J'avais douze ans, je m'en souviens très bien. On était tous dehors, on jouait avec les voisins, il n'y a jamais eu autant de fêtes, un baby boom spectaculaire et un renouvellement des matelas dans toute la Bretagne:)
Une bien belle époque !)
Bretagne. Il y a 40 ans, l’attentat du Roc’h Trédudon
l y a 40 ans, l’attentat du Roc’h Trédudon. | Crédit photo : Ouest-France
l y a 40 ans, l’attentat du Roc’h Trédudon. | Crédit photo : Ouest-France
l y a 40 ans, l’attentat du Roc’h Trédudon. | Crédit photo : Ouest-France
l y a 40 ans, l’attentat du Roc’h Trédudon. | Crédit photo : Ouest-France
l y a 40 ans, l’attentat du Roc’h Trédudon. | Crédit photo : Ouest-France
l y a 40 ans, l’attentat du Roc’h Trédudon. | Crédit photo : Ouest-France
l y a 40 ans, l’attentat du Roc’h Trédudon. | Crédit photo : Ouest-France
l y a 40 ans, l’attentat du Roc’h Trédudon. | Crédit photo : Ouest-France
l y a 40 ans, l’attentat du Roc’h Trédudon. | Crédit photo : Ouest-France
l y a 40 ans, l’attentat du Roc’h Trédudon. | Crédit photo : Ouest-France
Il y a 40 ans, un attentat visait l'antenne du Roc’h Trédudon. Des milliers de foyers sont restés privés de télévision plusieurs semaines.
Dans la nuit du 13 au 14 février 1974, l’émetteur du Roc’h Trédudon, à Plounéour-Menez dans les Monts-d’Arrée (29), est la cible d’un attentat. Plusieurs bombes explosent ce soir-là. L’attentat est revendiqué par le Front de Libération de la Bretagne (FLB).
L'émission de France Inter, le 14 février 1974 :
Les auteurs de l’attentat n’ont jamais été arrêtés, ni même identifiés.
« Le sabotage spectaculaire de l’émetteur de télévision de Roc-Trédudon fait passer l’activisme à l’échelon supérieur : celui du terrorisme à l’Irlandaise », écrit Ouest-France en première page, le 15 février 1974. « Voici maintenant un million de Bretons privés, pour des mois peut-être, de la télévision. La télévision devenue, quoi qu’on puisse penser de l’ORTF, le pain quotidien du loisir ».
« Comment l’attentat du Roc-Trédudon ne provoquerait-il pas la consternation de tous ceux qui militent hors d’un vain extrémisme, pour une Bretagne plus largement maîtresse de son destin, pour le sauvetage de sa langue et de ses valeurs spirituelles ? Au moment où, grâce à leurs efforts, s’affirme une reprise de conscience de l’identité bretonne, quel effet repoussoir ! », écrit encore Franck Choquet, chef du service politique de Ouest-France, dans cet article.
« La Bretagne mérite mieux », conclut-il.
Cliquez pour agrandir la une de Ouest-France, du 15 février 1974 :
"Que celui qui combat les monstres prenne garde dans sa guerre, à ne pas devenir un monstre lui même. À force de plonger trop longtemps votre regard dans l’abîme, c'est l’abîme qui entre en vous."
Je sais...J'ai compris...
Le deuil est consommé. Je ne regarde plus cet abîme.
a) Le désir de vivre. – Rappelons d’abord que le désir, en un sens, est l’essence même de la vie : vivre, c’est désirer vivre. Tout est désir, y compris l’aversion qui n’est que le désir de s’éloigner d’une chose qui ne nous plaît pas. Tout ce qu’on fait, on le fait parce qu’on le désire. Ce désir immanent à la vie, Spinoza l’appelle “conatus”, d’un terme qui veut dire “effort”. Il écrit : “Chaque chose, autant qu’il est en elle, s’efforce de persévérer dans son être” (Ethique III, prop. 6). Tout corps, tout être résiste à sa propre destruction, aucun ne veut mourir (cf. la célèbre définition de la vie énoncée par le médecin Bichat : “la vie est l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort”). La particularité de l’âme, et donc de l’homme, c’est qu’elle a conscience de cet effort.
b) L’essence de l’homme. — Donc le désir est le moteur même de nos actions ; on peut dire qu’il est le « sujet » de nos actions. C’est pourquoi Spinoza affirme “le désir est l’essence de l’homme”. L’essence de l’homme, c’est ce qui fait qu’un homme est un homme et le reste. D’abord précisément à cause du conatus, du désir d’exister comme essence de tout être vivant. Mais si le désir est l’essence de l’homme, cela veut dire aussi qu’il est propre à l’homme. Pour l’homme, en effet, le désir n’est pas seulement désir de vivre, mais le désir de vivre en tant qu’homme. Or l’homme possède un esprit, une conscience. D’où une nouvelle définition du désir, applicable à l’homme seul : “le désir se rapporte aux hommes, en tant qu’ils ont conscience de leurs appétits et peut, pour cette raison, se définir ainsi : le désir est l’Appétit avec conscience de lui-même”. Les autres êtres vivants ont des tendances, des « appétits », ils subissent la loi du «conatus », mais ils ne connaissent pas le « désir ».
c) Subjectivité et souverainete du désir. – Désir et conscience sont donc intimement liés. C’est pourquoi on peut parler d’une « subjectivité » du désir, au sens d’abord où l’homme est conscient de ses désirs. Inversement, l’homme ne désire que parce qu’il est conscient (sinon il se contenterait de ses « appétits », comme les animaux). Mais le désir peut être dit « subjectif » dans un autre sens encore. En effet le désir est souverain, il est “sujet” dans un sens parce qu’il décide lui-même de ce qui désirable et de ce qui ne l’est pas. Contrairement à ce que pensait Aristote, nous ne désirons pas une chose parce que nous la jugeons bonne (ce qui suppose que le jugement est premier), mais nous la jugeons telle parce que nous nous efforçons vers elle, parce que nous la désirons (cela suppose la primauté du désir). C’est le désir qui crée la valeur, qui donne de la valeur aux choses, non l’inverse. Par exemple, ce n’est pas parce qu’une chose «est » belle (selon quel critère ?) que nous la désirons, c’est parce que nous la désirons que nous la voyons belle. Il n’y a plus de « bons » ou de « mauvais » objets du désir : si le désir est sujet, comme on l’a dit, ce n’est plus l’objet du désir qui fait la valeur du désir. D’ailleurs il vaudrait mieux ne plus parler des désirs (confusion du désir avec ses objets multiples), mais plutôt du désir comme sujet. Désirer, c’est bien (activité), ne pas désirer, c’est mal (passivité).
Evidemment, ceci n’a de sens que si l’on ne confond pas Désir et Appétit. Les appétits livrés à eux-mêmes peuvent être mauvais. C’est la conscience qui fait la différence, c’est pourquoi également il y a une subjectivité du désir. C’est la conscience qui apporte aux appétits une unité, une durée, un sens, et qui les transforme en désirs.
Il reste cependant une difficulté : le désir est sujet, mais son objet reste flou. On a dit : désirer, c’est bien. Mais désirer la mort, est-ce bien ? Le simple fait que le désir soit conscient, et souverain, ne rend pas ce désir bon.
La solution au problème est la suivante : il ne suffit pas d’affirmer que la conscience accompagne le désir (Spinoza), il faut reconnaître que la conscience (c’est-à-dire l’homme) constitue aussi le vrai objet du désir, du désir en tant qu’humain. D’autre part, c’est une chose de considérer la conscience comme un attribut majeur du désir, c’en est un autre de définir la conscience tout entière comme « désirante»… C’est ce que nous enseigne Hegel (19è) : désirer et être conscient ne sont pas seulement « associés », c’est proprement la même chose. C’est parce qu’elle est désirante, tournée vers une « autre » conscience en quête de reconnaissance, que la conscience est dynamique et peut progresser.
Il s'aperçut que les notes longues du synthétiseur apparaissaient bien plus tôt que ce qu'il avait décelé à la première écoute. Il s'était laissé prendre par le leitmotiv e til n'avait pas su s'en libérer...
Les yeux clos, il vit crépiter des lumières, comme des papillons virevoltants.
Longue inspiration, longue expiration. Sans le vouloir, sa respiration avait adopté un rythme particulier, comme si les notes agissaient sur lui comme un chef d'orchestre.
Apaisement.
Un crescendo céleste. L'expression s'imposa, une évidence.
Les notes longues qui montaient et gagnaient en puissance.
Il se sentit aspiré, une ascendance tiède et délicate, aucun soubresaut, une élévation d'âme...
L'âme...Le mot avait jailli comme un diable hilare de sa boîte.
Il en sourit et laissa les sensations l'envahir. Comme des retrouvailles, des embrassades attentionnées, un câlin de femme...
Ascension...
Des chaînes de montagnes et des glaciers, des jungles infinis tapissant la Terre d'une houle frissonnante, des plaines aux herbes dansantes, des brises gonflées de chaleur, des vols d'oiseaux lancés à travers les horizons lumineux, et l'Océan, l'Océan, comme il ne l'avait jamais vu. Un fin liseré dessinant l'arrondi de la planète, reflet de l'atmosphère, miroirs symétriques, l'un et l'autre se contemplant, il devina la rotation de la Terre dans l'espace, mouvement indicible d'une puissance incommensurable, la Terre tournait sur elle-même dans une courbe solaire et nous n'en étions même plus étonnés...
Les notes longues qui montaient vers les cieux.
Une paix inconnue gonfla en lui, une succession effrénée d’images déboula, une masse compacte animée d’une volonté inébranlable, il regarda derrière ses paupières et vit le monde, il le vit comme il ne l’avait jamais entendu et l’expression ne l’interpella même pas, il s’abandonna au flux dans ses veines.
Il sentit courir en lui des troupeaux de zèbres, la puissance des antilopes, le grondement puissant des sabots sur le sol, la montée de la sève dans les bourgeons affamés, il entendit la croissance des herbes, il suivit le parcours obstiné des insectes dans les jungles des sous-bois, le vol bondissant des papillons amoureux, il entendit le chant des vents d’altitude et se laissa porter par les grands courants marins, coula dans les fleuves au milieu des limons, survola les sommets, descendit lentement au cœur des glaciers, icebergs dérivant dans les mers polaires, il imita le silence des pierres, plongea au cœur des atomes, fusionna dans les coulées de lave, glissa sur une fougère dans un corps d’escargot, amibe insérée dans un conglomérat visqueux, il sentit ruisseler en lui le parfum des fleurs, des milliers de parfums comme des tourbillons enivrants, il compta en un milliardième de secondes les flocons qui tombaient sur le monde.
« Je suis la vie présente en moi… Je suis l’énergie, la beauté de l’ineffable. J’écoute ce que je n’entendais plus. »
Ce cœur qui bat sans que rien ne l’explique, cette mélodie sourde, régulière, comme un tambour éternel, cet apaisement immédiat, une comptine récitée en lui, un condensé de douceurs pour le calmer.
Plus de grésillements mais une chaleur diffusée dans les fibres, un courant continu, il devinait une charge électrique, rien qui ne puisse être identifié, rien qui ne puisse être saisi par la raison, il percevait encore cette osmose inimaginable avec les éléments de la vie, cette rencontre fusionnelle, ce partage qu’il n’aurait su concevoir.
Le courant en lui.
L’impression qu’il était réfugié dans une grotte close et que l’agitation du monde s’approchait.
Le leitmotiv le saisit à la gorge. Il en fut atterré puis il comprit aussitôt qu’il en était responsable. Le flux vital était toujours là, les notes longues comme un chœur divin…
Placenta humain, placenta terrestre, placenta divin…Une succession infinie, des expériences à saisir pour grandir, des expériences pour valider la croissance…
Il ne comprenait rien à ce qui jaillissait en lui.
Les notes longues comme des nourritures spirituelles.
Notre naissance, cette expulsion du ventre maternel. Nous n’avions pas compris. Nous nous pensions humains, nous n’étions qu’une nouvelle forme embryonnaire. La Terre était un deuxième placenta. Nous devions y grandir avant que la mort ne nous renvoie au placenta divin, celui des âmes, celui des énergies originelles, dans le flux vital, dans le courant des particules…
Le leitmotiv des conditions de vie n’était qu’une sourdine posée sur cette âme, l’interdiction de grandir, une condamnation que nous nous infligions. Il fallait en sortir et se nourrir de l’Amour.
Les phrases en lui comme des bourgeons gorgés de vie.
Il ne comprit pas les larmes. Il se l’était toujours interdit. Les injonctions de son père. Un garçon ne pleure pas. Et l’homme à venir doit tuer l’amour de la vie. Brider les émotions et s’en tenir à la raison apprise.
Il ne pouvait plus.
Il aurait pu en mourir. Alors que la Vie était là…
Suicide d'un prof à Marseille : «imputable au service», selon l'Education nationale
Publié le 07.06.2014, 14h09 | Mise à jour : 14h33
ARCHIVES. L'Education nationale a reconnu que le suicide d'un enseignant d'un lycée de Marseille à son domicile la veille de la rentrée 2013-2014 était directement lié aux conditions de travail, a indiqué samedi une source syndicale. | LP
Le recteur de l'académie d'Aix-Marseille a annoncé vendredi lors d'un comité technique académique, réunissant représentants des personnels et de l'administration que ce suicide était «imputable au service», a indiqué Séverine Vernet, une responsable régional du SNES-FSU.
«Cela signifie la reconnaissance du fait que ce geste a un lien direct avec le travail, que seul le travail explique ce geste. C'est aussi la reconnaissance des carences de l'administration dans l'accompagnement des personnels et les moyens accordés à la médecine de prévention», a poursuivi Mme Vernet, secrétaire du CHSCT académique. Le rectorat n'était pas joignable samedi pour commenter cette information.
La réforme de la filière technique mise en cause par l'enseignant
Pierre Jacque, professeur d'électronique en série STI2D (Sciences et technologies industrielles et du développement durable) du lycée Antonin Artaud (13e arrondissement) a mis fin à ses jours le 1er septembre 2013 à l'âge de 55 ans, expliquant dans une lettre adressée à ses collègues que «le métier tel qu'il est devenu» ne lui était «plus acceptable en conscience».
Dans cette lettre, il dénonçait notamment les conditions de «la mise en place de la réforme» de l'ex-ministre de l'Education nationale Luc Chatel «faite à la hussarde dans un état d'affolement que l'inspection a du mal à dissimuler». Les CHSCT «avaient alerté à l'époque l'administration sur la souffrance grandissante des personnels suite à cette réforme de la filière STI2D (Sciences et technologies industrielles et du développement durable) », souligne Mme Vernet, estimant que cette reconnaissance, une première dans l'académie, était «essentielle» pour la famille de ce professeur, qui était marié et père de deux filles.
Constat 07/06/2014 - 20h10
Heureusement qu'il y a encore quelques bons médecins ou psychiatres attentifs qui évitent le drame en mettant en arrêt maladie et à l'abri avec des soins ... car il n'y a pas que dans l'éducation nationale qu'on désespère et harcèle les actifs et il n'y a pas que le métier de prof, tel qu'il est devenu, qui n'est "plus acceptable en conscience" .... la liste est longue.
Je suis enseignante quand j'organise une sortie scolaire et que je demande à des parents de m'accompagner, à la fin de la demie journée, ils n'en peuvent plus et me demandent comment je tiens... Régulièrement, on me dit qu'on ne ferait ce métier pour rien au monde. Pourtant, je ne travaille pas dans une zone difficile... Ne pas avoir deux mois de vacances l'été , beaucoup d'enseignants sont pour mais apparemment, c'est le milieu touristique qui décide de l'avenir de nos enfants. Pour les nouveaux rythmes, certaines écoles ont proposé de grignoter sur les vacances, ce sont les directeurs académiques qui ont refusé. Discutez avec des enseignants, écoutez nous et faites vous une opinion de nous après. Je sais que les apparences ne nous valorisent pas mais je pense que beaucoup d'entre nous valent le coup de creuser un peu.
"L'amour d'un être humain pour un autre, c'est peut-être l'épreuve la plus difficile pour chacun de nous...l'oeuvre suprême dont toutes les autres ne sont que des préparations...L'amour, c'est l'occasion unique de mûrir, une haute exigence, une ambition sans limite..."
Rainer Maria RILKE
"Á ce jour, les relations amoureuses ne nous ont peut-être jamais autant appelés à faire preuve d'honnêteté et de conscience envers nous-mêmes et envers l'autre. car si nous voulons garder la relation vivante, nous devons nous libérer de nos vieilles habitudes et de nos aveuglements et développer la puissance, la sensibilité et la profondeur de lm'être humain. Autrefois, quand des gens voulaient explorer les mystères profonds de la vie, ils se retiraient dans un monastère un ermitage mais aujourd'hui, le couple serait le lieu où l'on peut affronter tous nos dieux et nos démons.
Les relations de couple n'étant plus une source prévisible de confort et de sécurité, elles nous obligent en quelque sorte à choisir entre deux attitudes : lutter pour nous raccrocher à des fantasmes et à de vieilles formules qui ne correspondent plus à la réalité ni ne nous aident vraiment ou apprendre à voir dans les difficultés qui surviennent dans nos relations une occasion de nous éveiller et de réaliser nos meilleures qualités humaines, telles la conscience, la compassion, l'humour, la sagesse et la quête de vérité dénuée de toute peur.
Le couple devient alors un chemin, une voie pour approfondir notre lien avec nous-mêmes et l'être aimé et développer notre sentiment d'exister."
Il entendit le thérapeute appuyer sur les touches de l'appareil. Une chaîne hifi qu'il utilisait régulièrement pendant les massages.
Des musiques relaxantes qui l'avaient irrité au début. Il n'aimait que le folk et le country...
Et puis, il avait fini par reconnaître que les effets apaisants du massage se conjuguaient parfaitement bien avec les tempos de ces musiques contemplatives.
Il s'attendait donc à entendre quelque chose de similaire.
Premières notes. Une mélodie répétitive, quelques notes qui sonnaient comme une mélopée entêtante.
Aucune parole. Il n'en avait pas l'habitude. Au début, pendant les premières séances, il en avait même éprouvé un manque. Il s'était surpris à attendre une voix jusqu'à ne plus entendre la musique..."Apprends à écouter ce que tu n'entends pas..." Il commençait à comprendre...
Répétitions de la mélodie, des notes sèches, un peu étranges, impossible pour lui d'identifier le style...Encore une fois. Mais il avait appris peu à peu à s'abandonner, à ne plus attendre quelque chose de connue, ou à se réjouir de pouvoir donner un nom, de montrer sa culture...Il avait ressenti un soir l'immaturité de cette attitude... Il tentait d'appliquer la découverte mais ce leitmotiv était vraiment irritant. Impossible de s'en défaire.
"Apprends à écouter ce que tu n'entends pas."
Il se répétait la consigne puis laissait disparaître aussitôt cette pensée.
"Á quoi vous font penser ces premières notes ?
-Quelque chose d'entêtant, quelque chose dont on voudrait se débarrasser. Désolé mais ça m'énerve.
-Tant mieux."
Il fut surpris et même perturbé par cette remarque. En quoi le fait d'être irrité pouvait bien lui être utile ? Il ne venait pas là pour en sortir encore plus tendu.
"J'aimerais que vous imaginiez que ces notes qui vous irritent représentent en fait tout ce qui remplit actuellement votre vie. Je vous laisse intérieurement en dresser le catalogue. Inutile de m'en faire part. Imaginez maintenant que ces notes, vous ne pouvez vous en défaire, elles vous poursuivent, jours et nuits, elles agissent en vous comme un poison qui vous intoxique et vous rend même malade."
Silence. Juste la musique.
"Maintenant, j'aimerais que vous preniez conscience du fait que ces notes qui vous irritent n'existent qu'à travers l'importance que vous leur donnez. Elles n'ont aucun pouvoir sur vous. C'est vous qui leur en donnez.. J'aimerais que vous tentiez d'inverser ce regard habituel. Vos conditions de vie sont ce que vous en faites. Je ne nie pas la difficulté de votre situation de patron d'entreprise ou la charge de père ou la culpabilité envers le temps que vous ne pouvez accorder à la femme que vous aimez...Je sais tout cela. Mais il y a quelque chose que vous n'entendez plus et cette absence donne aux sons qui se répètent une portée immense... C'est parce que vous ne percevez qu'une part infime de la vie que vos conditions de vie vous pèsent."
Silence.
Il se répétait intérieurement la dernière phrase. Puis il revenait à la musique.
Une batterie, discrète, une rythmique très bien menée, il devait se l'avouer.
Des violons ou un synthétiseur, il ne savait pas les distinguer.
"Voilà, je savais que vous les entendriez."
Il n'avait rien dit.
-Comment savez-vous ce que j'entends ?
-Vous avez bougé les pieds quand vous avez pris conscience qu'il n'y avait pas que ces notes entêtantes. Jusqu'ici, vous étiez resté parfaitement immobile."
Un coup de chance, pensa-t-il. C'est n'importe quoi.
"J'aimerais maintenant que vous imaginiez que vous volez avec ces notes longues, vous les entendez bien maintenant, vous allez même réaliser parfois que le leitmotiv s'efface et lorsque vous y penserez, il réapparaîtra aussitôt. Vous comprenez ? Il n'est rien d'autre que l'importance que vous lui accordez."
Silence.
"J'aimerais que vous preniez de la hauteur. Vous n'êtes pas un oiseau et vous n'avez jamais volé. Mais votre conscience sait le faire. Ne réfléchissez pas, laissez-vous porter par les notes longues, violons ou synthétiseur, peu importe. Laissez-vous transporter, laissez votre conscience prendre de la hauteur. Ecoutez ce que vous n'entendez plus. Vous perdrez le fil parfois et vous aurez peur de vous écraser. Aucun problème. Laissez-vous tomber, laissez le leitmotiv vous envahir de nouveau et puis, reprenez votre vol, retournez dans les notes longues, imaginez les paysages, imaginez ce que vous n'avez jamais vu."
"Soyez patient en face de tout ce qui n'est pas résolu dans votre coeur.
Efforcez-vous d'aimer vos questions elles-mêmes, chacune comme une pièce qui serait fermée, comme un livre écrit dans une langue étrangère.
Ne cherchez pas pour le moment des réponses qui ne peuvent vous être apportées, parce que vous ne sauriez pas les mettre en pratique, les vivre.
Et il s'agit précisément de tout vivre.
Ne vivez pour l'instant que vos questions.
Peut-être simplement, en les vivant, finirez-vous par entrer insensiblement, un jour dans les réponses."
Rilke.
C'est fascinant pour moi de constater, que tout au long de ma vie, je suis toujours tombé, immanquablement, sur les livres dont j'avais besoin à l'instant présent...