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La protéodie ou les effets de la musique sur les plantes.
- Par Thierry LEDRU
- Le 22/02/2023
Des études passionnantes.
Les effets de la musique sur les plantes
http://esev.e-monsite.com/pages/les-effets-de-la-musique-sur-les-plantes.html
Rites ou croyances, jusqu'à la fin du Moyen Age en Europe, les hommes utilisaient des rituels agraires accompagnés de musique et de chants pour aider la germination et la pousse des récoltes. Carl Linné, un botaniste suédois du XVIIIème siècle, énonce des hypothèses sur les rythmes auxquels semblent obéir les plantes. Aujourd’hui dans quelques tribus indiennes d’Amérique et d’Afrique, ces rituels sont encore utilisés. Les aborigènes d’Australie quant à eux, utilisent des chants pour faire pousser leurs plants de tomates. Bien que ces rituels soient souvent des actes religieux on peut se demander si ces chants ont vraiment un impact sur les plantes. Si certains scientifiques ne croient pas à cette théorie, des entreprises n’hésitent toutefois pas à la mettre en pratique. Ainsi, au Japon, la société Gomei-kaisha Takada a déposé un brevet en 1991 sur l’utilisation de certaines musiques pour améliorer la fermentation des levures employées pour la fabrication des sauces soja.
5.1 Quelques expériences
Pour commencer, nous avons recensé, ci-dessous quelques expériences réalisées à travers le monde par des scientifiques pour démontrer que la musique avait un effet sur les plantes.
Marcel Vogel (chercheur en chimie aux laboratoires de recherche d’IBM à San José, Californie) a entrepris des expériences musicales sur les plantes, et avec des morceaux tels que Nuits dans les jardins d’Espagne de De Falla, il a constaté des oscillations rythmées de leur part.
Mrs. Dorohy Rettallack au Collège Buell Temple à Denvers, dans le Colorado a avancé que l'écoute de Bach ou de Ravi Shankar influençait favorablement les cultures. Elle va même jusqu'à prétendre que cette influence varie en fonction du type de musique. Ainsi le rock aurait un effet négatif sur les plantes. Celles-ci ploieraient avant de se mettre à dépérir puis à mourir. En 1969, la chercheuse fit des expériences pour prouver cette hypothèse en testant plusieurs sortes de musiques sur plusieurs types de plantes (maïs, pétunias, courges, etc.). Dans son livre : The sound of music and plants, elle présente ses expériences et ses conclusions sur cette théorie.
Première expérience : Dans cette expérience la chercheuse mit dans trois chambres différentes des plantes et leur fit écouter la même tonalité mais avec des durées différentes. Dans la première pièce, elle la fit écouter 8 heures de cette tonalité, dans la deuxième pièce elle fit écouter pendant trois heures avec des pauses, dans la troisième pièce elle ne fit rien écouter. Les plantes de la première pièce sont mortes au bout de quatorze jours. Les plantes de la deuxième, ont poussé et sont plus saines que celles de la troisième pièce. Cette expérience a montré que le son avait un effet sur les plantes et que quand elles étaient mises en présence de musique avec des pauses elles poussaient mieux qu’avec une tonalité en continu ou sans tonalité.
Deuxième expérience : La chercheuse mit un premier groupe de plantes dans une pièce branchée à une radio locale de rock et dans une autre pièce un autre groupe branché à une radio de musique classique. Elle fit écouter à chaque groupe trois heures de musique.
Les plantes écoutant de la musique rock ont grandi au début mais sont devenus anormalement hautes, avec des feuilles plus petites que les autres plantes, elles consommaient plus d’eau et leurs tiges se dirigeaient à l’opposé du poste de radio. Certaines plantes sont même mortes. A l’inverse les plantes soumises à de la musique classique étaient plus saines et leurs tiges se dirigeaient vers le poste de radio. De plus, ces plantes présentaient des racines plus grosses et plus longues que celles de l’autre groupe.
Cette expérience semble démontrer que la musique a bien un effet sur les plantes et que cet effet peut être positif ou négatif en fonction du type de musique.
Troisième expérience : en rapport avec les anciens rituels agraires, Mrs Retallack fit une expérience avec un groupe de plantes, qui «écouta» de la musique indienne d’Amérique du nord, un deuxième groupe qui «écouta» la musique de Bach avec un orgue et un troisième groupe qui « n’écouta » aucune musique. Les plantes ont mieux poussées avec la musique indienne qu’avec la musique de Bach. Ces dernières ont mieux poussé que celles qui n’avaient pas de musique. Aucune des deux musiques n’a tué les plantes. Cette expérience peut montrer que les rituels agraires avaient bien un effet sur les plantations.
Expérience réalisée à Paris où l'air est très pollué, par Joël Sternheimer.
Des algues microscopiques ont été placées dans un petit bac avec de l'eau. Pendant dix jours, dix minutes par jour, on leur a passé́ une musique stimulant plusieurs protéines de photosynthèse, processus par lequel les algues fixent le CO2 de l'air, gardent le carbone pour se développer et rejettent de l'oxygène. En quelques jours, on pouvait observer la formation des bulles d'oxygène. Au final, on a pu mesurer un dégagement d'oxygène seize fois supérieur chez les algues qui avaient reçu de la musique par rapport aux algues témoins.
Cela ouvre des perspectives pour lutter contre la pollution de l'air en stimulant la photosynthèse des plantes qui poussent dans les villes.
5.2 Explications théoriques
En 1992, Joël Sternheimer, professeur à l’université européenne de la recherche, s’est intéressé aux effets de la musique sur les plantes, dépose le brevet du « Procédé de régulation épigénétique de la synthèse protéique » qui permettrait d’expliquer, entre autre, l’influence de la musique, ici appelé protéodie, sur des organismes vivants.
Il affirme : « une mélodie spécifique peut stimuler ouf inhiber la synthèse d’une protéine au sein d’un organisme », et que « chaque protéine peut être caractérisée par sa musique, qui est une vision de la protéine à une autre échelle ».
Joël Sternheimer est soutenu en cela par Jean Marie Pelt, le célèbre scientifique qui pense que Joël Sternheimer nous donne peut-être la clef, ou l’une des clefs des effets de la musique sur les plantes. Il déclare : « lorsque les plantes « écoutent » la mélodie appropriée, les ondes acoustiques sont transformées « microphoniquement » en ondes électromagnétiques elles-mêmes sources « d’ondes échelle » et elles se mettent à produire la protéine spécifique à cette mélodie ».
En 1996, Joël Sternheimer, a fait au Sénégal des expériences sur des plants de tomates. Il a étudié l’effet de la musique sur la protéine TAS 14 (protéine de résistance de la tomate à la sécheresse). Cette protéine aide les plants à résister à la sécheresse. Pour cela Sternheimer a passé trois minutes par jours de la musique aux plants de tomates pour stimuler la TAS 14. Il a de plus, placé des plants « témoins » élevés dans des conditions normales.
Les résultats obtenus sont remarquables. Les plants soumis à l’écoute de la musique eurent une croissance nettement supérieure. Les pieds de tomates faisaient en moyenne 1.70 mètres, les tomates étaient plus grosses et parfois même éclatées à cause d’un excès d’eau alors que ces plantes avaient en réalité consommé moins d’eau par rapport aux autres plants, cultivés avec un arrosage selon l’habitude de la région.

Plants de tomates n'ayant pas reçu la protéodie

Plants de tomates ayant reçu la protéodie
5.2.1 La protéodie
Comment une musique, appelée ici protéodie, peut-elle influencer la croissance des plantes et donc intervenir sur l’auxine (hormone de croissance indispensable au développement des plantes) ?
Tout d’abord, la protéodie intervient sur la synthèse des protéines mais ne les crée pas. De même elle ne crée pas d’auxine. Effectivement, la protéodie est une musique et une musique reste une onde sonore. Une onde sonore ne crée pas d’élément biologique, il faut donc se pencher sur la synthèse des protéines.
Lors de la synthèse d’une protéine, lorsque les acides aminés s’accrochent au ribosome, leur perte de liberté et leur stabilisation provoquent au niveau de la fixation, un comportement non plus « particulaire » mais ondulatoire. C’est là que les recherches de Joël Sternheimer interviennent. Il traduit ce comportement ondulatoire en une « onde d’échelle », c'est-à-dire qu'elle relie entre elles des échelles différentes - ici l'échelle de chaque acide aminé à l'échelle de la protéine en formation. Cette onde d’échelle a été ensuite transposée par M. Sternheimer dans des fréquences audibles par l’homme en les convertissant en notes de musique. Effectivement, chaque acide aminé, lorsqu’il s’accroche au ribosome, émet un comportement ondulatoire différent, donc une onde d’échelle différente, et donc une fréquence audible différente. Les recherches de Joël Sternheimer l’ont donc amené à créer un code universel de notes, chacune correspondant à l’un des 20 acides aminés.

En fonction de la complexité de la composition des protéines, qui peuvent regrouper aussi bien une dizaine d'acides aminés que des centaines, on obtient une véritable mélodie, une partition variant donc d'une dizaine à plusieurs centaines de notes.
Sternheimer a constaté que lorsqu’on joue l’enchaînement dans le domaine audible des fréquences des acides aminés d’une protéine, on observe une augmentation de la synthèse de cette protéine. La séquence des sons spécifiques à la synthèse ou à l’inhibition d’une protéine est appelée Protéodie. Pour inhiber une protéine, c'est-à-dire freiner sa fabrication, il suffit d'avoir la mélodie "symétriquement opposée". Très schématiquement, si la mélodie qui stimule est dans les "graves ", celle qui inhibera sera dans les "aiguës ". Chaque acide aminé possédant son équivalent en note stimulante et en note inhibitrice, on disposera de deux décodages, deux mélodies pour chaque protéine.
5.2.2 Tempo, volume sonore et temps d'exposition
D’autres expériences ont pu démontrer que le temps d’exposition, le volume sonore et le tempo avaient également une importance sur le développement des plantes.
5.2.2.1 Temps d'exposition
Le temps d’exposition quotidienne de la plante à la protéodie à une grande importance sur son efficacité. En effet, une trop longue exposition entraîne une forte concentration de la protéine synthétisée et aura l’effet inverse à celui attendu. La protéine sera alors inhiber pour retrouver une concentration normale.
Le temps d’exposition idéal semble être de 5 minutes par jour.
5.2.2.2 Volume sonore
Le volume sonore a également une influence sur l’efficacité d’une protéodie. Plus le volume sonore est fort, plus la protéodie est efficace.
5.2.2.3 Tempo
Le tempo idéal est de 120 noires par minute. En effet, il s’agit d’un tempo « moyen ». Un tempo trop lent ou trop rapide semble néfaste à la croissance de la plante.
5.2.3 Pour aller plus loin: la génodique
La Génodique est la science développée à partir de l'étude des Protéodies. Actuellement, environ 1200 protéodies ont été décodées en 20 ans par Joël Sternheimer, correspondant à la stimulation ou l’inhibition de protéines. Au vu de la connaissance que l’on a aujourd’hui, le génome humain contient quelques 25 000 gènes, soit plus encore de protéines, sans compter les virus, les bactéries, l’ensemble des règnes animal et végétal, avec lesquels un dialogue peut s’établir. Le travail se poursuit donc vers le développement de nouveaux décodages, ainsi que la documentation des effets des protéodies (effets bénéfiques, ressentis, statistiques et fréquences d’affinités sur la population, …).
5.3 Perspectives des effets de la musique sur les plantes
Ces recherches et ces expériences offrent des alternatives douces à l'utilisation de traitements chimiques sur cultures et aux plantes transgéniques, technologies onéreuses pour les pays du tiers monde et potentiellement nocives.
L’utilisation de la musique ouvre des perspectives pour lutter contre la pollution de l'air en stimulant la photosynthèse des plantes qui poussent dans les villes.
D'autres expériences doivent encore être réalisées sur une plus grande échelle en diffusant la TAS 14, mais aussi d'autres musiques moléculaires pouvant notamment influer sur le goût des aliments ou sur leur conservation.
Même si de nombreux scientifiques sont encore sceptiques quant aux effets de la musique sur les plantes, les recherches, en particulier celles de Joël Sternheimer semblent offrir des voies de réponse à beaucoup de maux de notre époque et un champ d'application énorme, notamment dans les pays en voie de développement. Elles permettraient d'accroitre les potentiels de certaines cultures sans pour cela jouer aux apprentis sorciers.

Amélioration des qualités gustatives et de conservation des avocats grâce à l’inhibition de l'expression de la Polygalacturonas d'avocat : à gauche les avocats « musicaux », et à droite les avocats témoins.
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"La source noire" de Patrice Van Eersel
- Par Thierry LEDRU
- Le 19/02/2023
Enième lecture de ce livre qui se lit comme un roman bien qu'il s'agisse d'une enquête, d'un documentaire.
Bien évidemment que de me replonger dans cet ouvrage est lié à la situation actuelle de mes parents et des multiples questionnements qui s'imposent.
Tout cela a-t-il un sens ? Comment le vivre au mieux ou au moins pire, comment les accompagner vers cette fin ?
A chaque fois que je vais les voir, je leur prends les mains, je les enlace, je les embrasse, je leur parle, je tente de faire remonter des souvenirs joyeux, et si possible de les faire rire. Je sais qu'ils ne se souviendront de rien dix minutes après mais l'instant n'est-il pas la seule réalité qui compte ? Ou même la seule et unique réalité, tout le reste, tout ce qui émane de notre mémoire n'étant qu'un film virtuel, une illusion proposée par notre cortex mais qui au final nous éloigne de l'instant, nous en prive, et nous conduit même à nous leurrer.
Sommes-nous les victimes de notre propre potentiel au point de nous alourdir ?
Mais alors, cette perte de mémoire chez mes parents ne serait-il pas une remise à niveau, une réinitialisation du cerveau identique à celle du nouveau-né qui n'a aucun souvenir et vit l'instant dans son intégralité ?
Le grand âge est-il un retour à la source ?
"Je demeure incrédule : le meilleur moment de leur vie aurait été celui de leur quasi-mort ? C’est inconcevable. Je suis contraint, je l’avoue, d’arrêter ma lecture toutes les cinq minutes et de me frotter les yeux. Est-ce un rêve ? Suis-je bien en reportage aux Etats-Unis, en train de lire un ouvrage scientifique ? Je me pince. Mais je ne rêve pas."
La source noire : Révélations aux portes de la mort
INFOSCRITIQUES (10)CITATIONS (11)FORUM
EAN : 9782253041924
445 pages
LE LIVRE DE POCHE (01/06/1987) AUTRES EDITIONS★★★★★
★★★★★
4.01/5 96 NOTES
De la mort, nous avons tout oublié, tout ce que notre culture avait érigé en sagesse. Même la science est devenue ignorante. Tellement que des savants tirent la sonnette d'alarme. Il faut, disent-ils, réhabiliter l'agonie, écouter les mourants, étudier ce passage aussi capital que la naissance. Psychiatres, cardiologues, chirurgiens, biologistes et physiciens, dans les laboratoires les plus sophistiqués des Etats-Unis, d'Europe, mais encore en Inde et partout dans l... >Voir plus
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★★★★★
★★★★★
04 septembre 2012
Ce livre m'a fait l'effet d'un coup de poing.
Ce qu'il propose, sans l'annoncer, c'est une véritable révolution de la manière de concevoir la vie de l'homme et sa place dans l'univers.
Par le biais de ses recherches autour des expériences de morts imminentes, l'auteur amène à prendre conscience de la pauvreté de nos savoirs et de nos perceptions, de la force de certains dogmes scientifiques, du potentiel incroyable des recherches sur les NDE et sur la conscience,...
Le propos est soutenu par des considérations scientifiques modernes et des références pluridisciplinaires scrupuleuses qui m'ont poussées plusieurs fois à arrêter ma lecture pour me dire "mais comment est il possible que l'on ne m'ait jamais parlé de ça ?"
Comment, par exemple, admettre que les scientifiques quantiques fassent un lien aussi net entre leurs découvertes et la nécessité d'une vie spirituelle ? Stade incroyable où la science vient définitivement remplacer la religion pour se ramener à elle...
La légereté avec laquelle l'auteur vous amène sur des sujets aussi sensible que la mort, la vie après la mort et la structure de notre réalité est un vrai plaisir...
Ma critique n'est sans doute pas très bien construite, mais je désirais absolument faire part de cette lecture qui pour moi change vraiment beaucoup de choses.★★★★★
★★★★★
21 septembre 2015
Voilà un documentaire pas du tout branché new-age. Pas barré du tout. La recherche journalistique amène le narrateur, qui est journaliste à se poser des questions, qui sont, (ça tombe bien), aussi les notre. Comment voir autrement notre univers ? Qu'est-ce que c'est que ces histoires de morts revenus d'ailleurs ? Comme ça se produit, d'où ça pourrait venir ? du cerveau ? Et qu'en est-il des cas d'enfants qui ne sont pas encore influencé par leur univers, par la pensée d'une culture ou d'une autre ? Qu'en est-il de la foi, du matérialisme ? Concrètement qu'est-ce qu'une EMI et que se passe-t-il avant, pendant, après ?
Un livre qui remue nos convictions, qui questionne, qui donne à réfléchir, à partir du moment ou on accepte l'idée et qu'on n'est pas arcbouté sur des positions scientifiques qui réfutent ces milliers de cas et qui font passer ça pour une overdose dans une période de stresse terminal.
Très intéressant et une lecture facile, par prise de temps, ni anxiogène malgré le sujet.
★★★★★
★★★★★
29 mars 2014
Une enquête sur les "near death experiments" très documentée et convaincante, même pour les dubitatifs. Disons qu'il y a de quoi se poser quelques questions intéressantes ! :op
Pour ma part, quelques expériences personnelles m'avaient déjà convaincue de l'existence "d'autre chose" que le visible, mais cela fait du bien de lire les expériences d'autres gens.★★★★★
★★★★★
04 février 2018
Voici, un livre essentiel pour qui veut tenter de comprendre ce qui se passe à l'approche de la mort et même après.
Un livre que j'ai racheté pour l'avoir souvent prêté et une fois ne plus l'avoir récupéré.
Il s'agit d'un enquête réalisée essentiellement aux Etats-Unis et auprès de personnes ayant parfois rejoint cet autre monde, ici évoqué.
Des chercheurs comme Raymond Moody, Elizabeth Kubler-Ross, Michael Sabom, Kenneth Ring... nous dévoilent ici leur découvertes, leurs analyses des phénomènes d'approche de la mort.
Expériences quantifiées, soupesées psychologiquement et statistiquement...
On comprend l'universalité des perceptions, leur antiquité aussi. On peut ne pas y croire mais cette masse de témoignage fait sens et la profonde emprunte de ces visions péri-mortem ébranle les certitudes matérialistes les plus ancrées.★★★★★
★★★★★
18 juillet 2017
Un très bel ouvrage qui recense notamment les travaux d'Elizabeth Kübler Ross, aujourd'hui de moins en moins citée dans les milieux universitaires car l'approche des expériences de mort imminente chez les patients en soins palliatifs dérange.
Les recherches sur le sujet si populaires il y a vingt ans se voient enfouies sous une chape de plomb.CITATIONS ET EXTRAITS (11) Voir plusAJOUTER UNE CITATION
29 mars 2014
Je demeure incrédule : le meilleur moment de leur vie aurait été celui de leur quasi-mort ? C’est inconcevable. Je suis contraint, je l’avoue, d’arrêter ma lecture toutes les cinq minutes et de me frotter les yeux. Est-ce un rêve ? Suis-je bien en reportage aux Etats-Unis, en train de lire un ouvrage scientifique ? Je me pince. Mais je ne rêve pas.
19 avril 2014
Partout la nouvelle circule : il y a une femme peu ordinaire, une psychiatre (Ndr : E. Kübler-Ross), qui parle de la mort avec les mourants et qui prétend qu’il ne faut priver personne de la sienne, que la souffrance demeure une épreuve à adoucir, mais que la mort peut se métamorphoser en initiation et les mourants en professeurs de vie
26 décembre 2015
...j’étais parti aux États-Unis pour faire une enquête sur les NDE
[expériences de mort imminente].
J’étais tenaillé par une grande angoisse de la mort depuis l’âge de 17 ans.
En arrivant là-bas, à ma grande surprise, j’ai découvert le champ des soins palliatifs.
Si, avant mon départ, on m’avait dit qu’il existait des accompagnants de fin de vie,
j’aurais pensé que c’étaient des fous furieux...
ou des croyants.26 décembre 2015
La rencontre avec ma femme avait contribué à m’apaiser un peu,
ainsi que certaines retrouvailles avec la nature.
Mais grâce à ces accompagnantes de fin de vie,
je me suis rendu compte que la mort n’est morbide
que si on l’occulte.
Et j’ai guéri de mon angoisse.04 août 2017
Quand une personne va mourir, son énergie vitale baisse, ses sens s'affaiblissent, ses rapports avec l'extérieur s'amenuisent et c'est un peu comme si l'on fermait progressivement les volets d'une maison. Enfermée à l'intérieur, la conscience ne perçoit plus rien du monde. En revanche, elle aperçoit son propre reflet dans les vitres aux volets fermés et s'imagine que c'est le monde. Evidemment, la conscience se trompe. Elle se monte un cinéma.
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Personnes vulnérables
- Par Thierry LEDRU
- Le 17/02/2023
Il y a plusieurs années déjà que mes parents ont basculé dans la catégorie des personnes vulnérables.
Un discernement insuffisant, une confiance aveugle, un manque de lucidité.
Leur état cognitif ne leur permettait plus de ressentir les situations, de se méfier des bonimenteurs et ils sont légions. D'autant plus envers les personnes âgées, des proies idéales.
Mes parents vivaient en Bretagne et j'habitais encore en Savoie quand les choses ont commencé à aller mal.
Même si j'allais les voir tous les ans, deux ou trois séjours de deux à trois semaines et que je leur téléphonais tous les dimanches soirs, il arrivait toujours des événements que je découvrais trop tard. Ils détestaient que je m'occupe de leur vie, que je les "surveille" comme ils disaient.
L'achat d'un mobilhome, quatre mille euros au-dessus de sa valeur réelle. Ils s'en sont servis deux semaines en deux ans avec un coût de trois mille euros par an pour l'emplacement. Un mobilhome vendu par un "ami" voisin.
La signature d'un contrat pour une mutuelle alors qu'ils en avaient déjà une. Six mois de procédure pour que je parvienne à faire annuler ce contrat. Signé lors d'un passage d'un "commercial" au domicile.
Réfection totale du crépis de leur maison après le passage d'un "expert" qui leur a affirmé que la maison était attaquée par la mérule. Traitement de toute la charpente et remplacement de toute l'isolation des combles. Cette maison n'en avait absolument pas besoin. J'ai fini, après avoir découvert tout ça, par tomber sur le diagnostic fait pour l'achat. Tout était impeccable. Deux ans plus tard, il était impossible que de tels dégâts aient eu lieu.
Achat et construction d'une véranda avec un surcoût injustifié en fin de construction malgré la signature d'un devis.
Achat d'une voiture alors qu'ils avaient chacun un certificat médical attestant de leur incapacité à conduire. Le vendeur ne leur a même pas fait essayer la voiture. Une vente deux mille euros au-dessus de l'argus. Menace de procédure judiciaire pour finir par récupérer 90 % de la somme.
Je ne compte plus en dix ans les situations dans lesquelles ils ont été grugés.
Il fallait que je les questionne à chaque appel pour savoir s'ils n'étaient pas encore tombés dans un piège commercial. Des panneaux solaires, une nouvelle cuisine, une nouvelle chaudière au fuel, trois tentatives d'arnaques que j'ai pu stopper à temps.
Et puis sont apparus des problèmes bien plus graves encore : la prise anarchique de médicaments. Leurs troubles de la mémoire : ils pouvaient prendre un médicament deux, trois fois de suite, croyant l'avoir oublié. Mon père hospitalisé pour avoir bu dans la même journée cinq sachets de movicol. Il s'est "vidé" et déshydraté, en pleine canicule. Délire et perte de conscience partielle.
Sachant qu'ils prenaient des médicaments pour des troubles cardiaques, ça ne pouvait plus durer comme ça. J'ai mis en place un passage quotidien d'infirmiers et infirmères à domicile.
Puis est venu le problème des repas. Ma mère ne parvenait plus à cuisiner et mon père ne l'a jamais fait. Je me souviens d'une tarte aux oignons, ni la pâte ni les oignons n'étaient cuits. J'ai mis en place un portage de repas à domicile.
Et puis est venu le problème de la propreté. Les troubles de la vue. Ils ne voyaient plus l'état de la maison, ni même celui de leurs vêtements. J'ai mis en place l'entretien de la maison et du linge deux fois par semaine.
Ma mère n'utilisait plus la machine à laver, elle ne savait plus s'en servir. Mon père non plus. Le linge "lavé" à la main dans une bassine.
Puis ils ont commencé à se perdre dans le quartier, une promenade d'un kilomètre et ils ne trouvaient plus le chemin de la maison. Les gendarmes ou des voisins les ramenaient. Et parfois, l'un d'entre eux partait tout seul, sans même prévenir l'autre, sans téléphone portable, sans le carnet que je leur avais fait avec leur identité, leur groupe sanguin, la liste des médicaments qu'ils prenaient, mon téléphone.
Des années de dégradation continuelle.
Et de personnes vulnérables ils sont passés à celui de personnes en danger.
Et j'ai réalisé un jour que j'étais devenu le parent de mes parents.
Le médecin de famille, les infirmières, les personnes qui livraient les repas, le kiné qui a suivi ma mère après la deuxième opération pour une prothèse de hanche, tout le monde me disait la même chose : "Ils ne peuvent plus rester dans leur maison."
Et c'était terrifiant parce que je savais qu'ils ne voudraient pas partir. Les problèmes de santé se sont multipliés.
Chaque coup de téléphone me faisait craindre le pire.
Lorsque le scandale Orpéa a éclaté, j'ai lu sur les réseaux sociaux de nombreux commentaires virulents contre les enfants qui placent leurs parents dans une maison de retraite, un ehpad, une structure d'accueil. C'est tellement facile quand on n'a aucune idée de ce que ça signifie de devoir s'occuper de ses parents, seul, à mille kilomètres de chez eux.
On a déménagé dans la Creuse il y a deux ans et j'ai fini par trouver une structure à quarante kilomètres. La dernière année où ils étaient en Bretagne, j'ai fait huit séjours de deux semaines avec eux. Je gère la totalité des démarches administratives depuis cinq ans.
Je sais ce que j'ai fait pour eux, je sais ce que je fais encore, je sais ce que je ferai jusqu'à leur mort.
Et pourtant, j'ai des bouffées de culpabilité.
Dans le village de Bessans et la vallée de la Haute Maurienne en général, on voit des maisons à trois étages, des bâtisses imposantes. Autrefois, les "vieux" vivaient en bas, les enfants devenus adultes étaient au premier étage et les jeunes enfants tout en haut. Les anciens s'occupaient du jardin, ils gardaient les enfants, ils cuisinaient, ils bricolaient, ils vivaient jusqu'au bout, chez eux. La maison passait de génération en génération. Aujourd'hui, pour posséder une maison de cette dimension, il faut en avoir hérité ou avoir un salaire de ministre. Mais même si ça avait été mon cas, je n'aurais pas voulu de mes parents à côté de moi et Nathalie. C'est sans doute cette constatation qui alimente la culpabilité.
L'histoire familiale est complexe.
Chacun fait comme il peut, au regard de ce qu'il porte.
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Acharnement médical
- Par Thierry LEDRU
- Le 15/02/2023
Mes parents sont en fin de parcours.
AVC pour chacun d'entre eux, il y a quatre ans pour ma mère, trois ans pour mon père.
Troubles cognitifs spatio-temporels majeurs et qui se sont considérablement aggravés, mois après mois.
Dégénérescence sénile.
Mon père est quasiment aveugle, glaucome sur chaque oeil.
Ma mère est atteinte par la dégénrescence maculaire, elle ne peut plus lire.
Leur mémoire s'efface. Ils ne se souviennent plus de mon frère décédé, ni de son fils, ni de mes enfants, ni du prénom de ma femme.
Ils se souviennent encore de moi. Je les vois une fois par semaine. J'ai réussi à trouver une place dans une résidence à quarante km de la maison. Je n'ai plus à faire 500 km pour aller passer du temps avec eux.
Si je m'en vais et que je reviens dix minutes après, ils se réjouissent de me revoir en ayant totalement oublié que je viens juste de les quitter. Ils sont heureux dans l'instant. Juste quand je suis là.
La résidence est la plus renommée de tout le département, à juste titre, et j'admire infiniment le personnel. Des femmes dévouées, attentives, énergiques, toujours pleine d'entrain, une joie communicative, des animatrices qui redoublent d'inventivité. Beaucoup de résidents sont en fauteuil roulant. Certains ne communiquent plus du tout. Quand ils ne sont plus là, c'est qu'ils ont été hospitalisés ou qu'ils sont morts.
Dans les trois dernières semaines, mon père est tombé deux fois, la nuit, en voulant aller aux toilettes. Perte de conscience, saignement important à la tête, points de suture, hospitalisation, de multiples examens.
Dans la même période, ma mère est tombée et s'est fracturée le fémur. Opération lourde, avec une broche. Elle doit restée alitée encore trois semaines. Le personnel médical doit la sédater et l'immobiliser par des sangles ventrales parce qu'elle ne comprend pas qu'elle doive rester allongée. Elle ne parvient pas à parler tellement elle est "shootée".
Mon père a 87 ans, ma mère 86.
Depuis plus de dix ans, ils sont traités chmiquement pour des pathologies cardiaques. Sans ces traitements, ils seraient morts. A la suite de leur AVC, je leur ai fait remplir le formulaire des directives anticipées qui s'opposent à l'acharnement thérapeutique. Ils étaient encore suffisamment conscients à l'époque pour comprendre de quoi il s'agissait.
Mais aujourd'hui, quand je pars, je sais qu'ils pleurent tous les deux et j'ai suffisamment parlé avec eux pour savoir que plus rien ne les retient ici bas. Notre histoire familiale et la mort de mon frère à 39 ans a jeté une plaque de béton sur la question de la mort. Tout autant que pour la vieillesse. Mes parents ont été dans un déni absolu de leur dépérissement. Jusqu'à ce que ça leur tombe dessus. Ils adoraient marcher, c'était une habitude quotidienne avec celle de leur jardin et de leurs fleurs.
Je pense aujourd'hui que de les maintenir en vie, coûte que coûte, relève de l'acharnement médical. J'ai pris conscience de ça le jour où je me suis rendu compte que leur mort serait davantage un soulagement qu'un flot de tristesse. Non pas un soulagement pour moi mais pour eux.
Les troubles de la mémoire sont dévastateurs sur l'individu. On n'imagine pas à quel point. Une personne âgée a toujours la possibilité de se réjouir des beaux souvenirs. Là, pour mes parents, il ne reste rien. Ils ne se souviennent pas de leur vie, de leur couple, des voyages, de leurs deux maisons. Ils ne se souviennent pas de mon frère.
J'ai demandé à mon père à quoi il pensait et il m' a répondu : " à rien" - Comment ça à rien ? - Ben non, j'ai plus rien."
Effroyable.
Un regard vide qui me fixait sans me voir.
Quelques jours sans médicaments et son coeur s'arrêterait. Personne ne prendra cette décision. C'est impensable.
C'est bien facile de se guausser d'avoir augmenté l'espérance de vie. Il aurait fallu se demander si ça en valait la peine, à tous prix, en toutes circonstances.
Cette espérance de vie qui sert d'ailleurs d'argument pour le recul du départ à la retraite.
La qualité de vie, voilà ce qui importe, voilà ce qui relève de l'humain avant de la confier à la médecine. La qualité de vie de mes parents, elle se limite à être en sécurité, accompagnés par un personnel compétent. C'est immense, énorme, magnifique, je ne dirai jamais le contraire. J'ai vu ces personnes âgées en Turquie et en Syrie, réfugiées sous des tentes. Mes parents sont nourris, chauffés, lavés, soignés, ils peuvent participer à des activités, à des groupes de paroles. Leur situation n'est pas dramatique.
La question que je me pose aujourd'hui, c'est de savoir si elle a un sens.
Je leur parle de la mort et de tout ce que j'ai lu sur le sujet. Je leur parle de ce que j'ai vécu. Et des quelques échanges que j'ai eus avec mon frère après sa longue période de coma, de ses souvenirs et des miens.
Hier, je leur ai raconté des témoignages dans le livre "En route vers Oméga" de Kenneth Ring. Je leur ai lu aussi des passages de "La source noire" de Van Eersel. Et d'autres passages de "La vie après la vie" de Raymond Moody. Je ne sais pas ce qu'ils connaîtront le jour où ils mourront, personne ne peut le savoir mais il m'est toujours possible de leur apporter quelques visions moins cauchemardesques que celles qu'ils ont peut-être en tête. Je n'en sais rien puisqu'ils refusent d'en parler. Mais je sais pour m'occuper d'eux depuis de nombreuses années que la simple idée de la mort est une douleur profonde.
Il n'en est pas de même pour moi. J'ai déjà "voyagé" assez loin pour attendre l'inévitable exploration avec une très grande curiosité.
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Sauver tout ce qui vit
- Par Thierry LEDRU
- Le 13/02/2023
Les sauveteurs, qu'ils soient professionnels ou pas, il faut les imaginer descendre dans les décombres, sous des dalles, au milieu des fers tordus, dans le chaos du béton, des gravats, de cette destruction effroyable. Comme dans toutes les catastrophes naturelles, la solidarité, l'entraide, le courage, la détermination, la volonté deviennent les maîtres mots, l'idée commune : sauver tout ce qui vit. L'humain dans ce qu'il a de plus puissant et de plus beau.
Mais qu'en restera-t-il dans quelque temps ? Peut-on espérer que cette solidarité reste ancrée à tout jamais ? Peut-on espérer que l'humain ne soit que cela, qu'il soit essentiellement nourri par tout l'amour qu'il porte ?
Encore une fois, l'actualité rejoint ce que j'écris. Le tome 4 de la tétralogie se concentre sur les survivants, sur les effets les plus profonds du traumatisme vécu. Que reste-t-il en soi lorsqu'on a connu le pire cauchemar ? Et faut-il donc que l'humain en arrive à de telles extrémités pour qu'émerge enfin l'amour de la vie, sans aucune restriction, de nationalités, de religions, de couleur de peau, et même au-delà de l'humain ?
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Logos : la raison du monde
- Par Thierry LEDRU
- Le 12/02/2023
LOGOS
Logos désigne le discours (textuel ou parlé). Par extension, logos désigne également la « rationalité, » l’intelligence, conséquente à la capacité à utiliser une langue.
Dans la philosophie platonicienne, le logos est considéré comme la raison du monde.
L’idée de Logos a été développée par Anaximandre, Pythagore, Thalès, Héraclite, Parménide, Anaxagore, Démocrite…Tous ont édicté une idée similaire : le réel est intelligible. Pour ces philosophes, l’Univers (le Tout) est un ensemble ordonné, le cosmos. Il est donc nécessairement organisé par une puissance de vie inconnue mais compréhensible (la Nature), selon des principes logiques (des lois), que nous pouvons comprendre par la pensée réfléchie, le Logos.
L’idée de sagesse ne peut s’élever que si l’homme parvient à harmoniser l’ordre de sa vie à l’ordre de la Nature.
« Il y a pour les Éveillés un monde unique et commun mais chacun des endormis se détourne dans un monde particulier. » Héraclite.
Les Éveillés, ce sont ceux qui ont assimilé à la fois l’ordre de la pensée et l’ordre de la Nature.
Ce qu’Héraclite nomme le Logos correspond au Dharma de Bouddha, au Tao de Lao Tseu, à la phusis (principe vital qui anime l’Univers) des Épicuriens, l’âme du monde des Stoïciens ou encore le Dieu de Spinoza (Deus sive Natura : Dieu, c'est-à-dire la Nature.)
Il ne s’agit bien entendu pas de la Nature dans son sens d’environnement mais de la nature de la Nature.
Si nous voulons parvenir à la liberté par la sagesse, nous devons comprendre la nature de la Nature.
« Rien n’est sans raison », disait Leibniz.
Voilà le défi. Comprendre par la raison, la raison du Tout ou la nature de la Nature elle-même.
C’est là que cette raison, aussi exceptionnelle soit-elle, m’interpelle et me trouble. La raison n’est pas seulement source de la logique, de l’entendement, des mathématiques, des sciences… Elle est aussi ce par quoi nous pouvons avoir accès à l’intuition. Non pas la générer elle-même mais parvenir à s’effacer pour que l’intuition surgisse. L’intuition a besoin pour se manifester de se sentir aimée et que la raison en accepte la flamboyance. C’est une osmose indispensable au risque que l’intuition ne jaillisse jamais ou qu’une fausse raison vienne l’affadir, la rationaliser, la clore dans un cadre reconnu.
Il s’agit donc, à mon sens, de trouver cet équilibre entre la raison et la nature de la Nature en nous. C’est là le sens du Tout.
La raison est à la source du bon sens. Elle n’est pas que raisonnement mais également résonance avec ce Tout.
Nietzsche parle de la sagesse du corps comme une raison supérieure.
« Il y a plus de raison dans ton corps que dans ta meilleure sagesse. »
L’intuition est une pensée directe sans le passage par le raisonnement. Ne serait-ce pas la plus grande sagesse que d’y parvenir en toutes circonstances ? De parvenir à rester ancré dans la compréhension du réel en joignant la raison à cette perception directe, spontanée, immédiate, fulgurante…
L’intuition est la captation directe du réel par la conscience alors que la raison explore longuement ce réel jusqu’à en faire « sa » réalité…
Mais il est délicat de s’en tenir à cette intuition dès lors que s’y adjoint une raison non domptée, un catalogue de conditionnements jamais analysés. Car cette intuition peut n’être dès lors qu’une extension de cette raison falsifiée, une sorte d’enluminures, une hallucination.
Il me semble indispensable pour atteindre cette sagesse d’établir au préalable un état de conscience absolument libre. Non pas qu’il soit possible de se défaire intégralement des données éducatives, des concepts issus de la société, de la morale, de l’autre… Mais il est possible d’en établir la liste, d’en identifier chaque paramètre, comme un archéologue.
Je ne crois pas que l’intuition puisse être libre si la raison ne l’est pas.
Connaître les errances intérieures permet d’œuvrer à la lucidité. C’est là que l’intuition peut naître.
Je ne crois pas à un état de béatitude absolu, pas à mon niveau, je n’en ai pas le potentiel. Mais je peux me lancer sur la route. Raisonnablement et intuitivement, les deux entités associées dans un cheminement commun, une osmose constante.
Qu’en est-il de cette intuition ?
Elle contient à mon sens la nature de la Nature.
« Quelle est la nature de ce problème ? »
L’expression s’intéresse non pas au problème lui-même mais à sa source.
Je voudrais comprendre la nature de la Nature…
Quelle est sa source ?
A-t-elle une intention ?
La question de l’intelligence de la Nature ne se pose plus pour moi. C’est une évidence. Mais je n’en ai aucune preuve. Je n’ai pas un niveau de connaissances suffisant. C’est juste une intuition… Justement.
Est-ce que la Nature elle-même éveille cette intuition en moi ou est-ce juste une imagination débridée, un désir qui prendrait forme, qui se persuaderait lui-même d’avoir raison. La raison… Dans ce simple exemple, on voit bien à quel point, il est déraisonnable de se croire maître de la raison.
On peut trouver de multiples raisons aux errements de notre raison. Jusqu’à justifier les pires folies. L'histoire de l'humanité déborde de raisons folles.
Mais, voilà, je suis une énigme pour la science. Trois hernies discales, jambe gauche paralysée à plusieurs années d'intervalle. Une médium magnétiseuse. Quatre heures entre ses mains, entre ses mots. Je suis sorti en marchant, j’aurais pu rentrer chez moi à pied.
Je portais l’âme de mon frère et mon dos n’en pouvait plus. Mon âme mortifiée coulait son mal être dans ma colonne, la pièce qui tient debout… Dans quelle dimension étais-je parti ? Qui est intervenu ? Qui a libéré l’âme de mon frère ? Comment cette entité a-t-elle fait entrer dans leur fourreau mes disques vertébraux ? Médicalement parlant, c’est impossible…
La Nature a une intention, une capacité d’intervention. Comment pourrait-il en être autrement d’ailleurs ? De quel droit pourrions-nous considérer que l’entité créatrice n’a pas de pouvoir d’intervention ? La source de Tout n’aurait aucun pouvoir sur elle-même ?
C’est absurde.
Je ne crois pas que nous soyons lancés dans la vie sans intention. Il y a quelque chose à comprendre. La nature de la Nature. Quel est son projet ?
La Vie a ouvert une brèche en moi. Une déchirure dans le voile qui couvrait ma conscience. Pourquoi ?
J’ai l’intuition qu’il s’agissait de m’apprendre à user de ma raison, à en user pleinement, non pas dans les schémas archaïques des transmissions mais dans un cheminement individuel, épuré.
J’ai eu l’intuition d’une vraie raison.
Certains verront dans cette affirmation un ego démesuré, un esprit trop malmené pour pouvoir établir un raisonnement objectif.
Que signifie donc cette injonction à être objectif ?
« 1. Dont la réalité s'impose à l'esprit indépendamment de toute interprétation : S'en tenir à la réalité objective. 2. Qui ne fait pas intervenir d'éléments affectifs, de facteurs personnels dans ses jugements : Un témoin très objectif. »
J'entends bien l'idée mais se pose alors la question de la réalité. La rémission de mes trois hernies par l'intermédiaire d'une médium magnétiseuse et le rétablissement quasi immédiat du fonctionnement de ma jambe gauche n'ont aucune réalité aux yeux de la médecine. C'est physiologiquement impossible. J'ai donc vécu une expérience qui n'entre pas dans la réalité si on limite cette réalité à la raison cartésienne.
Alors, c'est qu'il existe une autre réalité ou plutôt, il existerait bien une réalité mais elle serait limitée à la vision humaine et il y aurait au-delà de cette enceinte de la raison un réel. Un réel dans lequel autre chose est possible. Et pour y accéder, il faudrait être dans un état d'abandon absolu, soit accidentellement et c'était mon cas, soit volontairement, par l'entremise de la méditation par exemple. Je relis en ce moment l'ouvrage de Kenneth Ring "En route vers Oméga". Une étude sur les expériences de mort approchée. Des phénomènes qui n'existent pas aux yeux de la raison médicale et qui concerne pourtant des millions de personnes, partout sur la planète et depuis bien longtemps.
Non, le logos ne suffit pas, la raison n'explique pas tout, la logique n'est pas une vérité absolue, la réalité n'est pas le réel.
La réalité signifiante et le réel.
Kenneth Ring
Anik Doussau (Traducteur)EAN : 9782753804678
346 pages
LES EDITIONS DU ROCHER (11/06/2009) AUTRES EDITIONS4/5 2 notes
Huit millions d'américains ont vécu une expérience de mort imminente : déclarée morte cliniquement, une personne revient pourtant à elle. Elle vit alors des phénomènes troublants, tels que des flottements hors du corps, apparition d'une lumière blanche ou encore défilé des images de sa vie. L'ouvrage évoque les différents témoignages de ces centaines de rescapés, revenus de loin... Pendant trois ans, le Dr Ring s'est consacré à la recherche du sens de ce phénomène particulier. Certaines personnes ont vécu des expériences extraordinairement profondes. Elles en ressortent complètement changées, comme si cette expérience de mort imminente réveillait de manière puissante le développement psychique. Les conclusions sont à la hauteur du travail d'enquête : incroyables. Les expériences de mort imminente signaleraient une évolution de conscience à laquelle toute l'humanité est promise. Elles annonceraient la nouvelle conscience humaine qui nous mène sur la route d'Oméga, l'objectif final de toute l'évolution humaine. -
La violence faite aux animaux
- Par Thierry LEDRU
- Le 09/02/2023
http://www.leslilasecologie.fr/2017/02/florence-burgat-l-institution-de-l-alimentation-carnee-reflete-un-desir-tres-profond-de-l-humanite.html
Florence Burgat : « L’institution de l’alimentation carnée reflète un désir très profond de l’humanité »
Pourquoi l’humanité met-elle à mort des animaux pour les manger ? Pourrait-elle s’en passer ? Comment et pourquoi ? La philosophe Florence Burgat réfléchit aux raisons de la violence faite aux animaux, guidée par le souci d’étendre leurs droits. Un bel entretien avec Florence Burgat, par Lorène Lavocat pour Reporterre le 2 février 2017.
Lire aussi L'avis des bêtes, Pour un secrétariat d'État à la condition animale, et Le véganisme est-il un humanisme ?... et aussi De nouvelles préconisations nutritionnelles... Pas d'usine, on cuisine !
Florence Burgat est philosophe, directeur de recherche à l’Inra, détachée aux Archives Husserl de Paris (ENS-CNRS). Ses recherches portent sur les approches phénoménologiques de la vie animale ; la condition animale dans les sociétés industrielles : le droit animalier (épistémologie juridique) ; l’anthropologie de l’humanité carnivore, à laquelle elle consacre son nouveau livre, L’humanité carnivore (Seuil).

Reporterre - Comment en êtes-vous venue à vous intéresser à la cause animale ?
Florence Burgat - Ce sont des images d’abattage que j’ai vues par hasard dans un film portant sur tout autre chose. En quelques instants, la viande a pris à mes yeux un sens totalement différent et je me suis mise à associer à cette chair inerte la réalité de son processus d’engendrement. J’ai alors pris une décision réfléchie : si je ne voulais pas participer à ce que je venais de voir, il était impératif de cesser de manger les animaux. J’ai compris que la viande n’avait aucune autonomie, qu’elle était la chair équarrie d’un animal tué — de trois millions d’animaux tués chaque jour en France, dans ses abattoirs.
Par la suite, j’ai décidé de consacrer mon travail en philosophie à cette question. Ma première interrogation a été la suivante : comment expliquer qu’une société comme la nôtre, policée et tranquille, puisse comporter dans ses replis des lieux où l’on égorge des animaux pour les manger alors que les ressources alimentaires dont nous disposons nous en dispensent ? Comment expliquer que nous nous accommodons si bien de cette violence, que nous nous racontons qu’elle n’existe pas ? L’abattoir est une monstruosité au sens propre du terme, une anomalie, un vice, une difformité engendrée par l’humanité carnivore, un lieu où le mal se déploie et se répète en toute impunité.
Qu’entendez-vous par autonome ?
Jusqu’au milieu du XIXe siècle, les animaux sont abattus et vendus dans la rue. Personne ne peut se raconter que la viande sur les étals n’a rien à voir avec les animaux dont elle provient. À partir de 1850 (et de la loi Grammont portant sur les mauvais traitements envers les animaux), les premiers abattoirs sont construits, pour des raisons d’hygiène, mais aussi pour soustraire aux yeux du public la mise à mort des animaux. Pour le législateur, la banalisation de la violence envers les animaux émousse en l’homme la disposition — c’est d’ailleurs ce que dit Kant — la plus utile à la moralité : la pitié ou la compassion. Autrement dit, s’habituer à la vue du sang, à la cruauté envers les animaux, c’est s’habituer à l’ouvrier qui tapera sa femme, ou à d’autres types de violence.
En quelques décennies, l’abattage des animaux va donc être soustrait à la vue du public. Les consommateurs n’auront plus affaire aux bouchers qui vendaient les animaux qu’ils avaient tués, mais à des commerçants dont le rôle est cantonné à la vente. Bien d’autres éléments concourent au mécanisme psychologique de « l’oubli » de l’animal dans la viande. Mentionnons parmi eux les stratégies parfaitement maîtrisées du marketing et leurs slogans publicitaires, les images trompeuses qui illustrent les « produits animaux » ou encore les discours vantant les mérites nutritionnels, prétendument irremplaçables, de la viande.
Longtemps, j’ai cru que cette occultation du processus de mise à mort expliquait la facilité avec laquelle nous mangeons de la viande sans penser que nous mangeons en vérité des animaux. Mais à présent, cette analyse me semble relever d’une courte vue. Nous n’ignorons en fait rien de cette vérité, et les animaux entiers ou reconnaissables dans les étals des bouchers sont là pour nous rappeler qu’il s’agit bien de cadavres d’animaux qui peu de temps auparavant étaient en vie comme nous souhaitons tous le rester ! La mauvaise foi ne doit pas être évincée de l’analyse, et moins encore l’ambivalence qui est au fondement de la vie psychique. « Nous savons bien, mais quand même », pour reprendre une formule chère aux psychanalystes…
Frans Snyders. Étal de gibier, entre 1625 et 1635.
L’idée selon laquelle nul (ou presque) ne veut renoncer à l’alimentation carnée s’est confirmée au moment de la diffusion des images de L214. La médiatisation des vidéos faisant la lumière sur la mise à mort des animaux dans les abattoirs aurait dû, si nous étions vraiment dans « l’oubli » de cette généalogie, entraîner une réaction massive de rejet de cette viande, dont la vérité était révélée. Il n’en fut rien, même si le véganisme a le vent en poupe, comme on dit. En effet, de nouvelles stratégies surgissent, de nouveaux discours œuvrent à pérenniser la consommation de « viande », qu’il est pourtant désormais impossible de dissocier de la mise à mort des animaux.
Dans mon livre L’Humanité carnivore, je montre en quoi l’institution de l’alimentation carnée reflète un désir très profond de l’humanité, qui n’est bien sûr pas à entendre comme l’agrégat des individus, mais comme une entité qui prend conscience d’elle-même en se pensant contre l’animalité. La manducation [Ensemble des actions mécaniques qui constituent l’acte de manger, NDLR] des animaux ne répond plus depuis longtemps à une nécessité ; l’enjeu est métaphysique et identitaire dans cette violence très singulière qui ne consiste pas simplement à tuer, mais à manger, c’est-à-dire à absorber, digérer, excréter.
L’horreur que nous inspire le cannibalisme confirme la spécificité de la violence propre à la manducation qui suit une mise à mort. Les anthropologues ont en effet mis au jour un « cannibalisme de gourmandise », où des hommes mangent d’autres hommes « parce c’est bon ». Il peut être curieux de penser que le cannibalisme nous répugne plus que la torture, qui constitue une situation où l’autre continue à être tenu pour un sujet qui doit répondre à une question. La manducation, qui implique un processus de décomposition, ravale celui qui est ainsi traité à un rang qui ne peut être comparé à aucun autre. Quoi de plus absolu que la manducation pour affirmer une forme d’anéantissement d’autrui ?
Et quelles sont les pistes de réponse que vous avez pu trouver pour expliquer l’attachement de l’humanité à la manducation des animaux ?
Il n’y a pas une explication simple, d’une part, et l’on ne peut pas s’en tenir à l’Occident moderne et technicien, d’autre part, car c’est l’humanité tout entière qui est embarquée. C’est finalement à l’archéologie de la violence que la question de l’humanité confronte.
La violence de la manducation, quand elle s’institue, serait consubstantielle au moment où l’humanité prend conscience d’elle-même comme d’une entité séparée des animaux ; c’est du moins ainsi que, métaphysiquement, elle se pense. Elle aurait pu se penser autrement, et le transhumanisme qui se prépare constitue peut-être une définition entièrement neuve de l’humanité. Il est frappant de constater que même les sociétés dites « continuistes », qui, ne posant pas de coupure radicale entre l’humain et les non-humains, qui considèrent les animaux comme leurs lointains parents, les tuent et les mangent. Les rituels de « pardon » ne sont que des mascarades.
Frans Snyders. Nature morte avec fruits, gibier mort, légumes et singe, écureuil et chat vivants, avant 1657.
C’est dans le dernier chapitre de mon livre que je tente de montrer comment l’humanité pourrait changer de régime. Ce changement ne serait pas motivé par un sursaut moral ou éthique, mais pourrait être la réponse aux problèmes environnementaux et aux injustices causés par l’élevage. La végétalisation de l’alimentation pourrait s’imposer pour des questions de survie d’une humanité extraordinairement nombreuse. Si ce renversement advient, je pense que la cuisine végane, les viandes végétales, la viande in vitro [fabriquée à partir de cellules musculaires d’animaux] pourraient tout à fait continuer à occuper la place de la viande. Grâce à ces similicarnés, nous pourrions passer à un autre régime tout en pensant que nous mangeons toujours des animaux. Le marketing pourra en l’occurrence jouer un rôle déterminant, comme il joue actuellement un rôle déterminant dans l’édification de nos représentations de la viande que nous mangeons, en ménageant sciemment une distance avec les animaux dont elle provient. C’est lui qui forge de bout en bout nos représentations de la viande, de l’animal.
Faites-vous une distinction entre différents types d’élevages, de chasses ? N’y a-t-il pas notamment une différence à faire entre un élevage industriel et un élevage paysan ?
Les pratiques d’élevage incriminées dans le contexte de l’industrialisation — la séparation des animaux, la contention, les pratiques de mutilation — sont aussi anciennes que l’élevage. Par exemple chez les Romains, pour que les volailles grossissent sans bouger, on les mettait dans des poteries, puis dans des petites cages. Le processus est le même, seulement, il s’aggrave. L’élevage d’antan faisait en petit ce que l’élevage industriel fait en grand. La sélection génétique des animaux était réalisée par bricolage empirique, aujourd’hui elle utilise les outils de la génétique. Mais fondamentalement, l’élevage industriel n’a rien inventé. La différence tient dans des moyens scientifiques et techniques qui permettent à l’industrie de l’élevage d’enrôler dans son entreprise un nombre considérable d’animaux.
Antoine van Dyck et Frans Snyders. Chasse au sanglier, vers 1619.
Pourrait-on imaginer créer un élevage qui respecte les animaux ?
Que signifie « respecter les animaux » ? Estimez-vous que faire naître dans le but d’engraisser rapidement un individu dans le but de le tuer pour le manger s’accommode avec le « respect ». Que respectez-vous dans un tel contexte, même si vous créez des conditions de vie convenables pour les animaux ? Le mot ne va pas. Je pense qu’il peut y avoir des règles du métier, une déontologie, un cahier des charges. Mais le respect, qui est un terme très fort, dont la connotation est d’abord morale, est incompatible avec le « meurtre avec préméditation » par lequel certains auteurs qualifient l’élevage pour la boucherie.
Bien sûr, il peut y avoir des conditions de vie différentes d’un type d’élevage à l’autre, mais aussi d’un éleveur à l’autre. Mais si l’on respecte les animaux, par principe, on fait autre chose qu’un métier qui vit de la mort, qui plus est en bas âge, des animaux.
Un collègue végétarien me rapportait une remarque qu’on lui avait faite : « Un animal qu’on aurait bien soigné, qui aurait eu une bonne vie, cela te gênerait-il de le manger ? » Sa réponse est d’après moi très intéressante : « En somme, tu me demandes si cela me gênerait de manger mon chat. »
Pourquoi fondamentalement ne faut-il pas manger des animaux ?
Dans la mesure où nous ne sommes plus les charognards que nous avons été durant le paléolithique, manger les animaux revient à les tuer, et à les tuer en masse, puisque l’humanité est carnivore. On a envie de retourner la question à l’envoyeur : pourquoi la boucherie est-elle une bonne chose et pour qui ? Nous ne sommes pas dans des situations de survie ou de légitime défense qui, seules, justifient à mes yeux la mise à mort.
Dans deux précédents ouvrages de phénoménologie animale, j’ai montré que la vie animale est individuée, subjective. Contrairement à une vision contemporaine qui fait de l’animal un « simple vivant » et de l’homme un « existant », il faut convenir du fait que l’animal en face de moi est aussi un existant qui n’a qu’une vie à vivre, que son existence est singulière et que c’est la sienne. Aucune autre vie ne peut la remplacer. Voilà ce que l’éleveur de boucherie ne voit pas : il pense au mieux l’animal comme un élément d’un ensemble (le troupeau). La vie animale est elle aussi persévérance dans l’être.
Et que faites-vous des relations de prédation : il y a bien des animaux qui mangent d’autres animaux…
Certains animaux, les carnivores physiologiques, tuent d’autres animaux pour se nourrir, en effet. L’homme est un omnivore physiologique, qui peut donc adopter plusieurs régimes alimentaires. L’humanité n’a jamais été aussi libre qu’aujourd’hui pour choisir son régime. Et il n’est pas un prédateur comme un autre : il est armé de puissants artéfacts… Par ailleurs, il est curieux de voir que, s’agissant de l’alimentation carnée, l’interlocuteur qui la défend se plaît tout à coup à se présenter comme un « animal comme un autre », un vulgaire prédateur qui aurait lui aussi le droit naturel de tuer d’autres animaux. Alors que c’est évidemment en raison d’une position de surplomb, de supériorité sur le monde animal que nous avons institué un système dans lequel les animaux sont systématiquement les perdants, et l’homme le gagnant.
Frans Snyders. Lion tuant un sanglier.
Qu’en est-il des végétaux ?
Les dissertations sur la vie végétale arrivent à un certain point de la conversation pour noyer le poisson, si l’on ose dire. Les plantes seraient elles aussi douées de sensibilité, etc. de sorte que les manger serait un geste aussi problématique que celui qui consiste à égorger un mammifère. L’argument manque de finesse et de discernement. La sensibilité ainsi entendue peut être une irritabilité, une réaction à une situation. Les plantes n’ont pas de soi, de vie personnelle, d’expérience en première personne.
Je mentionne ici quelques-uns des critères phénoménologiques qu’il faut prendre en compte. L’animal vit sa vie en première personne, c’est lui qui est sujet de ses expériences. Qu’est-ce qui atteste dans le comportement de la plante cette autonomie, cette liberté, cette spontanéité, cette épreuve de la vie et de la mort qui sont ce qui rassemble dans un même ensemble ontologique humains et animaux ?
Si nous devions établir des droits des végétaux, il faudrait fonder ces droits sur d’autres critères que ceux qui fondent les droits fondamentaux humains et ceux sur lesquels doivent de même être fondés ceux qu’il faut conférer aux animaux. Je veux parler du critère de la sensibilité : l’être sensible fait l’expérience de la douleur, précisons : de sa douleur.
On voit quand même des avancées, il y a des évolutions juridiques… par exemple, l’animal a été reconnu comme un être sensible.Oui, vous avez raison. Des signes d’une évolution sont indéniables. La prise de conscience, comme on dit, précède toujours le changement dans les comportements et dans les pratiques. Le travail de déconstruction que nous faisons — les philosophes, les historiens, les juristes — joue un rôle déterminant dans la prise au sérieux d’un problème tourné en ridicule il y a encore très peu de temps. Dans les milieux universitaires, la question animale suscite beaucoup moins de la brutalité verbale et d’exclusion qu’il y a quinze ans. Quand j’ai commencé à travailler sur la « question animale », j’étais complètement isolée et mes amis à l’université jugeaient cette option de recherche suicidaire, du point de vue de la carrière. Je constate que plusieurs collègues ont modifié leur façon de penser et… leur façon de se nourrir. Une minorité, certes.
Frans Snyders. Le Concert des oiseaux, vers 1630
Que pouvons-nous faire, chacun d’entre nous, pour la défense de la cause animale ?
Bien des choses, selon ce qui nous touche le plus. Certains sont révoltés par la fourrure, d’autres par la corrida, d’autres encore par la chasse, d’autres par les abandons d’animaux dits de compagnie. Renoncer aux produits animaux constitue l’acte le plus important, et il est celui qui commande tous les autres. On n’a jamais vu un « végétarien éthique » être pour la fourrure, la corrida et les mauvais traitements envers les animaux ! C’est aussi l’acte le plus contraignant d’un point de vue moral en tout cas, le plus volontaire — tandis qu’être contre la chasse ou la corrida, voilà qui ne demande pas grand effort.
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Séisme
- Par Thierry LEDRU
- Le 08/02/2023
J'a lu tout ce que je trouvais et visionné tout ce qui était proposé. Ce séisme en Turquie et en Irak est évidemment effroyable. Les images sont sidérantes, les immeubles qui s'effondrent, des survivants sous les décombres, des enfants que les sauveteurs parviennent à extraire et qui n'ont plus de famille. Des traumatismes qui ne s'effaceront jamais.
Et puis il y a tout ce qui concerne la survie et qui m'intéresse particulièrement, toute cette fragilité des zones urbaines, cette dépendance très lourde envers les réseaux alimentaires, l'eau potable, l'électricité, le carburant, et les conditions climatiques très dures en ce moment. Et tout cela me ramène à cette indispensable anticipation, cette recherche de l'autonomie, cette préparation au pire. Et aux mouvements de foule lorsque les forces de l'Etat sont insuffisantes et que les pillages deviennent le seul moyen de s'en sortir.
J'ai lu énormément de documents traitant des catastrophes naturelles, de leurs effets dévastateurs et je suis encore une fois sidéré par cette inconscience des populations au regard de leur dépendance extrême et par cette confiance aveugle dans les gouvernements, où que ce soit.
Je n'ose même pas imaginer ce qu'il en serait ici, en France.
Je précise que je parle uniquement des zones urbaines et non des zones rurales. Je sais bien qu'il n'aurait servi à rien d'entasser de la nourriture pour trois mois dans un immeuble qui s'est effondré. Je veux juste mettre en avant le fait que les villes vivent en flux tendu et que l'arrêt de l'approvisionnement a des effets extrêmement rapides.
Paris intra muros vit avec trois jours de réserves alimentaires. Trois jours et il n'y a plus rien.
Dans les zones rurales, les gens, habituellement, ceux qui sont là depuis une ou deux générations, ne vivent pas comme ça. Ils savent que l'isolement peut avoir des conséquences dramatiques.
C'est le but de la tétralogie en cours d'écriture.
Que se passerait-il si un chaos planétaire survenait ?
J'ai parfaitement conscience que ces quatre romans ne serviront à rien, qu'ils ne seront qu'une "fiction" parmi d'autres.
Beaucoup d'ailleurs ricanent lorsque j'évoque la possibilité d'un chaos planétaire.
Et j'espère pouvoir continuer à rire avec eux.














