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  • Désobéissance fertile (2)

    Ce que je ferais aujourd'hui si j'étais plus jeune. Je ne deviendrais pas instituteur et je ne chercherais aucunement à "m'intégrer" à la vie en société, telle qu'elle est conçue. Il ne s'agirait pas pour autant de vivre dans une grotte comme le réduisent bien souvent les gens qui critiquent ce type d'engagement.

    Dans le lieu où nous partons vivre dans quelques jours, nous disposerons d'un confort moderne. Il ne s'agit pas de "cabanes" mais nous ferons tout notre possible pour aller vers cette résilience, cette autonomie, ce type de relations humains, de sens. Voilà ce qui manque le plus à cette société moderne : le sens. 

    Il me plaît en tout cas de lire le flot de commentaires de cette vidéo. C'est un grand bonheur et la preuve que ce monde moderne ne répond plus à l'inspiration de beaucoup de gens. Et c'est réjouissant. 

    Tendre vers une vie en accord avec ses valeurs (Pause avec Désobéissance fertile)

    155 308 vues

    •21 mars 2020

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    Pause pour un Changement

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    Conscient du changement climatique, que la vie que je mène aujourd'hui est difficile à soutenir pour la planète et qu'elle ne me rend pas profondément heureux, je me suis rendu dans des cabanes situées en Corrèze pour rencontrer le collectif Désobéissance Fertile. Là-bas, je découvre la vie en communauté, l'existence d'un mode de vie correspondant à mes valeurs mais aujourd'hui menacé de destruction car considéré comme illégal. En parallèle, je découvre les joies de la bienveillance, de partager un commun avec ceux qui nous entoure mais aussi les difficultés de la vie en collectif. Je me pose alors la question des limites de mon engagement environnemental. Merci encore pour votre accueil et tout ce que vous m'avez appris :) Merci à vous qui regardez cette vidéo d'avoir effectué cette première grande Pause avec moi. N'hésitez pas à partager la vidéo et à suivre Pause. sur Facebook : https://www.facebook.com/Pause-109410...​ Pour m'aider à réaliser d'autres rencontres : https://fr.tipeee.com/pausehttps://www.patreon.com/pausepourunch...https://www.paypal.com/cgi-bin/webscr...

    MOINS

    364 commentaires

    TRIER PAR

    Thierry Ledru

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    Les spigaous

    Les spigaousil y a 7 mois

    Les lois ne sont pas faite pour nous protéger mais pour assurer la perenité d’un système destructeur et basé sur la dépendance... ces gens représentent juste un danger bien plus important que le terrorisme, les épidémies ou les guerres car ce sont ces fléau qui nourrissent et justifie ce système!!! Ces gens doivent être protégé et défendu et soutenu a tout prix...

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    Nijaro

    Nijaroil y a 11 mois

    Au plus profond de moi , je sens que la clé est là... ce reportage m'émeut et m'interpelle et je sais que c'est vers cette vie là que mon âme m'appelle "Elle "...nature contenance de sobriété ,de simplicité et de partage , j'en ferais avec grand bonheur , mon nouvel adage ! je vis seul et jubile , de vivre un jour cette douce idylle . Aujourd'hui ayant quelques printemps , et par tout ses passages de temps , perdu un certain nombre de dents ,je ne désespère pas un jour d'intégrer un clan ...comme le loup me sentir prêt de nous ,... se protégeant envers et contre tout ! je m' sens l'âme poétique aujourd'hui face à tout ses événements critiques .Cette certitude que depuis toujours on nous ment , nous emmenant vers le mur , ! je souhaiterais hurler au quatre vents , combien mon être à besoin d'un changement . je suis prêt et invite la vie , à m'apporter tout ce qui maintenant me nourris et me sourit ! bien à vous mes amis et que ses évènements nous donnent l'occasion de faire tourner le vent .

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    Afficher 17 réponses de Pause pour un Changement et d'autres personnes

    Ishtar Déesse

    Ishtar Déesseil y a 8 mois

    J'admire leur force de détermination car non seulement c'est courageux de choisir ce mode de vie, mais encore davantage face aux épreuves de menaces qu'ils traversent. Respect énorme. J'aime beaucoup vos réflexions en fin de reportage, que je partage: la société a plus à gagner qu'à perdre en les laissant vivre ainsi. Les enfants à venir les remercieront plus tard, plus vite qu'on ne le pense... Courage et paix sur eux !

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    Silver1

    Silver1il y a 5 mois

    L' etat est une mafia en bande organisee. Si ils ne peuvent pas controler ta vie ou te taxer tu deviens a leur yeux un ennemi.

    21

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    chauvin christian

    chauvin christianil y a 6 mois

    Bonjour, merci pour ce reportage, je vis à peu près les mêmes choses que vous mais en Calédonie. Je suis dans la 6 ème année sur mon projet, j'ai construit avec beaucoup de matériaux de récupération, planté beaucoup d'arbres fruitiers qui commence à donner des fruits, de 400 bananiers...... Je ne trouve personne pour rejoindre ce projet donc je laisse un message ici au cas ou quelqu'un serait intéressé. En attendant je continue tout seul et j'espère que quelques personnes auront envie un jour de rejoindre ce projet. Bon courage à vous et encore merci pour le partage. Mon adresse mail est didgerid0000@yahoo.fr. l'adresse mail est.fr car je l'ai ouvert en France mais je suis en Calédonie. Salut les gens

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    Pause pour un Changement

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    Sista Anne

    Sista Anneil y a 7 mois

    La machine à laver à vélo faire du sport tout en Lavant son linge

  • Désobéissance fertile

     

    La lecture des commentaires m'a vraiment fait du bien. Il est évident aujourd'hui que les modes de pensées évoluent. Il ne reste plus qu'à attendre que les lois en fassent autant. Et ça, c'est toujours très long. 

     

    Pour ce qui est du four solaire, on en a un également et c'est réellement stupéfiant.

     

    FAQ gardiens des territoires :

    Redonner vie aux terres abandonnées ou épuisées

     

    En quoi cela consiste ?

    « La Terre n’appartient pas aux humains, ce sont eux qui appartiennent à la Terre. » Proverbe amérindien

    Il s’agit de bénéficier d’un terrain mis à disposition gratuitement par un propriétaire pour que vous puissiez vous y installer et y régénérer les espaces afin de favoriser une large diversité végétale et animale.

    Nous pouvons toutes et tous œuvrer à l’aggradation des écosystèmes et à les préserver, c’est pourquoi nous vous proposons de devenir les gardiens d’un territoire.

    Vous ferez de ces parcelles des refuges de biodiversité et vous participez à redonner vie au territoire par votre implantation et vos actions.

    La forme juridique choisie à travers les contrats de « prêts à usages » avec les propriétaires permettent à la fois de se projeter à long terme sur les terrains et de sortir de la logique de propriété.

    Pourquoi devenir un gardien ? 

    Nombreuses sont les personnes aspirant à se rapprocher de la nature pour y vivre sans pour autant avoir les moyens financiers pour y parvenir.

    Nombreuses également sont les personnes conscientes des bouleversements et des extinctions induits par les sociétés industrielles et qui cherchent à œuvrer pour préserver notre système Terre.

    Voici un bref état des lieux des destructions et autres extinctions :

    – 150 à 200 espèces détruites chaque jour.

    – 52% des animaux sauvages anéantis en 60 ans.

    – D’ici à 2050 il y aura plus de plastique que de poissons dans les océans.

    – 40 à 70% des oiseaux communs d’Europe sont en déclin.

    – 97% des forêts anciennes ont été détruites.

    .- Seulement 0,7% de la couverture forestière d’Europe restante est primaire.

    – En France 25m2 de champs et de forêts sont bétonnés chaque seconde.

    – En Europe 80% des sols fertiles sont stérilisés par la pollution.

    – Les industries extractives sont responsables de la moitié des émissions de carbone mondiales et de la perte de plus de 80% de la biodiversité.

    Selon des estimations, il faudrait planter 1200 milliards d’arbres sur Terre pour capter les ¾ des gaz à effet de serre émis depuis le début de l’ère industrielle.

    Si nous n’apprenons pas dès maintenant à cohabiter avec les autres espèces présentes sur Terre, nous signons notre fin.

    Or, jamais dans notre histoire (du moins occidentale) nous n’y sommes parvenus.

    En régénérant ces terrains mis à disposition, vous fait

    Quels intérêts :

    Démarrer un projet de vie sans dépenser d’argent.

    Vivre dans la nature pour incarner le changement.

    Œuvrer à l’aggradation des espaces vivants.

    Participer et enrichir le maillage d’acteurs locaux engagés

    S’engager pour un avenir viable et vivable

    Qui sont les propriétaires ?

    Les propriétaires sont des particuliers qui ne peuvent œuvrer directement à l’aggradation des territoires, alors ils mettent leurs terrains à disposition pour que d’autres puissent le faire.

    Votre présence sur les terrains permettra d’améliorer un territoire pour lequel ils sont souvent attachés.

    Combien de gardiens sur le terrain ?

    Les dimensions du terrain peuvent déterminer le nombre de gardiens pour s’occuper du terrain.

    Pour vivre et régénérer efficacement les espaces, nous conseillons un gardien pour 5000m2 (un demi hectare) de terrain.

    Prix : 

    La mise à disposition du terrain ne vous coûte rien mais vous prenez en charge les dépenses liées à la régénération des terres.

    Durée : 

    Engagez vous le temps qu’il vous convient en accord avec le propriétaire. Pour que ce lieu puisse durablement être valorisé, nous vous conseillons d’établir un bail de 10 ans reconductible, 10 ans étant un minimum pour prendre soin des arbres plantés et assurer une pérennité des écosystèmes.

    Quand :

    Dès aujourd’hui, vous pouvez imprimer l’affiche qui vous permettra de rencontrer les propriétaires.

    Où : 

    Tous les propriétaires fonciers du pays peuvent confier leurs terrains et améliorer durablement ces patrimoines ; aussi il ne reste plus qu’à vous déployer.

    Les étapes pour devenir un gardien

    Imprimez l’affiche pour trouver des terrains

    Téléchargez puis imprimez l’affiche à destination des propriétaires de terrain pour être contactés :

    [TÉLÉCHARGER] Affiche Gardiens Territoires

    Un espace est laissé dans l’affiche pour que vous puissiez la personnaliser avec vos coordonnées ; partagez là autour de vous, dans les commerces locaux, là où les personnes ont l’habitude de se rendre.

    Discutez de votre souhait d’installation et d’aggradation des espaces avec les commerçants et les associations locales pour qu’ils puissent relayer votre appel

    Entrez en contact avec les propriétaires

    Grâce à l’affiche vous serez contactés par des propriétaires de terrains par téléphone ou par email.

    Détaillez les motivations qui animent votre démarche.

    Que le terrain vous intéresse ou non, demandez aux propriétaires de mettre en place une annonce sur la plateforme pour référencer leurs terrains.

    Cela permet de savoir le nombre de terrains potentiellement disponibles par régions et surtout, ça incitera d’autres propriétaires à en faire autant.

    S’ils ne savent pas mettre en ligne l’annonce, aidez les à le faire ; ce n’est pas parce que vous mettrez l’annonce en ligne que vous ne pourrez pas bénéficier ensuite du terrain, au contraire, le premier lien que vous aurez tissé avec le(s) propriétaire(s) restera privilégié.

    En mettant en ligne l’annonce, vous pourrez certainement trouver des soutiens supplémentaires pour entamer des aventures collectives au service des vivants.

    Déterminez ensemble les projets qu’il serait possible de mettre en place sur ces terrains.

    Sélectionnez le terrain et déterminez le projet

    Lorsque vous aurez un terrain qui vous plaira sur la plateforme ou en contact direct, rencontrez le propriétaire, exposez votre projet et visitez le terrain ensemble.

    La visualisation du terrain et les conseils avec le propriétaire (qui connaît généralement bien les lieux) permettront d’affiner votre projet.

    L’échange et la transparence est important car elle permettra d’établir une relation de confiance dans le temps.

    Signez un prêt à usage avec le propriétaire

    Il existe une forme juridique permettant de légaliser cette mise en lien : elle s’appelle le « prêt à usage ».

    Voici un modèle que nous avons rédigé et mis à votre disposition :

    [TÉLÉCHARGER] Modèle de contrat de prêt à usage gratuit

    Ce contrat a l’avantage d’être gratuit, de n’avoir pas besoin de passer devant un notaire pour être reconnue et pourra sécuriser chacune des parties.

    Vous pouvez tout à fait opter pour une collaboration avec un propriétaire sans signer de documents et à vrai dire, c’est ce que l’on préconise avant tout dans une relation de confiance mutuelle, mais si vous ou le propriétaire souhaitez des garanties, cette forme de contrat est parfaitement adaptée.

    Nous avons mis en place un modèle dont vous pouvez librement vous inspirer ; y figure une charte de bonne conduite que vous vous engagez à respecter en signant ce contrat.

    Il faut savoir qu’avec le prêt à usage, il ne peut y avoir de contrepartie financière car le moindre échange d’argent inscrit dan le contrat entrainerait la nullité de ce dernier.

    Si vous souhaitez prendre en charge la taxe foncière du terrain, vous devrez vous arranger autrement avec le propriétaire.

    Pour connaitre les lois permettant de s’installer : https://desobeissancefertile.com/les-lois/

    Démarrer la régénération du terrain et du territoire

    Nous avons mis en place un ensemble de fiches techniques pour vous accompagner dans la régénération des territoires, libre à vous de vous en inspirer.

    Soyez heureux, au service des vivants.

    PS : N.B. : envoyez nous un email à desobeissancefertile@protonmail.com quand vous serez parvenus à un accord avec un propriétaire pour donner de vos nouvelles pour que nous puissions avoir une idée du nombre de terrains disposant de gardiens et de potentiels améliorations à proposer

     

  • La SAFER.

    Dans l'achat de notre nouvelle maison, avec un terrain de 4500 m², nous avons été confrontés à la SAFER. Et nous avons découvert cet organisme. Depuis, j'ai cherché à comprendre et ça n'est pas bien joli. 

    Dans notre cas, la SAFER devait émettre un avis et avait donc un droit de préemption. Il fallait que le dossier soit vu par une commission et cela retardait de plusieurs semaines la signature définitive chez le notaire. La SAFER n'avait aucunement l'intention de préempter ce bien pour le réserver à un agriculteur. Il s'agit juste pour eux de freiner le dossier. Ils nous ont donc réclamé 240 euros pour que le dossier soit vu "en mode accéléré". Et nous avons payé car nos acheteurs étaient aussi impatients que nous de déménager, d'autant plus que pendant ce temps, la banque leur prenait déjà des frais sur leur prêt bancaire.

    Tous les moyens sont bons pour prendre ce qui peut l'être et quand ça ne vient pas d'un côté, ça vient d'un autre. On est tous dans le même bateau. Une barque vermoule où il faut écoper sans cesse. 

    Même les notaires reconnaissent que le fonctionnement de cet organisme relève quelque peu d'une forme de mafia. Il est indéniable qu'à l'origine, l'idée de pouvoir permettre à de jeunes agriculteurs de s'installer est une bonne chose. Ce sont les dérives qui sont irrecevables.

     

    Les Safer gèrent-elles bien les terres agricoles ?

     

    https://reporterre.net/Les-Safer-gerent-elles-bien-les-terres-agricoles

     

    Durée de lecture : 9 minutes

    19 février 2016 / Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre)
     

         
     

    Les Safer gèrent-elles bien les terres agricoles<small class="fine d-inline"> </small>?

    Alors que les conflits liés à l’appropriation des terres se multiplient, se pose la question du rôle des Safer, organismes chargés de veiller au foncier agricole. Reporterre a voulu comprendre le fonctionnement de ces sociétés anonymes, dont le nom est apparu dans les dossiers de la ferme-usine des Mille vaches et de la ferme des Bouillons.

    Elles sont 26 en France, suivant plus ou moins le découpage des anciennes régions métropolitaines et ultramarines. Les Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer), chapeautées par une structure nationale [1], sont des sociétés anonymes sous tutelle des ministères des Finances et de l’Agriculture. Elles ont été créées en 1960, en plein révolution verte, à l’époque où la guerre restait dans les esprits et où l’autosuffisance alimentaire et la modernisation agricole étaient une priorité.

    Leur rôle est de réguler le marché des terres agricoles : ayant une vue d’ensemble sur le marché foncier, les Safer ont pour mission d’éviter une flambée des prix et de structurer les nouveaux usages de ces terres en donnant la priorité à l’installation de jeunes agriculteurs. Aujourd’hui, les Safer complètent leur panel de compétences avec la préservation des espaces naturels.

    Le droit de préemption, une « arme atomique »

    Principal outil des Safer : elles peuvent intervenir au moment de la vente d’une terre. Prenons l’exemple d’un agriculteur qui part à la retraite et souhaite vendre sa ferme. Il trouve un acheteur, se met d’accord avec lui sur le prix de vente et passe devant le notaire pour conclure la transaction.

    Celle-ci doit obligatoirement être signalée à la Safer locale. Si celle-ci considère que le prix est trop élevé ou que l’acheteur n’a pas le bon profil, elle peut casser la vente en usant de son droit de préemption. Emmanuel Hyest, président de la Fédération nationale des Safer, avait qualifié ce pouvoir « d’arme atomique » lors de l’expulsion de la ferme des Bouillons, près de Rouen. Avec la préemption, la Safer sort la transaction du marché, définit le prix de vente, réalise un appel à candidatures et choisit parmi les prétendants le meilleur acquéreur.

    Dans les faits, les Safer utilisent ce droit de préemption dans moins de 10 % des cas. De manière générale, elles encadrent les transactions foncières à l’amiable et touchent une commission au passage. Cela constitue leur principale ressource, les pouvoirs publics ne participant au budget des Safer qu’à hauteur de 5,4 % de leurs charges.

    Dans un rapport publié en 2014, la Cour des comptes a consacré un tome à la gestion des Safer. Elle n’y va pas par quatre chemins. Intitulé « Les Safer, les dérives d’un outil de politique d’aménagement agricole et rural », le rapport détaille plusieurs points noirs dans le fonctionnement de ces structures.

    Comment les Mille vaches ont contourné la Safer

    La financiarisation des transactions agricoles est l’un de ces points noirs : « Un nombre croissant, même s’il ne peut être défini précisément, de pratiques et de montages juridiques, généralement réalisés à des fins d’optimisation fiscale, peut conduire à la fois à faire échec à la mission de transparence du marché foncier rural des Safer, mais aussi à l’utilisation éventuelle de leur droit de préemption ou d’une possibilité d’acquisition à l’amiable. »

    Ces montages juridiques se caractérisent essentiellement par le transfert de parts sociales. En effet, la Safer n’a d’œil que sur les transactions réalisées sur la totalité d’un bien et non pas sur le transfert de ces parts. C’est donc un moyen de passer entre les mailles du filet et de ne pas voir la Safer se mêler de ses affaires. Il suffit de taper sur un moteur de recherche « éviter préemption Safer » pour s’en convaincre. Les forums sont légion, les échanges entre internautes virulents, et les astuces pour échapper aux Safer simples à trouver, comme ici.

    Depuis le site http://droit-finances.commentcamarche.net/forum/affich-5463490-sci-contre-preemption-de-la-safer

    Le président national des Safer, Emmanuel Hyest, confirme cette tendance inquiétante. « Depuis quatre ou cinq ans, ce type de montage financier se multiplie et devient significatif. La conséquence en est l’opacité du marché car nous n’avons plus de visibilité sur ces transactions. Cela induit une montée des prix du foncier et donc la difficulté croissante de transmettre son exploitation. On le voit avec les financiers qui achètent les grands crus bordelais. »

    Un exemple majeur de ce type de montage financier est la ferme-usine des Mille Vaches. C’est par le biais de transmission de parts sociales que Michel Ramery est parvenu à acquérir ses terres à l’insu de la Safer. Résultat : les pouvoirs publics se retrouvent devant le fait accompli, sans possibilité juridique de casser les ventes effectuées. « Moi, je n’ai rien contre le modèle agricole des Milles Vaches, explique Emmanuel Hyest, mais pour ce qui est du montage financier, je m’y oppose totalement. »

    À terme, la généralisation de telles pratiques déboucheraient sur la mort des Safer. Pour pouvoir réguler le marché, elles ont besoin d’être informées de l’ensemble des ventes. Comme ces montages financiers n’ont pas besoin d’être déclarés, une part de plus en plus importante du marché échappe donc aux Safer, les rendant impuissantes.

    « J’appelle ça de la mafia !!!! » 

    Le président des Safer rappelle l’importance de la structure qu’il dirige : « Les terres agricoles françaises sont parmi les moins chères d’Europe et c’est grâce à la régulation. Sans nous, de nombreux jeunes agriculteurs ne parviendraient pas à s’installer. » Les données fournies par le rapport de la Cour des comptes montrent qu’en 2014, le marché du foncier agricole s’est légèrement dynamisé avec 81.000 transactions effectuées (soit 2 % de plus qu’en 2013) pour 338.000 hectares ( + 2% par rapport à 2013) pour un montant global de 4 milliards d’euros (3 % de plus que l’année précédente). En 2012, les Safer ont permis l’installation de 1.200 agriculteurs et le renforcement de 3.800 exploitations.

    En retournant sur les forums Internet, la virulence des internautes étonne. Sur l’un de ces forums, un internaute résume les propos égrainés au fil des échanges. « Même si dans la théorie la Safer est là pour défendre les agriculteurs, dans la pratique elle est surtout là pour avantager certains, (…) ceux qui fonts copains-copains avec elle, mais surtout et avant tout pour faire un maximum de fric sur le dos des petits et des vieux, (…) moi j’appelle ça de la mafia !!!! »

    Emmanuel Hyest s’agace de ces critiques récurrentes. « On ne peut pas nous dire que nous manquons de transparence : nous sommes sous le contrôle du gouvernement. Nous avons deux commissaires du gouvernement, les collectivités et les syndicats dans nos conseils technique et d’administration, que voulez-vous de plus ? »

     Le corporatisme mis en accusation

    Ils sont nombreux, syndicats minoritaires en tête, à critiquer la mainmise de la FNSEA, le premier syndicat agricole, sur les Safer ; car lorsqu’il y a un représentant de la FNSEA et un autre des JA (Jeunes Agriculteurs, la section « jeune » du syndicat majoritaire), cela fait deux voix pour la FNSEA. À cela, Emmanuel Hyest répond à la volée : « La Confédération paysanne n’a qu’à faire pareil ! » Il ajoute : « Il n’y a pas de mainmise, mais du bon sens. Dans la plupart des cas, les attributions se font par consensus, les décisions à prendre sont souvent évidentes comme le nez au milieu de la figure. Tous les membres du conseil d’administration savent qu’une attribution – ou une non-attribution – peut changer la vie de quelqu’un. »

    Cependant, c’est sur la question de bien commun que se fonde la critique principale. Elle est portée par des structures « para-agricoles » : des associations et des collectifs qui veulent se mêler du devenir des terres agricoles. Emmanuel Hyest ne veut pas en entendre parler et s’en agace : « La création des Safer, dans les années 1960, vient de la profession, des agriculteurs eux-mêmes. Ces associations, ces militants ne sont pas passés par les urnes. Qui représentent-ils ? »

    Si, à l’époque de la naissance des Safer, qui est aussi celle de la modernisation agricole, de la création de la FNSEA et des politiques nationales et européennes en faveur de l’agriculture, personne ne jugeait illégitime que les agriculteurs encadrent eux-même leurs activités, cette logique corporatiste passe bien plus mal en 2016. Lorsque les critiques fusent sur la « mainmise » de la « mafia » que serait la FNSEA, c’est bien le corporatisme qui est accusé, avec une question à la clef : est-il légitime que les agriculteurs, qui ne représentent plus que 3 % des actifs, selon l’Insee, aient la main sur le territoire ?

    En vertu de cette vision héritée des années 1960, Emmanuel Hyest s’oppose aux associations et collectifs « para-agricoles ». Le cas de la ferme des Bouillons, en Normandie, incarne parfaitement ces enjeux. Un collectif de militants a empêché qu’une ferme devienne un supermarché mais, au moment de la vente, la Safer Haute-Normandie, présidée aussi par Emmanuel Hyest, qui a la double casquette de président local et national, n’a pas voulu que ce collectif prenne en charge le développement économique de la ferme. Comme il le dit : « Qui représentent-ils ? »

     Dans le giron de la société civile

    Gaël Louesdon fait partie de l’association Terre de liens, une structure qui collecte de l’épargne citoyenne afin d’acheter des terres, puis de les louer aux agriculteurs qui n’arrivent pas à réunir les sommes nécessaires pour en être propriétaire. Ce moyen permet de maintenir les terres agricoles dans le giron de la société civile et d’en faire des biens communs, comme cela aurait pu le devenir pour la ferme rouennaise. « Nous vivons toujours dans l’héritage de la restructuration de l’après-guerre, dit-il : l’agriculture c’est 54 % du territoire et elle est dominée par une corporation alors qu’entre temps, la décentralisation est passée par là, les collectivités ont pour mission la maîtrise de leur territoire, la société civile s’affirme, mais elles manquent de moyens d’agir. Il faudrait que les Safer s’ouvrent à l’ensemble de la société afin que cette instance soit plus démocratique. »

    C’est cette voie que souhaite prendre la loi d’avenir agricole, entrée en application en 2016. « Avec cette loi, on ne peut plus nous parler de manque de transparence », assure le président des Safer. Et en effet, la loi élargit un peu plus les conseils d’administration aux syndicats et aux associations. Elle améliore également la transparence, notamment sur le transfert des parts sociales, ce montage juridique qui permettait de passer sous le radar des Safer. Sans être pour autant la panacée car, si tous les transferts de titres doivent être déclarés aux Safer, leur droit de préemption ne s’applique que pour la vente de 100 % du capital de la société. Il suffit donc d’un transfert de 99 % pour éviter la structure agricole. Un seuil qu’Emmanuel Hyest entend bien « négocier » pour le « réduire à 50 % ».

     

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    SAFER, le Conseil constitutionnel dit NON

     

    31 mars 2017 • Philippe François

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    Le 16 mars 2017, le Conseil constitutionnel a décidé d’annuler l’article de loi renforçant le pouvoir des SAFER dont « les dispositions portent une atteinte disproportionnée au droit de propriété et à la liberté d’entreprendre ». Des termes sévères et un coup d’arrêt définitif aux prétentions de la Fédération nationale des SAFER (FNSAFER) et d’une partie des syndicats agricoles d’accaparer la gestion de l’ensemble des terres agricoles. Mais aussi une critique cinglante du ministre de l’Agriculture et de son cabinet, du ministère de l’agriculture, et des nombreux députés de la majorité et sénateurs qui avaient voté une loi visiblement contraire à la Constitution : incompétence, soumission au lobby SAFER ou démagogie pré-électorale se reposant sur le Conseil constitutionnel pour censurer ce coup de force ?

    Cette affaire se rajoutant aux critiques récentes des SAFER par les plus hauts organismes de contrôle publics (Cour des comptes, Inspection générale des finances, Ministère de l’agriculture-Conseil général de l’agriculture) a opportunément remis dans l’actualité la question de fond : peut-on réformer ou faut-il supprimer les SAFER ? 

    Sur le terrain, les critiques contre les SAFER sont depuis longtemps nombreuses et virulentes, même si elles sont souvent discrètes (les agriculteurs veulent protéger leurs chances). Depuis quelques années et plusieurs condamnations des SAFER en justice, ces dysfonctionnements sont reconnus aux plus hauts niveaux de l’État :  

    Quatre années d’évaluation publique des SAFER

    2013 : l’Inspection des finances et le Conseil général de l’agriculture (Ministère de l’agriculture) publient un rapport démontrant que le système des SAFER est opaque, inefficace et coûteux pour les finances publiques. Ils proposent leur extinction.

    2014 : la Cour des comptes dénonce le peu de résultats des SAFER, et l’utilisation massive de leurs prérogatives pour se financer. En s’immisçant dans des transactions où leur intervention est inutile (substitution), elles détournent à leur profit des taxes dont les collectivités locales ont pourtant besoin. La Cour propose de les réformer.

    Octobre 2014, la loi d’avenir pour l’agriculture est adoptée. A son origine aucune disposition relative aux SAFER. Le gouvernement fait insérer de nouvelles dispositions en faveur des SAFER (préemption sur cession de 100 % des parts, préemption sur cession en démembrement de propriété,…) dont déjà une partie est sanctionnée par le Conseil Constitutionnel.

    Mai 2016, malgré ces avertissements de ses propres services, au lieu de réformer les SAFER, le gouvernement fait insérer un volet foncier, projet largement écrit par la FNSAFER renforçant leurs pouvoirs, dans le projet de loi Sapin 2 relatif à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique.

    Décembre 2016, le Conseil constitutionnel annule cette loi à la demande des députés LR.

    Décembre 2016, dans l’urgence, des parlementaires de gauche et des sénateurs de droite font voter une nouvelle version de la loi destinée à contourner la décision du Conseil constitutionnel.

    Mars 2017, à la demande de 60 députés de droite, le Conseil constitutionnel annule la nouvelle version de cette loi qui portait une atteinte disproportionnée au droit de propriété.

    Alors que la France traverse un crise économique, sociale et sécuritaire, et que la crise agricole frappe plus la France que tous les autres pays européens, cette urgence à soutenir un lobby avant les élections est choquante. Il est au contraire temps de se demander pourquoi nos agriculteurs sont plus frappés par la crise agricole que ceux des pays voisins dont les initiatives ne sont pas étouffées par des administrations publiques et para-publiques.  

    Une tentation collectiviste ancienne                                             

    Face au monde agricole, en 1961 comme en 2017, l’idée que tout irait mieux si l’État disposait de tous les pouvoirs est récurrente pour certains. Après avoir décidé ce que les consommateurs doivent consommer, il fixerait qui aurait le droit de posséder la terre et de cultiver, ce qu’il faut produire et les prix de vente. Dans les années 1960[1], le contrôle des structures, l’autorisation d’exploiter et les SAFER ont largement mis en place les bases de cette politique. Et d’après le livre d’Edgard Pisani, père de ces réformes, (Utopie foncière[2]) cette situation n’était qu’une première étape avant une étatisation totale du secteur.

    Publié en 1977 dans la perspective des élections de 1981, ce livre prône la nationalisation de la totalité des terrains de France. Une fois propriétaire de toutes les terres, chaque fois qu’une de ses propriétés se libérerait (décès, retraite ou abandon par l’exploitant) l’État choisirait un nouvel exploitant « en toute objectivité », naturellement. Ce projet exclut, à regret, l’expropriation immédiate, pure et simple des terres, et propose que l’Etat préempte (à son prix) toutes les parcelles mises en vente jusqu’à ce qu’il soit maître de tout le sol du pays. Une position affirmée dès 1975 dans le document approuvé par le Comité directeur du parti socialiste « L’établissement par la loi de ce droit éminent confère à la collectivité la faculté et le devoir d’acquérir – par droit de préemption -  la totalité des biens fonciers librement mis en vente ».  Une étatisation qui devrait ne prendre que deux générations (50 ans) d’après les auteurs. ll faut lire les 85 pages des articles détaillés du projet de loi qu’Edgard Pisani entendait faire adopter par le Parlement en 1981 pour réaliser vers quelle structure collectiviste le système mis en place nous entraine si les Français ne se révoltent pas. 

    La tentation corporatiste

    Logiquement, rien n’aurait dû faire plus horreur aux paysans français très attachés à leur liberté et au droit de propriété que cette politique. En URSS, six millions de paysans sont morts en luttant contre la collectivisation des terres. Mais en France, des éléments du monde agricole ont compris l’intérêt qu’ils auraient à s’associer à la gestion par l’État du système agricole. Si c’est en principe l’Etat à travers les préfectures qui décide des attributions et autorisations, c’est en réalité en lien très étroit avec les responsables de la corporation agricole. Encore une fois, une situation similaire à celle des logements publics (HLM, logements intermédiaires, logements haut de gamme) où des intermédiaires (élus et autres) ont pendant longtemps tiré parti de leurs pouvoirs d’attribution des logements[3]

    L’échec

    En 2017, malgré 9 milliards de subventions européennes, financées par la France, notre agriculture est dépassée par celle de ses voisins, et le revenu de nombreux agriculteurs est très inférieur au SMIC, voire négatif pour tous ceux qui sont contraints chaque année d’abandonner ce métier.

    Une exploitation typique de 80 hectares de grande culture ou d’élevage, perçoit pourtant chaque année environ 24.000 euros de subvention soit 2.000 euros par mois. Pour tous les agriculteurs qui se versent moins de 1.400 euros par mois (voire moins de 400), la solution n’est pas de leur accorder 300 euros de plus d’aides sociales. C’est, comme pour toutes les entreprises, de réduire leurs charges et la suradministration de ce secteur économique. L’État qui se montre incapable de gérer de grandes entreprises comme le Crédit Lyonnais, AREVA ou la SNCF, est encore moins bien placé pour choisir et conseiller les centaines de milliers de petites TPE/PME agricoles dispersées sur tout le territoire. 

    Conclusion : non au closed shop[4]

    Par leur emprise, les SAFER, Chambres d’agriculture et autres commissions de cogestion de l’agriculture, ont mis en place une véritable « closed shop » dans ce secteur. C’est la corporation agricole (dominée par les syndicats agricoles) qui choisit les personnes qui ont le droit de s’installer et ce qu’elles doivent produire. Partout dans le monde, et en France dans les ports et les imprimeries, les dégâts causés par ce monopole d’embauche auraient dû avertir sur ce qui allait se passer dans le secteur agricole.

    Le rapport Inspection des finances-CGARR de 2013 concluait : « Aussi, considérant la génèse de ce droit de préemption et sa réalité actuelle, la mission propose que les décrets d’application définissant les périmètres de préemption des SAFER ne soient pas renouvelés au fur et à mesure qu’ils viennent à échéance. »  Une solution raisonnable d’extinction, qui donnera à ces société privées le temps de se transformer officiellement en marchands de biens ou en agences immobilières ordinaires.

    Comment la loi SAFER-2017 a été censurée

    Les articles incriminés ont été largement inspirés par la FNSAFER comme elle le revendique. Introduits en mai 2016 dans la loi relative à la lutte contre la corruption, ils sont votés au Parlement en octobre et censurés comme plusieurs autres articles en novembre par le Conseil constitutionnel pour une question de forme : ces cavaliers législatifs n’avaient rien à voir avec la loi en question.

    Dès décembre l’article concernant les SAFER est repris par le député socialiste Dominique Potier qui déclare : « On va aller vite pour faire repasser sous une autre forme ce qui a été censuré par le Conseil constitutionnel ». Un projet de loi est voté en janvier, d’abord au Sénat à la quasi-unanimité, puis à la majorité à l’Assemblée nationale où la droite s’abstient.

    Convaincue du caractère inconstitutionnel de la mesure SAFER, la Fédération nationale de la Propriété Privée Rurale (FNPPR) a aussitôt transmis aux parlementaires les études qu’elle avait réalisées en 2016. La fin de la session parlementaire et la proximité des élections avaient rendu le planning très tendu. Et c’est finalement le 16 février, que 60 députés de droite emmenés par Christian Jacob, ont déposé leur demande d’annulation.

    Le 16 mars, le Conseil constitutionnel concluait : « Sont contraires à la Constitution les dispositions suivantes de la loi relative à la lutte contre l’accaparement des terres agricoles : le troisième alinéa de l’article 1er et l’intégralité de l’article 3 (relatif au droit de préemption sur les cessions partielles de parts sociales) ».  

    Une décision qui a l’avantage de mettre définitivement un terme à ce sujet, tout en ayant fait largement connaître cette façon légale de prévenir l’intrusion des SAFER dans des contrats privés.

    Note : le rapport de l’Inspection des finances et du CGARR remis en 2013 à son ministre vient seulement d’être rendu public quatre ans plus tard par décision de Michel Sapin. Un signe de la gêne des ministres de l’Agriculture qui se sont succédé depuis cette date face à un contenu incontestable rédigé par des experts de leur propre ministère.    

    [1] Dans le domaine du logement cette tentation existe aussi, l’Etat aimerait pouvoir tout contrôler et attribuer à chacun un logement selon des standards définis, et selon son bon plaisir.

    [2] Toujours en vente

    [3] Les réformes des commissions d’attribution auraient mis un terme à ces pratiques.

    [4] Wikipedia : Le closed shop, littéralement « boutique fermée » mais sémantiquement « monopole d'embauche ».  En France, un système équivalent a été mis en place par la CGT pour les ouvriers du livre ou encore pour les dockers. 

  • France culture : Philosophie du clitoris

    Je précise bien dans le titre que cette émission vient de France culture et qu'il s'agit bien d'une réflexion, une analyse, d'un état des lieux, si je puis dire. Le mot "clitoris", aussi incroyable que ça puisse paraître, reste un terme qui aurait tendance à faire fuir une certaine frange de la population. "On ne parle pas de ces choses-là."

     

    https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/les-chemins-de-la-philosophie-emission-du-lundi-01-mars-2021

    Philosophie du clitoris

    "La femme est un être singulier, la seule à posséder deux organes sexuels séparés, dont le clitoris, dédié au plaisir. Le secret de ce plaisir fut longtemps un impensé en philosophie. Qu’est-ce que le plaisir ? Comment parler du clitoris sans tomber dans un essentialisme du corps féminin ?"

    Philosophie du clitoris• Crédits : Adene Sanchez - Getty

    Une émission initialement diffusée le lundi 1er février 2021

    "Le clitoris est une pierre minuscule logée en secret dans la grande chaussure de l'imaginaire sexuel.
    La jeune Clitoris de la mythologie grecque, connue pour sa taille très fine, était dite mince 'comme un caillou'.            
    Longtemps caché, privé de nom, de représentations artistiques, absent des traités de médecine, souvent ignoré des femmes elles-mêmes, le clitoris n'a eu durant des siècles qu'une existence de scrupule, au sens primitif du terme, ce grain qui gêne la marche et taraude l'esprit."           
    Catherine Malabou, dans Le plaisir effacé : clitoris et pensée, aux éditions Rivages (2020)

    Alors comment passer du scrupule au plaisir ? Comment garder le mystère du plaisir, celui-même qui appelle la pensée ?

    L'invitée du jour

    Catherine Malabou, philosophe, professeure de philosophie au « Centre for Research in Modern European Philosophy » à l’Université de Kingston au Royaume-Uni

    Le plaisir, un impensé philosophique

    Le plaisir est un terme qui a été beaucoup employé en philosophie, mais qui a été assimilé très rapidement à la passion au sens classique du terme, très peu à la sexualité, et encore moins à la sexualité féminine. J’ai voulu explorer ce côté secret du plaisir qui n’avait jamais été dit en philosophie. Il faut garder cette image du scrupule, de quelque chose qui nous gêne, pour arriver à le penser. Catherine Malabou

    Parler du clitoris, est-ce essentialiser la femme ?

    En parlant du plaisir effacé, j’ai voulu montrer que lorsqu’on mettait fin à un effacement, on en produisait nécessairement un autre. Aujourd’hui il est vrai qu’il y a beaucoup de livres, de représentations du clitoris, il n’est plus ignoré, mais le scrupule demeure, et cela va nous renvoyer à l’histoire du féminisme, parce que la grande question est : comment parler du clitoris sans tomber dans ce que le féminisme dénonce comme un piège : l’essentialisme, le naturalisme, quelque chose qui serait la nature de la femme. Comment en parler sans l’effacer à nouveau ? Catherine Malabou

    Le corps féminin• Crédits : CSA images - Getty

    SÉRIESAVOIRS

    Le corps féminin

    4 ÉPISODES (5 DISPONIBLES)

    DÉCOUVRIR

    Du plaisir longtemps effacé du clitoris à l’utérus qui donna son nom à l’hysterie, des seins qui font la révolution à l’ambivalence du poil et de la chevelure, une série d’émissions autour du corps féminin.

    En savoir plus

    À retrouver dans l'émission

    LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Adèle Van Reeth

    TOUS LES ÉPISODES

    Réécouter Le corps féminin (1/4) : Philosophie du clitoris58 MIN

    Épisode 1 :Philosophie du clitoris

    LE 01/02/2021

    La femme est un être singulier, la seule à posséder deux organes sexuels séparés, dont le clitoris, dédié au plaisir. Le secret de ce plaisir fut longtemps...

    Réécouter Le corps féminin (1/4) : Philosophie du clitoris58 MIN

    Épisode 1 :Philosophie du clitoris

    LE 01/03/2021

    La femme est un être singulier, la seule à posséder deux organes sexuels séparés, dont le clitoris, dédié au plaisir. Le secret de ce plaisir fut longtemps...

    Réécouter Le corps féminin (2/4) : L’utérus sur le divan58 MIN

    Épisode 2 :L’utérus sur le divan

    LE 02/03/2021

    L’utérus est la matrice de la vie, l’origine selon Freud du premier traumatisme vécu : la naissance. Lieu de la maternité, l’utérus est aussi source de...

    Réécouter Le corps féminin (3/4) : Phénoménologie des seins58 MIN

    Épisode 3 :Phénoménologie des seins

    LE 03/03/2021

    Les seins des femmes sont partout, mais cette omniprésence traduirait-elle cette objectivation du corps des femmes qui trouverait dans les seins son paroxysme...

    Réécouter Le corps féminin (4/4) : Couvrez ces cheveux que je ne saurais voir !58 MIN

    Épisode 4 :Couvrez ces cheveux que je ne saurais voir !

    LE 04/03/2021

    Le fait de cacher la chevelure est partagé par les religions monothéistes, mais les questions se cristallisent aujourd’hui autour du voile dans l’islam....

  • A CŒUR OUVERT : Plénitude de l'unité

     

    Coeurouvertwhite

    "PLÉNITUDE DE L’UNITÉ

    Il aimait ce titre. Un appel au bonheur. Deux, quatre, dix pages…

    Le fil des pensées restait linéaire dans la lecture. Pas d’envolées incontrôlées, pas de dérives, pas d’échappées insoumises.

    Il parvenait à rester inscrit dans la réflexion. Parfois, il arrêtait la lecture, posait le livre sur ses genoux, tentait de fixer les idées, d’en garder une trace, une inscription, quelque chose qu’il pourrait retrouver plus tard. Il imaginait sa mémoire s’ouvrir et absorber un nouveau contenu.

    « Le mental se construit au fur et à mesure de notre vie et de nos expériences. Par nos cinq sens, nous construisons l’ensemble de notre expérience humaine. Dès la petite enfance, notre mental apprend à saisir l’information, il la catalogue, la range dans des cases, il construit son référentiel. L’impact du monde adulte, parents, enseignants, proches, société, médias, est gigantesque et contribue à un immense formatage. Le mental calcule, argumente, établit des connexions, trouve des raisons (ou en fabrique), s’adapte ; le mental est une machine formidable pour ce genre de tâches. L’objectif pour lui est de créer une entité individuelle. L’individu s’édifie en fonction des oppositions ou des appartenances qui lui conviennent. Il est d’ailleurs extrêmement performant pour fabriquer des catégories, des groupes, des classes, des repères parfaitement identifiés. Il va sans cesse chercher à accumuler de la sorte des « connaissances » afin de se construire et de prendre forme. C’est son existence même qui est en jeu.

    Et c’est là que l’ego prend forme. Il se construit à travers le miroir de l’altérité en se nourrissant des référents du mental.

    « L’importance est dans ton regard, non dans la chose regardée », écrivait André Gide.

    Il faudrait donc apporter à la chose un regard objectif, libre, épuré. Mais le mental a des références et n’en démord pas.

    « L’essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien qu’avec le cœur. »

    Nous connaissons tous cette phrase de Saint-Exupéry. Mais où est ce cœur ? Ça n’est pas l’organe ou si ça l’est, il existe une partie non fonctionnelle qui n’est pas connue. À moins qu’il s’agisse d’une énergie, à moins qu’il s’agisse d’un émetteur plus vaste que le cœur, une source dissimulée.

    Lorsque nous sommes saisis par un coup de foudre, les quelques secondes pendant lesquelles une onde de chaleur nous électrocute, il ne s’agit sans doute pas du mental étant donné qu’il n’a pas eu le temps d’analyser le cas. Il reprend très vite le contrôle, malheureusement. Et dès lors, on ne voit plus, on croit voir ce qui nous convient. Les prochaines désillusions viennent de prendre racine. Le mental vient d’ouvrir l’atelier de poterie dans lequel il va chercher à modeler l’autre à sa convenance, selon ses références.

    À moins que la vie nous ait fait un cadeau immense et que le coup de foudre se transforme en un ciel lumineux, sans que rien de la mémoire ne vienne y peindre le moindre nuage connu, le moindre repère identifié, la plus petite balise. Rien. Jusqu’à l’infini du temps. »

    Il souriait intérieurement. Un bonheur à s’accorder, une confiance à sauver.

    « On ne voit bien qu’avec le cœur. » Saint-Exupéry n’aurait jamais imaginé qu’un homme puisse vivre sans le sien, sans même un cœur humain. Diane parlait d’un émetteur plus vaste. Quoi ? Le corps entier ? Le cerveau ? Non, pas le cerveau. D’autres organes n’auraient pas été munis de neurones si tout avait été concentré là-haut. Il y avait autre chose. Pas le cœur, ça au moins, il en était certain. Et si on lui enlevait les intestins ? Qu’en serait-il ? Tout ça était trop limité. Les systèmes scientifiques avaient une vue étroite. Mais alors quoi ? Et si nous n’étions qu’un récepteur ? Et si nous n’émettions rien du tout ?

    Il se redressa soudainement et eut un vertige. Il s’adossa, la main sur le front, les yeux fermés.

    La force de ce flash. Nous n’étions que des récepteurs. Tout venait de l’extérieur. Sa transformation n’était pas dû au fait que son cœur n’émettait plus rien mais juste que le mental avait perdu une partie de ses repères, que l’identification avait été entamée, partiellement brisée. Les émotions venaient de l’extérieur. Aussi folle qu'elle soit, l'idée lui plaisait. Les émotions nous saisissaient parce que nous étions disponibles et ensuite, le cerveau les interprétait. Il se les attribuait parce que nous avions été éduqués ainsi. L’ego, le maître, une entité fabriquée de toutes pièces, la prétention humaine, l’identification. Oui, c’était ça… « Je suis en colère » était une affirmation totalement erronée. La colère est en moi parce que je l’ai laissée entrer. « Je me suis laissé envahir par la colère. » Voilà la réalité. Et je ne suis donc pas amoureux, par moi-même. L’amour est entré en moi. Il tient juste à moi de lui offrir une place durable. Rien n’est à moi, tout m’est donné. Je possède le choix de l’exploitation ou de la perdition mais pas de ce qui est.

    Un bonheur immense. Un embrasement. Des bouffées d’amour qui l’envahissaient.

    Des grésillements. L’accélération de son cœur.

    Non, c’était impossible. Il n’avait pas bougé, les microprocesseurs n’avaient aucune raison de faire varier le rythme cardiaque. C’était inconcevable. Un trouble gigantesque. L’impression qu’il était utopique de vouloir élaborer une explication rationnelle et fiable, définitive, tangible, incontournable.

    Cette impression incompréhensible d’être envahi par une entité extérieure.

    Il aurait voulu que Diane soit là, il se sentait partir, un malaise, un chaos trop puissant. Il s’allongea de nouveau et ferma les yeux.

    « Calme-toi, calme-toi. Respire. »

    Les grésillements s’effacèrent peu à peu.

    L’amour n’est pas dans notre cœur, ni dans notre cerveau, il n’a pas de coffre réservé, pas d’antre secret, pas plus de centre émetteur interne. Il n’émane pas de nous. Nous n’en sommes pas les concepteurs. L’amour est partout. Et si nous restons ouverts, il s’invite. Personne n'est apte à générer de l'amour. Il ne s'agit que de s'ouvrir à lui.  

    Il tentait de remonter à la source, de trouver le nœud originel qui libérerait toutes les révélations. Son cœur avait participé à ce conditionnement épouvantable de l’homme intégré et du Soi désintégré, son cœur avait été un ouvrier attelé à sa destruction. Saint-Exupéry s’était trompé. On ne voit bien qu’avec le cœur relevait d’un monde idyllique, d’un monde qui n’aurait aucune influence, qui ne chercherait pas à s’octroyer les raisons d’aimer. En perdant son cœur, les fondements même de son enfermement avaient été supprimés, non seulement la masse infinie de toutes les données enregistrées dans la boîte noire des émotions vécues mais le récepteur lui-même. Tout n’avait pas disparu puisqu’un seul organe avait été retiré mais il représentait le cœur du système. Bien évidemment.

    L’homme avait fait de l’homme son propre prédateur. Nul besoin de guerre. Il suffisait d’éduquer le cœur et tout le reste suivrait, il suffisait d’inculquer les raisons d’aimer, il suffisait de canaliser les émotions, d’identifier les cibles, de laisser croire à la clientèle qu’elle était libre de ses choix. Personne n’irait accuser le cœur d’être un traître. Le cœur n’était qu’un disque dur formaté.

    Les tenants de la spiritualité et de la libération des esprits seraient sans doute décontenancés d’apprendre qu’il convenait d’enlever le cœur des hommes avant de s’engager sur une voie d’éveil.

    Il pensa à tous les implantés qui l’avaient précédé. Il serait intéressant de les retrouver. Une nouvelle espèce humaine. Des hommes sans cœur. Des hommes libres. Défragmentation du disque dur.

    Il se sentit fatigué, comme un voyage trop long, un manque de condition spirituelle en quelque sorte.

    Il se laissa partir, respiration lente et profonde, visualisation du flux d’oxygène, jusqu’à l’effacement des dernières pensées…"

     

  • L'intelligence du coeur

    J'aime beaucoup cette citation, restée anonyme.

    "L’idéal serait d’avoir le coeur dans la tête et le cerveau dans la poitrine. De cette façon, on penserait avec amour et on aimerait avec intelligence."
    Anonyme

    Quand j'ai décidé d'écrire "A CŒUR OUVERT", j'ai beaucoup lu sur l'organe concerné. J'ai appris beaucoup de choses même si ça reste insignifiant au regard de tout ce qui me resterait à découvrir. C'est hallucinant la somme de connaissances déjà accumulées dans le domaine organique. Un article, dont j'ai malheureusement omis de poster le lien, donnait un éclairage qui m'avait fasciné.

    Au cœur du problème.

     

    La question dès lors était d'imaginer ce qui pouvait advenir lorsque le coeur naturel était remplacé par une prothèse intégralement artificielle. C'est là que se tenait la source de ce roman. 

    L'intelligence du coeur a-t-elle encore une signification, a-t-elle encore des effets sur l'individu, s'est-elle logée dans le cerveau, où se tient-elle dans l'ensemble de l'individu ? Et si cette intelligence n'était finalement pas humaine mais issue de la nature elle-même ? Pourrait-elle être saisie par l'individu lorsque celui-ci chemine dans une voie spirituelle ? 

     

    A CŒUR OUVERT (roman)

    Coeurouvertwhite

     

    https://www.jepense.org/intelligence-du-coeur-definition/

    intelligence du coeur définition

    L’intelligence du coeur : qu’est-ce que c’est ?

    3 MARS 2021

         5/5 (2)

    L’intelligence du coeur : définition et signification. Quel lien avec l’esprit, l’émotion, la raison et l’intuition ?

    On oppose souvent l’intelligence du coeur à l’intelligence de l’esprit, l’esprit ayant ici le sens d’intellect.

    L’intelligence du coeur est de nature spontanée ; elle se fonde sur une sorte d’élan vital, positif et inclusif ; elle est plus large et moins mécanique que l’intelligence de l’esprit. Cette dernière s’appuie sur la rigueur de l’analyse, qui manque parfois à la première.

    L’intelligence du coeur n’a pas de rapport direct avec les facultés intellectuelles de l’individu : c’est la raison pour laquelle on la situe symboliquement au niveau du coeur, organe de la vie, du lien et de l’amour, alors que l’intellect est associé au cerveau.

    Ces deux formes d’intelligence s’appliquent en réalité à des domaines différents :

    la première touche à la spiritualité, à la manière d’être au monde et au “Soi”,

    la seconde touche à la matière ; elle est de nature plutôt scientifique.

    L’intelligence du coeur pourrait être qualifiée de “chaude” alors que l’intelligence de l’esprit est “froide”, presque détachée de l’objet de l’analyse.

    Pourtant, ces deux formes d’intelligence ne sont pas incompatibles. La lucidité du coeur n’est pas contraire à la raison, elle peut se nourrir de l’intellect et de la logique. De même, l’intelligence de l’esprit n’est pas fermée à l’intuition ni aux émotions, elle n’est pas dénuée de vie.

    Tentons d’aller plus loin.

    Lire aussi nos articles :

    Le symbolisme du coeur

    Intelligence et conscience : définitions, différences

    L’intelligence du coeur : définition.

    Contrairement à l’intellect, l’intelligence du coeur ne place pas le raisonnement au centre.

    Cette forme d’intelligence s’acquiert par le lâcher-prise, l’ouverture aux autres et au monde. Plutôt qu’une construction mentale fondée sur la dualité, il s’agit de déconstruire l’édifice logique afin de dépasser cette dualité. C’est donc un chemin d’unité, de réconciliation et d’acceptation.

    Toutefois, la raison peut constituer un moyen de valider le ressenti ou l’intuition du coeur.

    Tentons la définition suivante :

    L’intelligence du coeur décrit un certain état de conscience qui se caractérise par la compassion, l’amour et la reconnaissance que tout est lié. Ici, l’ego s’efface pour accueillir la réalité dans sa globalité, selon une approche non-duelle.

    L’intelligence du coeur et les émotions.

    L’intelligence du coeur est parfois assimilée à l’intelligence émotionnelle, terme créé dans les années 1960 pour pallier aux insuffisantes du célèbre quotient intellectuel (QI).

    L’intelligence émotionnelle prend notamment en compte :

    l’intelligence interpersonnelle (capacité à comprendre les autres, leurs émotions, leurs attentes…),

    l’intelligence intrapersonnelle (capacité à se comprendre soi-même et à analyser ses propres sentiments, attentes ou motivations).

    Cette approche permet de compléter notre définition de l’intelligence du coeur. Mais celle-ci n’est pas qu’une simple question d’empathie, elle va bien au-delà des sentiments, de même qu’elle dépasse la simple logique.

    L’intuition.

    L’intuition est une vue du coeur dans les ténèbres.
    André Suarès

    L’intelligence du coeur consiste non pas à accumuler une somme de savoirs et de méthodes, mais au contraire à vider son esprit de sa “science”, afin de laisser une plus grande place à l’intuition. C’est ainsi que les postulats et les présupposés s’effacent au profit d’un esprit ouvert, comparable à un ciel sans nuage, libre de toute influence ou déterminisme.

    La méditation est une des voies d’accès à cela : en dépassant son propre mental, l’individu s’éveille à de nouveaux horizons.

    La “vision du coeur”.

    L’intelligence du coeur amène à développer un regard large, non restreint à sa propre individualité.

    Cette vision ne s’arrête pas à l’apparence des choses ; elle se fonde non pas sur la capacité à interpréter mais au contraire à se laisser traverser, à accepter les choses telles qu’elles sont. C’est donc un regard illimité, infini, rendu possible par l’abandon du “moi”.

    Cette “vision du coeur” amène à la compréhension des grandes lois qui régissent le cosmos, au premier rang desquelles la loi d’Amour (cliquez pour lire notre article).

    Alors que la vision physique sépare les choses, la vision du coeur les rassemble. Ici, le coeur est ce qui nous relie symboliquement au centre du monde, au grand Tout. C’est la clairvoyance.

    Le chemin de la Connaissance.

    L’intelligence du coeur est la voie de la Connaissance, au sens de sagesse.

    Cette connaissance-là n’a rien de scientifique. Elle n’est pas non plus une omniscience, qui est un attribut réservé à Dieu. Elle est au contraire l’aveu que nous ne savons rien, ce qui nous amène à renoncer à juger les autres et le monde.

    Elle est aussi connaissance de soi, la reconnaissance que nous sommes des êtres instables, limités et éphémères, et pourtant pleinement présents au monde.

    On le voit, le chemin du coeur se fait en reculant, en abandonnant, en se laissant traverser par toute chose.

    Au final, l’intelligence du coeur commence là où finit la science. Elle consiste en un lâcher-prise, un abandon de l’individualité, un renoncement à toute forme de savoir pour s’ouvrir à une forme de conscience sans limite.

    Quelques citations.

    Les grandes idées sont plus souvent le fruit d’un grand coeur que d’une grande intelligence.
    Fiodor Dostoïevski

    L’amour c’est le coeur qui s’émeut en même temps que l’intelligence.
    Georges Poulot Perros

    La pauvreté du coeur ne nourrit jamais l’intelligence mais la richesse du coeur développe souvent l’esprit.
    Jacques de Bourbon Busset

    L’intelligence du coeur est la source de l’intelligence tout court.
    Anonyme

    L’intelligence des sages, c’est l’intelligence du coeur.
    Arnaud Desjardins

    L’idéal serait d’avoir le coeur dans la tête et le cerveau dans la poitrine. De cette façon, on penserait avec amour et on aimerait avec intelligence…
    Anonyme

    La vraie capacité est celle de l’intelligence, la vraie science est celle du coeur.
    Claude Tillier

    Les vérités découvertes par l’intelligence demeurent stériles. Le coeur est seul capable de féconder ses rêves.
    Anatole France

    Votre coeur ne répond jamais à votre mental ; il révèle les souhaits les plus profonds de votre âme. Les justifications et les excuses ne pourront jamais altérer l’aspiration du coeur ; elles ne pourront que retarder votre entrée dans une vie riche et épanouissante.
    Robert Beno

    Modif. le 3 mars 2021

     

  • "La fabrique de l'ignorance"

    Où l'on parle des conflits d'intérêts entre certains scientifiques et les groupes de pression, qu'ils soient politiques ou financiers. 

    The Heartland institute. Très révélateur de ces groupes de pression et de leur idéologie.

    Les "écologistes" sont comparés à des pastèques : vertes dehors, rouge à l'intérieur. Rouge comme le communisme. Il faut remonter à la période de la guerre froide pour comprendre d'où peut bien venir une idée pareille. 

    Consternant et très instructif.

     

  • La grande famine irlandaise

    Je suis en train de lire un roman qui se passe à l'époque de "la Grande Famine" en Irlande. Au-delà de l'écriture magnifique, puissante, onirique et cruellement réaliste, je me suis posé la question de la raison essentielle de cette épouvantable famine. Et bien évidemment de l'absence de connaissances de la population au regard de toutes les plantes sauvages qui auraient pu et dû être utilisées. Et c'est effroyable de réaliser à quel point, déjà en 1845, les populations rurales, elles-mêmes, s'étaient éloignées des ressources les plus accessibles et les plus nourricières pour finir par être dépendantes de la pomme de terre et de quelques autres ressources "standardisées".

    Et aujourd'hui, où en sommes-nous de ces connaissances ? Ne sommes-nous toujours pas dépendants de ces standards et de ces a priori selon lesquels rien de ce qui n'est produit par l'homme lui-même ne peut être consommé ? 

    Je tente de rattraper l'immense retard que j'ai pris dans la connaissance de ces plantes sauvages dont parle François Couplan et d'autres spécialistes et c'est fantastique de prendre conscience de tout ce que la nature nous offre, à quelques pas de la maison. C'est cela aussi la réalité de la "décroissance". 

    Grace par Lynch
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    LIRE UN EXTRAIT

    EAN : 9782253077718
    504 pages
    Éditeur : 
    LE LIVRE DE POCHE (14/10/2020)


    Note moyenne : 3.39/5 (sur 180 notes)

    Résumé :

    Irlande, 1845. Par un froid matin d’octobre, alors que la Grande Famine ravage le pays, la jeune Grace est envoyée sur les routes par sa mère pour tenter de trouver du travail et survivre. En quittant son village de Blackmountain camouflée dans des vêtements d’homme, et accompagnée de son petit frère qui la rejoint en secret, l’adolescente entreprend un véritable périple, du Donegal à Limerick, au cœur d’un paysage apocalyptique. Celui d’une terre où chaque être humain est prêt à tuer pour une miette de pain.

    Après Un ciel rouge, le matin et La Neige noire, le nouveau roman de Paul Lynch, porté par un magnifique personnage féminin, possède une incroyable beauté lyrique. Son écriture incandescente donne à ce voyage hallucinatoire la dimension d’une odyssée vers la lumière.

     

    La famine en Irlande

     

    Géraldine Vaughan dans mensuel 419
    daté janvier 2016 - Gratuit

    Un million de morts. Un million et demi d'émigrés. Le bilan de la Grande Famine qui touche l'Irlande entre 1845 et 1852 est terrifiant. Comment une telle catastrophe a-t-elle pu avoir lieu ? Les Britanniques en sont-ils responsables ?

    En mars 1847, le grand homme politique britannique William Gladstone partage avec son ami (et futur cardinal) Henry Manning ses réflexions sur ce qu'il nomme la « plus grande horreur des temps modernes ». Comment expliquer que, « dans une période d'abondance, dans le pays le plus prospère de notre époque, un peuple meure de faim » ? Gladstone évoque la famine qui sévissait alors en Irlande depuis l'automne 1845. Au début des années 1850, le bilan démographique et social de cette catastrophe est déjà très lourd et représente un million de morts et un million et demi d'émigrés pour un pays qui comptait 8,5 millions d'habitants en 1841.

    C'est le mildiou, maladie due à un champignon parasitaire, qui est à l'origine de la « famine de la pomme de terre ». En effet, le Phytophthora infestans, vraisemblablement transporté par des navires venant d'Amérique du Nord, atteint l'Europe du Nord-Ouest à l'été 1845. Les conditions météorologiques de cet été-là (pluie et vent) contribuent à la propagation de la maladie. A l'automne, un tiers de la récolte habituelle irlandaise est perdu. Les petits paysans irlandais sont particulièrement affectés car, depuis le début du XIXe siècle, l'essentiel de leur régime alimentaire repose sur la consommation de cette denrée. On pouvait à l'époque limiter les dégâts sociaux d'une récolte désastreuse - l'Irlande avait déjà connu des épisodes de famine dans les années 1720, 1730 et 1810 par exemple -, mais les récoltes des années 1846, 1848 et 1849 sont également décimées. Le parasite n'est pas identifié comme tel immédiatement, empêchant qu'il soit endigué. La première commission scientifique nommée par le gouvernement de Robert Peel (1841-1846) à l'automne 1845 désigne le climat humide et froid de l'été précédent comme responsable du pourrissement de la récolte et préconise d'abord la ventilation des tubercules puis leur immersion dans l'eau marécageuse.

    La famine tue de deux manières : on estime que deux tiers des victimes meurent littéralement de faim (oedème et dysenterie) et qu'un tiers succombent à toutes les épidémies (choléra, typhus, fièvres) qui se propagent aisément au sein d'une population très affaiblie et concentrée dans les asiles pour pauvres et les grandes villes. Les enfants sont particulièrement touchés par la tuberculose et la fièvre scarlatine. Néanmoins, les plus pauvres ne sont pas les seuls affectés : les médecins, les administrateurs locaux, les prêtres et les pasteurs - tous ceux qui portent secours aux plus affaiblis - succombent eux aussi à diverses épidémies.

    L'horreur des corps décharnés et des cadavres qui s'amoncellent dans les rues et les chaumières est rendue avec beaucoup de justesse par l'artiste dessinateur James Mahony. Les dessins qu'il publie en 1847 dans The Illustrated London News font la triste réputation des alentours de Skibbereen (comté de Cork) auprès d'un lectorat britannique et international.

    L'Irlande faisant partie intégrante du Royaume-Uni depuis l'Acte d'union (1800), l'organisation de l'aide publique incombe donc au gouvernement britannique de Londres. Or les années 1840 marquent en Grande-Bretagne le triomphe de l'idéologie libérale, celle du libre-échange et du laisser-faire en économie. Les dirigeants sont donc tout à fait hostiles à un trop grand interventionnisme étatique. Pour interférer le moins possible avec les lois du marché, Robert Peel décide d'acheter en secret 100 000 livres sterling de maïs américain à l'automne 1845. L'objectif est de fournir le marché irlandais en céréales au printemps 1846. Pour cela, les instances d'assistance publique locales doivent le vendre à prix coûtant. En outre, Peel réactive une politique de chantiers publics sur lesquels sont embauchés ceux qui demandent de l'aide. En revanche, le gouvernement rechigne à venir en aide aux centaines de milliers d'émigrés qui doivent quitter l'île par leurs propres moyens.

    Responsable de ses malheurs

    Sous le gouvernement du libéral John Russell (1846-1852), l'aide étatique est réduite au strict minimum. Seules les soupes populaires permettent, un temps, de contrer chez certains pauvres les effets les plus sévères de la dénutrition (Soup Kitchen Act, 1846-1847). Les chantiers publics sont progressivement abandonnés (1847) et ce sont les asiles d'indigents qui accueillent les plus démunis dans des conditions déplorables de surpopulation, de misère et d'insalubrité. Ainsi, en mars 1847, l'asile de Fermoy (comté de Cork), prévu pour accueillir 800 pauvres, en héberge 1 800. Les bien portants et les malades sont logés ensemble si bien que, en l'espace de trois mois, 25 % des résidents meurent.

    Les contemporains s'interrogent sur la responsabilité de la société irlandaise dans l'ampleur prise par ces crises agraires. Les économistes et la majorité des hommes politiques britanniques adoptent une vision dite « providentialiste » de la famine. Selon eux, si la responsabilité de cette tragédie n'incombe pas entièrement aux Irlandais - la catastrophe naturelle est vue comme un geste divin -, l'ampleur du désastre est le résultat d'une société paysanne arriérée, qui n'a pas su moderniser son agriculture ni prendre le grand virage capitaliste de la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Cette « arriération » de la paysannerie irlandaise est aussi une conséquence, aux yeux des dirigeants britanniques protestants, de son obstination à persister dans le catholicisme, religion de superstition et d'ignorance qui s'oppose au triomphe des Lumières et à celui du progrès humain et social.

    Une des figures qui incarnent le mieux cette conception providentialiste est celle de Charles Trevelyan, le haut fonctionnaire en charge des opérations de secours gouvernementales de 1845 à 1847. Présenté tour à tour comme un simple exécutant des décisions du gouvernement ou au contraire comme un administrateur par trop zélé et sans pitié, il demeure un personnage controversé. Son action est guidée par sa vision de la question irlandaise - qu'il livre dans son ouvrage La Crise irlandaise en 1848. Trevelyan est un homme de son temps, partisan du libéralisme et du libre-échange, qui est choqué du retard économique irlandais : « Que peut-on attendre, écrit-il, d'une nation qui ne vit que de pommes de terre ? » Son obsession, aux résonances très contemporaines, est d'éviter de créer un pays d'« assistés » et de permettre aux Irlandais d'atteindre une autonomie économique. Pour lui, la famine constitue une occasion unique et providentielle de moderniser une Irlande stagnant dans l'archaïsme économique.

    Charité privée et diaspora

    Parmi ceux qui viennent au secours des plus démunis, les quakers1 jouent un rôle très important. A l'automne 1846, ayant pris la mesure de la détresse des paysans irlandais, certains d'entre eux forment un comité central de secours à Dublin et dans les principales villes irlandaises. Grâce au soutien financier de leurs coreligionnaires nord-américains, ils établissent des soup kitchens, des soupes populaires peu ou prou gratuites. La dimension internationale de l'aide apportée par les quakers est propre à l'événement que constitue la Grande Famine. En effet, cette générosité internationale est aussi liée au phénomène de la diaspora irlandaise installée aux quatre coins du globe depuis le début du XIXe siècle. A New York, des comités de soutien sont créés et, en avril 1847, le voilier Jamestown part de Boston pour Cork chargé de provisions. Des dons arrivent du Canada, des Antilles et d'Europe, où des bals de charité et des ventes aux enchères sont organisés en 1846 et 1847. En France, le journal catholique Le Correspondant lance une campagne de soutien aux plus démunis et la Société de Saint-Vincent-de-Paul envoie plus de 5 600 livres sterling aux associations caritatives irlandaises.

    La dimension internationale de la Grande Famine se manifeste aussi par l'émigration de masse qu'elle provoque. En l'espace de six ans, 1,5 million d'Irlandais quittent leur île pour se rendre en Grande-Bretagne, en Amérique du Nord (États-Unis et Canada), en Australie et en Nouvelle Zélande. En l'absence de soutien étatique, le voyage est le plus souvent financé par des économies personnelles ou par des amis et des parents ayant déjà émigré (sous forme par exemple de billets prépayés pour traverser l'Atlantique). Il existe néanmoins quelques grands propriétaires terriens (comme le comte Fitzwilliam ou le vicomte Palmerston) qui aident matériellement leurs paysans à émigrer - mais le plus souvent c'est dans l'objectif de se débarrasser de locataires miséreux.

    Certains vaisseaux partent directement d'Irlande. Toutefois, au fil du XIXe siècle, les ports de Grande-Bretagne, tels Liverpool ou Glasgow, deviennent les points clés de départ. Pour ceux qui traversent l'Atlantique, le prix d'un billet pour les colonies canadiennes est relativement faible - autour de 3 ou 4 livres -, ce qui représente un tiers du salaire annuel perçu par un manoeuvre. Le voyage transatlantique à bord des voiliers dure cinq à neuf semaines dans les années 1840 - un temps pendant lequel aucun salaire ne peut être gagné. A bord de ces navires, les émigrés sont confrontés à la maladie (dysenterie, choléra, typhus) et à la faim. Les tristement célèbres « bateaux cercueils » (coffin ships) sont restés l'image la plus couramment associée aux migrants de l'ère de la Grande Famine. Les voyages les plus mortels sont accomplis en 1847, « année noire » (the Black Year) de la famine. Parmi les 100 000 migrants irlandais qui partent au Québec au cours de cette année-là, un sixième meurent soit à bord du navire soit dans l'hôpital de Grosse-Ile où ils étaient retenus en quarantaine. Néanmoins dans l'ensemble, compte tenu des conditions de voyage et de l'état de santé de certains passagers, le taux de mortalité demeure relativement bas (autour de 2 %) et est comparable aux autres taux européens.

    Les excuses de Tony Blair

    L'ampleur de la catastrophe humaine a suscité dès le début - et jusqu'à aujourd'hui - nombre d'interrogations sur l'amplitude de la responsabilité des dirigeants britanniques. Combien d'Irlandais les gouvernants auraient-ils pu sauver ? En 1997, le Premier ministre Tony Blair a fait des excuses publiques au nom du gouvernement, dans un discours aux consonances gladstoniennes : « Que 1 million de personnes soient mortes dans une nation qui comptait alors parmi les plus riches et les plus puissantes est toujours source de douleur quand nous nous le remémorons aujourd'hui. Ceux qui gouvernaient alors ont manqué à leurs devoirs. » Dans cette déclaration, Tony Blair opérait un lien entre histoire et mémoire, ce qui est le coeur des enjeux historiques autour de la Grande Famine. Une approche uniquement mémorielle de l'événement a pu conduire certains historiens et journalistes à qualifier la famine de « génocide » perpétré intentionnellement par les Britanniques à l'encontre des Irlandais.

    Un des premiers à avoir accusé les Britanniques de crime fut John Mitchel, journaliste et historien qui participa au soulèvement nationaliste de la Jeune-Irlande en 1848 et qui fut condamné au bagne australien. Sa déclaration sur la culpabilité des Britanniques dans son ouvrage paru en 1860 La Dernière Conquête de l'Irlande (sans doute) est demeurée célèbre : « Certes le Tout-Puissant nous a frappés du mildiou mais ce sont les Britanniques qui ont provoqué la famine. » Il accusait dans son livre les Britanniques d'avoir continué à exporter des céréales d'Irlande pendant que le peuple mourait de faim. Mitchel a initié une tradition historiographique dite « nationaliste » qui perdure aujourd'hui à la fois dans des ouvrages académiques et des histoires populaires de l'Irlande. Le journaliste Tim Pat Coogan, dans son ouvrage Le Complot de la famine (2012), a accusé ouvertement les Anglais d'avoir commis un « holocauste ».

    A rebours de cette analyse, le courant historiographique dit « révisionniste » a émergé en Irlande à partir des années 1930. Les historiens qui se rattachent à ce courant n'ont eu de cesse d'insister sur les conditions économiques et sociales en Irlande qui pouvaient expliquer l'impact de la famine ainsi que sa dimension régionale (concentrée dans la partie ouest de l'île). Ils diminuent ainsi la responsabilité des gouvernants et des administrateurs britanniques. Depuis les commémorations de 1995, des historiens irlandais comme Peter Gray ou Cormac O Grada (parfois qualifiés de post-révisionnistes) ont mis en valeur une interprétation plus nuancée de la responsabilité britannique et ouvert des champs de recherche nouveaux comme l'histoire comparée des famines. Peter Gray conclut ainsi que l'attitude britannique peut être qualifiée de « négligence coupable »

    Mots clés :

    DIX-NEUVIÈME SIÈCLE

    IRLANDE

    DIASPORA

    FAMINE

    HISTORIOGRAPHIE

    POMME DE TERRE

    1. Mouvement religieux dissident né au XVIIe siècle en Angleterre, les quakers sont les membres de la Société des Amis du Christ. Le mouvement quaker est marqué par l'absence de prêtrise et l'égalitarisme.

    DÉCRYPTAGE

    Dans sa thèse soutenue en 2007, Géraldine Vaughan a travaillé sur l'histoire de l'immigration irlandaise et son impact en Écosse au XIXe siècle. Grâce aux archives gouvernementales et municipales, à celles des asiles de pauvres et des sociétés charitables ainsi qu'à celles des listes de passagers, l'étude de la Grande Famine connaît un renouveau historiographique depuis 1995 et la commémoration du 150e anniversaire de la tragédie. La question de la responsabilité des Britanniques est toujours débattue.

    LE LONG DÉCLIN DÉMOGRAPHIQUE DE L'IRLANDE

    Alors que l'île compte 8,5 millions d'habitants en 1841, la Grande Famine provoque la mort de 1 million de personnes avec une surmortalité supérieure à 10 % dans les comtés du Sud et de l'Ouest. De plus, 1,5 million de personnes émigrent durant cette période. Les historiens se sont interrogés sur la corrélation entre taux de mortalité et taux d'émigration. En règle générale, ils sont inverses ; les plus démunis n'émigrent pas. En 1911, l'Irlande ne compte plus que 4,4 millions d'habitants.

    INDISPENSABLE POMME DE TERRE

    Introduite en Irlande à la fin du XVIe siècle, la culture de la pomme de terre s'est vite répandue car elle s'adaptait parfaitement aux conditions climatiques et géologiques (humidité et sols acides) de l'île. Les grands propriétaires - souhaitant favoriser l'élevage - étaient favorables à cette plante peu consommatrice d'espace. On estime qu'en 1845 près de 1,5 million de paysans pauvres se nourrissaient quasi exclusivement de pommes de terre (très nutritives car la seule déficience que présente un régime à base de pommes de terre est celle en vitamine A). Les journaliers agricoles les plus misérables pouvaient en consommer jusqu'à 6 kilos par jour. On accommodait ces tubercules avec du sel, du chou et occasionnellement du poisson. Il fallait produire 7 millions de tonnes par an du tubercule pour la consommation humaine dans les années 1840. Plusieurs cas de mildiou furent signalés début septembre 1845, mais l'inquiétude quant aux conséquences possibles ne démarra qu'au mois d'octobre au moment de la grande récolte de l'automne. Les premières régions touchées furent celles situées dans l'est de l'Irlande. G. V.

    « PÂLES ET EFFRAYANTS »

    " Ma main tremble tandis que j'écris ces lignes. Les scènes de misère humaine et de dégradation auxquelles j'ai assisté me hanteront [...] Nous entrâmes dans une hutte. Dans un recoin sombre, à peine visibles tant ils étaient couverts de fumée et de haillons, se tenaient trois enfants blottis les uns contre les autres. Ils étaient allongés car trop faibles pour se lever, pâles et effrayants, leurs petits membres émaciés [...] les yeux enfoncés dans les orbites, ils étaient devenus aphones. A l'évidence ils avaient atteint le dernier stade d'une véritable famine."

    Extrait du carnet de voyage du quaker anglais William Bennett en visite dans le comté de Mayo en mars 1847.

    CRISE FRUMENTAIRE EN FRANCE

    En 1846-1847, la France connaît une crise frumentaire. Provoquée par le climat, ce sera la dernière crise d'Ancien Régime : sécheresse puis inondations entraînent de mauvaises récoltes. Les productions céréalières sont en net recul. Comme en Irlande, la pomme de terre est touchée par le mildiou. Les stocks s'épuisent et, malgré l'importation de blé, les prix des céréales et du pain s'envolent ce qui provoque des émeutes de la faim. Cette crise de subsistance débouche sur une crise industrielle du fait d'une baisse de la demande de biens de consommation. Les faillites se multiplient et le chômage progresse. Certains ont vu dans cet enchaînement l'une des causes de la révolution de 1848 qui met fin à la monarchie de Juillet.

    POUR EN SAVOIR PLUS

    F. Bensimon, L. Colantonio, La Grande Famine en Irlande, PUF, 2014.

    J. S. Donnelly, The Great Irish Potato Famine, Stroud, The History Press, 2010.

    P. Gray, L'Irlande au temps de la Grande Famine, Gallimard, 1995, rééd., 2015.

    C. O Grada, Ireland's Great Famine. Interdisciplinary Perspectives, Dublin, UCD Press, 2006.

    R. Marx, « Irlande : quel malheur la pomme de terre ! », L'Histoire n° 264, avril 2002, pp. 19-20.

    C. Poirteir (dir.), The Great Irish Famine, Dublin, RTÉ-Mercier Press, 1995.

    G. Vaughan, « Portraits de migrants irlandais pendant la Grande Famine, 1845-1852 », Revue française de civilisation britannique n° 19.2, 2014.