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  • Emmanuelle Guimard, artiste

  • Sur le loup

    On tue beaucoup trop de loups en France

    Par Loïc Chauveau le 28.03.2017 à 09h05

     

    L’autorisation d’abattage de 36 loups pour la saison 2016-2017, qui s’achève le 30 juin prochain, menace la viabilité à long terme de l’espèce en France. Les auteurs de l’expertise scientifique publiée le 24 mars plaident pour une "gestion adaptative" qui tienne compte des paramètres écologiques de l’espèce.

    Loups

    La population de “Canis lupus” en France est estimée entre 250 et 300 individus.

    © JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

    TIRS. Tuer des loups pour réduire leurs attaques sur les troupeaux de moutons principalement sur les estives de l'arc alpin, est-ce une méthode efficace ? Sans pour autant repousser ces mesures d'abattages, les experts de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) et du Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) soulignent que personne n'est capable aujourd'hui d'affirmer que ces tirs atteignent bien leur objectif. Les auteurs de cette "démarche d'évaluation prospective à l'horizon 2025/2030 et viabilité à long terme" du loup en France appellent de leur vœux une gestion plus intelligente de l'espèce. Aujourd'hui, affirment-ils, l'autorisation de tuer 36 individus produit un taux de mortalité de l'ensemble de la population qui met en danger la pérennité du loup en France.

    Revenu sur le territoire français via le parc national du Mercantour (Alpes-Maritimes) en 1992 après en avoir disparu dans les années 1930, Canis lupus ne cesse depuis de gagner en effectif et en territoires. On évalue la population actuelle entre 250 et 300 individus regroupés dans 35 meutes dans les Alpes françaises, dont quatre transfrontalières avec l’Italie. Depuis 1992, le nombre de zones de présence permanente (ZPP) ont doublé tous les cinq ans pour atteindre une cinquantaine d’endroits où au moins un loup s’est sédentarisé. En conséquence, les dommages ont augmenté. 9000 ovins ont été tués par le canidé en 2015. Or, soulignent les auteurs, cette croissance est stoppée depuis 2014 avec l’augmentation des abattages. Alors que le taux annuel moyen de mortalité était de 22%, il est désormais de 34% avec les tirs. Soit la limite au-delà de laquelle une population commence à décroître.

    Le nombre de loups en France et les autorisations d'abattages. Les experts constatent une stagnation des effectifs de loup depuis 2014 (carrés gris) et l'accroissement des autorisations de tirs de loups (en noir), mais il n'y a pour l'instant aucun lien scientifique établi. Rapport expertise loup.

    Une espèce qui se "disperse" sur le territoire

    MODÈLES. Ces résultats ont été obtenus à partir de modèles de dynamique des populations de loup. Ces modèles, reconnaissent les auteurs, représentent une version très simplifiée de ce qui se passe dans la nature sans laquelle il ne serait pas possible d’évaluer les tendances démographiques à long terme d’une population tant les paramètres écologiques, climatiques, territoriaux sont nombreux. Les loups vivent en effet en meutes d’environ dix individus dans lesquelles un seul couple se reproduit. Pour les autres mâles et femelles, il n’existe que deux possibilités: soit accepter la dominance du reproducteur et rester sur le territoire de la meute, soit partir. Ces "disperseurs" effectuent des centaines de kilomètres jusqu’à ce qu’ils trouvent un territoire à leur convenance. Ces distances s’expliquent : les meutes occupent exclusivement un territoire qui peut couvrir jusqu’à 200 km². Il faut donc savoir s’éloigner pour éviter les conflits de territoires. Pour les disperseurs, se présentent deux cas de figure : soit l’individu reste seul, soit il est rejoint par un autre individu de sexe opposé. Dans ce cas, une nouvelle meute se crée.

    C’est cette dynamique qui est en cours en France. Le réseau de 3000 observateurs créé par l’ONCFS a ainsi repéré des individus sédentarisés en provenance du noyau alpin dans les Vosges, la Lozère et les Pyrénées-Orientales.

    Présence régulière (en bleu foncé) et non régulière (en grisé) du loup en France en 2016. Réseau Loup/lynx ONCFS.

    Les scientifiques ne savent absolument pas pourquoi un individu décide de cesser son errance. Une certitude : ce n’est pas à cause de la disponibilité en nourriture. Le rapport nous apprend en effet que l’augmentation des surfaces forestières et l’explosion du nombre de grands ongulés (cerfs, chevreuils, chamois), qui représentent 75% du régime du loup, fournissent au prédateur des conditions favorables de vie sur tout le territoire à l’exception des franges littorales de Normandie et de Bretagne. En théorie, tout est réuni pour que le loup s’épanouisse dans l’hexagone.

    L'abattage d'un reproducteur peut augmenter les menaces sur les troupeaux

    POLITIQUE. Seulement, avec moins de 300 individus, l’espèce est encore fragile. Pour que tout risque de disparition soit écarté et que la population soit viable, il faudrait un effectif minimal de 2500 à 5000 individus sexuellement matures. On en est loin. Mais avec un taux de mortalité naturel, sans intervention de l’homme, cette croissance est envisageable pour le cours de ce siècle. Ce qui pose un problème politique : comment concilier le retour du prédateur avec les activités d’élevage ?

    Les tirs ne constituent pas la solution idoine, selon les chercheurs. Il faudrait en effet savoir quel type d’individu est tué. La mort d’un "disperseur" ne constitue pour l’espèce qu’une occasion manquée de s’étendre. L’abattage d’un chef de meute ou d’une reproductrice en revanche fait plus de mal que de bien. Dans 40% des cas en effet, la meute éclate et les loups dominés en profitent pour fonder leur propre groupe qui occupe alors les espaces libres entre les territoires des meutes existantes. Au lieu de la réduire, on étale ainsi la menace de prédation.

    Les chercheurs plaident donc pour une "gestion adaptative". Clle-ci prend en compte les incertitudes sur la connaissance du fonctionnement des grands systèmes naturels et du mode de vie des loups. Cela implique une grande prudence dans les décisions à prendre pour éviter que des situations irréversibles ne se produisent. Si les tirs peuvent s’avérer nécessaire là où les pressions sont les plus fortes, les chercheurs préconisent le renforcement des méthodes de protection comme les chiens ou les clôtures électriques. Selon eux, le loup est revenu depuis trop peu de temps pour pouvoir conclure sur l’efficacité de ces mesures. Enfin, ils proposent de ne rien faire contre l’expansion de l’espèce via les "disperseurs". La meilleure protection du loup, ce sont ces vastes naturels abandonnés par l’agriculture et dans lequel il a tout pour bien vivre.

  • Conscience collective et empathie

    Un merle et un rhinocéros se font face

    Et si la loi du plus fort n’était pas la seule loi de la jungle ? Et si l’entraide généralisée entre les êtres n’était pas une douce utopie de poètes mais une loi éternelle et universelle du vivant ? Dans L’Entraide, l’autre loi de la jungle (Les liens qui libèrent, 2017), Pablo Servigne et Gauthier Chapelle mettent à l’honneur la coopération, l’empathie, la symbiose et tout ce qui maintient interconnecté le monde du vivant sur Terre. Au travers d’un grand travail de synthèse transdisciplinaire, ils mènent une passionnante démonstration pour battre en brèche le mythe de l’égoïsme roi. L’homme n’est pas un loup pour l’homme. Ou plutôt si, mais le loup, comme les oiseaux, les insectes, les plantes et les bactéries, privilégiera toujours la collaboration à la compétition. Pablo Servigne nous explique comment l’homme peut aussi s’y (re)mettre.

    De Thomas Hobbes à The Walking Dead, une certitude a façonné notre vision du monde au cours des quatre derniers siècles : l’égoïsme est le fondement de la nature humaine, et de la nature tout court. L’état de nature, c’est « la guerre de tous contre tous », pour citer le philosophe anglais. Supprimez l’État et les hommes pillent, tuent et se dévorent les uns les autres comme les zombies de la BD brillamment adaptée en série.

     

    Étrange… New York n’a pourtant pas été submergé par des hordes de pilleurs le 11 septembre 2001. Du séisme qui a ravagé San Francisco en 1906 à celui d’Haïti en 2010, après le tsunami de 2004 dans l’océan Indien ou l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans l’année suivante, aucun chaos n’a éclaté, les pulsions meurtrières, les vols et les agressions sexuelles n’ont pas explosé. 

    Bouleverser les imaginaires

    C’est même plutôt l’entraide et la coopération qui ont surgit spontanément, d’après les observations qu’ont relevé Pablo Servigne et Gauthier Chapelle. Dans leur ouvrage paru le 12 octobre, L’Entraide, l’autre loi de la jungle (Les liens qui libèrent, 2017), les deux docteurs en biologie remettent en cause nos vieilles croyances sur la nature humaine. « Les représentations que nous avons de foules irrationnelles hurlant et courant en tous sens proviennent des histoires qu’on se raconte ou qu’on voit au cinéma, pas de la réalité. […] Si la panique est rarissime, l’entraide, elle, est bien au rendez-vous », assurent-ils.

    « La théorie de la sélection naturelle émise par Darwin tombait à point nommé. Elle a servi de fondement idéologique au capitalisme naissant, en Angleterre » 

    Lors de catastrophes, mais également au quotidien, l’entraide serait omniprésente. Un trait de caractère universel, ancré dès la plus petite enfance, mais dont l’action serait rendue invisible par les mythes fondateurs de notre société. « La théorie de la sélection naturelle émise par Darwin tombait à point nommé. Elle a servi de fondement idéologique au capitalisme naissant, en Angleterre. La mauvaise interprétation, plus ou moins volontaire, qui a été faite de Darwin, permettait d’imposer la compétition et les mécanismes du marché ultralibéral qui rendent les plus forts toujours plus forts », nous explique Pablo Servigne, également connu comme collapsologue et co-auteur du livre Comment tout peut s’effondrer (Seuil, 2015).

    Des bénévoles aidant à la distribution de nourriture et de vêtements après le passage de l'ouragan Sandy en 2012, sur la côte Est américaine
    Des bénévoles aidant à la distribution de nourriture et de vêtements après le passage de l'ouragan Sandy en 2012, sur la côte Est américaine. (Image : Shutterstock

    En 300 pages, aussi vulgarisantes que convaincantes, les deux auteurs se sont attelés à démonter le mythe. Ils convoquent les neurosciences, la génétique, la biologie, la psychologie, l’éthologie, l’économie ou l’anthropologie pour démontrer que la loi de la jungle, depuis des milliards d’années, ne favorise pas le plus fort, mais bien souvent le plus coopératif. « Si on affirme que la nature humaine est altruiste et que la nature est coopérative, on passe pour un naïf. On nous rétorque que c’est illogique. Il y a là un biais dans l’imaginaire et le but de ce bouquin est de créer des déclics qui viennent bouleverser ces imaginaires », résume Pablo Servigne.

    La sécurité sociale des arbres 

    L’histoire de la vie sur Terre revisitée sous le prisme de la coopération est fascinante. À chaque étape de l’évolution, des premières bactéries procaryotes il y a plus de 3 milliards d’années aux premiers hommes, les êtres vivants ont survécu et se sont transformés grâce à la coopération. Sans entraide, nous ne serions tout bonnement pas là.

    La « symbiodiversité » est présente à divers degrés, de la collaboration ponctuelle à la fusion complète, et à toutes les échelles. Une cellule dotée d’un noyau ? La fusion entre une grande bactérie (une archée) et un virus (devenu noyau). Les forêts ? Les arbres produisent du sucre par photosynthèse et en donnent aux champignons contre les minéraux que ces derniers collectent. Entre eux, les arbres partagent les nutriments selon des mécanismes incroyables que les auteurs comparent à une véritable « sécurité sociale ».

    Une cellule de vaisseau sanguin dont le noyau apparaît en bleu. Dans un lointain passé, les ancêtres de ce noyau étaient un virus isolé. (Image : Wikipédia

    Partout, les animaux coopèrent entre eux, au sein de l’espèce et aussi entre espèces. Nous-mêmes serions incapables de digérer et de résister à certains agents pathogènes sans les milliards de « bonnes » bactéries qui nous rendent ces services contre le gîte et le couvert. En fait, la loi de la jungle n’avantage pas les individus les plus forts mais les groupes les plus forts, donc les plus coopératifs.

    De Kropotkine à Harari

    L’essentiel de l’ouvrage s’attarde sur le cas de l’être humain. Gauthier Chapelle et Pablo Servigne décrivent de nombreuses expériences sociologiques dont le résultat est le suivant : l’homme aurait un penchant spontané pour aider son prochain, il serait généreux même sans contrepartie.

    « Dès l’âge de 14 à 18 mois, les bébés viennent spontanément aider un adulte en difficulté. Ces préférences prosociales peuvent même s’exprimer dès 3 à 5 mois » 

    Le modèle cognitif du psychologue Daniel Kahneman (prix Nobel d’économie en 2002) aide a comprendre comment nous serions « intuitivement » altruistes mais aussi comment la culture et l’environnement peuvent bouger le curseur de nos réflexes généreux ou égoïstes. Les auteurs décortiquent notre cerveau à coup de neurones miroirs et d’ocytocine et y cherchent des fondement pour réhabiliter l’altruisme. « L’entraide et la générosité font non seulement du bien au moral, mais contribuent à l’augmentation du sentiment de bonheur ! » Ou encore : « Dès l’âge de 14 à 18 mois, les bébés viennent spontanément aider un adulte en difficulté. Ces préférences prosociales peuvent même s’exprimer dès 3 à 5 mois. »

    Les lichens, capables de survivre dans des conditions extrêmes pendant plusieurs centaines d'années pour certains, sont le produit d'une symbiose entre une algue et un champignon. (Shutterstock)

    Les mécanismes de don et contre-don de Marcel Mauss, « l’empathie mature » définie par le psychiatre Serge Tisseron, la compassion chère à Matthieu Ricard… Les auteurs réalisent un gigantesque travail de synthèse partant de Pierre Kropotkine, fondateur du concept d’entraide, jusqu’à Yuval Harari et son concept - développé dans le best seller Sapiens - de « révolution cognitive » ayant fait émerger l’ultrasociabilité humaine. Il en ressort la conclusion que l’entraide, trop longtemps reléguée au rand de comportement anecdotique, joue un rôle central, immuable mais aujourd’hui étouffé, dans l’organisation du vivant en général, et des sociétés humaines en particulier.

    Pour Pablo Servigne, l’objectif est de rééquilibrer notre vision du monde, qui exacerbe aujourd’hui l’égoïsme et l’individualisme. Mais il assure se garder de tout angélisme ou manichéisme : « Il ne s’agit pas de nier l’existence de la compétition et de l’agression, qui font partie du vivant et sont aussi indispensables pour poser des limites, un territoire ou lors de la reproduction. La compétition et la coopération sont les deux jambes du vivant, mais aujourd’hui nous avons une jambe hypertrophiée. L’idée est de réapprendre à marcher, de retrouver l’usage de notre jambe atrophiée fondée sur l’entraide. »

    "Vous me débarrassez de ces saloperies de parasites et en échange je vous nourris. Deal ?" (Shutterstock)

    Les auteurs s’inscrivent dans un mouvement préexistant qu’ils espèrent voir grandir. « Nous sommes dans une lignée intellectuelle, avec Matthieu Ricard, Jacques Lecomte, le mouvement convivialiste et en remontant jusqu’à Pierre Kropotkine et Darwin. On voit aujourd’hui la résurgence de l’économie collaborative, du peer to peer, l’émergence d’une nouvelle culture de l’horizontalité », constate Pablo Servigne.

    L’entraide pour sortir de la crise climatique ?

    Davantage d’interconnexions et de culture de la collaboration ne seraient pas de trop pour faire face aux dangers planétaires du siècle, à commencer par le réchauffement climatique. Mais n’est-il pas déjà trop tard pour ressusciter ces facultés enfouies ? Les auteurs se posent la question mais laissent peu d’espoir quant au dénouement. La trop lente avancée des négociations climatiques, freinées par les inégalités entre pays, l’absence de vision commune et tous les blocages résultants, selon les auteurs, de notre culture séculaire de l’égoïsme, laissant présager du pire.

    « Le problème, ce n’est pas la pénurie, c’est d’arriver en situation de pénurie avec une culture de l’égoïsme » 

    Mais en bon collapsologue, Pablo Servigne estime que le plus important n’est pas l’effondrement - inévitable, selon lui - mais la manière dont nous nous y serons préparés : « Le problème, ce n’est pas la pénurie, c’est d’arriver en situation de pénurie avec une culture de l’égoïsme. Pour éviter le chaos social, il nous faut anticiper, avoir une culture de la coopération. Ce bouquin est une boîte à outils conceptuelle pour les temps de tempête. »

    Reste que la coopération pose un autre problème, et un problème de taille : les mécanismes comme la « réciprocité étendue » ou la « réciprocité invisible » décrits dans l’ouvrage permettent la formation de groupes et la coopération entre groupes, mais l’entraide résiste mal aux grands nombres. « Selon l’anthropologue britannique Robin Dunbar, notre cerveau est adapté pour entretenir un réseau social (et interagir convenablement) de maximum 150 personnes », écrivent les auteurs. À l’échelle des groupes, les inégalités, entre autres obstacles, détruisent l’entraide. D'ailleurs, Sully, le premier ministre de Henri IV, rêvait déjà en son temps d’une Europe redécoupée entre États égaux mieux à même de collaborer.

    L'Europe imaginée par Sully, constituée de nations à la puissance sufisamment équilibrée pour permettre la coopération. (Source : Bernard Barbiche, In : Historia n°652, avril 2001) 

    Êtres sociaux sans réseaux sociaux

    Les technologies numériques ne permettent-elles pas de dépasser ces limites ? Certains, comme l’anthropologue Alain de Vulpian, y voient l’opportunité d’atteindre un nouveau niveau de conscience en connectant tous les individus, reliés entre eux « comme un cerveau ». Mais Pablo Servigne n’y croit pas : « Ces technologies ont certes permis de faire émerger une culture de la coopération, de l’horizontalité, qui est beaucoup plus puissante que la culture classique pyramidale. Mais on arrive dans une époque de pénurie, avec un pic pétrolier, un pic des ressources, des minerais. La sphère virtuelle sera la première chose qui s'effondrera ».

    « Il ne faut pas avoir peur de l’effondrement de la sphère virtuelle. On peut développer une conscience collective sans technologie »

    L’idée n’est toutefois pas de démoraliser les troupes : « Il ne faut pas avoir peur de l’effondrement de la sphère virtuelle. On peut développer une conscience collective sans technologie. Les premiers peuples amérindiens le faisaient très bien, ils avaient une cosmologie et une manière de vivre en interdépendance avec le vivant. On peut apprendre à se reconnecter sans les nouvelles technologies, sans indium ni palladium ».

    De cet ouvrage passionnant, chacun pourra donc retenir la leçon qui lui plaira : enseignement philosophique, pistes d’organisations politiques (recentrées sur des groupes de taille optimale), ouverture spirituelle à tendance anti-spéciste, préparation à l’effondrement ou bien le simple plaisir de porter un regard moins sombre sur ses congénères, ou du moins sur leur potentiel. « On a apporté notre petite pierre pour faire émerger une culture de l’entraide, espère Pablo Servigne. Il faut que tout le monde, notamment les artistes, s’en emparent pour créer de nouveaux récits et de nouveaux mythes. Mais bien malin qui saura à quoi ressemblera cette culture dans dix ans… »

     

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    Image à la une : Shutterstock

     

  • Herboristerie

    Plantes apaisantes

    En usage externe, principalement sous forme de cataplasme, les plantes apaisantes peuvent soulager foulures, douleurs articulaires et voies respiratoires.
    En usage interne, sous forme de tisane, d'infusion ou de décoction, ces plantes médicinales peuvent aider à lutter contre l'insomnie et le mal de tête.
    Les simples peuvent également avoir un effet apaisant dans le cas d'inflammations, notamment articulaires ou des voies respiratoires.
    Enfin, certaines plantes médicinales peuvent également avoir un effet antistress.

    Bain relaxant à la marjolaine

    Plantes digestives

    Repas trop riches ou pris trop vite, environnement stressant, alimentation inadaptée, sédentarisation et position coupant la digestion, le mode de vie contemporain met le système digestif à rude épreuve. Ballonnements, spasmes, perturbations du transit intestinal…certaines plantes médicinales permettent de contrer ces petits maux.

    Plantes dermatologiques

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    Bien-être au naturel : le thym

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    Bien-être au naturel : la verveine citronnelle

    Sous forme de cataplasme, de gel ou de pommade, un certain nombre de préparations à base de plantes redynamisent l'épiderme, soignent les éruptions cutanées, eczémas et autres mycoses, hydratent, apaisent et assouplissent la peau. Les plantes médicinales peuvent également permettre de soigner les petites coupures et plaies, les brulures légères et de soulager des piqûres d'insectes.

    Lotion corporelle pour réveiller votre peau
    Soins capillaires au bouleau
    Éliminer les points noirs
    Baume réparateur pour pieds crevassés
    Après-shampoing au thym pour la beauté des cheveux
    Macération d'achillée millefeuille contre les minicoupures


     

    Plantes "coups de fouet"

    En apportant vitamines et sels minéraux, mais aussi en favorisant l'élimination des toxines, ces plantes médicinales redynamisent le corps et aident à surmonter les fatigues passagères.
     

    Bouillon de légumes d'hiver reminéralisant
    Infusion contre la dépression hivernale ( millepertuis & sauge officinale )

    A savoir :
    Les principes actifs des plantes médicinales peuvent occasionner des effets indésirables lorsqu'ils sont pris en même temps que certains médicaments. Il peuvent également être contre-indiqués dans le cas de certaines pathologies. Si des troubles surviennent, n'hésitez pas à consulter votre médecin.

     

  • Le besoin d'écrire.

    Je participe à une société de consommation qui me déplaît fortement. Je suis un des éléments de cette humanité qui dans son ensemble est responsable partiellement du réchauffement climatique. Est-ce que d'en avoir conscience me dédouane de cette responsabilité ? Non.

    On peut même considérer qu'un individu qui en aurait conscience et n'agirait aucunement pour réduire son empreinte serait bien plus responsable. Par conséquent, que puis-je faire pour éviter que mon existence soit entachée par ces méfaits ? Réduire, réduire tout au possible, dans la limite de mes besoins. C'est à dire exclure ce qui ne serait qu'un désir.

    Je n'ai pas besoin, par exemple, de manger d'animaux et je n'en ai donc plus aucun désir.

    Le désir ne crée pas de besoin ; il l'invente.

    Il faudrait donc que je jette cet ordinateur dont la fabrication a contribué à l'épuisement de la planète et dont l'usage réclame une électricité nucléaire ? Non. Parce que son usage répond à un besoin et non à celui d'un désir.

     

    Le besoin de partager pour réfléchir, le besoin d'écrire pour que mon empreinte spirituelle soit enfin une belle chose venant de moi. Comme une offrande à la vie en dédommagement de mes outrages d'humains exploiteurs.

  • Cirques et souffrances animales

    Les animaux ne sont pas des clowns
    Les animaux ne sont pas des clowns
     
    Signez la pétition

     

    Monsieur le Directeur du magasin Toys’r us de La Queue en Brie
    Copie Monsieur le Maire de La Queue en Brie

    Monsieur,

    Cela ne vous aura pas échappé , nous sommes au 21ème siècle.
    Il nous paraît bien loin le temps des jeux du cirque, des bêtes sauvages et féroces luttant dans l’arène pour leur vie face aux lances acérées des gladiateurs, eux-mêmes en proie à la même lutte. C’était il y a fort longtemps me direz vous et pourtant.

    Plus de deux mille ans se sont écoulés et les mêmes bêtes sauvages - tigres, zèbres, ours, éléphants et j’en passe - continuent d’être données en spectacle.
    Elles sont condamnées à une vie en cage ( de transport) avec juste un passage ( cage de passage) dans l’arène ( cage de présentation) le temps d’exécuter un petit numéro d’un autre âge devant des spectateurs qui ignorent tout de ce qui se passe en coulisses.

    Savent-ils que pour le plaisir de voir un éléphant s’assoir sur un tabouret, cela représente une vie de souffrance tout simplement parce que sa morphologie ne le permet pas ? 
    Savent-ils qu’au bout du bâton, le dompteur active un aiguillon comme une lame de couteau pour forcer l’animal à exécuter son numéro ? 
    Que le dompteur contraint l'éléphant par une piqure derrière les oreilles, partie du corps très sensible, car très vascularisée, mais que les touristes ne verront pas ?
    Que le tigre, ayant passé son cercle de feu, n'aura que sa cage exigüe pour seul avenir ?
    Que pour le plaisir de voir un ours debout faire des claquettes, c’est une vie de misère derrière des grilles desquelles il dodelinera toute sa vie, soumis au stress et à l’ennui ?

    N’avez-vous que la souffrance à offrir en spectacle à nos enfants ?
    Évidemment non.

    Pourquoi ne pas attirer vos clients et redynamiser vos ventes en innovant avec d’autres actions ?
    Des saltimbanques, comédiens ( ce ne sont pas les intermittents du spectacle qui manquent), des challenges sportifs proposés aux enfants inscrits... que sais je encore !

    Au 22 octobre 2017, 62 communes françaises, dont 15 de plus de 20 000 habitants, disent non aux cirques avec animaux.

    Au nom des signataires de cette pétition, je vous en conjure, renoncez à l’implantation des cirques avec animaux sauvages sur vos parkings et dans votre commune. 

    Respectons ces animaux, respectons-nous.

    « Le degré d’évolution et la valeur d’une nation se reconnaît à la façon dont celle-ci traite ses animaux » Mahatma Gandhi.

     

    Signez la pétition
     
    Informez vos amis de ce combat citoyen.
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  • Fonte des glaciers

    Pourquoi la fonte des glaciers alpins ne concerne pas uniquement les skieurs de la Toussaint

    Si rien n'est fait pour lutter contre le réchauffement climatique, la fonte de ces neiges pourrait bien être irrémédiable. Franceinfo revient sur ce phénomène dont les conséquences ne se limitent pas seulement aux amoureux de la glisse.

    Une vue aérienne du glacier d\'Argentière, en Haute-Savoie, le 24 avril 2017.
    Une vue aérienne du glacier d'Argentière, en Haute-Savoie, le 24 avril 2017. (PHILIPPE ROY / AFP)

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    Marie-Violette BernardFrance Télévisions

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    Le glacier des Deux-Alpes est à nu. Pour la première fois depuis quarante ans, le domaine skiable isérois ne sera pas ouvert pour les vacances de la Toussaint, a indiqué France 2, samedi 21 octobre. En cause : l'absence de neige en haut des pistes. 

    Et le glacier pourrait enregistrer une fonte record cette année. "2017 est une année très particulière, souligne Delphine Six, glaciologue à l'Institut des géosciences de l'environnement, dans les colonnes de 20 Minutes. Il s’agit d’une année catastrophique qui s’inscrit dans une lignée catastrophique." Et ce phénomène affecte l'ensemble du massif alpin.

    "Un glacier repose sur un équilibre entre deux phénomènes : l'accumulation de neige au sommet et la fonte de la glace en bas, explique à franceinfo Christian Vincent, ingénieur au CNRS. Lorsque l'accumulation est plus importante, le glacier grandit. Lorsque la fonte l'emporte, il diminue. Nous sommes depuis trente ans dans une phase où la fonte l'emporte clairement."

    Certains glaciers "auront disparu d'ici 2100"

    Entre 2003 et 2015, les glaciers alpins ont ainsi perdu 25% de leur superficie, révèle le laboratoire de Glaciologie et géophysique de l'environnement (LGGE) de Grenoble. Les scientifiques ont étudié six sites, en France, en Autriche et en Suisse. En exploitant des données plus précises que celles jusqu'ici utilisées, ils ont découvert que les glaciers alpins perdaient en moyenne 1,80 mètre de glace par an. Les scientifiques pensaient jusqu'ici que cette fonte était de seulement 1,15 mètre chaque année.

    L'accélération de la fonte des glaciers constitue l'un des effets du changement climatique, observent les chercheurs ayant mené l'étude (en anglais)"Ce phénomène est observé sur tous les glaciers du massif Alpin situés sous une altitude de 3 500 mètres", souligne Christian Vincent. Certaines années, comme 2003, 2015 ou 2017, sont particulièrement inquiétantes. "A ce rythme, il ne fait aucun doute que tous les glaciers situés sous cette altitude auront disparu d'ici 2100, martèle le glaciologue. Même avec un scénario de réchauffement climatique modéré, celui de Saint-Sorlin [Savoie] disparaît d'ici 2080, alors qu'il est situé à 3 460 mètres d'altitude."

    La situation est moins préoccupante pour les glaciers situés à très haute altitude qui bénéficient de conditions plus favorables. "Au-dessus de 3 500 mètres, ils vont diminuer mais résister longtemps au réchauffement climatique", assure Christian Vincent. L'épaisseur du glacier du dôme du Goûter, l'un des contreforts du mont Blanc, n'a ainsi varié que "de quelques mètres seulement depuis le début du XXe siècle". "Par comparaison, le bas de la mer de Glace a enregistré une perte de 120 mètres sur la même période", souligne le glaciologue. Il n'y a toutefois que peu de glaciers au-dessus de 3 500 mètres dans le massif alpin.

    Les cours d'eau affectés par les changements

    Cette fonte inéluctable des glaciers ne concerne pas uniquement les skieurs et les alpinistes, qui verront la superficie de leurs terrains de jeu diminuer dans les prochaines décennies. "Les glaciers alimentent les cours d'eau, avec des débits plus importants pendant l'été, rappelle Christian Vincent. L'accélération de la fonte va avancer ces pics dans l'année mais aussi réduire le débit de certains cours d'eau. Cela peut notamment affecter la production d'électricité des barrages." 

    Le massif alpin ne devrait toutefois pas connaître la même situation que celle observée, mi-avril, dans le territoire canadien du Yukon : la fonte, en seulement quatre jours, du glacier Kaskawulsh avait modifié le ruissellement des eaux et donc l'écoulement de deux rivières"Il n'y aura pas de situation catastrophique dans les Alpes, ni même de grave épisode de sécheresse, car cette zone bénéficie de précipitations régulières qui continueront à alimenter les cours d'eau", estime ainsi le glaciologue.

    Avalanches de glace et glissements de terrain

    Christian Vincent s'inquiète aussi de la chute des glaciers suspendus, situés à très haute altitude. Leur température interne est négative, entre -11°C et -17°C sur ceux du massif du mont Blanc, contre 0°C pour les glaciers situés plus bas. "Ces glaciers se situent sur des pentes très raides mais sont 'collés' à la roche par les températures négatives. S'ils venaient à se réchauffer, de l'eau coulerait à leur base et pourrait les faire déraper subitement, provoquant des avalanches de glace." 

    Ce phénomène représenterait évidemment un grave danger pour les alpinistes. Mais pas seulement. "Quelques glaciers des Alpes françaises surplombent des vallées, comme celle de Chamonix, souligne Christian Vincent. Cela pose donc la question de la gestion du risque en aval." Concrètement, certaines habitations, situées sur les communes de Chamonix et des Houches, sont menacées.  

    Pour ne rien arranger, le réchauffement climatique "dégrade" aussi "le permafrost, le sol gelé en permanence qui cimente les montagnes", indique Ludovic Ravanel, géomorphologue au CNRS, au Dauphiné LibéréCela peut entraîner "des laves torrentielles", des "coulées de boue" ainsi que d'importants glissements de terrain. Le 23 août dernier, quelque quatre millions de mètres cubes de roches et de terre se sont ainsi détachés du Piz Cengalo, tuant huit randonneurs et dévastant le village suisse de Bondo.

    Des bâches pour protéger la glace

    Certaines mesures sont testées pour faire face aux fontes. Des bâches blanches peuvent être installées sur des pans de certains glaciers, comme sur celui du Rhône, en Suisse. "Cela permet de réfléchir les rayonnements [du soleil] et de réduire la fonte de 30% environ", détaille Christian Vincent, citant "des études menées en Autriche". "Le problème, c'est qu'on ne peut pas laisser ces bâches toute l'année et qu'elles ne peuvent être installées que sur de petites surfaces", explique le glaciologue.

     

    Des touristes visitent le glacier du Rhône (Suisse), protégé par des bâches blanches, le 19 juillet 2016.
    Des touristes visitent le glacier du Rhône (Suisse), protégé par des bâches blanches, le 19 juillet 2016. (MAXPPP)

     

    En septembre, la station des Deux-Alpes a installé six canons à neige sur le glacier, pour le recouvrir d'un manteau protecteur, rapporte Le Parisien"L'avantage de la neige de culture, c'est qu'il s'agit d'une neige beaucoup plus dense que la neige naturelle. Elle fond donc moins rapidement, explique au quotidien Arnaud Guerrand, responsable de l'enneigement aux Deux-Alpes. Autre avantage, cette neige de culture est également plus blanche. Or, plus un matériau est blanc, plus il renvoie les rayonnements et donc la chaleur." "C'est très efficace, car la neige artificielle augmente l'accumulation", abonde Christian Vincent.

    Mais, selon le chercheur du CNRS, ces mesures ne sont "que des solutions limitées""Il n'y a pas de solution à long terme et la disparition des glaciers de moins de 3 500 mètres d'altitude semble donc irrémédiable, estime Christian Vincent. Il faudrait vraiment ralentir le réchauffement planétaire, initier un changement drastique du climat, pour que nos glaciers retrouvent une bonne santé."

  • Lycées professionnels : état des lieux

    « L’Education nationale n’aime pas ses professeurs de lycée professionnel »

    20 octobre 2017 7 Réactions

    Secondaire

    Manque de reconnaissance, formation inexistante, élèves mal orientés... Les PLP sont aujourd'hui confrontés à toutes sortes de problématiques. Sept d'entre eux nous en parlent.

     

    Anthony, professeur de lettres-histoire-géo en lycée professionnel dans l’académie de Versailles :

    « J’ai fait le choix très tôt d’enseigner en lycée pro. Jamais je n’ai regretté ce choix en 9 ans de carrière. Mais deux problèmes viennent assombrir ce tableau. On continue souvent à privilégier l’apprentissage plutôt que le lycée pro. Si beaucoup d’élèves ne sont pas faits pour la voie générale, ils ne sont pas tous prêts à la violence de l’entrée dans le monde du travail dès la sortie de 3ème ! De plus, comment transmettre les valeurs républicaines en apprentissage, avec si peu d’heures d’enseignement général ? Deuxième ombre au tableau : les stéréotypes dans l’orientation. Les filières les plus féminisées conduisent aussi le plus au chômage. Un véritable service d’orientation est nécessaire afin de lutter contre ces stéréotypes dans les milieux qui, en lycée pro, sont souvent les plus populaires. »

    Par manque de formation, les PLP se retrouvent démunis face aux enfants atteints de troubles dys

    Jérôme, professeur de maths-sciences en lycée professionnel dans l’académie de Lyon :

    « Tout d’abord, les élèves redoublants qui se retrouvent en surnuméraire est l’une des principales difficultés. En effet, un décret a inscrit dans le code de l’éducation le « droit au redoublement au sein de l’établissement d’origine ». Cela entraîne que les lycées professionnels doivent être en capacité d’accueillir tous les élèves qui demandent à redoubler suite à leur échec au baccalauréat professionnel. Seulement, il faut dans ce cas-là anticiper la gestion de la dotation horaire globale afin qu’en début d’année il n’y ait pas de problème au niveau des emplois du temps et du nombre d’heures dédoublées. Par ailleurs, l’autre point à mettre en exergue, c’est l’école inclusive ! Les lycées professionnels accueillent des enfants ayant de plus en plus de troubles « dys ». Les enseignants se retrouvent démunis face à ces enfants puisqu’aucune formation ne leur est fournie… Enfin, le dernier point, c’est la non-motivation de certains élèves suite au choix du logiciel d’affectation Affelnet. Même si la possibilité de changer de voie est possible jusqu’aux vacances d’octobre, peu d’élèves et d’établissements le font ! Nous nous retrouvons donc avec des élèves qui vont poursuivre leurs études jusqu’au bac, l’auront sans doute mais n’auront pas brillé pour accéder aux études supérieures ! »

    Nous sommes la dernière chance de beaucoup d’élèves qui n’ont plus foi en eux

    Marie-Anne, professeure d’économie-gestion en lycée professionnel dans l’académie de Poitiers :

    bac pro

    © goodluz – Fotolia

    « Il ne faut pas se mentir, 90 % de nos élèves ne choisissent pas réellement une filière professionnelle. Ils se retrouvent en filière professionnelle car on les pousse doucement vers cette “voie de garage” pour ne pas totalement arrêter les études ou ne pas sortir du système scolaire sans le moindre diplôme… En tant que PLP, nous sommes aussi confrontés au décrochage scolaire. Forts de ce manque de confiance en eux, nos élèves décrochent ‘au pire’, ou n’arrivent pas à trouver une réelle motivation au ‘mieux’. Comment dans ces conditions pouvons-nous leur redonner confiance en eux et surtout ne pas les perdre ? Le bac professionnel a évolué en passant sur un cursus de 3 ans. Et il faut bien l’avouer, cela n’a pas vraiment eu l’effet escompté. L’idée était sans doute intéressante mais nous sommes nombreux à regretter l’époque du BEP en deux ans suivi du bac en deux ans. Cela permettait à ces jeunes de mûrir leur projet, de gagner en maturité, de reprendre confiance en eux. Les entreprises avec lesquelles nous travaillons nous le disent également. C’est très compliqué d’accueillir en entreprise des jeunes qui ont tout juste 15 ans… D’où une difficulté encore plus angoissante pour les PLP : que vont devenir les lycées pros avec cette annonce ou ces bruits de couloir qui voudraient en faire des centres d’apprentissage ? Je n’ai strictement rien contre l’apprentissage, bien au contraire. J’ai commencé à enseigner en CFA et j’ai pu constater que les apprentis sont souvent plus matures que nos élèves de lycée professionnel, plus impliqués. Etre apprenti, c’est un rythme de travail soutenu mélangeant cours et vie en entreprise. Mes élèves de lycée professionnel ont déjà tellement de mal à trouver leur stage car rédiger un CV et une lettre de motivation, effectuer des recherches, se présenter à un entretien sont déjà des tâches insurmontables ! Mais trouver un maître d’apprentissage, pour certains, cela relève de la mission impossible ! Malgré tout, et même si nous sommes très critiqués, décriés voire parfois rabaissés, je crois sincèrement que nous sommes la dernière chance de beaucoup d’élèves qui n’ont plus foi en eux, qui sont prêts à décrocher, et contre toutes ces difficultés, j’ai envie de continuer à me battre ! »

    L’enseignement professionnel souffre de la concurrence de l’apprentissage

    Henri, professeur de lettres-histoire en lycée professionnel dans l’académie de Créteil :

    © goodluz - Fotolia.com

    © goodluz – Fotolia.com

    « Enseigner en lycée professionnel a son lot de difficultés. D’abord, trop souvent les élèves ont été orientés sans que leurs choix ne soient respectés ; on leur demande à 15-16 ans de s’engager dans une voie professionnelle, destinée à certains métiers, qu’ils ne souhaitent pas faire, qui ne les intéressent pas. Comment motiver des élèves qui pensent à cet âge-là qu’ils seront obligés de faire un métier qui ne les passionne pas ? Sachant qu’en plus on leur reproche leur indécision. Quel enseignant, quel patron, quelle personne bien insérée socialement savait à cet âge ce qu’il souhaitait faire ? L’enseignement professionnel est aussi mal vu et souffre de la concurrence de l’apprentissage. Ces filières-là, rémunératrices, choisissent leurs élèves et disposent de moyens importants des régions, des chambres consulaires. Comment intéresser et attirer les meilleurs élèves ? Je considère que l’enseignement professionnel peut être une voie d’avenir, avec des enseignants qui forment des citoyens et des jeunes à des métiers et non à des postes de travail. Par contre, le fait qu’il soit conçu comme une voie de garage vers laquelle on envoie les jeunes en échec scolaire fatigue beaucoup d’enseignants. Paradoxalement, le lycée professionnel réussit bien souvent à rattraper les tares du collège ou de l’école primaire alors qu’il est vu comme la sanction pour ceux qui n’ont pas réussi. Enfin, au niveau régional et académique les matières générales sont vues comme des sous-disciplines par les autorités diverses. La conséquence ? Moins de moyens pour réussir, moins de dotations, quasiment aucune subvention spécifique. Les nouveaux inspecteurs ont compris le besoin de changer cela mais c’est encore insuffisant. Pendant 15 ans, les seules formations qui m’ont été proposées tournaient autour des méthodes d’enseignement pour les jeunes enseignants ou sur la lecture du référentiel. Au lycée général, parallèlement, on proposait aussi aux collègues des conférences épistémologiques, ou des formations plus ouvertes sur la recherche scientifique dans nos matières. Nous, on n’était pas jugés dignes. Cela change depuis deux ou trois ans mais très et trop, lentement. « 

    Une année scolaire qui commence difficilement, faute de professeurs

    Stéphane, professeur de maintenance des équipements industriels en lycée professionnel dans l’académie d’Orléans-Tours :

    enseignement professionnel

    © ehrenberg-bilder – Fotolia.com

    « Cette année scolaire commence difficilement puisque depuis la rentrée l’équivalent de deux postes manque en chaudronnerie, en électrotechnique et en maintenance, faute de professeurs. Les élèves ne bénéficient donc pas d’heures de cours dans les disciplines pour lesquelles ils se sont orientés en lycée professionnel. Ils se sentent déconsidérés et se retrouvent désœuvrés, moins attentifs et moins sérieux dans les cours restants.
    Cela entraîne pour nous, professeur, une fatigue nerveuse supplémentaire et inhabituelle seulement quelques semaines après la rentrée. L’insuffisance de moyens dégrade l’accueil et la prise en charge des élèves. Elle dégrade également les conditions de travail de tous les personnels. Face à ce manque d’enseignants l’institution s’avoue elle-même désœuvrée par le manque de titulaires mais aussi de contractuels. Cela illustre bien le manque de reconnaissance de notre travail. »

    En tant que PLP, je me sens mal-aimé…

    David, professeur de lettres-histoire en lycée professionnel dans l’académie d’Amiens :

    élève sur ordinateur

    © goodluz – Fotolia.com

    « En tant que PLP, je rencontre comme mes collègues, toute une série de difficultés au quotidien. En voici une brève liste :
    -Un climat de violence. J’enseigne dans un lycée au cœur d’une cité, dans un secteur classé en zone « violence ». Les tensions entre élèves sont permanentes. Deux collègues ont également été « bousculés » en séparant des lycéens (en septembre). Parfois, des jeunes venus des différents quartiers de l’agglomération se réunissent devant notre établissement pour des conflits qui sortent du cadre scolaire….
    -Combattre les « codes » de la cité. En classe, en tant que professeur de français, je me bats au quotidien contre les codes et le langage de la « cité » : le tutoiement, les élèves qui m’appellent « mon frère » (souvent !), les insultes qui se banalisent, etc. J’ai des classes difficiles mais sans méchanceté. Ce langage familier est le seul maîtrisé dans mes classes, où la maîtrise de la langue française est très imparfaite. 80% de mes élèves sont issus de la diversité et certains allophones. Inscrits en bac pro, ils sont parfois dans l’incapacité de produire un raisonnement écrit. L’oralité est très présente. Certains élèves sont incapables d’écrire à la première personne du singulier. Ils privilégient la deuxième personne (« tu vois », « tu sais »,…). Le décalage est abyssal entre leur niveau et celui attendu en bac pro.
    -Subir l’indifférence de l’institution. En tant que PLP, je me sens mal-aimé (sentiment partagé par de nombreux collègues). L’Éducation nationale n’aime pas ses professeurs de lycée professionnel. Cela commence très tôt à l’ESPE où l’on fait la distinction entre certifiés, agrégés et PLP (hors un 
    PLP est également certifié !) et où les formateurs méconnaissent les publics de LP.  Cela se ressent également au niveau du ministère : ainsi on annonce une réforme de la Seconde professionnelle qui entrerait en vigueur à la rentrée 2018… sans aucune concertation avec les personnels concernés.
    Il y a par ailleurs une réelle inquiétude concernant l’avenir. Le gouvernement envisagerait de confier aux régions la gestion des LP. Dans ce cas, quid des PLP ? Je ne souhaite pas devenir fonctionnaire territorial. Si j’ai choisi de rejoindre l’Éducation nationale, c’est que j’accorde une importance particulière au service de l’État, de la République et de ses institutions.
    Ces incertitudes concernant l’avenir ont une conséquence. J’envisage de passer le CAPES en interne pour retrouver l’enseignement général.  Ce projet est lié à ce climat d’incertitude et non au public difficile mais attachant du LP. »

    Beaucoup de tâches supplémentaires pour les PLP mais qui n’apportent pas grand-chose !

    Axel, professeur de maths-sciences en lycée professionnel dans l’académie de Rennes :

    mesures éducation 2017

    Lisa F. Young – Shutterstock

    « L’Éducation nationale multiplie les outils numériques pour le suivi des élèves. Sur le papier cela semble formidable mais c’est sans compter les pannes de réseaux, les connexions impossibles, le matériel vieillissant, etc. Au final, beaucoup de tâches supplémentaires pour nous mais qui n’apportent que peu d’informations aux élèves et aux familles.
    Professeur principal, coordinateur de discipline, référent pour le suivi des stages sont des missions toujours plus nombreuses se résumant à de l’administratif. Mais c’est surtout du temps pris sur les cours et leur préparation.
    Les élèves de 1ère année sont de plus en plus jeunes et se trouvent en difficultés face à la recherche d’un lieu de stage : trop jeunes, inexpérimentés ou habitant au mauvais endroit… Nous sommes alors considérés comme responsables alors que nous n’avons pas seuls la réponse. »

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    7 commentaires sur "« L’Education nationale n’aime pas ses professeurs de lycée professionnel »"

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    1. principal 20 octobre 2017 à 15 h 50 min

      Dommage cette réaction sur la fonction publique territoriale. Les régions sont propriétaires des lycées, ont la main sur la carte des formations professionnelles, gèrent les les personnels techniques… Le recteur a déjà largement perdu la main sur ces dossiers. Qu’y aurai t il donc à craindre d’un passage des LP sous la tutelle directe du conseil régional ? Au contraire, les professeurs auraient tout à y gagner : de la GRH, de la formation continue, une vraie mobilité de carrière. Je trouve pour ma part que l’Etat est plutôt un piètre employeur. D’ailleurs les anciens ATOSS sont loin de se plaindre de leur appartenance à la FPT !Signaler un abus

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      • LoloPonpon 21 octobre 2017 à 8 h 32 min

        Bonjour, je crois que vous n’avez pas rencontré tous les agents de la FPT qui étaient auparavant dans l’EN !
        Je suis prof de dessin industriel en lycée pro avec des élèves en formation initiale et aussi (ma valeur ajoutée) des apprentis en BTS.
        Quand mes élèves de Bac Pro rentrent en 2nde, plus de 95% d’entre eux (après quinze années de carrière c’est un ratio qui se répète tous les ans) passent leurs examens en terminale. Sur les trois dernières promos de BTS, 50% des contrats ont été cassés par les employeurs entre les deux années de formation. Je ne suis pas totalement rétif à l’alternance, c’est un façon d’apprendre un métier qui est très dure à suivre et je suis très admiratif de ceux qui arrivent à s’en sortir (mes étudiants). Mais ce n’est pas une filière d’excellence !!!
        Les régions mettent beaucoup d’argent dans les lycées ? Ce sont aussi nos impôts qui permettent cela (avant c’était l’état qui s’en occupait avec ces mêmes impôts). Je ne veux pas que mes impôts n’aillent que dans des « allègements de charges » aux entreprises pour pouvoir leur permettre de former des arpètes, et je sais que beaucoup d’entre elles ne sont pas dans cette optique mais les autres sont bien plus nombreuses qu’on ne le dit.
        Pour conclure, je suis trop long mais le climat actuel m’échauffe au plus fort les oreilles, si l’état est un piètre employeur c’est que ce n’est pas son rôle (et d’une) et surtout qu’il ne veut pas mettre les moyens dans le contrôle de ses institutions (et de deux). Des fois qu’on y trouverait des choses pas très reluisantes … Mais d’un autre côté, les CFA qui dépendent des CCI ou des CMA sont eux aussi très loin d’être irréprochables (croyez en mon expérience).
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    2. Mathilde 20 octobre 2017 à 22 h 53 min

      On ne doit alors pas fréquenté les mêmes anciens ATOSS…Dans mon lycée professionnel, 4 suppressions de postes depuis le passage à la région alors que le nombre d’élèves a augmenté, la surchage est considérable, sans parler du manque de considération. ..
      Les différents gouvernements qui se sont succédés n’ont qu’une vision comptable des LP. (Arrêtons de croire que le bac pro en 3 ans n’avait d’autre but que de réduire le coût de formation)Un élève en lycée professionnel coûte cher! Ils oublient le côté humain: redonner confiance en soi à ses jeunes,leur donner une chance de s’insérer dans le monde pro. Et puis que dire des dérives de ces dernières années concernant l’accueil des élèves relevant du handicap? Faute de structure insuffisante, type IME, ces jeunes sont orientés en CAP ,côtoyant des élèves relevant des ITEP ou bien allophones. Les enseignants qui ont ces classes en charge n’ont reçu aucune formation spécifique,n’ont pas forcément d’AVS à leur côté,mais par contre de belles incitations à des pratiques innovantes. ..comment dire que la solidarité et l’expérience de terrain ont forcément conduit à des adaptations mais pas forcément celles préconisées par les inspecteurs car les nouvelles technologies et outils numériques ne remplaceront jamais le contact humain…les élèves dans la voie professionnelle ont souvent essuyé des refus de l’apprentissage, que deviendront-ils sans cette voie de formation? Tous n’y réussissent pas,certes mais la majorité cependant. Cela fait 23 ans que j’enseigne en lycée pro,fière de croiser mes anciens élèves qui se sont construit une vie sociale et professionnelle, fière de permettre aux plus défavorisés de s’ouvrir à la culture européenne via des stages à l’étranger, fière de valoriser des métiers dénigrés par beaucoup et pourtant porteurs d’emploi. Je ne vis pas au pays des bisounours : l’insertion pro n’est pas toujours présente en fin de formation,mais pour une part non négligeable, elle est bien réelle et n’aurait su l’être sans la formation en LP.
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    3. sonia 21 octobre 2017 à 12 h 07 min

      La gestion par les régions risque de restreindre l’amplitude des formations proposées et on risque de voir que seules les formations porteuses d’emploi dans la région concernée sont valoriséesSignaler un abus

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    4. Gilot 21 octobre 2017 à 22 h 11 min

      La crainte d’un passage à la fonction territoriale est la disparition des diplômes. Actuellement, seul l’éducation nationale délivre les diplômes. Les régions souhaitent s’orienter vers des certifications, soit disant plus adaptées aux besoins des entreprises. Nous allons nous retrouver dans la même configuration qu’en Allemagne où les diplômes ne sont pas reconnus dans tous les Landers. D’autre part, les entreprises souhaitent des personnels formés et capables de s’adapter aux futurs besoins. Comment un jeune sans formation générale pourrait s’adapter aux évolutions à venir ?Signaler un abus

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    5. emma PLP 21 octobre 2017 à 22 h 40 min

      Merci aux collègues qui ont témoigné ! Cela montre que l’investissement des PLP va souvent au delà de le nos missions et que les efforts fournis pour remobiliser les élèves ne sont ni reconnus ni valorisés.
      Et pour répondre à la personne qui, pour sûr, n’est pas PLP qui voudrait nous récupérer dans les régions je voudrai lui rappeler que :
      Les régions ont la main sur les établissements c’est vrai : Bilan, pas une seule construction de LP …pire elles en ont fermés massivement ces dernières années. Pas de construction d’internats non plus dans les LP.
      Les régions ont la main sur la carte des formations : elles ferment des sections qui fonctionnent dans les LP pour les ouvrir en apprentissage. Pour les formations où il n’y a pas d’insertion professionnelle : les régions proposent les ouvertures dans le public! super non ? comment casser le système public et crier ensuite partout que les LP ne fonctionnent pas !
      Les régions ont les compétences de la prise en charge des décrocheurs : une fois de plus elles ne sont pas parvenues à en réduire le nombre !
      DONC excusez moi ! que les régions remplissent déjà leurs missions avant de réclamer les PLP car au regard des résultats de ce qu’elles ont en charge les PLP ne tiendront pas longtemps avec vous comme pilote !