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Les dimensions du deuil (INREES / spiritualité)
- Par Thierry LEDRU
- Le 13/03/2016
Les dimensions du deuil
Avec Christophe Fauré
REVIVEZcet événement
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Les dimensions du deuil
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L'accompagnement du deuil
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Le processus intérieur de deuil
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Des perceptions extraordinaires
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Les questions du public (dimension du...
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Les dimensions du deuil
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Face à la mort : le processus de deuil
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De la mort à la spiritualité
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L'extraordinaire dans le processus de deuil
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En bref
Perdre un proche… nous sommes toutes et tous appelés à vivre ce moment. Le deuil correspond à un processus dont il est important de connaître les clefs afin de traverser cette souffrance du mieux possible. Le cœur du travail du Dr Christophe Fauré se fonde sur la conviction que chacun d’entre nous porte en lui d’insoupçonnables ressources pour se libérer de l’étau de la peine et parvenir à l’apaisement.
Comment vivre le deuil ? Peut-on s’y préparer ? Comment décrypter les expériences attendues ou extraordinaires qui y sont associées ?
En savoir plus
Se libérer de l’étau de la peine et parvenir à l’apaisement
Aujourd'hui que la mort est devenue taboue, on ne porte plus le deuil après la perte d'un proche. On le vit en silence, s’imaginant toujours être « assez fort » pour s’en sortir tout seul. Le plus souvent, on est simplement ignorant des mécanismes psychologiques qui sont alors en action en nous lors de telles expériences. Perdre un proche, c'est un traumatisme, une blessure dont les répercussions se font sentir tout au long de la vie. Le reconnaître n’est pas forcément évident.
Nourrit par le travail qui a été fait notamment par des pionniers de l’accompagnement de fin de vie comme Elisabeth Kübler-Ross, et également par sa longue expérience, le psychiatre Christophe Fauré nous explique que le deuil peut se résumer en 4 tâches.
La première consiste à reconnaître et à accepter la réalité du décès. Il arrive qu’un départ soit tout simplement refusé, et que la réalité de la mort d’un être proche, trop inconcevable, soit tout simplement « déniée ». Une fois cette tâche accomplie, vient la seconde étape : valider et exprimer nos émotions. Laisser sortir cette douleur. Une fois cela accomplie, la troisième tâche porte sur le développement d’un lien nouveau et approprié avec la personne décédée. La construction d’une nouvelle relation ayant intégrée la pleine réalité de la séparation, et laissant s’exprimer les émotions qui y sont attachées. Enfin, la quatrième tâche nous invite à intégrer une nouvelle vie, de nouveaux projets, aimer à nouveau.
Lors de sa conférence, le Dr. Fauré entrera dans le détail de ce travail psychique nécessaire, et répondra à toutes ces questions difficiles : Comment gérer le manque au quotidien ? Comment sortir des représentations pathologiques du deuil ? Comment rompre cette « dépendance du lien » — aller sur la tombe tous les jours, consulter un médium tout le temps, etc. — qui peut aussi bloquer le processus de deuil ? La croyance en une survie du l’âme est-elle d’une aide importante lors d’un deuil ? Que faire de ces expériences de contact avec des défunts ? Consulter ou ne pas consulter de médium ? Une conférence pour parler, librement, de la mort et du deuil.
Un site pour comprendre, être accompagné et partager autour du deuil : Traverser le deuil.comLes livres incontournables
Vivre le deuil au jour le jour
Christophe Fauré
Dans ce livre, à l'aide de nombreux exemples, Christophe Fauré explique, au jour le jour, le cheminement du deuil, différent selon l'identité du défunt et l'histoire de chacun. Il répond aux nombreuses...En savoir plus »
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KUNDALINI : Danser nu et l'écrire.
- Par Thierry LEDRU
- Le 12/03/2016
KUNDALINI
Je ne sais pas si ce roman plaira mais ce qui me réjouit, c'est qu'enfin, je pense posséder ma propre écriture. Elle évoluera sans doute encore mais pour la première fois depuis que j'écris, (j'avais seize ans), je suis heureux des mots qui viennent en moi et que j'assemble. Non pas que je pense mon écriture aboutie mais elle me comble. Non pas qu'inévitablement, elle plaira aux éditeurs ou aux lecteurs, mais, moi, dans le strict domaine de la création, elle répond à l'objectif que je me suis fixé, au fil du temps.
J'ai toujours rêvé d'une écriture qui ne s'adresserait pas qu'à l'intellect et je me souviens d'une lectrice de "Noirceur des cimes" qui me disait avoir attrapé froid en le lisant. J'en avais été très touché.
Ne serait-ce pas l'assurance d'une écriture totale ?
Atteindre les corps et les âmes et que le mental qui permet de lire ne soit plus qu'un système informatique incapable d'interférer sur la qualité de réception du texte.
Je me souviens avoir véritablement souffert, physiquement, en lisant le récit du drame de la Face nord de l'Eiger. La mort de Toni Kurz...Suspendu à sa corde, épuisé, les mains gelées, à quelques mètres des sauveteurs qui ne parviendront jamais à l'atteindre.
J'avais eu mal au ventre...Un noeud brûlant.
J'avais seize ans.
J'ai peut-être passé trente-huit ans de ma vie à chercher cette capacité à diffuser l'émotion au-delà de l'intellect.
"Vertiges, "Noirceur des cimes", Là-Haut", "À coeur ouvert", "Jusqu'au bout", "Les héros sont tous morts", "Les Éveillés", "Jarwal le lutin"...
"Kundalini"...
Tous mes écrits oeuvraient à la même quête.
Toucher les corps et les âmes.
Alors, je ne sais pas ce que ça donnera chez des lecteurs et lectrices mais, pour ma part, je pense avoir atteint ce que j'envisageais.
Et j'en suis très heureux.
Étrange aussi la puissance de cette intention, la détermination constante de parvenir à exprimer l'indicible.
Puisque les deux protagonistes vivent une expérience de danse nue sous le ciel étoilé, j'ai voulu apprendre à laisser mon corps suivre les musiques que j'aime. J'ai dansé nu dehors. Les yeux ouverts à l'intérieur et les paupières closes. J'ai parcouru les fibres sur le tempo du sang, sans jamais me sentir ridicule alors qu'inévitablement, ma chorégraphie devait relever davantage du balourd empoté que de la grâce d'une libellule. Je m'en suis moqué, j'ai ri et j'ai demandé au monde de m'aider. Je n'ai pensé qu'à l'air autour de moi, qu'au silence des lieux comme un spectateur respectueux.
J'ai dansé sous la lune des arabesques intuitives et les mots maintenant dansent en moi.
Je ne cherche pas à les contenir ou à leur imposer un ordre. Je ne veux pas d'un intellect réducteur.
Je veux écrire avec mon corps et que ma tête le suive.
"Des sources qui s’étendaient en elle, elle devinait des vents légers dans les ramures et ses bras flottaient librement sur la houle, des flocons de pollens voltigeaient dans ses fibres, la sève de ses veines nourrissaient des bourgeons, la bouche ouverte elle buvait les nuages, des pluies salvatrices nourrissant les terres d’été, offerte, ouverte, épanouie, exclamée, elle dansait comme une flamme, zébrant l’air de ses offrandes.
La vie en elle, comme une invitation à jouir, par-delà les formes, par-delà l’identité, sans autre intention que l’éveil de la conscience, les sens à vif, la peau comme un réceptacle, des entonnoirs à ivresse, des puits sans fond, elle ouvrait les écluses et plongeait dans le flot.
De nouvelles mélodies qui se répétaient et l’entraînaient vers des altitudes inexplorées, des espaces accueillants, l’air autour d’elle comme une étreinte câline, un enveloppement dans un linge tiède."


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Mort programmée (école)
- Par Thierry LEDRU
- Le 10/03/2016
Silence, on tue (aussi) l’école primaire et la maternelle
Pendant que tous les regards se portent sur le collège
Laurence David
Directrice d'école maternelle.Publié le 10 mars 2016 à : / Société
Mots-clés : école maternelle, école primaire,Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem
Pendant que tout le monde regarde le collège se faire «réformer», le primaire et la maternelle, aussi, agonisent. Mais en silence. Pour preuve, ce témoignage de Laurence David, directrice d'une école maternelle.

Visite d'une école dans le département du Nord par Najat-Vallaud Belkacem (Photo : SIPA.00721215_000029)
Travailler plus pour être moins fatigué
Quel magnifique exploit que celui du ministre Peillon : faire passer aux enfants plus de temps en collectivité avec pour justification qu’ils seront ainsi moins fatigués ! Ce fût un coup de maître, fruit parfait de la rencontre des cyniques et des Bisounours.
Les Bisounours se sont lancés avec l’enthousiasme du croisé dans la bataille : ils allaient tout à la fois apporter la culture au peuple et remettre à l’heure les horloges biologiques des chères têtes blondes. Les cyniques virent en cela l’occasion de fissurer le monolithe de l’Education nationale en créant des particularismes territoriaux, tout en avançant d’une case dans le jeu de l’oie du transfert aux collectivités locales de la mission d’enseignement.
L’opposition des élus locaux fût molle, à de rares exceptions près. Appâtés par la promesse d’aides de l’Etat, ils virent l’occasion de faire quelque chose allant, selon leur déontologie, de l’action éducative sincère au simple clientélisme. A l’heure où la politique est une carrière, les parents sont des parts de marché. Le temps périscolaire devient dès lors un produit d’appel.
Les syndicats, inhibés par la couleur politique du gouvernement manquèrent de pugnacité. L’opposition des enseignants fût rapidement muselée : l’ouvrier qui manifeste, c’est noble, l’enseignant, c’est corporatiste. Et puis, nul n’a jamais jugé utile de rappeler que, régulièrement, de nouveaux programmes remodèlent totalement leur travail (Bayrou 1995, Jack Lang 2002, Darcos 2008, Vallaud-Belkacem 2015) et que, sans sourciller, à chaque fois, ils conçoivent pour chaque matière, une nouvelle organisation des apprentissages, de nouvelles pratiques, de nouveaux livrets (chaque ministre mettant un point d’honneur à modifier les intitulés de compétence, même pour un contenu identique). Le tout dans un contexte où les conditions d’exercice se dégradent de façon continue : augmentation des effectifs d’élèves, étiolement des Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté(les RASED), diminution des salaires réels par gel du point d’indice. Bref, dans notre société individualiste, que des gens abandonnent plusieurs dizaines d’euros de traitement pour défendre autre chose que leur propre intérêt était impensable, leurs arguments étaient donc discrédités d’emblée.
Et les parents d’élèves ? Certains se mobilisèrent, d’autres furent conquis par l’enfumage de la communication gouvernementale, le reste crut jusqu’au bout qu’une réforme aussi stupide n’aurait pas lieu. Où en sommes-nous aujourd’hui ? Le bilan officiel tarde à paraître et les visites d’établissements Potemkine de Najat Vallaud-Belkacem peinent à masquer la réalité.
Du hard discount culturel
Même si personne n’a jamais contredit Vincent Peillon lorsqu’il affirmait le contraire, rien dans la loi n’oblige les collectivités locales à mettre en place des activités périscolaires ni à les proposer gratuitement. Et quand bien même le souhaiteraient-ils, il est parfois impossible de disposer de personnel qualifié. Alors ? Appeler « origami » de simples cocottes en papier ou faire des guitares avec des élastiques ne sera jamais apporter à tous des activités culturelles telles que les familles les plus aisées ou les plus impliquées en offrent à leurs enfants. Ce hard discount culturel ne sera jamais l’équivalent des épiceries fines où les enfants des cyniques au pouvoir se servent.
Et puis, il y a tous ces dommages collatéraux : l’ambiance délétère dans les écoles où des enseignants, sommés de quitter leur classe pour laisser place aux animateurs, alors qu’ils ont encore des corrections ou des préparations à terminer, se vengent en cachant les feutres de tableau ou les prises multiples. Il y a ces conseils d’écoles où les délégués de parents demandent : « Mais, si les enfants écoutent des histoires ou font des puzzles avec les animateurs, quelle est la différence avec l’école ? » Il y a tous ces enfants pour qui être attentif et concentré est difficile et qui se voient contraints de faire trois heures d’activité encadrée supplémentaires et ne parviennent plus à suivre en classe. Il y a l’explosion de l’absentéisme en maternelle, car désormais, les parents qui callaient leurs RTT sur le mercredi les prennent n’importe quand. Il y a les papas divorcés qui avaient à grand peine aménagé leurs horaires pour voir leurs enfants le mercredi et qui continuent, ce qui est légitime. Cela fait du mercredi matin une matinée où l’on n’enseigne rien de nouveau pour ne pas que les absents y perdent trop.
Grâce aux aménagements Hamon, qui permettent de remplacer l’organisation « 45 minutes en moins tous les jours », par « 1h30 en moins un jour sur deux » ou carrément « une après-midi off », on voit aussi ces élèves que l’on n’amène plus parce que « pour juste 1h30 de classe ou une matinée ça ne vaut pas le coup ». Ce sont souvent ceux dont les familles ont un lien difficile avec l’école et qui sont les plus fragiles… De tout cela on ne parle plus…
Et la confusion école/centre aéré progresse. Là où Darcos et son « On n’a pas besoin de bac+5 pour changer des couches » avaient échoué, les socialistes vont réussir. Car ne nous leurrons pas, nos élites n’ont pas renoncé à faire disparaître, par souci d’économie et d’harmonisation européenne, cette école maternelle dès 3 ans que l’on nous envie.
Tout se joue avant 6 ans ? Non, tous jouent avant 6 ans !
Les nouveaux programmes de Najat Vallaud-Belkacem et sa fidèle Florence Robine (la directrice générale de l’Enseignement scolaire, ndlr) procèdent de la même idéologie que ceux du collège et revoient les objectifs à la baisse. S’y ajoutent en plus la suppression des livrets scolaires et de l’évaluation. Tout doit être « plaisir », « bienveillance » et jeu. Tout est bon pour éloigner la maternelle de ce qui fait d’elle une école. Il sera ainsi plus facile, plus tard de confier les deux premières années à des animateurs de jardin d’enfants. Rendez-vous compte : on avait « primarisée » la maternelle. Désormais « les majuscules d’imprimerie ne doivent pas faire l’objet d’un enseignement systématique ». Aucun commentaire négatif ne doit être communiqué par écrit dans le « carnet de suivi » qui sera remis aux familles, il ne doit recueillir que les succès et les « exploits ».
L’enfant évolue à son rythme. D’ailleurs il ne redoublera plus jamais. Cassons le thermomètre, il n’y aura plus de fièvre visible. Quel mépris et quelle injustice ! Un enfant, si petit soit-il, mesure très bien ce qui sépare ses performances de celles de ses voisins, en positif comme en négatif. Il est très important de ne pas l’accabler en pointant ses échecs, mais il est criminel de ne pas lui proposer de s’améliorer au prix, certes, de certains efforts, à la mesure de ce qu’il peut faire. Et voilà, le gros mot est lâché : effort. Cet effort dont le sens est cultivé par élites chez leur progéniture qu’ils placent dans des établissements où exigence et classement ont encore cours. Quel intérêt ont-ils à refuser cela au peuple ? Réfléchir, c’est désobéir. Acquérir des connaissances, c’est réfléchir. Et puis, faire progresser tout le monde, ça coûte…
Osons une affirmation taboue : nous n’avons pas tous les mêmes facilités dans tous les domaines, certains ont même des difficultés face à la chose scolaire. Leur prise en charge précoce pourrait les aider. Mais cela est désormais impossible : les RASED ont donc été réduits a minima, ils n’interviennent plus en maternelle. La prise en charge à l’extérieur de l’école n’est pas ouverte à tous : les séances de psychomotricité, de graphothérapie, les rencontres avec un psychologue ne sont pas remboursées. L’orthophonie n’est pas prise à 100% et nécessite parfois une avance de frais que tous ne peuvent pas s’offrir. Tous les parents ne disposent pas du temps matériel d’emmener leurs enfants aux séances. Il existe même des déserts médicaux où l’accès à l’orthophonie est impossible.
La formation des enseignants se détériore, ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes et leurs lectures personnelles pour dépister ou remédier à certaines difficultés. Dans le département de l’Hérault, les stages de formation ont même été annulés, après avoir été accordés, par manque de remplaçants. Dans ces conditions, le système ne pouvant pas aider efficacement, mieux vaut ne pas signaler la difficulté. C’est une forme de maltraitance, baptisée « bienveillance » par Najat Vallaud-Belkacem.
Face à tout cela, c’est avec une infinie tristesse que je constate le silence des journalistes, des politiques et des intellectuels. Il est vrai que, dans leur entourage, évoluent sans doute des agrégés, éventuellement des certifiés, mais sans doute peu de professeurs des écoles. En dehors de quelques réflexions du café du commerce sur les méthodes de lecture ou sur les 20% d’élèves qui rentrent en 6ème sans savoir lire, ils ont peu à en dire. La communication du ministère de l’Education nationale est souvent resservie telle quelle.
Dans dix ans, quand la désastreuse refondation de l’école produira ses effets dans les enquêtes PISA, ils seront nombreux à accabler les enseignants du primaire en oubliant la responsabilité que leur silence coupable d’aujourd’hui aura porté dans cet échec.
Bonus :
De la maternelle à l’université, tout devient limpide lorsque l’on a lu ça :
Centre de développement de l’OCDE, Cahier de politique économique n°13
La Faisabilité politique de l’ajustement, par Christian Morrisson« Pour réduire le déficit budgétaire, une réduction très importante des investissements publics ou une diminution des dépenses de fonctionnement ne comportent pas de risque politique. Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population. »
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Une fiction réaliste (école)
- Par Thierry LEDRU
- Le 09/03/2016

UNE ENSEIGNANTE ACCUSÉE D’AVOIR TRANSMIS UN SAVOIR
9 MAR, 2016
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Une professeur des écoles est accusée d'avoir répondu à une question d'un élève, et donc transmettre un savoir de manière descendante. Si l'accusée nie abuser de ce genre de pratique, tout porte à croire qu'elle serait coutumière du fait.
Poitiers. Les accusation sont graves. Elles émanent d’un élève qui a raconté l’événement à ses parents. Séverine, enseignante dans une classe de CE2, aurait directement répondu à la question d’un enfant qui lui demandait lors d’une séance de géographie, comment s’appelait le fleuve qui traverse Paris. “Il s’agit de la Seine.” aurait répondu la maîtresse, sous le regard apeuré des élèves, encore sous le choc aujourd’hui.
Bravant tous les interdits, Séverine M., 43 ans, a donné la réponse sans prendre le temps de mettre en place un dispositif socio-cognitif. A aucun moment, les apprenants n’ont eu la possibilité de confronter leurs savoirs et construire collectivement la réponse.
“Un enseignant est là pour apporter des connaissances, mais surtout pas dans un modèle transmissif, déclare le conseiller pédagogique chargé du dossier. Ce n’est quand même pas compliqué d’instaurer une démarche hypothético-déductive où les élèves, répartis en 7 groupes hétérogènes, produisent une affiche. Ces traces écrites ainsi réalisées auraient été le support d’un débat permettant de valider une réponse se situant entre la rétrodiction et la prédiction”.
Ce ne serait pas la première fois que la jeune femme agit de la sorte. Selon des témoignages anonymes, elle aurait par le passé expliqué la différence entre deux homonymes grammaticaux dans une approche complètement dénuée d’empirisme. Encore un drame quotidien du refus de la pédagogie.
crédit photo : publicdomainpictures.net
http://jeanjacqueslemag.fr/une-enseignante-accusee-davoir-transmis-un-savoir/
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Les contemplations muettes (Nature)
- Par Thierry LEDRU
- Le 09/03/2016
"Ils avaient regardé le soleil basculer de l’autre côté des crêtes dentelées. Des risées de nuages vaporeux dessinaient aux montagnes des chevelures luminescentes.Le silence des yeux fascinés, les paroles suspendues comme des contemplations muettes."

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Enfermement mortel (Nature)
- Par Thierry LEDRU
- Le 09/03/2016
La vie des vaches laitières
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Pâturages idylliques, vaches paisibles et douces atmosphères des publicités : l'élevage laitier est-il inoffensif ?Avez-vous déjà entendu les meuglements déchirants des vaches et de leurs petits lors de leur séparation ? Pourquoi les vaches produisent-elles tant de lait ? D’où viennent les steaks hachés ?
Pourquoi le lait coule-t-il à flot ?
Les vaches laitières sont des mammifères : elles produisent du lait quand elles donnent naissance à un petit. A partir de leur 2 ans, tous les 12 mois environ, elles sont inséminées artificiellement et donnent naissance à un veau, ce qui stimule de nouveau leur production de lait.
Sélectionnées génétiquement pour produire toujours plus de lait, une vache produit aujourd’hui en moyenne 8 400 litres de lait par an soit 3 fois plus qu’en 1950.Dans presque tous les élevages laitiers, le veau est séparé de sa mère à la naissance ou dans les 24 heures. C’est un véritable déchirement pour la vache et son veau car leur relation est très forte et pourrait durer de longues années. Après la séparation, beaucoup se cherchent en meuglant pendant des jours. Des vaches ont défoncé des clôtures et parcouru des kilomètres pour retrouver leur petit, parfois au péril de leur vie.
En savoir plus sur le destin des veaux
Poussées à bout
Pendant leur grossesse, les vaches laitières continuent à être traites ; elles sont donc simultanément exploitées pour le lait et leur veau. Le scientifique John Webster estime que cet effort épuisant fourni quotidiennement par leur organisme reviendrait, pour un être humain, à l'énergie dépensée par une course folle de six à huit heures par jour.
Poussées à l'hyperproductivité, beaucoup de vaches souffrent de maux douloureux : mammites (infections des pis) et boiteries sont très courantes dans les élevages laitiers, tout comme les troubles métaboliques et de la fertilité. Les vaches ont souvent un accès limité à l’extérieur, et les élevages en bâtiments clos (« zéro pâturage ») se développent favorisant les boiteries sévères.
Une fin de vie à l'abattoir
Alors que les bovins ont une espérance de vie d’au moins 20 ans, les vaches laitières sont généralement tuées au bout de cinq ans.
Après une moyenne de 2 ou 3 vêlages et une production de lait intensive, épuisées, malades, blessées ou stériles, les vaches sont conduites à l’abattoir : 40% de la viande dite "de bœuf" provient en fait des vaches laitières (FranceAgriMer, 2012).
Des vaches laitières en lactation sont parfois transportées sans être traites. Certaines vaches sont incapables de se déplacer mais sont quand même souvent transportées, au mépris de la législation. D’autres sont abattues alors qu’elles attendent un petit.
Il arrive que des éleveurs abandonnent des animaux ou des troupeaux entiers : les animaux meurent alors lentement de faim, de froid ou de manque de soins.
Sur les marchés ou les foires où les animaux sont vendus, et lors des transports, de graves manquements à la réglementation et des maltraitances sont régulièrement relevés : coups, aiguillons électriques, absence d’eau et de nourriture...
A l’abattoir, la peur et le stress des animaux sont palpables. Dans l’odeur de chair et de sang, ils attendent de longues heures avant d’être tués. Ils sont ensuite menés, tant bien que mal, en salle d’abattage où certains seront étourdis avant d’être égorgés, les autres seront tués en pleine conscience.
Il est absurde de parler de bien-être animal dans ces lieux.En savoir plus sur les abattoirs
Bibliographie
- FranceAgriMer (2012). « La filière bovine française face à la sortie des quotas laitiers », Les synthèses de FranceAgriMer, n°12 (février 2012)
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Liberté fatale (Nature)
- Par Thierry LEDRU
- Le 09/03/2016

Des vaches tuées à bout portant
- Article du Jeudi 3 mars 2016
Pour les vaches « sauvages », l’actualité est une nouvelle fois sanglante : en février 2016, une vingtaine d’entre elles ont été tuées par des chasseurs.
Régulièrement, des vaches sont en effet tuées à bout portant à la frontière catalane. Leur crime ? Ne pas faire partie d’un élevage mais être « sauvages » ; autrement dit, vivre en étant indépendantes des humains. Abandonnées il y une vingtaine d’années par un éleveur cessant son activité, ces « vaches errantes » ont vu leur nombre augmenter progressivement et il est aujourd’hui estimé entre 300 et 400 animaux.
L’adaptation remarquable dont ces bovins ont su faire preuve n’est en fait pas si étonnante lorsqu’on sait qu’à l’autre bout de la frontière franco-espagnole, du côté basque, quelques 600 vaches de race betizu (prononcer bétissou) vivent de façon quasi ou totalement sauvage, essentiellement dans les Pyrénées espagnoles, une petite centaine du côté français. Certains estiment qu’elles sont les plus proches parentes des aurochs du néolithique, d’autres qu’elles seraient issues de vaches domestiques retournées il y a bien longtemps à l’état sauvage, mais cette incertitude quant à leur origine n’enlève rien à leur particularité d’être des vaches autonomes. Petites, légères et agiles, les belles Betizus sont parfaitement adaptées à leur environnement montagnard escarpé, couvert de bois et de landes. Et, elles aussi, sont « régulées » au fusil.

Du côté des Landes, une soixantaine de vaches de race marine connaît une semi-liberté : ce sont les rescapées de ces petites vaches alertes qui peuplaient jadis les marais, les forêts et les dunes de la région, avant d’être pour ainsi dire exterminées entre 1940 et 1950. Leur présence, attestée depuis au moins le XVIIIe siècle, serait liée à une forme d’élevage très extensif. Ces animaux sont aujourd’hui acceptés parce qu’ils vivent dans des endroits semi-marécageux où les humains vont rarement, et allaient autrefois surtout pour les tuer lorsque l’envie leur venait de les manger, ou de les capturer pour s’amuser à leurs dépens lors de courses. Aujourd’hui, soigneusement contrôlées, elles sont protégées au titre de la biodiversité et parce qu’elles participent à « la gestion des milieux humides ». De leur côté, en broutant, les vaches catalanes maintiennent les espaces ouverts, ce qui lutte contre les incendies.
Mais Betizus et vaches catalanes dérangent, leurs déplacements sont perçus par beaucoup comme des « divagations » et leur liberté semble intolérable. Lors de l’été caniculaire de 2015, des vaches catalanes se sont approchées de jardins où, à la recherche d’eau et de nourriture, elles ont brouté des fleurs et se sont aventurées dans des potagers, escaladant murets et clôtures, traversant routes et autoroutes. Elles l’ont payé de leur vie, vingt-cinq vaches, veaux et taureaux ont été tués par des chasseurs à la demande des autorités, pressées de satisfaire une population « excédée » par leurs dégradations. En février 2016, nouvelle tuerie avec vingt animaux abattus.

Bien sûr, des vaches traversant une route ou une autoroute présentent un réel danger - pour les automobilistes et pour elles-mêmes – et il ne doit pas être bien rassurant de se trouver face à une vache sauvage dans son jardin. En octobre 2015, une vache a d’ailleurs encorné une touriste, incident finalement sans gravité et dont les détails ne sont pas donnés par les journalistes, mais qui a contribué au déclenchement du massacre.
Pour les autorités, la solution semble être au bout du fusil, pourtant elles reconnaissent être « dans le symbole, si on en abat une vingtaine sur les 300, ce n'est même pas un dixième, mais on montre aux gens qu'on tient compte de leurs remarques » : autrement dit, ces animaux ont été tués uniquement pour satisfaire rapidement un électorat mécontent.
Peut-être que, pour résoudre ce conflit d’intérêts, il n’y aurait pas une mais des solutions. Ainsi, lors de la sécheresse, abreuver et nourrir les vaches loin des habitations pourrait éviter qu’elles s’en approchent, ce qui serait d’autant plus facile qu’elles ont peur des humains – les chasseurs nourrissent d’ailleurs déjà largement le « gibier ». Un système de clôture électrifié protègerait efficacement les jardins de l’intrusion des animaux. À long terme, la stérilisation des animaux serait probablement un moyen efficace d’éviter l’accroissement indésirable des troupeaux.

Mais, à terme, les autorités visent plutôt leur domestication et leur réintégration dans l’élevage, autrement dit, dans le circuit de la viande. Les vaches catalanes finiraient donc leur vie dans un abattoir, comme les cinq millions de bovins tués chaque année en France.
Il semblerait ainsi que les animaux ne puissent désormais exister en France que s’ils entrent dans des catégories bien définies. Les bovins doivent être domestiqués et sous le joug humain. Les animaux dits « sauvages » sont de leur côté tolérés s’ils ne présentent aucun désagrément pour les humains (ainsi les loups sont-ils activement combattus parce qu’ils s’intéressent aux moutons, propriétés humaines destinées à l’abattoir) et parce qu’ils sont source de distraction pour les chasseurs. Quant aux espèces protégées, elles sont acceptées puisque perçues comme bénéfiques à la biodiversité, à l’environnement et souvent aussi au tourisme, mais les individus ne comptent pas et leurs populations peuvent être « régulées ». Les bouquetins du Bargy, théoriquement protégés sur tout le territoire national depuis 1981, sont par exemple actuellement massacrés par centaines sous le prétexte, très controversé, qu’ils seraient porteurs de la brucellose, maladie qui serait transmissible aux animaux d’élevage et qu’ils auraient eux-mêmes attrapés par des bovins…
Les vaches sont des animaux intelligents et sensibles, elles ressentent des émotions telles que l’affection, la rancune ou la tristesse, elles sont capables de s’organiser en troupeaux autonomes, mais cela ne les sauvera pas. Ces vaches affranchies de l’asservissement humain sont en sursis ou condamnées, à moins peut-être d’intégrer la catégorie « biodiversité » ou tout autre statut les protégeant plus ou moins efficacement des balles ou du couteau du boucher, et ce tant qu’on y trouvera un intérêt.

Sources
Bernez-Vignolle Mirentxu, Le Betizu, une population bovine des montagnes basques : statut juridique et modalités de gestion, thèse, 2010.








