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  • Confusion mentale ?...

    Fiche emploi enseignant

    Vous voyez ce qui manque sur cet appel à candidature ?...

    Les orientations sexuelles ? Le régime alimentaire ? Les passe-temps préférés ? Les séries télé ? Les tenues vestimentaires ? 

    Non, non, il manque juste la formation, le diplôme, le parcours professionnel, la motivation, la connaissance de l'enfant, le sens de la pédagogie, la connaissance des programmes. Une bagatelle en quelque sorte puisque tout ça va JUSTEMENT dans le sens des objectifs du gouvernement. C'est ce que je dis ici depuis un an. 

    Il manque aussi l'extrait de casier judiciaire, celui qu'on m'a demandé quand j'ai passé le Concours,... il y a longtemps.

    Repris de justice, ex pédophile ou  en cours, mari violent, anciennes condamnations, ?...Non, rien, tout va bien. C'est juste pour mettre devant des enfants...On s'en fout de tout ça. Ce qui compte, c'est que les familles soient soulagées qu'il y ait un "enseignant"...

    Mais il est vrai que je suis paranoïaque et dans une grande confusion mentale...

    Quand on veut se débarrasser de son chien, on l'accuse de propager la rage.

    Et bien, oui, j'ai la rage...

    JUSTE POUR RAPPEL

    Le CAHIER N13 DE L'OCDE écrit en 1996 et parfaitement appliqué depuis.

    Ocde 1

    Ocde 2 

    TOUT EST LÀ. 

    Le démantèlement est déjà bien avancé. Maintenant, on va accélérer.

    Mais tout ça, c'est le délire d'un fou. 

    "Faut que vous preniez des antidépresseurs Mr Ledru, c'est indispensable. Vous n'êtes plus en état de réfléchir..."


    En Seine-Saint-Denis, des chômeurs catapultés professeurs

    LE MONDE |  • Mis à jour le  |Par 

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    Sans aucune formation adaptée, Rachid M., 21 ans, a été recruté pour prendre en charge une classe de CE1 de Seine-Saint-Denis au pied levé (photo d'illustration).

    Il est arrivé en milieu de matinée le vendredi 10 octobre à l’école Louis-Blériot, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), sur un simple coup de fil de l’académie de Créteil quelques heures plus tôt. C’est le troisième poste que Rachid M. (le prénom a été changé) enchaîne : après un CM2, une classe de grande section maternelle, c’est un CE1 qu’il doit prendre en charge au pied levé dans cette école classée REP + – appellation des nouvelles zones d’éducation prioritaires.

    Sans aucune formation adaptée, le jeune homme de 21 ans a été « jeté dans la fosse aux lions » comme les quelques dizaines de contractuels que le rectorat continue de recruter, soit par le biais de son site, soit par Pôle emploi, pour boucher les trous en Seine-Saint-Denis.

    Démarche chaloupée, look décontracté avec sa petite barbe, ses cheveux mi-longs coiffés en arrière et son chewing-gum dans la bouche, Rachid M. donne l’impression d’être tombé ici par hasard. Quand il est arrivé, il a trouvé les consignes que la maîtresse qu’il remplace avait laissées. Une chance, car le jeune débutant n’avait pas eu le temps de « préparer ». Par ce terme, il veut dire qu’il n’a pas pu consulter les programmes sur Internet. Car Rachid n’a jamais pensé devenir « instit » avant. Il cherchait plutôt « dans le commerce », un emploi de vendeur ou de chef de rayon. Sans succès. Sur les conseils d’un ami, il a postulé sur le site du rectorat.

    « FAIRE AVEC »

    Après un entretien, il a été jugé apte. Pourtant, avec son BTS de management des unités commerciales, Rachid M. n’a pas le d...

    L’accès à la totalité de l’article est protégé


    En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/10/20/en-seine-saint-denis-des-chomeurs-catapultes-professeurs_4509126_3224.html#cCIoZltclmm4K2T6.99

  • Funeral March

    Arrêtez les pendules, coupez le téléphone,

    Pourvu qu'il n'aboie point, jetez un os au chien

    Etouffez les pianos et qu'un tambour voilé

    Au sortir du cercueil, accompagne le deuil.

     

    Que les avions décrivent des cercles en gémissant

    Et tracent dans le ciel ces trois mots : il est mort

    Nouez un crêpe au cou des oiseaux blancs

    Ajoutez des gants noirs aux tenues des agents



    Cétait mon nord, mon sud, l'orient et l'occident

    Mon travail en semaine, mon repos du dimanche

    Mon midi, mon minuit, ma parole, mon chant

    Je pensais que jamais l'amour ne finirait ; j'avais tort

     

    Etoiles, disparaissez, qu'il n'en reste plus une

    Démontez le soleil et remballez la lune

    Asséchez l'océan, balayez les forêts

    Car rien de bon ne peut advenir désormais."

    William Auden "Funeral March"


    Je sais qu'il me manquera à jamais un rituel. Celui que j'avais imaginé pour la fin de ma carrière. Je ne voulais pas d'un "pot de départ" dans l'enceinte de mon école mais une journée en montagne avec mes anciens élèves, toutes générations confondues. Ceux qui sont devenus adultes et qui ont leurs enfants, ceux qui entrent dans l'âge adulte et ceux qui quittent l'enfance, ceux qui sont entre deux mondes et cherchent encore une voie de passage, une passerelle vers l'avenir...J'aurais aimé qu'on se retrouve tous sur les pentes des montagnes, dans les paysages de nos sorties communes, sur les chemins qu'ils avaient découverts, j'aurais aimé retrouver tous ces visages, entendre leurs souvenirs, rire de nos "aventures", j'aurais aimé qu'ils me disent ce qu'ils gardaient en eux, ce que j'aurais réussi à leur transmettre et ce qu'ils en ont fait.

    J'aurais pu fermer cet espace en moi, j'aurais pu déposer un regard bienveillant sur un parcours achevé, j'aurais pu, peut-être, éprouver le bonheur du travail accompli. 

    Aucune fierté, aucune prétention, aucune glorification. Juste le sentiment d'un accompagnement qui se termine et la possibilité, désormais, d'oeuvrer à une autre vie. 

    Je ne vois maintenant que le cadavre d'un Maître de classe qui est tombé dans un fossé et la pourriture qui le ronge. 

    Il faudra que le temps fasse son oeuvre, que la viande se fonde, qu'elle disparaisse, que les pus coulent dans la terre, que les vers se partagent le festin. 

    Rien de bon ne peut advenir désormais. Cet homme-là est mort.

    Oui, mais je suis en vie, moi, celui qui n'a plus de statut, reclus comme un cadavre qui pue, isolé dans le caveau de son errance intérieure.

    Je suis en vie. 

    Entouré de ceux que j'aime, dominé par les sommets des montagnes qui m'appellent, respectueux de ce courant qui continue à agiter mon sang, amoureux de ce miracle qui bat dans ma poitrine.

    Tout peut advenir désormais. 


    "L’Amour n’est jamais triste. C’est juste des feuilles mortes qui le couvrent. Laisse passer l’hiver et tu verras la pourriture des feuilles nourrir la Vie.»
    Jarwal le lutin


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  • Dans l'indifférence totale

    Indiens d’Amérique: un génocide tranquille et presqu'achevé

    Rédigé par Stephane Trano le Jeudi 26 Avril 2012 à 18:42 commentaire(s)

    Les Etats-Unis ne voient pas d'un bon oeil que le sort des Indiens d’Amérique soit pour la première fois à l'ordre du jour des Nations-Unies. Car il s'agit de se pencher sur le sort d'une population de 2,7 millions d'habitants ravagés par une multitude de fléaux et dans des proportions effroyables. Mais qu'en attendre? Car la parole de ces exterminés est inaudible.


    Photo John Miles / Survival
    Photo John Miles / Survival
    Un jour d'avril 1973, un militant noir américain pour les droits civiques, Ray Robinson, qui a longtemps suivi Martin Luther King, débarque à Wounded Knee, dans le Dakota du Sud. Il souhaite apporter son soutien à la cause des "Native Americans", ainsi que l'on nomme les Indiens aux Etats-Unis, qui manifestent contre les injustices dont ils sont victimes dans le pays. Wounded Knee est un lieu emblématique et de sinistre mémoire. C'est là, en effet, que furent massacrés et jetés dans une fosse commune entre 150 et 300 hommes, femmes et enfants au matin du 29 décembre 1890, par le 7ème régiment de Cavalerie du Colonel James Forsyth. Sitôt arrivé dans ces lieux où résident toujours une petite communauté indienne, Ray Robinson appelle sa femme qui lui demande de rentrer à la maison, inquiète car elle sait que la situation sur place est explosive. Elle ne le reverra jamais. Après avoir reçue l'annonce de la mort de son époux, Cheryl n'a jamais pu savoir ce qui était arrivé à son mari ni où son corps avait été enterré.  

    Voilà quelques jours, quarante ans plus tard, Cheryl a fait le voyage de Détroit à Sioux City pour témoigner de son histoire. Le gouvernement américain refuse toujours de communiquer sur le sort de son mari, officiellement parce que le cas est toujours en cours d'investigation par le bureau du FBI de Minneapolis. A Wounded Knee, plus personne ne se souvient de Ray Robinson. Une épisode parmi tant d'autres dans l'histoire des militants de la cause des Indiens d'Amérique, qui n'a jamais bénéficié d'un large soutien populaire et que beaucoup voudraientt voir s'éteindre. 

    Et de fait, cynisme et indifférence se conjuguent pour ensevelir année après année la mémoire des peuples indiens presqu'entièrement anéantis en Amérique du Nord. 

    On ne va pas le nier, les Apaches, les Cheyennes, les Iroquois, les Sioux ou les Esquimaux ne nous inspirent pas, la plupart du temps, un sentiment extrême de culpabilité. Mais ce n'est rien comparé au pays du Western et de la Country. Pas plus que le Jazz ou le Blues ne suscitent leur part de tristesse chez leurs amateurs et ne réveillent chez eux les souvenirs tragiques des lynchages des Noirs, ces genres populaires ne renvoient à la réalité d'un génocide toujours en cours dans l'indifférence générale. 

    Lorsqu'un Américain de l'Illinois souhaite acheter ses cigarettes à bas prix (un paquet coûte ici actuellement 10 dollars), il prend la route du sud de l'Etat ou de l'Indiana voisin, pour s'approvisionner dans l'un des territoires octroyés aux tribus indiennes locales. Là, il paiera son paquet de cigarettes 4 dollars en moyenne. Dans un certain nombre de ces tribus, qui sont des milliers à travers les Etats-Unis, on peut également se procurer de l'alcool à bon marché, jouer au casino (dans 452 d'entre-elles) ou, si l'on se sent possédé par le mal (ce qui est très en vogue), consulter un shaman. Il est toujours très exotique de s'offrir une escapade dans ces drôles d'endroits. Pourtant, l'Américain moyen ne s'y risque pas trop. 

    En effet, 2,1 millions de ces Indiens, soit l'écrasante majorité, vivent largement sous le seuil de la pauvreté. La vision offerte par bien des campements tient purement du bidonville. Et une fois passé ses limites, c'est un voyage en enfer qui commence. L'alcoolisme y prend des proportions catastrophiques. Le chômage y bat tous les records du pays. La maladie s'y propage et tue comme dans les pires zones de la planète. Le suicide, celui des jeunes en particulier, crève le plafond des statistiques. Les Indiens vivant à l'extérieur des tribus n'y reviennent eux-mêmes que pour se faire soigner lorsqu’ils n'ont pas, chose courante, accès au système de santé américain.  

    Anthony B. Bradley est Professeur de Théologie au King's College de New York et Spécialiste des questions raciales aux Etats-Unis. « Si quiconque pense que le gouvernement fédéral sait ce qui est bon pour les communautés locales, explique t-il, il ferait bien de visiter une Réserve Indienne Américaine. Les Natifs Americains [Indiens d'Amérique, NDA] sont aujourd'hui plongés dans le cauchemar de la privation de soins et d'économie qui est la conséquence directe des problemes crées par le Gouvernement lequel, en imposant des solutions sensees résoudre les problemes, rend ceux-ci bien pires en retirant aux communautées leur autonomie. » 

    Tel est le prix à payer pour les Indiens d'Amérique, afin de rester sur la terre de leurs ancêtres, grâce aux concessions faites par le gouvernement fédéral. Pourtant, les Etats abritant ces réserves n'ont de cesse de rogner ces droits et de tenter de récupérer par tous les moyens ces espaces. 

    Pire, une certaine propagande laissant entendre que les Indiens d'Amérique auraient fait le choix de vivre dans ces conditions a fort bien fonctionné dans l'esprit collectif. Or, cela repose sur une contre-vérité historique.  

    L'UNE DES PLUS GRAVES VIOLATIONS DES DROITS DE L'HOMME DANS LE MONDE

    Photo Fiona Watson / Survival
    Photo Fiona Watson / Survival
    En effet, peu rappellent le grand mouvement de délocalisation qui fut la conséquence de l'Indian Removal Act [Loi sur le Retrait Indien, NDA] lequel, au milieu du XIXe siecle, contraint les Indiens à délaisser leurs terres historiques au gouvernement pour se concentrer dans les zones qui leur étaient réservées en échange. En 1890, il était devenu interdit aux Indiens de sortir hors de leurs réserves afin de s'approvisionner en nourriture. Une étude du Professeur Jeffrey E.Holm, de l'Université de Médecine du Nord Dakota, a mis en évidence que le changement de régime alimentaire imposé durant des décennies aux tribus indiennes a engendré une surmortalité aujourd'hui toujours existante, en raison des pathologies qu'elles ont engendrées pour des peuples qui ne pouvaient plus se nourrir comme ils l'avaient fait durant des millénaires. 

    En 2010, les Etats-Unis, dans la foulée du Canada, fut le dernier pays au monde à ratifier la Déclaration des droits des Peuples indigènes aux Nations-Unies. Une des rares concessions faites par un pays qui place souvent l'Histoire au dernier rang de ses préoccupations, si ce n'est pour en offrir une version idéalisée. Mais en l'espèce, il est impossible d'idéaliser la réalité sur laquelle s'est construite l'Amérique. En effet, 90% des tribus amérindiennes ont disparu à la suite de l'arrivée des Européens en Amérique du Nord, la plus grande partie à cause des maladies, la partie restante par les armes. 

    Mais ce n'est pas tant cette réalité historique qui rend ces jours-ci le rôle du Professeur James Anaya complexe, en tant que Rapporteur spécial des Nations-Unies sur les Peuples indigènes. Bien que, pour la première fois de leur histoire, l'organisation se penche, du 23 avril au 4 mai, sur le sort des Indiens d'Amérique, ce qui en soit est déjà un événement notable, c'est avant tout pour regarder en face une réalité qui n'est pas celle du passé mais celle du présent. 

    Cette réalité concerne les 2,7 millions d'Indiens vivant actuellement sur le territoire des Etats-Unis, et qui constitue l’un des cas de violation des droits de l'homme a grande échelle le plus emblématique de toutes les nations développées. 

    Les chiffres parlent d'eux-mêmes: 

    • Les Indiens d'Amérique vivent en moyenne 6 ans de moins que les autres Américains
    • Ils ont 770% de risques en plus de mourir d'alcoolisme
    • Ils ont 665% de risques en plus de mourir de Tuberculose
    • Ils ont 420% de risques en plus de mourir de Diabète
    • Ils ont 280% de risques en plus de mourir d'accidents
    • Ils ont 52% de risques en plus de mourir de Pneumonie et de Grippe
     
    (Source: Commission des Etats-Unis sur les Droits Civils, 2004:8)

     

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  • Sanctions aux familles

    MENACE DE PEINE DE PRISON...

    Sanction 1

    Sanction 2

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  • Un de plus.

    J'ai rencontré un Psy aujourd'hui. C'est lui qui doit statuer sur ma mise en congé longue maladie et la restitution de l'intégralité de mon salaire. 

    Un homme d'une soixantaine d'années. Un regard bienveillant. 

    J'ai tout lâché, toute la tension de ces derniers mois, tout ce qui tourne en boucle, incessamment, tout ce qui me ronge, le dégoût de l'institution, la culpabilité au regard des enfants, l'abandon de ma classe, cette honte qui s'oppose constamment à mes convictions, ce refus de participer à ce que je considère comme un massacre existentiel, l'utilisation des enfants comme cobayes à des fins financières, politiques, égotiques. 

    Beaucoup pleuré. 

    "Vous êtes dans une grande souffrance morale M Ledru et je vous comprends. Vous êtes un idéaliste et vous ne pouvez plus lutter contre des forces qui vous dépassent. Les difficultés de votre métier qui s'accumulent au regard des troubles des enfants. Ils sont le miroir du monde adulte mais avec des effets qu'ils ne peuvent pas maîtriser. Un Ministère qui ne comprend rien à votre métier et qui se permet d'utiliser l'école à des fins misérables. 

    -Je ne peux pas aller à l'encontre de tout ce que j'ai fait pendant toute ma carrière, je ne peux pas accepter l'idée que ma classe ne serait plus qu'un pansement sur des plaies. Je n'ai plus la force pour ça, ni même la foi. Je n'y crois plus, c'est au-delà de ce que je peux faire et si je devais continuer, je sais que j'y laisserai ma peau.

    -C'est un deuil que vous vivez en ce moment et il est nécessaire d'en valider toutes les étapes..."


    Oui, c'est exactement ça. C'est un deuil. Un de plus.  

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  • Burn Out (4)

    Burn out 1

    Burn Out 2

    Burn out...(suite)... 3

    Des médecins du travail alertent sur la multiplication des cas de burn-out

    C'EST MON BOULOT par Philippe Duport vendredi 28 novembre 2014
    • Share184
    multiplication des cas de Burn-out © Maxppp

    Les médecins du travail se mobilisent. Ils voient de plus en plus de cas d'épuisement professionnel. Et ils lancent ce matin un appel et alertent le gouvernement.

    C'est un appel que lancent aujourd'hui soixante dix-huit médecins du travail

    Et une lettre d'alerte, qu'ils adressent aux ministres du Travail et de la Santé. Depuis quelques années, ces observateurs privilégiés de l'état de santé des salariés disent qu'ils constatent une montée du syndrôme d'épuisement professionnel. Le fameux burn out. Au début de l'année, une étude statistique publiée par le cabinet Technologia affirmait que plus de trois millions de travailleurs français étaient menacés de faire un burn out. Mais là, c'est du concret... Bernard Morat, médecin du travail à Tours.

    "On a vu augmenter, ces dernières années, des cas de ce que l'on appelait auparavant de la souffrance au travail, du surmenage, pour ensuite s'apercevoir que les cas d'épuisement au travail allaient en augmentant. Rien que cette année je dois en être à trois cas, ce qui ne paraît pas énorme, mais nous sommes 25 médecins dans ma boîte, ça en ferait déjà 75 ; si vous multipliez ça par le nombre de médecins du travail en France, vous allez voir que le nombre de cas est quand même relativement important. Cet été encore j'ai une dame qui me racontait avoir été à sa voiture, les clés en mains,  "et là, docteur, j'ai pas pu monter dans la voiture". Et là dit : "maintenant c'est fini, j'arrête. Je suis remontée, j'ai enlevé mon manteau et mes chaussures, je me suis couché et j'ai dormi toute la journée"."

    Dans cet appel qui parait ce matin dans l'hebdomadaire Marianne est clair, les médecins du travail posent la question :

    "combien de burn out se terminent par un licenciement pour inaptitude ou par un passage à l'acte suicidaire ?"

    Les chiffres manquent sur le burn out. Notamment parce que sa définition n'est pas encore claire. Les médecins réclament donc une clarification du tableau clinique de cette nouvelle maladie. Selon eux, de nombreux salariés sont traités pour de l'anxiété, pour une dépression ou des troubles du sommeil alors qu'ils relèvent en fait du burn out".

    Le syndrome reconnu comme maladie professionnelle

    Ce que demandent ces médecins, c'est la reconnaissance de ce syndrôme comme une véritable maladie professionnelle. Ils rejoignent ainsi une pétition qui a déjà recueilli plus de 8.000 signatures et qui circule sur internet.

    La reconnaissance du burn out comme maladie professionnelle n'est pas un simple débat technique. Pour les victimes, elle entraînerait une meilleure prise en charge. Pour les entreprises dans lesquelles on recense de nombreux cas de burn out - marqueur d'un management pathogène - il y aurait une sanction financière. Mais imposer de nouvelles contraintes aux entreprises, en temps de crise économique, cest aussi un débat politique.

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  • Ventres vides / Ventre plein

    Deux articles qui se suivent. 

    L'État de la France en résumé. 


    Le procès des ventres vides

    MARIE BARBIER
    MERCREDI, 3 DÉCEMBRE, 2014
    Photo : Manolo Mylonas/Divergence
    Pour Me Stéphane Vallée : "cela paraît incroyable que le fait de prendre ces denrées, destinées au camoin-benne, soit considéré comme un vol".
    Photo : Manolo Mylonas/Divergence
    Trois jeunes sont cités à comparaître ce matin pour « soustraction frauduleuse » de produits périmés dans la poubelle d’un supermarché.

    Tout commence par un frigo vide, un soir de printemps. Nous sommes le 27 mai, à Montpellier. Léa, Mike et Adrien, étudiante, chômeur et technicien du spectacle, vivent de récupérations et de débrouilles. Depuis trois ans, avec d’autres, ils squattent un immeuble du centre-ville qu’ils ont rebaptisé « le Kalaj ». Pour manger, ils ont pris l’habitude de faire les poubelles des supermarchés. Un mode de consommation parallèle basé sur les tonnes de produits consommables jetés chaque jour par la grande distribution. « Les produits sont périmés de la veille ou du jour même, mais ils sont toujours bons, assure Adrien, vingt-cinq ans. Ce soir-là, il y avait plein de foie gras et de saumon, c’était une bonne pêche. On avait de quoi nourrir huit personnes pendant deux semaines. »

    Léa, Mike et Adrien arrivent vers 22 h 30 à l’Intermarché de Frontignan, à une vingtaine de kilomètres de Montpellier. Ils enjambent un muret pour pénétrer à l’endroit où sont entreposés les sacs-poubelle. Une fois arrivés derrière le supermarché, ils récupèrent les sacs-poubelle remplis de victuailles. « On trie, on se sert et on nettoie derrière nous, précise Adrien. Notre objectif n’est pas de faire chier le magasin, on veut revenir. » Mais quand les trois glaneurs reviennent au camion, ils sont cueillis par la brigade anticriminalité (BAC). « La totale, se souvient Adrien. Mains en l’air, fouille au corps et du véhicule… Ils étaient persuadés qu’on avait volé dans la réserve du magasin. Quand ils ont vu que c’étaient des sacs-poubelle qui puent avec des produits périmés, ils ont compris. »

    Ils risquent jusqu’à sept ans de prison et 100 000 euros d’amende

    Pourtant, les trois jeunes gens sont emmenés au poste où ils écopent de douze heures de garde à vue – avec prises d’empreintes, d’ADN – et d’une citation à comparaître, le parquet ayant décidé de poursuivre. « C’est n’importe quoi ! s’emporte Adrien. La pauvreté est criminalisée et la BAC protège le profit d’une entreprise, au lieu de garantir la sécurité des citoyens. » Les trois « délinquants » doivent comparaître ce matin devant le tribunal correctionnel de Montpellier (Hérault). On leur reproche la « soustraction frauduleuse de denrées périssables avec date dépassée », délit assimilé à un vol, et aggravé ici par trois circonstances : « De nuit, en réunion et par escalade. » Ils risquent jusqu’à sept ans de prison et 100 000 euros d’amende. Ce type de procès n’est pas le premier. À Nantes, en juillet, un « zadiste » de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) avait pris trois mois de prison avec sursis et 105 heures de travail d’intérêt général (TIG) pour « vol » de denrées périmées dans les poubelles d’un Super U. « Je suis confronté à ce genre de poursuites assez régulièrement, raconte l’avocat nantais Stéphane Vallée, qui avait défendu le jeune homme. Avec les Roms dans les déchetteries, c’est exactement la même volonté de pénaliser la misère. Ça paraît incroyable que le simple fait de prendre ces denrées, destinées au camion-benne, soit considéré comme du vol. Dans le cas des zadistes, les produits “volés” leur avaient été restitués, ce qui montre la difficulté des poursuites… » Les trois Montpelliérains avaient, eux, dû verser leur butin sur le trottoir devant le commissariat, mais se sont arrangés pour en garder une partie. Avec la crise économique, les glaneurs, que filmait déjà la réalisatrice Agnès Varda en 2000, se sont multipliés. Ce système D, s’il témoigne de la pauvreté grandissante, met aussi en exergue le gaspillage alimentaire de la grande distribution. « Il y a urgence à mettre en place des mesures législatives pour régler ce problème, soutient André Chassaigne, député communiste, signataire d’une proposition de loi en juillet pour astreindre les grandes surfaces à proposer leurs invendus alimentaires à des associations caritatives. On ne peut pas, d’un côté, laisser partir à la benne des produits certes périmés mais consommables, et, de l’autre, reprocher à des gens de faire de la récupération parce qu’ils sont en grande précarité. »

    Pour une dépénalisation
de de la récupération

    Pour dénoncer ce gâchis, le collectif les Gars’pilleurs a une démarche intéressante : ils récupèrent des produits la nuit dans les poubelles des commerces (supermarchés, boulangerie, etc.) et les redistribuent le lendemain sur la place publique. « On fait surtout ça pour que les supermarchés se bougent et redistribuent eux-mêmes les denrées, explique Léo, membre de ce 
collectif. Quand on n’aura plus à le faire nous-mêmes, on aura gagné ! » Ce glaneur espère que le procès montpelliérain mettra ce problème sur la place publique et exige, à terme, une dépénalisation de la récupération. L’avocat des trois Montpelliérains plaidera la relaxe – ou au moins la dispense de peine – en invoquant « l’état de nécessité ». « Vu leurs revenus très faibles, ils ont trouvé ce palliatif pour se nourrir », argumente Me Jean-Jacques Gandini. L’audience 
devrait être renvoyée en raison d’une journée de grève des avocats. Mais aussi parce que les prévenus réclament une collégialité de jugement, à la hauteur des années de prison en jeu…

     http://www.humanite.fr/le-proces-des-ventres-vides-559179#sthash.a5i7ZPPq.qirR8bIG.dpbs


    http://www.marianne.net/Francois-Hollande-une-retraite-normale_a243195.html

    François Hollande : une retraite "normale" ?

    Vendredi 5 Décembre 2014 à 05:00 | Lu 85243 fois I 109 commentaire(s)

    "Marianne" le révèle dans son numéro en kiosques ce vendredi : le haut fonctionnaire François Hollande ne s'est pas mis en disponibilité de la Cour des comptes, mais demeure — la nuance est de taille — en détachement. Du coup, son compteur retraite tourne à plein régime. Selon nos calculs, grâce à ses différents mandats au cours de sa longue carrière, sa retraite finale pourrait atteindre pas loin de 36 000 euros mensuels.


    Christophe Ena/AP/SIPA
    Christophe Ena/AP/SIPA
    Et pourtant, il tourne. Qui ? Le compteur de retraite du conseiller référendaire, François Hollande, placé en détachement à l’Elysée. Telle est « la situation du fonctionnaire assurant les fonctions de président de la République », comme nous l’a indiqué la Cour des comptes. Sur le plan de la pension, Hollande la joue une fois de plus comme Chirac. A l’heure de la liquidation de ses droits, il devrait même dépasser le maître et ses 31 000 € brut par mois. Selon nos calculs, détaillés plus loin, le président normal devrait toucher 35 700 € mensuels pour ses vieux jours. 

    Si le coup du détachement était un grand classique parmi les responsables politiques, il en va différemment depuis la loi sur la transparence de la vie politique votée à la hâte après l’affaire Cahuzac. Depuis le 1er octobre 2014, les fonctionnaires élus ou membres du gouvernement doivent se mettre en disponibilité – et non plus en détachement – comme leurs collègues désireux d’exercer dans le privé. Pour conserver leur maroquin, Fleur Pellerin, mais aussi Emmanuel Macron, avec un peu de retard* se sont mis fissa en « dispo », renonçant ainsi à leur avancement de carrière et aux points retraite qui vont avec. Une règle qui vaut pour tout le monde… sauf pour François Hollande. 

    La situation du président « n’est expressément prévue par aucun texte. C’est donc le droit commun qui s’applique », précise-t-on à la Cour des comptes. En juin 2013, lors de la présentation de la loi, Alain Vidalies, alors ministre chargé des Relations avec le Parlement, assurait toutefois que « le président de la République […] se mettra en disponibilité ». Une promesse de plus non tenue, donc. 

    « Il a intérêt à continuer de cotiser à la Cour des comptes. Le régime est très favorable », assure Charles de Courson, député UDI de la Marne et lui-même retraité de la Rue Cambon. Malgré sa fréquentation très épisodique de la cour — trois ans en début de carrière, en 1980, quelques mois en 1993 —, François Hollande a su jouer à plein du système. A part quelques mois de mise en disponibilité entre 1993 et 1995, il a continuellement été détaché comme élu. Résultat : il a d’ores et déjà accumulé trente-deux ans de droits. Avec la majoration de 20 % pour ses quatre enfants, notre président magistrat s’assure une petite pelote de près de 5 000 € brut par mois, que chaque trimestre supplémentaire placé en détachement fait grossir. 

    Viennent ensuite ses très nombreux mandats. C’est bien simple, à part sénateur et président de syndic (ça, on ne sait pas), il a tout fait : conseiller puis président de conseil général, adjoint au maire puis maire de Tulle, conseiller régional. Pour ces fonctions locales, il est déjà assuré de toucher 6 000 € par mois. Vingt ans comme député et cinq mois comme eurodéputé ouvrent droit à 6 800 € supplémentaires. Un peu de gratte comme prof à Sciences-Po, mettons 300 €. Et ce n’est pas fini : le bonus « président de la République » lui vaudra encore 6 000 € de retraite. Et son statut de membre de droit du Conseil constitutionnel, 12 000 €. Total général : pas loin de 36 000 €. Chirac est enfoncé. 



    François Hollande : une retraite "normale" ?



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    * Pan sur le bec, comme dirait le Canard enchaîné : le 24 octobre dernier, Marianne titrait« Quand Macron était à la fois fonctionnaire et banquier », en se fondant sur l’absence de publication au Journal officiel du bon de sortie de cet inspecteur des finances parti pantoufler chez Rothschild. Sous couvert de simplification administrative, une obscure instruction de 2007 a rendu, en réalité, facultative la publication de ces arrêtés. Rien ne change, sinon l’apparition d’un nouveau tampon « non publié au JO ». Du coup, les arrêtés pour ces très hauts fonctionnaires restent dans un tiroir, quand la situation du moindre magistrat doit, elle, être publiée au JO… Notre méprise a au moins permis au ministre de rentrer dans les clous. Alerté par nos questions, Emmanuel Macron (enfin, le responsable de l’Inspection des finances… qui dépend de lui) a placé le 20 octobre Macron Emmanuel « en disponibilité », avec effet rétroactif au 1er octobre.

     

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  • Jarwal : Libre de comprendre

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    Au loin, des brumes de chaleur couvraient les vallées d’un voile diaphane, des haleines tièdes qui cachaient les agitations humaines. Les villes se dissipaient sous des volutes immobiles. Les sommets rayonnaient en pleine lumière. Quelques nids de neige subsistaient encore dans les faces sombres. Les forêts de résineux dessinaient des lignes de partage avec les alpages et, plus bas, les feuillus dispensaient des palettes de verts aux variétés infinies.

     

    Léo jeta un caillou dans l’eau du lac. Des ondes circulaires s’étendirent dans une symétrie parfaite.

    « Quand je vois les cercles, comme ça, sur l’eau, expliqua Rémi, j’imagine toujours mes pensées. La première qui arrive, c’est comme un caillou qui tombe à l’eau et ensuite, la pensée s’étend, s’étend et puis d’autres apparaissent comme si la première leur donnait vie. Et puis, après le calme revient et c’est tout lisse dans ma tête, comme le lac. »

    Lou regarda Rémi avec surprise, une certaine curiosité, une émotion étrange. Elle n’avait jamais fait attention à lui au collège. Il était juste le frère de son amie, de sa seule amie. Mais elle ne l’avait jamais écouté et elle découvrait un monde intérieur qui lui plaisait beaucoup. Elle se trouva absurde en réalisant qu’elle avait ignoré le garçon uniquement parce qu’il avait un an de moins qu’elle.

    « C’est une très belle image Rémi, avoua-t-elle. Je trouve difficile en tout cas de parvenir à faire en sorte que dans ma tête, ça soit comme le lac. J’ai l’impression que des cailloux tombent tout le temps à l’intérieur et que tous les cercles se superposent sans arrêt. »

    Rémi ressentit un picotement délicieux. Cette certitude qu’il existait vraiment pour Lou, qu’il n’était pas juste qu’un camarade du jour. Il se surprenait en même temps d’avoir osé révéler cette image devant de nouveaux compagnons. Cette conscience soudaine que les pudeurs entretenaient l’insignifiance des échanges alors qu’il suffisait d’être vrai et honnête pour créer un réel partage, une rencontre inespérée. Cette idée que les hommes construisaient leurs propres prisons. Jarwal l’avait dit.

     

    Ils finirent leur casse-croûte et reprirent le chemin.

    Les interrogations s’éveillèrent rapidement. Lou voulait en savoir davantage sur le voyage de l’eau. Tian s’intéressait grandement aux Kogis. Il pensait aux Tibétains, colonisés à leur tour. Encore et toujours des soumissions et des douleurs, rien n’avait changé dans le fonctionnement de l’humanité.

    Marine essayait d’expliquer ce que Jarwal avait découvert à travers la perte de sa mémoire.

    « Il dit que si on reste attaché à notre mémoire, on perd la conscience de la vie. Mais c’est compliqué à expliquer en fait. C’est comme si le passé que notre mémoire garde en elle nous privait de la compréhension de la vie immédiate.

    -Un peu comme si on traînait un fardeau. On dépense notre énergie pour ça alors qu’on devrait l’utiliser dans l’instant présent, c’est ça ? demanda Tian.

    -Oui, c’est ça, acquiesça Marine, en souriant au jeune garçon. Mais en plus, Jarwal disait qu’on en finissait par ne plus exister réellement. On se souvenait d’avoir vécu et on se servait de ces souvenirs pour recevoir le présent.

    -Par exemple, en ce moment, on est tellement attaché au souvenir de Jarwal qu’on en finit par ne plus voir ce qui nous entoure, ajouta Léo, alors que la petite troupe arrivait au col.

    -Tu as bien raison, petit frère, renchérit Rémi. On ne se sert même pas de ce que Jarwal nous a appris. C’est nul.

    -C’est bien la preuve que quand on apprend quelque chose, ça n’est pas pour autant que c’est à nous.

    -Oh oui, Léo, alors tu imagines un peu avec tout ce qu’on doit avaler à l’école, reprit Marine. Et en plus, ça ne nous concerne pas directement. C’est juste du savoir. Alors que Jarwal, il nous parle de notre vie. Et pourtant, même ça, on n’arrive pas vraiment à s’en servir.

    - Dites donc, vous n’imaginez pas le plaisir que j’ai à être avec vous. Je pensais qu’on allait juste faire une balade en montagne et j’étais déjà très contente mais alors, là, ça dépasse tout ce que j’espérais, lança Lou, rayonnante. C’est chouette toutes ces discussions. C’est triste d’ailleurs qu’à l’école, on ne parle jamais de tout ça et même entre nous, comme si l’endroit lui-même nous rendait bête.

    -Ah, ah, éclata Tian, c’est exactement ça, c’est un endroit qui nous rend bête de savoir. 

    -Et qui nous éloigne de nous-mêmes, continua Rémi, en nous racontant que c’est pour nous préparer à gagner notre vie. Je déteste cette expression. »

    Un regard de Lou que Rémi surprit, un choc immense, l’attention qu’elle lui portait, comme une volonté de le comprendre, de saisir tout ce qu’il portait, la tête légèrement inclinée, une interrogation curieuse, tendre, le bonheur de la rencontre, une découverte inattendue. Comme une fenêtre ouverte sur un espace inconnu.

    Ils regardèrent silencieusement les horizons gagnés. La chaîne de la Lauzière et ses arêtes dentelées, les forêts comme arrêtées par une ligne infranchissable, l’altitude dessinée sur le faîte des derniers arbres, une longue ligne régulière courant sur les flancs, les alpages les dominant jusqu’aux premières zones rocheuses et cet élan vertical projetant vers les cieux immobiles des flèches minérales.

    Ils percevaient, remontant du fond de la vallée, la rumeur des camions et des voitures filant sur l’autoroute, une rumeur sourde, envahissante.

     

    « J’aurais aimé connaître cette vallée avant même que l’homme y soit installé, annonça Léo. Vous imaginez cette immensité dans le silence, tout à découvrir, aucun chemin, des animaux en pagaille, ça devait être extraordinaire.

    -En Chine, il y a des régions qui sont encore très peu habitées, des étendues immenses, mon père m’a dit qu’il y avait une différence de vie incroyable entre certaines zones du Nord et les grandes villes. Dans les mégapoles, il y a des enfants qui n’ont jamais vu la nature, rien, ils ne sont jamais sortis de ces centaines de kilomètres de rues, les villes en France sont toutes petites comparées à Shanghai ou Pékin.

    -Je ne pourrais pas y survivre, intervint Rémi.

    -Moi non plus, continua Tian et il y a d’ailleurs beaucoup de gens qui y meurent. La pollution atmosphérique est terrifiante. Certaines villes industrielles sont constamment recouvertes par un nuage gris. On n’y voit jamais le ciel bleu.

    -C’est complètement fou. 

    -Oui, Léo, pire que ça, même, c’est suicidaire. Et soi-disant pour vivre mieux.

    -Il me fait terriblement peur ce monde adulte, » avoua Lou, en baissant les yeux.

    Une infinie tristesse qui toucha immensément Rémi, comme des tenailles qui enserraient son cœur.

    Le silence qui s’imposa, une peur partagée, un avenir aussi inquiétant qu’un ciel d’orage.

    « Et si on descendait voir notre cabane ? proposa Léo. De toute façon, Jarwal ne viendra pas, faut pas rêver.

    -Ouais, tiens, chouette idée ça petit frère, » renchérit Rémi.

    Un dernier regard sur les horizons, comme un ultime espoir projeté. Tian et Lou, désolés de cette rencontre manquée, Marine, Rémi et Léo, inconsolables de cette disparition. Il fallait occuper le reste de la journée. La mission de partage était achevée. C’était déjà un grand bonheur. Et puis, il y avait ces émotions impromptues, fugaces mais déjà si puissantes. Tian et Marine. Lou et Rémi. 

    Léo s’en amusait. Il sentait bien qu’il y avait dans l’air des parfums inhabituels, des échanges secrets, des pensées lumineuses.

     

    Ils prirent le chemin vers la forêt.

     

    Des discussions et des rires, des histoires de balades, des sorties avec les parents, Tian qui racontait son enfance à Paris, le désir de ses parents de venir s’installer au pied des montagnes.

    « Mon père dit que de lever les yeux vers les hauteurs élèvent aussi l’esprit. A Paris, les gens marchent en regardant le sol.

    -C’est effrayant de voir qu’il puisse y avoir autant de distance entre les gens, autant de différences dans leur choix de vie.

    -Je ne sais pas Marine s’il s’agit vraiment de choix.

    -Oui, c’est vrai Tian. Nous, les enfants, par exemple, on ne choisit rien. On naît dans une famille, nos parents nous éduquent et on adopte leurs propres choix avant de pouvoir prendre une voie.

    -Mais quand on est en âge de prendre une décision de vie, on le fait en fonction de ce qu’on a vécu. Il n’y a plus vraiment de choix mais une adaptation.

    -Alors Tian, on n’est jamais libre ?

    -On est libre de le comprendre, Marine. »