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  • Psychologie des foules

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    « La foule psychologique est un être provisoire, formé d'éléments hétérogènes qui pour un instant se sont soudés, absolument comme les cellules qui constituent un corps vivant forment par leur réunion un être nouveau manifestant des caractères fort différents de ceux que chacune de ces cellules possède. »
    Si l'on raisonne au niveau de l'individu, l'individu en foule acquiert trois caractères que l'on ne trouve que dans l'état de foule :
    l'irresponsabilité. Du fait du nombre, un individu en foule peut ressentir un sentiment de « puissance invincible » et voir ses inhibitions s'effondrer. Il pourra accomplir des actions qu'il n'aurait jamais accomplies seul (par exemple, piller un magasin de façon non préméditée) : « le sentiment de responsabilité... disparaît entièrement. » Ceci vaut surtout pour les foules anonymes et hétérogènes, où l'individu, noyé dans la masse, est difficile (voire impossible) à retrouver par la suite.
    La « contagion ». Ce que d'autres auteurs, comme David Hume, ont désigné sous le terme de sympathie et thématisé dans les relations inter-individuelles prend ici une ampleur beaucoup plus grande : une même passion agitera tous les membres de la foule avec une grande violence.
    La suggestibilité. L'individu faisant partie de la foule voit sa conscience s'évanouir, au même titre que celle d'un hypnotisé. Il n'a plus d'opinions, ni de passions qui lui soient propres. Cela explique que des foules puissent prendre des décisions allant à l'encontre des intérêts de leurs membres, comme les Conventionnels qui lèvent leur propre immunité (ce qui leur permettra de s'envoyer les uns les autres à l'échafaud)6.
    « Évanouissement de la personnalité consciente, prédominance de la personnalité inconsciente, orientation par voie de suggestion et de contagion des sentiments et des idées dans un même sens, tendance à transformer immédiatement en actes les idées suggérées, tels sont les principaux caractères de l'individu en foule. Il n'est plus lui-même, il est devenu un automate que sa volonté ne guide plus. »

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  • Pédagogie des armes

    Si j'avais encore eu une classe de CM2, je sais ce que j'aurais fait avec mes élèves qui auraient eu à manier des fusils d'assaut. Bon, bien évidemment, j'aurais demandé à préparer l'intervention avec le militaire concerné. C'est ça le plus troublant pour moi dans cette histoire. Est-ce que cette séance avait été préparée conjointement ou pas avec l'enseignant ?

     

    En tout cas, les jours suivants, j'aurais demandé aux enfants d'exprimer leurs émotions. Et c'est là que la dimension existentielle aurait repris le dessus et que l'expérience aurait eu une continuité enrichissante.

    Certains enfants auraient certainement réussi à exprimer leur excitation. Car ils l'ont certainement été pour la plupart.

    Mais quelle forme d'excitation ? Plaisante ou pas ?

    Oui, il y a des états d'excitation déplaisants. Quand on a de la fièvre par exemple. Quand on est stressé.  Quand on est en colère.

    Car l'excitation n'est pas une émotion, c'est un état.

    Voilà déjà un premier apprentissage.

    Différencier un état physique d'une émotion. 

    La colère est une émotion, l'excitation est son état.

    Certains enfants auraient fait part d'une excitation joyeuse.

    Question : "Quelle est l'émotion qui correspond à une excitation joyeuse ?

    -Le bonheur.

    Nous aurions ensuite travaillé sur les effets de ces différentes formes d'excitation et de leurs émotions associées. 

    Comment vous vous êtes comportés pendant la séance ?

    Est-ce que vous avez eu du mal à écouter ?

    Vous étiez impatients ?

    Vous êtes restés attentifs et concentrés ? 

    Pour quelles raisons ?

    Est-ce que le fait que vous ayez eu une arme dans les mains vous a rendu plus attentifs ? Est-ce que vous avez compris qu'il fallait rester sérieux parce que c'était une arme ?

    Si oui, qu'est-ce que vous en tirez comme conclusion ?

    Si vous avez senti que vous étiez trop impatients pour vraiment écouter, est-ce que vous pensez que vous pouvez vous corriger et si oui, comment faire ?

    Si vous avez senti que vous étiez particulièrement attentifs, est-ce que vous pourriez reproduire cet état dans n'importe quelle situation ? 

    Est-ce que le fait que vous étiez dans une activité impressionnante vous a aidé à être performant ou est-ce que vous avez été perturbé par ce stress ?

    Dans quelle genre de situation que vous connaissez déjà ou que vous vivrez plus tard, vous avez des chances ou des risques de rencontrer de nouveau ces émotions et ces états ?

    En quoi cette expérience avec les armes pourrait vous servir désormais ?

    etc etc etc etc.....

    On pourrait bien évidemment parler du port d'armes autorisé aux USA et les conséquences destructrices. En analyser les raisons au regard des ressentis des enfants  (sentiment de puissance, d'excitation, de perte de contrôle, d'inattention etc etc ...)

    On pourrait parler des risques inhérents à une situation d'excitation lorsqu'elle n'est pas totalement mâitrisée par l'individu : la première sortie en scooter avec le casque posé comme un béret pour faire le mariole. La première rencontre amoureuse, la première expérience sexuelle, la première cuite, ..... Pour quelles raisons perd-on le contrôle de soi ? Le regard des autres, l'estime de soi, la fierté, la prétention, la témérité pour se sentir exister ?......

     

    Il y a tellement de choses à dire, à expliquer, à exprimer, ils ont tellement de choses à découvrir... En eux...

    J'ai un ancien élève qui s'est tué en scooter. Il avait posé son casque au sommet de son crâne... 

    Je sais combien l'observation de soi est vitale....

     

     

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  • Les enfants et les fusils d'assaut.

     

    Lors d'un "atelier découverte", un soldat a prêté des fusils d'assaut et des pistolets automatiques à des enfants à l'école élémentaire à Flastroff. Des sanctions pourraient être envisagées à son encontre. L'Express fait le point sur l'affaire.

    Une enquête et de possibles sanctions. Des militaires ont permis à des écoliers d'une école élémentaire à Flastroff, âgés de 9 et 10 ans, de manipuler des fusils d'assaut Famas et des pistolets automatiques. La polémique est née d'une photo des bambins, armes en mains, publiée dans le Républicain Lorrain


    Depuis deux jours, je lis des tas d'articles sur ce "scandale" et je me dis qu'il y a quand même une sacrée contradiction au regard de cette expérience et ce que les enfants voient du monde adulte quotidiennement. 

    Imaginons que ce militaire chargé de "l'exercice" ait justement profité de l'expérience pour expliquer aux enfants qu'une arme est destinée à tuer et que leurs "jeux" video de guerre ne sont nullement le reflet de la réalité. Imaginons que ce militaire ait cherché à éveiller ces jeunes consciences à la réalité des combats, à la violence extrême, à la peur, à la perte des amis, au traumatisme. Imaginons que ce soldat ait souhaité simplement que les enfants ressentent l'émotion générée par une arme et la fascination qu'elle peut représenter et qu'en même temps, il en explique clairement l'extrême danger...Imaginons que ce militaire ait eu dans son intervention un objectif essentiellement éducatif... 

    Faudrait-il le sanctionner ?

    Mais alors, que doit-on faire de tous ces films ou ces séries télévisées qui mettent en scène des morts violentes ? Est-ce qu'il y a dans ces séries une analyse psychologique qui puisse atteindre la conscience des enfants ? Non. 

    Que doit-on faire au regard des jeux videos ?

    Que doit-on faire au regard des images de ce monde ?

    Combien de millions d'enfants sont "abandonnés" devant ces images ? Combien de millions d'enfants irrémédiablement marqués ?

    Est-ce qu'il y a une démarche éducative là-dedans ? Non. 

    Il n'y a qu'une course à l'audimat en usant des pulsions les plus sombres des individus.

     

    Alors, plutôt que de matraquer ce militaire, alors que personne finalement, dans les journalistes qui relatent les faits, ne sait exactement ce qui a été dit et comment cette "expérience" a été vécue par les enfants, il conviendrait davantage de s'attaquer fortement à cette ultra violence, non accompagnée, que des millions d'enfants subissent quotidiennement.....

    Mes enfants ont tiré à la carabine un jour, dans le cadre d'une épreuve sportive. Ils ne sont pas devenus meurtriers pour autant. Les jeunes de lycées sportifs qui choisissent la pratique du biathlon (Ski de fond et tir à la carabine) ne deviennent pas des serial killers...

    Tout dépend de "l'accompagnement" et de la conscience qui est développée...Lorsque je travaillais avec les enfants de ma classe sur les deux guerres mondiales, je ne pense pas qu'une seule fois dans ma carrière, un enfant ait eu envie ensuite d'aller à la guerre... Par contre, ceux qui auront passé des milliers d'heures, SEULS ou en bande, devant des jeux video ou des films, je ne suis pas persuadé qu'ils en sortent indemmes... 

    Les journalistes parlent dans le vide, une fois de plus, ils imaginent, ils interprètent mais pendant ce temps-là, la violence télévisuelle, bien plus novice, continue tranquillement...Si, vraiment, on veut protéger les enfants, c'est par ça qu'il faut commencer. À la télé, quand j'étais petit, je regardais "Flipper le dauphin", "Thierry la Fronde", "Laurel et Hardy" , "Ivanhoé" etc etc...Maintenant, les enfants regardent en pleine journée, "Meurtres à Miami", "et autres boucheries sanguinolentes dont ils ne peuvent rien retirer d'autre qu'un profond malaise anxiogène. Je le redis : Tout dépend de l'accompagnement et personne ne sait ce que ce militaire a expliqué aux enfants. Et son intervention PEUT être bien plus pédagogique que ce que les journalistes croient..

    Tout ce ramdam s'est construit une fois de plus sur une photographie. Des enfants allongés au sol avec des fusils d'assaut dans les mains. Une photographie est muette et ce sont les esprits qui la regardent qui la commentent.

     

    Biathlon"Et pour cette photo-là ? Rien, aucune réaction ? Et là, en plus, les enfants tirent réellement sur la cible.

    Oui, c'est normal, ce sont des enfants qui font du sport. Ils ne sont pas avec des militaires et des fusils d'assaut.

    -Parce que ça change quelque chose au fait qu'ils utilisent une arme ? Pour un enfant, en tout cas, ça ne change rien. C'est le discours qu'il va entendre qui fera la différence. Un militaire n'est pas nécessairement un abruti...Mais il y a des animateurs sportifs et des entraîneurs qui sont de véritables dangers  pour les enfants. Il est donc impossible, a priori, de condamner une expérience comme celle-là. Pas à partir d'une photo.

    -Quand même, les entraîneurs sportifs ne sont pas dangereux pour les jeunes !

    -Allez donc vous mettre au bord d'un terrain de foot et on en reparlera....Dans une salle de boxe, les enfants apprennent le respect bien plus profondément que sur un terrain de foot. Là encore, il faut sortir des clichés. Tout comme il faut s'extraire des amalgams. L'un comme l'autre sont aussi nuisibles. D'ailleurs, qui vous certifie que l'entraîneur qu'on voit sur la ^photo, n'est pas en train de dire aux enfants ; "Allez, appliquez-vous, imaginez que la cible, c'est la tête du prof que vous détestez le plus".... On peut imaginer ce qu'on veut à partir d'une photo. Le pire comme le meilleur. 


     

     

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  • Le plaisir et l'ataraxie

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    ATARAXIE

    Wikipédia.
    "L’ataraxie apparaît d'abord chez Démocrite et désigne la tranquillité de l’âme résultant de la modération et de l’harmonie de l’existence.
    L’ataraxie devient ensuite le principe du bonheur (eudaimonia) dans le stoïcisme, l’épicurisme et le scepticisme. Elle provient d’un état de profonde quiétude, découlant de l’absence de tout trouble ou douleur. Cette notion apparaît à l'époque d'Epicure.
    L'état d'ataraxie n'est pas uniquement une affaire mentale. L'étude rationnelle d'une éthique et d'une paix intérieure telle que firent ces trois mouvements philosophiques reste limitée par l'expression de ce sentiment de quiétude. Nous ne pouvons que souligner l'importance des exercices corporels dans ces doctrines afin de mieux faire apparaître la relation controversée entre le corps et l'esprit. L'ataraxie est en effet liée, d'une façon non nécessaire, à l'aponie, ou absence de troubles corporels. Selon Epicure, ces deux états liés mènent à l'euthymie.
    Pour Epicure, la réflexion sur le bonheur est incontournable car l'existence de l'humain est toute entière dominée par la recherche des causes qui le produisent. Épicure enseigne à distinguer les désirs naturels des désirs non naturels, et les désirs nécessaires des désirs non nécessaires :
    « Quand nous disons que le plaisir est notre but, nous n'entendons pas par-là les plaisirs des débauchés ni ceux qui se rattachent à la jouissance matérielle, ainsi que le disent ceux qui ignorent notre doctrine, ou qui sont en désaccord avec elle, ou qui l'interprètent dans un mauvais sens. Le plaisir que nous avons en vue est caractérisé par l'absence de souffrance corporelle et de troubles de l'âme. »
    "Il n'est pas possible de vivre de façon bonne et juste, sans vivre avec plaisir."
    Il faut viser la suffisance à soi, car ainsi la douleur provenant du manque est supprimée.
    Pour Épicure, une amitié restreinte mais véritable est importante à l'ataraxie. Dans le jardin d'Epicure, seuls ses vrais amis sont présents, ce qui empêche tout trouble de l'âme.
    "Certaines douleurs ne sont pas à éviter parce qu'elles sont un bien, de même que certains plaisirs ne doivent pas être poursuivis parce qu'ils sont la source de plus grands maux. " Lettre à Ménécée.

    .............................................................................................................
    Notre existence sociale est-elle propice à l'établissement et la durabilité de cet état d'ataraxie ?
    Le souhaitons-nous réellement ?
    Les conditionnements éducatifs, non seulement familiaux mais sociétaux, autorisent-ils l'élaboration consciente, volontaire et constante de cette philosophie et de son application ?
    Existe-t-il une opposition supérieure aux hommes au développement de cette philosophie ? 
    Existe-t-il des mouvements de pensées à l'échelle du monde s'opposant à cette liberté individuelle ?
    L'ataraxie, de par la plénitude qu'elle génère, n'est-elle pas antinomique au regard de la société de consommation ?...
    Un individu qui a su identifier les plaisirs qui lui sont nécessaires et bons de ceux qui lui sont néfastes est-il encore un client potentiel ?
    Epicure n'apporte rien au PIB...C'est un Antimondialiste et un Indigné. Aujourd'hui, il serait considéré comme un "marginal, un être asocial, un "pisse-froid", un casseur d'ambiance, un déprimé de la vie", 
    Tout le problème de cette société matérialiste tient dans ce rejet....Combien d'individus acceptent cette exclusion ? Combien sont prêts à l'assumer et plus que tout à y trouver le bonheur ?......

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  • Un paria de l'Histoire...

    Moi également, je ne connais de cette photo que l'histoire des deux athlètes brandissant leur poing...Je ne savais rien du 3ème homme....

    La subjectivité de l'Histoire, ses rejets, ses censures, ses manipulations, ses exclusions, ses mensonges, ses falsifications....Le poids des mots, le choc des photos et tout ce que ça enclenche... La "vérité" est bien trop souvent le mot qu'on attibue follement à nos insuffisances.


     

    Personne ou presque ne fait attention à lui, l'homme qui ne lève pas le poing sur cette photo mythique. Et pourtant... C'est peut être bien lui le plus grand héros de cette scène !

    Par Nathan Weber il y a 54 minutes

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    Parfois, les images peuvent nous tromper. 

    Prenez cette photographie, par exemple. Vous la reconnaissez sans doute, elle est extrêmement célèbre et se trouve dans tous les livres d’histoire : c’est le geste de rébellion de deux coureurs afro-américains, John Carlos et Tommie Smith, brandissant le poing pour protester contre la ségrégation raciale, alors qu’ils se trouvaient sur le podium après avoir couru les 200 mètres lors des Jeux Olympiques de 1968, à Mexico.

     

    Eh bien cette photo m’a trompé, pendant très longtemps… Et il est probable qu’elle vous ait trompé, vous aussi.

         

    J’ai toujours vu cette photo comme une image extraordinairement puissante de deux hommes de couleur, pieds nus, tête baissée, leur poing ganté de noir brandi vers le ciel tandis que l’hymne national Américain retentissait.  J’ai toujours vu dans cette image un geste symbolique fort pour défendre l’égalité des droits pour les personnes de couleur, dans une année notamment marquée par la mort de Martin Luther King et de Bobby Kennedy.

     

    J’ai toujours vu dans cette image une photographie historique de deux hommes de couleur. 

    Et c’est pour ça, sans doute, que je n’ai jamais vraiment fait attention à ce troisième homme.
     Un blanc, immobile, figé sur la deuxième marche du podium. Il ne brandit pas le poing en l'air. J'ai toujours vu dans ce troisième homme une sorte d’intrus, une présence en trop, arrivé là un peu par hasard et malgré lui.

     

    En fait, je pensais même que cet homme représentait, dans toute sa rigidité et son immobilité glacée, l’archétype du conservateur blanc qui exprime le désir de résister à ce changement que Smith et Carlos invoquaient en silence derrière lui.

     

    Mais je me trompais. Pire que ça : je ne pouvais pas mieux me tromper.

     

    La vérité, c’est que cet homme blanc sur la photo, celui qui ne lève pas le bras, est peut-être le plus grand héros de ce fameux soir d’été 1968.

     

    Il s’appelait Peter Norman, il était australien et ce soir-là, il avait couru comme un dingue, terminant la course avec un temps incroyable de 20 s 06. Seuls l'Américain Tommie Smith avait fait mieux, décrochant la médaille d'or tout en inscrivant un nouveau record du monde, avec un temps de 19 s 78. Un deuxième Américain, un certain John Carlos, se trouvait sur la troisième marche avec seulement quelques millisecondes d'écart avec Norman.

     

    En fait, on pensait que la victoire se départagerait entre les deux américains. Norman, c’était un coureur inconnu, un outsider, qui a soudain eu un coup de fouet inexpliqué dans les derniers mètres et s’est retrouvé propulsé sur le podium. Cette course, c’était la course de sa vie.

     

    Pourtant, le plus mémorable ne fut pas la performance en elle-même, mais bien les évènements qui s’ensuivirent lors de la montée des coureurs sur le podium après la course.

     

    Smith et Carlos allaient bientôt montrer à la face du monde entier leur protestation contre la ségrégation raciale. Ils se préparaient à faire quelque chose d’énorme, d’un peu risqué aussi, et ils le savaient.

     

    Norman, lui, était un blanc d’Australie. Oui, d’Australie : un pays qui avait à l’époque des lois d’apartheid extrêmement strictes, presque aussi strictes que celles qui avaient cours en Afrique du Sud. Le racisme et la ségrégation étaient extrêmement violents, non seulement contre les Noirs mais aussi contre les peuples aborigènes.

     

    Les deux afro-américains ont demandé à Norman s’il croyait aux droits humains. Norman a répondu que oui.


    « Nous lui avions dit ce que nous allions faire, nous savions que c’était une chose plus glorieuse et plus grande que n’importe quelle performance athlétique, » racontera plus tard John Carlos.  « Je m’attendais à voir de la peur dans les yeux de Norman… Mais à la place, nous y avons vu de l’amour. »
     

    Norman a simplement répondu : « Je serai avec vous ».

     Peter Norman, le "troisième homme"


    Smith et Carlos avaient décidé de monter sur le podium pieds nus pour représenter la pauvreté qui frappait une grande partie des personnes de couleur. Ils arboreraient le badge du Projet Olympique pour les Droits de l’Homme, un mouvement d’athlètes engagés pour l’égalité des hommes. 

    Mais ils ont bien failli ne pas porter les fameux gants noirs, le symbole des Black Panthers, qui ont finalement fait toute la force de leur geste.

     

    C’est Norman qui a eu l’idée.

     

    En fait, juste avant de monter sur le podium, Smith et Carlos ont réalisé qu’ils n’avaient… qu’une seule paire de gants. Ils allaient renoncer à ce symbole, mais c’est Norman qui a insisté, en leur conseillant de prendre un gant chacun. 

    Et c’est ce qu’ils ont fait.

     

    Si vous regardez bien le cliché, vous verrez que Norman porte, lui aussi, un badge du Projet Olympique pour les Droits de l’Homme, épinglé contre son cœur.

     

    Les trois athlètes sont montés sur le podium ; le reste fait partie de l’Histoire, capturé par la puissance de cette photo qui a fait le tour du monde. 

    « Je ne pouvais pas voir ce qui se passait derrière moi » se souviendra plus tard Norman, « mais j’ai su qu’ils avaient mis leur plan à exécution lorsque la foule qui chantait l’hymne national Américain s’est soudainement tue. Le stade est devenu alors totalement silencieux. »

     

    Cet évènement a provoqué l’immense tollé que l’on sait. Les deux coureurs ont été immédiatement bannis de la discipline et expulsés du village olympique. Une fois de retour aux États-Unis, ils ont fait face à de nombreux problèmes et ont reçu d’innombrables menaces de mort.

     

    Ce que l’on sait moins, c’est que Peter Norman, lui aussi, a subi de lourdes conséquences. Pour avoir apporté son soutien à ces deux hommes, il a dû dire adieu à sa carrière qui aurait pu être extrêmement prometteuse.

     

    4 ans plus tard, malgré son excellence dans la discipline, il n’est pas sélectionné pour représenter l’Australie pour les Jeux Olympiques de 1972. Il ne sera pas non plus invité pour les JO qui se dérouleront dans son propre pays, en 2000.

     

    Dégoûté, Norman a laissé tomber les compétitions athlétiques, et s’est remis à courir au niveau amateur. En Australie, où le conservatisme et la suprématie raciale avait la peau dure, il a été traité comme un paria, un traître. Sa famille l’a renié, et il n’arrivait pas à trouver de travail à cause de cette image qui lui collait à la peau. Il a travaillé un temps dans une boucherie, puis en tant que simple prof de gym. 

    Après une blessure mal soignée, il a fini ses jours rongé par la gangrène, la dépression et l’alcoolisme.

     

    Pourtant, Norman a eu pendant des années une chance de se racheter, de sauver sa carrière et d’être à nouveau considéré comme le grand sportif de talent qu’il était : Il a maintes fois été invité à condamner publiquement le geste de John Carlos et de Tommie Smith, de demander pardon, bref de se repentir face à ce système qui avait décidé de l’exclure.

     

    Un simple pardon aurait pu lui permettre de de revenir dans la discipline, et plus tard de faire partie des organisateurs des jeux olympiques de Sydney en 200.  Mais il n’en a rien fait. Norman n’a jamais laissé ses opinions faiblir, et n’a jamais accepté de trahir les deux américains pour se « racheter ».

     

    Avec le temps, Carlos et Smith ont été considérés comme de véritables héros ayant défendu la cause de l’égalité raciale envers et contre tous.
     

    En Californie, une statue a même été érigée en hommage à ces deux athlètes aux poings levés… 
     

    Sauf que l'Australien ne figure pas sur cette statue.

     

     

     Gommé, supprimé de l’histoire et pourtant détesté de tous en son pays, voilà ce qu’il était devenu.  Son absence semble être l’épitaphe d’un héros que personne n’avait remarqué, et que l’histoire n’aura malheureusement pas retenu.
     

    En 2006, Peter Norman décède finalement à Melbourne, en Australie. Pendant des décennies, il a a donc été pour beaucoup "l'homme qui n'a pas levé le poing" tout en étant complètement déconsidéré par son propre pays puis, pire encore, oublié.



     

    À son décès, les deux sprinteurs américains ont tenu à porter son cercueil

     

    N'oublions jamais Peter Norman, héros sans gants, effacé de l’histoire, qui n’a jamais cessé de lutter pour l’égalité des hommes.

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  • Test de "personnalité "

    Ce test de personnalité peut dire qui vous êtes en analysant la façon dont vous regardez ces images

    Par  | 14 octobre 2015

          

    Ce test de personnalité peut dire qui vous êtes en analysant la façon dont vous regardez ces images

    Notre caractère est directement affecté par notre façon de percevoir le monde,  tout comme notre caractère profond influe sur la façon dont nous décryptons les choses et voyons ce qui nous entoure. Ces deux choses sont intimement liées et pour cause : elles se rapportent directement à ce qui fait notre personnalité.

    Les scientifiques, psychologues et chercheurs du monde entier connaissent très bien ce phénomène, et de nombreux tests psychologiques utilisent des formes, des dessins abstraits ou des tâches pour décrypter la personnalité d’une personne.

    C’est exactement de cela qu’il s’agit dans ce test … Mais attention, pour que cela fonctionne, focalisez votre attention et suivez attentivement les consignes :
    Essayez de garder en mémoire la chose qui vous saute en premier aux yeux, ce que vous percevez en tout premier dans ces images. Bien entendu, vous verrez plusieurs choses dans ces formes, en fonction des différents niveaux de lecture de l’image. Tout est assez évident, mais ce n’est pas cela qui importe :
    L’important, c’est vraiment d’essayer de bien vous souvenir de la toute première chose que vous percevez !

    Test de personnalité:

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    Que voyez-vous en premier dans cette image ?

     

    A) Une personne assise au pied d’un arbre

    B) Des pommes

    C) Le visage d’Isaac Newton

     

    Que voyez-vous en premier dans cette image ?

     

    A) Une voiture

    B) La lettre A

    C) Une personne avec des jumelles

    Que voyez-vous en premier dans cette image ?

    A) Des poupées russes

    B) Des empreintes de pas

    C) Des quilles de bowling

     

    Que voyez-vous en premier dans cette image ?

    A) Une pomme

    B) Un couteau

    C) Un papillon

    Que voyez-vous en premier dans cette image ?

    A) Une falaise

    B) Un chien

    C) Un visage

    Que voyez-vous en premier dans cette image ?

    A) Une montagne et de l’eau

    B) Des personnages sur un bateau

    C) Un crocodile

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    Que voyez-vous en premier dans cette image ?

    A) La lune et son reflet sur l’eau

    B) Un surfeur

    C) Une baleine

    Il est temps maintenant de compter vos réponses pour découvrir votre résultat au test de personnalité!

    Si vous avez plus de A :

    Vous êtes une personne très optimiste !

    Vous vous adaptez aux changements et à votre environnement très rapidement. Il semblerait que vous ayez aussi certaines facilités pour communiquer avec les autres personnes, et il est peu courant que vous vous sentiez seul(e). Malgré une certaine timidité intérieure, vous vous comportez de façon plutôt enjouée en société. Vous valorisez toutes les expressions d’affection et d’amour, même les plus discrètes.

    Vous essayez de voir au-delà des apparences, et vous mettez un point d’honneur à ne pas juger les personnes sans connaître vraiment ce qui se cache tout au fond d’elles. Cette envie de percevoir les choses en profondeur et de manière complète vous pousse à une certaine curiosité, le désir d’apprendre sans cesse de nouvelles choses, ainsi qu’un petit penchant pour les choses spirituelles et/ou philosophiques.

    Vous êtes une personne passionnée dont la tête fourmille d’idées, mais vous êtes aussi capable d’avoir une vie privée organisée.

    Si vous ne vous reconnaissez pas dans cette description mais que vous avez tout de même vu en majorité les formes se rapportant à la réponse A, il se peut que vous traversiez simplement une période d’euphorie sentimentale, qui transforme en ce moment votre façon de percevoir les choses : peut-être êtes-vous amoureux(se) ou bien vous sentez que vous êtes en plein développement physique et mental ! Quoi qu’il en soit, vous voyez toujours le verre à moitié plein, et ça, c’est vraiment fantastique !

    Si vous avez plus de B :

    Vous êtes une personne plutôt méthodique, qui aime la stabilité !

    Vous aimez que tout, au sein de votre vie, soit bien planifié, équilibré et qu’il y ait peu de changements. Vous recherchez l’harmonie, le calme plutôt que le mouvement permanent et l’agitation. Pour vous, les changements et les choses imprévues sont un motif de préoccupation inutile. Vous faites très attention aux détails, même les plus petits… Pourtant, il vous arrive également de laisser passer des détails importants qui pourraient vous aider à vous faire une meilleure idée des choses.

    Malgré un esprit plutôt cartésien, vous savez également laisser une grande place à vos sentiments et vous savez mieux que quiconque différencier vos nécessités de vos désirs. Sobre, les pieds solidement ancrés sur terre, vous êtes une personne simple, loyale et droite, vous n’avez pas besoin de vous encombrer de choses matérielles. Votre estime de vous-même est suffisamment stable, vous connaissez vos propres forteresses intérieures, vous vous respectez et vous savez tirer votre épingle du jeu même dans les situations les plus adverses.

    Pour vous, la stabilité mentale et émotionnelle est synonyme de développement personnel. Votre esprit fonctionne de façon logique, ce qui a de nombreux avantages… mais cela peut vous déstabiliser et vous entraîner un certain stress quand vous vous retrouvez devant une situation non-prévisible, inattendue et inconnue.

    Même si vous n’aimez pas improviser les choses à la va-vite, quand vous êtes en terre connue vous êtes d’un calme implacable et vous êtes apte à réaliser beaucoup de choses. Vous êtes en outre une personne responsable, qui tient parole et qui n’est pas du genre à faire des promesses en l’air

    Si vous avez plus de C :

    Vous êtes une personne très créative !

    Pour vous, le plus important dans la vie est l’intuition, la sagesse, le bonheur, et le fait de satisfaire votre infatigable curiosité. À vos yeux, le monde est rempli de choses à découvrir ! Toutes les différentes facettes de la vie, les personnes et les situations qui défilent devant vos yeux vous fascinent et activent votre imagination débordante. Votre vie est remplie de couleurs, au sens propre comme au sens figuré ! Vous aimez penser d’une façon différente, et vous percevez les choses qui vous entourent d’une manière bien à vous. Le regard que vous posez sur le monde est celui d’un artiste, ou d’un éternel enfant aux yeux sans cesse émerveillés.

    Vous êtes également capable de transformer les choses qui se présentent à vous, souvent pour le mieux. Vous ne cherchez pas forcément la solution la plus facile aux problèmes, vous suivez avant tout votre instinct et ce qui vous apporte le plus de bonheur.

    Votre capacité à voir l’essence même des choses plutôt que leurs simples contours physiques, votre propension à vous baser sur des émotions pures, sur des vibrations immatérielles, sur des sentiments plutôt que sur une froide logique fait de vous une personne un peu à part. Sensible, sentimental, vous êtes doté d’un grand sens de l’écoute et d’une haute réceptivité à l’art, à la poésie, à la musique ou encore à la littérature. Ce qui fait battre votre cœur, ce sont avant tout ces choses immatérielles, intangibles et pourtant bien présentes de par la chaleur intense, quasiment brûlante, qu’elles peuvent provoquer en vous.

    Vous êtes un idéaliste, un rêveur passionné et un peu fou. Le monde a besoin de personnes comme vous !

    Source Ce test de personnalité peut dire qui vous êtes en analysant la façon dont vous regardez ces images: Playbuzz

          

    - See more at: http://www.espritsciencemetaphysiques.com/test-de-personnalite-images.html#sthash.rYIbFAcU.dpuf

    REPONSE C pour ma part :)


     

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  • A l'abattoir

    Un abattoir bio dans la ville de Wachtendonk en Allemagne (photo d'illustration).

    Un abattoir bio dans la ville de Wachtendonk en Allemagne (photo d'illustration).

     

    REUTERS/Ina Fassbender

    Le maire d'Alès a annoncé ce mercredi avoir ordonné la fermeture "immédiate et à titre conservatoire" de l'abattoir municipal après la diffusion par une association d'une vidéo montrant des mauvais traitements infligés à des animaux.

    Action réussie pour une association de défense des animaux à Alès. Ce mercredi, l'association L214 a frappé les esprits après la diffusion d'une vidéo montrant les traitements infligés au bétail, parfois abattu en état de conscience. Après avoir pris connaissance de ces images, le maire de la ville Max Roustan a demandé la fermeture "immédiate et à titre conservatoire" de l'abattoir municipal. 

    Acte I. Une vidéo choc

    L214, une association de défense des animaux, publie sur son site une vidéo filmée en caméra cachée entre avril et mai 2015 par une "une personne qui a accès à l'abattoir". Les images montrent des bovins et des moutons être saignés alors qu'ils ont repris connaissance après avoir été étourdis. Des porcs sont entassés dans une cage qui descend dans une fosse où ils seront asphyxiés au Co2. Un cheval apeuré est frappé avec un aiguillon électrique. 

    Selon l'association, cette vidéo révèle "des mauvais traitements et desactes de cruauté" infligés à des animaux à l'abattoir d'Alès. Contactés par l'AFP, les responsables de l'abattoir n'ont pas souhaité s'exprimer. 

    >> Attention, ces images peuvent choquer: 

    Acte II. Une plainte et un expert

    Dans la foulée de la publication de la vidéo, l'association a déposé une plainte auprès du procureur d'Alès. Elle assure aussi avoir envoyé un courrier à la préfecture demandant "une fermeture immédiate de l'abattoir".  

    L'association a également soumis ces images à un expert vétérinaire auprès des tribunaux, qui a relevé plusieurs infractions au règlement dans les méthodes d'abattage. Gilbert Mouthon, également secrétaire général de l'association de protection Fondation Assistance aux animaux, a noté "des actes de cruauté" ainsi qu'un danger de contamination des carcasses par des matières fécales. 

    Acte III. Une ordonnance de fermeture

    Mercredi en fin d'après-midi, le maire d'Alès a annoncé avoir ordonné la fermeture "immédiatement et à titre conservatoire". En outre, Max Roustan, qui s'est dit "ému par ces images", a annoncé le lancement d'une enquête administrative interne sur d'éventuels manquements aux normes d'abattage des animaux. "Si des fautes sont reconnues, des sanctions seront prises pouvant aller jusqu'à la fermeture définitive de l'abattoir d'Alès", a-t-il poursuivi dans un communiquépublié sur le site internet de la municipalité. 

    "Cet abattoir, comme l'ensemble des abattoirs de France, est sous l'exclusive responsabilité sanitaire des services de l'État, à travers la Direction départementale de la protection des populations, qui sont présents quotidiennement au sein de cet abattoir pour en surveiller le bon fonctionnement", a par ailleurs rappelé l'élu. 

    L'entreprise, qui produit 5000 tonnes de viandes par an selon son site internet, a bénéficié d'un investissement de 2,5 millions d'euros de la ville en 2010 pour sa rénovation. 120 emplois directs et indirects dépendent de cet abattoir à Alès et aux alentours. 

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  • Propagande et démocratie

    L’acte révolutionnaire de dire la vérité (John Pilger)

     

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    POSTED BY: LEPARTAGE 13 OCTOBRE 2015

    9ae3deca6381c2a9e1ecfec3d7b54303John Pilger est un journaliste de nationalité Australienne, né à Sydney le 9 Octobre 1939, parti vivre au Royaume-Uni depuis 1962. Il est aujourd’hui basé à Londres et travaille comme correspondant pour nombre de journaux, comme The Guardian ou le New Statesman.

    Il a reçu deux fois le prix de meilleur journaliste de l’année au Royaume-Uni (Britain’s Journalist of the Year Award). Ses documentaires, diffusés dans le monde entier, ont reçu de multiples récompenses au Royaume-Uni et dans d’autres pays.

    John Pilger est membre, à l’instar de Vandana Shiva et de Noam Chomsky, de l’IOPS (International Organization for a Participatory Society), une organisation internationale et non-gouvernementale créée (mais encore en phase de création) dans le but de soutenir l’activisme en faveur d’un monde meilleur, prônant des valeurs ou des principes comme l’autogestion, l’équité et la justice, la solidarité, l’anarchie et l’écologie.

    Article initialement publié le 30 septembre 2015, en anglais, sur le site officiel de John Pilger, à cette adresse.


    George Orwell a écrit qu’à « une époque de supercherie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire ».

    Nous vivons une sombre époque, dans laquelle la propagande de la supercherie affecte nos vies à tous. Comme si la réalité politique avait été privatisée, et l’illusion légitimée. L’ère de l’information est une ère médiatique. Nous avons une politique médiatique ; une censure médiatique ; une guerre médiatique ; des représailles médiatiques ; une diversion médiatique — une chaîne de production surréaliste de clichés et d’idées fausses.

    Notre merveilleuse technologie est devenue notre amie autant que notre ennemie. A chaque fois que nous allumons un ordinateur ou prenons en main un appareil électronique — les chapelets de ce siècle — nous sommes soumis à un contrôle : à la surveillance de nos habitudes et de nos routines, et aux mensonges et à la manipulation.

    Edward Bernays, qui inventa l’expression « relations publiques », un euphémisme pour « propagande », a prédit cela il y a plus de 80 ans, en qualifiant ce phénomène de « gouvernement invisible ».

    Il a écrit que « ceux qui manipulent cet élément invisible de [la démocratie moderne] constituent un gouvernement invisible représentant la véritable force dirigeante de notre pays… Nous sommes gouvernés, nos esprits sont façonnés, nos goûts créés, nos idées suggérées, en grande partie par des gens dont nous n’avons jamais entendu parler… »

    Le but de ce gouvernement invisible est de prendre possession de nous: de notre conscience politique, de notre perception du monde, de notre aptitude à penser indépendamment, de notre aptitude à séparer le vrai du faux.

    Il s’agit d’une forme de fascisme, un mot que nous avons raison d’utiliser prudemment, préférant l’associer aux troubles du passé. Mais un fascisme moderne insidieux est aujourd’hui le principal danger. Comme dans les années 1930, d’énormes mensonges sont délivrés avec la régularité d’un métronome. Les musulmans sont mauvais. Les fanatiques saoudiens sont bons. Les fanatiques d’ISIS sont mauvais. La Russie est toujours mauvaise. La Chine commence à le devenir. Bombarder la Syrie est bon. Les banques corrompues sont bonnes. La dette corrompue est bonne. La pauvreté est bonne. La guerre est normale.

    Ceux qui remettent en cause ces vérités officielles, cet extrémisme, sont jugés comme fous — jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’ils ne l’étaient pas. La BBC fournit ce type de service gratuitement. Ne pas se soumettre c’est se voir qualifier de « radical » — peu importe ce que cela signifie.

    La véritable dissidence devient exotique; et pourtant les dissidents n’ont jamais été aussi importants. Le livre que je lance ce soir, « Le dossier WikiLeaks », est un antidote au fascisme qui ne dit jamais son nom. C’est un livre révolutionnaire, tout comme WikiLeaks est révolutionnaire — dans la même veine que ce dont parlait Orwell dans la citation que j’ai utilisée au début de ce texte. Car il explique que nous n’avons pas à accepter ces mensonges quotidiens. Nous n’avons pas à rester silencieux. Ou, comme l’a autrefois chanté Bob Marley : « Emancipate yourself from mental slavery » (« Emancipez-vous de l’esclavage mental »).

    Dans l’introduction, Julian Assange explique que ce n’est jamais suffisant de divulguer les secrets des grands pouvoirs: qu’il est crucial de les comprendre, ainsi que de les replacer dans le contexte actuel, et de les intégrer à la mémoire historique.

    Tel est l’accomplissement remarquable de cette anthologie, qui se réapproprie notre mémoire. Elle connecte les raisons et les crimes qui ont entraîné tant de bouleversements humains, du Vietnam et de l’Amérique Centrale, jusqu’au Moyen-Orient et à l’Europe de l’Est, toujours au sein de la matrice d’un pouvoir vorace, celui des États-Unis.

    Il y a actuellement une tentative États-unienne et européenne de destruction du gouvernement Syrien. Le premier ministre David Cameron semble en être particulièrement désireux. C’est ce même David Cameron dont je me souviens comme d’ un homme mielleux lorsqu’il était en charge des relations publiques pour les requins financiers d’une chaîne de télévision privée britannique (Carlton Communication).

    Cameron, Obama et le toujours plus obséquieux François Hollande veulent détruire la dernière autorité multiculturelle restante en Syrie, une action qui ouvrira certainement la voie aux fanatiques d’ISIS.

    C’est, bien sûr, totalement démentiel, et l’immense mensonge qui justifie cette démence c’est que cela serait pour soutenir les Syriens qui se sont soulevés contre Bashar el-Assad lors du printemps arabe. Comme le révèlent les dossiers WikiLeaks, la destruction de la Syrie est un vieux projet des impérialistes cyniques qui date d’avant les soulèvements du printemps arabe contre Assad.

    Pour les dirigeants du monde, à Washington et en Europe, le véritable crime de la Syrie n’est pas la nature oppressive de son gouvernement, mais son indépendance du pouvoir États-unien et Israélien — tout comme le véritable crime de l’Iran est son indépendance, et ainsi de suite pour la Russie, et la Chine. Dans un monde détenu par les États-Unis, l’indépendance est intolérable.

    Ce livre révèle ces vérités, l’une après l’autre. La vérité sur une guerre contre le terrorisme qui fut toujours une guerre du terrorisme ; la vérité sur Guantanamo, la vérité sur l’Irak, l’Afghanistan, et l’Amérique Latine.

    De telles vérités n’ont jamais été aussi nécessaires. A quelques honorables exceptions près, ceux des médias, soi-disant payés pour s’en tenir aux faits, sont maintenant absorbés dans un système de propagande qui ne relève plus du journalisme, mais de l’anti-journalisme. C’est aussi vrai des libéraux et des respectables que de Murdoch. A moins d’être prêt à surveiller et déconstruire chacune de leurs spécieuses affirmations, les prétendues « actualités » sont devenues irregardables et illisibles.

    En lisant les dossiers WikiLeaks, je me suis souvenu des mots du défunt Howard Zinn, qui faisait souvent référence à « un pouvoir que les gouvernements ne peuvent supprimer ». Cela décrit WikiLeaks, et cela décrit les véritables lanceurs d’alertes qui partagent leur courage.

    Sur le plan personnel, je connais les gens de WikiLeaks depuis déjà quelques temps. Qu’ils aient accompli ce qu’ils ont accompli dans des circonstances ne relevant pas de leur choix est une source d’admiration constante. Leur sauvetage d’Edward Snowden en est un bon exemple. Tout comme lui, ils sont héroïques : rien de moins.

    Le chapitre de Sarah Harrison, « Indexer l’Empire », décrit comment ses camarades et elle ont mis en place une véritable bibliothèque publique de la diplomatie US. Il y a plus de 2 millions de documents maintenant accessibles à tous. « Notre ouvrage », écrit-elle, « est dédié à un objectif : que l’histoire appartienne à tout le monde. » Lire ces mots est exaltant, et cela témoigne de son propre courage.

    Depuis le confinement d’une pièce de l’ambassade équatorienne à Londres, le courage de Julian Assange est une réponse éloquente aux lâches qui l’ont traîné dans la boue et au pouvoir sans scrupules qui cherche à prendre sa revanche contre lui, et qui mène une guerre contre la démocratie.

    Rien de tout cela n’a dissuadé Julian et ses camarades de WikiLeaks : pas le moins du monde. Et ce n’est pas rien.

    John Pilger