Visées néolibérales sur l'éducation

4 décembre 2013

Je reprends ici de nombreux éléments d’une analyse récente du Mouvement politique d’émancipation populaire.

http://bernard-gensane.over-blog.com/2013/12/les-vis%C3%A9es-n%C3%A9olib%C3%A9rales-sur-l-%C3%A9ducation.html

LE BLOG DE GÉRARD GENSANE

 

Le système public éducatif, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, peine de plus en plus à remplir sa mission. On constate partout une dégradation des moyens qui lui sont accordés : réduction des effectifs enseignants titulaires par le non-remplacement des départs en retraite ; substitution d’emplois stables par des enseignants précaires ou non titulaires ; augmentation du nombre d’élèves par classe ; réapparition de l’apprentissage à 14 ans ; travail de nuit à 16 ans ; blocage des salaires du personnel ; développement des écoles privées ; droit d’entrée à l’école primaire dans certains pays ; privatisation d’éléments du système éducatif…

 

Concernant les élèves de 15 ans, la France a reculé de plusieurs rangs selon une enquête menée dans 57 pays (Programme international pour le suivi des acquis des élèves). La France se situe un peu en-dessous de la moyenne des 30 pays de l’OCDE. Pour les « compétences » des élèves de 10 ans, la France est au 27e rang sur 40 pays.

 

 

Les fantaisies pédagogiques expérimentées ces trente dernières années n’y sont certainement pas pour rien, notamment celles qui ont visé à banaliser les établissements scolaires du primaire et les collèges en abandonnant leur fonction de transmission de savoirs et de formation du citoyen pour les transformer en « lieu de vie » ou de simple équipement de quartier.

 

Toutefois, on ne peut faire porter au système éducatif la responsabilité principale de ces difficultés. Ces dernières, pour l’essentiel, trouvent leur origine hors de l’école, dans le chômage et la précarité des parents et des jeunes.

 

Tous les maux viendraient désormais de la « pensée 68 » : il faudrait donc restaurer l’autorité et les valeurs de l’effort, du travail, du mérite. Mais la situation devient explosive lorsqu’après avoir fourni tous ces efforts et travaillé d’arrache-pied, les jeunes à la sortie de l’institution éducative trouvent le chômage, la précarité, et pour les plus chanceux des emplois sous-estimant leurs diplômes.

 

Ce sont les visées néolibérales sur l’éducation qui démolissent le système éducatif. Elles peuvent être décrites en quatre objectifs : faire de l’éducation un marché rentable ; former une main d’œuvre « employable » ; fabriquer l’« homme néolibéral » ; écraser la capacité de résistance des enseignants et personnels de l’Éducation nationale.

 

 I.- FAIRE DE L’EDUCATION UN MARCHE RENTABLE

 

Partout dans le monde, le service public de l’éducation est menacé par les politiques néolibérales. Un ministre socialiste d’un gouvernement de gauche en France, Claude Allègre, a bien résumé sa pensée : « l’Ecole représente le plus grand marché du 21ème siècle ». En effet, il faut savoir que les pays de l’OCDE (les 30 pays parmi les plus riches de la planète) consacrent annuellement 1 000 milliards de dollars au financement de l’enseignement. Par comparaison, et pour ces mêmes pays, le chiffre d’affaires annuel de l’industrie automobile est de 1 286 milliards de dollars… Le néolibéralisme veut ainsi transposer au système public éducatif la logique capitaliste selon laquelle tout doit être ou devenir marchandise et donc se monnayer, s’échanger, se vendre selon les « lois » du marché.

 

« Le marché de l’enseignement » est d’ailleurs l’intitulé d’un rapport de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), publié dans le cadre des négociations sur la mise en œuvre de l’Accord général sur le commerce des services (AGCS). Cet accord considère que l’éducation ne doit plus être un droit assuré par un service public, mais un marché devant être ouvert à la concurrence. La commissaire européenne à l’éducation et à la culture confirme : « il faut rendre nos universités compétitives sur le marché mondial de l’enseignement supérieur. »

 

La perspective n’est donc plus l’éducation pour tous, mais l’éducation pour ceux qui peuvent payer. Pour y parvenir, le but est d’ « élever progressivement le niveau de libéralisation du commerce des services », par « des séries de négociations successives qui auront lieu périodiquement ».

 

La création du marché de l’enseignement prend plusieurs formes : la privatisation totale, par l’encouragement au développement de l’enseignement privé ; la privatisation partielle de sous-ensembles du système éducatif ; la décentralisation ; les nouvelles technologies de l’enseignement.

 

La privatisation totale du système éducatif est un objectif central des politiques néolibérales. Il se réalise de manière très inégale selon les pays et à l’intérieur de chaque pays selon les secteurs et consiste en avantages accordés à l’enseignement privé. Tout repose sur le fait que les parents, lorsqu’ils en ont les moyens, sont prêts à dépenser beaucoup d’argent en payant à leurs enfants des études dans les « bons » établissements, les « bonnes » filières et les « bonnes » classes. Ils considèrent que c’est un moyen de donner à leurs enfants toutes les chances d’obtenir un emploi stable et rémunérateur. Les familles disposant d’une certaine sécurité d’emploi et de revenus, sans être véritablement « à l’aise », fuient les quartiers et villes « sensibles » qui ont le recrutement scolaire le plus populaire. C’est chez ces parents – et pas seulement parmi les classes moyennes supérieures – que se trouvent les centaines de milliards d’euros qui peuvent alimenter le marché privé de l’enseignement.

La tactique utilisée pour faire émerger le marché de l’éducation est simple : c’est celle qui a déjà été appliquée avec succès aux autres services publics pour les démanteler. On coupe les crédits, on organise la pénurie et le désordre, on laisse la violence s’installer dans les établissements. On suscite ainsi la protestation des usagers qui se tournent alors vers des solutions individuelles dans le secteur privé. L’OCDE explique d’ailleurs tout cela très bien, avec le plus parfait cynisme : « Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement à l’école ou à la suppression de telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population » (source : Centre de développement de l’OCDE, Cahiers de politique économique, 2000, n° 13)…

 

On peut essayer de se représenter ce que seraient, demain avec la privatisation de tout ce qui peut l’être, des établissements d’enseignement. C’est l’ensemble, la totalité, la finalité sociale, le but éthique auquel répond l’établissement qui ne représentera plus aucun intérêt. Ce qui intéressera les nouveaux propriétaires des sous-ensembles du système éducatif, ce sont juste les différentes fonctions techniques qu’on peut y découper pour en tirer un profit :

 

  • l’accueil
  • la sécurité (les « pions »)
  • la restauration
  • l’entretien des bâtiments et les petits travaux
  • le nettoyage
  • la gestion administrative et financière
  • l’animation ou l’enseignement
  • le soutien psychologique, social, médical...
  •  

Si on livre l’établissement d’enseignement à la privatisation par morceaux, sur la base d’appels d’offres, on aboutira à toute une série d’interventions en sous-traitance.

 

 

Avec la privatisation partielle, pour conserver une cantine scolaire municipale, il faudra déjà pouvoir prouver, lors de l’appel d’offre, la rentabilité de la prestation. Finies les aides de la municipalité aux enfants des familles pauvres et les tarifs dégressifs en fonction des revenus des parents ! Et si la municipalité veut introduire dans son cahier des charges la traçabilité des aliments, connaître l’origine des viandes, ou interdire l’emploi d’aliments Organismes génétiquement modifiés (OGM), elle sera passible de poursuites judiciaires pour la raison que ces clauses, dans son appel d’offre, constituent autant d’ « obstacles non nécessaires au commerce », pour reprendre l’expression consacrée.

 

Une telle évolution signerait la fin de toute intervention politique et collective dans les domaines économiques et sociaux. Cela signifierait donc aussi la fin de la démocratie, car l’exercice par les élus de leur pouvoir deviendrait extrêmement limité par la privatisation généralisée ou partielle des services publics. Les élus ne serviraient plus à rien, ils seraient remplacés par le marché.

 

Le troisième instrument de la marchandisation, après la privatisation totale et partielle, est la décentralisation du système éducatif.

 

Elle est un élément clé de ce processus de marchandisation, car elle permet le rapprochement « en douce » avec la sphère économique. Elle se traduit par des « partenariats », favorisant le développement d’identités propres aux établissements, créant les conditions de la concurrence entre eux. La gestion est alors copiée sur celle des entreprises privées, les ressources tendent également à se privatiser.

 

Dans ce cadre, le renforcement du pouvoir des chefs d’établissement vise à reporter sur le local des choix et décisions qui devraient relever de l’échelon national.

 

II.- FORMER UNE MAIN D’ŒUVRE « EMPLOYABLE »

 

La création d’un marché de l’éducation aussi vaste que possible impose de soumettre les contenus de formation du système public aux impératifs des entreprises privées, et notamment par la mise en œuvre du concept patronal d’« employabilité ».

 

Le système public éducatif doit donc devenir dépendant non plus des orientations éducatives définies par le « centre » (le ministère de l’Éducation nationale), mais des demandes des usagers-clients.

 

Avec la marchandisation du système public éducatif, c’est la formation des citoyens qui est abandonnée au profit d’adaptations qualifiantes de très court terme. On peut ainsi avoir l’illusion de répondre aux besoins des entreprises, mais on ne prépare pas l’avenir de la nation en se limitant à des ajustements de court terme.

 

Le système éducatif va donc être poussé à se concentrer sur sa principale fonction qui est de fournir aux entreprises les « ressources humaines » dont elles ont besoin, particulièrement dans une « économie de la connaissance » dont les performances dépendent du niveau de formation de la population. Comme l’indique la Commission européenne en 1995, « l’éducation est un service rendu à l’économie » !

 

 

Alors que, depuis la Révolution française, l’éducation a été érigée en un droit fondamental, mis en œuvre ensuite par un service public, elle est peu à peu transformée en filiale du patronat pour répondre à des besoins mal définis et de très court terme.

 

Ce qui est en jeu, c’est la « massification » de l’enseignement des années d’après-guerre (l’école pour tous), que les politiques néolibérales veulent mettre en cause. Dans tous les pays européens, le même type de logique se déploie : une tendance à en finir avec un enseignement « unique » jusqu’à 16 ans, pour se limiter à 14 ans (Italie, Espagne, Grande-Bretagne, France, Allemagne..).

 

L’employabilité, aujourd’hui pour le patronat, c’est :

 

  • la capacité d’être et de demeurer actif dans un cycle de vie fragmenté et imprévisible
  • un individu qu’il s’agit de mobiliser en renforçant ses capacités d’activité par l’apprentissage « tout au long de la vie »
  • la capacité d’être actif et de se relancer constamment dans une dynamique de mise en projet et non plus simplement l’aptitude à l’emploi
  • la gestion des « capitaux » dont sont dotés les individus et qu’ils peuvent mobiliser pour mener à bien leurs projets sur un marché concurrentiel
  • se constituer en entrepreneurs de sa propre vie
  • un « capital humain » qui intègre autant la santé (le « capital santé ») que la formation, et toutes les compétences personnelles et professionnelles qui doivent être gérées pour être rendues transférables, c’est-à-dire valorisables en-dehors d’une entreprise donnée
  • un « patrimoine » (ou un « portefeuille » de capitaux) dont dispose chaque individu et dont il a la responsabilité
  • la capacité d’un salarié à conserver ou obtenir un emploi, dans sa fonction ou dans une autre fonction, à son niveau hiérarchique ou à un autre niveau
  • (re)mobiliser les individus dans leurs parcours d’insertion professionnelle, sous l’angle de l’ « activation du marché du travail » et de la maîtrise des « transitions professionnelles ».

 

La fabrication d’individus « employables » interdit la poursuite de l’éducation pour tous. Une grosse minorité, venant des enfants des classes moyennes et supérieures, recevra les formations longues. Quant à la majorité des élèves, issue des classes populaires, elle terminera sa scolarité à 14 ans.

 

III.- FABRIQUER L’« HOMME NEOLIBERAL »

 

Dans le modèle de civilisation néolibéral, la liberté de l’individu se confond avec celle de l’entreprise. L’individu lui-même devient une entreprise. Il doit donc, lui aussi, s’épanouir dans la compétition et dans une concurrence à l’autre généralisée.

 

La marchandisation du système public de l’éducation entraine la dépolitisation de la question éducative. S’il existe des détenteurs de biens (les savoirs), et des demandeurs solvables de ces biens (les entreprises), alors l’échange pourra se faire. Nul besoin dans ces conditions de discuter pour décider s’il faut enseigner les mathématiques, les arts plastiques, plutôt que la littérature ou la philosophie : la demande marchande règlera la question.

 

 

La marchandisation de l’éducation met gravement en cause la nécessité de l’éducation comme entrée dans la culture. L’idée se développe que l’école « fait trop de culture », ou « trop de théorie », que les savoirs liés à des œuvres humaines considérées comme importantes dans le passé sont de moins en moins utiles. Ainsi dominera inévitablement une atténuation, voire une suppression de toute formation d’une pensée critique. Les recommandations européennes vont d’ailleurs dans ce sens. C’est ainsi que le Conseil européen de Lisbonne a défini les « compétences sociales » : la « confiance en soi, l’indépendance, l’aptitude à prendre des risques et les compétences relatives à l’esprit d’entreprise ».

 

Ainsi, après formatage, l’ « homme de marché » doit être capable de :

 

  • se mettre soi-même en projet
  • être un sujet actif et compétitif, plutôt que passif et dépendant, aspirant à l’autonomie et à l’accomplissement personnel dans son activité
  • se constituer soi-même en entreprise à développer, faire croître et fructifier
  • devenir l’entrepreneur de sa propre vie
  • « réaliser son potentiel » dans des « carrefours d’opportunités »
  • devenir une « forme entreprise » qui le mobilise, reposant sur un ensemble de règles de vie comme l’énergie, l’initiative, l’ambition ou le dynamisme, généralisée à toutes les facettes de sa conduite et toutes les sphères de son existence
  • être prudent, de calculer « à propos de lui-même et travailler sur lui-même en vue de s’améliorer lui-même »
  • interpréter sa destinée comme relevant de sa responsabilité propre, prendre des risques pour mener à bien son « projet d’identité », mais des risques mesurés, susceptibles d’augmenter sa valeur marchande
  • se considérer soi-même comme un ensemble de capitaux que l’on peut gérer au gré de ses projets
  • calculer ses investissements existentiels pour ménager ses capitaux : ressources financières, gérer sa santé qui devient un capital précieux, mais également son réseau relationnel, ses aptitudes cognitives et comportementales, ses ressources affectives et émotionnelles
  • assumer la fragilité de sa trajectoire de vie en multipliant les projets « excitants », facteurs d’autonomie et d’autoréalisation créatrice de soi
  • comprendre que la sécurité n’est plus attachée au statut, à la hiérarchie, à la bureaucratie, mais à la succession des projets, la réussite sur un projet permettant d’accéder à d’autres projets plus intéressants, chaque projet étant par définition différent, nouveau, innovant, se présentant comme une opportunité d’apprendre et d’enrichir ses compétences qui sont autant d’atouts pour trouver d’autres engagements
  • considérer sa vie tout entière comme une succession de projets pour laquelle il importe de se détacher de tout ancrage existentiel durable : statuts, titres, carrière planifiée, etc.
  • développer sa connaissance et sa maîtrise de lui-même, sous l’autorité d’ « experts de l’âme humaine »
  • se rendre désirable
  • être nomade et léger, froid et calculateur, rationnel et fonctionnant en réseau.

 

IV.- DETRUIRE LA CAPACITE D’ACTION COLLECTIVE DES ENSEIGNANTS

 

Les enseignants, encore très fortement syndiqués, sont en première ligne du combat pour défendre leurs intérêts propres, mais aussi pour le service public et contre la marchandisation. Ils représentent aussi de gros bataillons électoraux de la gauche. Ils ont, jusqu’à présent, empêché les politiques néolibérales de se déployer comme elles l’auraient voulu. Par exemple, les luttes ont permis d’obtenir de la Commission européenne qu’elle retire l’éducation des offres d’ouverture à la concurrence internationale dans le cadre du cycle actuel de négociation de l’Accord général sur le commerce des services. C’est pourquoi les forces néolibérales ont toujours rêvé d’écraser la capacité de lutte des enseignants et des personnels de l’Education nationale.

D’autant que, pour le lobby patronal ERT, les enseignants auraient « une compréhension insuffisante de l’environnement économique, des affaires et de la notion de profit ». Industrie et établissements d’enseignement devraient donc travailler « ensemble au développement de programmes d’enseignement », notamment grâce à « l’apprentissage à distance », « l’enseignement à distance » et la mise au point de « didacticiels » (logiciels d’apprentissage sur ordinateur).

 

Le strict respect de la laïcité doit s’entendre d’un double point de vue : celui des croyances religieuse et celui des croyances économiques. C’est, d’abord, le refus de tous signes religieux à l’école. C’est, ensuite, le refus des signes commerciaux et de la subordination de l’éducation aux besoins du marché. Les fonds privés ou de partenariats public-privé ne doivent pas financer les écoles.

 

Reste la question du financement public de l’école privée. A terme, ce financement doit cesser. Mais comme les gouvernements qui ont voulu s’attaquer au problème se sont tous cassé les dents, la prudence s’impose. Il faut créer un rapport de forces. Tout d’abord, les causes externes de la crise de l’école (chômage, précarité) doivent trouver une solution (voir plus haut et plus bas). L’école publique s’améliorera immédiatement, réduisant les flux vers l’enseignement privé. Ensuite, il faut avoir en mémoire que dans une décision du 23 novembre 1977, le Conseil constitutionnel a considéré que la liberté de l’enseignement faisait partie des principes fondamentaux de la République. Une réforme constitutionnelle n’est donc pas à exclure, pour permettre l’arrêt du financement public de l’école privée. Celle-ci doit être soumise à référendum. Au total, ce sont plusieurs années de préparation qui seront nécessaires.

 

La mise en œuvre de l’égalité nécessite de prendre différentes décisions :

 

  • gratuité effective
  • obligation scolaire jusqu’à 18 ans
  • intégration des handicapés
  • scolarisation des jeunes enfants dans le service public
  • intégration, à tous les niveaux de l’éducation, de tous les jeunes à besoins particuliers
  • refonte des aides sociales pour atteindre l’égalité des chances
  • un statut étudiant avec une allocation d’autonomie.

L’apprentissage de la citoyenneté passe par le développement du sens critique et une instruction civique réactivant les principes républicains. La diffusion des savoirs passe par des connaissances générales (histoire, géo…), et des compétences polytechniques de très haut niveau.

L’efficacité du système nécessite de prendre un soin particulier à son fonctionnement :

  • embauche massive de personnel et titularisation des agents non titulaires et précaires
  • augmentation des investissements publics dans l’éducation (au moins 7 % du PNB)
  • mesure de l’efficacité des établissements scolaires (les critères choisis doivent être définis collectivement par la communauté éducative et les parents d’élèves ; les résultats doivent être débattus ensuite entre tous) sans mettre en concurrence les établissements scolaires, ni publier de « palmarès » des meilleurs établissements. Il faut une émulation et de la qualité, mais se sont les établissements ayant les plus faibles résultats qui devraient obtenir le plus de moyens.

 

 

V.- POLITIQUES EDUCATIVES POUR UN SOCIALISME DU XXIEME SIECLE

 

On doit à Condorcet la théorie la plus complète de l’école républicaine. Pour la première fois, l’idée philosophique de l’institution scolaire est pensée dans sa relation avec la souveraineté populaire.

 

 

L’originalité de cette théorie est de montrer que la construction du corps politique républicain ne peut pas faire l’économie de la question du savoir dans sa relation singulière à chaque citoyen. Le concept d’instruction publique a pour fonction philosophique d’assurer l’articulation entre la souveraineté populaire et la légitimité des décisions qu’elle prend et qui l’obligent sans recours : comment un peuple peut-il se garantir contre ses propres erreurs ? Protéger les savoirs contre les pouvoirs, voir en chaque enfant un sujet rationnel, soustraire l’instruction publique aux volontés particulières et à l’utilité immédiate, telles sont quelques-unes des thèses majeures avancées par Condorcet dans les Cinq Mémoires sur l’instruction publique (1791) et dans le Rapport et projet de décret sur l’organisation générale de l’instruction publique (1792).

 

La volonté politique actuelle tend à « oublier » ces enjeux, et n’accorde plus dans les missions de l’école, la priorité à ses fonctions anthropologiques (former l’homme) et socio-politiques (former le citoyen). L’école de la IIIème République (Jules Ferry) a promu la laïcité, la gratuité, l’obligation d’instruction, la morale, lire, écrire, calculer... Mais une partie de ses enjeux étaient aussi l’unité du pays, une seule langue, le maintien des discriminations sociales, et donc les valeurs de la bourgeoisie au pouvoir, qui se promeut prioritairement par le rôle qu’elle dévolue à l’Ecole.

 

Pour pouvoir changer l’Ecole, il faudrait pouvoir redéfinir les enjeux liés à l’éducation aujourd’hui, au regard d’une conception politique.


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