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  • Crépuscule des Dieux

     

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    Voilà trois ans maintenant, ma mère a été victime de deux AVC consécutifs.

    Elle en a réchappé mais en a gardé des troubles cognitifs spatio-temporels, sa mémoire immédiate s'est effacée puis au fil du temps, même les souvenirs plus anciens ont commencé à se diluer.

    On n'imagine pas comme une déficience de mémoire immédiate représente un handicap lourd, très lourd...

    Mon père s'est épuisé. Comme bien souvent quand on adopte le rôle d'aidant.

    J'ai mis en place toutes les aides possibles, portage de repas, ménage, infirmiers à domicile, suivi des rendez-vous médicaux, prendre en charge toutes les démarches administratives, devenir référent, gérer le courrier, les impôts, les caisses de retraite, l'assurance, la mutuelle, les factures, la banque, etc etc..

    J'ai vu mon père dépérir, mois après mois, perdre son énergie, devenir de plus en plus fragile.

    Il se perdait en voiture et a fini par ne plus pouvoir conduire.

    Puis ils ont fini par se perdre en allant marcher autour de chez eux. 

    Puis, à son tour, en juillet dernier, mon père a été victime d'un AVC.

    Dégringolade.

    Mon père actif, énergique, travailleur, organisé, s'est retrouvé perdu, désorienté, privé de son autonomie.

    Ma mère tenaillée par une angoisse constante devant l'état de son mari, une angoisse qui obscurcissait les jours.

    Le chemin a été long, douloureux, chaotique mais ils ont désormais intégré une résidence seniors.

    Suspicion d'Alzheimer pour ma mère et démence sénile pour mon père.

    Le diagnostic était sans appel. Ils ne pouvaient plus rester dans leur maison. Ils étaient en danger.

    Depuis trois ans, je me retrouve à prendre des décisions majeures pour mes parents.

    On ne nous apprend pas à être parents, on le découvre quand le bébé s'annonce.

    On ne nous apprend pas non plus à devenir parent de nos parents.

    Je fais de mon mieux mais les questionnements sont constants.

    Le « syndrome du glissement », un phénomène connu qui touche particulièrement les personnes âgées qui doivent quitter leur lieu de vie. Même si cela se fait pour leur bien, pour les protéger, pour les accompagner dans la vieillesse, il n'en reste pas moins que pour certains, cette rupture est trop lourde et engage un processus de dégradation. Processus fatal.

    Bien sûr qu'on préfère envisager du mieux, un apaisement dans la vie quotidienne, une sérénité retrouvée mais rien n'est jamais certain.

    Et il faut vivre avec ça.

    Avec cette incertitude. Avec l'idée qu'il est impossible de présager de la suite et que les décisions prises auront peut-être un effet contraire à celui escompté.

    Je viens donc de déménager mes parents en gardant le maximum de meubles, en reconstituant au mieux l'intérieur de la maison qu'ils quittaient, en recréant les repères.

    Ils sont en Bretagne et je vis dans la Creuse. Ils ne veulent pas quitter la mer. Ils veulent être incinérés et que leurs cendres soient dispersées là où celles de mon frère ont été immergées il y a vingt-six ans.

    La vieillesse est un chemin de croix et je me dois de les soulager dans cette douloureuse montée vers Là-Haut. Par amour, par respect, parce que je connais leur parcours, parce que je connais les drames qui les ont frappés dans leur enfance, dans leur adolescence, dans leurs années de jeunes adultes puis dans leur vie de parents. 

    Crépuscule des Dieux. Les Dieux de mon existence puisqu'ils m'ont donné vie.

  • Combien de soignants suspendus ?

    Je n'en avais pas encore parlé ici alors que ça fait plusieurs jours que je cherche des estimations fiables sur le nombre de personnels soigants suspendus, auxquels il faudrait ajouter les pompiers et les médecins et les infirmiers et les ostéopathes et les kinésithérapeutes et toutes les professions paramédicales.

    C'est hallucinant comme cette information est quasiment introuvable...3000 soignants concernés ? Mais bien sûr...

    Ici, on a un article émanant du "Monde", qui est loin pourtant d'être un site complotiste au regard du matraquage quotidien favorable à une vaccination de masse, à la culpabilisation et à l'amalgame anti vax, anti pass, anti-tout...

    Je suis effaré également par la violence des commentaires sur les réseaux sociaux concernant ces personnels réfractaires à l'obligation vaccinale. Après avoir été applaudis, certains sont désormais conspués. Sans aucun discernement, sans aucune réflexion, sans aucune compréhension de tout ce qui se joue désormais. Si jamais, on peut appeler ça un "jeu"...

    Ce qui est certain en tout cas, c'est qu'il n'est pas conseillé de se retrouver à l'hôpital , ni maintenant, ni dans les semaines et mois à venir. Et c'est effrayant. Et en disant cela, c'est au gouvernement que j'en veux et aucunement à ces personnes réfractaires.

    D'ailleurs, si j'avais encore été en exercice comme instituteur et qu'une obligation vaccinale avait été décrétée pour le personnel enseignant, j'aurais quitté ma classe immédiatement. 

     

    Trois mille soignants suspendus : l’estimation « parcellaire » d’Olivier Véran

     

    DERRIÈRE LE CHIFFRE - Le cabinet du ministre de la santé reconnaît que ce chiffre, communiqué au lendemain de l’application de l’obligation vaccinale des soignants, est loin de relever d’une recension exhaustive.

    Par Les Décodeurs

    Publié hier à 18h38, mis à jour hier à 19h19 

     

    Jeudi 16 septembre, Olivier Véran a tenu à rassurer sur le bon fonctionnement du système de santé français, après l’entrée en vigueur de l’obligation vaccinale pour les soignants.

    Jeudi 16 septembre, Olivier Véran a tenu à rassurer sur le bon fonctionnement du système de santé français, après l’entrée en vigueur de l’obligation vaccinale pour les soignants. STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

    L’entrée en vigueur de l’obligation vaccinale pour les soignants et les travailleurs paramédicaux à compter du 15 septembre n’aurait pas entravé le fonctionnement du système de santé français : c’est le message qu’a voulu faire passer le ministre de la santé, Olivier Véran. « Il y a eu hier quelque 3 000 suspensions qui ont été signifiées à du personnel des établissements de santé ou médico-sociaux qui n’étaient pas encore rentrés dans un parcours de vaccination », a-t-il affirmé jeudi 16 septembre sur RTL, précisant que ce sont « essentiellement des services supports, très peu de blouses blanches ».

    Pourquoi ce chiffre est très sous-estimé

    Une remontée « à un instant T »

    Ce chiffre est « partiel et parcellaire », assume le cabinet d’Olivier Véran, interrogé par Le Monde. « Il s’agit de 3 000 remontées sur la journée de mercredi, à un instant T, faites établissement par établissement. » 

    L’entourage du ministre explique aussi que ce chiffre a déjà augmenté, soit parce que des établissements qui ne l’avaient pas encore fait ont entre-temps fait remonter leur nombre de professionnels suspendus, soit parce que de nouvelles suspensions ont été décidées. Un chiffre plus actualisé est « en cours de consolidation » avec l’aide des agences régionales de santé.

    Par définition, il ne concerne que les personnels travaillant en établissement de santé, ce qui exclut tous les médecins, infirmiers et professionnels paramédicaux qui exercent en libéral, mais aussi tous les pompiers et les ambulanciers.

    Des situations disparates selon les hôpitaux

    Difficile de collecter tous les chiffres des suspensions, car les remontées de terrain restent fragmentaires. Certains établissements expliquaient mercredi ne pas avoir encore de données complètes quant à leurs effectifs.

    Pour les seuls établissements hospitaliers, les situations varient d’une région à l’autre : à Nice, sur les quelque 7 500 employés du CHU, 350 ont été suspendus, selon France Bleu, soit environ 5 % des effectifs. Dans les hôpitaux des Alpes du Sud (Gap, Sisteron, Embrun, Briançon, Aiguilles et Guillestre), ils sont 100 sur 3 100 à avoir été relevés de leurs fonctions. A l’inverse, la clinique de la Sagesse à Rennes ne dénombre que deux non-vaccinés sur ses 700 salariés.

    Un « fossé » par rapport aux dernières données de vaccination

    Le cabinet d’Olivier Véran admet qu’il y a un « fossé » entre ce chiffre et le nombre par ailleurs annoncé de soignants n’attestant pas d’une entrée dans le cycle vaccinal.

    En effet, selon le dernier point épidémiologique de Santé publique France, au 14 septembre, veille de l’entrée en vigueur de l’obligation vaccinale, plus de 10 % des personnels exerçant en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ou établissement de santé n’avaient reçu aucune dose de vaccin. Cela représenterait une centaine de milliers de personnes, « environ 300 000 » selon les estimations du ministère, qui compte tous les professionnels de la santé, quelle que soit leur catégorie.

    Pourquoi il sera difficile d’obtenir un chiffre exhaustif

    Tous les soignants non vaccinés ne sont pas suspendus

    Plusieurs éléments peuvent expliquer, en partie, ce « fossé ». D’abord, tous les soignants ne sont pas éligibles à la vaccination, soit parce qu’ils présentent des contre-indications médicales (même si c’est très rare), soit parce qu’ils ont contracté le Covid-19 et que leurs symptômes se sont arrêtés il y a moins de deux mois. Ces personnels figurent parmi les chiffres de soignants non vaccinés, mais ils ne seront pas suspendus de leurs fonctions pour autant.

    Des arrêts maladie ou des prises de congés

    A ces travailleurs s’ajoutent les personnels soignants en arrêt maladie. Ce phénomène, loin d’être marginal, affecte depuis plusieurs années l’hôpital public, en sous-effectif chronique. Ces derniers, n’étant pas présents dans les locaux ou sur les plannings lors de l’entrée en vigueur de l’obligation vaccinale, n’ont pu être suspendus. Les soignants peuvent aussi choisir d’utiliser, avec l’accord de leur direction, des jours de congés pour éviter la suspension de leur contrat de travail et de leur rémunération. D’autres employeurs peuvent aussi avoir décidé, comme au Mans, d’accorder un délai supplémentaire d’une semaine à leurs salariés.

    Des assouplissements dans les territoires d’outre-mer

    Enfin, l’obligation vaccinale a été assouplie dans les territoires d’outre-mer touchés durement par le Covid-19. Le 26 août, Olivier Véran avait annoncé que cette mesure serait « repoussée » à l’après-quatrième vague épidémique. Des déclarations qui ont semé la confusion en Guadeloupe. « Nous ferons des rappels pédagogiques aux soignants non vaccinés » avant l’instauration de contrôles plus stricts, assortis d’éventuelles sanctions, a précisé le 15 septembre la directrice générale de l’agence régionale de santé de Guadeloupe, Valérie Denux.

    Le niveau de vaccination y reste en effet beaucoup moins élevé qu’en métropole, y compris chez les professionnels de santé libéraux et les travailleurs des Ehpad. Au point que le directeur général du CHU de Guadeloupe a estimé, jeudi 16 septembre, être « dans l’impossibilité » de suspendre les agents non vaccinés, car ces derniers représenteraient 70 % du personnel.

    Les Décodeurs

     

  • L'antispécisme, un mouvement de libération.

     

     

    L’œil était dans la cage et regardait l'humain.

     

    L'antispécisme, un mouvement de libération animale

    Catherine-Marie Dubreuil

    Dans Ethnologie française 2009/1 (Vol. 39), pages 117 à 122

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    1Le mouvement de libération animale français, ou antispécisme est apparu en 1985 après la diffusion d’un texte destiné au milieu libertaire  signé par trois étudiants lyonnais. Ils se font connaître lors de concerts, de soirées, de réunions dans les milieux libertaires et punk. Quelques militants contestataires les rejoignent, ensemble ils inventent l’antispécisme. Peu après, ils créent la revue Les Cahiers antispécistes, qui restera leur essentiel support médiatique. Leur communication passe aussi par les sites Internet, par les « fanzines » ou « feuilles d’opinion » qu’ils échangent et distribuent lors de leurs rencontres et de leurs manifestations. Les antispécistes sont jeunes (entre seize et trente ans), urbains. La centaine de militants des origines s’est constituée peu à peu en réseaux et en collectifs dans les grandes villes (après Lyon, Paris, Rennes, puis Strasbourg, Lille, Dijon, Toulouse) et elle s’est amplifiée jusqu’à concerner quelques milliers de militants réguliers et occasionnels et de sympathisants actifs. 

    Intellectuels, enfants de la classe moyenne (milieux d’enseignants notamment), ils ont un bon niveau d’études et militent pour les droits de l’homme sous diverses formes  Célibataires ou vivant en union libre, ils traversent et partagent squats et appartements. Ils expérimentent un mode de vie alternatif et tentent d’inventer des pratiques non hiérarchiques et non autoritaires, dans une volonté de reconquête de l’existence sous le signe de la liberté et de l’autonomie. Ils veulent inventer un monde sans souffrance et sans domination pour tous, humains et animaux.

    2Le combat que mène le mouvement antispéciste de libération animale revendique un traitement identique pour les hommes et pour les animaux, en vertu de leur capacité commune à vouloir vivre et à pouvoir souffrir. La profession de foi de ce courant peut se résumer ainsi : « Le spécisme est à l’espèce ce que le racisme et le sexisme sont respectivement à la race et au sexe. En pratique, le spécisme est l’idéologie qui justifie et impose l’exploitation et l’utilisation des animaux par les humains de manières qui ne seraient pas acceptées si les victimes étaient humaines […]. La lutte contre ces pratiques et contre l’idéologie qui les soutient est la tâche que se donne le mouvement de libération animale. »

    3Cette mouvance, en conflit avec la société globale, lutte pour l’abolition de la division du monde entre dominés et dominants et pour la liberté des humains comme des animaux. Ce combat engage les militants dans un ensemble de revendications multiples et leur fait espérer une reconnaissance politique, dans la lignée des avancées pour les droits de l’homme et les droits des minorités avec lesquelles ils se sentent en affinité. Par contre, ils s’estiment loin des groupes de défense animale avec qui, à leurs débuts, ils ont voulu s’entendre sans y parvenir.

     

    Antispécisme et défense animale : les principales divergences

     

    4Faisant appel à la bienveillance et à la morale de l’homme, les mouvements de défense animale invitent généralement à se comporter avec « gentillesse » envers les animaux. Dans un souci de modération, ils tolèrent l’exploitation des animaux et leur abattage, considérés comme des maux nécessaires pour la subsistance et les besoins de l’humanité. Ils visent à supprimer la souffrance animale dans les limites du possible, compte tenu des impératifs de la civilisation dans laquelle nous vivons. Invoquant la dignité humaine qui se grandit en réduisant la souffrance des animaux, ils se situent dans une perspective essentiellement humano-centrée : il est bon pour l’homme de ne pas être cruel envers les animaux. Critiques vis-à-vis de l’élevage industriel pour la consommation humaine, ils plaident pour le retour à un élevage fermier qui garantirait aux animaux de rente des conditions de vie plus supportables. Mais un tel retour ne peut s’envisager que si les humains consentent à manger moins de viande, d’où les encouragements au nom de la diététique, de la solidarité avec le tiers-monde, de l’éthique : « Protéger les animaux […] c’est aussi nous protéger contre cette férocité mal endormie au fond de nous qui sans cesse menace de défigurer le visage humain […] En ce qui concerne les animaux destinés à la boucherie, il faudrait être végétarien particulièrement intolérant pour y opposer, pour soi et pour les autres, une condamnation et un refus total et définitif » [Chapoutier, 1990].

    Compassion et modération contre raison et radicalité

    5Proches par le constat de la souffrance animale, la protection animale et l’antispécisme n’en tirent cependant pas les mêmes conclusions. L’essentiel de la controverse doctrinale tient à ce que la défense animale s’appuie sur la dignité humaine, raisonne en termes d’espèce. Elle ne remet pas en cause le principe de l’exploitation des animaux qu’elle tente seulement d’adoucir ; elle ne revendique donc pas le végétarisme comme solution.

    6Pour les antispécistes, le sentimentalisme et les bonnes intentions (émotion et morale) ne permettent pas de répondre à la question pour eux essentielle : que faire concrètement pour causer moins de souffrance ? Ce n’est pas par « amour des bêtes » que les choses vont changer. Faute de réflexion et d’arguments « rationnels », la défense animale nuirait à la libération des animaux en ne permettant pas d’atteindre les objectifs qu’elle se fixe. La revendication d’exigences radicales, non protectionnistes ou compassionnelles, puise souvent sa justification dans l’histoire des luttes antiesclavagistes dont Jérémie militant antispéciste depuis plus de dix ans, se considère comme un successeur : « C’est sûrement très bien qu’on ne fouette plus les esclaves, mais ils restent esclaves ! Ce n’est pas les gens qui luttaient pour que les esclaves soient mieux traités qui ont aboli l’esclavage ! »

    En écho, un autre membre du mouvement souligne les effets indésirables d’un réformisme même sincère : « C’est comme si Amnesty International faisait toute une campagne pour que, quand les gens torturent les autres, ils les torturent avec des outils qui font moins mal, ça paraît absurde ! » Si les antispécistes reconnaissent l’utilité du travail de la Société protectrice des animaux, et plus généralement des mouvements de défense des animaux, ce genre de combat ne saurait les satisfaire. Le statut et le sort de l’animal restent inchangés. Leur radicalisme idéologique se traduit également de façon stricte au quotidien, en ne tolérant aucune contradiction entre les idées et les pratiques.

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    Manger ou ne pas manger de la viande ?

     

    7Pour les antispécistes, la question fondamentale est celle de l’alimentation carnée qui conduit à interroger la problématique de sa « fatalité biologique » concernant l’être humain. S’il est incontestable que le lion et le tigre n’ont pas d’autre choix qu’un régime carnivore, l’homme peut opter pour une autre alimentation. Manger de la viande n’est pas pour lui une nécessité vitale, comme en témoignent les pratiques végétariennes en tout temps et en tout lieu, ce qui constitue pour les militants antispécistes un fait avéré, non une opinion subjective. Consommer de la chair animale n’est indispensable ni pour vivre en bonne santé, ni pour mener une vie épanouissante, ni pour jouir des plaisirs de la table. L’homme, en tant qu’animal omnivore capable de créer et d’infléchir ses propres choix et pratiques, peut se passer de viande s’il le décide, et s’orienter vers le végétarisme sans dommage, contrairement aux autres animaux prédateurs.

    8Les antispécistes sont strictement végétariens à titre militant. C’est là un trait essentiel qui caractérise leur mouvement et le distingue des autres. Cette spécificité leur est d’ailleurs reconnue par une partie des protectionnistes qui n’ont pas hésité à les qualifier de « mangeurs d’herbe ». La divergence n’est pas mineure puisqu’elle porte sur l’objet de la bataille à mener : cesser de consommer de la viande pour les antispécistes, lutter contre les mauvais traitements inutiles chez les défenseurs des animaux. Cette différence non seulement les distingue, mais les oppose, opérant une scission entre ceux qui ne tolèrent pas l’alimentation carnée et ceux qui, malgré leur sensibilité animalitaire, participent au « carnage ».

    9Les antispécistes ne sont pas de ceux qui, ne pouvant régler la question sur le plan concret, le feraient sur le plan imaginaire, ni de ceux qui exploitent les bons sentiments. Cette intransigeance renvoie les « amis des animaux » à leurs contradictions, ce qui ne manque pas de faire surgir des tensions.

    10Exprimant fermement des convictions auxquelles ils tiennent, les antispécistes apparaissent souvent comme une minorité déviante, faisant preuve de consistance : « La consistance du comportement est perçue comme un indice de certitude, comme l’affirmation de la décision de s’en tenir inébranlablement à un point de vue donné, comme le reflet de l’engagement dans un choix cohérent, inflexible » [Moscovici, 1979 : 138]. C’est certainement cette consistance qui a valu à l’antispécisme des oppositions virulentes mais aussi des adhésions d’anciens protectionnistes, séduits par l’absence de compromis et la cohérence de la doctrine libérationniste.

    Sophie, militante, enseignante en philosophie, explique ainsi son engagement : « Quand j’ai compris pourquoi les antispécistes se distinguaient des défenseurs des animaux, je me suis moi-même nommée différemment ; je ferais plutôt partie des défenseurs des animaux jusqu’à l’extrême. J’ai compris qu’on ne pouvait pas les défendre en acceptant de les tuer et de les manger. Je voyais bien que tous ceux qui font partie des défenseurs des animaux mangent de la viande, portent du cuir […]. J’estime que ce n’est pas possible d’aimer les animaux, d’être ému par eux, et d’accepter qu’on leur fasse ce qu’on fait. J’ai donc cessé de manger de la viande. »

    11Tandis que les défenseurs des animaux obtiendraient des accords de complaisance avec une société globale très majoritairement hostile (défenseurs progressistes), les antispécistes ne transigent pas, fût-ce au prix d’une impopularité, d’une incompréhension et d’une marginalisation durables (libérateurs révolutionnaires). Les concessions et les compromis sont autodestructeurs, pensent-ils : que serait en effet un mouvement fondé sur la lutte contre la souffrance et pour l’égalité de considération des animaux sensibles, s’il admettait l’alimentation carnée 

    Concilier humanisme, animalisme et politique

    12Soucieux de porter le problème de la condition animale dans la sphère publique et politique, les antispécistes ont choisi la cohérence argumentaire et l’adéquation des idées et des pratiques pour donner une légitimité et une efficacité à leur action militante.

    13À leurs yeux, la question est en effet politique, au même titre que la lutte contre la torture, le racisme, le sexisme ou le fascisme. Quand la défense animale fait appel à la compassion et à la sensibilité individuelle, les antispécistes cherchent à atteindre la raison, la responsabilisation éthique et citoyenne des gens. Thomas, militant, étudiant en sociologie, commente ainsi leur souci de maintenir visible leur spécificité : « Aujourd’hui des associations se réclamant de la libération animale se repositionnent sur des objectifs plus ou moins abolitionnistes, sans modifier leur discours ni politiser d’aucune façon la question de l’exploitation animale. L’essor de ce courant en France ne fait que souligner l’importance de la constitution d’un pôle spécifique antispéciste qui maintienne explicitement comme horizon politique l’exigence d’un monde de justice et d’égalité. »

    14Du point de vue libérationniste, ce qui justifie de respecter l’individu animal n’est pas qu’il appartienne à une espèce en voie de disparition, ni qu’il plaise aux humains, mais le fait qu’il soit vivant et capable de souffrir.  

    À ce titre, les antispécistes mettent sur un même plan les humains et les animaux, tous à libérer de la domination et de la souffrance qui lui est associée. De même, ils refusent d’opérer des différenciations entre les humains « exploiteurs d’animaux » et les autres. Thomas enchaîne : « Il n’y a pas lieu de distinguer entre “eux”, les “méchants”, et “nous”, les “gentils”. Nous sommes tous responsables, mais pas coupables. » L’antispécisme serait ainsi une nouvelle forme d’humanisme-animalisme qui s’inscrirait dans la lignée des mouvements de libération pour les humains opprimés (esclaves, Noirs, femmes, homosexuels) avec le désir d’obtenir des succès comparables.

    15C’est toute l’originalité de ce courant animalitaire, qui entend ainsi se démarquer des mouvements de protection animale dont les militants estiment, à l’instar de Romain, assistant social, que « dans la défense animale, il y a des gens qui sont presque d’extrême droite, qui utilisent des propos racistes pour dire, par exemple, que les musulmans égorgent des moutons, que ce sont des monstres… Cela montre qu’ils hiérarchisent les humains… Nous, les antispécistes, on évite toute hiérarchisation, l’oppression d’un individu est grave, qu’il soit humain ou non humain ! ».

    16Certaines attitudes compromettantes d’une partie des défenseurs des animaux engendreraient un risque propre à la France : le danger de « bardodisation »selon lequel tout groupe se réclamant d’une action en faveur des animaux se voit soupçonné de complaisance pour l’extrême droite. Aussi les antispécistes sont-ils attentifs à ne pas se mélanger, à ne pas être « récupérés ». Ils supportent mal de militer aux côtés des autres associations proanimales. La seule riposte imparable à leurs yeux est de faire reconnaître leur militantisme comme un mouvement résolument politique pour éviter toute accusation de misanthropie.

    17Si les représentations antispécistes ne coïncident pas avec celles de la protection animale, de façon comparable, elles ne peuvent être confondues avec celles des protecteurs de la nature.

    Antispécisme et protection de la nature : les incompatibilités majeures

    18On prend parfois l’antispécisme pour un mouvement de protection de la nature. Pourtant les antispécistes ne sont pas écologistes. Ils dénoncent, au contraire, la vision « naturaliste » de ces derniers et ses conséquences sur le sort réservé aux animaux. De leur point de vue, la notion même de nature est un instrument au service de la domination humaine sur le monde, un artifice culturel, une idéologie.

    19Les discours et les pratiques des acteurs de la protection animale, liés parfois à un souci vague mais consensuel de protection de l’environnement, relient souvent intérêt pour les animaux et intérêt pour la nature. Or, c’est justement cette opinion largement partagée qui incite à penser que tout ce qui ressort de l’ordre du « naturel » est un donné immanent. Alors que l’écologie défend l’idée d’une force intangible – la nature – qui décline et distribue immuablement les êtres en dominés et dominants, les antispécistes voient dans cette approche la légitimation socialement construite de formes de domination entre les êtres. Martin, l’un des pionniers du mouvement, considère que les antispécistes doivent impérativement se distancier de l’écologisme, pour faire comprendre précisément ce qui les en distingue : « L’urgence est de travailler à une révolution culturelle ; c’est la dichotomie humanité/nature qu’il est essentiel de critiquer. »

    20L’idée de nature semble avoir, en effet, des défauts antispécistement rédhibitoires. Elle justifie ou, pire, idéalise la cruauté, alors que l’objectif essentiel est précisément la lutte contre tous les types de souffrances. Elle renvoie toujours à l’homme, héros principal de ses mises en scène, qui s’en trouve comme exclu, s’estimant souvent plus culturel que naturel, ce que l’antispécisme réfute également.

    21Le grand défaut du naturalisme est aussi l’incapacité de générer l’idée d’un monde meilleur ; il entretient au contraire toutes sortes d’injustices en tant qu’instrument privilégié de hiérarchisation et de classification. Martin revendique une position « antinaturaliste » : « Dépasser le naturalisme, c’est aller au-delà d’une vision du monde restreinte construite à notre avantage d’humains. Nous, animaux humains, pouvons cautionner l’ordre naturel parce que notre espèce n’est pas censée en faire partie. La nature des êtres a servi à justifier beaucoup de choses : le racisme, la guerre, l’ordre social établi. C’est toujours l’idée de différence de nature qui fonde racisme et sexisme… Les modes de vie qui proposent une alternative au nom d’un retour à la nature sont plus régressifs que progressistes et sont intellectuellement stériles. »

    22En effet, quand on parle de la nature comme d’une entité avérée, indiscutable, on parle tout aussi facilement de la nature humaine, de la nature féminine, de la nature des choses… Et on souscrit, à son insu, à des certitudes qui ordonnent, figent et excluent.

    23Enfin, le « respect de la nature » – faisant partie des idées consensuelles et normatives actuellement véhiculées au sein de nos sociétés – est à ce titre également rejeté, comme étant l’idéologie du respect de l’ordre des dominations.

    Culte de l’individu

    24Les mouvements environnementalistes raisonnent en termes d’espèces et non d’individus. Pour les antispécistes, ce qui importe n’est pas la vie en général, ni son principe, mais la vie concrète et sensible incarnée par des êtres singuliers. L’environnement n’étant pas une entité douée de sensibilité, il ne compte pas parmi leurs préoccupations. S’ils n’imaginent pas un environnement pollué avec plaisir, c’est à cause des souffrances qui peuvent en découler pour les individus : la préservation de la qualité environnementale est nécessaire à la vie et au bonheur des êtres sensibles qui l’habitent.

    25« Pour l’opinion publique en France, ceux qui veulent interdire la chasse à la tourterelle ou le massacre des bébés phoques sont, comme les protecteurs de la nature, des écolos. La défense des animaux, l’appel à leur libération font donc partie de l’éthique environnementale. Rien n’est moins sûr. La logique du bien-être, ou du droit, des animaux, est celle de l’extension d’un schéma individualiste » [Larrère, 1997 : 44].

    26Les antispécistes vouent en effet un culte à l’individu, dont l’épanouissement personnel serait incompatible avec la société. Ils militent pour d’autres rapports entre les gens, c’est-à-dire contre le couple, contre l’hétérosexualité normative, contre l’école obligatoire et contre toutes les formes de contraintes faisant obstacle à l’autonomie des individus.

    27En faisant de la libération animale une lutte globale, ils imaginent un monde sans prédation, un paradis pacifique où plus un être vivant ne mangerait un autre être. Leur dégoût pour la souffrance les mène vers l’utopie d’un monde débarrassé de toute forme de violence interspécifique. Théo, ingénieur et militant de la première heure, suggère ce refus de la souffrance dans ses propos : « J’aime la nature, ce qu’elle apporte, la vie, le plaisir. Je n’aime pas ce qu’elle enlève, la souffrance, la mort. J’aime le bonheur, j’aime aussi celui des autres… Le cochon est un animal qui m’est sympathique. Il m’est insupportable de penser à ce qu’on lui fait dans les élevages et les abattoirs. Quelle inconscience de réduire à de la viande un être sensible, et cela pour le si petit plaisir de manger de la viande. Mais l’être humain d’abord – disent les écologistes, les pouvoirs publics, presque tout le monde ! Le seul respect que j’aie pour la nature, c’est le respect du désir de jouir de la vie. »

    28Les antispécistes sont sensibles à la souffrance. L’émotion empreint leurs paroles, presque à leur insu, des paroles d’indignation, de refus de la vie dans sa dimension cruelle. Cette farouche pathophobie les entraîne dans un songe où humanisme et animalisme, individualisme et altruisme seraient réconciliés. Ils sont proches de ceux dont parle Dalla Bernardina : « Dans ce public, nous pourrions trouver des sujets qui ont du mal à passer du conte merveilleux à l’acceptation de la vie en ce qu’elle a de prosaïque et de contraignant, autrement dit du principe de plaisir au principe de réalité » [Dalla Bernardina, 2006].

    29Les antispécistes ont espéré, à plusieurs reprises, se rapprocher de courants militants déjà existants (défense animale, protection de la nature), mais ils n’ont pu s’allier avec eux. Ce qui les différencie profondément de ces courants, c’est le rêve libertaire qui les habite, qui les guide.

    30C’est d’ailleurs dans le milieu alternatif qu’ils ont tenté de réaliser leur rêve, un jour, avant de prendre le large, à la suite de conflits qui concernaient déjà certains motifs évoqués précédemment. L’antispécisme n’aurait sans doute pas existé sans le passé anarchiste de ses instigateurs qui ont trouvé une nourriture intellectuelle dans le milieu libertaire. Dans sa raison d’être, dans ses objectifs et dans son mode de fonctionnement, l’antispécisme reproduit les principes de l’anarchisme : dissensions internes, débats interminables sur l’organisation, remises en cause incessantes, pour court-circuiter toute forme de pouvoir naissant.

    31L’antispécisme s’est peu à peu construit en France en tant que mouvement singulier et spécifique, après avoir vainement tenté de se rapprocher de la mouvance protectionniste et du militantisme écologiste. D’autres courants comparables de libération des animaux, notamment dans les pays anglo-saxons, n’ont pas opéré de scission aussi radicale sur les principes et sur le terrain avec les mouvements de défense des animaux ou de la nature. Ils n’hésitent pas à s’exprimer par des actions de sabotage (envers les laboratoires, les parties de chasse ou les magasins de fourrure) qu’ils organisent avec toutes sortes de militants, selon les situations et les opportunités.

    Les antispécistes français refusent catégoriquement ce type de manifestation, se réclamant imperturbablement d’une posture pacifiste et raisonnée. Confrontés à un contexte généralement hostile, dans le doute, ils se sont toujours séparés des autres, jamais d’eux-mêmes. 

  • Voitures électriques et écologie.

     

    Beaucoup de gens en ont conscience. Ces voitures électriques ne sont pas une solution aussi merveilleuse que ce qui est présenté, martelé et repris en coeur par les instances politiques.

    Plusieurs revues "automobiles" en ont déjà publié des études incontestables.

    Il n'en reste pas moins que le besoin de véhicules est indéniable. La solution idéale n'existe pas. Pas encore tout du moins. 

    Le covoiturage est une solution. Il ne règle pas tout.

    Les transports en commun peuvent être performants en zone urbaine mais ils sont quasi inexistants en zone rurale. 

    Une flotte conséquente de "taxi nationaux", c'est quelque chose qui me semble envisageable, réalisable, financièrement possible, créatrice de très, très nombreux emplois. Un maillage extrêmement vaste, précis, constant, 24/24 h. 

    L'abandon progressif de la voiture personnelle remplacée par un système gouvernemental.

    "Le Ministère des taxis nationaux".

    Oui, bon, on n'est pas encore sur ce chemin...

    "La généralisation des voitures électriques est une aberration économique et écologique"

    Le tout-électrique ne diminuera le total des émissions de gaz à effet de serre que de moins de 1 % par an, avec un impact nul ou presque sur la santé.
    Patricia Huchot-Boissier / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

    "La généralisation des voitures électriques est une aberration économique et écologique"

    Tribune

    Par Maxime de Blasi

    Publié le 18/09/2021 à 0:06

     

    Maxime De Blasi, essayiste, auteur-compositeur-interprète, ancien professeur de génie électrique et élève de l’ENA, démontre que remplacer les véhicules à essence ou diesel par des voitures électriques n'est en rien écologique.

    Le 14 juillet dernier, la Commission européenne a proposé aux États-membres de l’Union européenne d’interdire en 2035 les ventes de véhicules neufs à essence ou diesel, au profit des véhicules 100 % électriques ou à hydrogène. Son plan s’inscrit, selon elle, dans une politique qui vise la neutralité carbone d’ici 2050. Ainsi, il s’agirait de passer de 8 % des ventes actuellement à 100 %, les véhicules hybrides - qui représentent 10 % des ventes - étant proscrits.

    Certes, ce n’est qu’un plan qui devra être approuvé par les 27 États-membres puis le Parlement européen. Mais il est représentatif d’une idéologie pseudo-écologique qu’on voit fleurir en matière d’éoliennes, de vélos électriques et autres, qui arrange à la fois les politiques qui se sentent sommés d’agir médiatiquement même contre toute logique et… les constructeurs automobiles qui saisissent une opportunité de se parer de vert. Par contre, pour les consommateurs et la planète, c’est une autre histoire. Récit et démonstration des hérésies d’une idéologie où l’État, le consommateur et surtout l’environnement sont perdants.

    IMPASSE DU TOUT-ÉLECTRIQUE

    Le tout-électrique ne diminuera le total des émissions de GES [gaz à effet de serre] que de moins de 1 % par an, avec un impact nul ou presque sur la santé. En France, les transports sont responsables du tiers des émissions de GES. Au sein des transports (route, aérien, maritime, rail), la route est responsable de 75 % des émissions. Il y a actuellement un million de ventes de voitures neuves 100 % électriques dans l'Union européenne (UE), ce qui représente 7,5 % du total des ventes. Il s’agirait donc de passer à 15 millions de véhicules électriques vendus annuellement en 2035. Remarquons d’emblée que l’interdiction des voitures neuves à moteur thermique ne changera pas grand-chose en termes d’émissions car les 300 millions déjà en circulation dans l’UE ne seraient pas concernés. En outre, le secteur sensible du fret, qui représente le quart des émissions de GES de la route, a été « sagement » évité par la Commission.

    « Les politiques qui prennent ou cautionnent de telles décisions négligent totalement l’impact environnemental désastreux de la production des batteries et de leur fin de vie. »

    Ceci d’autant plus que le « zéro émission » des véhicules électriques avancé par la Commission et repris par les pseudo-écologistes est un mythe qui néglige, volontairement ou non, qu’il faut fabriquer les véhicules électriques, recharger leurs batteries avec de l’électricité, puis les recycler. Or, chacune de ces étapes consomme de l’énergie et produit des émissions ! Un site indépendant, développé par le Luxembourg Institute of Science and Technology, indique modèle par modèle le niveau des émissions, tant pour les véhicules thermiques que pour les électriques : on constate qu’à puissance équivalente, sur l’ensemble de leur cycle de vie, les émissions de GES des véhicules électriques, si elles sont évidemment inférieures, représentent tout de même entre 25 % et 50 % de celles d’un véhicule thermique. Et pour les hybrides, les émissions sont logiquement plus importantes.

    IMPACT NUL SUR LA QUALITÉ DE L'AIR

    Dès lors, reprendre le mythe du « zéro émissions » des constructeurs, du « c’est bon pour la planète » des écologistes à courte vue, est une tartufferie. Ce faisant, l’État et la Commission tendent une perche aux constructeurs automobiles qui trouvent une occasion inespérée de se repeindre en « vert », notamment Volkswagen, compromis dans le Dieselgate, un scandale de présentation frauduleuse des émissions polluantes, dont il est piquant de constater la communication durant l’Euro de football sur le thème « Way to zero », « la route vers le zéro émissions » (sic).

    De plus, l'impact est nul sur la qualité de l’air : du fait de ces émissions non nulles, et compte tenu du stock de 300 millions de voitures thermiques et de l’exclusion des transports routiers, même si les 15 millions de véhicules neufs vendus à compter de 2035 sont électriques comme l’escompte la Commission, les émissions du secteur routier ne diminueront que de 2 % par an. Et l’impact sur le total des émissions de GES sera lui inférieur à 1 % !

    Rappelons que ces dernières années, la croissance du secteur routier a été de 2 % par an. Cette réduction insignifiante des émissions de GES, qui suppose le remplacement de tous les véhicules, sera donc à l’évidence « mangée » par la croissance, avec un impact moyen nul sur la qualité de l’air et la santé. Certes, en milieu urbain, caractérisé par une circulation très dense, les véhicules électriques peuvent être pertinents pour limiter la pollution de l’air car leurs émissions de GES ne sont pas produites en roulant, mais à quel prix économique, budgétaire, stratégique et même environnemental ?

    IMPACT NUL SUR LA SANTÉ DU TOUT-ÉLECTRIQUE

    Les politiques qui prennent ou cautionnent de telles décisions négligent totalement l’impact environnemental désastreux de la production des batteries et de leur fin de vie. En effet, une seule voiture électrique exige de 250 à 600 kg de batteries de type « Lithium-ion », et en moyenne 400 kg ! Par simple multiplication, rien que pour les 15 millions de voitures neuves escomptées en 2035, il faudra produire… 6 millions de tonnes de batteries par an ! Et si les 300 millions de voitures sont remplacées par de l’électrique, il faudra donc produire 120 millions de tonnes de batteries !

    Sans oublier non plus l’électronique embarquée pour gérer l’énergie, bien plus présente que dans un véhicule thermique. J’ai déjà relevé l’impact écologique exponentiel des batteries et composants électroniques des téléphones portables et du tout-numérique lié à l’extraction des terres rares et métaux lourds qu’ils contiennent : jusqu’à une tonne de terre concassée pour un seul gramme de matériau utile. C’est le cas des principaux composants des batteries - cobalt, lithium, manganèse, nickel, graphite…- dont les procédés d’extraction sont très gourmands en eau, stérilisent les sols et polluent durablement les eaux, provoquant de graves affections. Et les éventuelles innovations technologiques espérées avec les condensateurs seront tout aussi polluantes.

    Dit autrement, pour améliorer de quelques pourcents la qualité de l’air des Européens, on s’apprête à provoquer une pollution majeure ailleurs. Ainsi de la Chine, qui accapare les deux tiers de la production mondiale de batteries, avec le respect de l’environnement que l’on sait, ou de la République démocratique du Congo dont les terres sont définitivement retournées et concassées pour extraire le cobalt. Mais pour nos « modernes » tartuffes, qu’ils soient à la Commission, au gouvernement, à la mairie de Paris ou « écologistes » autoproclamés, l’essentiel est que cette pollution ne se produise pas sur les quais de Seine.

    « L’indépendance affichée vis-à-vis de l’énergie fossile va-t-elle se traduire par une dépendance pire encore pour les Européens ? »

    En outre, qu’elles soient produites en Chine ou ailleurs, quid du changement d’échelle à venir de leur recyclage ? Car ces batteries ont une durée de vie limitée entre 1 000 et 1 500 cycles de charge/décharge. Leur recyclage ne concerne actuellement que 50 % des composants : que deviendra le reste, ces millions de tonnes annuelles de polluants non recyclés ? Au moment où 50 millions de tonnes de déchets électroniques sont déjà produites annuellement dans le monde et seulement 17 % recyclés, au moment où l’usage des téléphones et ordinateurs portables et des nouveaux modes de mobilité (vélos, trottinettes…) fait déjà exploser la demande par ailleurs, l’Inde et l’Afrique, déjà noyées sous les déchets électroniques de l’Occident, vont-elles devenir une immense poubelle ? Extrêmement délicat à opérer compte tenu de la variété des métaux lourds, électrolytes et terres rares utilisées, également énergivore, supposant une organisation sans faille, leur recyclage complet est une utopie, alors que 92 % des plastiques ne sont toujours pas recyclés !

    Enfin, sur le plan géopolitique, la « route de la batterie » est-elle plus sûre que celles du pétrole ? Rien n’est moins sûr. Une poignée de pays extracteurs, et la Chine en tant que raffineur et fabricant, monopolisent la plupart des ressources et de la production, quand pour le pétrole et le gaz au moins vingt pays dans le monde peuvent garantir un approvisionnement. L’indépendance affichée vis-à-vis de l’énergie fossile va-t-elle se traduire par une dépendance pire encore pour les Européens ?

    À QUEL PRIX ?

    À puissance équivalente, les voitures électriques ont un prix deux à trois fois plus élevé qu’un véhicule thermique, du fait notamment du coût des batteries et de l’électronique embarquée. La forte croissance actuelle de leurs ventes ne se fait qu’au prix d’un lourd subventionnement à hauteur du quart de leur coût, qui n’est pas tenable : ainsi si, en 2035, les deux millions de voitures vendues en France sont électriques, le coût pour le budget de l’État sera de 15 milliards d’euros, soit 1 % du budget en 2035, pour financer le bonus dit « écologique » de 6 000 euros, et la prime à la conversion de 2 500 euros - versée sous conditions de ressources.

    L’État a-t-il vocation à financer les véhicules des particuliers et la « production automobile française » ? Ce 1 % ne serait-il pas mieux employé ailleurs, en investissant massivement dans des systèmes intelligents de partage et de covoiturage pour désencombrer des agglomérations asphyxiées par les véhicules, plutôt que d’en ajouter sur les routes, qu’ils soient électriques ou thermiques ?

    En plus, pour le consommateur, outre le prix d’achat deux à trois fois supérieur, le coût d’entretien et d’assurance se révèle également deux fois plus élevé qu’une voiture thermique. Mais les idéologues de l’écologie ont-ils pensé à ce « détail » ? La leçon tirée de l’accroissement des coûts supportés par les automobilistes modestes, des contraintes - comme un contrôle technique confiscatoire - et des entraves à la circulation, qui a été pour beaucoup dans le déclenchement du mouvement des gilets jaunes en 2019 n’a pas été retenue par ces élites bien-pensantes.

    « La voiture la plus écologique est celle… qu’on ne produit pas ou que l’on conserve. »

    Que des politiques valident, sciemment ou non, le tout-électrique en dit long sur l’indigence de leur réflexion, et leur soumission à l’air du temps, si ce n’est aux industries dominantes. Il faut marteler que la voiture la plus écologique est celle… qu’on ne produit pas ou que l’on conserve (elle a déjà été produite !) : au lieu de remplacer une pollution par une autre pire encore, il appartient aux gouvernements de favoriser la conservation des véhicules thermiques, d'une durée de vie comprise actuellement entre six et dix ans, mais qui pourrait aisément être doublée.

  • Julien Védani.

    Il y a des gens qui me touchent considérablement. 

    Lui en fait partie.

    Il m'arrive parfois de critiquer la course à la technologie. Pas ici. Parce que cette technologie-là est réellement au service de l'humain. 

     

    A l'assaut du Kilimandjaro : le défi d'un Français atteint de sclérose en plaques

     

    Julien Védani a tenté l'ascension du "toit de l'Afrique" en août. Un "projet un peu fou" pour ce trentenaire qui marche avec difficulté et souffre de vertiges.

    Article rédigé par

    Alexis Delcourt - franceinfo

    France Télévisions

    Publié le 19/09/2021 09:29Mis à jour il y a 37 minutes

     Temps de lecture : 8 min.

    Julien Védani (deuxième en partant de la gauche) s'est lancé comme objectif d'atteindre le sommet du Kilimandjaro.  (AURELIO VALENTINO / B-EPIC AGENCY)

    Julien Védani (deuxième en partant de la gauche) s'est lancé comme objectif d'atteindre le sommet du Kilimandjaro.  (AURELIO VALENTINO / B-EPIC AGENCY)

    Vivre sa vie "à 3 000%", c'est l'objectif de Julien Védani. A 34 ans, il s'est attaqué au Kilimandjaro, le plus haut sommet d'Afrique, qui culmine à 5 895 m d'altitude. Un challenge d'autant plus impressionnant que le chercheur en actuariat (spécialiste de calculs de risques en assurances) est atteint d'une sclérose en plaques. Du 11 au 15 août, il a tenté l'ascension du massif tanzanien, point d'orgue de son projet "Kili SEP 2021" lancé il y a deux ans. Récit d'un périple résilient, de la préparation à la fin du voyage.

    Un exosquelette pour l'aider

    Depuis 2015, ce trentenaire originaire de Saint-Cyr-en-Val (Loiret) est un "sépien", un malade atteint de sclérose en plaques (SEP) comme plus de 110 000 Français. Cette maladie auto-immune attaque la myéline, la gaine qui entoure et protège le système nerveux. Elle provoque diverses pathologies, des problèmes moteurs et d'équilibre, de la fatigabilité accrue et des problèmes digestifs et urinaires.

    "Au départ, c'est un sacré traumatisme mais il faut dépasser ça et faire des projets un peu fous."

    Julien Védani 

    à franceinfo

    Mais cela n'a pas entamé la détermination de Julien. L'ascension du Kilimandjaro ? Un vieux projet auquel il a renoncé en apprenant son diagnostic il y a six ans, qu'il a finalement décidé de relever cette année. Pour mettre toutes les chances de son côté, il a misé sur la technologie, en investissant dans un exosquelette acheté grâce à une campagne de financement participatif. Le modèle importé du Canada, non commercialisé en France, est utilisé par l'armée américaine. La machine amplifie ses mouvements grâce à l'intelligence artificielle pour améliorer ses performances physiques.

    Cette innovation offre des perspectives nouvelles pour les personnes qui, comme Julien, peuvent toujours marcher, mais avec difficulté. Elle permet de retarder au maximum l'échéance du fauteuil roulant, mais ce n'est pas une solution définitive. La sclérose en plaques est une maladie dégénérative, qui implique une évolution parfois rapide de l'état du malade. Si bien qu'un exosquelette peut améliorer la vie de certaines personnes seulement quelques années, sans justifier pour autant un achat définitif. 

    Atteint de sclérose en plaque, Julien Vedani s'entraine pour l'ascension du Kilimandjaro

    France 2

    Un mental d'acier

    Si Julien Védani a franchi le pas, c'est qu'il est convaincu que la robotique peut l'aider à avaler le dénivelé du Kilimandjaro. En 2019, il commence ainsi sa préparation au centre médical Saint-Hélier, à Rennes (Ille-et-Vilaine), spécialisé dans la rééducation et la sclérose en plaques. Au programme : entraînements sur les tapis roulants sous le regard des kinésithérapeutes. Mais la technologie a ses limites : si elle l'aide à économiser ses muscles, elle ne peut rien pour son cerveau. Julien souffre rapidement lors de ses entraînements d'une sensation de tournis.

    "En fait j'ai deux types de fatigue : la fatigue musculaire qui augmente lentement et la fatigue neurologique, qui se traduit pour moi par un déséquilibre. C'est comme si mon cerveau disait à mon corps : 'Maintenant stop !'"

    Julien Védani 

    à franceinfo

    Pour parfaire son entraînement, il s'attaque aux montagnes françaises. Lors de ses ascensions d'entraînement du mont Thou à Lyon, du col du Galibier à la fin mai ou du pic du Midi début juillet, le chercheur fait des pauses très régulières, presque tous les 100 m, pour récupérer de sa fatigue neurologique. Ce qu'il fait rapidement : en une ou deux minutes, il est déjà prêt à repartir. 

    "Quand ils le voient s'arrêter aussi régulièrement, les gens pensent qu'il ne va jamais y arriver. Mais il repart à chaque fois, c'est vraiment impressionnant."

    Stéphane Loisel, chef du projet "Kili SEP 2021" 

    à franceinfo

    Une ascension difficile 

    Le 11 août 2021, après deux années de préparation, Julien arrive en Tanzanie. Il est accompagné par son collègue Stéphane Loisel, son ami Aurélien Couloumy et Vanessa Moralès, une infirmière passionnée de montagne. Quarante-huit heures plus tard, au pied du Kilimandjaro, c'est l'effervescence et le début d'une expédition hors normes. L'équipage est chargé avec les équipements propres à la pathologie de Julien : une joélette (un fauteuil tout-terrain monoroue), un chariot pour la descente, des toilettes adaptées, des panneaux solaires pour recharger les batteries... Pour les accompagner, 33 porteurs, cinq guides et un cuisinier sont nécessaires. Le chef des guides, Ronald Maro, alias "Captain Kilimandjaro", est sensible au défi de Julien : "Les gens pensent que ceux qui sont malades ne peuvent rien faire."

    "Julien veut prouver au monde qu'il peut faire quelque chose de grand."

    Ronald Maro, guide sur le Kilimandjaro 

    à franceinfo

    Le 13 août, vers 17 heures, après deux ans de travail sur son projet, Julien enfile son exosquelette et se lance à l'assaut du plus haut sommet d'Afrique. Mais rapidement, la machine se révèle peu adaptée à la réalité de ce terrain si abrupt. Le chemin au cœur de la jungle alterne entre montées et descentes. Julien est moins à l'aise sur ces dernières, à tel point qu'il manque de tomber lorsque l'intelligence artificielle ne parvient pas à lire ses intentions. S'il plie trop la jambe, "l'exosquelette pense que je veux m'asseoir, et il se bloque", explique-t-il.

    Julien Védani est équipé d'un exosquelette. Et ses accompagnateurs le guident avec une perche pour assurer sa marche.  (AURELIO VALENTINO / B-EPIC AGENCY)

    Julien Védani est équipé d'un exosquelette. Et ses accompagnateurs le guident avec une perche pour assurer sa marche.  (AURELIO VALENTINO / B-EPIC AGENCY)

    Face à ces difficultés, Julien et son équipe décident d'enlever l'exosquelette. Le trentenaire ne peut désormais compter que sur sa béquille, la perche que tiennent ses amis pour aider son équilibre, et la force de ses jambes. Le dénivelé met Julien à l'épreuve. De plus en plus escarpé, le terrain rend son équilibre plus précaire. L'équipage arrive de nuit au premier camp, Big Tree Camp, au bord de l'épuisement.

    "A la fin, je dormais carrément debout..."

    Julien Védani 

    à franceinfo

    Au deuxième jour, Julien est optimiste, il sent venir "un second souffle". Il profite des pauses pour apprécier le paysage, la forêt primaire tanzanienne : "Le paysage est juste fou. Quand tu vois passer un singe ou un oiseau c'est incroyable alors je profite des pauses pour ça, pour mater, sinon je ne regarde que le sol et mes pieds..." Mais, au fur et à mesure de l'ascension, il est de nouveau mis à rude épreuve. Dans certains passages rocheux, il affronte ces pierres "monstrueuses" qui l'obligent à puiser dans ses ressources et le laissent à bout de souffle. A nouveau, ils atteignent le deuxième camp, Shira 1, de nuit après 10 km et 10 heures d'efforts.

    Atteint de sclérose en plaques, Julien Védani veut gravir le Kilimandjaro

     

    Les premiers signes de vertige

    Au matin du troisième jour, le 15 août, l'équipe traverse le plateau Shira, du nom d'un ancien volcan effondré sur lui-même. Pour optimiser les chances de Julien d'arriver au sommet, l'équipe choisit la route Lemosho, le circuit du nord, qui contourne le mont Kibo. "Ça va faire plus de distance, entre 90 et 100 km au lieu de 60, mais cela va laisser à Julien plus de temps pour s'acclimater autour des 4 000 m d'altitude, explique Stéphane Loisel. Sur cette route, une personne valide a 95% de chance d'atteindre le sommet alors que par la voie classique, la Machame route, le taux de succès est de 60%."

    Après les deux premiers jours harassants d'ascension, Julien commence déjà, à 3 700 m, à ressentir les premiers vertiges, signe qu'il souffre déjà de l'altitude. "L'équilibre est plus précaire et ma tête balance dans tous les sens", raconte-t-il. Alors qu'il respire de plus en plus difficilement, bruyamment, l'équipe décide d'utiliser la joélette, afin qu'il puisse récupérer. Un premier échec pour Julien qui mettait un point d'honneur à marcher jusqu'au bout.

    Julien Védani et une partie de l'équipe de "Kili SEP 2021" lors de l'ascension du Kilimandjaro, en août 2021.  (AURELIO VALENTINO / B-EPIC AGENCY)

    Julien Védani et une partie de l'équipe de "Kili SEP 2021" lors de l'ascension du Kilimandjaro, en août 2021.  (AURELIO VALENTINO / B-EPIC AGENCY)

    Au quatrième jour, le 16 août, Julien n'a pas suffisamment récupéré et Vanessa, l'infirmière de l'équipe, préfère qu'il entame cette nouvelle ascension dans la joélette. Les porteurs, déjà lestés chacun d'un sac de 20 kg, doivent manœuvrer la centaine de kilos de Julien et son chariot sur les pentes escarpées du Kilimandjaro. A l'arrivée au camp de Moir Hut, les porteurs tanzaniens accueillent Julien en musique. Il profite avec une intensité particulière de chacun de ces instants. 

    "Avec cette maladie, on est au minimum stable et sinon dégénérescent et ça c'est un mot qui fait peur et qui te fait dire qu'il faut profiter à fond aujourd'hui car demain on ne sait pas où tu seras..."

    Julien Védani 

    à franceinfo

    Le point de bascule

    Le lendemain, l'ambiance est plus morose. Pendant la nuit, l'état de Julien s'est dégradé : il a développé une toux et un mal de tête qui font craindre le pire. Au petit-déjeuner, il apparaît le visage gonflé, les lèvres cyanosées, violacées. Autant d'indices qui montrent un début d'œdème cérébral, en plus de ses difficultés respiratoires. A l'oxymètre, les craintes se confirment : le taux d'oxygène dans le sang de Julien est tombé à 58%, contre 100% en temps normal. Un niveau qui lui vaudrait un passage en réanimation s'il était à l'hôpital, un taux rédhibitoire pour espérer continuer l'ascension sans développer d'œdème pulmonaire. L'équipage se rend à l'évidence : Julien doit redescendre, même s'il affiche un optimisme sans faille. 

    Il faut donc convaincre Julien de renoncer à son rêve, pour préserver sa santé. Aurélien et Vanessa poursuivent l'ascension, pendant que Stéphane accompagne Julien pour rejoindre la Rescue Car, seul véhicule autorisé à rouler sur le Kilimandjaro. Après plusieurs jours d'acclimatation, Aurélien et Vanessa lancent, de nuit, l'assaut final. Une ascension de 5 à 6 heures qui les mène jusqu'au sommet, à 5 895 m, là où l'oxygène se fait rare, épuisant l'organisme. A bout de souffle, Aurélien finit par atteindre le point culminant, Uhuru Peak, porté par l'exemple et l'abnégation de Julien.

    "L'échec était impossible."

    Aurélien Couloumy, ami de Julien 

    à franceinfo

    Julien les retrouve à la descente. Après quelques jours de repos à basse altitude, il a récupéré et pu évacuer l'eau qui encombrait ses poumons. Heureux d'avoir vu ses amis accomplir son rêve par procuration, il n'a pas de regrets. Il souhaite tenter les défis les plus fous et se projette déjà dans le prochain : peut-être le Machu Picchu au Pérou ? Pour lui, il faut continuer à avancer, ensemble, pour "tabasser la maladie" et concrétiser son leitmotiv : l'urgence de vivre.

  • Sur le spécisme (2)

     

    Sur le spécisme. (1)

     

    "N’oublions pas que l’humanité tue environ mille milliards d’animaux chaque année, en grande partie des animaux sensibles donc qui ressentent la mort.

    Mon fils qui est en terminale apprend encore, en cours de philosophie, que la conscience est le propre de l’homme.

    C’est complètement débile ! Il est tout à fait certain qu’un très grand nombre d’autres espèces animales ont une conscience au sens fort du terme, une conscience du monde , une conscience de soi et de soi dans le monde, ça ne fait même plus débat aux scientifiques mais on s’est tellement accroché à ce propre de l’homme que nous avons passionnément aimé, que la question n’est pas mise sur la table.

    Je me permets d’ailleurs de rappeler que le pire, à mon sens, ce ne sont même pas les conditions d’abattage qui sont extrêmement scandaleuses, le pire c’est en fait l’absence de vie qui précède l’abattage.

    Beaucoup d’animaux n’ont jamais eu un seul instant la capacité de réaliser leur être. Prenons un lapin, son corps est fait pour bondir, tout le corps du lapin est fait pour ce geste-là. La plupart des lapins qui vivent aujourd’hui en France n’ont jamais bondi ! Ils vivent dans des clapiers qui sont grands comme leur corps et n’ont pas pu faire une seule fois pendant leur non vie, ce pourquoi leur corps est dessiné...

    Donc moi je dirais que c’est un crime contre l’ontologie de la vie qui est en train de se déployer en ce moment.

    Il faut absolument avoir en tête qu’aujourd’hui sur terre, l’essentiel de la biomasse des mammifères, c’est de la viande d’abattage! Ce sont des vaches et des cochons dans des fermes usines. Donc quand on montre aux enfants à l’école des livres avec des chevreuils, des souris, des campagnols, des biches etc.. C’est une imposture!

    Ça ne ressemble plus à ça la vie sur terre !

    95% de la masse des mammifères sur terre, aujourd’hui, ce sont essentiellement des animaux qui ne verront jamais la lumière du soleil, qui n’auront jamais un rapport sexuel, d’affection ou de sociabilité et qui sont en train d’attendre le moment où la hache va leur trancher le cou !

    Donc on a déjà transformé cette planète en enfer !

    Moi ce que j’aimerais, c’est qu’on en parle !

    Imaginez que le chef de l’Etat fasse une conférence de pesse ou une intervention au journal de 20h de TF1 où il parlerait de cette question pendant vingt minutes, tout le monde dirait mais attendez, il se passe des choses sérieuses dans le monde, comment peut-on parler d’un sujet aussi frivole ?

    Et donc je trouve que la question, pour le moment, c’est déjà d’accepter que ce sujet soit discuté.

    Jusqu’à maintenant quand on pose la question face à la catastrophe écologique « est-ce qu’on va s’en sortir » pour l’immense majorité des intellects, le « on » ne se réfère qu’à l’humanité et on oublie qu’on partage cette planète avec sept millions d’autres espèces qui littéralement passent en dommage collatéral et ça, c’est pas une question scientifique, c’est une question éthique !

    La question du spécisme n’est pas encore une question sérieuse..."

    Aurélien Barrau,

    dialogue avec des étudiants HEC, 18.11.2020

  • "Les yeux ouverts" Marguerite Yourcenar

    Marguerite Yourcenar  : Yeux ouverts

    Les Yeux ouverts : un magnifique texte sur l’éducation de Marguerite Yourcenar de 1981

    Marguerite Yourcenar (8 juin 1903 – 17 décembre 1987), romancière, essayiste et traductrice, fut la première femme à entrer à l’Académie française. En 1980, elle publia Les Yeux ouverts, une sorte d’autoportrait qui laisse apparaître de nombreuses réflexions personnelles sur l’éducation des enfants, un texte à la fois rempli d’humanisme et de courage.

    Pour répondre à la question de l’éducation pour nos enfants, Marguerite Yourcenar a donné une réponse à la fois innovante et pleine de bon sens, et qui reste toujours autant d’actualité.

    L’écrivaine aurait aimé que l’on éduque les enfants pour qu’ils deviennent des êtres pleinement conscients du monde, pour qu’ils prennent conscience de ses forces mais également de ses faiblesses. Bien que ce texte ait été écrit en 1980, il reste toujours autant d’actualité.

    Marguerite Yourcenar / Image crédit :commons.wikimedia.org

     

    « Je condamne l’ignorance qui règne en ce moment dans les démocraties aussi bien que dans les régimes totalitaires. Cette ignorance est si forte, souvent si totale, qu’on la dirait voulue par le système, sinon par le régime. J’ai souvent réfléchi à ce que pourrait être l’éducation de l’enfant.

    Je pense qu’il faudrait des études de base, très simples, où l’enfant apprendrait qu’il existe au sein de l’univers, sur une planète dont il devra plus tard ménager les ressources, qu’il dépend de l’air, de l’eau, de tous les êtres vivants, et que la moindre erreur ou la moindre violence risque de tout détruire.

    Il apprendrait que les hommes se sont entretués dans des guerres qui n’ont jamais fait que produire d’autres guerres, et que chaque pays arrange son histoire, mensongèrement, de façon à flatter son orgueil.

    On lui apprendrait assez du passé pour qu’il se sente relié aux hommes qui l’ont précédé, pour qu’il les admire là où ils méritent de l’être, sans s’en faire des idoles, non plus que du présent ou d’un hypothétique avenir.

    On essaierait de le familiariser à la fois avec les livres et les choses ; il saurait le nom des plantes, il connaîtrait les animaux sans se livrer aux hideuses vivisections imposées aux enfants et aux très jeunes adolescents sous prétexte de biologie. ; il apprendrait à donner les premiers soins aux blessés ; son éducation se%uelle comprendrait la présence à un accouchement, son éducation mentale la vue des grands malades et des morts.

    On lui donnerait aussi les simples notions de morale sans laquelle la vie en société est impossible, instruction que les écoles élémentaires et moyennes n’osent plus donner dans ce pays.

    En matière de religion, on ne lui imposerait aucune pratique ou aucun dogme, mais on lui dirait quelque chose de toutes les grandes religions du monde, et surtout de celle du pays où il se trouve, pour éveiller en lui le respect et détruire d’avance certains odieux préjugés.

    On lui apprendrait à aimer le travail quand le travail est utile, et à ne pas se laisser prendre à l’imposture publicitaire, en commençant par celle qui lui vante des friandises plus ou moins frelatées, en lui préparant des caries et des diabètes futurs.

    Il y a certainement un moyen de parler aux enfants de choses véritablement importantes plus tôt qu’on ne le fait. »

     

     

  • "La France contre les robots" : Georges Bernanos (2)

    Deuxième lecture de cet ouvrage de Georges Bernanos.

    On trouve souvent dans les réseaux sociaux comme oeuvre prophétique le fameux livre de George Orwell "1984"

    On devrait y ajouter celui de Bernanos. 

    "La civilisation des machines" est celle que nous vivons. 

     

     

    L

    Quand la société impose à l’homme des sacrifices supérieurs aux services qu’elle lui rend, on a le droit de dire qu’elle cesse d’être humaine, qu’elle n’est plus faite pour l’homme, mais contre l’homme. Dans ces conditions, s’il arrive qu’elle se maintienne, ce ne peut être qu’aux dépens des citoyens ou de leur liberté ! Imbéciles, ne voyez-vous pas que la civilisation des machines exige en effet de vous une discipline chaque jour plus stricte ? Elle l’exige au nom du Progrès, c’est-à-dire au nom d’une conception nouvelle de la vie, imposée aux esprits par son énorme machinerie de propagande et de publicité. Imbéciles ! Comprenez donc que la civilisation des machines est elle-même une machine, dont tous les mouvements doivent être de plus en plus parfaitement synchronisés ! Une récolte exceptionnelle de café au Brésil influe aussitôt sur le cours d’une autre marchandise en Chine, ou en Australie; le temps n’est certainement pas loin où la plus légère augmentation de salaires au Japon déchaînera des grèves à Detroit ou à Chicago, et finalement mettra une fois encore le feu au monde. Imbéciles ! Avez-vous jamais imaginé que dans une société où les dépendances naturelles ont pris le caractère rigoureux, implacable, des rapports mathématiques, vous pourrez aller et venir, acheter ou vendre, travailler ou ne pas travailler, avec la même tranquille bonhomie que vos ancêtres ? Politique d’abord ! disait Maurras. La Civilisation des Machines a aussi sa devise : « Technique d’abord ! Technique partout ! » Imbéciles ! Vous vous dites que la technique ne contrôlera, au pis aller, que votre activité matérielle, et comme vous attendez pour demain la « Semaine de Cinq Heures » et la Foire aux attractions ouverte jour et nuit, cette hypothèse n’a pas de quoi troubler beaucoup votre quiétude. Prenez garde, imbécile ! Parmi toutes les Techniques, il y a une technique de la discipline et elle ne saurait se satisfaire de l’ancienne obéissance – obtenue vaille que vaille par des procédés empiriques, et dont on aurait dû dire quelle était moins la discipline qu’une indiscipline modérée.

    La Technique prétendra tôt ou tard former des collaborateurs acquis corps et âme à son Principe, c’est-à-dire qui accepteront sans discussion inutile sa conception de l’ordre, la vie, ses Raisons de Vivre, Dans un monde tout entier voué à l’Efficience, au Rendement, n’importe-t-il pas que chaque citoyen, dès sa naissance, soit consacré aux mêmes dieux ?

    La Technique ne peut être discutée, les solutions qu’elle impose étant par définition les plus pratiques. Une solution pratique n’est pas esthétique ou morale. Imbéciles ! La Technique ne se reconnaît-elle pas déjà le droit, par exemple, d’orienter les jeunes enfants vers telle ou, telle profession ? N’attendez pas qu’elle se contente toujours de les orienter, elle les désignera.

    Ainsi, à l’idée morale, et même surnaturelle, de la vocation s’oppose peu à peu celle d’une simple disposition physique et Mentale, facilement contrôlable par les Techniciens. Croyez-vous, imbéciles, qu’un tel système, et si rigoureux, puisse subsister par le simple consentement ? Pour l’accepter comme il veut qu’on l’accepte, il faut y croire, il faut y conformer entièrement non seulement ses actes, mais sa conscience.

    Le système n’admet pas de mécontents. Le rendement d’un mécontent — les statistiques le prouvent — est inférieur de 30 % au rendement normal, et de 5o ou 6o % au rendement d’un citoyen qui ne se contente pas de trouver sa situation supportable – en attendant le Paradis — mais qui la tient pour la meilleure possible. Dès lors, le premier venu comprend très bien quelle sorte de collaborateur le technicien est tenu logiquement de former. Il n’y a rien de plus mélancolique que d’entendre les imbéciles donner encore au mot de Démocratie son ancien sens. Imbéciles !

    Comment diable pouvez-vous espérer que la Technique tolère un régime où le technicien serait désigné par le moyen du vote, c’est-à-dire non pas selon son expérience technique garantie par des diplômes, mais selon le degré de sympathie qu’il est capable d’inspirer à l’électeur ? La Société moderne est désormais un ensemble de problèmes techniques à résoudre. Quelle place le politicien roublard, comme d’ailleurs l’électeur idéaliste, peuvent-ils avoir là-dedans ? Imbéciles ! Pensez-vous que la marche de tous ces rouages – économiques, étroitement dépendants les uns des autres et tournant à la vitesse de l’éclair va dépendre demain du bon plaisir des braves gens rassemblés dans les comices pour acclamer tel ou tel programme électoral ? Imaginez-vous que la Technique d’orientation professionnelle, après avoir désigné pour quelque emploi subalterne un citoyen jugé particulièrement mal doué, supportera que le vote de ce malheureux décide, en dernier ressort, de l’adoption ou du rejet d’une mesure proposée par la Technique elle-même ? Imbéciles !

    Chaque progrès de la Technique vous éloigne un peu plus de la démocratie rêvée jadis par les ouvriers idéalistes du Faubourg Saint-Antoine. Il ne faut vraiment pas comprendre grand chose aux faits politiques de ces dernières années pour refuser encore d’admettre que le Monde moderne a déjà résolu, au seul avantage de la Technique, le problème de la Démocratie.

    Les Etats totalitaires, enfants terribles et trop précoces de la Civilisation des Machines, ont tenté de résoudre ce problème brutalement, d’un seul coup. Les autres nations brûlaient de les imiter, mais leur évolution vers la dictature s’est trouvée un peu ralentie du fait que, contraintes après Munich d’entrer en guerre contre l’hitlérisme et le fascisme, elles ont dû, bon gré mal gré, faire de l’idée démocratique le principal, ou plus exactement l’unique élément de leur propagande. Pour qui sait voir, il n’en est pas moins évident que le Réalisme des démocraties ne se définit nullement lui-même par des déclarations retentissantes et vaines comme, par exemple, celle de la Charte de l’Atlantique, déjà tombée dans l’oubli.

    Depuis la guerre de 1914, c’est-a-dire depuis leurs premières expériences, avec Lloyd George et Clemenceau, des facilités de la dictature, les Grandes Démocraties ont visiblement perdu toute confiance dans l’efficacité des anciennes méthodes démocratiques de travail et de gouvernement. On peut être sûr que c’est parmi leurs anciens adversaires, dont elles apprécient l’esprit de discipline, qu’elles recruteront bientôt leurs principaux collaborateurs ; elles n’ont que faire des idéalistes, car l’Etat Technique n’aura demain qu’un seul ennemi : « l’homme qui ne fait pas comme tout le monde » ou encore : « l’homme qui a du temps à perdre » — ou plus simplement si vous voulez : « l’homme qui croit à autre chose qu’à la Technique ».

     

    « Ceux qui voient dans la civilisation des Machines une étape normale de l’Humanité en marche vers son inéluctable destin devraient tout de même réfléchir au caractère suspect d’une civilisation qui semble bien n’avoir été sérieusement prévue ni désirée, qui s’est développée avec une rapidité si effrayante qu’elle fait moins penser à la croissance d’un être vivant qu’à l’évolution d’un cancer.

    Pour le répéter une fois de plus, l’hypothèse est-elle définitivement à rejeter d’une crise profonde, d’une déviation, d’une perversion de l’énergie humaine ? »

    «  La Civilisation des Machines est la civilisation de la quantité opposée à celle de la qualité.

    Les imbéciles y dominent donc par le nombre, ils y sont le nombre.

    J’ai déjà dit, je dirai encore, je le répéterai aussi longtemps que le bourreau n’aura pas noué sous mon menton la cravate de chanvre : un monde dominé par la Force est un monde abominable, mais le monde dominé par le Nombre est ignoble.

    La Force fait tôt ou tard surgir des révoltés, elle engendre l’esprit de Révolte, elle fait des héros et des Martyrs.

    La tyrannie abjecte du Nombre est une infection lente qui n’a jamais provoqué de fièvre.

    Le Nombre crée une société à son image, une société d’êtres non pas égaux, mais pareils, seulement reconnaissables à leurs empreintes digitales. Il est fou de confier au Nombre la garde de la Liberté.

    Il est fou d’opposer le Nombre à l’argent, car l’argent a toujours raison du Nombre, puisqu’il est plus facile et moins coûteux d’acheter en gros qu’au détail.

    Or, l’électeur s’achète en gros, les politiciens n’ayant d’autre raison d’être que de toucher une commission sur l’affaire.

    Avec une radio, deux ou trois cinémas, et quelques journaux, le premier venu peut ramasser, en un petit nombre de semaines, cent mille partisans, bien encadrés par quelques techniciens, experts en cette sorte d’industrie.

    Que pourraient bien rêver de mieux, je vous le demande, les imbéciles des Trusts ?

    Mais, je vous le demande aussi, quel régime est plus favorable à l’établissement de la dictature ?

    Car les Puissances de l’Argent savent utiliser à merveille le suffrage universel, mais cet instrument ressemble aux autres, il s’use à force de servir.

    En exploitant le suffrage universel, elles le dégradent. L’opposition entre le suffrage universel corrompu et les masses finit par prendre le caractère d’une crise aiguë.

    Pour se délivrer de l’Argent – ou du moins pour se donner l’illusion de cette délivrance – les masses se choisissent un chef, Marius ou Hitler. Encore ose-t-on à peine écrire ce mot de chef. Le dictateur n’est pas un chef.

    C’est une émanation, une création des masses.

    C’est la Masse incarnée, la Masse à son plus haut degré de malfaisance, à son plus haut pouvoir de destruction.

    Ainsi, le monde ira-t-il, en un rythme toujours accéléré, de la démocratie à la dictature, de la dictature à la démocratie, jusqu’au jour… »

    «Rivé à lui-même par l’égoïsme, l’individu n’apparaît plus que comme une quantité négligeable soumise à la loi des grands nombres, on ne saurait prétendre l’employer que par masses, grâce à la connaissance des lois qui le régissent.

    Ainsi, le progrès n’est plus dans l’homme, il est dans la technique, dans le perfectionnement des méthodes capables de permettre une utilisation chaque jour plus efficace du matériel humain. »

    "Ce n’est pas ma tâche de reconstruire le monde, mais je sais parfaitement comment il s’est détruit. Le monde moderne était tombé entre les mains des techniciens, il a servi de sujet d’expérience aux techniciens.

    Les techniciens faisaient les expériences, mais c’étaient les véritables maîtres du monde moderne, les tout-puissants contrôleurs des marchés du blé, du fer, de la houille ou du pétrole, qui, sur toute la surface du globe, finançaient les techniciens de la révolution noire, blanche ou rouge.

    Ambitieuse d’organiser la vie, la technique n’a réussi qu’à organiser la plus grande, la plus prodigieuse entreprise de destruction des valeurs spirituelles et des biens matériels que l’Histoire ait jamais connue.

    C’est qu’on n’essaie pas impunément de substituer la technique à la vie. La Technique n’est pas la Vie.

    Je sais qu’une telle vérité n’est pas encore mûre, qu’un grand nombre de ceux qui liront ces lignes hausseront les épaules, se refuseront à faire l’effort nécessaire pour penser par eux-mêmes, penser librement, avec leur propre cerveau, non pas avec le cerveau mécanique de leur poste de radio.

    Ils me croiront ennemi de de la technique et je souhaite seulement que les techniciens se mêlent de ce qui les regarde, alors que leur ridicule prétention ne connaît plus de bornes, qu’ils font ouvertement le projet de dominer non seulement matériellement, mais spirituellement, le monde, de contrôler les forces spirituelles du monde grâce à une philosophie de la technique, une métaphysique de la technique, une « métatechnique », capable de tromper la naïveté des professeurs et qui a bien pu aussi enflammer jadis l’imagination des moujiks dans l’ancienne Russie de Lénine, mais qui doit faire sourire n’importe quel Français, héritier de Montaigne et de Pascal.

    Nous savons que, un certain point dépassé, chaque nouvelle usurpation de la technique se paie d’un accroissement du pouvoir de l’État, de la perte d’une liberté.

    La vocation spirituelle de mon pays est de dénoncer ce scandale. Nous ne sommes pas nés pour être les esclaves de personne, nous ne commettrons pas le crime de préférer la Technique à la Liberté. »