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Complotisme ou esprit critique ?
- Par Thierry LEDRU
- Le 14/07/2021
Deux réflexions qui parlent du "complotisme".
"Depuis le début de la crise sanitaire, on entend la répétition de deux termes, plus encore qu’avant cette crise : populisme et complotisme. Bien des positionnements intellectuels, politiques et de journalistes – même de scientifiques et de médecins – ont été déterminés par cette volonté de faire rempart au populisme et au complotisme qui l’alimenterait, au point même de faire du professeur Raoult une sorte de Donald Trump des sciences médicales. On voit que cette opposition est si grossière qu’elle est tout autant fantasmée que réelle.
Or, complotiste, tout démocrate devrait l’être dans certaines limites. L’attentat du 11 septembre 2001 a changé notre compréhension du monde. Auparavant, l’Occident avait une vision de l’histoire très hégélienne, verticale, progressiste, avec une fin heureuse et à venir. Après la chute du Mur de Berlin, il y eut une décennie indécise, lors de laquelle on ne savait plus dans quelle histoire nous étions. L’attentat terrible et inédit qui survint au tout début de ce siècle nous a plongés dans une histoire que nous n’avions pas vu venir. Et c’est la réponse anglo-américaine à cet événement qui a donné aux « complotistes » des raisons fondées de douter des informations officielles.
Du temps de la guerre froide, tout le monde savait que la partie immergée de l’iceberg n’était pas à voir – moins on en savait, mieux c’était – puisqu’elle opposait essentiellement les services secrets américains et soviétiques. Nous ne sommes plus dans ce temps de guerre larvée entre deux grandes puissances se partageant le monde. En 2002-2003, le président Bush et le premier ministre Blair ont décidé d’une guerre contre l’Irak en mentant délibérément au sujet de liens entre son dictateur et l’organisation terroriste qui avait organisé l’attentat et au sujet d’armes de destruction massive introuvables. Tout était faux et causa le déséquilibre du Moyen-Orient pour une bonne dizaine d’années.
Depuis ce temps-là, les pays occidentaux vivent avec des mensonges d’État. Les services secrets anglo-américains ont travaillé de concert pour annihiler des organisations islamistes, capturant des terroristes présumés, les torturant, procédant à des assassinats ciblés, avec leurs victimes collatérales, par l’utilisation à grande distance de drones, sans que les Nations Unies ne s’émeuvent de l’usage de telles armes technologiques particulièrement déloyales. Les personnes qui ont dénoncé cette dérive occidentale payent cher leur volonté de vivre dans un monde démocratique plus transparent, atténuant une raison d’État broyant les individus.
Je suis devenu plus clairement « complotiste » en voyant le film de Roman Polanski, The Ghost Writer, il y a onze ans. Je découvrais par ce film le scandale de la mort suspecte de David Kelly, expert en armes biologiques qui avait eu la désobligeance de contredire les accusations anglo-américaines envers l’Irak en informant un journaliste de la BBC sur des falsifications ministérielles britanniques. Se suicidant dans des conditions plus qu’étranges, il y avait de quoi faire un très bon thriller politique, ce que fit le réalisateur polonais. Mais quand le film sortit, l’affaire Polanski avait été étrangement relancée par un procureur américain et on ne parlait que de ça dans les médias occidentaux. Quand Julian Assange fut accusé de viol en Suède, il n’était pas compliqué de comprendre que l’instrumentalisation du féminisme pouvait aisément servir la raison d’État. Il reste que les révélations quelque temps plus tard d’Edward Snowden au sujet de l’espionnage généralisé mis en place par les Américains, avec les Britanniques pour alliés privilégiés et indéfectibles, confirmaient tout à fait la thèse du film.
Nous vivons dans ce monde-là et je suis consterné de constater le peu d’intérêt des journalistes français pour le traitement inhumain aux États-Unis du soldat Manning qui révéla les crimes de guerre en Irak à Assange afin d’en informer les populations, de même pour Snowden qui ne fut un héros que d’une ou deux années et qui n’a plus désormais d’avenir qu’en Russie car il ne serait, par exemple, pas en sécurité en France – Assange, en Angleterre, risque toujours l’extradition et est, de toute manière, privé de liberté depuis de trop longues années. Nos pays des droits de l’homme les négligent allègrement et nos « élites » qui crient au populisme et au complotisme détournent les yeux de ces atteintes à la liberté. Désormais, les dissidents, défenseurs de la liberté, tant promus lors de la guerre froide, sont des victimes de l’Occident.
Ce monde de l’indigence journalistique refuse d’informer les citoyens des enjeux réels des crises que nous subissons. Quand le site d’information Mediapart révélait les premières « affaires Sarkozy », la presse mainstream, bousculée par ce retour au journalisme d’investigation, tentait avec les hommes politiques concernés d’en faire une presse de caniveau. Aujourd’hui, pour invalider un travail journalistique approfondi, il suffit de dire « Fake news ». La chasse à l’infox est devenu la nouvelle déontologie journalistique mais elle ne remplace pas le journalisme d’investigation, elle le discrédite. Et au lieu de lutter contre le complotisme, elle le renforce.
Car il est normal et rassurant que nombre de citoyens cherchent, parfois maladroitement, souvent en se trompant et en se montrant trop crédules, des informations fondées, plus en mesure de répondre à leurs interrogations. Quoi qu’il en soit, à être trop incrédule, en niant toute cause d’apparence complotiste, nos « élites » sont devenues paradoxalement crédules au point de se faire les défenseurs de la démocratie et de la liberté d’expression tout en désirant réduire l’une en bridant l’autre.
Avec la crise sanitaire, qui est devenue actuellement la ligne de partage déterminant les bons et les mauvais citoyens, on observe une « élite » scientifique et médicale, politique et journalistique, qui se crispe sur des questions qui auraient parues dérisoires il y a encore un an : le refus d’écouter tous les avis et notamment ceux qui divergent de la ligne choisie, le refus donc du débat et de la démocratie, le refus par exemple de discuter sereinement d’un traitement thérapeutique préventif – hydroxychloroquine est devenu un mot presque tabou, le comble de l’absurde...
A l’heure où l’élection américaine a livré son verdict, qui n’est peut-être pas définitif, cette « élite » se réjouit du candidat élu sans se soucier de la transparence nécessaire en démocratie pour des élections. Un vrai démocrate se soucie avant tout de cela ou alors c’est qu’il s’estime prêt à vivre dans un système politique quelque peu opaque et oligarchique, à remettre son libre arbitre à des autorités officielles qui penseront et décideront pour lui"
Christophe Lemardelé, docteur en histoire des religions, chercheur associé au CNRS (UMR 8167 Orient & Méditerranée
Un autre article
"Quand je me suis aperçu que dans ce pays le simple fait de mettre en doute une information qui ne tire sa légitimité que d'être labellisée « parole officielle » et d'être répétée en boucle dans les médias suffisait à faire de vous un complotiste, j'ai pensé que le mieux était encore d'en devenir un pour de bon.
A moins d'être totalement naïf ou d'être prisonnier d'un système qui vous garantit à la fois le confort de la pensée et la position sociale, qui peut en toute honnêteté se convaincre que, par son ampleur planétaire, la situation actuelle ne soulève pas un minimum de questions ? N'est-il pas normal et légitime de se demander :
Pourquoi une maladie infectieuse qui a perdu beaucoup de sa virulence depuis le printemps 2020 est devenue l'unique sujet de préoccupation du gouvernement et des médias dominants, tandis que les ravages collatéraux de cette crise sont systématiquement laissés aux oubliettes ?
Pourquoi les traitements – efficaces – permettant de guérir du covid ont été dénigrés et même interdits, alors qu'en même temps on prétend, en haut lieu, tout faire pour protéger les plus fragiles ? Pourquoi pas une seule fois un ministre ou un médecin de plateau-télé n'a cru bon de donner aux Français des recommandations pour stimuler leurs défenses immunitaires qui sont tout de même le meilleur rempart contre la maladie ?
Pourquoi une solution aussi hasardeuse que la vaccination de masse (aux conséquences sanitaires parfaitement imprévisibles) est promue au rang de solution miracle, au mépris de toutes les mises en garde émanant de nombreux médecins et chercheurs courageux et indépendants ?
Pourquoi enfin toute pensée, toute réflexion qui se se conforme pas au dogme officiel est systématiquement exclue du champ médiatique, quand elle n'est pas purement et simplement criminalisée ?
Je le répète : si le simple fait de poser ces questions, que tout citoyen est en droit et même en devoir de se poser, est un signe de complotisme, alors c'est que l'heure est venue de revendiquer ce terme et d'en assumer les implications. Car outre qu'il pose les questions qui dérangent, le complotiste a fâcheusement tendance à vouloir trouver des explications et à émettre des hypothèses. Certaines, bien sûr, sont farfelues ; mais on ne doit normalement pas craindre cela quand on est en démocratie ! Cela s'appelle le pluralisme ou encore la liberté d'expression. D'autres, par contre, sont frappées au coin du bon sens, n'en déplaise aux experts patentés qui se sont arrogé le droit de penser à notre place.
Est-il, par exemple, farfelu ou déraisonnable de penser que les élites qui dominent le monde (grands Etats, GAFA, multinationales, puissances financières) font des projets ? Qu'elles font tout ce qui est en leur pouvoir pour donner au monde et aux populations l'orientation la plus favorable à la pérennisation et au renforcement de leur position dominante ? Et que, ce faisant, la défense de leurs intérêts communs les amène à unir leurs forces au sein d'une gouvernance de plus en plus ouvertement mondialisée ? Ne peut-on pas non plus suggérer que la crise sanitaire et la perspective vaccinale qui l'accompagne sont une remarquable occasion pour ces élites ?
Non, décidément, il n'y a rien d'anormal à faire ce genre d'hypothèses ! Je dirais même que c'est un élément indispensable à toute pensée politique désireuse d'éclairer l'avenir. Les chercheurs le savent bien : c'est en s'appuyant à la fois sur l'analyse des faits et sur des hypothèses qu'on parvient, à force de recoupements et de rapprochements, à identifier des causes et à proposer des explications – et des solutions. Et si l'hypothèse est mauvaise, encore faut-il en apporter la preuve, ce qui ne peut se faire qu'au sein d'un débat public véritablement démocratique.
Personnellement (ici je quitte le plan des faits et des hypothèses déductives pour me risquer à une interprétation), je proposerais, en vertu du principe énoncé par Térence selon lequel « rien de ce qui est humain ne m'est étranger », une lecture simple et psychologique de la situation actuelle. L'argent rend fou, nous rappelle l'adage populaire et, de fait, les hyperpuissants dont je parlais plus haut se sont écartés depuis longtemps de la « voie du milieu » chère à Montaigne, celle qui sert de repère à notre humanité commune. A force de vivre dans un sentiment de puissance quasi illimité, à force de ne rencontrer que des alter egos partageant la même vision du monde, à force de ne voir le reste de l'humanité (soit environ les 99,9% restant) que comme des entités mathématiques malléables à merci, il ont peu à peu perdu le sens de l'humain, le sens de la vie. Ils se sont enfermés dans un fantasme hyper-narcissique qui, du fait même de sa puissance, menace aujourd'hui de nous entraîner tous dans la vision totalitaire d'une humanité En (ordre de) Marche, si, comme l'enfant tyrannique qu'on n'ose jamais contredire, ils ne rencontrent pas rapidement l'opposition intransigeante des forces opposées à cette vision profondément nihiliste de l'existence humaine.
Aussi, être complotiste aujourd'hui ce n'est pas selon moi partir en lutte contre telle ou telle classe, contre telle ou telle oligarchie ; c'est, plus modestement, poursuivre le combat qui sévit, depuis la nuit des temps, au sein de la psyché humaine, entre les forces de la vie qui poussent l'individu à aimer, à entretenir, à cultiver le monde commun et celles de la régression qui cherchent à s'accaparer ce même monde au nom de la prétendue liberté d'un moi élevé au rang d'idole, par ignorance de sa vraie nature. C'est un combat contre ce qu'il faut bien appeler une folie prédatrice, folie d'autant plus dangereuse aujourd'hui qu'elle se dissimule sous le masque à la fois rassurant et séduisant de la rationalité et du progrès techniques.
Alors, au lieu de nous soumettre aveuglément à une parole officielle, dont tout nous dit qu'elle est dictée par des intérêts financiers et politiques qui n'ont strictement rien à voir avec le souci du bien commun, osons être des citoyens libres, osons écouter la petite voix intérieure qui nous met en garde et qui, comme le rappelle Rousseau, est notre meilleur guide pour penser et agir. Soyons enfin comme les insurgés néerlandais du 16ème siècle, traités de « gueux » par les partisans de la tyrannie espagnole et qui ont fait de cette insulte un signe de ralliement. Et si l'histoire des Pays-bas ou la pensée de Rousseau ne suffisent pas, songeons pour finir à l'avertissement de Brecht, ce Discours pour la paix de 1952 qu'on lira peut-être un jour comme un des textes fondateurs du « complotisme mondialisé » :
Disons et redisons ce qui a déjà été dit des milliers de fois, de peur qu'on nous reproche de ne pas l'avoir dit assez !
Répétons les mises en garde, même si elles sont déjà comme de la cendre dans notre bouche !
Car l'humanité est sous la menace de guerres en comparaison desquelles les guerres du passé feront figure de coups d'essai insignifiants et nul doute que ces guerres se produiront si ceux qui qui les préparent au vu et au su de tous n'ont pas les mains brisées.*
Alain Leduc, universitaire et citoyen
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Passeport ou vaccination obligatoire ?
- Par Thierry LEDRU
- Le 14/07/2021
Les réactions sont nombreuses et ça se comprend...
Et on ne peut pas taxer ce Monsieur de "complotiste".
Les termes sont clairs : le pass sanitaire est-il un moyen déguisé d'obliger la population à se vacciner au regard de la mise à l'écart des réticents.
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Echelle des croyances
- Par Thierry LEDRU
- Le 13/07/2021
Il n'est pas question ici que je me positionne. Ça n'aurait aucun intérêt. Juste de donner à lire ces tableaux.
Chacun y puisera ce qui le concerne au regard de ses croyances, de ses certitudes ou de ses intuitions.
Je précise que ces tableaux émanent d'un site sur l'athéisme.
Echelle des croyances
Cette page n’est pas une tentative de représenter une linéarité historique, mais d’ordonnancer les différents niveaux de croyances. On chemine ainsi du niveau le plus complexe ou "primitif", sans que ce terme ait un caractère péjoratif, (animisme), au niveau le plus épuré (absence totale de croyances en une quelconque divinité supranaturelle).
Cette approche des croyances, si elle voulait montrer une évolution chronologique de l’humanité vers l’athéisme, pourrait facilement être contredite par les faits historiques et considérée comme obsolète. Par exemple, l’agnosticisme est apparu au Ve siècle avant JC, bien avant le déisme du XVIIIe siècle. En outre, de nos jours, toutes les formes de croyances cohabitent et les "retours en arrière" sont fréquents, même au niveau individuel. Cependant les athées ressentent intuitivement que depuis le siècle des Lumières, avec le développement de la libre pensée et de la science, il s’agit là d’un mouvement de fond inexorable qui accompagnera l’humanité à l'âge adulte.Attitudes Synonyme Homme Tous les objets et phénomènes ont une âme, culte des ancêtres, superstition, magie Animisme Fétichisme Animiste, fétichiste, superstitieux Idolâtre Croit en plusieurs dieux qui agissent sur le monde réel Polythéisme Paganisme Païen Croit en un Dieu unique, révélé qui agit sur le monde Monothéisme Théisme Théiste, croyant adepte d'une religion Croit en un Dieu créateur, cause première, qui n'intervient pas dans les affaires humaines Déisme Déiste, croyant sans religion Positivisme Positiviste Ne se prononce pas sur l'existence de Dieu Agnosticisme Scepticisme Agnostique, sceptique Refuse tout dogme religieux Libre penseur Ne se pose pas la question de Dieu Indifférence Ne croit pas que Dieu existe Athéisme Incroyance Athée, incroyant Affirme sa non-croyance en Dieu Athéisme militant Athée actif
Positionnement des principales religions
Dans le tableau ci-dessous, une religion couvrant plusieurs formes de croyances signifie qu'elle n'est pas incompatible a priori avec elles. Une couleur plus claire correspond à un positionnement secondaire, moins important.
Avertissement : une telle présentation est forcément simplificatrice et réductrice, son seul but étant de fixer les idées.
Animisme Polythéisme Monothéisme Déisme Agnosticisme Athéisme Bouddhisme (1) Brahmanisme Catholicisme (2) Hindouisme Humanité (culte) (3) Islam Judaïsme Egl. Orthodoxe (2) Protestantisme Raëlisme (4) Satanisme (5) Scientisme (6) Shintoïsme Taoïsme religieux Théosophie 1) Bouddhisme religieux : syncrétisme avec d'autres formes de cultes.
2) Catholicisme et Eglise Orthodoxe : Dieu, Jésus, Saint-Esprit, culte mariale, culte des saints
3) Culte de l'Humanité fondé par Auguste Comte
4) Raëlisme : un exemple de secte qui se proclame athée.
5) Satanisme : en tant que religion sans Dieu où Satan est plutôt considéré comme une force de la nature.
6) Scientisme : quand il est considéré comme un culte voué à la science.
Positionnement de quelques philosophies
et mouvements de pensée
Dans le tableau ci-dessous, une philosophie couvrant plusieurs formes de croyances signifie qu'elle n'est pas incompatible a priori avec elles. Une couleur plus claire correspond à un positionnement secondaire, moins important.
Avertissement : une telle présentation est forcément simplificatrice et réductrice, son seul but étant de fixer les idées.
Animisme Polythéisme Monothéisme Déisme Agnosticisme Athéisme Anarchisme Bouddhisme (1) Confucianisme Epicurisme Franc-maçonnerie Humanisme Idéalisme Libre pensée Marxisme Matérialisme Panthéisme Positivisme Spiritualisme Taoïsme philosop. 1) Bouddhisme philosophique pour lequel il n'existe pas de dieu créateur
Voir les pages d'accueil sur la religion et sur les croyances -
Passeport vaccinal (3)
- Par Thierry LEDRU
- Le 13/07/2021
Ni Nathalie, ni moi ne sommes vaccinés et nous n'avons aucunement l'intention de le faire.
Nous ne sommes pas des personnes à risque et nous ne mettons pas les autres en danger étant donné que nous ne voyons quasiment personne et que lorsque nous allons dans un lieu public, nous respectons les consignes (masques et désinfection des mains). La semaine passée, nous avons côtoyé deux personnes (des voisins) et je suis allé une fois dans une épicerie.
D'autre part, le département de la Creuse est très faiblement impacté par le virus et le tourisme ici est quasi inexistant. Qui en France est d'ailleurs capable de situer la Creuse sans aucune hésitation :)
Pour ce qui est des réflexions sur l'aspect juridique de la méthode, le mieux à faire est de lire les textes émanant de juristes.
Je rappelle juste une nouvelle fois que le coût de cette pandémie est pharaonique au regard de ce qu'aurait coûté le maintien en l'état et même l'amélioration du service hospitalier en France. Au lieu de ça, on a assisté à une dévastation continue et maintenant, le gouvernement vient culpabiliser et pénaliser la population réticente au vaccin. Et qu'en est-il des moyens alloués depuis deux ans à l'hôpital ?...
Actualités juridiques du village

Par David Guyon, Avocat.
62066lectures
Mise à jour: 13 juillet 2021
1re Parution: 14 janvier 2021
Lecture "Tout public"
LE PASSEPORT VACCINAL EST-IL LÉGAL ?
La Covid-19 a conduit le monde pharmaceutique à développer extrêmement rapidement un nouveau type de vaccin qui a mené le gouvernement à proposer d’instaurer dans notre droit positif un passeport vaccinal ou en d’autres termes de légaliser une discrimination pour motif de santé. Cela est dangereux et critiquable juridiquement pour plusieurs raisons.
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« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » disait Rabelais.
L’instauration d’un « passeport vaccinal », c’est-à-dire l’exigence de la détention d’un document officiel justifiant de la réalisation d’un vaccin en vue de pouvoir échapper à certaines restrictions de liberté, constitue une pente dangereuse qui pourrait bien sonner le glas de l’âme démocratique de notre société moderne et civilisée.
La France est le berceau de la vaccination avec Louis Pasteur. Depuis leur création, les vaccins ont permis d’éradiquer un grand nombre de maladies contagieuses touchant surtout les enfants. La politique vaccinale d’un pays constitue donc une composante essentielle de sa politique sanitaire laquelle constitue l’un des triptyques de l’ordre public.
Selon l’OMS, un vaccin est une préparation administrée pour provoquer l’immunité contre une maladie en stimulant la production d’anticorps. La couverture vaccinale correspond à la proportion de personnes vaccinées dans une population à un moment donné.
Afin de clarifier rapidement les choses, ce passeport vaccinal n’a pas encore d’existence légale. En effet, il résulte d’un projet de loi déposé le 21 décembre 2020 à l’assemblée nationale.
Il n’est donc pas très orthodoxe de parler « d’illégalité » pour un projet de loi dès lors que d’une part, ce texte n’est pas encore dans le droit positif, c’est-à-dire applicable, d’autre part, parce que le terme « illégal » renvoi à la méconnaissance de la loi. Or, une loi est au même niveau que les autres dans la hiérarchie des normes.
En revanche, ce projet de loi, s’il entrait tel quel dans le droit positif, pourrait méconnaître des textes hiérarchiquement supérieurs à lui telles que des conventions internationales et la Constitution.
Ce projet prévoit que
« 6° Le Premier ministre peut, le cas échéant dans le cadre des mesures prévues aux 1° à 5°, subordonner les déplacements des personnes, leur accès aux moyens de transports ou à certains lieux, ainsi que l’exercice de certaines activités à la présentation des résultats d’un test de dépistage établissant que la personne n’est pas affectée ou contaminée, au suivi d’un traitement préventif, y compris à l’administration d’un vaccin, ou d’un traitement curatif. Le décret mentionné au deuxième alinéa du présent article précise l’étendue de cette obligation ainsi que ses modalités d’application s’agissant notamment des catégories de personnes concernées ».
Le vaccin ne sera pas obligatoire, mais pour se déplacer, accéder aux transports ou à certaines activités celui-ci sera nécessaire. En d’autres termes, Liberté, Egalité, si vous êtes vaccinés !
Il convient d’indiquer tout de suite que le débat ne portera pas sur la question de savoir si l’on est pour ou contre ce vaccin mais bien de savoir si notre société est prête à accepter de légaliser une discrimination pour motif de santé en acceptant d’exclure de la vie sociale les individus qui refuseraient de s’y soumettre.
Cette question soulève des difficultés juridiques qu’il convient d’analyser.
I- La méconnaissance des principes d’égalité et de liberté :
Il ne s’agit pas des seules libertés méconnues. Cependant, compte tenu de leur importance, il semble intéressant d’indiquer en quoi ce passeport vaccinal vient fracasser les principes fondant nos sociétés modernes.
L’atteinte à la liberté :
La liberté constitue le droit de pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. La liberté se retrouve ici réduite dans l’hypothèse où le vaccin n’est pas réalisé ou non justifié par un document officiel.
Indirectement mais sûrement, les citoyens non vaccinés se trouveront privés du droit d’entreprendre, de travailler, de la liberté d’aller et venir ou encore du droit au respect de la vie privée et familiale. Cela aura aussi un impact sur le droit de propriété de certain qui pourront s’en trouver privé du fait de cette exclusion sociale [1].
Sur le plan du droit international, on évoquera les dispositions de l’article 8 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme. Ce texte protège le droit à la vie privée et familiale. A ce titre, la Cour Européenne des Droits de l’Homme a développé une jurisprudence très protectrice de la sphère privée laquelle comporte notamment le droit à l’autodétermination et la santé.
En effet, en vertu de l’article 8 de la Convention EDH, il a été reconnu de longue date qu’il existait un droit de consentir aux soins [2].
Le projet envisagé par le gouvernement vient donc porter atteinte à toutes ces libertés en pérennisant le concept des restrictions là où en Démocratie, la liberté doit être la règle. Les citoyens qui refuseraient de se faire vacciner, se retrouveront privés de facto de toutes les libertés qu’ils seraient normalement en droit de pouvoir revendiquer en leur seule qualité de Citoyen.
Quid de la liberté des individus qui refuseront de se faire vacciner et qui se retrouveront exclus totalement de la société ? Quelle liberté est laissée à celui qui ne pourra plus vivre en société et se retrouvera traité comme un paria ?
Quand il n’y a plus de choix il n’y a plus de liberté !
Ce texte constituerait un changement de paradigme.L’atteinte à l’égalité :
Le principe d’égalité trouve sa source dans le droit constitutionnel et irrigue tout notre droit. Il implique d’une part, que toutes les personnes placées dans une situation identique soient traitées de la même manière, ce qui permet en retour que des situations différentes fassent l’objet d’un traitement différent ; d’autre part, qu’il soit possible de déroger à l’égalité lorsqu’un motif d’intérêt général le justifie.
Dans ces deux situations la différence de traitement qui peut en résulter doit être en rapport direct avec l’objet de la norme qui l’établit et ne doit pas être manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier.
En droit international on parle plutôt du droit à la non-discrimination qui est protégé à l’article 14 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme.
Pour la Cour Européenne des droits de l’homme, il y a discrimination lorsqu’une personne est, sans justification objective et raisonnable, traitée moins favorablement qu’une autre personne placée dans une situation analogue.
« Analogue » ne signifie pas en tous points identique : il faut que, eu égard à la nature de ses griefs, le requérant soit dans une situation comparable ou similaire sur un plan pertinent à celle de personnes mieux traitées que lui.
Il résulte de ce passeport vaccinal qu’un élément de la santé des individus conduira à une exclusion sociale d’une partie de la population. Il y aura des citoyens vaccinés et des citoyens non vaccinés ou en d’autres termes, des "supra citoyens" et des "sous citoyens." Or, le droit français ne reconnaît qu’un peuple français. Il y aura un peuple et un "sous-peuple" !
Les lois ne sont plus les mêmes pour tous puisque le vaccin les réduit pour certain et les étend pour d’autres (article 6 de la DDHC).
A l’heure où le législateur a combattu durant des décennies des différences de traitement fondées sur des distinctions juridiques arbitraires et notamment le handicap et l’égalité homme/femme, ce passeport vaccinal laisse pantois.
II- La disproportionnalité de l’instauration du passeport vaccinal.
« En tout domaine, l’excès est un vice » disait Sénèque. Parce qu’une mesure dite remède, poussée à son extrême, peut conduire à un résultat pire que le mal contre lequel elle lutte. La protection de la santé publique constitue un motif légitime pouvant justifier une restriction de liberté. Cependant, comme toute restriction elle doit être strictement proportionnée au but légitime qu’elle poursuit.
A vouloir protéger la vie biologique on peut finir par nier l’ensemble des droits que la vie procure.
Sans entrer dans le débat des pro ou anti vaccin, qui constitue le faux débat de ce sujet, il convient de s’intéresser à la proportionnalité de l’instauration d’un passeport vaccinal.
Bien avant la crise sanitaire le Conseil d’Etat avait déjà donné quelques éléments de réflexion sur la question des vaccins obligatoires.
Ainsi le 6 mai 2019, le Conseil d’Etat avait déjà pu juger que l’extension de la liste des vaccinations obligatoires à onze vaccins, dont huit étaient précédemment seulement recommandés, ne méconnaît pas le droit à l’intégrité physique et au respect de la vie privée, compte tenu de la gravité des maladies, de l’efficacité de ces vaccins et de la nécessité de les rendre obligatoires pour atteindre une couverture vaccinale satisfaisante pour l’ensemble de la population.
Egalement, le Conseil d’Etat avait validé la légalité de la décision par laquelle les autorités sanitaires avaient pu refuser de retirer les vaccins obligatoires contenant des sels d’aluminium destinés à favoriser la réponse immunitaire, qui présentent un rapport entre bénéfices et risques favorable.
Conseil d’Etat 6 mai 2019 n°415694 ;
Le Conseil d’Etat fait preuve de pragmatisme et effectue une véritable balance du coût avantage/inconvénient de l’instauration de tels vaccins mettant en œuvre sa jurisprudence applicable habituellement en matière d’urbanisme.
Plusieurs éléments ressortent de cette décision riche d’enseignement pour apprécier la proportionnalité d’un vaccin obligatoire :
La gravité des maladies contre laquelle il lutte ;
L’efficacité des vaccins et notamment ses effets indésirables ;
La couverture vaccinale satisfaisante visant à protéger la population et notamment les plus fragiles.Il convient aussi de noter que ces vaccins existent depuis de nombreuses années, qu’il existe un recul suffisant qui a conduit les requérants à contester uniquement les adjuvants contenus dans le vaccin afin de le conserver et non le vaccin lui-même.
Il résulte de ce qui précède que la situation actuelle n’est aucunement comparable à la politique vaccinale habituelle.En effet, depuis le début de la crise sanitaire de covid-19, le vaccin a été avancé comme LE seul remède contre ce mal de nature à nous permettre de retrouver la vie d’avant.
Après de nombreux mois de recherches, un prototype de vaccin était prêt à être mis sur le marché en décembre 2020. La rapidité de la création de ce vaccin surprend et à la fois inquiète à juste titre une grande partie de la population.
Plusieurs arguments permettent légitimement à une partie de la population de ne pas souhaiter être vaccinée :
L’absence de recul sur les potentiels effets secondaires du vaccin ;
La nouveauté du vaccin appelé ARN ;
La faible létalité du virus établit à 0,05% ;
La détermination précise des catégories de personnes susceptibles de faire une forme grave de la maladie devant conduire à des traitements ciblés et non généralisé à la population ;
L’absence de certitude quant à la possibilité d’être malade bien que vacciné ;
L’absence de certitude quant à la possibilité de transmettre la maladie bien que vacciné ;
Les enjeux financiers gigantesques pouvant légitimement interroger sur l’impartialité des entreprises pharmaceutiques ayant conçu le produit.Le principe de précaution résultant de l’article 5 de la charte de l’environnement, lequel a valeur constitutionnelle, concerne essentiellement le droit de l’environnement. Cependant par le biais de son article 1er, la santé et l’environnement sont liés. Et puis ne protège t-on pas l’environnement en vue d’y favoriser la vie et notamment la santé des êtres vivants ? Les deux sont liés et une application extensive est souhaitable.
Comme le prétend Monsieur Bedjaoui, ancien juge à la Cour internationale de justice de la Haye
« le principe est simple et sage : si l’homme ne peut pas mesurer les effets négatifs possibles d’une de ses activités sur son environnement, il a le devoir de renoncer à l’entreprendre ».
En l’espèce, l’urgence a commandé l’arrivée d’un vaccin présenté comme la seule solution miracle sans qu’aucune garantie ne soit apportée pour autant. L’urgence n’est pas bonne conseillère. De plus l’existence de scandale pharmaceutiques et de politique de santé ayant conduit à des scandales sanitaires fondent des craintes légitimes.
Un tel projet de loi, visant à imposer insidieusement un vaccin dans ces conditions ne favorisent pas la confiance que devrait avoir le public dans cet antidote.
Si l’Etat peut légitimement s’armer d’un vaccin pour endiguer une pandémie mondiale, « l’obligation sanction » visant à contraindre une population saine à s’injecter un produit nouveau, avec des risques inconnus, des avantages incertains, pour faire face à une maladie très faiblement létale au risque de se retrouver exclue de la société peut apparaître disproportionnée et éloignée du but légitime poursuivi.
Cette question ne pourra obtenir de réponse qu’au prix d’une lutte qui s’avère longue. Si l’Etat ne renonce pas de suite à ce projet mortifère violant manifestement les fondements de nos sociétés modernes, alors les partisans de la liberté devront mener un combat juridique acharné.
Il serait temps de revenir à un peu plus de raison pour ne pas dire un peu plus de conscience dans cette science qui justifie un recul de toutes nos libertés.
David Guyon
Avocat
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Notes de l'article:
[1] Article 17 de la DDHC.
[2] Cour EDH, Pretty c Royaume Uni 29 avril 2002 n°2346/02.
Vos commentaires
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par Catherine , Le 13 juillet à 14:09
Comment le passeport sanitaire peux ne pas être légal ou une atteinte aux libertés, s’il laisse le choix ?
Car nous avons le choix de ne pas nous vacciner, nous simples mortels. En revanche, nous devrons payer un test PCR pour accéder à certains lieux publics alors que les personnes vaccinées n’auront rien payé.
Nous avons aussi le choix de rester chez nous et ne pas fréquenter des lieux publics de plus de 50 personnes.Le gouvernement nous laisse le choix. Ne peut-il mettre en avant ce choix pour justifier qu’il ne fait pas atteinte aux libertés ?
par marie , Le 12 juillet à 21:05
quels recours en tant que soignant ?
L’annonce est tombée.
Vaccination obligatoire pour les soignants, indispensable pour tout le monde dès octobre pour notre vie sociale.
Quel recours ?
un grand merci pour votre aide
nous en avons besoinDernière réponse : 13 juillet à 01:14par Kevin , Le 24 mars à 22:35
Utilisation du terme "passeport"
L’utilisation du terme "passeport vaccinal" européen au lieu de "carnet de vaccination" européen ne poserait-elle pas un problème légal ?
En effet, est-ce que cela n’ouvrirait pas la porte à la création d’un Etat transnational européen sur le territoire actuel de l’UE ?Cf définition d’un passeport : Document officiel d’identité délivré par l’Administration d’un pays pour permettre à ses ressortissants de voyager à l’étranger.
par Sebastien , Le 13 juillet à 01:14
L21 du Journal officiel de l’Union européenne
Bonjour Maitre
Merci pour le partage .
Je posais la question de la légalité des mesures annoncées par Macron au regard de la pyramide des normes
L211 journal officiel de l’Union européenne.
Art36
Il y a lieu d’empêcher toute discrimination directe ou indirecte à l’encontre des personnes qui ne sont pas vaccinées, par exemple pour des raisons médicales, parce qu’elles ne font pas partie du groupe cible auquel le vaccin contre la COVID-19 est actuellement administré ou pour lequel il est actuellement autorisé, comme les enfants, ou parce qu’elles n’ont pas encore eu la possibilité de se faire vacciner ou ne souhaitent pas le faire. Par conséquent, la possession d’un certificat de vaccination, ou la possession d’un certificat de vaccination mentionnant un vaccin contre la COVID-19, ne devrait pas constituer une condition préalable à l’exercice du droit à la libre circulation ou à l’utilisation de services de transport de voyageurs transfrontaliers tels que les avions, les trains, les autocars ou les transbordeurs ou tout autre moyen de transport. En outre, le présent règlement ne peut être interprété comme établissant un droit ou une obligation d’être vacciné .Dernière réponse : 30 avril à 17:42par Françoise Caruso , Le 1er mars à 13:49
Quels sont nos recours, que faire pour éviter ça
Bravo et merci pour cette démonstration. C’était bien ma conviction et vous développer les arguments condtutionnels et philosophiques pour faire comprendre aux passif le danger d’une telle loi et de son passeport.
Mais concrètement vers quels tribunal se tourner, contre qui déposer plainte en cas verbalisation pour non présentation du passeport, et refus de se faire vacciner ?
Qui va défendre notre Liberté ? Seul le simple citoyen paria sera débouté et contraint...
Votre avis m’importe
Répondez-moi maître svppar Isabelle Bidet , Le 5 mars à 17:11
Retrouver la liberté de vivre.
Merci Maìtre de votre message.Tous les jours je réfléchis à cette histoire de réduction de la démocratie,notamment le vaccin ARN messager ou ADN (spoutnik) et passeport vaccinal ou sanitaire ,préliminaires à contrôle social, avec de bons et de mauvais citoyens.Pouvons nous nous constituer partie civile en tant que citoyens (j’habi Paris et je n’imagine pas être interdite de tous mes droits si je ne suis pas vaccinée )afin d’éviter ce totalitarisme ou vaut mieux choisir un autre pays plus libre ?Je vous remercie de me répondre et de m’indiquer s’il y a une voie pour sortir de ce cauchemar.
Isabelle Bidetpar Sophie.D , Le 30 avril à 17:42
Les ecellentes réflexions, y compris celles de cet article, foisonnent. Comme beaucoup je ne suis plus a convaincre. Je cherche maintenant une/des actions concrètes. Vers qui se tourner ? Ou adhérer ? Association, collectif, je suis preneuse de toute info de ce type.
Dernière réponse : 22 avril à 13:28par Florence ROUX , Le 18 mars à 14:29
Bonjour à tous,
Non seulement je suis d’accord avec les principes de l’article, mais il y a une autre injustice. Ce passeport n’est en fait que le formattage cosmétique d’un document indiquant que l’on est vacciné ou que l’on a un test PCR négatif.
Or, tant que les citoyens de l’UE n’auront pas TOUS eu la possibilité d’être vacciné (je pense notamment aux jeunes cet été, derniers sur la liste), cela veut dire que ceux qui n’en auront pas eu la possiblilité devront faire des test PCR pour pouvoir bouger. Or, si le vaccin est gratuit et protège pour quelques mois, le test PCR qui doit être refait à chaque voyage, lui, est bien payant et même assez coûteux dans la plupart des pays européens (seule la France offre le test PCR gratuit).
Donc un passeport sanitaire juste devrait être mis en place seulement quand TOUS les citoyens auront eu la possibilité d’être vaccinés, et en attendant, faire un test PCR devrait être gratuit comme le vaccin.
Pourquoi personne ne mentionne jamais cette différence fondamentale entre ces deux options, qui permettraient de voyager ?par Gelas Joëlle , Le 22 avril à 13:28
Merci Maitre
Le sujet traité qui, va bien au-delà de pour ou contre un vaccin, touche le principe même du droit à exister dans notre difference. Certes la santé est un sujet sensible et tous les acteurs participant à la santé collective ont le devoir de penser au collectif. Est-ce pour autant que l’individu doit se soumettre à un collectif qui rejette des médecines différentes (homéopathie, naturopathie, ....) d’une manière arbitraire sur le seul prétexte qu’elles ne conviennent pas à la conception de l’Ordre des médecins ou des politiques. Cet obscurantisme amène la France à régresser et à jouer insidieusement la carte du totalitarisme sous prétexte de crise sanitaire.
Il est vrai qu’il est plus facile de légiférer "vers le plus contraignant" que d’apprendre à penser "ouverture".Il nous faudra de la détermination et du courage pour que la terre de France reste une terre d’accueil, accueil de la difference, afin qu’elle grandisse en conscience et qu’elle ne tombe pas définitivement entre les mains du "terrorisme de la finance".
Encore Merci pour votre article.
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"La vie secrète des arbres"
- Par Thierry LEDRU
- Le 12/07/2021
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Ils communiquent, s'entraident, se défendent, ils bougent même ! Les arbres sont dotés d'une véritable forme d'intelligence. Et c’est désormais une certitude scientifique. Les arbres occupent près d'un tiers de notre territoire et des terres émergées de la planète. Indispensables à notre survie, ils sont aussi nos meilleurs alliés face au réchauffement climatique. Pourtant, nous ignorons presque tout d’eux. Loin d’être figés dans leur monde végétal, les arbres ont en fait une vie bien plus riche qu’il n’y paraît. C'est la thèse défendue par un forestier allemand dont le livre, La Vie secrète des arbres (éd. Les Arènes) est devenu un succès planétaire, traduit en 32 langues. Des forêts de hêtres millénaires d’Allemagne jusqu’aux centres de thérapie forestière du Japon, en passant par les laboratoires de l’INRA qui étudient la sensibilité végétale, voyage au cœur de l’univers secret et fascinant des arbres. Un reportage de Raphaële Schapira et Vincent Barral diffusé dans "Envoyé spécial" le 26 octobre.
La vie secrète des arbres
INFOSCRITIQUES (218)CRITIQUES PRESSE (2)CITATIONS (200)FORUM
EAN : 9782352045939
300 pages
Éditeur : LES ARÈNES (01/03/2017)
Existe en édition audio★★★★★
★★★★★
3.95/5 839 NOTES
Résumé :
Les citadins regardent les arbres comme des "robots biologiques" conçus pour produire de l'oxygène et du bois. Forestier, Peter Wohlleben a ravi ses lecteurs avec des informations attestées par les biologistes depuis des années, notamment le fait que les arbres sont des êtres sociaux. Ils peuvent compter, apprendre et mémoriser, se comporter en infirmiers pour les voisins malades. Ils avertissent d'un danger en envoyant des signaux à travers un réseau de champignons appelé ironiquement "Bois Wide Web".
La critique allemande a salué unanimement ce tour de force littéraire et la manière dont l'ouvrage éveille chez les lecteurs une curiosité enfantine pour les rouages secrets de la nature.
ÉTIQUETTESAJOUTER DES ÉTIQUETTES
vulgarisation documentaire essai communication botanique nature arbres Écosystèmes forêts spiritualité biologie vulgarisation scientifique science nature writing developpement durable environnement écologie allemagne littérature allemande 21ème siècle
CRITIQUES, ANALYSES ET AVIS (218) Voir plusAJOUTER UNE CRITIQUE
3,95
★★★★★
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Jmlyr 25 septembre 2017★★★★★
★★★★★
Emportez ce livre dans un sac avec un encas, à boire, de quoi vous couvrir… et partez vous enfoncer dans la forêt... la vraie, la primaire, l’originelle, pas celle domptée ou massacrée par l’homme.
Enlevez vos chaussures et marchez sur l’humus, sentez la vie sous vos pieds, devinez tout le microcosme là dessous, un monde insoupçonné qui participe à la bonne santé de la forêt, pour peu que l’on veuille bien la laisser évoluer en paix... les champignons ne sont pas en reste, au sol ou sur les troncs, ni les oiseaux qui se chargent parfois de transporter les graines et assurent la perpétuation des espèces.
Respirez ! L’air est plus pur dans la forêt et serait même un gage de longévité... même si la nuit le CO2 est en augmentation.
Chut ! Percevez les petits craquements et autres chuchotements du sous-bois : les feuillus se parlent, peut-être essayerez-vous de comprendre ce qu’ils échangent comme informations. Levez le nez vers la cime des arbres, cherchez où se niche la lumière, scrutez le balancement des houppiers dans le vent, leur orientation, leur ballet dans le ciel et même, qui sait ? leur chant... ou champ électrique. Parce que les arbres communiquent, ils se préviennent de tout un tas de choses, ils émettent alors des odeurs, fragrances subtiles pour repousser un ennemi... ou attirer un ami.
Écoutez également le chant du pinson qui, mieux qu’une grenouille, vous annonce l’arrivée imminente de la pluie.
La vie est très très lente dans la forêt, le rapport au temps est différent, mais la société des arbres semble bien organisée, avec des bébés arbres savamment élevés par leurs parents, des malades soignés avec une sorte d’empathie par les voisins, solidarité quand on fournit le glucose à son prochain par le truchement des racines et des liens bien réels... le modèle de cet éco système semble exemplaire. On soupçonne une sensibilité particulière au bout des racines qui permettrait de capter des signaux et de les transmettre. Les troncs, quant à eux, renseignent par une transmission précise des bruits perçus ; les arbres font alors leurs propres déductions.
L’auteur est un amoureux des arbres, un vrai. Il nous conte sa forêt avec passion et nous parle des Hêtres, Chênes, Épicéas... comme de ses amis... Je ne vous détaillerai pas tout le descriptif des découvertes dues à des spécialistes passionnés qui ont consacré leur vie à la recherche. Le livre est très complet dans ce sens. Je suis allée de surprises en surprises... la lecture est agréable, malgré un petit côté un peu scolaire par moment... et je pense que je le relirai d’ici quelques mois.
J’ai juste envie de vous dire : LISEZ-LE ET PRENEZ-EN DE LA GRAINE !
domisylzen 19 février 2018★★★★★
★★★★★
Tranches de vie.
Alors que j'étais jeune et large d'épaule, à l'époque où je bossais chez Roussel, il y avait un type prénommé Jean François. Tous les matins il s'arrêtait sur le trajet qui menait de son magasin au bureau principal, devant tous les arbres (une douzaine de peupliers) pour leur souhaiter le bonjour. Inutile de dire que mon collègue et moi nous étions pliés comme des baleines. Tout de même ça m'interpellait : pourquoi faisait-il ça ? Mine de rien j'avais du respect pour ce garçon qui se foutait bien que deux gros blaireaux se moque de lui.
Petit garçon (huit à treize ans) les potes et moi avions comme limite de notre territoire "le gros hêtre" sur la route de Vandrimare, dans le virage en équerre juste avant d'attaquer la côte. Nous y avons joué, fait du cross à vélo sous sa voilure pendant des centaines voire des milliers d'heures. Rarement nous dépassions cette borne naturelle qui forçait le respect par son immensité. Adulte, j'y suis un jour repassé, les bûcherons l'avaient ratatiné.
Mon père lui, m'emmenait dans les forêts qui entourent le village de mon enfance, il les connaissait comme sa poche. Nous allions chercher des champignons, ramasser des châtaignes, chercher des fougères, du gui-houx à Noël ou simplement promener le chien. Je me rappelle d'une cabane de bûcherons, la porte n'était jamais fermée à clef, c'était l'époque John Wayne à la télé, cette cabane c'était déjà les prémices de l'ouest américain.
Ma cousine Christelle elle, a noué une étroite relation avec un chêne. Elle va le voir plusieurs fois par semaine avec Buck son chien et c'est comme-ci cet arbre les attendait. Elle arrive à échanger avec lui … Ma cousine c'est un peu une fée … Pour qui a des yeux il peut entrevoir ses ailes.
A la maison, tous nos animaux sont enterrés près du tilleul, qui dégage une si bonne odeur quand arrive l'été. Des milliers de bourdons et d'abeilles viennent y butiner jusqu'à plus soif. Quand les fleurs fanent, un tapis d'insectes morts jonche le sol. Assis le dos collé au tronc, j'écoute le doux vrombissement, un rayon de soleil filtre à travers le feuillage et réchauffe mon visage.
Avec Api nous empruntions le chemin derrière le château de Radepont. Dès les premiers pas, nous nous sentions protégés, nous ressentions la bienveillance des arbres. Les oreilles au vent, la truffe sur la piste d'un animal passé par là, nous nous enfoncions dans le sous-bois jusqu'à nous perdre, en quête de quelques brins de muguet, de jacinthe, d'anémone ou de coucou. En 98 elle est décédée, je n'y suis jamais retourné.
Au moment de classer ce livre sur Babélio, à étiquette j'ai inscrit : nature. Et puis chemin faisant je me suis ravisé et j'ai ajouté : spiritualité.
palamede 04 février 2021★★★★★
★★★★★
Je crois que jamais plus je ne regarderai un arbre sans penser à ce que Peter Wohlleben en révèle dans La vie secrète des arbres, de leur naissance et de leur croissance, différente selon qu'ils soient seuls ou entourés de leurs congénères, de leur formidable communication aussi et de leur terrible combat pour survivre. Des arbres dont la vie est de façon étonnante proche de celle des humains, avec leurs maladies et leurs parasites, leur manière de se nourrir et de s'abreuver, leur famille unie par une solidarité intergénérationnelle. Mais également, pour certains, leurs ennemis avec lesquels une lutte à mort peut durer des décennies. En dévoilant au plus grand nombre le secret des arbres qui, rappelons-le, sont indispensables à notre survie, avec ce très beau livre (l'iconographie de la version illustrée est exceptionnelle) au succès impressionnant Peter Wohlleben nous incite à un plus grand respect des arbres et de la nature. Un respect dans le sens de cette phrase de Herman Hesse introductive du livre : « La nature et tout ce qui grandit, la paix et tout ce qui s'épanouit, tout ce qui fait la beauté du monde est le fruit de la patience, demande du temps, demande du silence, demande de la confiance. »
Un document passionnant.
Challenge MULTI-DÉFIS 2021
Kittiwake 18 juillet 2017★★★★★
★★★★★
Une seule envie en tournant la dernière page : aller faire une balade en forêt !
C'est un excellent document scientifique , avec de grandes qualités pédagogiques. On en apprend des choses sur les hêtres et les sapins , sur les collemboles et les lichens , sur la croissance des séquoias et sur la chlorophylle. Et si on les assimile aussi bien, c'est grâce au talent de conteur de l'auteur et son art de nous transmettre sa passion.
Du coup, les vegans n'ont qu'à bien se tenir. Parce que si les chênes sont capables d'émotions, de souffrance, on ne voit pas pourquoi il n'en serait pas de même pour les carottes et les salades!
Ne faisons pas de mauvais esprit : il n'empêche que les capacités de communication, et de coopération , car il s'agit bien de cela, lorsqu'on fait parvenir aux voisins des messages d'alerte sur la présence d'un prédateur qui s'en prend à votre écorce, sont bien étonnantes .
On retient également la formidable complexité des interactions , entraide ou concurrence , entre tous les éléments composant le système écologique forestier : insectes, champignons, bactéries , virus, l'équilibre fragile se fait autour de la lutte de chacun pour sa survie. Ça fonctionne, tant que le prédateur suprême n'y met pas son grain de sel : coupes claires, nettoyage, voire destruction pure et simple , nos congénères n'y vont pas de main morte
Une pensée pour les arbres des villes, que Maxime Leforestier (le bien nommé) avait chanté naguère :
« Comme un arbre dans la ville
Pour pousser je me débats
Mais mes branches volent bas
Tout prêt des autos qui fument
Entre béton et bitume »
Quand la passion s'allie à l'art de conter et au désir de transmettre, cela donne un superbe récit, à lire, relire, et offrir.
Lien : HTTP://KITTYLAMOUETTE.BLOGSP..
ibon 07 janvier 2018★★★★★
★★★★★
Reçu sous le sapin il y a peu, j'ai pensé que la meilleure méthode d'hivernage était de lire ce livre avant d'avoir le houppier réchauffé par le soleil printanier.
J'ai songé aussi à ceci: si les arbres sont ces êtres vivants alors la tronçonneuse est la pire arme de destruction massive inventée par l'homme. Car oui, les arbres et les plantes sont des "êtres" capables de mémoriser, de prendre des décisions et d'apprendre. "Elles pensent!" (Sciences et Vie de Décembre 2017) !
De l'anthropomorphisme? de nombreux résultats d'expériences laissent à conclure que non: on tient le bambou.
Peter Wohlleben, tel un vieux sage et surtout en tant que garde-forestier, livre une expertise pointue tout en montrant des talents de conteur qui m'ont fait passer de gland sous son chêne à instruit aux fruits de l'arbre de la connaissance.
Oui, car je crois dorénavant que lire c'est un peu comme se nourrir en captant la lumière du soleil. Et comme l'aulne, c'est prélever dans des sols marécageux de riches substances nutritives.
Par exemple, quand à l'automne les arbres chatoient de mille feux en exhibant des jaunes, oranges et rouges. On dira enfin: "Ah! c'est le retrait de la chlorophylle".
Bien qu'un peuplier par les vents et pour renforcer un faible ancrage souterrain, il convient de suivre les réflexions, glanées au fil du temps par M.Wohlleben - le bouleau d'une vie! – pour à l'avenir se porter comme un charme. -
En Savoie
- Par Thierry LEDRU
- Le 11/07/2021
Voilà pourquoi on est parti, voilà pourquoi on est venu vivre dans le département de la Creuse.
La Savoie a une extension économique qui ne faiblit pas. On y a vécu 25 ans. Tout est fait pour que le maillage économique s'étende, sans cesse, partout où c'est possible et même là où on n'aurait jamais imaginé que ça se ferait.
Ce maillage économique induit l'augmentation de l'urbanisation et l'extension des zones habitées, l'augmentation du flot routier, des nuisances sonores, des pollutions atmosphériques, de la multiplication des zones commerciales. Et donc de la dispartion des zones naturelles.Je sais que pas mal de gens trouvent que cette vision est exagérée. Les montagnes sont si belles. Oui, elles sont belles Là-Haut.
Disons que notre capacité d'absorption de toutes ces nuisances avait été dépassée et que la beauté des sommets ne compensait plus ce désastre.
Depuis quatre mois qu'on vit dans la Creuse, à la limite du parc régional des Millevaches, on s'est pas mal baladé malgré tout le temps passé à travailler dans le terrain pour la mise en place du potager-verger.
Résultat : il n'y a personne. Le silence ici est une donnée incontournable. La qualité de l'air, la beauté des nuits étoilées. la biodiversité aussi, on n'a jamais vu autant d'insectes et même certains qu'on ne connaissait absolument pas. Des salamandres dans le potager, des lucanes, des longicornes, des crapauds, des papillons multicolores, des oiseaux en pagaille, des chants qui emplissent les frondaisons, des rapaces diurnes et nocturnes, des chauve-souris, des mustélidés, des chevreuils qu'on croise en pleine journée. Quand on fait du vélo, sur des sorties de cinquante kilomètres, on est doublé par deux, trois voitures, en tout. En Savoie, j'avais fini par avoir peur du flux incessant de véhicules et même sur des petites routes. Quand on fait des randonnées à pied et que parfois, on doit emprunter une petite route pour retrouver un chemin, on peut très bien marcher au milieu de la chaussée, il n'y a personne.
Alors, oui, c'est certain, il n'y a pas de zones commerciales à dix minutes, il n'y a pas de cinémas, la bibliothèque doit contenir une centaine de livres, il n'y a pas d'infrastructures sportives en dehors du tennis municipal qu'on balaye nous-même. C'est une vie particulière. C'est justement celle qui nous plaît.
Savoie : le combat d’un apiculteur pour sauver 35ha de terres arables remplies de biodiversité
« Personnellement, avoue-t-il, c’est plus la perte de terres agricoles qui me touche. Un sol nécessite des milliers d’années d’évolution. Que des gestionnaires sans approche biologique détruisent cette rareté pour en faire des bureaux, ça me paraît inacceptable. »

24 juin 2021 - Augustin Langlade

Envie d’une vraie déconnexion ? Évadez-vous avec notre bande dessinée !
- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France
À Aiton, au cœur de la Savoie, Florent Caullireau, apiculteur, lutte pour sauvegarder un îlot de biodiversité bientôt englouti par l’extension de la zone industrielle locale. Si rien n’est fait, 35 hectares de terres arables et de vergers disparaîtront sous le béton, privant les abeilles d’un espace de butinage idéal.
Les dangers de la bétonisation
La ville s’étend, la nature trinque. Cette fois-ci, c’est entre Chambéry et le parc naturel de la Vanoise que ce massacre discret, mais si ordinaire a lieu.
À cheval sur les communes d’Aiton et de Bourgneuf, Alp’Arc, le parc d’activités actuel, couvre déjà une surface de 70 hectares, le long de l’axe autoroutier Lyon-Turin (A43), au nord, et d’une ligne ferroviaire, au sud.
Tout autour de ces nappes de béton, ces parkings, ces mornes bâtiments, « une vue de carte postale » : les Alpes immenses, majestueuses, des bois, des terres arables, des vergers à flanc de montagne, préservés jusqu’ici de l’urbanisation galopante.
Développement économique oblige, les 26 entreprises du parc d’activités ne suffisent plus à son gestionnaire, le Syndicat mixte de l’Isère et de l’Arc en Combe de Savoie (SISARC), qui cherche depuis longtemps des moyens de l’agrandir.

Le parc d’activités Alp’Arc accueille actuellement 26 entreprises avec 300 salariés. Il veut s’étendre.
Début des travaux imminent
C’est chose faite. Au terme de plus d’une décennie de préparation, d’études et de négociation, les promoteurs de l’extension sont parvenus à s’emparer des terrains agricoles qui bordent le parc, à l’est, rachetés un à un à des propriétaires satisfaits de leur plus-value — ou simplement préemptés, sous prétexte d’utilité publique.
Cette conquête du rentable sur l’inutile exigera de défricher une partie du bois qui entoure le plan d’eau de Barouchat, de bétonner une dizaine de champs et de raser six hectares de noyers.
En tout, les plans du SISARC prévoient d’artificialiser 35 hectares en deux phases, afin de proposer à des acquéreurs hypothétiques ou cachés « des parcelles de 1,3 à 4 hectares » et « des bâtiments de 5 000 à 16 000 m2 », selon une offre foncière ‘clef en main’ de plus en plus courante.
Fin mai, des marchés de travaux ont été notifiés aux entreprises de génie civil. Le début du chantier est imminent. Phase une ou phase deux, qu’importe, les constructeurs comptent créer, d’emblée, tous les « aménagements paysagers » (accès, voiries, espaces verts) et décaisser l’ensemble des surfaces agricoles, qui contiennent entre 40 et 100 centimètres de terres arables, fruits de plusieurs siècles de formation.

Parc d’activités actuel. L’extension sera développée à droite, vers le plan d’eau.
Une centaine de ruches affectées
« Trente-cinq hectares de grandes parcelles toutes plates, c’était du pain béni pour leur projet, se désole Florent Caullireau. C’était facile de les acquérir, c’est encore plus facile de les décaisser et de les stabiliser pour couler le béton. »
Preuve que les drames se jouent toujours à plusieurs niveaux, Florent Caullireau est directement touché par l’extension de l’Alp’Arc. Apiculteur de profession, il possède environ 250 ruches dans le voisinage d’Aiton et Bourgneuf, dont une centaine sur le lieu-dit du Barouchat, près du verger de noyers.
« Les travaux vont commencer en pleine période de récolte et de fécondation, nous explique-t-il. C’est préjudiciable pour la production annuelle. À long terme, mon rucher en sera aussi affecté, car tout ce qu’il y a dans une grande zone impacte les abeilles, le gel, les pesticides, le béton… »
La petite centaine de ruches du Barouchat sont les seules que Florent peut laisser au même endroit toute l’année. Pour lui, cet emplacement est stratégique.
Les abeilles, qui œuvrent dans un rayon de 3 kilomètres, peuvent butiner sur les deux versants de la montagne et trouvent dans les six hectares de noyers des ressources complémentaires de proximité.

Récolte de miel de Florent Caullireau
Céder ou résister
Les premiers travaux de voirie vont passer sur une vingtaine de ruches. Lors d’une réunion de chantier, mi-juin, les promoteurs ont demandé à Florent de les déplacer. Mais celui-ci refuse et s’est retiré de toute négociation.
« Si je négocie, nous confie l’apiculteur, ils trouveront un endroit pour que je puisse mettre mes ruches. Ça leur fera une peinture verte. Mais moi, je n’ai pas envie de faire la caution écologique, je ne veux pas finir sur un rond-point habillé en Indien et leur servir de justification. »
Le calendrier est à la fois avec et contre lui. Détenteur d’un bail d’occupation précaire, Florent peut jouer la montre et retarder d’un an au moins son expulsion.
Le temps, pour lui, de récolter le miel, de préparer les reines pour l’année suivante, de fabriquer les produits biotechniques qui combattent les parasites et de recevoir les techniciens de l’Association pour le développement de l’apiculture en Auvergne-Rhône-Alpes (ARA AURA), qui suivent de près ses pratiques.

Une des ruches de Florent Caullireau
Toutefois, à terme, la zone sera bétonnée et Florent devra partir.
« Personnellement, avoue-t-il, c’est plus la perte de terres agricoles qui me touche. Un sol nécessite des milliers d’années d’évolution. Que des gestionnaires sans approche biologique détruisent cette rareté pour en faire des bureaux, ça me paraît inacceptable. »
L’apiculteur ne cédera rien. Mais il a perdu l’espoir que ce projet soit abandonné. Selon lui, après des années de démêlés juridiques infructueux, il ne reste qu’un outil viable : la mobilisation.
« Ce qui permettra d’arrêter ça, dit Florent, c’est un renversement d’opinion. Les décideurs sont des politiques. Ils agissent en fonction de l’opinion publique. C’est donc à nous, citoyens, de montrer que nous ne sommes pas d’accord, que nous voulons être acteurs, que nos métiers aient du sens, que nos enfants puissent manger sainement. Ce qui ne se fait pas sans terrains. »
Une pétition a été lancée sur internet. Elle devrait atteindre, sous peu, les 5 000 signatures.
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Edgar Morin : cent ans.
- Par Thierry LEDRU
- Le 09/07/2021
Rien d'autre à en dire que le fait que j'estime grandement cet homme.
Edgar Morin (2)
Edgar Morin : une alerte de plus
Nous n'avons pas "la conscience lucide que nous marchons vers l'abîme", alerte le philosophe Edgar
Morin, qui fête ses 100 ans
Article rédigé par

Radio France
Publié le 08/07/2021 07:45Mis à jour le 08/07/2021 18:18
Temps de lecture : 13 min.

Le philosophe et sociologue Edgar Morin, le 2 juillet 2021. (BERTRAND GUAY / AFP)
Dans l'entretien qu'il a accordé à franceinfo, le sociologue et essayiste pointe les dérives identitaires et autoritaires de notre époque. Mais au moment de tirer les "leçons d'un siècle de vie", il se défend de tout fatalisme : "Je demande aux jeunes de lutter contre toutes les forces de haine ou de mépris".
Il est l’un des théoriciens de la pensée complexe et il fête jeudi 8 juillet son siècle d’existence. Edgar Morin, sociologue, philosophe, directeur de recherche émérite au CNRS, intellectuel humaniste, est reçu à l'Élysée par Emmanuel Macron, en présence d'une centaine d'invités. Dans l'entretien qu'il a accordé à franceinfo, il tire les "leçons d'un siècle de vie", évoque son entrée dans la Résistance alors qu’il avait à peine plus de 20 ans, en 1941. Il s'inquiète de la montée des égoïsmes, des nationalismes, et de cette société qui se renferme sur elle-même. Pour autant, il garde un optimisme raisonné et appelle les jeunes à "prendre parti pour toutes les forces positives et à lutter contre toutes les forces de destruction".
franceinfo : Edgar Morin, vous êtes sociologue, philosophe. Vous êtes aussi directeur de recherche émérite au CNRS, ancien résistant. On peut vous présenter de beaucoup de manières différentes. Penseur et humaniste sont des qualificatifs qui vous conviennent ?
Edgar Morin : Moi, j'ai horreur d'être enfermé dans une seule étiquette. Alors, si vous, vous en mettez cinq ou six, ça peut aller !
En tout cas, vous êtes centenaire ce 8 juillet. Vous allez fêter cela ? Vous êtes notamment reçu à l'Élysée.
Oui. Il y a aussi déjà eu une cérémonie à l'Unesco. Il va y en avoir une à la mairie de Paris. J'en ai fait une familiale, avec mes enfants, et il y en aura une en Avignon. Il y a un peu une avalanche de cérémonies, mais cela n'arrive que tous les cent ans !
100 ans, c'est en tout cas l'occasion de faire le bilan, en quelque sorte. C'est ce que vous faites dans votre ouvrage Leçons d'un siècle de vie aux éditions Denoël. Cet ouvrage est une autobiographie, un essai ?
Non, ce n'est pas de l'autobiographie. Il y a des éléments biographiques pour éclairer le lecteur, sur les leçons que, moi-même, j'ai tirées de ma vie, dans différents domaines. Disons que c'est un essai.
Vous avez une vie riche, qui a mal commencé. Votre mère a essayé d'avorter. Vous êtes né avec le cordon ombilical autour du cou. Vous avez vécu le traumatisme de la mort de votre maman quand vous aviez 10 ans seulement. C'est dans tous ces événements traumatiques que vous avez puisé la force de vivre aussi longtemps ?
Peut-être que c'est la résistance que ça m'a donnée, quand j'étais un fœtus et qu'on a voulu m'avorter. C'est peut-être aussi qu'après la mort de ma mère, j'ai eu une maladie bizarre. À nouveau, j'étais envahi par des forces de mort, et mon organisme a résisté. Peut-être que tout ça a joué un rôle. Mais il y a aussi le fait que j'étais enfant unique. Ma mère avait une lésion au cœur et ne pouvait avoir d'autre enfant. Donc il y avait un rapport d'adoration mutuelle totale.
"Ce qui m'a sauvé, je crois, c'est que je lisais sans arrêt et que j'allais au cinéma dès que je le pouvais. Je m'évadais dans la culture."
Edgar Morin, philosophe
à franceinfo
Cette évasion de ma propre douleur me faisait découvrir la réalité à travers l'imaginaire. Je voyais des films sur la Guerre de 1914 qui m'ont montré la guerre. Je voyais des films sur la société. Les romans et le cinéma ont été pour moi des éducateurs plus importants même que l'école.
Vous avez employé le mot "résistance". Vous aviez 21 ans quand vous êtes entré dans la Résistance. "C'est dur d'avoir 20 ans en 2020", a dit Emmanuel Macron. Est-ce que vous trouvez aussi que la période est difficile, vous qui avez connu la Seconde Guerre mondiale ?
Il y a une précarité qui n'est pas du tout la même. Mais je pense que c'est aussi l'adversité qui doit stimuler. La Résistance était surtout composée de jeunes : nos chefs avaient entre 24 et 28 ans. C'était un mouvement où la jeunesse exprimait aussi bien ses aspirations que sa révolte. Moi, je pense que les jeunes doivent exprimer leurs aspirations et leurs révoltes en même temps, comme nous l'avons fait. Aujourd'hui, ce n'est pas la même cause. Nous, c'était la défense de la patrie et même, plus largement, c'était l'humanité mise en danger par les forces totalitaires. Mais aujourd'hui, c'est la Terre qui est menacée. Ce n'est pas seulement le monde animal et végétal. C'est nous-mêmes, avec les pollutions, l'agriculture industrialisée. Nous avons mille menaces avec des conflits, les fanatismes, les refermetures sur soi. Il y a des causes absolument magnifiques pour les jeunes, la défense de la Terre, la défense de l'humanité, c'est-à-dire l'humanisme. On voit aussi bien la petite Greta Thunberg que d'autres jeunes, qu'ils sentent ceci. Moi, je pense que nous avons besoin, toujours, de nous mobiliser pour une chose commune, pour une communauté. On ne peut pas se réaliser en étant enfermé dans son propre égoïsme, dans sa propre carrière. On doit aussi participer à l'humanité et c'est une des raisons, je crois, qui m'ont maintenu alerte jusqu'à mon âge.

"On ne peut pas se réaliser en étant enfermé dans son propre égoïsme", estime le philosophe Edgar Morin. (SYLVIE CAMBON / MAXPPP)
On fait souvent le parallèle entre la France d'aujourd'hui et celle des années 30, avec cette montée de la violence, et ce repli sur soi. Faites-vous aussi ce parallèle ?
C'est un parallèle que je fais, sur un certain plan. C'était une époque de dangers qui montaient sans cesse et que l'on vivait presque en somnambule, sans nous en rendre compte. Mais le type de danger aujourd'hui n'est pas du tout le même. A l'époque, c'était l'Allemagne envoûtée par Hitler et par une conception de la supériorité aryenne qui projetait de dominer, avec son espace vital, toute l'Europe, et d'esclavagiser le monde slave. C'était la menace de l'Allemagne nazie qui était le danger principal. Aujourd'hui, il y a plus de dangers. Ils sont multiples. Vous avez le danger nucléaire. Vous avez le danger économique, celui de la domination de l'argent un peu partout. Vous avez les crises de la démocratie, comme il y en a eu à l'époque, et qui aujourd'hui sont aussi graves. Donc, il y a des traits semblables, mais aussi des traits très différents. Surtout, il y a l'absence de conscience lucide que l'on marche vers l'abîme. Ce que je dis n'est pas fataliste. Je cite souvent la parole du poète Hölderlin qui dit que "là où croît le péril croît aussi ce qui sauve". Donc, je pense quand même qu'il y a encore espoir.
Vous qui êtes le chantre du concept philosophique de la pensée complexe. Vous ne trouvez pas qu'il y a parfois des raccourcis qui peuvent être faits, comme par exemple, quand on entend qu'on est en dictature aujourd'hui en France ? Vous n'avez pas l'impression qu'une certaine partie du pays va trop loin, fait des raccourcis ?
"Cette pandémie est une sorte de répétition générale de ce que pourrait être un État, tel qu'il existe déjà en Chine, de la surveillance et de la soumission généralisée."
Edgar Morin, philosophe
à franceinfo
Nous n'en sommes pas là, mais nous voyons que nous en subissons la menace. Là aussi, c'est à venir. Même à quelques années, ne serait-ce qu'avec cette élection présidentielle, personne ne sait ce qui va se passer. On est dans une incertitude totale.
Vous écrivez d'ailleurs dans une tribune publiée dans le journal Le Monde : "Nous devons comprendre que tout ce qui émancipe techniquement et matériellement peut en même temps asservir". Vous parlez du premier outil qui est tout de suite devenu une arme. Vous parlez des dangers de la technologie moderne et notamment de la vidéosurveillance, des algorithmes. Ce sont des dangers immédiats ?
C'est un des dangers dans cette société, appelons-la néo-totalitaire, qui pourrait s'installer. Mais il ne faut pas oublier la biosphère qui va aggraver tout ça si la crise climatique continue. Il ne faut pas oublier que les fanatismes se déchaînent un peu partout. Ce qui me frappe beaucoup, c'est que nous sommes à un moment où nous avons, tous les humains, une communauté de destin – et la pandémie en est la preuve, on a tous subi la même chose de la Nouvelle-Zélande à la Chine et à l'Europe. On a subi les mêmes dangers physiques, personnels, sociaux, politiques.
"Nous avons une communauté de destin. Mais on est dans une telle angoisse qu'au lieu de prendre conscience de cette communauté, on se referme sur sa propre identité, ethnique, religieuse, ou nationale."
Edgar Morin, philosophe
à franceinfo
Moi, je ne suis pas contre la nation, au contraire. Mon idée de Terre patrie, c'est qu'elle englobe les patries et les nations sans les dissoudre. Mais cette conscience n'est pas là. Elle peut venir, elle peut se développer. Mais elle n'est pas là.
Comment avez-vous vécu, sur le plan intellectuel, le confinement, cette idée de confiner sa population ? Est-ce que pour vous le confinement, c'est la santé qui a primé sur l'économie ? Ou est-ce qu'au contraire, vous retenez qu'on a confiné au détriment des libertés ?
La complexité, c'est de voir l'ambivalence des choses. Je vois très bien une volonté d'une politique sanitaire mais qui, peut-être, n'était pas totalement adéquate à la situation. Le confinement, c'est une chose qui a provoqué aussi bien des réflexions salutaires chez certains que des tragédies chez d'autres. C'est profondément ambivalent. Mais ce que je crois, c'est qu'on n'a pas bien pensé ce virus. On continue à être dans une aventure inconnue et dangereuse et je pense qu'il y a une grande repensée politique et sanitaire à faire aujourd'hui.
Vous avez 100 ans. Forcément, à cet âge-là, on commence à penser à la fin. Axel Kahn, qui nous a quittés mardi 6 juillet, a presque chroniqué la fin de sa vie. Est-ce que vous aussi, vous vous y êtes préparé ?
Il y a une grande différence avec Axel Kahn, qui se savait atteint d'un cancer fatal. Jusqu'à présent, je n'ai pas d'atteintes, je ne peux pas avoir la même attitude qu'Axel Kahn. Je dispose encore, du moins cérébralement, des forces de vie qui me donnent des envies, des projets, des désirs, des plaisirs. Je vis bien entendu d'une façon beaucoup plus restreinte que dans le passé. Mon audition a faibli. Mes yeux ne lisent plus les choses microscopiques. Mes jambes ne peuvent plus cavaler.
"Moi qui adore la musique, maintenant les sons m'arrivent déformés, j'ai beaucoup de choses qui sont rétrécies. Mais même dans ce rétrécissement, je continue à participer à la vie de la nation et à la vie du monde."
Edgar Morin
à franceinfo
Donc, si vous voulez, je sais que la mort peut arriver d'un moment à l'autre, je sais que je peux m'endormir un soir et ne pas me réveiller. Mais ça, c'est le destin humain.
Axel Kahn s'est beaucoup battu pour la fin de vie dans la dignité. C'est aussi un combat que vous portez ?
Je comprends très bien ce besoin d'éviter les souffrances les plus atroces à des gens qui se sentent condamnés. Mais les médecins sont devant une contradiction éthique. D'un côté le serment d'Hippocrate, qui leur dit de prolonger la vie au maximum, et de l'autre, une part d'humanité qui leur dit : arrêtons les souffrances de cette pauvre personne. Je suis pour ce point de vue, mais je sais qu'il y a des cas rares où des malheureux dans un coma qui semblait irrémédiable, au bout de quelques années, se réveillent soudain.
Vous diriez qu'il faut changer la loi sur la bioéthique ?
Il faut réfléchir sur les contradictions de la bioéthique. On voit que la génétique permet des manipulations qui peuvent être dangereuses, et en même temps des interventions qui peuvent être très salutaires. Il faut penser que dans ce domaine-là, nous avons affaire souvent à des devoirs contradictoires. Donc, il faut surtout faire une loi selon la complexité des choses, et pas d'une façon simplifiée.
C'est toujours cette ambivalence et la "pensée complexe". On l'a peut être vue également avec l'affaire Mila, concernant la liberté d'expression cette fois-ci. J'imagine que vous êtes d'accord pour dire qu'il faut défendre la liberté d'expression.
Ce n'est pas un accord, c'est une cause permanente qu'il faut défendre !
Mais jusqu'où ? Est-ce qu'une lycéenne peut insulter une religion en ligne ? Et est-ce qu'en réponse des personnes peuvent appeler à son meurtre ? Est-ce que la justice a eu raison de condamner les harceleurs de Mila à 4 à 6 mois de prison ?
Je pense que, là aussi, nous avons affaire à une contradiction éthique. Je suis pour la liberté d'expression totale, mais bien entendu, je pense aussi que sur la fameuse histoire des caricatures, non seulement elles pouvaient être considérées comme immondes par des jihadistes, mais pouvaient même offenser des pieux musulmans. Donc, je n'étais pas pour la censure, mais je suis pour que les journalistes aient le sens de la complexité et de la responsabilité. C'est de ça dont il faut tenir compte. C'est aux journalistes de savoir à quel moment éviter quelque chose d'offensant. Un exemple, pour éviter toute comparaison avec des choses actuelles, l'islam ou le christianisme. Quand en Amérique, des Blancs vont dans les forêts sacrées des Indiens, des forêts qui, pour eux, sont plus que sacrées puisque c'est là où il y a leurs ancêtres, je pense qu'il faut condamner ce qui est un sacrilège pour les Indiens. Il faut dans chaque cas réfléchir et ne pas avoir des idées abstraites générales.
On a beaucoup évoqué des choses sombres dans l'actualité ou dans le passé. Est-ce que vous avez une note d'espoir à donner du haut de vos 100 ans ? Est-ce que vous voyez un ciel bleu possible dans l'avenir ?
D'abord, je sais que rien n'est irrémédiable. Malheureusement, la démocratie n'est pas une chose irréversible, mais une dictature non plus n'est pas irréversible. On a vécu des périodes sombres comme l'Occupation où pendant des années, il n'y avait pas d'espoir, jusqu'à ce qu'arrive le miracle de la défense de Moscou et de l'entrée en guerre des États-Unis. Donc l'improbable arrive dans l'histoire. Des évènements heureux arrivent. Parfois, ils n'ont qu'un sens limité, mais quand même important. Prenez le pape François. C'est le premier pape depuis des siècles qui soit retourné aux principes de l'Évangile et ait pris conscience des périls qui menacent la Terre, de la pauvreté et de la misère humaine. C'était imprévu que ce pape succède à un autre pape qui était si fermé, si réactionnaire.
"L'imprévu peut arriver, en bien ou en mal. Et moi, je compte donc sur l'improbable. L'Histoire n'est jamais écrite d'avance."
Edgar Morin
à franceinfo
Dans le fond, il y a toujours la lutte entre ce qu'on peut appeler les forces d'union, d'association, d'amitié, Eros, et les forces contraires de destruction et de mort, Thanatos. C'est le conflit depuis l'origine de l'univers où les atomes s'associent et où les étoiles se détruisent, se font bouffer par les trous noirs. Vous avez partout l'union et la mort. Vous l'avez dans la nature physique, vous l'avez dans le monde humain. Moi, je dis aux gens, aux jeunes : prenez parti pour les forces positives, les forces d'union, d'association, d'amour, et luttez contre toutes les forces de destruction, de haine et de mépris.
"Nous n'avons pas "la conscience lucide que nous marchons vers l'abîme" - l'entretien avec Edgar Morin, 100 ans
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Après la mort
- Par Thierry LEDRU
- Le 06/07/2021
Axel Kahn est mort.
Je ne reviendrai pas sur le parcours de cet homme, sur ses écrits, son engagement, ses prises de position.
On en pense ce qu'on veut.
Il y a une chose en tout cas à laquelle je n'adhère pas et qu'il a répété à plusieurs reprises ces derniers temps, depuis qu'il se savait condamné par le cancer.
"Après la mort, il n'y a rien."
C'est à mon sens impossible de l'affirmer.
Tout comme il est impossible d'affirmer le contraire.
On peut supposer que de la part d'un scientifique, il aurait été étonnant de l'entendre parler d'âme ou de toute dimension spirituelle mais ce que j'entends dans les propos, c'est un manque d'humilité et surtout de respect envers l'humain. Il aurait pu dire qu'il n'en sait rien mais qu'il ne s'attend pas à autre chose que la disparition totale et le message aurait été bien plus respectueux pour tous.
Je trouve quelque peu prétentieux d'affirmer quoi que ce soit sur la mort. C'est le sujet sur lequel l'idée d'une certitude est totalement déplacée. Et c'est justement parce qu'au fil de l'Histoire entière de l'Humanité, des individus se sont appropriés le droit d'asséner leurs certitudes que des conflits multiples et souvent violents ont eu lieu.
Qu'il s'agisse des croyants ou des athées, des scientifiques ou de n'importe quelle part de la population, dès lors qu'on s'autorise à affirmer que la mort est telle et pas autrement, on exclut une frange considérable de l'Humanité. Ce que nous aurions pu apprendre à travers l'existence de la mort, c'est l'acceptation de l'autre dans sa différence.
Je ne sais rien de la mort sinon le fait que je ne serai plus là pour en écrire quoi que ce soit quand mon tour sera venu. J'accepte par contre l'idée d'en parler dès lors que mon interlocuteur n'arrive pas, les armes à la main, pour m'imposer son point de vue. Ni les armes, ni même les mots.

