Blog

  • Imitation...

    En tout cas, ce que je sais désormais, c'est que l'énergie que je dépensais en classe à établir constamment un exemple positif, ça ne suffit pas à contrer l'exemple du monde extérieur...Qu'il soit familial ou de société...Faire le mal reste la ligne de conduite générale. 

    Est-ce que l'effet de groupe aboutit inévitablement à des effets pervers, à des attitudes destructrices ? 

    Est-ce que l'exemple positif d'observation de Soi est une illusion qui s'efface dès que les conditions sont favorables au Mal ? 

    Est-ce qu'il est envisageable d'attendre de l'Homme autre chose que des douleurs propagées, ce rôle adoré de bourreau pour ne pas être soi-même une victime ?

    Est-ce qu'il est raisonnable d'espérer voir grandir nos enfants dans une dimension de respect et d'amour ?

    Est-ce que l'école est un terreau au Mal ?

    Est-ce qu'il est sain de vouloir s'y opposer jusqu'à en crever soi-même ?

     

    Lire la suite

  • Réseau d'Aide

    Le "projet" pour les RASED, réseau d'aide spécilaisée pour les enfants en difficulté...

    Le "bien être" des enfants...

    Quand est-ce que le milieu enseignant va réagir ? Réagir vraiment, pas avec des grèves d'une journée et des banderoles, une journée de salaire offerte à ce gouvernement. 

    Je parle d'actions qui marquent.

    Désertion. Refus d'obéir. Blocage administratif. 

    Ces enseignants qui considèrent qu'ils doivent travailler à la mise en place de cette Réforme ou qui disent que ça ne les concerne pas parce que c'est du "péri-scolaire"...Ils devraient relire la période de Vichy...

    Rased

    Lire la suite

  • Projet éducatif territorial

    Une page qu'il faut bien garder car il est certain que ces dispositions ne seront pas respectées...(elles ne le sont déjà pas dans nombre de communes) : nombre d'animateurs et durée de l'activité journalière, qualification des intervenants, cohérence avec le projet d'école, sens pédagogique des activités...



    DECRET 
    Décret n° 2013-707 du 2 août 2013 relatif au projet éducatif territorial et portant expérimentation relative à l'encadrement des enfants scolarisés bénéficiant d'activités périscolaires dans ce cadre 

    NOR: SPOJ1315542D 
    Version consolidée au 02 septembre 2013

    Le Premier ministre,
    Sur le rapport du ministre de l'éducation nationale et de la ministre des sports, de la jeunesse, de l'éducation populaire et de la vie associative,
    Vu la Constitution, notamment son article 37-1 ;
    Vu le code de l'action sociale et des familles, notamment ses articles R. 227-1, R. 227-16 et R. 227-20 ;
    Vu le code de l'éducation, notamment son article L. 551-1 ;
    Vu l'avis du conseil d'administration de la Caisse nationale des allocations familiales en date du 16 juillet 2013 ;
    Vu l'avis du conseil central d'administration de la Mutualité sociale agricole en date du 18 juillet 2013 ;
    Le Conseil d'Etat (section sociale) entendu,
    Décrète :


    I. ― Le projet éducatif territorial dans le cadre duquel peuvent être organisées, en application de l'article L. 551-1 du code de l'éducation, des activités périscolaires pour les enfants scolarisés dans les écoles maternelles ou élémentaires, dans le prolongement du service public de l'éducation et en complémentarité avec lui, est élaboré conjointement par la commune, siège de ces écoles, ou l'établissement public de coopération intercommunale lorsque les dépenses de fonctionnement des écoles lui ont été transférées, par les services de l'Etat et les autres partenaires locaux, notamment associatifs ou autres collectivités territoriales. 
    Le projet éducatif territorial prend la forme d'une convention conclue entre le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale, le préfet, le directeur académique des services de l'éducation nationale, agissant sur délégation du recteur d'académie, et, le cas échéant, les autres partenaires signataires, qui coordonnent leurs interventions pour organiser, dans l'enceinte de l'école ou dans les locaux de l'un des signataires, des activités périscolaires répondant aux besoins des enfants et dont la liste est annexée à la convention. 
    II. ― Préalablement à la conclusion du projet éducatif territorial, les services de l'Etat s'assurent que les modalités d'organisation retenues pour l'accueil des enfants sont propres à garantir leur sécurité. Ils s'assurent également de la qualité éducative des activités périscolaires proposées, de leur cohérence avec le projet d'école et les objectifs poursuivis par le service public de l'éducation.


    I. ― A titre expérimental, pour une durée de trois ans, les taux d'encadrement des accueils de loisirs périscolaires organisés dans le cadre d'un projet éducatif territorial peuvent être réduits par rapport aux taux prévus par l'article R. 227-16 du code de l'action sociale et des familles, sans pouvoir être inférieurs à : 
    Un animateur pour quatorze mineurs âgés de moins de six ans
    Un animateur pour dix-huit mineurs âgés de six ans ou plus. 
    Par dérogation à l'article R. 227-20 du code de l'action sociale et des familles, les personnes qui participent ponctuellement avec le ou les animateurs à l'encadrement des activités périscolaires sont comprises, pendant le temps où elles y participent effectivement et pour l'application de l'article R. 227-12 du même code, dans le calcul de ces taux d'encadrement. 
    Par dérogation au 1° du II de l'article R. 227-1 du même code, la durée minimale prévue pour les activités périscolaires par journée de fonctionnement est ramenée à une heure
    II. ― La liste des communes et établissements publics de coopération intercommunale signataires d'un projet éducatif territorial est fixée dans chaque département par arrêté du préfet. 
    III. ― Sans préjudice des contrôles prévus au II de l'article 1er du présent décret, l'expérimentation peut être interrompue à tout moment par le préfet si les exigences mentionnées ci-dessus ne sont pas respectées, dans les conditions prévues au I de l'article L. 227-11 du code de l'action sociale et des familles.


    L'évaluation de l'expérimentation prévue au I de l'article 2 fait l'objet, six mois avant son terme, d'un rapport réalisé par le comité de pilotage mentionné à l'article L. 551-1 du code de l'éducation réunissant l'ensemble des partenaires du projet éducatif territorial signataires de la convention mentionnée au I de l'article 1er et transmis au préfet du département et au recteur d'académie. Ces autorités adressent aux ministres chargés de l'éducation nationale et de la jeunesse, au plus tard quatre mois avant la fin de l'expérimentation, une synthèse de ces rapports d'évaluation. Au vu de ces rapports, le Gouvernement décide soit de mettre fin à l'expérimentation, soit de pérenniser tout ou partie des mesures prises à titre expérimental.


    Le présent décret entre en vigueur à la rentrée scolaire 2013.


    Le ministre de l'éducation nationale et la ministre des sports, de la jeunesse, de l'éducation populaire et de la vie associative sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret, qui sera publié au Journal officiel de la République française.


    Fait le 2 août 2013.


    Jean-Marc Ayrault 


    Par le Premier ministre :


    La ministre des sports, de la jeunesse,

    de l'éducation populaire

    et de la vie associative,

    Valérie Fourneyron

    Le ministre de l'éducation nationale,

    Vincent Peillon

    Lire la suite

  • OCDE, c'est du long terme...

    Cette analyse date de juillet 2003...

    On voit aujourd'hui la ténacité des gouvernements à mettre en place cette privatisation et cette libéralisation, jusque dans le système scolaire.

    Droite ou Gauche, rien ne change bien entendu. C'est d'ailleurs la Droite qui avait initié cette Réforme...

     


     

    http://leruisseau.iguane.org/spip.php?article11

    l’OCDE donne le kit de la privatisation facile

     
     

    La France se privatise doucement. Cela se fait par le changement de statut des entreprises publiques, plus ou moins progressivement. Mais cela se fait aussi par l’affaiblissement des services publics, ce qui a pour effet de favoriser le développement de services privés. Ces politiques sont insidieuses, et l’on a du mal à en mesurer les répercutions. Accompagnées par un discours qui nie farouchement toute volonté d’affaiblissement du service public, l’opinion à du mal à savoir ce qui se prépare.

    Chacun dans son domaine constate une augmentation des cadences, une précarisation de l’emploi, une dégradation de l’offre publique (augmentation des services payants, durée d’acheminement du courrier, disparition des services de proximité, dégradation du climat scolaire, etc...) qui pousse automatiquement à aller chercher une réponse dans secteur privé (envoi du courrier sous 24h, cliniques privées, établissements scolaires privés plus sécurisants etc...)

    Il ne faudra pas attendre que telle ou telle école publique soit privatisée pour dire « le système éducatif français se privatise ». En France, il y a déjà concurrence entre un système éducatif public et un système éducatif privé. Une simple dégradation lente, progressive de l’offre publique suffit à permettre le développement du secteur privé. Pour se persuader que tous les signes observables sont bien à inclure dans une volonté globale de libéralisation du secteur public, voici quelques exemples d’analyses politiques proposées par l’OCDE (dont la France est membre). Les citations (en italliques) sont extraites d’une brochure téléchargeable sur internet sur le site de l’OCDE : Le cahier de politique économique n°13 : la faisabilité politique de l’ajustement. (quelques extraits - notés comme tels - sont également tirés du cahier de politique économique n°1 : ajustement et équité, dont le cahier n°13 est le prolongement - les deux brochures sont téléchargeables ci-contre)

    Ce texte est édifiant. Il se base sur « cinq études de cas approfondies (sur l’Équateur, le Venezuela, les Philippines, la Côte d’Ivoire et le Maroc) », et des analyses comparatives de « sept pays d’Amérique latine et 23 pays d’Afrique pendant les années 80 » lorsque ces pays ont pratiqué des politiques de privatisation et de libéralisation.

    Le cahier n°13 (rédigé par Christian Morrisson, pour le centre de développement de l’OCDE) est présenté ainsi :

    "Le Centre de Développement s’efforce, dans ses activités de recherche, d’identifier et d’analyser les problèmes qui vont se poser à moyen terme, dont les implications concernent aussi bien les pays Membres de l’OCDE que les pays non-membres, et d’en dégager des lignes d’action pour faciliter l’élaboration de politiques adéquates. (...) De par sa diffusion rapide, large et ciblée, cette série est destinée plus particulièrement aux responsables politiques et aux décideurs concernés par les recommandations qui y sont faites." (cahier n°13, page3)

    - Dans le vocabulaire de l’OCDE, la stabilisation est une baisse subite des dépenses de l’Etat, et l’ajustement structurel est une réorganisation de l’économie du pays pour diminuer les dépenses de l’Etat (le secteur moderne est le secteur public et parapublic). Dans tous les cas, une privatisation du secteur public est imposée, avec la collaboration du FMI et de la banque mondiale :

    "Quelle que soit la diversité des politiques d’ajustement structurel, une comparaison entre les programmes montre qu’ils s’inspirent d’une philosophie commune, à savoir l’intérêt d’une libéralisation des échanges, à l’intérieur comme à l’extérieur, et éventuellement l’intérêt d’une privatisation des entreprises parapubliques pour accroître l’efficacité de l’économie. Cette philosophie guide aussi bien les programmes conçus en collaboration avec le FMI et la Banque mondiale que ceux des pays comme l’Indonésie qui ont agi indépendamment." (cahier n°1, p11)

    - Le danger pour l’OCDE, c’est que ces mesures de déréglementation et de privatisations soient bloquées par des grèves : de pauvres, de fonctionnaires ou de salariés d’entreprises publiques.

    "L’application de programmes d’ajustement dans des dizaines de pays pendant les années 80 a montré que l’on avait négligé la dimension politique de l’ajustement. Sous la pression de grèves, de manifestations, voire d’émeutes, plusieurs gouvernements ont été obligés d’interrompre ou d’amputer sévèrement leurs programmes. (...) La dimension sociale de l’ajustement est évidente lorsque les troubles représentent une réaction de désespoir de la part des plus pauvres à des mesures de stabilisation qui les frappent directement. Dans d’autres cas, cependant, l’opposition à l’ajustement n’est pas le fait des pauvres : des fonctionnaires ou des salariés d’entreprises publiques peuvent, par la grève dans des secteurs clés, bloquer l’action gouvernementale. (...) (cahier n°13, page 6) Seules les dictatures qui interdisent toute liberté de presse et d’expression évitent ce coût. En raison de ces réactions politiques à l’ajustement, de nombreux gouvernements peuvent donc souhaiter minimiser les coûts humains de l’ajustement, même si les considérations sociales ne sont pas prioritaires pour eux." (Cahier n°1, page 5)

    - Une brutale hausse des prix à la consommation, (causée par l’arrêt de certaines subventions aux denrées alimentaires de base) peut provoquer des troubles politiques très graves. Mais les réductions de salaire et d’emploi dans le secteur public entraînent des grèves qui peuvent sont une arme très efficace.

    "La réduction des salaires et de l’emploi dans l’administration et dans les entreprises parapubliques figure, habituellement, parmi les principales mesures des programmes de stabilisation. En principe, elle est moins dangereuse politiquement que la hausse des prix à la consommation : elle suscite des grèves plutôt que des manifestations et elle touche les classes moyennes plutôt que les pauvres (il y a peu de fonctionnaires parmi les 40 pour cent les plus pauvres). Mais ce n’est pas parce que cette mesure peut se justifier du point de vue de l’équité qu’elle ne comporte pas de risque politique. En effet, il s’agit de secteurs où la proportion de salariés syndiqués est la plus élevée, où les salariés ne prennent pas de risque en faisant grève comme dans le secteur privé et, enfin, où la grève peut être une arme très efficace : l’économie est paralysée par une grève des transports ou de la production d’électricité ; et l’État est privé de recettes si les agents du fisc cessent de travailler. La grève des enseignants n’est pas, en tant que telle, une gêne pour le gouvernement mais elle est indirectement dangereuse, comme on l’a noté, puisqu’elle libère la jeunesse pour manifester. Ces grèves peuvent donc devenir des épreuves de force difficiles à gérer.(...) (cahier n°13, p29) Les grèves comportent un inconvénient sérieux, celui de favoriser les manifestations. Par définition les grévistes ont le temps de manifester." (cahier n°13, p26)

    - Pourquoi ce sont toujours les salariés du public qui font grève ? Ils sont bien organisés répond l’étude.

    "Mais la réforme la plus souvent nécessaire, et la plus dangereuse, est celle des entreprises publiques, qu’il s’agisse de les réorganiser ou de les privatiser. Cette réforme est très difficile parce que les salariés de ce secteur sont souvent bien organisés et contrôlent des domaines stratégiques. Ils vont se battre avec tous les moyens possibles pour défendre leurs avantages, sans que le gouvernement soit soutenu par l’opinion parce que les bénéfices de la réforme n’apparaîtront qu’après plusieurs années et seront diffus, tandis que les perdants seront touchés immédiatement. Plus un pays a développé un large secteur parapublic, plus cette réforme sera difficile à mettre en œuvre, le cas limite étant celui des économies socialistes où les dangers sont les plus grands." (cahier n°13, p33)

    - L’étude est très documentée, en chiffres, en exemples divers. La France est parfois citée :

    "Le cas du Venezuela montre qu’il n’y a pas de lien entre la violence sociale et le niveau de développement : malgré un revenu par habitant relativement élevé, c’est le pays où les troubles ont été les plus violents. (...) Une telle réforme a des retombées favorables pour certains groupes d’intérêts, mais défavorables pour d’autres. Elle correspond donc à un changement dans l’équilibre socio-politique du pays, qu’il est plus facile de faire accepter dans la conjoncture d’une crise financière et d’un programme de stabilisation. Ceci se vérifie à la fois dans les pays en développement et dans les pays industrialisés, comme le montre l’exemple du programme de stabilisation et d’ajustement structurel appliqué en France en 1958." (cahier n°1, page 8)

    - Aujourd’hui en Europe, beaucoup disent que les gouvernements des Etats membres font endosser à la commission de Bruxelles les décisions impopulaires alors qu’ils sont d’accord, puisqu’ils ont signé les textes quelques mois auparavant. L’OCDE voit deux options : paraître indépendant ou dire que cela viens d’une instance supérieure :

    "Politiquement, le gouvernement n’est pas obligé de négocier avec le FMI dans un contexte de crise et de reconnaître ainsi des erreurs de gestion. En procédant dans l’indépendance, le gouvernement paraît mieux placé pour faire accepter son plan de stabilisation par l’opinion publique (à moins qu’il ne préfère en imputer la responsabilité au FMI)." (cahier n°1, p21)

    Passons à la pratique, voilà comment procéder :

    1-Prendre des mesures qui se voient le moins possible :

    "Les mesures idéales sont celles qui permettent une grande économie de la dépense publique, sans créer de troubles politiques. On trouve ainsi les coupes qui se voient le moins, comme les budgets d’investissement, où les mesures qui pénalisent les PME, sans poids politique :

    Les coupures dans les budgets d’investissement ne suscitent habituellement aucune réaction, même lorsqu’elles sont très sévères : -40 pour cent au Maroc en trois ans, -40 pour cent en Côte d’Ivoire en deux ans, -66 pour cent au Venezuela de 1982 à 1985, et -60 pour cent aux Philippines en deux ans. Certes, au Maroc, des partis d’opposition ont critiqué cette mesure en faisant remarquer qu’elle empêchait la création d’emplois et compromettait à terme la croissance. Dans la réalité, les entreprises du bâtiment souffrent beaucoup de telles coupures qui multiplient les faillites et les licenciements. Mais ce secteur, composé surtout de petites et moyennes entreprises, n’a quasiment aucun poids politique. (...) La chute des investissements publics ralentit la croissance pour les années à venir et met sur-le-champ des milliers d’ouvriers du bâtiment au chômage, sans allocation. Mais nous raisonnons ici en fonction d’un seul critère : minimiser les risques de troubles." (cahier n°13, p17)

    - Les gouvernements doivent prendre les mesures les plus violentes juste après les élections. Et avoir un plan de communication bien carré :

    "Si un gouvernement arrive au pouvoir au moment où les déséquilibres macro-économiques se développent, il bénéficie d’une courte période d’ouverture (quatre à six mois), pendant laquelle l’opinion publique le soutient et il peut rejeter sur ses prédécesseurs l’impopularité de l’ajustement. Grâce à ce soutien, les corporatismes sont temporairement affaiblis et il peut dresser l’opinion contre ses adversaires. Après ce délai de grâce, c’est fini : le nouveau gouvernement doit assumer en totalité les coûts politiques de l’ajustement, car il est considéré comme le seul responsable de la situation. Il a donc intérêt à appliquer sur-le- champ un programme de stabilisation, tout en reportant la responsabilité des difficultés sur ses adversaires. Cela suppose une bonne stratégie de communication, cette stratégie étant une arme importante dans le combat politique. Il faut dès l’arrivée au pouvoir insister, voire en exagérant, sur la gravité des déséquilibres, souligner les responsabilités des prédécesseurs et le rôle des facteurs exogènes défavorables, au lieu de tenir un discours optimiste et de reporter l’heure de vérité. En revanche, dès que le programme de stabilisation a été appliqué, le gouvernement peut tenir un discours plus optimiste pour rétablir la confiance (un facteur positif pour la reprise), tout en s’imputant le mérite des premiers bénéfices de l’ajustement. Il est bon d’étaler les mesures dans le temps pour éviter une coalition d’opposants. En complément des programmes de stabilisation, l’ajustement amène souvent des réformes structurelles qui comportent moins de risques politiques. Ces réformes sont habituellement moins délicates, parce que certains groupes d’intérêt en pâtissent, tandis que d’autres en bénéficient. Le gouvernement peut donc facilement organiser une coalition des gagnants pour s’appuyer sur elle contre celle des perdants. (...) Par ailleurs, les réformes structurelles n’ont pas, en général, le caractère d’urgence des mesures de stabilisation. Le gouvernement peut donc les étaler dans le temps et éviter ainsi une coalition des mécontentements, comme celle qu’il suscite en prenant simultanément de nombreuses mesures impopulaires de stabilisation." (cahier n°13, p32)

    - L’OCDE remarque que les mesures compliquées et qui s’appliquent à long terme sont plus dures à décrypter pour la population.

    "On observe, avec un décalage de trois à six mois, un lien étroit entre l’annonce des mesures de stabilisation et les troubles, les grèves ou les manifestations. Ce décalage est intéressant, car il prouve que, contrairement à l’hypothèse d’anticipations rationnelles, les réactions politiques ont lieu au moment de l’application des mesures plutôt qu’à leur annonce. Cela peut s’expliquer par le caractère technique de l’ajustement : lorsque le gouvernement annonce un programme et en trace les grandes lignes, la plupart des personnes concernées ne sont pas capables d’avoir une idée claire des conséquences de ce programme pour elles, ou pensent qu’il touche surtout les autres." (cahier n°13, p11)

    - L’OCDE préconise des mesures insidieuses de complexification administratives pour alléger le budget de certaines aides. Ils ne sont donc pas hostiles à une bureaucratie ! (cela éclair d’un regard original les files d’attentes aux ASSEDIC ou à la sécurité sociale.)

    "Une autre mesure politiquement risquée serait de réduire le nombre (ou le montant) des bourses aux lycéens et aux étudiants. Même si cette mesure n’a pas d’effet social négatif, puisque le gouvernement maintient toutes les aides aux enfants de familles pauvres, des risques importants sont pris, car ce groupe est politiquement très sensible, facile à mobiliser, soutenu par les médias et, par principe, proche de l’opposition. Il est donc préférable d’agir prudemment, par exemple en bloquant le montant nominal des bourses malgré l’inflation, ou en ajoutant certaines contraintes administratives. Mais cet exemple prouve que la première précaution à prendre est d’éviter une politique laxiste en période de prospérité, car celle-ci crée des droits qu’il est difficile ensuite de remettre en question." (cahier n°13, p29)

    - Le souci du détail ne connaît pas de limites !!!

    "Rien n’est plus dangereux politiquement que de prendre des mesures globales pour résoudre un problème macro-économique. Par exemple, si l’on réduit les salaires des fonctionnaires, il faut les baisser dans tel secteur, les bloquer en valeur nominale dans un autre, et même les augmenter dans un secteur clé politiquement. Si l’on diminue les subventions, il faut couper celles pour tels produits, mais maintenir en totalité celles pour d’autres produits. Le souci du détail ne connaît pas de limite : si les ménages pauvres consomment seulement du sucre en poudre, on peut augmenter le prix du sucre en morceaux pourvu que l’on garde la subvention au sucre en poudre." (cahier n°13, p31)

    2- A l’assaut du secteur public ! (le seul à pouvoir lutter contre la privatisation)

    - Dans les pays étudiés, encore plus qu’en France, le secteur privé a du mal à faire grève. Alors que les fonctionnaires se défendent. (le secteur informel est le travail au noir.)

    "Dans beaucoup de pays, la majorité de la population urbaine est occupée dans les petites entreprises ou le secteur informel, secteurs où il n’est pas possible de faire grève sans perdre son emploi. D’autre part, les grèves sont des mouvements catégoriels par nature, ce qui explique la corrélation entre les restrictions budgétaires touchant les fonctionnaires et les grèves. Ces restrictions entraînent souvent des baisses de salaire, voire des licenciements dans l’administration et les entreprises publiques : les salariés étant organisés et souvent assurés de conserver leur emploi, ils peuvent faire grève." (cahier n°13, p11)

    - Il faut éviter la grève générale en pratiquant une politique discriminatoire.

    "Les salaires nominaux peuvent être bloqués (ce qui allège rapidement la masse salariale en termes réels si le taux d’inflation atteint 7 ou 8 pour cent) ; on peut ne pas remplacer une partie des salariés qui partent en retraite ; ou bien l’on peut supprimer des primes dans certaines administrations, en suivant une politique discriminatoire pour éviter un front commun de tous les fonctionnaires. Évidemment, il est déconseillé de supprimer les primes versées aux forces de l’ordre dans une conjoncture politique difficile où l’on peut en avoir besoin. Comme on le voit, pourvu qu’il fasse des concessions stratégiques, un gouvernement peut, en procédant de manière graduelle et par mesures sectorielles (et non globales), réduire les charges salariales de manière considérable. L’essentiel est d’éviter un mouvement de grève générale dans le secteur public qui remettrait en question un objectif essentiel du programme de stabilisation : la réduction du déficit budgétaire." (cahier n°13, p30)

    - Une politique discriminatoire sert aussi à orienter l’opinion publique (Ca rappelle quelque chose, prendre une mesure touchant le secteur privé, plus dur à mobiliser, et ne s’attaquer au secteur public qu’ensuite !)

    "Un gouvernement peut difficilement stabiliser contre la volonté de l’opinion publique dans son ensemble. Il doit se ménager le soutien d’une partie de l’opinion, au besoin en pénalisant davantage certains groupes. En ce sens, un programme qui toucherait de façon égale tous les groupes (c’est-à-dire qui serait neutre du point de vue social) serait plus difficile à appliquer qu’un programme discriminatoire, faisant supporter l’ajustement à certains groupes et épargnant les autres pour qu’ils soutiennent le gouvernement." (cahier n°13, p17)

    - Dans tous les cas, il faut éviter que les salariés de la fonction publique soient soutenus par les pauvres. Il faut les isoler, quitte à donner des aides aux classes les plus populaires afin de créer une coalition opposée. (Ne serait-il pas bon aussi de parler de privilèges pour les fonctionnaires ? Ou plutôt créer une campagne médiatique de longue haleine, et afficher la plus grande impartialité le moment venu !)

    "Il faut éviter que ce mouvement s’étende à toute la population urbaine, en se ménageant par des actions discriminatoires le soutien de divers groupes, afin de constituer une coalition opposée. Il est souhaitable, par exemple, de limiter les réductions de salaire aux fonctionnaires civils et d’accorder une aide bien adaptée à des familles pauvres. Cette stratégie permet de gagner des soutiens, sans en perdre, puisque beaucoup de fonctionnaires civils auraient été de toute façon hostiles à l’ajustement. (...)" (cahier n°13, p25)

    - Les cheminots, les salariés d’EDF, de la poste et de la RATP ont-ils des soucis à se faire ? Pourquoi ne sont-ils pas concernés directement ? L’OCDE appelle cela des précautions :

    "Il ne faut pas acculer ces salariés au désespoir en les licenciant purement et simplement. Des fonds de reconversion sont indispensables pour les réinsérer.Enfin, il est souhaitable, dans un premier temps, d’exclure de la réforme les secteurs stratégiques comme l’énergie ou les transports, quitte à prendre des mesures plus tard, dans une conjoncture politique et économique meilleure.(cahier n°13, p33)

    - Diminuer graduellement la qualité de l’enseignement en diminuant les dépenses de fonctionnement ne crée aucune difficulté politique pour un gouvernement ! On est heureux de l’apprendre. Et les enseignants l’avaient déjà un peu remarqué !

    "On peut, (...) recommander de nombreuses mesures qui ne créent aucune difficulté politique. Pour réduire le déficit budgétaire, une réduction très importante des investissements publics ou une diminution des dépenses de fonctionnement ne comportent pas de risque politique. Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population." (cahier n°13, p30)

    3- Se servir d’un outil essentiel : les médias.

    Les médias sont un outil essentiel pour les gouvernements pour obtenir l’adhésion des populations. Le mot d’ordre : l’équité bien sûr !!!

    "Les réductions des dépenses de fonctionnement, toujours plus modérées, ne provoquent pas non plus de réactions, à une exception près, en Équateur, où les fonctionnaires ont fait grève et occupé les locaux. Le gouvernement peut même obtenir le soutien de l’opinion s’il procède avec habileté, comme au Maroc, où les dépenses pour les véhicules administratifs ayant été bloquées, le gouvernement et la presse ont présenté cette décision comme une mesure d’équité : au moment où l’on demande des sacrifices à toute la population, les fonctionnaires doivent aussi en accepter. Le gouvernement a les moyens de faire appel au pragmatisme des fonctionnaires : Il peut communiquer sur le thème : c’est imposé par une instance supérieure et l’on tranche dans l’intérêt de tous. Certes, le gouvernement peut toujours rétablir le calme en annulant les mesures qui ont déclenché la grève mais, ce faisant, il renonce à réduire le déficit budgétaire. Le gouvernement a toutefois les moyens de faire appel au pragmatisme des fonctionnaires. Il peut, par exemple, expliquer que, le FMI imposant une baisse de 20 pour cent de la masse salariale, le seul choix possible est de licencier ou de réduire les salaires et qu’il préfère la seconde solution dans l’intérêt de tous." (cahier n°13, p29)

    - La bataille de l’opinion est primordiale. Ce n’est pas pour rien qu’aujourd’hui, les ministres du gouvernement défilent inlassablement à la télévision et à la radio.

    "Enfin, pour éviter les troubles, il est souhaitable que le gouvernement fasse un effort exceptionnel d’information (...). Ces interventions peuvent paraître plus spectaculaires qu’efficaces, mais en l’occurrence, seule importe l’image que donne le gouvernement et non la portée réelle de ses interventions.(cahier n°13, p28)

    4- Ne pas attendre les conflits sociaux pour casser les moyens de défense des salariés qui le peuvent encore : les syndicats corporatistes.

    - Le danger : le corporatisme. Le très grand danger : qu’il soit bien organisé !

    "L’autre obstacle tient au corporatisme. Plus il existe des groupes d’intérêt puissants et bien organisés, plus la marge de manœuvre du gouvernement est réduite. Celui-ci sera incapable d’appliquer des mesures indispensables, même s’il dispose d’une majorité parlementaire dans un régime démocratique et veut ajuster avant la crise financière. L’histoire récente de pays développés comme la France et l’Italie montre d’ailleurs que les PED n’ont pas le monopole des corporatismes. Ce problème se pose surtout dans les entreprises parapubliques, auxquelles, souvent, le gouvernement veut supprimer les subventions afin de réduire le déficit budgétaire. Cette coupure entraîne inévitablement des baisses de salaire et parfois des licenciements. Si ces entreprises appartiennent à des secteurs clés (énergie, transports ou mines, lorsque les exportations minières sont la première source de devises) et si les salariés de ces entreprises sont bien organisés, ils peuvent s’opposer efficacement à la décision du gouvernement." (cahier n°13, p23)

    - La solution : l’affaiblir par tous les moyens, par exemple en créant un service minimum, ou en divisant une entreprise en plusieurs entreprises concurrentes. Ah ! les bénéfices de la concurrence selon l’OCDE !

    "Ainsi, toute politique qui affaiblirait ces corporatismes serait souhaitable : d’un point de vue économique, cela éliminerait des entraves à la croissance et, politiquement, le gouvernement gagnerait une liberté d’action qui peut lui être précieuse en période d’ajustement. On objectera que cette politique soulèvera des résistances, mais il vaut mieux que le gouvernement livre ce combat dans une conjoncture économique satisfaisante, qu’en cas de crise, lorsqu’il est affaibli. Cette politique peut prendre diverses formes : garantie d’un service minimum, formation d’un personnel qualifié complémentaire, privatisation ou division en plusieurs entreprises concurrentes, lorsque cela est possible. (...) (cahier n°13, p23) Par rapport aux pays développés, les gouvernements des pays en développement ont plus de facilités pour intervenir. Par exemple, il leur est plus facile de faire dissoudre des piquets de grève ou de remplacer les grévistes par d’autres salariés. Il leur est aussi plus facile de réduire le poids de ces entreprises, par exemple en diminuant le financement des investissements ou en introduisant des concurrents privés lorsque l’activité le permet." (cahier n°13, p33)

    François Guillement, juin 2003

  • Classes populaires

    "Dans tous les cas, il faut éviter que les salariés de la fonction publique soient soutenus par les pauvres. Il faut les isoler, quitte à donner des aides aux classes les plus populaires afin de créer une coalition opposée." CAHIER N 13 OCDE. 


    Valls vient de lever l'imposition sur les revenus les plus bas...Ils suivent toujours les recommandations de ce fameux cahier...Ils espèrent simplement que les classes populaires n'iront pas soutenir la contestation en cours sur les Rythmes scolaires. N'allez pas croire que le GVT fait ce geste par solidarité ou quoique ce soit d'honorable...Ils ont TOUJOURS des intentions inavouées...Il est donc indispensable d'essayer de comprendre, de regarder non pas les faits mais les conséquences les plus diverses afin d'identifer les vraies raisons...

    Le changement de date de pré-rentrée pour les enseignants répond encore une fois aux propositions faites dans ce CAHIER N 13

    Pare-feu...Il s'agit de troubler les esprits et de les détourner du véritable incendie et par là même ralentir encore la compréhension et les réactions...Il leur est indispensable d'arriver à l'application sans trop de casse pour pouvoir s'opposer ensuite à toutes volontés d'abrogation. 

     "L’OCDE remarque que les mesures compliquées et qui s’appliquent à long terme sont plus dures à décrypter pour la population.

    "On observe, avec un décalage de trois à six mois, un lien étroit entre l’annonce des mesures de stabilisation et les troubles, les grèves ou les manifestations. Ce décalage est intéressant, car il prouve que, contrairement à l’hypothèse d’anticipations rationnelles, les réactions politiques ont lieu au moment de l’application des mesures plutôt qu’à leur annonce. Cela peut s’expliquer par le caractère technique de l’ajustement : lorsque le gouvernement annonce un programme et en trace les grandes lignes, la plupart des personnes concernées ne sont pas capables d’avoir une idée claire des conséquences de ce programme pour elles, ou pensent qu’il touche surtout les autres." (cahier n°13, p11)"

    Lire la suite

  • Kipling

    Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie

    et résister à l'envie folle de le rebâtir

    tu auras une chance de ne pas en mourir...

    Lire la suite

  • Il y a cinq ans.

    Il y a cinq ans. Un entretien avec Marie Barillon que je remercie. Le regard porté sur ma profession s'est brisé depuis...Je n'essaierai pas de recoller les morceaux, il ne reste que de la poussière...

    "Une étrange lumière" est devenu "Jusqu'au bout". "Plénitude de l'unité" est devenu "Ataraxie". Tous réécrits, approfondis, nourris par les années.

    Sont venus s'ajouter :  " À coeur ouvert", "Les héros sont tous morts" et trois tomes de "Jarwal le lutin". 


    http://mariebarrillon.blogspot.fr/2009/09/entretien-avec-thierry-ledru.html

    Noirceur des cimes 3

    mardi 29 septembre 2009

    Entretien avec Thierry Ledru

    Entretien avec Thierry Ledru
    (Noirceur des cimes, Altal éditions)

    1001 livres : Au travers de ton roman, nous comprenons bien que la montagne est un sujet que tu connais très bien, donc j'en déduis que tu es alpiniste à tes heures. Peux-tu nous en dire plus ?
    Thierry LEDRU : J'ai commencé l'escalade à 15 ans en Bretagne, ma région d'origine. Je grimpais dans les falaises de Camaret, un lieu assez particulier dans le sens ou "le terrain d'aventure" prime sur les voies toutes équipées. Le sel marin empêche tout équipement à demeure et il faut donc se débrouiller avec des "coinceurs", petites pièces métalliques que l'on place au fur et à mesure que l'on grimpe. L'engagement est donc beaucoup plus important. J'aimais énormément cette pratique et cette idée que le grimpeur devait savoir "lire" une voie et construire son itinéraire. Toutes ces techniques m'ont préparé à la haute montagne que j'ai découverte l'été de mes 17 ans. J'ai fait le Mont-Blanc par la voir normale, un souvenir inoubliable, une "rencontre" déterminante. Je savais dès lors que je vivrais en montagne. J'ai enchaîné les sommets avec un ami breton. On partait toujours dans des voies non équipées, avec nos quatre kilos de coinceurs, des journées lumineuses et des galères mémorables ! A 25 ans, après plusieurs étés passés à Chamonix ou dans les Ecrins, je suis parti m'installer en Haute Savoie. Je pouvais enfin vivre en montagne toute l'année. Alpinisme et ski de randonnée sont devenus la ligne essentielle de ma vie.

    1001 livres : Comment t'es venu le désir d'écrire ce livre ? Est-ce que ton vécu de "montagnard" à pris part, voir s'est imposé au fil de l'histoire ?
    Thierry LEDRU : J'avais déjà écrit un premier roman, "Vertiges". Il avait reçu deux prix littéraires régionaux. Je savais que je portais en moi toute une démarche spirituelle liée à ma pratique de la haute montagne. Le désir de la mettre en forme était très fort. Je voulais sortir du cadre habituel du roman de montagne et entrer dans une démarche plus "philosophique" que celle que j'avais entamée dans "Vertiges". Encore beaucoup de choses à dire. Il fallait que j'écrive.
    Je ne suis jamais allé en Himalaya mais je connais assez bien l'histoire de l'himalayisme. Le K2 est un sommet mythique qui correspondait totalement à ce que je voulais écrire. Il ne s'agit donc pas d'un vécu personnel. Les Alpes n'ont pas la dimension vertigineuse de l'Himalaya mais la passion est la même. Il me restait à transcrire la très haute altitude et ses exigences. C'était aussi une sorte de défi littéraire. Il m'était très important que ce roman soit crédible aux yeux des connaisseurs. Les retours que j'en ai eus de la part de certains grimpeurs me montrent que l'objectif est atteint et j'en suis très heureux.
    1001 livres : Une question m'est venue à plusieurs reprises au cours de ma lecture et je pense qu les lecteurs se la poseront également, est-ce une histoire vraie ?
    Thierry LEDRU : J'ai beaucoup pensé pendant l'écriture de ce livre à Jean-Christophe Lafaille et à sa femme Katia. Jean-Christophe était un grimpeur exceptionnel. A la face sud de l'Annapurna, il a vécu un calvaire épouvantable. Pierre Béghin, son compagnon de cordée est tombé sous ses yeux. Un point de rappel qui a cédé. Jean-Christophe se retrouvait seul en pleine paroi avec un matériel dérisoire. Une chute de  pierres lui a fracturé un bras. Personne n'aurait imaginé le revoir vivant. Il est pourtant redescendu dans des conditions dantesques et les photos de son arrivée prises par des grimpeurs ont marqué beaucoup de monde...Le regard de celui qui revient de très loin...
    Jean-Christophe est retourné en Himalaya après avoir ouvert des voies grandioses dans les Alpes. Sa femme, Katia, l'accompagnait. Jean-Christophe grimpait en solo, Katia l'attendait au camp de base. Plusieurs réussites exceptionnelles, des voies extraordinaires. Onze huit-mille mètres gravis sans apport d'oxygène, souvent par des nouvelles voies et certains en solo.
    Et puis Jean-Christophe s'est lancé dans une nouvelle voie au Makalu, en solo, et en hiver. A ces altitudes, c'était un défi gigantesque. Il a disparu le 26 janvier 2006. Son corps n'a jamais été retrouvé...
    J'ai essayé dans ce roman de tenir compte du point de vue du grimpeur mais aussi de sa compagne qui attend au camp de base.

    1001 livres : Si je ne me trompe pas, il me semble que tu es professeur (ouh la la, ne regarde pas mes fautes), comment arrive-t-on à côtoyer deux univers aussi opposés, j'entends par là : la solitude dans les hauteurs des montagnes et une classe pleine d'enfants, parfois "brailleurs" ?
    Thierry LEDRU : Je suis instituteur depuis mes 19 ans. J'en ai 47. J'ai toujours aimé les enfants et j'ai été tellement marqué par mon instituteur de CM2 que j'ai toujours voulu en faire mon métier. L'énergie des enfants est un bonheur pour moi. Je n'aurais pas pu travailler avec des adultes...Ils n'ont bien souvent pas assez de joie de vivre en eux. Ca ne me pose pas de problème par rapport à mon amour du silence, de la solitude, de l'altitude. J'ai une qualité de vie que je n'échangerai pour rien. Et l'engagement dans mon métier, dans ma "mission" est très similaire à celle pour la haute montagne. Il faut vivre ce métier avec un don total, absolu. Il n'y a pas de demi-mesure. Comme en haute montagne. 

    1001 livres : Pour te connaître un peu plus, as-tu publié d'autres romans ? Si non, y en aura-t-il un autre prochainement ?
    Thierry LEDRU : J'ai donc publié "Vertiges" en 2004. Prix de la Plume de l'espoir de la Société des auteurs savoyards et Prix du roman au festival du livre de montagnes du Queyras.
    J'ai écrit trois autres histoires. Elles ne sont pas éditées.
    "Une étrange lumière", l'histoire d'un instituteur qui enlève ses élèves par amour. Un road movie, âpre, violent, philosophique, hédoniste, une transformation radicale de l'individu, une évolution spirituelle jusqu'à la mort. 
    "Plénitude de l'unité" est l'histoire d'un guide de haute montagne, pris dans l'attentat du RER à la station Saint Michel. Sa femme meurt à ses côtés et il est amputé d'une jambe. C'est la reconstruction de cet homme à travers l'amour pour le monde, une prise de conscience de la vie, au plus profond de l'individu. 
    "Les Eveillés" que je viens de finir est l'histoire d'un couple en crise. Les traumatismes de la vie, les conditionnements de l'homme "endormi" puis la nécessité de "l'Eveil"...  
    Les éditeurs qui m'ont répondu pour ces romans expliquent que l'écriture est trop exigeante, qu'elle ne concerne qu'un public restreint, que les histoires sont trop sombres ou que je ne maîtrise pas la structure narrative, que les réflexions sont trop pointues etc., Ou que ça ne correspond pas à leur ligne éditoriale. La phrase type.
    J'en suis aujourd'hui à me demander si ça vaut la peine que je continue à chercher.

    1001 livres : Luc et Sandra sont en proie à de profondes réflexions, des remises en questions (sans en dire trop) et effectivement, c'est ce que la solitude permet souvent, et comme tu le dis dans le livre : "Pour entendre, il faut écouter. Mais pour écouter, il faut que le mental se taise." Mais est-ce vraiment à ce point ?
    Thierry LEDRU : C'est même absolument indispensable. Le moi (mental) n'est pas le Soi. La solitude, l'engagement, l'exploitation totale de son potentiel physique et psychologique sont des paramètres incontournables pour celui qui cherche à se libérer de ce mental manipulateur. C'est ce que j'appelle "la pulsion de vie."
    La connaissance de soi consiste à se libérer du connu, comme le disait Krishnamurti. Le mental est cet espace connu dans lequel nous errons.
    Je vois dans l'expression de Krishnamurti la nécessité d'affronter "une pulsion de mort" qui consiste à survivre dans les conditionnements auxquels nous nous sommes identifiés. Celui-là est "mort" qui n'existe que dans l'hébétude et la futilité.
    "La pulsion de vie" impose au contraire de s'extraire de cette routine érigée en réussite parce qu'elle annihile en les analysant les inquiétudes et les tourments. Bien entendu, on ne voit souvent l'étreinte consciente des traumatismes que comme une auto-flagellation, un goût pervers pour la souffrance, une exacerbation narcissique de l'égo qui se complait dans le malheur ressassé. S'il ne s'agit effectivement que d'une exploitation malsaine du statut de victime afin d'amener vers soi la compassion, la plainte et l'identification à ce rôle adoré, il n'y a dans cette dérive qu'un enfoncement néfaste dans le bourbier des douleurs irrésolues.
    La pulsion de vie n'est pas cela. Elle demande à explorer l'inconnu en nous, cet inconnu qui nous terrorise et que nous ne voulons pas affronter parce qu'il porte tous les stigmates des coups reçus, les souffrances enkystées, les malheurs fossilisés. En nous accrochant désespérément à nos habitudes, à nos croyances, à nos chimères, nos sempiternelles répétitions, en vissant nos yeux aux veilleuses qui repoussent les noirceurs, nous restons figés dans la pulsion de mort. Rien n'est possible et nous irons ainsi jusqu'à la mort réelle. Hallucinés de certitudes et de mensonges maintenus. Bien sûr que l'existence nous aura paru aussi douce que possible, tant que nous serons parvenus à résister aux assauts de l'inconscient. Encore faudra-t-il que notre enveloppe corporelle parvienne à échapper aux somatisations de toutes sortes...Ca n'est pas gagné...Cette pulsion de mort n'est par conséquent qu'une errance enluminée. Il n'y a aucun éveil mais un cinéma hollywoodien. C'est  le mental le metteur en scène.
    C'est le chaos des étoiles qui créé la splendeur de l'Univers. La pulsion de vie qui détruit les dogmes personnifiés nous pousse vers le chaos en nous-mêmes. C'est un chemin de clarté et une épreuve. Il ne s'agit pas de dolorisme mais une quête de lucidité. Rien n'empêchera d'admirer le cosmos dans les nuits calmes.
    Refuser la pulsion de mort, celle qui maintient l'individu dans le carcan de ses traumatismes, par peur, par déni, par accoutumance, c'est se nourrir de l'élan vital qui veut que la vie soit une évolution verticale et non l'extension horizontale de l'individu.
    De toute façon, il suffit de regarder autour de nous, nos proches, quelques connaissances, pour réaliser que si ce travail n'est pas entamé, consciemment, maintenu, préservé, encouragé, les dégâts collatéraux finissent la plupart du temps par jaillir comme si l'âme étouffée gangrénait l'enveloppe qui la porte. Je l'ai vécu. J'en suis sorti. La médecine ne l'explique pas. Nous sommes nombreux dans ce cas.
    La connaissance de soi peut se présenter comme une tentative de l'individu à ramener l'inconscient à la conscience ou à ouvrir le conscient à l'inconscient. De nombreuses pratiques sont envisageables. L'écriture m'a servi de support. La montagne est un écrin.
    Ca ne finira sans doute jamais étant donné que la vie se charge de nourrir cet inconscient. La pulsion de vie se doit d'être une ligne de conduite. Le parcours est sinueux, chaotique, jonché de cadavres mais ce n'est pas moi qui pourrit. Ce sont les charognes abandonnées de mes traumatismes révélés.

    Propos recueillis par Marie BARRILLON

    Lire la suite

  • C'était mon premier poste.

    Une classe unique, douze enfants.

    Je les avais emmenés au bord de l'Océan, à Camaret.

    Tout est là, chaque instant, je n'ai rien oublié...


     JUSQU'AU BOUT 

     

     

     

                                                                           XXX 

     

    Ils étaient là depuis deux jours. Ils avaient planté leur tente au fond du camping, loin des sanitaires, contre une haie de lauriers palmes. De là, parfois, ils entendaient le ronflement de l’océan.

    L’océan.

    Ils ne voulaient plus le quitter. De la plage à la falaise, leur joie se nourrissait de chaque instant. Ils couraient dans les dunes jusqu’à l’épuisement, cherchaient des coquillages aussi fébrilement que de l’or, sautaient dans les vagues, se tenant les uns les autres pour lutter contre les murs d’eau.

    Afin de se préserver de toute invasion, ils construisirent des châteaux de sable au sommet des plus hautes dunes et des fortifications, mélange savant de pierres, de goémons, de sable et de débris de toutes sortes, s’élevèrent pour contrer tout débarquement, mais l’une de ces murailles, trop avancée, disparut sous la première marée montante. De leur déception, ils apprirent le respect des forces naturelles.

    « On domine la nature en lui obéissant », leur expliqua-t-il.

    Il les photographiait à longueur de journée. Il leur offrirait les clichés. Ils pourraient constituer un album de souvenirs, comme un jardin secret.

    Les interminables discussions pour convaincre Miossec de l’intérêt scolaire d’une semaine au bord de la mer, les démarches administratives, son mensonge à l’inspecteur sur la présence d’un parent accompagnateur pendant toute la durée du séjour, la peur que le projet ne s’écroule sur un coup de tête de Miossec, tout cela aussi était oublié.

    Ils étaient là depuis deux jours et pas un seul instant n’était à regretter. Tant de choses s’étaient passées en si peu de temps. L’ébahissement de David et d’Olivier qui n’avaient vu l’océan qu’à deux reprises, la joie de Rémi et de Fabrice qui n’avaient jamais eu le droit d’y nager, l’émerveillement de Marine devant les vagues, qui, disait-elle, « ne se fatiguaient jamais d’aimer la terre », les cris de Léo qui cavalait sans cesse dans les dunes et sautait, roulait, se relevait, plongeait sans jamais retenir ses rires et le plaisir d’Isabelle quand elle laissait couler le sable entre ses doigts, trouvait des coquillages nacrés, des bouts de bois flottés, tordus, usés, blanchis, des plumes de goélands argentés, mille trésors qu’elle enfermerait dans son armoire comme autant de reliques, tout cela n’était que joie.

     

    Seule Morgane n’avait pu les accompagner et il s’en voulait un peu. Il acceptait difficilement que l’enfant préfère rester avec sa mère mais il se consolait en pensant qu’elle les aurait gênés dans les activités d’escalade.

     

    En fin d’après-midi, ils s’installèrent à Pen Hir, au sommet des falaises. Il avait décidé que les deux premiers jours seraient entièrement consacrés aux jeux dans les vagues, sur les plages, dans les dunes. Il tenait à ce que les enfants découvrent l’escalade, l’esprit libre, nullement perturbés par un désir plus fort.

     

    Ils regardaient la mer. Et l’immensité coulait en eux, les unissant dans un silence émerveillé. Olivier, qui avait l’habitude de parler fort, murmurait sans même s’en apercevoir.

    « Qu’est-ce que c’est grand ! »

    La houle longue et puissante, ourlée de frissons brillants, animait le corps de l’océan d’une respiration titanesque.

    « Vous ne trouvez pas qu’on dirait un grand animal ? demanda-t-il.

    - Oh oui ! c’est ça, reprit Isabelle. C’est comme un animal qui bouge. 

    - Et quand il y a des tempêtes, c’est parce qu’il est en colère », continua Fabrice. 

    Il leur lut quelques passages de « la longue route. » Bernard Moitessier, navigateur solitaire autour du monde, était pour lui le plus grand poète des mers du sud et des grands larges mystérieux. Les enfants écoutèrent, ne comprenant certainement pas toutes les émotions dévoilées mais goûtant avec délice la musique des mots, comme autant de nuages légers dans leurs têtes, comme autant de vagues courant dans leurs esprits. Les dauphins jouant autour de la coque du bateau, le sifflement du vent dans les voiles, le chant de l’eau sur l’étrave, les drisses claquant contre le mat, la grande solitude du large, les jours et les nuits passant comme autant de vies, rien, aucun instant, aucune seconde ne méritant d’être oubliée, ils découvrirent dans les mots une vie de marin.

    « Moi, je serai marin comme lui, annonça Rémi, enthousiaste.

    - J’espère pour toi, dit-il. Et si ce n’est pas sur la mer, que ce soit ailleurs sur la terre n’a pas d’importance, pourvu que vous trouviez le grand voyage, celui qui vous forme, celui qui vous apprend l’essentiel. »

    David, brutalement, avait enfoui la tête dans ses mains. Il se leva et s’assit près de l’enfant.

    « David, pourquoi tu pleures ? »

    L’enfant se recroquevilla en prenant la main de Pierre. Un regard rapide et honteux vers les autres enfants l’enferma au plus profond de son désarroi.

    « Tu ne sais pas pourquoi tu pleures, hein David, c’est ça ? C’est venu comme ça, c’est pour ça que tu ne veux pas qu’on te voie mais regarde, personne ne se moque de toi. Tu peux pleurer si tu veux. »

    Même s’il doutait que les pleurs de l’enfant soient sans raison et que l’absence de sa mère, aussi méprisable soit-elle, ne le perturbait pas, il profita de l’occasion pour leur parler.

    « Il est plus difficile parfois d’accepter ses émotions que de les refouler, commença-t-il en caressant doucement la tête blonde. Celui qui refuse de saisir ce qui le bouleverse n’est pas courageux. Il va s’efforcer de penser à autre chose mais dans ce cas là il s’enfuit et les larmes qui n’auront pas coulé vont s’accumuler avec d’autres, elles empliront le corps entier et à la fin il ne restera qu’une profonde tristesse. Cet homme-là sera pourri d’humidité, toutes les larmes retenues noieront le cœur. Il comprendra peut-être un jour qu’il aurait dû laisser couler ses chagrins, pour s’en libérer et que la joie ensuite retrouve le chemin de son cœur. Tu vois David, tu pleures sans pouvoir expliquer pourquoi mais, au plus profond de toi, il y a quelque chose qui sait qu’en ce moment il est important de pleurer. Il faut faire confiance à nos sensations. Tu te souviendras de ce moment parce que tu auras senti quelque chose qui t’aura dépassé, que tu n’auras pas su maîtriser mais que tu comprendras plus tard, quand le moment sera venu, que la vie t’aura appris suffisamment pour que toutes ces sensations révèlent leurs messages secrets. Moi aussi, ça m’arrive de pleurer sans avoir de raisons évidentes sur le moment. J’ai compris pourquoi le jour où je suis arrivé au sommet du Mont Blanc. J’avais décidé d’aller voir la vie de là-haut et pendant des mois je m’étais entraîné, je ne pensais qu’à cette ascension. Quand je franchissais un pont, je m’imaginais sautant des crevasses, quand je me promenais en forêt, je grimpais aux arbres les plus hauts en sentant sous mes doigts les grains du rocher, quand je marchais au bord de la mer, j’imaginais un long glacier et puis enfin, l’été de mes dix-sept ans, je suis parti avec un guide de hautes montagnes. Je le suivais en écoutant ses conseils. J’étais très impressionné par sa maîtrise et ses connaissances et aussi par l’immensité, par le vide et par l’attention que réclamait chaque pas. On a passé la première nuit dans un refuge. J’ai écouté pendant des heures tous ces gens qui parlaient d’un monde que je ne connaissais pas, je sentais qu’ils vivaient une passion exclusive, totale, magnifique, qui les entraînait dans une progression constante. Ils semblaient toujours rechercher de nouvelles difficultés. Le lendemain, à une heure du matin, tout le monde était dehors dans la nuit froide et cristalline. C’était extraordinaire, l’obscurité, le silence juste troublé par les respirations et le craquement des pas dans la neige, les petites lumières qui s’étiraient sur les pentes, toutes en file indienne, le froid qui mordait le visage, l’aube qui dévoilait peu à peu des immensités envahies de pics, de glaciers suspendus, de parois gigantesques, je n’ai rien oublié. Je ressens tout cela comme si c’était maintenant, c’est un film qui est en moi. J’aurais voulu que cette montée ne s’arrête jamais. Des nuages sont arrivés de la vallée et le vent s’est levé. Plusieurs cordées ont fait demi-tour. J’ai croisé des visages marqués par l’altitude, la fatigue, la tristesse de l’abandon. Quelqu’un vomissait. Le guide m’a dit que le mal des montagnes pouvait frapper n’importe qui et n’importe quand. Il m’a expliqué qu’au sommet le ciel serait dégagé. Moi, bien sûr, je lui faisais confiance et puis je ne voulais pas faire demi-tour. Sur l’arête des bosses, on s’est retrouvé tout seul. Juste notre cordée, c’était extraordinaire. Le vent nous cognait sans répit. De temps en temps, le guide se retournait et me souriait. Je ne sentais pas la fatigue. Mon désir d’aller en haut était le plus fort. J’étais concentré sur chaque pas, je m’appliquais à faire les mêmes gestes que le guide. C’est incroyable la force des rêves, c’est plus fort que tout. À un moment, j’ai senti qu’on ne montait plus, j’ai levé les yeux, le guide s’était arrêté sur une bosse, il me tendait la main. J’ai tapé dedans et il m’a dit : «  On y est. Bravo, t’es un costaud. » Il y avait cinq ou six cordées, pas plus, c’était génial, inoubliable. J’ai regardé partout autour de moi. On était au-dessus des nuages comme avait prévu le guide, aucun sommet ne nous dépassait, on était les plus haut. Dessous, on voyait les nuages qui s’étiraient comme du coton. Le vent était glacial mais ma joie était si forte qu’elle me tenait chaud. Et puis là, tout d’un coup, j’ai pleuré. J’ai pleuré parce que j’étais tellement heureux que ça ne tenait plus à l’intérieur. Dans les premières secondes, je n’ai rien compris. J’étais heureux et les larmes venaient toutes seules. C’était trop fort pour moi, je n’avais pas l’habitude. J’ai pleuré aussi parce que mon but était atteint. C’était un mélange de joie et de tristesse. J’étais déchiré. J’ai compris ce jour-là que c’était le prix du bonheur, qu’une fois l’objectif atteint, le bonheur s’évanouissait et que seul les souvenirs des efforts pour l’atteindre avaient de l’importance car c’est eux qui restaient inscrits dans le corps. J’étais heureux là-haut mais je devais redescendre et aller chercher ailleurs, plus loin, plus haut, plus difficile, pour construire d’autres bonheurs. Le bonheur, ce n’est jamais permanent, ce qui compte c’est de chercher. Après, quand tu as trouvé, tu apprécies, tu t’enrichis de sensations fortes et inconnues, et puis tu repars. Mais ce n’est pas de l’insatisfaction.

    - C’est quoi l’insatisfaction ? demanda Isabelle.

    - L’insatisfaction, c’est quand on n’est jamais content de ce qui se passe ou de ce que l’on fait. Mais c’est surtout quand on est incapable de saisir ce qui est important dans tout ce qui peut paraître inutile ou difficile à vivre. Il y a toujours quelque chose de bien à comprendre et comme ça on n’est jamais insatisfait. On se sert de chaque jour qui passe pour apprendre alors, on n’a peur de rien. Les gens insatisfaits arrivent à ne plus rien faire, comme ça ils se disent qu’ils ne seront plus déçus mais c’est comme ça qu’ils vieillissent. C’est comme un bateau ancré au port et qui ne part plus, il est tranquille, à l’abri, loin de toutes les tempêtes qui lui font peur mais ce bonheur-là, c’est de la rouille. Chaque jour, il oubliera les efforts qui l’ont conduit là et il ne connaîtra plus que l’immobilité, il s’habituera et il vieillira très vite, il se mentira chaque jour en pensant que là, il est bien, juste pour étouffer son envie de reprendre la mer. Il finira par perdre tout son bonheur, parce que le bonheur, c’est le souvenir de ce qu’on a vécu pour y arriver. C’est pour ça qu’il faut repartir, pour se construire d’autres aventures, pour que la vie ne s’arrête jamais, pour qu’il y ait d’autres souvenirs, des nouveaux, pas des vieilles choses. Ici, pour vous, c’est juste une étape. Vous découvrez quelque chose de nouveau mais c’est juste pour prendre de l’élan et aller voir plus loin. La terre pourrait très bien se passer de nous mais nous, on n’est rien sans elle. Elle est notre principale source de bonheur. Toujours prête à nous accueillir. Et plus les efforts seront grands, plus le bonheur sera intense. »

     

    L’énergie qu’il avait mise dans chaque phrase avait convaincu les enfants de l’importance du message. Ils avaient écouté, sans bien comprendre sans doute, mais la voix était si persuasive, si pénétrante, qu’ils ne pouvaient bouger.

    À chaque fois que le maître leur parlait sur ce ton, avec une telle énergie, Rémi pensait aux sermons du curé à la messe. Il n’avait jamais osé le lui dire…

     

    Ils marchèrent le long des falaises, serpentant dans la lande, entonnant toutes les chansons de l’année.

    « Ah ! ce qu’on est bien dans ce jardin

    loin des engins

    pas besoin de sous pour être bien

    pas besoin de vin pour être saoul ! 

    - Hips ! » ajoutait Léo, et tous reprenaient en chœur.

     

    Dans les dunes du Toulinguet, ils ramassèrent du bois sec. Il leur fallut une bonne heure de recherches et d’efforts pour constituer un stock suffisant. Ils aimaient tant le feu qu’aucun d’entre eux ne se plaignit. Il profita ensuite d’une distribution de boissons pour les réunir.

    « Dans Citadelle, le livre de Saint-Exupéry, il y a une phrase qui parle de nous - Si tu veux que les hommes se haïssent, jette-leur du grain, mais si tu veux qu’ils soient frères, force-les à bâtir une tour-.

    Vous comprenez pourquoi je dis que cette phrase parle de nous ?

    - Oui, répondit Marine. C’est parce que tu nous as demandé d’aller chercher du bois et ça nous a obligés à travailler ensemble pour quelque chose qui nous fera à tous du bien et on s’est tous aidé pour y arriver.

    - Comme des hommes préhistoriques, reprit Olivier.

    - Oui c’est vrai. Par contre, si j’étais allé chercher le bois tout seul, vous n’auriez pas cessé ensuite de vous disputer pour allumer le feu, pour placer les branches ou prendre la meilleure place, maintenant ça n’arrivera pas parce que vous avez tous travaillé ensemble, notre groupe sera plus important que l’un d’entre nous tout seul. »

    Ils descendirent au bord de l’eau et mangèrent leurs sandwiches. Le soleil embrasait le ciel et se dirigeait droit vers les flots lointains.

    Il lut encore quelques pages, raconta des histoires de marins. Ils suivirent émerveillés la plongée du soleil.

    « Allez, maintenant, on allume notre feu. »

    Leur joie crépita encore plus fort que les flammes.

    Les chants reprirent.

    « Je suis trop petit pour me prendre au sérieux,

    trop sérieux pour faire le jeu des grands,

    assez grand pour affronter la vie,

    trop petit pour être malheureux. »

    Léo, comme à son habitude, mimait chaque parole et ses spectateurs étouffés par les rires terminaient difficilement leur chanson.

    « Une araignée sur le plancher se tricotait des bottes,

    un limaçon dans un flacon enfilait sa culotte,

    j’ai vu dans le ciel une mouche à miel pincer sa guitare,

    les ratons confus sonnaient l’angélus au son de la fanfare. »

    D’une gymnastique désordonnée pour enfiler une culotte, Léo tirait sur une corde imaginaire en sortant la langue.

    L’apparition de la lune fortifia encore la force de leurs chants.

    « Tous les légumes au clair de lune étaient en train de s’amuser,

    ils s’amusaient tant qu’ils pouvaient et les passants les regardaient,

    un potiron tournait en rond, un artichaut faisait des sauts,

    un salsifis valsait sans bruit, et le chou fleur se dandinait avec ardeur. »

    Léo roula des fesses en décollant les oreilles.

    Ils dansèrent tous autour du feu puis il proposa une partie de cache-cache dans les dunes. Dans l’obscurité, les sensations furent très fortes pour des enfants peu habitués à sortir la nuit. Enfin, avant de rentrer au camping, ils retournèrent sur la plage écouter les vagues.

     

    Emmitouflés dans les duvets, ils sombrèrent enfin dans le sommeil, accompagnés de rêves déjà construits.

     

    Le troisième jour, au matin, ils marchèrent, sac au dos, sur la presqu’île des Espagnols. Pierre connaissait parfaitement l’histoire de ces lieux. Il raconta les conflits contre l’Espagne et l’Angleterre. Ils descendirent dans le fort de la pointe des Capucins. Ils aperçurent un phoque gris qui pêchait et tentèrent de le suivre en sautant de rochers en rochers.

    « On fait de l’histoire, de la géographie et des sciences, je ne vois vraiment pas comment une classe enfermée dans des livres sans vie pourrait faire mieux que ça », pensa-t-il en expliquant l’importance et les causes des courants marins dans le goulet de Brest. Les enfants écoutaient et posaient des questions sans quitter le paysage des yeux. Lorsqu’il estimait avoir épuisé le sujet, il organisait une partie de cache-cache dans la bruyère et la lande et il abordait une nouvelle notion dès que l’occasion se présentait.

    Ils s’installèrent au bord de l’eau pour manger. Une bassine naturelle, large creux protégé des vagues, offrant une eau calme et des fonds transparents, accueillit leurs jeux. Rémi  fut le premier à oser sauter d’un promontoire en surplomb. Les prouesses acrobatiques de Léo et les vagues soulevées par les sauts groupés d’Olivier et de Fabrice ne furent interrompues que par le froid de l’eau.

    En fin d’après-midi, il les emmena à Pen Hir pour une petite escalade. L’apprentissage du vide devait être progressif. Il s’évertua à les rassurer sur la solidité du matériel et du rocher. Il leur montra les techniques d’assurage, la position idéale du corps et les défauts récurrents des débutants.

    « Il ne faut jamais s’allonger contre le rocher, les bras tendus sinon on ne voit plus les prises de pieds et on se fatigue très vite, vous devez monter comme si vous étiez sur une échelle. »

    Une petite dalle d’une dizaine de mètres, faiblement inclinée et largement pourvue en prises, favorisa les premiers essais. Léo et Rémi ne montrèrent aucune appréhension. Les autres, encouragés par cette témérité, essayèrent avec plus ou moins de réussite de les imiter.

     

    Le soir, regroupés autour du feu, la partie de plongeons et l’apparition furtive du phoque monopolisèrent les discussions. Il les interrogea sur leurs impressions après la séance d’escalade mais ne sentit pas un très grand enthousiasme. Il chercha à se consoler en pensant que la multiplicité des découvertes effectuées expliquait ce manque d’intérêt mais de toute la soirée, il ne se débarrassa pas d’une désagréable amertume.

    « Demain, dans la grande falaise, ça va vraiment leur plaire », pensa-t-il.

     

     

    « Ce n’est pas parce que c’est difficile que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas que c’est difficile », a dit Sénèque, il y a très longtemps. Aujourd’hui, c’est exactement ce que vous allez vivre. Ne croyez pas que c’est impossible, sinon vous n’y arriverez pas, donnez toutes vos forces et tout votre courage et de cette façon vous irez en haut de la voie. »

    Ils descendirent au pied d’une paroi de soixante mètres. Le chemin caillouteux, raide et étroit, permit déjà d’échauffer les corps, de capter l’attention du groupe. Il leur indiqua les marches, les creux, les passages délicats et put juger de la souplesse et de l’appréhension de chacun. Léo se déplaçait avec une agilité de chat, insensible au vide et aux mouvements de l’océan qui attiraient les regards. Les autres descendaient, poussés par leur fierté. Il les regroupa sur une large terrasse au-dessus des flots.

    « Je vais grimper en premier jusqu’en haut de la dalle. Là-haut, j’installerai un relais, ça veut dire que je m’attacherai. Comme ça, je pourrai vous assurer avec la corde. Si ça ne va pas, je pourrai vous tirer un peu pour vous aider. C’est impossible que vous tombiez. Quand je relancerai le bout de corde, vous n’aurez qu’à passer le mousqueton dans votre baudrier et visser la bague de sécurité. Vous devez toujours faire vérifier votre assurage par le groupe avant de commencer à grimper. Rappelez-vous que c’est très impressionnant et que votre but, c’est surtout de contrôler votre peur. Tout le monde a peur au début mais tout le monde n’arrive pas à la maîtriser, ça dépend de vous. Si vous osez, vous y arriverez. »

    Ils avaient écouté en silence, sans un geste, pétrifiés par la raideur de la dalle qui les dominait. Ils auraient voulu s’enfuir sans doute mais devant les autres et devant le maître, c’était une idée honteuse qu’ils rejetaient.

    Ils passèrent avec plus ou moins d’aisance. Excepté Léo, qui évoluait sur les rochers comme s’il était simplement monté sur un tabouret, ils éprouvèrent énormément de difficultés à oublier les fabuleux rouleaux qui s’écrasaient inlassablement à leurs pieds, couvrant de leurs grondements les encouragements de Pierre. Chaque prise leur semblait nettement insuffisante, la corde bien fragile, la paroi trop grande, le sommet trop loin, le maître tout petit là-haut.

    Ils se retrouvèrent, tous serrés, les uns contre les autres, au milieu de la falaise, sur l’étroite vire où le relais était installé. Une longue cordelette reliée par trois ancrages permettait d’assurer tout le groupe. Ils s’étaient assis et regardaient la suite de la voie.

    « C’est simple, c’est tout droit. »

    Cette simplicité ne rassura personne.

    « Cette fois, je grimpe jusqu’au sommet. Isabelle et Fabrice, c’est vous qui viendrez en premier. Ensuite, je redescendrai les deux brins pour David et Olivier. Marine, tu passeras avec Léo et Rémi, tu grimperas en dernier pour récupérer tout le matériel. N’oubliez jamais de toujours vérifier les mousquetons avant de partir. Vous devez toujours être attachés quelque part, soit au relais, soit à la corde. De toute façon, de là-haut je vous verrai très bien mais j’aimerais bien que vous réussissiez à vous débrouiller sans moi, vous en êtes largement capables. Il suffit de toujours réfléchir à ce que vous faites et de ne pas laisser la peur vous commander. »

    Les prises foisonnaient tout au long du parcours, il arriva rapidement au sommet de la paroi. Il installa le relais.

    Aucun enfant n’avait bougé. Blottis peur contre peur, ils attendaient le signal de départ. Sur leurs visages, il voyait défiler des terreurs imaginaires et d’inébranlables confiances. Ces petites vies accrochées les unes aux autres, au-dessus de quarante mètres de vide, le suivant au-delà de leurs craintes, le plongèrent dans un bain de puissance et d’amour. 

    « Je pourrais faire ce que je veux avec eux, ils me suivraient partout. Il faut que je les emmène en Ardèche. Au moins trois semaines, c’est la seule façon de les marquer définitivement. »

    Fabrice et Isabelle hésitèrent quelques instants avant de se lever. Olivier et Rémi vérifièrent les mousquetons.

    « Allez-y ! cria-t-il, je vais vous guider. »

    Les conseils, les encouragements, le fracas des vagues, l’immensité du vide et l’espoir rassurant d’un sol horizontal eurent raison de leurs immobilités. Ils grimpèrent, fixant toute leur énergie vers le sommet et vers le maître. Le reste du groupe les suivit du regard, imaginant douloureusement que leur tour viendrait.

    Les deux brins de corde redescendirent. David et Olivier s’encordèrent.

    « C’est bien David, c’est bien, continue comme ça, regarde bien les prises de pieds, ne fatigue pas tes bras pour rien. C’est comme si tu montais à une échelle, pousse bien avec tes jambes. »

    L’un comme l’autre ne se quittait pas des yeux, David progressant davantage avec les encouragements de Pierre qu’avec les prises. Olivier lui indiquait où poser les pieds lorsqu’il n’osait plus regarder sous lui. Enfin, il parvint près de Pierre qui l’accueillit dans ses bras.

    « Bravo, David, je savais bien que tu pouvais y arriver, tu t’es très bien débrouillé et toi Olivier, tu l’as drôlement bien aidé, c’est super. »

    Léo trouva encore prétexte à jouer et mima un singe dans son arbre.

    « Ne me fais pas rire, imbécile, se plaignit Marine et avance donc ! »

    Enfin, il passa la corde à Rémi, resté seul sur la terrasse.

    « Regarde Rémi ! lui cria-t-il, regarde la vague qui arrive, c’est une belle ! »

    La masse roulante explosa au pied de la paroi et jeta dans les airs des gerbes étincelantes. Les enfants regardèrent Rémi lever les bras comme un chef d’orchestre dans un crescendo final. 

    «Pourquoi il rigole comme ça ? demanda Fabrice étonné.

    - Il est heureux, je crois bien », répondit Pierre, ému par la joie du garçon. 

     

    « On peut toujours plus que ce que l’on croit pouvoir », a écrit Joseph Kessel. Vous comprenez maintenant ce que cette phrase veut dire.

    - Oui, répondit Rémi, immédiatement. Au début on pensait qu’on n’y arriverait pas et en fait on est tous allé en haut.

    - Il ne faut pas laisser la peur vous limiter. C’est à vous de la dominer et, comme ça, c’est votre vie qui vous appartient vraiment, » conclut-il.

     Jusqu

    Lire la suite