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L'accoutumance à la normalité
- Par Thierry LEDRU
- Le 07/12/2020
Clair, net, précis et incontestable.
Avec l’autorisation de Gérard WEIL
UNE DES CAUSES DU CONSUMERISME: L' ACCOUTUMANCE,
Introduction: Notre société occidentale est en crise. Les partisans du libéralisme sans frein sont convaincus qu’elle n’est que passagère. Je n'en suis pas si sûr, car la crise a des causes bien plus profondes que les abus du système financier, comme je me propose d'essayer de le montrer ci-dessous.
Bien des auteurs ont analysé la naissance du capitalisme, Max Weber, qui l’attribue à l’éthique protestante. Très succinctement, l'enrichissement est pour les protestants, une bénédiction divine. Marx, bien sûr, l'attribue à la transformation des moyens de production, ce sont la naissance de la mécanisation et la rationalisation des moyens de production qui ont favorisé le développement du capitalisme.
Freud voit dans l'avarice un symptôme de l'attachement au stade anal, il fait un parallèle entre le fait de « retenir » ses sous avec le fait de retenir ses selles chez le petit enfant.
Mélanie Klein voit dans l'avidité, une relation au stade oral.
Pour ce qui est de la dimension religieuse de la naissance du capitalisme, Max Weber en fait une analyse très poussée et très documentée et on ne saurait la nier. Mais à mon avis, la religion en l'occurrence n'est qu'une façon de se donner bonne conscience, les raisons de s'enrichir étant plus profondes.
La transformation des moyens de production est certes aussi un terrain favorable au développement du capitalisme, mais là encore, on peut se demander pourquoi les capitaines d'industrie, les banquiers ont profité de ces moyens pour accumuler les richesses au lieu de les partager.
La psychologie me semble donner des réponses bien plus profondes, mais on remarquera que les humains ne sont pas tous restés attachés au stade oral ou au stade anal. Or, dans notre société productiviste, ils continuent à consommer plus qu'il n'en faut pour vivre, à accumuler des biens. Pourquoi ?
Je pense qu'il existe une raison encore plus profonde, qui est d'ordre physiologique, c'est " l'accoutumance" ou habituation.
Développement.
Tout être vivant est doté d'un instinct d'exploration. C'est grâce à lui qu'il se procure nourriture, abri et sexe.
Mais ses besoins vitaux satisfaits, il reste chez l’homme et chez nombre d’êtres vivants, un besoin d’exploration qu'on nomme aussi curiosité ceci pour une raison très simple: comme je le rappelle ci-dessus la vie est, entre autres choses, un ensemble de sensations. Pas de sensations, pas de vie ! C'est avéré dans le cas des nourrissons que l'on se contente de nourrir et de soigner mais qu'on ne stimule pas autrement, ils finissent par dépérir. (Ce que Spitz nomme « la dépression des nourrissons » ).
L'homme a besoin de se sentir vivre et pour se sentir vivre, il a besoin de variété dans les sensations, étant entendu qu'elles peuvent varier tant en nombre qu'en intensité. Pourquoi ce besoin de la variété ?
L'homme n'a pas seulement besoin de pain, mais de sensations, d’émotions, de sentiments et de pensées, des besoins tels que celui de reconnaissance sociale, besoin très puissant, par exemple.
Or, des sensations ou des émotions ou même des pensées, se répètent inévitablement et elles finissent par perdre les effets stimulants qu'elles avaient lors de leur découverte. C'est ce que je nomme l'accoutumance.
Par facilité, l'homme cherche à augmenter l'intensité de ces phénomènes et leur fréquence. Or, grâce aux technologies, il le peut. C'est à mon avis, une des raisons profondes du consumérisme.
Exemples:
Vous changez de logement, donc sensations nouvelles qui vous tiennent éveillé jusqu’à accoutumance à votre nouvel environnement sonore.
Une ambulance passe, la sirène retentit, variant en intensité et en fréquence, vous prenez conscience de son passage mais si cela persistait du matin au soir et du soir au matin vous finiriez par ne plus y prêter attention, vous vous habitueriez.
Vous entrez dans une pièce odorante; l’odeur peut vous séduire ou vous incommoder, mais au bout d’un certain temps vous ne sentez plus rien, c’est l’accoutumance. Pour maintenir la sensation odorante, il faut augmenter les doses de gaz odorant dans la pièce.
Vous prenez l’autoroute, vous accélérez, vous éprouvez une sensation de vitesse, mais ne pouvant dépasser le 130, vous vous accoutumez à cette vitesse constante et bientôt, vous ne la ressentez plus d’où la tendance à accélérer et à dépasser les vitesses autorisées.
Le tic-tac de votre pendule s’arrête, vous vous réveillez et en prenez conscience. Notez bien cette remarque car dans les exemples précédents, c’est par l’apport de sensations que vous restez vigilant, alors que dans cet exemple, c’est la disparition d’une sensation qui vous maintient éveillé.
Les exemples précédents relatent un changement dans votre environnement, changement dépendant ou non de votre volonté. Le passage d’une ambulance ne dépend pas de votre volonté, mais le changement de logement peut en dépendre. Dans ce cas, ce changement est lié à une activité d’exploration.
Certaines sensations sont liées aux mouvements de notre physiologie, sensations dont nous ne sommes habituellement pas conscients car nous y sommes accoutumés, comme la respiration, la digestion ou les battements du cœur. Mais des variations de ces sensations peuvent provoquer des états de conscience, par exemple, on peut prendre conscience des battements du cœur lorsqu’il accélère. Il est intéressant de noter que moyennant un peu d’entraînement, on peut prendre conscience des battements cardiaques même lorsque le cœur est au repos, mais ce n’est possible que parce qu’il s’agit de battements, c'est-à-dire de variations.
En résumé, on constate que lorsqu’une variation se répète régulièrement, il y a accoutumance et l’état de conscience qu’elle suscite tend à disparaître, autrement dit, l’homme ne se sent plus vivre.
Les sensations sont provoquées par des stimuli tels que l’impact de photons sur la rétine pour les sensations visuelles, des molécules sur la peau pour le toucher, la chaleur, des molécules d’air sur le tympan pour l’ouïe, etc. En ce qui concerne les émotions, les sentiments, les pensées, ce sont des ensembles de stimuli qui les provoquent, par exemple la vue d’un animal agressif provoque la peur, celle d’un ami la sympathie, la lecture d’un livre stimule les émotions ou la pensée, etc.
Pour continuer à se sentir vivre, l’homme a alors le choix entre plusieurs possibilités:
1- il peut augmenter le nombre et l’intensité des stimuli,
2- il peut affiner ses sens, de sorte qu’à stimuli égaux, les sensations soient plus intenses.
3- il peut se couper des stimuli obtenant de la sorte une variation importante dans l’ensemble de ses sensations, ce qui est aussi une façon de se sentir vivre (Cf. l’exemple du tic-tac qui cesse )
Partant de là, quatre modes de vie sont possibles:
1- Le consumérisme qui vise à augmenter le nombre et l’intensité des stimuli. Ce choix s’est fait par facilité car il va dans le sens de l’entropie croissante, ou, si vous préférez, dans le sens de la plus grande pente, tendance amplifiée au maximum par le marketing et la publicité.
On mange plus, des mets plus variés, dans les discothèques, le son est toujours plus fort, assorti de flash éblouissants, les tenues de plus en plus tapageuses, mèches de cheveux vertes, rouge vif, la télé nous assomme de clips étourdissants et de films de violence, d’horreur, les véhicules de sport ou de transport vont toujours plus vite, dans les grandes surfaces les marchands mettent à notre disposition une variété infinie de produits de même nature dont on fait varier l'emballage et le nom ( Lessives, par exemple ) etc...
Mais ce choix mène à une impasse à cause de l’accoutumance . Cette remarque est valable pour tout: la boisson, le tabac, les drogues, la danse, la musique. Quand le haschisch ne suffit plus on passe à des drogues plus fortes, dans les discothèques on augmente le niveau sonore et le rythme jusqu’aux limites du supportable et au delà même puisqu’on sait maintenant que les habitués des boîtes de nuit deviennent sourds. A la télé on nous abrutit de clips, maelström de bruits et d’images. Cela est valable aussi pour la fringale d’achat. Ce mode de vie conduit à la mort, mort individuelle, non seulement car on atteint des limites biologiques (embonpoint, maladies cardio-vasculaires, overdoses, cirrhoses, accidents de la route) mais aussi mort sociale, comme nous l'explique fort bien Juan Roy de Menditte en conduisant à l'individualisme forcené, destruction du lien social et enfin mort planétaire, parce que pour produire toutes ces excitations à une population toujours plus nombreuse, on a besoin d’énergie et qu’on épuise les ressources naturelles de la planète, sans parler de la pollution. Le pire c’est qu’il conduit à la mort sans même qu’on soit passé par le bonheur, car chez ceux qui le pratiquent, le sentiment de vide subsiste et les pousse parfois au suicide.
Les conséquences de ce consumérisme ont été fort bien expliquées par les co-auteurs de ce livre et je n'y reviendrai pas. J'insiste toutefois sur l'infantilisation des individus qui mène aux difficultés que rencontrent les enfants à dépasser le complexe d'œdipe.
Comment échapper à ce destin funeste ?
Pour augmenter le nombre et l'intensité des sensations et des émotions, on peut choisir la vie à haut risque: pour cela, nous avons la guerre, les sports de l’extrême, l’exploration de terres vierges et la spéculation financière. Je pense à un jeu de rôle relaté par l'économiste Bernard Marris: si chacun joue la solidarité dans ce jeu, il est assuré de gagner un” salaire” à la fin du jeu, mais si un joueur décide de jouer perso, il peut rafler toutes les mises et se retrouver riche, les autres joueurs étant alors dépouillés, mais bien sûr il peut aussi tout perdre. Le choix est sans doute producteur d’adrénaline, quel exultation quand on gagne ! Mais à l’échelle de la finance internationale, c’est un jeu mortel pour la société, c’est bien ce que nous expérimentons en ce moment. C’est ce jeu qui conduit à aller toujours plus vite, autant dans les transports que dans la communication; il faut être le premier arrivé pour arracher un marché, les traders sont soumis à un stress permanent. Mais ils aiment cela, c’est une source d’adrénaline. On peut parler d'addiction, car comme nous le dit Susan George, « pour les Riches et les Puissants, rien ne sera jamais trop », ils sont fermés à toute argumentation rationnelle, comme le sont les tabagistes ou les alcooliques. Contrairement au consumérisme passif, télévision, achat, induit par notre société marchande et ses serviteurs médiatiques, le choix d'une vie à haut risque implique une très grande activité, mais il apporte des stimuli puissants et comme le consumérisme passif, il sert le capitalisme financier.
La guerre, apporte des stimuli puissants, tant à ceux qui la font qu'à ceux qui suivent l'actualité et on sait maintenant à quel point elle sert les intérêts financiers.
Les sports de l’extrême sont récupérés pour servir de spectacle à la foule ( Cf. les jeux dans l’empire romain ). Mais ils ont de plus un aspect pernicieux qu’un ami montagnard, alpiniste chevronné m’a fait voir; il dit en substance : “ J'en étais là et c'était de plus en plus tendu dans l'engagement...Je n'analysais, rien en fait, c'était une course en avant, sans cesse rehaussée d'un cran. Bien que ça soit passé tout près à quelques reprises ça ne m'arrêtait pas parce que les stimuli avaient une telle puissance que rien d'autre dans ma vie ne pouvait me procurer l'impression d'exister. Il a fallu que je perde mon intégrité physique pour que ça s'arrête. La décision s'est imposée et j'ai dû tout réapprendre. C'est là que la conscience de ces stimuli s'est révélée, que la réalité de ma quête s'est dessinée. J'ai donc appris, non pas à diminuer les stimuli mais à les éprouver différemment, avec un autre regard. La perdition dans laquelle j'étais engagé depuis des années m'a sauté à la gorge. Je n'avais plus besoin de cette surenchère dès lors que je connaissais la source. Je cherchais à "humilier" la mort pour éprouver la vie alors qu'en fait je me séparais de la vie en croyant lutter contre une entité qui n'avait aucune existence. Je n'avais pas besoin de diminuer le nombre ou la puissance des stimuli étant donné que je n'en avais plus besoin. La façon dont j'éprouvais la vie ne se nourrissait plus de combats épiques mais d'une contemplation infinie. Il ne s'agissait pas de stimuli nécessairement réactivés mais d'une captation entière de chaque instant. J'ai continué à aller en montagne mais avec une autre démarche, sans l'objectif du sommet à tous prix, juste l'exploitation de la vie en moi.” (C'est à travers ce genre de témoignage que je parlais dans l'article précédent de la dimension spirituelle des "explorateurs". Quant à cette surenchère de l'extrême, j'ai pu voir depuis mon adolescence combien elle se révèle fatale lorsqu'elle n'est plus conscientisée. Beaucoup ont disparu..)
N’est-ce pas aussi cette volonté de puissance qui motive les financiers avides ?
Cette course permanente, dénoncée avec le talent qu’on lui connaît par Raymond Devos dans son sketch “ Mais où courent-ils” est, selon le psychanalyste, ethnologue et neuro-psychiâtre Boris Cyrulnik, à l’origine d’une partie des suicides d’enfants, (Les pays nordiques y auraient mis bon ordre en réduisant la durée des cours, le temps d’école, bref, tout ce qui stresse les enfants ).
L’ épicurisme : Il est un autre moyen de maintenir le sentiment de vivre , voire de l’élever, c’est d’éduquer nos sens ce qui, à stimulus égal, permet de mieux ressentir. C’est ainsi qu’un œnologue, ayant éduqué son nez, éprouve beaucoup plus de plaisir à déguster un grand vin qu’un néophyte. Idem pour un mélomane capable de déceler le 1/16ème de ton à l’écoute de la musique, id° pour un peintre à la vue d’un tableau ou d'un paysage, etc... Quand on observe ce que les multinationales de l'agro-alimentaire proposent dans les grandes surfaces, nous sommes loin du compte. Les clients remplissent leur caddy, mais n'est-ce pas parce que la surconsommation sert d'ersatz à des besoins fondamentaux non satisfaits, comme le lien social, tout simplement ?
Ceci est valable pour le registre des émotions. Dans l’état actuel des choses, on nous abreuve, pour qui veut bien boire, de films d’horreur. Et comme il y a accoutumance, les réalisateurs en rajoutent toujours plus: “ La nuit des morts vivants”, “ Massacre à la tronçonneuse » « The descent », « Saw », etc... N’est-il pas préférable d’éduquer sa sensibilité, d’apprendre à lire un film et d’en tirer un maximum d’émotions en devenant cinéphile ?
Cela implique qu’il faut réapprendre la patience, qu’il faut prendre son temps, ce que nous avons perdu dans notre société chronovore.
Un autre moyen de se procurer des stimuli intenses et nouveaux est le jeu. Il apporte des stimuli puissants car dans le jeu il y a compétition, fut-elle avec soi-même, pour améliorer ses performances. Mais il n'y a pas beaucoup de nouveauté dans les stimuli qu'il procure. Quand par exemple, on maîtrise le poker, seuls les partenaires peuvent changer mais les règles ne changent pas. Il en résulte que le joueur prend de plus en plus de risques et mise de plus en plus pour augmenter l'intensité des sensations. Il est clair que boursicoter est un jeu, le capitalisme joue au Monopoly avec le monde, sans état d'âme.
Mais il existe des limites physiologiques et le vieillissement d’ où un affaiblissement des réponses aux stimuli d’où ennui, déprime et souhait de mort. Comment échapper à l’ennui, et maintenir le bonheur de vivre à niveau constant ?
Qu’est-ce qui est toujours nouveau et permet ainsi de renouveler en permanence les sensations, les émotions, les sentiments, la pensée et donc de maintenir son sentiment de vie constant ou même de l’élever ?
Une source de stimuli toujours nouveaux: la création- Vivre créer, créer par son travail, créer la danse ou la musique, peindre, écrire, faire du théâtre. Il est bien évident que par définition, créer amène toujours du nouveau, créer dans les arts et inventer dans les sciences et la technique augmente le nombre des stimuli. Plus un être sera habile et entraîné, plus il créera dans le même intervalle de temps. Quant à l’accoutumance, il est toujours possible de changer de champ de création si elle s’installe, mais dans le domaine de la création cela arrive rarement , les grands romanciers, peintres, compositeurs, interprètes ont souvent créé jusqu’à leur mort. Les domaines où cela n’est pas possible, du fait du vieillissement, sont le sport, la danse et tout ce qui fait appel aux performances psychomotrices, encore que, dans ces domaines, les pratiquants se font professeurs ou entraîneur et finalement ne cessent pas d’exercer leurs talents, mais sous une autre forme.
Il est clair qu’en créant, non seulement on multiplie les stimuli sensoriels, mais on éprouve des émotions, tantôt positives, quand on mène à bien une œuvre, un spectacle, une expérience scientifique et qu’on les partage, tantôt négatives quand on échoue, mais dans tous les cas, on vit.
Notre société encourage-t-elle la création ? En partie oui, dans la mode, l’ameublement, et même les arts, à condition que ce soit rentable, sujet à spéculation. Mais l’école n’encourage pas la créativité. C’est Albert Jacquard qui dit que l’Ecole Polytechnique fait des imitateurs, pas des créateurs. Le but avoué de l'école est de former des producteurs, il existe certes des enseignants qui tentent de développer les facultés créatrices de nos enfants, mais ils sont souvent sujets à la réprobation de leurs collègues et des inspecteurs d'académie, la plupart sont en fait les courroies de transmission du pouvoir. (Le but inavoué de l'éducation nationale est d'enseigner l'accoutumance à la normalité...)
Une source d'émotions, le service- Parmi les modes de vie on peut aussi choisir le service, dans le social et la santé par exemple. Il est bien évident que cela permet de multiplier les émotions, en guérissant, en créant du lien, en aidant à trouver des solutions. Hélas, nous constatons que la société marchande tend à réduire pour ne pas dire détruite ce mode de vie, atteinte au service public, réduction des effectifs, etc.
Là encore, nous constatons qu'en matière de santé, par exemple, l'industrie pharmaceutique encourage la prise de médicaments, là encore, nous sommes dans la consommation. Or, j'entendais un grand cancérologue affirmer qu'il n'a jamais pu guérir un malade qui ne voulait pas guérir, quelques soient les méthodes utilisées, et il reconnaissait l'importance du moral, de l'accompagnement, du lien.
Une autre façon de faire varier le nombre et l'intensité des sensations et des émotions, l'ascèse- Quoiqu'on en pense, c'est aussi un choix de vie, qui s'explique par le fait de se maintenir éveillé par la suppression des stimuli; j'y ai fait référence à propos de l'arrêt du tic-tac. Ce mode de vie est peu répandu, mais il existe et conduit certains hommes à se retirer du monde, du moins pendant une période plus ou moins longue. Un tel mode de vie n'est sans doute pas du goût des multinationales.
Sans aller jusqu'à proposer l'ascèse, A. Maslow nous propose une psychologie de l'être qui se résume en fait à une réalisation de soi. Maslow constate que les êtres vivants sont écartelés entre deux tendances, le besoin de sécurité et la besoin de grandir. Si la sécurités, physique et affective sont assurées, les humains continuent à grandir toute leur vie, grandir c'est-à-dire apprendre sur soi et le monde, devenir de plus en plus indépendant des opinions, de plus en plus patient, tolérant, etc. Peut-on dire que la société marchande favorise cette croissance?
En guise de conclusion- Les modes de vie non consuméristes impliquent l'effort, or les seuls efforts auxquels nous invite la société de consommation se font dans le cadre du travail. Pour le reste, du fait des facilités évidentes que la technologie nous apporte, et de l'exploitation qu'en font les multinationales, elle conduit à une perte du goût de l'effort. Pourtant si nous voulons éviter les souffrances, l'effort est indispensable.
Les choses doivent se faire en temps utile, comme un accouchement par exemple.
Si elles ne se font pas, la souffrance apparaît. Tout se passe comme si la somme de souffrances devait être égale à la somme des joies, autrement dit comme si l’univers était un jeu à gain nul. Il en résulte que la vie est une lutte permanente au cours de laquelle il faut faire des efforts. Les efforts sont des mini-souffrances, tout à fait surmontables et surtout des souffrances qui n’abaissent pas, n’humilient pas mais au contraire font grandir. (Et c'est là que se trouve la source de vie des "explorateurs")
Si vous ne mettez pas chaque jour de l’ordre dans vos affaire, arrivera un jour où quelque chose vous obligera à le faire, remplir sa déclaration de revenus par exemple, et ce sera très désagréable, non seulement parce qu’une majoration vous sera imposée, mais parce qu’il faudra fouiller, fouailler, trier, jeter dans un laps de temps réduit.
C’est pour avoir refusé de faire des efforts que les humains subissent des souffrances, tout se passe comme s’ils devaient “payer”, en quelque sorte équilibrer le bilan. Par exemple, des enfants auxquels on ne refuse rien, dont on n’exige rien connaîtront plus tard une immense angoisse. Est-ce à dire que des enfants dont on exige trop, et souvent des efforts inadaptés à leur âge connaîtront la joie à l’âge adulte ? Non, car en imposant aux enfants des efforts inadaptés, les adultes se dispensent des efforts qu’ils devraient faire pour bien les éduquer. La balance n’est donc pas équilibrée et il faudra que quelqu’un paie.
On objectera le cas des gens atteints d’une maladie grave. Dans la logique de mon discours, on devrait dire “ Mais quels efforts aurait-il du faire pour l’éviter?” Je ne sais pas, mais il est une chose qu’il ne faut pas oublier, c’est que nous sommes tous solidaires de façon très profonde et cette solidarité est tellement profonde que certains paient pour d’autres. ( « Les parents ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en seront agacées » Jérémie, 31-30)
Les grandes souffrances viennent d'un bilan mal équilibré.
Il faut une société où l'on cesse de produire pour la consommation à outrance et où l'on fasse tout pour développer les facultés créatrices de l’homme et lui redonner le goût de l'effort.
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Les explorateurs
- Par Thierry LEDRU
- Le 07/12/2020
Il existe des individus qui ne sont pas inscrits dans le cadre sociétal et qui, bien souvent à travers une passion, ont opté pour une autre voie.
Ce sont des explorateurs, non pas dans le sens où ils parcourent la planète à la recherche de terres inconnues, mais bien avant tout parce qu'ils explorent une vie sociale qui peut apparaître comme une terre sans hommes, un no man's land qui leur offre tout ce dont ils ont besoin, intérieurement, pour exister.
Le matérialisme n'est pas une voie qui leur convient parce qu'ils sont tournés vers une voie de développement personnel qui les libère de la pression sociale. Il n'est pas question pour eux de s'intégrer à un groupe par rapport à une reconnaissance liée à un quelconque statut social mais uniquement de rencontrer des individus d'univers variés mais vibrant sur la même longueur d'ondes...
Le monde intérieur qui les habite diffuse les vibrations. Le monde extérieur leur offre le terrain de jeu dont ils ont besoin pour s'explorer.
Ils sont dans l'effort et simultanément dans la contemplation. Ils exploitent un potentiel physique et simultanément, ils progressent dans une voie spirituelle.
Ils utilisent la technologie qui s'avère nécessaire pour l'expression de cette voie. Des skis, des vêtements adaptés, un voilier, un vélo, un canoé, un matériel technique qui répond à des besoins réels et non à des désirs consuméristes.
Tout est fait avec parcimonie, sans aucune exagération, sans que cette technologie ne devienne le miroir d'une prétention sociale. Elle n'est qu'un outil, pas un étendard. Même dans le cas des voiliers ultra performants et hors de prix d'une course comme celle du Vendée globe.
Pour ce qui est des émotions, elles ne sont pas que des émotions chocs, inévitablement créatrices de manque comme il en est dans l'accoutumance, parce que ces émotions fortes sont également vectrices d'émotions contemplatives. Il y a une alternance constante entre le défi physique et la plénitude spitiruelle.
La Nature dispense ces deux états. L'effort et la contemplation. Et l'imbrication des deux favorise l'élévation. La raison en est très simple : tous les besoins de l'individu ont été assouvis.
L'émotion choc, l'extase physique, la jouissance de ce corps affûté qui exécute des gestes parfaits, la reconnaissance sociale au coeur d'une passion partagée, des échanges et des amitiés fortes, des regards échangés, les yeux brillants qui en disent plus longs que toutes les paroles, la contemplation enfin et ce retour sur Soi, cette exploration des "terra incognita" dans la profondeur des âmes.
Je lis en ce moment de multiples critiques envers les marins du Vendée globe qui heurtent parfois des cétacés. Oui, c'est un fait. Cela arrive. Ils ne s'en réjouissent pas. Parfois, même, cela brise le rêve d'une aventure pour laquelle ils ont conssacré des années. Maintenant, est-ce que ceux qui écrivent ces critiques ont un comportement dénué de tous reproches ? Est-ce que leur mode de vie est sans impact sur la planète ? Ets-ce qu'ils achètent des produits manufacturés construits en Chine et venus par cargos ? Est-ce qu'ils consomment des animaux ? Sont-ils tous végétariens ceux qui accusent les marins d'avoir blessé ou tué une baleine ?
Il y a une profonde hypocrisie dans ces mouvements de colère.
Je n'aime pas les grosses expéditions en Himalaya et l'impact considérablement néfaste sur la nature et même sur les populations. J'estime par contre les alpinistes qui se lancent dans ces ascensions en solitaire. Il existe même quelques exemples extrêmes d'alpinistes dont le comportement relève de l'exemplarité. Un Suédois, dont j'ai oublié le nom, parti de chez lui en vélo, il rejoint le camp de base de l'Everest par ce moyen, réussit l'ascension en solitaire et rentre en vélo chez lui. On peut difficilement faire mieux.
Et pour en revenir aux océans et à ces fameux OFNI, il faut imaginer le volume de matériaux tombés des cargos et qui flottent à la dérive. Alex Thomson en a fait les frais, un OFNI en premier et un filet de pêche ensuite.
Est-ce que ceux qui critiquent les marins du Vendée globe qui blessent les baleines mangent du poisson ?
Je ne suis pas exemplaire quant à mon impact écologique même si je m'y efforce. Il faudrait pour commencer que j'éteigne cet ordinateur et même que je m'en débarrasse. On sait combien les "terres rares" sont un désastre écologique.
Alors, oui, cette course qui consiste à tourner en rond le plus vite possible sur les océans est en soi totalement inutile. Encore faudrait-il se poser la question de l'utilité. Qu'est-ce qui détermine l'utilité ? La question est la même que pour la "normalité". Ces marins ne sont pas "normaux." Normaux par rapport à nous qui avons décidé que notre vie serait la plus sécurisée possible. Est-ce un choix ou est-ce un conditionnement ? Mais s'il n'y a pas de choix, y a-t-il réellement une liberté ? Suis-je libre dans mon existence normalisée ?
Si on va au-delà des premières critiques émanant d'individus "normaux", et qu'on tente de comprendre ce qui se cache réellement dans de tels propos, n'est-ce pas en premier lieu, une certaine rancoeur envers ces explorateurs qui ont choisi une voie "anormale" et y trouvent un bonheur dont nous n'avons pas idée ?
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Retour vers le passé.
- Par Thierry LEDRU
- Le 06/12/2020
Je ne pensais pas que le trravail d'archives sur mon blog m'amènerait à de nouvelles réflexions, pas aussi intensément en tout cas.
Mais là, vraiment, je me réjouis d'avoir entamé cette tâche.
C'est édifiant de voir à quel point les sociétés capitalistes enchaînent les "crises" mais plus édifiant encore de constater à quel point, ces crises n'aboutissent à rien de profond.
Je suis donc tombé sur un texte datant de novembre 2011 et parlant du mouvement des "Indignés".
Qui s'en souvient ?...
Le mouvement des Indignés (Indignados en espagnol) ou Mouvement 15-M1 est un mouvement de manifestations, non violent né sur la Puerta del Sol à Madrid, en Espagne, le 15 mai 2011, rassemblant des centaines de milliers de manifestants dans une centaine de villes2, se prolongeant par divers modes d’action (campements, marches). A suivi une série de manifestations pacifiques, rassemblant jusqu'à plusieurs dizaines de milliers de personnes, organisées sur les réseaux sociaux et des sites web dont ¡Democracia Real Ya!3 (Une vraie démocratie, maintenant), auxquels se sont joints de 2004 à 500 organismes soutenants, parmi lesquels les collectifs ATTAC, Anonymous, NoLesVotes et Juventud Sin Futuro (« Jeunesse sans avenir »)5,1.
Ce mouvement, inédit par son ampleur et ses revendications, se poursuit encore actuellement. Régulièrement, des manifestants ou des organisations se réclament des Indignés. La principale manifestation est la journée mondiale des Indignés, le 15 octobre 2011. Et le 12 mai 2012, des centaines de milliers de manifestants se sont réunis, principalement en Espagne, pour fêter le premier anniversaire du mouvement6. En septembre 2012, la manifestation Rodea el Congreso (es)(« prise du Parlement »), cependant pas directement liée aux initiateurs du mouvement 15M, a rassemblé des dizaines de milliers de manifestants en Espagne.
Quelle conclusion en tirer ?
Que le mouvement des "Gilets jaunes" finira de la même façon.
Jusqu'au prochain mouvement de contestation.
Est-ce que, fondamentalement, ces mouvements ont changé les systèmes concernés ?
Non.
On peut se réjouir de quelques améliorations. Parfois.
Mais les systèmes sont toujours en place. Les mêmes sont aux commandes. Le jeu des chaises musicales continue. Les noms changent. Les règles perdurent.
Une crise sanitaire vient par ailleurs renforcer leur pouvoir. Ils pourront bientôt se gausser d'avoir relancé l'économie et le peuple sera content de retrouver un emploi et son rythme de vie. C'est effrayant parce que, fondamentalement, rien n'aura changé. "Métro, boulot, dodo" rengaine bien connue, éculée et indéboulonnable.
A ceux ou celles qui penseraient que j'exagère lorsque je dis que rien, fondamentalement, ne change au fil des crises, je renvoie aux philosophes des Lumières.
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Un jour, je reprendrai tout ça
- Par Thierry LEDRU
- Le 06/12/2020
Je n'ai ni le temps, ni l'envie. Parce que d'autres urgences sont en cours.
Mais un jour, je reprendrai l'écriture de Jarwal.
C'est une certitude.
Parce que je suis grand-père et que je n'aurai pas besoin d'être édité pour que ça soit lu.
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L'illusion de la matière
Le 30/10/2011
"Il avait dix ans.
Un séjour dans la montagne avec Izel.
Il était allongé sur une natte, à même le sol, près d’un foyer. Son père était là, il alimentait le feu de temps en temps et parlait doucement. L’enfant devinait dans le reflet des flammes, les yeux étroits de son père, ce regard aiguisé comme celui des grands rapaces. La voix coulait en lui comme du miel. Il ne se souvenait pas du lait maternel mais la voix de son père l’avait nourri tout autant. Des nourritures spirituelles qui l’avaient grandi, insensiblement, patiemment, sans aucune volonté de transformation mais un simple accompagnement.
« Tu ne choisis pas ton existence Kalén. La vie l’a déjà fait pour toi. Le libre arbitre de chaque humain consiste à être suffisamment lucide pour saisir cette voie d’éveil et de progrès. Ecoute ton âme, c’est là que se trouve le secret. »
Izel avait déposé dans les braises une branche de résineux. Les crépitements d’aiguilles avaient retenti dans le silence, des myriades d’étoiles avaient jailli. L’enfant, captivé, avait suivi des yeux le ballet des flammèches. Quand la nuit avait repris son pouvoir, il avait juste eu le temps de voir s’envoler une chauve-souris. Elle avait virevolté au-dessus de lui, il avait vu ses yeux d’aigle. Puis elle avait disparu.
Izel le regardait en souriant.
Des paroles comme des nourritures de l’âme.
Il avait quatorze ans. Au bord du bassin, au pied de la chute d’eau. Izel lui enseignait le voyage de l’eau.
« Notre corps est composé de matière mais nos pensées et nos émotions contiennent l’énergie qui permet à la matière de se condenser. Les hommes imaginent que la matière est à l’origine de la vie spirituelle des êtres humains, que la matérialisation des corps est prioritaire et que les phénomènes intérieurs suivront. Ils réfléchissent à l’envers. Il faut que l’Energie se condense pour que la matière prenne forme. Il n’y aurait pas de nuages sans la condensation de la vapeur mais il n’y aurait même pas de vapeur sans l’Energie qui la transforme. Nous sommes comme des nuages constitués de pensées. La pensée n’est même pas l’élément déclencheur. Elle n’est que la résultante de l’émotion originelle et nos émotions sont les passerelles entre la pensée et le corps. Les plus primaires sont liées au corps physique et émanent de lui comme la peur ou l’euphorie alors que les plus subtiles sont liées à l'esprit, comme la générosité ou l’empathie. Plus les émotions sont subtiles, plus elles gagnent en valeurs universelles, plus elles mènent les individus vers l’accomplissement de l’existence.
-Quelle est cette émotion originelle qui déclenche la matérialisation ?
-L’Amour, Kalén.
-Mais si le saisissement de l’Amour permet à une âme de se matérialiser, comment expliquer que certains êtres humains dévient de cette voie de sagesse et de plénitude pour sombrer dans les émotions les plus viles ?
-Par paresse et par lâcheté, mon fils. L’élévation des âmes est un cheminement bien plus exigeant que l’exploitation des émotions primitives. Ceux-là quittent la Conscience pour errer dans le mental et s’y complaire. Ils ne sont plus reliés avec l’Energie. Ils fonctionnent comme des entités individuelles.
-La matière n’est qu’une illusion alors ?
-Non, elle existe bel et bien mais elle n’est qu’une conséquence, pas une cause.
Il ne pleut pas parce qu’il y a des nuages mais parce qu’il y a eu condensation de la vapeur et avant cela transformation de la vapeur et avant cela constitution de l’eau et avant cela fusion des constituants. Il faut tenter de remonter à l’origine des choses et de comprendre qu’avant les choses, il y avait l’Energie.
-L’illusion est de penser la matière comme une finalité, c’est cela Père ?
-Oui, Kalén, la finalité est dans la cause. Ce qui est visible n’est que l’illusion si tu considères cette matière condensée comme un élément fini. Celui qui parvient à retourner en lui à cette Energie dont il est né et devenir comme s’il était sans forme, celui-là existe réellement. Le reste n’est qu’illusion. "
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Pourquoi en sommes-nous arrivés là ?
- Par Thierry LEDRU
- Le 06/12/2020
Pablo Servigne n'est pas un illuminé, adepte du catastrophisme. C'est un lanceur d'alerte qui connaît parfaitement son sujet.
Pablo
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Les pillards
- Par Thierry LEDRU
- Le 05/12/2020
Le monde tel qu'il est n'est pas une fatalité. Il est la résultante du déni de ceux qui préfèrent continuer à profiter au mieux de ce qui leur reste.
Parfois, j'ai l'image de l'humanité comme celle d'une bande de pillards.
Hier, je suis descendu faire des achats et devant moi, à la caisse, j'ai regardé une dame de mon âge vider son caddie : Nuttela, viande en barquettes, coca-cola, plats surgelés, paquets de biscuits de toutes sortes etc etc. Elle devait peser vingt kilos de plus que moi.
Ceux que j'appelle "les pillards".
Elle s'est mise à parler avec la caissière de son regret de ne pas pouvoir partir en croisière, au soleil, comme tous les ans pour les vacances de Noël.
Il y a des situations ou j'aimerais être contaminé par le covid et à pouvoir le transmettre.
Il y a quelques jours, on a regardé le film "Les vieux fourneaux". Une comédie qui n'en est pas une. Une histoire forte. Un passage nous a particulièrement plu.
Alors, oui, bien sûr, on pourrait dire que "les vieux fourneaux", ceux nés dans les années 1930-40 n'étaient pas conscients du drame dont ils étaient les acteurs. Ils avaient connu la guerre, les souffrances, les privations. Oui, c'est vrai et on peut comprendre qu'ils aient cherché à profiter de la suite. Mais la génération suivante, ceux des années 1960, celle dont je suis, nous avons vécu dans un pays en paix. Les informations, on pouvait les trouver, les alertes commençaient à poindre. Hubert Reeves, James Lovelock, Peter Russel, ...Ils alertaient dans les années 1980. Qui les a lus ? Qui a changé de comportement après ces lectures ? Qui a décidé qu'il ne lui était plus possible de vivre comme un pillard ?
Les lanceurs d'alerte. Comme il doit être douloureux pour eux de voir où on en est.
Les lanceurs d'alerte. Voilà un sujet de documentaire qui mériterait que les plus grands réalisateurs s'y attellent, un travail commun sur l'ensemble de la planète.
L'histoire du premier lanceur d'alerte
17/09/2019
Par Yann Lagarde
Alors qu'Edward Snowden publie aujourd'hui ses mémoires, et que comme Assange ou Manning, il est toujours poursuivi par les autorités américaines, retour sur l'histoire du 1er lanceur d'alerte : Daniel Ellsberg, l'homme derrière les Pentagon Papers.
Automne 1969, les Etats-Unis sont empêtrés depuis plusieurs années au Vietnam, dans un conflit de plus en plus impopulaire. Daniel Ellsberg est un ancien marine qui travaille comme analyste et conseiller militaire. Le fonctionnaire doute depuis longtemps du bien-fondé de cette guerre. Il y a notamment fait plusieurs voyages en tant qu’observateur.
Ellsberg a participé à la rédaction d’un long rapport sur la situation au Vietnam. Ce document très confidentiel est gardé dans un coffre-fort de sa société. Le contenu du rapport est accablant pour le pouvoir américain.
Le gouvernement a volontairement intensifié le conflit, à l’insu du Congrès. Les Etats-Unis interviennent en réalité au Vietnam depuis les années 1950 et des opérations militaires secrètes ont même été menées au Laos et au Cambodge. Nixon a d’ailleurs envisagé plusieurs fois de larguer une bombe atomique sur le Vietnam.
Les documents révèlent aussi le machiavélisme incroyable de l’Etat-major qui envoie de jeunes Américains à la mort, tout en sachant que la guerre était perdue d’avance.
Daniel Ellsberg décide de faire éclater la vérité sur cette guerre en faisant fuiter le rapport. Il dira que c’est une rencontre avec des objecteurs de conscience qui l’a poussé à passer à l’acte. Il passe des nuits entières à photocopier les 7000 pages de documents. Il est aidé par l’un de ses amis, l’intellectuel Noam Chomsky. Il entre en contact avec des membres du Congrès, mais personne ne lui donne suite.
La presse versus Nixon
Ellsberg transmet alors les documents sensibles à des journalistes. Dans les semaines qui suivent, le New York Times publie des extraits du rapport. Les révélations font l’effet d’une bombe et le président Nixon est fou de rage contre les journalistes.
Le New York Times est rapidement interdit de publication par un juge fédéral. Le Washington Post prend le relais et continue de publier les informations, malgré les menaces.
Après une bataille judiciaire intense, la cour suprême donnera finalement raison aux journalistes, au nom de la liberté de la presse. Daniel Ellsberg est identifié comme la taupe. Il est poursuivi pour conspiration et espionnage et considéré comme “l’homme le plus dangereux des Etats-Unis”.
Il risque 115 ans de prison, l’administration Nixon tente de le discréditer par tous les moyens, notamment en publiant son dossier médical et psychiatrique.
Mais les charges contre lui sont abandonnées en 1973. Cette affaire fera basculer définitivement l’opinion contre la guerre du Vietnam, ajoutant au climat de défiance vis-à-vis du gouvernement. Nixon démissionne l’année d’après, suite à une autre crise : le scandale Watergate.
Daniel Ellsberg continue son combat pour la paix et la transparence. Il s'oppose à la guerre en Irak et apporte son soutien à Julian Assange, Edward Snowden et se fait même arrêter en 2011 lors d’une manifestation en soutien à Chelsea Manning.
Daniel Ellsberg est célébré aujourd’hui comme un héros. Pendant ce temps, 8 autres lanceurs d’alerte ont été poursuivis aux Etats-Unis, rien que sous la présidence de Barack Obama. En 2013, Donald Trump avait affirmé que Snowden méritait la peine de mort.
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Les alertes existaient (suite)
- Par Thierry LEDRU
- Le 05/12/2020
Qu'il s'agisse du milieu hospitalier comme de celui de l'éducation nationale, il y a bien longtemps déjà que quelques personnes alertent sur la situation.
Aujourd'hui, bien qu'à la retraite, je continue à surveiller ce qui se passe dans les écoles. On pourrait penser que c'est un goût pronconcé pour le dolorisme.
Non, il ne s'agit pas de cela. Je ne ressens plus aucune douleur devant ce désastre. je cherche juste à savoir si ce que j'écrivais de mon côté il y a dix ans maintenant se révèle exact. Non par prétention mais pour pouvoir juger de la pertinence ou de l'absurdité de mes réflexions.
En 2011, cet enseignant écrivait ceci.
Un témoignage que je n'ai jamais oublié et qui m'a fait prendre conscience que moi aussi, je pouvais me positionner et non seulement critiquer su mon blog ce que constatais.
http://resistancepedagogique.blog4ever.com/blog/lirarticle-252147-1030669.html
"En conscience, je refuse d'obéir !"
Lettre d'un instituteur de Colomiers (31) à son inspecteurColomiers, le 6 novembre 2008
Monsieur l'Inspecteur,
Je vous écris cette lettre car aujourd'hui, en conscience, je ne puis plus me taire ! En conscience, je refuse d'obéir.
Depuis un an, au nom des indispensables réformes, un processus négatif de déconstruction de l'Education Nationale s'est engagé qui désespère de plus en plus d'enseignants. Dans la plus grande précipitation, sans aucune concertation digne de ce nom, au mépris de l'opinion des enseignants qui sont pourtant les « experts » du quotidien sur le terrain, les annonces médiatiques de « réformes » de l'école se succèdent, suscitant tantôt de l'inquiétude, tantôt de la colère, et surtout beaucoup de désenchantement et de découragement. La méthode est détestable. Elle témoigne de beaucoup de mépris et d'arrogance vis-à-vis de ceux qui sont les premiers concernés. La qualité d'une réforme se juge autant par son contenu que par la façon dont est elle est préparée, expliquée et mise en oeuvre. L'Education Nationale n'est pas l'armée ! Il n'y a pas d'un côté ceux qui décident et d'un autre côté ceux qui exécutent ! L'honneur de notre métier est aussi de faire œuvre de raison, de critique et de jugement.
Aujourd'hui, la coupe est pleine ! Le démantèlement pensé et organisé de l'Education Nationale n'est plus à démontrer tant les mesures décidées et imposées par ce gouvernement l'attestent au grand jour : des milliers de suppressions de postes qui aggravent une situation d'enseignement déjà difficile, la diminution du volume horaire hebdomadaire, la préférence accordée à la semaine de 4 jours, pourtant dénoncée par tous les chronobiologistes, l'alourdissement des programmes scolaires malgré une rhétorique qui prétend le contraire, la suppression des IUFM, la disparition annoncée des RASED alors qu'aucun bilan de leur action n'a été réalisé, la réaffectation dans les classes des enseignants travaillant pour les associations complémentaires de l'école, ce qui mettra à bas grand nombre de projets éducatifs dont l'utilité n'est plus à démontrer, la mise en place d'une agence chargée du remplacement avec l'utilisation de vacataires, la création des EPEP où les parents et les enseignants seront minoritaires dans le Conseil d'Administration, la dévalorisation du métier d'enseignant dans les écoles maternelles et les menaces qui pèsent sur celles-ci, la liste est longue des renoncements, des coupes franches et finalement des mauvais coups portés à notre système éducatif. Sans compter, ce qui m'est le plus insupportable, l'insistance à dénoncer le soit disant « pédagogisme », c'est-à-dire les mouvements pédagogiques qui, depuis des décennies, apportent des réponses innovantes, crédibles, raisonnables à l'échec scolaire.
Le démantèlement des fondements de l'Education Nationale est un processus que je ne peux accepter sans réagir. L'objet de ma lettre est de vous informer que je ne participerai pas à ce démantèlement. En conscience, je refuse de me prêter par ma collaboration active ou mon silence complice à la déconstruction d'un système, certes imparfait, mais qui a vocation à éduquer et instruire, à transmettre tout autant un « art de faire » qu'un « art de vivre », en donnant toutes ses chances à chaque élève, sans aucune distinction.
1. Les « nouveaux » programmes constituent une régression sans précédent. Ils tournent le dos à la pédagogie du projet qui permet aux élèves de s'impliquer dans les savoirs, de donner du sens à ce qu'ils font, de trouver des sources de motivation dans leur travail. Cette vision mécaniste et rétrograde des enseignements, qui privilégie l'apprentissage et la mémorisation, va certainement enfoncer les élèves en difficulté et accentuer l'échec scolaire. Ces programmes sont conçus pour pouvoir fournir des résultats « quantifiables, publiables et comparables » Or, « en éducation, tout n'est pas quantifiable, ni même évaluable en termes d'acquisitions immédiatement repérables ». (Philippe Meirieu). Nous sommes bien dans une logique d'entreprise et de libéralisation de l'école. Désormais, les enseignants seront évalués sur les progrès des acquis des élèves, c'est-à-dire sur la progression des résultats chiffrés. C'est notre liberté pédagogique qui est ainsi menacée. Dans la mesure où les programmes de 2002 n'ont fait l'objet d'aucune évaluation sérieuse et que d'autre part nous ne savons toujours pas qui a élaboré et rédigé les programmes 2008, d'ailleurs sans aucune concertation digne de ce nom, nous sommes en présence d'un déni de démocratie et de pédagogie. Pour toutes ces raisons, je considère que ces programmes sont totalement illégitimes. C'est pourquoi en conscience, j'ai décidé de ne pas les appliquer et de continuer à travailler dans l'esprit des programmes de 2002.
2. Tout particulièrement, je refuse de m'inscrire dans la logique d'une « Instruction morale et civique » aux relents passéistes. C'est une insulte faite aux enseignants et aux élèves de penser que l'inscription d'une règle de morale au tableau, apprise par cœur par les élèves, fera changer un tant soit peu leur comportement ! Aujourd'hui, plus que jamais nous avons besoin de mettre en place dans nos classes des dispositifs qui offrent aux élèves la possibilité de se connaître, de se rencontrer, d'échanger, de se respecter. Nous avons besoin d'une éducation au vivre ensemble, car si nous ne le faisons pas, qui le fera ? L'éducation citoyenne est l'un des piliers de l'école pour construire une société ouverte, démocratique et libérée de l'emprise de la violence. La priorité aujourd'hui est d'apprendre aux élèves à se respecter, à réguler positivement les inévitables conflits du quotidien par la parole, la coopération, la médiation. Aujourd'hui, comme hier, en conscience, j'ai fait le choix d'une éducation citoyenne qui permette aux élèves de découvrir leur potentiel créatif et émotionnel au service du mieux vivre ensemble.
3. La réduction du volume horaire de la semaine scolaire de 26h à 24h apporte des bouleversements tels dans l'organisation des écoles, qu'il faut aujourd'hui parler de désorganisation structurelle. Le dispositif d'aide personnalisée pour « les élèves en difficulté » n'est qu'un prétexte démagogique pour supprimer les RASED. Ce dispositif porte un coup fatal à la crédibilité du métier d'enseignant. En effet, de nombreuses expériences pédagogiques d'hier et d'aujourd'hui ont montré et montrent que la difficulté scolaire se traite avec efficacité avec l'ensemble du groupe-classe, dans des dynamiques de coopération, de tutorat, de travail différencié, d'ateliers de besoin, etc. Le dispositif actuel considère que la difficulté doit être traitée de façon « médicale », avec un remède individuel, en dehors de toute motivation et de tout projet de classe. C'est une grave erreur. Ce dispositif est une faute contre l'esprit et la pédagogie. Dès la rentrée, en conscience, je n'appliquerai pas ce dispositif d'aide personnalisée tel qu'il est actuellement organisé. Ces deux heures seront mises à profit pour mener à bien un projet théâtre avec tous les élèves de la classe, répartis en demi-groupe, le mardi et le vendredi de 15h30 à 16h30, ceci avec l'accord des parents.
4. Les stages de remise à niveau pendant les vacances scolaires à destination des élèves de CM1 et CM2 sont eux aussi des dispositifs scandaleux et démagogiques destinés à caresser l'opinion publique dans le sens du poil. Mis en place sous le motif populiste qu'il est anormal que seuls les riches peuvent se payer des heures de soutien scolaire (dixit notre ministre), ces stages dont certains ne seront pas animés par des enseignants, ne règleront en rien l'échec scolaire. Ils sont destinés à appâter les enseignants qui souhaitent effectuer des heures supplémentaires avec bonne conscience, alors que dans le même temps des milliers de postes sont supprimés, aggravant ainsi les conditions de travail dans les écoles. Parce que je respecte profondément les élèves qui ont des difficultés et leurs parents et que je suis persuadé que ce dispositif est néfaste, je continuerai à refuser de transmettre des listes d'élèves pour les stages de remise à niveau.
5. La loi sur le service minimum d'accueil dans les écoles les jours de grève n'est pas autre chose qu'une loi de remise en question des modalités d'application du droit de grève. Il est demandé aux enseignants de se déclarer gréviste 48h avant la grève afin que ce service minimum d'accueil puisse se mettre en place. Ce qui signifie clairement que les enseignants doivent collaborer à la remise en cause du droit de grève ! On ne saurait être plus cynique ! La commune de Colomiers ayant décidé de ne pas organiser ce service minimum d'accueil les jours de grève, il devient inutile de se déclarer 48h avant. En conscience, je ne me déclarerai pas gréviste à l'administration et j'informerai les parents trois jours avant de mon intention de faire grève.
Dans son dernier ouvrage, « Pédagogie : le devoir de résister », Philippe Meirieu écrit : « Nous avons le devoir de résister : résister, à notre échelle et partout où c'est possible, à tout ce qui humilie, assujettit et sépare. Pour transmettre ce qui grandit, libère et réunit. Notre liberté pédagogique, c'est celle de la pédagogie de la liberté. […] Nous n'avons rien à lâcher sur ces principes pédagogiques. Car ils ne relèvent pas de choix passagers de majorités politiques, mais bien de ce qui fonde, en deçà de toutes les circulaires et de toutes les réformes, le métier de professeur dans une société démocratique.
Et devant les errances de la modernité, le professeur n'a rien à rabattre de ses ambitions, bien au contraire… Face à la dictature de l'immédiateté, il doit travailler sur la temporalité. Quand, partout, on exalte la pulsion, il doit permettre l'émergence du désir. Contre les rapports de force institués, il doit promouvoir la recherche de la vérité et du bien commun. Pour contrecarrer la marchandisation de notre monde, il doit défendre le partage de la culture. Afin d'éviter la sélection par l'échec, il doit incarner l'exigence pour tous.
Personne ne prétend que la tâche est facile. Elle requiert détermination et inventivité. Echanges, solidarité et travail en équipe. Elle exige du courage. Et la force de nager à contre-courant. Il ne faut pas avoir peur de la marginalité. Car, plus que jamais et selon la belle formule de Jean-Luc Godard, « c'est la marge qui tient la page. » »
Si aujourd'hui je décide d'entrer en résistance et même en désobéissance, c'est par nécessité. Pour faire ce métier, il est important de le faire avec conviction et motivation. C'est parce que je ne pourrais plus concilier liberté pédagogique, plaisir d'enseigner et esprit de responsabilité qu'il est de mon devoir de refuser d'appliquer ces mesures que je dénonce. Je fais ce choix en pleine connaissance des risques que je prends, mais surtout dans l'espérance que cette résistance portera ces fruits. J'espère que, collectivement, nous empêcherons la mise en œuvre de ces prétendues réformes. Cette action est une action constructive car dans le même temps il s'agit aussi de mettre en place des alternatives pédagogiques concrètes, raisonnables et efficaces.
Monsieur l'Inspecteur, vous l'avez compris, cette lettre n'est pas dirigée contre vous, ni votre fonction, mais je me dois de vous l'adresser et de la faire connaître. Le propre de l'esprit responsable est d'agir à visage découvert, sans faux-fuyant, en assumant les risques inhérents à cette action. C'est ce que je fais aujourd'hui.
Je vous prie de recevoir, Monsieur l'Inspecteur, l'assurance de mes sentiments déterminés et respectueux.
Alain REFALO
Professeur des écoles
Ecole Jules Ferry, Colomiers (31)
Lettre adressée à Mr l'Inspecteur de l'Education Nationale de la 17ème circonscription de la Haute-Garonne.
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Les alertes existaient.
- Par Thierry LEDRU
- Le 04/12/2020
Ce que le pays vit aujourd'hui n'est pas une surprise. De nombreuses personnes avaient lancé de multiples alertes. Qu'ils s'agisse du personnel médical, de scientifiques, et même de quelques personnalités politiques. Ce que nous vivons aujourd'hui n'est pas une surprise mais une trahison, une violence orchestrée, le résultat de calculs budgétaires, d'une impéritie qui devrait être immédiatement sanctionnée.
Tous les aternoiements du gouvernement actuel qui visent à maintenir la peur et à culpabiliser les populations ne sont que des paravents utilisés par les gouvernants pour cacher leurs manquements. Aucun d'entre nous n'est responsable de ce que nous vivons. Nous en sommes les victimes. Les morts ne sont plus là pour le dire. C'est à nous de le faire.
Impéritie : Incapacité, inhabileté ; ignorance de ce qu’on doit savoir dans sa profession. - Chef-dœuvre de suffisance en même temps que d'insuffisance administrative
EXPRESSION CITOYENNE
http://expressioncitoyenne.fr/2020/03/le-cri-des-soignants-le-silence-des-mourants.html
LE CRI DES SOIGNANTS, LE SILENCE DES MOURANTS
Gérard SENATORE 1 commentaire
28 MARS 2020
MISE A JOUR DE LA VIDEO EN FIN D'ARTICLE ce 19 avril 2020
Depuis plus d’un an les soignants crient. Ils crient pour qu’on entende leur colère. Ils crient pour dénoncer leurs conditions de travail indignes qui mettent en danger leur propre santé et celle des patients. Ils crient pour réclamer les moyens nécessaires (personnels, matériels, lits, salaires) qui ont été réduits comme peau de chagrin depuis des décennies : une politique libérale qui les a menés au bord du gouffre dans lequel la moindre secousse les précipitera, nous précipitera, une idéologie économique de l’UE à laquelle se sont soumis, crescendo, tous les présidents : Mitterrand à compter de 1983, Chirac, puis avec une férocité assumée Sarkosy, Hollande et puis Macron grand vaudou de la haute finance dont la mission était de finir la sale besogne en une mandature et de passer la voiture balai pour ramasser les restes agonisants de nos services publics et notamment celui de la santé qui, étant privatisé, offre potentiellement un des plus haut taux de rentabilité.
Ils ont crié à la mobilisation de tous pour faire entendre raison au gouvernement Philippe et au président Macron mais leurs cris n’ont eu pour écho qu’un chuchotement comparé au silence massif, pesant et coupable, celui des beaufs, des soumis, des consentants, incapables de se débrancher de leur I Phone, d’Hanouna ou des CIC (Chaines d’Information Continue) qui, inondant leurs cerveaux, provoquent l’AVC de la réflexion chez ceux qui n’utilisent pas l’antidote, celui des supports alternatifs. Du coup, à ne surtout pas oublier, leurs cris ont été étouffés par les matraques et les lacrymogènes de ce gouvernement légal mais illégitime.
Et puis la secousse est venue, brutale. Nom de baptême COVID-19, un méchant virus né en Chine mais qui a confortablement et rapidement voyagé, mondialisation débridée oblige.
Dès le départ la gestion stratégique a été d’une incroyable légèreté par le choix de l’immunité collective. Sans doute que l’état de crise permanent de notre système hospitalier, connu car créé par les mêmes politiques successives dont celle de Macron, a poussé le gouvernement vers cette stratégie contre ce qu’il avait considéré initialement comme une forme de grippe qui allait faire quelques centaines de morts mais dont la grande majorité de la population allait être rapidement immunisée, soutenu dans cette démarche par un comité plus politique que scientifique et par les habituels médias de service.
Oui mais voilà, ce laxisme de départ qui les arrangeait bien car il évitait d’exposer et d’expliquer la carence des moyens hospitaliers et occultait la nécessaire fabrication en masse des tests, a élargi la porte d’entrée d’un virus violent. Ils n’ont pas tenu compte de l’immense désastre qui se déroulait pourtant sous nos yeux en Chine puis en Italie.
Tel un boomerang le manque de lits, de masques, d’appareils de réanimation et de soignants, conséquence d’une politique d’abord au service du fric contre le bien commun, nous est revenu en pleine figure comme une marque indélébile. La communication du gouvernement est pathétiquement cruelle en faisant croire que tout est maitrisé alors que tout part à volo. Les annonces de livraison massive de masques se multiplient, mais peu ou pas de livraisons sur le terrain y compris pour ceux qui sont en l’espèce les premiers de cordée. Aucune réquisition, aucune nationalisation même provisoire d’entreprise pour lancer une production massive de tout ce dont on a besoin rapidement. C’est pourtant ce que l’on fait en temps de guerre quand la patrie est en danger. Le gouvernement s’acharne à refuser toute planification ou programmation du plan de bataille c’est-à-dire toute anticipation du niveau d’ampleur de la catastrophe.
Ainsi le sol se dérobe sous nos pieds, les derniers garde-corps se disloquent. Le gouffre au bord duquel se trouvaient déjà nos hôpitaux, tel un antre dantesque, avale des centaines de vies, bientôt des milliers.
Alors les soignants crient de nouveau. La toile est constellée de coups de gueule, de cris de colère contre cette gestion calamiteuse et contre le manque de moyens mais aussi de cris d’épuisement, de cris de pleurs, de cris de désespoir, de cris de désarroi, de cris d’impuissance devant la négation de l’humain qu’on leur impose, de cris d’humains refusant cette inhumanité.
Les français prennent peur, alors ils se mettent eux aussi à crier… sur leurs balcons en signe de solidarité, il était temps mais ce tintamarre non seulement ne compensera pas leur absence des rues mais sera d’autant moins efficace au fond si nombre d’entre eux ont voté ou continueront de voter pour LREM ou n’importe quel autre parti libéral qui appliquera la même politique de destruction des services publics.
Et c’est ce moment que choisit le gouvernement en saisissant l’opportunité de ce choc qui tétanise la population, pour finir de détruire le code du travail et quelques autres droits sociaux, ... en silence.
Un silence qui est une forfaiture contre les vivants
Un silence qui est une insulte au silence des mourants
Alors ceux qui nous gouvernent et leurs faire-valoir médiatiques et autres serviteurs ainsi que ceux qui ont gouverné selon les mêmes préceptes idéologiques, c’est-à-dire les responsables de ce désarmement sanitaire débouchant sur ce carnage, devront rendre des comptes.
Dès le jour d’après il faudra que des foules immenses déferlent dans les rues pour exiger le rétablissement de tous les droits sociaux, l’abrogation de toutes les réformes scélérates, la reconstitution in extenso de tous nos services publics à commencer par les hôpitaux, en d’autres termes LA DEMISSION DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ET DE SON GOUVERNEMENT. Car ne nous y trompons pas, si ces gens conservent les rênes non seulement ils poursuivront leur politique du désastre et pérenniseront les reculs sociaux présentés comme provisoires mais ils nous feront payer la note des milliards d'euros mis sur la table pour rassurer les banques en réduisant drastiquement les pensions, les salaires, les indemnités sociales, en augmentant fortement les impôts, bref, ils nous feront cracher le sang.
Un peuple qui ne réagirait pas dans un tel contexte, soit dans la rue soit dans les urnes, serait un peuple complice de ses propres bourreaux. Je viens de paraphraser une citation de George ORWELL dont voici l’original qu’il convient de méditer. « Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime, il est complice »
Il me semble également très utile de méditer sur ce montage vidéo que j'ai réalisé reprenant les alertes de Jean Luc Mélenchon en 2016, et en 2017 dans ses discours de Lille et de Châteauroux sur la santé. Ça devrait servir ….. Voir ci-dessous la vidéo.