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  • "SDF, mon impuissance."

    JUSTE MAGNIFIQUE...

  • "Faut-il aimer les élèves?"

    Je n'aime pas le titre de l'article et de l'injonction induite car il ne s'agit pas d'un "devoir" mais d'une évidence. Une évidence qui si elle n'est pas préservée prive l'enseignant de la nature même de sa fonction : aimer enseigner et par conséquent aimer ceux qui le sont.

    Il est impossible à mes yeux de transmettre des connaissances sans aimer le faire. Mais peut-on aimer transmettre des connaissances à un mur ? à une plaque d'égoût ? Non, bien entendu et cela signifie donc que l'enseignant ne peut qu'aimer, à priori, les individus auxquels ils s'adressent. Ce qu'il aime, c'est de transmettre et il est donc inévitable et même totalement honorable d'aimer les individus qui par leur existence rendent possible et nécessaire cette transmission.

    L'enseignant n'existe pas à travers les connaissances qu'il possède mais à travers leur transmission. Sinon, il ne serait qu'un technocrate.

    Le technocrate est celui qui fait prévaloir les données cognitives sur les facteurs humains. Ce qui fait qu'un technocrate est capable d'essayer de convaincre de la qualité de son raisonnement une plaque d'égoût.  

    Il faut donc que les enseignants s'interrogent sur le fondement même de leur présence devant de jeunes individus. Sont-ils là pour réciter des connaissances comme s'ils s'adressaient à des choses inertes ou sont-ils avant tout des individus aimant l'assemblée qui leur permet de vivre ce bonheur de transmettre ?...

     

    Le chercheur ci-dessous apporte des réponses.

     

    Mael Virat : Faut-il aimer les élèves ? 

     

    "Monsieur, vous m'aimez pas". Mais faut-il marquer de l'affection aux élèves ? La tradition de l'école française serait à priori de dire non. Mael Virat n'est pas d'accord.  Docteur en sciences de l’éducation, la polyvalence de son cursus universitaire  en  biologie, psychologie, philosophie, neuropsychologie et bien sur sciences de l’éducation, l’a conduit à orienter ses recherches sur la relation affective enseignant-élève. Et à lever le tabou : " il existe des centaines d’études, en psychologie de l’éducation, qui ont montré les nombreux effets positifs du lien affectif enseignant-élève".

     

    Il existe une controverse au sujet de la dimension affective dans les métiers de l’éducation.  En tant que chercheur vous levez un certain tabou.  Pourquoi ?

     

    Parler d’un tabou est tout à fait approprié. Lorsqu’on interroge des enseignants ou des éducateurs à propos de la relation affective qu’ils ont avec les élèves et en particulier avec les adolescents, les réponses sont étonnantes. En effet, si la plupart des professionnels que j’ai interrogés se disent très engagés affectivement, ce qu’ont d’ailleurs confirmé les enquêtes anonymes que nous avons menées à plus grande échelle, ils ne l’assument pas complètement et s’en excusent presque systématiquement. Ils expliquent que c’est plus fort qu’eux de se lier aux élèves mais que ça n’est pas ce qu’il convient de faire et qu’ils devraient donc mettre davantage de limites à leur engagement. De plus, ils reconnaissent que la relation affective peut difficilement être discutée en équipe parce que cela serait très mal vu par leurs collègues de parler de leurs « sentiments ».

     

    Ainsi, lorsque j’ai diffusé une enquête en ligne auprès d’enseignants du secondaire, dans laquelle on pouvait trouver différents instruments psychométriques sur les émotions des enseignants et la dimension affective de la relation aux élèves, nous avons recueilli un certain nombre de commentaires étonnés, voire franchement outrés. Une enseignante a même contacté son Inspectrice pour l’alarmer. Cette dernière nous a écrit pour pointer « l’inconscience et la gravité de nos propos ».

     

    Il y a donc vraiment un malaise quand on parle des « sentiments » à l’école…

     

    Une première explication vient de la place absurde que tient encore aujourd’hui la controverse instruction / éducation à l’école et dans les débats de société. Pour les tenants d’une école de l’instruction, la dimension affective (et parfois même la simple dimension pédagogique) est une menace pour la fonction de transmission du savoir. Cette idée, qui n’est soutenue par aucun argument scientifique, est défendue par de nombreux enseignants, journalistes, pédagogues ou autres penseurs.

     

    Cependant, elle ne peut pas expliquer à elle seule la situation actuelle car le tabou des émotions dépasse largement le cadre de l’école. Il concerne également le monde de l’éducation spécialisée et du travail social. A chaque fois que je présente mes travaux de recherche, je recueille de nouveaux témoignages d’éducateurs, de familles d’accueil, d’assistants de services sociaux, d’infirmiers, de médecins, etc., qui attestent de ce tabou dans leur univers professionnel. Il y a quelques mois, c’est une éducatrice de jeunes enfants qui m’a confié que la directrice de la crèche où elle travaille interdit à l’équipe de s’attacher aux enfants. A mes yeux, c’est ahurissant ! Comment peut-on imaginer confier non seulement la garde, mais également l’éducation des touts petits à des personnes qui se montreraient dépourvues d’affection ?

     

    On invoque parfois une nécessaire distance professionnelle…

     

    La notion de « distance professionnelle » dans les métiers relationnels, héritée de certaines approches psychanalytiques, se présente ici comme un obstacle à l’engagement affectif. Cette « distance » n’a pourtant jamais été conceptualisée de manière satisfaisante. En outre, la professionnalisation des métiers du social s’est faite par une mise en avant des compétences techniques aux dépens de l’aspect relationnel des différents métiers, sans doute parce que cet aspect relationnel est plus difficile à enseigner et parce qu’il renvoie trop à la « vocation » et aux « bons sentiments ». Je crois qu’on pourrait encore formuler d’autres hypothèses pour interpréter la gène qui entoure les émotions en éducation. Toutefois, mes propres travaux portent plutôt sur les effets positifs de la relation affective qui me semblent en mesure de contribuer à un dépassement du tabou.

     

    Le lien affectif établi entre un jeune est un professionnel de l’éducation est-il systématiquement bénéfique ?

     

    On ne peut pas répondre à cette question sans définir davantage cette notion de « lien affectif » entre enseignants et élèves. Les chercheurs qui s’intéressent à ce lien ne parlent évidement ni de « copinage » ni de relation romantique. Il s’agit plutôt d’une relation asymétrique qui s’appuie sur la sensibilité de l’adulte et sa capacité à répondre aux signaux de l’enfant en faisant preuve d’acceptation et de chaleur affective. Ce type de relation a besoin de temps pour se construire et prend une place importante dans la vie des individus. Lorsque j’ai commencé à m’intéresser aux travaux scientifiques sur la question, au début de mon travail de doctorat qu’a dirigé Daniel Favre, j’ai été très surpris, à la fois parce ces travaux sont très nombreux mais aussi parce qu’ils apportent des résultats parfaitement consensuels qui sont pourtant ignorés dans la formation des enseignants. J’ai découvert qu’il existait des centaines d’études, en psychologie de l’éducation, qui ont montré les nombreux effets positifs du lien affectif enseignant-élève.

     

    Le lien affectif avec un enseignant a des effets bienfaisants…

     

    Établir des relations chaleureuses avec les profs se révèle être bénéfique aussi bien à l’école (amélioration de l’estime de soi, de la motivation et de la réussite scolaire) qu’en dehors de l’école (baisse de l’anxiété et réduction des problèmes de comportement). Certains chercheurs ont même observé des résultats à très long terme. Le lien affectif avec un enseignant peut avoir des effets qui s’observent encore une dizaine d’années plus tard, notamment sur le niveau d’études atteint. Par ailleurs, aucune étude n’a montré d’effet négatif de la relation affective. C’est donc comme si la relation à l’enseignant participait, avec d’autres relations évidemment, à la sécurisation affective des enfants et des adolescents. Or la sécurité ressentie par les élèves permet justement de stimuler leur engagement dans les apprentissages. C’est ce que défend Daniel Favre depuis des années. Contrairement à ce que défendent certains praticiens d’une pédagogie de la dévalorisation, le sentiment de n’être ni accepté ni estimé (les élèves n’hésitent pas à dire « aimé ») n’a jamais aidé à apprendre. La réussite possible de ceux qui auraient été dévalorisés s’explique donc par d’autres facteurs.

     

    Le lien affectif est-il systématiquement positif ?

     

    Votre question invite à penser que le lien affectif pourrait être quelque chose de négatif. C’est une idée très curieuse, non ? Comme si le fait de se sentir accepté, encouragé, aimé pouvait nuire à un enfant, un adolescent ou même un adulte. Comment cela serait-il possible ? Peut-être que certains pensent qu’accepter et se lier à un élève risque de lui laisser penser que tout est permis et l’autoriser à se comporter n’importe comment. Mais, et c’est un point sur lequel a beaucoup insisté Daniel Favre, il faut faire la différence entre l’acceptation de l’élève et l’acceptation de ses comportements. Pour beaucoup de parents qui concilient très bien relation affective et exigences élevées, il s’agit là d’une évidence : aimer un enfant ne revient pas à tout lui permettre.

     

    L’attachement des élèves à l’enseignant ne présente pas de risque ?

     

    Je ne connais pas de théorie psychologique étayée qui permette de soutenir l’idée qu’une relation affective en elle-même puisse nuire. Finalement, ce n’est pas la relation affective qui a des effets négatifs, c’est plutôt la non prise en compte de son rôle central pour les élèves. Prenons un exemple : un des motifs du rejet des « sentiments » par les enseignants est la crainte des effets dévastateurs de la rupture inévitable en fin d’année scolaire. Dans cette logique, si les élèves s’attachent trop, ils pourraient être bouleversés lorsqu’ils doivent changer d’enseignants ou d’établissement. Ainsi, certains professionnels en concluent que, puisque que les élèves devront se détacher, autant qu’ils ne s’attachent tout simplement pas. L’argument est contestable. De plus, si le tabou des « sentiments » était dépassé, il serait envisageable de permettre aux élèves de maintenir un contact avec les enseignants qui comptent pour eux, le temps que d’autres relations prennent davantage de place dans leurs vies. D’ailleurs, ce maintien du lien enseignant-élève est fréquent, bien que les enseignants ne se sentent pas autorisés à l’évoquer dans l’institution. A travers cet exemple, on perçoit que ce qui peut avoir des conséquences négatives pour les élèves, ça n’est pas la relation affective mais le fait qu’on ne lui accorde pas la place qu’elle mérite.

     

    Quelle est la limite à la relation affective pour un professionnel ?

     

    Je dirais qu’il y a trois principales limites à la relation affective, mais toutes peuvent être dépassées et me préoccupent moins que les limites qu’il y aurait à rejeter la dimension affective. Tout d’abord, la première limite vient de ce que l’enseignant qui se trouve engagé dans des relations très prenantes affectivement peut alors y consacrer beaucoup de temps et d’énergie, ce qui risque de limiter le temps et l’énergie qu’il lui reste pour sa vie personnelle. Or, l’engagement affectif des enseignants ne doit pas les faire renoncer à leurs propres besoins. D’autant plus que, comme on le dit parfois, « pour bien s’occuper des autres, il faut aussi s’occuper de soi ». Il peut donc y avoir une peur à cet endroit.

     

    Cependant, elle varie beaucoup d’un individu à l’autre. J’ai rencontré des enseignants qui voient leur travail comme une vocation et pensent constamment à leurs élèves et à leurs cours. Certains laissent volontiers la vie professionnelle se mêler à la vie privée, en laissant leur numéro de téléphone personnel ou en rencontrant les élèves et leurs familles hors de l’école, à l’occasion d’activités associatives par exemple. D’autres, tout en accordant une grande importance à la relation affective, séparent davantage vie personnelle et vie professionnelle. Évidemment, tout ça évolue au fil d’une carrière. Quoi qu’il en soit, reconnaître que l’équilibre n’est pas toujours évident à trouver et en parler en équipe aide à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain en décidant a priori que le lien affectif n’est pas possible parce qu’il risque de prendre trop de temps et d’énergie.

     

    Il y a-t-il d’autres  limites à la relation affective pour un professionnel ?

     

    Une autre limite vient de la multiplicité des relations sociales en contexte scolaire. La relation entre un enseignant et un élève ne doit pas empêcher les relations entre ce même enseignant et ses autres élèves, ou encore entre les autres enseignants et les élèves. En sommes, la relation affective ne doit pas être exclusive. C’est pourquoi j’ai proposé de définir les sentiments des enseignants comme relevant d’une forme d’amour bien particulière, que l’on pourrait nommer amour altruiste, amour désintéressé ou encore amour compassionnel (dans le sens du terme grec agapè et non dans un sens religieux). Cette forme d’amour, qui peut être ressentie pour des proches ou pour de parfaits inconnus, n’implique pas de réciprocité. Elle n’implique donc aucune exclusivité. Il a été montré qu’elle avait des effets positifs dans différents contextes : au sein des relations parents-enfants évidemment, mais également dans le domaine du soin ou du travail social. Mes propres travaux ont indiqué que l’amour compassionnel des enseignants permettait l’établissement de relations affectives de qualité avec les adolescents, de nature à soutenir leur développement.

     

    La relation affective enseignant-élève est au service du développement des enfants…

     

    Une troisième limite à la relation affective vient de ce qu’elle peut mettre l’enseignant qui s’y engage, en particulier lorsqu’il n’a pas l’occasion de réfléchir pour conceptualiser cet engagement, dans une position intrusive vis-à-vis des élèves. C’est pourquoi il est indispensable de considérer la relation affective enseignant-élève comme asymétrique et au service du développement des enfants. Ainsi, l’enseignant porte une attention particulière au besoin d’autonomie de ses élèves. C’est un point sur lequel beaucoup de parents pourraient témoigner : ne pas entrer en relation avec un enfant et le laisser tranquille peut parfois être l’expression d’une grande attention bien plus que d’une négligence. Là encore, le concept d’amour altruiste ou compassionnel me semble pouvoir porter cette idée. La manière dont l’élève reçoit l’attention de l’enseignant est centrale et peut inciter l’adulte à s’effacer si l’enfant recherche de l’autonomie ou même de la distance. L’engagement affectif, défini comme asymétrique, n’est pas problématique sur ce point.

     

    Les  professionnels qui envisagent  d’être utiles aux jeunes par le lien affectif ne manquent-ils pas d’affection eux-mêmes ?

     

    Votre question me paraît très importante, parce que révélatrice de quelque chose. En effet, quelle importance finalement ? Si la relation affective est bénéfique aux élèves, pourquoi s’interroger sur les carences affectives des adultes qui pourraient s’y engager? Je crois même qu’une part du tabou peut s’expliquer par la crainte, pour un professionnel qui exprimerait l’importance de la relation affective qu’il établit avec les élèves, de dévoiler ses propres carences ou de se laisser percevoir comme un individu carencé. Car il y a là quelque chose de culturel : se montrer affectif revient à se montrer vulnérable. Or les équipes éducatives, tout comme d’autres équipes professionnelles, peuvent être très rudes avec ceux qui apparaissent comme vulnérables. Dans ce contexte, les enseignants ont raison de redouter de s’exprimer publiquement sur leurs « sentiments ».

     

    Cette thématique n’a pas été investie massivement par les chercheurs…

     

    Il existe tout de même quelques tentatives et je pense en particulier aux travaux de Philip Riley en Australie qui ont montré que les premières années d’enseignement fournissaient aux professionnels ce qu’il appelle une « expérience émotionnelle corrective ». Cela signifie que les relations établies avec les élèves au fil des premières années de métier permettent de rassurer ou sécuriser les enseignants. Ceci fournirait même une motivation à s’engager dans un métier relationnel. Une thèse assez proche a également été défendue par la pédopsychiatre Nicole Guédeney à propos des professionnels en santé mentale, dont d’une des motivations serait de revisiter leurs propres blessures affectives en prenant soin des autres. Cependant, cette thèse de la réparation vient se heurter à une autre idée.

     

    Les travaux sur l’altruisme et sur l’amour compassionnel, intégrés à la théorie de l’attachement, prévoient au contraire que les professionnels s’engagent d’autant plus affectivement qu’ils se sentent eux-mêmes en sécurité affective. Selon ce modèle, ce serait donc les enseignants les moins carencés qui s’impliqueraient dans la relation aux élèves. Dans mes travaux, j’ai ainsi observé un lien entre le sentiment d’être soutenu par ses collègues et ses supérieurs et l’engagement affectif. Les enseignants et les éducateurs que j’ai rencontré le verbalisent aisément : pour se consacrer aux-autres, il est important de se sentir soit même reconnu et soutenu, dans sa vie personnelle mais également professionnelle.

     

    En somme, il y aurait deux manières de s’occuper des autres : pour se rassurer soi-même ou, lorsque l’estime de soi est suffisante, par souci véritable d’autrui.

     

    L’amour altruiste appartiendrait à la deuxième catégorie. Toutefois, la distinction n’est pas toujours évidente et on imagine que les deux motifs puissent se combiner. Je crois que la figure du professionnel totalement carencé qui ne s’engage affectivement que pour se sentir utile et reconnu est une situation qui nous inquiète et tend à nous faire rejeter l’idée même de relation affective, alors même qu’il ne s’agit que d’un cas-limite, relativement rare et susceptible d’évoluer. L’institution peut d’ailleurs jouer un rôle pour favoriser cette évolution. En effet, la qualité des relations professionnelles au sein des établissements, comme l’ont montré les travaux d’Eric Debarbieux sur le climat scolaire, sont susceptibles de sécuriser les enseignants et de les aider à s’impliquer par réel souci des élèves. Il n’en va donc pas uniquement de la responsabilité des enseignants, c’est-à-dire de leur propre personnalité, mais bien de la responsabilité collective au sein des institutions.

     

    La mise en avant du lien affectif par un professionnel n’est-elle  pas une façon de masquer un déficit de compétence  pédagogique ?

     

    Cette tendance à opposer le relationnel et le pédagogique n’est pas étonnante, même si elle est infondée. Sur ce point, il est intéressant de rapprocher cette opposition de la distinction chaleur / compétence proposée par les théoriciens du jugement social. En effet, les psychologues sociaux ont établi que, lorsque nous cherchons à nous faire une impression sur quelqu’un, nous mobilisons ces deux dimensions. La chaleur reflète les qualités relationnelles et sociales de la personne ou du groupe que nous jugeons, tandis que la compétence renvoie à ses qualités intellectuelles ou motivationnelles. De nombreux travaux, dont ceux de Vincent Yzerbyt en Belgique, ont permis d’observer un effet de compensation entre ces deux dimensions, c’est-à-dire une tendance à opposer ces deux types de qualité : nous avons tendance a juger moins compétent quelqu’un qui nous apparaît chaleureux et moins chaleureux quelqu’un qui nous apparaît compétent. On retrouve cet effet de compensation dans les stéréotypes nationaux par exemple : l’allemand est compétent mais froid tandis que le grec est chaleureux mais incompétent. Partant, dans certaines situations d’embauche, on conseille aux candidats qui passent un entretien de se montrer un peu froids pour que l’évaluateur les juge plus compétents.

     

    Les enseignants les  plus affectifs ne sont pas les moins compétents…

     

    Cet effet compensatoire peut nous aider à comprendre la tendance à considérer les enseignants les plus affectifs comme les moins compétents. Cependant, il ne s’agit là que d’une conséquence de notre manière de produire rapidement un jugement social et les compétences réelles des enseignants n’y sont pas conformes. Il y a donc de nombreux enseignants qui se trouvent posséder à la fois des capacités relationnelles et des capacités pédagogiques. D’ailleurs, certains travaux récents sur la relation enseignant-élève, comme ceux de Theo Wubbels aux Pays-Bas, prennent en compte deux dimensions nommées affection et directivité, ou encore proximité et influence. C’est la combinaison de ces deux types de compétences, relationnelles et pédagogiques pour faire simple, qui produit les meilleurs résultats avec les élèves. En d’autres termes, il est non seulement possible, mais également bénéfique, de s’engager affectivement tout en maintenant un niveau d’exigences élevé avec les élèves.

     

    Que diriez-vous à des enseignants qui culpabilisent le lien affectif qu’ils ont avec leurs élèves ?

     

    Tout d’abord, je les rassurerais sur leur spontanéité en rappelant qu’aucune théorie psychologique ne contredit leur intuition : aimer ne fait aucun mal ! Par ailleurs, je les inviterais à partager, dans la mesure du possible, leurs émotions avec leur entourage professionnel. Il y a de fortes chances pour que leurs collègues soient bien plus investis affectivement qu’ils ne le laissent paraître. Et puis le partage et le soutien des collègues aident à s’engager affectivement et de manière positive dans les relations avec les élèves. Enfin, je leur proposerais de ne pas chercher à jouer la distance ou à cacher leur implication à leurs élèves mais leur conseillerais plutôt de montrer qu’ils sont attentifs à eux. Et si un élève, un jour, s’offusque pour une raison ou pour une autre en disant « pourquoi vous ne m’aimez pas monsieur (ou madame) ? », je suggérerais de ne pas se précipiter pour répondre « parce que je ne suis pas là pour t’aimer ». La relation profitera davantage d’une réplique curieuse du type : « qu’est-ce qui te fait dire ça ? ».

     

    Propos recueillis par Gilbert Longhi

     

    La thèse de M Virat

     

  • Les "Invisibles"

    Je n'aime pas le terme de "Sans domicile fixe" car cela ne devrait pas suffire à mourir dans la rue. Le domicile de toutes ces personnes, c'est la France. Lorsque je pars en raid à vélo avec juste ma tente et que je me déplace tous les jours, je suis sans sans domicile fixe et je n'en meurs pas...Si cela finit aussi dramatiquement, c'est bien parce que ces personnes sont devenues comme "invisibles". Non pas "invisibles" à nos yeux quand nous les voyons dans les rues de nos villes mais "invisibles" aux yeux de l'Etat qui les abandonne.

    Il n'est pas une seule communauté de "Peuples racines" qui laisseraient à l'abandon, jusqu'à la mort, un seul de ces individus.

    Ici, dans un pays "riche", dont les valeurs sont celles des droits de l'Homme, l'Etat laisse aux associations bénévoles la mission d'intervenir. Tout ce qui devrait être fait avec l'argent des contribuables ... Cette proposition de loi de Coluche qui demandait à ce que chaque contribuable puisse choisir le domaine d'utilisation d'un pourcentage de l'impôt sur le revenu....Jetée aux oubliettes.

    Une démocratie populaire et non représentative...C'est la seule solution...

    Je vous invite à aller voir sur le site la liste complète des morts...Plus de 650, rien que sur Paris...


    GROUPE DE SECOURS CATASTROPHE FRANÇAIS

    Association humanitaire de sapeurs - pompiers

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    Le massacre continue : Liste des SDF morts dans votre département

    Le 2 décembre 2015

     

    Le massacre continue : Liste des SDF morts dans votre département

    Au moment où nous nous interrogeons sur la poursuite ou l’arrêt de l’aide que nous apportons aux personnes SDF (lire), faute d’écoute de notre gouvernement et face au silence de Madame la Ministre du logement et de son cabinet, nous avons souhaité diffuser la liste sur 5 années d’un massacre invisible des personnes que nous appelons hypocritement SDF. 

    Nous vous invitons à dupliquer notre communiqué dans l’espoir d’être reçus et écoutés par nos dirigeants. 

    Partager ce communiqué permettra de changer peut être notre politique sur la prise en charge des personnes SDF. 

    FAIRE UN DON  

    Lire le livre de Thierry VELU : Si vous saviez - La rue une réalité  ICI

     

    Liste des personnes mortes abandonnées par la France.  
     


    DEPARTEMENT 01. 
     
    1. Homme                               49 ans                                  9/12/11 à Bourg en Bresse
    2. Homme                               55 ans                                  4/04/13 à Belley
    3. Fabien dit Troll                     43 ans                                  sept 2015 à Bourg en Bresse
    4. Fabien                                 45 ans                                  oct 2015 à Bourg en Bresse
      

    DEPARTEMENT 02. 
     
    1. Homme                               37 ans                                  6/02/10 à Channy
    2. Julien Vermersch                  61 ans                                  28/04/10 à Premont
    3. David BELLAN                      41 ans                                  aout 2012 à St Quentin
    4. Homme                                                                             17/12/12 à Château Thierry
    5. Régis HERREMANS            64 ans                                  17/05/14 à Gouy
      
    DEPARTEMENT 03. 
     
    1. Minot                                 35 ans                          juin 2014 à Vichy
    2. Patrice E                            50 ans                          03/07/15 à Montluçon
      
    DEPARTEMENT 04. 
     
    1. Lakhfala HOU                   38 ans                         29/01/15 à Chateau Arnoux St Auban
    2. Laurence                                                               mars 2015 à Digne les Bains
    3. Homme                             47 ans                        29/05/15 à Manosque
    4. Femme                             44 ans                         29/05/15 à Manosque
      
    DEPARTEMENT 06. 
     
    1. Arnaud                            35/40 ans                     juin 2010 à Cannes
    2. Armand MOREAU          35 ans                          7/07/10 à Cannes
    3. Homme                          50 ans                          20/12/10 à Le Cannet
    4. Homme                          30 ans                          7/02/10 à Nice
    5. Homme                          26 ans                          29/12/10 à Nice
    6. Livio                                                                    octobre 2010 à Nice
    7. Homme                                                             25/01/12 à Menton
    8. Homme                          60 ans                         02/07/12 à Nice
    9. Homme                          30 ans                         juillet 2012 à Nice
    10. Anne CHENEL               42 ans                         25/12/12 à Nice
    11. Homme                         30 ans                        16/01/13 à Cannes
    12. Homme                                                            15/03/13 à Nice
    13. Homme 1                      30 ans                         22/03/13 à Nice
    14. Homme 2                      30 ans                         22/03/13 à Nice
    15. Homme                         29 ans                         21/03/13 à Cannes
    16. Homme                         72 ans                         12/04/13 à Antibes
    17. Homme                         40 ans                         14/05/13 à Nice
    18. Homme                         35 ans                         31/01/14 à Nice
    19. Homme                         51 ans                         24/02/14 à Nice
    20. Adam MIELNICZEK      45 ans                         25/07/14 à Cannes
    21. Thierry OUCHENE       55 ans                         3/11/14 à Menton
    22. Karim                            53 ans                         8/12/14 à Cannes
    23. Jim W                            60 ans                         3/06/14 à Nice
    24. Eugen MIHAI               45 ans                         20/06/14 à Nice
    25. Magdomedkan MAGAEVA  11 ans                23/11/14 à Nice
    26. Homme                       46 ans                         28/12/14 à Mandelieu la Napoule
    27. Thomas STRAHL         42 ans                         18/01/15 à Nice
    28. Alvaro                                                              30/01/15 à Nice
    29. Pépine                          51 ans                          9/03/15 à Menton
      
    DEPARTEMENT 07. 
     
    1. Homme                       43 ans                         16/11/11 à Annonay
    2. Gilles                            50 ans                         7/05/12 à Tournon
    3. Yann PARIS                 40 ans                         mars 2013 à Vallon pont d’Arc
    4. Homme                       46 ans                         4/12/13 à Soyons
      
    DEPARTEMENT 08. 
     
    1. Thierry                          54 ans                         24/11/13 à Charleville Mezieres
      
      
      
    DEPARTEMENT 09. 
     
    1. José LANDRE                     48 ans                         5/01/12 à Lavelanet
      
    DEPARTEMENT 10. 
     
    1. Fernand LAMY                      79 ans                         20/09/13 à Troyes
    2. Philippe BAROCHE               65 ans                         10/07/14 à Romilly sur Seine
      
    DEPARTEMENT 11. 
     
    1. Homme                                40 ans                         3/11/10 à Narbonne
    2. Homme                                38 ans                         10/03/11 à Narbonne
    3. Fabrice                                                                      10/08/11 à Castelnaudary
    4. Johan DE COCK                    31 ans                         8/05/12 à La Palme
    5. Femme                                  31 ans                         16/05/12 à Carcassonne
    6. Homme                                  40 ans                         27/11/12 à Carcassonne
    7. Homme                                  35 ans                         7/03/13 à Fourton
    8. Homme                                  40 ans                         4/04/13 à Leucate
    9. Homme                                  50 ans                         15/06/13 à Carcassonne
    10. Homme                                  63 ans                         7/07/13 à Bram
    11. Homme                                  50 ans                         21/09/13 à Limoux
    12. Stéfan L                                 52 ans                         28/09/13 à Carcassonne
    13. Andrezj                                   55 ans                         11/07/14 à Belvianes et Cavirac
    14. Patrice BOURDIN                 57 ans                         29/10/14 à Narbonne
    15. Homme                                  68 ans                         3/02/15 à Gruissan
    16. Homme                                  29 ans                         21/06/15 à Leucate
      
    DEPARTEMENT 12. 
     
    1. S.H homme                           42 ans                         30/12/14 à Rodez
      
    DEPARTEMENT 13. 
     
    1. Victor STRIBK                       85 ans                                    13/01/10 à Marseille
    2. Homme                                  71 ans                                    23/01/10 à Marseille
    3. Stefan BOGNIC                    63 ans                                    28/01/10 à Marseille
    4. Serge BISIAUX                      53 ans                                    1/04/10 à Marseille
    5. Edouard TEIXIER                  64 ans                                    8/04/10 à Marseille
    6. Said CHENENE                    55 ans                                    23/04/10 à Marseille
    7. Homme                                                         26/04/10 à Marseille
    8. Albert ARREBOT 77 ans                                          28/04/10 à Marseille
    9. Jimmy                                    40 ans                                    avril 2010 à Marseille
    10. Jemehi B.                               49 ans                                    1/05/10 à Marseille
    11. Jean Luc CLERC                  52 ans                                    1/05/10 à Marseille
    12. Alain VAILLANT                     68 ans                                    17/05/10 à Marseille
    13. Alaova SAIDA                                   62 ans                                    1/06/10 à Marseille
    14. Ahmed NECAIRIA                73 ans                                   7/06/10 à Marseille
    15. Kamel LAHMAR                   56 ans                                    21/06/10 à Marseille
    16. Jilal NAJI                                48 ans                                    25/06/10 à Marseille
    17. Frédéric SMEKAL                 48 ans                                    4/07/10 à Marseille
    18. Jean Marc JEAULNEAU      28 ans                         26/07/10 à St Rémi de Provence
    19. Tayeb MOKHANE                 80 ans                         9/09/10 à Marseille
    20. Home                                     50 ans                                    15/09/10 à Marseille
    21. Femme                                  40 ans                                    15/09/10 à Marseille
    22. Charles MANCOUSO           63 ans                         26/09/10 à Marseille
    23. Homme                                  72 ans                                    3/10/10 à Marseille
    24. Ridha BENSALEM                54 ans                         14/10/10 à Marseille
    25. Homme                                  28 ans                         19/10/10 à Marseille
    26. Rachid OUARET                   54 ans                         8/11/10 à Marseille
    27. Femme                                  40 ans                                    27/11/10 à Marseille
    28. Mireille FAURE                      43 ans                         27/11/10 à Marseille
    29. Albert REUZE                                    67 ans                         5/01/11 à Marseille
    30. Jean MONDOBA                  55 ans                         14/01/11 à Marseille
    31. Homme                                                         24/01/11 à Marseille
    32. Homme                                  78 ans                         24/01/11 à Marseille
    33. Gilbert POZZI                        61 ans                         25/01/11 à Marseille
    34. Serge BEFFUTE                   55 ans                         16/02/11 à Marseille
    35. Marcel SATABIN                   68 ans                         1/03/11 à Marseille
    36. Laurent VILLETTE                 60 ans                         3/03/11 à Marseille
    37. Homme                                                         23/03/11 à Rognanas
    38. Roger DOLLOT                     72 ans                         4/04/11 à Marseille
    39. Tomasz WALACIK                35 ans                         6/06/11 à Marseille
    40. Femme                                                                     4/07/11 à Marseille
    41. Homme                                  40 ans                         14/07/11 à Marseille
    42. Homme                                  58 ans                         19/07/11 à Marseille
    43. Homme                                  33 ans                         1/09/11 à Marseille
    44. Christian DELAVAL               57 ans                         20/09/11 à Marseille
    45. Homme                                  68 ans                         23/09/11 à Marseille
    46. Jean Pierre ROMAND          44 ans                         2/11/11 à Marseille
    47. Homme                                  25/30 ans                    6/11/11 à Marseille
    48. Homme                                  40 ans                         17/11/11 à Marseille
    49. Yvan TORRO                                    38 ans                         17/11/11 à Marseille
    50. Savica PANTELIC                 59 ans                         novembre 2011 à Marseille
    51. Benaissa                                                        5/01/12 à Marseille
    52. Ameur NABI                           79 ans                                    8/02/12 à Marseille
    53. Patrick                                                                       27/02/12 à Marseille
    54. Frédéric PICCAZZO                                     mars 2012 à Marseille
    55. Abdeljalil                                                        13/06/12 à Marseille
    56. Jean LEBOURG                    61 ans                                    juin 2012 à Marseille
    57. Lione l LEFEBVRE                53 ans                                    4/07/12 à Aix en Provence
    58. Maryse LAINE                       63 ans                         17/01/12 à Aubagne
    59. Homme                                  27 ans                         6/08/12 à Marseille
    60. Marc TORRES                      37 ans                         24/08/12 à Salon de Provence
    61. Marcel BRETAGNE              76 ans                         30/09/12 à Marseille
    62. Alain BOUZET                       77 ans                         31/09/12 à Marseille
    63. Philippe BOMO                     52 ans                         sept 2012 à Marseille
    64. Moussa NIAKATE                 43 ans                         12/10/12 à Marseille
    65. Pierre                                                             24/11/12 à Marseille
    66. Homme                                                         nov 2012 à Marseille
    67. Homme                                  40 ans                         10/12/12 à Marseille
    68. Falah LAHMAR                     58 ans                                    26/12/12 à Marseille
    69. Laurent CALONI                    46 ans                         20/01/13 à Marseille
    70. Jean Marc LEGAUFFRE      59 ans                         janvier 2013 à Marseille
    71. Robert BERTOLERO                        61 ans                         17/01/13 à Trets
    72. Daniel FLEURET                                                      06/02/13 à Marseille
    73. Bernard CIDERE                   55 ans                         17/03/13 à Marseille
    74. René DELEBARRE               54 ans                         28/04/13 à Marseille
    75. Franck BERHENDT              52 ans                         16/06/13 à Marseille
    76. Ernest B.                                                                   6/06/13 à Aix en Provence
    77. Alain PHILIPPO                                                        26/01/13 à Marseille
    78. Nicolas L.                               37 ans                         26/01/13 à Marseille
    79. Edmond DANIELEWICZ       52 ans                         juin 2013 à Marseille
    80. Jean Claude LOPEZ             65 ans                         30/07/13 à Marseille
    81. Doru CLINCI                          44 ans                         aout 2013 à Marseille
    82. Hocine ABDELHAK                                                  7/09/13 à Marseille
    83. Mehdi CREUX                       69 ans                         20/10/13 à Marseille
    84. Roland PEZZANO                 39 ans                         21/11/13 à Marseille
    85. Luc SNEYERS                      56 ans                         2013 à Marseille
    86. Alain CARCENAC                 68 ans                         11/01/14 à Penne
    87. Homme                                                                     14/01/14 à Marseille
    88. Moktar MEDJERAF              78 ans                         25/01/14 à Marseille
    89. JF C. femme                         54 ans                         30/01/14 à Marseille
    90. JP.S.                                      64 ans                         3/02/14 à Marseille
    91. Pascal BOUET                      57 ans                         34/03/14 à La Destrousse
    92. Privat CORTAN                    74 ans                         26/03/14 à Marseille
    93. André                                     57 ans                         7/04/14 à Marseille
    94. Maxim N.                               35 ans                         19/04/14 à Marseille
    95. Eric RABANY                                    51 ans                         avril 2014 à Aubagne
    96. JG femme                             64 ans                         29/05/14 à Marseille
    97. A.B homme                            48 ans                         4/07/14 à Marseille
    98. Homme                                                                     6/07/14 à Marseille
    99. M.H                                        80 ans                         17/07/14 à Marseille
    100. YP homme                 66 ans                         8/08/14 à Marseille
    101. S.L                              58 ans                         13/08/14 à Marseille
    102. Rytis POSKUS          54 ans                         14/08/14 à Marseille
    103. Philippe HAFSI           74 nans                       20/08/14 à Marseille
    104. Georges HANIS         76 ans                         28/08/14 à Marseille
    105. S.R                             54 ans                         10/09/14 à Marseille
    106. Georgi  ITANOV         44 ans                        24/09/14 à Marseille
    107. B.R                       &

    108. De la "démocratie"...

      Un texte à lire particulièrement aujourd'hui...

       

       

      Vivons-nous vraiment en démocratie?

      Emmanuel Daniel

       

      France

        

      mis à jour le 29.10.2012 à 9 h 45

      Le serment du jeu de Paume, le 20 juin 1789, tableau de Jacques-Louis David, musée Carnavalet, Paris.

      Le serment du jeu de Paume, le 20 juin 1789, tableau de Jacques-Louis David, musée Carnavalet, Paris.

      Dans «Principe du gouvernement représentatif», initialement publié en 1993 et réédité le 10 octobre, Bernard Manin remet en cause l'élection au suffrage universel comme quintessence de la démocratie. Il explique pourquoi nos démocraties modernes n'en sont pas vraiment et pourquoi les révolutionnaires des XVIIe et XVIIIe siècles ont préféré mettre en place un système aristocratique plutôt qu'un gouvernement du peuple par le peuple.

      «Principe du gouvernement représentatif.» Avec un titre pareil, ce livre ne figurera sans doute pas parmi le top des ventes de la Fnac. Malgré sa couverture jaune pétante et la mention «postface inédite», il a peu de chance d'être l'objet d'un achat impulsif.

      Pourtant, je plaide pour que cet ouvrage soit distribué à toute personne en âge de voter, voire même remboursé par la sécurité sociale. En effet, ce livre pourrait bien bouleverser votre vision de la démocratie, du moins telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui.

      Car Bernard Manin, direteur d'études à l'EHESS et professeur à la New York University, s'attaque ici aux fondements mêmes de notre système politique. Dès la première phrase, le ton est donné:

      «Les démocraties contemporaines sont issues d'une forme de gouvernement que ses fondateurs opposaient à la démocratie.»

      On a tendance à penser aujourd'hui que la délégation de la souveraineté populaire à des représentants était motivée par des contraintes techniques. C'est la taille et la population des Etats modernes qui auraient rendu impossible la démocratie directe, entend-on souvent. Manin démontre qu'il n'en est rien, et que, si aujourd'hui le peuple doit passer par le truchement de représentants pour faire entendre sa volonté, c'est pour des raisons beaucoup plus politiques que pratiques.

      Il insiste sur le fait que les révolutionnaires anglais, français et américains ne se targuaient pas d'être des démocrates. Pour les instigateurs du gouvernement représentatif, il n'a jamais été question de fonder un gouvernement du peuple par le peuple, mais bien un système aristocratique, composé d'élites jugées mieux à même d'exercer le pouvoir en lieu et place des citoyens.

       

      Les théoriciens de l'époque considéraient la représentation non pas «comme une approximation du gouvernement par le peuple» mais comme «un système politique substantiellement différent et supérieur» à la démocratie. Il cite Madison, un des pères fondateurs américains et 4e président des Etats-Unis, pour qui le but du système représentatif est «d'épurer et d'élargir l'esprit public en le faisant passer par un corps choisi de citoyens dont la sagesse est le mieux à même de discerner le véritable intérêt du pays».

      En d'autres termes, le bas peuple n'étant pas assez compétent pour se gouverner lui-même, il est préférable de confier la conduite du pays à des élites éclairées. Nous sommes ici bien loin de l'idéal démocratique.

      La disparition du tirage au sort

      Mais alors, comment se fait-il que nous appelions démocratie ce système historiquement aristocratique? C'est une des questions auxquelles tente de répondre Bernard Manin dans cet ouvrage. Pour cela, il nous invite à remonter aux sources de la démocratie athénienne.

      Selon lui, deux choses séparent les «gouvernements représentatifs» des démocraties antiques. D'abord le fait que le «gouvernement représentatif n'accorde aucun rôle institutionnel au peuple assemblé» alors qu'à Athènes, chaque citoyen pouvait siéger à l'Ecclésia (assemblée), participer aux débats et voter les lois. Il fait ensuite remarquer que la plupart des charges publiques y étaient pourvues non pas par élection, mais par tirage au sort (nous en parlions ici).

      Cette méthode de désignation des représentants utilisée quotidiennement à Athènes, mais également dans nombre de République italiennes à la Renaissance (Florence, Venise...), était alors intimement liée à la démocratie.

      Montesquieu ne s'y était d'ailleurs pas trompé quand il écrivait que «le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie. Le suffrage par le choix est de celle de l'aristocratie». Pourtant, «aucun des régimes représentatifs établis depuis deux siècles n'a attribué par le sort la moindre parcelle de pouvoir politique», fait remarquer Manin. Il note d'ailleurs que le tirage au sort est aujourd'hui considéré comme absurde et anachronique. Ce qui a le don d'irriter l'auteur et de le faire sortir de la réserve qui caractérise généralement les universitaires pour interpeller le lecteur:

      «Comment pouvons-nous ne pas pratiquer le tirage au sort, nous qui nous déclarons démocrates?»

      Il montre que ce procédé a été sciemment occulté par «les élites cultivées qui établirent le gouvernement représentatif» au profit d'une méthode de sélection aristocratique: l'élection.

      Aristote, Harrington, Montesquieu ou encore Rousseau avaient déjà mis en avant le caractère aristocratique de l'élection. Ici l'auteur vient valider cette intuition. Il démontre que «l'élection, ne peut, par sa nature même, aboutir à la sélection de représentants semblables à leurs électeurs».

      Bernard Manin explique pourquoi, malgré son caractère inégalitaire, l'élection s'est imposée dans les démocraties représentatives au détriment du tirage au sort. Pour lui, l'émergence de l'école du droit naturel, portée par Locke et Hobbes, a joué un rôle important dans ce basculement en fondant la légitimité de la représentation sur le consentement du peuple, consentement moins évident à obtenir avec le tirage au sort.

      «Il n'importait plus que les fonctions publiques soient distribuées de façon plus ou moins égale entre les citoyens. La seule chose qui comptait vraiment était que leurs titulaires soient désignés par le consentement des autres», analyse Manin. Et non contents de choisir un mode de désignation aristocratique, les tenants du gouvernement représentatif ont également fait en sorte que «les élus soient issus d'un rang social plus élevé que ceux de leurs électeurs, qu'ils se situent plus haut», ce que l'auteur appelle «le principe de distinction».

      Le triomphe de l'élection

      Mais, c'est avec l'avènement du suffrage universel que l'élection s'est profondément ancrée dans les mœurs occidentales. L'extension du droit de vote aux plus démunis pouvant laisser penser que «le gouvernement représentatif se muait peu à peu en démocratie». Pour autant, l'élection n'en est pas devenue démocratique, notamment parce que les élus n'ont toujours eu à rendre compte de leurs actes à leurs électeurs.  

      En effet, les mandats impératifs et la possibilité de révoquer les représentants, qui auraient obligé les représentants à mettre en œuvre la volonté populaire, n'ont jamais été mis en place. On ne peut donc pas parler de gouvernement indirect par le peuple, car les représentants n'ont pas pour vocation de transcrire la volonté populaire en loi mais de faire ce qu'ils jugent le plus opportun pour l'intérêt général.  

      Manin nuance toutefois son propos en rappelant que le caractère récurrent des élections pousse les élus à prêter une oreille attentive aux gouvernés, à anticiper leur jugement, sous peine de ne pas être réélus. En ce sens, le gouvernement représentatif est un régime mixte où des éléments démocratiques sont incorporés à un système par nature aristocratique.

      Dans le dernier chapitre de son ouvrage, Bernard Manin retrace les évolutions qui ont marqué les gouvernements représentatifs au cours des deux derniers siècles. Il explique qu'aux débuts du gouvernement représentatif, les parlementaires étaient principalement des notables, élus pour leurs attaches locales, dont les votes étaient fondés sur les discussions à l'Assemblée et non sur la volonté populaire.

      Puis, avec l’avènement du suffrage universel au milieu du XIXe siècle, des partis de masse se sont créés pour encadrer les votes, transformant les parlementaires en hommes d'appareils dont les votes à l'Assemblée étaient dictés par la discipline du parti.

      Au début des années 1970, la «démocratie de parti» s'est essoufflée et a laissé la place à la «démocratie du public», caractérisée par l’émergence de leaders politiques devenus experts en communication, dont l'élection se fonde principalement sur l'image qu'ils renvoient, contrairement à la période précédente où les électeurs forgeaient davantage leur avis en fonction du programme électoral.

      Mais malgré les évolutions qu'a connu le gouvernement représentatif, «il est tout le moins incertain que l'histoire soit allée dans le sens d'un rapprochement entre gouvernants et gouvernés et d'un plus grand contrôle de ceux-ci sur ceux-là», fait valoir Bernard Manin.

      Malgré cette démocratisation en trompe l’oeil, «le rapport entre représentants et représentés est maintenant perçu comme démocratique alors qu'il fut conçu en opposition avec la démocratie». Pour l'auteur, cette confusion sémantique et historique tient à l'ambivalence des gouvernements représentatifs et de leur corollaire, l'élection, à la fois aristocratiques et démocratiques.

      La force de cet ouvrage est de nous faire réfléchir à la signification de la démocratie, et au rapport entre gouvernants et gouvernés, dans les «démocraties» contemporaines. En décrivant les institutions démocratiques de l'Athènes antique et leur fonctionnement, il propose également des clés pour penser un système politique où le citoyen serait acteur et non pas simple spectateur consentant.

      Certes, Principes du gouvernement représentatif ne se lit pas avec autant d'aisance que les livres de Stéphane Hessel ou de Marc Lévy. Mais pour un ouvrage aussi dense et riche, qui présente avec clarté de nombreux concepts qui ont marqué l'histoire de la théorie politique, il reste étonnamment accessible. Aucune raison donc de vous en priver, surtout qu'un classique de la théorie politique tel que celui-là est toujours du plus bel effet dans une bibliothèque.

      Emmanuel Daniel

      Emmanuel Daniel

    109. Graines de vie.

      Graine de vie

       

      « Un Homme de paix n'est pas un pacifiste, un Homme de paix est simplement un espace de silence.
      Cet Homme impulse une nouvelle sorte d'énergie dans le monde, il chante une chanson nouvelle. Il vit d'une façon totalement neuve.
      Sa manière même de vivre est du domaine de la grâce, de la prière, de la compassion.
      Qui que ce soit qu'il touche, il crée davantage d'énergie d'amour.
      L'Homme de paix est créatif. Il n'est pas contre la guerre, car être contre quoi que ce soit, c'est être en guerre.
      Il n'est pas contre la guerre, il comprend simplement pourquoi la guerre existe. Et à partir de cette compréhension, il devient paisible.
      C'est seulement lorsqu'il y aura beaucoup de gens qui seront des fontaines de paix, de silence, de compréhension, que la guerre disparaîtra. »

      Traduit de l'anglais: Osho The Path of Paradox vol. 2, Rebel Publishing

       


      ...car être contre quoi que ce soit, c'est être en guerre..." J'en suis persuadé mais comme il est difficile d'arrêter de lutter...Cette habitude de l'oppostion marquée comme une empreinte, comme si l'énergie déployée allait inverser les choses, contenir les noirceurs....Mais le temps que je passe à "lutter", je ne l'utilise pas à propager cet Amour qui manque tant...Et je me trompe donc de méthode....Apprendre à user avec justesse de son énergie...C'est là que la maîtrise émotionnelle et l'analyse de l'ego prend tout son sens.

      Le simple fait de lire des "informations" qui me hérissent...Quelle en est l'utilité ? Aucune si je m'arrête au constat. Ce sont des pensées incarcérées dans les geôles émotionnelles de la colère. Et rien de bon n'en sort. Les émotions et leurs effets....J'aurai au moins appris ces derniers mois à autopsier le phénomène.

      A défaut de le maîtiriser encore...

      La lutte directe contre les phénomènes ou les gens qui me révoltent par leurs actes ou leurs paroles, j'ai longtemps cru que c'était un "devoir", une nécessité, mon implication dans des combats justifiés. Mais le temps et l'activité réelle ou intellectuelle que j'y consacre ne permet pas de produire un évènement contraire. C'est comme si je jetais de l'essence sur le brasier.

      Il ne s'agit donc pas d'allumer un contre-feu mais d'aller ailleurs planter des arbres. Et ces arbres renforceront l'épaisseur et l'étendue de ces terres de paix et d'amour.  

      Il ne s'agit donc pas d'agir comme un pompier effréné mais comme un jardinier aimant. 

      Et finalement, en écrivant, un roman sur la sexualité sacrée et l'Amour divin, je contribue peut-être davantage à cette dispersion des pollens et à l'hommage envers la Vie.

      Au lieu de m'épuiser à contenir les flammes des incendies. Comme si moi, du haut de mes insuffisances, je pouvais me dresser contre l'inconscience diffusée. C'est absurde et prétentieux.

      Si je travaille dans mon potager, je suis plus utile à la Terre que si je me contente de brailler contre les chimistes de Monsanto. Une fois que j'aurai planté mes graines et que j'aurai appliqué tout ce qui doit être fait, il sera toujours temps de prendre la plume.

      Rester dans l'instant et dans l'acte. Avant de s'étendre dans les confins nauséeux des luttes intellectuelles. 

      Être jardinier avec son arrosoir et déposer les lances d'incendie, éteindre les sirènes, couper les gyrophares.

      L'Amour n'a pas de guerres.


       


       

    110. "DEMAIN" est sorti mercredi...

      Chers Colibris,

      Il y a neuf ans, nous avons cofondé Colibris avec Pierre Rabhi, Isabelle Desplats et quelques autres, avec l’espoir de créer un vaste mouvement, incarnant les valeurs portées par Pierre. Nous n’étions qu’une poignée. Aujourd’hui, nous sommes 200 000 colibris à participer à cet élan pour transformer la société.

      Pendant sept ans j’ai dirigé le mouvement. À l’été 2013, j’ai décidé de consacrer tout mon temps et toute mon énergie à faire un film, qui rassemblerait tout ce que j’ai compris et appris pendant toutes ces années. Un film qui raconterait une histoire inspirante, émouvante, concrète, montrant à quoi notre monde pourrait ressembler, si nous mettions bout à bout toutes les solutions que nous connaissons déjà. Ce film est sorti mercredi, il s’appelle DEMAIN. Je l’ai réalisé avec l’actrice et réalisatrice Mélanie Laurent, et Colibris l’a co-produit.

      Près de 24 000 personnes l’ont vu dans 50 villes à travers la France et, toujours, la réaction est la même : « on sort avec une pêche d’enfer, de l’espoir, l’envie d’agir... ».Rob Hopkins, le fondateur du mouvement de la Transition, Vandana ShivaThierry Salomon (NégaWatt), Nick Green, l’un des fondateurs des Incroyables Comestibles,Emmanuel Druon (Pocheco) ont tous adoré DEMAIN. Rob veut l’utiliser dans les 50 pays où son mouvement est présent comme un outil d’éducation et de mobilisation. A la COP21, Vandana Shiva a proposé à Ségolène Royal d’utiliser le film comme un programme pour changer la France. C’était génial à entendre…

      Mais maintenant, on a besoin de vous.

      DEMAIN est sorti mercredi et nous avons la chance qu’il soit diffusé dans 154 salles de cinéma, grâce à notre distributeur. C’est une occasion formidable de sortir des réseaux purement militants et de faire passer notre message au grand public. Mais si nous ne sommes pas assez nombreux à aller le voir cette semaine, il disparaitra progressivement, dès la semaine prochaine.

      J’ai travaillé à créer cet outil pour nous tous. Pour qu’il soit le plus utile possible à tous les colibris. Alors, si vous en avez l’élan, allez le voir ce week-end avec votre famille et vos amis. Faisons mentir tous ceux qui croient que la plupart des gens se fichent de ces sujets et qu’ils ne s’intéressent qu’à Star Wars et James Bond. Nous sommes plus nombreux que ce que nous croyons. Nous n’avons pas pu marcher pour le climat, alors faisons de ce film le succès inattendu de ce mois de décembre.

      Un immense merci à tous,

      Cyril Dion

      Toutes les séances près de chez vous
      www.demain-lefilm.com

      BA

       

       

       

       

       

       


       

    111. Psychologie sociale

      Des expériences répétées de multiples fois avec des résultats similaires. Tellement de conclusions à en tirer...

      C'en est effrayant...La puissance du groupe ou de l'autorité dans les comportements humains.


      EXPERIENCE DE ASCH sur le conformisme.

       
       
       EXPERIENCE DE L'IMPUISSANCE APPRISE 
       
       
       
      EXPERIENCE DE MILGRAM 

    112. "LA BANDE DU SKATE PARK" (2)

      Personnellement, je trouve ça magnifique. Tendre, pudique, grave, douloureux, plein d'espoir et de rêves, alourdi par les drames, béni par l'amitié, tenté par l'amour...

      Un regard sur l'enfance, sur l'adolescence, sur le monde adulte qui leur est présenté et dans lequel ils doivent réussir à s'inscire...

       

      "LA BANDE DU SKATE PARK" (premiers épisodes)


      Internet exploreurs

      Les petits skateurs bretons s’en vont-en guerre

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         Erwan Desplanques
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      • Publié le 30/11/2015. Mis à jour le 01/12/2015 à 19h01.

       

      Après le succès d'“Anaïs s'en va-t-en guerre”, Marion Gervais récidive avec une websérie pleine de lumière et de douceur sur une bande d'ados fans de skate.

      C'est beau, parfois, la vie d'un ado. Surtout lorsqu'on la filme au ras du bitume, sans surplomb. En voici sept magnifiques spécimens, des passionnés de skate qui vivent à proximité de Saint-Malo, entre campagne rase et zones commerciales qu'ils réenchantent à leur manière : en faisant un maximum de bruit avec leur planche. Ils ont entre 13 et 15 ans, se baffrent de Choco BN, de chips low-cost et boivent des panachés, vautrés dans un vieux canapé récupéré pas loin de Jardiland (un peu comme dans The Wire, mais version Bisounours). La bande de potes ne fait rien d'autre que tuer le temps en attendant d'être en vacances (à Barcelone pour les plus chanceux) et plus généralement d'être adultes (avec un boulot cool, si possible) dans ce skatepark qui leur sert à la fois de défouloir et de micro-utopie.

       

       

       

      La réalisatrice Marion Gervais capte ces longues journées avec un regard attendri, presque maternel. Et en tire une websérie gracieuse, portée par la nostalgie de cet ennui adolescent qui est le bonheur-même. Diffusé en tranches de six minutes sur lanouvelle plateforme créative de France Télévisions, IRL (les deux premiers épisodes sont déjà en ligne), La Bande du skatepark pourrait être du Larry Clark à la sauceTomboy (ou Les Seigneurs de Dogtown sur la Côte d'Emeraude). Ainsi qu'un petit film solaire sur l'un des plus beaux sujets du monde : la glandouille !

      On pense aussi au doc de David André, Chante ton bac d'abord, sur les lycéens de Boulogne-sur-Mer, dans une version minipousses (« Passe ton brevet d'abord » ?), avec des séquences brutes, sans voix off, dans une France périurbaine un peu floue, n'appartenant ni réellement à la ville, ni à la campagne, ni à la banlieue, mais aux lisières des trois. Enzo, Glen, Liam, Pierrot et les autres appartiennent à la classe moyenne ; ils portent des fringues de surf mais raclent le fond de leurs poches pour se payer un kebab et plantent des patates dans les champs en rêvant de trips en Australie. A ce titre, le skate incarne aussi bien les derniers jeux de l'enfance que le désir de fuite en avant, le besoin effréné de vie, de ville, d'émancipation.

       

      Marion Gervais confirme ici son talent (son sens du cadre, de la photo, le choix de ses sujets et l'amour qu'elle leur porte). Pendant longtemps, elle a réalisé des castings sauvages pour les autres (Julian Schnabel, Claire Denis, Bruno Podalydès…) et voyagé au gré du vent avant de tenter une première expérience documentaire en 2008 (La bougie n'est pas faite de cire mais de flammes, sur une petite fille rom vivant à Montreuil). Puis, l'année dernière, un autre film au budget archimodeste, produit pour la chaîne locale TV Rennes, qui a ensuite connu un succès fou sur Internet (près de sept cent mille visionnages !) et vient de sortir en DVD (achat hautement recommandable). Anaïs s'en va-t-en guerre suit une jeune maraîchère de 24 ans, fauchée mais battante, passionnée par les plantes aromatiques et cultivant une pugnacité à toute épreuve (le portrait a sucité une vague de solidarité sur les réseaux sociaux qui a aidé l'agricultrice à monter son affaire).

      La Bande du skatepark devrait être diffusé en version longue sur TV Rennes (on ne renie pas ses racines) mais trouve sur la plateforme de France Télévisions un relais bienvenu dans un format convaincant (en huit épisodes). Quitte à vous promener sur le site, on vous invite aussi à jeter un œil (actualité COP21 oblige) aux Chroniques écologiques du Professeur Feuillage (une sorte de C'est pas sorcier rigolard sur le réchauffement climatique) et à approfondir le sujet avec les (encore une fois) excellentes synthèses de Julien Goetz et Henri Poulain (#Datagueule).