Blog

  • LA-HAUT : Et si Dieu ...?

    Cielen feu

     

    Image 2

     

    LÀ-HAUT

    "Le ciel étoilé est un plafond lumineux. La lune ronde comme un miroir immobile et soumis réfléchit avec une ardeur rare les rayons du soleil qu’elle vénère. Inutile de prendre la lampe frontale. Des rideaux de clarté douce parcourent l’atmosphère comme des haleines célestes chargées de particules solaires. Des soleils si lointains qu’ils n’ont pas de noms sinon celui de la Vie qui bat dans leurs pulsations. Il part sur la route du col de Claran. Le goudron et les herbes et les bourgeons luisent tous comme des courants chauds dans un océan sombre, des sillages agités de reflets translucides dans le corps éthéré de l’atmosphère. Il croit voir s’ouvrir des myriades de bouches affamées, petits évents fébriles, cherchant à capter des souffles gorgés de cellules voyageuses. La Terre, sous ses yeux amoureux, se nourrit, saisit goulûment la Vie qui coule de l’Univers et ruisselle en silence. Il sent combien nous sommes tous enlacés par plus grand que nous, toujours câlinés par cette atmosphère ignorée. Il s’étonne d’ailleurs de l’extraordinaire ingéniosité de cette couverture gazeuse qui a su filtrer les rayonnements solaires bénéfiques et repousser vaillamment ceux que la Vie ne pouvait recevoir.

    Mais a-t-elle « su » le faire, nécessitant pour cela une conscience réelle ou tout au moins un Architecte habile capable de maîtriser les lois de la physique ou a-t-elle simplement par un mécanisme chanceux fini par se constituer laborieusement, autorisant dès lors l’apparition de la Vie?

    En lui, Dieu surgit une nouvelle fois. Il le voit cette fois comme le porteur d’une question essentielle, le point d’interrogation dressé devant les hommes. La complexité  fabuleusement merveilleuse du Vivant le pousse à croire en l’existence de l’Architecte mais le Mal s’obstine à jeter un voile sombre sur la Clarté qu’il distingue.

    Encore une fois, il veut y penser et tenter d’avancer dans le mystère qui le hante.

    Une brise légère, parfumée à la sève des grands pins, l’effleure un court instant, lançant par ses effluves des désirs de sous-bois.

    Il entre sous le couvert des arbres. Le plafond étoilé apparaît, impassible, dans les trouées des frondaisons. L’air, comme assoupi, respire lentement. Il s’arrête et tente de ralentir les battements de son cœur, de sentir la maîtrise de l’organe qui se soumet à son esprit. Il aimerait adapter ses souffles à ceux du monde. La force de son amour se révèlerait alors. Mais il est prisonnier de mouvements internes qu’il ne contrôlera jamais. Une faiblesse qui le désole. Les animaux sont certainement plus habiles que nous à cet égard, il en est certain. Les biologistes qui expliquent les bonds étonnants des baleines hors de l’eau par des soucis de se nettoyer des coquillages qui infestent leurs corps ou par des volontés de communications avec leurs semblables n’ont jamais admis qu’ils ne pouvaient s’agir tout simplement que d’un moyen fabuleux d’exprimer leur joie et leur amour de la Vie. Que sommes-nous capables de réaliser pour témoigner à notre tour de notre reconnaissance envers cette Force qui nous anime ? Nous la combattons. Voilà tout ce que nous avons réussi à établir comme contact. Pour lui, la troisième guerre mondiale a déjà commencé. D’un côté l’armée des hommes et de l’autre celle d’une Nature sans réelle défense.

    Quelqu’un, un jour, a écrit : «  Les hommes sont comme les pommes, quand on les entasse, ils pourrissent. » L’image est parfaite. Six milliards et quelques d’humains. Ça commence sérieusement à puer. D’autant plus que le dépôt où sont rangés les fruits est dégradé par la récolte elle-même.

     

    Fallait-il que Dieu aille jusque dans cette extrémité pour placer les hommes sur la Voie de la Compréhension ? Ne pouvait-il pas s’en tenir aux douleurs de l’âme ? Un effroyable doute.

    Et si ce doute participait lui aussi à l’Epreuve ? L’idée lui plaît… N’est-il pas l’ultime barrière à gravir pour accéder à la Porte ? Ne s’agit-il pas pour Dieu d’un ultime défi pour tester notre Foi ? « Que celui qui ne croît plus en Moi, parce que le destin que Je lui ai choisi lui pèse, connaisse la défaite et la fin. »

    Dieu serait-il capable d’un tel acharnement ?

     

    Il ne sait pas lui-même si, dans le cas où Isabelle, un jour béni, venait à « se délivrer » de leur premier enfant, il accepterait les cris de douleur du petit être fragile et l’incompréhension au fond de ses yeux envers une maladie qui le rongerait. Inacceptable qu’un être puisse accéder à la Compréhension en veillant celui qui meurt.

    Ne perdrait-il pas la Foi ? Ne refuserait-il pas l’Epreuve ? Ne maudirait-il pas le Responsable ?

    Dans ce cas-là, Dieu n’a-t-il pas présumé des forces morales de l’homme ? Mais s’il n’a pas su prévoir que la douleur serait trop épouvantable pour pouvoir être pleinement assumée par les parents qui soutiennent dans leurs bras impuissants leur petit enfant qui meurt, comment pourrait-on lui donner le nom de Dieu ? Puisqu’il s’est trompé. 

    De nouveau, parce que le doute ne le quitte jamais, il s’efforce d’établir la situation inverse.

    Si Dieu n’est rien d’autre qu’une illusion inventée par les hommes, les enfants cancéreux et tous ceux qui portent en eux des maladies incompréhensibles ne sont-ils pas tout simplement, et horriblement, les porteurs des stigmates d’une Nature créatrice qui se cherche encore ? Si Dieu n’y est pour rien, si la question même de son existence n’a pas de raison d’être et qu’on s’en tient à une Nature créée lentement par un hasard facétieux, les enfants malades et condamnés ne sont-ils pas l’ultime combat que doit livrer une humanité qui se veut libre et détachée de la Nature originelle ? L’Epreuve nous est proposée par cette Nature elle-même et nous n’avons dès lors rien d’autre à tenter que de la comprendre pour mieux la maîtriser.

    Il n’a toujours pas de réponse. Rien de définitif n’apparaît. Il se dit d’ailleurs que la réponse est peut-être là et que le doute en stimulant les recherches est à la source des progrès. Les scientifiques et les religieux, persuadés de détenir la vérité, ne doutent peut-être plus assez pour continuer à trouver. Ils se contentent d’apporter de nouvelles interprétations sur des concepts déjà éclairés refusant par là même de s’aventurer dans les zones d’ombres.

    Lui ne sait rien, c’est la seule chose dont il soit sûr.

    Avec Isabelle, il pourrait peut-être établir quelques certitudes.

    Il fait demi-tour. Il va lui téléphoner. Sa décision est prise. Il doit lui parler, se dévoiler totalement pour que l’amour soit possible. La colère de n’y être pas parvenu tout à l’heure. Dans la voiture, sous la lumière crémeuse du lampadaire, il devinait dans ses yeux un désir réel, une attente à peine contenue. Corriger l’erreur, rétablir le contact. Il est déterminé et force son pas.

    Sans s’en apercevoir, il a remonté la piste sur trois bons kilomètres. Il est une heure et demie lorsqu’il parvient au chalet. Une pelote de limaille dans la gorge. Réfréner ses élans et ses désirs de paroles jusqu’au lever du jour. Tout ce qu’il aurait pu prononcer tout à l’heure déboule dans son esprit tourmenté, toutes les explications sont claires, les mots d’amour frissonnent au bord des lèvres. La force de son désir réduit l’image de la prothèse à un détail secondaire. C’est la fusion qui l’appelle et le transcende. Il marche dans le salon, incapable de se calmer. La peur que ses idées sombrent dans l’épaisseur du sommeil et qu’au réveil, les angoisses récurrentes soient de nouveau les plus fortes. La peur de ses faiblesses quand il sent que dans l’instant présent il les domine. Il sent combien l’ascension est délicate, périlleuse, terriblement fragile. Son progrès personnel est à l’image de celui du monde. Il est sur la voie la plus audacieuse et la plus incertaine. C’est à l’élévation de son esprit que tous ses efforts s’attellent. Et dans ce domaine rien n’est jamais assuré et rien n’est jamais acquis. Il est bien plus facile et tentant d’abandonner. L’humanité n’a cessé de le faire. De nouveau, il voit le Progrès comme une route infiniment large empruntée elle-même par des progrès multiples. Les progrès de la médecine et de la technologie représentent les constituants les plus en vue, une bonne partie de l’humanité s’efforçant à tout prix de se voir attribuer les bienfaits de la première pour profiter des dernières trouvailles de la deuxième, réduisant les existences à de frénétiques possessions et rejetant la quête spirituelle dans les tréfonds de l’ésotérisme ou pire encore dans les mains des églises et des sectes. Il aimerait savoir ce que serait devenue la connaissance spirituelle si les hommes avaient employé autant d’énergie dans ce domaine que dans les deux progrès précédents. Serions-nous capables, par exemple, d’annihiler la douleur ou tout du moins de la dominer par la seule force de notre esprit ? Aurions-nous trouvé Dieu ? Le Dieu réel, pas l’entité ridiculement rétrécie à l’image de l’homme que les religions vénèrent. Pensant cela, une chaleur étrange parcourt son corps, des frissons jamais perçus vibrent dans son crâne.  

    Et c’est là que l’idée prend forme. Ne sommes-nous pas tous constitués de Dieu ? Ne s’est-il pas fragmenté pour concevoir la Vie et élaborer toutes les formes qui l’honorent ? Il sait bien qu’il n’est pas Dieu mais Dieu est peut-être en lui comme il est peut-être en Isabelle. Et la prothèse, dans ce cas, n’est jamais qu’une mécanique astucieuse permettant que la Vie de Dieu en lui fusionne avec la Vie de Dieu en Isabelle. N’est-ce pas cela l’extase amoureuse ? La réunification des fragments de Dieu dans un couple. Mais ne peut-on pas connaître cette extase avec toutes les formes de Vie que Dieu a lancées de par le Monde ? La tête lui tourne en imaginant l’intensité du bonheur que produirait cette communion ineffable quand il pense déjà à la force de l’extase déclenchée par l’amour humain. N’est-ce pas là que se trouve le Paradis Perdu ? Ou peut-être même le sens de toute une vie ? Dans cette capacité à reconstituer le corps de Dieu en aimant la totalité des fragments dans lesquels Il se cache. De la fourmi à la baleine bleue sans oublier les végétaux et peut-être même, mais la tâche lui paraît immense, tous les êtres humains.

    Mais dans cette vision du Bonheur ultime, qu’en est-il encore une fois des enfants cancéreux ? Et de tous ceux qui portent en eux des maladies incurables ? Se peut-il que Dieu ne soit pas parvenu à les investir pleinement et que dès lors, la Vie se dérègle ? Dieu est-il parfois dépassé par l’ampleur de sa tâche ? Et si c’est le cas, n’avons-nous pas comme devoir absolu de l’aider à rectifier le travail en le soutenant par notre Foi ? N’ont-ils pas guéri, parfois, ceux qui sont parvenus à trouver Dieu en eux, à le reconstruire peut-être, à terminer le travail, aidés certainement par les maîtres du progrès médical ? Mais Hitler ou Staline, et tous les adeptes du génocide, que font-ils là ? Comment est-il possible qu’ils soient parvenus à enfouir Dieu en eux aussi profondément ? La folie peut-elle les excuser ? Mais cette folie, pourquoi aurait-elle échappée au contrôle de Dieu ? Est-ce encore l’ampleur de la tâche qui peut justifier cela ?

    Les interrogations comme des bourrasques. Un tourbillon qui refuse de s’apaiser. Il se dit que le seul livre qu’il pourrait écrire sur Dieu serait un livre de questions ne comportant aucune réponse.

    Plutôt que de demander pardon à Dieu pour nos incroyances passagères, ne devrions-nous pas pardonner à Dieu pour son incomplétude coupable ? Et si nos propres faiblesses n’étaient dès lors que le reflet de celles de Dieu ? S’il nous a fait à son image, ne portons-nous pas les traces enfouies de ses erreurs, ne réussissent-elles pas quelquefois à remonter à la surface, attirées peut-être par des fissures dans la carapace. Et si nous cessions de voir en Dieu un Etre parfait et que nous acceptions de le regarder comme un artisan sublime connaissant malheureusement quelques fatigues bien normales.

    Pour ceux qui souffrent des épuisements ponctuels de Dieu, l’ensemble des êtres humains ne devraient-ils pas faire preuve d’humanité pour pallier les déficiences de la divinité ? Dans cette attitude solidaire, affectueuse, attentive, certains hommes et certaines femmes dévoués au-delà du commun n’ont-ils pas déjà trouvé un aboutissement extraordinaire à leur existence ? Et certains malades ne sont-ils pas revenus de ce séjour dans les tourments de Dieu avec une sérénité et une lucidité exemplaires ? Ne devrions-nous pas apprendre à être malades ? N’y aurait-il pas dans cette attitude profondément réfléchie et sensible une voie d’accès à Dieu ?

    Le Mal sur Terre et le combat des hommes contre les forces multiples qu’il déploie ne sont-ils pas simplement, et terriblement, la confession à nos oreilles des péchés d’orgueil de Dieu, de ses insuffisances, de ses égarements ? A-t-il cru pouvoir s’en sortir seul malgré le gigantisme de sa Création ? Ou bien s’agit-il de sa part d’une manœuvre volontaire ? A-t-il voulu, en plaçant quelques brèches dans la perfection de son œuvre, obliger les hommes à se lancer toujours plus en avant, vers une maîtrise totale de leurs existences ? A-t-il voulu par là nous montrer la voie de la délivrance ? Que serions-nous devenus si nous avions été affublés d’une éternité pesante et d’une félicité béate ? Nous n’aurions sans doute jamais cherché Dieu puisque nous nous serions crû son égal. C’est notre fragilité qui nous pousse à grandir et c’est  pour cela que nous devrions en premier lieu remercier Dieu.

    Brutalement, il s’aperçoit qu’il ne parvient pas, pour la première fois, à établir la réflexion inverse et que l’idée d’un Dieu inexistant ne trouve pas sa place dans sa tête. Car si Dieu n’existe pas, qu’en est-il de lui-même ?

    Est-ce Dieu l’illusion ou nous-mêmes ? Sommes-nous simplement des formes agitées sur l’écran noir de l’Univers, créatures vides qu’un laborantin génial manipule ? Ces milliards d’êtres humains et ces milliards de milliards de moustiques et ces milliards de milliards de milliards de brins d’herbe ne sont-ils que les porteurs de Vie que Dieu imagine, des illusions d’optiques remarquablement constituées et pourquoi pas tout simplement les multiples versions d’un rêve divin ? Et si le Créateur venait à disparaître, le tour de magie disparaîtrait-il avec lui ? Et si le Créateur venait à être réveillé, inquiété par la tournure prise par ses propres rêves, dans quel Inconscient pharamineux serions-nous engloutis ?

    Il lui est désormais effroyable de croire qu’il est né d’un hasard et que toute la Vie qui l’entoure n’est qu’un assemblage laborieux qui a connu durant des milliards d’années des ratages monstrueux. Il lui semble plus doux d’imaginer que dans son être, éphémère et dérisoire pour l’Univers, un Etre supérieur se cache, qu’une volonté puissante a conçu cette image, lui a insufflé un élan, l’a jeté en avant.

    Et que maintenant, Il l’observe.

    Car si la totalité de son être fonctionne, bien qu’une partie lui ait été enlevée, et qu’il comprenne plus ou moins bien les mécanismes qui maintiennent la cohésion de l’ensemble, il ne parvient pas à comprendre comment chaque cellule sait pertinemment à quoi elle doit servir. À aucun moment de son existence, il n’existe par sa volonté. Tout se fait sans qu’il intervienne. Il peut tenter de maintenir le ciment, de ne pas perturber l’ordre établi mais il n’est en rien responsable des battements de son cœur, des milliards de pensées de son cerveau et de l’extraordinaire complexité de son corps. L’organisation de tout cela dépasse l’entendement humain car encore une fois les « comment » déjà expliqués ne suffisent pas à éclairer l’essentiel. Comment tout cela est-il possible ? Non pas le fonctionnement mais l’idée elle-même ? Est-ce qu’il est acceptable et suffisant pour calmer l’inquiétude d’affirmer que le Hasard est le maître, la sélection naturelle une évidence, l’évolution des espèces une règle intangible ?

    Lui n’est toujours sûr de rien.

    Il se sert un verre d’eau fraîche.

    Un désagréable sentiment de prétention égocentrique. L’impression d’un abandon narcissique. Il tente de faire machine arrière et de déceler l’instant où sa réflexion lui a échappé. Il en est persuadé en cet instant, les images étaient trop belles, elles le valorisaient, faisaient de lui une création planifiée, une intention parfaite. Il a basculé dans une mystique aveugle. Tout du moins, il le craint.

    Il en vient finalement à douter de tout ce qui s’est dit dans sa tête et l’expression correspond pleinement aux sensations étranges, presque désagréables, qui lui restent.

    « Tout » s’est dit.

    Et cela l’effraie. Quel est donc ce « Tout » qui s’est imposé avec une telle efficacité ? Les délicieuses bouffées de chaleur qui suintaient de tous ces pores et l’enivraient. Une parfaite sensation de la paix extraordinaire qu’il a connue, un bref instant, quelques secondes. Tout est là. Juste une illusion ? Tourbillon.

    Ne sommes-nous pas tous constitués de Dieu ? C’est à cette question que tout s’est produit, que cette paix indescriptible l’a saisi, que les angoisses sont toutes tombées dans le néant, que la délivrance a pris forme. La délivrance… Il s’est déjà approché de cette paix. Il était dans le ventre du dauphin. Il baignait dans un océan d’amour. Mais son incapacité à comprendre l’avait condamné à ne pas naître, à ne pas goûter à la délivrance.

    Les larmes. 

    Qui est là ?

    Qui frappe ainsi à la porte fermée de notre conscience ?

    Comment l’appeler ? Le Grand Architecte, l’Esprit, l’Un, le Tout ?

    Dieu ?

    Si ce nom doit être gardé, il faut faire l’effort, immense et constant, d’oublier toutes les distorsions millénaires instaurées par quelques hommes pour soumettre les autres, d’effacer toutes les paroles mensongères, de détruire les églises, les crucifix, les autels et toutes les croix immondes qui ne sont que des murailles où les âmes aveugles viennent buter leur front soumis et désespéré et non des chemins qui élèvent. Le travail est titanesque, si énorme qu’on pourrait le croire réservé à un Dieu. Comprendre. La soif qui le brûle doit être étanchée, les horizons qu’il aperçoit doivent être parcourus, il ne peut plus en être autrement, une mission essentielle, une démarche aussi nécessaire que sa propre respiration.

    Il s’agit de naître. Il n’y a pas de tâche plus vitale."

                                                                                                                                  Image

  • Métamorphose

     

    Portes au dela

    Ils discutèrent encore vingt minutes puis Tanguy s’en alla.

    Il reviendrait. Une dernière fois.

    Il avait travaillé sur sa conception, sur sa place dans le ventre, sur sa naissance. Il restait à explorer sa vie actuelle.

    Une question taraudait Yoann.

    Des études de psychologie avec un beau-père qui s’était moqué de la psychologue scolaire, qui avait rejeté en bloc toutes les responsabilités à assumer… Comme un défi, un jeune homme qui se dresse devant l’autorité, un choix qui validait sa rébellion. « Tuer le père…Ou le beau-père…Peu importe. Tanguy s’était dressé… L’Œdipe était validé, immanquablement. Il fallait qu’il en prenne conscience, qu’il puise dans cette représentation de son chemin l’estime qu’il lui manquait, cet amour de lui-même pour aimer la vie enfin.

     

     

    « Entre Tanguy. »

    Ils parlèrent quelques temps puis Yoann expliqua rapidement le protocole.

    « J’aimerais Tanguy que tu ailles chercher un souvenir qui te concerne avec ton beau-père et Emma. Un souvenir pénible qui te pèse et vous met en scène.

    -Alors, là, c’est facile à trouver. »

    Méditation. Induction. Canal de lumière.

    « Tu arrives dans un couloir lumineux. Tu avances, en toute confiance. La vie sait ce dont tu as besoin.  Devant toi apparaissent plusieurs portes. Laisse-toi guider par ton intuition, regarde ce qui est inscrit sur chaque porte, des mots, des symboles, des dessins…

    -Je sais laquelle je dois pousser.

    -Comment est cette porte ?

    -Elle est en bois, marron foncé avec un gros anneau en fer. C’est écrit BAC.

    -Bien, ouvre-la. Entre dans cet espace. Comment ça se passe pour toi ?

    -J’ai le cœur qui bat fort, j’ai de la colère en moi.

    -Qui est présent ?

    -Martin, mon beau-père et Emma. On est dans le salon. J’ai eu le résultat de mon BAC. Mention passable. Je suis heureux d’avoir eu mon examen mais Martin me reproche de ne pas avoir eu la mention au-dessus et il me dit qu’avec ça, je vais vraiment avoir du mal à suivre en médecine.

    -En médecine ?

    -Il veut que je fasse médecine comme lui et que je devienne anesthésiste. Il dit qu’il m’aidera dans les études mais ça ne m’intéresse pas. Je veux aller en psycho et il se moque de moi. Ma mère me dit de l’écouter, que je ne gagnerai jamais ma vie en étant psycho alors qu’anesthésiste, ça rapporte bien. Mais, moi je m’en fiche de bien gagner ma vie, je veux juste faire ce que j’aime.

    -Est-ce que tu leur as dit ?

    -Oui, mais ils ne m’écoutent pas, ils disent que je suis trop jeune pour décider tout seul. C’est la première fois que je tiens tête à Martin et je lui en veux de me gâcher mon plaisir. Je suis fier d’avoir eu mon BAC et j’aimerais que ma mère me le dise. J’en ai assez de voir qu’elle n’a plus aucun avis personnel. »

     

    Yoann réalisa soudainement qu’Emma, après avoir vécu avec un homme qui ne se positionnait pas vivait désormais avec un homme qui pensait à sa place… D’un extrême à l’autre. Mais finalement, ce conflit permettait à Tanguy de développer ses propres ressources. L’opposition au beau-père se révélait plus bénéfique que l’indifférence de son propre père.

     

    « Tanguy, la fierté que tu ressens t’appartient totalement et tu es en droit de l’entretenir sans te laisser atteindre par les avis extérieurs. Tu sais ce que tu as réalisé, tes efforts sont réels, tes ressources sont en toi, tu sais les utiliser et tu peux remercier Martin car il les active par son opposition. J’aimerais que tu prennes conscience de cette opportunité qui t’est offerte de marquer ta volonté, que tu reconnaisses finalement que Martin et Emma par leurs remarques font jaillir en toi cette force que tu possèdes.

    -Oui, c’est vrai, je la sens cette force. Comme pendant ma conception, cette force de vie. Elle est là, elle vibre.

    -Tu peux remercier ceux qui s’opposent à toi de te permettre d’exploiter tes ressources.

    -Oui, je comprends.

    -J’aimerais Tanguy que tu t’observes dans cet espace, que tu sortes du regard que te portent tes proches et que tu t’adresses à toi-même, que tu te dises le bien que tu penses de toi, de ta détermination, que tu ne te focalises pas sur les critiques mais sur les félicitations que tu t’adresses, que tu te projettes dans cet avenir qui t’attire, que tu vois le chemin devant toi comme un tremplin et non comme un gouffre. Je voudrais que tu t’enlaces, que tu te prennes dans tes bras et que tu t’accordes le bonheur de te sentir empli de cette force de vie qui est en toi. Prends le temps nécessaire. Et laisse diffuser en toi cette énergie qui ne te quittera jamais, qui sera toujours là pour toi. Il te suffira à chaque situation délicate de te connecter avec cette force, elle est là pour toi. »

     

    Tanguy s’accorda de longues minutes avant d’ouvrir les yeux.

    Il tourna la tête vers Yoann. Un petit sourire, comme un éclat dans les yeux.

    Plus le même regard ni la même posture. Tanguy s’était assis dans le fauteuil, le dos calé contre le dossier, droit, déterminé, empli de lui-même.

    Ils discutèrent un long moment.

     

    « Il ne s’agit plus pour toi Tanguy de t’interroger sur le Pourquoi des choses mais sur le Comment en user pour te découvrir. À la question : « Pourquoi je n’ose pas ? choisis désormais de dire « Comment je dois être pour oser ? » À la question : « Pourquoi j’ai toujours peur des autres ? choisis de dire « Comment est-ce que je peux me servir de cette peur pour apprendre qui je suis ? Il s’agit désormais d’observer en toi les émotions générées par chaque situation pour en tirer les ressources que la vie te propose de saisir. Pourquoi est une interrogation sur le passé. Comment est une projection vers le futur. Ce regard bienveillant est à la source de ton évolution. Chaque élément vivant sur cette Terre se doit de lutter pour trouver sa place, pour évoluer, pour vivre en osmose avec le vivant qui l’entoure. Il n’y a pas d’adversaires mais des passagers sur le même vaisseau et qui eux aussi tentent d’exister. Les rencontres, les événements, les situations, qu’elles soient douces ou redoutables, sont des ouvertures vers de nouvelles ressources. Il te faut devenir ce que tu es et non imaginer que les pensées qu’ont les autres sur toi te constituent. Ce sont leurs interprétations, leur réalité mais ça n’est pas le réel. Le réel en toi, c’est la force de vie. »  

     

    Tanguy donna de ses nouvelles quelques semaines plus tard. Une transformation radicale, étonnante, comme une graine qui s’était donnée enfin le droit de croître et d’exploiter cette force en elle. Elle n’avait pas été arrosée par une main extérieure. Elle avait puisé dans sa conscience l’énergie nécessaire pour extraire de l’environnement dans lequel elle était insérée tous les éléments que la vie mettait à sa disposition.  

     

    Yoann se réjouit de cette évolution. Tanguy lui expliqua que ses derniers examens à la FAC avaient été pleinement satisfaisants. Il sentit que le jeune homme était empli de bonheur lorsqu’il lui parla d’une jeune fille. Une rencontre inespérée, inattendue.

    L’Amour.

    Maintenant qu’il s’aimait, qu’il avait de l’estime pour lui, il avait de l’amour à donner et non plus l’amour de l’autre à piller pour se remplir.

    La vie en lui comme un horizon lumineux.

    Lire la suite

  • A CŒUR OUVERT : Pensées et émotions

    Coeurouvertwhite

     

    « Il y a deux situations bien différentes, Paul. Soit l’émotion que tu éprouves a été initiée par une pensée, soit il s’agit d’une émotion spontanée qui pourra être suivie d’une pensée réflexive. Une porte qui claque et te fait sursauter, c’est une émotion spontanée. C’est la peur, instinctive, immédiate, sans le passage par la réflexion. Ni même la moindre pensée dans l’instant. Mais cette pensée succèdera immédiatement. Soit, elle analysera la situation et apaisera l’individu soit elle amplifiera l’émotion par des pensées insoumises.

    Si tu as peur, par exemple, que les gens que tu aimes disparaissent dans un accident, tu fabriques par une pensée incontrôlée une émotion invalidante. On peut même imaginer que les gens concernés percevront cette peur en toi et en seront troublés, sans qu’ils ne s’expliquent ce mal-être. Tes pensées peuvent influencer la réalité. C’est le cas des individus qui s’extraient du réel jusqu’à se persuader que leurs pensées correspondent à la réalité. Tu comprends Paul ? La réalité n’est pas le réel. Ta réalité, c’est le réel que tu transformes par tes pensées. Toutes les émotions limitantes que tu transportes sont des pensées et des émotions qui ont fini par bâtir en toi cette réalité qui s’est détachée du réel. Il n’y a pas d’autres solutions pour se défaire de cette réalité illusoire que d’aller chercher en soi tout ce qui a contribué à son édification. Et s’en défaire contribuera à rétablir en toi ce qui est réel, c'est-à-dire l’individu qui se connaît lui-même, qui a posé ses tourments, qui a trouvé la paix. Lorsque tu seras parvenu à cet état de paix intérieure, d’observation lucide de tes pensées et de tes émotions, tu ne subiras plus le regard des autres, tu n’y verras plus un jugement inique, tu ne seras plus atteint parce que tu auras établi en toi l’image exacte de ce que tu es et non une image modelée par les émotions incontrôlées qui jaillissent en toi lorsque tu te sens observé. Si tu fais passer en toi les émotions et les pensées par le tamis de ta conscience, il n’en restera que ce qui est bon, juste et utile pour toi. Si tu laisses les émotions et les pensées se nourrir de tes croyances, de tes suppositions, de tes interprétations, tu diffuses en toi un flux constant de poisons… »

  • L'Autre...

    « Si une démocratie se met en tête d’éliminer des pensées jugées déviantes en se donnant les moyens de dissoudre les groupes ou les mouvements qui les représentent, si elle se lance dans la diabolisation de l’autre, voire dans une véritable tentative de criminalisation, c’est contre ses propres fondements qu’elle agit alors, insidieusement.
 L’Etat s’en retourne du côté du dogme sous la forme apparemment feutrée de la norme. On en arrive à toute une série de contradictions, jusqu’à restreindre la liberté de conscience au nom de la défense des libertés ! Et cela, parce qu’on n’a pas su préserver la distinction radicale entre d’une part les délits et les crimes et d’autre part le champ immense de l’expérience humaine. Il ne saurait y avoir de délit d’appartenance. L’originalité de la pensée n’est pas une déviance et l’Etat n’a pas à imposer une doctrine philosophique dominante aux citoyens. Une croyance, si excentrique soit-elle, a droit de cité du moment que ses partisans respectent les lois de leur pays. Toute pensée doit pouvoir s’exercer librement, même si elle est minoritaire et même si elle est nouvelle ... 
... Sous couvert de dresser un constat, elle ne fait rien d’autre que sonner le tocsin. Elle crie au loup. Elle suit en cela malheureusement les voies les plus traditionnelles, et son procédé nous est connu comme le loup blanc : désigner un autre et projeter sur lui tout le mal possible, afin de le stigmatiser aux yeux de tous puis de le chasser au loin. Les notions de pullulement, de grouillement, d’invasion, d’infiltration sont les piliers du racisme ordinaire. Et c’est en cela que nous dirions que les parlementaires, tout en se posant une bonne question, se sont engagés sur des voies périlleuses en essayant d’y répondre. Ils n’ont pas vu qu’ils maniaient alors un discours tristement chargé – un discours à haute teneur explosive. Fabriquer un autre et le désigner en tant qu’autre aux yeux du peuple, c’est ouvrir la boite de Pandore de toutes les haines en attente. C’est, en quelque sorte – et nous verrons ici l’ironie du vocabulaire – en appeler aux vieux démons de l’intolérance. » 

Bernard Lempert Philosophe et Thérapeute

    « Si une démocratie se met en tête d’éliminer des pensées jugées déviantes en se donnant les moyens de dissoudre les groupes ou les mouvements qui les représentent, si elle se lance dans la diabolisation de l’autre, voire dans une véritable tentative de criminalisation, c’est contre ses propres fondements qu’elle agit alors, insidieusement.
    L’Etat s’en retourne du côté du dogme sous la forme apparemment feutrée de la norme. On en arrive à toute une série de contradictions, jusqu’à restreindre la liberté de conscience au nom de la défense des libertés ! Et cela, parce qu’on n’a pas su préserver la distinction radicale entre d’une part les délits et les crimes et d’autre part le champ immense de l’expérience humaine. Il ne saurait y avoir de délit d’appartenance. L’originalité de la pensée n’est pas une déviance et l’Etat n’a pas à imposer une doctrine philosophique dominante aux citoyens. Une croyance, si excentrique soit-elle, a droit de cité du moment que ses partisans respectent les lois de leur pays. Toute pensée doit pouvoir s’exercer librement, même si elle est minoritaire et même si elle est nouvelle ... 
    ... Sous couvert de dresser un constat, elle ne fait rien d’autre que sonner le tocsin. Elle crie au loup. Elle suit en cela malheureusement les voies les plus traditionnelles, et son procédé nous est connu comme le loup blanc : désigner un autre et projeter sur lui tout le mal possible, afin de le stigmatiser aux yeux de tous puis de le chasser au loin. Les notions de pullulement, de grouillement, d’invasion, d’infiltration sont les piliers du racisme ordinaire. Et c’est en cela que nous dirions que les parlementaires, tout en se posant une bonne question, se sont engagés sur des voies périlleuses en essayant d’y répondre. Ils n’ont pas vu qu’ils maniaient alors un discours tristement chargé – un discours à haute teneur explosive. Fabriquer un autre et le désigner en tant qu’autre aux yeux du peuple, c’est ouvrir la boite de Pandore de toutes les haines en attente. C’est, en quelque sorte – et nous verrons ici l’ironie du vocabulaire – en appeler aux vieux démons de l’intolérance. »

    Bernard Lempert Philosophe et Thérapeute

    Lire la suite

  • Sagesse Amérindienne

    10 CITATIONS D’UN CHEF SIOUX QUI REMETTENT EN QUESTION NOTRE SOCIÉTÉ

    10 citations d’un chef Sioux qui vous feront tout remettre en question sur notre société

    citations d un chef Sioux (2)

    Luther Standing Bear (Ours debout) était un chef Sioux Oglala Lakota qui, parmi quelques rares autres tels que Charles Eastman, Élan Noir, et Gertrude Bonnin à avoir occupé le clivage entre le mode de vie des autochtones des Grandes plaines avant et pendant l’arrivée et la propagation ultérieure des pionniers européens. Élevé dans les traditions de son peuple jusqu’à l’âge de onze ans, il a ensuite étudié à l’école de Carlisle en Pennsylvanie, où il a appris la langue et le mode de vie anglais. (Carlisle reste un lieu de controverse dans les milieux autochtones.)

    Ses racines indigènes le laissent dans la position unique d’intermédiaire entre les cultures. Bien que son mouvement à travers le monde de l’homme blanc n’était pas sans « succès », il a eu de nombreux rôles au cinéma à Hollywood, son héritage durable était la protection du mode de vie de son peuple.

    Au moment de sa mort, il avait publié quatre livres et était devenu le chef du mouvement progressiste visant à préserver le patrimoine et la souveraineté des Amérindiens, c’était une voix forte dans l’éducation de l’homme blanc sur le mode de vie des Amérindiens. Voici donc 10 citations du grand chef indien Sioux connu sous le nom de Standing Bear qui perturberont une grande partie de ce que vous pensez savoir sur la culture « moderne ».

    citations d un chef Sioux (1)

     

    10 citations d’un chef Sioux qui remettent en question notre société:

    1) Les louanges, les flatteries, les manières exagérées, et les belles paroles ne faisaient pas partie de la politesse Lakota. Les manières exagérées étaient considérées comme de la mauvaise foi, et ceux qui parlaient constamment étaient considérés comme impolis et irréfléchis. La conversation n’a jamais commencé tout de suite, ou précipitamment.

    2) On enseignait aux enfants que la vraie politesse devait être définie par des actions plutôt que des mots. Ils n’ont jamais été autorisés à passer entre le feu et la personne âgée ou un visiteur, à parler alors que d’autres parlaient, ou à se moquer d’une personne infirme ou défigurée. Si un enfant essayait de le faire sans réfléchir, un parent le remettait immédiatement dans le droit chemin avec une voix calme.

    3) Le silence était significatif pour le Lakota, et l’accord d’un moment de silence avant de parler était fait dans la pratique de la vraie politesse et tenait compte de la règle selon laquelle « la pensée vient avant la parole »… et au milieu de la douleur, la maladie, la mort ou le malheur de quelque nature que ce soit, le silence était la marque de respect… le strict respect de ce principe de bonne conduite a été la raison, sans doute, pour laquelle l’homme blanc l’a faussement qualifié de stoïque. On l’a jugé bête, stupide, indifférent et insensible.

    4) Les vastes plaines ouvertes, les belles collines qui ondulent et les ruisseaux qui serpentent n’étaient pas « sauvages » à nos yeux. C’est seulement pour l’homme blanc que la nature était « sauvage », seulement pour lui que la terre était « infestée » d’animaux « sauvages » et de peuplades « sauvages ». Pour nous, la terre était douce, et nous vivions comblés des bienfaits du Grand Mystère.

    citations d un chef Sioux (3)

    5) Le sentiment de fraternité pour toutes les créatures de la terre, du ciel et de l’eau était un principe réel et actif. Les Lakotas éprouvaient pour le monde des animaux et des oiseaux un sentiment fraternel qui écartait tout danger ; en fait, certains d’entre eux étaient devenus si proches de leurs amis à plumes ou à poils qu’ils parlaient en véritables frères une langue commune.

    6) Cette conception de la vie et de ses relations consistait à humaniser et à donner au Lakota un amour respectueux. Elle a rempli son être avec la joie et le mystère de la vie ; elle lui a donné le respect pour toute la vie ; elle lui a fait une place pour toutes les choses dans le système de l’existence avec la même importance pour tous.

    citations d un chef Sioux (1)

     

    10 citations d’un chef Sioux qui remettent en question notre société suite:

    7) C’était bon pour leur peau de toucher la terre et les personnes âgées aimaient retirer leurs mocassins pour fouler la terre sacrée avec leurs pieds nus. Leurs tipis étaient bâtis sur la terre et leurs autels étaient faits de terre. Les oiseaux qui volaient dans l’air venaient se reposer sur la terre, qui est le lieu de repos final de toutes les choses qui vivent et croissent. Le sol apaisait, fortifiait, purifiait et guérissait. C’est pourquoi le vieil Indien continue à s’asseoir sur la terre au lieu de se redresser et de s’éloigner de ce qui lui donne la force vitale. Le fait d’être assis ou couché sur le sol lui permet de penser plus profondément et de sentir avec plus d’intensité. Il entrevoit plus clairement les mystères de la vie et se rapproche fraternellement des autres existences qui l’entourent.

    8) Tout possédait une personnalité, seule la forme différait de nous. La connaissance était inhérente à toutes choses. Le monde était une bibliothèque et ses livres étaient les pierres, les feuilles, l’herbe, les ruisseaux, et les oiseaux et les animaux qui ont partagé, aussi bien avec nous, les tempêtes et les bénédictions de la terre. Nous avons appris à faire ce que l’élève apprend seulement de la nature, et c’était pour sentir la beauté. Nous n’avons jamais déblatéré contre les tempêtes, les vents furieux, les gelées et les neiges . Donc tout ce qui vient, nous devons le régler nous-mêmes avec plus d’efforts et d’énergie , mais sans se plaindre.

    9) Le vieux Lakota était un sage. Il savait que le cœur de l’homme éloigné de la nature devient dur. Il savait que l’oubli du respect dû à tout ce qui pousse et à ce qui vit amène également à ne plus respecter l’homme. Aussi maintenait-il les jeunes sous la douce influence de la nature.

    10) On m’a imposé la civilisation…et cela n’a pas ajouté de connaissance à mon amour incorruptible de la vérité, de l’honnêteté et de la générosité.

    J’espère que certaines de ces citations vous ont influencé de la même manière qu’elles l’ont fait avec moi. Notre culture moderne aurait besoin de suivre quelques conseils de la sagesse antique.

    Photo credit: Kirby Sattler

    Source: “10 citations d’un chef Sioux qui remettent en question notre société” de wisdompills.com

    Lire la suite

  • Corps et âmes... (Jarwal le lutin)

    JARWAL LE LUTIN 

    Tous assis en cercles.

    « Vous ne comprenez pas ce que vous avez vécu, annonça Kiak. Nous le savons. Nous allons vous éclairer. Maintenant que vous avez ressenti avec votre corps, vous pouvez comprendre avec votre âme. C’est ainsi que nous enseignons à nos jeunes. Vivre d’abord et comprendre ensuite, sinon, il n’y a rien à comprendre, ce ne seraient que des concepts, des pensées mortes.

    -Je n’ai pas l’impression d’avoir vécu quelque chose avec mon corps, intervint Léo qui s’en voulut aussitôt d’avoir coupé la parole au vieux Sage.

    -C’est parce que vous avez été habitués à user de votre corps en vous agitant et là, vous êtes restés immobiles. Mais je peux t’assurer Léo que ton corps se souvient de tout. Chaque particule a gardé en mémoire votre voyage.

    -Les particules ont une mémoire ? demanda Léo qui s’enhardissait.

    -Ah, oui, c’est vrai que dans votre monde, vous croyez que la mémoire est dans votre cerveau. Et bien, les enfants, sachez que même votre cœur a un cerveau et vos intestins aussi et ils ont une mémoire illimitée. Chaque particule de votre corps est un condensé de la Vie. Chaque millimètre a une vie propre tout en étant relié à la vie de l’ensemble. C’est cette cohésion qui aurait pu montrer aux humains que tout est relié. Du plus petit à l’immensité. Nous sommes des particules d’Univers et nous sommes donc aussi l’Univers.

    -Kiak, j’ai une question à te poser.

    -Oui Rémi, c’est préférable d’ailleurs que je réponde à vos interrogations avant d’aller plus loin.

    -Je me souviens d’une voix qui parlait en moi, je me souviens d’images, j’ai même des sensations, comme des courants électriques, des fourmillements, mais je ne comprends rien à tout ça, tout est allé trop vite. Où est-ce qu’on est allé ?

    -Vous n’êtes allés nulle part Rémi. Vous êtes restés là où vous êtes à chaque instant mais vous avez vécu pleinement chaque instant, comme si un rideau s’était ouvert et que vous aviez pu regarder de l’autre côté. »

     

    Les cinq enfants n’intervinrent plus. Ils écoutèrent intensément chaque parole. Kiak expliqua chaque particularité de cet Autre Monde. Il n’y avait pas de reproduction sexuée, l’Arbre de Vie entretenait le flux, il gérait l’équilibre, les nouveaux arrivants étaient accueillis par le clan tout entier, les besoins étaient couverts par la communauté, il n’y avait pas d’attachement à une famille, l’absence de parents attitrés supprimait la peur de la mort, une osmose totale et inconditionnelle avec le flux vital, aucune scission avec l’unité originelle.

    « Dans votre monde, lorsque vous naissez, vos parents ont peur pour vous et vous transmettent inconsciemment cette émotion profonde. C’est la peur de la mort et elle prend le pas sur l’amour de la vie. Vous allez apprendre avec cette peur et elle vous poussera inconsciemment à vous détacher de la Vie jusqu’à croire que vous êtes différents, meilleurs, insignifiants, bêtes, intelligents, paresseux, courageux, forte tête, soumis, rebelle, rêveur, que vous êtes votre nom, votre image, votre réputation. Tout cela peut exister effectivement mais tout cela vous éloigne de la source, tout le drame est là. Vos conditions de vie ne sont pas la Vie et dès que vous êtes coupés de cette Vie, vous vous contentez d’exister. Et c’est un effroyable gâchis. C’est comme si vous vous intéressiez à l’Océan en vous préoccupant uniquement d’une des gouttes d’eau qui le composent. Vous ne connaîtrez jamais l’Océan et vous n’aurez qu’une vue parcellaire de la Vie. Ce qui manque à votre Monde, c’est la capacité à vous élever.»

    Ils écoutèrent encore, longtemps, très longtemps. Sans un mot, sans une question.

    Il n’y avait pas de prédateurs. La peur de la mort n’existait pour personne. L’Arbre de Vie était le garant de l’équilibre de chaque espèce. Ces arbres existaient à plusieurs endroits du monde et dispensaient leur pouvoir avec la même intention : l’équilibre. L’existence pour tous démarrait à un âge suffisant pour ne pas être dépendant, chaque individu vieillissait suffisamment longtemps pour acquérir la sagesse de la plénitude puis il retournait vers la petite enfance jusqu’à ce qu’il ne soit plus capable d’être autonome. Alors, la Vie se chargeait de le réinsérer dans le flux. Un départ sans violence, sans souffrance, pendant une nuit, un sommeil profond et la fragmentation des particules, le retour dans le flux pour une réinitialisation du processus. Personne ne pleurait celui qui avait rejoint le flux originel, tout le monde savait que ça n’était qu’une étape, une réinitialisation. L’hommage envers la Vie restait identique.

    « Le processus est le même dans votre monde. Rien ne se perd, tout se transforme. Vous êtes, vous cinq, de vieilles âmes et votre parcours ne cessera que lorsque vous deviendrez des Éveillés, c'est-à-dire des âmes qui n’auront plus besoin de réincarnation parce qu’elles auront atteint la plénitude absolue. Elles seront dans l’Esprit. »

    Rien ne se perd, tout se transforme. Marine se souvenait d’un cours de sciences, le professeur avait utilisé cette formule, un certain Lavoisier. Le scientifique ne pensait sûrement pas qu’il en était de même avec les âmes. Le voyage de l’eau. Toutes ces âmes en attente. Un choix à faire pour continuer à progresser. Mais alors pourquoi certains individus œuvraient à l’extension du Mal ? Elle ne comprenait pas.

    « La peur, Marine, juste la peur. Les individus qui font du Mal sont terrorisés par la peur de la mort mais ils l’ignorent. De faire le Mal leur donne un sentiment de puissance qui les libère quelques temps. »

    La voix de Léontine. Elle devait se trouver quelque part dans la hutte.

    Marine la remercia intérieurement.

     

    « La vie dans les océans est la même que sur les terres, continuait Kiak. Il n’y a pas d’arbres de vie mais des failles dans le fond océanique et c’est de là que la vie apparaît. Les poissons se nourrissent d’algues, il n’y a aucun prédateur, la peur de la mort sur ce Monde n’existe pas. Mais vous pourriez connaître la même plénitude dans votre monde.

    -La mort des humains est parfois très dure à vivre.

    -Tu as bien dit « à vivre », Rémi et c’est cela qu’il faut garder à l’esprit. Vous êtes en vie. Pour mourir, il faut donc au préalable avoir reçu ce don de la vie. Il est peut-être là le plus grand défi de votre Monde, que vous appreniez à mourir en continuant de bénir la Vie. »

    Un silence prolongé, une révélation qui bouleversa Lou jusqu’aux larmes. Elle tenta de les essuyer discrètement mais Rémi remarqua son geste.

    « Elle pense à sa sœur, je suis sûr que c’est ça. »

    Il imagina la mort de sa sœur ou de son petit frère et se raidit de douleur, une respiration suspendue comme si son cœur lui-même s’arrêtait. Et pour une sœur jumelle ? Était-ce la disparition d’une partie de soi ? Comme l’effacement intérieur de sa propre image. Il réalisa que d’avoir conscience de la différence de l’autre renvoyait à l’image de soi, une comparaison qui dessinait sa propre cartographie. Mais si l’autre est comme moi, qui suis-je ? Et si l’autre disparaît, que reste-t-il de moi ? Il ne pouvait que tenter d’imaginer l’impensable et il devinait l’insuffisance.

    « Pourquoi est-ce que la Vie propose-t-elle deux voies différentes ? Pourquoi n’établit-elle pas immédiatement la voie la plus juste ?

    -Pour permettre à chacun de progresser, Tian. Il n’y a aucune fatalité mais un chemin à tracer. Dans notre Monde aussi, il nous a fallu lutter contre des dérives possibles. L’équilibre n’est jamais éternel, nous évoluons tous au bord du gouffre de nos errances. »

    Jarwal, lui-même, s’était égaré, pensa Marine et l’idée l’effraya considérablement au regard de la sagesse du lutin. Comment les humains pourraient-ils s’épargner les souffrances provoquées étant donné leur futilité chronique ? La tâche à mener lui paraissait inhumaine. Elle se souvint alors de Nasta, le Mamu des Kogis. Il avait dit que nous n’étions que des hommes et pas encore des êtres humains. Étions-nous capables de le devenir ? Et si cela s’avérait irréalisable, quelles conclusions la Vie en tirerait-elle ? Laisserait-elle la situation se dégrader ou reverrait-elle sa position ?

    « La Vie a des ressources que tu ne soupçonnes pas, intervint Léontine. L’évolution des hommes n’a pas plus d’importance pour elle que celle des brins d’herbes. Et si l’évolution des hommes finit par porter atteinte à l’ensemble, la Vie s’en remettra. Sans les hommes s’ils commettent l’irréparable. »

    Sans les hommes… Marine ne parvenait pas à imaginer que ça soit possible puis elle considéra qu’effectivement, au regard de la Vie, ça n’avait aucune importance. Les hommes auraient laissé passer leur chance. Et alors ? Il n’y a qu’eux qui pourraient s’en plaindre. Tentative avortée, réinitialisation du processus. La Vie continuerait sans eux.

    Une terre sans hommes. Ce gâchis effroyable. Elle sentait le gouffre en elle. Elle aussi s’était perdue dans ce statut de chef qu’elle s’était attribuée, jusqu’à retarder l’intégration de nouveaux compagnons, jusqu’à ignorer le potentiel immense de ses deux frères.

    Elle garda en elle l’émotion intraduisible de ce vide sans fond, une peur sourde, sans nom, un inconnu indescriptible."

     

    Medite

  • JARWAL LE LUTIN (4) : Au-delà du réel

    JARWAL LE LUTIN

     

    « Asseyez-vous, les uns à côté des autres et donnez-vous les mains. Il est important que vous soyez reliés physiquement pour réaliser aussi que vous l’êtes par la pensée, par l’énergie, par l’amour, par tout ce que crée la Vie. »

    Dans les noirceurs, la voix monocorde de Kiak les figea. L’impression d’un espace immense qui renvoyait les paroles en écho. Léo pensa à cette nef de cathédrale que leurs parents leur avaient montrée. Ils s’obligèrent à bouger, prudemment, pour s’extraire de cette appréhension qui les raidissait.

    Les pupilles dilatées parvenaient désormais à se nourrir des flux infimes de lumière qui perçaient. Lou se retourna vivement, comme pour vérifier que personne ne se tenait dans son dos. Cette impression étrange d’être observée…

    Tian trouva la main de Marine. Les autres se joignirent. Lou, Rémi puis Léo qui ferma le cercle. Ils se souvinrent alors qu’ils devaient s’asseoir. Ils lâchèrent leurs emprises, s’installèrent puis reformèrent le lien.

    Les mouvements de leurs corps s’estompèrent. Ils sentirent à travers leurs habits la fraicheur de la terre. Aucune sensation de froid pourtant mais une douceur agréable, un bien-être de cocon, un placenta protecteur qui les isolait de tout. 

    La voix de Kiak les surprit de nouveau. Elle ne venait plus du même endroit et ils étaient pourtant persuadés de ne pas l’avoir entendu se déplacer.

    « Maintenant, vous allez fermer les yeux et arrêter de vouloir distinguer quelque chose. C’est dedans qu’il faut regarder et vous n’avez pas assez appris à vous libérer de vos yeux. Ne vous occupez pas du temps qui passe, c’est une idée fausse. C’est vous qui passez dans le temps. Mais ici, vous êtes immobiles, dans votre corps et dans le temps. Il ne vous reste qu’à immobiliser votre esprit et tout sera en paix. »

    Il avait dit « immobiles dans le temps. » Marine voulut comprendre puis elle se reprocha cette pensée inopportune. Elle devait trouver la paix de son esprit.

    Lou se demandait comment elle pourrait bien s’y prendre pour arrêter de penser. Un état qui lui paraissait totalement inaccessible. Elle ne cessait de penser à l’impensable.

    Rémi cherchait à savoir si Kiak se déplaçait de nouveau, il voulait pouvoir le suivre et ne plus être surpris par cette voix qui surgissait n’importe où. Il s’efforça de calmer les battements de son cœur et de tendre les oreilles. Il crut percevoir un infime frottement droit, devant lui, dans le dos de Tian.

    « Rien, ne rien vouloir, ne rien attendre, ne rien penser. Entrer au-dedans pour  voir l’Univers. Le silence maintenant.»

    Ils eurent un peu l’impression d’entendre un professeur dans une classe mais ils n’en avaient jamais connu de Sage.

    Rémi dut constater encore une fois que Kiak se déplaçait à son gré, sans qu’il ne soit possible de deviner sa position. Il était partout et nulle part. Incompréhension.

    Plus aucun mouvement. Juste cette conscience retrouvée de la respiration. Il fallait cesser de bouger pour réaliser que ce mouvement-là ne cessait jamais.

     

    « Fermez les yeux, dicta la voix grave de Kiak. Ne vous contentez pas de fermer les paupières, arrêtez aussi de regarder en dedans et de fabriquer des images, laissez-vous couler. Tout ce que vous portez appartient à la réalité que vous avez créée. Maintenant, vous allez découvrir le réel. »

     

    Marine sentit la main de Tian se crisper légèrement lorsque la chaleur les envahit, une chaleur bienfaisante, comme un câlin maternel qui vous enlace et que le bonheur ruisselle dans les fibres, la plénitude du petit enfant qui s’abandonne et l’amour de la mère qui se diffuse en lui, le contact établi, le lien au-delà des corps, le lien des âmes.

    Une blancheur indéfinissable les emplit, une clarté sonore qui murmurait dans les tréfonds de leurs corps immobiles, une marée montante qui les couvrait de sa chaleur, une sève surgissant de la terre, aimantée par le ciel.

    Comme un bateau soulevé au-dessus des flots, ils virent en eux l’immensité de l’Océan s’étendre sous leurs regards, une vision sans tête, comme si rien en eux ne possédait de centre, comme s’ils n’existaient plus individuellement, ce regard n’avait aucun point de départ, aucune appartenance, le regard les portait où il voulait et ils n’avaient sur lui aucun pouvoir.

    Accélération du processus.

    Une pulsation naissante, infime, dérisoire, puis des crépitements d’étincelles qui jaillissent et s’éteignent, se ravivent, se propagent, s’entretiennent, une énergie qui se répand et les pulsations qui s’étendent, se renforcent, les flux électriques nourrissent le cœur de l’étoile, des courants de matière liquide déboulent sous la surface, des flots qui gorgent le lit des veines, les pulsations prennent une ampleur insoupçonnée, les étincelles deviennent des flux constants qui ruissellent, tous reliés dans une aura fabuleuse, une couronne lumineuse qui s’agite, palpite, respire.

    Un noyau enveloppé de lumière, des particules animées par une vie interne s’infiltrant amoureusement dans un univers nimbé de phosphorescences.

    Ils virent alors leurs propres pensées émerger du flux, s’inscrire dans l’espace et disparaître en poussières, ils virent des troupeaux de bêtes et des enfants lutins s’enlacer dans une ronde, courir dans les cieux comme des anges rieurs, des bonheurs dans leurs yeux, des joies de vivre à partager.

    L’espace en eux s’étendit jusqu’aux confins des horizons, plus de limite, plus de structure, aucune frontière et cette impression inexplicable de relier par leurs mains unifiées des particules communes, une cohésion originelle retrouvée.

    Ils étaient l’un, ils étaient l’autre, ils étaient tous.

     

    C’est là qu’ils sentirent l’évaporation s’enclencher. Un maelstrom flamboyant prit forme et les emporta dans une colonne rectiligne qui plongeait vers le haut. Incompréhensible structure. Des coulées colorées qui tressautaient en laissant derrière elles des arabesques de fleurs.

    Ils disparurent.

        

     

    Combien de temps ? Combien de vies ? Dans quelle dimension voyagèrent-ils ?

    Ils n’auraient rien su expliquer, pas avec les mots connus, pas avec des pensées étroites et des repères humains, tout aurait été limité, insignifiant, insuffisant, comme une marque d’irrespect. On ne raconte pas l’indescriptible. On s’en nourrit.

    Ils ouvrirent les yeux tous les cinq en même temps, dans le même instant, une réincorporation simultanée, un retour conjoint dans leur enveloppe. Ils ressentirent tous, avec la même détresse, le poids terrifiant de cette masse de chair alors que résonnait en eux la légèreté délicieuse de l’âme évaporée.

    Ils ne dirent rien. L’insignifiance des paroles alors que les visions résonnaient en eux avec une force indescriptible.

    « Une autre version de la Vie, » avait expliqué Léontine.

    Ils auraient pu en parler pendant des années mais incapables à l’instant d’entamer la moindre phrase. Que peut-on dire de ce qu’on ne comprend pas et qui vous bouleverse ?

    Kiak les invita à sortir.

    Ils se levèrent difficilement, solidifiés par l’étourdissement.

     

    Images

  • JARWAL LE LUTIN (4) : Canal de lumière

    C'est étrange pour moi de voir que j'avais déjà écrit un texte décrivant ce "Canal de lumière" que nous utilisons comme protocole en sophrologie....


     

    JARWAL LE LUTIN

     

    "Ils parvinrent aux abords du marais, un petit lac occupait le centre de la déclivité. Un ensemble touffu de roseaux et diverses plantes aquatiques ceinturaient l’étendue sombre de l’étang. C’est lorsqu’ils plantèrent leurs chaussures dans les eaux stagnantes, mélange de terre, d’herbes pourries et de plantes aquatiques que l’insecte surgit.  

    « Bonjour les enfants. »

    Tian et Lou se figèrent puis regardèrent leurs trois compagnons qui souriaient.

    « Je suis Léontine, j’avais hâte de vous entendre penser.

    -Tu nous as suivis Léontine ?

    -Oui Marine, depuis le village et j’aime beaucoup vos deux compagnons. Je vous ai écouté penser, c’est encore plus instructif que toutes les paroles prononcées. Je suis là, Lou, sur la pointe du roseau devant toi, celui qui se balance un peu. »

    Lou cherchait à saisir la provenance de cette voix dans sa tête, une impression stupéfiante qui la troublait immensément.

    « Je sais que c’est étrange pour vous mais vous vous habituerez ! » s’amusa la petite mouche.

    Tian la désigna du doigt et Lou fixa l’animal.

    « Je n’ai aucun doute sur la pureté de votre âme, les enfants. Les doutes et les peurs sont des phénomènes naturels, laissez-les s’étendre jusqu’à ce qu’ils s’épuisent d’eux-mêmes. Imaginez que ce sont des bougies allumées, elles se fatigueront, c’est inévitable mais si vous leur apportez sans cesse votre attention, votre volonté, vos réflexions, vous les alimentez et vous prolongez la flamme. Ne vous en préoccupez pas, vos âmes ne méritent pas un tel calvaire. »

    Lou n’avait pu s’empêcher de poser une main sur une oreille, comme si elle écoutait le murmure de l’Océan dans un coquillage.

    « Bonjour Léontine, murmura Tian, en observant attentivement le petit point bleu immobile, posé sur la pointe ondulante du roseau.

    « Bonjour, Tian, je suis très heureuse de faire ta connaissance. »

    Le jeune garçon s’amusa de cette voix en lui, c’était si étrange d’entendre parler depuis l’intérieur. Il songea aux esprits des Monts Huangshan, à toutes les légendes de son grand-père.

    « Comment vois-tu la suite ? Léontine, demanda Rémi.

    -Un grand voyage, les enfants, quelque chose que vous ne pouvez même pas imaginer et que vous ne comprendrez pas.

    -Es-tu certaine que nous aurons suffisamment de temps ? Il faut que nous soyons rentrés à dix-neuf heures, dernier délai.

    -On fera en sorte, Marine. Le voyage en lui-même ne prendra que quelques secondes.

    -Quelques secondes pour passer dans un Autre Monde ? interrogea Léo.

    -C’est juste à côté Léo, il suffit de passer derrière le rideau, cela reviendrait ici à faire un pas en avant.

    -Bon, ça n’est pas le moment de chercher à comprendre, lança Rémi. Il faut y aller. »

    Tout le monde acquiesça, les regards échangés comme des déterminations à saisir, des forces unies par-delà les peurs.

    « Rassemblez-vous en cercle et donnez-vous les mains, expliqua Léontine. Serrez-les bien fort, ne les lâchez jamais, il est indispensable que les énergies soient reliées. Vous allez disparaître progressivement, vos cellules vont se fragmenter comme des gouttes de pluie pour se réintégrer dans l’Autre Monde. Vous êtes en même temps un nombre infini de particules et en même temps, un ensemble. L’eau qui vous constitue fait office de mémoire. Tout peut disparaître mais rien ne sera effacé. Ayez confiance. La Vie sait ce qu’elle fait de vous. »

    Les enfants s’activèrent.

    Lou vint se placer aux côtés de Rémi. Elle tendit sa main. Le garçon accueillit les doigts comme on prend un oiseau blessé, la douceur de la peau l’électrisa, il essaya de ne pas montrer son trouble puis décida finalement de ne pas s’en occuper. Il jeta un œil discret vers Lou et vit les rougeurs de ses joues, ses yeux baissés et son petit sourire. Cette mimique délicieuse quand elle était émue et que ses lèvres tendues comme pour une bise passaient de gauche à droite… Chacun de ses gestes coulait en lui comme du soleil.

    Tian tendit une main à Marine. Ce fut pour eux comme un scellement dans l’instant, la fusion commune de leur âme, comme si le bonheur sculptait dans l’espace et le temps un hommage immuable.

    Léo se plaça entre les deux garçons et songea que dans quelques instants, sa vie allait prendre une direction dont il ne connaissait rien mais qui l’enthousiasmait au-delà de tous les bonheurs déjà éprouvés. Il remercia intérieurement la vie de lui faire cet honneur.   

     

    Léontine attendit que les compagnons s’immobilisent puis elle décolla. Les enfants entendirent autour d’eux le bourdonnement continu sans jamais pouvoir distinguer l’animal, la vitesse était stupéfiante, ils ne pouvaient juger de sa position qu’au tracé sonore qu’elle diffusait puis la vitesse augmenta encore et ce fut comme un cylindre invisible qui les entoura, un voile vrombissant qui les enveloppa, ils sentirent crépiter en eux des myriades d’étincelles, des scintillements d’étoiles qui dégageaient une chaleur inexplicable, des flux électriques qui se diffusaient par leurs mains jointes, un courant en eux qui les fusionnait, cette impression de s’effacer pour se fondre dans une entité commune, des retrouvailles de particules, une danse frénétique d’énergie libérée.

    Un tourbillon de fluorescences monta en spirale, des pieds vers le bassin, comme s’ils étaient suspendus en l’air, Léo se souvint subrepticement de ces images de galaxies colorées qu’il avait punaisées sur les murs de sa chambre, cette similitude étrange avec les mouvements circulaires qui les englobaient, il ne percevait plus le vrombissement strident de Léontine, comme si l’espace ne conduisait plus les sons, comme s’il avait déjà quitté cette dimension sensorielle, il s’aperçut alors qu’il ne percevait plus les contacts des mains de ses compagnons, que la chaleur elle-même avait disparu. Ses yeux ouverts comme unique saisissement. Il observa le groupe unifié.

    Il ne restait que les visages.

    Marine avait fermé les yeux, Tian la fixait résolument, Lou avait levé la tête vers le ciel, elle observait les nuages, comme figée dans une prière intense, Rémi croisa le regard de son frère et il lui sourit.

    C’est la dernière image que Léo emporta."