Blog
-
"La source noire" : vidéo de présentation
- Par Thierry LEDRU
- Le 08/03/2023
Je l'ai relu encore une fois et je suis toujours aussi fasciné, émerveillé, enthousiasmé. C'est un livre magnifique qui se lit comme un roman. On y rencontre Elizabeth Kübler Ross, Kenneth Ring, Raymond Moody, Stanislas Groff, Michaël Sabom, Russel Noyes, tous médecins, psychiatres, biologistes, cardiologues etc... des pointures dans leur domaine et tous se trouvent confrontés à une énigme qui les entraîne dans des recherches pointues, cadrées, vérifiées, tous aussi subjugués par leurs découvertes. Tout un réseau de chercheurs qui s'entraident, partagent leurs données, explorent la dimension de la conscience à travers les expériences de mort approchée. (NDE near death experience).
J'avais trente-huit ans la première fois que j'ai lu cet ouvrage. Je sortais d'une période très douloureuse et dont l'issue est restée incertaine un bon moment : deuxième hernie discale, paralysie de la jambe gauche, des douleurs à vouloir mourir, une opération improbable qu'aucun chirurgien ne voulait tenter, le nerf sciatique englobé dans une fibrose consécutive de ma première opération à vingt-quatre ans. Finalement, un chirurgien, devant mon état, s'est engagé, après avoir prévenu ma femme que la paralysie de la jambe pouvait être définitive.
Je n'ai pas été en état de mort approchée mais j'ai connu suffisamment de moments "étranges" pour devoir m'intéresser de près aux états de conscience modifiée. Ca n'était d'ailleurs qu'une première approche mais je ne pouvais pas le savoir à l'époque. Tout recommencera à quarante-quatre ans...Et je relirai de nouveau ce livre, puis encore un peu plus tard et de nouveau aujourd'hui.
Je sais que le Professeur Charbonnier a repris toutes ces recherches en France et j'ai lu également ses ouvrages. Mais sur un plan de l'écriture, du déroulement, de la présentation des faits, de l'enchaînement de l'histoire, je n'ai jamais rien lu dans ce domaine d'aussi extraordinaire que ce livre.
J'ai trouvé hier soir cette vidéo qui présente l'histoire.
-
Habitat léger
- Par Thierry LEDRU
- Le 06/03/2023
Quand il s'agit d'assécher des zones humides pour construire des zones commerciales, il n'y a pas de souci, tout est validé.
Ou le Tony Parker qui veut construire un ensemble immobilier de luxe sur le plateau du Vercors et relancer le ski avec moults aménagements pour capter l'eau, pas de problème.
"À croire qu’on est des criminels !".
La maison en terre et paille d’Amalia et Harald, condamnée à être détruite par la justice
Publié le 02/03/2023 à 12h31
Écrit par Maylen Villaverde

La cabane en terre et paille d'Amalia et Harald fait 40m² au sol • © La tanière du Val de Landeleau
En 2019, Amalia et Harald achètent un terrain à Landeleau dans le Finistère, sur lequel ils construisent une maison en terre et paille, sans prise au sol. Cet habitat léger, écologique et biodégradable, est le projet de leur nouvelle vie. En octobre la justice les a condamnés à détruire leur maison. Cette affaire interroge sur la place qui est donnée dans notre société aux nouvelles façons d'habiter.
C’est le projet de leur vie. Originaire d’Isère, Amalia et Harald ont tout quitté pour venir construire leur rêve en Bretagne. En 2019, ils ont un coup de cœur pour un terrain situé sur la commune de Landeleau dans le Finistère.
Ces 5 hectares se situent sur une ancienne carrière d'ardoise et appartiennent à une zone Natura 2000. C’est là que le couple veut bâtir son écohabitat léger et autonome, pour développer leur projet de vie en harmonie avec la nature.
Pendant plus d'un an, ils vivent sous une toile de tente. Le temps de nettoyer, préparer le terrain et enfin bâtir leur habitation.
Un habitat neutre et autonome
Harald et Amalia "aspirent à une vie des plus simples" et au plus près de la nature. Leur projet d’éco-lieu, baptisé, la Tanière du val de Landeleau, en est la concrétisation.
Pour leur maison, le couple a pris soin de choisir des matériaux naturels, locaux, tous biodégradables comme le bois, la pierre, la terre, la paille ou la chaux pour les enduits. Aussi, ils n’ont pas posé de dalle, ni réalisé de fondation en dur pour ne pas abîmer les sols.
/regions/2023/03/02/64007be80c38b_interieur-maison-1.jpg)
L'intérieur de la maison • © Marie Guerre
Pour l’eau, ils ont installé un bassin de récupération d’eau de pluie qu’ils filtrent, et les eaux usées, elles, sont envoyées dans un bassin de phytoépuration. Les toilettes sont évidemment sèches. Quant à l’électricité, le couple se contente d’une batterie rechargée par un panneau solaire.
La lumière des bougies et les lampes solaires leur suffisent. Leur maison est, au final, totalement biodégradable et sans impact sur leur environnement. Pour autant elle reste un endroit douillet et chaleureux.
Le retour de la biodiversité
A l’extérieur de la maison la philosophie reste la même. Le couple a tout pensé pour avoir un impact positif sur la biodiversité. Il a privilégié la permaculture pour son jardin, les arbres plantés sont des essences exclusivement locales, et des zones de friche ont été laissées en l’état pour les oiseaux.
/regions/2023/03/02/64007b4e981c4_jardin-amalia-harald.jpg)
Le jardin de la tanière d'Amalia et Harald • © La tanière du Val de Landeleau
Ces amoureux de la nature ne pouvaient se passer des animaux. Trois chiens, des poules, des moutons, des chèvres et des oies les accompagnent aussi sur cette aventure.
L’intérêt écologique de leur lieu de vie a été confirmé par le chargé de mission Natura 2000 qui a estimé que leur tanière n'avait pas d'impact négatif sur la biodiversité mais qu'au contraire, leurs actions permettraient de la valoriser.
Du rêve au cauchemar
La Tanière du val de Landeleau semble tenir toutes ses promesses écologiques. Mais Amalia et Harald sont tombés sur un os, qu’ils n’avaient pas anticipé. N’ayant pas d’emprise sur le sol, ni de fondation en dur, leur maison peut être considérée comme un "habitat léger". Selon les textes de loi, elle relèverait alors de la loi Alur, qui dispense les propriétaires de permis de construire.
Sauf que. Sauf que, la loi exige toute de même, une délibération du conseil municipal pour être en conformité avec le réglement national de l'urbanisme. Une décision communale que les porteurs de projet n'ont jamais obtenue.
"Deux mois après notre arrivée, le maire en poste en 2019, est venu nous voir sur notre terrain pour nous dire de foutre le camp et que si on ne dégageait pas il porterait plainte contre nous. Nous n’avons même pas pu lui expliquer quel était notre projet. Il a ensuite raconté au conseil municipal qu’on était des punks à chiens, un peu zonards et que notre terrain allait finir en ZAD" se souvient, amère, Amalia.
Michel Salaün déposera effectivement plainte en décembre 2019. Le couple de nouveaux arrivants est donc convoqué par la gendarmerie et interrogés séparément pendant deux heures. Ils ont bon espoir que les relations s’améliorent avec la nouvelle équipe municipale qui arrive en juin 2020. "Nous les avons tous invités à venir visiter le lieu, mais personne ne nous a répondu et personne n’est venu" raconte la protagoniste.
Condamnés à détruire leur maison
Le 13 avril 2021 Amalia et Harald sont convoqués devant le délégué du procureur qui leur confirme qu’une simple validation du conseil municipal suffirait à les mettre en conformité avec le droit. Ils ont alors 6 mois pour régulariser leur situation.
Mais malgré un rendez-vous, plusieurs mails et appels téléphoniques, le maire de Landeleau ne fournira jamais ladite lettre et continue de leur réclamer un permis de construire.
En septembre 2022 les deux porteurs de projet se retrouvent devant le tribunal correctionnel de Quimper. La sentence tombe : ils ont jusqu’au 15 avril 2023 pour remettre le terrain dans son état initial. Après cette date ils seront redevables de 200 euros d’astreinte par jour.
"C’est totalement démesuré. À croire qu’on est des criminels " s’indigne Amalia. "Je comprends qu’on ne puisse pas autoriser n’importe quoi, mais quand il y a des gens qui ont envie de faire quelque chose de bien, pourquoi les condamner ? On nous bassine à longueur de temps sur la nécessité d’une vie plus sobre en eau et électricité. Nous, on est autonomes, et on nous oblige à détruire notre maison, ça n’a pas de sens !".
Le couple a fait appel de la décision mais il n’est pas suspensif. Désabusés les deux propriétaires ont lancé une pétition de soutien en ligne. Elle totalise, fin février 2023, plus de 8 700 signatures.
Quitte à tout perdre ils ont également décidé de médiatiser leur affaire : "c’est notre dernier espoir. Il faut que les sachent la maltraitance et la discrimination dont on peut être victime" explique Amalia.
Le maire et la loi Alur
Joint par téléphone, le maire de Landeleau se défend d'avoir empêché le projet. "On prête trop de pouvoir aux maires. Je ne peux pas donner de courrier d'autorisation. C'est la DDTM (Direction Départementale des Territoires et de la Mer NDLR) et la justice qui ont jugé que le projet ne relevait pas de la loi Alur. Les porteurs du projet ont eu une mauvaise information" se justifie le maire qui conclut "si j'avais pu, je l'aurais fait ".
Le maire est l'autorité compétente en matière d'urbanisme
Préfecture du Finistère
Contactée par mail pour connaître le rôle et la position de la DDTM dans ce dossier, la préfecture du Finistère s'est contentée de répondre "le maire est l'autorité compétente en matière d'urbanisme".
Les maires ne sont souvent pas au courant qu'ils ont la possibilité de régulariser les projets de construction d'habitats légers
Paul Lacoste, association HALEM
L'association HALEM (Association d'Habitant⋅e⋅s de Logements Éphémères ou Mobiles) accompagne de nombreux porteurs de projets d'habitats légers. Paul Lacoste, responsable du suivi juridique de l'association a notamment conseillé Amalia et Harald pendant plus d'un an. Selon lui "le délégué du procureur entrevoyait une possibilité de régularisation du projet mais le maire n'a pas répondu à ses sollicitations. Si le maire avait dit "on entame une procédure de régularisation", le délégué du procureur aurait classé le dossier".Paul Lacoste rappelle l'esprit de la loi Alur : "la loi Alur est un ensemble de dispositions qui ont été votées pour dissiper un flou juridique autour de l'habitat léger et mobile, et éviter la judiciarisation des projets qui peuvent opposer les porteurs et les collectivités".
Dans un document destiné aux porteurs de projet, l'association explique : "Pour sortir du dilemme juridique sur le besoin ou non d’un permis de construire, le gouvernement autorise les documents d’urbanisme à définir les terrains où les résidences mobiles ou démontables, constituant l’habitat permanent de leurs utilisateurs, peuvent être installées. Il suffit de soumettre ces terrains à un régime de déclaration préalable ou de permis d’aménager." Il faut, pour cela, démontrer la réversibilité de l'habitat, préciser les conditions de raccordement, garantir la sécurité.
Dans la réalité "les maires ne sont souvent pas au courant qu'ils ont la possibilité de régulariser les projets de construction d'habitats légers, par une simple délibération au conseil municipal" résume Paul Lacoste.
L'association HALEM constate qu'aujourd'hui 95% des habitats légers sont hors la loi en France.
Dans le Vercors, le projet immobilier de Tony Parker met toute une montagne en ébullition
Un conflit autour de deux projets d’hôtels, dont l’un est porté par l’ancienne star du basket, révèle les tensions dans les stations, en pleine interrogation sur leur modèle de développement post-ski alpin.
Publié le 13 janvier 2023 à 05h30, mis à jour le 13 janvier 2023 à 05h30
Temps deLecture 6 min.
Ajouter à vos sélections
Partager
Article réservé aux abonnés

Les pistes de ski alpin de Villard-de-Lans (Isère) dans le massif du Vercors, à environ 1 400 mètres d'altitude qui sont fermées et parcourues par des randonneurs, le 29 décembre 2022. FRANCOIS HENRY/REA
Quand il pense à ces « week-ends d’hiver bénis », où la neige, le froid et le soleil sont au rendez-vous, ces « journées magnifiques » pleines de skieurs sur les pistes, Guillaume Ruel ne peut retenir une certaine amertume. « C’est tellement dur ! Tellement dur d’imaginer autre chose… », confie le directeur de la Société des remontées mécaniques de Villard-de-Lans et Corrençon (Isère), deux stations de ski familiales de moyenne montagne.
Lire aussi Article réservé à nos abonnés En montagne, le débat est ouvert sur un avenir sans neige et sans ski
A cette altitude, les effets du changement climatique sont déjà perceptibles, et ne feront que s’accentuer. Une neige moins stable, des saisons plus courtes, une météo plus imprévisible, un fonctionnement des canons à neige plus aléatoire… Ces vacances de Noël sans neige en ont été l’illustration. Pour compenser ces incertitudes, la « transition » est inéluctable. « Et en même temps, on sait que rien ne sera jamais aussi rentable que le ski alpin », poursuit ce trentenaire, skieur passionné et enfant du pays.
Voilà la problématique qui bouscule ces stations de moyenne montagne, ultra-dépendantes de l’économie du ski. Ce dilemme, qui affecte tous les massifs, se matérialise avec force dans ces deux villages du Vercors, confrontés à des choix cruciaux pour leur avenir.
Deux clans se dessinent : d’un côté, ceux qui veulent continuer à miser sur le ski alpin tant que cela est encore possible, aidés par les canons à neige, tout en développant des activités estivales et de nouveaux équipements. De l’autre, ceux qui veulent renoncer au tourisme comme pilier souverain du territoire, et privilégier le développement d’un autre type d’économie, plus locale, plus adaptable – quitte à y greffer des activités de tourisme à faible intensité.
Lire aussi Article réservé à nos abonnés En montagne, l’Etat finance une transition à pas comptés
Deux directions, deux visions de la croissance (ou de la décroissance) et, dans cette nouvelle bataille du Vercors, une ancienne star, qui place ces deux stations de montagne sous les projecteurs : Tony Parker, qui a racheté pour 9 millions d’euros la Société des remontées mécaniques de Villard-de-Lans et Corrençon (SEVLC) en 2019. Jusque-là, il n’était jamais monté sur des skis.
Si l’ex-basketteur des Spurs de San Antonio, dont la fortune est estimée à plus de 200 millions d’euros, a placé des billes dans cette société, c’est aussi parce que le site lui donnait la possibilité de bâtir un ensemble hôtelier, sur un terrain constructible au pied des télécabines. Ce futur « resort » à 96 millions d’euros (900 lits, 21 000 mètres carrés), qui occuperait la place d’un parking, est devenu le symbole d’une nouvelle contestation.
Il vous reste 75.5% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
-
Salon de l'agriculture
- Par Thierry LEDRU
- Le 02/03/2023
"Quand je les vois, je n'ai plus envie de les manger !" : paroles de visiteurs au salon de l'agriculture de Paris
Publié le 02/03/2023 à 16h41
Écrit par Martial Codet-Boisse

Tornade, magnifique cul noir du Limousin - 02/03/23 - • © FTV - Martial Codet-Boisse
Qu'ils soient de Paris ou d'ailleurs en France, des milliers de personnes se bousculent chaque jour dans les allées du 59e SIA. Le Limousin a amené son lot d'animaux exceptionnels. Réactions de visiteurs...
Tornade est un porc cul noir issu du Gaec Lorgue de Bellac, en Haute-Vienne. Un regard expressif. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il ne laisse pas les visiteurs indifférents.
/regions/2023/03/02/6400a5ac5a300_cul-noir-gp.jpg)
Tornade, un porc cul-noir du Limousin au regard qui frise - 02/03/23 - • © FTV - Martial Codet-Boisse
Bernard Rolland est resté plusieurs minutes devant le box. D'origine aveyronnaise, il habite Paris :
"Quand je vois un animal comme ça, j'ai envie d'entrer dans l'enclos. Cela me ramène 60 ans en arrière quand j'allais chez mes grands-parents à la ferme. Quand je pouvais, j'entrai dans la porcherie pour admirer les cochons. Vous savez, les gens de la ville ne sont pas assez en contact avec la nature."
/regions/2023/03/02/6400ac106dd7a_femelle-cul-noir-petits.jpg)
Petits et grands se sont empressés pour admirer Royale, femelle cul noir et ses sept petits - 02/03/23 - • © FTV - Martial Codet-Boisse
Quand je les vois, je n'ai plus envie de manger de porc. C'est toute la différence entre le supermarché et le monde réel.
Patrick Guillemin, visiteur du salon
Royale, femelle cul noir et ses sept petits du domaine de Bourdelas à Sereilhac, ont ému le public.
"Ils sont vraiment très touchants, notamment lorsqu'ils tètent leur maman, s'enthousiasme Muriel Guiériot, habitante de Compiègne. Mais je pense aussi aux éleveurs. Cela me choque qu'ils ne soient pas assez reconnus, qu'ils ne puissent pas vivre correctement de leur métier."
Des moutons anglais du Limousin primés
/regions/2023/03/02/6400b4deecf89_southdown.jpg)
Les moutons Southdown d'Alexandre Pagnaud de Sainte-Anne-Saint-Priest en Haute-Vienne - 02/03/23 - • © FTV - Martial Codet-Boisse
Alexandre Pagnaud a décidé en 2001 d'élever des Southdown dans son exploitation de Sainte-Anne-Saint-Priest en Haute-Vienne. Des moutons de race anglaise reconnus par les professionnels. Pendant le salon, Alexandre a reçu un premier prix pour la qualité de la laine de ses ovins.
"Ils sont bien montés, bien en chair, avec une belle gueule ! s'exclame Jean-Pierre Lamedée, venu en famille de Seine-et-Marne. On dirait qu'ils ont une fourrure. C'est original ces petites boucles sur la tête, ça change des moutons français."
Onyx, roi de 2023
/regions/2023/03/02/6400b95f9bae6_onyx.jpg)
Onyx, taureau champion du concours général agricole 2023 - 02/03/23 - • © FTV - Martial Codet-Boisse
Lors du concours général de la race bovine Limousine de ce jeudi 2 mars, Onyx, un taureau du GAEC creusois Lebourg, a reçu une des récompenses les plus convoitées en devenant champion de l'édition 2023. Un taureau qui n'a pas laissé de marbre les visiteurs, notamment Laura et Martine Chabaud, oléicultrices de Camargue :
"C'est clair que c'est très impressionnant ! On ne le pensait pas si énorme ! Chez nous, en Camargue, on a aussi des taureaux, mais ils sont moins lourds. Ils sont lestes et vifs !"
Autre émoi dans les travées du Hall 1 : deux jeunes femmes, Elise et Laure, craquent pour Plume, une vache suitée du GAEC Lasternas de Dordogne. Avec son veau, Plume a été primée au concours général agricole.
/regions/2023/03/02/6400ba9601878_hall-1-filles.jpg)
Le petit veau de Plume, vache suitée qui concourrait au Salon de l'agriculture de Paris - 02/03/23 - • © FTV - Martial Codet-Boisse
"Elle est trop belle avec son petit veau et représente bien la race Limousine qui est la plus belle race de France ! Bon, on est un peu chauvins, on est du Limousin, de Saint-Yrieix !, éclatent de rire Laure et Elise.
-
Agriculture et élevage : impact environnemental
- Par Thierry LEDRU
- Le 02/03/2023
Salon de l'agriculture :
quel est l'impact de l'alimentation sur l'environnement (et comment le réduire) ?
Article rédigé par


Thomas Baïetto - Brice Le Borgne
France Télévisions
Publié le 28/02/2023 06:06
Temps de lecture : 10 min.

L'alimentation et l'agriculture sont l'une des causes des crises environnementales. (ASTRID AMADEU / FRANCEINFO)
A l'occasion du Salon de l'agriculture, qui se tient à Paris jusqu'au 5 mars, franceinfo fait le point sur le lien entre la façon de se nourrir et les crises écologiques.
Réchauffement climatique, destruction de la biodiversité, pollutions diverses... Notre assiette est au carrefour des crises environnementales. Le système agricole et la pêche, qui permettent de la remplir au quotidien, sont à la fois l'une des principales causes de ces bouleversements et leurs premières victimes, comme le montrent les sécheresses de ces dernières années ou l'effondrement de certains stocks de poissons. C'est aussi de là qu'une bonne partie des solutions émergeront.
A l'occasion du Salon international de l'agriculture, qui s'est ouvert samedi 25 février à Paris, franceinfo vous explique comment notre alimentation grignote l'environnement et suggère des pistes pour améliorer la situation.
Quelles sont les conséquences de notre alimentation sur le climat et la biodiversité ?
C'est le sujet qui fâche. Notre alimentation, via l'agriculture et la pêche, joue un rôle central dans la destruction de notre environnement. L'agriculture fait partie des principaux secteurs émetteurs de gaz à effet de serre (GES), ces fameux gaz qui réchauffent notre climat. Elle est aussi, de loin, la première cause de déforestation (près de 90% selon la FAO*, l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agiculture. En Amazonie, la forêt est coupée pour installer des cultures ou faire pâturer des bovins. Les élevages de ruminants et les rizières rejettent du méthane, un puissant gaz à effet de serre. Et les engrais azotés dégagent du protoxyde d'azote, un autre GES.
Au niveau mondial*, l'agriculture pèse 18,4% des émissions, c'est moins que l'industrie (29,4%) mais davantage que les transports (16,2%). En France, elle représente 19% de nos émissions, à égalité avec l'industrie.
Ce que nous mangeons est également relié à toutes les principales causes de disparition de la biodiversité : le changement d'usage des sols, avec la déforestation ; l'exploitation directe, avec la pêche, le réchauffement climatique ; les pollutions, avec les pesticides ou les nitrates, et les espèces invasives. Directeur de recherche à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae), Michel Duru décrit un cercle vicieux provoqué par la simplification de notre alimentation, qui ne repose plus que sur une poignée de cultures, comme le blé ou le maïs. "Le fait qu'un tout petit nombre d'espèces, comme les céréales, soient cultivées sur de grandes surfaces conduit à un effondrement de la biodiversité dans les paysages, explique-t-il. Il n'y a plus le gîte et le couvert pour les ennemis naturels des ravageurs de ces cultures et le sol s'appauvrit". Cette situation conduit les agriculteurs à "utiliser davantage d'engrais et de pesticides", deux éléments qui vont à leur tour aggraver la perte de biodiversité.
L'impact de l'agriculture ne se résume cependant pas à ces dégâts. Les prairies permanentes, utilisées pour certaines formes d'élevages, stockent du carbone, comme les forêts. Avec les prairies temporaires, elles constituent également "des zones refuges pour beaucoup d'espèces végétales et animales", relève Michel Duru.
Quels sont les aliments qui réchauffent le plus le climat ?
Produits locaux, circuits courts… Depuis des années, l'accent est mis sur l'importance de manger local. Au point de donner une image trompeuse du problème. "Lorsqu'on parle des impacts environnementaux des aliments, le transport et l'emballage sont très surestimés dans la conscience collective", observe Audrey Rimbaud, l'une des pilotes du projet Agribalyse, une base de données qui analyse les conséquences de nos aliments sur l'environnement.
En réalité, pour lutter contre le réchauffement climatique, la provenance d'un aliment compte moins que sa nature, animale ou végétale. En règle générale, la viande, les produits laitiers ou les œufs ont un impact nettement plus fort que les légumes, fruits et légumineuses. Dit autrement, votre kilo de bananes peut faire plusieurs fois le tour de la planète en avion avant d'être plus nocif pour le climat que la côte de bœuf bien de chez nous. Les seuls aliments végétaux qui réchauffent plus le climat que certaines viandes, comme le poulet, sont le café et le chocolat, deux moteurs importants de déforestation.
Cela ne veut pas dire qu'il faudrait abandonner le "local" et le "de saison". Ces deux critères redeviennent pertinents pour comparer deux produits de même type – des tomates par exemple. "Les produits qui ont le meilleur bilan, de loin, sont végétaux, de saison et locaux", résume Christian Couturier, expert et président de l'association Solagro.
Et pour l'environnement en général ?
L'environnement ne se résume pas au climat. Le projet Agribalyse, porté par l'Agence de la transition écologique (Ademe) et l'Inrae, propose un score unique pour chaque aliment, fondé sur 16 indicateurs – les émissions de GES, mais aussi l'acidification des sols, l'épuisement des ressources en eau ou les pesticides. "Il est important d'être prudent dans l'utilisation des indicateurs. Ce sont aujourd'hui les meilleures données disponibles, mais elles sont en constante évolution, toutes les dimensions n'étant pas encore bien prises en compte", met en garde Audrey Rimbaud, ingénieure à l'Ademe. A l'heure actuelle, deux sujets ne sont pas encore bien intégrés dans le score unique : la biodiversité et le stockage carbone dans les sols.
La prise en compte de ces indicateurs ne bouleverse pas radicalement le classement des aliments les plus polluants. Elle devrait toutefois permettre, avec l'intégration de la biodiversité, de distinguer les pratiques agricoles. Si l'on s'en tient au seul critère du climat, l'agriculture biologique et conventionnelle ont un impact comparable. La non-utilisation, en bio, d'intrants, produits des énergies fossiles, est compensée par un rendement plus faible et une consommation d'espace plus importante. Mais l'agriculture biologique, qui n'utilise ni engrais azotés, ni pesticides de synthèse, est "très positive en termes de biodiversité", constate Michel Duru, même si son impact, via le labour notamment, n'est pas nul. Elle contribue également à restaurer la qualité de l'air – les engrais azotés polluent l'air, notamment en Bretagne – ou de l'eau – les pesticides rendent l'eau non potable dans certaines régions.
Pourquoi la viande et les produits laitiers ont-ils un impact si fort ?
La première raison est assez simple : il est souvent moins polluant de cultiver des céréales directement pour l'alimentation humaine que de les utiliser pour nourrir des animaux, qui serviront ensuite à approvisionner des humains. Cette étape se traduit par des consommations de ressources (eau, énergie) supplémentaires.
La seconde raison sonne comme une blague : les rots des ruminants (vaches, moutons, chèvres), qui dégagent un puissant gaz à effet de serre. "Parce que les ruminants émettent du méthane lors de la digestion, on peut avoir une différence qui peut aller de 1 à 30 entre des produits végétaux et des produits issus de ruminants", détaille Carine Barbier, chercheuse au Centre international de recherche sur l'environnement et le développement (Cired) et coordinatrice de l'étude Simulation prospective du système alimentaire et de son empreinte carbone. Cela explique pourquoi le poulet et le porc, qui ne ruminent pas, affichent un impact moindre et pourquoi les produits laitiers, qui proviennent des ruminants, figurent en haut de la liste.
En matière de climat, cette réalité est valable quel que soit le type d'élevage : intensif, en bâtiment, avec une alimentation majoritairement à base de céréales, ou extensif, avec une alimentation majoritairement à l'herbe. Alimentées en céréales, les vaches d'élevage intensif sont en effet plus productives que celles nourries à l'herbe et émettent donc moins de méthane par litre de lait ou kilo de viande. A l'inverse, les secondes se nourrissent principalement avec un aliment, l'herbe, qui émet moins de gaz à effet de serre lors de sa production que le soja (déforestation) ou le maïs (engrais). Ces deux éléments s'équilibrent.
Entre ces deux types d'élevage, "le gain est assez limité en termes de gaz à effet de serre, à production de viande et de lait identique", confirme Carine Barbier. Cela ne signifie pas pour autant que l'impact environnemental de ces deux méthodes est identique. "Un élevage extensif permet de moins recourir à des aliments issus de cultures (céréales, oléoprotéagineux) qui, en agriculture conventionnelle, mobilisent des engrais, des produits phytosanitaires et parfois de l'irrigation. Ce mode d'élevage est bénéfique pour la biodiversité et la fertilité naturelle des sols et limite la consommation d'eau. Il favorise également le bien-être animal", complète l'économiste.
Comment améliorer la situation ?
Réduire les conséquences environnementales de l'alimentation suppose "des changements radicaux", estime Michel Duru. "Ce n'est pas une adaptation de l'agriculture qu'il faut, mais une transformation, voire une bifurcation", martèle l'agronome de l'Inrae.
• En mangeant moins de viande, de produits laitiers et de produits transformés. Il n'existe pas aujourd'hui de scénario de lutte contre le réchauffement climatique qui fasse l'économie d'une diminution, dans les pays développés, de la consommation de viande et produits laitiers. En France, les scénarios de l'Ademe pour la neutralité carbone en 2050 (PDF, page 14) tablent sur une diminution entre 10 et 70% de la consommation de viande.
Cette diminution, qui ne signifie pas que tout le monde doive devenir végétarien ou vegan, passe par une augmentation de notre consommation de légumineuses – des protéines végétales – comme les lentilles, les haricots blancs ou les pois chiches, mais pas seulement. "Il faut savoir qu'on consomme presque deux fois plus de protéines que nos besoins nutritionnels. On peut donc réduire de 40% notre consommation de protéines animales sans même chercher à les substituer par des protéines végétales", précise Carine Barbier.
Enfin, les produits ultra-transformés – sodas, soupes à réhydrater, nuggets… – sont à la fois mauvais pour la santé et pour l'environnement, puisqu'ils favorisent une agriculture standardisée et simplifiée, nocive pour la biodiversité.
• En privilégiant les produits locaux et de saison. Entre deux produits semblables, leur provenance et la saison restent des critères de choix importants. Selon la base de données Agribalyse, le kilo de haricots verts importé par avion a un impact presque quinze fois supérieur (6,51 kg éqCO2, contre 0,45 kg éqCO2) aux haricots français. Toujours selon la même source, cultiver des tomates hors saison en France produit plus de deux fois plus de gaz à effet de serre que des fruits de saison. La raison est simple : le chauffage des serres se fait au gaz, une énergie fossile.
• En réduisant le gaspillage alimentaire. Dans ses scénarios, l'Ademe table également sur une réduction des pertes et des gaspillages de 50%, tout au long de la chaîne de production.
• En responsabilisant les industriels et en informant les consommateurs. Ce changement de régime n'est pas qu'une question individuelle. Chercheuse en nutrition comportementale à l'Inrae, Lucile Marty regrette que l'accent soit aujourd'hui surtout mis sur le consommateur : "Cela déresponsabilise les industriels, qui se disent 'Tant que les consommateurs le mangent, on le produit'". Or, "ce qu'on mange est en grande partie déterminé par ce qu'on nous propose", rappelle-t-elle. Cette réalité est valable dans les cantines, les restaurants et les supermarchés.
Changer l'offre, en proposant des repas et produits végétariens par exemple, aurait donc "beaucoup d'effets". Mais, "pour que ce changement soit accepté, il faut une information du consommateur", poursuit Lucile Marty. Dans une étude publiée en janvier 2023*, la chercheuse et ses collègues ont démontré l'intérêt d'un affichage environnemental sur les produits, similaire au Nutri-Score. Un tel affichage est d'ailleurs prévu par la loi Climat et résilience et devrait être mis en place dans les prochaines années, sur la base du projet Agribalyse.
• En allant vers de nouvelles méthodes agricoles, avec moins de pesticides et d'engrais. Cette transition passe également par des "changements considérables dans l'agro-industrie", expose Michel Duru. Trois des quatre scénarios de transition de l'Ademe passent par une augmentation importante des surfaces cultivées en agriculture biologique, entre 30% et 70% du total. Selon l'agronome, cette transition implique une diversification des cultures. "Les travaux scientifiques montrent que pour réduire les pesticides, il faut s'éloigner le plus possible de la monoculture", explique-t-il, en citant également l'intérêt de l'agriculture de conservation des sols.
• En accompagnant les agriculteurs. Cette transition ne peut se faire sans un important dispositif d'accompagnement des agriculteurs, une profession aujourd'hui très fragile économiquement et socialement. Carine Barbier, du Cired, relève par exemple la baisse actuelle du nombre d'élevages bovins laitiers pour des raisons économiques. "Dans nos scénarios, les cheptels de vaches laitières ne baissent pas d'autant", souligne-t-elle.
• En changeant de politiques publiques. Tous ces changements sont loin d'être engagés en France et en Europe. "Nos politiques publiques ne sont pas la hauteur, résume Carine Barbier. La politique agricole commune a une responsabilité énorme, c'est un levier pour réorienter et accompagner cette transition."
* Les liens suivis d'un astérisque renvoient vers des sites ou contenus en anglais.
-
"Qui aurait pu prévoir ?"
- Par Thierry LEDRU
- Le 01/03/2023

"Qui aurait pu prévoir cette crise climatique ? a dit Monseigneur en évoquant la canicule et les incendies de l'été 2022.
C'est clair que c'est un sujet dont on parle tellement peu qu'il n'a pas pu en être averti... Je n'ai pas remis ici tous les liens qui renvoient à ce problème majeur et ça n'est évidemment qu'une infime partie de tout ce qui est disponible sur la Toile. Des centaines d'études et d'articles.
Climat : Le problème de l'eau.
Sciences et vie : la guerre de l'eau
Sécheresse encore et toujours.
Sécheresse, élevage, jachères.
Climat : Le problème de l'eau.
Climat : l'heure du constat (2)
Climat : l'heure du constat (3)
Sécheresse : comment la France peut-elle se préparer à affronter un (possible) nouvel été à sec ?
Article rédigé par
https://www.francetvinfo.fr/meteo/secheresse/secheresse-comment-la-france-peut-elle-se-preparer-a-affronter-un-possible-nouvel-ete-a-sec_5674991.html

France Télévisions
Publié le 27/02/2023 06:01Mis à jour le 27/02/2023 08:05
Temps de lecture : 8 min.

Une rivière à sec à Flassans-sur-Issole, dans le Var, le 21 février 2023. (NICOLAS TUCAT / AFP)
Faute de pluie et face au faible niveau des nappes phréatiques dans certaines régions, la sécheresse pourrait de nouveau frapper à l'été 2023, poussant les territoires et leurs habitants à s'adapter à marche forcée.
Des restrictions précoces pour éviter le pire ? "Anticipez !" demande le ministre de la Transition écologique aux préfets, dans un entretien au JDD paru dimanche 26 février. Avant de les recevoir au ministère, Christophe Béchu affirme qu'il leur tiendra "à chaque fois le même message" : "Prenez les mesures qui permettent dès à présent de faire des économies d'eau."
Si l'été 2022 a mis au jour les vulnérabilités de nombreux territoires face au manque d'eau, la sécheresse hivernale fait craindre de nouvelles difficultés à venir, accentuées et répétées sous l'effet du changement climatique. Pour s'y préparer, le ministre Christophe Béchu et sa secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Bérangère Couillard, présenteront bientôt un "plan sécheresse". Mais comment agir dès maintenant, pour ne pas revivre en 2023 les galères de l'été précédent ?
En adaptant (en attendant de transformer) l'agriculture
En France, l'agriculture représente 45% de la consommation d'eau, et jusqu'à 80% en plein été. "C'est en modernisant les systèmes agricoles, en les rendant plus performants, que l'on réalise les économies les plus importantes", assure Hélène Michaux, directrice du département du programme et des interventions de l'Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse. Micro-irrigation et goutte à goutte plutôt que pulvérisateurs, instruments aidant les agriculteurs à optimiser leur usage de l'eau… Des solutions techniques existent, à condition de pouvoir se les offrir.
France 3
Dans le contexte du changement climatique, ces investissements offrent "une forme de couverture contre le risque, puisque l'agriculteur sera en capacité de maintenir ses rendements, même durant les années très sèches", souligne Arnaud Reynaud, directeur de recherche à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae). Reste une question pour les exploitants, selon lui : "Est-ce que les bénéfices que je vais en retirer vont couvrir cet investissement parfois très important ?"
L'office FranceAgriMer a ouvert, le 13 février, un guichet doté d'un budget de 20 millions d'euros visant à financer des matériels de lutte contre les aléas climatiques (document PDF) réservé aux agriculteurs assurés contre le risque climatique. La création d'une autre enveloppe de 20 millions d'euros a été actée le 9 février, "pour la protection contre la sécheresse", à destination de toutes les exploitations. Mais il est "difficile de savoir l'impact de ces nouvelles mesures sur les comportements sur le terrain", souligne Arnaud Reynaud.
L'approche réglementaire via les arrêtés préfectoraux ayant montré ses limites et les variations sensibles du prix de l'eau n'ayant pas d'effets significatifs, cet expert suggère une autre incitation : la comparaison. Co-auteur d'une étude menée sur les coteaux de Gascogne, Arnaud Reynaud a observé l'effet sur les comportements d'"une sorte de [compteur] Linky de l'eau", permettant de confronter la consommation des agriculteurs à celle de leurs voisins. Une "troisième voie" peu coûteuse et rapide à mettre en place.
Enfin, le ministre de l'Agriculture a souligné mercredi que 60 nouveaux projets d'ouvrages hydrauliques à vocation agricole seraient "mis en service" d'ici à juin. Mais ces ouvrages, dont les controversées bassines, rencontrent de vives protestations locales. Elles se révèlent une solution à court terme qui "va dans le sens inverse" du besoin d'adaptation, selon le chercheur. "Le fait de disposer de stockages supplémentaires maintient les agriculteurs dans des cultures à fort niveau d'irrigation", explique-t-il.
En intervenant en urgence sur les failles du réseau
C'est aussi dans les zones rurales que l'on retrouve l'essentiel des quelque 700 communes qui ont connu des difficultés d'approvisionnement à l'été 2022. Dans les Monts d'Arrée, à Berrien (Finistère), la galère a duré cinq mois. La sécheresse a révélé que le forage utilisé pour alimenter la commune n'était plus assez profond. Ces réseaux d'eau anciens, sous-dimensionnés et parfois peu entretenus, sont un chantier urgent, explique Guillaume Dolques, spécialiste de l'adaptation au changement climatique, à l'Institut de l'économie pour le climat (I4CE). "Sachant qu'une canalisation est remplacée en moyenne tous les 160 ans, l'urgence est d'investir massivement dans la rénovation", insiste-t-il, alors qu'en moyenne 20% de l'eau potable s'échappe des tuyaux via des fuites.
FRANCE 2
A Berrien, pour "être prêts d'ici juillet prochain", le maire a lancé en février "des travaux pour la pose d'une canalisation entre la source de Scrignac et le château d'eau", ainsi qu'un projet de nouveau forage, cofinancé en partie par l'Etat et l'agence de l'eau Loire-Bretagne. A l'Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse, Hélène Michaux confirme que l'épisode de 2022 a conduit davantage de collectivités à solliciter des aides pour sécuriser l'arrivée de cette précieuse ressource jusqu'aux robinets.
Grâce à une rallonge de 17 millions obtenue en 2023, l'Agence a "lancé début janvier un appel à projets de 20 millions d'euros visant à sécuriser l'alimentation en eau potable des collectivités", explique-t-elle. "Réduction des fuites, réhabilitation des réservoirs d'eau potable vétustes, mise en place d'interconnexions en zones rurales, où des communes peuvent se retrouver très vulnérables..." Les moyens mis en œuvre sont nombreux, et déployés en situation d'urgence, énumère la spécialiste.
"L'Etat procède par à-coups", regrette Guillaume Dolques, co-auteur d'une étude sur le rôle des collectivités en matière d'adaptation. "A court terme, on estime qu'il faut sanctuariser les moyens des agences de l'eau (...), et sortir de la logique d'enveloppes annuelles au profit d'investissements à long terme, pour être prêts à ce que sera le climat dans 10, 20, 30 ans", met-il en garde.
En attendant, start-ups et entreprises du secteur développent des outils de plus en plus performants pour traquer les fuites. Sous la capitale, 3 000 capteurs acoustiques repèrent la moindre faille.
"Ces nouvelles technologies vont nous permettre de cibler les travaux, avec moins d'impact pour les riverains puisque l'on va intervenir au plus près de la fuite ou de la conduite défectueuse", détaillait en janvier à France 2 le responsable du Syndicat des eaux d'Île-de-France.
En accélérant le déploiement de la réutilisation des eaux usées traitées
En Espagne, 14% des ressources en eau proviennent déjà du recyclage des eaux usées. Ce taux atteint 8% en Italie, contre moins de 1% en France. Pour combler ce retard, le ministre de la Transition écologique et le ministre de l'Agriculture ont mis en avant un décret à venir faisant sauter des "freins réglementaires". "La législation va changer pour assouplir et clarifier un certain nombre de choses", a abondé Marc Fesneau, invité de France 2, vendredi matin.
La réutilisation des eaux usées traitées s'effectue en effet dans le cadre strict de la réglementation sanitaire. Il est ainsi peu probable que ces systèmes soient utilisés à grande échelle en cas de sécheresse à l'été 2023, ce qui n'empêche pas des acteurs du secteur de s'y préparer.
France 3 Provence-Alpes
A Sainte-Maxime (Var), le golf est déjà arrosé avec des eaux usées traitées. En juillet, Véolia annonçait l'installation de nouveaux équipements sur 30 sites. Dans un premier temps, "l'eau recyclée remplacera l'eau potable nécessaire au fonctionnement et à l'entretien des stations d'épuration" faisait savoir le groupe, avant que son utilisation ne soit "étendue à certains usages industriels et agricoles, comme l'irrigation ou le nettoyage de voiries, permettant aux collectivités, aux agriculteurs et aux industriels de diminuer la consommation d'eau potable."
France 2
Selon le baromètre annuel Kantar/CIEAU, "Les Français et l'eau", publié en décembre 2022, les Français adhèrent largement au principe : 80% des personnes interrogées se déclarent prêtes à consommer des fruits et légumes arrosés grâce à ce type de ressource.
En encourageant la sobriété, à tous les niveaux
L'été 2022 a marqué les esprits. Selon ce même baromètre, ils étaient 92% à faire attention à leur consommation d'eau à la rentrée, contre 87% au printemps. Aujourd'hui, 69% d'entre eux sont convaincus qu'ils manqueront d'eau à l'avenir, contre 32% il y a 25 ans. Les personnes interrogées soutiennent massivement des solutions impliquant plus de sobriété : 79% admettent devoir modifier leurs habitudes et 66% se prononcent en faveur d'une réglementation qui limiterait les consommations. Les trois quarts souhaitent être aidés grâce à un compteur d'eau "intelligent" qui les alerterait en cas de dépassement d'un certain seuil. "Nous consommons 150 litres d'eau par personne et jour", rappelait encore Christophe Béchu, fin janvier. Pour diminuer cette consommation, le gouvernement envisage "une forme d'Ecowatt [du nom du dispositif d'information et d'alerte chargé de prévenir les Français en cas de tension du réseau électrique] de l'eau, sur lequel on trouvera l'état des tensions dans le secteur où on se trouve."
Contrainte ou choisie, cette sobriété est déjà à l'œuvre dans le Var, où plus de la moitié des communes font face à un niveau plus ou moins élevé de contraintes. Vendredi, Saint-Zacharie et Riboux étaient placées au niveau "sécheresse alerte renforcée" par la préfecture du département. Interdiction d'arroser les pelouses, les terrains de sport et les jardins potagers en journée, interdiction de laver sa voiture ou de remplir sa piscine… Saint-Zacharie envisage désormais "d'équiper les bâtiments communaux de citernes et d'inciter les gens à faire de même, pour récupérer l'eau de pluie", a confié mercredi Raymond Merlo, élu en charge de l'Environnement, cité par l'AFP.
Ce levier reste "une goutte d'eau" en matière d'économie. "Il faut le faire, mais même si chacun réduit de moitié son utilisation d'eau, cela ne résoudra en rien la problématique", déplore Cécile Argentin, présidente de France nature environnement en Midi-Pyrénées, auprès de France 3 Occitanie.
Hélène Michaux insiste d'ailleurs sur la variété des solutions collectives, de l'entretien des zones humides aux efforts des villes. "De plus en plus de villes sollicitent des aides pour désimperméabiliser les sols et permettre d'y réinfiltrer l'eau de pluie". Alors que le Giec prévoit entre 10 et 40% de baisse du niveau des cours d'eau à l'horizon 2050, la préservation des milieux aquatiques, de leur biodiversité et de leur rôle dans le grand cycle de l'eau est également une priorité.
Un article qui émane de la page du Sénat. Un comble.
https://www.publicsenat.fr/article/politique/secheresse-plus-le-rechauffement-global-sera-important-plus-la-frequence-des
Partage
Sécheresse : « Plus le réchauffement global sera important, plus la fréquence des événements de ce type augmentera »

Alors que dix départements touchés par la sécheresse ont dépassé le seuil d’alerte, Magali Reghezza-Zitt, maître de conférences en géographie et co-directrice du Centre de formation sur l’environnement et la société de l’ENS alerte : ces épisodes de sécheresse seront de plus en plus récurrents dans les prochaines années.
LE 09 MAI 2022
Par Juliette Bezat
5mn
Si la France n’est pas un pays du Sahara, loin sans faut, la question de l’eau y est toutefois de plus en plus inquiétante. Les nappes phréatiques, réservoirs naturels d’eau et principale source d’eau potable en France, ont atteint des niveaux historiquement bas pour la saison. En cause, un hiver trop sec marqué par des déficits pluviométriques de 30 à 40 % - atteignant jusqu’à 80 % dans la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Avec un été annoncé « chaud, voire très chaud », ces réservoirs censés alimenter les cours d’eau lorsqu’il ne pleut pas risquent d’être asséchés plus tôt que les autres années.
Pour Magali Reghezza-Zitt, maître de conférences en géographie, au déficit pluviométrique s’ajoute un déficit du manteau neigeux : « On est dans le deuxième plus faible manteau neigeux depuis 1959. » Par conséquent, « les cours d’eau ne seront pas alimentés par la fonte des neiges ». Cette absence de précipitations a des conséquences immédiates sur la recharge des nappes phréatiques qui va elle-même avoir une importance sur les cours d’eau.
Parmi les 15 départements touchés par la sécheresse, le Maine-et-Loire, la Vienne, les Deux-Sèvres, la Charente-Maritime, la Charente, l’Ain, la Drôme, les Alpes-Maritimes, les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse ont dépassé le seuil d’alerte : « Aussi tôt dans l’année, c’est unique » réagit Magali Reghezza-Zitt. Selon Météo-France, cet épisode de chaleur est en effet « remarquable par sa précocité, sa durabilité et son étendue géographique. »
Les récoltes françaises menacées par la sécheresse
Les cultures céréalières sont particulièrement menacées par la sécheresse. Magali Reghezza-Zitt rappelle que ce déficit pluviométrique « intervient au moment où les cultures sont montées en rendement, au moment où elles sont en train de croître ». En d’autres termes, l’épisode de sécheresse intervient au stade du grossissement du grain, là où sans eau, l’engrais nécessaire reste au sol et ne peut pas monter dans la tige. Ainsi, la géographe estime que trois-quarts de l’orge et la moitié du blé seraient concernés par les pertes de rendement liées à la sécheresse.
La géographe précise que cette sécheresse touche les bassins de production céréaliers en France mais aussi en Pologne et en Allemagne : « C’est donc un problème qui touche toute l’Europe. »
Ces extrêmes sécheresses vont augmenter dans les prochaines années
Le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) indique que le risque d’extrême sécheresse va augmenter dans les prochaines années. Il compte parmi les quatre risques majeurs pour l’Europe, avec les vagues de chaleur, la remontée du niveau marin et les épisodes de pluie intense.
Les préconisations du GIEC sont alarmantes : plus le réchauffement global sera important, plus la fréquence des événements de ce type augmentera. Magali Reghezza-Zitt explique : « Chaque dixième de degré compte : sur une vague de chaleur ou des épisodes caniculaires – différents des sécheresses –, on sait qu’une canicule comme celle de 2019 a aujourd’hui une chance sur cinquante de se produire ; à +1.5C° degré, c’est une chance sur dix et à +2 C°, c’est une chance sur 4. »
« Dans dix ans, on aura des hivers de plus en plus courts, des printemps de plus en plus précoces et des étés de plus en plus longs. »
La chercheuse estime que ces épisodes de sécheresse de plus en plus récurrents auront quatre types de conséquences.
Une première sur l’agriculture, qui a déjà souffert en janvier avec les gelées tardives sur les bourgeons précoces : « Dans dix ans, on aura des hivers de plus en plus courts, des printemps de plus en plus précoces et des étés de plus en plus longs. » Les prix agricoles vont donc augmenter, avec des répercussions sur le pouvoir d’achat.
Mais aussi un impact majeur sur les forêts, qui sont « un puits de carbone naturel pour la France ». Elle explique : « Les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre que la France s’est fixée ne pourront pas être atteints si les forêts vont mal. » Elle évoque une troisième conséquence sur les sols argileux et donc sur les bâtiments privés et publics (écoles, hôpitaux publics, patrimoine historique…) « ce qui implique des travaux et donc de prévoir un accompagnement des assurances ou des indemnités pour couvrir ces frais ».
Et enfin, la sécheresse impactera évidemment l’approvisionnement en eau et donc tous les secteurs, au-delà de l’agriculture : industrie, énergie, tourisme, activités quotidiennes, transfert d’eau (pour lesquels on n’a pas les infrastructures à l’échelle nationale).
« Dans les années qui viennent, les Français vont connaître une probable baisse de leur pouvoir d’achat. »
La géographe explique que le réchauffement climatique – combiné à la guerre en Ukraine -, impacte les cultures agricoles, les rendements des agriculteurs et réduit la production. Tout cela a donc des conséquences directes sur le pouvoir d’achat des Français : « On n’est plus dans une guéguerre entre scientifiques : on se rend compte que le réchauffement climatique a un impact sur le pouvoir d’achat. Dans les années qui viennent, les Français vont avoir une probable baisse du pouvoir d’achat. »
Tous les secteurs sont concernés par la sécheresse : « On a besoin de planification écologique »
Pour Magali Reghezza-Zitt, l’adaptation au réchauffement climatique n’est pas seulement un problème écologique : « Les ministères de la santé, de l’éducation, de l’agriculture, des transports, de l’industrie, de l’énergie, et évidemment Bercy : tous sont concernés. » Elle prend pour exemple la canicule de l’été 2019 : « Si un été sur quatre, il y a une canicule comme celle de 2019, cela signifie qu’on ne peut pas faire passer des examens, par exemple, car on ne peut pas tout faire climatiser. » Elle conclut : « Il faut vraiment adapter et repenser toute notre vie collective : il y a des conséquences majeures sur la santé publique, la sécurité sociale, l’emploi. Quand on observe ce qui s’est passé l’été dernier au Canada, on se rend compte que ces événements impliquent un ensemble de dysfonctionnements : restaurants fermés, chantiers en arrêt, impact sur le tourisme… »
Repenser notre vie collective, c’est aussi réfléchir au rôle et à la formation des forces de sécurité civile face à ces périodes de sécheresse récurrentes : « Cette sécheresse, qui peut se combiner aux vagues de chaleur, fait que le risque d’incendies augmente, y compris dans le nord de la France. On peut tout à fait imaginer des feux comme en Californie (en 2018). Il y aura donc des répercussions sur les forces de sécurité civile, sur le rôle et la formation des militaires. » La chercheuse fait état d’un passage de 7 jours de canicule par an à 23 jours en 2030 « C’est demain ! On a besoin de plans d’adaptation beaucoup plus robustes, c’est pour ça qu’on a besoin de planification écologique. »
Emmanuel Macron a annoncé vouloir faire de son futur mandat un « quinquennat écologique » ; pour preuve, le chef du prochain gouvernement sera ainsi chargé de « la planification écologique ». Si certains voient là un effet d’annonce, sans nul doute la question cruciale de l’eau devra-t-elle être une priorité de son agenda. C’est là une attente forte des agriculteurs comme des associations et, d’une manière générale, un sujet de plus en plus crucial pour les citoyens.
Publié le : 09/05/2022 à 18:49 - Mis à jour le : 09/05/2022 à 18:49
Crédits photo principale : PATRICK GELY/SIPA
-
Mise au point sur l'eau
- Par Thierry LEDRU
- Le 28/02/2023
https://www.iledefrance-gif.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/peut-desormais-relier-la-secheresse-de-2022-aux-activites-humaines
On peut désormais relier la sécheresse de 2022 aux activités humaines
17 février 2023
RÉSULTAT SCIENTIFIQUE TERRE ET ENVIRONNEMENT
Le rôle du changement climatique d’origine anthropique dans l'aggravation des épisodes de sécheresse a souvent été évoqué dans le débat public, mais ce lien n’avait pas été étudié jusqu'à présent. Une nouvelle étude, impliquant des scientifiques du CNRS (voir encadré), a mis en évidence que le changement climatique lié aux activités humaines contribue à la survenue d’épisodes de sécheresse prolongés comme celui qui a affecté l'Europe de l'Ouest et la région méditerranéenne en 2022.
Cette étude aborde la question de l’impact du changement climatique anthropique sur la survenue d’épisodes de sécheresse en appliquant la méthode des analogues de circulation, où on recherche dans les archives météorologiques pour la période 1836-2021 des conditions atmosphériques passées similaires. En comparant les sécheresses des périodes antérieures au réchauffement climatique (1836-1915) avec les plus récentes (1942-2021), et en excluant la variabilité interannuelle et interdécennale en tant que facteurs possibles, l’équipe de recherche a pu identifier la contribution du changement climatique anthropique.
La sécheresse de 2022 a été associée à une anomalie anticyclonique persistante sur l'Europe de l'Ouest. Les analogues de circulation de la période 1942-2021 présentent d’une manière générale des anomalies anticycloniques plus étendues et plus intenses qui causent des températures plus élevées à la surface, par rapport à celles de 1836-1915. Or ces caractéristiques exacerbent la sécheresse en augmentant la zone affectée et en intensifiant le dessèchement des sols par l'évapotranspiration.
Les résultats de cette étude soulignent l'importance de poursuivre les efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et atténuer les effets du changement climatique.
Laboratoire CNRS impliqué
Laboratoire des Sciences du Climat et de l'Environnement (LSCE) / OVSQ / IPSL
Tutelles : CNRS / CEA / UVSQ
Pour en savoir plus
Davide Faranda, Salvatore Pascale, Burak Bulut. Persistent anticyclonic conditions and climate change exacerbated the exceptional 2022 European-Mediterranean drought. Environmental Research Letters, 2023.
Référence image : article sur le site du LSCE.
Lire l'actualité sur le site internet de l'Institut national des sciences de l'Univers du CNRS (INSU)

"Qui aurait pu prédire la crise climatique ?" : la petite phrase d'Emmanuel Macron agace les scientifiques
Lors de ses vœux aux Français samedi soir, le chef de l'Etat a laissé entendre que le réchauffement climatique, dont les "effets spectaculaires" ont été bien visibles en France en 2022, était un événement inattendu. Le premier rapport du Giec sur le sujet date pourtant de 1990.
Article rédigé par

France Télévisions
Publié le 02/01/2023 12:24Mis à jour le 02/01/2023 17:41
Temps de lecture : 3 min.

Le président de la République, Emmanuel Macron, le 31 décembre 2022 à l'Elysée. (JULIEN DE ROSA / AFP)
C'est une petite phrase qui ne passe pas. Lors de ses vœux aux Français pour l'année 2023, le président de la République, Emmanuel Macron, a laissé entendre que personne n'avait prévu le changement climatique, dont les "effets spectaculaires" ont été particulièrement visibles en France en 2022 (incendies, vague de chaleur, sécheresse, surmortalité...). Reprenant le fil des "inimaginables défis" qui ont marqué l'année écoulée, il a évoqué la guerre en Ukraine, puis lancé lors de son allocution : "Qui aurait pu prédire la vague d'inflation ainsi déclenchée ? Ou la crise climatique aux effets spectaculaires encore cet été dans notre pays ?"
Les scientifiques, qui alertent précisément sur ces risques depuis des décennies, n'ont pas apprécié. Au téléphone, Jean Jouzel ne masque pas sa déception. Cette figure de la climatologie française, qui a soutenu Anne Hidalgo lors de la présidentielle 2022, se souvient très bien d'une réunion à l'Elysée en septembre 2013 pour présenter les conclusions du cinquième rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec). Dans la salle, François Hollande, président, et son secrétaire général adjoint, un certain Emmanuel Macron. "Cela fait dix ans quand même, je ne comprends pas qu'il ait pu dire ça", regrette-t-il.
"J'aurais pu parier que, pendant son mandat, il y aurait au moins une année d'événements extrêmes. La surprise, ce serait qu'une année comme 2022 n'existe pas."
Jean Jouzel, climatologue
à franceinfo
Gonéri Le Cozannet, géologue et co-auteur du dernier rapport du Giec, a, lui, "ri jaune" en découvrant les propos du chef de l'Etat dimanche sur les réseaux sociaux.
"Un des arguments de l'inaction"
"Au début, j'ai cru que c'était sorti de son contexte. J'ai regardé et j'ai trouvé ça assez stupéfiant. Il y a déjà eu six rapports du Giec, 27 COP, des alertes dans les années 1970 et 1980... On ne peut pas dire qu'on ne l'avait pas prévu", commente-t-il. Le géologue voit dans cette sortie présidentielle une maladresse de communication – le discours a été relu et enregistré – révélatrice : "Que personne n'ait relevé cette phrase, cela montre que les enjeux ne sont pas compris".
Un avis partagé par Magali Reghezza-Zitt, géographe et membre du Haut Conseil pour le climat (HCC), créé en 2018 par Emmanuel Macron. "C'est un discours qui rate le sens de l'histoire. Il aurait pu être tenu dans les années 1980, pas en 2022", observe-t-elle.
Elle voit dans le président de la République un "symbole de cette classe dirigeante, économique et politique, tous bords confondus, qui n'a pas pris la mesure du problème". La géographe identifie également un "discours de capitulation" face au réchauffement climatique. "Il reprend un des arguments de l'inaction [le "on ne savait pas"], comme s'il anticipait que c'était perdu et qu'il commençait à se dédouaner avant même d'avoir essayé" de régler le problème.
Dire en 2022 qu'on ne savait pas, c'est simplement une 'fake news'.
Magali Reghezza-Zitt, membre du Haut Conseil pour le climat
à franceinfo
En 2022, la France n'a quasiment pas réduit ses émissions de gaz à effet de serre, moteur du réchauffement climatique.
Un premier rapport dès 1990
D'autres scientifiques ont réagi sur Twitter. Valérie Masson-Delmotte, climatologue et coprésidente du groupe de travail 1 du Giec, a cité la phrase présidentielle, en l'accompagnant d'un message de mai 2022 où elle listait les principaux risques de ce réchauffement en Europe. Ces dernières années, elle est venue plusieurs fois à l'Elysée (voir ici et là) pour expliquer le problème.
Christophe Cassou, climatologue et auteur du dernier rapport du Giec publié en 2022, propose pour sa part d'en envoyer un exemplaire au président de la République.
Le premier rapport du Giec, l'institution de référence sur le sujet, date de 1990. Si les connaissances ont progressé depuis, on pouvait déjà y lire (PDF, en anglais) que la consommation d'énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz) et la déforestation par l'homme augmentait l'effet de serre et réchauffait notre planète. Les scientifiques y parlaient déjà (PDF, en anglais) de sécheresse, de vague de chaleur et de feux de forêts.
Chaque rapport publié depuis est venu confirmer ces connaissances. "Ce qui se produit aujourd'hui, c'est ce que nous avions anticipé", confirme Jean Jouzel, qui a participé aux premiers rapports. Contacté par franceinfo, l'Elysée n'avait pas encore réagi au moment de la publication de cet article.
:

-
"Le mythe de la suprématie humaine"
- Par Thierry LEDRU
- Le 25/02/2023
Accueil/Livres/Le Mythe de la suprématie humaine (Derrick Jensen)
Le Mythe de la suprématie humaine (Derrick Jensen)
€ 20,00
Je le précommande (livraison début mars 2023)
Dans ce livre iconoclaste, le philosophe écologiste Derrick Jensen s’en prend à la croyance quasi universelle en une hiérarchie naturelle au sommet de laquelle trôneraient les êtres humains. Selon lui, cette croyance, qu’il nomme « suprémacisme humain », se trouve au fondement du ravage contemporain de la vie sur Terre, entamé il y a plusieurs millénaires avec l’essor des premières civilisations.
Ajouter au panier
Dans ce livre iconoclaste, le philosophe écologiste Derrick Jensen s’en prend à la croyance quasi universelle en une hiérarchie naturelle au sommet de laquelle trôneraient les êtres humains. Selon lui, cette croyance, qu’il nomme « suprémacisme humain », se trouve au fondement du ravage contemporain de la vie sur Terre, entamé il y a plusieurs millénaires avec l’essor des premières civilisations.
Afin de mettre en lumière l’inanité du suprémacisme humain, Jensen explore les étonnantes et complexes réalités de la vie non humaine que nous avons nonchalamment tendance à ignorer, des cultures au sein des communautés de porcs et de chiens de prairie à l’utilisation créative d’outils par les éléphants et les poissons, en passant par la perspicacité des chenilles et des champignons. Il souligne également l’incapacité de l’establishment scientifique et des institutions dominantes en général (médias, gouvernements, etc.) à examiner sérieusement les questions morales et éthiques liées à la place de l’humanité au sein du vivant, et soutient qu’un changement radical de vision du monde est nécessaire (mais non suffisant) pour libérer la Terre de l’empire d’une culture mortifère.
https://www.cairn.info/revue-pour-2016-3-page-81.htm

Contre la suprématie des hommes
Comment l’antispécisme récuse-t-il la domestication animale
Dans Pour 2016/3 (N° 231), pages 81 à 88
format_quote Citer ou exporter Ajouter à une liste Suivre cette revue
1Le spécisme se définit comme étant ce que le racisme et le sexisme sont respectivement à la race et au sexe, c’est-à-dire la non-prise en compte des intérêts de certains aux bénéfices d’autres. Le terme s’est récemment institutionnalisé dans l’Hexagone (accompagné d’autres occurrences nouvelles comme véganisme et végan) en faisant son entrée dans les dictionnaires, mais lorsqu’il est précisé par les auteurs animalistes, le spécisme se conçoit comme une discrimination qui « prétexte des différences, réelles ou imaginaires mais sans rapport avec ce qu’elles sont censées justifier », à savoir la domination (physique et morale) des hommes sur les animaux. En ce sens l’antispécisme soutient que « pour la même raison que l’on refuse le racisme et le sexisme, ou les autres discriminations arbitraires entre humains, il faut refuser le spécisme qui est la discrimination fondée sur l’appartenance des individus à d’autres espèces que l’humanité » [1][1]Voir le site francophone dédié à la critique antispéciste :…. Le spécisme serait donc une idéologie du mépris que rien ne justifie et qui, en réalité, ne serait qu’une émanation de la loi du plus fort. Si l’antispécisme connaît aujourd’hui une importante vitalité et participe désormais – sans toujours dire son nom – aux discussions politiques classiques, il devient nécessaire d’en saisir la critique et d’en comprendre les enjeux.
L’antispécisme : une critique politique de la « suprématie des hommes »
2Bien que le néologisme soit initié par le cercle d’Oxford en 1970 avec les mots du philosophe Richard D. Ryder, il était déjà en germe aux prémices du mouvement pour la libération animale dont les racines sont plus anciennes. Le rejet de spécisme se trouve déjà en creux dans l’écologie profonde ou deep ecology des Transcendantalistes de la seconde moitié du XIXe ou encore chez Henry Salt dès 1914 lorsqu’il pose cette question : « toutes les vies valent-elles d’êtres vécues ? » [2][2]Pour la pensée animaliste d’Henry Salt, voir Regan T., Singer…, soulignant ainsi l’intolérable condition animale à l’ère industrielle. Ce n’est qu’à partir des penseurs animalistes de la seconde moitié du XXe que le discours antispéciste se précise et en même temps se clive entre diverses postures parfois antagonistes.
Principes et contradictions
3La question antispéciste ne fait pas consensus et en son sein il est nécessaire de distinguer deux types au moins de positions : celle dite « réformiste » et celle dite « radicale ». La première vise à l’amélioration des conditions de vie des animaux dans le cadre de la Déclaration Universelle des Droits de l’animal (1978) alors que la seconde conteste radicalement la possession et les traitements des animaux dans les sociétés humaines. Ces deux directions sont également appelées, welfarisme et abolitionnisme. Lorsque l’abolitionnisme s’oppose au fait d’exploiter les animaux de manière générale et absolue, le welfarisme lui, s’oppose à la manière dont les animaux sont exploités tout en acceptant dans une certaine mesure qu’ils le soient [3][3]Voir Jeangène-Vilmer J.-B., 2011, L’éthique animale, Paris,….
4Le welfarisme est le plus souvent une posture utilitariste telle que prônée par l’auteur d’« Animal liberation » Peter Singer. Pour lui, l’égalité animale se fonde sur « l’égalité de considération des intérêts » et non sur l’égalité des droits. Ainsi il considère qu’il existe des différences intrinsèques entre hommes, entre animaux et entre animaux humains et non-humains. Lorsque nous prenons en compte l’égale considération des intérêts, alors « les animaux non-humains, les nourrissons humains et les débiles mentaux humains sont dans la même catégorie » [4][4]Peter Singer, L’égalité animale expliquée aux humain-es, trad.…. Dans cette perspective, ôter la vie à un être dont la capacité mentale est inférieure au niveau nécessaire à la conception d’un avenir et de projets n’engendre pas les mêmes conséquences morales que la mise à mort d’un être qui en aurait les capacités. L’égale considération des intérêts proposée par Singer se déploie ainsi comme un système assumé d’analogies et de raisonnements par l’absurde qui doivent selon les cas conduire notre agir et c’est en cela qu’il se démarque profondément de l’abolitionnisme.
5La posture abolitionniste représentée notamment par Tom Regan et Gary Francione, se donne pour objectif de lutter pour l’abolition de toutes les activités dans lesquelles il est fait usage de l’animal. La distinction entre welfaristes et abolitionnistes est toutefois ambiguë et complexe puisqu’elle engendre plusieurs antagonismes. En effet, il existe des abolitionnistes anti-welfaristes et des abolitionnistes welfaristes, les premiers militant contre le fait d’améliorer les conditions de vie et d’exploitation des animaux tandis que les seconds au contraire considèrent que l’amélioration des conditions est un premier pas nécessaire afin qu’advienne plus tardivement l’abolition définitive de l’exploitation animale. Francione est le chef de file du courant abolitionniste anti-welfaristes, et lorsqu’il les nomme « néo-welfaristes », il marque à leur égard un désaccord profond et fondamental. Lui-même se présente comme un promoteur de la « politique du pire » ou encore de la « prise d’otage », c’est-à-dire qu’il s’agit de laisser les animaux existant à ce jour à leur « triste » sort afin qu’ensuite on ne puisse plus voir naître aucun animal dans les conditions d’une suprématie humaine.
Droits des animaux et Théorie des Droits des animaux
6Le développement croissant de la question animale s’est étoffé, au cours des dernières années, de nombreuses critiques internes qui visent la conceptualisation crédible de ce qui pourrait guider l’institutionnalisation de nouvelles manières d’être et d’agir avec les animaux. Les ouvrages sur le sujet se multiplient et ambitionnent de donner des pistes de réflexion qui sont aussi des pistes politiques pour la reconfiguration du statut des animaux, que ce soit dans la nature ou dans le cadre d’une société civile. L’ambiguïté et les contradictions de la critique antispéciste ont été fort bien discutées par les auteurs du récent ouvrage Zoopolis (2016), Will Kymlicka et Sue Donaldson, eux-mêmes penseurs de la Théorie des Droits des Animaux (TDA) qui tente de compléter et d’améliorer les préceptes des Droits des Animaux (DA). Ils ont su faire la démonstration des limites théoriques et pratiques des deux courants majeurs de l’antispécisme, l’utilitarisme hédoniste de Singer et l’abolitionnisme de Francione, ce dernier niant par principe – et cela constitue la critique la plus saillante – l’inextricabilité des relations hommes-animaux que ce soit dans le cadre d’une « suprématie humaine » ou non, rappelant à juste titre que depuis que les hommes se sont réunis en communautés, les animaux ont toujours entretenu des relations de proximité et de réciprocité avec eux.
7Pour leur part, les auteurs de Zoopolis proposent de nouvelles perspectives dans la considération des intérêts des animaux à vivre une vie sans violence tout en considérant le postulat selon lequel il n’y a pas de sociétés humaines sans animaux. Ainsi, ils suggèrent trois nouvelles catégories animales : sauvages (sujets de leur propre souveraineté territoriale), domestiques citoyens (dont nous avons, en tant que nous les avons façonnés et rendu dépendants, la responsabilité) et liminaires résidents (qui ne sont pas domestiqués mais qui vivent dans les sociétés humaines). Là aussi, les trois catégories posent un nombre non négligeable de contradictions et de limites à la fois théoriques et pragmatiques sans que les auteurs ne puissent encore y pallier mais la pertinence du propos réside toutefois dans l’idée selon laquelle les hommes et les animaux ne peuvent qu’entretenir des relations de réciprocité dans ce que d’aucuns ont pu nommer des « communautés hybrides » [5][5]Voir le colloque intitulé « domestication et communautés…. Bien que l’antispécisme ne se reconnaisse pas en tant que critique du capitalisme industriel et financier, préférant s’inscrire dans une critique plus profonde de la « suprématie des hommes » sur les animaux, il semble incontournable de comprendre comment la cadence de ce capitalisme ainsi que les effets qu’il engendre sur la condition animale (élevage intensif et cadence des abattages) constitue un moteur essentiel pour le jaillissement d’un ressentiment collectif à l’endroit de l’exploitation des animaux.
Domestication et sensibilité animaliste
8L’accélération ininterrompue du productivisme relatif à l’exploitation industrielle des animaux doit être comprise comme le contexte historique, économique et social à partir duquel les critiques de la condition animale se sont renouvelées. Ce contexte moderne de l’exploitation animale est dominé par l’idéologie du progrès faisant des sciences et des techniques le moyen d’une constante amélioration des environnements humains. La zootechnie correspond à cet ensemble technoscientifique visant le perfectionnement de la production dans le domaine de l’élevage. Elle s’est mise en place de manière connexe à l’industrialisation et à l’apparition des chaînes de montage, participant de facto à une dynamique générale au cœur des processus de production et accompagnant ainsi la rationalisation du monde occidental. La viande en particulier, produite à la chaîne, participe de ce que Max Weber nommait la démagification du monde, qui est aussi un élan vers la réification des êtres humains et non-humains. À partir de là, il est clair que la société moderne est devenue en quelque sorte « zoophagique », dans le sens d’une propension jamais atteinte dans la consommation carnée perçue et vécue comme indice de progrès, et le débit des abattages selon les modalités des chaînes de production n’a de sens qu’en relation avec l’intensification du rythme de la vie sociale métropolitaine [6][6]Pour ce qui concerne l’accélération du rythme de la vie sociale….
Domestication et exploitation
9On peut faire remonter les racines de la sensibilité animaliste jusqu’à la philosophie antique dont certains penseurs professaient déjà les vertus morales et physiques d’un végétarisme éthique. Plus près, les Transcendantalistes ont enrichi cette sensibilité des philosophies hindouistes et bouddhistes sans pour autant se défaire d’un certain attachement à la morale chrétienne notamment protestante. Aujourd’hui, l’animalisme que nous connaissons ne peut pas se comprendre sans la prise en compte de la déliquescence du mythe moderne du progrès. Il y a, depuis les transcendantalistes R. W. Emerson et D. H. Thoreau, une dimension critique forte érigée à l’encontre du modèle technique et industriel d’exploitation des ressources, à l’encontre de l’adage cartésien aussi qui prétendait que l’homme pouvait se rendre « comme maître et possesseur de la nature ». Cette critique s’est cristallisée à partir de la fin de la Seconde Guerre Mondiale au moment où la société de consommation est devenue d’avantage consumériste. Le renouveau de la sensibilité animaliste doit se comprendre en opposition avec ce consumérisme de la chair animale caractéristique des cinquante dernières années.
10La critique politique et rationaliste antispéciste devient hypercritique lorsque le véganisme s’instaure comme le seul mode de vie exempt de toute souffrance animale, lorsqu’elle déborde les cadres du strictement rationnel et que, dès lors, elle propose une relecture de l’histoire des hommes en société produisant amalgames et confusions, en particulier à l’endroit de la domestication, de l’élevage et de l’exploitation. C’est que cette critique, devenue hypercritique (nourrie par moult références politiques, historiques, scientifiques, parascientifiques, religieuses, etc.), repose sur une vision binaire du monde (bien/mal, faste/néfaste, sauvage/civilisé [7][7]Celka M., 2009, « L’homme de la condition postmoderne dans son…), sur une vision eschatologique aussi considérant que nous vivons depuis l’origine des sociétés dans le péché de l’entre dévoration des espèces, l’une des conséquences terribles de la Chute et de l’éviction de l’Éden primordial [8][8]Celka M., 2012, « Veganisme et idéologie du pathos », in Les…. C’est donc à partir d’une ambition sotériologique que l’animalisme reconfigure les questions relatives à la souillure (Mary Douglas) faisant de la viande le symbole du péché. La relecture de l’histoire par la sensibilité animaliste en vient à rejeter la notion même de domestication animale perçue comme le terreau de notre domination et comme l’erreur première, primordiale, à partir de laquelle se sont multipliés les actes néfastes à l’égard des animaux. L’exploitation industrielle de la condition animale (entendons ici élevages concentrationnaires et abattages à la chaîne) a été une manière rationaliste, et un temps perçue comme progressiste, de faire de l’élevage (élevage intensif, de même que les cultures intensives) mais dès que les croyances en ce mythe du progrès se sont essoufflées, la pensée radicale animaliste, pourrait-on dire, « a jeté le bébé avec l’eau du bain » en récusant l’ensemble historique de nos réciprocités domestiques avec les animaux, sans plus jamais admettre que « l’élevage et les animaux d’élevage participent de la construction de nos sociétés » [9][9]Porcher J., 2004, Bien-être animal et travail en élevage,… et qu’il y a nécessairement participation de l’animal dans le processus de domestication.
Meat Is Murder [10][10]Deuxième titre de l’album éponyme des Smiths dont les paroles…, le tabou de la viande
11Il serait erroné de discuter du développement de la domestication et de l’élevage vers une exploitation industrielle des ressources, en particulier pour ce qui concerne la viande, sans soulever le processus plus général dans lequel il s’inscrit. Ce processus a été largement discuté par Norbert Elias [11][11]Elias N., 2011 (1939), La dynamique de l’Occident, Paris,…, il s’agit de la constante aseptisation des mœurs et donc aussi (et surtout) de notre rapport à la chair. Lorsqu’il montre cette subtile instauration de la pudeur dans les relations sociales, la manière dont celle-là pénètre les sphères publiques et intimes de l’homme occidental, il nous indique le déploiement d’une sensibilité qui s’exacerbe. Du point de vue de la commensalité (et cela est un indice fort pour les mœurs en général), la découpe de la viande qui était jusqu’alors opérée ostensiblement à table au milieu des convives, s’est, à ce moment historique, déplacée vers les coulisses. De la même manière, la mise en exil de l’abattage et de la découpe des carcasses coïncident avec ce changement de la sensibilité qui, selon Noélie Vialles, « ne veut plus voir la mise à mort ni reconnaître dans la viande quelque rapport avec l’animal mort » [12][12]Vialles N., 1987, Le sang et la chair : les abattoirs des pays…. La viande devient de moins en moins animale et se transforme en un objet exsangue.
12Il est crucial de comprendre ce processus pour ensuite saisir la manière dont les images dévoilées par les associations de type L214 heurtent la sensibilité collective. Elles font force de persuasion et de dissuasion par l’obscénité dont elles font preuve. Une obscénité qui trahit ce processus de civilisation dont les rouages visaient à mettre un voile sur les aspérités les plus grotesques, tragiques et bestiales de notre condition humaine. En révélant la brutalité qui se cache derrière les portes des abattoirs pourtant aseptisés, ces images-choc témoignent de l’animalité de cette viande que nous avions soigneusement faite chose et dont l’origine animale devient dès lors comme un tabou. C’est en effet le grand tabou de la chair et du sang qui est comme jeté aux visages de ceux qui regardent ces images. Elles confrontent notre sensibilité à la cruauté de la mort que le processus industriel avait repoussé aux marges de la société. Obscénité aussi de cette mort industrielle des animaux – dont le récit du progrès se tarit toujours davantage – qui ne fait plus sens et exige d’en renégocier l’utilité, la moralité et les modalités d’exercice.
Conclusions
13Suivant l’irréductible processus de civilisation – en tant qu’il est la dynamique de l’Occident [13][13]Elias N., op. cit. – les critiques antispécistes rejettent toujours plus loin cette animalité qui nous tient. Lorsqu’il est question de considérer l’abattage des animaux comme un meurtre, c’est là une manière de perfectionner l’humanité en se dégageant du tragique charnel de la condition de mortel, destin commun qui unit les hommes et les animaux. Dans le cadre d’une renégociation sociétale de nos manières d’être et d’agir avec les animaux, plusieurs directions se mettent en place. Les propositions antispécistes, notamment dans ce qu’elles ont d’abolitionniste, considèrent dans leur grande majorité qu’il serait préférable de ne plus entretenir de relations réciproques avec les animaux (au nom de l’émancipation de tous les sujets « sentients ») afin de se doter d’un mode de vie certifié « sans cruauté » (c’est le sens du veganisme) permettant tout à la fois aux animaux de vivre libérés de notre domination et de nous délivrer nous-mêmes en retour de nos « instincts » les plus bas. En ce sens, le discours antispéciste (au-delà des contradictions et des antagonismes internes), reprend à son compte, et selon ses propres modalités, les contours du mythe de l’« exception humaine » dans la mesure où seuls les animaux-humains seraient capables de faire justice à tous les animaux humains et non-humains en proposant des modalités de l’expérience plus justes que la nature ne le permet puisqu’elle autorise qu’un animal en mange un autre.
14Cependant, en rejetant la domestication dans les arcanes d’une prétendue domination destructrice, en considérant qu’elle est le péché que les hommes ont commis et qu’elle n’est que le fait de la soif de violence des hommes à l’égard des autres, les discours antispécistes négligent la réciprocité intrinsèque qui en est, en réalité, la condition sine qua non. De plus, domestiquer l’environnement, les plantes, les animaux, a constitué pour les hommes les cadres de leur propre domestication. Cela est une seule et même chose et nous pouvons nous poser la question de savoir ce qu’il adviendrait d’une société qui refuse le principe même de domestication, que deviendrait une société qui, au nom l’émancipation de la cruauté humaine et animale, se détournerait des interactions réciproques entre les hommes et les animaux. Il devient évident qu’aujourd’hui les limites du tolérable et de la justice se redessinent selon les exigences d’une sensibilité contemporaine et selon les moteurs aussi de pensées radicales ; toutefois, il nous faut être attentifs aux conséquences d’une bonne volonté qui pourrait bien, in fine, se retourner contre une humanité retranchée de toute animalité.
Notes
-
Vol de nuit
- Par Thierry LEDRU
- Le 23/02/2023
J'ai écrit ce texte en 2013.
Il s'est passé beaucoup de choses depuis.
Des événements qui contribuent à nourrir cette interrogation : Qui étais-je ?
La nuit dernière, j'ai rêvé que je volais. J'étais au-dessus des montagnes, je sentais l'air sur moi, je possédais une vision d'une puissance incroyable, j'ai vu des fleurs alors que je planais à des centaines de mètres du sol, j'ai passé des cols enneigés et je voyais des hardes de chamois. Il n'y avait aucune émotion sinon une parfaite tranquillité.
Puis j'ai passé une ligne de crêtes entre deux sommets et j'ai plongé vers une vallée verdoyante, une rivière coulait en son milieu, des forêts immenses, des prairies, des champs de fleurs et puis j'ai vu une femme qui marchait dans l'herbe et je suis descendu vers elle. Je me suis posé devant elle. Et à cet instant, je suis redevenu un homme. Elle est venue vers moi, je n'ai pas vu son visage ou je ne m'en souviens pas.
Elle m'a dit :"Il n'y a plus personne."
Et je me suis réveillé.
Je ne compte plus les rêves dans lesquels je vole. Comment est-il possible de ressentir une situation aussi improbable avec une telle acuité. Je sens le mouvement de mes ailes et leurs effets sur le vol, je contrôle parfaitement mes trajectoires et je dispose d'une vue aussi large que précise, une capacité à englober la totalité des horizons tout autant que les éléments les plus infimes.
On a passé l'été à courir les montagnes dans tous les sens en vivant dans notre petit fourgon. Toujours cachés dans les forêts, sur les pistes, dans les chemins. Jamais de camping, jamais à côté de quelqu'un d'autre, une recherche constante de solitude. Au bord d'un torrent où on se baigne, au bord d'un lac ou au fond des bois. Levés à sept heures, parfois plus tôt, six, sept parfois dix heures de marche, 2000 mètres de délivelée, des sommets isolés, une solitude parfois stupéfiante, une journée entière sans rencontrer une seule personne mais des bouquetins, des chamois, des marmottes, des aigles, des vautours et le silence de l'altitude ou le vent, cette lumière si particulière, cette lente dispersion des pensées anarchiques, un cheminement intérieur qui ramène à l'essentiel, l'effacement des manques, l'élaboration scrupuleuse des besoins essentiels, de l'eau, un peu de nourriture et beaucoup d'attention...
Peut-être est-ce l'explication de ce rêve qui est revenu. Comme un retour aux sources, à une vie ancienne et les valeurs qui me concernent le plus profondément.
Je sais qu'il s'agissait de moi et pourtant je voyais le personnage, très précisément. Un vieil homme, un teint basané, comme un Indien, debout, nu. Dans une grotte taillée, comme une kiva indienne. Une lumière violette autour de lui-moi. Une aura très douce. Devant lui-moi se tenait allongé, en apesanteur, une femme nue, elle aussi. Totalement détendue, les bras le long du corps. Je la massais puis je l'ai pénétrée, doucement, longuement et je savais qu'il n'y avait rien de sexuel dans cet acte mais une volonté de guérison...
J'étais un chaman.
Le corps de la femme s'est auréloée d'une lumière violette, similaire à celle qui émanait de moi. Mon sexe agissait comme un diffuseur d'énergie et cette énergie se diffusait dans le corps de la femme. Il n'y avait aucune parole, aucun bruit, aucune interférence, la grotte embaumait l'espace d'une paix ineffable puis mes mains se sont posées sur son ventre et l'ont massé dans un mouvement circulaire. Son ventre était dur, comme marqué par d'anciens traumatismes, strié de cicatrices fossilisées. Lentement, ces marques se sont effacées, comme absorbées par les tissus. La lumière violette continuait à grandir autour de lui-moi puis elle a illuminé l'intérieur du ventre de la femme.
Je n'éprouvais aucune émotion, aucun plaisir, aucune intention, aucune volonté. Rien. je faisais juste ce que je devais faire.
Je n'ai distingué à la fin que cette lumière.
Je me suis réveillé.
Qui étais-je ?
J'ai eu ce sentiment étrange, sur un des nombreux chemins de montagne où nous avons marché que j'étais déjà venu là. Une certitude, une évidence. Comme si je reposais mes pas dans des empreintes mémorisées dans la pierre.
Il y a quelques années, après avoir regardé un documentaire sur l'hypnose, j'ai proposé à mon plus jeune garçon de tenter l'expérience...
Il m'a fallu cinq minutes pour qu'il soit totalement dans un état "second". Ma femme était là. Nous nous sommes regardés, interloqués.
J'ai "réveillé" mon garçon et nous n'avons jamais recommencé.
Je ne compte plus les occasions pendant lesquelles, j'observe parfois dans le regard de certains interlocuteurs une étrange absence au bout de quelques instants, comme s'ils n'étaient plus vraiment là. Je n'ai jamais aimé cela.
Qu'est-ce que ce rêve essayait de me dire ?
J'ai rêvé, lorsque j'étais cloué au lit, avec mes hernies discales d'auras bleutées qui me parlaient, comme des paroles d'anges qui me susurraient d'avoir confiance...
"Tu n'es pas au fil des âges un amalgame de verbes d'actions conjugués à tous les temps humains mais juste le verbe être nourri par la Vie divine de l'instant présent".
Qu'on ne vienne pas me dire qu'il puisse s'agir de paroles communes à nos rêves habituels...
Je ne suis pourtant pas monté à huit mille mètres cet été...Je n'ai pas consommé de champignons hallucinogènes.
Je ne pense pas être fou...
Qui étais-je ?
