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  • Œdipe (3)

    OEDIPE 3

     

    Difficultés familiales pendant la résolution de la phase œdipienne

     

    Dans la plupart des cas, les parents répondent avec joie et amusement aux inclinations que manifeste l’enfant mais cette période est souvent difficile pour l’enfant et elle peut le devenir aussi pour les parents.

     

    *L’enfant peut ne pas se sentir aimé et soutenu dans sa recherche d’identification.

    Il a besoin que ses attitudes « viriles » ou « féminines » soient appréciées comme des efforts qu’il fait pour se développer. Il a besoin que ses parents répondent à ses essais par une compréhension, une tolérance et une empathie suffisantes.

    Ses sentiments sont souvent confus, il peut les exprimer maladroitement et avoir des comportements inappropriés ou incompréhensibles, comportements qui agacent ou inquiètent les parents. Désapprobation ou punitions peuvent survenir…

    Ainsi, la relation entre l’enfant et parents peut-elle s’en trouver globalement perturbée. L’enfant se désespère et a la sensation que les parents ne le prennent pas au sérieux. Il peut penser que ses parents sont méchants, qu’ils ne l’aiment pas assez, qu’ils sont uniquement préoccupés de le commander et de le faire obéir. Il peut développer également une jalousie très forte envers sa fratrie…

     

     

    *Les avances de l’enfant vers le parent de l’autre sexe passent inaperçues ou ne reçoivent aucune réponse.

    Par exemple, un père très occupé dans son travail et ses activités extra-familiales et /ou éprouvant moins d’intérêt pour les enfants en général, peut ne pas remarquer les besoins de sa petite fille ; il lui prête peu d’attention, ne la regarde guère et ne lui donne aucune réponse à ses sentiments. Il l’ignore.

    La fillette peut alors ressentir un profond sentiment d’échec et conclure qu’elle ne parvient pas à plaire. Elle renonce à ce sentiment développant et se retourne vers sa mère dans une attitude régressive. Cependant, elle risque d’en concevoir un sentiment de dévalorisation, soit centré sur elle-même, au risque de rester dépendante de sa famille et inhibée vis-à-vis des hommes), soit centrée sur son identité sexuelle (déçue par sa féminité, elle peut rester immobilisée ou perturbée dans l’orientation de sa sexualité)

     

     

    *Le parent de l’autre sexe apprécie les avances de l’enfant mais semble ne pas comprendre la nécessité de les limiter.

    Il peut arriver, par exemple, qu’une mère traite son petit garçon comme un petit « mari ». L’enfant se sent valorisé et aimé selon l’idée qu’il se fait de l’amour porté à un homme. Il aime sa mère et la cajole avec ardeur, la mère elle-même peut y trouver beaucoup de satisfaction. Peut-être se trouve-t-elle déçue dans certains de ses besoins de tendresse, y compris dans la relation conjugale, et elle trouve là une sorte de compensation, bien innocente à ses yeux. Mais elle ne se rend pas compte à quel point l’enfant prend la situation au sérieux…Il redouble d’ardeur dans ses sentiments et câlins et cherche de plus en plus à séduire sa mère et à l’avoir pour lui seul.

    Pour l’enfant, il s’agit bel et bien d’un enjeu de possession exclusive mais la mère n’en est pas consciente. Quoiqu’il en soit, les « promesses supposées» ne seront pas tenues : à un moment donné, la mère va « abandonner » son enfant  pour ses occupations et ses relations d’adulte, d’où il restera exclu.

    Là encore, l’enfant peut en concevoir un profond sentiment de dévalorisation et peut-être s’y ajoutera-t-il un sentiment d’insécurité dans ses futures relations amoureuses.

     

    Il est possible également que ce désir de possession soit finalement intolérable pour la mère, par exemple, parce que cela ravive inconsciemment en elle une angoisse d’être maîtrisée. Une angoisse de ce type, illogique dans la situation actuelle, trouve son origine dans l’enfance de cette mère elle-même, dans une relation conflictuelle avec des parents trop autoritaires, relation dans laquelle elle se sentait étouffée par l’autorité.   

    Cette mère sent les sentiments et le malaise montrés par son petit garçon mais ne peut ni les comprendre ni surtout les accepter, du fait d’une confusion inconsciente entre les niveaux de génération. Elle pense que l’enfant outrepasse ses droits et peut réagir violemment. Ou bien, au contraire, inhibée par une culpabilité et une agressivité inconsciente, il lui est difficile de trouver les moyens de limiter son petit garçon.

     

    *Le parent de l’autre sexe peut chercher à se concilier préférentiellement l’enfant, entrant en conflit avec l’autre parent.

    Le parent de l’autre sexe peut avoir tendance à céder tout à l’enfant parce qu’il redoute son hostilité ou qu’il se laisse prendre par son attitude séductrice. Il peut prendre alors maladroitement le contrepied de son conjoint, lorsque celui-ci cherche à imposer des limites. Cette attitude risque de raviver une mésentente au niveau parental et ne sera évidemment pas propice à l’enfant.

    A un degré de plus, si une mésentente latente règne entre les parents (au niveau conjugal), le parent de l’autre sexe peut faire alliance avec les sentiments hostiles de l’enfant, contre le parent du même sexe.

    Un petit garçon dont la mère ressent de l’hostilité pour son mari peut trouver auprès d’elle une confirmation de ses sentiments œdipiens. Il peut avoir le sentiment d’être davantage aimé de sa mère que ne l’est son parent rival. Il plaint sa mère, il devient sa « consolation » et éprouve rancune et hostilité vis-à-vis de son père.

    Il est alors conduit à penser que son père est méchant, il s’interdit de lui ressembler de peur de perdre, lui aussi, l’amour de sa mère. Cette difficulté d’identification au parent de son sexe peut entraver profondément son évolution, le faisant refuser l’agressivité, les jeux de garçons, les sentiments virils…

    Dans certaines familles, l’hostilité latente au sein du couple conjugal favorise ainsi un partage des alliances enfant-parent dans le sens donné par l’Œdipe. La mère fait alliance avec le fils, le père avec la fille, dans un conflit latent, non exprimé mais parfois durable, contre « l’autre partie » de la famille.

     

    *Il peut arriver que le parent de même sexe ne puisse pas supporter la préférence affichée par l’enfant. Cela représente pour l’adulte une atteinte narcissique insupportable.

    Telle mère est effondrée lorsque sa fille montre de l’hostilité ouverte, lui dit qu’elle ne l’aime plus…Elle ne comprend pas consciemment l’origine de cette « rupture », cela lui semble une perte d’amour irréparable.

    Tel père est atteint dans son image d’autorité paternelle, en voyant son fils s’opposer à lui, refuser d’obéir et se montrer distant alors que par ailleurs, il recherche la compagnie de sa mère et se montre obéissant pour lui plaire.

    L’enfant a besoin de sentir que ses parents sont en accord. Les mauvais rapports entre parents sont effrayants pour lui. Ils rendent la sexualité redoutable et peuvent l’amener à refouler ses désirs.

     

    *Difficultés touchant l’intériorisation de la culpabilité.

    Les sentiments de culpabilité exagérément développés peuvent entraîner l’enfant à renoncer à ses pulsions, à ses désirs propres parce qu’il les ressent comme coupables : il devient alors un enfant inhibé, timide, généralement peureux et dépendant.

    En d’autres termes, l’enfant ne maîtrise pas ses sentiments sexuels ou agressifs qui restent donc menaçants pour lui. Il les refoule ou les réprime profondément mais il se coupe alors de tout l’élan et de toute l’énergie dont ils sont chargés.

    A l’opposé, l’enfant peut adopter une attitude de révolte. Il ne veut pas ou ne peut pas renoncer à des désirs qui restent pour lui coupables et menaçants. L’enfant continue donc à se sentir menacé, il  a tendance à projeter ce sentiment interne sur l’entourage, les attitudes de ses parents lui apparaissent donc volontiers comme menaçants…face à ce vécu, il ne peut que tenter de dominer son entourage. Il tente de faire peur à sa famille, par tous les moyens à sa disposition : opposition, méchanceté, violence sur lesquelles, rien ne semble avoir de prise…

    Le comportement répressif de ses parents peut venir confirmer ses fantasmes et renforcer encore davantage les dérives de l’enfant…

    Dans tous les cas, il reste inquiet, insatisfait, coupable et présente divers troubles réactionnels qui entravent son adaptation au réel et créent des difficultés nouvelles entre parents et enfant…Par exemple, lorsqu’il s’endort, ses sentiments de culpabilité reprennent le dessus et il se réveille subitement en proie à des cauchemars terrifiants au cours desquels il rêve qu’il est attaqué et dévoré par des monstres.

     

    Conclusion

    La déception œdipienne sereinement vécue constituera un facteur dynamique d’évolution affective, en favorisant le transfert de sentiments en dehors de la famille ; Elle permettra l’accession à la phase dite « de latence », au cours de laquelle l’enfant renonce en partie à ses sentiments, les mettant en quelque sorte en réserve pour plus tard.

    Les difficultés de résolution de la phase œdipienne ne peuvent être isolées du contexte relationnel dans lequel elles se manifestent. En particulier, lorsque l’expression des sentiments souvent confus et contradictoires de l’enfant, a pour effet de conflictualiser les relations parents-enfant ou parent-parent, ceci entraîne l’enfant à ressentir que ses propres sentiments sont agissants ou redoutables. C’est dans ce contexte que les difficultés apparaissent : les sentiments œdipiens de l’enfant tendent ainsi à se fixer ou se cristalliser, provoquant une exagération tantôt de son opposition, tantôt de ses sentiments de culpabilité. 

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  • "Petite Poucette"

    Michel Serres, diplômé de l’Ecole navale et de Normale Sup, a visité le monde avant de l’expliquer à des générations d’étudiants. Historien des sciences et agrégé de philosophie, ancien compagnon de Michel Foucault, avec qui il a créé le Centre universitaire expérimental de Vincennes en 1968, il a suivi René Girard aux Etats-Unis, où il enseigne toujours, à plus de 80 ans. Ce prof baroudeur, académicien pas tout à fait comme les autres, scrute les transformations du monde et des hommes de son œil bleu et bienveillant. Son sujet de prédilection : la jeune génération, qui grandit dans un monde bouleversé, en proie à des changements comparables à ceux de la fin de l’Antiquité. La planète change, ils changent aussi, ont tout à réinventer.«Soyons indulgents avec eux, ce sont des mutants», implore Michel Serres, par ailleurs sévère sur sa génération et la suivante, qui laisseront les sociétés occidentales en friche. Entretien.

    Vous annoncez qu’un «nouvel humain» est né. Qui est-il ?

    Je le baptise Petite Poucette, pour sa capacité à envoyer des SMS avec son pouce. C’est l’écolier, l’étudiante d’aujourd’hui, qui vivent un tsunami tant le monde change autour d’eux. Nous connaissons actuellement une période d’immense basculement, comparable à la fin de l’Empire romain ou de la Renaissance.

    Nos sociétés occidentales ont déjà vécu deux grandes révolutions : le passage de l’oral à l’écrit, puis de l’écrit à l’imprimé. La troisième est le passage de l’imprimé aux nouvelles technologies, tout aussi majeure. Chacune de ces révolutions s’est accompagnée de mutations politiques et sociales : lors du passage de l’oral à l’écrit s’est inventée la pédagogie, par exemple. Ce sont des périodes de crise aussi, comme celle que nous vivons aujourd’hui. La finance, la politique, l’école, l’Eglise… Citez-moi un domaine qui ne soit pas en crise ! Il n’y en a pas. Et tout repose sur la tête de Petite Poucette, car les institutions, complètement dépassées, ne suivent plus. Elle doit s’adapter à toute allure, beaucoup plus vite que ses parents et ses grands-parents. C’est une métamorphose !

    Cette mutation, quand a-t-elle commencé ?

    Pour moi, le grand tournant se situe dans les années 1965-1975, avec la coupure paysanne, quand la nature, notre mère, est devenue notre fille. En 1900, 70% de la population française travaillait la terre, ils ne sont plus que 1% aujourd’hui. L’espace vital a changé, et avec lui «l’être au monde», que les philosophes allemands comme Heidegger pensaient immuable. La campagne, lieu de dur travail, est devenue un lieu de vacances. Petite Poucette ne connaît que la nature arcadienne, c’est pour elle un terrain de loisirs et de tourisme dont elle doit se préoccuper. L’avenir de la planète, de l’environnement, du réchauffement climatique… tout est bousculé, menacé.

    Prenons l’exemple du langage, toujours révélateur de la culture : il n’y a pas si longtemps, un candidat au concours de l’Ecole normale était interrogé sur un texte du XIXe siècle qui parlait de moissons et de labourage. Le malheureux ignorait tout le vocabulaire ! Nous ne pouvions pas le sanctionner, c’était un Petit Poucet qui ne connaissait que la ville. Mais ce n’est pas pour ça qu’il était moins bon que ceux des générations précédentes. Nous avons dû nous questionner sur ce qu’étaient le savoir et la transmission.

    C’est la grande question, pour les parents et les enseignants : que transmettre entre générations ?

    Déjà, Petit Poucet et Petite Poucette ne parlent plus ma langue. La leur est plus riche, je le constate à l’Académie française où, depuis Richelieu, on publie à peu près tous les quarante ans le dictionnaire de la langue française. Au siècle précédent, la différence entre deux éditions s’établissait à 4 000 ou 5 000 mots. Entre la plus récente et la prochaine, elle sera d’environ 30 000 mots. A ce rythme, nos successeurs seront très vite aussi loin de nous que nous le sommes du vieux français !

    Cela vaut pour tous les domaines. A la génération précédente, un professeur de sciences à la Sorbonne transmettait presque 70% de ce qu’il avait appris sur les mêmes bancs vingt ou trente ans plus tôt. Elèves et enseignants vivaient dans le même monde. Aujourd’hui, 80% de ce qu’a appris ce professeur est obsolète. Et même pour les 20% qui restent, le professeur n’est plus indispensable, car on peut tout savoir sans sortir de chez soi ! Pour ma part, je trouve cela miraculeux. Quand j’ai un vers latin dans la tête, je tape quelques mots et tout arrive : le poème, l’Enéide,le livre IV… Imaginez le temps qu’il faudrait pour retrouver tout cela dans les livres ! Je ne mets plus les pieds en bibliothèque. L’université vit une crise terrible, car le savoir, accessible partout et immédiatement, n’a plus le même statut. Et donc les relations entre élèves et enseignants ont changé. Mais personnellement, cela ne m’inquiète pas. Car j’ai compris avec le temps, en quarante ans d’enseignement, qu’on ne transmet pas quelque chose, mais soi. C’est le seul conseil que je suis en mesure de donner à mes successeurs et même aux parents : soyez vous-mêmes ! Mais ce n’est pas facile d’être soi-même.

    Vous dites que les institutions sont désuètes ?

    Souvenez-vous de Domenech qui a échoué lamentablement à entraîner l’équipe de France pour le Mondial de foot. Il ne faut pas lui en vouloir. Il n’y a plus un prof, plus un chef de parti, plus un pape qui sache faire une équipe ! Domenech est en avance sur son temps ! Il faudrait de profondes réformes dans toutes les institutions, mais le problème, c’est que ceux qui les diligentent traînent encore dans la transition, formés par des modèles depuis longtemps évanouis.

    Un exemple : on a construit la Grande Bibliothèque au moment où l’on inventait Internet ! Ces grandes tours sur la Seine me font penser à l’observatoire qu’avaient fait construire les maharajahs à côté de Delhi, alors que Galilée, exactement à la même époque, mettait au point la lunette astronomique. Aujourd’hui, il n’y a que des singes dans l’observatoire indien. Un jour, il n’y aura plus que des singes à la Grande Bibliothèque. Quant à la politique, c’est un grand chantier : il n’y a plus de partis, sinon des machines à faire élire des présidents, et même plus d’idéaux. Au XIXesiècle, on a inventé 1 000 systèmes politiques, des marxistes aux utopistes. Et puis plus rien, c’est bizarre non ? Il est vrai que ces systèmes ont engendré 150 millions de morts, entre le communisme, la Shoah et la bombe atomique, chose que Petite Poucette ne connaîtra pas, et tant mieux pour elle. Je pense profondément que le monde d’aujourd’hui, pour nous, Occidentaux, est meilleur. Mais la politique, on le voit, n’offre plus aucune réponse, elle est fermée pour cause d’inventaire. Ceci dit, moi non plus, je n’ai pas de réponses. Si je les avais, je serais un grand philosophe.

    La seule façon d’aborder les conséquences de tous ces changements, c’est de suspendre son jugement. Les idéalistes voient un progrès, les grognons, une catastrophe. Pour moi, ce n’est ni bien ni mal, ni un progrès ni une catastrophe, c’est la réalité et il faut faire avec. Mais nous, adultes, sommes responsables de l’être nouveau dont je parle, et si je devais le faire, le portrait que je tracerais des adultes ne serait pas flatteur. Petite Poucette, il faut lui accorder beaucoup de bienveillance, car elle entre dans l’ère de l’individu, seul au monde. Pour moi, la solitude est la photographie du monde moderne, pourtant surpeuplé.

    Les appartenances culturelles n’ont-elles pas pris de l’importance ?

    Pendant des siècles, nous avons vécu d’appartenances, et c’est ce qui a provoqué bien des catastrophes. Nous étions gascons ou picards, catholiques ou juifs, riches ou pauvres, hommes ou femmes. Nous appartenions à une paroisse, une patrie, un sexe… En France, tous ces collectifs ont explosé, même si on voit apparaître des appartenances de quartier, des communautés autour du sport. Mais cela ne constitue pas les gens. Je suis fan de rugby et j’adore mon club d’Agen, mais cela reste du folklore, l’occasion de boire de bons coups avec de vrais amis… Quant aux intégrismes, religieux ou nationalistes, je les apparente aux dinosaures. Ma Petite Poucette a des amis musulmans, sud-américains, chinois, elle les fréquente en classe et sur Facebook, chez elle, partout dans le vaste monde. Pendant combien de temps lui fera-t-on encore chanter «qu’un sang impur abreuve nos sillons» ?

    Que répondez-vous à ceux qui s’inquiètent de voir évoluer les jeunes dans l’univers virtuel des nouvelles technologies ?

    Sur ce plan, Petite Poucette n’a rien à inventer, le virtuel est vieux comme le monde ! Ulysse et Don Quichotte étaient virtuels. Madame Bovary faisait l’amour virtuellement, et beaucoup mieux peut-être que la majorité de ses contemporains. Les nouvelles technologies ont accéléré le virtuel mais ne l’ont en aucun cas créé. La vraie nouveauté, c’est l’accès universel aux personnes avec Facebook, aux lieux avec le GPS et Google Earth, aux savoirs avec Wikipédia. Rendez-vous compte que la planète, l’humanité, la culture sont à la portée de chacun, quel progrès immense ! Nous habitons un nouvel espace… La Nouvelle-Zélande est ici, dans mon iPhone ! J’en suis encore tout ébloui !

    Ce que l’on sait avec certitude, c’est que les nouvelles technologies n’activent pas les mêmes régions du cerveau que les livres. Il évolue, de la même façon qu’il avait révélé des capacités nouvelles lorsqu’on est passé de l’oral à l’écrit. Que foutaient nos neurones avant l’invention de l’écriture ? Les facultés cognitives et imaginatives ne sont pas stables chez l’homme, et c’est très intéressant. C’est en tout cas ma réponse aux vieux grognons qui accusent Petite Poucette de ne plus avoir de mémoire, ni d’esprit de synthèse. Ils jugent avec les facultés cognitives qui sont les leurs, sans admettre que le cerveau évolue physiquement.

    L’espace, le travail, le savoir, la culture ont changé. Et le corps ?

    Petite Poucette n’aura pas faim, pas soif, pas froid, sans doute jamais mal, ni même peur de la guerre sous nos latitudes. Et elle vivra cent ans. Comment peut-elle ressembler à ses ancêtres ? Ma génération a été formée pour la souffrance. La morale judéo-chrétienne, qu’on qualifie à tort de doloriste, nous préparait tout simplement à supporter la douleur, qui était inévitable et quotidienne. C’était ainsi depuis Epicure et les Stoïciens.

    Savez-vous que Louis XIV, un homme pas ordinaire, a hurlé de douleur tous les jours de sa vie ? Il souffrait d’une fistule anale, qui n’a été opérée qu’au bout de trente ans. Son chirurgien s’est entraîné sur plus de 100 paysans avant… Aujourd’hui, c’est un coup de bistouri et huit jours d’antibiotiques. Je suis le dernier client de mon dentiste qui refuse les anesthésies, il n’en revient pas ! Ne plus souffrir, c’est un changement extraordinaire. Et puis, on est beaucoup plus beau aujourd’hui. Quand j’étais petit, les paysans étaient tous édentés à 50 ans ! Et pourquoi croyez-vous que nos aïeux faisaient l’amour habillés, dans le noir ? La morale, le puritanisme ? Rigolade ! Ils étaient horribles, tout simplement. Les corps couverts de pustules, de cicatrices, de boutons, ça ne pouvait pas faire envie. La fraise, cette collerette que portaient les nobles, servait à cacher les glandes qui éclataient à cause de la petite vérole ! Petite Poucette est jolie, elle peut se mettre toute nue, et son copain aussi. Quand on la prend en photo, elle dit «cheese», alors que ses arrière-grands-mères murmuraient «petite pomme d’api» pour cacher leurs dents gâtées.

    Ce sont des anecdotes révélatrices. Car c’était au nom de la pudeur, et donc de la religion et de la morale, qu’on se cachait. Tout cela n’a plus cours. Je crois aussi que le fait d’être «choisi» lorsqu’on naît, à cause de la contraception, de l’avortement, est capital dans ce nouvel état du corps. Nous naissions à l’aveuglette et dans la douleur, eux sont attendus et entourés de mille soins. Cela ne produit pas les mêmes adultes.

    L’individu nouveau a une très longue vie devant lui, cela change aussi la façon d’appréhender l’existence…

    Une longue vie devant et aussi derrière lui. L’homme le plus cultivé du monde des générations précédentes, l’uomo di cultura, avait 10 000 ans de culture, plus un peu de préhistoire. Petite Poucette a derrière elle 15 milliards d’années, du big bang à l’homo sapiens, le Grand Récit n’est plus le même ! Et on est entrés dans l’ère de l’anthropocène et de l’hominescence, l’homme étant devenu l’acteur majeur du climat, des grands cycles de la nature. Savez-vous que la communauté humaine, aujourd’hui, produit autant de déchets que la Terre émet de sédiments par érosion naturelle. C’est vertigineux, non ? Je suis étonné que les philosophes d’aujourd’hui, surtout préoccupés par l’actualité et la politique, ne s’intéressent pas à ce bilan global. C’est pourtant le grand défi de l’Occident, s’adapter au monde qu’il a créé. Un beau sujet philosophique.

    Crédit photo (édition journal papier): Jérôme Bonnet.

    Pascale NIVELLE

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  • Œdipe (2)

    ŒDIPE 2

     

    Principaux mécanismes d’évolution

     

    L’évolution « normale » des sentiments œdipiens met en œuvre :

    *un renoncement aux désirs œdipiens envers le parent de l’autre sexe

    *un processus d’identification au parent du même sexe, permettant à l’enfant de résoudre son ambivalence vis-à-vis de ce parent, et de s’engager dans une identification sexuelle positive.

    *l’élaboration et l’intériorisation (introjection) des sentiments de culpabilité.

    *enfin un développement des capacités d’imagination et de fantasmatisation, permettant à l’enfant de trouver des satisfactions partielles dans les jeux et la rêverie.

     

    Renoncement

    En résume, l’enfant parvient peu à peu à se détacher de son amour oedipien qui ne lui apporte pas les satisfactions souhaitées ; il tend à mettre ses parents davantage sur un même plan, à trouver sa place auprès de chacun d’eux et parvient ainsi à préserver sa relation avec le parent du même sexe. L’amour passionné pour le parente de l’autre sexe va laisser place à un sentiment de tendresse plus calme et moins conflictuel, compatible pour l’enfant avec une sensation de sécurité affective.

     

    Identification

    La position oedipienne d’amour et d’hostilité envers les parents est sans issue pour l’enfant. Il comprend qu’il ne peut pas triompher de son parent rival, plus fort que lui et qu’il aime. Ses sentiments vont évoluer et il va se rapprocher du parent du même sexe qu’il admire et dont il désire acquérir les qualités.

    L’enfant cherche donc à l’imiter en tous points, à partager ses activités. Il recherche et a besoin d’une valorisation, il veut l’aider, il est heureux si on lui confie des responsabilités.

    Pour peu que le parent se montre accueillant et compréhensif, l’enfant trouvera une grande satisfaction à faire comme son père ou sa mère. L’enfant n’a pas renoncé à prendre la place de son père ou de sa mère mais cette fois-ci au plan symbolique et non plus dans la réalité.

    De plus, le plaisir bien concret de cette relation valorisante et des activités partagées qu’on lui offre, va faire progressivement tomber son hostilité. Par exemple, le père soutient le désir de son fils de s’affirmer et de devenir fort : il le fait participer à ses activités, encourage ses efforts, fait de lui un allié et non plus un rival ; le garçon en retour, se réconcilie avec lui et lui voue un attachement nouveau et fervent. Il va investir de plus en plus les valeurs propres à son sexe, auxquelles il commence à avoir accès grâce à son père.

    Dans cette réconciliation heureuse et ces promesses de développement personnel, l’enfant pare son père ou sa mère des vertus que lui-même voudrait acquérir, son admiration est sans bornes. A cet âge, les enfants cherchent même souvent à prouver la supériorité de leurs propres parents à leurs camarades : « Mon papa est le plus fort, ma maman est la plus jolie… »

     

    Ainsi, progressivement, l’enfant peut commencer à se projeter dans son rôle futur d’homme ou de femme. Le futur, même s’il reste abstrait et lointain, n’est plus pour lui seulement une histoire d’adultes, qui ne le concerne pas et auquel il n’a pas accès.

    L’enfant devient capable d’investir d’autres adultes amis de la famille, ainsi que des ami(e)s de son âge et de l’autre sexe. Ce sont les « fiançailles » et les « amours » de classe maternelle que l’enfant prend sur le moment très au sérieux et qui sont pour lui un enrichissement de ses possibilités affectives.

     

     

     

     

    Culpabilité

    Les sentiments de culpabilité apparaissent le plus souvent lorsque rencontrant de l’opposition de la part de ses parents, l’enfant éprouve des sentiments agressifs à leur égard. En effet, cette agressivité, désir de détruire ou de rejeter ses parents, lui fait ressentir la peur d’une vengeance ou d’une punition de la part des parents, et plus profondément la peur de les perdre, eux et leur affection dont il reste encore très dépendant.

    La curiosité sexuelle, l’amour pour le parent œdipien, la rivalité et l’hostilité au parent de même sexe, se heurtent successivement à de multiples limitations et interdictions, réactivant du même coup sentiments de frustration et agressivité.

    La nécessité pour parvenir au renoncement oedipien, de l’identification au père ou à la mère, entraîne un travail psychique plus spécifique sur ces sentiments de culpabilité : l’enfant doit pour préserver cette identification intérioriser, c'est-à-dire reprendre à son compte comme s’ils venaient de lui, les interdits et les sentiments qui en découlent. L’intériorisation de ces sentiments de culpabilité est à l’origine de la formation de l’instance « morale » du psychisme, appelée par Freud le « Surmoi ».

     

    L’enfant va devoir établir un équilibre adéquat et souple entre permissions et interdits, entre ses forces instinctuelles et son Surmoi, lui permettant de satisfaire partiellement ses désirs, tout en restant aussi capable de les réprimer.

    Faute de cette souplesse minimale, l’enfant sera incapable de contenir ces pulsions et de supporter frustrations et interdits, ce qui peut l’entraîner vers les comportements caractériels et asociaux, soit incapable de satisfaire au moins partiellement les exigences instinctives, ce qui est générateur d’inhibition parfois massive, d’angoisse et /ou de troubles névrotiques.

     

    Si un compromis équilibré a pu être trouvé, permettant à l’enfant un authentique renoncement œdipien, et non une répression massive de ses pulsions, cette période évolutive se révèle un puissant stimulant des activités intellectuelles, cognitives et fantasmagoriques.

     

     

     

     

     

     

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  • Le recruteur

     Réalisé par Genevieve Clay-Smith et Robin Bryan de Bus Stop Films, ce court métrage met en scène un entretien d’embauche pas comme les autres.

    Alors que Thomas Howell se présente à un entretien d’embauche dans un cabinet d’avocats réputé, il ne peut retenir sa surprise en faisant la connaissance du recruteur qui va l’interviewer.

    S’en suit une scène surréaliste dont les conséquences sur les vies de différents membres de ce cabinet seront bien réelles.

    L’histoire d’une rencontre, d’un regard qui change et d’une belle leçon de vie !

    Le court-métrage est en anglais sous-titré en français par défaut normalement. Si ce n’est pas le cas et que les sous-titres sont en allemand, passez la souris sur la vidéo, cliquez sur le bouton Version et changez pour VOSTF

     

    Comme nous l’a souligné Luc Boland, il existe un autre aspect essentiel du film. Le court-métrage The Interviewer a été réalisé par Bus Stop Films, une organisation à but non lucratif qui souhaite promouvoir la réalisation cinématographique auprès des populations en situation de handicap en les secondant par des professionnels de l’image et de la réalisation.

     

     

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  • Œdipe (1)

    Dans le cadre de ma formation, je dois écrire un mémoire et la psychanalyse y occupe une place importante. Oedipe en premier lieu. Je lis donc à tout va et j'écris des fiches...J'ai besoin d'écrire pour apprendre...

    Alors, si ça peut intéresser quelqu'un...Je partage...

    Je suis par contre, une fois de plus, interloqué de tout ce que je ne sais pas...Non seulement dans le domaine psy mais dans bien d'autres domaines encore.

    Tout ce que je voudrais apprendre ne tient pas dans mon imaginaire.... Il n'est pas assez grand.

    L'âge s'ajoutant à la conscience de mes lacunes, je ressens une certaine urgence à combler les vides mais dès qu'un vide se révèle, il contient en lui-même un horizon inconnu...Plus j'avance et plus, je prends conscience de ce que je ne sais pas...



    ŒDIPE

     

     

    Entre 2 et 5 ans, en prolongement avec les débuts de la différenciation sexuelle, les sentiments de l’enfant vis-à-vis de ses parents prennent un caractère également différencié : apparition d’un sentiment « amoureux » pour le parent de l’autre sexe et « rivalité » avec les parents du même sexe.

     

    Le petit garçon.

    Le petit garçon se trouve en proie à des sentiments violents, très réels, sérieux, intenses. Certains de ses sentiments sont contradictoires entre eux, comme par exemple l’ambivalence vis-à-vis du père ou encore la dépendance affective et le désir de dominer la mère. Il extériorise ses sentiments de façon souvent maladroite et confuse. Ces mots ou ses sentiments d’enfant déconcertent l’adulte, le font sourire ou l’agace. Tel petit garçon, dans son amour et son besoin de fusion avec sa mère, veut être aimé d’elle, mais en même temps, il veut être une femme, il veut être comme elle et non un homme comme son père.

     

    Dans certaines conditions de structuration de la relation mère-enfant, cette dépendance peut se cacher sous un aspect « tyrannique » : il cherche à dominer et à commander sa mère, il se montre exigeant et capricieux.

     

    Il peut chercher aussi à affirmer sa virilité, adopter des attitudes de « petit homme ». Il s’identifie aux héros, il voudrait être le chevalier qui protègera sa mère. Si son père s’absente, il cherche à le remplacer, il veut s’occuper de sa mère comme il pense que son père le fait. Son sentiment amoureux peut s’exprimer ouvertement : « Je veux me marier avec Maman. »

     

    Dans cette recherche de lien étroit avec la mère, l’enfant se trouve en rivalité avec son père. La présence ou le retour de celui-ci rompt la relation exclusive avec la mère qui se détourne temporairement de l’enfant. De plus, l’intimité des parents lui est interdite, il doit aller au lit, tandis que les parents restent ensemble.

    La relation avec le père devient beaucoup plus complexe. Le petit garçon ressent pour lui un mélange de sentiments positifs et négatifs.

    D’une part, il a de l’admiration pour sa force qui l’étonne et qui le rassure et de l’affection pour sa hardiesse, son habileté, qui en font un compagnon de jeux fort et capable de le faire profiter de nouveautés et de situations « aventureuses ».

    Mais en même temps, il a l’impression que son père est toujours le plus fort et qu’il ne pourra jamais l’égaler. Il l’envie, il se sent petit et impuissant. De plus, son père lui-même, peut manifester de l’agacement à son égard et le fustiger : « Laisse ta mère tranquille, tu la fatigues. »

    Aussi, le petit garçon se prend-il parfois à rêver : « Si papa ne revenait pas…Je voudrais être seul avec maman. »

    Et il se sent effrayé et coupable de pouvoir penser et sentir cela car il aime beaucoup son père qui le rassure et le protège et le plus souvent il ne souhaite pas être privé de sa présence.

     

    La petite fille.

    La petite fille détourne une grande partie de son investissement envers sa mère pour le reporter sur son père.

    Du fait de la désillusion devant sa mère qui n’est pas un homme et qui ne lui a pas donné les avantages et les privilèges d’un homme, la petite fille se sent moins attirée par sa mère. Alors qu’elle montrait auparavant, comme la plupart des bébés, une inclination plus profonde pour sa mère, c’est vers son père qu’elle va maintenant se tourner. Elle se montre avec lui coquette et séductrice, obéissante et soumise. Elle essaie de l’avoir pour elle, de s’attirer son amour et ses faveurs, de l’accaparer.

    Elle ressent le désir d’être seule avec son père, et sans sa mère.

    Elle tente d’obtenir qu’il s’occupe d’elle en particulier et lorsqu’elle y parvient, elle se sent fière et heureuse, elle ressent une alliance entre son père et elle, c’est un peu comme une victoire et elle se réjouit de l’absence de sa mère.

    Se trouvant ainsi en rivalité avec sa mère dans son désir d’accaparer le père, elle en conçoit de l’agressivité vis-à-vis de celle-ci. Il y a presque toujours une période pendant laquelle la petite fille devient difficile avec sa mère, capricieuse, opposante, alors qu’avec son père, elle est tout amour, tendresse et soumission.

    Son désir d’être seule avec son père, réveille en elle la peur de perdre sa mère.

    Ainsi, la petite fille se trouve-t-elle dans une position ambivalente vis-à-vis de sa mère. Passant d’un registre à l’autre, elle alterne de façon parfois surprenante l’opposition et l’hostilité, avec des moments de quête affective où elle demande de l’attention et cherche à être rassurée sur l’amour de sa mère à son égard.

    Cette peur de perdre sa mère sera sans doute un élément important dans la résolution du conflit œdipien chez la petite fille.

     

    Position du problème

    Chez le jeune garçon et chez la petite fille, le complexe d’Œdipe se caractérise par :

    *Des sentiments d’amour pour le sexe opposé.

    *Des sentiments d’hostilité et de rivalité pour le parent du sexe opposé.

    Mais ces sentiments entrent en conflit avec :

    *La peur d’une punition ou d’une vengeance de l apart du père, chez le petit garçon, représentée par « l’angoisse de castration » et / ou des fantasmes de mort (peur d’être tué par le père)

    *la peur de perdre l’amour de la mère, chez la petite fille, qui peut être représentée par exemple par la crainte d’être abandonnée, rejetée ou chassée par celle-ci.

     

    Il n’est pas facile pour l’enfant de parvenir à accorder ses sentiments de rivalité et d’hostilité et son affection pour le parent du même sexe. Ce désir d’éliminer cette personne aimée est très inquiétante pour l’enfant, le plongeant dans une ambivalence pénible.

     

    Les parents qui comprennent cette ambivalence de leur enfant peuvent imposer des limitations fermes, tout en autorisant l’enfant à trouver une satisfaction partielle de ses désirs. L’enfant a besoin que ses parents lui témoignent de la compréhension et en même temps le protègent en lui imposant des limites. Tant dans son ardeur amoureuse que dans son hostilité.

     

    Le parent du même sexe trouve normalement du plaisir à voir son conjoint et son enfant s’aimer tendrement. Il peut ainsi respecter partiellement l’élan de l’enfant, ne pas l’interrompre brutalement et inutilement. En même temps, il saura répondre à l’agressivité de celui-ci lorsqu’elle est trop importante, et le soutenir ensuite face à ses déconvenues.

    Le parent de l’autre sexe, quant à lui, sait interrompre ou limiter les ardeurs de l’enfant lorsqu’il est encore temps, montrer de façon claire son accord et son affection pour son conjoint, sans pour autant rejeter l’enfant.

    La petite fille a besoin de sentir que son père ne tolère pas qu’elle soit méchante avec sa mère, le petit garçon doit savoir que sa mère souhaite qu’il aime son père. Aider l’enfant à trouver comment canaliser son hostilité sous une forme acceptable, lui rend un grand service parce que cette hostilité cesse alors d’être menaçante pour lui.

    La déception œdipienne constituera par la suite  un facteur dynamique d’évolution et d’enrichissement de l’affectivité, en favorisant le transfert des sentiments en dehors de sa famille. Elle permettra l’accession à la phase dite « de latence », au cours de laquelle l’enfant renonce en partie à ces sentiments, les mettant en quelque sorte en réserve pour plus tard.

     

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  • Odile Buisson : Sexualité féminine (sexualité sacrée)

    Sexualité féminine. Odile BUISSON.

    Une femme passionnante et passionnée.

    Où on voit les tabous inscrits dans la médecine elle-même, le désintérêt masculin ou son emprise sur le plaisir féminin.

    Où on voit par conséquent la bêtise éducative dont nous devons, nous les hommes, nous extraire. 

     

     

     

     

    Elle rigole. Beaucoup. Raconte ses anecdotes en se tordant et rappellera, après l’entretien, pour préciser que ce qu’elle aime, c’est se marrer. Odile Buisson est gynécologue obstétricienne dans un «beau cabinet bien bourgeois», de Saint-Germain-en-Laye, en banlieue parisienne.

    On pourrait s’attendre à une quinqua BCBG, bien polie, bien soignée. C’est raté. Si elle est chic, elle n’est pas coincée. Elle parle vite et cru. Dit «bite», «couille» et «cul». Comme si elle n’avait pas le temps de s’embarrasser de politesses. Comme si les délicatesses empêchaient de parler des sujets qui fâchent. Et le contexte actuel a de quoi alimenter ses colères, elle qui bataille contre «tous les archaïsmes» qui percutent la santé des femmes. La remise en cause de la pilule, les rabiotages économiques qui ont transformé les maternités en «accouchoirs» d’où les jeunes mères sont renvoyées deux jours après leurs couches, la mode de l’accouchement naturel sans péridurale et à domicile, le retour du religieux… «Tous ceux qui veulent nous faire croire qu’on ne peut pas être vraiment mère sans douleur, c’est mon pied au cul !» s’agace-t-elle.

    Mais c’est surtout l’inquiétude, voire le désespoir, qui pointe face à une gynécologie qu’elle aime mais qu’elle voit partir en vrille. «Avant, 130 gynécologues étaient formés par an. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 32. Après avoir sorti les femmes de l’ornière, j’ai peur que la gynécologie de pointe ne profite plus qu’aux élites.»

    Son féminisme est bien à elle. D’ailleurs, elle préfère le terme «humanisme». «Je défendrais les hommes aussi, si leurs droits étaient menacés.» Pourquoi les femmes alors ? Parce qu’en trente ans de pratique, c’est elles qu’elle connaît le mieux. Elle admire la modernité de Benoîte Groult et loue le travail des filles d’Osez le féminisme, qui le lui rendent bien. Mais elle s’affranchit de toute chapelle idéologique, n’aime pas les «pensées ambiantes». Elle est pour la GPA (gestation pour autrui) «qui se fera, alors mieux vaut l’encadrer», et contre l’abolition de la prostitution, au nom de la liberté.

    Son engagement se fait sur le tard et, paradoxalement, au contact d’hommes. Sa rencontre, en 2004, avec Pierre Foldès, spécialiste de la réparation des mutilations génitales, est déterminante. «Mes engagements sur le terrain contre les violences faites aux femmes, cet aspect de ma pratique, d’action pure, ont dû l’interpeller»,dit-il de cette bonne camarade.

    Pour ses travaux de réparation du clitoris, notamment après une excision, c’est lui qui va lui demander d’échographier, pour la première fois, ce grand inconnu. Elle confesse : «Je lui ai dit : "Tu crois que ça peut s’échographier ce machin-là ?" Je ne connaissais même pas son anatomie exacte.» Avec les moyens du bord, ces appareils high-tech qu’elle affectionne et des femmes puis des couples de volontaires, elle réalise aussi les premières échographies de coïts en live. Bilan de ces imageries ? Une révolution. Le clitoris n’est pas un petit bouton isolé mais un organe plus vaste et bien plus complexe. Et les femmes qui pensent avoir trouvé leur point G ne sont pas des hystéros : le clitoris a une partie interne qui peut être stimulée par les va-et-vient de la pénétration. Face à plusieurs études qui contestent l’existence de cette zone de plaisir, elle écrit en 2011 Qui a peur du point G ?. Un premier coup de sang retentissant qui marque son entrée dans l’arène médiatique. «J’en avais assez d’entendre que "tout est dans la tête". C’était une façon bien commode d’évacuer la sexualité féminine, et surtout de ne pas en parler.»

    A force de foncer dans le tas, de dénoncer l’androcentrisme de ces messieurs de l’université qui connaissent tout du pénis mais rien du clitoris, de s’indigner contre l’industrie pharmaceutique qui se préoccupe de la bandaison des hommes mais jamais des troubles des femmes et de s’exaspérer du mépris dans lequel les scientifiques tiennent le plaisir sexuel féminin, Odile Buisson ne se fait pas que des copains. Les sages-femmes qui n’ont guère apprécié ses coups de boutoirs contre l’accouchement naturel l’ont prise en grippe. «Elle a des prises de position extrêmes, c’est sa façon de faire passer le message, mais en rentrant dans les gens, elle se met du monde à dos», constate Pierre Foldès. Une partie du corps médical la snobe. Certains considérant son travail comme une vaste blague. «Les médecins n’ont pas lu son livre sur le clitoris, ils considèrent cela comme du travail subalterne, regrette Israël Nisand, gynécologue obstétricien. Mais elle s’en fout, elle n’est pas là pour chercher les honneurs et ça l’amuse follement de les voir se pincer le nez !»

    N’empêche, on la sent quand même fiérote, elle qui n’est pas universitaire et qui vient «de la plèbe», d’être invitée à donner des cours aux Etats-Unis, en Suisse et d’avoir hérité du titre ronflant de board director de l’International Society for the Study of Women’s Health. Si elle donne l’impression de l’allumette prête à flamber, Odile Buisson a besoin de potasser, de rencontrer, de creuser en parlant avec les principales intéressées avant de s’enflammer. Mais son truc, c’est avant tout d’aller voir là où c’est interdit, ce qui gène, ce qui dérange. C’est ce qui l’a poussée à choisir gynécologie. «C’était un sujet qu’on n’abordait pas à la maison : j’ai quand même appris comment on faisait les bébés à 12 ans !»

    De son adolescence à Saint-Nazaire, Odile Buisson se souvient de ses lectures de Che Guevara. De sa mère, au foyer et gaulliste, qui la rattrapait par la culotte quand elle partait en manif et lui disait «d’arrêter avec [ses] idées de singe». «Je voulais faire la révolution ! J’avais déjà envie de faire péter un truc !» balance-t-elle. Ça pète parfois à la maison, avec son père, agent de maîtrise et délégué CFDT dans une raffinerie de pétrole. «Mes parents étaient très aimants mais aussi très sévères. Et puis dans ma famille, on ne voyait que par les hommes. C’était dur mais cette espèce d’adversité a déclenché ma pugnacité, ma rébellion.»

    Avec toutes ces idées, on la placerait volontiers à gauche toute. Même pas. Elle pioche. A déjà voté à gauche mais pour la dernière présidentielle, c’était Sarkozy. Etrange alors que ses écrits semblent désigner la droite comme responsable de la gabegie médicale. «Sarkozy s’est trompé sur la santé mais il avait la volonté de donner sa chance à ceux issus des classes populaires.» Son mari, rencontré sur les bancs de la fac de médecine, au milieu des lodens vert bouteille et des serre-têtes nantais, l’a pacifié, dit-elle. Le théâtre et les pièces de Shakespeare auxquelles elle assiste avec son fils l’apaisent. De ses sept années de pratique du kendo, un art martial japonais, elle a retenu que «quand on tape sur les gens, on ne les casse pas, au contraire, on en fait des combattants». Ça sonnerait presque comme une devise. Son combat ne fait que commencer.

    EN 7 DATES

    10 mars 1956 Naissance à Malo-les-Bains.
    1973 Etudes de médecine.
    2000 Commence le kendo 2004 Rencontre Pierre Foldès.
    2008 Première échographie du clitoris. 
    2010Qui a peur du point G ? (Ed. Jean-Claude Gawsewitch). 
    2013 Sale temps pour les femmes (Ed. Jean-Claude Gawsewitch).

    Anne-Claire GENTHIALON

  • Les âmes enlacées

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    Les âmes enlacées

     

    Corps à corps, cœur à cœur, les âmes enlacées, ils connaissaient parfaitement le protocole, des mois de pratique, des heures à en parler.

     

    Nus, sous les draps, les mains posées sur les peaux huilées, la douceur du patchouli embaumait le cocon de leurs corps accolés.

     

    Il aimait poser une main sur le creux de sa colonne, juste à l’orée des collines, il y devinait un bassin aux eaux claires, un petit lac de montagne nourri par des ruissellements de neige… Il sentait vibrer dans cette cavité des énergies cristallines. Parfois, le flux libéré cascadait entre les deux versants, dans l’ombre d’une faille… Aimanté par la Source intérieure…

     

    L’autre main naviguait quelques instants sur les reliefs. Des effleurements délicats mêlés de pressions ou de rotations, dans cette dimension du don, cette réjouissance infinie du bonheur partagé.

     

    Elle aimait poser sa tête sur sa poitrine, sentir la douceur de sa peau, le moelleux de sa musculature, rien de trop dur, rien de trop mou, un coussinet qui l’apaisait et l’invitait aux pensées suspendues.

     

    Les mains se laissaient entraîner par des désirs silencieux. Les lèvres qui se touchent, les souffles qui se mélangent, effleurements délicats comme une reconnaissance cellulaire.

     

    Accolés, corps à corps, cœur à cœur, nus, les âmes enlacées.

     

    Respiration abdominale synchronisée.

     

    Elle inspirait profondément et gonflait son ventre. Il expirait profondément et vidait le sien. Un mouvement parfaitement orchestré. Ventre plein, ventre vide, ventre plein, ventre vide, l’un poussant l’autre, peau contre peau, l’autre repoussant l’un, dans une symbiose attentive, un accompagnement bienveillant, un regard tourné vers l’intérieur et l’intérieur tourné vers l’autre, une alternance hypnotique, une contemplation bienheureuse, juste cet émerveillement envers la vie qui coulait en eux dans la danse du souffle…

     

    Longue expiration et la sensation profonde du ventre aimé qui entre en soi, comme une présence qui s'installe, un visiteur ébloui, un sourire qui s'épanouit, un corps qui se réjouit. 

     

    Ils sentaient battre les cœurs dans un tempo unifié et le rythme apaisé effaçait en eux toutes les pensées intrusives. Comme une bulle translucide qui les enveloppait. Deux chrysalides reliées par des étincelles vivaces, un placenta englobant leurs entités fusionnées.

     

    Ils devinaient au bout de leurs doigts des particules agitées, comme des flux euphoriques, les retrouvailles joyeuses des âmes dévoilées, sans identité, sans intention inavouée, juste cette plongée dans la Source de vie.

     

    Longue descente intérieure… Une exploration commune nourrie par la plénitude de leurs âmes dénudées.

     

     

     

    Il sentit dans la profondeur de la respiration de sa compagne l’orée d’un sommeil qui s’installe, comme l’ombre des montagnes qui avancent sur la Terre lorsque le Soleil bascule de l’autre côté, un drap de soie qui se pose sur les reliefs et l’agitation de la vie qui se calme, un abandon délicieux et confiant, le sourire intérieur du bébé contre les seins de sa mère, le bien-être et la pesanteur du corps qui se délie, s’ouvre au sommeil et à la paix, une citadelle métamorphosée, une terre d’accueil.

    La Vie en Soi dans le calice lumineux de leurs énergies combinées, les arabesques pétillantes des flux mélangés.

     

     

     

    Les cœurs nus de leur corps enlacés, les âmes aimantées.

     

     

     

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  • L'équilibre

    Magnifique. Conclusion : fichez la paix à la Nature, elle n'a pas besoin des hommes...Ils n'auraient pas eu à introduire le loup s'ils ne l'avaient pas fait disparaître. Les interventions humaines qui réparent les erreurs précédentes ne sont juste que des réparations. Il s'agirait donc d'utiliser désormais notre intelligence et notre bienveillance à laisser la nature tranquille, là où elle n'a pas encore été transformée. Utiliser cette même intelligence à rectifier les erreurs reste avant tout la nécessité de se faire pardonner. Il ne s'agit pas d'intelligence mais d'humilité. Mais il faut être intelligent pour apprendre à être humble... Laisser la Nature tranquille, ça signifie pour moi de laisser l'homme tranquille ! Il n'y a pas de scission pour moi mais il y en a une pour une bonne partie de l'Humanité. Le mot "environnement" n'a pas de sens car cela signifie que nous sommes "au centre" et que la Nature nous environne. Symboliquement, c'est inacceptable. "Laisser la Nature tranquille" est une expression qui nous englobe autant que les espèces végétales et animales.

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