 80 % de la déforestation en Amazonie
    • Le 5e rapport du GIEC recommande une diminution importante de la consommation de viande : suivre les recommandations de la Harvard Medical School serait aussi efficace que de diviser par deux le parc automobile mondial.
    • Un végétalien émet 2,5 fois moins de GES par son alimentation qu'un omnivore occidental

    icône viande.info représentant la faim dans le monde

    L’élevage émet plus de gaz à effet de serre que les transports

    En 2006, un rapport de la FAO, Livestock's long shadow, a révélé que l’élevage produisait une quantité importante de gaz à effet de serre (GES), environ 18 % des émissions d'origine humaine. Dans un rapport postérieur, Tackling climate change through livestock (FAO, 2013), des calculs fondés sur des données plus précises établissent à 14,5 % la contribution de l'élevage dans les émissions de gaz à effet de serre d'origine anthropique, dont 8,8 % pour les seuls bovins. C'est légèrement plus que les émissions directes du secteur des transports (IPCC, 2014).

    Les émissions de GES dans le monde.

    Livestock's Long Shadow

    Chiffres clés

    Le secteur de l'élevage produit 7,1 milliards de tonnes d'équivalent CO2, soit environ 1/7 de l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre.

    Ces émissions de GES se répartissent comme suit. 45 % sont attribuables à la production et au transport des aliments (dont 9 % imputables à la déforestation liée à l'extension des cultures et des pâturages). 39 % proviennent de la fermentation gastrique des ruminants. 10 % résultent du stockage et de l'utilisation du lisier. 6 % sont causés par le transport, l'abattage des animaux et au stockage des produits animaux.

    Les émissions sont dues majoritairement à l'élevage des ruminants. Produire 1 kg de protéines sous forme de viande de bœuf émet en moyenne 290 kg d'éq. C02, contre moins de 50 sous forme de viande de porc, de poulet ou d'oeufs.

    Emissions de gaz à effet de serre en fonction des espèces
    Source : GIEC.
    NB : les "bovins laitiers" sont exploités pour leur lait mais aussi leur chair.

    Les émissions de GES en France.

    Un rapport de 2011 prévoit que, entre 2005 et 2050, la demande de viande augmentera de 73 % et celle de lait de 58 % (FAO, 2011).

    L'élevage ne se fait pas en forêt

    L’élevage extensif et le soja exporté comme aliment du bétail sont la première cause de la déforestation au Brésil (Margulis, 2004). Après une enquête de 3 ans publiée en juin 2009, Greenpeace affirme que l’élevage bovin est responsable à 80 % de la destruction de la forêt amazonienne (Greenpeace, 2009).

    Avec une superficie de 5,5 millions de km², la forêt amazonienne est la plus grande zone de forêt primaire tropicale de la planète. Durant les quarante dernières années, près de 800 000 km2 de forêt amazonienne ont été détruits. Grâce aux efforts du gouvernement brésilien, le rythme de la déforestation s'est ralenti depuis le milieu des années 2000 et tourne aujourd'hui autour de 6000 km² par an au Brésil, ce qui reste très élevé.

    La déforestation a causé 12 % des émissions mondiales de GES entre 2000 et 2005 (Congressional budget office, 2012), chiffre qui a légèrement diminué aujourd'hui. Elle perturbe le cycle de l’eau (la végétation et l’humus stockent et diffusent l’humidité) et réduit la biodiversité par la destruction de l’habitat de millions d’espèces végétales et animales. En outre, le compactage des sols, piétinés par le bétail, empêche les infiltrations d’eau et provoque des ruissellements qui érodent les sols et privent d’eau les derniers végétaux, rendant les terres inutilisables.

    Les pâturages et les puits de carbone en France

    La question du stockage de carbone par les prairies destinées à l’élevage est complexe et ne peut pas être tranchée en un simple paragraphe. Ce stockage dépend de nombreux facteurs : conditions climatiques, composition des sols, ancienneté des prairies, intensité du pâturage… Selon les cas, les prairies peuvent stocker moinsautant, ou plus de carbone que les forêts. Ce stockage de carbone peut compenser en partie les émissions de l’élevage dues à la fermentation entérique et aux déjections des animaux. Par ailleurs, l’utilisation des prairies ne concerne que l’élevage des ruminants, souvent nourris avec des céréales et tourteaux en complément de l’herbe.

    L’élevage peut avoir un impact environnemental moindre grâce aux prairies, mais il ne faut pas oublier que son rendement par hectare est très faible : on élève en moyenne 1,5 grands bovins de 600 kg par hectare… (Agreste, 2006) Sachant que la viande consommable représente environ 37 % du poids d’une vache, on aurait une productivité de 333 kg par hectare. (Interbev, la-Viande.fr) À titre de comparaison, un hectare de culture en France produit 3 tonnes de soja (FAOstat, 2017) qui contient 50 % de protéines en plus que la viande de boeuf. (Anses Table Ciqual, 2016) Si l’utilisation des terres non arables en pâturage peut s’avérer avantageuse, il apparaît clairement que ce n’est pas une solution pour nourrir une population croissante.

    Lutter contre le réchauffement climatique par l'alimentation

    Le 5e rapport du GIEC (IPCC 2014, chapitre 11), reprenant les calculs de Stehfest et al. (2009), estime que la simple application des recommandations nutritionnelles de la Harvard Medical School, qui conseillent de limiter la consommation moyenne de viande de ruminants à 10g par jour et la consommation des autres viandes, du poisson et des œufs à 80g par jour, permettrait de réduire de 36 % les émissions de GES d’origine agricole, et de plus de 8,5 % les émissions totales. Cette simple mesure serait aussi efficace que de diviser par deux l’ensemble du trafic routier mondial.
    Ne pas dépasser au 21e siècle le taux atmosphérique de 450 ppm d’équivalent carbone demandera une réduction importante des émissions de GES, ce qui aura un coût, estimé à 2,5 % du PIB mondial en 2050. Par rapport au scénario basé sur les tendances actuelles, réduire la consommation de viande selon les recommandations de la Harvard Medical School réduirait ce coût de 50 %.

    Une étude britannique (Scarborough et al., 2014) a évalué que les végétaliens émettaient 2,5 fois moins de GES pour leur alimentation que les omnivores (consommant 100 g de viande par jour ou plus).

    Bibiliographie

     

    Fiches nutritionnelles

  • Réchauffement climatique

    Réchauffement climatique. Les 8 dangers qui nous guettent

     

    Modifié le  | Publié le  - 1

    Écouter

    • Le réchauffement climatique se produit plus vite que prévu.
      Le réchauffement climatique se produit plus vite que prévu. | Reuters

     

    Entre des ressources naturelles qui s’épuisent et le réchauffement climatique qui s’emballe, l’environnement est de plus en plus dégradé. Une enquête du "New York Times" énumère les cataclysmes potentiels qui nous menacent et conclut que la situation est plus sérieuse que nous le pensons.

    Nombreux sont les scientifiques qui tirent la sonnette d’alarme : la situation climatique et environnementale devient urgente au fil des ans. Le 2 août, le « jour du dépassement », une sorte d’anniversaire un peu funeste, nous a rappelé que nous consommons plus que ce que la planète peut produire. Cette année, c’est l’équivalent des ressources de 1,7 fois notre planète qui ont été utilisées par l’humanité. En bref nous vivons à crédit.

    Aussi, selon d’éminents climatologues, le réchauffement climatique se produit « beaucoup plus vite que prévu ». Dans une étude publiée le 1er août dans la revue Nature Climate Change,d’autres scientifiques sont arrivés à la conclusion que les chances de respecter l’accord de Paris ne sont que de 5 %.

    Les mauvais signes sur le front du climat s’accumulent, mais quelles sont les conséquences ? Un article un brin alarmiste, du journaliste David Wallace-Wells publié dans le New York Times apporte quelques éléments de réponses. Dans cette enquête très fournie, le journaliste égrène les « 8 cataclysme potentiels » qui nous menacent.

    Selon lui, la situation est bien plus grave et urgente que ce que nous pensons. Il tire ce constat du fait que les projections actuelles nous mènent déjà vers un réchauffement de 4 °C ; certaines hypothèses les plus pessimistes font même monter le thermomètre de plus de 8 °C.

    1. Les grandes villes submergées

    Le premier des « cataclysmes » que nous allons probablement devoir affronter sera la montée des eaux. Un phénomène causé à la fois par la fonte des glaciers et la dilatation thermiques des océans. « La plupart des gens parlent comme si Miami et le Bangladesh avaient une chance de survivre, écrit le journaliste en introduction. Des scientifiques avec qui j’ai parlé estiment que nous les perdrons d’ici la fin du siècle, même si nous arrêtons de consommer des énergies fossiles dans la décennie qui vient ».

    Actuellement, un tiers des grandes villes sont sur la côte et 600 millions de personnes résident dans celles-ci. David Wallace-Wells enfonce le clou et rappelle que la dernière fois que la température a augmenté de 4 °C, le niveau des océans est monté de plusieurs dizaines de mètres.

    2. Des vagues de chaleur meurtrières

    « Même en respectant l’accord de Paris, des villes comme Karachi ou Calcutta deviendront inhabitables, à 4 °C la canicule de 2003, qui a tué 2 000 personnes par jour, deviendra la norme en Europe », avertit le journaliste. Si la hausse des températures se poursuit, certaines régions du monde deviendront vite inhabitables. Les pires scénarios envisagent de 11 à 12 °C de réchauffement. Dans ce cas, la moitié de la population telle qu’elle est actuellement répartie sur la planète mourrait directement de chaud.

    Une nouvelle étude, publiée mercredi 2 août dans la revue Science Advances, confirme cette prédiction. Elle indique que la chaleur humide provoquée par le réchauffement climatique risque de rendre une partie de l’Asie du Sud inhabitable d’ici la fin du siècle si rien n’est fait pour réduire les gaz à effet de serre : « L’augmentation des températures et de l’humidité durant l’été pourrait atteindre des niveaux excédant la capacité de l’organisme humain à survivre sans protection. »

    3. La famine partout

    Selon les Nations unies, la population mondiale va grimper à 11,2 milliards de personnes d’ici à 2100 (actuellement la population est d’environ 7,5 milliards de personnes), augmentant encore la pression sur les ressources. Mais ce n’est pas tout, chaque degré de réchauffement supplémentaire diminue les rendements agricoles de 10 %. Avec un réchauffement de 5 °C à la fin du siècle, l’équation devient alors extrêmement parlante : il faudra nourrir une population 50 % plus nombreuse avec 50 % de céréales en moins.

    La mauvaise nouvelle, c’est aussi que les terres qui seront libérées du gel par exemple au Canada ou en Russie sont peu fertiles, éloignant la possibilité d’un déplacement des cultures, explique l’auteur.

    4. Des nouvelles maladies

    Il s’agit un peu d’un scénario de science-fiction, mais qui devient de plus en plus plausible. En fondant, la glace libère non seulement du CO2 mais aussi des maladies endormies. Ces germes, qui ont décimé la population autrefois et aujourd’hui enfermés dans la glace, pourraient se réveiller.

    Selon des scientifiques la peste bubonique attend, par exemple, le dégel en Sibérie. Le journaliste du New York Times prévient : « Notre système immunitaire, n’aurait absolument aucune idée decomment réagir pour se protéger de ces pestes ». Il tempère cependant son propos en expliquant que ces germes n’auraient que peu de chance de survivre après le dégel.

    Cependant des maladies comme la malaria ou la dengue pourraient apparaître dans des endroits auparavant épargnés, à mesure que les moustiques tropicaux migreront vers le nord.

    5. « L’Airpocalyspe » permanent

    La hausse de la teneur de C02 dans l’atmosphère ne fait pas que réchauffer le climat, il détériore également la qualité de l’air, ce qui a des répercussions multiples sur la santé. Outre l’augmentation des maladies cardio-respiratoires et des cancers, la teneur en carbone a également un impact sur le cerveau. Si la teneur en CO2 monte à 1 000 ppm (partie par million) en 2100, « un tel air pourrait baisser les capacités cognitives humaines de 21 % », assure l’auteur. David Wallace-Wells rappelle qu’en 2013, année du fameux « Airpocalyspe » chinois, «le smog fut responsable du tiers de toutes les morts dans le pays ».

    6. Des conflits généralisés

    « On ne peut prétendre lutter efficacement contre le terrorisme si on n’a pas une action résolue contre le réchauffement climatique », c’était la phrase d’Emmanuel Macron au G20 le 8 juillet dernier qui mettait au jour le lien existant entre l’insécurité et réchauffement climatique. Et pour cause, de nombreux scientifiques estiment que la sécheresse de 2006 à 2009, entre autres causes, a favorisé l’émergence du conflit syrien en 2011. Provoquant le déplacement de près d’1,5 millions de Syriens vers des zones urbaines, cette sécheresse a provoqué la hausse des prix des denrées alimentaireset par la suite des tensions importantes.

    David Wallace-Wells cite quant à lui une vaste étude de Marshall Burke et Solomon Hsiang qui relève une corrélation entre violence et température : pour chaque demi-degré supplémentaire, les sociétés verraient augmenter de 10 à 20 % la probabilité d’un conflit armé.

    7. La fin de la croissance

    C’est un peu la conséquence de toutes les autres calamités. Le journaliste américain s’appuie sur les travaux de Solomon Hsiang , pour établir que chaque degré de réchauffement climatique devrait coûter 1,2 point de PIB et qu’à la fin du siècle et que chaque personne devrait perdre 23 % de ses revenus. Cela est provoqué par la hausse de la mortalité, la diminution des rendements agricoles..etc.

    De plus, la croissance économique que le monde a connu depuis l’ère industrielle est largement lié à l’exploitation des énergies fossiles « la fin des fossiles signifie le retour à un état de stabilité économique », prévoit-il.

    8. La mort des océans

    Les océans nous aident pour que le réchauffement climatique ne s’aggrave pas trop vite. Ils absorbent près de 30 % du CO2 que nous relâchons dans l’atmosphère. Mais ce phénomène salvateur contribue à les empoisonner. L’augmentation du taux de CO2 dans les océans a de graves conséquences, ces derniers s’acidifient et perdent leur oxygène. Dans les eaux profondes ce taux est si faible que l’on parle de « zone morte » dans lesquelles les poissons ne peuvent plus survivre. Au fil du temps, ces zones se rapprochent de plus en plus de la surface, menaçant ainsi les activités de pêches « qui nourrissent directement un demi-milliard de personnes », selon le journaliste.