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Demain
- Par Thierry LEDRU
- Le 03/09/2017
Demain, je retourne à l'école.
J'ai 29 enfants de CM2.
Je sais ce que je vais leur dire dès les premiers instants.
"L'homme se découvre dans les situations extrêmes" Carl Jaspers
Une situation extrême, c'est celle dans laquelle l'individu risque sa vie. Vous n'êtes pas dans une situation extrême. Vous êtes nourris, habillés, protégés, soignés, instruits. Par contre, vous pouvez faire de votre situation d'élèves, une situation extrêmement intéressante. C'est à dire que vous allez y consacrer toute votre énergie comme si votre vie en dépendait. Prenons votre alimentation comme exemple : Vos parents vous demandent à juste raison d'avoir une alimentation équilibrée, ou en tout cas ce qu'ils pensent être bon pour vous. Imaginons que vous décidiez de ne manger que du chocolat parce que vous adorez ça. Votre organisme va considérablement en souffrir. Imaginez qu'il en est de même avec votre intellect. Il a besoin de manger, une alimentation riche, variée, de qualité. C'est là qu'il peut croître favorablement. Il ne s'agira pas d'être le plus beau, le plus grand, le plus intelligent mais juste d'atteindre l'altitude la plus élevée qu'il vous est possible d'atteindre. Mon rôle est de vous donner la meilleure nourriture possible, la plus enthousiasmante pour que vous ayez envie de manger et manger encore, de dévorer même et je considère que c'est une mission de la plus haute importance. Je lui accorderai par conséquent toute mon énergie. Vous, votre rôle, c'est d'entretenir votre désir de grandir, intérieurement, intellectuellement, émotionnellement, en pleine conscience. Votre croissance corporelle est déjà inscrite en vous, vous n'y pouvez rien. Mais pour ce qui est de votre croissance intellectuelle, vous avez un rôle à jouer, un rôle considérablement important. Vous êtes responsables de votre croissance intérieure. Vous deviendrez ce que vous voulez être. "
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Entre discours et réalités
- Par Thierry LEDRU
- Le 03/09/2017
L’étrange méthode du ministre Blanquer
@Joël Saget / AFP Publié le / 0 commentaire
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A quelques jours de la rentrée et après 100 jours d’exercice du ministère, on commence à avoir un peu de recul sur le discours et l’action du nouveau ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer. Omniprésent dans les médias, habile communiquant aux éléments de langage parfaitement rodés (on l'a encore vu toute la semaine et hier soir chez Ruquier), JM Blanquer s’est montré très actif et volontariste durant ses premiers mois rue de Grenelle, récoltant une certaine popularité auprès du grand public. Mais quand on connait les dossiers de l'école dans le détail, certains aspects de sa méthode et de sa communication laissent perplexe.
Double discours et classes à 12
Au ministère, on a vite compris que financer la grande promesse de campagne du candidat Macron, les fameuses « classes à 12 » en CP et en CE1 en éducation prioritaire, n’allait pas être une mince affaire. Très rapidement le dispositif « Plus de maitres que de classes » (PDMQDC) mis en place sous le précédent quinquennat, plébiscité sur le terrain (lire ce post que nous avons consacré au sujet) s’est retrouvé sur la sellette : les maitres +, qui interviennent auprès de petits groupes d’élèves ou dans la classe en fonction des besoins et de l’équipe enseignante, ont vite senti qu’ils seraient les premiers à être « redéployés ». Devant la levée de bouclier venue du terrain, le ministre se veut rassurant : « J’ai entendu les craintes », « il ne faut pas considérer qu’on déshabille Pierre pour habiller Paul ».
Pourtant de nombreux maitres + témoignent, au même moment, du redéploiement sur le terrain.

Quand on lui demande si les classes à 12 se feront au détriment d’autres classes, le ministre répond : « Non, car nous avons des créations de postes à la rentrée. Sur 4000 créations de postes, nous en consacrons 2500 en dédoublement des CP en REP+ ». Là aussi le discours se veut rassurant, mais se heurte à la réalité : les 4000 postes ne sont pas des créations, puisqu’ils ont été budgétés par le précédent gouvernement. 2500 ont déjà été attribués, et 1500 laissés vacants pour être notamment affectés aux remplacements, au renforcement du dispositif PDMQDC et à la formation des enseignants. S’il utilise ces 1500 postes pour les classes à 12, le ministre devra encore en trouver 1000. Alors que la presse commence à titrer sur « l’équation insoluble du dédoublement des CP en REP », le ministre modifie ses éléments de langage et reconnait qu’il va utiliser le dispositif PDMQDC mais réfute l’idée de suppression : « Nous concentrerons une partie de ce dispositif sur les classes de CP en réseau prioritaire, nous ne le supprimons pas : 50 % des maitres + sont maintenus ». Le ministère lie ce redéploiement à la protection des postes de remplaçants : «l’objectif de maintien du potentiel de remplacement et de prise en compte de la démographie appelle à réorienter une partie des postes PDMQDC déjà implantés pour les centrer sur le niveau CP et ainsi assurer la mise en œuvre du dédoublement » comme le reconnait le ministère. Sauf que, d’après Le café Pédagogique, « selon certains hauts fonctionnaires de l'Education nationale, 1 700 PDM seront réaffectés en CP. Les 800 postes restants seront pris sur les remplaçants ».
A la fin de cette longue séquence, le dispositif PDMQDC est bel et bien amputé, le corps de remplaçants ponctionné. Ce ne sont pas les seuls effets collatéraux du financement des classes à 12 : seuls les REP+ étant pour le moment concernés par les classes à 12, certains REP voisins se retrouvent parfois à… 27 par classe.
Double discours, liberté, confiance
Cette tendance à communiquer dans un sens tout en agissant dans l’autre frappe certains observateurs. Stéphane Crochet, instit et secrétaire général du SE-UNSA : « Nous avons l’impression d’être en présence d’un ministre à deux visages. Le ministre a une vision personnelle de ce qui devrait être fait dans chacune des classes de chaque niveau, du primaire au lycée. On pourrait le comparer à un ministre de la santé désireux de prescrire lui-même les protocoles de soins. En éducation, il n’a pas encore dévoilé ni imposé de protocoles, mais on sent bien qu’il a des idées précises. Nous sommes en accord avec lui lorsqu’il répète qu’il faut faire confiance aux enseignants et que l’essentiel se joue dans la classe. Mais, là où nous pensons qu’il faut apporter aux équipes éducatives des éléments de réflexion pour qu’elles décident de la meilleure façon de s’y prendre, le ministre donne l’impression qu’il détient déjà la réponse, quitte à se trouver en contradiction avec le pragmatisme dont il se réclame. (…) Nous sommes toujours, avec lui, à la frontière entre ce pragmatisme revendiqué, la promesse de faire confiance aux équipes et la tentation d’imposer ses prescriptions tout en cultivant une certaine image vis-à-vis de l’opinion publique. »
Partout, le ministre parle de donner « de la liberté aux acteurs », notamment sur le sujet des rythmes scolaires, quand il donne la possibilité de revenir à la semaine de 4 jours : « Les principes sont clairs : donner la possibilité de choisir à l’échelle de chaque territoire, quand existe un consensus local entre les communes et les communautés éducatives. L’inspecteur d’académie pourra donner son feu vert en fonction de la qualité du projet. Notre but n’est pas d’inciter à aller vers des semaines de quatre jours. Il est d’ouvrir une liberté. Il s’agit d’une philosophie que nous appliquons sur beaucoup de sujets : il est important de responsabiliser les acteurs, de laisser les communautés définir ce qui est bon pour elles ».
Voilà pour le discours, mais côté terrain, la réalité tend à montrer que la liberté et le pouvoir ne sont pas dans les mains de l’école, mais des communes et de la hiérarchie – surtout s’il s’agit de rester à 4,5 jours :

A ces professeurs dépités on ne proposera pas de relire ces mots du ministre : « Mon message aux professeurs, c'est celui-là : vous avez en vous les solutions, car vous êtes au plus près des réalités. L'institution ne va pas vous empêcher de les réaliser. Au contraire, elle va vous aider dès lors que cela va dans la bonne direction, à savoir la réussite de l'enfant ».
Des parents d’élèves favorables eux-aussi au maintien de la semaine de 4,5 jours, témoignent dans le même sens : « La communauté de communes a engagé un recours contre la décision de maintenir la semaine de quatre jours et demi contre l’avis du conseil d’école qui était unanime pour protéger l’intérêt des enfants et en accord avec le corps enseignant. L’académie a fait droit au recours de la CDC en validant le retour à la semaine de quatre jours ». A ces parents, on ne proposera pas non plus de lire ces propos du ministre : « Un tiers des communes, en accord avec les conseils d’école, souhaitent revenir à quatre jours de classe dès cette rentrée. Ce mouvement montre que la possibilité que nous avons offerte correspondait bien à une réalité du terrain ».
Pour terminer le chapitre du double discours et de la confiance, un terme encore au cœur de la lettre aux enseignants envoyée quelques jours plus tôt, le ministre déclare sur France Culture début juillet : « Les professeurs sont mal payés, et cela contribue à un manque de vocations, mais aussi de plaisir. Cela pose la question plus générale de la dignité des professeurs. Je me considère comme le ministre des professeurs. (…) Je parle souvent d'une école de la confiance pour une société de la confiance. Cela passe par le pouvoir d'achat des professeurs ». Dans cette interview le ministre parle aussi de « considération de la part du ministère », de « fluidité dans l'évolution des carrières ».
A ce beau discours sur la considération et le pouvoir d'achat, il faut opposer les faits : en quelques semaines, le salaire des fonctionnaires a été gelé, le jour de carence rétabli, l’accord sur l’évolution de carrière des enseignants (PPCR) est menacé, la hausse de la CSG n'a pas été compensée (contrairement au privé) et on n'entend plus parler de la fameuse prime de 3000 € pour les profs d'éducation prioritaire, promesse du candidat Macron. Difficile de construire la confiance là-dessus.
Pragmatique et scientiste… quand ça l’arrange
Avec la confiance, l’autre mot-clé du ministre Blanquer est pragmatisme. Pas une interview sans qu’il vante le « pragmatisme au service du progrès », la volonté de tirer les leçons de la science et des comparaisons internationales et de « regarder avec lucidité ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas ». Mais là aussi, la gestion de plusieurs dossiers vient montrer que ces déclarations d’intention ne trouvent pas toujours de prolongement dans les faits, loin de là.
- dans l’affaire des classes à 12 et du dispositif PDMQDC, le ministre en appelle très rapidement à la recherche : « Nous faisons coexister les deux dispositifs pour pouvoir les évaluer et avancer. Jusqu’à présent les études nationales et internationales ont montré une efficacité des dispositifs de dédoublement. En revanche les dispositifs comparables à “plus de maîtres que de classes” n’ont pour l’instant pas fait preuve de leur efficacité. Mais nous allons évaluer ces dispositifs. A la fin, ce qui compte n’est pas d’être pour ou contre tel ou tel dispositif mais d’atteindre 100% de réussite en CP. Il faut donc être d’un grand pragmatisme ». Pragmatisme peut-être, mais on sent bien que le ministre a déjà choisi son camp ! Une évaluation du PDMQDC était pourtant en cours mais le ministre n’a pas attendu les résultats (prévu pour fin 2017) pour l’amputer sans concertation, en fonction des besoins pour les classes à 12 qui elles non plus n’ont pas été expérimentées et évaluées avant mise en place à grande échelle. Certes, les deux dispositifs vont être évalués, mais l’un est soutenu par le ministre et l’autre non… Comme le notait Libération, « on voudrait affaiblir un dispositif juste avant de l’évaluer qu’on ne s’y prendrait pas mieux ».
- plus étonnant encore, sur les rythmes scolaires. Le ministre, qui propose aujourd’hui le retour à la semaine de 4 jours, était auparavant très opposé à celle-ci : on rappelle qu’en 2010, auditionné pour un rapport parlementaire, JM Blanquer, alors Directeur général de l’enseignement scolaire, avait déploré les journées de 6 heures « trop remplies » avant de dire qu’avec la semaine de 4 jours, « le monde des adultes s’est entendu sur le monde des enfants », avec ce talent de la formule qu’on lui reconnait volontiers. Pour justifier aujourd’hui le retour à 4 jours, le ministre déclare : « Nous devons avoir une approche pragmatique : aucune étude ne montre la supériorité d’une formule sur l’autre », entre la semaine de 4 jours et celle de 4,5. Chez Louise Tourret, dans Rue des écoles sur France Culture, il ira même jusqu’à dire : « Pour tout vous dire, les études qui existent prouvent même une légère supériorité de 4 jours à 4,5 jours ». On est très curieux de lire ces études et de découvrir cette « légère supériorité » ! Car s’il y a bien un dossier qui fait consensus dans le monde scientifique, c’est celui-ci ! Tous les chronobiologistes condamnent ce format de 4 jours, reconnu comme le pire pour les apprentissages des enfants : « La semaine de 4 jours non seulement ne respecte pas les rythmes journaliers de l’activité psychologique et physiologique de l’élève, mais surtout, elle génère une baisse de la vigilance, voire des comportements d’inadaptation à l’école ». L’Académie de médecine est également très claire sur ce sujet : « Les semaines de quatre jours, quatre jours et demi ou cinq jours de classe ont fait l’objet de recherches qui montrent que l’aménagement hebdomadaire en quatre jours n’est pas favorable à l’enfant ».
Que le ministre souhaite justifier une mesure qu’il sait populaire chez les parents et même chez les enseignants, c’est une chose, mais qu’il fasse ainsi un déni de recherche scientifique, lui qui s’en réclame tant, en dit long sur sa vision du pragmatisme et de la science… qu’il sait utiliser quand ça l’arrange et comme ça l’arrange. Comme le résume Luc Cédelle dans La lettre de l’éducation : « S’appuyer sur la recherche se résume souvent, dans tous les camps du débat éducatif, à choisir « ses » chercheurs en fonction d’affinités intellectuelles et/ou politiques fort peu scientifiques ». De fait, quand il parle de s’appuyer sur les sciences, le ministre parle essentiellement des neurosciences. S’appuyer sur celles-ci, pourquoi pas, mais négliger les autres dans les faits, voilà qui est bien peu scientifique.
- autre dossier : le redoublement. Là aussi, la littérature scientifique nationale et internationale est abondante et unanime. On renverra au rapport très complet du Cnesco (Conseil national d’évaluation du système scolaire) : « La recherche internationale montre que le redoublement, au mieux n’a pas d’effet, ou peut s’avérer nocif pour la réussite scolaire des élèves et pour le développement de leur estime de soi ». Un consensus scientifique qui n’empêche pas le ministre de juger « absurde » d’interdire le redoublement. Là aussi, le ministre sait qu’il peut s’appuyer sur l’opinion majoritaire, dans un pays très attaché au redoublement, enseignants compris, un paradoxe relevé par le Cnesco.
- enfin, quelques jours avant la rentrée, le ministre relance la stérile et éculée guéguerre des méthodes de lecture, syllabique vs globale épisode 467, qui n’intéresse plus grand monde dans la profession puisque soyons clairs : la méthode globale (ce monstre du Loch Ness), n’existe plus dans les faits depuis à peu près 30 ans, tout ce qui se fait est de type mixte, un mélange comportant davantage de syllabique que de globale, soit dit en passant. Une sortie très « com’ » de la part du ministre, une fois de plus, ce qui compte ici encore, ce sont les mots : « Pour la lecture, on s’appuiera sur les découvertes des neurosciences, donc sur une pédagogie explicite, de type syllabique, et non pas sur la méthode globale, dont tout le monde admet aujourd’hui qu’elle a eu des résultats tout sauf probants » (dis donc, au passage, en voilà de « la liberté donnée aux acteurs » !, cela faisait longtemps qu’on n’avait pas eu un ministre aussi prescriptif !). Derrière les mots, l’éternel recours aux neurosciences et le discours très marqué idéologiquement, le ministre défend un programme promu par la fondation Agir pour l’école (accointée au think tank libéral Institut Montaigne, proche du Président Macron), le programme PARLER. Le problème, c’est que ce programme a fait l’objet d’un rapport d’expertise pour le moins critique en 2013. Peu importe, le ministre a choisi de s’appuyer sur la recherche qui l’arrange, ici encore.
Annoncer des mesures existant déjà
On a été particulièrement étonné quand le ministre, début juin, a déclaré : « Dès cette année, nous allons donner aux élèves de CM2 la possibilité de bénéficier de soutien gratuit, avant l’entrée en 6e ».

Il se trouve qu’au même moment, je préparais les documents administratifs et pédagogiques destinés à accompagner mes élèves de CM2 auxquels j’avais proposé une semaine de soutien fin août, avant l’entrée en 6ème ! On comprend qu’une telle annonce sonne bien dans les médias et auprès du grand public qui n’ont pas connaissance d’un tel dispositif (qui existe aussi durant les autres vacances), mais personnellement, le coup de com’ m’a laissé baba… Et pourtant, la mesure est fièrement annoncée sur le site du ministère, à partir de 2017 ! Le nom a changé, on parle désormais de "stages de réussite", mais pour le reste, c'est exactement comme avant !...

Quelques jours plus tard le ministre faisait une autre sortie médiatique où il abordait la question du redoublement : « Il n’est pas normal d’interdire le redoublement ». Étonnement, là encore, car le redoublement n’est pas interdit, les textes stipulent qu’il doit « être mis en œuvre à titre exceptionnel ». Plus tard le ministre précise sa pensée sur le sujet : « Je n’ai pas dit que le redoublement était souhaitable. La seule chose que j’ai dite est qu’il est absurde de vouloir l’interdire. On doit éviter les redoublements en proposant du soutien, de l’accompagnement. Mais, dans certains cas qui doivent rester rares, il peut être bénéfique pour des enfants qui ont besoin de plus de temps que les autres pour leurs apprentissages ».
Au jeu du dictionnaire des synonymes, on passe donc de « redoublement à titre exceptionnel » à « redoublement dans certains cas qui doivent rester rares ». Pas de quoi faire la Une des journaux en fanfare.

Marotte
JM Blanquer est un passionné de musique, parait-il. Toujours début juin, le ministre annonce : « Quand on se compare aux autres pays, on voit que la musique occupe une place insuffisante en France (…). Et je vous l’annonce, on fera la rentrée en musique, dans un maximum d’endroits dès cette année, en mobilisant les élèves de l’année précédente ou des orchestres extérieurs. L’idée est de montrer que la rentrée est un jour à vivre non pas avec inquiétude mais avec joie et confiance ».
Au détour d’un article, on comprend d’où vient cette idée : dans son livre « L’Ecole de la vie », le ministre « rend ainsi hommage à "cette directrice d'école maternelle à Cayenne" qui, alors qu'il était recteur en Guyane, "avait eu l'excellente idée de commencer l'année en musique en faisant chanter les enfants les plus grands pour accueillir les plus petits. Il n'y avait presque pas eu de larmes ce jour-là." » Que le ministre ait été touché par cette belle initiative peut se comprendre, elle est tout à fait originale et intéressante, bravo à la directrice pour avoir trouvé cette façon d’accueillir les nouveaux élèves. Mais de ce souvenir charmant, fallait-il faire une injonction ministérielle ? Car c’est bien ainsi que la chose se présente, les recteurs ont reçu une « information » (en fait, circulaire qui ne dit pas son nom) sur « La rentrée en musique », où il est dit que « les équipes éducatives évalueront la forme et le moment les plus adaptés pour cet événement qui interviendra le lundi 4 septembre 2017 ». Des ressources d’accompagnement sont mises en ligne et des répertoires à chanter sont proposés.
Outre la difficulté à organiser techniquement une telle chorale (le ministre sait-il le temps de répétition nécessaire ?) ce qui a le plus surpris sur le terrain est le côté très vertical de la mesure, venant de quelqu’un qui prône officiellement la liberté des équipes éducatives et l’esprit d’initiative des enseignants. Et puis, que diable, nous n’avons pas attendu « la rentrée en musique » pour accueillir chaque année dans nos écoles et dans nos classes les nouveaux élèves avec le plus de bienveillance possible ! Il y a mille manière de le faire, pourquoi nous imposer celle-ci !

Un ancien inspecteur d’académie s’étonne de ces instructions « peu compatibles avec la volonté affichée par le ministre d’élargir l’autonomie des établissements scolaires en faisant confiance aux enseignants. (…) On peut de demander si cette information-invitation-instruction ne traduit pas une nouvelle fois l’écart entre le dire et le faire, le dire valorisant l’autonomie des acteurs, le faire prenant des moyens détournés pour maintenir un régime d’injonction bureaucratique « allégé », descendant du sommet vers la base. Autrement dit, certains discours ministériels pourraient n’être que "de la poudre de perlimpinpin" ». Peut-être bien, en effet.
Suivez l'instit'humeurs sur Facebook et sur Twitter @LucienMarboeuf.
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"Vis ma vie d'instit"
- Par Thierry LEDRU
- Le 02/09/2017
"Vis ma vie d'instit" : la presse en parle

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LA PRESSE A AIME LE LIVRE
« Rares, et d’autant plus précieux, apparaissent ainsi les témoignages de l’intérieur qui éclairent le fonctionnement quotidien de l’institution éducative de manière à la fois détaillée et nuancée. D’où le prix de l’essai de Lucien Marboeuf. Au-delà des batailles doctrinales, il dévoile la réalité la plus concrète des « préaux de la République ». Rien, vraiment, de la réalité scolaire et de ses innombrables défis actuels n’échappe à l’attention et à la lucidité de cet instit écrivain… » Marianne
« Il y a là réunis tous les ingrédients d’un joli livre sur l’école. Un plaidoyer sans prétention, mais plein d’humanité, beaucoup de joie, de plaisir d’enseigner. Aucun signe de renoncement dans ce petit ouvrage mais un rappel, utile en cette période de rentrée, que l’école ne dispose pas de recette miracle… si ce n’est l’engagement, quotidien et souvent exemplaire, de l’enseignant ». Le Monde
« Pas de doute, Lucien Marboeuf sait y faire, il sait nous faire entrer à pas de loup dans sa classe, nous faire découvrir ce que vivent nos enfants... et ceux qui ont fait le choix de les aider à grandir. » Le Dauphiné Libéré
« La rentrée c'est aussi le moment où fleurissent les livres sur l'Ecole. Tout le monde a un avis à donner, une expérience à imposer comme une réponse aux problèmes scolaires. Le livre de Lucien Marboeuf se détache très nettement de ces livres. Pas de leçons. Pas de grandes phrases. Du vécu bien compris. Du respect pour les maîtres qui au quotidien font leur maximum pour que l'école fonctionne avec leur savoir et leur cœur d'homme. Finalement "Vis ma vie d'instit" c'est aussi le livre qu'on aimerait offrir à tous "ses" parents pour qu'ils comprennent ce qu'est l'Ecole. » Le Café Pédagogique
Il y a aussi eu les interviews du Figaro, de ce cher J.J. Bourdin sur RMC / BFMTV, et ma préférée, celle de France Info...
LES PROFS ONT AIME AUSSI !
« Je viens de lire ce livre et je vais le recommander à mes étudiants de l'ESPé Clermont Auvergne. On y trouve de bonnes raisons de s'engager dans ce métier. Bravo Lucien et merci. » Roland Goigoux« La sortie du livre écrit par l'instituteur blogueur Lucien Marboeuf est un événement de la rentrée 2015. À l'encontre de la production éditoriale usuelle dans ce domaine, ce n'est pas un livre de déploration décliniste. Au contraire, c'est un livre qui cherche d'abord à rendre compte de la réalité d'un enseignant ordinaire de l'école primaire, avec ses plaisirs professionnels, ses doutes et ses regrets. C'est un livre de vie, parce qu'il rend compte à sa manière d'une réalité indépassable : pour les enfants, l'école, c'est la vie. » Dominique Momiron, inspecteur de l’EN
« Offrez-le vous, il vaut le coup. Offrez-le à vos proches. Vous pourrez leur dire sans mentir que ce que raconte Lucien, vous l'avez vécu dans votre classe. On ressort de cette lecture fiers de faire notre métier et heureux qu'il soit si bien révélé. » Charivari, enseignante, sur son blog.
« Lucien Marboeuf a su retranscrire l'exacte réalité de ces instits qui, soucieux de leurs élèves, s'interrogent sur leur pratique quotidienne. Livre drôle et touchant, il peut être lu comme un dialogue avec un collègue, si on est enseignant, ou comme la découverte d'un métier loin des clichés pour les autres. Une sorte de "phénoménologie" du métier d'instit que certains philosophes pourraient lire. » Sébastien Rome, enseignant.
« Lucien a branché pour vous une caméra dans son école 24h/24, mais avec le filtre bien particulier de sa perception très humaine de son métier d’enseignant. L’amour de ses élèves transparaît de ce bouquin. « Vis ma vie d’instit » est le genre d’écrit que je pourrais me relire les veilles de rentrées, juste pour me souvenir que mon métier, c’est avant tout des enfants, et que c’est pour eux que je me lèverai chaque matin ! » Jean Roch Masson, enseignant, sur son blog
« Non seulement Lucien Marbœuf parle avec passion de notre métier qu'il connait intimement, mais il le fait avec un talent d'écriture certain, et souvent avec un humour qui réjouit l'âme. Le "Vis ma vie d'instit" de Lucien Marbœuf est un livre salutaire. Il est drôle mais il est réfléchi, il détend et soulage car il nous démontre qu'aucun d'entre nous n'est seul dans sa mission, et ça fait beaucoup de bien. » Le Confort Intellectuel, enseignant, sur son blog.
« Quelle joie de voir, sous une plume plaisante à lire car fluide et pleine d'humour, surgir mon quotidien... Merci à Lucien Marboeuf pour ces quelques heures pendant lesquelles j'ai souri, ri parfois. Pendant lesquelles je me suis émue pour des élèves et des enseignants inconnus mais si proches de ceux que je côtoie. Un livre à faire lire aux parents pour qu'ils comprennent les difficultés de notre métier au lieu de ne voir que les longues vacances scolaires et les grèves qui les embêtent. Un livre dont la lecture pourrait également ouvrir les yeux de nos politiques avec leurs réformes ineptes qui se succèdent. » Babouilla, enseignante, sur son blog.
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CG Jung et l'inconscient collectif
- Par Thierry LEDRU
- Le 31/08/2017
Quand on pense qu'un certain nombre d'individus considèrent qu'ils sont "libres"... Nous sommes justes libres de prendre conscience de nos enfermements et à partir de là, tenter de nous en extraire, si nécessaire.
Carl Gustav Jung - L'inconscient collectif
26.08.2017, 10:002 commentaires
http://www.hypnose-deconditionnement.com/blog/2017/08/26/jung-linconscient-collectif-hypnose-marseille-13

Carl Gustav Jung - L'inconscient collectif
L'inconscient collectif est un concept de la psychologie analytique s'attachant à désigner les fonctionnements humains liés à l'imaginaire, communs ou partagés, quels que soient les périodes et les lieux, et qui influencent et conditionnent les représentations individuelles et collectives.
Selon le psychiatre suisse Carl Gustav Jung ,créateur du concept, l'inconscient collectif constitue « une condition ou une base de la psyché en soi, condition omniprésente, immuable, identique à elle-même en tous lieux » Toujours selon lui, « Les instincts et les archétypes constituent l'ensemble de l’inconscient collectif. Je l’appelle "collectif" parce que, au contraire de l’inconscient personnel, il n’est pas fait de contenus individuels plus ou moins uniques ne se reproduisant pas, mais de contenus qui sont universels et qui apparaissent régulièrement. »
La notion d'inconscient collectif chez Carl Gustav Jung est basée sur son travail avec des individus schizophrènes.
Pour Jung, reconnaître l'existence et l'influence de l'inconscient collectif, c'est reconnaître que « Nous ne sommes pas d'aujourd'hui ni d'hier ; nous sommes d'un âge immense. »
Inconscient individuel et collectif : Jung Vs Freud
Bien qu’initialement Jung ait repris la théorie de Freud sur l’inconscient (couches psychiques formées par de multiples désirs refoulés), il a ensuite critiqué la notion d’inconscient de Sigmund Freud dans la mesure où Freud, selon Jung, a manqué la plus grande partie de l’inconscient en le réduisant à une profondeur individuelle.
Les valeurs étalons constituent la structure de l’inconscient collectif – ils sont des dispositions psychiques issues de l’expérience et représentent la base du comportement humain. Ainsi la relation mère-enfant est régie par le modèle de la mère. La naissance et la mort, le pouvoir et l’échec sont contrôlés par des modèles d'archétypes. L’expérience religieuse et mystique sont également régies par des archétypes modélisés.En d'autres termes, un enfant issue d'un environnement familial monothéiste qu'il soit catholique, juif ou musulman à de fortes chance de reproduire le paradigme spirituel de sa mère.
Mais le plus important de tous est le Soi, qui est l’archétype central de la personne psychique.Les archétypes se manifestent à travers des images modélisés (dans toutes les cultures et les doctrines religieuses), dans les rêves et les visions.
Par conséquent, Jung se concentre sur l’interprétation des rêves et des symboles afin de découvrir la signification induite par les archétypes comme des marques de la transformation de la psyché.
L’inconscient collectif est une donnée universelle, qui est, chaque être humain est doté de cette couche archétype psychique depuis sa naissance. On ne peut pas acquérir cette strate par l’éducation ou par d’autres efforts conscients, car il est inné.Jung a déclaré que l’expérience religieuse doit être liée à l’expérience des archétypes de l’inconscient collectif.
Dans Dialectique du moi et de l’inconscient, Jung parle des archétypes comme d’images virtuelles : "La forme et la nature du monde dans lequel l’être naît et grandit sont innées et préfigurées en lui sous forme d’images virtuelles". Ainsi donc les parents, la femme, les enfants, la naissance et la mort sont innés pour l'individu sous forme de disponibilités psychiques préexistantes, sous des formes d’images virtuelles, qui "sont comme le sédiment de toutes les expériences vécues par la lignée ancestrale ; elles en sont le résidu structurel, non les expériences elles-mêmes". "Tant que ces couches d'images … Ne sont pas meublées de contenus conditionnés par le vécu, il faut les penser comme des cadres vides ; à cause de cela elles demeurent invisibles et inconscientes. " Elles n’acquièrent teneur et par conséquent influence sur le sujet ... qu’en tombant en concordance avec une donnée vécue"
Qu’est-ce que l’inconscient collectif ? La définition de Gustav Carl Jung :
« Ma thèse est donc la suivante: en plus de notre conscience immédiate, il existe un second système psychique de nature collective, universelle et impersonnelle qui est identique chez tous les individus. Cet inconscient collectif ne se développe pas individuellement, mais est hérité. Il se compose de formes préexistantes, les archétypes, lesquels donnent un sens aux contenus psychiques »
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Harcèlement sexuel et prison
- Par Thierry LEDRU
- Le 31/08/2017
4 mois de prison pour une main aux fesses, on fait moins les malins hein ?
Par Mymy | | 55 Commentaires
Un homme ayant claqué les fesses d'une inconnue sans son consentement a été condamné à 4 mois de prison ferme. Ce verdict fort indique que peu à peu, la lutte contre le sexisme avance.

Même si l’égalité hommes-femmes est inscrite dans la loi, elle n’est pas toujours respectée dans la vie en société.
Le droit des femmes à disposer de leur corps n’est pas toujours une réalité.
Harcèlement de rue, harcèlement sexuel, agressions sexuelles, attouchements… en France, en 2017, ce sont des actes courants, quasi-quotidiens, trop souvent impunis.
Mais un verdict rendu à Strasbourg donne de l’espoir : dans le futur, espérons-le, ces gestes seront inacceptables et sévèrement punis.
Un agresseur condamné à 4 mois de prison pour une main aux fesses
C’est 20 minutes qui relaie l’affaire.
Ce jeudi 24 août 2017, une jeune femme de 19 ans a été agressée par un homme d’environ 50 ans, ivre. Il lui a marmonné quelque chose avant de lui frapper la fesse droite.
La police, prévenue par un passant, l’a interpellé. Déjà titulaire d’un lourd casier judiciaire, l’homme a été condamné à 4 mois de prison ferme et 500€ de dommages et intérêts.
À lire aussi : Agression sexuelle et dépôt de plainte : les conseils d’un policier
L’agresseur, encore une fois, n’était pas un fou
La victime de cette agression s’exprime dans les Dernières Nouvelles d’Alsace.
« Son geste était voulu. […] Pour lui, c’est un geste normal. »
À lire aussi : J’ai pris un coup par un harceleur de rue (et il l’a payé cher) — Témoignage
Quant à l’agresseur, il a déclaré :
« C’est vrai j’ai fait une erreur. C’est la honte. […] C’est comme ça, pour rigoler. »
Son avocat indique qu’« il n’a pas vraiment de déviance sexuelle ».
Et ça ne me surprend pas, en réalité. Car si tous les mecs qui se permettent de s’approprier le corps des femmes souffraient de déviances sexuelles, imaginez le nombre de personnes à traiter !
Non, tous ces hommes qui sifflent, commentent, insultent, malmènent, tripotent, agressent, violent les femmes ne sont pas des malades. Ils sont le produit d’une société sexiste.
Leur attitude est « normale » à leurs yeux. « C’est pour rigoler ».
Un verdict lourd de sens
Ce verdict me ravit — et je dois dire que je n’ai pas été surprise d’apprendre que c’est une femme, la procureur Valérie Iltis, qui a requis de la prison ferme, indiquant « partager le ressenti de la victime ».
Si ça peut faire réfléchir certains malotrus aux mains baladeuses, alors oui, collons en taule les frotteurs, les pinceurs, fesseurs et autres agresseurs.
À lire aussi : France, 2017 : des femmes refusent les avances d’un homme, il leur tire dessus
Mais ne faisons pas que ça. Éduquons-les, éduquons-nous, les enfants comme les adultes.
Parlons de l’égalité, du sexisme « ordinaire », de la culture du viol, du droit à disposer librement de son corps qui devrait être inaliénable pour chacun•e.
Un pas en avant contre le sexisme, sur un long chemin
Bon, bien sûr, j’ai déconné : j’ai été voir les commentaires faisant suite à l’article de 20 minutes. Connaissez-vous la loi de Lewis ? Selon elle :
As I've just told @alicetiara, the comments on any article about feminism justify feminism. That is Lewis's Law.
Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité
« Les commentaires sous chaque article parlant du féminisme suffisent à justifier l’existence du féminisme. »
Et celui-ci ne fait pas exception à la règle.
Voyons voir…

Spoiler, Roubignolles : tu n’en as jamais eu le droit ! Pas sans le consentementde la personne rattaché aux dites fesses. C’est fou hein.

Alors là champion.
Mais attendez si on réfléchit bien à mon avis c’était un tour de magie !!!! Voyez : il lui a touché le cul et hop, la femme a gagné 500€ !
C’est encore mieux que Now You See Me…
Bon, trêve de plaisanteries : en vérité, je suis assez agréablement surprise car il y a beaucoup, BEAUCOUP de commentaires disant que c’est bien de sanctionner cet acte, qu’il ne faut pas agresser si on ne veut pas être puni•e, etc.
La preuve qu’à force d’en parler, les choses avancent, et dans le bon sens !
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Le clitoris
- Par Thierry LEDRU
- Le 31/08/2017
C'est effrayant en fait... En 2017... Et personnellement, je vois cela comme un déni de "la femme".
"Prof de SVT depuis dix-huit ans, j’ai découvert cette année ce qu’était vraiment le clitoris"
"Il faut faire la promotion du clitoris."
Premier schéma représentant le clitoris dans un manuel scolaire. Il s'agit d'une initiative des éditions Magnard. (Magnard) A 44 ans, quand Jérôme apprend ce qu’est vraiment le clitoris, il constate le même manque d’information auprès de ses élèves. Ce professeur de SVT se réjouit de la parution cette année du premier schéma détaillé du clitoris dans un manuel scolaire.
Floriane Valdayron
Depuis douze ans, Jérôme est professeur de Sciences et Vie de la Terre (SVT) dans un lycée mulhousien. Avant cela, il avait enseigné dans divers collèges pendant six ans. Pourtant, ce n’est que cette année, à 44 ans, qu’il a appris ce qu’était réellement le clitoris.
L’enseignant est loin d’être un cas isolé : d’après un rapport du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes paru en juin 2016, une adolescente de 15 ans sur quatre n’a pas conscience d’avoir un clitoris. 84% des filles de moins de 13 ans ne savent pas comment représenter leur sexe alors qu’elles sont capables, à 53%, de dessiner le sexe masculin.
Pour la rentrée 2017, les éditions Magnard publient le premier manuel scolaire représentant en détails le schéma du clitoris. Jérôme s’en réjouit. Pour lui, informer les jeunes sur leur corps est une nécessité :
"Je suis professeur de SVT depuis dix-huit ans dans l’enseignement secondaire. A côté de ça, je suis papa ; j’ai deux jumelles de 4 ans et demi. Ça me paraît évident et essentiel qu’on les informe sur le clitoris quand elles seront au collège.
Comme les garçons, c’est important que les filles se connaissent, qu’elles sachent et comprennent comment elles sont faites. C’est par l’information que l’on peut découvrir son corps et le plaisir.
L’éducation que l’on fait en SVT est principalement fondée sur l’anatomie, la biologie et les hormones. On aborde les choses de manière très mécanique ; on ne parle pas beaucoup de ce qui touche au plaisir. Même si des sages-femmes et des infirmières interviennent pour aborder l’éducation sexuelle autrement qu’à travers les aspects anatomique et mécanique, cela reste insuffisant.
Quand j’étais étudiant, le clitoris était déjà réduit à un petit bouton
Dans le courant de l’année, j’ai vu passer un tweet avec l’image d’un clitoris imprimé en 3D. Il s’agissait de l’œuvre de la chercheuse Odile Fillod, qui avait créé en 2016 un modèle de cet organe à taille réelle. J’ai cliqué sur le lien qui accompagnait la photo. En plus de trouver l’article très intéressant, j’ai réalisé que je n’étais pas au courant de l’immensité du clitoris. J’ai pourtant une maîtrise en SVT.
Au cours de ma formation, j’ai étudié l’embryologie, la manière dont se forment les organes reproducteurs, et l’influence du cerveau sur la reproduction. Le plaisir était absent des programmes.
C’était déjà tabou quand j’étais élève dans le secondaire. Au collège, on avait étudié l’anatomie, mais on ne savait rien. Comme aujourd’hui, les manuels scolaires réduisaient le clitoris à un petit bouton, c’était tout. Il était nommé mais il ne s’agissait que d’un point minuscule, quasiment invisible. Au lycée, on étudiait seulement les hormones. On n’est jamais revenu sur le clitoris.
Plus largement, en société, on ne parlait jamais de ça. Seules des idées préconçues très simples circulaient, avec notamment les clichés sur les femmes vaginales et clitoridiennes.
Les années 1990 ont changé la donne, quand des Rwandaises ont immigré en France à cause de la guerre qui sévissait dans leur pays. Certaines étaient excisées ; ce sujet a donc fait surface. On disait que cette mutilation était atroce, qu’on enlevait aux femmes l’organe du plaisir. Moi je ne savais pas exactement en quoi cela consistait.
Mes lycéens connaissent très bien l’anatomie masculine mais pas féminine
Cette année, quand j’ai lu l’article sur le clitoris, je travaillais sur le thème féminin/masculin avec des élèves de première ES. J’ai décidé que j’allais leur en parler au prochain cours.
En général, ils connaissent tous très bien l’anatomie masculine, car elle est visible de l’extérieur. Mais je me suis dit qu’ils ne devaient pas savoir grand-chose de l’anatomie féminine puisque les manuels ne montrent que des coupes internes avec les organes vus de l’intérieur. Alors j’ai demandé à mes élèves ce qu’ils connaissaient du clitoris.
Ils m’ont dit qu’il mesurait un ou deux centimètres au maximum, que le clitoris était l’organe du plaisir féminin et qu’il était visible de l’extérieur. Ils ne savaient pas que le clitoris avait plus de terminaisons nerveuses que le pénis par exemple. Ni qu’il était constitué d’un gland et d’un prépuce, certes visibles de l’extérieur, mais que le gland se prolongeait à l’intérieur du corps.
L’anatomie est étudiée au collège ; techniquement, les lycéens devraient savoir tout ça. Mais ce n’est pas de leur faute si les manuels ne transmettent pas ces informations.
J'étais stupéfait en voyant le schéma du clitoris
Quand je leur ai montré le schéma du clitoris, j’ai senti que mes élèves étaient gênés. Les garçons étaient un peu rigolards. Les filles ne disaient pas grand-chose. Elles observaient, elles écoutaient. Dans son ensemble, la classe était très attentive.
Bien qu’ils ne l’aient pas exprimé verbalement, j’ai surtout remarqué la surprise des adolescents ; ça se voyait sur leur visage et quand ils chuchotaient entre eux. Je pense qu’ils étaient aussi stupéfaits que moi quand j’ai découvert ce qu’était réellement le clitoris.
Ça ne sert à rien de se vanter d’avoir un pénis.
Pendant nos cours de SVT, nous avions précédemment parlé de la notion de plaisir chez les hommes et les femmes, en faisant le rapprochement avec les animaux puisque nous avons le même mécanisme qu’eux. Nous avions insisté sur une différence de taille : le cortex cérébral, qui est très développé chez les humains.
Le jour où j’ai montré à la classe ce qu’était le clitoris, le sujet est revenu : des filles disaient qu’elles avaient l’impression que certains garçons se comportaient comme des bêtes qui voulaient leur sauter dessus. On a entamé un dialogue autour de la nécessité du dialogue et des caresses.
On est parti du clitoris pour parler du comportement entre les êtres humains ; c’était très constructif. J’ai dit aux garçons qu’ils devaient relativiser l’importance qu’ils apportaient à la taille de leur sexe et que ça ne servait à rien de se vanter d’avoir un pénis qui dépasse, puisque les filles ont la même chose. On en a parlé librement, de manière légère.
Parler du clitoris pourrait faire évoluer les mentalités
Dans notre société, il y a une différence de traitement entre les garçons et les filles, c’est indéniable. Les jeunes hommes se targuent de leurs attributs, alors que le clitoris a été occulté pendant longtemps. Les adolescentes aussi devraient pouvoir être fières de leur anatomie. Je pense que parler du clitoris et éduquer les jeunes à cet organe pourrait vraiment faire évoluer les mentalités ; et avec un peu de chance, les comportements.
Après avoir fait le cours sur le sujet, j’ai raconté à mes collègues la réaction des élèves. Je leur ai dit que ce serait génial que l’on se procure une imprimante 3D pour imprimer le modèle d’Odile Fillod. On ne peut décemment pas se contenter de la maquette de l’école – qui est récente, elle a deux ans – où le clitoris n’est pas représenté dans sa totalité.
Je trouve cela très bien que les éditions Magnard publient un manuel avec un véritable schéma. Cependant, les livres ne sont qu’un des supports à notre disposition. Nous devons aussi exploiter les ressources internet. Dans l’établissement dans lequel j’enseigne, nous avons ainsi prévu de mettre à jour ce que nous allons transmettre aux élèves à la rentrée. Il faut que les savoirs soient actualisés.
Un pas tardif vers l’égalité femmes-hommes
L’initiative de Magnard est très positive, mais c’est le seul éditeur de manuels à l’avoir prise. C’est trop peu. Il faut faire la promotion du clitoris. Quand j’ai découvert l’étendue du sujet, j’en ai parlé à des amis. Je vois bien que c’est quelque chose qui intrigue car je retrouve souvent la même surprise chez les gens. Je ne suis pas le seul qui ne connaissait pas cet organe dans sa globalité.
Je ne sais pas à quoi est dû le retard de la France ; peut-être à des tabous, à une méconnaissance. J’ai l’impression qu’une sorte d’inertie s’est transmise. C’est hallucinant que la première reproduction d’un clitoris dans un manuel scolaire n’arrive qu’en 2017, mais je préfère voir ça comme un pas tardif vers l’égalité femmes-hommes.
Je suis plein d’espoir. Je pense que les gens vont très rapidement mettre leurs connaissances à jour. Les consciences vont s’éveiller à travers l’éduction au collège et au lycée. Bientôt, le clitoris invisible, ce sera fini !
Propos recueillis par Floriane Valdayron
"On commence à peine à en parler" : la lente évolution de la représentation du clitoris
L'organe est, pour la première fois, représenté en détail dans un manuel scolaire pour la rentrée 2017.
La chercheuse française Odile Fillod a permis, en 2016, l'impression en 3D d'un clitoris. (FRANCEINFO) 
Camille AdaoustFrance Télévisions
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Le clitoris débarque dans les manuels scolaires. A la rentrée, les élèves de collège et lycée, en cours de Sciences de la vie et de la Terre (SVT), vont pouvoir découvrir la forme, la vraie, d’un clitoris. Enfin, seulement ceux qui consulteront le manuel des éditions Magnard. Car la lente évolution de la représentation de l’organe du plaisir féminin n’a pas encore atteint tous les livres scolaires.
L’organe est en effet passé par plusieurs phases, d’une période de progrès scientifiques à une véritable omerta. Franceinfo a demandé au sexologue Jean-Claude Piquard, auteur de La Fabuleuse Histoire du clitoris (éditions H&O), de retracer l’histoire de l’organe du plaisir féminin.
Au XVIe siècle, la découverte
En 1558, c’est la grande découverte. L’anatomiste italien Colombo parle, pour la première fois, du clitoris. Il décrit essentiellement sa fonction érogène. "Il faut attendre 1600 pour la première représentation graphique. C’était déjà très proche de la réalité. On voyait le gland, le corps et les deux piliers, raconte Jean-Claude Piquard. L’époque a assisté à de grands progrès sur l’organe féminin."
En 1600, une première illsutration du clitoris est publiée. (JEAN-CLAUDE PIQUARD) 1850, la grande étape
En 1850, les études de l’anatomiste allemand Georg Ludwig Kobelt sont publiées en français. Il y fait de grandes découvertes sur le clitoris : les bulbes vestibulaires, par exemple, que l'on voit sur l'illustration ci-dessous. "Il a également compris, en suivant les nerfs, que le clitoris regroupait une très grande terminaison nerveuse", ajoute Claude Piquard .
En 1850, l’anatomiste allemand Georg Ludwig Kobelt illustre les bulbes vestibulaires du clitoris. (JEAN-CLAUDE PIQUARD) Dans les écrits médicaux publiés au XIXe siècle, le sexologue salue une grande connaissance de l’organe. "Il était connu et reconnu en tant qu’organe du plaisir féminin." A l’époque, "les spasmes sexuels" féminins sont considérés comme nécessaires pour l’augmentation de la fertilité. "De 1750 à 1880, la masturbation était conseillée en couple", relate Jean-Claude Piquard.
1880, la dégringolade
"Seulement vers 1880, la médecine découvre que la procréation est liée à la rencontre entre le spermatozoïde et l’ovule, et que l’ovule dépend du cycle menstruel, plus du tout du plaisir féminin", poursuit Jean-Claude Piquard. De nécessaire, le clitoris devient rapidement dangereux. "La masturbation en couple, à l’époque, était vue comme un moyen de contraception. Et pour la pensée nataliste, elle était un vrai problème", précise-t-il. Cette image, qui veut démontrer les méfaits de la masturbation, illustre son propos :
Un livre publié au XIXe siècle veut prouver les méfaits de la masturbation. (JEAN-CLAUDE PIQUARD)
Un livre publié au XIXe siècle veut prouver les méfaits de la masturbation. (JEAN-CLAUDE PIQUARD) Freud, que Jean-Claude Piquard surnomme "le grand exciseur", vient alors empirer la situation. Il répand l’idée qu’une fois pubère, une jeune fille ne doit"investir que son vagin, et non plus son clitoris, pour devenir une femme", rapporte Jean-Claude Piquard.
L’omerta des années 1960
Le silence sur le clitoris atteint son apogée dans les années 1960 d’après le spécialiste. "Le clitoris a peu à peu reculé." Dans les traités anatomiques, les Gray's Anatomy, qui sont mis à jour tous les dix ans environ, seules quatre lignes sont consacrées au clitoris pendant la période. Sur les illustrations, il disparaît peu à peu, comme le montre l'image ci-dessous. "Quand on pense qu’avant ça, quatre pages détaillaient l’organe, expliquaient sa neurologie, etc", regrette le sexologue, qui parle d’une "mise à nuit". Il a pu consulter les dictionnaires de l’époque, dans lesquels le mot "clitoris" n’est même plus défini. "La science a reculé devant une idéologie nataliste", déplore-t-il.
Dans l'édition de 1948 des traités anatomiques, le clitoris a disparu. (JEAN-CLAUDE PIQUARD) Le sexologue tient à rappeler un épisode qu'il juge significatif : "Le clitoris et la vulve ont fait une petite apparition dans les manuels de sciences naturelles dans les années 1980, mais ils ont été rapidement supprimés après une attaque en justice de groupes religieux."
La lente prise de conscience, jusqu'à 2017
C’est l'urologue australienne Helen O'Connell qui vient briser l’omerta, en 1998. Elle décide de publier un dessin détaillé du clitoris, que l'on peut observer ici. "Mais la médecine sexologique a pris beaucoup de retard", note Jean-Claude Piquard.
L'urologue australienne Helen O'Connell publie en 1998 un dessin détaillé du clitoris. (JEAN-CLAUDE PIQUARD) Dans les classes, le clitoris est rarement abordé. Dans le cadre de son mémoire, Annie Sautivet a réalisé une étude (publiée sur le site de Jean-Claude Piquard) en 2009 dans un collège de Montpellier (Hérault). Elle y explique que seules 16% des jeunes filles de 4e interrogées et 35% des élèves de 3e connaissent les fonctions du clitoris. Les professeurs racontent, en effet, que l'organe n'est que rarement évoqué pendant les études de médecine. "Au cours de ma formation, j’ai étudié l’embryologie, la manière dont se forment les organes reproducteurs, et l’influence du cerveau sur la reproduction. Le plaisir était absent des programmes", confirme un professeur de SVT de Mulhouse (Haut-Rhin) à L'Obs.
FRANCEINFO "Dans les manuels, il faut attendre 2017 pour que le clitoris revienne. Et un seul a franchi le pas", note Jean-Claude Piquard. Pour cette rentrée en effet, seule l’édition Magnard a illustré l’organe dans sa totalité, comme le montre ce montage publié sur Facebook.
"On commence à peine à en parler, il y a des initiatives", se réjouit Jean-Claude Piquard, qui évoque l’impression en 3D d’un clitoris par la chercheuse Odile Fillod, en 2016. Pour le sexologue, le clitoris a pourtant encore beaucoup de chemin à faire. Et pour accélérer les choses, Jean-Claude Piquard n’hésite pas à dessiner l’organe grandeur maximale dans des champs : 120 mètres, comme le décrit France Bleu, pour dénoncer le silence autour de cet organe.
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Tao Te King
- Par Thierry LEDRU
- Le 30/08/2017

C'est ça peut-être ça, cette impression délicieuse du "vide" originel, de la présence la plus essentielle, lorsque je monte là-haut. Je me souviens de mes premiers séjours en montagne, je courais pour gravir les sommets comme si ma vie en dépendait mais c'est l'élaboration de l'image qui me convenait, que je cherchais en réalité, une forme de reconnaissance sociale et d'estime de moi-même...Je n'aimais pas réellement les montagnes mais bien davantage ce qu'elles me permettaient de devenir.
Il faut vieillir pour apprendre à se regarder sans œillères. Il m'a fallu très longtemps pour comprendre le vide intérieur.
C'est le non-être qui m'émeut désormais. Et je vais en montagne pour le retrouver." Nous joignons des rayons pour en faire une roue,
mais c 'est le vide du moyeu
qui permet au chariot d 'avancer.
Nous modelons de l 'argile pour en faire un vase ,
mais c 'est le vide du dedans
qui retient ce que nous y versons.
Nous clouons du bois pour en faire une maison
mais c 'est l 'espace intérieur
qui la rend habitable.
Nous travaillons avec l 'être,
mais c 'est du non-être dont nous avons l 'usage."
LAO TSEU
TAO TE KING
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En amour.
- Par Thierry LEDRU
- Le 30/08/2017

On ne fait pas l'amour, c'est l'Amour qui nous fait. On ne fait pas l'amour, on est dans l'Amour. Et quand "on naît" dans l'Amour, il apparaît un état particulier, un état de conscience modifiée. Non pas comme lors d'un voyage vers "l'au-delà" mais un voyage vers "l'en-dedans".
"Cet amour que je ressens me remplit d'allégresse mais qui reçoit cet amour ? Qui est là pour aimer et être aimé ?"
L'état de conscience amoureux est un état spirituel qui ramène incessamment de l'autre vers soi, non pas dans une dimension rationnelle, sinon, ça ne serait pas de l'amour, mais dans une dimension holistique.
Il ne s'agit pas, a priori, de l'intégralité de l'individu, car qui pourrait affirmer se connaître intégralement, mais en tout cas de l'intégralité de que l'individu sait de lui à travers l'exploration amoureuse.
L'aventure amoureuse est un état de conscience modifiée puisqu'il s'agit de deux consciences associées vers le même horizon, un état de conscience supérieure. Mais cet état de consciences associées ouvrant des espaces inconnus ne peut prendre forme qu'à partir du moment où chaque individu peut répondre aux questions essentielles : "Qui est là pour aimer et être aimé ?" Qui suis-je quand j'aime ?"
Car qui pourrait aimer sans se connaître ?Etre "en amour" comme on serait "en voyage", explorer le soi pour parvenir au nous.
Helen Lewis