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  • "Le bien être des enfants"

    Le discours politique et la réalité...

    Cénac : mobilisation face à la fermeture d'une classe de maternelle

    L'Inspection Académique a annoncé la fermeture d'une classe de maternelle pour la rentrée prochaine dans la commune girondine. La décision suscite la colère des parents d'élèves, des professeurs mais aussi de la Mairie. Une action "École Occupée" a donc été lancée aujourd'hui sur site.

    • CO
    • Publié le 02/05/2014 | 10:56, mis à jour le 02/05/2014 | 17:51
    © Didier Bonnet. France 3 Aquitaine
    © Didier Bonnet. France 3 Aquitaine
       Si la décision de l'Inspection Académique est entérinée, il ne restera plus qu'une classe de maternelle à l'école de Cénac. Une seule classe pour... 47 enfants de 3 à 6 ans !Un sureffectif dénoncé par les parents d'élèves. Ils ont donc décidé de lancer aujourd'hui une opération "École Occupée" pour faire entendre leur voix.

    Beaucoup y voient là une "décision aberrante que personne ne comprend", selon Emma Cox, parent d'élève.


       C'est par courrier en date du 8 avril dernier que la municipalité de Cénac a été avisée par la Direction Académique de la fermeture d'un poste d'enseignant de maternelle. Une décision qui entraîne de fait la suppression de l'une des deux classes de maternelle et à laquelle s'est immédiatement opposée le maire de la commune Catherine Veyssy.

    "La réalité des effectifs scolaires prévus pour la rentrée 2014/2015 ne justifie pas cette décision, compte tenu de la livraison de 11 logements sociaux d'ici juin 2014, et des inscriptions déjà enregistrées auprès des services de la Mairie", déclare le maire.


       Le conseil municipal, "soucieux de la qualité de l'enseignement prodigué aux enfants du village",  a donc décidé dès le 10 avril dernier d'engager à l'unanimité toutes les démarches nécessaires pour obtenir le maintien d'un poste d'enseignant aujourd'hui indispensable.

       De son côté Guylène Esnault, Inspectrice d'Académie adjointe, affirme qu'en juin prochain les instances vont se réunir. Et des décisions seront prises. 

    "Si le nombre d'enfants inscrits pour septembre est confirmé alors le retrait de la classe sera annulé" dit elle.


       Aujourd'hui c'est donc d'une même voix que la mairie, parents d'élèves et villageois se mobilisent. Cette journée "École occupée" en est l'illustration.

    Le reportage de Cendrine Albot et Didier Bonnet :
     

    Personnes interviewées dans le reportage :
    Guylène Esnault : Inspectrice d'Académie adjointe
    Catherine Veyssy : Maire de Cénac

    Par ailleurs d'autres écoles sont concernées par des potentielles fermetures de classes à la rentrée prochaine.

    Voici la liste des communes concernées :
     

    ECOLES ELEMENTAIRES :
    Arcachon (Ecole des Abatilles), Berson, Bordeaux (Ecole des Menuts), Branne, Cabanac et Villagrains, Cénac, Coirac, Queyrac, Saint Macaire, Saint Symphorien, Sainte Eulalie (Ecole Montesquieu), Tabanac, Toulenne (Ecole Reinhardt), Tresses.

    ECOLES MATERNELLES : 
    Ambares et Lagrave (Ecole du Bourg), Camblanes et Meynac, Hourtin, Le teste-de-Buch (Ecole des Miquelots), Lège-Cap-Ferret (Ecole des Pitchouns), Lucmau, Saint Sulpice et Cameyrac.

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  • 4/20 au concours : Reçu.

    En France, on peut devenir prof des écoles avec 4,17/20 de moyenne

    Pascal Riché | Cofondateur Rue89

    Dans les académies de Versailles et de Créteil, le seuil d’admission ne dépasse pas 5/20. Signe d’une crise des vocations pour un métier que les pouvoirs publics ne savent pas rendre attrayant.


    Fernandel dans « Topaze » (DR)

    Dans l’académie de Créteil, au moins un candidat a été reçu au concours externe pour devenir professeur des écoles 2014 avec une note moyenne de 4,17 sur 20.

    Vous avez bien lu. Normalement, un élève ayant une note inférieure à 5/20 a droit à une appréciation sévère : « mauvais »... « n’a pas travaillé »... « inadmissible ». Dans l’académie de Créteil, avec la même note, on est non seulement admissible mais aussi admis.

    Voici la copie du relevé des notes d’un des candidats admis dans l’académie de Créteil, dont dépend la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne. On voit que pour être admissible, il fallait obtenir 24 points sur 120, soit une moyenne de 4/20. Pour être admis, il fallait atteindre 50,10 points sur 240, soit une moyenne de 4,17/20.


    Un relevé de note ou « collante » (zelapingarou)

    L’an dernier, dans cette même académie de Créteil, le « seuil d’admission » était déjà de 4,1/20. Mais en 2012, il était de 9/20. Tout cela ne promet rien de très bon pour les élèves de Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne ou de Seine-et-Marne. Trois départements qui comptent déjà, dans certaines villes, pas mal de problèmes par ailleurs.

    Hallucinant ? Il s’agit d’un concours, donc la note importe peu. L’administration retient, au terme de ce dernier, autant de candidats qu’il y a de postes ouverts, quels que soient leurs résultats, en commençant par les meilleurs.

    Si un examinateur est convaincu qu’il faut écarter un candidat qu’il juge incapable d’enseigner à des enfants, sa seule possibilité est de lui coller un zéro à l’oral (français, maths...). Les zéros sont en effet éliminatoires. L’abus de ces zéros, qui volent par centaines, a soulevé une polémique l’an dernier qui se poursuit cette année. Certains candidats recalés à cause d’un zéro se retrouvent en effet parfois avec une moyenne deux fois supérieures au seuil d’admission de leur académie...

    Une grande diversité des « seuils d’admission »

    Les seuils ne sont pas divulgués par le ministère de l’Education, mais ils sont affichés sur les relevés de note des candidats. Pour les trouver, il faut se rendre sur les forums de discussion des enseignants du primaire.

    On constate qu’il existe une grande diversité des « seuils d’admission », en fonction des académies. Il est plus facile d’être reçu dans la région parisienne qu’à Rennes... Voici quelques exemples de seuils d’admission, sur 20, pour le concours externe public :


    Carte des académies (Wikimedia commons)

    • Créteil : 4,17
    • Versailles : 4,57
    • Lille : 7,1
    • Grenoble : 7,18
    • Poitiers : 7,8
    • Amiens : 8
    • Rennes : 8,6
    • Bordeaux : 8,8
    • Toulouse : 9,18
    • Lyon : 9,18
    • Nantes : 9,5
    • Montpellier : 10

    Certains candidats qui ont passé le concours dans des académies dans lesquels les seuils sont supérieurs à 8 l’ont un peu mauvaise. Sur un forum de discussion, une enseignante-stagiaire, gg11, admise dans l’académie de Bordeaux, rouspète ainsi :

    « Je comprends la nécessité de recruter, mais [...] Ça m’écœure de lire ça, quand je compare... Maintenant félicitations aux admis, mais quand même ça fait peur un tel niveau (là c’est la maman de trois enfants qui parle). »

    Sur le même forum un candidat malchanceux, ccilou, ne comprend pas. Il a été recalé dans l’académie de Bordeaux avec 8,5 de moyenne. Ce n’est pas la première fois qu’il se présente au concours sans succès : en 2009, on lui avait barré la porte d’entrée dans l’Education nationale alors qu’il avait eu 11 de moyenne ! Quand il découvre que des profs sont recrutés en région parisienne avec 4/20 de moyenne, il explose :

    « Franchement, je trouve certains seuils honteux ! Comment peut-on prendre aussi bas ! Même pas 5 de moyenne générale pour aller enseigner aux enfants ? Dire qu’il y a quatre ans je me suis fait recaler avec 11 de moyenne ! C’est scandaleux ! »

    Voici le tableau des taux de réussite au concours externe, en 2014, par académie. Si vous vous présentiez dans l’académie de Créteil ou dans celle de Versailles, vous aviez cette année près de neuf chances sur dix d’être reçu...

    Pourquoi une telle catastrophe dans la région parisienne ?

    Les causes de cette situation sont profondes. Le nombre de candidats a chuté depuis dix ans. Dans l’ensemble de la France, ils étaient plus de 60 000 en 2004, ils ne sont plus que 26 000 aujourd’hui. L’exigence d’un master (au lieu d’une licence) a également contribué à réduire le vivier de candidats, mais elle n’explique pas tout.


    La chute du nombre de candidats aux postes de professeurs des écoles (La vie moderne)

    Malgré le chômage, de plus en plus rares sont ceux qui veulent aujourd’hui devenir instituteurs.

    Dans l’académie de Versailles, c’est 1 210 postes qu’il fallait pourvoir et 1 090 dans celle de Créteil. Ces deux académies arrivent loin devant les autres : la troisième académie, Lille, avait 499 postes à pourvoir.

    Par ailleurs, la crise des vocations croise la crise des banlieues. Le métier, en zone urbaine, est de plus en plus dur.

    « Payez des cacahuètes, vous obtiendrez des singes »

    Tous les candidats reçus en 2014 ne sont évidemment pas mauvais, beaucoup ont reçu de très bonnes notes aux concours des professeurs des écoles. Mais comment accepter que, pour répondre à la pénurie des vocations, l’Education nationale envoie dans des classes des professeurs maitrisant mal le français, ou les maths, ou l’histoire-géo, ou parfois les trois.

    Pour contourner le problème, les académies ouvrent moins de postes que prévu. Mais le résultat n’est pas tellement plus brillant, car les écoles manquent alors de profs, de remplaçants, etc. On recourt alors à des vacataires, dont le niveau n’est pas toujours éclatant.

    Ainsi, cette année, selon Le Café pédagogique :

    « Les résultats de la session exceptionnelle du concours de professeurs des écoles montre qu’il manque environ 10% des enseignants soit 875 postes non pourvus. Ainsi il manquera 142 professeurs dans l’académie de Créteil, 46 à Amiens, 64 à Lille, 38 à Strasbourg, 47 à Toulouse et 252 à Versailles.

    Alors que les années précédentes on rencontrait des manques locaux, cette année et sur ce concours il y aura des manques d’enseignants dans deux académies sur trois. »

    Il existerait bien un moyen simple pour résoudre progressivement le problème, mais je sens qu’il ne va pas plaire au ministre des Finances Michel Sapin : il faudrait mieux payer les profs pour attirer plus de candidats.

    Un proverbe américain résume crument les choses : « If you pay peanuts, you get monkeys », si vous payez des cacahuètes, vous recruterez des singes. Cela vaut pour une entreprise privée comme pour une administration.

    D’autres pays l’ont compris, qui rémunèrent bien correctement enseignants et les valorisent. Ils misent sur l’avenir, donc sur l’éducation. Mais en France, qu’ils soient de droite ou de gauche, les gouvernements ont le nez sur le court terme (et sur ce totem idiot des 3% de déficit) : ils sont imperméables à l’argument.

    Sans sourciller, le Premier ministre Manuel Valls vient d’ailleurs de reconduire le gel du point des fonctionnaires, un gel qui dure depuis déjà depuis quatre ans. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour les enseignants, mais là n’est pas le plus grave : ce n’est pas une bonne nouvelle pour les enfants.

    Comme dirait Jacques Higelin, alertez les bébés !

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  • Le cercle des poètes disparus

    Va chercher en toi, oublie les autres...
    Ce que j'ai toujours cherché à éveiller dans ma classe. 
    Sois ce que tu es de plus beau...

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  • Contre pouvoir

    Cette Réforme aura mis en avant l'incurie totale du gouvernement et l'analyse lucide des Municipalités, c'est à dire le contre pouvoir du terrain face au pouvoir aveugle d'une élite totalement décorrélée de la réalité et nourrie par des intentions inavouées. 

    Contre pouvoir

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  • Arrêt de travail

    Mon médecin généraliste n'avait plus aucune place sur son planning, de toute la semaine. Et il me fallait un arrêt de travail pour mon Inspecteur. 

    Plus en état de continuer. Fin de la partie.

    Je suis donc allé voir sa collègue. 

    "Bonjour, dites-moi ce qui vous amène.

    -J'arrête.

    -Vous arrêtez quoi ?

    -D'enseigner. Avant d'en crever."

    Elle me regarde.

    "Je vous explique depuis le début. Il y a deux mois, j'ai décidé de démissionner avec une Indemnité de départ volontaire. Je ne veux pas collaborer avec un gouvernement qui a décidé de tuer l'école publique à laquelle j'ai consacré trente-deux ans de ma vie. Réponse des personnels du rectorat : "M Ledru, il n'y a plus d'imdemnité de départ et vous avez juste votre BAC et votre diplôme d'instituteur, vous ne pourrez bénéficier d'aucun poste de reconversion avec aussi peu. Il faut que vous retourniez à la faculté. 

    -Et trente-deux ans de carrière, ça ne vaut rien?

    -Non.

    -Et la formation professionnelle qu'on m'a obligé à suivre, ça ne me donne rien ?

    -Non. 

    -Et si je ne veux pas retourner à la FAC ?

    -Et bien, vous serez mis en congé longue maladie.

    -Et pendant ce temps-là, je cherche une autre issue, c'est ça ?

    -Oui, c'est comme vous voulez ou alors vous reprendrez votre classe à la fin de votre congé.

    -Je ne suis pas un collaborateur, je vous l'ai déjà dit.

    -Alors, il faut que vous trouviez un emploi dans le privé."

    Alors, donc après avoir expliqué dans les grandes lignes les deux derniers mois, j'explique au médecin, qu'hier matin, à l'école, j'ai pris un coup de poignard en trop, celui qu'il ne fallait surtout pas que je prenne, la pire des choses. 

    Des enfants qui font souffrir d'autres enfants. Dans ma classe. Deux parents qui vont se plaindre à la directrice que je ne protège pas leurs enfants. La directrice qui me dit que je dois être vigilant...

    Plus rien, désormais, ne me tient debout.

    "Vous êtes peut-être trop idéaliste M Ledru.

    -Je pense au contraire que c'est le monde adulte qui ne l'est pas assez et je refuse cette molesse générale. Je travaille pour des enfants et cette mission ne devrait pas être confiée à des esprits mous et malléables. Je sais le danger d'épuisement que représente le fait de maintenir en soi une exigence quotidienne. Mais il est plus mortel encore de se réveiller un jour avec la conscience de sa propre faiblesse. Je crève aujourd'hui d'être un idéaliste. Mais je serais déjà mort depuis longtemps de ne pas l'avoir été.

    -Vous ne pouvez pas à vous tout seul régler tous les problèmes que les enfants portent en eux.

    -Non, je ne peux pas les régler mais je dois leur apprendre à ne pas les apporter en classe parce que ma classe est un sanctuaire où personne, absolument personne ne doit souffrir. Sinon, il ne s'agit pas d'une classe mais juste d'un autre endroit aussi sordide que le reste du monde humain. Et donc, cette fois, je n'y suis pas parvenu. Je ne reproche rien aux enfants. C'est en moi que le problème se pose. Je n'ai plus la capacité à maintenir le monde humain en dehors de ma classe. Les enfants viennent y reproduire le monde extérieur. C'est au-delà du supportable. Imaginez une barricade écroulée et un torrent de boue qui se déverse. Imaginez aussi qu'on me reproche de n'avoir pas su protéger ces enfants. Imaginez qu'on vienne vous reprocher d'avoir laissé mourir un patient alors que vous savez que vous avez fait tout ce qui était en votre pouvoir.

    -Mais si vous les forcez à laisser leurs problèmes dehors, vous ne les aidez pas à les résoudre. 

    -Il y a une différence immense entre le fait de disperser des problèmes sans aucun discernement et le fait de les analyser par la parole. Les problèmes, on les analyse en classe, on ne les subit pas. Vous êtes bien capables entre médecins de parler du cancer sans en être pour autant victime...Je n'attends pas qu'un problème surgisse pour en étudier les raisons avec les enfants, c'est tout le sens des débats philosophiques. 

    -Bon, très bien, et pourquoi vous vous opposez à la Réforme des ryhtmes scolaires ? Ma nièce vit à Toulouse et la ville a adopté ce système depuis un an déjà et ça se passe très bien. 

    -Toulouse ? En population, c'est la quatrième ville de France. Il vous faut une autre explication ? Vous imaginez le budget et les moyens en personnel, en locaux, en transport ? Alors maintenant, allez faire un tour en Lozère par exemple et puis on en reparlera. Comment justifier que les enfants vont connaître des parcours scolaires considérablement différents dans un même pays ? Est-ce qu'on ne doit pas essayer de prendre de la hauteur pour avoir une vue plus globale du problème et non pas juste se réjouir de situations de privilégiés ? Est-ce qu'il est acceptable qu'un gouvernement mette en place un système extrêmement coûteux pour les communes et qu'elle use de l'argument que c'est pour le bien des enfants et qu'il est inadmissible de s'y opposer ? Est-ce que vous connaissez la cahier numéro 13 de l'OCDE ? Est-ce que vous avez une idée claire et complète des intentions politiques et financières ? Est-ce qu'il est acceptable de dire que cette Réforme aura besoin de plusieurs années pour être au point quand on considère qu'il s'agit de la vie d'enfants de maternelle et de primaire ? Proportionnellement, cela représente vingt ans de votre vie." 

    L'entretien a duré plus d'une heure.

    Le constat : beaucoup de personnes parlent de ce qu'elles ne connaissent pas. 

    J'ai mon arrêt de travail. 


     

     

     

  • Visées néolibérales sur l'éducation

    4 décembre 2013

    Je reprends ici de nombreux éléments d’une analyse récente du Mouvement politique d’émancipation populaire.

    http://bernard-gensane.over-blog.com/2013/12/les-vis%C3%A9es-n%C3%A9olib%C3%A9rales-sur-l-%C3%A9ducation.html

    LE BLOG DE GÉRARD GENSANE

     

    Le système public éducatif, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, peine de plus en plus à remplir sa mission. On constate partout une dégradation des moyens qui lui sont accordés : réduction des effectifs enseignants titulaires par le non-remplacement des départs en retraite ; substitution d’emplois stables par des enseignants précaires ou non titulaires ; augmentation du nombre d’élèves par classe ; réapparition de l’apprentissage à 14 ans ; travail de nuit à 16 ans ; blocage des salaires du personnel ; développement des écoles privées ; droit d’entrée à l’école primaire dans certains pays ; privatisation d’éléments du système éducatif…

     

    Concernant les élèves de 15 ans, la France a reculé de plusieurs rangs selon une enquête menée dans 57 pays (Programme international pour le suivi des acquis des élèves). La France se situe un peu en-dessous de la moyenne des 30 pays de l’OCDE. Pour les « compétences » des élèves de 10 ans, la France est au 27e rang sur 40 pays.

     

     

    Les fantaisies pédagogiques expérimentées ces trente dernières années n’y sont certainement pas pour rien, notamment celles qui ont visé à banaliser les établissements scolaires du primaire et les collèges en abandonnant leur fonction de transmission de savoirs et de formation du citoyen pour les transformer en « lieu de vie » ou de simple équipement de quartier.

     

    Toutefois, on ne peut faire porter au système éducatif la responsabilité principale de ces difficultés. Ces dernières, pour l’essentiel, trouvent leur origine hors de l’école, dans le chômage et la précarité des parents et des jeunes.

     

    Tous les maux viendraient désormais de la « pensée 68 » : il faudrait donc restaurer l’autorité et les valeurs de l’effort, du travail, du mérite. Mais la situation devient explosive lorsqu’après avoir fourni tous ces efforts et travaillé d’arrache-pied, les jeunes à la sortie de l’institution éducative trouvent le chômage, la précarité, et pour les plus chanceux des emplois sous-estimant leurs diplômes.

     

    Ce sont les visées néolibérales sur l’éducation qui démolissent le système éducatif. Elles peuvent être décrites en quatre objectifs : faire de l’éducation un marché rentable ; former une main d’œuvre « employable » ; fabriquer l’« homme néolibéral » ; écraser la capacité de résistance des enseignants et personnels de l’Éducation nationale.

     

     I.- FAIRE DE L’EDUCATION UN MARCHE RENTABLE

     

    Partout dans le monde, le service public de l’éducation est menacé par les politiques néolibérales. Un ministre socialiste d’un gouvernement de gauche en France, Claude Allègre, a bien résumé sa pensée : « l’Ecole représente le plus grand marché du 21ème siècle ». En effet, il faut savoir que les pays de l’OCDE (les 30 pays parmi les plus riches de la planète) consacrent annuellement 1 000 milliards de dollars au financement de l’enseignement. Par comparaison, et pour ces mêmes pays, le chiffre d’affaires annuel de l’industrie automobile est de 1 286 milliards de dollars… Le néolibéralisme veut ainsi transposer au système public éducatif la logique capitaliste selon laquelle tout doit être ou devenir marchandise et donc se monnayer, s’échanger, se vendre selon les « lois » du marché.

     

    « Le marché de l’enseignement » est d’ailleurs l’intitulé d’un rapport de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), publié dans le cadre des négociations sur la mise en œuvre de l’Accord général sur le commerce des services (AGCS). Cet accord considère que l’éducation ne doit plus être un droit assuré par un service public, mais un marché devant être ouvert à la concurrence. La commissaire européenne à l’éducation et à la culture confirme : « il faut rendre nos universités compétitives sur le marché mondial de l’enseignement supérieur. »

     

    La perspective n’est donc plus l’éducation pour tous, mais l’éducation pour ceux qui peuvent payer. Pour y parvenir, le but est d’ « élever progressivement le niveau de libéralisation du commerce des services », par « des séries de négociations successives qui auront lieu périodiquement ».

     

    La création du marché de l’enseignement prend plusieurs formes : la privatisation totale, par l’encouragement au développement de l’enseignement privé ; la privatisation partielle de sous-ensembles du système éducatif ; la décentralisation ; les nouvelles technologies de l’enseignement.

     

    La privatisation totale du système éducatif est un objectif central des politiques néolibérales. Il se réalise de manière très inégale selon les pays et à l’intérieur de chaque pays selon les secteurs et consiste en avantages accordés à l’enseignement privé. Tout repose sur le fait que les parents, lorsqu’ils en ont les moyens, sont prêts à dépenser beaucoup d’argent en payant à leurs enfants des études dans les « bons » établissements, les « bonnes » filières et les « bonnes » classes. Ils considèrent que c’est un moyen de donner à leurs enfants toutes les chances d’obtenir un emploi stable et rémunérateur. Les familles disposant d’une certaine sécurité d’emploi et de revenus, sans être véritablement « à l’aise », fuient les quartiers et villes « sensibles » qui ont le recrutement scolaire le plus populaire. C’est chez ces parents – et pas seulement parmi les classes moyennes supérieures – que se trouvent les centaines de milliards d’euros qui peuvent alimenter le marché privé de l’enseignement.

    La tactique utilisée pour faire émerger le marché de l’éducation est simple : c’est celle qui a déjà été appliquée avec succès aux autres services publics pour les démanteler. On coupe les crédits, on organise la pénurie et le désordre, on laisse la violence s’installer dans les établissements. On suscite ainsi la protestation des usagers qui se tournent alors vers des solutions individuelles dans le secteur privé. L’OCDE explique d’ailleurs tout cela très bien, avec le plus parfait cynisme : « Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement à l’école ou à la suppression de telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population » (source : Centre de développement de l’OCDE, Cahiers de politique économique, 2000, n° 13)…

     

    On peut essayer de se représenter ce que seraient, demain avec la privatisation de tout ce qui peut l’être, des établissements d’enseignement. C’est l’ensemble, la totalité, la finalité sociale, le but éthique auquel répond l’établissement qui ne représentera plus aucun intérêt. Ce qui intéressera les nouveaux propriétaires des sous-ensembles du système éducatif, ce sont juste les différentes fonctions techniques qu’on peut y découper pour en tirer un profit :

     

    • l’accueil
    • la sécurité (les « pions »)
    • la restauration
    • l’entretien des bâtiments et les petits travaux
    • le nettoyage
    • la gestion administrative et financière
    • l’animation ou l’enseignement
    • le soutien psychologique, social, médical...
    •  

    Si on livre l’établissement d’enseignement à la privatisation par morceaux, sur la base d’appels d’offres, on aboutira à toute une série d’interventions en sous-traitance.

     

     

    Avec la privatisation partielle, pour conserver une cantine scolaire municipale, il faudra déjà pouvoir prouver, lors de l’appel d’offre, la rentabilité de la prestation. Finies les aides de la municipalité aux enfants des familles pauvres et les tarifs dégressifs en fonction des revenus des parents ! Et si la municipalité veut introduire dans son cahier des charges la traçabilité des aliments, connaître l’origine des viandes, ou interdire l’emploi d’aliments Organismes génétiquement modifiés (OGM), elle sera passible de poursuites judiciaires pour la raison que ces clauses, dans son appel d’offre, constituent autant d’ « obstacles non nécessaires au commerce », pour reprendre l’expression consacrée.

     

    Une telle évolution signerait la fin de toute intervention politique et collective dans les domaines économiques et sociaux. Cela signifierait donc aussi la fin de la démocratie, car l’exercice par les élus de leur pouvoir deviendrait extrêmement limité par la privatisation généralisée ou partielle des services publics. Les élus ne serviraient plus à rien, ils seraient remplacés par le marché.

     

    Le troisième instrument de la marchandisation, après la privatisation totale et partielle, est la décentralisation du système éducatif.

     

    Elle est un élément clé de ce processus de marchandisation, car elle permet le rapprochement « en douce » avec la sphère économique. Elle se traduit par des « partenariats », favorisant le développement d’identités propres aux établissements, créant les conditions de la concurrence entre eux. La gestion est alors copiée sur celle des entreprises privées, les ressources tendent également à se privatiser.

     

    Dans ce cadre, le renforcement du pouvoir des chefs d’établissement vise à reporter sur le local des choix et décisions qui devraient relever de l’échelon national.

     

    II.- FORMER UNE MAIN D’ŒUVRE « EMPLOYABLE »

     

    La création d’un marché de l’éducation aussi vaste que possible impose de soumettre les contenus de formation du système public aux impératifs des entreprises privées, et notamment par la mise en œuvre du concept patronal d’« employabilité ».

     

    Le système public éducatif doit donc devenir dépendant non plus des orientations éducatives définies par le « centre » (le ministère de l’Éducation nationale), mais des demandes des usagers-clients.

     

    Avec la marchandisation du système public éducatif, c’est la formation des citoyens qui est abandonnée au profit d’adaptations qualifiantes de très court terme. On peut ainsi avoir l’illusion de répondre aux besoins des entreprises, mais on ne prépare pas l’avenir de la nation en se limitant à des ajustements de court terme.

     

    Le système éducatif va donc être poussé à se concentrer sur sa principale fonction qui est de fournir aux entreprises les « ressources humaines » dont elles ont besoin, particulièrement dans une « économie de la connaissance » dont les performances dépendent du niveau de formation de la population. Comme l’indique la Commission européenne en 1995, « l’éducation est un service rendu à l’économie » !

     

     

    Alors que, depuis la Révolution française, l’éducation a été érigée en un droit fondamental, mis en œuvre ensuite par un service public, elle est peu à peu transformée en filiale du patronat pour répondre à des besoins mal définis et de très court terme.

     

    Ce qui est en jeu, c’est la « massification » de l’enseignement des années d’après-guerre (l’école pour tous), que les politiques néolibérales veulent mettre en cause. Dans tous les pays européens, le même type de logique se déploie : une tendance à en finir avec un enseignement « unique » jusqu’à 16 ans, pour se limiter à 14 ans (Italie, Espagne, Grande-Bretagne, France, Allemagne..).

     

    L’employabilité, aujourd’hui pour le patronat, c’est :

     

    • la capacité d’être et de demeurer actif dans un cycle de vie fragmenté et imprévisible
    • un individu qu’il s’agit de mobiliser en renforçant ses capacités d’activité par l’apprentissage « tout au long de la vie »
    • la capacité d’être actif et de se relancer constamment dans une dynamique de mise en projet et non plus simplement l’aptitude à l’emploi
    • la gestion des « capitaux » dont sont dotés les individus et qu’ils peuvent mobiliser pour mener à bien leurs projets sur un marché concurrentiel
    • se constituer en entrepreneurs de sa propre vie
    • un « capital humain » qui intègre autant la santé (le « capital santé ») que la formation, et toutes les compétences personnelles et professionnelles qui doivent être gérées pour être rendues transférables, c’est-à-dire valorisables en-dehors d’une entreprise donnée
    • un « patrimoine » (ou un « portefeuille » de capitaux) dont dispose chaque individu et dont il a la responsabilité
    • la capacité d’un salarié à conserver ou obtenir un emploi, dans sa fonction ou dans une autre fonction, à son niveau hiérarchique ou à un autre niveau
    • (re)mobiliser les individus dans leurs parcours d’insertion professionnelle, sous l’angle de l’ « activation du marché du travail » et de la maîtrise des « transitions professionnelles ».

     

    La fabrication d’individus « employables » interdit la poursuite de l’éducation pour tous. Une grosse minorité, venant des enfants des classes moyennes et supérieures, recevra les formations longues. Quant à la majorité des élèves, issue des classes populaires, elle terminera sa scolarité à 14 ans.

     

    III.- FABRIQUER L’« HOMME NEOLIBERAL »

     

    Dans le modèle de civilisation néolibéral, la liberté de l’individu se confond avec celle de l’entreprise. L’individu lui-même devient une entreprise. Il doit donc, lui aussi, s’épanouir dans la compétition et dans une concurrence à l’autre généralisée.

     

    La marchandisation du système public de l’éducation entraine la dépolitisation de la question éducative. S’il existe des détenteurs de biens (les savoirs), et des demandeurs solvables de ces biens (les entreprises), alors l’échange pourra se faire. Nul besoin dans ces conditions de discuter pour décider s’il faut enseigner les mathématiques, les arts plastiques, plutôt que la littérature ou la philosophie : la demande marchande règlera la question.

     

     

    La marchandisation de l’éducation met gravement en cause la nécessité de l’éducation comme entrée dans la culture. L’idée se développe que l’école « fait trop de culture », ou « trop de théorie », que les savoirs liés à des œuvres humaines considérées comme importantes dans le passé sont de moins en moins utiles. Ainsi dominera inévitablement une atténuation, voire une suppression de toute formation d’une pensée critique. Les recommandations européennes vont d’ailleurs dans ce sens. C’est ainsi que le Conseil européen de Lisbonne a défini les « compétences sociales » : la « confiance en soi, l’indépendance, l’aptitude à prendre des risques et les compétences relatives à l’esprit d’entreprise ».

     

    Ainsi, après formatage, l’ « homme de marché » doit être capable de :

     

    • se mettre soi-même en projet
    • être un sujet actif et compétitif, plutôt que passif et dépendant, aspirant à l’autonomie et à l’accomplissement personnel dans son activité
    • se constituer soi-même en entreprise à développer, faire croître et fructifier
    • devenir l’entrepreneur de sa propre vie
    • « réaliser son potentiel » dans des « carrefours d’opportunités »
    • devenir une « forme entreprise » qui le mobilise, reposant sur un ensemble de règles de vie comme l’énergie, l’initiative, l’ambition ou le dynamisme, généralisée à toutes les facettes de sa conduite et toutes les sphères de son existence
    • être prudent, de calculer « à propos de lui-même et travailler sur lui-même en vue de s’améliorer lui-même »
    • interpréter sa destinée comme relevant de sa responsabilité propre, prendre des risques pour mener à bien son « projet d’identité », mais des risques mesurés, susceptibles d’augmenter sa valeur marchande
    • se considérer soi-même comme un ensemble de capitaux que l’on peut gérer au gré de ses projets
    • calculer ses investissements existentiels pour ménager ses capitaux : ressources financières, gérer sa santé qui devient un capital précieux, mais également son réseau relationnel, ses aptitudes cognitives et comportementales, ses ressources affectives et émotionnelles
    • assumer la fragilité de sa trajectoire de vie en multipliant les projets « excitants », facteurs d’autonomie et d’autoréalisation créatrice de soi
    • comprendre que la sécurité n’est plus attachée au statut, à la hiérarchie, à la bureaucratie, mais à la succession des projets, la réussite sur un projet permettant d’accéder à d’autres projets plus intéressants, chaque projet étant par définition différent, nouveau, innovant, se présentant comme une opportunité d’apprendre et d’enrichir ses compétences qui sont autant d’atouts pour trouver d’autres engagements
    • considérer sa vie tout entière comme une succession de projets pour laquelle il importe de se détacher de tout ancrage existentiel durable : statuts, titres, carrière planifiée, etc.
    • développer sa connaissance et sa maîtrise de lui-même, sous l’autorité d’ « experts de l’âme humaine »
    • se rendre désirable
    • être nomade et léger, froid et calculateur, rationnel et fonctionnant en réseau.

     

    IV.- DETRUIRE LA CAPACITE D’ACTION COLLECTIVE DES ENSEIGNANTS

     

    Les enseignants, encore très fortement syndiqués, sont en première ligne du combat pour défendre leurs intérêts propres, mais aussi pour le service public et contre la marchandisation. Ils représentent aussi de gros bataillons électoraux de la gauche. Ils ont, jusqu’à présent, empêché les politiques néolibérales de se déployer comme elles l’auraient voulu. Par exemple, les luttes ont permis d’obtenir de la Commission européenne qu’elle retire l’éducation des offres d’ouverture à la concurrence internationale dans le cadre du cycle actuel de négociation de l’Accord général sur le commerce des services. C’est pourquoi les forces néolibérales ont toujours rêvé d’écraser la capacité de lutte des enseignants et des personnels de l’Education nationale.

    D’autant que, pour le lobby patronal ERT, les enseignants auraient « une compréhension insuffisante de l’environnement économique, des affaires et de la notion de profit ». Industrie et établissements d’enseignement devraient donc travailler « ensemble au développement de programmes d’enseignement », notamment grâce à « l’apprentissage à distance », « l’enseignement à distance » et la mise au point de « didacticiels » (logiciels d’apprentissage sur ordinateur).

     

    Le strict respect de la laïcité doit s’entendre d’un double point de vue : celui des croyances religieuse et celui des croyances économiques. C’est, d’abord, le refus de tous signes religieux à l’école. C’est, ensuite, le refus des signes commerciaux et de la subordination de l’éducation aux besoins du marché. Les fonds privés ou de partenariats public-privé ne doivent pas financer les écoles.

     

    Reste la question du financement public de l’école privée. A terme, ce financement doit cesser. Mais comme les gouvernements qui ont voulu s’attaquer au problème se sont tous cassé les dents, la prudence s’impose. Il faut créer un rapport de forces. Tout d’abord, les causes externes de la crise de l’école (chômage, précarité) doivent trouver une solution (voir plus haut et plus bas). L’école publique s’améliorera immédiatement, réduisant les flux vers l’enseignement privé. Ensuite, il faut avoir en mémoire que dans une décision du 23 novembre 1977, le Conseil constitutionnel a considéré que la liberté de l’enseignement faisait partie des principes fondamentaux de la République. Une réforme constitutionnelle n’est donc pas à exclure, pour permettre l’arrêt du financement public de l’école privée. Celle-ci doit être soumise à référendum. Au total, ce sont plusieurs années de préparation qui seront nécessaires.

     

    La mise en œuvre de l’égalité nécessite de prendre différentes décisions :

     

    • gratuité effective
    • obligation scolaire jusqu’à 18 ans
    • intégration des handicapés
    • scolarisation des jeunes enfants dans le service public
    • intégration, à tous les niveaux de l’éducation, de tous les jeunes à besoins particuliers
    • refonte des aides sociales pour atteindre l’égalité des chances
    • un statut étudiant avec une allocation d’autonomie.

    L’apprentissage de la citoyenneté passe par le développement du sens critique et une instruction civique réactivant les principes républicains. La diffusion des savoirs passe par des connaissances générales (histoire, géo…), et des compétences polytechniques de très haut niveau.

    L’efficacité du système nécessite de prendre un soin particulier à son fonctionnement :

    • embauche massive de personnel et titularisation des agents non titulaires et précaires
    • augmentation des investissements publics dans l’éducation (au moins 7 % du PNB)
    • mesure de l’efficacité des établissements scolaires (les critères choisis doivent être définis collectivement par la communauté éducative et les parents d’élèves ; les résultats doivent être débattus ensuite entre tous) sans mettre en concurrence les établissements scolaires, ni publier de « palmarès » des meilleurs établissements. Il faut une émulation et de la qualité, mais se sont les établissements ayant les plus faibles résultats qui devraient obtenir le plus de moyens.

     

     

    V.- POLITIQUES EDUCATIVES POUR UN SOCIALISME DU XXIEME SIECLE

     

    On doit à Condorcet la théorie la plus complète de l’école républicaine. Pour la première fois, l’idée philosophique de l’institution scolaire est pensée dans sa relation avec la souveraineté populaire.

     

     

    L’originalité de cette théorie est de montrer que la construction du corps politique républicain ne peut pas faire l’économie de la question du savoir dans sa relation singulière à chaque citoyen. Le concept d’instruction publique a pour fonction philosophique d’assurer l’articulation entre la souveraineté populaire et la légitimité des décisions qu’elle prend et qui l’obligent sans recours : comment un peuple peut-il se garantir contre ses propres erreurs ? Protéger les savoirs contre les pouvoirs, voir en chaque enfant un sujet rationnel, soustraire l’instruction publique aux volontés particulières et à l’utilité immédiate, telles sont quelques-unes des thèses majeures avancées par Condorcet dans les Cinq Mémoires sur l’instruction publique (1791) et dans le Rapport et projet de décret sur l’organisation générale de l’instruction publique (1792).

     

    La volonté politique actuelle tend à « oublier » ces enjeux, et n’accorde plus dans les missions de l’école, la priorité à ses fonctions anthropologiques (former l’homme) et socio-politiques (former le citoyen). L’école de la IIIème République (Jules Ferry) a promu la laïcité, la gratuité, l’obligation d’instruction, la morale, lire, écrire, calculer... Mais une partie de ses enjeux étaient aussi l’unité du pays, une seule langue, le maintien des discriminations sociales, et donc les valeurs de la bourgeoisie au pouvoir, qui se promeut prioritairement par le rôle qu’elle dévolue à l’Ecole.

     

    Pour pouvoir changer l’Ecole, il faudrait pouvoir redéfinir les enjeux liés à l’éducation aujourd’hui, au regard d’une conception politique.


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  • Cahier numéro 13 de l'OCDE

    EFFRAYANT...

     

     

    Est-ce qu'il est nécessaire de commenter davantage ?

    Est-ce qu'il est nécessaire de s'intéresser aux discours des politiciens quand on sait qu'ils sont nourris en sous-main par des M Morrisson, qu'ils forment des légions secrètes dont tout dépend...

    Droite-gauche, UMPS, tous sont nourris par ces vomis infâmes, tous adhèrent à ces projets destructeurs parce qu'ils sont RENTABLES. Pour eux...

    Et quand je pense qu'il y a encore des personnes qui éclatent de rire quand le mot "complot" est utilisé...Un complot n'est rien d'autre qu'un projet secret, caché au grand public...

     

    Combien sommes-nous à avoir lu ce cahier ?...

     

     


     

    [Reprise] Le cahier N° 13 de l’OCDE: tout ce qui nous arrive était déjà écrit

     

    OCDE 202627 150x150 [Reprise] Le cahier N° 13 de lOCDE: tout ce qui nous arrive était déjà écrit

    Qu’il nous soit permis ici de republier pour la deuxième fois un article qui mérite une attention particulière et une large diffusion en raison du contenu édifiant du rapport dont il fait état.

    Il s’agit d’un rapport rédigé en 1996 par le Centre de Développement de l’OCDE auquel rappelons-le adhèrent la France et la grande majorité des pays dits du « Nord », « occidentalisés », »développés »,  mais surtout actuellement économiquement et moralement « ensablés ».

     

    Le Centre de Développement a pour objectif  dans ses activités de recherche, « d’identifier et d’analyser les problèmes qui vont se poser à moyen terme, dont les implications concernent aussi bien les pays Membres de l’OCDE que les pays non membres, et d’en dégager des lignes d’action pour faciliter l’élaboration de politiques adéquates ».

    Le titre de ce rapport est « la faisabilité politique de l’ajustement », autrement dit comment faire en sorte que les décisions difficiles à supporter pour le peuple ne créent pas de troubles et n’empêchent pas les réélections de ceux qui les ont prises.

    Autant vous dire que ce rapport est édifiant et d’un cynisme absolu.  Dans ce rapport, pudiquement appelé Cahier, l’auteur explique quelles sont les meilleures stratégies pour que des décisions qui seront forcément impopulaires  en raison éventuellement d’une crise mais surtout d’une politique néo-libérale décomplexée,   »passent bien ou mieux », au cas ou TINA (There Is No Alternative) ne serait pas assez convaincante.

    M Morrisson, son auteur, a la délicatesse d’illustrer et/ou d’argumenter ces stratégies par ce qui s’est fait dans certains pays avec ou sans succès.

    Florilège:

    - « Les cinq études par pays du Centre de Développement confirment l’intérêt politique de certaines mesures de stabilisation : une politique monétaire restrictive, des coupures brutales de l’investissement public ou une réduction des dépenses de fonctionnement ne font prendre aucun risque à un gouvernement. »

    - « Les coupures dans les budgets d’investissement ne suscitent habituellement aucune réaction, même lorsqu’elles sont très sévères. »

    - « La libéralisation des échanges — une mesure recommandée avec insistance par la Banque mondiale — illustre ces réactions opposées dont le gouvernement peut tirer parti. Certes, il existe toujours un front protectionniste assez large et puissant, même s’il est hétérogène. Il rassemble les industriels des secteurs protégés (et leurs salariés), les hauts fonctionnaires qui veulent garder leur pouvoir (sans parler des cas de corruption que permet l’octroi de licences d’importation), les syndicats et les partis de gauche, les partis marxistes étant les plus opposés et, dans certains pays, les partis nationalistes pour lesquels l’importation de certains biens est synonyme d’occidentalisation. A l’opposé, le gouvernement est soutenu par ceux qui bénéficient de la libéralisation : les industriels exportateurs, les agriculteurs, les artisans qui peuvent s’approvisionner plus facilement et moins cher et enfin les consommateurs.
    L’histoire des politiques de libéralisation confirme ces résistances mais montre qu’elles ne sont pas dangereuses au point de remettre en question l’ouverture. »

    - « La politique de libéralisation interne, pour l’agriculture ou le secteur financier, ne suscite pas non plus d’opposition politique très forte »

    - « Ainsi, toute politique qui affaiblirait ces corporatismes (syndicats par exemple) serait souhaitable : d’un point de vue économique, cela éliminerait des entraves à la croissance et, politiquement, le gouvernement gagnerait une liberté d’action qui peut lui être précieuse en période d’ajustement »

    - »Il est possible aussi d’atténuer l’impact d’une hausse de prix par des distributions de denrées alimentaires pour rémunérer la main-d’œuvre embauchée sur les chantiers des travaux publics. Enfin, il ne faut jamais augmenter les prix à des moments difficiles pour les ménages, comme les fins de mois ou les fêtes religieuses » (vaut mieux attendre  Le Tour de France, c’est connu…)

    - « Après cette description des mesures risquées, on peut, à l’inverse, recommander de nombreuses mesures qui ne créent aucune difficulté politique. Pour réduire le déficit budgétaire, une réduction très importante des investissements publics ou une diminution des dépenses de fonctionnement ne comportent pas de risque politique. Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple,les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population. »

    -….


     

    Libres de faire ce qu’on nous dit

    Et il y en a comme ça 42 pages. Tout simplement énorme.

    Ah oui, veuillez désormais parler s’il vous plaît d’ajustement. Non pas de licenciement abusif, d’exploitation, de bas salaires, de mutations forcées, de baisse de qualité de service, de baisse ou blocage de salaire, d’inégalités, de inéquité dans la répartition des richesses … Mais d’ A-JUS-TE-MENT.

    Rendons grâce à M Morrisson cependant qui écrit dans son cahier: « L’intérêt politique de ces mesures ne signifie pas qu’elles sont les plus « rationnelles ou les plus justes » « . Ah merci de le reconnaître, belle lucidité. Maintenant les politiques ( on ne parle pas des hommes, mais des pratiques) ne doivent plus être rationnelles ou justes. Allons bon.  L’organisation de la cité ne doit pas se faire d’une manière rationnelle et juste? On croit halluciner.

    Petite précision tout de même au bénéfice de L’OCDE qui prend soin de préciser en tête du cahier:

    « LES IDÉES EXPRIMÉES ET LES ARGUMENTS AVANCÉS DANS CETTE PUBLICATION SONT CEUX DES AUTEURS ET NE REFLÈTENT PAS NÉCESSAIREMENT CEUX DE L’OCDE OU DES GOUVERNEMENTS DE SES PAYS MEMBRES. »

    Ouf, l’honneur est sauf.

    Sauf que figurez-vous, c’est ce qui est en train de se passer depuis 1996 avec une accélération depuis 2008, date du début de la crise programmée, prétexte à tous « les sacrifices » .

    En plus du rapport, nous mettons en ligne le CV de son auteur, qui explique sans doute son côté  »terminator ».

    Voici les deux documents. Régalez-vous...

    CV_Morrisson   -  Cahier N°13 OCDE


     
     
     
     
     
     
     
     

  • L'effet du témoin

    Effet du témoin

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_du_t%C3%A9moin
    Un homme dormant sur un trottoir au Canada
    Un homme dormant sur un trottoir au Canada.

    L’effet du témoin (appelé aussi « effet spectateur »), en anglais « bystander effect », est un phénomène psycho-social des situations d'urgence dans lesquelles notre comportement d’aide est inhibé par la simple présence d'autres personnes présentes sur le lieu. La probabilité de secourir une personne en détresse est alors plus élevée lorsque l’intervenant se trouve seul que lorsqu’il se trouve en présence d’une ou de plusieurs personnes. En d’autres mots, plus le nombre de personnes qui assistent à une situation exigeant un secours est important, plus les chances que l’un d’entre eux décide d’apporter son aide sont faibles. La probabilité d’aide est ainsi inversément proportionnelle au nombre de témoins présents1.

    Ce phénomène contre-intuitif s’explique principalement par un processus de diffusion de la responsabilité qui se met en place à travers les personnes assistant à une même situation d'aide2. D'autres explications comme l'influence sociale et l'appréhension de l'évaluation furent également mises en avant.

    Ce sont les circonstances du meurtre de Kitty Genovese qui furent le point départ des recherches portant sur l'effet du témoin. En 1968, John Darley et Bibb Latané ont démontré pour la première fois l'effet du témoin en laboratoire3, et cette étude généra les prémices de toutes les recherches subséquentes de cette discipline.

    Des références sur l’effet spectateur, dont les connaissances sont à présent ancrées dans la conscience publique, peuvent être trouvées dans la plupart des manuels de psychologie sociale.

     Dans un sens théorique et pratique, l’effet du témoin joue un rôle important pour comprendre les comportements d’aide. Alors que le fait d’apporter de l’aide à une personne en détresse constitue un comportement prosocial socialement valorisé et attendu, la présence d'autrui exerce un impact sur la perception et la réaction — par rapport à la situation de secours — de telle manière que les conduites d'aides se trouvent inhibées. L’effet spectateur est ainsi un facteur qui affecte le comportement prosocial. Les recherches scientifiques ont montré qu’il s’agit d’un effet psychologique robuste et stable qui apparaît tant dans les situations expérimentales que dans les situations réelles. Toutefois, un certain nombre de recherches récentes ont pu mettre en évidence plusieurs facteurs permettant de modérer cet effet sans pour autant remettre en question son existence.


    Nécessité d'enseigner ces phénomènes aux enfants...Au lieu d'aller les "remplir" de choses mortes qui les pourrissent de l'intérieur...J'aimerais bien même trouver la preuve que ça n'est pas fait INTENTIONNELLEMENT car il n'est pas bon pour les PUISSANTS que le peuple soit conscient...


    Lutte contre l'effet

    Bien que les recherches sur l'effet spectateur datent d'environ cinq décennies, le phénomène continue à être d'actualité et à attirer l'attention du public. En effet, de nombreux incidents et situations récents, dans lesquels la non-intervention des témoins s'est avérée fatale, témoignent de la puissance et de la stabilité de l'effet du témoin.

    Une étude a montré que la simple diffusion des informations concernant les mécanismes de l'effet spectateur permettrait d'éviter sa mise en œuvre dans les situations nécessitant de l'aide. Dans cette expérience, les chercheurs ont renseigné un groupe d'étudiants pendant cinquante minutes sur l'effet du témoin ainsi que sur ses trois processus d'inhibitions. Par la suite, ces étudiants — accompagnés par un complice — se voyaient confrontés à un accident de vélo dans lequel le cycliste nécessitait du secours. Comparé avec un groupe d'étudiants qui n'a pas pris part à la séance d'information, le groupe renseigné est intervenu plus souvent. Cette étude montre ainsi que la simple connaissance des mécanismes en œuvre dans l'effet spectateur suffit pour réduire ses impacts négatifs sur les conduites d'aides. De cette manière, le fait d'informer et de sensibiliser le public sur le phénomène permet de promouvoir des réponses d'aides plus responsables29.

    Par ailleurs, une victime peut lutter contre l'effet du témoin en désignant une personne précise dans la foule et l'appeler franchement à l'aide, plutôt que d'appeler les gens qui se situent aux alentours. Agir de la sorte, place ainsi toute la responsabilité sur cette personne « spécifique » et évite tout sentiment de diffusion de responsabilité.[réf. nécessaire]

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