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Plasticité neuronale.

Par Le 30/01/2011

Vos neurones se remodèlent et se reconnectent en permanence jusqu’à la fin de votre vie

Par Patrice van Eersel

 

http://www.nouvellescles.com/Dossiers-thematiques/Autres-regards/votre-cerveau-n-a-pas-fini-de-vous/article/vos-neurones-se-remodelent-et-se

Voilà quelque temps qu’une expression circule : « plasticité neuronale ». Vous l’avez certainement déjà entendue, mais peut-être sans réaliser combien elle bouleverse notre vision du monde. Ce que démontrent les « neuroplasticiens », comme les appelle le neurologue américain Norman Doidge, c’est que l’image même que nous nous faisons de notre cerveau change sa structure. Autrement dit, en lisant cet article, vous modifierez vos neurones... Mais la modification sera encore plus importante si vous tombez amoureux !

Pour schématiser à l’extrême, on a aujourd’hui la preuve que quasiment n’importe quelle zone du cerveau est modelable, au prix d’efforts puissants mais accessibles, et que les zones corticales « spécialisées » dans telle ou telle fonction sensorielle (toucher, vision, audition...) ou motrice (commandant nos centaines de muscles...) peuvent se remplacer les unes les autres. Une plasticité vertigineuse. Certaines personnes fonctionnent avec seulement un demi-cerveau ! [1] D’autres avec 90% des liaisons entre néocortex et bulbe rachidien rompues ! Autrement dit, l’engin cosmique que nous portons dans notre boite crânienne est habité de potentialités infiniment plus étonnantes que tout ce qu’on avait pu imaginer de plus fou. Cela ouvre des perspectives faramineuses, pour développer des capacités inconnues, mais aussi pour « réparer » ceux qui souffrent de troubles psychiques et neuronaux, c’est à dire une foule de gens. Aujourd’hui, les lycéens apprennent la « triple plasticité du système nerveux ». En peu de temps, sous l’influence d’émotions, d’images, de pensées, d’actions diverses, peuvent se produire plusieurs phénomènes : 1°) vos neurones peuvent se développer (jusqu’à décupler leur taille) et multiplier leurs synapses (ou au contraire se ratatiner si vous ne faites rien) ; 2°) vos réseaux de neurones peuvent s’adapter à des nouvelles missions, jusqu’à remplacer un sens par un autre (la vue par le toucher, par exemple) ; 3°) enfin, l’ensemble de votre cerveau peut entièrement se réorganiser, par exemple à la suite d’un accident.

Mais savez-vous que, jusqu’aux années 70, l’expression même de « plasticité neuronale » était littéralement tabou chez les neurologues et les neuropsychiatres ? Parmi les nombreux livres qui, depuis quelque temps, racontent comment ce tabou a été renversé, le plus intéressant est sans doute celui de Norman Doidge, psychiatre de Toronto et chroniqueur au National Post canadien. Son livre, Les étonnants pouvoirs de transformation du cerveau [2] vous embarque dans une vraie saga. Fantastique et surtout stimulante, parce que les histoires qu’elle raconte reviennent finalement à dire que, si vous le voulez vraiment, vous pourrez garder un esprit élastique jusqu’à votre mort - même si vous dépassez cent ans. Cette élasticité dépendra essentiellement de deux données : votre goût pour le nouveau et votre capacité à l’empathie. Quant à tous ceux qui souffrent d’un handicap neuronal ou psychique, cette nouvelle vision représente pour eux une immense bouffée d’espoir.

L’incroyable intuition des frères Bach-y-Rita

Norman Doidge est un bon conteur. Il nous présente plusieurs personnages hors norme, grâce à qui ces réalités si longtemps méconnues nous sont devenues accessibles. Des personnages étonnamment modestes - ce qui n’est pas toujours le cas des grands champions en médecine. Le premier portrait de Doidge est celui d’un « médecin-ingénieur-bricoleur » américano-hispanique, du nom de Paul Bach-y-Rita. Un type absolument inattendu, habillé à la Charlot, et d’une convivialité exquise...

Tout commence vraiment en 1959, le jour où Pedro Bach-y-Rita, vieux poète et érudit catalan émigré aux États-Unis, se retrouve paralysé par un accident vasculaire cérébral (AVC). Le pronostic des spécialistes est rapide : rien à faire, il sera hémiplégique à vie et ses jours sont comptés. Le fils aîné de Pedro, George Bach-y-Rita, est un jeune psychiatre qui refuse de croire son père fichu. Une inspiration « délirante » (il ne connaît rien à la rééducation) lui dicte de considérer le paralytique comme un nouveau-né et de lui réapprendre tous les gestes à la base. Avec l’aide d’un ami et d’équipements bricolés, il va mettre le vieux monsieur à plat-ventre dans le jardin, pour le faire ramper, puis marcher à quatre pattes, sous les yeux des voisins choqués. Au bout d’un an d’exercices quotidiens acharnés, Pedro Bach-y-Rita jouera du piano, dansera et redonnera des cours à la faculté, à la stupeur des toubibs. Personne n’y comprend rien, pas plus George que les neurologues.

Pourtant, le fils cadet du « miraculé », Paul Bach-y-Rita, qui revient d’un long voyage et a suivi avec émerveillement l’achèvement de l’exploit de son frère et de son père, prononce un mot : neuroplasticité. Mais à l’époque, personne ne sait de quoi il parle. Paul est un génie touche-à-tout. Il a vécu dans dix pays, parle six langues, a étudié la médecine et la psychopharmacologie, et va bientôt se mettre à l’ingénierie biomédicale, ainsi qu’à la neurophysiologie de l’œil et du cortex visuel. Sa lecture transversale et hétérodoxe des données scientifiques disponibles (en particulier des expériences allemandes prouvant que le cortex visuel du chat est également sensible aux sensations tactiles) l’en a convaincu : notre système nerveux est une entité vivante infiniment plus modelable et élastique que ce que nous croyons. Quand son père meurt, six ans plus tard, de sa « belle » mort, Paul fait autopsier son cerveau et découvre cette chose stupéfiante : 97% des nerfs reliant son cortex cérébral à sa colonne vertébrale avaient été détruits par l’AVC. Il a donc vécu durant six ans avec 3% de connexions seulement - et c’est sur cette base que son fils George l’a rééduqué ! Mais les neurones correspondant à ces 3% se sont formidablement développés, pour remplir toutes les fonctions vitales - ce qui est strictement impossible en théorie.

Confirmé dans ses intuitions, Paul va se mettre à l’invention d’une machine incroyable : un fauteuil qui, par transformation d’images en impulsions électriques, permettra à des aveugles de voir par la peau ! Trente ans plus tard, ce fauteuil pesant deux tonnes est devenu un appareil minuscule qui, au lieu d’envoyer ses « pixels électriques » à tout le dos de la personne, lui irradie (très discrètement) la langue. Et de cette façon, l’aveugle « voit » avec sa bouche, suffisamment bien pour reconnaître la silhouette d’une actrice, ou éviter un ballon qu’on lui envoie dessus ! Des images « visuelles » arrivent donc à sa conscience à partir de son ressenti tactile.

Le premier article de Paul Bach-y-Rita dans la revue Nature date de 1967, mais il faudra attendre les années 1990 pour qu’il soit vraiment pris au sérieux. Il ne s’en est jamais vexé - les pionniers, souvent un peu mégalos, qui finissent paranoïaques parce que leur milieu les rejette, devraient prendre exemple sur lui ! Aujourd’hui vieux à son tour, Paul Bach-y-Rita dit en riant qu’il peut « relier n’importe quoi à n’importe quoi ». Par exemple, cas le plus simple, détourner quelques-uns des nombreux nerfs de la langue, pour redonner leur motricité à des parties « mortes » du visage de certains accidentés (dont le cerveau apprend que telle partie de leur langue est en fait leur joue). Longtemps, il a été considéré comme un farfelu. Les premiers à avoir cru en lui sont les centaines de personnes qui, sous sa conduite, ont retrouvé leur motricité, leur dextérité, leur équilibre, leur vie ! Certes, pour y parvenir, tous ont dû fournir des efforts colossaux, quotidiennement, pendant des mois, des années. Il faut franchement en vouloir (au moins autant que le vieux papa de ce génie) et ne pas se décourager devant la lenteur des progrès et l’apparente impossibilité de la tâche. Moyennant quoi, l’adaptabilité de notre système nerveux central dépasse l’entendement.

Désormais, les neurologues décrivent les « zones » de notre cerveau comme des « processus plastiques interconnectés », susceptibles de traiter des informations d’une diversité insoupçonnée. Certes, ces zones ne sont pas sans spécialisation : la Zone de Broca joue bien un rôle essentiel dans le langage, comme la Zone de Wernicke en joue un dans la vision. Mais ces spécificités ne sont pas aussi rigides et cloisonnées qu’on le pensait. En leur temps, au XIX° siècle, le Français Paul Broca et l’Allemand Carl Wernicke - et jusqu’à l’Américain Wilder Penfield, un siècle après eux - furent eux-mêmes des génies, d’avoir su localiser les zones corticales qui allaient porter leurs noms. Mais à leur suite, s’est développée une vision fondamentalement « localiste » du cerveau, avec des zones immuables, supposées être « câblées » comme des machines électriques, ce qui a rigidifié toute la neurologie. Si une zone était détruite, il n’y avait plus grand chose à faire... Et comme les disciples ont toujours tendance à ériger les idées de leurs maîtres en dogmes, la rigidité psycho-neurologique est devenue plus dure que du béton.

La tendance « localiste » a des fondements puissants. Nos réflexes les plus archaïques dépendent incontestablement de notre moelle épinière et de notre bulbe, et nos pulsions vitales de petites structures enfouies au centre de notre crâne, familièrement regroupées sous le terme de « cerveau reptilien ». Quant à notre énorme néocortex, qui enveloppe le tout, il est clair que, sans lui, nous n’aurions aucune des capacités humaines, réflexion, langage, discernement... Il n’empêche : découvrir que tout cela est infiniment souple et adaptable donne un formidable souffle nouveau à notre connaissance de nous-mêmes et à nos thérapies. Nos cent milliards de neurones et nos dix mille milliards de connexions synaptiques constituent une jungle grouillante, que nous pouvons influencer et « jardiner », jusqu’à en redessiner les structures de fond.

Le thérapeute mathématicien de la neuroplasticité

Un autre grand personnage de cette révolution est l’Américain Michael Mezernich. Lui aussi a l’intuition de la neuroplasticité dans les années 60, quand il est encore étudiant à l’université de Hopkins et qu’il suit avec passion les travaux de David Hubel et Torsten Wiesel, sur l’aire visuelle du cerveau (qui leur vaudront le prix Nobel de médecine, en 1981). Hubel et Wiesel prouvent que la spécialisation du cerveau n’est pas génétiquement à 100% prédéterminée et que tout se joue dans les premiers mois de la vie : un nouveau-né à qui l’on banderait les yeux pendant un an ne verrait jamais. La fonctionnalité cervicale se développe dans l’action. Mais pour eux, cette relative plasticité neuronale s’arrête ensuite. Une fois structurés, les réseaux de neurones le sont à jamais. Michal Mezernich va patiemment prouver le contraire : rien n’est jamais arrêté dans le cerveau...

Sa démonstration va essentiellement reposer sur des expériences écologiquement incorrectes - sur des singes - à l’aide de micro-électrodes (le super scanner de l’IRMf - imagerie à résonance magnétique nucléaire fonctionnelle - viendra plus tard confirmer les données). Pour faire bref, Mezernich démontre que les neurones se comportent comme des êtres à la fois indépendants et collectifs, en compétition les uns avec les autres et utilisant leurs réseaux pour « coloniser » tout territoire vacant. Ce n’est pas que les neurones puissent repousser (un adulte en perd vingt à trente mille par jour), mais leur taille, leur puissance et surtout leurs connections entre eux varient dans des proportions considérables. Si l’arrivée du nerf sensoriel du milieu de votre main est coupé, vous n’allez momentanément plus rien sentir de cette partie de votre corps. Puis une certaine sensibilité va peu à peu revenir. Pourquoi ? Parce que les nerfs des périphéries de votre main vont progressivement occuper l’espace neuronal ainsi neutralisé et remplir la fonction délaissée. Cette mobilité spontanée est permanente et peut s’avérer rapide : Mezernich découvre que nos aires cérébrales changent selon mois, les semaines, parfois les jours. Et il parvient à mathématiser une loi fondamentale du processus : « le temps sensoriel engendre l’espace neuronal ». Par exemple si, avec votre pouce, vous sentez systématiquement, dans l’ordre temporel, votre index, puis votre majeur, puis votre annulaire, les neurones correspondant à l’index, au majeur et à l’annulaire se rangeront spatialement dans cet ordre-là, à l’intérieur de votre cerveau.

Une logique globale règne sur l’ensemble : si l’on inverse les nerfs des pattes droite et gauche d’un singe, après une période de chaos, le cerveau du pauvre animal se rééduque de lui-même et rétablit le circuit dans le bon ordre !

Bref, Michael Mezernich brise le tabou et impose le mot « plasticité » en neurologie. Au point que le fameux Torsten Wiesel fera un geste rare : le prix Nobel reconnaîtra s’être trompé, adoubant en quelque sorte toute une nouvelle façon de penser. Une façon théorique, mais surtout thérapeutique. Car Mezernich va passer l’essentiel de son temps à développer une méthode, le Fast For Words, destinée aux personnes en difficulté, en particulier aux enfants présentant des déficiences verbales et mentales et aux seniors souffrant de maladies dégénératives. En suivant des exercices audiovisuels, d’abord très lents, puis de plus en plus rapides, des milliers de personnes vont ainsi mettre leur plasticité neuronale directement au service d’une rééducation et d’une guérison inespérées. En fait, les conseils essentiels de Michael Mezernich sont simples :

• ne jamais cesser d’apprendre, régulièrement, toute sa vie, des choses nouvelles, dans des disciplines nouvelles, de façons nouvelles ;

• se méfier des la pollution chimique... sonore ;

• ne pas se décourager devant la lenteur de la rééducation, qui avance par paliers ;

• comprendre que les médicaments neurochimiques peuvent aider, mais ne remplacent pas l’exercice ;

• éviter la tension, le diabète, le cholestérol ou le tabac, qui sont les ennemis de la plasticité neuronale ;

• aimer les aliments anti-oxydants (fruits, légumes, poissons), l’activité physique, le calme, la gentillesse, le rire et l’empathie, qui favorisent la plasticité.

Pourquoi la neuroplasticité change tout

Beaucoup de révolutionnaires de la première moitié du XX° siècle, qui avaient espéré « créer un homme nouveau », ont fini très pessimistes, après les horreurs auxquelles ils avaient assisté, tel Arthur Koestler, concluant ses dernières synthèses scientifiques [3], dans les années 60-70, par l’idée que l’humanité était vraisemblablement atteinte d’une « erreur de fabrication » irrémédiable. Pourquoi ? Notamment parce que notre néocortex, siège de la pensée, de la raison et du langage, fierté éblouissante de notre engeance et nouveauté absolue sous le firmament, entrait inexorablement en court-circuit avec nos cerveaux archaïques, sièges de nos pulsions vitales, égoïstes et sauvages. Entre les deux, il n’y avait finalement pas de médiation possible - quoi qu’aient pu tenter la psychanalyse et la psychiatrie. Et cela dégénèrerait donc toujours en catastrophe, jusqu’à l’hécatombe terminale.

Ces désabusés n’avaient pas forcément tort. Sauf sur un point. Essentiel. Leur défaitisme reposait entièrement sur la vision d’un cerveau fixe, sinon immuable, du moins ne pouvant se transformer qu’à très long terme, à l’échelle darwinienne de dizaines ou de centaines de milliers d’années d’évolution. Mouvement trop lent pour faire face aux métamorphoses fulgurantes de la civilisation. Or, ce que nous apprenons, un demi-siècle plus tard, contredit cette vision dans des proportions si ahurissantes, qu’il faut véritablement s’accrocher à son fauteuil, pour oser intégrer ce que ces nouvelles découvertes nous disent. Une mutation autocontrôlée de l’être humain est neuronalement possible. Cette mutation doit se dérouler à la fois sur les plans individuel et collectif, car nos cerveaux sont fondamentalement bâtis pour être reliés à d’autres cerveaux. Sans cela, ils ne pourraient même pas s’édifier. C’est là l’objet du second grand article de notre dossier.

Fichez leur la paix !

Par Le 30/01/2011

C'est quand même fou cette volonté d'influer sur le cours des peuples.

 

http://desyeuxpourvoir.blogspot.com/2011/01/ny-allez-pas-vous-netes-pas-les.html

 

Les Alakalufs auraient préféré ne jamais rencontrer les Blancs, ni personne d'autre d'ailleurs. Ils sont tous morts.

 

http://www.moncelon.com/alakalufs.htm

 

Et malgré ces extinctions répétées, le monde moderne continue à poser ses pieds et la mort, là où il n'est pas invité.

 

Il y a sans doute quelques milliardaires qui attendent avec impatience l'extinction des Sentinelles pour racheter l'île au gouvernement...Un hôtel de luxe sur la plage des derniers sauvages, ça serait un beau slogan touristique...

 

Allez- y, tirez vos flèches, découpez en rondelles la viande des envahisseurs. Pas de prisonniers, pas de concession.

 

 

 

Culture de l'émotion

Par Le 27/01/2011

Notre époque moderne semble marquée par une recherche de ce que M. Lacroix nomme « l’émotion choc ». Cette boulimie de sensations fortes et immédiates provoque une sur stimulation au détriment de « l’émotion contemplation », héritée de l’époque romantique, qui, elle, conduit à la métabolisation des sentiments.


«Une émotion s’appauvrit d’une part quand elle se réduit à de l’excitation et d’autre part quand elle abolit la communication avec autrui. Or le danger qui menace la sensibilité d’aujourd’hui est précisément la dérive vers une émotion à la fois survoltée et déconnectée d’autrui, artificielle et égocentrée. » (Lacroix, 1999, p. 107).


Cet auteur remarque que ces deux cultures de l’émotion génèrent un rapport au monde très différent.

Dans « l’émotion choc », la primauté est donnée à l’action, elle est utile par sa capacité de déclencher une réaction rapide, en particulier en cas de danger, elle a vocation d’adaptation et de survie. Elle s’inscrit dans l’instant, « elle éclate dans une sorte de fulguration » (ibid., p. 120), elle se nourrit de la variété et suit un rythme accéléré, elle laisse le souvenir d’un plaisir fulgurant mais qui le lendemain peut se révéler amer.


« L’émotion sentiment » s’inscrit, elle, dans la durée, elle a besoin du temps pour s’approfondir, elle implique une présence au monde qui demande de la disponibilité, elle renaît à chaque évocation et vient enrichir la vie intérieure.

 

«Alors que «  l’émotion choc » aide à survivre dans le monde, « l’émotion contemplation » permet de jouir de la saveur du monde. La première est l’instrument du corps agissant, la seconde est liée au cœur réceptif.»

 


 

Pour ma part, je me heurte de plus en plus à cette société de « l’émotion choc », jusque dans ma classe. Et j’en suis immensément fatigué.

 

Les élèves ne supportent plus le temps nécessaire à la construction  d’une émotion contemplation, à cette construction progressive d’un bonheur durable. Ils sautent d’une situation fugace à une autre, de la même façon qu’ils zappent ou changent de jeu vidéo…Juste une espèce d’addiction destructrice. Il leur faut leur dose dans l’immédiat…Un choc émotionnel comme un trip.

 

Je n’ai plus ma place dans ce milieu-là.

 

Il faut que je m’en aille.  Je ne veux pas cautionner par mon engagement un système de valeurs qui me révolte. Et je n’ai plus envie de lutter pour des enfants qui n’entendent plus rien. Je ne suis pas un « people », je n’ai aucun pouvoir. Ce métier est mort. Je suis entré dans cette voie de l’enseignement parce que j’avais un respect immense, inconditionnel pour mon maître de CM2. Qu’est-ce qui reste de cette « aura » du maître ? Nous n’existons plus dans ce monde-là. Notre parole n’a aucune valeur parce que les valeurs aujourd’hui sont des valeurs marchandes. Un « people » qui gagne de l’argent mérite d’être écouté, envié, copié. Qu’est-ce qu’un instituteur face à ce pouvoir de l’argent ? Un porteur de paroles ? Et alors ? Personne n’écoute.

 

Ce monde est au service de l’émotion choc. Elle n’est pas inutile. Je cours aussi après dans une descente à skis. Mais je n’ai pas oublié pour autant de m’extasier devant le paysage. Et j’aurais même auparavant gravi la pente, lentement, le souffle court. Une émotion choc qui m’appartient pleinement. Je ne serais pas en manque lorsque celle-ci s’essoufflera. Il me restera le bonheur de savoir la produire.

Je n’ai pas de dealer.

 

Et je ne veux pas faire de ma classe un centre pour toxicomanes.

 

Je vais écrire. Cette émotion-là est longue à construire.    


 

Le dernier épisode

Par Le 23/01/2011

de Jarwal le lutin. Le numéro 20...

Il ne s'agira plus de raconter le passé de l'humanité mais d'aller voir son futur. On sera en 2050.

 

http://www.ubest1.com/index.php?option=com_seyret&Itemid=27&task=commentaire&nom_idaka=26468&anarana=video&ecrit=BlueMan&puboff=1

 

Disparition quasi totale de la haute technologie. Ca va être passionnant tout ça. J'espère que je serai encore là quand ça arrivera. Ca va envoyer du lourd :)

 

Bon, au travail, j'ai encore 18 épisodes à écrire...

Reçu.

Par Le 19/01/2011

Laura Mare m'a appelé pour me dire que "Jarwal le lutin" sera publié pour une sortie en mai de cette année.

 

Très heureux.

 

J'en suis à l'écriture du deuxième tome. Des heures d'écriture depuis le début de l'année. Un immense bonheur dans ce travail.

 

J'ai même fini par délaisser la montagne...Elle sera toujours là de toute façon. Mais mes idées et l'euphorie d'écriture sont des choses fluctuantes. je me dois de les saisir au vol.

 

Bien à vous.

Indignez-vous.

Par Le 02/01/2011

" La notion d’hypocrisie est importante pour voir comment les gouvernements et peut-être aussi les grandes entreprises disent tendre vers les droits et l’égalité, vers un progrès de l’économie qui bénéficierait à tous et notamment aux plus pauvres. En réalité, ils s’arrangent pour garder le pouvoir même si ce pouvoir ne répond pas aux besoins des citoyens. Elles veulent également conserver l’emprise économique même si les résultats ne bénéficient qu’à une petite élite, celle que Susan George (présidente d’honneur d’Attac – NDLR) appelle «la classe de Davos», c’est-à-dire les possédants. Nous vivons encore dans un monde où les possédants ont encore droit à tous les bénéfices et où les possédés ne savent pas suffisamment résister."

 

STEPHANE HESSEL "Indignez-vous."

Le progrès

Par Le 01/01/2011

Alors, donc, voilà...J'ai fini l'écriture de "Jarwal le lutin" et le thème principal est "le progrès".

 

L'histoire commence de nos jours. Marine, Rémi et Léo, frères et soeurs, sont infiniment amoureux de la Nature. Ils passent des heures à marcher en montagne, à jouer dans les forêts, au bord des ruisseaux, à observer les animaux. Leurs parents les ont entraînés depuis leur petite enfance dans les lieux les plus sauvages, d'éblouissantes balades, à toutes saisons.

Marine, la grande soeur, a développé une certaine philosophie de la vie, une observation critique du monde adulte, un regard lucide. Ses deux frères, attachés aux mêmes valeurs, nourris par les mêmes exigences, portent en eux la même idée de respect envers la Vie.

 

Ils sont abordés un jour par un lutin, Jarwal.

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CHAPITRE 2

"Ils arrivèrent au bord du petit Lac vert. Une eau immobile posée dans un écrin de pierres plates et de blocs erratiques, comme des galets monumentaux jetés adroitement par des montagnes espiègles. Ils s’assirent au bord de l’étendue miroitante et sortirent chacun une pomme. Devant eux se dressait comme un pilier céleste le sommet de la Grande Montagne, une masse pyramidale sculptée habilement par des millénaires d’érosion, ils devinaient partant vers l’est le sentier menant au Col de l’Alpette. Arrivés là, il resterait les longues courbes ascendantes menant au sommet, des marches taillées par le ruissellement et les éboulis et le final rocheux dans le labyrinthe des grandes dalles empilées et polies.

« C’est quand même marrant que les pommes qu’on mange à la maison ne sont jamais aussi bonnes que celles qu’on mange ici, s’étonna Rémi.

-Ah, oui, c’est vrai ça, enchaîna Léo. Celle-là, je la déguste au moins.

- C’est surtout qu’on l’a bien méritée, alors on l’apprécie à sa juste valeur, ajouta Marine.

-C’est tout à fait ça, » renchérit une voix inconnue. 

 

Ils se retournèrent et sursautèrent tous les trois. Comme un seul homme, Rémi et Léo vinrent se réfugier près de leur sœur.

Debout au sommet d’un bloc aussi rond qu’une tête de nouveau-né se tenait un petit être extraordinaire, coiffé d’un large chapeau vert aux bords écornés. Il ne devait pas mesurer plus d’un mètre. Un long manteau gris éculé descendait jusqu’aux pieds mais laissait apparaître des chaussures au bout arrondi. Un sac de peau en bandoulière, un nez renflé comme une bonbonne, un ventre proéminent, des joues rosées encadrant des yeux malicieux, des sourcils épais comme des buissons, une peau tannée par les ans.

L’individu souleva son chapeau et libéra une chevelure exubérante.

 

« Bonjour chers amis, je suis Jarwal le lutin. »

Une voix étrangement posée, grave et profonde comme un gouffre. Sur un visage aussi rieur, l’effet était percutant.

« Je vous attendais et j’espérais ce moment depuis longtemps déjà.

-Comment savais-tu que nous viendrions ici ?

-Je le savais, c’est tout.

-Et pourquoi dis-tu que tu espérais ça depuis longtemps ?

-Il fallait que je vous parle. Aujourd’hui, c’était l’occasion rêvée. »

 

Les trois enfants restaient serrés, nullement rassurés par cette apparition irréelle.

 

« N’ayez pas peur de moi chers enfants. Je sais que mon apparition est brutale et que vous n’êtes pas habitués à croiser des lutins tous les jours. 

-C’est sûr », pensa Rémi secrètement.

 

Léo essayait de reconnaître un de ses copains sous un fabuleux déguisement.

Rémi se demandait comment cet étrange individu avait pu apparaître aussi soudainement, sans qu’ils n’aient rien entendu.

 

« Qu’est-ce que vous nous voulez ? interrogea Marine qui s’efforçait de retrouver son calme.

-J’ai besoin de vous parler. C’est même bien plus qu’un besoin, c’est vital.

-Est-ce que vous êtes armés ?

-Non, Marine, ne t’inquiète pas. Tu tiens très bien ton rôle de grande sœur mais je t’assure que vous ne risquez rien. Je ne vous veux aucun mal, bien au contraire. Je vous connais depuis longtemps et je vous aime beaucoup.

-On ne t’a jamais vu pourtant ? Comment c’est possible que tu nous connaisses ? s’insurgea Rémi qui tenait à montrer son courage.

-Tu t’appelles Rémi, tu as dix ans. Tu adores le ski, tu aimes les histoires d’aventures.

-Et moi ?

-Tu es Léo, tu as huit ans, tu es dans la classe de ton papa qui est instituteur. Tu adores l’escalade et les voyages, comme ton grand frère d’ailleurs. Et Marine, votre grande sœur a douze ans. Elle adore la nature, les livres, les légendes. Mais, ça serait très long que je raconte tout ce que je sais de vous. Il a fallu que je vous observe pendant longtemps avant de savoir si vous pouviez être les Elus.

-Les Elus ? Qu’est-ce que c’est que ça ?

-Chère Marine, je vais descendre auprès de vous trois vous expliquer tout ça.

-Non, ne bouge pas de là-haut, lança-t-elle fermement. Ouvre d’abord ton manteau et montre l’intérieur de ton sac. Je veux être certaine que tu n’as pas un couteau ou une autre arme avant de t’approcher. »

 

Le lutin obtempéra immédiatement en souriant. Il délaça une cordelette usagée et ouvrit son manteau. Il n’y avait qu’un ventre dodu couvert par une chemisette rapiécée. Il prit son sac et y plongea la main. Il en sortit un volumineux ouvrage.

« Voilà le Livre, celui pour lequel je suis là. »

 

Les trois enfants furent surpris qu’un livre aussi gros tienne dans un aussi petit sac sans même qu’il en dépasse ou ne déforme la peau. Comme si la musette n’avait pas de fond…

 

« Bien, tu peux descendre Jarwal, annonça Marine.

-Merci, chère enfant. »

 

Le lutin fit un bond prodigieux accompagné d’une pirouette et retomba souplement sur ses pieds devant le trio éberlué.

« Wouah, comment tu as fait ça, trop génial ! lança Léo.

-Je savais que ça te plairait l’acrobate, tu es très fort également, je t’ai vu grimper sur les rochers et aux arbres. Tu es très adroit aussi. Et Rémi n’est pas à plaindre non plus.

-Tu dis que tu nous as vus et nous on ne t’a jamais vu. Comment est-ce possible ? demanda Marine.

-Beaucoup de choses sont possibles Marine. Sauf celles qu’on juge impossibles. Ce sont nos pensées qui construisent la réalité. Mais j’aimerais vous parler de moi. Vous avez le droit d’en savoir davantage et ainsi vous ne vous sentirez plus en position d’insécurité car c’est ça qui vous gêne pour l’instant. »

 

Le lutin s’assit en tailleur devant les trois enfants, il plongea la main dans son sac et en sortit une petite bourse.

 

« Je peux t’emprunter ta gourde Rémi s’il te plaît ?

-Oui, acquiesça le garçon.

-Ceci est du sel, » expliqua-t-il en déposant une pincée sur sa langue. Il plongea une main dans son sac et en ressortit une timbale cabossée.

Le lutin déposa un nuage de grains dans le récipient et le montra aux enfants.

« Vous voyez, le sel est bien là, au fond. »

Il remplit la timbale avec l’eau de la gourde.

« L’eau est visible mais plus le sel. Et pourtant, il est là mais il s’est dissous. Et bien, il en est de même avec la vie. On voit ses formes et je sais que vous aimez celles de la nature, on voit que son imagination est incommensurable mais tout cela n’est qu’une infime parcelle de la réalité. L’essentiel n’est pas visible car il est dissous dans les formes. C’est l’énergie fondatrice. Sans elle, il n’y aurait aucune forme. Si je suis à vos côtés, c’est parce que je sais que vous êtes capables de comprendre ça. Non pas avec votre tête mais avec votre âme. Avec votre amour de la vie. Parce que vous êtes des cœurs purs. Des âmes qui ne se sont pas égarées. Tu parlais tout à l’heure des aveuglés Marine. Et bien, vous n’en faites pas partie. »

 

Un silence interrogatif. Des réflexions secrètes au cœur de chacun. Marine scrutait le visage de Jarwal. Les yeux brillaient de malice et en même temps, du visage, émanait une infinie sagesse, une connaissance immense. Elle n’arrivait pas à lui donner d’âge.

 

« J’ai 835 ans Marine, si je parle selon votre notion du temps. »

 

Marine se demanda s’il lisait dans les pensées.

 

« 835 ans ! reprit Léo, estomaqué.

-C’est impossible, répliqua Rémi aussitôt.

-Je ne suis pas de votre monde les enfants. Et je n’ai pas la même mission à mener. Celle-ci réclame une durée de vie extensible. Mais, voilà mon histoire. Assez de mystères. Je suis le Gardien du Livre. Celui qui doit veiller sur la vie des êtres du Petit Peuple, les lutins, les gnomes, les elfes, les fées, les korrigans mais également sur la Nature. Et ce Petit Peuple est en péril tout comme la Nature. Ce que les hommes ont nommé le progrès représente finalement une menace redoutable. Mon rôle est de trouver des êtres prêts à changer de voie en espérant qu’ils parviendront à toucher leurs semblables.

-Et c’est à nous que tu as pensé ? C’est nous que tu as choisis ?

-Oui Marine, vous et d’autres enfants à travers le monde.

-Et que devons-nous faire ? demanda Rémi, intrigué.

-Juste écouter ce que j’ai à vous dire. Maintenir la vie du Petit Peuple en leur offrant une place dans votre esprit. Aimer la Nature pour que votre engagement et votre attitude serve de modèle.

-Mais on est que des enfants nous ? On ne peut pas faire ça ? objecta Léo qui n’en perdait pas une miette.

-Un enfant est un adulte en devenir et nous savons, tous mes amis et les Grands Sages, que l’avenir de ce monde est entre les mains des enfants. Non pas qu’ils doivent entrer en lutte contre les adultes d’aujourd’hui mais ils doivent ne pas devenir les mêmes adultes. Et il est très difficile de ne pas suivre les modèles les plus puissants. Vous, les enfants, êtes des proies très fragiles. Les adultes le savent d’ailleurs et s’en servent.

-Nos parents ne sont pas de mauvais adultes, contesta Rémi.

-Je le sais Rémi et c’est aussi une des raisons de mon choix. Vos parents vous ont déjà lancés sur une voie différente. Vous ne faites pas partie de la masse aveuglée. D’autres enfants à travers le monde ont cette chance. C’est vous tous que nous avons pour mission de contacter.

-Tu n’es pas tout seul dans cette mission alors ?

-Non Marine, nous sommes très nombreux. Mais nous devons rester discrets et prudents. Je suis par contre le seul gardien du Livre.

-Pourquoi vous ne parlez pas à tout le monde ?

-Parce que nous serions pourchassés Léo. Regarde les peuples minoritaires qui peuplent encore cette planète, ceux qui sont encore en contact avec la Nature, ceux qui l’aiment et la respectent. Ils sont parqués, humiliés, exterminés par des moyens plus ou moins légaux. Beaucoup ont même déjà totalement disparu. Nous ne sommes même pas des humains. Nous serions des ennemis à abattre. Notre message ne correspond absolument pas aux projets et aux objectifs de la majorité des hommes aujourd’hui. Surtout des hommes les plus puissants. C’est pour cela que nous avons décidé de nous adresser aux enfants. 

-Est-ce que nous avons la possibilité de refuser ?

-Bien entendu Marine. Vous êtes totalement libres et je vous assure que cela ne comporte aucun danger. Il s’agit juste d’écouter une histoire.

-Je ne vois pas en quoi ça pourrait sauver le Petit Peuple, s’étonna Rémi.

-C’est parce que je ne vous ai pas encore tout expliqué. »

 

Le lutin posa le grand livre devant lui, cérémonieusement, avec une infinie précaution, comme s’il manipulait un trésor inestimable. La couverture en cuir épais portait des inscriptions soignées, des calligraphies minutieusement taillées, des dessins en relief, creusés dans la matière, un titre imposant.

« Le Livre. »

Marine n’en avait jamais entendu parler, elle n’avait jamais rien lu sur cet ouvrage mystérieux.

Jarwal ouvrit le livre par la fin. Il tourna lentement les pages, lissant amoureusement le papier granuleux avant de prendre la page précédente. Chaque feuille était blanche, vide. Du visage du lutin émanait une tristesse insondable. 

Les enfants ne comprenaient pas. Quel était l’intérêt d’un livre sans histoires ?

A chaque page, ils espéraient voir apparaître quelques lignes, un dessin…Mais le lutin continuait son douloureux égrenage de pages blanches, vides, ternes sans oublier de caresser religieusement chaque étendue dévoilée avant de continuer. Il arriva enfin vers la moitié de l’ouvrage et les trois enfants virent apparaître quelques mots, une demie ligne, quelques esquisses de phrases, hachées, coupées, comme gommées par endroits, une respiration de moribond, puis les pages se remplirent davantage, les mots prirent un rythme régulier, des dessins apparurent, des calligraphies sur les bords, puis des couleurs égayèrent l’ensemble.

Le visage du lutin avait changé, une esquisse de sourire, moins de douleur au fond des yeux, un regard attendri comme s’il veillait un nouveau-né.

 

« Voilà le drame de ma longue vie. »

 

Le lutin ferma le livre et tourna vers les enfants la couverture enluminée.

 

« Le Livre contenait toutes les vies de mes compagnons, toutes les aventures, les légendes, les contes, les épopées, tous les adversaires les plus redoutables de la vie elle-même. Même les êtres mauvais sont nécessaires pour que se révèlent les êtres bons. Les épreuves proposées par les adversaires sont des opportunités de développement. Mais un ennemi plus impitoyable que tous les rivaux que j’ai connus a pris le pouvoir et a condamné Le Livre à l’effacement.

-Qui est cet ennemi ? demanda Marine, interloquée.

-Le progrès. »

Le mot tomba comme un couperet de guillotine. Les yeux du lutin se chargèrent de colère.

« Le progrès qui a conduit les humains à quitter la Nature et à oublier le Petit Peuple. Le goût immodéré de la possession comme une source de vie, la soif de pouvoir, pas nécessairement sur les autres mais cette idée stupide que l’accumulation de technologies donne ce pouvoir. Posséder puis jeter pour posséder encore, le dernier objet à la mode, s’enrichir et posséder encore, travailler d’arrache pied pour accumuler et s’enrichir, prendre du pouvoir en arguant de ses possessions. Cette existence moderne est devenue une aberration. A posséder des choses matérielles l’individu se dépossède de lui-même. Il s’emprisonne dans ses désirs et pire encore dans la peur de tout perdre. Il appartient lui-même à ce qu’il croit posséder. Et dans ce marasme coloré de lumières électriques le Petit Peuple dépérit.

-Mais pourquoi ?

-Parce que le Petit Peuple, Rémi, n’existe plus dans l’esprit des humains. Et qu’il ne peut rester en vie qu’en étant porté par l’amour qu’il reçoit. Nous n’existons que dans l’accompagnement des humains. Nous sommes victimes de son oubli. Et nous disparaissons inexorablement.

-Tu veux dire que les pages sont devenues blanches ?

-Oui Léo, c’est exactement ça. Et le Mal remonte vers la source, sans aucune rémission, les histoires s’effacent les unes après les autres, l’Oubli ronge les mots, tous les êtres des forêts s’épuisent, dévorés eux-mêmes par cette indifférence des humains qui courent sans répit vers leur perte.

-Tu as parlé d’une mission. De quoi s’agit-il précisément ?

-Je vois que tu ne te laisses pas entraîner aveuglément Marine. C’est une très grande qualité. Le Conseil des Grands Sages a décidé lors d’une ultime réunion d’accepter l’idée que nous devions entrer directement en contact avec les humains, que nous devions quitter nos refuges pour demander de l’aide et faire prendre conscience aux humains de l’urgence de la situation. C’est une décision qui allait à l’encontre de toutes nos traditions, de nos règles les plus ancestrales. Nous n’avons jamais contacté les humains. Ce sont eux parfois qui sont venus à notre rencontre, autrefois, il y a très longtemps, à l’époque du roi Arthur par exemple.

-Arthur et les chevaliers de la Table Ronde ? demanda aussitôt Léo qui connaissait toute cette épopée.

-Oui, effectivement. Arthur était un grand homme, très respectueux du Petit Peuple.

-Tu as connu le roi Arthur ?

-Non, Rémi. Je suis un être très âgé mais pas autant.

- Et que venons-nous faire dans cette histoire Jarwal ?

-Chère Marine, les Sages ont dit que seuls certains enfants pouvaient nous aider. Pour les adultes, le Mal est fait, c’est irrémédiable. Comme une épidémie qu’on ne peut plus enrayer. Ils se contaminent les uns les autres, sans aucun discernement, jusqu’à être heureux d’être frappés par le Mal. Il ne reste que les enfants, certains enfants. Vous avez été choisis à la suite des nombreux comptes-rendus que j’ai faits devant les Grands Sages. Je suis près de vous depuis la naissance de Léo. Sans jamais me montrer.

-Comment est-ce possible ?

-C’est très simple Rémi. Vous ne pouviez pas me voir étant donné que pour vous, je n’existais pas. Lé réalité n’est que ce que votre conscience a construit à travers les sens ou la raison. Sauf que tout ça est très restrictif et que vous manquez l’essentiel.

-C’est quoi l’essentiel ?

-Le sel dans l’eau, Marine. »

 

Un sourire sur le visage du lutin. Le silence des trois enfants qui cherchaient à comprendre.

« La vie n’est pas dans les formes, c’est ça ? Cette réalité des formes n’est pas la réalité essentielle.

-Très bien Marine, tu apprends vite.

-J’ai rien compris, avoua Léo.

-Moi non plus, ajouta Rémi.

- Vous pensez que ce que vous voyez, les fleurs, les arbres, les animaux, les montagnes, que tout ça est réel, que c’est la réalité, qu’il n’y a aucun doute à avoir. Oui, ces images sont réelles mais ça n’est pas la réalité essentielle. Ce qui importe, c’est de parvenir à comprendre que la vie dans toutes ces formes est unique, qu’elle est une énergie identique, quelles que soient les formes que la Nature a créées.

- Mais les montagnes ne sont pas vivantes ? contesta Rémi.

- Pas vivantes au même titre que les animaux ou les arbres, c’est certain. Mais elles existent bien pourtant. Qu’est-ce qui les constitue ? C’est dans cette réponse que se trouve la réalité. L’unique réalité.

- Les atomes ? proposa Marine, perplexe.

- Oui, Marine, c’est cela. Mais là encore, nous ne sommes qu’à une étape du chemin. Il existe un nombre incalculable de questions dans cet espace d’énergie, des univers infinis de découvertes à saisir. Mais nous aurons le temps d’en reparler une autre fois. Je l’espère.

- Et que prévois-tu dans l’immédiat ?

- Une réponse de votre part Marine. Vous trois, car je sais que vous êtes indissociables.

- Et quelle est la question ? interrogea Rémi, impatient.

- Acceptez-vous d’écouter la première histoire du Livre ?

- J’ai besoin de bien comprendre ce qui se passe d’abord, Jarwal. Pourquoi ces pages sont-elles blanches ?

-Pourquoi êtes-vous seuls ici Marine ? Pourquoi n’avez-vous pas d’amis avec vous ?

-Personne ne veut venir en montagne, ça n’intéresse pas les autres enfants. Ils disent même qu’on est nul à rester dehors comme ça, eux ils restent chez eux et ils jouent avec des ordinateurs ou des playstation. C’est des bidules complètement nuls.

-Oui, je sais ce que c’est Rémi, j’ai vu ça dans les maisons, tous ces enfants qui vivent des aventures dans un écran et qui ne comprennent pas que leurs vies sont aussi virtuelles que tous ces personnages dessinés. C’est une illusion qui les tue à petit feu. Et nous avec. Le Mal s’est découvert un allié redoutable, un magicien sans scrupule. Certains hommes sont à son service parce qu’ils y trouvent une richesse matérielle qui les comble de bonheur. Même si pour cela, ils participent à l’aveuglement de millions et de millions d’enfants. C’est une course sans fin, les dégâts sont effroyables mais personne ne s’en aperçoit. Chaque année, un nouveau subterfuge remplace l’ancien, il faut entretenir le désir de posséder, il ne faut pas que les gens se lassent, il risquerait de se réveiller, cette manipulation est gigantesque, planétaire, plus personne ne la contrôle, les gens la nourrissent et s’en nourrissent même si c’est un poison.

-C’est comme une drogue alors !

-Oui, Léo, c’est exactement ça. Mais elle ne doit pas faire mourir sinon il n’y aurait plus de clients.

-Et qu’est-ce qu’il y a dans ce Livre de si important ?

-Une autre voie, une autre façon de comprendre la Vie. Il ne s’agit pas d’abandonner le Progrès mais de savoir l’utiliser en toute conscience. Nous aussi, le Petit Peuple, nous avons toujours cherché à progresser. Dans la connaissance et l'utilisation des plantes par exemple. C’est un phénomène naturel mais il ne faut jamais laisser le Progrès devenir le maître.  

Le Livre est un antidote, un remède universel, une voie de sagesse. Toutes ces histoires ne sont pas que des confrontations de sorciers et de lutins, de fées et d’êtres mauvais, elles sont avant tout des leçons de vie, pour que l’existence des hommes ne s’égare pas.

-Depuis quand ces histoires ont-elles commencé à s’effacer ?

-Depuis que les enfants ne lisent plus, Rémi. Plus assez en tout cas pour que la force de l’Amour puisse résister à la violence inépuisable de l’indifférence et de l’Oubli.

-Et tu penses que si on t’écoute, ces histoires vont réapparaître ?

-Non Léo, ça ne sera pas suffisant. Votre mission, si vous l’acceptez, sera d’une autre ampleur. Il faudrait que vous deveniez des porte-parole, que vous propagiez ces histoires, que vous soyez des relais. Je vous les raconterais, sans que personne ne connaisse jamais mon existence, puis vous serviriez de diffuseurs.

-Et si personne ne nous écoute ? Quelles seront les conséquences pour nous ?

-Rien, Léo, vous ne risquez absolument rien.

-C’est faux Jarwal, tu n’es pas honnête en disant cela.

-Pourquoi Marine ?

-Parce que nous nous sentirons coupables. Si nous échouons, nous serons responsables de la fin du Livre.

-Effectivement Marine, tu as raison, mais les Grands Sages y ont pensé. J’allais vous le préciser. Ils ont décidé qu’en cas d’échec, tous les lutins comme moi, auront comme dernière mission d’effacer de la mémoire des Elus toutes traces de nos contacts. Il n’en restera rien.

-Comment est-ce possible ? Tu ne peux pas entrer dans ma mémoire ! contesta Léo. C’est comme si tu me disais que tu pouvais m’emmener faire un tour au-dessus des montagnes.

-Mais c’est tout à fait possible Léo. »

 

Le lutin s’approcha, tendit l’index vers le front de Léo qui loucha sur le doigt tendu. Soudain, au moment où le doigt toucha la peau, la dernière phalange s’illumina. Léo eut un mouvement de recul et Rémi se prépara à sauter sur le lutin.

« Ne crains rien Léo, laisse moi faire et ferme les yeux. Tu ne risques rien. »

Léo se figea, bouche ouverte, et écarta soudainement les bras comme s’il avait des ailes.

« C’est beau n’est-ce pas ? Regarde dessous toi, ces glaciers et ces sommets, ce monde entier est une merveille sans fin. Tu le sais déjà mais les découvertes à venir, tu ne peux même pas les imaginer. Ah, voilà la Belle Etoile, tu la reconnais ? On voit bien la croix au sommet. Et là, cette belle pierre plate sur laquelle tu avais mangé ton casse-croûte la première fois que tu es monté là-haut en famille. Tout est là, en toi, ça n’est pas moi qui te fais voyager, c’est ton esprit, je t’aide juste à voir ce que tu portes. »

Jarwal écarta enfin son doigt du front, la lumière disparut. Léo ouvrit les yeux, regarda Marine et Rémi puis le lutin. 

« Qu’est-ce que tu as vu ? demanda Rémi, impatient, raconte !

-Je…J’ai…C’était…, » bredouilla Léo.

L’enfant n’était pas là encore, les yeux dans le vague, brillants d’une lumière d’étoile, il errait, émerveillé, dans des paysages intérieurs.

« Raconte, allez, où t’es allé ?

-J’étais au-dessus des glaciers, je volais, c’était tout bleu comme la mer. La lune éclairait tous les sommets. La neige brillait comme avec des diamants. Je voyais tout partout sans bouger les yeux. J’étais dans le ciel, j’ai volé ! lança l’enfant qui réalisait peu à peu l’extraordinaire expérience.

Marine regardait le lutin qui souriait malicieusement.

« Ne t’inquiète pas Marine, je n’ai fait que catalyser les désirs et les rêves de Léo. Ces images étaient déjà en lui mais floues et dispersées. Je lui ai juste permis de réunir l’ensemble et de construire son voyage. Il ne se serait rien passé si Léo n’avait pas déjà possédé ces images en lui. Je ne suis pas un magicien mais un catalyseur d’énergie, comme un concentrateur si tu préfères. Toi qui lis tous les jours, tu connais déjà cette puissance de l’esprit, de l’imaginaire, de la pensée. Tu penses que tout ça est immatériel et ne peut pas être atteint d’une quelconque façon mais c’est une erreur. Les pensées sont des formes d’énergie qu’il est possible de maîtriser. Tu as déjà voyagé ainsi et Eclair, ton beau cheval, est un compagnon fidèle.

-Tu…Tu connais Eclair ?

 -Tu y penses si fort Marine, il suffit d’écouter.

-Tu sais lire dans les pensées ?

-Non, cela, c’est de la sorcellerie. Moi, je reçois les vibrations des gens passionnés. Ceux-là sont si vivants qu’il suffit des les approcher pour sentir leurs ondes et visualiser leurs pensées. C’est comme un parfum qui voyagerait de nez en nez. Les pensées sont comme des odeurs. Invisibles mais matérielles. Il suffit de savoir respirer, humer, écouter avec son esprit. Il vous est sûrement déjà arrivé de vous apercevoir tous les trois que vous pensiez à la même chose au même moment. Vous aviez mis cela sur le compte du hasard et vous en avez ri alors qu’il s’agissait de pensées voyageuses. Vous avez la sensibilité, vous avez le Vrai Regard.

-Le Vrai Regard ? Qu’est-ce que c’est que ça ?

-Ah, ah, Rémi, tu ne te laisses pas entraîner tête baissée, tu es collé au sol comme ce rocher, enraciné comme un chêne. Pas du genre à succomber au premier mirage. C’est très bien, très bien. J’ai besoin d’un compagnon solide comme toi et j’espère que nous serons amis. Pour répondre à ta question, je dirais que…

-Le Vrai Regard, coupa Marine, c’est celui que je vous apprends chaque jour. Une pierre n’est pas qu’une pierre, elle est le corps de la Terre, le vent n’est pas que le vent, il est le souffle de la Terre, la pluie est son sang,

-Et les arbres sont des poils par lesquels elle transpire, ajouta Rémi.

-Vous voyez que je ne me suis pas trompé, vous êtes les Elus, lança le lutin, rayonnant. Je n’ai pas grand-chose à vous apprendre. Juste vous faire prendre conscience de votre potentiel. Tout est déjà en vous.

-Que devons-nous faire alors ?

-Rien d’autre, Marine, que d’écouter mes histoires et ensuite les transmettre.

-Mais ton livre ne contient que quelques pages, reprit Marine. Dans une heure, tout est fini.

-Le Livre n’est que le support des mots, je suis le Gardien. Celui qui connaît les histoires. Ma mission est de trouver les Elus et de leur raconter. Qu’ils deviennent ensuite des Passeurs. Le Livre s’écrira alors et tous les personnages retrouveront vie. Ils échapperont à l’Oubli. Il ne reste effectivement plus qu’une seule histoire dans le Livre. Elle résiste encore parce qu’elle est la Source. Toute l’énergie du Petit Peuple la soutient depuis des millénaires.

-Et que se passera-t-il si nous ne parvenons pas à transmettre ces histoires, à montrer le Vrai Regard ? Nous ne sommes que des enfants, intervint Rémi.

-Pour vous, il n’arrivera rien. Les Grands Sages ne veulent créer aucune douleur chez les Humains. Nous n’avons aucune colère en nous. Si vous refusiez de m’écouter, je disparaîtrais et vous oublieriez tout de cette rencontre, elle ne ferait plus partie de votre réalité, il n’en resterait en vous que l’esquisse d’un rêve, jusqu’à ce qu’il s’efface totalement. Quant à votre capacité à transmettre le Vrai Regard, il vous suffira d’être confiants en votre force. »

Léo, encore émerveillé de son fabuleux voyage, attendait le début de l’histoire. Rémi, pour sa part, adorait l’aventure et Jarwal semblait en connaître à foison. Marine sentait vibrer en elle une énergie inconnue, comme une sève qui la grandissait et la poussait vers la lumière.

 

« Qu’est-ce que vous en pensez les garçons ?

-Pour moi, c’est oui, lança immédiatement Léo.

-Pareil, » enchaîna Rémi.

 

Marine regarda le lutin. Intensément. Elle sentait son cœur cogner comme les pas d’un mammouth. Elle avait toujours entraînés ces deux frères dans des histoires mystérieuses où le rêve devenait réalité mais cette fois, c’était plus vrai que vrai. Elle tentait de démêler l’écheveau de ses pensées. Elle ferma les yeux très fort et les rouvrit. Jarwal était toujours là, les fixant de ses yeux lumineux. Ses deux frères attendaient la décision de leur grande sœur. Ils lui obéiraient sans contestation.

Elle respira un grand coup. L’impression de sauter dans le vide.

 

« Bien Jarwal, nous allons écouter ton histoire. »

Le lutin fit une pirouette sur lui-même et retomba sur ses pieds.

« Ah, ah, t’es trop fort ! s’esclaffa Léo.

-Merci, les enfants, mille mercis, du fond du cœur et de tous les cœurs du Petit Peuple. »

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Voilà donc le fond de l'histoire. Les hommes sont devenus les proies du Progrès qu'ils entretiennent et développent. Le Petit Peuple doit lutter pour sa survie comme l'humanité finira d'ailleurs, un jour, par lutter pour la sienne. La disparition du Petit Peuple est le phénomène précurseur de notre décrépitude.

Que s'est-il passé pour en arriver là?

Jarwal est le témoin de cette déchéance, de cette voie pernicieuse. Marine, Rémi et Léo vont devenir les récepteurs de l'histoire de l'humanité avant de tenter d'en changer le cours... 

 

Je pars donc dans une histoire très longue...Une succession d'épisodes.

 

Le deuxième prend forme dans ma tête.

 

Le premier est parti chez l'éditeur.

Musique

Par Le 01/01/2011

Il y a des jours où le "hasard" est un fin limier. Je cherchais un nouveau compositeur, musique mélodieuse, fluide, profonde...J'errais de page en page sur youtube et je finis par tomber sur ça...

http://www.youtube.com/watch?v=tokf95lCTrM&feature=related

 

Je me laisse embarquer...J'écoute un deuxième morceau...Puis un autre et je finis par tomber sur cette page.

 

http://soundcloud.com/theinituition/tracks?page=1

 

Et là, je me dis que le hasard me connaît très bien.