Blog

  • Mémoire...cellulaire...(10)

    Ce texte a pour objectif de donner un aperçu de la sophrologie analysante mais il est inévitablement très incomplet au regard des interventions d'un professionnel. Ce n'est donc qu'une vue très succincte de tout ce qui peut être fait dans le cadre de cette thérapie.

    Belanger1

    Yoann ne revit plus Paul après cette séance. Il disparut pratiquement de sa vie. Ils discutèrent trois fois au téléphone. Le divorce avait eu lieu, la maison était achevée, un garçon était né.

    Paul avait été un des premiers employés à subir le redéploiement de l’entreprise et les restructurations. Il avait été muté. Trois heures de route les séparaient désormais. Il était heureux malgré tout car cette mutation l’avait rapproché du domicile de sa mère. Son père était décédé quatre ans auparavant. Paul disait qu’il allait pouvoir consacrer davantage de temps à sa « maman »…Celle-ci lui avait dit que de toute façon, elle n’avait jamais trouvé qu’Emma était une femme pour lui.

    Emma… Elle avait trouvé en Paul la possibilité de jouer à la mère, de tenir un rôle maternel. Personne n’était coupable, personne n’était victime. Il n’y avait qu’un imbroglio de personnalités incomplètes, des individus intoxiqués par des fonctionnements archaïques, hérités parfois de générations précédentes…

    L’enfant remplaçait désormais cet homme-enfant. Un électrochoc pour elle aussi. Elle ne pouvait plus imaginer son mari symboliquement accroché à ses seins.

    Finalement, Paul n’aimait pas sa mère, il n’aimait pas Emma. Il aimait en elles l’amour maternel. Il aimait ce que cet amour protecteur lui procurait. Il n’aimait pas les individus en eux-mêmes mais le bien qu’ils pouvaient lui donner. Et le refus en lui d’explorer les blocages le condamnaient à souffrir.

     

    Yoann avait décidé d’étudier ce fameux complexe d’Œdipe et de tenter d’en analyser chaque scénario. Une évidence que dans le parcours de vie de Paul, cette phase cruciale du développement de l’individu avait été profondément problématique. Il ne pouvait plus rien pour Paul. On ne change pas les autres contre leur volonté. Il avait fait ce qu’il pouvait, sans être persuadé d’avoir réussi quoi que ce soit. Il avait fait au mieux. C’était à Paul de grandir…

    Ce petit garçon, le fils de Paul et d’Emma.

    Il venait au monde dans une famille séparée, un couple brisé, un père peu présent, immature, névrosé, déprimé, apeuré, inconstant, une mère seule portant une histoire trop lourde, une déception amoureuse, affective, existentielle, une perte de confiance en elle ou dans les hommes en général, une culpabilité au regard de son enfant. Tellement d’options possibles…

    Il imagina deux couples recomposés. Garde alternée. Comment l’enfant parviendrait-il à gérer cette situation ? S’il acceptait les nouveaux partenaires de ses parents ? Ou s’il les rejetait ? Ou un seul ? Un panel de suppositions qui l’assaillit.

    Si Emma se remarie et que son compagnon assume le rôle de père de substitution, qu’Emma accepte de déléguer à ce compagnon sa mission paternelle, sans s’accaparer cet enfant issu d’une union brisée, le petit garçon trouvera  en cet homme le support nécessaire à son identification masculine et le renoncement de l’amour pour sa mère pourra se faire.

    Si Emma se remarie avec un homme que le petit garçon n’aime pas ou en lequel il ne trouve pas les raisons de l’admirer et de vouloir l’imiter et de se confronter à lui, le renoncement à la mère ne se fera pas naturellement. Il faudra qu’un autre homme prenne ce rôle, un ami d’Emma, un Oncle, un voisin, un enseignant, une figure masculine envers laquelle le désir d’imitation pourra surgir et conduire l’enfant vers une identification positive. C’est ce dont Paul n’avait pu bénéficier et il était resté attaché à sa mère par un lien d’amour incestueux et une culpabilité castratrice.

    Il n’avait pas eu dans sa vie d’enfant ce « Tiers séparateur » qui l’aurait amené à ce renoncement maternel et à l’ouverture vers le monde. Aucune identification masculine et le monde était resté un « étranger dangereux », un espace à fuir. Emma n’avait été qu’une « protectrice » et elle n’avait plus voulu de ce rôle et encore moins d’un père qui n’aurait pas le comportement adéquat pour son enfant. Elle avait décidé de rompre l’héritage en cours…Cet enfant avait pour mission d’être un bébé électrochoc et il risquait de porter la culpabilité d’avoir failli à cette tâche imposée. Est-ce qu’Emma n’allait pas reprocher inconsciemment à cet enfant de n’avoir pas pu changer son père ?

    Tout devenait possible puisque tout était rempli d’intentions inavouées.

    Que deviendrait l’enfant auprès d’une nouvelle compagne de son père ?

    Si Paul garde la même attitude, s’il ne se défait pas de ses fardeaux, l’enfant pourrait en s’attachant à cette Belle-mère s’enfermer dans un amour « maternel » à travers cette figure féminine, d’autant plus facilement que le compagnon d’Emma chercherait au contraire dans l’autre couple à assumer son rôle d’homme.

    La problématique se renforçait et les options à venir se multipliaient. Ce qui pouvait être positif dans un couple pouvait être défait par l’autre. L’alternance devenait anxiogène pour l’enfant et il était impossible de s’assurer de la justesse de son développement sur le court terme. Comme souvent, les effets n’apparaîtraient clairement qu’une fois profondément insérés, installés, figés, fossilisés.

    Si Emma venait à mourir et que Paul se voyait attribuer la garde de l’enfant, une Belle-mère pourrait assumer le rôle maternel mais succomberait peut-être à un attachement étouffant au regard du deuil vécu par l’enfant. Un attachement d’autant plus profond que Paul culpabiliserait sans doute, inconsciemment ou pas, du parcours de vie de son enfant. Parents séparés, une mère décédée… Il risquerait de prendre lui aussi un rôle maternant, éloigné totalement de sa mission d’éveil au monde pour son enfant. Il reproduirait à l’identique sa propre enfance. Aucun renoncement à la mère, aucune identification au père, un fantasme de castration figé, un amour maternel jamais éludé, le refus du monde extérieur, l’absence d’intellectualisation, le maintien de l’enfant dans un espace fermé, une dualité désastreuse qui ne serait jamais résolue. Une sexualité adulte qui ne pourrait s’extraire de la fusion originelle, la recherche d’une compagne maternante, protectrice, perpétuant la castration fantasmée.

    La dualité dans la relation mère-enfant ne pouvait se rompre qu’avec un Tiers séparateur, conscient de l’attitude nécessaire.

    Si Emma ne trouvait pas de nouveau compagnon, si elle en venait à considérer cet enfant comme un substitut masculin, si aucun homme ne venait prendre cette place dans la relation duale, le chemin de vie de cet enfant risquait de suivre les traces paternelles…

    Quelle que soient les possibilités, le renoncement à la mère et l’identification au père ne devaient pas être bridées. Il suffisait d’observer Paul pour en juger. Les dégâts étaient parfois irréversibles.

    De plus, que cet enfant ait été conçu sans qu’il n’y ait de participation consciente de son père allait-il créer un vide, un manque, un blocage, une mémoire cellulaire mutilée ?

    Il imaginait un cœur n’ayant qu’un ventricule, une amputation existentielle qui se matérialiserait dans sa vie sous la forme d’un vide affectif redoutable. Des géniteurs n’ayant pas réglé en eux des troubles fondateurs pouvaient-ils parvenir à créer un individu équilibré ? Que la Vie soit transmise sous la forme d’un chantage était-il recevable ? N’était-ce pas là une forme d’empoisonnement prémédité ?

     

    Cette incapacité à œuvrer à la paix en soi n’était-elle pas la raison première du malheur des Hommes ? Des adultes donnaient en héritage à leurs enfants des fardeaux écrasants. Dans la conception même de la Vie.

    Yoann se coucha avec en lui une tristesse insoumise, l’impression d’une malédiction archaïque. Des millions d’années d’évolution pour en être toujours là. Une Humanité qui n’avait toujours pas atteint sa maturité. Et qui concevait des enfants comme on prend un médicament.

    « Avec un enfant, ça ira mieux. »

     Triste à pleurer.

    Personne n’était coupable et tout le monde était responsable de ne pas l’être. Car, finalement, personne ne parvenait à observer les raisons du malheur de chacun. Mais de se croire coupable générait un mal plus puissant que le traumatisme lui-même. Il n’y avait finalement pas d’autres alternatives que d’observer constamment les raisons profondes d’un acte ou d’une parole et ne pas en attendre les effets eux-mêmes… Être responsable pour ne jamais se sentir coupable.

    Mais disant cela, il portait un jugement et outrepassait sa fonction de thérapeute. Il devait accepter l’idée qu’il n’était pas là pour guérir ses patients mais juste pour amener les individus à prendre conscience qu’ils portaient en eux leur guérison. Il n’était qu’un portier destiné à entrebâiller les vantaux et à permettre à chacun de découvrir les horizons inconnus de leur propre connaissance.

    Paul n’avait sans doute pas trouvé la force intérieure nécessaire pour franchir le seuil, paniqué par ces territoires à découvrir. L’habitude rassurante du malheur face à la peur de l’inconnu... Pour réaliser que la victime et le bourreau sont une seule et même personne, il faut accepter  de mourir à soi-même.

     

     

     

     

    Lire la suite

  • "Au-delà de notre vue"

    Expériences de mort imminente.

    10998306 971671379511221 977984819884630879 o

    La bulle autour d’eux se referme encore et les étreint. C’est une blancheur amniotique, sans paroi ni rumeur, sans mouvement environnant, ni odeur.   

    Il n’a pas fermé les yeux. Il en est certain. Il ne voulait pas quitter Blandine. Ils se sont d’eux-mêmes retournés vers l’intérieur. Il n’a pas pu s’y opposer. La lumière qui l’entourait l’a envahi, il n’a rien pu faire, il ne contrôle rien, il n’a plus de corps, tout a disparu. Il ne sait pas ce qu’il est, ce qui reste de lui, ni où il est, ni où il va. La vitesse augmente. Rien de visible ne lui permet de l’affirmer mais il le sait. C’est un couloir qui le conduit vers une blancheur toujours plus éclatante. Plus aucune peur. Il essaie encore de comprendre… La lumière l’a entouré, puis elle l’a envahi, il est devenu lui-même la lumière mais elle continuait de l’environner. Tout l’espace n’était que clarté et il était lui-même cette clarté. Il n’était ni dedans, ni dehors. Le rayonnement n’était ni en lui, ni autour de lui. Ils étaient l’un et l’autre identiques, partout et nulle part, dans un moment sans fin, ni début. Juste une plongée vers la concentration de la lumière.   

    Lire la suite

  • Prospérer sans croissance

    « Dix propositions pour prospérer sans croissance »

    coverNos amis décroissants de Barcelona ont publié dans plusieurs médias européens « Dix propositions pour prospérer sans croissance ». Nous nous retrouvons totalement dans leur démarche, en particulier dans cette logique de création de convergences à gauche, autour des idées de la Décroissance. De même, ces dix propositions rejoignent ce que nous mettons souvent en avant. On regrette toutefois l’absence de références à l’extension des sphères de la gratuité, et donc à la Dotation Inconditionnelle d’Autonomie, à une remise plus claire de l’économie à sa juste place, en particulier de la finance, pour une ré-appropriation politique des banques centrales et de la création monétaire comme outil de transition vers plus de soutenabilité et de bien-être. Enfin, nous manque aussi une réflexion sur la démocratie et en particulier sur la notion d’autonomie…

    La transition est en marche, les convergences se construisent, merci pour ce texte percutant, clair et important :

    logodegrowth2 copyDix propositions pour prospérer sans croissance – Libération – 16 février 2015

    On assiste à l’avènement en Europe, de l’Espagne à la Catalogne, de la Grèce à la Slovénie et à la Croatie, d’une gauche nouvelle dont la nouveauté tient non seulement aux idées mais aussi au jeune âge de ses membres. Cette gauche sera-t-elle aussi une gauche verte et proposera-t-elle un modèle coopératif alternatif pour l’économie inspirée des idées de la décroissance ?

    Ou, à l’instar de la nouvelle gauche d’Amérique latine, conditionnée par les exigences du capitalisme global, cette nouvelle gauche reproduira-t-elle la logique expansionniste du capitalisme en se bornant à substituer les sociétés multinationales par des sociétés nationales, répartissant un peu mieux les miettes entre la populace ?

    Comme contribution à ce débat, n ous présentons ci-après dix propositions, inspirées par la décroissance, que nous avons rédigées pour le contexte espagnol. Néanmoins, moyennant certaines modifications et adaptations, elles sont applicables à d’autres contextes et pertinentes pour les partis de la gauche radicale, ainsi que les formations écologistes partout en Europe.

    Audit citoyen de la dette. Une économie ne peut être contrainte de croître pour réparer des dettes accumulées qui ont elles-mêmes contribué à une croissance fictive dans le passé. Il est essentiel non seulement de restructurer mais aussi d’annuler une partie de ces dettes.

    Partage du travail. Réduction de la semaine de travail à 32 heures. Ceci devra être agencé de telle sorte que les pertes de salaire résultant de la réduction du temps de travail ne se répercutent que sur la tranche de revenus des 10% les plus riches.

    Revenu de base et revenu maximum. Fixation d’un socle de revenu minimum d’entre 400 et 600 euros par mois pour tous les résidents espagnols, disponible sans contraintes ou stipulation. Le revenu maximum d’une personne – revenu du travail aussi bien que du capital – ne peut dépasser une valeur égale à plus de trente fois le revenu de base (12 000-18 000 euros par mois).

    Réforme fiscale verte. Mise en œuvre d’un système de comptabilité visant à transformer, à terme, le système fiscal d’un régime essentiellement basé sur le travail à un régime basé sur l’utilisation d’énergie et de ressources.

    Arrêter les subventions et les investissements destinés à des activités hautement polluantes en aiguillant les fonds publics libérés vers une production respectueuse de l’environnement.

    Pour une société alternative, solidaire. Soutenir au moyen de subventions, d’exonérations fiscales et de législations, le secteur économique coopératif à but non lucratif florissant en Espagne et inclure les réseaux alimentaires alternatifs, les coopératives et les réseaux dédiés aux soins de santé de base, les coopératives s’occupant de logements partagés et d’enseignement, de même que les artistes et autres professionnels.

    Optimiser l’utilisation des espaces et immeubles. Arrêter la construction de nouveaux logements et rénover le parc de logement existant tout en facilitant la pleine occupation des logements disponibles avec taxes dissuasives sur les résidences à l’abandon, vides et secondaires.

    Réduction de la publicité. Etablissement de critères très restrictifs en matière d’autorisation de la diffusion publicitaire dans les espaces publics, partant de l’exemple de la ville de Grenoble. Mise sur pied de commissions chargées du contrôle quantitatif et qualitatif de la publicité autorisée dans les médias de masse.

    Etablissement de limites environnementales. Fixation de plafonds absolus et dégressifs sur le total des émissions de CO2 autorisées pour l’Espagne et la quantité totale des ressources matérielles qu’elle utilise, y compris les émissions et les matériaux intervenant dans les produits importés, qui proviennent souvent des pays du Sud.

    Abolition du recours au PIB en tant qu’indicateur de progrès économique.Si le PIB est un indicateur trompeur, nous devrions arrêter de l’utiliser et nous mettre à la recherche de nouveaux indices de prospérité.

    Ces propositions sont complémentaires et doivent être mises en œuvre de façon concertée. A titre d’exemple, la fixation de plafonds environnementaux pourrait réduire la croissance et générer de l’emploi, cependant que le partage du travail avec un revenu de base garanti aura pour effet de découpler la création d’emplois et la sécurité sociale de la croissance économique.

    La réaffectation des investissements des activités conventionnelles vers des activités vertes et la réforme du système de taxation permettront de garantir l’émergence d’une économie plus respectueuse de l’environnement ; par ailleurs, le fait de cesser d’évaluer l’économie en termes de PIB et de recourir aux indices de prospérité assurera que cette transition soit comptée comme un succès plutôt qu’un échec. Enfin, la réforme de la taxation et la réglementation publicitaire contribueront à un relâchement de la concurrence positionnelle et réduiront le sentiment de frustration que peut engendrer l’absence de croissance. L’investissement dans les biens publics et les infrastructures partagées contribuera à accroître la prospérité sans croissance.

    Nous ne nous attendons pas à voir les partis de gauche faire de la décroissance leur «bannière». Nous comprenons la difficulté que peut supposer le fait de devoir confronter, soudain, un bon sens profondément ancré. Mais nous attendons, néanmoins, de la part des partis de gauche qu’ils prennent des pas dans la bonne direction et mettent en œuvre de bonnes politiques, telles que celles que nous proposons, et ce, indépendamment de leur incidence sur la croissance. Pas facile, certes, mais depuis quand une gauche qui se veut radicale opte-t-elle pour des solutions de facilité.

    Giorgos Kallis est coéditeur et coauteur avec Giacomo D’Alisa et Federico Demaria de : «Décroissance. Vocabulaire pour une ère nouvelle» (disponible en anglais, prochainement une version française aux éditions le Passager clandestin).

    Par Giorgos Kallis Professeur d’économie écologique à l’université autonome de Barcelone et le collectif Recherche et Décroissance (www.degrowth.org)

    Traduit par Salman Yunus.

    http://www.partipourladecroissance.net/?p=9065

    Le PPLD, c’est qui ?

    UNE CROISSANCE ILLIMITÉE DANS UN MONDE LIMITÉ EST UNE ABSURDITÉ

    Si la structure existe depuis 2005, le Parti Pour La Décroissance est relancé en 2008 par de nouvelles et nouveaux militant-e-s. C’est donc un parti jeune et divers qui s’engage dans une démarche collective pour amener la Décroissance dans le débat public. Peu à peu, le fonctionnement du parti change de fait : une gestion collective s’installe, laissant derrière elle une organisation pyramidale. Une dynamique d’ouverture débute aussi, notamment vers le reste du mouvement décroissant, qui aboutit en 2009 à la présence de la Décroissance politique lors des élections européennes de 2009 et d’avoir accès aux spots de campagne à la radio et à la télévision (motion de janvier 2009 adoptée par l’Assemblée générale).

    Avec un appel signé par plus de 1700 personnes et des listes dans 6 grandes régions, la campagne Europe-Décroissance est une réussite collective pour le PPLD, en association avec le Mouvement des Objecteurs de Croissance (MOC), qui favorise l’arrivée d’une nouvelle génération de militant-e-s. Elle reste pour chacun-e un moment de convivialité, de partage et de création de liens.

    PLUS QUE LE NOM, C’EST NOTRE ACTION QUI DOIT NOUS DEFINIR

    Aujourd’hui, le PPLD continue son projet porteur de radicalité, visant à colporter les idées de la Décroissance pour une transition vers des sociétés socialement justes et écologiquement soutenables.

    Sa démarche est multiple :

    – l’approfondissement du projet y tient une place centrale, à la fois en construisant un projet désirable de décroissance et en portant la réflexion sur des thématiques spécifiques (l’agriculture, la dette, la réduction du temps de travail, les gratuités, le sport, etc.) ;

    – la participation à divers rassemblements de mouvements sociaux et d’organisations politiques, dans le but de tisser des liens et d’apporter les idées de l’objection de croissance au sein d’événements dont nous sommes entièrement partie prenante (lutte contre les infrastructures inutiles comme l’aéroport Notre-Dame-des-Landes, Foire à l’Autogestion, mobilisations contre les gaz de schistes, etc.) ;

    – la participation à des élections, que nous refusons d’ignorer car elles sont l’occasion de rencontres, de réflexions collectives, de confrontations de nos idées vers l’extérieur. Elles permettent de faire exister notre mouvement et d’ouvrir le débat autour des sociétés de Décroissance, dans un moment de plus grande attention politique de nos concitoyens ;

    – le soutien et l’initiation d’initiatives concrètes comme les ateliers vélo, les monnaies locales, les circuits-courts, Proximités, etc. ;

    – l’implication de chacun et chacune de ses membres, au quotidien, dans des démarches de simplicité volontaire et de décolonisation de l’imaginaire.

    Enfin, le Parti Pour La Décroissance c’est un collectif au sein duquel chacun-e contribue de la manière qui lui convient, avec ses compétences et envies propres, sans jamais se voir imposer d’autre impératif que celui de promouvoir la Décroissance que nous souhaitons voir s’installer au sein de la société.

    IL FAUT QUE CHAQUE OBJECTEUR DE CROISSANCE PUISSE S’EPANOUIR LÀ OÙ IL SE SENT LE MIEUX

    contact@ml.partipourladecroissance.net
    http://www.partipourladecroissance.net/

  • KUNDALINI (8)

     

    Tumblr njwfblamyj1unim9bo1 1280

     

     

    L’impatience de se déshabiller et de nager dans l’eau claire, de sentir la fraîcheur sur la totalité de son corps, de s’étendre au soleil sur des dalles chaudes, s’asseoir sur des blocs lisses et ronds, sentir la patience infinie de l’eau, fermer les yeux, entrer dans l’absence, s’abandonner.

     

    Le ressaut rocheux.

    Une succession de blocs empilés et le courant qui se faufilait en arabesques. Elle examina le passage et choisit un cheminement. Les appuis, la recherche des prises, des positionnements équilibrés, le bonheur de sentir la roche sous ses doigts. Elle se dit qu’une journée en falaise avec un moniteur serait une bonne idée.

    Elle franchit rapidement l’obstacle et reprit son avancée. Les falaises s’ouvrirent peu à peu, un long replat se dessina, le courant s’atténua.

    Des sangles et des plateformes assez larges pour que des résineux y poussent, des failles, des brèches, des terrasses, des piliers et des dalles grises, jaunes, sombres, des surplombs où scintillaient des zébrures de quartz, des murs qui remontaient vers un plateau sommital cent mètres plus haut. Un encadrement fascinant, toute la magie du monde minéral et végétal assemblée dans un écrin immobile. Seule la mélodie de l’eau agitait le silence.

    Il lui sembla que la nature l’observait elle aussi. Cette étrange impression d’une présence. Elle tourna sur elle-même, lentement, observant les lieux, guettant un bruit de pas ou de voix.

    Aucune menace, aucun signe d’un quelconque danger. Juste ce sentiment inexplicable de ne pas être seule.

    Elle reprit son avancée et se dirigea vers l’extrémité du bassin, en amont. Elle traversa le cours d’eau à son endroit le plus étroit et rejoignit un parterre de dalles qu’elle longea sur une centaine de mètres. L’eau était d’une clarté absolue et entre les roches, là où le courant s’était éteint, il était difficile de situer la surface sans y poser la main.

    Une cascade de quelques mètres de haut fermait les lieux. Un débit limité, nul vacarme liquide mais un chant de carillons qui ruisselait dans un couloir verdi par des mousses. Une barrière rocheuse interdisait la poursuite de l’exploration. Il aurait fallu un matériel d’escalade complet.

    C’est en atteignant l’extrémité du bassin qu’elle le vit. Il était sur l’autre rive. Debout, dans une posture étrange. Un large bloc descendant jusqu’à l’eau l’avait caché jusque-là.

    Un homme. Nu.

    Une jambe repliée à angle droit, comme s’il était assis sur une chaise, l’autre posée sur la cuisse et les bras levés au-dessus de la tête. Elle n’aurait jamais imaginé que cette position était réalisable. Comme s’il était assis, avec une jambe croisée. Mais sans aucun support.

     

    0c7e5c4265803228e7b5b5c43e90e126 l

    Il lui semblait qu’il avait les yeux fermés. Parfaitement immobile. Les deux mains tournées vers le ciel, paumes ouvertes.

    Le crâne chauve, lisse. Et pourtant un corps qui paraissait jeune.

    Elle redescendit vers l’aval pour ne pas rester face à lui. Le bassin les séparait d’une vingtaine de mètres mais elle ne voulait pas paraître intrusive.

    Séance de méditation. Une certitude.

    Elle posa son sac, sans bruit, libéra ses cheveux et se déshabilla. Elle entra doucement dans l’eau, mouilla sa nuque et ses épaules, puis avança. Elle s’allongea et fit quelques brasses. La fraîcheur de l’eau la ravit, ce bonheur sensuel du contact sur sa peau.

    Elle lança un regard rapide vers l’homme. Il n’avait toujours pas bougé…Elle ne parviendrait même pas à prendre la position et il la maintenait depuis plusieurs minutes. Elle en était fascinée. Elle connaissait pleinement la difficulté de l’épreuve. Cette immobilité totale, dans une telle posture, réclamait un effort physique gigantesque.

     

    Elle rejoignit la berge et sortit. La sensation délicieuse que sa peau s’était contractée sous l’effet du froid, comme un bain de jouvence. Elle se sécha rapidement et huila son corps avec attention. Personne pour s’occuper de son dos. Laurent… Elle ne comptait plus les situations qui lui rappelaient son absence. Même la plus insignifiante surgissait immanquablement.

    Elle sortit ses lunettes de soleil et s’allongea.

     

    Il avait changé de posture. En équilibre sur les mains, les jambes à la verticale. Parfaitement aligné, droit, immobilité absolue.

    Les jambes descendirent doucement et les deux pieds se posèrent sur l’arrière du crâne. Il bascula légèrement sur le côté et leva un bras.

    En équilibre sur une main. Aucun tremblement visible, aucun vacillement. Une perfection totale dans l’exécution, une maîtrise qu’elle n’avait jamais vue. Une sculpture improbable et superbe.

    Elle pensa soudainement à ce documentaire sur les moines Shaolin. Une soirée télévision pendant sa période sombre. Elle avait été subjuguée par la maîtrise physique et mentale de ses hommes. Uniquement des hommes d’ailleurs. Comme si cette perfection n’était pas accessible aux femmes.

    Il lui plaisait de participer à sa mesure à une autre image de la femme. Elle devait bien admettre malgré tout que la maîtrise de son mental était dérisoire au regard de ces moines. Elle avait certainement atteint un haut niveau dans sa pratique physique mais, désormais, elle ressentait douloureusement ce manque. Comme un vide en elle qu’il fallait absolument combler.

     

    Il s’était allongé. Sur le dos. Pas de serviette au sol. Il monta les jambes puis le bassin et suspendit une chandelle rectiligne. Il garda la position trois ou quatre minutes puis laissa ses jambes descendre et se replier en tailleur. Comme s’il était assis en lotus mais à l’envers. Chaque geste était exécuté avec une lenteur infinie et une précision remarquable.

    Il descendit le bassin sans décroiser les jambes et prit appui sur les bras. Il s’assit et amena ses deux pieds derrière la nuque. Les mains jointes sur la poitrine.

     

     

     Elle ne parvenait pas à le quitter des yeux sans se libérer pourtant d’une certaine gêne. Elle était incapable de dire s’il l’avait vue, s’il lui reprochait intérieurement de perturber sa séance, s’il la trouvait incorrecte.

    Et malgré se ressenti limitant, elle ne pouvait se détacher de la beauté de ce corps et de ces arabesques. Elle aimait dans le yoga cette opportunité de maîtrise et cette connaissance du corps mais elle éprouvait en regardant cet homme une étrange plénitude, comme si le bien-être visuel coulait en elle, comme si une énergie invisible flottait dans les airs et la parfumait. Il lui prit l’envie soudaine de s’asseoir en lotus et de poser les paumes sur les genoux, tournées vers le ciel, pouce et index joints.

    Elle prit une longue inspiration en gonflant la poitrine, seins tendus, ventre creusé, cuisses ouvertes et elle sentit vibrer dans son corps un flux inconnu, comme si une source de chaleur venait de s’activer.

    Elle ne put s’empêcher d’ouvrir les yeux, persuadée de façon incompréhensible que quelqu’un effleurait sa peau et l’électrisait.

     

    Elle croisa son regard et devina un sourire. Il était assis comme elle, mains jointes devant son plexus. Il déplia les bras et dans un geste lent et appliqué dirigea ses paumes vers elle. Comme s’il envoyait un salut, une prise de contact.

    Elle frissonna. De la tête aux pieds.

    Il ramena les paumes contre sa poitrine, leva les bras au-dessus de la tête et ouvrit les mains. Un geste empli de respect, comme une offrande au ciel.

     

    Son cœur sursauta lorsqu’il se leva.

    Il descendit vers le gué qu’elle avait franchi.

    Il traversa en sautant de roche en roche. Une fluidité dans ses gestes aussi belle que ses postures, comme si chaque instant en lui était nourri par une maîtrise naturelle.

    Elle le trouva infiniment beau. Non pas dans les détails de sa stature mais dans cette fascinante plénitude qui émanait de lui.

     

    La respiration courte.

    Il venait vers elle. Elle décroisa les jambes et les allongea, le corps appuyé sur les mains. Sans pouvoir se l’expliquer, elle souhaitait donner d’elle une image avenante. Elle remarqua subitement qu’elle avait tendu sa poitrine, tiré les épaules vers l’arrière, rejeté sa chevelure sur sa nuque, comme un large éventail. Elle aurait pu en rire, tant son attitude relevait davantage d’une adolescente que d’une femme de cinquante-deux ans.

    Le désir de plaire. Sans aucune explication rationnelle, comme une fleur qui diffuserait son parfum sans pouvoir s’y opposer, juste une acceptation totale de l’offrande en elle de la vie. Et de l’amour.

    Il avait le crâne lisse. Aucune trace du moindre cheveu. Ni aucun poil apparent sur le corps.

     

    Dix mètres.

    Elle ne voulait pas le regarder avec insistance. Il venait pour elle. C’était évident et elle avait envie de sourire tout autant que de calmer les battements de son cœur. Cette peur que son trouble soit visible.

    Le sexe nu. Aucune toison pubienne.

    Un adepte du naturisme absolu certainement. Elle savait que certains et certaines pratiquaient une épilation totale. Chez les femmes, elle n’avait jamais trouvé cela dérangeant mais elle n’avait jamais vu un homme en user intégralement.

    Elle gardait pour sa part une ligne blonde sur sa vulve, un trait étroit qui couvrait les lèvres. Comme un voile protecteur.

     

    Pourquoi venait-il vers elle ?

    Engager une discussion ? Lui tenir compagnie ? Allait-il s’imposer comme ces voyeurs malsains qui hantaient les plages nudistes ?

    Courait-elle un danger ?

    Seule. Loin de tout.

     

    Cinq mètres.

    Le visage impassible. Elle reconnut des chaussons d’escalade dans une main. Les sangles de son sac à dos encadraient ses pectoraux. Un corps d’athlète, des muscles saillants. Des barres abdominales qui descendaient en triangle vers son sexe. Chaque masse musculaire semblait avoir été ciselée par un sculpteur antique. Et malgré la largeur de ses épaules et le volume de ses cuisses, les barres noueuses qui striaient son ventre ou la puissance de ses bras, il émanait de lui une souplesse de chat.

    Un bonheur visuel qui l’émoustilla, une vibration dans son ventre, une chaleur intense soudainement réveillée.

     

    Deux mètres. Un large sourire.

    Il n’avait pas de sourcils. Elle ne voulut pas le scruter, elle ne voulut pas le gêner par des regards inquisiteurs.

    Elle baissa les yeux puis releva le visage.

    « Bonjour. »

    Il avait une voix posée, assez grave, une intonation enjouée qui la rassura.

    « Bonjour, répondit-elle.

    -Hypotricose.

    -Pardon ?

    -J’ai une forme très rare d’hypotricose, une maladie orpheline qui me prive de cheveux et de poils. Je préfère l’annoncer immédiatement quand je rencontre quelqu’un. Les choses sont plus claires.

    -Merci alors de ces précisions mais personnellement, je n’y attache aucune importance.

    -Oui, je le sais.

    -Pardon ?

    -Je le sais. »

     

    Un instant de silence.

     

    « Je tenais à vous remercier de vous être montrée aussi discrète depuis que vous êtes là. C’est très respectueux de votre part.

    -Je ne savais pas si vous m’aviez vue mais je ne voulais pas vous déranger.

    -Vous ne pouviez pas me déranger. Impossible.

    -Vous étiez très concentré, j’imagine.

    -Pas seulement.

    -Ah ? Et quoi d’autre alors ?

    -J’aime bien la façon dont vous ressentez la nature. Vous permettez ? »

     

    Il fit signe de la main.

     

    « Oui, asseyez-vous, bien sûr, » répondit-elle immédiatement en souriant.

    Elle s’en voulut un instant de s’être montrée aussi réjouie.

    Il la remercia et s’installa à ses côtés.

     

    « Vous vous rendez compte que vous avez prononcé déjà deux phrases très étranges ? demanda-t-elle.

    -Elles ne sont pas étranges, c’est juste qu’elles ne correspondent pas à ce que vous attendiez, à vos habitudes, à ce que vous aviez pu imaginer. C’est juste la différence entre la conformité qui nous convient et l’inattendu qui nous inquiète. »

     

    Des pupilles noires comme l’ébène. Un visage d’homme et un corps imberbe, une musculature impressionnante. Une peau mate, tendue. Aucun pli graisseux mais une structure sèche, épurée et qui paraissait avoir été exploitée dans le moindre recoin. Une origine étrangère. Un mélange d’Asie et d’Europe. Il s’était assis en lotus légèrement en avant, tourné vers elle.

    « Je m’appelle Sat. »

    Il lui tendit la main. Elle répondit à l’invitation. Une main large et douce, un contact prolongé et respectueux. Il avait incliné légèrement la tête pour accentuer l’hommage.

    Cette absence de sourcils et même de cils… Elle donnait à ses yeux une importance considérable, comme s’il s’agissait de deux portes ouvertes sur son âme, comme si rien ne pouvait cacher ce qui vibrait en lui. Elle sentit son ventre se serrer quand elle s’aperçut qu’il la dévisageait et l’intensité de ses prunelles ruissela dans son dos comme une cascade de feu. Un frisson qui se prolongea dans toutes ses fibres… 

    «  Je suis né en Inde. Mon père est Hindou et ma mère est de la vallée. Ça explique le mélange des genres, expliqua-t-il en souriant.

    -Madeleine. Mais tout le monde m’appelle Maud. Je suis très impressionnée par votre maîtrise du yoga. Vraiment. D’autant plus que c’est mon métier.

    -Vous enseignez le yoga ?

    -Oui, à Lyon. J’ai pris quelques jours de vacances.

    -Je ne fais pas vraiment du yoga en fait. Je fais ce qui est en moi.

    -Et vous le faites merveilleusement bien, ajouta-t-elle.

    -Je n’en suis qu’aux prémices pourtant. Mon objectif est encore très lointain.

    -Quel objectif ?

    -Le corps de cristal.

    -Pardon ? Excusez-moi de vous demander sans cesse de vous répéter mais vous êtes énigmatique dans vos réponses.

    -Le corps de cristal, c’est l’ouverture des sept chakras, la fusion avec le flux vital, la connexion entre les forces telluriques et la dimension céleste, l’accession à l’esprit éternel.

    -Et ça s’acquiert comment ?

    -L’Amour. »

  • Mémoire....cellulaire.....(9)

    Ce texte a pour objectif de donner un aperçu de la sophrologie analysante mais il est inévitablement très incomplet au regard des interventions d'un professionnel. Ce n'est donc qu'une vue très succincte de tout ce qui peut être fait dans le cadre de cette thérapie.

    Belanger1

    Il eut du mal à s’endormir. Toutes les paroles de Paul qui tournaient en boucle. Cet air de chien triste, les épaules tombantes, la tête basse. Il réalisa qu’il devenait rare de croiser ses yeux. Toute la misère du monde.

    « De toute façon, Yoann, depuis mon enfance, j’ai toujours été abandonné par tout le monde. Tu es d’ailleurs le seul ami qui me reste. Tous les autres ont disparu. Je les ai fait fuir. Et c’est pareil avec Emma. Il manquerait plus que mon gamin me rejette, tiens. Ça serait le bouquet final. »

    Schéma d’Abandon.

    « Tu vois, je suis incapable de me débrouiller tout seul et au final, je fais fuir tout le monde. Pas étonnant en fait. Qui aurait envie de traîner un boulet ? »

    Schéma de Dépendance. Vulnérabilité. Carence affective. Exclusion. Imperfection. Échec…

    Cette impression que Paul cumulait tous les schémas les plus lourds, les plus invalidants. Un enfant suspendu, enfermé dans les bras de sa mère, encadré, surprotégé, privé de toutes initiatives, de toutes responsabilités, martelé par les peurs chroniques d’une mère étouffante, affaibli par l’absence d’un père laxiste ou indifférent, libéré peut-être d’un rôle qu’il ne savait assumer.

    Un enfant qui, un jour, a dû quitter le ventre symbolique de sa mère, couper un cordon vital, prendre un travail, s’éloigner, affronter le monde… Comme si ne restait de lui désormais qu’une enveloppe vide, sans matière, juste gangrénée de peurs fantasmées. Sa vie était restée accrochée aux bras maternels, le visage collée aux seins protecteurs, les jambes recroquevillées au-dessus des gouffres du monde.

    Paul vivait dans un lacis de boucles dont il ne pouvait se libérer. Revivre constamment les mêmes situations validait en lui l’identification qu’il s’était forgée. Il avait conscience de ses blocages mais il n’avait pas conscience des résistances qu’il maintenait pour ne pas avoir à en sortir…

     

    Il fallait se donner une dernière chance, l’électrochoc final.

     

    « Paul, j’aimerais que tu ailles retrouver ton Enfant intérieur aujourd’hui.

    -On l’a déjà fait ça ?

    -Oui, mais j’aimerais y ajouter un protocole. J’aimerais que tu fasses le deuil de ta mère.

    -Ma mère n’est pas morte, Yoann ! »

    Il s’était raidi dans le canapé, outré, une colère immédiate, fulgurante, comme une décharge électrique dans son corps. Yoann avait aussitôt enchaîné.

    « Je sais, Paul, je m’excuse, je me suis mal exprimé, mais c’est le deuil de ton enfance, dans les bras de ta mère. Pas le deuil de ta mère, mais celui de ta séparation avec elle. Celui de toutes les émotions qui se sont figées en toi à cet instant-là. Ce que j’ai compris de ton histoire, c’est que ta mère t’a surprotégé, elle avait une bonne intention, évidemment, mais c’est un amour qui t’a enfermé et qui t’empêche de vivre. Tu n’as gardé de cette enfance qu’un empilement de schémas limitants.

    -C’est quoi ça déjà ?

    -Et bien, par exemple, pour toi, je vois un adulte qui souffre d’un syndrome d’abandon, de dépendance, de vulnérabilité, de carence affective, d’exclusion, d’imperfection. Ton père a joué un rôle important aussi, dans tout ça. Il n’a pas su s’imposer et t’arracher aux bras de ta mère, il n’a pas pu t’apprendre à avoir confiance en toi, à accepter les épreuves, les dangers de la vie. Peut-être a-t-il jugé que l’importance de ta mère ne pouvait être contestée ou qu’il n’avait rien de plus à t’apporter. D’un côté, tu as vécu dans la dépendance de ta mère et de l’autre dans la carence affective paternelle. Il ne t’en reste qu’un sentiment d’abandon général. Emma est venue soigner des plaies anciennes mais ça n’est pas son rôle.

    -C’est bien ça pourtant l’amour ? C’est de prendre soin de l’autre.

    -Je ne pense pas, Paul. Mais c’est un autre sujet. On en reparlera.

    -Dis-moi d’abord ce que c’est l’amour pour toi. Comme ça, en quelques mots.

    -Ce dont je suis persuadé, c’est qu’il est impossible d’aimer quelqu’un sans s’aimer soi-même. C’est simple en réalité, c’est même une évidence. Comment pourrais-tu donner quelque chose que tu ne possèdes même pas ?

    -Je ne m’aime pas, Yoann.

    -Oui, je le sais. Mais, c’est une histoire ancienne dont il faut que tu te libères. Pour toi et aussi pour cet enfant à venir. Il aura besoin d’un père qui puisse l’accompagner dans sa vie, lui donner la confiance et la force  pour affronter le monde. Tu as entendu parler du complexe d’Œdipe ?

    -Ouais, vaguement.

    -Et bien, cette absence de soutien de la part de ton père, tu sais ce que tu en as gardé ? Un schéma d’imperfection, de vulnérabilité, de carence affective, d’exclusion et d’échec.

    -Sacré héritage.

    -Ton père en avait peut-être hérité lui-même. Il s’agit désormais de ne pas  pérenniser ce processus, de ne pas le transmettre. Tu travailles pour toi d’abord et pour ton enfant ensuite. C’est toujours cette histoire d’amour. Tu ne peux donner que l’amour que tu portes pour toi. Sinon, c’est l’autre que tu prends en otage en disant l’aimer mais c’est avant tout pour que tu t’aimes toi-même, que son amour pour toi te rende estimable à toi-même... Le mécanisme est inversé et il finira immanquablement par s’enrayer.

    -Ok, Yoann. Je comprends. Allons-y alors pour le deuil de ma mère.

    -Non, Paul, c’est le deuil des bras de ta mère, le deuil de ton attachement à elle, le deuil de cette sécurité qui t’a enfermé et par conséquent la naissance de celui que tu peux être. Tu vas aller chercher en toi des liens précis. »

     

    Il n’était pas question pour Yoann de suivre le protocole du deuil, d’amener Paul à imaginer la séparation entre lui et sa mère comme la mort de celle-ci. Il avait choisi le protocole des liens, la rencontre avec un Parent.

    Il décida d’amener Paul vers la relaxation en usant de la technique de détente, tension. Cette impression que son ami n’était plus qu’un écheveau de nœuds et de tensions.

    La Canal de lumière.

    Les retrouvailles avec l’Enfant Intérieur.

    « Tu es dans un lieu de ton enfance, Paul. Ta maison, ta chambre, le jardin ou le chêne que tu aimais. Tu retrouves ton Enfant Intérieur. Vous vous reconnaissez, vous vous enlacez. Vous allez ensembles dans ce lieu connu de votre enfance. Dis-moi où vous vous trouvez.

    -Dans ma chambre.

    -Comment est-elle ?

    -J’aime bien la tapisserie, c’était des personnages de Walt Disney. J’avais toujours mon lit à barreaux, il était petit mais j’arrivais encore à m’allonger dedans et je m’y sentais bien. J’étais en sécurité.

    -Tu as quel âge ?

    -Six ans. C’est le jour de mon anniversaire et mes parents ont acheté un nouveau lit, un lit de grand. C’est ça que ma mère me dit. C’est un lit de grand.

    -Bien, j’aimerais maintenant que tu regardes cette chambre avec tes yeux d’enfant, comme tu étais ce jour-là, tu n’es plus avec l’Enfant, tu es redevenu cet Enfant, tu es là, ce jour d’anniversaire.

    -Que se passe-t-il ?

    -Je ne veux pas de ce grand lit. Je n’aime pas cette journée. Je suis triste et en colère. Et j’ai peur de la prochaine nuit. J’ai l’impression que je vais tomber de mon lit. Je ne veux pas aller me coucher. Ma mère dit que je dois être grand. Elle me tient contre elle, j’ai posé ma tête contre sa poitrine.

    -Bien, regarde ta mère et imagine entre vous deux un lien qui vous unit. Ce lien contient tout ce que ta mère t’a transmis de positif, tout ce qui te sert à te sentir bien, tout ce que tu aimes et qui vient d’elle. Comment est-ce lien ?

    -C’est comme une liane qui nous enlace. C’est vert, c’est joli, c’est doux, comme du coton.

    -Qu’y a-t-il dans ce lien ? Qu’est-ce qu’il contient ? De l’amour, de la protection, de la patience, de l’écoute ?

    -C’est de l’amour, beaucoup d’amour, de la tendresse, de la gentillesse, des paroles très douces qui me calment quand j’ai peur.

    -Est-ce que c’est attaché à vous deux de façon précise ?

    -Non, c’est juste autour de nous, c’est une liane qui nous enveloppe et nous réunit.

    -Comment tu te sens avec ce lien autour de vous deux ?

    -Oh, c’est délicieux, je voudrais que ça soit toujours comme ça, c’est chaud, c’est plein de lumière, ça m’empêche d’avoir peur de la nuit et du noir.

    -Bien, alors maintenant, j’aimerais que tu imagines un lien limitant, quelque chose qui vous rattache tous les deux mais qui contient des éléments qui t’entravent, qui t’empêchent d’être toi.

    -C’est bizarre.

    -Quoi, Paul ?

    -La liane, c’est aussi un rouleau de fil de fer barbelé.

    -La même liane ?

    -Non, en fait, c’est caché sous la liane. La liane, elle tourne autour de nous mais dessous, je vois un fil barbelé.

    -Mais, c’est un fil qui est séparé de la liane ?

    -Oui, c’est séparé, c’est caché dessous. Je le vois parfois, à certains endroit, autour de ma tête surtout.

    -Autour de ta tête ? Comment c’est exactement ?

    -Ça me serre fort, c’est comme des pointes qui me griffent.

    -Est-ce que tu peux identifier quelque chose qui circulerait dans ce fil de fer barbelé ?

    -Oui.

    -Et c’est quoi ?

    -Toutes les peurs de ma mère. La peur que je me fasse mal, que je rencontre des mauvais garçons, que je ne travaille pas à l’école, que je tombe malade, que j’ai une crise d’asthme, que je me fasse renverser par une voiture. Dans la voiture, j’étais toujours dans un fauteuil pour bébé, mais un grand fauteuil, assez large pour moi. Et il y avait une ceinture ventrale et la ceinture latérale. Je ne pouvais presque pas bouger.

    -Où est-ce que ce lien est attaché à ta mère ?

    -Dans sa poitrine, il rentre dans sa poitrine, là où est son cœur.

    -Est-ce que ce lien a une intention positive envers toi ?

    -Oui, ma mère veut me protéger parce qu’elle m’aime.

    -Est-ce que ce lien que ta mère t’a transmis lui vient de son enfance ? Est-ce que c’est une peur de la vie qu’elle avait en elle ?

    -Oui, son petit frère est mort quand elle était petite. Il s’est noyé. Elle n’était pas avec lui et je suis certain qu’elle s’est toujours sentie coupable, elle n’en parle jamais. Elle va sur sa tombe régulièrement. Et moi, je ne sais toujours pas nager. Je n’ai jamais eu le droit d’aller me baigner. Juste mettre mes pieds dans l’eau. Et ma mère me tenait la main. Et elle me grondait quand je ne lui obéissais pas, quand je faisais quelque chose qui lui faisait peur et j’étais malheureux de la mettre en colère.

    -Est-ce que cette limite, tu en as besoin encore aujourd’hui ? Est-ce que ce fil barbelé te sert à quelque chose ?

    -Non, il me fait du mal, je le sais bien.

    -Est-ce que ta mère t’a demandé de le garder ?

    -Non, certainement pas, elle ne me voulait pas de mal.

    -Alors, je te propose de le défaire, de dénouer ce fil barbelé et de le rendre à ta mère. Tu vas lui expliquer que ce lien ne t’appartient pas, qu’il ne te sert à rien et lui dire aussi qu’elle peut également le rendre à ses parents si elle le souhaite. Tu sais que le lien positif, cette liane d’amour, est toujours là, il ne disparaîtra pas mais il sera libéré des peurs que le fil barbelé contient. Tu remercieras ta mère de s’être présentée à toi. »

     

    Lire la suite

  • Les ressources

    Dans les protocoles de sophrologie analysante, il est demandé parfois aux patients d'identifier "une ressource" développée à la suite d'un évènement, d'une situation, d'une émotion lourde, limitante, conflictuelle, dramatique....

    Il s'agit pour la personne de conscientiser l'aspect "positif" de cette histoire personnelle. 

    En fait, il me semble que la personne qui fait appel à un thérapeute a déjà développé une ressource primordiale : l'observation de soi. Et de cette observation et du mal-être qui en résulte, elle a été capable de demander un soutien, un accompagnement, des éclaircissements.

    Ils sont nombreux les individus qui n'ont pas encore su aller en eux pour se confronter aux "noirceurs", pour envisager la possibilité que cette "noirceur" puisse servir de tremplin, d'ouverture, de connaissance. 

    La première ressource, c'est la capacité à accueillir nos faiblesses et de cette acceptation découvrir l'opportunité de transformation qu'elle contient. 

    De ce travail intérieur, l'individu pourra retirer une estime de soi parfois défaillante.

    Il pourra également dépasser la détresse en portant son attention sur une voie d'éveil.

    Il s'agit donc d'extraire du passé ce qui apaise le présent et prépare le futur.

    Ne pas le faire revient à empoisonner le présent par un passé figé et à condamner le futur.

    La ressource essentielle, c'est de rendre hommage à la vie, à l'observer en soi et non dans une réalité illusoire et fluctuante.

    Aimer ce qui vibre en soi pour pouvoir le donner aux autres.

    J'aime tout cela.... 

    Lire la suite

  • Téléfausseréalité

    Juste comme ça en passant.... S'il n'y avait pas plusieurs millions de téléspectateurs agglutinés devant les émissions de téléréalité, elles n'existeraient pas et donc il n'y aurait pas de candidats... Et donc....

    À tous ceux et celles qui honorent les mémoires des disparus célèbres sans se demander ce qu'ils fichaient dans cette galère. 

    158 857 décès par jour sur Terre. (à quelques centaines près selon les évènements...)

    6619 par heure.

    110 par minute.

     

    Laissez passer une minute à votre montre. Imaginez...

    Ensuite, regardez la minute suivante avec une conscience totale de la vie en vous. 

    Réjouissez-vous, riez, criez, allez courir, orgasmez, lisez, dormez, mangez, contemplez, aimez, aimez, aimez.

    Une minute de plus pour vous. 

    110 personnes en moins.

    Voyons la minute suivante...


    Lire la suite

  • Mémoire....cellulaire....(8)

    Ce texte a pour objectif de donner un aperçu de la sophrologie analysante mais il est inévitablement très incomplet au regard des interventions d'un professionnel. Ce n'est donc qu'une vue très succincte de tout ce qui peut être fait dans le cadre de cette thérapie.

    Belanger1

    Ils se quittèrent après avoir planifié une nouvelle séance. Une certitude pour Yoann. Le travail n’était pas suffisant.

    Il repensa à Paul, le soir. Impossible de se libérer de cette impression d’incomplétude. Paul était dans une situation de dépendance depuis sa petite enfance. Un père « absent », relation fusionnelle avec la mère, complexe d’Œdipe non réglé, pas d’identification au Père, un renoncement à la Mère jamais validé…Emma était un substitut maternel. Paul ne se voyait que comme un petit enfant, toujours placé sous une menace. Une victime du monde entier et coupable à ses yeux de n’être qu’une victime…. Il fallait essayer de creuser encore plus profond.

     

     

     

    « Entre, Paul. »

    Un air encore plus abattu que d’habitude.

    Il avait pris un appartement. Avec une chambre pour l’enfant à venir.

    Un nouveau conflit avec son supérieur direct. Il avait rendu une étude de dossier qui s’avérait incomplète.

    « Si je perds mon boulot, ça sera le bonus final. Je suis un cas désespéré Yoann. »

    Il alla s’allonger sur le canapé.

    « Emma tout pris. » Je ne me trompais pas, tu vois, Yoann. L’expression convient à merveille. Je suis encore plus perdu qu’avant, l’impression d’avoir été jeté dans un fossé, comme un chien abandonné.

    -Écoute Paul, je pense qu’il est important de faire une séance particulière. On appelle ça « la malle ». C’est dans la procédure du deuil et c’est un peu ce que tu en train de vivre.

    -Fais comme tu veux. »

    Un abandon mais pas un réel engagement, aucun espoir en lui. Yoann le sentait. Paul était là comme par simple désœuvrement, rien d’autre à faire alors pourquoi pas ça. Transfert en cours. Il devenait pour Paul un Parent nourricier, celui qui assume, décide, encadre… Paul en Victime, Yoann en Sauveur. Passivité de la dépendance. Paul n’était pas dans une démarche réelle d’éveil mais dans un cadre rassurant qui apaisait ses peurs. Il ne cherchait pas à comprendre mais juste à aller un peu mieux, quelques instants. Quitte à entretenir les fonctionnements qui l’avaient conduit là…

    Yoann s’efforça de s’extraire de ces ondes négatives et démarra la séance.

    Induction hypnotique. Il avait mis une musique relaxante. Volume très bas.

    « Tu peux arrêter cette musique Yoann, s’il te plaît. Ça me crispe en fait. Vraiment pas ma tasse de thé. J’ai déjà assez de mal à me laisser aller.

    -Pas de problème. On va s’en passer. »

    Ce fut long… Des gestes nerveux, de longs soupirs, une agitation insoumise…

    Il sentit enfin que Paul lâchait prise, se laissait emporter par le rythme apaisant de la respiration. Guidé par la voix de Yoann.

    Il ne fit pas appel à l’enfant intérieur de Paul. L’enfant n’avait aucun vécu commun avec Emma et même si toute la problématique remontait à la petite enfance, le protocole ne le concernait pas. Il espérait ne pas se tromper…

    « Bien, Paul, j’aimerais que tu imagines devant toi une malle, un coffre, quelque chose qui pourra contenir tout ce que tu vas y mettre, un couvercle, des décorations, des ferrures ou du bois, comme tu veux. Décris-le-moi quand tu le verras.

    -C’est un coffre en bois, celui qui était dans ma chambre quand j’étais petit. J’y rangeais mes jouets. Il était couvert par un tissu rouge et des petits clous brillants.

    -J’aimerais mieux que tu prennes un coffre auquel tu n’es pas attaché, un coffre neutre et non attaché à un souvenir.

    -Bon, alors, c’est comme une cantinière. En fer, lourde, avec deux loquets pour la fermer. Elle est verte.

    -Très bien, tu vas maintenant chercher en toi tous les souvenirs qui t’ont marqué, toutes les plus belles émotions, les situations les plus fortes pour toi, tout ce vécu avec Emma, tous les moments de bonheur les plus intenses. Tu ne vas rien effacer, ça sera toujours quelque part dans ta mémoire mais tu vas rendre ces émotions au passé. Ces émotions-là n’existent que dans ton souvenir, elles ne sont plus valables aujourd’hui, elles ne représentent plus le réel et elles sont donc devenues des fardeaux. Tu ne peux pas te libérer des émotions limitantes et vouloir garder celles qui te réjouissent. Le travail doit être fait en totalité. Tu vas donc prendre le temps de retrouver ces moments-là, leurs souvenirs et les émotions qui les accompagnent. Tu vas prendre ces souvenirs et toute leur charge affective et tu vas les mettre dans le coffre. Je te laisse faire ce travail et tu me diras quand ça sera fini.

    -C’est fait.

    -Très bien. Maintenant, je te demande de retrouver en toi tout ce que tu avais imaginé et qui ne s’est pas produit. Tout ce que tu espérais vivre avec Emma et qui n’a jamais eu lieu. Un voyage, des vacances dans un endroit particulier, des choses précises, des événements que tu attendais et qui n’ont jamais pris forme. Ne cherche pas pour quelles raisons. Contente-toi de chercher ces histoires que tu as imaginées, que tu t’es racontées, ce sont des chimères, des fantasmes. Ils auraient pu se produire mais ils sont restés finalement à l’état de rêves. Retrouve-les, laisse remonter les émotions.

    -J’aurais juste aimé qu’elle me voit comme un homme.

    -Retrouve alors ce que tu aurais voulu faire pour le lui faire comprendre. Ce que tu aurais voulu réussir et qui n’a pas eu lieu pendant votre vie commune, tout ce passé qui n’a pas été comme tu l’espérais. Tu n’as plus aucune raison de garder ces images en toi, ni les émotions qu’elles transportent. Ce ne sont même pas des souvenirs, ce ne sont même pas des émotions vécues mais tout ça peut devenir des regrets très lourds, ils risquent d’être des raisons de te culpabiliser ou de te dévaloriser.

    -C’est déjà fait.

    -Justement. Il faut donc que tu te libères de tout ça. C’est toi qui fabriques les murs de ta geôle. Concentre-toi, va chercher tout ce qui te pèse et pose tout ça dans la malle.

    -C’est bon.

    -Très bien. Il reste une dernière épreuve et c’est sans doute la plus difficile. Il faut que tu mettes dans la malle tout ce que tu espérais vivre avec Emma dans les prochains jours, dans les prochains mois et les années. Sa grossesse, votre enfant, la maison, une vie amoureuse apaisée, la vie de couple que tu voulais, le premier anniversaire de votre enfant, tous les trois ensembles, peut-être un petit frère ou une petite sœur, tous vos moments de parents unis, les vacances, les Noël, les repas de famille, les premières années d’école…Tout ce que tu espérais vivre avec Emma, pendant toutes les années à venir. Tout le futur qui ne se produira pas, peut-être même des situations auxquelles tu n’avais même pas encore pensé. Il s’agit de te défaire de tout ce qui pourrait nourrir une tristesse qui ne sert à rien.

    -Peut-être que ça ne sera pas aussi catastrophique que ça, peut-être qu’Emma reviendra sur sa décision.

    -Tu n’en sais rien et si tu te vis avec cette attente désespérée, c’est toute ta vie qui te passera sous le nez. L’enfant qui va naître aura besoin d’un père qui le fera rire, qui l’aidera à grandir, qui l’accompagnera. Tu as besoin d’être en paix avec toi-même pour tenir ce rôle. Pour lui. Alors, défais-toi de tout ce qui concerne la vie avec Emma. C’est un deuil. Le coffre est un cercueil. Celui de toutes les émotions temporelles, passé et futur, toutes les masses qui rongent le bonheur de la vie. Fais ce travail, Paul.

    -Ok. 

    -Très bien. Maintenant, j’aimerais que tu fermes ce coffre et que tu l’enterres ou que tu le mettes dans la mer, c’est comme tu veux mais il faut que tu finisses le travail. Comme une dernière cérémonie, un adieu à toutes ces émotions qui ne seront plus en toi. Il te restera des souvenirs mais ils ne seront plus que des images, sans douleur, ni colère, ni tristesse. Juste une partie de ta vie qui n’existe plus et par conséquent la possibilité pour toi de vivre dans l’instant présent, sans fardeau. Comment veux-tu clore cette cérémonie, comment veux-tu faire disparaître ce coffre ?

    -Je peux l’enterrer dans le jardin de notre nouvelle maison ?

    -Il est préférable de prendre un endroit neutre qui ne porte aucune émotion, qui ne soit pas attachée à cette vie que tu quittes.

    -Alors, je veux le mettre dans la mer.

    -Très bien. Visualise ce coffre qui descend vers le fond, il disparaît, tu ne pourras plus jamais le retrouver, ni l’ouvrir. Ce qui coule dans les profondeurs de la mer, c’est une vie qui est finie, une vie qui n’existe plus, c’est comme un fardeau dont tu te libères, pour que la vie présente ne soit pas alourdie. J’aimerais que tu remercies la vie de cette opportunité qu’elle te propose, ce chemin de croissance, ce nouvel horizon. J’aimerais que tu ressentes la libération que ce travail représente.

    -Je vais essayer. 

    -Tout cela diffuse en toi pour le reste de tes jours. »

     

     

    Ils discutèrent un peu après la séance. Les projets immédiats de Paul. La complexité de la situation quotidienne. Yoann sentit que rien n’était réglé. Qu’il faudrait encore du temps et de la bienveillance. Et il n’était pas certain que Paul se la donnerait. Comme s’il s’interdisait toute possibilité au bonheur, comme s’il n’en était même pas digne, comme si la vie pour lui ne pouvait être qu’une litanie d’échecs. Lorsque Paul se leva et qu’ils se saluèrent sur le pas de la porte, Yoann ne vit dans ses yeux que la peur de ce monde.

    Il n’était plus dans les bras de sa mère et n’avait jamais pu faire le deuil de cette rupture.

    C’était une évidence soudaine qui lui sautait aux yeux. C’est le deuil de sa mère qu’il devait valider.

     

    « Paul, j’aimerais que tu reviennes encore une fois. Une dernière chose à faire.

    -Si tu y crois encore, c’est que tu feras un bon thérapeute.

    -Je ne me dis pas que ça va marcher, je me dis juste qu’il faut le faire.

    -Ok, ok. Samedi prochain, même heure, ça te va ?

    -Pas de problème pour moi, Paul, je t’attendrai. »

    Lire la suite