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Au service de l'humanité

Par Le 16/04/2022

 

Un travail remarquable, essentiel.

Le bonheur aussi pour nous parce que c'est ce que Nathalie essaie de faire en échangeant des graines par la poste. Elle récolte, elle partage, et elle reçoit d'autres graines qu'elle expérimente. Et les résultats sont parfois fascinants. L'idée, c'est bien entendu de garder des graines des plantes les plus résistantes et les plus généreuses pour nous. On n'achète pas de graines. Nathalie garde celles des plants les plus vigoureux, les plus résistants à la canicule, principalement. Il est clair également qu'il faut privilégier les plants à floraison tardive. On l'a encore vu cette année. Monsanto et autre firmes du même genre n'ont aucune utilité. Tout est dans la nature. 

 

Alimentation : il conserve des graines pour éviter une famine mondiale

 

Publié le 16/04/2022 à 08h00

Écrit par Yannick Kusy (@yannkusy) Propos recueillis par Alain Fauritte

Stéphane Crozat dirige le CRBA : "Depuis que je suis tout petit, il y a deux choses qui m'intéressent : c'est l'histoire et les plantes"

Stéphane Crozat dirige le CRBA : "Depuis que je suis tout petit, il y a deux choses qui m'intéressent : c'est l'histoire et les plantes" • © Yannick Kusy

Lyon

Rhône

Auvergne-Rhône-Alpes

Ethnobotaniste et historien d'art des jardins, Stéphane Crozat dirige le Centre de ressources botanique appliquée (CRBA), situé près de Lyon. Un organisme, créé en 2008, qui travaille sur l'avenir de notre alimentation à partir de ce qui subsiste : un immense patrimoine naturel en danger.

Ce CRBA est basé à Charly, près de Lyon, au sein de la ferme Melchior, en référence à Melchior Philibert. “Un riche marchand lyonnais du 17e siècle qui a construit cette maison des champs... Une villa de plaisance, en fait, mais qui est aussi un domaine agricole.” précise Stéphane.

Le CRB s’est installé en 2019 dans ce lieu idéal de travail. “C'est un endroit vraiment important pour nous parce qu’on à la fois une mission de conservation, d'études de variétés anciennes... et c'est aussi un domaine historique. Au CRBA, il y a une partie où on travaille sur les jardins historiques, sur l'archéologie des jardins, la restauration des jardins. Cela permettait de tout rassembler dans un seul et même endroit”

Grâce au CRBA, les graines sont conservées et observées dans leur diversité

Grâce au CRBA, les graines sont conservées et observées dans leur diversité • © france tv

La vocation de ce Centre est multiple. “ Au tout début, c'était vraiment d’étudier notre patrimoine horticole agricole lyonnais. Dans la seconde moitié du 19e siècle, il y avait vraiment la création de dizaines de milliers de variétés de fruits, légumes, fleurs de céréales. On a voulu les retrouver et les conserver.”

Puis les choses ont progressé. “On a aussi voulu valoriser ces variétés. Qu'est-ce qu'on en fait ? A quoi elles servent ? Et du coup, on a créé une station d'expérimentation agronomique. Et puis on a aussi créé une ferme dans laquelle on étudie ces variétés, aussi bien lyonnaises que des variétés qui viennent d’un petit peu partout dans le monde entier.”

Dans la seconde moitié du 19e siècle, il y avait vraiment la création de dizaines de milliers de variétés de fruits, légumes, fleurs de céréales. On a voulu les retrouver et les conserver

Il y a quelques années, Stéphane a rappelé, dans un ouvrage intitulé “fleurs, fruits, légumes l'épopée lyonnaise” que Lyon a été le centre du monde en matière d'horticulture jusqu'à la Première Guerre mondiale. “Absolument. C'était vraiment très important. 70% des roses mondiales, dans la seconde moitié du 19e siècle, viennent de cette région. Ce n'est pas anecdotique mais c'est aussi des dizaines de milliers de variétés de fleurs, des céréales, des légumes, des fruits... Par exemple, on a listé à peu près 300 variétés de pommes, de poires de prunes, de pêches, etc... créés dans la région. On en a déjà retrouvé à peu près 120” détaille l’expert.

Lyon était donc le centre du monde à cette époque-là. “Cela commence au 16è siècle, en fait. Toute cette histoire où Lyon est vraiment un grand carrefour - on le dit encore aujourd'hui...la confluence-. Grâce à ces gens qui viennent de toute l'Europe pour construire cette ville, comme les italiens, les flamands, les Allemands, les Espagnols... Chacun arrive avec ses graines, ses artistes, ses architectes, enfin tous ces savoirs européens.” Il donne des exemples : “La fameuse gastronomie lyonnaise est internationale au départ. Elle vient de cette période et les végétaux qui vont avec. Pour pouvoir cuisiner, manger, on a eu besoin de ces végétaux.”

Confrontés aux défis du dérèglement climatique

Aujourd'hui, le défi qui s’annonce consiste à d'adapter nos cultures au changement climatique. “On ne sait pas très bien où on va. C'est vrai qu'on parle souvent de réchauffement climatique mais, on le voit concrètement dans notre quotidien, ce n'est pas que du chaud. C'est vraiment un dérèglement climatique ” s’inquiète Stéphane Crozat. "Si on prend, par exemple, l'hiver... on a eu un hiver très doux, les végétaux ont démarré très tôt puis, on a vécu un gros coup de gel et hop, voilà le problème.”

La question est de trouver comment s’adapter à l’avenir. “Pour des fruitiers, ça peut consister à choisir des variétés tardives. On va chercher, notamment, pour les légumes ou les céréales, des végétaux dont les variétés vont avoir un cycle le plus court possible. Il y a de plus en plus d'aléas. De la grêle, de la sécheresse, les inondations, etc... Il faut passer entre les gouttes, si j'ose dire, et du coup on va devoir chercher les variétés qui s'adaptent ” répond le spécialiste.

Croiser génétiquement les espèces ou laisser faire la nature

S’adapter passera-t-il par des modifications génétiques ou des croisements d’espèces ? ”Ce n'est pas du tout caricatural. Il faut vraiment prendre conscience du fait qu’aujourd'hui il y a ces deux tendances au niveau mondial. Il y a ceux qui pensent que les croisements génétiques, la création variétale, les OGM notamment, vont permettre de nous nourrir et vont révolutionner le monde. Et puis il y a ceux -dont nous sommes- qui pensent plutôt qu’il y a déjà les ressources. On peut continuer de créer des variétés évidemment. Après, c’est toujours un problème de technique. Qu'est-ce qu'on fait ? Qu'est-ce qu'on met, etc.…”

Il esquisse quelques pistes. “De toute façon quand on crée une nouvelle variété, la ressource vient de quelque part. Cela vient de végétaux qui existaient déjà. On va chercher les qualités chez des végétaux plus anciens. D'où l'intérêt de les connaître et de les conserver. Et, éventuellement, on peut en créer pour un certain nombre de raisons, et notamment pour essayer de de s'adapter”

Depuis 10 000 ans que l'agriculture existe, l'homme a toujours sélectionné les meilleures variétés

L’une des options consisterait à donner tous les pouvoirs à des multinationales, telles que Bayer ou Monsanto, qui auraient, de fait, une mainmise sur l'alimentation de la planète. L’autre possibilité se résume à faire confiance à la nature et au savoir-faire de l'homme qui, lui, peut produire des plantes qui feront face aux aléas climatiques. "Dites-vous que, depuis 10 000 ans que l'agriculture existe, l'homme a toujours sélectionné les meilleures variétés, celles qui lui convenaient le mieux. Et tout ça était dans la main des paysans.” rappelle Stéphane. “A partir du 20e siècle, c'est la standardisation, et l'industrialisation. Donc on a enlevé ça des mains des agriculteurs pour le confier à des multinationales. Aujourd'hui, peut-être qu'il va falloir rendre ces variétés aux agriculteurs tout simplement.”

Anticiper un risque de pandémie sur le végétal

De nos jours, 15 espèces de plantes fournissent 90% des ressources alimentaires de la planète. Ce qui signifie que, si elles s'adaptent difficilement à l'évolution du climat, les problèmes commencent. “Oui et c'est, potentiellement, des risques de famine. Regardez : le riz, le maïs, la pomme de terre, le blé, le soja, voilà... on a à peu près fait le tour, déjà, de ce qui nourrit l'immense majorité de la population. On a standardisé de plus en plus. Donc on a diminué le nombre de variétés. Imaginez une pandémie du végétal...”

Comment s'y préparer ? “C'est l'importance même de la conservation de cette biodiversité, de son entretien, de son utilisation quotidienne dans vos assiettes. Plus vous avez de diversité et plus vous avez de solutions possibles. Plus vous avez de possibilités de vous adapter.”

On voit effectivement des variétés de pastèques, de melons, etc.… qui poussent par 50 degrés

On peut trouver des plantes qui s'adapteront à ces changements climatiques dans l'immense richesse des végétaux qui existent encore, où qui ont existé sur la planète. On trouve, par exemple, en Arménie, des melons et des pastèques qui poussent dans des températures de 50 degrés. “Certaines de nos variétés locales vont s'adapter, mais d'autres pas. Au-delà, on va faire comme les gens ont toujours fait. Je disais tout à l'heure qu’au 16ème siècle, les gens amenaient leurs végétaux de partout et que c'est comme ça qu'ils ont créé les variétés locales. Il faut continuer ce mouvement.”

Ce qui implique des recherches sur le terrain “ On conduit des expéditions botaniques où on va chercher ces végétaux dans des régions spécifiques. On est allés, par exemple, dans une des stations de l'institut Vavilov, de Saint-Pétersbourg, qui est la plus ancienne banque de semences mondiale, au Daguestan. Là-bas, l'amplitude thermique, c'est moins -20 à +53 degrés. Et on voit effectivement des variétés de pastèques, de melons, etc.… qui poussent par 50 degrés. Ici, on n'a pas du tout ce type de variétés là. Donc on les introduit, on les étudie, et on voit ce que ça donne.”

Nikolaï Vavilov, botaniste et généticien russe

Nikolaï Vavilov, botaniste et généticien russe • © france tv

L’Institut Vavilov doit son nom à Nikolaï Vavilov, botaniste et généticien russe qui a effectué 115 expéditions dans 64 pays du monde pour constituer une collection extraordinaire. Elle constitue aujourd’hui la 4ème banque de semences du monde. "Déjà, dans les années 1920/1930, Nicolas Vavilov, qui est un des pères de la génétique mondiale, a eu cette idée. Il fallait identifier ce qu'on appelle les centres de primo-domestication des plantes. C'est à dire l'endroit où l'homme a domestiqué, pour la première fois, le blé, le soja, le maïs, la pomme de terre. Lors de ses expéditions, il est allé collecter ces variétés parce qu’il avait conscience, déjà, que, à l'état sauvage, les plantes résistent à tout. Elles n'ont pas de maladie. On ne les traite pas et elle se débrouillent toute seules. Elles résistent à leur environnement.”

Vavilov est donc allé chercher cette diversité. “Il s'est dit que c’était la clé pour nourrir son pays, à l'époque. Alors il est allé chercher ces variétés un peu partout et elles existent encore effectivement. 80% ne sont là que parce qu'elles ont été collectées avant la seconde guerre mondiale. Soit avant l'industrialisation de l'agriculture. Et avant que quiconque ne se mette à créer ces banques de semences au monde” raconte le spécialiste.

L'immense héritage de Vavilov

Ces semences très anciennes peuvent toujours être utilisées. “Bien sûr. Elles sont multipliées régulièrement. Mais elles sont aussi conservées de différentes manières. En congélation, par exemple, vous pouvez garder les graines entre 50 et 70 ans. Si on reprend l'exemple de l'institut Vavilov, il y a aussi la cryogénisation à l’azote liquide (-196°) qui permet de conserver des pollens ou des greffons pour des durées beaucoup plus longues encore. Cela permet les avoir et de les ressortir en cas de besoin” explique Stéphane Crozat.

Pour l'anecdote, Vavilov, qui voulait sauver les hommes de la faim, est finalement décédé au Goulag, sous Staline, en 1943. Son institut est toujours dans une situation fragile Elle comprend 12 stations dans le monde et une seule hors de Russie. C’est celle dirigée par Stéphane. "L'idée, c'était vraiment de s'inspirer de ces stations et du travail de Vavilov en Russie. Aujourd'hui à Lyon, on va étudier nos variétés, les caractériser, déterminer si elles sont grandes, petites, résistantes aux maladies, à la sécheresse... Si elles ont bon goût ou de bonnes qualités nutritionnelles.”

Les critères pris en compte sont ceux de l'industrie et de la transformation. Jamais l'agriculteur seul, ou le consommateur. Jamais vous et moi.

La mission ne s’arrête pas là. "On fait cette sélection de façon participative avec l'ensemble des utilisateurs. Le consommateur, bien sûr, des chefs cuisiniers, des transformateurs, etc. Il faut savoir que la plupart des variétés que vous trouvez dans vos supermarchés aujourd'hui ont été créées par les grands semenciers dont on parlait tout à l'heure. Et les critères pris en compte sont ceux de l'industrie et de la transformation. Jamais l'agriculteur seul, ou le consommateur. Jamais vous et moi.”

Ce qui signifie que l’on privilégie la facilité à les conserver ou les transporter et pas prioritairement leur qualité gustative. “Donc on cherche à vraiment développer ça. Donc on va faire une sélection avec les gens qui les utilisent. On va les tester, les goûter. Faire un travail sur des variétés qui, finalement, ne plaisent pas aux consommateurs, c'est un peu dommage. Et, enfin, on fait des analyses des qualités nutritionnelles, en laboratoire, pour voir, par exemple, les taux de vitamines, de protéines, etc. Quelles sont les variétés qui développent le plus d'intérêt.”

Il précise : “Vous savez aujourd'hui que, par exemple pour les protéines, on va devoir de plus en plus se passer ldes protéines animales parce que c'est très consommateur d'eau, c'est polluant etc. On va chercher ces protéines dans les végétaux donc on fait des analyses pour savoir quelles sont les variétés qui ont le plus de protéines.”

durée de la vidéo : 01min 27

Stéphane Crozat répond à la question fort minable • ©france tv

Le parcours de Stéphane Croizat parle pour lui et explique sans doute ses convictions. Lycée agricole de Brioude, licence d'histoire de l'art et d'archéologie à Clermont-Ferrand, maîtrise de langues “histoire civilisation du monde entier” option archéologie, école d'architecture option jardin botanique et paysage à Versailles... Stéphane est passé par le CNRS où il était chargé d'études.

Un profil impressionnant, empreint de modestie. “Je ne sais pas... Depuis que je suis tout petit, il y a deux choses qui m'intéressent : c'est l'histoire et les plantes. J’ai toujours suivi ma passion et, petit à petit, je suis allé vers ces différents domaines. Je me suis rendu compte que je pouvais rassembler tout ça dans l’ethnobotanique. A partir de ça, une fois qu'on a commencé à retrouver ces végétaux, on s'est dit que ce n’était pas possible de les laisser s'en aller. On a donc créé le CRBA.” résume-t-il simplement.

Chacun peut cultiver sa variété de semences

D'une passion, Stéphane a donc créé un organisme qui est en train de rendre service à la population, et qui nous sauvera peut-être un jour de la famine. Il propose également aux particuliers d'adopter des graines pour les faire pousser "C’est une démarche participative. On travaille sur du vivant. Et donc il faut continuer à le faire vivre. L'objectif, c'est de faire connaître ce travail, d'expliquer à chacun. Et chacun peut faire des choses. Notamment, si vous avez un jardin, vous pouvez nous aider à multiplier ces variétés. On vous confie une variété -pas plus parce que sinon ça peut être un peu compliqué- vous cultivez ces graines... on vous forme et les graines sont ensuite données gratuitement. Et ensuite les gens nous rendent ces graines. Cela nous permet d'en distribuer à d'autres et aussi aux agriculteurs.” Avec Cette initiative, chacun peut ainsi planter sa petite graine... et c'est comme cela qu'on fait des grandes forêts.

REPLAY : Voir ou revoir l'intégralité de cette émission

KUNDALINI :l'avis d'un lecteur

Par Le 15/04/2022

 

ou d'une lectrice. 

 

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5,0 sur 5 étoiles délicieux !!!

Commenté en France le 22 février 2022

Achat vérifié

A lire..que d’enseignements ! Merci pour nous emmener au profondeur de l’Amour.
Un nectar succulent merci et encore merci monsieur.

 

Un choix qui n'en est pas un

Par Le 15/04/2022

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Tout le monde comprendra de quoi il s'agit.

Et c'est effrayant d'imaginer que quoi que l'on décide désormais, il ne s'agira pas d'un choix par conviction mais par dépit. En tout cas, pour ma part.

Tout aussi effrayant de constater à quel point, la problématique écologique est renvoyée au second plan, voire même bien plus loin. Alors que tout va dépendre de nos décisions, non pas dans les cent ans à venir mais, là, maintenant. 

Il est évident qu'il faudra attendre que la situation environnementale devienne fortement chaotique et que cela impacte la majorité de la population pour que la prise de conscience survienne. Maintenant, il est tout aussi évident que des décisions politiques majeures ne peuvent être assumées que par un seul pays, ni deux, ni trois. C'est à l'ensemble des gouvernements du monde de franchir le pas. Parce que sinon, on se heurtera toujours à la compétitivité, la rentabilité, la croissance, le PIB, au pouvoir d'achat etc etc...et pire encore à la carrière politique de tous les cafards.

Mouton résilient : ITW de Barnabé Chaillot

Par Le 13/04/2022

Barnabé Chaillot

 

par 

17/08/2021

Barnabé Chaillot se consacre depuis plus de 10 ans à la recherche et la promotion de l'autonomie énergétique, hydrique et alimentaire. Il est spécialisé dans la création, l'expérimentation et la diffusion de petits systèmes autoconstruits, simples et accessibles au plus grand nombre.

De l'alimentation solaire, en passant par un rocket-stove, faire sa farine maison, ou boire et se laver à l'eau de pluie, etc. Toutes ses vidéos suivent une démarche scientifique : De l'idée, au prototype, aux tests, en passant par les problèmes et leurs résolutions, ses tutos sont très didactiques, accessibles et filmés dans la bonne humeur.

Dans cette interview, Barnabé nous en dit plus sur son autonomie en eau et l'évolution de sa réflexion sur le sujet de l'eau de pluie. 

 

INTERVIEW DE BARNABÉ CHAILLOT 

 

Bonjour Barnabé, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas encore ?

"Je suis bricoleur du dimanche à temps plein. Je fais des vidéos et des tutos. J’essaye de faire des choses reproductibles et qui nous poussent vers toujours plus de liberté, d’autonomie et donc de résilience. Je partage mes expériences notamment sur YouTube."

Pourquoi cette passion pour le partage de tes expériences ?

"Cela a commencé par bricoler une éolienne. Quand j’ai vu que je n’avais pas assez de vent chez moi, au lieu de la démonter et la recycler, un ami m’a conseillé de filmer ma démarche, mes erreurs et de suivre l’évolution du projet. De l’inspiration à la conception en passant par les nombreux obstacles et adaptations. Cette vidéo à beaucoup plus et ce concept de faire voir la démarche dans son ensemble est devenu la ligne éditoriale de ma chaine YouTube."

Es-Tu 100% Autonome En Eau ?

"L’autonomie, c’est toujours pareil. Est-ce que tout le monde est 100% autonome pour se déplacer sans pétrole ? Oui bien sûr, car nous avons tous des jambes. En revanche, est-ce que l’on ne se déplace qu’avec nos jambes ? La réponse est non. Dans le cas de l’eau, c’est pareil dans mon cas. J’ai 10 fois plus d’eau de pluie que ce dont j’ai besoin, mais j’achète quand même de l’eau de ville."

Pourquoi ce choix ?

"Si demain il n’y a plus d’eau du réseau, je serai 100% autonome. En fait, je suis autonome, mais je n’en tiens pas compte. Nous avons un WC sec, mais on n’y va jamais car nous avons de l’eau de pluie pour alimenter la chasse d’eau.

Au début, j’utilisais un petit chauffe-eau électrique de 10L que l’on allumait 20 minutes avant de prendre notre douche et que l’on arrêtait juste après (c’est le temps qu’il faut pour chauffer les 10L). Une fois refroidie, cela représente une douche de 20L.

Largement suffisant pour se laver. L’avantage de ce système est d’être doublement économique. J’ai calculé qu’allumer 4 fois le chauffe-eau de 10L consommé moins que notre gros chauffe-eau standard. Aussi, on utilise moins d’eau sous la douche, car une fois la réserve d’eau chaude partie, l’eau commence rapidement à se refroidir, c’est le signal qu’il faut vite se rincer avant de n’avoir que de l’eau froide.

Désormais, comme pour le WC sec, nous préférons le confort de chauffe-eau standard alimenter à l’eau de ville. C’est quand même plus pratique, car c’est plus rapide pour tout le monde au quotidien."

Peux-tu expliquer ton système ?

"J’ai simplement un petit pan de toiture de 70m² (sur les 200m² totaux) qui se jette dans une cuve en plastique de 3500L équipée d’un préfiltre. L’eau est aspirée via une crépine flottante par une pompe et un surpresseur me permet d’alimenter toute la maison dans un réseau de tuyaux secondaire.

Le robinet de cuisine est lui toujours raccordé à l’eau de ville, ainsi que l’eau chaude. Cela pour éviter de devoir installer un second chauffe-eau. Ainsi tout le réseau d’eau chaude est branché à l’eau de ville.

Nous sommes 4 et nous consommons 2.5m3 d’eau de pluie par mois et environs 2m3 d’eau de ville."

As-tu déjà étais en pénurie d'eau de pluie ?

"Oui, 2 fois de suite pendant 1 semaine. Une fois, ils avaient annoncé de la pluie, j’ai donc vidé ma cuve pour remplir mes réserves pour le jardin et il n’a pas plu.

Mais cela reste rare par chez moi (Grenoble) qu’il ne pleuve pas pendant 1 mois et demi. Si cela devait se repérer, je commencerais par dévier plus de toiture dans ma cuve (je n’ai actuellement que 70m² de surface qui alimentent ma cuve)."

J’ai vu dans une de tes vidéos que tu possèdes un filtre à gravité, tu peux m’en parler ?

"Oui, j’ai un filtre à gravité de type Berkey / Bekerfeld avec des cartouches céramiques / charbon actif. C’est un système génial totalement passif. Je l’ai surtout quand je reçois du monde, pour ne pas les obliger à boire de l’eau de pluie non filtrée. 

C’est également un système de secours s’il fallait boire tous les jours, boire de l’eau de pluie avec des gens sensibles qui ont mal au ventre ou autre. On pourrait passer sur ce système sans problème."

As-tu un système pour contrôler le niveau de ta cuve ?

"Oui, j’ai un système avec un radar de recul de voiture. Ça coute 15 euros. Cela fonctionne via un radar phonique qui bip et me donne une idée du niveau de l’eau selon le bip.

Mais au final, je ne regarde pas souvent, car comme il pleut souvent, je sais que j’ai assez d’eau."

Comment filtres-tu ton eau ?

"Au début, j’avais mis une série de filtres (filtre lavable puis filtre à sédiment de 10 microns). Un jour au moment du nettoyage, j’ai remarqué que les filtres sentaient fortement la vase. J’ai considéré qu’à cet endroit, cette concentration de vase n’était pas nécessaire. Ça ne me plaisait pas. J’ai alors décidé de retirer mes filtres.

À la base, l’eau n’était pas pour les besoins potables. Puis, on a commencé à se brosser les dents avec. Peu après, j’ai appris que mon fiston avait décidé de s’acclimater à l’eau de pluie. Il en buvait une demi-gorgée tous les jours. Il n’a pas été malade.

Aujourd’hui on en boit sans se soucier de quoi que ce soit, il ne nous est rien arrivé jusqu’à présent. L’eau n’a pas le gout particulier. J’aime beaucoup dire que notre eau n’est pas potable et c’est très dangereux, car les oiseaux chient sur notre toit ;)"

Comment s’est faite cette transition dans la famille ?

"Au début seul la salle du bain du bas, la douche, les WC et la machine à laver étaient raccordés à l’eau de pluie. L’expérience étant concluante, nous avons ensuite passé toutes les canalisations d’eau froide à l’eau de pluie. Tout le monde a très bien accepté l’arrivée de l’eau de pluie dans la maison, surtout les enfants."

Pourquoi ce choix de l’autonomie ?

" La liberté. Je ne veux pas dépendre de qui que ce soit ou quoi que ce soit. Je veux être libre de choisir ou non d’être dépendant. Je désirais une source d’eau au cas où le réseau tombe en panne ou si un jour je ne gagne plus d’argent, j’aimerais pouvoir ne vivre de quasiment rien.

Cette liberté et cette résilience me permettent de ne pas trembler s’il n’y a plus d’eau de ville."

Qu’en pensent ton entourage et les gens de ta démarche d’autonomie en général ?

" Comme tout le monde, ils trouvent intéressant d’en entendre parler. Tout le monde est curieux est intéressé si je dis que je fais 200kg de pommes de terre, que je suis autonome en noix, que je fais mon huile, mes chaussures, mais quand il s’agit de passer des heures dans le jardin à ramasser les récoltes, faire des conserves, etc., il n’y a plus personne."

Si je te dis résilience ?

« Disons simplement que quand l’extérieur se modifie, toi tu peux rester pareil et regarder les autres s’affoler. »

Que penses-tu du survivalisme ?

« Je trouve que la démarche est très bonne et permet d'ouvrir les consciences. En revanche, c’est un sentiment qui peut vite devenir destructeur et angoissant. Le fond est le même (que l’autonomie), mais avec souvent un peu plus de peur.

La peur d’être submergé par un changement extérieur. S’il devait y avoir un gros changement extérieur, je ne pense pas que l’on puisse s’y préparer de toute façon. Tenir 3 semaines de plus que les autres, à quoi bon ? Aussi en ce qui con-cerne l’effondrement probable dont on entend parler régulièrement, il est possible que cela mettre énormément de temps, sur plusieurs générations.

Quant au fait de stocker, si rien ne se passe, cela peut générer beaucoup de gaspillage.

Un gros stock de bouteilles en plastoc ou des boites des conserves, pour moi, c’est de la mal bouffe. Si on parle de haricot sec, ou si possible de cuve d’eau de pluie, OK. Mais stocker de la mal bouffe, ça ne me va pas.

Si je suis au fond survivaliste, je préfère me qualifier d’autonomiste. »

Quelle est ta vision du futur ?

« Je suis assez pessimiste. Tout se modifie et se dégrade. Les animaux, la faune, la flore, les in-sectes, les oiseaux, la biodiversité, les semences potagères… tout se dégrade, on bétonne, on goudronne et dans le même temps, on se déconnecte.

Plus personne ne sait décortiquer du sarrasin. Plus personne ne sait moudre du blé, potabiliser de l’eau ou savoir que l’on peut boire de l’eau de pluie. Le pétrole, tout le monde sait que ce n’est pas éternel et à côté de ça, le risque nucléaire est bien là. Même si le risque est faible, statistiquement ce n'est qu'une question de temps avant le prochain accident.

Je pense que le progrès est le problème. Trouver une solution en inventant une solution technique qui, globalement et de manière assez objective, est plus complexe que le problème déjà présent ne peut pas fonctionner.

Pour ne pas trop prendre de bois, on a trouvé du charbon, puis du pétrole puis du nucléaire et maintenant on fait du lithium. Or chaque solution est pire que la précédente. On pense que le progrès va amener une solution alors que pour moi le progrès, c’est le problème. »

Si tu avais un conseil à donner aux lecteurs de ce livre, quel serait-il ?

« C’est dommage de ne pas utiliser ce qui tombe sur le toit. Cette eau plus ou moins propre permet déjà de faire énormément de chose. Aussi, il ne faut pas avoir peur de l’eau de pluie et des normes. Mon conseil donc, mettez une cuve sous la gouttière, buvez un peu d’eau, faites des tisanes, regardez si vous n’êtes pas malade, testez. »

Un mot sur les bactéries ?

« C’est un sujet consensuel. Il y a des bactéries partout. Dans beaucoup de pays, les gens ne boivent que de l’eau de pluie et tout va bien.

Les bactéries dans l’eau ne sont peut-être pas le plus gros danger et pourtant on n’entend parler que de ça. Où sont par exemple les analyses sur les néonicotinoïdes ? Ou sur l’aluminium ? On sait tous que l’aluminium cause la maladie l’Alzheimer et pourtant, dans les usines de potabilisation d’eau de ville, une pratique courante est d’utiliser des sels d’aluminium dans le processus du traitement (pour faire floculer les particules). Si l’on en met trop, cela se retrouve dans l’eau au robinet, mais personne n’en parle. Pas de débat, pas d’analyse, pas de problèmes.

Aussi, quand une analyse de l’eau de ville dépasse les critères, le préfet fait un arrêté pour autoriser la distribution de l’eau malgré le fait qu’elle est dépassée les seuils. Peu de gens savent que parfois l’eau est dégueulasse, mais elle est quand même vendue. Ils ne vont pas couper l’eau de toute façon, et on ne reçoit pas de texto pour nous en informer. » 

Ton opinion sur les normes ?

« Il ne faut pas se fier aux normes qu’on nous donne. Pour se protéger, ceux qui nous vendent l’eau ont fait des normes qui nous contraignent. Si je regardais ce qui se trouve sur la pomme de mon jardin, et que je la faisais analyser, on me dirait : impropre à la vente.

Effectivement, les entreprises se doivent de bien gérer leur stock pour éviter tout problème dans le cadre de la vente.

Hors cadre de vente, dans mon potager, il me suffit de manger ma pomme et tout va bien. Pour l’eau, c'est pareil. Pour vendre une eau, il faut des critères de malade, mais pour la consommer, on s’en fiche complètement. Mais cette notion est loin d’être grand public. »

Que penses-tu des normes sur la qualité de l’eau du robinet qui changent régulièrement ?

« Il faut le voir comme ça : d’abord on analyse l’eau, puis on adapte la norme aux résultats pour que l’eau soit juste en dessous de la limite. Ce n’est pas la norme qui est faite en premier (cf. la distinction entre norme réglementaire et norme sanitaire).

C'est pareil dans l'industrie automobile. Ce n'est pas la nouvelle norme de pollution qui force les constructeurs à développer un nouveau moteur moins polluant. D'abord ils créent un moteur et s'il est moins polluant que les autres, il devient la nouvelle norme. »

Merci Barnabé et à bientôt.

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Si vous avez des questions, suggestions ou remarques, alors l'espace commentaire ci-dessous n'attends que vous.

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Haïku

Par Le 13/04/2022

 

Je suis retombé sur ce haïku hier soir. 

J'adorais ces petits textes lorsque j'étais au lycée. Mr Ollier nous les lisait et on les commentait. 

Celui-là m'était resté. Déjà, à cette époque.

 

Nous marchons en ce monde sur le toit de l'enfer en regardant les fleurs

Kobayashi ISSA

 

Je ne sais plus pour quelles raisons précises, j'avais ce sentiment de futilité, d'ignorance de la masse, ce sentiment de voir s'agiter les adultes dans une sorte de folie collective. Etait-ce juste inhérent à cette période de l'adolescence ou avais-je conscience que ce monde "moderne" ne pourrait jamais répondre à mes désirs, à mes besoins, à mes attentes, à mes passions ? Les fleurs que les gens autour de moi regardaient n'étaient que des artifices, non pas des fleurs réelles mais des créations humaines destinées à cacher le spectacle de l'enfer. 

Ce sentiment de décalage que j'éprouvais mille fois par an, cet isolement dans lequel je me sentais vivre et cet étouffement qui m'étreignait lorsque le "monde" me sautait à la gorge, ce sentiment d'être "hors cadre", il est toujours là. Je passais les récréations à lire, assis contre un muret, le plus loin possible des autres. On m'avait surnommé "maverick", c'est à dire les veaux qui quittent le troupeau dès qu'ils sont sevrés. 

Qu'en est-il de ce regard porté sur les fleurs ? A l'époque, jamais, je n'aurais considéré que c'était la solution. J'avais participé aux manifestations contre la centrale nucléaire de Plogoff et les CRS avait pu juger de mes qualités au lance-pierres. J'avais la rage. 

J'ai été renvoyé trois jours du collège, déjà, pour avoir cassé le nez d'un élève qui me harcelait en raison de mon surpoids. Il était entré dans les toilettes pendant que j'urinais et il avait mis sa main sous le robinet d'un lavabo pour m'arroser. Il était sorti en gueulant que je m'étais "pissé dessus". Je suis allé vers lui et je lui ai balancé mon poing dans la figure. Le proviseur a considéré que ma réaction était disproportionnée. Evidemment, quatre ans de harcèlement, il n'en tenait pas compte. J'étais asthmatique et à l'époque, on "soignait" à la cortisone. Je pesais 65 kilos à 14 ans. J'ai jeté tous les médicaments dans les wc de la maison et j'ai dit à mes parents "Maintenant, ça passe ou ça casse".

Et c'est là que j'ai commencé le sport, à hautes doses et que je me suis éloigné du monde et que j'ai commencé à regarder les fleurs avec un regard apaisé et non plus chargé de colère. Oui, il était bon de regarder les fleurs, les arbres, d'écouter le chant des oiseaux, de contempler la mer et d'y plonger pour nager pendant des heures, de regarder le coucher du soleil ou de se lever à 5 heures du matin et de grimper au sommet du plus grand chêne de la forêt pour regarder le soleil se lever. Je n'ai pas oublié la folie humaine pour autant, j'ai continué à me battre, je suis allé à Plogoff, j'ai participé au nettoyage des plages souillées par le pétrole de l'Amoco Cadiz et j'ai participé aux manifestations paysannes, j'étais au procès du maire de Plogoff lorsque les CRS ont tabassé les personnes qui le soutenaient à la sortie du tribunal, j'ai vu la folie humaine et son opposé, j'avais la rage malgré le bonheur de la paix éprouvée au coeur de la nature. Il me manquait quelque chose de plus puissant encore, quelque chose qui pourrait m'éviter de déraper parce que cette violence en moi, je la sentais comme une force plus forte que moi... Et j'ai découvert l'escalade et l'alpinisme. Je sais que les montagnes ont été le terrain de "jeu" qui m'a sauvé de la rage. Là-Haut.

Des centaines de millions de personnes continuent à regarder les fleurs artificielles. Celles-là font partie de l'enfer car elles l'entretiennent. 

Et moi, je m'occupe des fleurs de mes arbres fruitiers, non pas pour fuir ce monde moderne où je ne me suis jamais senti en paix mais parce que les arbres que je plante seront des choses très précieuses, de plus en plus précieuses, au fur et à mesure que les flammes de l'enfer grandiront. 

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Le bonheur de la folie douce

Par Le 10/04/2022

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C'est un texte à double tranchant ou à double face.

On ne parle évidemment pas de la folie psychiatrique mais d'une "folie douce", une folie existentielle.

Si on se place du côté de celui qui est "hors cadre", on peut supposer qu'il sera apaisé, voire réjoui de constater que quelqu'un d'autre vit dans la même dimension, avec le même regard. Personnellement, je me demande toujours pour quelles raisons il faudrait connaître quelqu'un qui soit semblable à soi pour, enfin, se sentir bien. L'essentiel étant de se sentir bien avec soi-même.

C'est vrai que ça dépend de sa propre capacité à vivre isolé. A ce qu'il paraît, l'humain est un être grégaire. Il n'est pas certain qu'il ait retiré le meilleur de cette tendance de fond. 

Il n'en reste pas moins que ce texte me dérange dès lors qu'on peut y voir également la folie de la masse. Combien sont-ils ces gens qui se sentent bien à vivre "comme les autres", à se sentir comme un poisson dans l'eau lorsque l'eau grouille de congénères. S'agit-il d'un état de conscience ou d'une certaine hallucination collective ?

Le fou est-il nécessairement une personne "hors cadre" ?

La masse ne pourrait donc pas être folle parce qu'elle regroupe un nombre considérable d'individus et que tous ces individus ne peuvent pas être tous fous... ?

Mais si, bien entendu, que la folie peut être collective et que l'individu, seul, "hors cadre", peut dès lors être totalement sain d'esprit.

Le nombre ne fait pas la raison et la raison peut être totalement détournée par le nombre car le nombre n'est pas nécessairement dans une démarche de réflexion. Il suit le courant.

Beaucoup de gens voient le monde d'une façon unique et cela ne signifie pas que ce monde soit sensé. Et beaucoup de ceux qui vivent dans une dimension unique sont considérés par la masse comme étant dérangés.

Finalement, est-il si réconfortant de savoir que d'autres nous ressemblent ?... Ne vaudrait-il mieux pas cultiver sa propre folie, dès lors qu'elle nous réjouit, sans pour autant chercher à tous prix d'autres fous identiques ?

L'idéal, au final, ne serait-il pas de trouver juste une personne suffisamment folle pour aimer partager sa propre folie avec la nôtre. Deux fous, c'est bien suffisant pour un bonheur commun. Cela, pour que ça advienne, demande avant tout que chacun des deux individus soit heureux de sa folie car aucune rencontre n'est possible si l'état intérieur de chacun n'est pleinement et sereinement vécu. 

Cuba : le secret de l’île bio

Par Le 08/04/2022

Ce qui m'intéresse dans ces deux vidéos, c'est de mettre en parallèle l'histoire de Cuba et l'avenir qui se profile pour nous et tous les pays industrialisés et dépendants du pétrole. 

Cuba a subi un blocus monumental pendant des années de la part des USA et la disparition de l'aide apportée, à l'époque, par l'URSS a obligé le pays à changer radicalement son agriculture. Le résultat aujourd'hui est exceptionnel. 

Lorsque nous regardons l'avenir de nos sociétés au regard de la dépendance envers le pétrole, il est clair, que dès aujourd'hui, les pays occidentaux devraient anticiper. Ce qui n'est pas fait dans le registre de l'agriculture. La guerre en Ukraine et les restrictions imposées à la Russie mettent d'ailleurs, déjà, en exergue, les manques dans l'approvisionnement de denrées telle que le blé et autres céréales. 

C'est vers une autonomie la plus grande possible que les pays doivent se tourner et la France a une terre particulièrement propice à ce développement. Ce sont les méthodes qu'il faut changer.

 

Pic de pétrole et décroissance.

Pétrole et sables bitumineux

Mathieu Auzanneau : Pic de pétrole

A propos du pétrole

 

ARTE Découverte

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Aujourd'hui, plus de 4000 exploitations agricoles urbaines produisent 1,5 millions de tonnes de légumes, sans pesticides ni engrais chimiques. Au début des années 1990, lors l'effondrement de l'Union soviétique, Cuba perd brutalement son principal fournisseur de pesticides. Pour éviter la famine, Cuba n'a d'autre choix que de développer des alternatives naturelles réduisant quasiment à zéro le recours aux produits chimiques. Résultat : les abeilles sont en pleine forme. Partout dans le monde, les apiculteurs se plaignent de perdre 20 à 30% de leur population d'abeilles chaque hiver. Ce n'est pas le cas à Cuba. L’île produit un miel garanti sans pesticide, qui s'exporte dans le monde entier. Cuba, malgré ses pénuries, fait figure d’exception... Trente ans sans pesticides démontrent, avec éclat, qu’une autre voie est possible. Dans les prochaines décennies, peut-être ne viendra-t-on plus à Cuba pour ses cigares, mais pour son miel… Disponible jusqu'au 06/06/2023

 

Dans trente ans, Nathalie et moi serons probablement morts. On pourrait donc se dire que ce problème ne nous concerne pas. Le pétrole viendra à manquer et bien avant ça, son coût, pour chacun, sera exorbitant.

Le terrain que nous avons acheté est destiné à nous nourrir mais également à nourrir ceux qui prendront notre suite. Sans aucun outil mécanisé ni aucun engrais chimique. 

Le proverbe dit que "tu ne te reposeras pas à l'ombre de l'arbre que tu viens de planter." Et pourtant, il faut le faire. 

Pour nos enfants, nos petits-enfants et tous ceux qui ont le droit de naître sur une Terre viable. 

 

 

L'amour fou

Par Le 06/04/2022

 

Je n'aime pas que l'amour se retrouve à devoir porter les dérives humaines. Je n'aime pas cette expression de "l'amour fou" car si folie il y a alors l'amour n'est pas à sa place. Il conviendrait plutôt de parler de folie amoureuse. La folie est le moteur, l'amour est son véhicule. Et un véhicule fou ne va pas bien loin.

C'est comme de de dire que parfois "l'amour fait mal."

Non, les humains font du mal à l'amour.

Je ne considère pas l'amour comme une possession humaine mais comme un phénomène associé à la création toute entière. Il ne s'agit donc pas d'humains usant de l'amour mais de l'amour emplissant les humains. Mais comme les humains sont des êtres complexes, l'amour peut se retrouver opposé à bien d'autres phénomènes existentiels et la folie en est un. C'est donc aux humains à ne pas pervertir l'amour en l'ensevelissant sous des monceaux de dérives.

Le mari qui tue sa femme par amour ne l'aime pas. Il est juste fou d'amour mais c'est le premier terme qui importe. Il est fou. L'amour n'est qu'un prétexte. Pas une réalité. C'est impossible. Il n'y a pas de malheur dans l'amour.

Être fou d'amour ou éprouver un amour fou, ça n'est absolument pas la même chose. Les deux expressions sont à l'opposé mais il n'en reste pas moins que la folie y est associée et même dans l'amour fou, il s'agira d'en être toujours conscient.

L'amour n'a pas besoin de folie ajoutée, il en contient déjà, intrinsèquement, fondamentalement. Il demande juste à être vécu totalement pour être ce qu'il est. 

 

 

Psycho : l’amour peut-il encore rendre fou ?

 

Publié le 27/01/2018 à 04:56 | Mis à jour le 27/01/2018 à 11:56

 

FRANCE


© Photo NR

Notre époque aime l’émotionnellement correct, déteste la souffrance. Malgré des sites de rencontres pour localiser l’objet de son désir, l’amour continue de défier les lois de la raison.

"Le romantisme, qui a sacralisé l’amour fou, ne se limite pas à l’époque dite romantique, résume l’écrivaine Ariane Charton (1). Il la précède et lui survivra longtemps. Cette soif d’absolu appartient à la nature humaine. Notre société cadrée et consumériste n’est pas venue à bout de cette folie."

L’amour « fou » est une révélation, une évidence. Même si l’autre n’est absolument pas « notre genre », même s’il est exactement l’inverse de ce qui serait « bon » pour nous, on le « reconnaît ». En revanche, on ne se reconnaît plus, soi. Incapable de résister, dépossédé soudain de toute volonté. Il n’y a pas de mot pour décrire cette impression à la fois délicieuse et nauséeuse de s’échapper à soi-même. D’être soudain capable du pire comme du meilleur. Transcendé.

Oui, l’amour peut rendre fou

Mais quel plus joli risque à courir ? "Être fou d’amour, c’est ce que nous avons de plus merveilleux à expérimenter", explique la psychanalyste Catherine Vanier. Oui, tant que l’on reste dans la folie douce, « la névrose banale », comme résume le psychiatre et addictologue Michel Reynaud. "On parle de folie parce qu’on perd la raison", précise-t- il en souriant.

De fait, biologiquement, l’état cérébral change, on est en surrégime : on observe alors, dans le cerveau, un hyperfonctionnement des zones de la recherche du plaisir et un hypofonctionnement des zones de l’analyse critique… L’envahissement est total.

C’est un état d’obnubilation autour d’un objet unique, qui n’est pas sans rappeler les mécanismes de l’addiction : un plaisir (un être) unique a pris toute la place, il est devenu indispensable à notre stabilité intérieure, responsable de tout notre bonheur et toute notre souffrance.

L'amour dure 3 ans

Il faut bien un brin de folie pour vaincre son inquiétude de l’autre et s’attacher aveuglément à un être. Au moins le temps d’avoir ensemble une progéniture et de la rendre capable de se tenir debout. Environ trois ans, calibrent les scientifiques. Souvent moins, rarement plus, au grand désespoir des passion addicts. "Le prototype de cet amour, poursuit Michel Reynaud, est sans doute celui du nourrisson et de sa mère : un échange corps à corps sans limites, fait de dépendance et de satisfaction absolue. C’est peut-être cet état primordial que l’on recherche, et que l’on retrouve, dans l’amour fou." Notre premier lien. Vital. Être deux mais ne faire qu’un.

Pari risqué, car les psys nous ont mis en garde contre la fusion… "Quand l’autre doit vous appartenir et vous à lui, l’amour peut basculer dans le mortifère, révéler la haine (harcèlement, possession, jalousie…), explique encore Catherine Vanier. C’est tellement puissant que si on va jusqu’au bout, on en meurt."

Tout dépend de ce que nous faisons de l’emballement passionnel. En général, il s’apaise de lui-même (parfois avant les fameux trois ans). Fin de l’histoire pour les uns. Passage à l’amour pour les autres. La folie amoureuse n’a qu’un temps.

Il faut plonger

Sauf pour les personnalités borderline, chez qui l’amour peut faire sauter tous les verrous. Mais il n’est alors qu’un déclencheur. Nul ne devient « fou » qui ne l’était déjà, de manière latente, invisible parfois. Ce qui n’est guère rassurant, car comment savoir, avant de plonger, l’ampleur de notre fragilité ? "Il n’existe pas de diagnostic pour évaluer les risques, confirme Catherine Vanier. Pas de test pour nous garantir qu’on peut y aller, sans risque. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas essayer !"

(1) « Alain-Fournier » (Gallimard, “ Folio”) et « Marie d’Agoult, une sublime amoureuse » (Kirographaires).

En partenariat avec Psychologies

folies psychiatriques

Le psychiatre et addictologue Michel Reynaud (*) assure que si, dans une relation, il est une folie que l’on espère, il y a aussi celle que l’on redoute, qui peut pousser au crime ou au suicide.
> Y a-t-il des pathologies de l’amour ? « Oui. L’amour procure des émotions si puissantes qu’il peut servir de révélateur des fragilités, des failles d’une personnalité. Être le déclencheur de pathologies psychiatriques. Le sentiment amoureux se transforme alors en « délires chroniques » : conviction délirante d’être trompé par sa ou son partenaire, dans le délire de jalousie (plus souvent masculin) ; conviction délirante d’être aimé par quelqu’un qui n’a en réalité pas de sentiments pour vous, dans l’érotomanie (plutôt féminine).
> Quels symptômes doivent nous alerter ? D’abord, la répétition. Certains ne peuvent pas construire une relation durable. Ils courent après cet état exceptionnel et transcendant, au sens religieux du terme : l’amour absolu. Allant de passion malheureuse en passion destructrice. Seul le nom du malheur change. Autre symptôme suspect : lorsqu’on utilise la passion amoureuse comme un calmant, qui nous guérit un temps de nos souffrances. Dès que la période de shoot massif diminue, la souffrance réapparaît. Et le sujet se conforte dans l’idée qu’il est prédestiné au malheur.
> Sommes-nous tous susceptibles de sombrer dans l’une de ces pathologies ? Non, l’amour n’est qu’un révélateur. Mais il est très difficile d’évaluer les risques au préalable. On peut toujours, après un suicide par exemple, retrouver des éléments qui auraient permis d’anticiper. Mais qui aurait pu « prédire » ? Nos capacités de résistance et d’éclatement sont variables à l’infini. Et la psychiatrie n’est pas une science exacte ».
(*) « L’amour est une drogue douce… en général » (Éd. Flammarion).