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  • Eric Julien et les Kogis

     

    J'ai déjà maintes fois écrit sur les Indiens Kogis. Et je continue à m'y intéresser.

    Eric Julien les connaît très bien. 

    Et c'est passionnant. 

     

  • Assis sur un billot

    Aujourd'hui, j'ai fendu du bois. Un forestier du secteur me donne des ronds de bois irréguliers, ceux qu'il coupe à l'extrémité des troncs pour faire des bûches régulières. Ces ronds, il ne les vend pas, il les entasse. Je lui ai donc demandé si je pouvais les récupérer et il était ravi. Moi aussi. J'en suis à environ trois stères et comme c'est à trois cents mètres de la maison, c'est encore mieux. 

    Donc, j'explose ces ronds à grands coups de merlin et je les range comme si je faisais un tétris :) 

    Et du coup, je pense, pendant des heures, au rythme de gestes répétitifs : prendre le rond, le poser sur le billot, prendre le merlin, armer et frapper, ramasser les éclats, les mettre dans la brouette et quand la brouette est pleine, je les empile.

    Quatre heures de suite. Pas besoin d'aller soulever des haltères pour entretenir les bras.  

    J'ai les écouteurs du MP3 sur les oreilles. J'adore les musiques de Max Richter. Elles me parlent, elles me stimulent, elle m'électrisent, elles m'apaisent, elles m'émerveillent.

    Il m'arrive régulièrement de m'arrêter, je pose tout, je m'assois sur le billot, je regarde les arbres, le potager, la prairie où je suis, le ciel, les herbes, une buse dans le ciel puis je ferme les yeux. Et j'écoute vraiment, en dedans et  je vois mon sang dans mon corps, le flux qui coule et le coeur qui bat, la pompe de vie, j'écoute l'énergie, sans un geste sinon celui de ma poitrine. C'est là, souvent, que les pensées prennent une direction précise, c'est dans ces moments-là qu'une exploration s'engage, un cheminement que je ne quitte plus. 

    Aujourd'hui est revenu "l'ego encapsulé" comme un diable sorti de sa boîte, une évidence. Je dois continuer à autopsier cette entité.

    Le modèle du moi le plus commun est celui du moi individuel, séparé et distinct du monde. C'est un paradigme extrêmement puissant et tous les schémas de pensées qui en résultent conditionnent notre rapport aux autres et à la Terre. Le philosophe Alan Watts a surnommé cela "l'ego encapsulé de peau" (skin-encapsulated ego).

    Ce qui est à l'intérieur de la peau est moi, ce qui est en dehors d'elle n'est pas moi.

    Toutes nos expériences, nos perceptions, nos rapports, nos relations sont générées par ce paradigme et nous modelons la réalité en conséquence. Nous transformons en fait la réalité puisque nous n'en percevons que la partie inhérente à cette façon de penser et de vivre. Il est dès lors quasiment impossible dans le cadre d'une vie formatée de sortir de cette enceinte et de s'offrir de nouveaux horizons. Nous n'avons même pas conscience qu'il puisse exister une autre réalité, ou plutôt une extension de la réalité.

    J'ai pris concience de cette entité lorsque je courais Là-Haut, dans les montagnes, il y a des années de cela. Mais je n'avais pas de nom à lui donner. C'était juste une intuition. C'est l'antagonisme entre les journées de travail et les journées de montagne qui mettaient en exergue cette ultime différence entre l'être social et l'être spirituel, entre le "moi" identifié, reconnu, intégré et le "Soi" innommé, inconnu et désintégré.

    Le moi existe, il ne s'agit pas de le nier, c'est une réalité mais il n'est pas une entité fermée.

    Elle a été fermée.

    Le paradigme le plus développé a pris le pas sur toutes autres formes de perceptions. On peut bien entendu se demander ce qui a poussé l'être humain à une telle diminution de sa perception...Un égocentrisme surpuissant peut-être lié à sa fragilité originelle. Le besoin de se sauver au cœur d'une Nature insoumise. C’est là que j’entrevois les caractères ancestraux. Le goût du pouvoir sans doute également. Prendre la place du chef à la place du chef. Et le chef se doit d'être le Maître du monde pour recevoir l'adhésion du groupe. La Nature en devenant l'ennemi à dominer offrait un piédestal à ce goût du pouvoir... Juste des hypothèses bien entendu... On ne peut pas résumer une évolution aussi considérable en deux ou trois idées.

    Mais ce qui est essentiel, c'est d'accepter l'idée qu'un paradigme n'est qu'une méta théorie, non pas une "méta réalité", ni encore moins le Réel. Il est donc toujours possible de changer de théorie, il suffit de changer de regard... L'intellect suivra. Et fondera une autre théorie. La théorie n'a pas d'existence propre, elle est créée par un raisonnement. Effaçons le raisonnement ou changeons-le et la théorie se transforme, rien n'est figé.

    L'ego encapsulé. Une force d'inertie redoutable. Le pouvoir ne peut pas tomber de cette façon. C'est insupportable. Le chef doit résister pour préserver son statut…L'évidence avec la situation actuelle, sociale, économique et politique. 

    Nous sommes sans cesse, générations après générations, dans la même situation. Les scientifiques ont bien évidemment « raison » puisque toutes les preuves qu'ils ont apportées correspondaient aux recherches qu'ils menaient. On trouve ce qu'on cherche, c'est une évidence. Et puisqu'on l'a trouvé, c'est que c'était juste... Pour trouver autre chose, il faut aller chercher ailleurs. Mais là, les scientifiques courent le risque de ne pas être subventionnés, de perdre leur poste, de ne pas voir publier leurs recherches ou de ne même pas obtenir les fonds pour les mener à terme.

    « Un homme passant dans une rue voit un individu affairer à chercher quelque chose au sol, sous la lumière d’un lampadaire. Il s’approche.

    -Vous avez perdu quelque chose ?

    -Oui, j’ai perdu mes clés de voiture. »

    Il décide de l’aider mais au bout d’un moment, il s’arrête.

    -Vous êtes certain de les avoir perdues ici, sous ce lampadaire ?

    -Ah, non, pas du tout, je les ai perdues, là-bas, un peu plus loin mais il n’y a pas de lampadaire, c’est tout noir alors je les cherche ici… »

    La science…Diffcile aujourd'hui d'en avoir une pleine confiance. A qui obéit-elle ? A qui est-elle soumise ? De qui dépend-elle ?

    Les scientifiques sont-ils sous l'emprise d'un ego encapsulé ou oeuvrent-ils dans une totale liberté de conscience ? Se pose bien entendu la notion de "conflits d'intérêt"...


    Comment sortir de ce moi encapsulé ? Il faut déjà en prendre conscience… Réellement et pas dans un espace intellectuel.

    Comment s’y prendre ?

    Comment parvenir à concilier nos vies « modernes » avec un attachement à la quête spirituelle ?

    Comment préserver les enfants du paradigme totalitaire ?

    Comment éveiller en eux une dimension spirituelle étant donné qu’elle est la seule démarche permettant d’envisager une évolution verticale ?

    L’extension de l’homme s’est faite sur un plan horizontal, environnemental. Même la démarche scientifique répond à une intention de pouvoir. L’altruisme est une utopie morte.

    La démarche spirituelle propose une extension verticale à ceux qui parviendront à plonger dans leurs propres abysses.

    La futilité n’est pas de mise dans cette exploration.

    Mais la futilité est l’arme du pouvoir dans le monde horizontal. La futilité incite à ne rien comprendre et à s’en réjouir. Le pouvoir accorde une importance considérable au développement de la futilité. Il y met des moyens gigantesques.

    Les enfants adopteront donc le paradigme de leurs parents, de leurs enseignants, de leur société. Ils n’y comprendront rien mais ils lutteront de toutes leurs forces pour le préserver. Parce qu'en eux a été insérée la domination de l'ego encapsulé. 

    Un héritage maudit qui viendra persuader les adultes de leur santé mentale…Nous ne sommes pas fous puisque nous sommes des milliards à fonctionner pareillement…Les fous sont dans des asiles…

    Non, ils sont dehors…

    La norme est une abomination qui réconforte. Une norme qui conduit l'humanité à vivre sous domination et à exercer une telle pression sur le monde vivant qu'elle en arrive à creuser sa tombe. On me dira que c'est exagéré. Evidemment puisque l'ego a forcément raison. Il serait insupportable que l'ego s'observe lui-même comme une entité néfaste.

    On nous parle d'économie en oubliant que le terme contient l'idée inverse du gaspillage. Savoir économiser, ne pas gaspiller, ne pas dilapider, ne prendre que le nécessaire et si possible le restituer ou en tout cas agir de façon à ce que l'extraction ne soit pas une dévastation. 

    L'humanité des egos encapsulés est une armée en marche.

    La nature est le lieu des combats.

    Serons-nous un jour assez lucides pour cesser la guerre en nous ? Car c'est en nous que nous luttons. Entre le moi et le Soi, entre l'avoir et l'être, entre l'envie et le contentement.

    Apprendre à se contenter du nécessaire vital. 

    Etre assis sur un billot et regarder les nuages, écouter le vent et le chant des oiseaux ou le silence de l'hiver, écouter le sang qui coule dans les veines.

    Parfois, je reste assis longtemps. 

     

     

  • Fizakan-tena : formations pour l'autonomie

     

    Alexandre est un ami. J'ai une totale confiance dans ses compétences tout autant que dans son engagement. 

    Il vient de créer son site et je tenais à le présenter ici.

    Les thèmes sur lesquels Alexandre travaille ont évidemment leur place sur ce blog : l'autonomie et tout ce qui en découle.

     

     

    FIZAKAN-TENA

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    – Conseils et Formations en Autonomie énergétique et alimentaire –

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    Bienvenue sur Fizakan-tena !

    Vous cherchez des conseils ou une formation pour atteindre l’autonomie énergétique ou alimentaire… ou bien les deux ! Alors vous êtes au bon endroit.

    Si l’autonomie est séduisante de prime abord par rapport à ce que certains blogueurs ou youtubeurs peuvent montrer, en pratique, tout ceci demande un nombre très important de savoir-faire et de connaissances juridiques. Mais soyez rassurés…

    … je suis là pour vous !

     

    Articles

     

    « L’autonomie énergétique est-elle écologique ? »

     

    L’autonomie énergétique est la chose la plus compliquée. Non pas parce qu’il suffit de remplacer un réseau public nucléaire par…

    Lire la suite… 

    13 janvier 2022

     

     


    « Être autonome, ok, mais je ne sais pas – ou peu – bricoler… »

     

    Être autonome, c’est apprendre en permanence. Apprendre les plantes, leurs interactions, la biodiversité, la technique énergétique, les techniques de construction…

    Lire la suite… 

    13 janvier 2022

     

     


    « Boire de l’eau de pluie… ce n’est pas dangereux ?? »

    Brisons dès à présent une idée reçue : l’eau de pluie est potabilisable !! Et relativement facilement. L’eau se trouve…

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    13 janvier 2022

     

     

     

     


    « Autonome en eau… c’est possible ?? »

     

    L’eau, nous le savons, est l’élément principal de la vie. Que ce soit pour les végétaux, pour les animaux ou…

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    13 janvier 2022

     

     

     

     


    « Pourquoi devenir autonome en alimentation alors que je n’ai qu’à acheter mes produits grâce à ma rémunération ? »

     

    Lorsque nous travaillons, c’est pour avoir une rémunération et celle-ci nous permet d’acheter notamment de la nourriture. Mais cette nourriture…

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    13 janvier 2022

     

     

     


    « Autonomiste, c’est quoi ?? »

     

    Comme on peut s’en douter, dans le mot « Autonomiste », il y a celui d’autonomie. Être autonome veut simplement dire :…

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    13 janvier 2022

     

     

     

     

    Pour en savoir un peu plus…

    A propos

     

    Alexandre FARDEL-AROZARENA,

    Technicien et juriste passionné par l’autonomie.


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  • Pillage des forêts

    D'après les gens du secteur, il n'y a jamais eu autant de coupes rases dans les forêts de la Creuse et de la Corrèze. Un désastre absolu. Des terrains ravagés. Et on pourrait parler de l'absence totale de remise en état. 

    Alors quand le président, les ministres et autres grands décideurs du GVT, celui-ci comme les précédents, se mettent à parler de leur attention envers la biodiversité, la nature, le climat etc etc, j'ai juste envie de leur coller deux baffes, un bel aller-retour avec de l'élan. 

     

    « Nous avons financé le reboisement des forêts françaises pour se faire piller par l’étranger »

     

    « On s’estime complètement délaissés par les gestionnaires de forêt, qu’ils soient publics ou privés. Comme toutes les autres, notre scierie a contribué via cette taxation au reboisement et à l’entretien des massifs forestiers. Cela a permis de reboiser le Morvan et le Vercors avec succès, qui sont actuellement totalement dépouillés par l’étranger, tandis que nous sommes obligés de fermer pour au moins un an. Nous sommes très inquiets pour l’avenir des forêts françaises. » confie Fabrice Foulon pour La Relève et La Peste

    6 janvier 2022 - Laurie Debove

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    Générations, notre nouveau livre qui marque dans le temps l’esprit d’une génération qui se bat pour préserver notre monde

    - Thème : Changements climatiques, répression policière, inégalités, agroécologie, politique, féminisme, nature…
    - Format : 290 pages
    - Impression : France

     

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    Après plus d’un siècle d’existence, la scierie familiale française Foulon a fermé le 31 décembre 2021. En cause : l’appétit gargantuesque d’acheteurs étrangers, Chine et Etats-Unis en tête, et l’apathie des pouvoirs publics français et européens qui permettent tout au nom du libre-échange, malgré les menaces que fait peser la situation sur la filière bois et les forêts françaises. Deux ans après l’aggravation du phénomène, les acteurs français continuent de lancer l’alerte auprès des décideurs.

    Le siphonnage du bois français à l’international

    Avec 17 millions d’hectares de forêt, couvrant 31% du territoire, la France est à la tête de la 3ème plus grande surface forestière d’Europe. La forêt française est composée aux deux tiers de feuillus répartis sur le territoire, mais aussi de 3,2 millions d’ha de résineux et 1,8 Mha de zones mixtes. La France reste le pays du chêne par excellence avec 5,5 Mha soit 41 % de sa surface forestière.

    La France est ainsi le 3e producteur mondial de chêne et le premier en Europe.

    2021 a été une année record pour l’export de bois français non transformé, appelé grumes, avec plus de 30% de la récolte de chêne ayant quitté le sol français sans aucune transformation ni valeur ajoutée. Même situation pour les résineux, avec 276 499 m3 de résineux français parti en Chine directement de la forêt française sans aucune transformation, soit + 66% par rapport à 2020.

    Si cette situation n’est pas nouvelle, elle a été aggravée par plusieurs facteurs depuis le début de la crise Covid. Ainsi, la Russie, grand producteur de chêne, a décidé de stopper ses exportations vers l’Asie, tandis que la Chine a imposé un moratoire pour protéger ses forêts durant 100 ans, devenant dépendante des approvisionnements extérieurs. Un arbre sur trois coupé en France part désormais en Chine. 

    Enfin, la vague d’ouragans et d’incendies qui a frappé les Etats-Unis en 2020 a généré une demande exceptionnelle en bois. Les importations du Canada ayant été surtaxées par Donald Trump il y a trois ans, les acheteurs américains se sont alors tournés vers les Européens et participent à la surenchère des prix du bois.

    Résultat, 90% des scieries françaises de chênes n’ont plus assez de moyens pour assurer leurs besoins annuels en bois, mettant en péril la filière en France.

    Parmi ces acteurs rudement éprouvés, Fabrice Foulon, 35 ans, a été contraint de fermer la scierie familiale créée en 1910 dans le Pas-de-Calais. La scierie a vu la hêtraie historique devenir une forêt de résineux, plus résistants. Depuis sa création, elle choisit de travailler du bois noble, non-traité, pour éviter les substances toxiques et cancérigènes. Au plus fort de leur activité, ils étaient une quarantaine d’employés dans les années 1950, contre seulement deux aujourd’hui.

    La Scierie Foulon

    « Depuis 5 ans, la pression s’est accentuée de manière intense sur les scieries françaises. C’est devenu une horreur depuis la fin du premier confinement car le phénomène s’est accentué, les scieries françaises ne sont même plus consultées lors des coupes de bois. Nous sommes incapables de trouver du pin douglas actuellement car les coupes partent directement aux chinois. Lors d’un weekend début novembre dans la Loire, j’ai été halluciné de voir des forêts de chênes autrefois monstrueuses, plantées dans les années 1500 grâce à François Ier pour la marine navale et la construction, ayant drastiquement diminuées et continuant d’être siphonnées. Cela rejoint le souci qu’on a rencontré lorsque Notre-Dame de Paris a brûlé, les chênes actuels sont sans commune mesure avec la majestuosité des arbres de l’époque. » témoigne Fabrice Foulon pour La Relève et La Peste

    En cessant d’exploiter ses forêts, la Chine a mis les bouchées doubles pour combler sa propre demande. Elle envoie des containers par centaines qui sont remplis par du bois français non transformé, puis directement renvoyés dans le pays.

    « Toutes les essences d’arbres sont touchées par la situation. Il y a aussi beaucoup d’export de résineux. Le million de mètre cubes exporté en un an a été dépassé. C’est une hérésie totale d’un point de vue écologique : si on exporte, mieux vaut exporter des produits finis que des produits bruts. Il faut 3 containers pour des grumes contre 1 seul container pour des sciages sur la même quantité d’arbres, et 3 containers de sciages pour 1 seul de parquet. C’est un gâchis écologique total. » détaille Nicolas Douzain, porte-parole de la FNB, pour La Relève et La Peste

    Crédit : Canopée Forêts Vivantes

    L’apathie des pouvoirs publics

    Le cas de la Scierie Foulon est représentatif de l’ensemble de la filière. En milieu d’année 2021, une pétition lancée par la FNB, la fédération nationale du bois, demandait que les grumes de chêne ne soient plus exportés massivement. Malgré un succès énorme au sein de l’opinion publique et des médias, elle n’a pas été suivie d’effets par les pouvoirs publics.

    « La pétition a eu un retentissement beaucoup plus fort qu’on ne l’imaginait car elle a fait le tour de l’Europe. Des pays de l’Est se l’ont approprié et l’ont développé : Pologne, Allemagne, Pays-Bas. Elle a atterri sur la table de la Commission Européenne, en mesure d’imposer des restrictions sur les exportations de grumes. Seulement, la Commission Européenne n’est pas encline à faire quoi que ce soit par dogmatisme. Les équipes de la CE ont un logiciel du libre-échange bien ancré qu’ils ne souhaitent pas remettre en cause, mais il ne faut pas être le dindon de la farce. On détient une ressource rare dans le monde, un chêne de qualité supérieure qui représente 70% de la production européenne. Ce n’est pas une essence répandue dans tous les pays du monde, mais un produit de luxe. La France a demandé le déclenchement d’une clause de sauvegarde auprès de l’UE mais il ne s’est rien passé : la France n’a pas le pouvoir de légiférer elle-même sans feu vert de l’UE. » explique Nicolas Douzain, porte-parole de la FNB, pour La Relève et La Peste

    En 2015, l’Etat français a tout de même mis en place un Label UE garantissant une première transformation en Europe pour le bois issu des forêts publiques. Les arbres issus des forêts publiques (domaniales et communales) ne sont donc pas exportés bruts en Chine.

    Cependant, 75% de la forêt française appartient à des propriétaires privés, qui restent libres de vendre leur bois au plus offrant.

    « On souhaite que les aides financières de l’Etat soient conditionnées par l’engagement dans ce label. L’idée fait son chemin mais n’est pas encore mise en place. C’est la seule solution opérationnelle dont dispose l’Etat français, d’autant plus qu’avec le plan de relance beaucoup d’argent a été fléché pour la forêt, et c’est dans l’intérêt de la nation. » détaille Nicolas Douzain, porte-parole de la FNB, pour La Relève et La Peste

    Si les coopératives forestières ont largement bénéficié des 150 millions d’euros du plan de relance, la situation est plutôt inversée pour les scieries de l’Hexagone. Elles ont contribué au reboisement des forêts françaises pendant des décennies en finançant le Fonds Forestier National avec une taxe sur le bois de 4,7%, mis en place par le Comité de la Libération au sortir de la Deuxième Guerre Mondiale.

    « On s’estime complètement délaissés par les gestionnaires de forêt, qu’ils soient publics ou privés. Comme toutes les autres, notre scierie a contribué via cette taxation au reboisement et à l’entretien des massifs forestiers. Cela a permis de reboiser le Morvan et le Vercors avec succès, qui sont actuellement totalement dépouillés par l’étranger, tandis que nous sommes obligés de fermer pour au moins un an. Nous sommes très inquiets pour l’avenir des forêts françaises. » confie Fabrice Foulon pour La Relève et La Peste

    Peuplier majestueux transformé par la Scierie Foulon dans les années 1980 – Crédit : Scierie Foulon

    La demande n’est pas nouvelle : dès 2017, la FNB sonnait déjà l’alarme et appelait à relocaliser la transformation des bois français et en particulier du chêne en France. Aujourd’hui, la crise est plus forte que jamais. Les ventes d’automne ont été ratées car l’approvisionnement des scieries françaises n’a pas pu se faire en raison de la hausse des prix engendrée par les acheteurs étrangers.

    « On est au plus fort de la crise, et cela dépasse la FNB et les scieries. Bientôt, l’approvisionnement d’autres professions sera compliqué : menuisiers, fabricants de cercueils et de traverses, etc. La crise du chêne n’est plus conjoncturelle mais structurelle et cela va avoir d’autres impacts : au départ les prix montent et après il n’y a plus de livraison. Même la Roumanie a interdit l’exportation de ses grumes. » appuie Nicolas Douzain, porte-parole de la FNB, pour La Relève et La Peste

    Lire aussi : Ce ne sont pas les forêts qui meurent, mais surtout des plantations d’arbres

    Or, le libre-échange débridé n’est pas la seule menace qui pèse sur les forêts françaises. 

    Le changement climatique va dix fois plus vite que l’adaptation naturelle des forêts.

     

    Pour y pallier, les coopératives forestières privilégient la plantation de résineux plutôt que la régénération naturelle. Neuf plants sur dix sont aujourd’hui des résineux ou des peupliers de culture selon l’Institut géographique national (IGN). Hélas, ces monocultures d’arbres sont plus fragiles face aux ravageurs, maladies et au changement climatique. L’avenir des forêts françaises est donc bien incertain.

    « Il faut une remise en question profonde de la gestion des forêts en France, dans les niveaux les plus hauts de l’Etat. Aujourd’hui, nous sommes obligés de fermer, mais je retire des choses extrêmement épanouissantes de mon métier. Ma plus grande fierté, c’est de dire que j’ai des clients qui sont éduqués au bois et à sa vraie valeur. » conclut Fabrice Foulon

    Crédit photo couv : Arbres abattus à Fontainebleau, 17/06/2021 – Delphine Lefebvre / Hans Lucas via AFP

    Pour aller plus loin : Les garde-forestiers se mobilisent contre la marchandisation des forêts françaises

    6 janvier 2022 - Laurie

  • Pétition anti pass.

    Est-ce que les instigateurs de cette pétition sont des inconscients qui ne méritent plus d'être citoyens ?

    Est-ce que les signataires sont des demeurés qui ne comprennent rien ? 

     

     

    Sortons du pass et de l’impasse sanitaire

     

    Francois ALLA a lancé cette pétition adressée à Pouvoirs publics

    Sortons du « pass » et de l’impasse sanitaire : exigeons une véritable politique de santé publique fondée sur les preuves.

    (English version bellow)

    Initiateurs : Barbara Stiegler, François Alla, au nom d’un collectif de soignants, de chercheurs en santé, d’élus et de citoyens, premiers signataires*

    MAJ du 7/01/22 :

    Nous avons décidé de ne pas actualiser le texte original par respect pour ses signataires, mais de rajouter un chapeau montrant que nous avions (malheureusement) vu juste et que nos messages sont plus que jamais d’actualité.

    Barbara Stiegler, François Alla

    Avec la transformation du pass sanitaire en pass vaccinal cette pétition reste plus que jamais d’actualité. Nous vous encourageons à continuer à la signer et à la diffuser.

    Nous avons publié cette tribune, également parue dans le journal Libération, le 6 août dernier. Depuis, ce que nous écrivions s’est malheureusement confirmé.

    Nous écrivions que le pass sanitaire était une obligation vaccinale déguisée, cela a depuis été très clairement avoué par le gouvernement.

    Nous écrivions que la contagiosité des vaccinés reste élevée, que la sécurité n’était ainsi pas assurée dans les lieux soumis à pass. Cela a été largement confirmé depuis (ex: 75% des personnes PCR+ symptomatiques sont des personnes vaccinées/Drees).

    Nous nous inquiétions de la vaccination massive des adolescents en bonne santé avec peu de données à l’époque sur le rapport bénéfice-risque pour cette population. Depuis le risque de myocardite a été confirmé et sa prise en compte a modifié les conditions d’utilisation des vaccins chez les moins de 30 ans (HAS novembre 2021). Il est pour le moins dommage que cette modification soit survenue après la campagne massive de vaccination et pas avant… alors que les données existaient.

    Nous écrivions que le pass entraînait une vaccination tous azimuts, qui « arrose » les moins à risque et qui laisse de côté les plus vulnérables, les plus à risques de formes graves, en particulier les personnes âgées. Cela s’est depuis confirmé : la couverture vaccinale a très fortement augmenté chez les plus jeunes suite à la mise en place du pass, mais la France reste dernière en Europe de l’Ouest pour la couverture vaccinale des personnes les plus âgées (ECDC). Les non vaccinés sont les personnes les plus vulnérables de par leur âge, leur lieu d’habitation, leur niveau socio-économique.

    Ce que l’on sait aujourd’hui de l’efficacité du vaccin avec le variant omicron renforce encore ce que nous indiquions : il est malheureusement illusoire d’espérer atteindre une immunité collective par la vaccination. Le vaccin présente un intérêt certain pour diminuer le risque de formes graves, entraînant hospitalisation, admission en soins intensifs, décès. Si l’on respecte la loi du 4 mars 2002 « relative aux droits des malades », il relève donc d’un choix individuel dans le cadre d’une information éclairée. L’enjeu ne peut plus être de vacciner tout le monde mais de s’assurer que les personnes les plus à risque de formes graves soient vaccinées. Or, l’annonce du pass vaccinal a eu l’effet inverse, retardant l’accès à la vaccination pour ceux qui en avaient le plus besoin, avec dans certains territoires des délais de plusieurs semaines pour un rendez-vous.

    Enfin, les dernières prises de parole du président de la République sont plus que choquantes, ajoutant l’insulte à la stigmatisation. Non Monsieur le Président, ne pas avoir accès à internet, vivre éloigné du système de santé et des centres de vaccination, être au chômage, être en situation de précarité économique, ou avoir des inquiétudes et des questions légitimes sur le bénéfice / risque individuel et collectif d’un produit de santé… ne font pas des personnes non vaccinés ou en retard de leur dernier « booster » des non citoyens. Notre devoir est de mobiliser tous les moyens à notre disposition pour aller vers ces publics et s’occuper de leur santé, et pas d’en faire des boucs émissaires des échecs de la politique dite sanitaire.

    Alors que nous nous apprêtons à célébrer les 20 ans de la loi Kouchner relative au droits des patients et à la démocratie sanitaire, nous renouvelons donc notre conclusion de l’été dernier : « au lieu de l’autoritarisme et de la panique, (nous proposons) le déploiement d’une véritable politique de santé, qui mobilise les données scientifiques et qui favorise l’implication des citoyennes et citoyens. ».

    +++++

    Tribune publiée dans sa version courte dans Libération : https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/sortons-du-pass-et-de-limpasse-sanitaire-20210804_VDDY3DSABFH5JLL4BBKXWFQP6U/

     
    Nous soignants, acteurs et chercheurs en santé, nous parlementaires et élus, nous citoyens, appelons au retrait du « pass sanitaire » car il transgresse les principes fondamentaux de l’éthique biomédicale et du droit des personnes. Il fracture en outre le corps social en deux camps qu’il rend ennemis. En cela, il ignore les principes de santé publique. En cela, il n’a rien de « sanitaire » puisqu’il risque plutôt de nous conduire à une impasse en creusant encore davantage les inégalités et laissant les personnes les plus vulnérables à la fois sans protection face au virus et sans voix pour exprimer leurs doutes ou leurs inquiétudes. En réalité, il existe une autre option qui jusqu’ici n’a pas été prise : déployer une véritable politique de santé de proximité, dont la vaccination est un des outils indispensables, mais qui ne peut en aucun cas être présentée comme la panacée universelle qu’il faudrait imposer à toutes et tous.
     
    Les vaccins contre le covid-19 ont fait la preuve de leur efficacité pour la plupart des personnes vulnérables (personnes âgées et/ou avec des comorbidités) [1].  La priorité est donc d’aller vers ces personnes. Mais en laissant chaque individu face à des applications numériques improvisées, en retirant l’acte de la vaccination aux médecins et professionnels de proximité, en évinçant l’expertise de santé publique dès le début de la crise[2][3], et en confiant (à prix d’or) la réflexion sur la stratégie et la logistique à des cabinets de conseil tout en sous-finançant la recherche publique[4], on ne s’est pas suffisamment donné les moyens d’« aller vers » les plus concernés. On ne s’est pas plus donné les moyens d’entendre les questions et les doutes des personnes, comme l’exige le « consentement libre et éclairé » inhérent à tout acte de soin, accroissant sans doute la méfiance actuelle des hésitants vaccinaux. Résultat : la France est la lanterne rouge de l’Europe de l’Ouest pour la vaccination des plus âgés[5].
     
    Dépassé, le gouvernement choisit d’imposer une vaccination tous azimuts en faisant montre  d’autorité, qui laisse de côté les éternels oubliés et arrose le reste de la population.  Ainsi le vaccin est érigé en remède miracle pour pallier l’absence de stratégie de santé publique. Celle-ci appelerait au contraire une priorisation, un accompagnement et l’association des populations aux décisions qui les concernent[6], comme l’atteste le succès des initiatives locales portées notamment par des professionnels de santé, des associations, des collectivités territoriales[7].
     
    On se retrouve ainsi avec des millions de personnes à faible risque vaccinées et des millions de personnes fragilisées sans protection vaccinale. Or sur ces derniers, le chantage au QR code est souvent inopérant : brandir la carotte du TGV, du théâtre ou du restaurant, est un raisonnement de classe favorisée, inadapté pour beaucoup de publics âgés, précaires, marginalisés. La question des inégalités a, comme toujours, été oubliée dès le départ[8]. Toucher ces populations suppose  de formuler et déployer une vaccination mobilisant du temps humain, sans barrière d’accessibilité et dont les enjeux sont compris. Bref, c’est faire tout le contraire de ce que  propose le gouvernement, un cocktail de technologisme, de stigmatisation des « récalcitrants »[9], de répression et d’abandon des publics qui sont à la fois les plus fragiles face au virus et les moins vaccinés[10].
     
    Au lieu de cela, le « pass sanitaire » soumet, sans sommation, ces publics ainsi que les enfants et les jeunes, déjà durement éprouvés par les confinements successifs, à une logique de chantage et de punition[11], les obligeant à trouver « vite leur dose » (souvent introuvable) s’ils veulent avoir le droit de continuer à vivre normalement voire de garder leur emploi ou d’accéder à l’éducation. Ceci est d’autant plus déroutant qu’il n’est à ce jour pas prouvé que la vaccination massive des populations jeunes en bonne santé soit une bonne stratégie. Il s’agit plutôt d’un pari[12]: celui de faire baisser la circulation virale pour protéger les non-vaccinés et éviter la multiplication des variants, pari que les dernières données israéliennes et américaines sont en train de remettre en cause puisque la contagiosité des vaccinés reste élevée, ce qui pourrait contribuer à expliquer les récents clusters en France au sein de lieux dont l’accès est pourtant soumis au pass sanitaire. Par ailleurs, les vaccins n’ont pas, au vu des données disponibles à ce jour, démontré une balance bénéfice / risque favorable en termes individuel chez les adolescents en bonne santé. Des effets indésirables ont été déclarés dans plusieurs pays, notamment des myocardites, inflammation du muscle cardiaque, dont l’incidence et les effets à long terme restent à déterminer. Or, du point de vue de l’éthique, un bénéfice collectif, lui-même hypothétique, ne constitue pas à lui seul un motif suffisant[13]. Enfin, rappelons de plus, que parce que les vaccins ne bénéficient pour l’heure que d’une autorisation de mise sur le marché temporaire, aucun gouvernement ne peut prendre le risque juridique de rendre ces nouveaux vaccins obligatoires. Par le « pass sanitaire », qui conduit à une obligation déguisée, le gouvernement français en réalité déplace une responsabilité qu’il se garde bien d’assurer lui-même en particulier sur les  parents[14].
     
    Une vraie stratégie de santé publique serait de laisser vivre les jeunes et de mobiliser tous les moyens en direction des publics vulnérables. C’est ce que l’on appelle une approche proportionnée aux besoins. Il faut associer à cela des mesures de réduction des risques, en particulier pour limiter les contaminations en lieu clos[15]. Le tout vaccination oublie en effet toutes ces stratégies qui permettent de vivre en diminuant le risque pour soi et pour les autres.
     
    La réponse ne peut enfin pas être exclusivement nationale. Nous affrontons une pandémie qui nécessite une réponse mondiale. Les inégalités dans l'accès aux vaccins aboutissent à ce que moins de 2 % des personnes en Afrique soient aujourd'hui vaccinées. Refuser l’accès d’une immense partie de la population mondiale à toutes les armes pour lutter contre cette pandémie est non seulement non éthique, c’est une ineptie d’un point de vue sanitaire. Pour répondre à cette crise, il faut notamment renforcer les capacités de production au niveau mondial, lever les barrières associées aux brevets, et favoriser les transferts de technologies [16].
     
         En conclusion, ce « pass sanitaire » crée un précédent qui pourra être invoqué à chaque crise écologique ou sanitaire. Des milliers de manifestants se dressent contre ces mesures. Ces protestations sont trop souvent réduites dans les médias au seul discours d’antivax, de complotistes, ou d’extrême-droite, qui n'ont jamais été du côté des libertés ni de la santé publique. Veillons à ce que l’arbre ne cache pas la forêt. Nous appelons tous les médias éclairés et les mouvements collectifs (partis, syndicats, ligues, associations) à s’opposer au « pass sanitaire » et à demander de toute urgence la mise en oeuvre d’une autre option : au lieu del’autoritarisme et de la panique, le déploiement d’une véritable politique de santé, qui mobilise les données scientifiques et qui favorise l’implication des citoyennes et citoyens. 

    * Premiers signataires :

    • François Alla, professeur de santé publique, Université de Bordeaux, Chef du service de prévention, CHU de Bordeaux

    • Gaëlle Baudin, éducatrice spécialisée, Gironde

    • François-Xavier Bellamy, député européen Les Républicains et professeur de philosophie

    • Henri Bergeron, sociologue, directeur de recherche CNRS, Centre de sociologie des organisations, Sciences Po, Paris

    • Anne Bernard, psychologue clinicienne, secteur médico-social, Gironde

    • Olivier Borraz, sociologue, directeur de recherche CNRS, directeur du Centre de sociologie des organisations, Sciences Po, Paris

    • Linda Cambon, enseignante-chercheuse en santé publique, Université de Bordeaux

    • Patrick Castel, sociologue, Directeur de recherche de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, Centre de sociologie des organisations, Sciences Po, Paris

    • Marie-Claude Decouard,  infirmière anesthésiste, cadre de santé formatrice, membre du comité d’éthique du CHU de Bordeaux

    • Stéphane Gomot, juriste, conseiller municipal et métropolitain de Bordeaux, membre de Génération.s.

    • Sébastien Jumel, Député, groupe parlementaire Parti Communiste Français

    • Loïc Hervé, Sénateur de la Haute-Savoie, secrétaire du Sénat, membre du groupe Union centriste

    • Bastien Lachaud, Député, groupe parlementaire La France insoumise

    • Harmonie Lecerf, juriste, conseillère municipale de la mairie de Bordeaux, Europe-Ecologie-Les-Verts

    • Pauline Londeix, co-fondatrice de l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament

    • Jérôme Martin, co-fondateur de l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament

    • Patricia Martin, infirmière coordinatrice de soins, Gironde

    • Olivier Mollier, neurochirurgien, praticien hospitalier, CHU de Bordeaux, membre du comité d’Ethique du CHU

    • Etienne Nouguez, sociologue, chargé de recherche CNRS, Centre de sociologie des organisations, Sciences Po, Paris

    • Valery Ridde, directeur de recherche, Institut de recherche pour le développement, Centre population et développement, Paris et Dakar

    • Céline Robert, psychomotricienne, Formatrice conférencière enfance et parentalités, Bordeaux

    • François Ruffin, Député, groupe parlementaire La France Insoumise

    • Barbara Stiegler, professeur de philosophie politique et d’éthique médicale, Université de Bordeaux Montaigne, membre du conseil de surveillance de l’Agence Régionale de Santé Nouvelle Aquitaine

    • Cyril Tarquinio, professeur de psychologie clinique, directeur du centre Pierre Janet, Université de Lorraine

    • Laurent Thines, neurochirurgien, CHU de Besançon, université de Franche-Comté

    • Stéphane Velut, chef du service de neurochirurgie, CHU de Tours

    Références : 
     [1] 93% des décès concernaient des personnes de plus de 75 ans et/ou avec comorbidités, 
    https://www.santepubliquefrance.fr/content/download/348002/document_file/COVID19-PE_20210527_signets.pdf
    [2] Bergeron, H., Borraz, O., Castel, P., Dedieu, F. (2020). Covid-19 : une crise organisationnelle. Paris: Presses de Sciences Po. 
    [3] Cambon L, Bergeron H, Castel P, Ridde V, Alla F. When the worldwide response to the COVID-19 pandemic is done without health promotion. Glob Health Promot. 2021 Jun;28(2):3-6.
    [4] 
    https://www.ccomptes.fr/fr/publications/le-financement-de-la-recherche-publique-dans-la-lutte-contre-la-pandemie-de-covid-19
    [5] notamment seulement 82% de personnes de plus de 80 ans ont reçu au moins une dose vaccinale en France au 28 juillet 2021, contre 100% au Danemark, en Irlande, au Portugal, en Espagne. 
    https://qap.ecdc.europa.eu/public/extensions/COVID-19/vaccine-tracker.html#age-group-tab
    [6] 
    https://theconversation.com/comment-convaincre-les-francais-de-se-faire-vacciner-contre-la-covid-19-151736
    [7] 
    https://www.fabrique-territoires-sante.org/sites/default/files/cp_fts_espt_avril_2020.pdf
    [8] Mathevet I, Ost K, Traverson L, Zinszer K, Ridde V. Accounting for health inequities in the design of contact tracing interventions: A rapid review. Int J Infect Dis. 2021 May;106:65-70.
    [9] Le président de la République a récemment dénoncé « l’irresponsabilité et l’égoïsme » des non vaccinés
    [10] 
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/07/25/covid-19-en-france-une-triple-fracture-vaccinale_6089451_3244.html
    [11] «Dans le secondaire, seuls les élèves non vaccinés seront évincés et devront suivre l’enseignement à distance» d’après le ministre de l’éducation nationale (28/07/2021)
    [12] Paul E, Brown GW, Kalk A, Ridde V. Playing vaccine roulette: Why the current strategy of staking everything on Covid-19 vaccines is a high-stakes wager. Vaccine. 2021 Jul 20:S0264-410X(21)00923-3.
    [13] 
    https://www.ccne-ethique.fr/fr/actualites/enjeux-ethiques-relatifs-la-vaccination-contre-la-covid-19-des-enfants-et-des-adolescents
    [14] 
    https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/190721/extension-du-passe-sanitaire-aux-enfants-des-chercheurs-et-des-professionnels-de-sante
    [15] 
    https://theconversation.com/debat-est-il-temps-de-changer-de-strategie-face-au-covid-158999
    [16] 
    https://www.medecinsdumonde.org/fr/actualites/france/2021/08/04/contre-le-pass-sanitaire-tant-que-chacun-naura-pas-un-acces-effectif-la-vaccination

     

  • A bout de souffle

    Je trouve cet article extrêmement intéressant et je vais chercher le livre de Barbara Stiegler sans tarder.

     

    Santé en Nouvelle Aquitaine : "Le système sanitaire était à bout de souffle, la crise a été le dernier clou du cercueil"

     

    Publié le 18/01/2022 à 14h58 • Mis à jour le 18/01/2022 à 16h47

    Écrit par Clémence Rouher

    Les soignants dans la tourmente au service des Urgences de Bordeaux

    Les soignants dans la tourmente au service des Urgences de Bordeaux • © PHOTOPQR/SUD OUEST/MAXPPP

    Bordeaux

    Gironde

    Nouvelle-Aquitaine

    Entretien à deux voix de François Alla, et Barbara Stiegler, deux universitaires bordelais au plus près des hôpitaux et de la gestion de la crise sanitaire: tableau d'une situation critique

      François Alla est Professeur de santé publique à l’université de Bordeaux, Chef de service de soutien méthodologique et d’innovation en prévention au CHU de bordeaux et Président de la conférence régionale de santé de Nouvelle Aquitaine.

    François Alla

    François Alla

    Barbara Stiegler est Professeur de philosophie politique à l’université Bordeaux Montaigne, Vice Présidente du comité d'éthique du CHU de Bordeaux et membre du conseil de surveillance de L’agence régionale de santé Nouvelle Aquitaine

    Barbara Stiegler à propos de la crise sanitaire : l'universitaire bordelaise pose un regard complet sur une année d'épidémie.

    Barbara Stiegler à propos de la crise sanitaire : l'universitaire bordelaise pose un regard complet sur une année d'épidémie. • © Franscesca Mandovani Gallimard

    Tous deux travaillent ensemble et depuis 2 ans encore plus étroitement, dans le contexte de la crise sanitaire. Il ont réalisé à la fois un travail conjoint de recherche et d’intervention dans le débat public. François Alla a contribué à la rédaction du tract de Barbara Stiegler publié en 2021 ( De la démocratie en pandémie : santé, recherche, éducation aux éditions Gallimard, coll. « Tracts ») et ils sont les initiateurs d’une tribune ( « sortons du pass et de l’impasse sanitaire ») en ligne sur change.org

    Vous avez, dans le cadre de vos missions et de votre travail, été au plus près des équipes soignantes tout au long de cette crise. Celles-ci manifestent encore aujourd’hui dans toute la France et en Nouvelle Aquitaine. Quel tableau de la santé dépeignez vous?


    François Alla: L’épidémie a aggravé une situation de crise qui préexistait depuis des années. On assiste en réalité à une crise dans la crise, avec des services d’urgence qui ferment un peu partout, des territoires qui se retrouvent sans généralistes, sans dentistes, sans sage-femmes, avec des établissements médico-sociaux et des EHPAD amputés de la moitié de leur personnel.

    Le système sanitaire était à bout de souffle. La crise a été le dernier clou du cercueil. 

    François Alla

    On a d’abord envoyé au front des soignants sans les protéger, ce que certains ont payé de leur vie. On les a d’abord applaudis, puis on les a obligés à prendre des décisions qui étaient des non-sens. En Nouvelle Aquitaine par exemple, où il y avait très peu de cas, on a fermé des services, on a arrêté des programmes opératoires, on a arrêté de prendre en charge des patients, ce qui a contribué à dégrader leur santé et à une réelle perte de chance.

    Autre erreur massive : on a tout centré sur l’hôpital, sans solliciter les structures privées (qu’on a même écartées) et en laissant systématiquement de côté la médecine de ville. Quant à la revalorisation annoncée par le Ségur, elle n’a pas eu les effets escomptés. La preuve : beaucoup d’étudiants ou de jeunes soignants, écoeurés par les conditions de travail, sont en train de renoncer et de quitter le métier.

    Si la crise a pu être stimulante au début, avec le sentiment de participer à une mobilisation nationale, les soignants ont très vite déchanté parce qu’ils se sont rendus compte qu’ils étaient instrumentalisés par un gouvernement essentiellement occupé à préserver son image en mettant en scène sa pseudo-maîtrise des événements.

    Et je suis très pessimiste sur la vraie crise qui est à venir, qui est celle de l’offre de soin. En Nouvelle Aquitaine particulièrement on a des territoires qui sont déjà très vulnérables en territoire rural, mais pas seulement, et on se retrouve en grande difficulté. Je n'avais jamais vu ça avant, il y a des médecins généralistes en Nouvelle Aquitaine qui ne sont pas à l’âge de la retraite et qui décident de prendre une retraite anticipée parce qu’ils n’en peuvent plus. Et ça c’est la situation aujourd’hui qu’a révélée la crise mais qui était bien antérieure à la crise, mais là on arrive au bout d’un système et malheureusement on n'a pas les réponses.

    François Alla

    Barbara Stiegler: Oui, le personnel de santé a rapidement eu le sentiment d’être instrumentalisé au profit d’un spectacle. La crise sanitaire a dévoilé toutes les incuries dont s’étaient rendus responsables les gouvernants depuis 1995 et le premier grand plan d’Alain Juppé. Elle a montré les effets de la la gestion austéritaire de la santé, avec la suppression des lits, la montée en puissance des managers au détriment des soignants, la tarification à l’activité expérimentée par Lionel Jospin et Martine Aubry, mise en œuvre sous Jacques Chirac notamment par Jean Castex,  puis poursuivie sous Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron.

    Autour de toutes ces questions, tous ceux qui se sont succédés au pouvoir ont fait bloc avec le « chef de guerre », qui n’a cessé de bomber le torse et de manifester sa puissance « quoi qu’il en coûte ». Dans les médias comme dans l’ensemble des services publics, une armée de petits soldats caporalisés le suit (le chef de guerre) dans tous ses mouvements, même s’ils sont complètement incohérents et manifestement dangereux.

    Alors qu’elle menace la santé physique et mentale de nos citoyens, la politique soit disant sanitaire du gouvernement français se solde aussi par une véritable gabegie d’argent public. Le gouvernement dépense aujourd’hui des milliards d’euros pour des campagnes massives de tests qui ne mènent à rien.

    Il a dilapidé depuis deux ans des sommes énormes pour contraindre toute la population au confinement, à la fermeture des commerces ou à la vaccination. Et pendant ce temps il ne fait rien pour sauver le système sanitaire de l’effondrement.

    Barbara Stiegler

    Dans le contexte de la campagne présidentielle, il est temps de faire le bilan de cette gestion, non seulement en termes de respect des droits et des libertés, mais aussi en termes économique et sanitaire. Il est temps aussi de comprendre que la gestion politique du covid a aggravé tous les maux préexistants au lieu d’y remédier.

    Dans son tract L'hôpital, une nouvelle industrie ( Paris, Éditions Gallimard), Stéphane Velut a montré comment l’hôpital était passé d’une logique de stock à une logique de flux, se soumettant à un rythme à flux tendu de type industriel qui a progressivement détruit la fonction soignante. En mars 2020, au moment où les limites de cette logique apparaissaient pour la première fois au grand jour, le gouvernement a immédiatement inversé les responsabilités en culpabilisant d’abord les Français (le vocabulaire moralisateur du « relâchement »), puis les soignants refusant de se vacciner, puis tous les « réfractaires » au vaccin ou au « booster », désormais désignés comme les ennemis de l’intérieur.

    Avec les dernières déclarations violentes du Président de la République, c’est l’ensemble de cette instrumentalisation qui commence à apparaître au grand jour.

    Si tant de soignants désertent aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’ils ont peur d’attraper le virus ou de prendre en charge cette maladie. Ce n’est pas non plus parce qu’ils sont « fatigués ». La fatigue et la maladie, ils ont l’habitude et la force de les affronter. Ce qu’ils ne supportent plus, c’est la manière dont tout cela est géré par les chefs, des petits chefs au guerrier en chef.

    Barbara Stiegler

    Les soignants de Bordeaux en pleine mission d'urgence

    Les soignants de Bordeaux en pleine mission d'urgence • © France 3 Nouvelle-Aquitaine

    On constate une aggravation des clivages dans la société. Les soignants sont-ils également gagnés par ces divisions ?

    FA: Il y a en effet, et depuis le début, une stratégie de clivage et de désignation de boucs émissaires : les Français « relâchés », les jeunes et maintenant l’ensemble des non-vaccinés. Comme beaucoup de citoyens, certains soignants sont malheureusement eux aussi gagnés par cette logique.


    Je pense par exemple à la tribune d’André Grimaldi dans le Journal du Dimanche 
    (" Les non vaccinés doivent-ils assumer aussi leur libre choix de ne pas être réanimés?"), dans laquelle il pose la question de la réanimation des non-vaccinés. Jusque-là, aucun soignant n’aurait osé soutenir en France de tels propos, car ils contredisent tous nos principes éthiques, déontologiques et mêmes juridiques.

    A suivre ce raisonnement, on pourrait exclure 50% des personnes qui sont hospitalisées, en prenant le prétexte de leur mauvais comportements: l’alcool, le tabac, la sédentarité, l’obésité, la malnutrition, mais aussi le manque de compliance et d’observance dans les traitements. En se débarrassant de tous les « mauvais patients », on résoudrait en effet d’un coup la crise hospitalière !

    François Alla

    A la faveur de cette crise, cette tentation gagne du terrain, malheureusement, chez certains soignants, tandis que d’autres (la majorité) continuent de défendre les principes fondamentaux qui sous-tendent leur vocation. Et cela crée de graves tensions dans la communauté hospitalière.Au moment même où il s’agirait plus que jamais d’être solidaire entre professionnels de santé, et entre soignants et patients.

    BS: On est en effet face à un pouvoir qui dresse systématiquement les Français les uns contre les autres, qui fracture le pays partout.

    Avec la pomme de discorde du « pass » et du vaccin, il divise les familles mais aussi  les services de santé, où cela devient parfois irrespirable et malsain de travailler.

    Barbara Stiegler

     Ce qui se joue derrière tout cela, ce n’est pas seulement un pouvoir qui essaie de sauver sa peau, c’est quelque chose de beaucoup plus profond. Le nouveau libéralisme autoritaire qui est arrivé au pouvoir dans nos pays dans les années 1970 a toujours considéré que le modèle français républicain, avec son contrat social autour de la santé hérité du Conseil National de la Résistance avec la sécurité sociale, constituait une anomalie.

    Cela fait des décennies que les néo-libéraux essaient de disqualifier discrètement ce modèle en expliquant qu’il n’est pas tenable et qu’il faut que les patients maintenant soient méritants, que les droits conditionnent les devoirs, qu’ils doivent être eux aussi producteurs de santé, sans quoi on sera contraint de leur faire payer les soins, c’est-à-dire la charge qu’ils représentent pour la collectivité. Derrière une stratégie de diversion (dissimuler la pénurie en montrant du doigt les réfractaires), il y a donc aussi un enjeu politique plus profond.

    La question est de savoir si les Français veulent aller vers une politique de santé très brutale, à l’américaine ou, où les plus pauvres ne sont pas soignés car ils ne sont pas en mesure de se financer des assurances privées, ou de se payer des mutuelles leur permettant de financer eux-mêmes « leur » risque.

    Barbara Stiegler

    Vous avez été amenés à travailler ensemble depuis 2 ans, expliquez nous comment et à quel titre. Quel ont été vos rôle au sein de cette crise sanitaire?

    FA: On a ce travail d’échange tous les deux, qui est un travail d’échange pluridisciplinaire en termes scientifiques qui a un objectif scientifique mais surtout un objectif très pragmatique de contribuer d’une façon ou d’une autre au plaidoyer, à l’aide à la décision, sans malheureusement beaucoup d’illusions.

    La santé publique ça n’est pas la modélisation épidémiologique, et ça continue pourtant: tous les jours on voit la courbe des contaminations qui ne prend pas en compte la globalité des problématiques et la globalité des solutions qu’il faut pour répondre à ces problématiques.

    La santé publique, c’est un champ extrêmement complexe qui prend en compte des dimensions sociales, des dimensions philosophiques, des dimensions politiques, des dimensions biologiques bien sur dans le cas d’une crise sanitaire. Et c’est collectivement en mettant ensemble des réponses et des prismes qu’on arrive à construire une réponse collective. Et c’est ça qui a beaucoup manqué au niveau national.

    François Alla

    Parce qu’au niveau national quand on regarde les experts sollicités dans l’aide à la décision: c’est de la modélisation de l’épidémiologie, mais où est cette dimension collective? Ça a beaucoup beaucoup manqué dans la gestion de crise.

    Malheureusement ce regard pluridisciplinaire sur la santé publique qui existe à l’international, en France, encore aujourd’hui on a pas réussi à le faire prendre en compte.

    Je prend un exemple très concret: la gestion de la crise chez les enfants l’an dernier autour des confinements , couvre feu, fermeture des écoles, pass, vaccination etc, s’est fait sur le prisme unique de la courbe des contaminations. Mais un enfant c’est pas uniquement quelqu’un susceptible d’avoir ou de transmettre un germe. Un enfant c’est un être social qui est dans un processus d’éducation, qui a des relations familiales, des relations sociales etc. Et

    On a malheureusement évité moins de décès par covid qu’on en a généré par suicide, c’est très concret. Parce qu’on a pas pris en compte les enfants et les adolescents dans leur globalité.

    François Alla

    Des exemples comme ça je pourrai je pourrai les multiplier. Mais on a vraiment une gestion de crise qui s’est faite sur les indicateurs épidémiques et ça continue: tous les jours on voit la courbe des contaminations et qui ne prend pas en compte la globalité des problématiques et la globalité des solutions qu’il faut pour répondre à ces problématiques. Et dans ce cadre là je trouve que les échanges avec Barbara sont vraiment importants, et qu’ils sont bien résumés dans le tract.

    Seriez-vous d’accord pour vous définir comme des experts ? Ou pensez-vous, après deux ans de crise sanitaire, que cette figure est plus que jamais décrédibilisée?

    BS: Pour ma part, je ne méprise nullement la fonction d’expert, je la respecte au contraire. Mon collègue François Alla accomplit régulièrement un travail d’expertise important et il a été mobilisé comme expert lors de chaque crise sanitaire. Mais le problème est qu’il y a eu, dès le départ, un dévoiement de la figure de l’expert. C’est ce que j’ai montré dans mon livre « Il faut s’adapter » (Nrf Essais, Gallimard), consacré à l’histoire du nouveau libéralisme autoritaire qui est apparu dans les années 1930 aux Etats-Unis.

    Dès cette période, on a commencé à imaginer un modèle politique dans lequel les dirigeants devaient s’allier à des experts pour imposer leur propre définition du bien commun et de la vérité à une population jugée irrationnelle. C’est là qu’est née l’instrumentalisation de l’expert par le pouvoir politique. Si on le définit comme un savant hyper-spécialisé dans un domaine et qui est en même temps prêt à conseiller les acteurs du champ politique (citoyens ou élus), on ne peut que se réjouir de son intervention dans le débat public.

    Comment par exemple faire face à un virus, si l’on ne mobilise pas les connaissances hyper-specialisées des meilleurs virologues ? Mais ces derniers doivent être absolument conscients des limites de leur action. Ce ne sont jamais à eux de décider, et encore moins à eux de cautionner les décisions des gouvernants.

    Au lieu de se laisser instrumentaliser, ils doivent veiller à rester au service des publics qui constituent une démocratie. Ils ne doivent jamais se mettre au service des autorités qui chercheraient à mettre au pas une population. Or l L’expertise actuelle, en dérivant systématiquement vers la question de « l’acceptabilité sociale » des mesures et de la « fabrique du consentement », témoigne d’une double instrumentalisation : des populations par les experts et des savants par les politiques.

    Barbara Stiegler

    Or les seuls experts de la décision dans une démocratie, ce sont les citoyens assemblées. Ce que consacre d’ailleurs la loi du 4 mars 2002 sur la démocratie sanitaire et les droits des patients dont on fête aujourd’hui justement les 20 ans.

    FA: A cette instrumentalisation s’est ajoutée la figure médiatique de l’expert : celle du médecin de plateau qui ne connait rien à la santé publique, à la virologie ou à l’épidémiologie, mais qui, « expert en tout », prétend connaître ces trois domaines à la fois en se réclamant de son statut de docteur ou de professeur. Cela a largement contribué à la décrédibiliser la parole scientifique et la parole publique.

    Parce que la crise sanitaire nous oblige à nous confronter à une réalité complexe, associant l’environnement animal et humain dans toutes leurs dimensions en impliquant les relations sociales, il est pourtant évident que personne, ni aucune discipline isolée ne peut aborder seule cette complexité

    François Alla

    Quant à l’instrumentalisation des experts officiels et nommés par les politiques, cela s’explique par un contexte plus global. « Nous sommes en guerre », nous a-t-on déclaré en mars 2020. Or en guerre, tout le monde s’aligne nécessairement derrière le chef de guerre, et l’expertise ne peut plus être un processus indépendant visant à aider à la décision.

    Elle est condamnée à devenir un outil de propagande, comme on appelle la communication en temps de guerre. Pour moi-même qui ai conduit des expertises pendant cette période, j’ai vu combien il était difficile de faire savoir ce que je constatais en tant qu’expert car il ne fallait pas gêner le ministre, qui lui avait un autre agenda. Normalement, en santé publique, on se doit d’avoir une démarche probante, c’est-à-dire appuyées sur les faits ou sur les preuves (« evidence-based »). On a des cadres scientifiques de raisonnement, et puis on a des données qui nous arrivent. On interprète ces données à partir des cadres préexistants et on en conclut tel ou tel élément: c’est tout le contraire d’une opinion.


    Or, je trouve que dans la crise, et c’est aussi le jeu médiatique, on a beaucoup joué opinion contre opinion, aboutissant à un relativisme total où on mettait tout au même plan. Ce relativisme quant à la valeur des énoncés scientifiques ruine la confiance de la population dans la gestion de crise. Tel ou tel médicament, telle ou telle stratégie, n’est finalement plus une question de science ou de pratique éclairée par la science.

    Il ne s’agit plus que d’une question d’opinion: « je suis pour » ou « je suis contre », et c’est là une complète défaite de l’expertise en santé.

    François Alla

    Masqués ou non, la population française en pleine crise sanitaire

    Masqués ou non, la population française en pleine crise sanitaire • © //MaxPPP

    Ce qu’a révélé cette crise, est-ce au fond une société clivée et dépourvue d’empathie ? la victoire du repli sur soi et du rejet de l’autre ?

    FA : je ne dirais pas ça, car au même moment, il y a eu une multitude d’initiatives spontanées individuelles ou collectives, issues des citoyens eux-mêmes ou d’associations, de collectivités territoriales, de professionnels de santé… qui ont été au contraire animées par l’empathie et la solidarité.

    En mars 2020, on a vu des personnels des Ephad s’enfermer avec leurs patients pendant des semaines pour ne pas risquer de les contaminer, des personnes cousant des masques en urgence pour les offrir à la collectivité, d’autres faisant des courses pour leurs voisins âgés etc. On a vu tous les volontaires, je pense à mes étudiants en médecine, qui passaient leur week-end parfois bénévolement à vacciner, à tester etc. Il y a eu beaucoup de solidarité des professionnels de santé mais aussi de toute la société au pic de la crise.

    Mais malheureusement le pouvoir politique par sa volonté de fracturer - les déclarations de la semaine dernière étant l’acmé de cette stratégie – a généré cette polarisation entre les malades et ceux qui sont en bonne santé, entre les non vaccinés et les vaccinés, entre les jeunes et les vieux, entre les hospitaliers et les libéraux, entre les professionnels de santé et les autres. Il a choisi une stratégie globale pour faire peur et pour diviser, qui a été incarnée dès le départ par la figure inaugurale de Jérôme Salomon, le Directeur général de la santé qui égrenait les morts tous les soirs à la télévision.

    BS: Je rejoins ce constat. On a vu en effet d’un côté, une société française qui tentait de rester solidaire et démocratique et de défendre un modèle d’Etat social attaqué de toutes parts, et de l’autre un chef de guerre qui partait en campagne.

    Mais parce qu’on ne fait pas la guerre à un virus, il ne s’agissait évidemment pas d’une campagne de guerre, mais bien d’une campagne électorale. Pour moi, c’est une évidence, ce gouvernement fait campagne depuis les premiers jours de l’épidémie. 

    Publications

    De la démocratie en pandémie : santé, recherche, éducation de Barbara Stiegler, aux éditions Gallimard, coll. « Tracts »

    Nietzsche et la vie, nouvelle histoire de la philosophie, de Barbara Stiegler, Gallimard

     

  • Anticorps facilitants

    Preuve que je lis tout et son contraire, voilà un article issu de LCI, c'est à dire TF1. Non, je ne sous-entends pas que nécessairement, venant de TF1, c'est de la langue de bois ou du bourrage de crâne. Il est clair que les avis sont diamétralement opposés entre le professeur Raoult et d'autres scientifiques et les intervenants nommés dans cet article.

    En fait, ce qui m'intéressait ici, c'est de montrer à quel point, il est très difficile de s'y retrouver ( en tout cas pour ma part).

    Je ne suis pas scientifique et j'avoue même qu'après l'école primaire, en dehors de la classe de seconde (j'adorais la prof), je ne me suis jamais intéressé aux cours de "sciences naturelles". C'est effrayant d'ailleurs. J'adorais la nature et j'y passais tout mon temps libre. Je ne suis jamais allé en "boîte", je détestais les soirées-fiesta-bière-danse-drague, je n'allais pas dans les bars, sauf pour y faire un billard. J'allais dans les bois, j'allais à la mer, je faisais du vélo, de l'escalade, je courais et je grimpais aux arbres. Et je n'aimais pas les cours de sciences naturelles... Bon, résultat, j'ai beaucoup de mal à comprendre toutes les données scientifiques qui s'opposent continuellement dans l'histoire du covid. 

    Ce qui me déplaît en tout cas, c'est qu'on retrouve ici Philippot, les anti-vax, Raoult, tout le monde dans le même bateau. 

    Je ne suis pas vacciné contre le covid mais je ne suis pas anti-vax. 

    Je ne voterai jamais pour Philippot et d'ailleurs je ne vote plus depuis bien longtemps en dehors des municipales et régionales. 

    Je pense que Raoult n'est pas un déglingué mais que par contre il aurait dû embaucher quelqu'un de compétent pour l'aider dans ses prises de paroles. Il aurait fortement besoin d'être "encadré". Trop souvent, il se nuit à lui-même. 

    Bref, comme dit Kyan Khojandi, chacun tentera de se faire son opinion. 

    Variant Omicron : le vaccin favorise-t-il l'infection au Covid via des "anticorps facilitants" ?

    Les Vérificateurs, une équipe de fact-checking commune aux rédactions de TF1, LCI et LCI.fr

    Il s'agit aujourd'hui de décrypter la nouvelle théorie en vogue dans la sphère anti-vaccin. Faute d'avoir pu démontrer que les 9,68 milliards de doses inoculées dans le monde comportaient un danger, les opposants à la vaccination estiment désormais que, face au nouveau variant Omicron, le vaccin "favorise les infections" à cause des "anticorps facilitants". En tête de gondole, Florian Philippot, militant anti-masque et anti-restrictions qui a prédit ce lundi 17 janvier sur Twitter que cette nouvelle théorie, popularisée par Didier Raoult, allait mettre "très, très en colère" les Français. Mais est-elle seulement crédible ? Nous avons posé la question au professeur Xavier de Lamballerie, directeur de l'Unité des Virus Émergents (Inserm, Université Aix-Marseille).

    Hypothèse surveillée dès l'automne 2020

    Pour appuyer sa nouvelle hypothèse du moment, le professeur Didier Raoult est parti d'une seule observation. Les personnes vaccinées testées positives à l'IHU le seraient dans un intervalle de deux semaines. Il a également affirmé (à tort, comme nous le démontrons ici) que les pays les plus vaccinés sont ceux qui enregistrent le plus de contaminations. Preuve dès lors, aux yeux de ce microbiologiste épinglé par l'Ordre des médecins, que le vaccin produirait des "anticorps facilitants".

    Cette théorie, que le défenseur de l'hydroxychloroquine n'étaye d'aucune étude spécifique, transpose au Covid-19 un mécanisme observé avec la dengue. Dans le modèle de cette maladie tropicale transmise par les moustiques, "on sait que certains anticorps, particulièrement ceux qui sont peu efficaces, peuvent s'accrocher sur le virus et l'amener vers des cellules immunitaires", comme nous le résume le professeur Xavier de Lamballerie. Ces dernières, dotées de récepteurs spécifiques, saisissent cet anticorps "lié en fait au virus, qui infecte alors la cellule". À la manière d'un cheval de Troie. Un phénomène qu'on retrouve derrière les acronymes ADE, pour antibody-dependent enhancement (aggravation dépendante des anticorps) ou VAED, pour vaccine-associated enhanced disease (maladie aggravée par la vaccination). 

    Si ce phénomène a "passionné le monde de la science depuis plusieurs décennies" du propre aveu de notre interlocuteur, il n'est "absolument pas systématique". Avec la dengue, ce mécanisme ne peut être observé "que dans certaines circonstances très précises". À savoir, lorsqu'une personne qui a déjà fait un épisode de dengue, avec l'un des quatre sérotypes existants, fait une deuxième infection par un sérotype différent. Et même dans ce cas de figure, "la facilitation par les anticorps n'est pas systématique, mais il a été proposé qu'elle soit un des déterminants des formes sévères de la maladie". 

    Un mécanisme "très particulier", propre à ce virus, qui possède quatre stéréotypes différents, et qui ne peut pas être transféré aussi facilement à l'épidémie actuelle. De fait, pour que cette hypothèse soit valable, il faudrait que les cellules de l'immunité qui accrochent le complexe anticorps-virus puissent être infectées par le Covid-19, comme cela est observé pour le virus de la dengue. Or, à ce jour "aucun élément scientifique et factuel ne le montre", note Xavier de Lamballerie.

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    Et ce n'est pas faute d'y avoir prêté une attention toute particulière. La question des anticorps facilitants est surveillée depuis le début du développement des vaccins. On retrouve d'ailleurs un article à ce propos dans le dictionnaire médical Vidal. Daté du 3 novembre 2020, il résumait alors les questions et incertitudes à ce sujet. Face à un vaccin au seuil "d'efficacité minimal (…) fixé à 50 % par les agences de régulation", il semblait ainsi important aux yeux de la communauté scientifique que "l'hypothèse" d'un phénomène d'ADE ou de VAED soit "étudiée". 

    Analyse faite dès les premiers essais cliniques et précliniques des laboratoires. "Tous les laboratoires proposant des candidats vaccins ont dû présenter des données sur l'absence de facilitation par les anticorps aux agences réglementaires", rappelle le directeur de l'Unité des Virus Émergents. On en retrouve par exemple la trace dans une étude sur le sujet parue dans la revue Nature dès septembre 2020. 

    Après plus d'un an d'administration des vaccins et près de cinq milliards de personnes immunisées, rien ne corrobore cette hypothèse aujourd'hui. Bien au contraire. Des travaux décrits comme "très sérieux" par Xavier de Lamballerie ont comparé les charges virales de patients infectés au Covid-19 en fonction de leur statut vaccinal. Pour cette étude, la plus complète à ce sujet, une équipe singapourienne a mesuré quotidiennement la quantité de virus présente dans les prélèvements de 218 sujets infectés par le variant Delta. Si, au moment du diagnostic, cette valeur (CT) était la même chez les deux groupes, elle baissait significativement dès le sixième jour chez les 71 personnes complètement vaccinées. Si la théorie des anticorps facilitants étaient exacte, "les charges virales des vaccinés devraient être plus importante que celles du groupe témoin". "La simple observation vient contredire cette théorie, on ne peut donc certainement pas la présenter comme un phénomène généralisé", conclut notre interlocuteur.

    De simples "supputations"

    Cette absence de preuves ne suffit cependant pas à dissuader les fervents défenseurs de cette théorie, qui ont publié leurs considérations dans un article (non révisé par les pairs) largement repris, et notamment par Didier Raoult. S'ils pensent que la balance entre les anticorps facilitateurs et neutralisants chez les personnes vaccinées était en faveur de la neutralisation pour la souche originale du Covid-19 ainsi que pour les variants Alpha et Beta, ils accusent désormais Omicron d'affecter "considérablement" cet équilibre à la "faveur des anticorps facilitants". 

    Des propos considérés avec circonspection par la communauté scientifique et que rien de concret ne vient étayer pour l'instant. "L'analyse des mécanismes qui modulent l'épidémiologie de la maladie mérite toute notre attention, bien entendu, mais on ne peut se contenter de supputations : il faut apporter des éléments scientifiques probants", résume notre interlocuteur. Avant de souligner par ailleurs, pour ceux qui penseraient que le phénomène ne s'applique qu'aux vaccinés infectés par le variant Omicron, qu'une nouvelle étude réalisée par des équipes scientifiques de Genève (en cours de publication) rapporte, à la fois pour le variant Delta et le variant Omicron, que les charges virales sont plus faibles chez les patients vaccinés et infectés que chez les patients infectés non-vaccinés. À ce stade, "absolument aucune donnée scientifique" n'a donc été publiée en faveur d'un mécanisme d'anticorps facilitants. 

    D'autant que, même au niveau théorique, les défenseurs de cette thèse n'ont toujours pas avancé "comment ce mécanisme pourrait fonctionner avec le Covid-19", note Xavier de Lamballerie. Même constat du côté du virologue et épidémiologiste Scott Halstead. Celui qui est tout de même l'un des pionniers de cette théorie des anticorps facilitants dans la maladie de la dengue, a conclu, le 15 décembre 2020, "que les différences dans les caractéristiques cliniques, épidémiologiques et pathologiques" entre les deux maladies suggèrent que l'ADE "ne contribue pas à la gravité des infections naturelles à coronavirus humain". En résumé, il n'existe aujourd'hui aucun fait ou article scientifique en faveur de cette théorie. "Personne ne vient apporter ne serait-ce qu'un début de preuve. C'est, pour l'heure, le vide intersidéral", s'amuse Xavier de Lamballerie. 

    Vous souhaitez nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse lesverificateurs@tf1.fr. Retrouvez-nous également sur Twitter : notre équipe y est présente derrière le compte @verif_TF1LCI.

  • A CŒUR OUVERT : Une interview disparue

    Un ami lecteur m'a envoyé cette interview en me demandant pourquoi elle n'était pas sur mon blog. Il l'a trouvée sur la Toile. 

    Je n'ai eu acune raison à lui donner. Je n'en sais rien. C'est un mystère mais il m'est déjà arrivé de m'apercevoir que certains articles disparaissaient, qu'ils n'étaient plus enregistrés, qu'en cliquant sur le lien, on ne trouvait qu'un  :"erreur 404. Page introuvable".

    Effectivement, j'ai cherché dans les archives et c'est ce que j'ai trouvé : "erreur 404". Je n'ai pas d'explication. Un mystère informatique. De la même façon d'ailleurs, j'ai vu que certaines photos disparaissaient. C'est comme s'il existait une durée de vie sur la Toile :) 

     

     

    A CŒUR OUVERT (roman)

     

    Coeurouvertwhite

    "Un titre à double sens pour un roman magnifiquement écrit, À cœur ouvert.  

    D’une part le côté « chirurgical » avec l’opération que subit Paul Laskin, à qui on implante un cœur artificiel, et d’autre part la dimension très philosophique du cœur ouvert pour recevoir, recevoir une somme d’éléments, de réflexions, de conscience de soi, de ce qui fait la Vie, au sens universel du terme, cette vie dont nous ne sommes que l’infime partie d’un tout qui nous dépasse. Un roman à lire absolument, qui vous emportera vers des chemins de lumière.

    Thierry, vous nous proposez là un roman philosophique qui nous pousse à nous interroger, sur le sens de la vie, de l’amour, sur notre capacité à éveiller notre conscience, et en même temps vous construisez une intrigue romanesque très efficace pour nous mener au bout du roman, qu’on quitte en ayant envie de retourner très vite dans votre univers. Alors on a envie d’en savoir plus sur vous, sur votre écriture, pourquoi vous écrivez, comment, vos thèmes de prédilection :

    Lorsque j’avais seize ans, mon grand frère, Christian, qui en avait dix-neuf, a eu un accident de voiture. La gendarmerie a appelé mes parents. C’était la nuit. On a foncé à l’hôpital. Quand on est arrivé, un interne nous a dit : « Il est cliniquement mort. » Je suis rentré dans la chambre. Je n’ai pas reconnu mon frère. Et j’ai dit : « Je sortirai de cette chambre avec Christian et il sera vivant. » J’ai passé trois mois dans cette chambre. Jour et nuit. C’était pendant l’été. J’ai manqué la rentrée des classes. Pas question de le laisser. J’ai écrit chaque événement dans un cahier, mes pensées, mes détresses, l’évolution de mon frère, la mort, Dieu, l’amour, la peur, la souffrance. Mon frère s’en est sorti. Pour la médecine, il représentait une énigme. Il n’avait plus de boîte crânienne au niveau du front. Ils ont mis une prothèse. C’était une première médicale.

    Je me suis occupé de mon frère pendant deux ans. C’était très difficile pour lui. Un œil mort, une cheville bloquée, il pesait quarante-sept kilos pour 1 m 96 en sortant de l’hôpital… Il a fallu tout reprendre jusqu’à ce qu’il puisse refaire de l’escalade avec moi. Une passion commune. Il avait déchiré le cahier que j'avais écrit à l’hôpital, sans le lire. Une déchirure pour moi aussi. Tout ça est très complexe. Un déni de l’évidence pour sa part. La charge de ce qu’il avait perdu avec l’incapacité de comprendre ce qu’il avait vécu. Une blessure spirituelle pour moi. J’étais le témoin de sa guerre. Je ne pensais pas pouvoir retrouver ce que j’avais écrit dans cette chambre. Mais j’avais découvert la force incommensurable de l’écrit. Cette acuité, cette autopsie des pensées. Je ne pouvais plus m’en passer.

    Au lycée, je me suis mis à écrire comme un forcené, comme un écorché. Un prof de français et un prof de philo m’ont dit qu’un jour je serais édité. Que mes mots étaient des « scalpels. » Tout avait commencé au milieu des scalpels. Je ne choisissais rien en fait.

    L’écriture s’imposait à moi parce qu’elle était vitale. J’adorais la philosophie. J’aurais aimé être professeur, mais je voulais devenir indépendant financièrement et soulager mes parents qui continuaient à subvenir aux besoins de mon frère. Comme j’aimais beaucoup les enfants, j’ai décidé de devenir instituteur. La formation était payée et moins longue que celle de professeur. Je ne le regrette nullement.

    Je vivais déjà une passion exclusive pour l’escalade et l’alpinisme. J’espérais devenir guide de haute montagne. Mais à vingt-quatre ans, j’ai eu une première hernie discale. L’opération a été un échec. Et on ne devient pas guide de haute montagne avec un dos détruit. Dépression. Lourde, très lourde. Et encore les mots pour me sauver.

    En quelques mois, j’ai écrit Vertiges, mon premier roman. L’histoire d’un alpiniste qui redescend son compagnon sur son dos, comme un fardeau à rendre aux hommes. Je ne comprenais pas encore le symbolisme de l’histoire entre mon frère et moi. Ça viendrait plus tard.

    Voilà pour mes débuts dans l’écriture. Rien de bien joyeux. C’était une thérapie, une nécessité surtout, une bouée de sauvetage.

    L’écriture de Vertiges a été un déclic. J’ai d’abord pris conscience de l’importance de la nature dans ma vie, de tout ce qu’elle m’apportait, de la sérénité et de « l’éveil » que j’y trouvais. La haute montagne surtout. Parce qu’elle m’offrait la possibilité de me découvrir, d’explorer mon potentiel. Simultanément à ces défis physiques que je multipliais à mon niveau, j’accompagnais cette démarche d’une réflexion constante. Les relations humaines, l’amitié, l’amour, la mort, le sens de l’existence, cette nécessité de « pousser la machine, » de ne pas accepter les limites. Mais cette opération manquée sur ma colonne vertébrale continuait à me faire souffrir… Je devais m’en accommoder, mais c’était une souffrance morale plus encore que physique. Je courais malgré tout, des semi-marathons et des virées très longues à vélo. Se vider pour se remplir…

    L’écriture continuait à m’offrir un baume salvateur, un cataplasme sur mes douleurs existentielles. Un retour analytique sur mes expériences de vie. J’avais besoin de comprendre, un besoin viscéral et je savais que l’écriture avait cette force que les échanges humains ne m’apportaient pas. Les pensées sont trop éphémères alors que les écrits sont des cheminements infinis de taupe… Aller toujours plus bas dans les profondeurs, avec acharnement. J’aurais bien eu besoin d’une psychothérapie. Je préférais écrire. Lorsque j’écris, il m’arrive de ne plus être « là », de ne plus être un mari, un père, un instituteur… J’entre dans une dimension d’une profondeur inouïe et en même temps dans des horizons inaccessibles dans le cadre de la vie sociale. Rien n’existe autour de moi, le monde a disparu, les êtres ont disparu, le jour a disparu, le temps n’est plus. C’est comme un puits au fond duquel scintille une lumière inconnue. Comme si la noirceur était lumineuse.

    J’ai quitté la Bretagne pour venir m’installer dans les Alpes, en Haute-Savoie. J’avais absolument besoin du spectacle des montagnes. J’ai rencontré Nathalie. Nous vivons ensemble depuis. Nous avons trois enfants.

    Mon frère est mort à trente-neuf ans d’une rupture d’anévrisme. Un choc effroyable, destructeur. Je ne l’avais pas revu depuis plus d’un an. Je l’ai retrouvé dans la salle de la morgue. Une énorme culpabilité. Mes parents n’étaient pas là et injoignables. Je suis allé en Bretagne pour m’occuper de son corps, de l’administration, pour préparer la crémation, prévenir la famille… J’ai enfin réussi à contacter mes parents pour leur dire : « Maman, Papa, Christian est mort. »

    Je ne pouvais pas échapper à la quête spirituelle. C’est mon chemin de vie, je devais l’accepter.

    À trente-neuf ans, cette hernie discale mal opérée et qui me faisait souffrir s’est réveillée avec une violence inimaginable. Je « portais » toujours mon frère et mon dos n’en pouvait plus, mais je ne l’avais pas encore compris.

    Personne ne voulait m’opérer. Les risques étaient énormes. Mais j’allais perdre ma jambe gauche. Un chirurgien s’est lancé et ça a marché. Du moins, c’est ce que tout le monde a cru pendant quelques années. Mais ce travail en moi n’était toujours pas fait.

    Je continuais à écrire.

    D’autres histoires aussi. Sur mon blog « là-haut », je travaillais sur des textes « philosophiques », des réflexions qui me concernaient. L’être réel, le moi, le Soi, le mental, le temps psychologique, la mort, la douleur, la peur, l’intention, le désir, l’imagination, la conscience et l’inconscient, l’intuition, l’espoir et le désespoir, l’amitié, les autres, l’âme…

    Et puis, à quarante-deux ans, trois hernies discales d’un coup. Mon médecin n’avait jamais vu ça. C’est toujours là, en moi, cette douleur effroyable. Cette destruction psychologique… Jambe gauche paralysée, atrophie musculaire, l’incompréhension, pourquoi tout ce mal ? Je tournais la boîte de morphine dans mes mains lorsque je me retrouvais seul. La vider d’un coup et que tout s’arrête…

    Personne ne pouvait rien. Je faisais des rêves étranges, apaisants, comme des messages d’anges au milieu de cauchemars hallucinants… Des auras bleutées qui me parlaient : « Laisse la vie te vivre, elle sait où elle va. » Une totale incompréhension…

    J’allais mourir. Vessie bloquée, les reins en danger, douze kilos perdus, des cauchemars infinis au milieu des larmes, ma femme et mes enfants effondrés. Un calvaire.

    Une opération de la dernière chance : sortir les intestins, visser une plaque sur la colonne, ouvrir le dos, visser une autre plaque et boulonner les deux. 50 % de risque pour le fauteuil roulant, 25 % paralysie de la jambe gauche, 25 % je remarche à peu près. J’ai refusé. Prolongement du calvaire. Et puis la rencontre avec Hélène, un hasard qui n’en était pas un, une médium magnétiseuse. La première séance, quatre heures dans un espace inconnu, une dimension spirituelle dont je n’imaginais pas l’immensité… Je suis sorti en marchant. J’aurais pu rentrer à pied. Trois mois après je reprenais le ski.

    À mon tour, je devenais une énigme pour la science.

    J’ai écrit Les Éveillés pour essayer de comprendre.

    Je ne pouvais pas échapper à cette quête spirituelle. Tout ça n’était qu’un chemin à prendre. Ça ne dépendait pas de moi

    … À cœur ouvert s’est imposé un peu plus tard. C’est toujours la perte de l’intégrité physique et morale qui m’importait, comprendre ce qu’elle révèle, réaliser qu’il s’agit d’une opportunité de transformation.

    -Paul Laskin, votre personnage, est transformé par l’opération qui fait de lui une sorte de cobaye, puisque son cœur artificiel le relie à toute une « machinerie » informatique. Et pourtant, sa conscience s’éveille littéralement, au fur et à mesure du questionnement qui s’installe en lui. C’est d’une richesse philosophique remarquable. Êtes-vous un philosophe, vous sentez-vous l’âme d’un « guide spirituel », pour transmettre, questionner, « éveiller » vos lecteurs ?

    Un guide spirituel, certainement pas. Marcher dans les pas d’autrui interdit de se rencontrer. C’est une condamnation. Et je souhaitais pourtant devenir guide de haute montagne ! Mais dans l’espace spirituel, il importe avant tout de se connaître soi, pas de connaître son guide. Et le guide ne peut pas vous renvoyer à vous-même, il ne renvoie que l’image qu’il a de vous. Il est possible de montrer simplement comment on s’enseigne soi-même. Mais il ne s’agit pas d’une intention narcissique. Juste la volonté de rester intègre, humble, conscient. Que les autres puissent se nourrir quelque peu de cette démarche doit être de leur part un choix lucide. Surtout pas une imitation. « Si tu n’es pas toi-même, qui pourrait l’être à ta place », Henry David Thoreau. Cette maxime m’a nourri et je serais malhonnête à vouloir la détourner en m’octroyant le terme de guide ou même de philosophe.

    Il y a en trame de fond une très belle histoire d’amour, entre Diane et Paul. L’amour, est-ce pour vous un élément essentiel dans les relations humaines, a-t-il une place privilégiée dans une démarche de développement personnel ?

    Il convient d’établir au préalable ce que le mot « Amour » désigne. L’amour intentionnel est issu du mental et il est au service de l’ego. Il souffre de tous les fonctionnements instaurés par l’histoire temporelle de l’individu, ses refoulements, ses traumatismes, ses éducations modélisées. L’amour intentionnel est le reflet des tourments de l’ego qui se projette dans un avenir illusoire à travers des espoirs, des attentes, des projets, un futur idéalisé, ou établit un ancrage invalidant sur un passé disparu. Cet amour-là n’est que le reflet de notre incapacité à vivre l’instant présent dans un état de clairvoyance. Il est le symbole même de l’anarchie de nos pensées, du capharnaüm psychologique qui caractérise l’ego. Dès lors que l’individu qui se croyait aimant et aimé ne se reconnaît plus dans l’autre qu’il aime, il s’enfuit. Car dans ce faux amour, l’objectif est de maintenir une identification. Si la relation déséquilibre cet état figé, il y a rupture. Mais aucun des deux partenaires n’a jamais aimé. Et ils l’ignorent. Puisqu’ils ne savent pas qui ils sont quand ils aiment. Qui pourrait aimer sans exister au préalable ? C’est comme s’obstiner à arroser des fleurs qui n’ont pas encore été plantées. Croire que l’Amour peut nous construire est une abomination envers l’Amour lui-même. Et il ne le mérite pas.

    L’Amour inconditionnel est un état constant, une vibration initiée par une conscience libérée du Temps psychologique. C’est cela que je cherche à transcrire dans mes romans.

    Il y a les prisons que l’on accepte, mais pire encore celles que l’on se fabrique. L’amour mentalisé est une prison aux murs gigantesques. Seul l’individu ayant accompli une quête intérieure, une épuration spirituelle, qui sait ce qu’il est hors de tous conditionnements, qui a conscience des manipulations de l’ego, seul celui-là a la capacité de faire de l’Amour véritable un espace à découvrir et non des murailles à constituer.

    Ce que j’aime dans la femme que j’aime c’est sa façon d’aimer la vie. Et c’est pour ça que je l’aime. Ce qui me permet d’aimer la vie en elle. Cet Amour-là est d’abord l’Amour de la Vie. Nous n’en sommes que les supports.

    -La nature est omniprésente également, c’est retiré au cœur de la nature sauvage et presque déserte que Paul commence à avancer sur le chemin qui se déroule devant lui. Quelle place la nature tient-elle dans votre œuvre, mais aussi dans votre vie ?

    Je lui dois d’être en vie. C’est tout de même une bonne raison pour l’aimer.

    J’ai parcouru les bois de mon enfance, seul, très souvent, avec un amour infini pour le silence, les couleurs, les parfums, je vivais au bord de la mer. Les jours sans école, je partais au petit matin avec mon sac, je rentrais le plus tard possible, j’avais construit une cabane au sommet d’un chêne, c’était mon refuge. Je ne me suis jamais senti seul, en fait. Je parlais aux arbres et aux oiseaux, je sifflais avec le vent et je courais avec les nuages. Je lisais dans ma cabane :L’enfant et la rivière, Terre des hommes, Croc blanc, L’amour de la vie… La Nature est un épurateur, un liquidateur de tourments, un espace vierge de toute attente, un calice où l’âme est en paix. Même dans les parois des Alpes, il m’arrivait de ressentir cette étrange impression d’être aimé… Je me suis toujours demandé si la Nature était consciente de notre présence. J’aimerais être certain qu’elle sache à quel point je l’aime. J’écris aussi pour témoigner de cet amour.

    Propos recueillis par Anita Berchenko