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Par
Thierry LEDRU
Le 22/11/2011
Il me reste quelques places dans ma classe de CM2... Ces fautes-là sont au programme. Si la notion de travail et d'effort ne leur sont pas incompréhensibles, ils pourraient éventuellement y arriver...
http://www.lepost.fr/article/ 2011/11/22/ 2643963_cinq-fautes-d-orthograp he-dans-le-communique-de-press e-de-l-elysee-a-daniele-mitter rand.html
Incroyable mais vrai : dans le communiqué de presse d'une douzaine de lignes, rédigé par l'Elysée en guise d'hommage à Danièle Mitterrand, on trouve 5 grosses fautes d'orthographe, relevées par L'Express.fr :

Pour commencer, le président présente comme il se doit ses "plus profondes condoléances à ses enfants, à ses petits enfants et à l'ensemble de sa famille", en oubliant le tiret entre petits et enfants. Encore, cette faute est-elle plutôt bénigne en comparaison avec celles qui suivent...
Pour l'Elysée, Danielle Mitterrand est "une femme qui (...) poursuivi (sic) jusqu'au bout de ses forces les combats qu'elle jugeait justes."
"Jamais, ni l'épreuve, ni la victoire ne la firent dévier du chemin qu'elle s'était tracée (sic)".
Elle "su (sic) faire preuve d'une indépendance d'esprit, d'une volonté et d'une dignité exceptionnelle (sic)".
Inquiétant, non ?
Note de la rédaction
Si la com' de l'Elysée a du mal avec la relecture, elle en a un peu moins avec la rapidité. Peu de temps après l'envoi du communiqué truffé de fautes aux rédactions, le site de l'Elysée remettait en ligne une version corrigée, non sans oublier encore le tiret entre "petits" et "enfants", ainsi que les virgules entre "le président François Mitterrand" (!)... :

Sur Twitter, les internautes se sont déchaînés, comme souvent quand l'Elysée se déchire...
Précédents
A noter que ce n'est pas la première fois que l'Elysée se rate de la sorte sur l'orthographe. Au mois de juin, Le Petit Journal de Canal+ l'avait épinglé sur la retranscription du discours d'inauguration de Nicolas Sarkozy lors du Salon de l'Aéronautique et de l'Espace. Là encore, 5 à 6 fautes d'orthographe et de français...
De son côté, Eric Besson, alors qu'il était au ministère de l'Identité nationale en novembre 2009, avait aussi pondu une circulaire certifiée sans bescherelle...
La mémoire et l'intuition. (spiritualité)
Par
Thierry LEDRU
Le 21/11/2011
Même si la mémoire est indispensable, il se pose le problème de son empreinte sur l'instant présent. Se pose également son emprise sur l'intuition dès lors que cette mémoire consciente dont nous usons continuellement ne permet pas en raison de cette omniprésence d'user de cette perception inconsciente d'une vérité qui est en nous et qui surgit sans que nous ayons eu la volonté de nous en servir. J'ai l'impression que cette mémoire attachée au phénomène des pensées obéit à l'ego et à cette obligation d'imposer à l'existence son empreinte. La mémoire consciente est au service du mental, elle utilise le réseau des pensées pour exister et entretient cette impression de maîtrise.La mémoire a un fonctionnement temporel étant donné qu'elle est inscrite dans le passé, c'est en cela d'ailleurs qu'elle répond aux exigences du mental. L'intuition pour sa part ne prend forme que dans l'instant présent en percevant des éléments qui nous échappent et qui lui permettent d'établir la justesse d'un acte. Un acte qui n'est pas décidé volontairement mais qui s'impose.
L'intuition a ceci de déstabilisant qu'elle ne répond pas à cette "maîtrise" illusoire du mental mais qu'elle existe par elle-même, sans aucune intervention consciente. Il ne s'agit pas d'une mémoire mentalisée se nourrissant d'un effort cognitif ou expérimental mais d'un flux de perceptions détachées de la raison et des pensées. Il est probable que ces perceptions se soient inscrites en nous à travers le champ des expériences mais qu'elles ne soient pas restées inventoriées au niveau de la mémoire et de la pensée. Elles sont "tombées" dans une dimension bien plus profonde jusqu'à intégrer notre inconscient.
Même si l'intuition a une part expérimentale inexpliquée, elle n'est pas d'ordre conscient et la mémoire n'en a gardé aucune trace.
Ce qui me tracasse, c'est la présence de cette intuition extrêmement forte chez les jeunes enfants. Une espèce de connaissance immédiate, irraisonnée, démentalisée. J'en ai plus d'une fois été le témoin à travers mon métier. L'étendue des expériences étant trop faible pour expliquer cette prescience, il faut bien situer cette faculté dans un champ intemporel...La capacité naturelle a être impliqué dans l'instant présent et par conséquent à se libérer de la contrainte de la mémoire et de la pensée est sans doute un élément favorable. Il n'y a qu'un enfant pour pouvoir faire d'un bâton une fusée au milieu d'un cercle agité d'adultes babillant...
Il est détaché de ce fardeau temporel, cognitif, expérimental, historique, sociétal, il est libre, encore pour quelques temps, de ce formatage et de cette raison restrictive qui vont lui être imposés par les adultes qui l'entourent et "l'éduquent"...
Cette intuition ou cet instinct (une dimension encore plus puissante) existe par conséquent à priori... C'est ça qui me fascine. Ce qui m'effraie par contre, c'est de constater l'effacement progressif de cette intuition au fil du temps. Elle est plus présente chez les femmes, c'est une réalité bien connue. Elle est également chez elles plus durables.
Peut-être que cet ego tentaculaire est moins présent chez les femmes et qu'elles parviennent dès lors à rester en prise avec cet inconscient profond. Les hommes sont éduqués à être plus cartésiens ou obtus... C'est selon...
Les femmes donnent la vie aussi. C'est un avantage indéniable sur les hommes au regard de la perception intime de ce que la vie propose...
Tout cela ne me dit pas quelle est la source de cette intuition.
S'il ne s'agit pas de la mémoire consciente, ni du phénomène des pensées, s'il ne s'agit pas d'un raisonnement, il faut trouver un autre émetteur.
Je me demandais par rapport à quelques expériences en montagne si cette intuition ne serait pas insérée dans la totalité du corps. Comme une "mémoire" corporelle ajoutée à une mémoire cérébrale. Je ne m'explique pas en effet certains "réflexes" intuitifs que j'ai eus dans l'expérience du canyoning, de l'avalanche, de chutes de pierres, de chutes à vélo etc etc...Comme si mon corps n'avait absolument pas besoin d'être soutenu par une unique intervention cérébrale mais qu'il était capable d'oeuvrer seul à sa survie. J'ai bien pensé au cerveau reptilien. Mais alors, ce qui est effrayant, c'est de se dire que notre évolution existentielle ne met en oeuvre qu'une partie précise de notre potentiel et nous prive d'un autre. Et que seules, quelques expériences précises, souvent inattendues et parfois même dangereuses, peuvent rétablir cette connexion bridée.
C'est peut-être aussi cela que recherchent les alpinistes, escaladeurs, explorateurs, bikers, free riders et autres adeptes de l'adrénaline. Bien plus qu'un simple "shoot" d'endorphines mais des retrouvailles avec ce cerveau englué sous les synapses du néo cortex.
Par
Thierry LEDRU
Le 21/11/2011
| Interview La Souris qui raconte |
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Françoise Prêtre, fondatrice et directrice, présente sa maison d’édition 100 pour 100 numérique.
(Photo : DR Laurence de Terline)
Les éditeurs ont la parole ....
La Souris qui raconte … INTERVIEW de la directrice fondatrice
Françoise Prêtre :
Votre nom et prénom (ou l’inverse) : Françoise Prêtre
âge (si vous le voulez bien) : 55 ans (2 x 5 avec des rêves d’enfant)
Vos casquettes au sein de la Maison : Créatrice de La souris qui raconte, j’y suis directrice éditoriale, directrice artistique et de production, mais pas que… Petite société créée en juin 2010, je me dois d’être multi casquettes !
Votre top 5 ou 10
Des auteurs que vous aimez de la littérature classique en général
(si possible jeunesse) réponse très subjective…..
En vrac, Michel Tournier, Roald Dahl, J. R. R. Tolkien, J. Prévert, M. Pennac, Saint Exupéry, Romain Gary, E.-E. Schmitt et tant d’autres, dont je découvre les livres au fur et à mesure de mes lectures.
Vos passions : En vrac, lire, écrire, cuisiner, jardiner, aimer, observer !
RACONTEZ-NOUS VOTRE HISTOIRE…
Mes Premières Lectures : Quand, où et par qui a été fondée la Souris qui raconte ?
Françoise Prêtre LSQR : Création de la SARL en juin 2010 par Françoise et Michel Prêtre (époux à la ville et associés dans la société) et mise en ligne du site marchand www.lasourisquiraconte.com le 27 octobre 2010.
M.P.L : Pourquoi cette création ?
Françoise Prêtre LSQR : Plusieurs raisons dont la première, indépendante de ma volonté, a été un licenciement à 52 ans. Plutôt que de chercher un nouveau travail salarié en production prépresse (ce que j’ai fait pendant 11 ans) ou en direction artistique (ce que je n’avais plus vraiment fait depuis 11 ans), j’ai réfléchi au moyen le plus pertinent de cumuler expertise métier, envie du moment, et conjoncture. Un petit stop par l’écriture de plusieurs manuscrits, et hop ! Idée ! Je tenais le bout de ma pelote, il n’y avait plus qu’à dérouler.
M.P.L : Quelle est la ligne éditoriale et quelle est son évolution si il y en a une, depuis le début ?
Françoise Prêtre LSQR : Je ne me sens pas bien dans le monde dans lequel je vis. Ce qui malheureusement aujourd’hui n’est pas rare. Puisque je créais cette maison d’édition, je me suis dis qu’à un tout petit niveau, je pouvais essayer de faire passer des messages aux enfants lecteurs, au travers de textes engagés. La ligne éditoriale de La souris qui raconte est citoyenne et humaniste avec des valeurs tournées vers le partage et l’échange. L’autre existe et mérite d’être considéré, quel qu’il soit. Je parle de tout. Exclusion, différence, deuil… J’essaie de le faire de façon bienveillante, sans misérabilisme, en interrogeant simplement l’enfant, en le considérant comme un être intelligent doué de raison et capable d’analyse.
M.P.L : Quels ont été les étapes marquantes de son histoire ..Expliquez le pourquoi du comment….
Françoise Prêtre LSQR : L’étape le plus marquante de la longue vie de La souris qui raconte est sa création d’abord ! Premier éditeur jeunesse 100% numérique web et tablettes, avec des contenus enrichis de ce type. Plus sérieusement, chaque mise en ligne est une étape marquante, mais les deux plus importantes ont été « Louise ou la vraie vie », histoire d’école créée et réalisée par des enfants dans le cadre de leur programme de cours et sous titrée en LSF, et « Conte du haut de mon crâne » pour l’aboutissement de l’œuvre, tant au niveau du texte, que de l’illustration et de ses enrichissements, mais aussi la partie audio, particulièrement soignée. Enfin, la sortie de « Antiproblemus, veut sauver la Terre » sur l’AppStore, a également été un grand moment.
Lorsque nous avons créé La souris qui raconte, il nous apparaissait comme une évidence que les histoires pour enfants, pour être attractives sur ordinateur, se devaient d’être interactives. Nous avions fait le choix de Flash©, et lorsque l’iPad© est arrivé en France, à peine deux mois avant la création de LSQR, nous n’allions pas tout arrêter pour une simple question de format et de compatibilité. Il fallait contourner le problème, et nous l’avons fait. Une petite victoire en somme !
M.P.L : Combien de salariés comptaient la Maison à sa création et aujourd’hui ?
Françoise Prêtre LSQR : 27 octobre 2010 - 27 octobre 2011, en un an, nous avons édité (mis en ligne) 21 titres, c’est plutôt cela que je veux mettre en avant. Comme je le disais plus haut, nous sommes une petite équipe polyvalente et multi tâche. Nous devons beaucoup aux auteurs et illustrateurs qui nous font confiance. Plus d’une trentaine maintenant.
M.P.L : Quel est le territoire couvert (vos lecteurs viennent ils des 4 coins du monde ?)
Françoise Prêtre LSQR : Francophone pour l’instant, avec un bon public au Canada, Belgique et Suisse, mais aussi dans les pays du Maghreb. Le Maroc, l’Algérie et la Tunisie sont dans le top 10 de la fréquentation du site.
M.P.L : Quelles sont les originalités, les spécificités de la Maison ? Et pourquoi ce positionnement ?
Françoise Prêtre LSQR : « Pure-player » (Un éditeur pure-player est un entrepreneur qui publie des livres exclusivement dans des formats numériques à destination des nouveaux dispositifs de lecture). Ce que j’aime dans cette proposition de définition donnée par Lorenzo Soccavo, c’est qu’il parle d’entrepreneurs. C’est bien sous cette casquette-là que je me sens la plus légitime. Les « pure-players » sont trop souvent regardés comme des bêtes curieuses, ils ne sont pas reconnus comme éditeurs, dans le monde très fermé de l’édition papier. Si j’ai fait le choix du numérique, c’est pour apporter à la génération des « digital native » des lectures différentes, plus en adéquation avec leurs aspirations et l’utilisation qu’ils font des ordinateurs. Il n’en reste pas moins que ce sont des livres que nous éditons, avec une vraie dimension narrative !
M.P.L : La crise est elle palpable pour vous ? Et comment luttez-vous ?
Françoise Prêtre LSQR : La crise que je ressens n’est pas apparentée à LA crise. Je pense plutôt à la crise due à la discrimination faite par l‘édition classique au regard de l’édition numérique, qui est catastrophique pour les « pure-players ». Pour essayer de s’extraire de l’indifférence imposée par les éditeurs, les « pure-players » se sont regroupés autour d’un événement initié par Actualitté et Walrus, qui ont créé « Une autre rentrée littéraire », pour qu’au moins, quelque part, soit évoqué les sorties littéraires numériques !
M.P.L : Quelle est votre actualité jeunesse ? Les temps forts de l’année pour vous (Salons, évènements etc…)
Françoise Prêtre LSQR : La souris qui raconte a été invitée à différents événements. A Troyes d’abord, au salon régional du livre pour la jeunesse « Les tablettes : un nouveau genre littéraire » était le thème de la table ronde à laquelle je participais. Le 16 novembre, à la Cantine Numérique Rennaise il était question « De l’imprimé au numérique, une nouvelle génération d’éditeurs » et enfin le 24 novembre au Gœthe Institut nous débattrons « Internet pour découvrir la littérature jeunesse ». Notez que sur ces trois rendez-vous, un seul mentionne la littérature jeunesse. Serai-je plus pressentie experte dans un secteur que dans un autre ? Et puis pour finir l’année en beauté, il y aura le Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil, où j’aurai le plaisir d’exposer en numérique, toutes les œuvres éditées sur le site www.lasourisquiraconte.com et celle(s) sortie(s) sur l’iPad.
M.P.L : Quels sont les projets à venir ?
Françoise Prêtre LSQR : Prendre un vrai positionnement sur les tablettes iPad & Androïd et viser les marchés anglophones et hispanophones en traduisant site et histoires. Et puis comme je le disais en préambule, j’ai des rêves, et la Chine en est un ! Un marché colossal avide de numérique ! Voyage à découvrir sur le blog de La souris qui raconte. Jour 1, jour 2 et jour 3 !
M.P.L : A propos de la jeunesse : pourquoi viser ce public, que lui offrez vous de spécifique ?
Françoise Prêtre LSQR : La souris qui raconte, des histoires plaisir à lire autrement ! C’est mon credo !
M.P.L : LA SOURIS QUI RACONTE se trouve à quel(s) endroit(s) géographiquement ? Et pourquoi ?
Françoise Prêtre LSQR : Nous sommes installés chez nous, à Clamart. Nous habitons l’une des trois maisons des « trois petits cochons » ! Le bois n’est pas loin, et le loup non plus !
M.P.L : « Un éditeur gagne beaucoup d’argent sur le dos des auteurs » voilà une phrase que l’on entend souvent… un commentaire ?
Françoise Prêtre LSQR : Le rôle de l’éditeur est essentiel, mais pas plus que celui de l’auteur (ou de l’illustrateur pour ce qui est de la jeunesse). Un éditeur sans auteur est un non sens, alors pourquoi la répartition des gains est-elle si disproportionnée ? Les auteurs vivant de leur art sont rares. Ce n’est pas le cas des éditeurs !
M.P.L : Quels sont vos liens avec vos auteurs et illustrateurs ? Et comment les choisissez-vous ?
Françoise Prêtre LSQR : Je les aime, tout simplement. Au delà d’être des personnes faites de chair, elles ont du talent (ce que je leur jalouse un petit peu). Mais le fait de les remarquer, de les éditer, participe à leur émanation non ? Je vais vous raconter une anecdote.
Alors que je déambulais dans les ateliers de mon ancienne école d’art, à l’occasion des diplômes de fin d’année, je croise un Monsieur que je reconnais. Il était le directeur de l’école lorsque j’étais moi-même étudiante. Vieux Monsieur sage, aujourd’hui ! Je me rappelle à lui et il me demande ce que je deviens. Je lui dis que je ne crée malheureusement plus et que je suis directrice de production dans une maison d’édition prépresse. Je me raconte un peu en laissant transpirer ma frustration, c’est alors qu’il me dit : — « Ne regrettez rien car il nous faut des gens comme vous pour révéler des gens comme eux ! ». Je n’avais pas encore créé La souris qui raconte, mais j’y réfléchissais, et cette phrase a dû travailler tout au fond de ma tête !
Pour ce qui est de les choisir, c’est une question de résonnance (et de ligne éditoriale). Les textes doivent raconter plus qu’une histoire, il doit transporter de vraies valeurs avec Amour et Respect comme principaux protagonistes.
M.P.L : Avez vous du coup un fonctionnement différent des maisons d’édition classiques et si oui quelles sont ces différences ?
Françoise Prêtre LSQR : Editorialement parlant, je ne crois pas qu’il y ait de différence. Je travaille avec des auteurs-illustrateurs sous contrat d’édition et payés en droits d’auteurs. Par contre je n’édite pas de livre. Le support de mes histoires est l’écran d’ordinateur. Le plus large choix d’écrans possible. Je ne fais pas non plus appel au circuit de diffusion du livre papier. Les livres numériques sont vendus grâce au web : lasourisquiraconte.com, immateriel.fr, appstore…
M.P.L : Combien de manuscrits (en jeunesse et au global) recevez-vous chaque jour ou mois… ?
Françoise Prêtre LSQR : C’est très variable et en rapport direct avec l’actualité des médias. Mais je dirais entre 10 et 20 par mois et j’édite un titre toutes les trois semaines environ.
M.P.L : Quels sont vos souhaits et ambitions pour votre Maison ?
Et comment voyez vous son avenir ?
Françoise Prêtre LSQR : Mon premier souhait est de tenir sur la durée. Une création est toujours difficile. Lorsqu’on se positionne sur un marché neuf et par conséquent immature, les risques de ne pas pouvoir tenir sont nombreux (surtout lorsqu’aucune aide publique ne vous est accordée compte tenu de votre spécificité). Lorsque ce postulat sera rempli, j’ai de grandes ambitions pour La souris qui raconte. Cela pourrait faire une deuxième interview, qu’en pensez-vous ?
La souris qui raconte .... le Site ICI, le BLOG ICI. et APPSTORE ICI.
La souris qui raconte, c’est :
Trois types de livres :
Les histoires pour enfants collection à lire ,
Les histoires pour enfants collection à jouer ,
Les histoires pour enfants collection à inventer .
Des tarifs compris entre entre 4.95euros et 9.50 euros
Quelques exemples d’ouvrages :
Adhi le petit porteur de soufre
(Histoire à jouer)
Auteur : Françoise Prêtre
Illustrateur : Laure du Faÿ
Lu par : Jean-Marco Montalto
ISBN : 978-2-36302-004-8
Antiproblemus veut sauver la terre
(Histoire à jouer)
Auteur : Patrice Quélard
Illustrateur : Romain Egea
Lu par : Pierre Scarella
ISBN : 978-2-36302-016-
Chabada
(Histoire à lire)
Auteur : Lionel Larchevêque
Illustrateur : Lionel Larchevêque
Lu par : Pierre Scarella
ISBN : 978-2-36302-006-2
Chacun cherche papy
(Histoire à inventer)
Auteur : Séverine Vidal
Illustrateur : Berengere Le Gall
Lu par : Cécile Givernet
ISBN : 978-2-36302-029-1
Animateur : Ivan Timsit
Conte du haut de mon crâne
(Histoire à jouer)
Auteur : Séverine Vidal
Illustrateur : Claire Fauché
Lu par : Cécile Givernet
ISBN : 978-2-36302-036-9
Dagobert et sa famille à...
(Histoire à lire)
Auteur : Ingrid Chabbert
Illustrateur : Emilie Michaud
Lu par : Jean-Marco Montalto
ISBN : 978-2-36302-040-6
Dans mon cœur
(Histoire à lire)
Auteur : Valérie Weishar Giuliani
Illustrateur : Nouchine Arbogast
Lu par : Jean-Marco Montalto
ISBN : 978-2-36302-012-3

En quête d’espace
(Histoire à inventer)
Auteur : Karine Gottot
Illustrateur : Maxim Cyr
Lu par : Jean-Marco Montalto
ISBN : 978-2-36302-033-8
Animateur : Farah Allegue
Je suis le nombril du monde
(Histoire à jouer)
Auteur : Séverine Vidal
Illustrateur : Flambi
Lu par : Pierre Scarella
ISBN : 978-2-36302-025-3
Animateur : Christèle Marty
La bulle d’Elodie
(Histoire à lire)
Auteur : Laetitia Etienne
Illustrateur : Emilie Dedieu
Lu par : Mélodie Brault
ISBN : 978-2-36302-021-5
Animateur : Ivan Timsit
Encore l'intuition. (spiritualité)
Par
Thierry LEDRU
Le 20/11/2011
L'intuition n'est pas une imagination capable de se projeter au-delà de l'instant mais une connaissance inexplicable dans l'immédiat et au-delà de cet instant.
L'imagination est une pensée qui sort de l'espace réel et espère parfois que cette réalité correspondra à ce qui est imaginé.
L'intuition n'est pas une pensée comme les autres étant donné qu'elle surgit dans un laps de temps qui n'offre même pas la possibilité d'observer cette pensée et d'en juger de la qualité, de la pertinence, de la justesse. L'intuition s'impose. Elle est spontanée. Elle survient dans une circonstance précise et n'a pas d'existence propre comme une pensée qui peut très bien se construire et durer sans aucune nécessité.
L'intuition répond à une nécessité. Pas l'imagination.
L'intuition n'est donc pas une pensée basique. Elle n'a pas de temps. Elle est sans passé, sans avenir, et s'écoule dans un battement de paupières. C'est un rappel au niveau conscient d'une connaissance inconsciente, une mise en lumière foudroyante de ce qui était dans l'obscurité. Elle survient comme un éclair mais peut durer dans certaines circonstances mais il semble dès lors qu'elle ait été remplacée par une pensée qui se l'attribue et la rationnalise.
Ce qui est stupéfiant, c'est de considérer que nous possédons par conséquent une opportunité de choix absolument inexplicable par la raison mais qui contient pourtant une justesse imparable. Il n'est pas question de hasard bien entendu. Celui-là n'est que le résidu édulcoré de notre incapacité à comprendre les phénomènes.
En septembre, j'ai été renversé par une voiture alors que j'arrivais en vélo à une priorité à droite, en bas d'une descente. L'automobiliste a forcé le passage, je n'avais aucune possibilité de l'éviter. Par contre, il était préférable que je ne passe pas sur le capot ou pire encore sous les roues. Tout va beaucoup trop vite pour que la pensée puisse entrer en action. J'ai bloqué les freins, dérapé de la roue arrière, braqué le guidon vers l'arrière de la voiture, heurté le coffre, passé par-dessus, pivoté en l'air, emporté par l'élan et je suis retombé sur le dos, tous les muscles bandés pour amortir au mieux le choc. J'avais un casque heureusement...Tout a tapé, le dos, la tête, les bras. Sonné. Pompiers, immobilisation, urgences, radios, minerve...J'ai réalisé trois jours plus tard qu'une molaire ne tenait plus. Elle était cassée au niveau des trois racines. Un vol plané de trois mètres d'après les gendarmes.
Et bien, je sais que je n'ai pensé à rien. Et j'ai pourtant choisi toutes les bonnes options.
Ou alors c'est que certaines pensées ne laissent aucune trace. Est-ce que l'intuition est une autre forme de pensées ? Une pensée sans l'influence de la raison. Une saisie immédiate de la réalité et des actes qui en découlent. Est-ce que cette pensée sans raison pourrait trouver sa source dans le corps lui-même ? Je n'ai pas eu le temps d'organiser intellectuellement une issue à cette situation. Tout s'est fait en moi sans que je n'intervienne par la raison, ni même de façon consciente par la pensée. On pourrait attribuer ces réactions spontanées à l'instinct de survie. Dans ce cas-là, je pense que ça convient effectivement.
L'instinct tout comme l'intuition peuvent survenir dans des situations de danger. Le dictionnaire ne fait habituellement aucune disticntion entre les deux. Il faudra que j'y revienne.
Mais il arrive aussi que nous ayons des intuitions dans des circonstances dénuées de tout risque. Ma princesse est par exemple très douée pour trouver un endroit précis en ville et pour ma part, c'est la même chose mais dans la nature. Un sentier caché derrière un amas de roches ou le cabinet médical au détour d'un parc d'enfants. Le genre de choses pour lesquelles on pourrait tourner en rond pendant une heure ou même ne jamais les trouver. Et bien, il y a parfois une intuition...Une étrange impression qui nous fait penser que c'est par là...
On pourrait parler de hasard si ça n'arrivait qu'une fois tous les dix ans. Pas quand ça se répète. Je ne crois pas au hasard.
Est-ce qu'il y a en nous une mémoire très profonde, liée à de multiples expériences de vie, et qui pourrait survenir de façon incosnciente et nous guider ? Ma princesse a longtemps vécu à Lyon et d'autres grandes villes et je cours dans les bois depuis mon enfance...Est-ce qu'il y a une mémoire ayant enregistré un nombre infini de situations similaires et dans lesquelles nous avons établi une connaissance insondable ?
Cela signifierait que les enfants ne disposeraient pas de cette intuition ou qu'elle serait infime. Et là, je sais bien qu'il n'en est rien.
Mais alors si cette intuition n'attend pas le nombre d'années pour se révéler, d'où vient-elle ?
C'est cela qui m'interpelle.
D'où vient-elle ?
Par
Thierry LEDRU
Le 20/11/2011
Parce que le Net est aussi un espace de promotion...
http://edites-solidaires.forumactif.com/
Par
Thierry LEDRU
Le 19/11/2011
« Izel est venu te parler, Jarwal. »
Kalén se tenait à ses côtés. Il ne l’avait pas entendu arriver. Toujours ce glissement furtif sur la terre, comme une délicatesse respectueuse.
« La chauve-souris de ton rêve, Jarwal. C’est Izel.
-Comment sais-tu que j’ai rêvé d’une chauve-souris Kalén ?
-Parce que j’ai rêvé de ton rêve. Je sais qu’il s’agit d’Izel. Ce sont ses yeux.
-Et que cherche-t-il à me dire ?
-Tu n’as pas besoin de ma réponse. Elle est déjà en toi. »
Cette incroyable plénitude intérieure de Kalén. Comme s’il avait déjà vécu des milliers d’années et usait d’une expérience incommensurable. Il n’en avait pas saisi la portée lorsque le jeune homme s’était présenté à lui dans sa forêt, lorsqu’il était venu réclamer son aide. Tout était là, toutes les images, toutes les paroles échangées, il s’en souvenait parfaitement. Jackmor l’avait reconnu, il avait été jeté dans une geôle, il y avait eu le combat, ce soldat qui l’avait frappé et puis ce vide en lui. Tout était là.
« Izel m’a expliqué, Jarwal, que la violence dont tu as été la victime est à l’image des dégâts que cette violence provoque chez tous les êtres humains. La violence les prive d’eux-mêmes en jetant sur leur conscience un voile sombre, comme si l’individu se retrouvait enfermé dans un espace clos dans lequel il n’existe plus réellement mais où il devient la victime de la violence, un être perdu, inquiet, tourmenté, torturé. Des désirs de vengeance, des douleurs insondables pour ce qui est perdu, des terreurs incontrôlables pour un avenir incertain, des remords, des regrets, des souffrances qui tournent en boucle et privent les individus de la plénitude de la Création. Celui qui est victime de la violence et ne parvient pas à s’en extraire, spirituellement, celui-là devient sa propre victime. La violence passée n’y est pour rien, c’est l’individu qui entretient le Mal. L’existence, elle-même, devient une épreuve quotidienne. Et la Vie est ignorée.
-Oui Izel, c’était exactement ça. J’étais égaré et en souffrance. Cette certitude que je n’étais plus moi parce que j’étais privé de mes connaissances alors que ça n’était que mon ego qui souffrait et non la Vie en moi. Comme si mon existence était primordiale au point d’en ignorer cette Vie. »
Un regard lointain sur les paysages offerts, le silence du Monde et la Paix immense. Les larmes encore qui coulent comme des résistances rompues.
« Et maintenant Kalén ? Que puis-je faire pour ton Peuple ?
-Rien Jarwal. Tu ne dois rien à mon Peuple. Tu ne dois rien à personne parce qu’il ne s’agit pas d’un devoir. C’est comme si tu avais une dette dont tu devais t’acquitter. Et dans ce cas-là, tes actes ne seraient pas désintéressés mais devraient contribuer à te libérer d’un poids que tu t’infliges toi-même. Si tu décides d’agir, fais-le pour la Vie que tu portes et non pour des raisons qui sont attachées à ton ego. Fais-le en honorant cette Création. »
Il n’était qu’un enfant au regard des paroles de Kalén. Et il remercia intérieurement la Vie de l’avoir plongé dans l’errance. Cette certitude désormais d’être ouvert comme un ciel infini, qu’il suffisait de rester impassible pendant les tempêtes ou les canicules interminables. Rien ne pouvait porter atteinte au ciel lui-même. Il serait toujours là. Les évènements ponctuels ne seraient jamais que des évènements et pas la Vie elle-même.
Il observa respectueusement les nuages gris qui glissaient sur l’océan céleste. Ils n’étaient que des pensées éphémères. Il appartenait à l’individu de ne pas maintenir leurs présences par des attachements temporels. Les laisser passer comme des situations momentanées. La leçon à saisir n’était pas contenue essentiellement dans la compréhension des actes menés ou des réactions provoquées mais dans l’effacement systématique des circonstances jusqu’au rétablissement de la plénitude. Le ciel ne disparaîtrait jamais. Mais l’ego pouvait l’assombrir par des nuages inventés.
Jarwal aperçut Gwendoline qui sortait de la Nuhé et s’approchait. Il l’observa avec un amour ineffable en lui. Elle était son soleil dans le ciel de son existence.
Par
Thierry LEDRU
Le 17/11/2011
La Raison n'est pas à rechercher dans le couple mais en soi à postériori. Le couple n'a pas pour mission de permettre aux individus de trouver la Raison en eux mais d'exploiter cette Raison qu'ils possèdent déjà. Il n'est de couple possible qu'au regard du travail intérieur que chacun aura mené au préalable et de l'osmose de ce travail individuel au sein du couple. Rien ne sera possible et encore moins durable si les deux individus ou même un seul considère que le couple a un objectif salutaire envers la maîtrise de ce Soi et l'usage de la Raison associée à la passion. Le risque est de voir sinon les individus prendre en otage la relation amoureuse en considérant que c'est au couple de les porter vers le haut. Comme si le couple représentait une troisième entité correspondant à un Maître. le Maître est en chacun et le couple est le calice qui reçoit ces deux entités éveillées. La passion dévorante s'installera si un des partenaires attend du couple l'enthousiasme et l'euphorie que l'individu n'a pas trouvé en lui dans son existence intime. De la même façon, la Raison deviendra une autorité asphyxiante si l'individu octroie à cette raison un pouvoir destiné à limiter les excès qu'il n'aura pas su apprivoiser au préalable. Le couple n'est pas un assemblage formateur mais un assemblage d'individus formés. C'est en tout cas ainsi que je le vis depuis longtemps, sans que la succession des jours ne soit jamais venue interférer sur la beauté du parcours.
Par
Thierry LEDRU
Le 16/11/2011
Le travail avait cessé à la tombée du jour. Les Kogis avaient réintégré leurs huttes. Les palissades cernaient désormais le village. Un malaise immense dans le cœur de chacun, une séparation douloureuse, un cordon sectionné. Les horizons fermés cloisonnaient les âmes.
Jarwal et Gwendoline avaient été invités dans la hutte centrale, la Nuhé qui accueillait les sages et tous les individus chargés d’assurer la cohésion du peuple, celles et ceux qui participaient aux discussions les plus essentielles avant d’en référer au reste de la tribu.
Nasta avait demandé à Jarwal de s’asseoir près de lui. D’autres Mamus avaient pris place à leurs côtés. Kalén s’était assis en face de Jarwal et traduisait les paroles de Nasta. A l’écart du groupe, deux femmes âgées expliquaient par gestes à Gwendoline comment tresser une mochilla. Elles souriaient constamment pour accompagner ses efforts.
Des flammes savamment entretenues diffusaient des parfums dansants de clarté, des arabesques joueuses qui dessinaient sur les visages des reliefs apaisés.
Malgré le poids des menaces, il flottait dans l’air une étrange plénitude.
« Vous n’avez pas l’air inquiets, annonça Jarwal. J’en suis étonné.
-Pour quelles raisons nous devrions être inquiets en cet instant ? Nous avons œuvré à la protection de notre peuple, la nuit est tombée, nous sommes réunis pour parler. La peur ne nous apporterait rien. Elle ne serait qu’une projection dans un avenir qui n’existe pas mais que nous imaginerions. Et cela ne changerait rien à la réalité. »
Kalén expliqua cet échange à Nasta et écouta sa réponse.
« Nasta dit que cette peur ou cette colère que tu fais naître en toi est la même que celle qui te tourmente pour ta mémoire. Les hommes pensent qu’il y a plein de peurs, la peur du noir, la peur des ennemis, la peur d’un animal sauvage, la peur d’un orage mais ce sont toutes les mêmes peurs. La peur n’existe pas en elle-même. Elle n’est que le résultat de l’incapacité des hommes à observer leurs émotions et ensuite à comprendre que cette peur est irréelle. Cette peur n’est réelle pour eux que parce que ces hommes ne sont pas dans la réalité. Celui qui n'est pas réel ne peut pas engendrer quelque chose de réel. Ces hommes sont perdus en eux. Toi, tu es perdu en toi parce que tu as peur de t’être perdu. Et cette peur t’empêche de retrouver ta réalité alors qu’elle est toujours là. »
Jarwal regarda Nasta. Un visage impassible et pourtant une lueur particulière dans les yeux, deux filaments étroits, une vibration qui le touchait, comme une intrusion intérieure, un lien indéfinissable, l’impression que Nasta voyageait en lui.
Le sage parla de nouveau.
Kalén expliqua.
« Nasta dit qu’il est temps que tu deviennes ce que tu es et que tu cesses d’être attaché à ce que tu crois être. Il veut que tu t’assois face à lui et que tu poses tes mains sur ses genoux. »
Jarwal se leva et vint se placer devant le vieil homme. Celui-ci prit délicatement une longue pipe en bois et la garnit d’Aruaca. Il embrasa les feuilles et souffla lentement la fumée sur le visage du lutin.
Jarwal ferma les yeux, intrigué par cette pratique qui lui paraissait peu respectueuse. Il abandonna aussitôt ses réticences sachant qu’il n’en était rien.
Lorsqu’il ouvrit les yeux, Nasta s’était approché de son visage, presqu’à le toucher. Il fut surpris de se trouver ainsi nez à nez avec le visage ridé mais l’intensité des yeux le figèrent aussitôt et il se sentit aspiré. Ou envahi. Il ne savait pas dans quel sens les choses se passaient. Comme une vague d’océan qui montait et se retirait, comme un balancement d’arbre dans la houle du vent, un aller-retour qui l’étourdissait, un mouvement lancinant qui finit par ressembler à une alternance respiratoire…
Inspiration, expiration, inspiration, expiration…
Une nouvelle bouffée de fumée sur le visage. Les yeux fermés.
Nasta entretenait ce balancement hypnotique pour instaurer un rituel bien précis. Il devait se laisser porter, abandonner ses craintes. Il se concentra sur la pression de ses mains sur les genoux du sage. Il sentait à travers le tissu la musculature sèche du vieil homme assis en tailleur. Une chaleur qui le surprit dans la paume de ses mains comme si de ce corps âgé émanait un rayonnement solaire.
Le balancement s’accentua encore et il eut l’impression que même son corps bougeait. Il s’aperçut qu’il n’entendait plus les discussions discrètes des femmes et de Gwendoline, qu’il n’entendait plus le crépitement du bois, qu’il n’entendait plus rien d’ailleurs. Il voulut ouvrir les yeux pour se relier à l’environnement disparu et n’y parvint pas. Une lourdeur de montagnes sur ses paupières.
Il sentit pourtant les mains de Nasta se poser sur sa tête, délicatement d’abord puis enserrer progressivement son crâne dans un étau.
C’est là que tout accéléra. Une plongée verticale en lui-même, une chute infinie au cœur d’un halo flamboyant.
Un courant de particules agitées l’entraînait vers l’abîme, il se surprit à sourire et sut que son visage ne bougeait pas, qu’il n’y avait aucun mouvement apparent mais que cette joie coulait en lui comme un ferment vital, il entendit des paroles à l’intérieur de son crâne, elles ne lui parvenaient pas par le canal habituel, ses oreilles ne fonctionnaient pas, les mots étaient en lui, à l’intérieur de son sang, dans les fibres de ses muscles, les mots couraient librement dans un espace immense, il tenta de les saisir au vol mais sans succès, comme si les paroles ne lui appartenaient pas, qu’il devait se contenter de les recevoir mais sans chercher à se les approprier, qu’il devait les vivre au lieu de vouloir les enfermer, que cette connaissance ne s’emprisonnait pas, elle s’honorait, elle se bénissait mais elle n’appartenait à personne, et personne ne pouvait se l’attribuer, personne n’en était propriétaire, je ne suis pas celui qui sait, c’est la connaissance qui sait où me trouver et la connaissance ne me sert pas à me constituer, je vis sans elle, la vie est en moi, la connaissance n’est qu’un habillage mais quand je suis nu, je ne suis pas mort, les mots qui parlaient à sa place, des paroles qui résonnaient en lui sans même qu’il y pense, il devinait étrangement, dans les méandres de son esprit, un observateur appliqué et respectueux, un être plein de compassion et de douceur, pas lui, pas l’individu qu’il avait connu et qu’il recherchait, c’était autre chose, quelqu’un d’autre, une autre forme de vie, toujours cette descente interminable dans un espace circulaire, des zébrures comme des éclairs d’orage, des crépitements d’étoiles, des flammèches comme des braises de résineux dans un brasier, des parois souples et colorées, défilant dans une vitesse indescriptible, des distances infinies parcourues sans aucun effort, sans aucun geste, sans aucune volonté, un courant puissant qui l’emportait, une joie ineffable dans ce voyage, un bonheur inconnu, comme une venue au monde dont on se souviendrait, il n’était pas celui qui sait ou qui ne sait plus, il était la vie en lui et elle ne se remplissait pas d’éléments extérieurs, elle ne dépendait pas de choses rapportées, il s’était identifié à son savoir jusqu’à en oublier qu’il était la vie en lui, il volait maintenant dans un espace translucide, comme au cœur d’un Océan de lumière, aucune peur, aucun désir, aucune volonté de se projeter plus loin, il était là, non pas ce Jarwal qu’il souffrait d’avoir perdu, qu’il étouffait sous des inquiétudes inutiles mais l’être sans nom, sans rôle, sans statut, l’être qui n’a pas brisé en lui le lien avec la Vie, il sentit qu’il tombait mais sans aucun désir de se rattraper, un envol vers les profondeurs, une légèreté infinie qui accentuait la chute, comme s’il n’avait plus de corps, plus d’attaches, plus de masse, plus d’enveloppe, même pas un parfum, même pas un regard, même pas un rayon de lumière, rien de connu, rien de visible, rien de saisissable et cette disparition des choses révélait enfin l’essentiel.
Absence.
Il reconnaissait très bien le grand hêtre de la mare. C’est là qu’il venait souvent s’asseoir avec Gwendoline. Il était seul cette fois. Il s’était allongé sous la ramure et observait le lent voyage des navires de pluie à travers la verdure. Il se laissait porter par la rumeur du vent dans les altitudes. Une douce somnolence. Il ne sut pas quand il ferma les yeux. Et puis elle apparut. Sans qu’il sache si elle était dans sa tête, si c’était un rêve ou s’il était réveillé. Il avait été surpris par ses arabesques autour du tronc et puis elle s’était accrochée à une branche basse, la tête en bas. Il n’avais jamais vu de chauve-souris aussi grosse. Il aurait encore moins imaginé un tel regard. Il s’était senti transpercé, visité, envahi. Aucune violence pourtant, l’impression même que l’animal lui souriait.
« Tu vois bien qu’il était inutile d’avoir peur. Tu n’es pas ce que tu crois, tu es ce que la vie est en toi. Laisse la vie te vivre, elle sait où elle va. Elle ne réclame pas de toi la perfection mais la plénitude. »
Il ouvrit les yeux. Il eut du mal à s’habituer à l’obscurité. Des résidus de feu psalmodiaient des murmures, quelques brises de lumières à demi éteintes. Il reconnut la hutte et tourna doucement la tête. Gwendoline dormait à ses côtés. Ils étaient tous les deux allongés sur une natte. Une toile de lin les couvrait. Il sentait la main de Gwendoline posée sur son avant-bras.
Une boule de larmes roula dans sa gorge et l’étouffa, comme un sanglot de nouveau-né, une première bouffée d’air.
Il était là.
Pas le Jarwal qu’il avait tant espéré retrouver mais la Vie en lui. Pas un personnage chargé de connaissances séculaires mais un être porteur de la Création, une de ses innombrables créations. Il était ce qu’il devait être et non ce qu’il avait cherché à devenir jusqu’à se perdre dans les méandres de sa prétention. Un nouveau-né vide de tout ce que l’existence apporte comme fardeaux, juste un nouveau-né.
Seule la Vie créait. Lui n’avait fait que se servir des matériaux créés par la Vie. Il n’avait rien inventé, rien découvert. Il avait usé de tout ce que la Vie offrait, il avait décelé une infime partie de tout ce qu’elle proposait, des échanges, des assemblages, des expérimentations mais rien de nouveau, juste des opportunités qu’il avait su saisir.
Il se leva difficilement, tituba jusqu’à la porte et sortit, aussi silencieusement que possible.
Il laissa couler les larmes en observant les étoiles.
La lune, cachée derrière les sommets, étendait des marées laiteuses sur les montagnes, des risées de paillettes cristallines.
Tout était là, en lui, toutes ses connaissances, toute son histoire, tous ses compagnons, ses aventures à travers les âges, toute sa mémoire était là, disponible, intacte mais il ne pleurait pas pour cette intégrité retrouvée.
Rien ne pouvait être plus beau que ce bonheur de la vie révélée.
Les paroles de la chauve-souris ne le quittaient plus. Pas un rêve mais une rencontre. Il en était persuadé sans savoir de qui il s’agissait. Pourquoi une chauve-souris ? Un animal nocturne. Il devait y avoir une explication, ça n’était pas un hasard. De l’obscurité jaillissait la lumière, l’ombre contenait la clarté. Il avait perdu la mémoire pour réaliser qu’il s’était perdu bien avant. Il avait fallu qu’il se retrouve nu comme au premier jour, vide de tout, jusqu’à son nom, jusqu’à la mémoire la plus profonde, qu’il soit privé de tout ce qui fabriquait en lui une image illusoire de la vie, pour saisir enfin que cette accumulation cachait l’essentiel. C’était là, sous ses yeux et en lui.
La Création.

