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Comprendre l'économie

Par Le 19/02/2021

 

Oui, c'est complexe et il faut rester concentré et attentif. Mais ne pas comprendre le monde économique, c'est continuer à le subir. 

Cette complexité fait le jeu des gouvernements et bien plus encore celui des banques.

Maintenant, le jour où la délaftion explosrea et que nous entrerons dans un cycle similaire à celui du Japon, il sera trop tard. 

 

Gaël Giraud, né le 24 janvier 1970, est un économiste et prêtre jésuite français. Spécialiste en économie mathématique, il a été économiste en chef de l'Agence française de développement (AFD) de 2015 à 2019.

Sommaire

1Biographie

1.1Jeunesse et études

1.2Recherche, enseignement et autres activités

2Travaux

3Prix et distinctions

4Prises de position

5Publications

5.1Ouvrages

5.2Préfaces

5.3Articles

5.4Publications académiques

5.5Entretiens et conférences

5.6Brevets

6Théâtre

7Notes et références

8Voir aussi

8.1Articles connexes

8.2Liens externes

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et études[modifier | modifier le code]

Après deux années de classes préparatoires B/L (Lettres et Sciences économiques et sociales) au lycée Henri-IV, à Paris, il intègre l’École normale supérieure de la rue d'Ulm et l’École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE) en 1989.

Pendant ses deux années de service civil au Tchad (1995-1997), il enseigne les mathématiques et la physique au lycée Saint-Charles-Lwanga (Sarh) et fonde le Centre d'accueil des enfants de la rue de Balimba1.

En janvier 1998, il soutient sa thèse de doctorat en mathématiques appliquées (à l'économie) au laboratoire d'économétrie de l’École polytechnique et à l'université Panthéon-Sorbonne2.

En 2004, il obtient l'habilitation à diriger des recherches (HDR). La même année, le 27 septembre, il entre chez les jésuites. Il est ordonné prêtre le 14 décembre 20133. Il soutient une thèse de doctorat en théologie le 22 septembre 2020 au Centre Sèvres de Paris sur le thème de la théologie politique des communs à l'ère anthropocène4, sous la direction de Christoph Theobald.

Recherche, enseignement et autres activités[modifier | modifier le code]

Après une année passée en tant que fellow au CORE (Centre For Operations Research, Louvain-la-Neuve, Belgique), il entre au CNRS en 1999 comme chargé de recherche en économie. Sa première affectation est au BETA (Bureau d'économie théorique et appliquée, Strasbourg), puis, en 2001, il est affecté au CES (Centre d'Économie de la Sorbonne). Il est chercheur associé à l’École d'économie de Paris de sa fondation jusqu'en 2014, tout en ayant une activité de consultant scientifique5. Il est, de début 2015 jusqu'à 2019, l'économiste en chef et directeur exécutif de l'Agence française de développement6.

Il exerce en outre la fonction de quant (consultant chargé de la conception des modèles mathématiques utilisés en finance de marché) dans les équipes de Jean-Michel Lasry auprès de la CPR et de Calyon entre 1999 et 2004. Il y travaille notamment à la tarification des actifs dérivés de crédit. En 2003, un poste de trader lui est proposé à New York, qu'il décline pour pouvoir devenir jésuite7.

Gaël Giraud enseigne la théorie des jeux et l’économie mathématique à l’université Panthéon-Sorbonne, à la Faculté des sciences économiques et de gestion de Strasbourg et à l’université de Hanoï au Viêt Nam. Il enseigne aujourd'hui l'économie au corps des ingénieurs des Ponts et Chaussées, à l’École polytechnique - où il fonde et dirige depuis 2015 la chaire Énergie et Prospérité, et au Sustainability Institute de l'Université de Stellenbosch (Afrique du Sud).

En 2007, il est professeur affilié à l'ESCP Europe8. Depuis lors, il a été membre du conseil scientifique de Finance Watch, de la Fondation Nicolas Hulot, du Shift Project et du Campus de la transition écologique. Depuis 2018, il est fellow associé à l'Institut d'études avancées de Nantes.

Membre du Centre de recherche et d'action sociales, il tient régulièrement une chronique sur l'actualité économique et financière dans la revue Projet.

En 2020, Gaël Giraud devient président d'honneur de l'Institut Rousseau, un nouveau cercle de réflexion qui se définit comme étant « apartisan, indépendant des partis » et « au croisement de la social-démocratie, de l’écologie et de la pensée républicaine », et considéré par Le Monde comme se situant « à la gauche de la gauche »9,10.

Travaux[modifier | modifier le code]

Ses travaux portent notamment sur le rôle de la monnaie, le rôle des marchés financiers et de leur réglementation dans la prévention des krachs économiques, ainsi que sur les dynamiques économiques hors équilibre. Gaël Giraud travaille également sur les obligations indexées sur l’inflation, les enchères pour les introductions en bourse (IPO), les dérivés de crédit et les méthodes de fixing pour les chambres de compensation des marchés internationaux.

Dans sa chronique pour la revue Projet, depuis 2007, il prend également position sur le « pic pétrolier », en faveur d'un protectionnisme aux frontières de l'Europe11, d'un plafonnement des revenus, d'un financement massif de la transition écologique, du passage de l'euro monnaie unique à l'euro monnaie commune12. Il considère que l'énergie est le facteur essentiel de la croissance économique : l'élasticité, autrement dit la sensibilité du PIB par habitant par rapport à la consommation d'énergie est, d'après lui, de l'ordre de 60 %, et non de moins de 10 % (soit le coût de la facture énergétique dans la production) selon la littérature économique habituelle13.

Les travaux de Gaël Giraud explorent et développent les aspects éthiques, voire théologiques, des sciences économiques14. Depuis 2012, il alerte sur les risques liés au réchauffement climatique, et à l'épuisement des ressources énergétiques15[source insuffisante].

Avec une équipe de chercheurs de l’Agence française de développement, il développe depuis 2015 un nouvel outil de modélisation macroéconomique : GEMMES (General Monetary and Multisectoral Macrodynamics for the Ecological Shift). Cet outil d'aide à la prise de décision intègre les enjeux de la transition écologique16.

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

Gaël Giraud est nominé pour le prix du meilleur jeune économiste de France 2009 décerné par le journal Le Monde et le Cercle des économistes17,18.

En 2013, son livre l'Illusion financière reçoit le prix « Lire l'économie », décerné par des lycéens français et organisé par le ministère de l'Éducation nationale19.

En 2019, il reçoit le prix du « MOOC of the year » de l'AFD et de l’École normale supérieure pour le MOOC « Transition écologique et énergétique dans les pays du Sud »20.

Prises de position[modifier | modifier le code]

Gaël Giraud a contribué à la préparation de la loi Moscovici portant sur la séparation des banques21, dénonçant avec (entre autres) Alain Grandjean et Olivier Berruyer l'inefficacité prévisible des nouvelles dispositions réglementaires. Il a à ce titre organisé un colloque-débat à la Sorbonne le 21 janvier 201322.

Dans un entretien de février 2017, il explique l'importance économique et écologique du concept de communs23 : « Plus globalement, ma conviction est que nous devons travailler à l’émergence de communautés capables d’administrer intelligemment des communs, à égale distance de la gestion bureaucratique soviétique ou néo-libérale. »

Dans le contexte de la crise économique découlant de l'épidémie de COVID-19, il plaide pour l'annulation des dettes souveraines détenues par la Banque centrale européenne24, afin de permettre aux États d'investir dans un plan de reconstruction écologique des économies européennes.

 

 

La pandémie depuis un an.

Par Le 19/02/2021

 

"L'être humain est un animal qui trébuche 20 fois sur la même pierre" Jose Mujica, ex-président de l'Uruguay

 

Cette vidéo date de mars 2020. Quasiment un an par conséquent. Et c'est ce flash-back qui permet de mieux comprendre notre présent et de nous projeter dans l'avenir.

Comme je l'avais expliqué dans l'article sur l'éradication de la variole, c'est bien le traçage des personnes contaminées et leur isolement qui reste le recours le plus performant. Le cas de Singapour est exemplaire. 

Eradication de la variole

Une vidéo encore une fois passionnante. Claire, documentée, objective. 

"Les catastrophes naturelles n'existent pas. Ce sont nos actions (ou nos inactions) qui transforment les risques en désastres."

 

Les prochaines pandémies (3)

Par Le 19/02/2021

Les prochaines pandémies

Les prochaines pandémies (2)

 

En 2018, j'avais publié un article parlant déjà de cette immense pollution planétaire du plastique, des dégâts qu'elle occasionnait sur la biodiversité marine et des risques qu'elle faisait désormais courir à l'humanité. Je ne serais guère surpris que la prochaine pandémie vienne de là. A moins que les élevages intensifs ne lui dame le pion. Il serait inconscient en tout cas de croire qu'il n'y en aura pas d'autres. 

"Plastisphère"

 

Inquiétantes découvertes scientifiques sur les microplastiques dans les océans

 

Durée de lecture : 6 minutes

https://reporterre.net/Inquietantes-decouvertes-scientifiques-sur-les-microplastiques-dans-les-oceans

19 février 2021 / Marie Astier (Reporterre)
 

     
 

Inquiétantes découvertes scientifiques sur les microplastiques dans les océans

La pollution générée par le plastique est plus complexe qu’elle n’y paraît. Saviez-vous que les microplastiques voguant sur l’eau déplacent des espèces invasives ? Qu’en absorbant les antibiotiques ils favorisent l’antibiorésistance ? Des chercheurs au CNRS font le bilan de leurs inquiétantes découvertes. Des solutions naissent, doucement.

Faut-il encore le rappeler ? De l’Antarctique aux grands fonds méditerranéens, les plastiques sont partout. Et les conséquences de leur dissémination aussi exponentielles que la courbe de leur utilisation.

Le sujet occupe et préoccupe de plus en plus de chercheurs, a rappelé le CNRS lors d’une présentation en ligne des travaux du groupement de recherche polymères et océans — créé en 2019, il rassemble plus de deux cents chercheurs. Plusieurs d’entre eux ont ainsi fait le point mercredi 10 février sur la recherche concernant cette matière omniprésente dans notre quotidien.

L’occasion de préciser l’ampleur de la pollution, et sa répartition. La mer est sa principale victime : quatre cents millions de tonnes de plastique sont produites chaque année et environ dix millions d’entre elles aboutissent dans les océans, a chiffré François Galgani, océanographe et écotoxicologue à l’Ifremer en Corse. Le rapport d’experts d’une ONG étasunienne prédit même un triplement à trente millions de tonnes par an en 2040, si rien n’est fait.

Parmi ces déchets, « 30 à 40 % sont des emballages », a précisé le chercheur. « La mer Méditerranée est la plus polluée au monde, en raison du grand nombre d’habitants, du fait qu’elle est fermée, de la densité de trafic maritime et des grands fleuves qui s’y déversent », a-t-il poursuivi. L’embouchure du Nil ou celle du canal de Suez sont notamment des points noirs.

« La pollution croît significativement dans les zones les plus lointaines, comme l’Antarctique ou les grands fonds »

Surtout, ces déchets ne restent pas forcément là où ils sont produits. « Ils circulent sur de longues distances, explique le chercheur. Par exemple, les déchets produits sur la côte atlantique européenne peuvent être transportés de l’autre côté de l’Atlantique. Ils s’accumulent aussi dans les zones de convergence, ce que les ONG ont appelé les continents de plastique. La pollution n’augmente pas partout de la même manière. Désormais, elle croît significativement dans les zones les plus lointaines, comme l’Antarctique ou les grands fonds. »

L’étendue des conséquences de cette pollution commence à peine à être explorée. « On connaît les effets sur la macrofaune via les piégeages, les étranglements, les blessures, a expliqué Ika Paul-Pont, chercheuse au CNRS en écotoxicologie marine. Mais il y a une pollution plus insidieuse. Les plastiques sont ingérés par toute la chaîne alimentaire marine. Ils peuvent s’accumuler dans le tube digestif des animaux, voire passer la barrière intestinale et aller dans d’autres organes. Ils ont des effets toxiques avérés. »

« Les déchets s’accumulent aussi dans les zones de convergence, ce que les ONG ont appelé les continents de plastique. »

Car, au-delà de la perturbation mécanique que crée la présence d’un morceau de plastique dans le corps, cette matière a aussi des effets chimiques. Les plastiques contiennent, pour environ 5 % de leur composition, des additifs parfois problématiques, tels que les phtalates et le bisphénol A. Et en plus de cela « le plastique a une très forte capacité d’absorption des contaminants du milieu environnant », poursuit Mme Paul-Pont. Un concentré de polluants, en somme, ingéré par les habitants des mers. « On a observé en laboratoire que cela a des effets sur la capacité des animaux à se nourrir, crée du stress, perturbe leurs défenses immunitaires, leur croissance, leur reproduction et leur comportement. »

Des micro-organismes — dont des espèces invasives — voyagent sur des microplastiques

Mme Paul-Pont nous apprend aussi la découverte récente de ce que les spécialistes ont appelé la « plastisphère », soit l’ensemble des micro-organismes vivant sur les particules de plastique parsemant les océans. « C’est une nouvelle niche écologique », constate-t-elle. Qui pose de sacrées questions : « Les microplastiques sont très durables dans le temps et peuvent parcourir de grandes distances. Cela peut déplacer des espèces invasives voire pathogènes. Par exemple, six ans après le tsunami au Japon de 2011, on a retrouvé près de trois cents espèces nouvelles de micro-organismes arrivées sur la côte américaine via des microplastiques. Ils ont traversé le Pacifique. » Autre inquiétude, cette plastisphère comprend parmi ses habitants des bactéries ayant développé des résistances à un large éventail d’antibiotiques. La chercheuse au CNRS résume :

Les plastiques absorbent aussi les antibiotiques. Ils pourraient donc jouer un rôle dans le développement de l’antibiorésistance.

Après les microplastiques et leur cortège de micro-organismes, poursuivons la plongée dans l’infiniment petit avec les nanoplastiques, produits de la dégradation du plastique et invisibles à l’œil nu. Ils intéressent les chercheurs depuis 2015. Eux aussi sont partout. « Dans les sols, les plages, les océans, les rivières, détaille Julien Gigault, chargé de recherche au CNRS. Ils sont très contaminants. Leur taille et leur forme leur procurent une capacité de diffusion extraordinaire. Ils traversent les barrières organiques très facilement. » Et apportent donc avec eux leur cortège de polluants et micro-organismes prospérant sur le plastique. Les scientifiques explorent encore les conséquences de ces observations.

Lise Durantou, cofondatrice de l’association la Pagaie sauvage, en pleine capture de microplastiques dans une rivière au Pays basque.

Elles semblent, à première vue, potentiellement catastrophiques pour le monde marin. En revanche, les spécialistes se sont montrés plus rassurants pour les humains. Concernant les nanoplastiques, « l’exposition est limitée et se fait surtout par l’air, puis par les vêtements, les cosmétiques, l’alimentation et de façon volontaire par des actes médicaux, a expliqué Guillaume Duflos, biochimiste à l’Anses (l’agence nationale de sécurité sanitaire). Mais les recherches sur la toxicité pour l’humain ont commencé il y a peu. » En 2019, un rapport de l’ONG Center for international environmental law (Ciel) s’intéressant aux effets des plastiques sur la santé humaine estimait tout de même que « le plastique est une crise sanitaire globale ignorée bien que sous nos yeux ». On y lisait qu’« une étude a trouvé des microplastiques dans les selles de sujets habitant dans des régions du monde variées et aux régimes alimentaires totalement différents ».

« On est capable de faire des plastiques biodégradés à 90 % au bout de 250 jours »

Alors, que faire face à l’ampleur du désastre annoncé ? « Malheureusement, on ne peut pas nettoyer les océans », a constaté Fabienne Lagarde, maîtresse de conférences à l’Université du Mans. Il faut donc absolument limiter les entrées. » Réduire, donc, la quantité de plastique relarguée dans la nature. En en diminuant notre consommation effrénée par exemple. La réglementation européenne visant à réduire l’utilisation du plastique à usage unique est un bon début, selon François Galgani : « Il y a également des discussions au niveau mondial pour s’accorder sur la réduction du plastique à usage unique, cela peut fonctionner. »

Mieux récupérer les déchets plastiques pour les recycler davantage fait également partie des pistes évoquées. Enfin, « il faut penser la fin d’usage du matériau dès sa conception », a estimé Fabienne Lagarde. Autrement dit, inventer des plastiques qui se dégradent rapidement dans l’environnement. Un champ de la recherche en plein développement selon Stéphane Bruzaud, professeur à l’Université de Bretagne-Sud : « On est capables de faire des plastiques biodégradés à 90 % au bout de 250 jours », se félicite-t-il. « Ils ne persisteraient dans l’environnement que quelques jours ou semaines plutôt que des dizaines d’années. Mais ils ne représentent que 1 % du plastique aujourd’hui dans le monde. »

C’est maintenant que tout se joue…

Les scientifiques alertent sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale dans le traitement de l’actualité.
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Lire aussi : Le plastique est relancé par le coronavirus — au détriment de l’environnement

Source : Marie Astier pour Reporterre

Photos :
. chapô : Des microplastiques de la rivière Patapsco photographiés au laboratoire du département de science environnementale et de technologie de l’Université du Maryland (États-Unis), en 2015. Will Parson/Chesapeake Bay Program
. Cofondatrice de l’association la Pagaie sauvage. © Chloé Rebillard/Reporterre
. Des microplastiques récoltés dans un vortex, ou tourbillon, de déchets dans l’océan. Will Parson/Chesapeake Bay Program / 
Flickr

 


 

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Les élevages de visons en Chine à l’origine du Covid-19 ? Les indices s’accumulent

 

Durée de lecture : 24 minutes

8 janvier 2021 / Yann Faure et Yves Sciama (Reporterre)
 

     
 

Les élevages de visons en Chine à l'origine du Covid-19<small class="fine d-inline"> </small>? Les indices s'accumulent

Et si la pandémie était née dans des élevages intensifs d’animaux à fourrure en Chine ? Le « chainon manquant » entre la chauve-souris et l’humain pourrait bien être le vison — le chien viverrin est également suspecté. Ceci expliquerait la volonté tenace de la Chine — premier producteur mondial de fourrure — de verrouiller l’information scientifique.

La naissance du Covid-19 dans une ferme d’animaux à fourrure chinoise — et notamment de visons — semble de plus en plus plausible, comme le montre cette enquête. Fin décembre 2020, Reporterre avait révélé que les souches responsables des deux vagues épidémiques qui ont ravagé l’Europe étaient apparues à proximité immédiate d’importants élevages de visons. Reporterre a continué l’enquête du côté chinois. Aujourd’hui même, vendredi 8 janvier, Science a publié un article soulignant la nécessité d’étudier le lien entre Covid et visons.

Ira, ira pas ? Plus personne ne sait à l’heure où nous écrivons ces lignes si la délégation de scientifiques sélectionnés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) se rendra bel et bien en Chine pour enquêter sur l’origine de la pandémie. Les dix experts internationaux n’ont toujours pas reçu les autorisations nécessaires pour entrer sur le territoire. Des négociations sont en cours, mais l’opacité est telle que nul n’en connaît les enjeux. [1]

Il est stupéfiant qu’un an après ce qui s’annonce comme la plus importante pandémie du siècle écoulé, aucun progrès n’ait été réalisé dans la compréhension de comment le Sars-CoV-2 a pu être transmis à l’humain depuis la chauve-souris, son hôte naturel. Une incertitude qui n’est pas due aux limites de la science, mais bel et bien à l’attitude des autorités chinoises, qui depuis un an s’opposent becs et ongles à toute tentative indépendante — quand bien même elle viendrait de l’intérieur du pays — de répondre à cette question. On se demande ce que la Chine veut absolument cacher.

Difficile de ne pas noter, en particulier, qu’aucune enquête n’a été menée pour confirmer ou infirmer une hypothèse aussi évidente que rarement mentionnée : celle d’une origine de la pandémie dans un élevage d’animaux à fourrure. La Chine est en effet à la fois le premier marché et le premier producteur de fourrure mondiaux, et la colossale branche chinoise de cette industrie pèse plus de vingt milliards de dollars annuels, avec plus de cinquante millions de têtes. Or, si les animaux d’élevage traditionnels (bovins, porcins, volailles…) ne semblent pas infectés par le coronavirus, c’est l’inverse pour les animaux à fourrure : les trois principales espèces — vison, renard, et chien viverrin — y sont hautement sensibles.

Tous les spécialistes savent que les épidémies humaines issues d’élevages n’ont rien d’exceptionnel. Ces derniers sont des bouillons de culture microbiens connus : la dernière pandémie grippale de 2009, par exemple, est née dans les élevages porcins américains — d’où son nom de grippe porcine. Du reste, le « coronavirologue » Christian Drosten, découvreur du Sars-CoV-1 en 2003, et conseiller scientifique du gouvernement allemand, affirmait dès le mois d’avril 2020 dans une interview au Guardian : « Si quelqu’un me donnait quelques centaines de milliers de dollars et un laissez-passer en Chine pour trouver la source du virus, je chercherais dans les endroits où les chiens viverrins sont élevés. »

L’hypothèse émise par Christian Drosten, selon laquelle le chien viverrin pourrait être le chaînon manquant entre la chauve-souris (l’hôte originel de ce coronavirus, selon le consensus scientifique) et l’humain, tombe sous le sens. Les chiens viverrins (Nyctereutes procyonoides) — souvent confondus avec les ratons laveurs auxquels ils ressemblent — sont de petits carnivores de la famille des canidés. Une équipe dirigée par Conrad Freuling, de l’Institut fédéral allemand de recherche sur la santé animale, situé à Riems, a démontré expérimentalement en août 2020 que non seulement ces animaux attrapent le coronavirus humain, mais qu’ils se le transmettent parfaitement.

En Chine, le nombre de chiens viverrins d’élevage était estimé à 14 millions en 2019.

« Nous avons constaté que le virus reste cantonné aux fosses nasales dans cette espèce, et ne gagne pas les poumons », indique le chercheur, interrogé par Reporterre. Conséquences ? «  Ils ne sont pratiquement pas malades lorsqu’ils sont infectés, et restent asymptomatiques tout en étant contagieux. De plus, ils excrètent a priori suffisamment de virus pour infecter un humain. » Cette propriété les rapproche des visons, comme on a pu le constater dans les élevages du nord de l’Europe. Le chercheur note qu’être très transmissible et peu pathologique est le profil d’un virus très adapté, ce qui est tout à fait compatible avec l’hypothèse selon laquelle ces espèces seraient le « chaînon manquant » entre la chauve-souris et l’humain.

Mais si Christian Drosten soupçonne le chien viverrin, c’est avant tout à cause de la pandémie de Sras de 2003 [2]. Car s’il a beaucoup été répété que l’animal qui a propagé cette maladie (dont le Sars-CoV-1 était l’agent) était un viverridé, la civette masquée (Paguma larvata)… les raccoon dogs, ou chiens viverrins, étaient également contaminés et tout autant susceptibles de jouer le rôle de transmetteur à l’être humain !

Dans les études scientifiques datant de 2003-2004 portant notamment sur les marchés de Shenzhen, dans le Guandong, il paraît quasiment impossible de départager laquelle des deux espèces a contaminé l’autre ou si une troisième a infecté les deux à la fois. Comme l’indique un article d’avril 2007 paru dans Virus Research, la civette masquée est considérée comme le dernier hôte intermédiaire le plus probable avant l’humain. L’une des principales raisons évoquées : l’identification de restaurants, proches, où se trouvaient des civettes infectées et où trois clients et une serveuse sont tombés malades. C’est maigre. D’autant plus maigre que les civettes, qui furent pendant plusieurs décennies élevées pour leur fourrure avant de devenir une viande de consommation réputée, ne comptaient plus dans ces années-là que 40.000 têtes dans l’ensemble du pays. Autrement dit, un tout petit réservoir potentiel. Le nombre de chiens viverrins d’élevage est, lui, estimé entre cinq et dix millions.

En 2003, la Chine semble avoir manœuvré pour incriminer la civette afin de détourner l’attention de son industrie de la fourrure

À l’hiver 2003-2004, une immense enquête financée par le ministère chinois des Sciences et Techniques et le National Institute of Health étasunien, portant sur le séquençage d’un échantillon de 1.107 civettes issues de 23 élevages choisis dans douze provinces, a conclu que si, sur le marché de Xinyuan (Guandong), les 91 civettes présentes étaient effectivement porteuses du virus, il n’y avait pas d’infection détectable dans les élevages d’origine des civettes commercialisées. Indice que la contamination avait pu avoir lieu plutôt sur le marché ou durant le transport. Or, sur le même marché de Xinyuan, la totalité des quinze chiens viverrins présents étaient contaminés.

Bien que plusieurs articles aient souligné que ces civettes auraient pu tout simplement avoir été contaminées par les chiens viverrins, aucune étude n’a été lancée pour en savoir davantage sur les raccoon dogs. Plusieurs chercheurs s’en sont étonné, notamment Paul et Martin Chan, qui ont déploré que ceux-ci « ne suscitent pas d’intérêt ». Shi Zhengli, sans doute la principale « coronavirologue » chinoise — elle dirige un département du Wuhan Institute of Virology —, regrettait, en 2007 dans l’article de Virus Research déjà mentionné, qu’il ne soit « toujours pas clair si ce sont les chiens viverrins qui ont été infectés par les civettes ou l’inverse ». Et concluait : « Contrairement aux civettes, très peu de recherches ont été conduites pour échantillonner les chiens viverrins sauvages ou d’élevage. »

On retrouve ce même étonnement chez Conrad Freuling, qui avoue qu’il a aussi testé les chiens viverrins en Allemagne parce que personne ne l’avait jamais fait en Chine, où sont pourtant situés la quasi-totalité des élevages du monde — on en trouve une poignée en Finlande et en Pologne [3]

Notons enfin que sur ces marchés, des renards roux et des mustélidés étaient également infectés. Curieusement, l’étude sino-américaine n’échantillonna aucune ferme dans le Shandong, le Liaoning, le Jilin ou le Heilongjiang, les quatre principales provinces d’élevage de visons. Ne pas avoir enquêté dans le Shandong est particulièrement étonnant, puisque c’est la capitale sans rivale de la production de fourrure et que cette province est géographiquement plus proche du Guandong que le Hebei — qui a pourtant été bien prospecté.

Fur farming regions in China.

Tout s’est donc passé en 2003 comme si la Chine avait manœuvré pour incriminer la civette, une espèce à l’importance économique marginale, afin de détourner l’attention de son industrie de la fourrure, pour la protéger.

Or, cette même stratégie semble bien avoir été reprise et portée à un niveau supérieur en 2020 — dans un contexte évidemment différent et avec des enjeux colossaux. Cette fois-ci, la Chine a manifestement décidé de contrôler totalement la parole scientifique sur la pandémie, au même titre que la parole citoyenne. Après une phase initiale de confusion en janvier et février 2020, durant laquelle on a vu tant des journalistes que des scientifiques de haut rang publier relativement librement, la répression s’est abattue sur les premiers (avec des condamnations et même des disparitions), et la censure sur les seconds.

L’information est à l’évidence filtrée et façonnée au gré des besoins du pouvoir chinois

Plus précisément, une enquête récente de l’Associated Press (AP) révèle que le pouvoir a engagé une vigoureuse reprise en main des publications scientifiques après la parution d’un article de deux chercheurs en février — article introuvable, désormais, sur internet [4] —, suggérant que le virus s’était échappé d’un laboratoire de Wuhan. Conséquences, dès le 24 février : une nouvelle procédure d’approbation des publications par le Centre de contrôle des maladies chinois (CDC), puis la diffusion d’une note ministérielle confidentielle, datée du 3 mars, qu’AP s’est procurée et a mise en ligne. Le contenu de celle-ci est saisissant, appelant à « coordonner la publication de la recherche scientifique sur le Covid-19 à travers le pays à la manière d’une partie d’échecs », sous le contrôle d’un « groupe de recherche scientifique du Conseil d’État » et après avoir notifié l’équipe de « propagande » dudit Conseil. La note interdit toute publication qui ne serait pas validée par ce groupe — et conclut que les contrevenants « seront tenus pour responsables ».

C’est donc à la lumière de cette note qu’il faut aborder les récentes publications scientifiques chinoises : malgré l’excellence d’un grand nombre de chercheurs, l’information est à l’évidence filtrée et façonnée au gré des besoins du pouvoir. Même chose pour la presse : pendant des mois, on n’y trouve aucune mention des renards, des visons et des chiens viverrins dans l’inventaire des animaux présents au marché de Wuhan avant sa fermeture le 31 décembre 2019.

Au marché de Wuhan se vend une profusion de marchandises, dont des renards, des visons et des chiens viverrins.

Pourtant, d’après le dernier rapport de l’OMS, les renards étaient bien présents au « wet market » de la ville. Et d’après une évaluation des risques publiée en mars par le Centre des maladies infectieuses et l’Agence de santé publique canadienne, les visons aussi figuraient sur la liste des animaux en vente. Enfin, sur des photographies, prises début décembre 2019 à l’intérieur du marché et diffusées en janvier 2020 par CNN, il y avait bien aussi, dans ce fameux marché, des raccoon dogs. Quoi qu’en aient dit les autorités, le trio des carnivores d’élevage était donc au complet sur le marché de Wuhan.

Notons que si ces espèces ont fait l’objet d’un black-out médiatique, le ministère chinois de l’Agriculture et des Affaires rurales n’a pas pour autant oublié leur existence. Lorsqu’il a fallu, sous la pression de l’opinion publique mondiale, interdire le commerce d’animaux sauvages en raison des risques d’émergence virale et de propagation, il les a requalifiées en « espèces domestiques » afin d’exonérer leur élevage de toute entrave possible.

Évoquons aussi le succès planétaire de la fable du pangolin. Pas moins de quatre articles chinois sont sortis pour incriminer cet animal à écailles. La théorie du pangolin, désormais abandonnée, puisque le virus trouvé dans cet animal est encore plus éloigné du Sars-CoV-2 que celui de la chauve-souris, a été proposée alors même que le séquençage du gène viral qu’il était censé porter était loin d’être achevé. Juste avant, les autorités chinoises avaient déjà réussi à nourrir la presse de l’hypothèse que le serpent était probablement l’hôte intermédiaire. Dans la foulée, il y a même eu une tentative de jeter la tortue en pâture à l’opinion. Que de fausses pistes ! On ne peut s’empêcher de penser que diriger les regards vers trois espèces à écailles ne peut relever tout à fait du hasard, tant de tels suspects éloignent efficacement l’imaginaire du public des producteurs de fourrure.

L’hôte intermédiaire le plus probable d’après une recherche récente ? Le vison

Pourtant, après que l’Université d’agriculture du Sud a communiqué brutalement, sans aucune donnée à l’appui, au sujet du pangolin, une étude contredisant la précédente passait à peu près inaperçue. Le 24 janvier 2020, ainsi qu’on peut le voir sur le site Global Times, qui tient le journal de l’épidémie depuis ses prémices, l’hôte intermédiaire le plus probable d’après une recherche fondée sur une comparaison générale des bases de données (GISAID) à l’aide d’un logiciel d’intelligence artificielle est… le vison. Il a même le potentiel d’en être l’hôte d’origine. Or, cette étude qui cible le vison a été initiée avec le soutien de l’Académie chinoise des sciences, du laboratoire virologique de Wuhan et du CDC chinois. Le travail de l’équipe de Quian Guo offre toutes les garanties de sérieux, et ses résultats n’ont pas été contestés. Mais, excepté à Singapour et en Australie, on s’est juste contenté de ne lui accorder aucune audience. Il a été fait en sorte que le pangolin, en confortant les préjugés et en exacerbant les passions, sature tout l’espace disponible.

Un autre exemple édifiant des publications dilatoires de la communauté scientifique chinoise est l’étude effectuée par l’Université médicale du Shandong, parue le 1er avril 2020 dans le Medical Journal of Virology. Les chercheurs ont testé à partir de la structure de leur protéine réceptrice, celle sur laquelle se fixe le virus, 85 espèces de mammifères : humain, chat, chien, porc, cheval, civette, pangolin, macaque, renard, chien viverrin, éléphant africain, suricate, taureau, putois, kangourou, opossum, tortue, lynx, etc. Mais ils ont « oublié » le vison, pourtant particulièrement présent dans la région d’origine des chercheurs, à savoir dans le Shandong, où ils ne sont pas moins de quinze millions ! Les scientifiques ont conclu sans rire qu’il serait bon de surveiller attentivement un cétacé, « le marsouin sans nageoire du Yang Tsé, parce qu’il s’en trouve dans les lacs à proximité de Wuhan et qu’il pourrait être infecté par le Sars-CoV-2 ou un coronavirus apparenté ». Il est d’ailleurs amusant de noter que leur étude trouve aux petits carnivores, chats inclus, une affinité nettement moindre pour le Sars-CoV-2 que la vache ou le mouton, alors que l’on sait désormais que c’est l’inverse.

Il y a trois mille élevages de visons chinois, dont certains dépassent les cent mille têtes

Les visons chinois, et particulièrement ceux du Shandong, méritent pourtant qu’on s’y attarde. On le sait, ces derniers mois ont fait la démonstration scientifique que les visons pouvaient à la fois contracter le virus des humains et les infecter en retour, non sans fréquemment générer des mutations dans le processus. Mais il y a par-delà cette actualité, une longue histoire des maladies du vison, qui montre que cette espèce solitaire — comme tous les carnivores d’élevage, alors que les herbivores sont sociaux —, placée dans les conditions de promiscuité épouvantable des élevages, contracte des maladies multiples qui en font une menace sanitaire. Or, il y a trois mille élevages de visons chinois, dont certains dépassent les cent mille têtes, qui peuvent être à la source de l’actuelle pandémie. Il est donc incompréhensible qu’aucune recherche virale n’ait été publiée concernant ces animaux.

Les visons — ici, chinois — peuvent à la fois contracter le virus des humains et les infecter en retour, non sans fréquemment générer des mutations dans le processus.

Quelques exemples du problème ? En 2011, un nouveau virus excrété par des visons d’élevage a été génétiquement mis en évidence dans une ferme du Hebei. Il semble être un réassortiment virulent de souches de virus humains et porcins habituellement bénignes. 100 % des visons étaient touchés, 5 % en mouraient. L’apparition d’encéphalopathie nécrosante chez deux enfants était susceptible d’être attribuée à cette recombinaison, et l’étude publiée par Emerging infectious diseases a conclu qu’il fallait se préparer à l’émergence de variantes plus virulentes.

En 2014, les visons d’une ferme du Shandong étaient victimes d’une épidémie de pseudorage d’origine porcine qui aboutit à la mort de 87 % des animaux et se propagea à l’ensemble de la province. Les scientifiques qui avaient essayé d’évaluer l’ampleur de l’épidémie dans quatorze localités affirmaient dans leur publication que le virus avait un taux d’infection très élevé dans la région et que « cela pose un défi pour l’industrie de la fourrure ».

En 2015, une équipe (comprenant la virologue chinoise Shi Zhengli) a isolé et identifié des virus de chauve-souris étroitement liés aux virus humains, porcins et visonins. Ce qui suggère des transmissions interspécifiques entre les chauves-souris et les humains ou les animaux.

En octobre 2016, une équipe du collège vétérinaire de Quingdao découvrait que les visons du Shandong étaient contaminés par une grippe aviaire H5N1 hautement pathogène.

En 2019, une autre équipe du même collège vétérinaire de Quindao a repéré dans les élevages de visons du Shandong l’émergence d’une co-infection mortelle du virus de la maladie de Carré et de celui de la grippe H1N1 porcine, donnant lieu à une nouvelle souche H1N1 dans les poumons infectés de ces mustélidés.

Les visons d’élevage sont également des hôtes intermédiaires possibles pour des variétés de grippe A qui peuvent conduire au développement de souches pandémiques humaines par transmission directe ou indirecte. Ils hébergent parfois de manière épidémique le virus de l’hépatite E, sans qu’on sache encore s’ils peuvent le transmettre aux humains. Ils sont suivis pour l’ESB (encéphalite spongiforme bovine) en raison de leur régime en partie constitué de farines animales, etc.

Pour limiter les dégâts, les visons sont vaccinés contre les virus qui les affectent le plus couramment, comme le parvovirus de la maladie aléoutienne, hautement contagieux pour leur espèce et le virus de la maladie de Carré, transmissible depuis les canidés et aux canidés. Mammifères aux poumons fragiles, ils attrapent spontanément des pneumopathies, qu’ils propagent facilement car ils ont la particularité d’éternuer, tout comme les furets, eux aussi des mustélidés. Visons comme furets sont porteurs de coronavirus spécifiques, celui des furets étant appelé « systémique », car il touche tous les organes, tandis que celui des visons est appelé mink CoV (MCoV) (mink est le mot anglais pour vison).

Les chauves-souris, attirées par les hangars d’élevage, défèquent… sur les cages

Enfin, pour prendre la mesure du chaudron microbien que représentent ces élevages, notons que les visons chinois sont particulièrement concentrés dans la région du Shandong. Cette terre historique d’élevages pour la fourrure accueille des milliers d’exploitations, parfois en polyactivités. On l’a vu, quinze millions de visons s’y agglutinent (en plus de trois millions de chiens viverrins et de six millions de renards). La plupart se trouvent dans une zone grande comme un département français, qui s’étend vers le sud depuis la commune côtière de Weifang. Les animaux, entassés dans des conditions d’hygiène parfois effrayantes, y sont nourris en partie de poissons frais tirés de la mer Jaune, d’abats de volailles ou de porcs, de farines animales et des charognes de leurs congénères, au gré des dépeçages. La nourriture fraîche fortement protéinée est importante pour améliorer la qualité de leurs peaux. Leur existence, entièrement captive, est plutôt brève : les visons, par exemple, se reproduisent en mars, mettent bas en avril et les portées sont tuées entre la mi-novembre et la mi-décembre. Ne sont épargnés que les « étalons » et les femelles destinés à reproduire la génération suivante. Ces reproducteurs représentent néanmoins environ 12 % de l’effectif de chaque élevage, ce qui peut suffire à ce que d’éventuels pathogènes persistent.

Vente de fourrures au marché Sunning, dans la province de Hebei.

Ajoutons que le Shandong, territoire de moyenne montagne et de forêts, connu entre autre pour ses grottes, héberge de nombreuses espèces de chauves-souris, dont certaines, comme Rhinolophus ferrumequinum, Myotis Fimbriatus ou Eptesicus Serotinus, sont porteuses de coronavirus. Les chauves-souris sont attirées par les hangars d’élevage, qui leur fournissent un abri potentiel. Elles urinent et défèquent fréquemment sur tout ce qu’elles surplombent. Des cages contenant des animaux par exemple. De fait, on dispose donc dans le Shandong (même si c’est également le cas dans d’autres régions de Chine) de tous les ingrédients pour de formidables rencontres virales, des recombinaisons en tout genre et des émergences fulgurantes.

Un chiffre peu connu attire l’attention : en 2019, la province n’a récolté que 6,5 millions de peaux de visons, contre presque quinze l’année précédente. Quasiment neuf millions de visons volatilisés d’une année sur l’autre ! Une baisse de 55 %, propre à cette seule province, qui semble ne pouvoir s’expliquer que par une catastrophe ou un fléau brutal. Lequel ? Pourrait-il être sanitaire ? D’autant que les productions de peaux de renards (5,7 millions) et de chiens viverrins (trois millions) issues du même territoire sont, elles, restées parfaitement stables. Sollicitée à plusieurs reprises par Reporterre pour expliquer cette hécatombe, la China Leather Industry Association a laconiquement invoqué dans un courriel « un marché stagnant et une surproduction de peaux de visons » qui auraient conduit « la plupart des compagnies à quitter l’industrie ». Une explication qui semble insuffisante devant l’ampleur du séisme.

Effondrement de la production de visons en 2019.

Tous les grands pays producteurs de peaux de visons ont été contaminés… sauf la Chine ?

Quoiqu’il en soit, on peut s’étonner qu’officiellement aucune ferme intensive chinoise de visons n’ait été contaminée alors que l’Europe de l’Est, de l’Ouest, du Nord et du Sud, les États-Unis et le Canada sont touchés. Ce serait une étonnante anomalie : tous les grands pays producteurs auraient été frappés mais le principal ferait exception, malgré les nombreux liens commerciaux et professionnels l’unissant à ses partenaires étrangers, notamment l’Amérique, l’Europe du Nord et l’Italie.

En définitive, mustélidés, canidés et viverridés — les mammifères suspects pour tenir le rôle d’intermédiaire — sont les mêmes aujourd’hui que pour l’épidémie de Sars-CoV-1 en 2003-2004. Sauf que les civettes masquées sont désormais mille fois moins nombreuses dans le pays que les renards, les raccoon dogs et les visons élevés pour leur fourrure. Il paraît donc inconcevable pour l’établissement de la vérité et pour prévenir une future nouvelle pandémie que l’OMS ne commande pas une enquête serrée dans les élevages, au Shandong et ailleurs.

Vente de renards et de chiens viverrins dans la province de Hebei, au marché de fourrures de Shangcun.

On comprend à la lecture du rapport préparatoire, malgré les perceptibles précautions diplomatiques vis-à-vis de la Chine, que l’intention est présente. Il est par exemple indiqué que la commission d’experts envisage notamment de « cartographier les chaînes d’approvisionnement de tous les animaux vendus sur le marché », sauvages et domestiques, en vue d’identifier « des aires géographiques intéressantes pour effectuer des sérologies animales et humaines ». Exactement, donc, ce qui aurait dû être fait depuis un an : des recherches de virus dans et autour des élevages.

Hélas, l’OMS, après de multiples concessions à l’égard du régime chinois, a abandonné l’ambition de pratiquer directement le travail de terrain en signant un protocole qui délègue aux chercheurs locaux cette partie de l’enquête. La mission ne devrait même pas sortir de Wuhan et l’un de ses membres déclarait récemment à la revue Science et Avenir qu’il ne faut pas s’attendre « à ce que l’équipe revienne avec des résultats concluants ». Même ainsi désarmée, cette délégation semble continuer à poser problème à Pékin.

Le mur dressé par l’État chinois semble toutefois commencer à se lézarder. Le 8 janvier, un article signé par des chercheurs chinois éminents, en l’occurrence Zhengli Shi et Peng Zou, reconnaît pour la première fois dans les colonnes de la revue Science que le vison pourrait être l’hôte « du virus qui a engendré le Sars-CoV-2 ». Les chercheurs suggèrent même de conduire « des investigations rétrospectives d’échantillons datant d’avant la pandémie chez les visons ou d’autres animaux susceptibles ». Les esprits suspicieux se demanderont pourquoi cette suggestion vient si tard, la sensibilité au Covid des visons étant connue depuis six mois, et si de tels échantillons existent encore. Les autres jugeront sans doute qu’il vaut mieux tard que jamais.

Compte tenu de son importance internationale, nous avons traduit cette enquête en anglais : Mounting evidence suggests mink farms in China could be the cradle of Covid-19

C’est maintenant que tout se joue…

Les scientifiques alertent sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale dans le traitement de l’actualité.
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[1] Une équipe de l’OMS est finalement arrivée jeudi 14 janvier en Chine, à Wuhan (centre).

[2] Le Sras est la première maladie grave et transmissible à émerger au XXIe siècle. L’épidémie, partie de Chine fin 2002, a éclaté au niveau mondial en 2003 faisant plus de 8.000 cas et près de 800 morts, résume l’Institut Pasteur.

[3] En 2018, 34,7 millions de visons, 2,7 millions de renards, 166.000 chiens viverrins et 227.000 chinchillas ont été élevés dans l’Union européenne.

[4] Le lien vers lequel nous renvoyons est une archive.

Lire aussi : EXCLUSIF - Les élevages de visons sont-ils la source du Covid en Europe ?

Source : Yann Faure et Yves Sciama pour Reporterre

Carte : © Gaëlle Sutton/Reporterre

Graphique : © Nicolas Boeuf/Reporterre

Photos :
. chapô et vison blanc : Visons élevés pour leur fourrure, en 2015, à Zhangjiakou, province de Hebei. © Greg Baker / AFP
. Chien viverrin. 
Animal Equality International
. Wuhan. 
c f de Pixabay
. Marché Suning, à Hebei. 
Rapport Peoples Republic of Fur Animals and Products
. Wuhan Market. Arend Kuester/
Flickr
. Marché de fourrures de Shangcun. Animal Equality International/
Flickr

Traverser le Temps

Par Le 18/02/2021

 

 « Qu'est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais; mais, si on me le demande, et que je veuille l'expliquer, je ne le sais plus ».

Saint-Augustin

 

Ces jours-ci, on est beaucoup sorti en montagne : raquettes à neige, ski de fond et ski de randonnée. Les journées sont splendides, les montagnes enneigées nous appellent et nous avions besoin de "vider" nos cerveaux emplis d'émotions et de tourments trop nombreux. Des situations qui nous pèsent et dont la résolution ne nous appartient pas intégralement. 

Aujourd'hui, c'était ski de fond. Un parcours qu'on connaît bien sur le plateau de la Féclaz, au-dessus de Chambéry. Un parcours qui relie une piste rouge à une noire, puis un morceau de piste bleue et un final sur une piste rouge. On a mis 1h40. Il doit y avoir une vingtaine de kilomètres, bien vallonné.

Il y a dix ans, c'était un parcours qu'on enquillait "à fond". Aujourd'hui aussi, on l'a fait "à fond". Mais ça n'était pas le même ryhtme. Le physique n'est plus le même, bien qu'on tente de le préserver par une alimentation réfléchie et une activité physique quasi quotidienne. Le sport est un révélateur du Temps. Non pas du Temps qui passe mais de notre passage à travers ce Temps. 

Imaginons une pluie continue.

Vous sortez bien habillé et vous commencez à marcher sous la pluie. Elle tombe doucement, verticale, presque imperceptible...Au début, vous la sentez à peine humidifier votre visage. Le reste de votre corps est bien à l'abri. Vos mains sont nues, vous devinez dans le balancement de vos bras des goutellettes infimes qui se déposent.

La pluie ne cessera jamais. Vous continuerez à marcher toute votre vie. Après quelques années, vos habits ne seront plus imperméables, l'eau finira par passer à travers la première épaisseur, vous commencerez à sentir son poids et insensiblement, année après année, vous serez obligé de ralentir la cadence de votre pas.

Et puis viendra le temps où plus rien ne sera sec. Vous sentirez sur la totalité de votre corps la présence de l'eau. Et plus tard encore, vous vous mettrez à avoir froid. Et plus tard encore, vous aurez l'impression que l'eau a traversé votre peau, qu'elle s'est inflitrée par les pores. Le poids se fera sentir avec une lourdeur que vous aurez de plus en plus de mal à combattre, votre pas raccourcira encore, vous ne franchirez plus de montagnes, la plaine sera devenu votre seul horizon.

La pluie n'a jamais cessé.

Vous l'avez traversée pendant toute votre vie. Elle est toujours restée identique. Parfois, vous l'avez oubliée, emporté par l'euphorie des bonheurs ou la détresse des drames. Parfois, elle vous a considérablement agacé. Mais elle n'a jamais changé. C'est vous qui l'avez perçue différemment. 

Vous avez traversé le Temps.

Le Temps ne passe pas. Il est immuable, insaisissable, indescriptible.

Cette traversée est marquée par les joies et les peines, les bonheurs et les détresses, les coups durs et les apaisements, la sérénité et la colère, la douceur et la douleur, la béatitude et la souffrance. 

Beaucoup de choses nous échappent, beaucoup d'événements surviennent sans qu'on n'ait pu les prévoir, beaucoup de situations resteront ancrées, comme des cicatrices immuables ou des instants de lumière.

Il n'y a qu'une chose qui nous appartienne totalement. L'acceptation, le lâcher-prise, l'agir dans le non agir. 

"Quand tu les acceptes, les choses sont ce qu'elles sont; quand tu ne les acceptes pas, les choses sont ce qu'elles sont." 

Dans la diminution de mes capacités physiques, je ne ressens aucune tristesse, aucun désappointement. Il serait absurde que j'entre en lutte contre le phénomène de la vie. Je sais ce que j'ai accompli, je sais ce que je peux faire aujourd'hui, j'ignore ce qu'il en sera dans quelque temps. Mais je l'accepte intégralement et en l'accueillant sereinement, je m'offre la possibilité de jouir pleinement de ce qui est là. 

 

Régime de faveur

Par Le 18/02/2021

Doit-on s'en étonner ?

Doit-on se taire ?

Doit-on l'accepter ? 

Non, bien évidemment. Mais notre avis ne compte pas.

Ma mère a fait un AVC en 2019 et elle a une pathologie cardiaque. Mon père lui aussi souffre d'une pathologie cardiaque. Malgré ça et de multiples appels téléphoniques auxquels personne ne répond et un site internet qui me répond sur le formulaire d'inscription que les réservations sont suspendues, je n'arrive pas à leur obtenir de rendez-vous.

Ils ont 86 et 85 ans.

Combien de cas similaires actuellement ? Lorsque je fouille sur internet, je trouve des centaines de messages dénonçant une impossibilité d'être vacciné malgré des situations à hauts risques chez les personnes concernées.  

Covid-19 : Nicolas Sarkozy, 66 ans, a été vacciné au mois de janvier

 

L’ancien chef de l’Etat, âgé de 66 ans, a reçu l'injection à l’hôpital militaire de Percy, à Clamart (Hauts-de-Seine). La vaccination avait été prescrite par un médecin de ville qui invoque une pathologie à haut risque dont souffrirait l'homme politique.

Article rédigé par

franceinfo

Radio France

Publié le 18/02/2021 15:30Mis à jour il y a 12 minutes

 Temps de lecture : 1 min.

Nicolas Sarkozy, le 22 janvier 2021. (FRANCK FIFE / AFP)

Nicolas Sarkozy, le 22 janvier 2021. (FRANCK FIFE / AFP)

Nicolas Sarkozy s’est fait vacciner contre le Covid-19 au mois de janvier, a appris franceinfo de source militaire, jeudi 18 février, confirmant une information de L’Express.

L’ancien chef de l’Etat, âgé de 66 ans, a reçu l'injection par un médecin de l’hôpital militaire de Percy, à Clamart (Hauts-de-Seine), sur prescription d’un médecin de ville, a précisé cette source. La vaccination était réservée à ce moment-là aux personnes de plus de 75 ans et aux personnes présentant des pathologies à haut risque.

La nature de la pathologie n'a pas été précisée

C’est cette dernière raison qui a été invoquée par le médecin pour justifier la vaccination de Nicolas Sarkozy. La source militaire n’a pas précisé la nature de cette pathologie. "Il en va de Nicolas Sarkozy comme de n'importe quel
français, il a droit au secret médical. Pas de commentaire", a réagi le ministre de la Santé, Olivier Véran, lors de son point hebdomadaire sur la situation sanitaire du pays.

On ignore également quel type et marque de vaccin l’ancien président a reçu. Mais selon le calendrier vaccinal mis en ligne sur le site du ministère de la Santé, les personnes présentant des pathologies à haut risque doivent recevoir le vaccin à ARN messager de Pfizer/BioNTech ou Moderna.

 

 L'hôpital américain de Neuilly. Photo d'illustration ALAIN JOCARD/AFP

L'hôpital américain de Neuilly. Photo d'illustration ALAIN JOCARD/AFP

Vaccination : les passe-droits des VIP de l’Hôpital américain de Neuilly

Mercredi 10 Février 2021

Cet établissement privé de Neuilly (Hauts-de-Seine) aurait procédé en janvier à la vaccination d’une partie de ses dirigeants non médicaux, mais aussi de certains de ses riches donateurs.

La révélation fait désordre. Selon Franceinfo, l’hôpital américain de Neuilly-sur-Seine aurait proposé, avant même le début officiel de la campagne de vaccination, des injections aux membres de son conseil d’administration, pourtant non prioritaires. Et, de fait, ce prestigieux établissement privé a procédé en janvier à la vaccination d’une partie de ses dirigeants, les « gouverneurs » , mais aussi de certains de ses donateurs.

Capitaines d'industrie

Le Board of Governors de l’Hôpital, l'équivalent d’un conseil d’administration est constitué d’une quarantaine de personnalités internationales (françaises, américaines, japonaises) dont des grands capitaines d’industrie, dirigeants d’entreprise, banquiers, diplomates, avocats, etc. La plupart de ces "gouverneurs" sont âgés mais ce n'est pas le cas de tous comme le millionnaire Arnaud Lagardère (59 ans) ou la femme de Bruno Bouygues, Helen Lee Bouygues (45 ans), explique Franceinfo.

Icon Push-pinNotre carte interactive. Vaccination contre le Covid-19 : où en est votre département ?

Mardi, le ministre de la Santé a dit « déplorer » ces faits, s’ils étaient avérés. « Je n’accepterai pas qu’il y ait des passe-droits », a poursuivi Olivier Véran. L’hôpital, lui, s’est défendu en disant avoir proposé ces injections à « l’ensemble » des intervenants dans l’établissement : « médecins, soignants, administratifs, gouverneurs, prestataires de ménage, de sécurité et de restauration, volontaires bénévoles ». Sauf que, dans cette liste, lesdits « gouverneurs » n’exercent aucune fonction sanitaire dans l’hôpital...

Et pendant ce temps : Une vaccination à la traîne dans les quartiers populaires ?

L’hôpital Max-Fourestier, à Nanterre, un des 13 centres de vaccination des Hauts-de-Seine, est privé de dose depuis la semaine dernière. Michel Euler/AP/SIPA

L’hôpital Max-Fourestier, à Nanterre, un des 13 centres de vaccination des Hauts-de-Seine, est privé de dose depuis la semaine dernière. Michel Euler/AP/SIPA

Une vaccination à la traîne dans les quartiers populaires ?

Mardi 9 Février 2021

Nadège Dubessay

Nanterre n'a reçu aucune dose de vaccin la semaine dernière quand Neuilly en a eu 540, pointe le maire de la ville lésée... Dans les Hauts-de-Seine, comme en Seine-Saint-Denis, des élus s’insurgent contre une campagne vaccinale qui laisserait sur le carreau les plus précaires. RÉACTIONS.

Au centre de vaccination aménagé dans l’hôpital Max-Fourestier de Nanterre (Hauts-de-Seine), les locaux sont désespérément vides. Et pour cause. Dans cette commune populaire de 97 000 habitants, les plus de 75 ans qui veulent se faire vacciner devront attendre. Car Nanterre ne devrait recevoir aucune dose de vaccin pour la semaine à venir.

Ici, tous nos articles sur la campagne de vaccination.

Ce qui a fait bondir Patrick Jarry, le maire (DVG), c’est de constater que, dans les communes huppées voisines, Neuilly-sur-Seine, Issy-les-Moulineaux ou Boulogne-Billancourt, les centres de vaccination n’ont pas ralenti leur activité. Jusqu’à présent, les 13 centres des Hauts-de-Seine recevaient 420 doses chacun. « Or, la semaine dernière, Nanterre en a eu zéro et Neuilly 540 », ne décolère pas Patrick Jarry. « Ce matin, la directrice départementale de l’agence régionale de santé m’a expliqué que l’ARS avait demandé à tous les centres de vaccination de ne pas prendre de rendez-vous en prévision de la baisse d’arrivage du vaccin Pfizer. Neuilly n’aurait pas exécuté l’injonction ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Quand on ne respecte pas les règles, on est récompensé ? » tempête l’élu. Qui précise que, « dans la semaine, l’ARS avait demandé de déprogrammer des rendez-vous ». Il n’en démord pas : certaines villes seraient mieux loties que d’autres. Alors, pour en avoir le cœur net, il a demandé au préfet de rendre public le nombre de personnes vaccinées ville par ville. « À la pénurie de vaccins, ne rajoutons pas l’injustice ! » lance-t-il.

Cet article devrait aussi vous intéresser : Vaccin : quand les chercheurs réfléchissent au « coup d’après »

Fracture numérique, surmortalité...

D’autant qu’ici, comme dans bien d’autres villes populaires, les personnes âgées ne sont pas toujours mobiles et la fracture numérique frappe durement. Or, les rendez-vous se prennent sur Internet. « Il faudrait organiser des brigades mobiles pour aller dans les quartiers », insiste le maire. En Seine-Saint-Denis, c’est le président du conseil départemental qui a tiré la sonnette d’alarme, il y a quelques jours, face au peu de personnes vaccinées. Le 93, où 17 centres de vaccination ont été ouverts, affiche le triste record du département le moins vacciné de la métropole… « Cela montre que les inégalités sociales, les fractures numériques que nous connaissons en Seine-Saint-Denis ont aussi un impact dans cette crise sanitaire », explique Stéphane Troussel (PS) sur la page Web du conseil départemental. D’autant que, pour s’inscrire sur la Toile pour un rendez-vous, pas besoin de mentionner sa ville d’origine. Des Parisiens, face à la saturation des centres de vaccination de la capitale, se sont rués vers les villes de proche banlieue : Saint-Ouen, Montreuil, La Courneuve… Au détriment de ceux qui ne maîtrisent pas l’outil informatique ou qui en sont dépourvus.

À Saint-Ouen, plus de 50 % des patients proviennent d’autres communes. À La Courneuve, le taux atteint 80 %. Certes, le virus n’a pas de frontières. « Sauf que les populations fragiles de nos villes se sont retrouvées en deuxième rideau », tacle Gilles Poux, le maire (PCF) de La Courneuve. Stéphane Troussel en est persuadé : « Il faut faire autrement, changer de méthode : mettre des plateformes téléphoniques, des bus qui vont dans les communes ou passer via les aides à domicile, pour qu’elles puissent vacciner. »

Une urgence bien réelle

Même si la Seine-Saint-Denis ne compte « que » 80 000 personnes de plus de 75 ans, l’urgence est ici bien réelle. Entre le 2 mars et le 10 mai 2020, soit pendant la première vague de l’épidémie, les décès avaient bondi de + 110 % (c’est-à-dire plus que doublé) par rapport à la moyenne observée entre 2015 et 2019, un record en France. « Les personnes obèses, diabétiques ou souffrant de maladies cardio-vasculaires, mais aussi celles qui ne peuvent pas télétravailler ou qui se trouvent en surpopulation dans leur logement, sont particulièrement exposées au Covid, constate un médecin de l’hôpital Avicenne, à Bobigny. Or, en Seine-Saint-Denis, elles sont bien plus nombreuses qu’ailleurs. » On le sait : le virus n’a fait qu’exacerber les inégalités sociales. Et, aujourd’hui, c’est l’accès au vaccin qui pourrait se révéler injuste et inéquitable pour toute une frange de la population.

Pour aller plus loin : Science appliquée à la santé : quelles politiques de recherche pour prévenir d’autres pandémies ?

Une épidémie révélatrice

Par Le 18/02/2021

Covid-19 : une épidémie révélatrice d’une crise écologique et sociétale

 

Alain Coulombel, Eric Caumes

10/01/2021

Dans le quartier d'affaire de La Défense, pendant la pandémie du Covid-19© Denis ALLARD Dans le quartier d'affaire de La Défense, pendant la pandémie du Covid-19

Il a suffi d’un virus pour que la mégamachine planétaire s’enraye. La leçon vaut pour aujourd’hui et pour demain. Sans la révision du système de santé publique et sans l’engagement écologique, les mêmes causes produiront les mêmes effets.

Tribune. L’année 2020 aura été marquée par la première traduction épidémique de la crise écologique planétaire. Si nous n’y prenons garde, d’autres épidémies suivront car les mêmes causes produiront les mêmes effets. Nous en connaissons l’impulsion, à savoir la transmission extrêmement rapide d’un coronavirus, virus ayant franchi la barrière des espèces et dont l’émergence est liée, notamment, à l’emprise humaine sur les espaces naturels, à la perte de la biodiversité et au commerce d’animaux sauvages. Le commerce de la faune sauvage a été multiplié par cinq ces quinze dernières années, en dépit de l’avertissement constitué par l’épidémie de Sars en 2002-2003 en Asie.

Tout au long de ces douze derniers mois, la Covid-19 a agi (et continue d’agir) comme un immense trou noir absorbant toute la matière informationnelle pour ne laisser place en France qu’au décompte journalier du nombre de morts, de places disponibles en réanimation, de l’hydroxychloroquine ou du vaccin. Plus de Hezbollah, de conflits au Yémen, en Syrie ou en Libye, de camps de réfugiés, de migrants sur leurs frêles embarcations, de réchauffement climatique, de nucléaire iranien, de réforme des retraites, mais une réalité planétaire engloutie dans le champ gravitationnel de la Covid-19. Jusqu’à saturer notre univers mental et spirituel. Plus de sport, plus de culture, plus de bistrot, plus de restaurant. Plus rien d’autre. Que le désarroi et la peur, l’emballement et le basculement dans une réalité terriblement anxiogène et indéterminée jusqu’à l’arrivée d’un vaccin.

Aucun espace pour la réflexion et la distance critique

Comme si l’évènement que nous viv(i)ons avait échappé à nos radars et à nos grilles de lecture familières, tout en nous rapprochant de la catastrophe planétaire si chère aux «collapsologues». Qui aurait pu imaginer, en ce début d’année 2020, l’emballement planétaire dont nous allions être les principaux protagonistes hébétés? Qui aurait pu deviner que des territoires entiers seraient confinés, des villes désertées, des activités de toutes sortes interrompues, des élections reportées, des responsables politiques et sanitaires, malades ou déboussolés, improvisant, jour après jour, des réponses trop souvent incohérentes ou inadaptées ?

Quelque chose semble s’être déréglé, là, soudain, dans cette belle mécanique des flux mondialisés, des traités de libre-échange et de la division internationale du travail, du tourisme de masse et des voyages low cost. Au cœur d’une époque déjà marquée par tant de soubresauts localisés, de crises à répétition, et d’autres emballements climatiques, boursiers, technologiques, médiatiques ou politiques…

Mais avec cette première crise écologique planétaire, c’est comme si l’emballement avait secoué notre petite planète bleue à une échelle et avec une intensité jusque-là jamais observées. De l’emballement des chaînes d’information en continu à celui des défenses immunitaires (orage cytokinique); de la multiplication des articles publiés dans les revues scientifiques autour de la Covid (jusqu’à 292 par jour !) à l’envolée de la dette publique et privée; de l’emballement de la décision politique concernant la mise sur le marché de médicaments (comme le remdisivir, payé au prix fort au laboratoire Gilead, et qui s’avérera inefficace) ou de vaccins (comme le Pfizer/BioNTech, premier arrivé sur le marché) à l’agitation des réseaux sociaux autour de l’hydroxychloroquine ou de Raoult, tout semble converger et s’accélérer pour ne laisser aucun espace à la réflexion et à la distance critique.

Paupérisation de notre système de santé publique

Nous savons depuis Paul Virilio ou Hartmut Rosa (1) que notre monde s’accélère, de crise en crise, de rupture en rupture, de dégradation en dégradation. Mais avec la Covid-19, nous sommes entrés dans l’ère des phénomènes systémiques globaux et planétaires, l’immédiateté et l’instantanéité du temps réel, à l’échelle du monde, nous plongeant dans un état d’urgence généralisé: urgence sanitaire, sécuritaire, économique, sociale et climatique. Il a suffi d’un virus, pour que notre mégamachine planétaire s’enraye, que la croissance s’effondre, que les cours de la Bourse s’affolent, que la pauvreté et la précarité explosent, que les équilibres géopolitiques soient profondément remaniés et que nous découvrions, ce que nous ne voulions pas savoir, la vulnérabilité de notre système-monde, et la fragilité de nos sociétés occidentales.

Quelles leçons provisoires pouvons-nous tirer de ce constat? D’abord, il ne saurait y avoir de solutions pérennes sans la remise en cause de l’idéologie du «zéro stock et des flux tendus», du time management et du pilotage par les indicateurs qui ont largement alimenté la vie de nos institutions (privées ou publiques), depuis les années 80. Avec pour résultat sanitaire, la paupérisation de notre système de santé publique mis en défaut face aux assauts répétés de la pandémie dans ses volets préventif comme curatif.

«One Health»

Or nous continuons, en France, de supprimer des lits, alors que la crise sanitaire a montré l’importance de personnels et de services bien dotés! Le second message est écologique et doit nous faire reconsidérer notre place parmi les vivants. Car il faut bien le reconnaître, notre système n’a eu de cesse de dégrader les conditions de vie sur Terre, sans égard pour l’homme comme pour l’animal, le minéral ou le végétal.

Le soin doit devenir l’objet d’une politique générale et le principe de toute action future. L’approche «One Health», qui considère, ensemble, santés humaine, animale et environnementale, est un pas dans la bonne direction. Nous ne pouvons ignorer notre dépendance à la Terre et aux conditions géophysiques de toute existence. La leçon vaut pour aujourd’hui et pour demain. Si nous devions l’oublier, une fois encore, trop pressés de refermer la parenthèse Covid-19, alors les pandémies du futur, associées à la perte de la biodiversité et au réchauffement climatique, pourraient être bien plus dramatiques avec un impact encore plus important sur nos sociétés humaines.

(1) Vitesse et Politique de Paul Virilio et Accélération d’Hartmut Rosa.

Alain Coulombel est l’auteur de Chronique d’un emballement planétaire, à paraître mi-janvier, chez Libre & Solidaire. Eric Caumes est l’auteur d’Urgence sanitaire, Robert Laffont, 2020.

Covid et changement climatique

Par Le 18/02/2021

La crise du coronavirus peut-elle changer la donne pour le changement climatique ?

 

https://www.rtbf.be/info/societe/detail_la-crise-du-coronavirus-peut-elle-changer-la-donne-pour-le-changement-climatique?id=10651877

 

Pour contenir le changement climatique, il faudrait une diminution annuelle de 7,6% des émissions de CO2. Cette année, les mesures de confinement auront entraîné une baisse de 7% au niveau mondial. Une bonne nouvelle pour le climat ? Pas si vite. "Nous allons nous retrouver en 2020 pour la première fois sur une trajectoire d’émissions compatible avec les objectifs des accords de Paris", souligne François Gemenne, chercheur qualifié du FNRS, Observatoire des migrations environnementales (Cedem – ULg). "Le paradoxe, c’est que nous allons nous y retrouver non pas à cause de politiques climatiques que nous aurions choisies, mais à cause de mesures sanitaires que nous avons subies. Le fait que ce soit la crise sanitaire qui amène cette réflexion souligne en creux l’inefficacité ou l’insuffisance en tout cas de nos politiques climatiques actuelles."

Pour le changement climatique, il n’y aura pas de vaccin

Cette baisse des émissions est ponctuelle. Pour une diminution structurelle, et un réel impact sur le changement climatique, il faudrait des mesures structurelles. Pas le même registre de mesures que celles adoptées actuellement en situation de crise.

"Qui dit crise suppose une sorte de retour à la normale", poursuit François Gemenne. "Pour le changement climatique, il n’y aura pas de vaccin, ce qui veut dire que la température ne baissera pas, que le niveau des océans ne baissera pas […] Le changement climatique n’est pas une crise, c’est une transformation en profondeur, une transformation structurelle de nos sociétés qui appelle aussi des mesures structurelles et de long terme parce qu’il n’y aura pas de retour à la normale justement."

Revoir la séquence du JT consacrée au Plan belge sur le climat (10 décembre 2020):

D’où vient la baisse observée ?

Même si la baisse observée est ponctuelle, il est intéressant de comprendre d’où elle vient précisément. Pendant le confinement, l’arrêt de certaines activités a-t-il pesé plus que d’autres ?

A l’ULB, une équipe analyse tous les jours des données satellites qui permettent de surveiller l’émission de polluants en lien avec l’activité humaine, comme l’agriculture, ou naturelle, comme les volcans. "Cette année, c’est une année exceptionnelle", commente Cathy Clerbaux, membre de l’équipe en tant que chercheuse en sciences de l’atmosphère et du climat (CNRS). Et pas seulement au niveau des gaz à effet de serre comme le CO2.

Si l’on regarde le NO2, un polluant émis par les pots d’échappement des voitures (en lien direct donc avec l’intensité du trafic automobile) : "On voit une chute de polluants entre 30 et 50% en fonction des différents endroits par rapport à la même époque de l’année précédente. C’est énorme, on n’avait jamais pensé avoir une situation telle que celle-là." Autre polluant en diminution parfois spectaculaire pendant le confinement, le CO : "un excellent traceur de la pollution parce que tout phénomène de combustion va conduire à ce type d’émissions (industrie, trafic automobile…)", précise Cathy Clerbaux.

Les feux en Sibérie ont brûlé une surface équivalente à sept fois la Belgique

Mais dans le bilan global, un autre phénomène a également pesé, avec une intensité exceptionnelle cette année : la multiplication de gigantesques incendies, comme en Californie, en Australie ou en Sibérie. "Les feux en Sibérie ont brûlé une surface équivalente à sept fois la Belgique… C’est énorme en fait, et donc vous imaginez bien que ça émet plein de CO, et plein de CO2 qui vont s’accumuler dans l’atmosphère." Une multiplication des incendies en lien, structurel celui-là, avec le changement climatique…

Revoir la séquence du JT consacrée aux températures en Sibérie (21 juin 2020) :

Au final, la diminution de 7% des émissions de CO2 peut sembler assez faible face à l’ampleur de la paralysie économique et sociale entraînée par la pandémie et le confinement. Les incendies l’expliquent en partie seulement. "Au premier confinement, les chiffres étaient plus importants mais c’est lissé sur une année", contextualise Edwin Zaccai, directeur du Centre d’Etudes du Développement (ULB). "Ensuite, les entreprises dans le monde ont continué à travailler, le chauffage continue. Ce sont surtout les transports qui ont été affectés et les transports c’est une part seulement des gaz à effet de serre."

"Ça souligne à quel point nos comportements individuels déterminent une part relativement limitée des émissions mondiales", ajoute François Gemenne. "C’est-à-dire que, alors que nous étions à l’arrêt, confinés chez nous, toute une série d’émissions structurelles continuaient à se produire. L’exemple le plus frappant, c’était celui de l’extraction du pétrole, au point que les cours de livraison du baril du pétrole sont même passés en négatif au mois d’avril dernier parce qu’on en sortait trop de la terre et qu’on ne parvenait plus à trouver des endroits pour le stocker".

Pour le chercheur, il faut aussi tenir compte de notre regard "très eurocentré" : "Le reste du monde est loin d’être à l’arrêt. En dehors de nos quelques pays, nos quelques millions d’habitants, le monde a repris une marche presque normale, c’est assez logique que la baisse [des émissions de CO2] soit entre 8 et 10%", estime-t-il.

Quelles leçons pour la gestion du changement climatique?

Au final, s’il est clair que cette baisse ponctuelle ne changera pas directement l’ampleur du changement climatique, peut-on malgré tout en tirer des enseignements utiles pour mieux appréhender cette transformation-là ?

Les gouvernements ont montré qu’ils peuvent agir de façon plus forte quand ils se rendent compte qu’il y a un péril important, qu’il y a une pression de la population

"Ce qui m’a surtout frappé, c’est d’avoir vu comment les gouvernements pouvaient assez rapidement avoir des actions extrêmement fortes, extrêmement vigoureuses alors que par rapport au changement climatique, les actions sont lentes, toujours freinées par toute une série de considérations", estime Edwin Zaccai.

"Il y a des enseignements à tirer, pas faciles, car c’est quand même une expérience douloureuse pour beaucoup de gens, beaucoup de sociétés, mais les gouvernements ont montré qu’ils peuvent agir de façon plus forte quand ils se rendent compte qu’il y a un péril important, qu’il y a une pression de la population aussi, et c’est le cas pour le climat. Deuxièmement, il y a des fonds dégagés pour la relance post-Covid et cette relance peut être effectuée d’une façon plus verte : il y a beaucoup de plans pour des activités davantage vertes." L’expert pointe également l’augmentation du télétravail : "Je crois qu’il va en rester quelque chose donc il y aura une baisse des déplacements liés au travail – c’est probable – mais ce n’est qu’un élément parmi les émissions."

Pourquoi nous ne voyons pas le changement climatique comme un danger immédiat et présent?

François Gemenne se montre lui plus réservé sur notre capacité collective à tirer des leçons pour l’avenir de façon générale. Mais en prenant le parti d’être optimiste, il souligne également cette capacité démontrée par les dirigeants à prendre des mesures "radicales, urgentes et extrêmement coûteuses lorsque nous sommes confrontés à un danger immédiat".

Ce qui pour lui amène immédiatement une autre question : "Pourquoi nous ne voyons pas le changement climatique comme un danger immédiat et présent, pourquoi nous avons toujours tendance à voir le changement climatique dans un futur lointain que nous pourrions encore éviter ?" Or ce changement est déjà en cours "depuis au moins vingt ou trente ans"… Mais "contrairement au Covid, les morts ne sont pas encore à nos portes et sont pour la plupart situés de l’autre côté de la Méditerranée et donc nous ne voulions pas les voir de la même manière que nous ne voulions pas voir le danger du virus tant qu’il était encore confiné en Chine", avance-t-il.

Pour lui, la crise du Covid est aussi une leçon de solidarité : "Alors qu’on nous serinait depuis des années que désormais la vie humaine n’avait plus aucune importance et que c’était uniquement le profit qui primait, nous avons créé une énorme crise purement artificielle pour préserver la vie des plus âgés et vulnérables dans nos sociétés." L’enjeu, poursuit-il, serait aujourd’hui de réussir à extrapoler cette solidarité au-delà de nos frontières, en considérant que "nos proches ne sont pas seulement nos grands-parents mais aussi ceux qui habitent de l’autre côté de la Méditerranée, et qui seront les premiers et les plus durement touchés par les impacts du changement climatique".

Des choix politiques pour le court et le long terme. Et qui semblent plus à même d'être envisagés, et concrétisés, dans un contexte dégagé de la gestion quotidienne de la pandémie.

Les leçons du covid

Par Le 18/02/2021

A mon sens, il y a deux lectures de l'actualité sanitaire. Celle qui consiste à observer l'évolution au jour le jour et celle qui consiste à se projeter bien plus loin. 

La première ne m'importe pas au premier plan. 

La seconde est absolument primordiale. 

Covid-19 : les leçons à tirer de la baisse des émissions de CO2

 

Le confinement pourrait avoir entraîné une baisse de 4 % des émissions globales de CO2 en 2020. Une nouvelle étude fait le point secteur par secteur.

La << coronapiste >> cyclable amenagee rue de Rivoli a Paris.

La « coronapiste » cyclable aménagée rue de Rivoli à Paris.© THOMAS COEX / AFP

Par *

Publié le 21/05/2020 à 09h00 - Modifié le 21/05/2020 à 09h18

Avec la pandémie, de nouveaux modes de vie – on pense notamment à la diminution drastique de l'usage des voitures – sont apparus. La distanciation sociale imposée par le Covid-19 change notre façon de vivre et de travailler.

Le nombre de personnes à vélo ou marchant a ainsi connu une envolée inédite. Bogota, Berlin et Vancouver ont élargi leurs voies cyclablesÀ Paris, un vaste réseau de voies pour les vélos est également en cours d'élaboration.

Mais, une fois passée la crise, le système reviendra-t-il à la « normale » ? Et le devrait-il ?

C'est l'une des nombreuses questions qui émergent à l'heure où l'effet de la pandémie sur les émissions de carbone commence à se préciser.

À LIRE AUSSICovid-19 : la renaissance sera écologique et sociale ou ne sera pas

Au-delà de la pandémie

Dans un article de recherche – publié ce mardi 19 mai 2020 dans la revue scientifique Nature Climate Change –, nous montrons comment le Covid-19 a affecté les émissions de CO2 dans six secteurs économiques (énergie, transport routier, industries, services publics et commerces, résidentiel et aviation) à l'échelle mondiale.

Nous avons ainsi découvert que les niveaux d'activité restreints ont entraîné une baisse maximale de 17 % des émissions mondiales quotidiennes début avril, par rapport à 2019.

Ces données sont précieuses à un moment où nous considérons qu'un changement structurel profond est nécessaire pour orienter l'économie mondiale vers la neutralité carbone.

À LIRE AUSSICoronavirus : en route vers une décrue historique des émissions de CO2

Prenons le cas de nos rues devenues soudain si calmes avec le confinement. La chute du trafic routier est l'un des principaux moteurs de la baisse des émissions mondiales durant la pandémie. Par conséquent, si nous encourageons le vélo et le télétravail au-delà de la pandémie actuelle, nos objectifs climatiques pourraient devenir plus facilement réalisables.

Émissions fossiles quotidiennes mondiales de CO₂, en millions de tonnes. Les lignes en pointillé représentent différents scénarios futurs d'émissions en fonction de l'évolution de la pandémie et des niveaux de confinement.

À LIRE AUSSI« Carton Vert » #4 – Voyager en respectant la planète, est-ce possible ?

Des données précises et variées

Chaque fin d'année, nous publions le « Global Carbon Budget », un rapport annuel de référence sur les tendances mondiales et régionales du cycle du carbone. Les circonstances inédites que nous traversons nous ont incités à effectuer une analyse préliminaire.

Cette analyse a consisté à estimer comment la pandémie a pu influencer les émissions quotidiennes de CO2 dans 69 pays – couvrant 97 % des émissions mondiales –, pour six secteurs économiques.

Il a fallu collecter, de façon très détaillée et variée, de nouvelles données à partir de diverses sources pendant la période de confinement. Nous avons, par exemple, examiné l'activité de transport routier et aérien à l'aide des données de trafic fournies par TomTom, de mobilité grâce à Apple Maps ainsi que des données relatives aux décollages d'avions dans les aéroports. Nous avons aussi eu recours à des données quotidiennes portant sur les changements de consommation d'électricité ou l'activité industrielle.

Nous avons ensuite construit un « indice de confinement » – de 0 (pas de confinement) à 3 (confinement le plus strict) – dans chaque pays afin d'extrapoler les données disponibles au niveau mondial.

Le pic pandémique

Début avril 2020, au plus fort de la crise, le recul de l'activité mondiale a entraîné une baisse de 17 % des émissions quotidiennes mondiales – soit 17 millions de tonnes par jour – par rapport à la moyenne quotidienne de 2019.

Au cours de cette période, les émissions quotidiennes totales auront été similaires à celles observées en 2006. Le fait que le monde émette autant, dans des conditions de confinement strict, qu'il y a 14 ans, dans des conditions normales, souligne la croissance rapide de nos émissions de CO2 ces dernières années.

Avec une part de 43 % dans la réduction globale, le trafic routier aura le plus contribué à la baisse des émissions. Parmi les autres contributeurs de poids, on trouve le secteur de la production d'énergie et celui de l'industrie (avec notamment la fabrication de produits et matériaux tels que le ciment et l'acier).

L'ensemble de ces trois secteurs est à l'origine de 86 % de la baisse des émissions journalières durant le confinement.

Ampleur de la baisse des émissions de CO₂ au niveau mondial et par secteur d'activité pendant le confinement.

Si le secteur de l'aviation a subi une chute quotidienne de son activité de l'ordre de 60 % au niveau mondial – la plus importante baisse de tous les secteurs que nous avons analysés –, sa contribution à la baisse globale des émissions a été relativement faible (10 %), ce secteur ne représentant que 3 % des émissions mondiales.

Comme la majorité des gens sont restés à la maison, nous avons logiquement constaté une légère augmentation (de l'ordre de 5 %) des émissions mondiales du secteur résidentiel.

En France, le confinement a entraîné une baisse des émissions quotidiennes de pointe estimée à 34 %, soit deux fois plus importante que la baisse mondiale de 17 %. Cette baisse provient principalement du secteur du transport routier.

Ampleur de la baisse des émissions de CO₂ pour la France et par secteur d'activité pendant le confinement.

Les perspectives pour 2020

Nous avons aussi évalué la façon dont la pandémie pourrait affecter les émissions de CO2 pour le reste de 2020 – sachant que cela dépendra de l'intensité et de la durée des restrictions dans les mois à venir.

Si le confinement mondial généralisé se termine vers la mi-juin, nous estimons que les émissions globales de carbone en 2020 chuteront d'environ 4 % par rapport à 2019. Si certaines restrictions restent néanmoins en place pour le reste de l'année, la réduction serait d'environ 7 %. La gamme complète des baisses d'émissions est de 2 % à 13 %, si l'on considère les différents scénarios de pandémie et les incertitudes relatives aux données.

Plaçons ces chiffres dans le contexte du changement climatique. Selon l'Accord de Paris sur le climat et le « Gap Report » des Nations unies, les émissions mondiales doivent chuter de 3 et 7 % par an d'ici à 2030 pour limiter respectivement le changement climatique en dessous de 2 °C et de 1,5 °C. Avec la baisse des émissions prévue cette année à la suite du confinement, nous pourrions de fait atteindre cet objectif en 2020.

À la croisée des chemins

Stabiliser le système climatique nécessitera des modifications de nos systèmes énergétiques et économiques d'une ampleur extraordinaire – comparable à la perturbation provoquée par le Covid-19. Mais comment faire pour que la baisse des émissions en 2020 impulse ces changements nécessaires et durables ?

L'expérience des crises économiques mondiales précédentes indique que, sauf actions concertées, les émissions finiront par rebondir et revenir à peu près aux niveaux d'avant crise.

Mais ce n'est pas une fatalité : le choc du confinement nous offre une occasion de changer les structures qui sous-tendent nos systèmes énergétiques et économiques. Un tel choc pourrait nous engager sur la voie de la décarbonisation de l'économie mondiale.

Évoquons à nouveau toutes ces personnes qui se sont mises récemment à la marche et/ou au vélo. Les gouvernements ne devraient-ils pas se saisir de l'occasion pour encourager et soutenir ces moyens de transport à faibles émissions et les rendre permanents ? Et si nous accélérions aussi le déploiement des voitures, vélos et trottinettes électriques pour élargir les options de mobilité tout en réduisant la pollution des milieux urbains ?

On peut aujourd'hui se féliciter que de nombreux responsables politiques souhaitent prendre une telle direction. La région Île-de-France s'est par exemple engagée à investir 300 millions d'euros dans un réseau de « RER vélo » de 650 km reliant Paris à sa périphérie.

La crise a ouvert la voie à de multiples autres changements, permettant d'évaluer quels déplacements étaient essentiels et comment la communication à distance pouvait offrir une alternative efficace.

Si la réduction forcée de la consommation de produits et d'énergie pendant le confinement n'offre pas d'incitation directe pour réduire les émissions de gaz à effet de serre à long terme, des modes de production et consommation à plus faible demande énergétique peuvent être atteints, conduisant à un développement plus respectueux de l'environnement tout en préservant le bien-être individuel et l'activité économique.

Nous pouvons revenir rapidement à la « normale », avec des émissions de gaz à effet de serre qui continueront de suivre leur trajectoire. Mais si nous optons pour le changement, 2020 pourrait bien être le coup de pouce inattendu qui renverse à jamais la tendance mondiale des émissions.

* Pep Canadell, Chief research scientist, CSIRO Oceans and Atmosphere ; and Executive Director, Global Carbon Project, CSIRO ; Corinne Le Quéré, Royal Society Research Professor, University of East Anglia ; Felix Creutzig, Chair Sustainability Economics of Human Settlements, Mercator Institute on Global Commons and Climate Change ; Glen Peters, Research Director, Center for International Climate and Environment Research – Oslo ; Matthew William Jones, Senior Research Associate, University of East Anglia ; Pierre Friedlingstein, Chair Mathematical Modelling of Climate, University of Exeter ; Rob Jackson, chair, Department of Earth System Science, and Chair of the Global Carbon Project, Stanford University ; Yuli Shan, Research Fellow, University of Groningen

La version originale de cet article a été publiée en anglais.

SCIENCES & NATURE

ENVIRONNEMENT

Faut rigoler

Par Le 17/02/2021

 

 

Bon, y'a des jours, vraiment j'en ai marre du monde, des gens, de l'actualité, de cette misère spirituelle, de ce délabrement moral, de cette déliquescence sociale, de cet abandon chronique de l'idée même du début d'une réflexion philosophique, sur le pourquoi du comment, et dans quel état j'erre. Alors, je regarde des gens qui me font rire.

Sellig, je l'aime. Là, quand j'écoute ça, je redeviens le gamin des années 1970 et ça me fait du bien. Tout est vrai là-dedans, c'est comme s'il racontait mon histoire. Oui, je sais, ça fait vieux con nostalgique. Mais ça me console.  

 

 

Patchwork de l'hiver

Par Le 16/02/2021

Ski de fond, raquettes à neige et ski de randonnée.

Que du bonheur.

Là-Haut.

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"Vivement l'avenir" : Marie-Sabine Roger

Par Le 15/02/2021

 

Un roman magnifique, émouvant, tendre, triste, joyeux, empli de vie. Une écriture d'une justesse absolue, des phrases que j'aurais voulu surligner à chaque page. Un délice. 

Vivement l'avenir par Roger

 

LIRE UN EXTRAIT

EAN : 9782812601446
301 pages
Éditeur : 
EDITIONS DU ROUERGUE (21/08/2010)


Note moyenne : 3.9/5 (sur 298 notes)

Résumé :

"Dans les maternités, d'après moi, il n'y a que des princesses et des princes charmants, dans les petits berceaux en plastique. Pas un seul nouveau-né qui soit découragé, déçu, triste ou blasé. Pas un seul qui arrive en se disant: Plus tard, je bosserai en usine pour un salaire de misère. J'aurai une vie de chiotte et ce sera super.
Tra-la-lère."

Après le succès de "La tête en friche", adapté au cinéma par Jean Becker, Marie-Sabine Roger nous raconte, avec chaleur et drôlerie, une histoire d'une justesse rare sur notre époque.

https://www.babelio.com/livres/Roger-Vivement-lavenir/197137/critiques

Malaura   13 décembre 2013

★★★★★

★★★★★

Depuis « Attention fragile », « Les encombrants », ou « La tête en friche », adaptée au cinéma par Jean Becker, on ne compte plus les critiques élogieuses qui fleurissent sur les sites littéraires autour des oeuvres de Marie-Sabine Roger.
Il est vrai que les livres de cette ancienne institutrice ont le pouvoir de nous mettre du baume au coeur, on en sort ragaillardi et le sourire aux lèvres, rassasié de bons sentiments, les sens assouvis d'humeur allègre, la poitrine gonflée d'optimisme comme si on avait pris une large bouffée d'air frais.
Le genre de lecture antimorosité, qui fait du bien comme un bon grog avalé par temps froid.
Ses histoires sont pourtant loin d'être douceâtres ou sirupeuses, les résumer exclusivement aux bons sentiments qu'ils inspirent serait incorrect.
Bien campées dans le réel, elles traitent des problèmes courants de notre société dont elles pointent les failles, les fractures et les maux. Histoires d'aujourd'hui, prenant pour cadre des environnements industriels, dans la proximité des grandes villes, dans des bleds perclus d'ennui où le plus souvent c'est le gris qui domine.

Les mots simples de 
Marie-Sabine Roger racontent la vie des plus modestes, des gagne-peu, des êtres en marge ; toute cette tranche de la population qui a de plus en plus de mal à joindre les deux bouts, à trouver un emploi stable, à croire encore en ses rêves quand l'horizon se borne à un poulailler industriel, un canal vaseux ou des pylônes sur une nationale.
Ouvriers, chômeurs, paumés, handicapés, tous ces gens ordinaires noyés dans la masse de la banalité, la romancière les met en scène avec la gouaille d'un parler populaire, avec la verve de la France d'en bas, avec une volubilité et un entrain qui sont un régal d'humour tendre, d'ironie fine et d'observation lucide et aiguisée.

Avec « 
Vivement l'avenir » l'auteur nous donne sa vision du nord de la France, lieu de déperdition, de grisaille et de pluie, ensemencé d'usines, de pavillons sans âme et de terrains-vagues.
Vision bien sombre au demeurant, mais l'auteur ne s'en laisse pas conter et, par cet art du portrait et des dialogues dont elle a le secret, transforme ces climats sombres en ambiances lumineuses, crée de la chaleur en milieu austère et génère de l'espoir là où bourdons et cafards se partageaient la place.

C'est ainsi qu'au fond de « ce trou du cul du monde avec vue sur la zone », l'on suit l'échappée belle d'une bande de trentenaires au grand coeur qui nous offrent, le temps d'une balade en side-car, une jolie définition des mots amitié et solidarité, entre Alex, la bourlingueuse androgyne ; Cédric, qui attend depuis 28 ans que la vie lui fasse un signe ; Olivier, « maître ès arts » de canettes de bière érigées en barrage ; sans oublier le couple de « bof » pur jus que représentent Marlène et Bertrand - sans qui « 
Vivement l'avenir » ne serait pas aussi loufoque - et l'inénarrable Roswell/Gérard, l'attardé mental qui va générer autour de lui un formidable élan de sympathie et de fraternité.

Marie-Sabine Roger aime ses personnages. Ils sont vrais, ils sont justes, ils sont authentiques, dans leurs qualités tout autant que dans leurs défauts, et c'est la grande force de ses romans. Cette tendresse qu'elle exprime pour eux, cette vie qui les anime comme s'ils sortaient tout droit de l'immeuble d'en face, nous les rend infiniment proches et criants de vérité, si bien que même les plus antipathiques finissent par nous devenir attachants.

On a tous connu une Marlène, plus bête que méchante, cachant sous le fard et les cheveux peroxydés une âme de midinette.
On a tous croisé un Roswell, un handicapé au « sourire de monstre » dont la bienveillance du regard illumine l'apparence de gnome et embellit du même coup une journée qui s'annonce morose.
On a tous rencontré des paumés à la dérive, trainant leur mal-être avec un brin d'indolence et beaucoup d'autodérision, en attendant que la vie démarre enfin.

L'écriture très actuelle et expressive de la romancière, sa plume argotique et populaire, donnent l'impression que ce qu'on lit se passe en bas de chez soi, nous faisant spectateurs de scènes pittoresques et témoins de réparties jubilatoires.
Tous ces petits ridicules que l'acuité de l'auteur souligne en piquants traits d'esprit, cette misère sociale qu'elle aborde sans apitoiement, c'est un peu de la vie de tous les jours, de celle que nous menons parfois en rechignant et qui, par la grâce d'un roman humain et drôle, nous devient soudain plus légère.
Et parce que la solidarité, l'amitié et l'amour peuvent changer la donne et apporter un peu de couleur dans un univers gris et uniforme; et parce que malgré tout l'espoir pointe au bout du chemin, alors on dit : oui…« 
Vivement l'avenir »…

Décroissance subie ou voulue?

Par Le 15/02/2021

Êtes-vous prêt pour la décroissance ?

DÉCRYPTAGE // Le contre G7 qui se tient ces jours-ci à Hendaye propose de remettre en cause notre course effrénée à la croissance économique et même d’en finir avec le capitalisme. Ce thème de la décroissance revient régulièrement dans le débat public mais qu’est-ce cela veut dire ? Quelles seraient les conséquences concrètes sur notre mode de vie ?

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Environnement

 

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En 2019, la jeunesse des pays occidentaux s'est mobilisée pour interpeller les politiques sur notre modèle économique. (Shutterstock)

Par Florent Vairet

Publié le 23 août 2019 à 12:45

Le monde est-il à l’aube d’une récession durable ? Depuis quelques semaines, les principales bourses mondiales pâlissent, la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine bat son plein et l’Europe voit son marché unique ébranlé par un Brexit qui n’en finit plus, une Italie en panne et une Allemagne qui interroge. Les spécialistes présagent de mauvais temps pour la croissance...

Mais la question de la croissance économique ne se pose pas uniquement à court terme, sous l’effet d’une conjoncture capricieuse. Des économistes alertent sur l’affaissement durable de la croissance, et ce, bien avant l’arrivée de Trump ou du référendum sur le Brexit. Le charbon, l’électricité ou la reconstruction post-guerre avaient créé un boom économique. La révolution numérique tant annoncée peine à jouer le même rôle que l’électricité ou le charbon.

Décroissance subie ou voulue ?

Le monde moderne est-il arrivé au terme de son développement ? Certains économistes, comme l’américain Robert Gordon, y croient et posent la question de l’après croissance. Ou en d’autres termes : comment gérer la décroissance ? D’autres économistes, souvent de gauche, vont plus loin et… souhaitent la mise en place de la décroissance. Cette volonté rompt avec notre idée d’un progrès et d’une croissance infinie. Mais alors pourquoi s'infliger un tel supplice ? Pour sortir de l’ornière climatique, répondent-ils. Des mouvements altermondialistes aux économistes en passant par le Pape François, nombreux sont ceux qui réclament de freiner la croissance pour préserver notre planète.

Les étudiants des grandes écoles appellent au "réveil écologique"

“Nous savons que le comportement de ceux qui consomment et détruisent toujours davantage n’est pas soutenable. (…) C’est pourquoi l’heure est venue d’accepter une certaine décroissance”, avait écrit François dans son encyclique Laudato publiée en 2015.

Les prévisions scientifiques pessimistes s’accumulent, et précisent chaque fois davantage les contours de l’impasse climatique qui nous attend. Les partisans de la décroissance osent alors la question : ira-t-on jusqu’à l’extinction de l’espèce pour préserver la sacro-sainte croissance ? Pour se justifier, ils citent des civilisations précédentes qui ont causé leur perte. On pense à l’effondrement de la population de l’Île de Pâques après qu’elle a surexploité son l’environnement et s’est retrouvée sans ressources.

La croissance creuserait les inégalités

A notre époque, des mouvements croient dur comme fer à la fin au chaos prochain et décident de s’éloigner du monde civilisé. Le New-York Times rappelle dans un article récent que ce phénomène, qui porte le nom de “survivialisme”, a le vent en poupe, en particulier chez les ultra-riches. Certains millionnaires ou milliardaires de la Silicon Valley se constituent des habitats protégés, soit des bunkers dans leur pays ou des refuges sur une île isolée du Pacifique. L’urgence climatique parvient à convaincre des groupes aussi différents que des altermondialistes d’extrême gauche et des milliardaires de la Tech de renoncer - du moins dans l’avenir - à la croissance et au progrès. Ce changement de braquet est inédit quand on sait que sur ces trois derniers siècles, le capitalisme a réussi à entraîner le monde dans un développement sans précédent et a sorti des milliards de personnes de la pauvreté. Pourquoi soudainement s’en détourner et prôner la décroissance ?

Pour les économistes, une seule réponse : depuis plusieurs années, la croissance n’est plus synonyme de progrès. De Thomas Piketty, un économiste classé à gauche et auteur de “Capital au XXIe siècle” à Marc de Scitivaux, d’obédience libérale et fondateur des Cahiers verts de l’économie, tous s’accordent à dire que la mondialisation a creusé les inégalités à l’intérieur des pays développés.

Iddri et AFD

Même en France, qui fait partie des pays les plus redistributifs, la part des revenus captée par les 10% les plus riches a augmenté plus rapidement que celle captées par les 40% les plus pauvres :

Face à cet accroissement des inégalités, doublé du défi climatique, des mouvements remettent au goût du jour les thèses de la décroissance économique popularisées dans les années 70. “La décroissance appelle à sortir de la production infinie pour retrouver le sens de la mesure”, a déclaré l’économiste Serge Latouche, chantre de la décroissance en France, dans une interview au journal Le Monde. Son idée paraît simple : remettre en cause le mantra du Fordisme et son “produire toujours plus” en augmentant toujours plus les échelles de production et la division mondiale du travail qui permettent de fabriquer le moins cher possible.

Baisser qu’une partie du PIB

Produire moins pour protéger la planète, cela s’entend. Produire moins en dégradant le niveau de vie devient plus compliqué à faire admettre par les populations. Car faire décroitre le PIB revient à baisser le pouvoir d’achat, martèlent les spécialistes. “Les revenus perçus par la population représentent environ 60% de la croissance du PIB”, note Nicolas Bouzou, un économiste libéral. “Une décroissance, c’est donc une perte de pouvoir d’achat.”

De l’autre côté, entendez plutôt à gauche, les arguments fusent aussi : “Nous n’appelons pas à baisser purement et simplement le PIB”, précise Mireille Bruyère, maîtresse de conférences en sciences économiques à l'université de Toulouse Jean Jaurès, chercheuse au CNRS et membre des Économistes atterrés, un groupe critique à l’égard de la croissance. “Il faut regarder dans les détails quels sont les indicateurs nuisibles pour l’homme et la planète qu’il convient de baisser. Je pense par exemple à l’extraction des matières premières ou à la productivité du travail.” L’idée en filigrane est que la croissance de ces indicateurs se traduit en croissance économique mais pas dans celle du bien-être des personnes.

A-t-on atteint la limite anthropologique ?

Pour pouvoir baisser ces indicateurs sans toucher au pouvoir d’achat, certains militent à développer des secteurs pourvoyeurs d’emplois. Giorgos Kallis, professeur d’économie écologique à l’université autonome de Barcelone pense qu’on pourrait compenser la perte de croissance, en partie grâce à une fiscalité verte, à l’arrêt des subventions aux industries polluantes ou à une redistribution plus importante, via le revenu universel de base.

Qui sont les champions français de la croissance ?

“D’un côté, développons par exemple les circuits courts et l’agriculture paysanne. De l’autre, limitons un secteur comme la mode qui multiplie le nombre de collections, au détriment de l’environnement et de la qualité des vêtements, qu’on finit par jeter au bout d’un an”, ajoute Mireille Bruyère. Pour cette économiste qui est aussi au Conseil scientifique d'ATTAC France, l’homme et le capitalisme ont atteint une limite écologique, une limite de ressources, “une limite anthropologique”.

L’homme est-il face à un obstacle insurmontable ? Faux, répond le libéral Marc de Scitivaux. “Cette théorie de la limite ignore totalement un élément fondamental qui se vérifie depuis deux milles ans : la capacité de l’esprit humain à innover et découvrir des choses nouvelles pour créer de nouvelles activités.”

Réduction de la population en question

Pour lui, l’économie a la vertu de s'autoréguler et le problème des ressources est un faux problème : “Quand une ressource devient rare, son prix augmente. Un mécanisme se met alors en route avec la recherche de substituts. Il cite l’exemple du pétrole dont la raréfaction a entraîné le développement d’énergies propres comme les éoliennes ou polluantes comme le gaz de schiste. “Nous ne sommes jamais face à la disparition d’une ressource fondamentale”, ajoute Marc de Scitivaux.

Ces trois "jeunesses" qui se mobilisent pour le climat

La question des ressources n’est pas la seule divergence qui oppose anti et pro-croissance. Réduire la taille de la population fait aussi partie des pistes avancées par les premiers. Produire mieux pour moins de personnes serait un des moyens de limiter l’exploitation de la nature. Un argument faisant écho à certains jeunes qui affichent fièrement leur volonté de ne pas procréer pour protéger la planète.

Pour les seconds, il s’agit là aussi d’un faux problème : outre le fait que faire accepter une diminution de la natalité est très compliqué, “voir l’augmentation de la population comme un problème n’est pas nouveau”, fait remarquer Nicolas Bouzou. “Même avant les théories de Malthus, on pensait que le passage à plus d’un milliard d’êtres humains serait insurmontable. Nous sommes aujourd’hui plus de 7 milliards.” Comme à l’accoutumée, les économistes issus des différentes écoles s’affrontent, tous avec leur armée d’arguments.

Florent Vairet

 

"Prêts pour la décroissance?"

Par Le 15/02/2021

Prêts pour la décroissance ?

Travailler et consommer moins, pour réduire la taille de l’économie, produire moins de GES et sauver la planète : c’est l’idée derrière le mouvement de la décroissance, qui fait de plus en plus d’adeptes au Québec. Notre collaboratrice est allée à la rencontre de ces nouveaux révolutionnaires.

Société

Environnement

Catherine Dubé

5 février 2020

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Code barre circulaire : Horvats / iStockPhoto

La décroissance à la télé

Suivez la quête de notre journaliste dans le documentaire Prêts pour la décroissance ?, réalisé par Simon Lamontagne et produit par L’actualité et les Productions Bazzo Bazzo, en collaboration avec Télé-Québec.

Le mercredi 12 février, 20 h, à Télé-Québec, puis gratuit en tout temps à telequebec.tv.

Je ne sais plus quoi dire à mes fils.

Mes deux ados ont manqué l’école à plusieurs reprises le printemps dernier pour manifester pour l’environnement — ils ont d’ailleurs écopé de quelques retenues — à l’instar de la jeune Suédoise Greta Thunberg.

Ils sont inquiets et je le suis aussi. J’ai beau prendre les transports en commun et avoir commencé à composter avant l’heure, il est évident que ces gestes individuels ne suffiront pas à sauver la planète du réchauffement climatique.

Et si le problème, c’était le système économique lui-même, qui fait de nous des consommateurs avec un grand C ? Après tout, comme l’affirment 11 000 scientifiques de 153 pays, qui sont sortis de leur réserve habituelle à la fin de 2019 pour signer une lettre ouverte dans la revue scientifique BioScience : « La crise climatique est étroitement liée à la consommation excessive issue d’un mode de vie riche. Nous devons changer notre façon de vivre. »

Ces derniers temps, les attaques à l’endroit du système économique ont pris de plus en plus de place dans l’espace public. 

Dans une salve venue de Nicolas Hulot, l’ancien ministre français de la Transition écologique, qui, après sa démission fracassante, a affirmé : « Le capitalisme sauvage n’est plus tenable. »

Sur des pancartes dans des manifestations : « Le climat change, pourquoi pas le système ? »

Dans la bouche crispée de colère de Greta Thunberg, qui aux Nations unies a reproché aux dirigeants mondiaux de « ne parler que d’argent et de la fable de la croissance économique éternelle ».

Dans les questionnements des militants que j’ai rencontrés au Festival de la décroissance conviviale, tenu à Montréal en juin dernier. 

Leurs propos sonnent comme un appel à la révolution dans une société où les politiciens gagnent leurs élections en promettant toujours plus de croissance économique et où les analystes applaudissent la moindre augmentation de la consommation des ménages. Et s’ils avaient raison et que le salut de la planète passait par la décroissance, ce concept à la fois économique et social qui met au rancart l’idéologie de la croissance à tout prix et mise sur un retour à un niveau de la vie matérielle compatible avec les écosystèmes ?

« Si on réduisait la consommation des Canadiens de moitié, cela ne nous ramènerait pas au temps des calèches, mais plutôt à ce qu’elle était en 1975 », assure Karel Mayrand, le directeur général de la section Québec et Atlantique de la Fondation David Suzuki. « Les familles avaient une seule auto plutôt que deux et vivaient dans des maisons plus petites, mais les gens n’étaient pas moins heureux que maintenant. » 

Aux yeux de la plupart des militants que j’ai rencontrés, la décroissance est inévitable. Si rien n’est fait pour limiter les effets catastrophiques des changements climatiques, elle surviendra d’elle-même, dans le chaos, disent-ils. Aux destructions causées par les ouragans, les sécheresses et les feux de forêt succéderont des famines, des déplacements massifs de réfugiés climatiques et un épuisement des ressources naturelles, qui mèneront à un effondrement économique et du monde tel qu’on le connaît.

L’ancien commissaire au développement durable du Québec Harvey Mead de même que des théoriciens tels que l’astrophysicien Aurélien Barrau et l’agronome Pablo Servigne, tous deux français, tiennent ce genre de discours apocalyptique. Un discours qui divise : soit on les croit, soit on les accuse de catastrophisme.

Les « décroissantistes » et autres « objecteurs de croissance », eux, croient à cette voie et se disent qu’il vaut mieux organiser notre atterrissage forcé pour que le choc soit moins brutal.

Le désir de savoir quoi dire à mes fils allait marquer le début d’une quête à la fois personnelle et journalistique de plusieurs mois pour comprendre l’audacieuse proposition des défenseurs de la décroissance. Et comprendre aussi pourquoi certains n’y voient qu’un projet irréalisable, alors que le progrès et une économie forte représentent à leurs yeux un meilleur moyen de lutter contre les changements climatiques. En cours de route, j’ai croisé des économistes qui prônent un certain ralentissement de la croissance, des entrepreneurs qui misent sur le développement durable, d’autres sur l’entrepreneuriat social et écoresponsable.

J’ai également fait la connaissance de citoyens qui, sans rêver d’abolir le capitalisme, s’ingénient à lancer des initiatives concrètes, créatives, pour réduire la consommation d’énergies fossiles de leur voisinage.

Laquelle de ces solutions arrivera le mieux à assurer à l’espèce humaine un avenir serein… si ce n’est un avenir tout court ?

Chapitre 1

« Décroître est la seule solution »

Les Festival de la décroissance conviviale, au campus MIL de l’Université de Montréal. Photo : La Plénière

Organisé sur un terrain du campus MIL de l’Université de Montréal par une poignée de citoyens engagés, le Festival de la décroissance conviviale est à l’image de leur proposition : pas de présentations PowerPoint ou de distribution de t-shirts promotionnels, et les participants apportent leur tasse à café réutilisable et leur lunch. En ce 1er juin 2019, journée internationale de la décroissance proclamée sur les réseaux sociaux, une cinquantaine d’activités semblables, festivals modestes, pique-niques ou projections de documentaires, se tiennent simultanément à Bruxelles, à Berlin, à Florence et ailleurs dans le monde.

Je jette un coup d’œil à l’exposition de « basse technologie ». Un jeune homme barbu me montre d’élégants écouteurs en bois, conçus avec du matériel électronique assez simple pour qu’il puisse les réparer lui-même, m’assure-t-il. Plus loin, un autre me parle de La Remise, un organisme de Montréal qui prête des outils et des appareils ménagers. « Ça évite d’avoir à acheter une scie ronde ou une machine pour faire des pâtes fraîches alors qu’on s’en sert deux fois par année », dit-il. 

Serais-je tombée sur un festival de la simplicité volontaire qui ne dit pas son nom ? Je finirai par comprendre que les deux idées sont cousines. Tandis que la simplicité volontaire consiste à moins consommer sur une base individuelle, la décroissance va un cran plus loin : elle remet en question le système économique lui-même. 

En jean et t-shirt, devant une petite foule assise sur des chaises pliantes, une jeune conférencière ouvre le Festival. « Dans un système capitaliste, on produit toujours plus. On consomme pour avoir l’air beau, fin et intelligent. On ne consomme plus pour répondre à ses besoins », dit Alix Ruhlmann, d’un ton calme et convaincu. Son mémoire de maîtrise en gestion de l’environnement propose un mode d’emploi pour faire le virage de la décroissance au Québec, rien de moins. C’est de cela qu’elle est venue parler. « La croissance qu’on rejette, c’est celle de l’extraction des ressources, de la consommation d’énergie. C’est la consommation ostentatoire. » 

De quoi rappeler le discours anticonsumériste des hippies des années 1960 et 1970, qui rêvaient déjà de s’affranchir du capitalisme. Et on n’est pas totalement dans le champ. Au Québec, les groupes militants qui se forment, tombent en dormance et reprennent du service depuis une quinzaine d’années — dont le Collectif décroissance conviviale de Montréal et le Mouvement québécois pour une décroissance conviviale — présentent sous une forme nouvelle certaines des idées portées avant eux par le mouvement anticapitaliste. L’urgence climatique actuelle a eu l’effet d’un électrochoc et a remis cette proposition à l’avant-plan.  

Alors qu’il faudrait réduire massivement nos émissions de gaz à effet de serre, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) n’observe « aucun signe de ralentissement ». Au contraire, ces concentrations de GES dans l’atmosphère pulvérisent des records chaque année. « La dernière fois que la Terre a connu une teneur en CO2 comparable, c’était il y a de trois à cinq millions d’années : la température était de 2 à 3 °C plus élevée qu’aujourd’hui, et le niveau de la mer était supérieur de 10 à 20 m au niveau actuel », a précisé le secrétaire général de l’OMM, Petteri Taalas, lors de la sortie de son plus récent rapport, fin 2019. Le Canada n’y échappe pas : notre climat se réchauffe deux fois plus rapidement que la moyenne mondiale, selon Environnement Canada.

Quatre jeunes scientifiques du MIT ont tiré la sonnette d’alarme dès 1972 dans un rapport intitulé Les limites à la croissance, qui, à grand renfort de graphiques et de modélisations mathématiques, démontrait que la diminution des ressources et la dégradation de l’environnement finiraient possiblement par conduire à un effondrement du système économique mondial. Et ce, autour de 2030. Critiqué de manière virulente par les économistes classiques, le rapport a néanmoins connu un succès international. Ses auteurs ont refait leurs calculs en 2004 et sont arrivés à la même conclusion.

Le problème à la source de tous les autres, c’est la civilisation industrielle basée sur les énergies fossiles, disent aujourd’hui les objecteurs de croissance.

« Ce qu’on veut, c’est changer l’équation : créer une société où la consommation ne sera pas nécessaire pour avoir un statut social ou une job. On ne veut plus que l’objectif soit de faire croître le PIB », dit Alix Ruhlmann. 

Alix Rulhmann, dont le mémoire de maîtrise portait sur la gestion de l’environnement. Photo : La Plénière

J’ai fait la connaissance de cette jeune femme dans la vingtaine au visage lumineux quelques semaines avant le Festival, à une rencontre « Décroissants et des bières », rendez-vous informel qui se tient chaque mois dans un bar différent de Montréal (toujours une coopérative) pour discuter autour d’une pinte de façons d’arriver à la décroissance économique. 

Dans le système capitaliste, toute ressource naturelle est bonne à exploiter, m’a-t-elle rappelé. Même les humains. « La croissance pousse à l’individualisme et à la compétition. Les humains ne peuvent pas être poussés à bout à l’infini. Au final, on fait des crises cardiaques, on fait des burn-out, on se suicide », explique-t-elle. 

Selon elle, la société doit réduire… tout : la production de biens, la consommation, le temps de travail. « Si on consomme moins, on a besoin de moins d’argent. En travaillant moins, on a plus de temps pour s’entraider, cuisiner, voir ses amis, s’occuper d’un jardin communautaire ou s’impliquer en politique pour se réapproprier la démocratie », dit-elle. À l’échelle d’un pays, moins d’heures de travail signifie moins de production de biens, et cela fait tranquillement diminuer la taille de l’économie.

À ceux qui croient que les avancées technologiques permettent de protéger la planète en diminuant, par exemple, l’utilisation des ressources, elle répond sans perdre son grand sourire : « Penser que la technologie pourra nous sauver est une illusion. Quand on aura mis à mal la biodiversité, on ne pourra pas créer des abeilles-robots ou des fleuves avec des pompes artificielles pour faire circuler de l’eau potable. Les machines ont besoin d’énergie et de ressources. Si on veut réduire la quantité d’énergie et de ressources qu’on utilise, ça ne peut pas être en construisant plus de machines ! »

Même chose pour ceux qui estiment que le développement durable et la croissance verte vont suffire à protéger la planète. « Ces approches, prônées depuis des décennies, n’ont rien réglé, dit Alix Ruhlmann. Avec la croissance verte, on s’en va dans un mur. »

Dans l’esprit de l’Homo œconomicus moyenne que je suis, la décroissance ressemble soudainement à une récession perpétuelle…

« Non ! Une récession, c’est une décroissance dans un système basé sur la croissance, rétorque Alix Ruhlmann. Ce qu’on propose, c’est de transformer le système de telle sorte que la réduction de la production, de la consommation, du temps de travail et des échanges monétaires n’ait pas de conséquences négatives sur le bien-être des gens. Au contraire, ce qu’on veut, ce sont des gens heureux, une société égalitaire et en équilibre avec l’environnement. Il faut repenser le système pour que ce soit ça l’objectif, et non de gagner de l’argent et de faire croître le PIB. »

Et comment y parvient-on ? « Par des changements légaux pour lutter contre la publicité, les lobbys, les grosses sociétés bancaires et les fusions d’entreprises, entre autres. »

Dans le monde dont rêvent les décroissantistes, il n’y aurait pas de place pour les entreprises dont l’objectif principal est l’accumulation de profits. Les initiatives privées seraient encouragées, mais sous forme d’entreprises d’économie sociale et solidaire, de coopératives ou d’associations. Les plus radicaux prônent l’abolition pure et simple des entreprises privées. 

Quand on lui fait remarquer que cela ressemble à un régime communiste, Alix Ruhlmann précise : un tel régime ne peut fonctionner que dans un État totalitaire, alors qu’eux rêvent au contraire d’une organisation politique encore plus démocratique que la nôtre, où des assemblées citoyennes prendraient des décisions au niveau local, dans un État décentralisé. Réforme électorale, démocratie directe, abolition de l’État : tous les scénarios sont sur la table.

Ces approches trouvent peu d’écho à l’Assemblée nationale. Le programme de Québec solidaire mentionne certes la décroissance de la consommation, mais le plus à gauche des partis majeurs sur l’échiquier québécois est loin de proposer des mesures aussi radicales que celles évoquées par les décroissantistes. 

Pour ces derniers, bien des choses restent à définir. Comment convaincre les gouvernements de prendre cette direction ? Comment amorcer la transition vers cette société postcroissance ? C’est l’une des principales critiques formulées à l’endroit du mouvement : le manque de clarté sur le chemin à suivre et sur le système politique souhaité. C’est justement pour débattre de tout cela que les décroissantistes se rencontrent et discutent, que ce soit lors de festivals, de conférences ou en ligne.

Des universitaires y vont de leurs propositions. Des centaines d’articles scientifiques ont été rédigés sur la question et des livres destinés au grand public ont été publiés, dont deux récents : Guérir du mal de l’infini et La décroissance, respectivement écrits par Yves-Marie Abraham, professeur à HEC Montréal, et le Français Serge Latouche, professeur émérite d’économie, deux importants penseurs du mouvement. Le chemin vers la décroissance n’est pas encore totalement balisé. Mais la voie est manifestement ouverte.

Chapitre 2

« Le système actuel ne fonctionne pas »

Le professeur à l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke François Delorme. Photo : La Plénière

L’économiste François Delorme ne peut certainement pas être traité de rêveur. Il a été haut fonctionnaire au ministère des Finances à Ottawa pendant une vingtaine d’années, a occupé le poste d’économiste en chef à Industrie Canada et celui d’économiste principal à l’OCDE à Paris, une organisation internationale qu’il qualifie lui-même de « temple du néolibéralisme ». 

Cela ne l’empêche pas d’enseigner à ses étudiants de l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke des notions qui font grincer des dents certains de ses collègues. Le cours auquel il m’a invitée porte précisément sur la décroissance. « Je me définis comme un agent double », me dit-il avant d’entrer en classe, sous le porche du pavillon, vêtu d’un manteau de jean comme ses étudiants. « J’ai vu comment le système fonctionne. J’ai vu ses limites. Les supposées vertus d’autorégulation du système économique, ça ne marche pas. » La croissance économique est devenue un dogme, dit-il. Elle l’emporte sur tout le reste, peu importe les conséquences. 

Est-ce possible de lutter contre les changements climatiques dans le système économique actuel ? « On pourrait y arriver, théoriquement, si les choix étaient caractérisés par les bons prix. » Dans une économie de marché, explique-t-il, le lubrifiant qui fait que tout fonctionne, ce sont les prix : si c’est cher, on achète moins, si c’est moins cher, on achète plus. « En ce moment, on ne peut pas dire qu’on fait des choix éclairés. L’essence, par exemple, n’est pas assez chère par rapport aux coûts sociaux et aux dommages environnementaux qu’elle engendre. Même chose pour la viande rouge et beaucoup d’autres biens. »

Prenons la taxe sur le carbone, cette mesure qui a pour objectif de faire baisser les émissions de GES en taxant les produits émettant du CO2, notamment l’essence. Le fédéral impose une taxe sur le carbone de 20 dollars la tonne en ce moment et ne prévoit pas la faire grimper au-delà de 50 dollars la tonne en 2022. Or, c’est une taxe de 210 dollars la tonne qu’il devrait imposer d’ici 2030 pour respecter les cibles d’émissions de GES qu’il s’est lui-même fixées, a récemment estimé la Commission de l’écofiscalité du Canada, un groupe indépendant d’économistes et d’universitaires. Actuellement, la taxe sur le carbone se traduit entre autres par environ 4 cents supplémentaires le litre d’essence à la pompe, alors que les Canadiens devraient plutôt débourser 40 cents de plus le litre.

Autre problème fondamental du système actuel : l’outil de mesure principal de la prospérité, le produit intérieur brut (PIB) par habitant, ne tient pas compte lui non plus des dégâts environnementaux engendrés par l’activité économique. Mis au point par l’économiste américain nobélisé Simon Kuznets dans les années 1930, le PIB mesure la valeur marchande totale des biens et services produits à l’intérieur d’un État pour une période donnée. Lorsqu’on le divise par le nombre d’habitants de cet État, on obtient une mesure de leur niveau de vie. Un indicateur intéressant, mais imparfait.

« On vit dans un monde où plus, c’est mieux, et on veut un PIB qui croît de plus en plus, note François Delorme. Mais il y a plein de choses que le PIB ne compte pas. Mettre sur pied une usine pétrochimique qui émet des particules toxiques, c’est bon pour le PIB, mais ce n’est pas bon pour notre santé ni pour l’environnement. »

Des économistes et des organisations sérieuses telles que l’OCDE et le Programme des Nations unies pour le développement travaillent depuis longtemps à élaborer de meilleurs indicateurs de prospérité à long terme, en introduisant dans leurs calculs d’autres facteurs, comme le niveau d’éducation et l’espérance de vie de la population. 

L’un de ces indices, l’indice du patrimoine global, mis au point par l’Institut international du développement durable — qui prend notamment en considération la valeur des compétences et connaissances de la population active et l’épuisement des ressources naturelles —, montre un portrait fort différent. Alors qu’au Canada le taux de croissance du PIB a été de 1,31 % par année en moyenne de 1980 à 2015, l’indice de patrimoine global n’indique qu’une croissance de 0,23 % par année. Moins spectaculaire.

Ces nouveaux indicateurs font leur chemin auprès des décideurs et des économistes, mais peinent à s’imposer dans le discours public. « Il y a une sorte de sacralisation du PIB », dit François Delorme. Dans l’imaginaire collectif, un PIB en croissance est gage non seulement de prospérité, mais aussi de bien-être et presque de bonheur. Alors que ce n’est pas ça qu’il mesure, les économistes le savent bien ! 

La décroissance pure et simple n’a rien de séduisant pour les Nord-Américains que nous sommes, mais les étudiants doivent tout de même en entendre parler, croit François Delorme. « Ce dont on a besoin pour la lutte contre les changements climatiques, c’est d’une révolution, dit le professeur. Étant donné l’importance du défi, on ne peut pas laisser le capitalisme se sauver de lui-même. »

*** 

Dans la classe de François Delorme, les étudiants discutent à bâtons rompus. Ils doivent déterminer si l’économie de marché dispose des outils nécessaires pour contrer les changements climatiques. 

Les discussions dans la classe de François Delorme sont des plus enrichissantes pour ses étudiants. Photo : La Plénière

Il est possible d’imposer le meilleur choix environnemental à un client ou à un consommateur, avance un jeune homme. « Ici à l’Université de Sherbrooke, le prix du transport en commun est déjà inclus dans nos frais de scolarité. Si ça n’avait pas été le cas, je ne suis pas sûr que j’aurais pris ma carte d’autobus. J’aurais peut-être opté pour un permis de stationnement. On ne m’a pas vraiment laissé le choix, je prends l’autobus et je suis bien content. »

François Delorme affiche un large sourire. Cet étudiant a visiblement compris la notion de « despote bienveillant », qu’il leur a expliquée un peu plus tôt.

Un gouvernement peut orienter les choix en ajustant les prix, en taxant les voitures à essence et en subventionnant les voitures électriques, par exemple. « Un despote bienveillant te force à aller dans une direction, mais pour ton bien. » Le bien dont parle l’enseignant, c’est le bien commun. « Dans une économie de marché, on valorise beaucoup l’initiative individuelle, l’innovation, l’entrepreneuriat, la liberté de faire des choix. Mais cette liberté peut nous amener, collectivement, dans la mauvaise direction », dit-il. 

Le Boston Consulting Group, un cabinet international de conseil stratégique dans le domaine des affaires, a récemment calculé que tous les problèmes engendrés par l’inaction face aux changements climatiques pourraient se solder, vers 2100, par un PIB mondial par habitant 30 % plus bas que s’il n’y avait pas de réchauffement. Toute une décroissance ! 

« Il y a un coût substantiel à rester les bras croisés », affirme François Delorme. Selon la même étude, les plans de lutte contre les changements climatiques n’ont pas d’effet négatif sur le PIB.

François Delorme n’est pas contre la croissance, mais vu l’urgence environnementale, le statu quo n’est plus une option. À défaut de pouvoir mettre en place une véritable décroissance, une autre approche est possible et elle est loin d’être utopique, dit-il à ses étudiants. C’est celle de la croissance limitée. C’est mathématique : moins on consomme, moins on engendre de GES. Deux chercheurs de l’Université de technologie Chalmers, en Suède, ont calculé que si tous les habitants du pays travaillaient quatre jours au lieu de cinq, cela diminuerait les GES de 16 %, puisqu’ils auraient moins de revenus.

Un éminent économiste de Toronto, qui travaille depuis plus de 40 ans dans le domaine de l’économie environnementale, a mis au point une simulation informatique très élaborée pour démontrer la viabilité de la croissance limitée. 

Cet homme, c’est Peter Victor. 

Chapitre 3 

« Il faut limiter la croissance »

Peter Victor, professeur émérite de l’Université York, à Toronto. Photo : La Plénière

Peter Victor, professeur émérite de l’Université York, à Toronto, vient de publier une seconde édition de son livre Managing without Growth: Slower by Design, not Disaster, dans lequel il soutient qu’une croissance limitée représente une bien meilleure option que la croissance infinie pour assurer la prospérité du Canada à long terme. 

Ses conclusions sont tirées d’un modèle mathématique conçu avec un collègue économiste britannique, Tim Jackson, qui permet de tester différents scénarios

Celui de la croissance limitée au Canada prévoit notamment une taxe sur le carbone de 300 dollars la tonne, des heures de travail progressivement réduites d’environ 20 %, des investissements massifs dans les énergies vertes, une population de 44 millions d’habitants en 2068 (la plus faible projection de croissance de Statistique Canada) et une meilleure redistribution de la richesse par l’intermédiaire des programmes sociaux. 

« La croissance ralentirait tranquillement jusqu’à une croissance zéro vers 2050 et demeurerait stable par la suite », me dit le professeur, que je joins par Skype. « En plus de régler le problème environnemental, nous aurions le plein emploi, davantage d’équité et plus de temps. Tout cela sans alourdir la dette du pays. »

Les deux économistes ont pris la peine de comparer leur scénario à celui du statu quo de la croissance ainsi qu’à un troisième scénario, où le Canada s’engagerait dans la lutte contre les GES par une taxe carbone à 300 dollars la tonne, d’importants investissements verts et une électrification des transports, sans toutefois remettre en question la croissance. Et leur pari tient la route : c’est le scénario de la croissance limitée qui donne les meilleurs résultats pour assurer le bien-être de la population tout en faisant échec aux GES. Et ce, au moins jusqu’en 2070, date à laquelle s’arrête la simulation. 

Cette croissance limitée présenterait l’avantage non négligeable d’être beaucoup plus stable que le modèle actuel, où les périodes de croissance sont entrecoupées de périodes de récession, qui créent inévitablement des dommages collatéraux, comme des pertes d’emplois et des fermetures d’entreprises, dont il est toujours difficile de se relever individuellement et collectivement. 

« Ce n’est pas parce que nous avons profité des bénéfices de la croissance pendant des décennies, des siècles même, que nous devons tenir pour acquis qu’elle peut se poursuivre à l’infini, dit Peter Victor. Un nombre grandissant d’économistes entrevoient la possibilité d’un avenir qui ne repose plus sur la croissance, tout en nous offrant une vie meilleure. »

Chapitre 4

« Faisons confiance à l’innovation humaine »

Le professeur d’économie à HEC Montréal Germain Belzile. Photo : La Plénière

« La croissance, c’est une bonne chose », affirme Germain Belzile, professeur d’économie à HEC Montréal.  

Nous sommes au cœur du centre-ville de la métropole, dans un parc entouré de gratte-ciels où des milliers de personnes travaillent en ce moment même pour faire rouler l’économie, et Germain Belzile a fière allure dans son complet italien. « Grâce à la croissance, l’humanité est en train de sortir de l’extrême pauvreté. En fait, les endroits où elle diminue le plus rapidement, ce sont ceux où la croissance économique est le plus rapide. La croissance et l’augmentation du niveau de vie portent en elles les germes des solutions. »

Le PIB par habitant est loin d’être une mesure parfaite, reconnaît-il, mais son augmentation va en général de pair avec une diminution de la mortalité infantile, une hausse du niveau d’éducation de la population et plusieurs autres éléments positifs. « C’est quand les gens ont l’estomac plein qu’ils se préoccupent de l’air qu’ils respirent », ajoute le professeur. 

L’idée qu’il défend est celle d’une majorité d’économistes : la solution ne passe pas par un appauvrissement, mais par un enrichissement, de la recherche et du développement. 

« De la même façon qu’on a remplacé le bois par le charbon, et le charbon par le pétrole, on va remplacer le pétrole par autre chose », assure-t-il. D’ailleurs, si les pays développés ont laissé tomber le charbon, ce n’est pas parce qu’ils en ont manqué, mais parce qu’ils ont trouvé mieux. La même chose arrivera avec les énergies fossiles, il en est persuadé. 

Germain Belzile entrevoit déjà de multiples solutions de remplacement, dont certaines pas encore réalisables sur le plan technique, comme la fusion nucléaire. Mais ça viendra, dit-il.

En attendant ce jour, pourquoi ne pas taxer les biens pour inclure dans leur prix de vente les conséquences néfastes de leur production, ce qu’on appelle les « externalités négatives » dans le jargon économique ? « Taxer ces externalités, c’est reconnu par les économistes comme une bonne chose, répond-il.

— Pourquoi on ne le fait pas ?

— On ne le fait pas parce que c’est compliqué. Et parce que les gouvernements ne font pas toujours ce qui est bon, mais plutôt ce qui est bon pour être réélus. »

Les résultats d’un sondage Léger réalisé en novembre 2018 auprès de 1 000 Québécois pour le compte de l’Institut économique de Montréal sont assez éloquents. Une majorité de Québécois, soit 62 %, sont en accord avec le principe d’une taxe sur le carbone. Mais seulement 40 % paient sans rechigner le litre d’essence plus cher en raison de cette taxe. Et quand on leur précise combien ils devraient vraiment payer, l’appui fond comme un glacier de l’Arctique : 24 % seraient prêts à payer 5 cents de plus le litre, 9 % paieraient 10 cents… et à peine 2 % paieraient 50 cents le litre, ce qui serait pourtant nécessaire pour s’assurer d’atteindre nos cibles de réduction de gaz à effet de serre ! Pas étonnant que les politiciens tergiversent avec cette fameuse taxe.

Germain Belzile a tout de même confiance de voir les émissions de gaz à effet de serre baisser malgré la croissance économique, grâce aux énergies propres et au découplage (l’idée qui veut qu’on arrive à faire croître l’économie tout en diminuant l’utilisation des ressources et les rejets). « À mesure que le monde continuera de se développer, les autres pays prendront la même tangente que nous. Mais on va sans doute augmenter nos émissions de gaz à effet de serre pour encore un bout de temps. »

« Il faudrait pourtant les diminuer, et dès maintenant ! » lui dis-je.

— Oui, mais ce ne sera pas demain. Oublions ça, c’est utopique, répond-il sans se démonter. 

— Donc, les conséquences des changements climatiques, on va les vivre ? 

— On va les vivre. Il faut, à mon avis, mettre beaucoup plus l’accent sur l’adaptation. »

L’économiste Vincent Geloso ne croit pas non plus que les élus arriveront à renverser la vapeur. La quête d’appuis électoraux les pousse même à prendre des décisions contradictoires en matière d’environnement, estime ce chercheur montréalais, professeur au King’s University College, à London, en Ontario.

« Au Québec, on subventionne la pollution, affirme-t-il. On le fait de plusieurs manières : l’absence de péage sur les routes fait que l’on ne paie pas le vrai prix de l’utilisation des voitures. On subventionne aussi des industries lourdes qui émettent énormément de GES, comme des cimenteries. »

L’État devrait tout simplement cesser d’intervenir dans l’économie, dit-il. Le problème se réglera de lui-même si on laisse libre cours aux mécanismes du marché, comme prévu dans la théorie économique. « Ces mécanismes sont très puissants », assure ce trentenaire au crâne rasé, tout en replaçant ses lunettes noires. 

Il me donne quelques exemples : si les États cessaient de subventionner les pétrolières, le prix de l’essence augmenterait et on en consommerait moins ou on inventerait des substituts. Dans l’industrie du textile, si les producteurs de coton devaient payer pour les énormes quantités d’eau qui servent à le faire pousser, cela se répercuterait sur le prix des vêtements et on en consommerait moins.

« Le problème, ce n’est pas la croissance. Ce sont les externalités négatives. Et le marché est capable d’en tenir compte et de les “internaliser” dans le coût de production du bien, à condition d’avoir le bon cadre institutionnel. Ce qui fait dérailler ce mécanisme actuellement, c’est l’intervention de l’État. La mesure la plus simple et la plus ciblée, ce serait d’arrêter de manipuler les prix artificiellement », soutient Vincent Geloso. 

C’est grâce à l’innovation technologique qu’on arrivera à limiter les GES, selon lui. « L’inventivité humaine est le seul mécanisme que j’ai espoir de voir fonctionner. La capacité humaine à créer, à innover, c’est la seule ressource inépuisable sur Terre. Et la plus susceptible de nous sortir du problème. »

Chapitre 5 

« On peut miser sur le développement durable »

Mohamed Hage a cofondé les Fermes Lufa, dans l’est de Montréal. Photo : La Plénière

Mohamed Hage, cofondateur des Fermes Lufa, à Montréal, fait partie des optimistes qui croient au génie humain. L’entrepreneur dans la trentaine juge qu’il y a moyen de marier croissance économique et environnement, idée maîtresse du développement durable.

Nous sommes sur le toit d’un immeuble de l’est de Montréal, dans l’une des trois serres de Lufa — la quatrième, en construction, sera la plus grosse serre sur un toit au monde, selon leurs recherches. Dans le vaste espace baigné de lumière, des milliers de plants de chou frisé, de laitue et de basilic d’un vert vibrant poussent en rangs serrés. 

Alors que Mohamed Hage me montre le système d’irrigation de cette culture hydroponique, je n’aperçois que deux ou trois employés qui s’affairent dans la serre de 5 800 m2, assez grande pour accueillir les trois quarts d’un terrain de soccer. Presque tout est automatisé. Au fil de la visite, j’entends le vrombissement des ventilateurs qui se mettent en marche et s’arrêtent pour maintenir la température constante au degré près. Les toiles thermiques se déploient ou se rétractent selon la course du soleil. 

Il y aura davantage d’employés cette nuit, au moment de la récolte quotidienne. Les clients ont jusqu’à minuit pour remplir leur commande en ligne et Lufa ne récolte que les produits vendus, pour éviter tout gaspillage alimentaire.

Bien des partisans de la décroissance, dont Alix Ruhlmann, estiment que la technologie est un piège, et que les gens devraient se réapproprier des compétences qui sont présentement entre les mains des entreprises. « Nous, on adore la technologie ! s’empresse de dire Mohamed Hage. On est capables de produire nos légumes avec moins d’énergie, moins d’eau, peu d’espace. »

Si Mohamed Hage et Lauren Rathmell, cofondatrice des Fermes Lufa, ont choisi de s’installer sur les toits, c’était d’abord pour produire des légumes en ville, là où les gens vivent. Ils ont vite pris conscience que cela comportait un avantage majeur. « On récupère toute la chaleur de l’immeuble perdue par le toit. On utilise 50 % moins d’énergie qu’une serre au sol », m’explique l’entrepreneur.

Grâce à son système d’irrigation à boucle fermée, dont on analyse l’eau constamment pour s’assurer qu’elle contient tous les nutriments nécessaires, la serre n’utilise que le dixième de l’eau qu’il faudrait pour une production semblable en champ. 

La bette à carde fait partie des aliments produits par les Fermes Lufa. Photo : La Plénière

Un ingénieux système sur rail ajuste l’espace entre les plants au fur et à mesure qu’ils grandissent pour optimiser l’espace, ce qui permet de produire de 10 à 20 fois plus au mètre carré que dans une serre au sol traditionnelle. 

Tous les légumes ne peuvent pas être cultivés dans de telles installations, reconnaît Mohamed Hage. Le maïs et les patates devront continuer de pousser en pleine terre. Mais pour les tomates, laitues et autres verdures, il suffirait de 19 serres sur des toits de centres commerciaux afin de fournir tous les Montréalais. Le cofondateur rêve déjà d’offrir des franchises pour que des serres similaires existent dans toutes les villes.

Convaincre un entrepreneur comme lui de prendre le virage de la décroissance ? Pas sûr que c’est possible. Son entreprise est plutôt en forte croissance et il en est très fier.

Chapitre 6

« La clé, c’est de s’adapter »

L’épicerie zéro déchet LOCO, à Montréal. Photo : La Plénière

Une épicerie à grande surface propose en moyenne 25 000 produits différents. LOCO, une petite chaîne d’épiceries de la région montréalaise, en offre… 500. 

Dans ces épiceries zéro déchet, lancées par quatre jeunes femmes passionnées, même le lait et le dentifrice se vendent en vrac, dans des contenants réutilisables apportés par les clients ou dans des contenants consignés. 

Chaque produit et chaque décision d’affaires est soupesé pour avoir le moins d’impact environnemental possible, sans sacrifier la touche esthétique. Des étagères de bois aux petits pots disposés avec soin, tout ici pourrait être photographié et publié sur Instagram. 

Cinq cents produits, c’est tout de même peu quand on est habitué à l’abondance… Les clients sont parfois un peu déboussolés lorsqu’ils ne trouvent pas ce qu’ils cherchent, reconnaît Marie-Soleil L’Allier, 42 ans, l’une des cofondatrices. 

LOCO leur apprend à être flexibles, dit-elle. « Si la personne est venue chercher une sorte de riz et qu’il n’y en a plus, elle peut prendre autre chose. » Selon les cofondatrices, il sera de plus en plus nécessaire de s’adapter à cause des changements climatiques, et c’est ce que les gens font à petite échelle dans leurs magasins. 

LOCO a maintenant quatre épiceries : trois à Montréal plus celle de Brossard, que je visite cet après-midi-là. Je demande à Marie-Soleil L’Allier et à Andréanne Laurin, les deux associées présentes, si elles ressentent une forme de contradiction entre le fait d’être des entrepreneures qui visent la croissance et le mode de vie décroissant dont elles font la promotion. 

« Quand on a lancé LOCO, on voulait des épiceries à échelle humaine. Elles n’ont pas 10 000 pi2 [930 m2], mais plutôt 1 000 pi2 [93 m2]. Et on veut que ça reste comme ça. On a pas mal fini notre croissance à quatre épiceries, dit Andréanne Laurin, une énergique châtaine. 

— Vous n’avez pas envie de croître davantage ? »

Elles secouent toutes les deux la tête de gauche à droite.

L’entreprise a atteint la rentabilité, tous les employés sont bien payés et il leur reste du temps pour vivre. Ça leur suffit. 

Chapitre 7 

« Un examen de conscience s’impose »

Karel Mayrand, de la Fondation David Suzuki. Photo : La Plénière

Karel Mayrand est à la tête de la section Québec et Atlantique de la Fondation David Suzuki depuis près de 12 ans, assez longtemps pour être convaincu que le développement durable — qui mise sur le découplage — n’a pas tenu ses promesses. 

« Le problème, me dit-il, c’est que ce concept met sur le même pied l’économie, l’équité sociale et l’environnement. Donc, souvent, c’est l’économie qui décide. »

Au premier coup d’œil, le Québec semble avoir réussi le tour de force du découplage. La plus récente édition de l’Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre, un document produit par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, montre un graphique encourageant. De 1990 à 2017, le PIB a augmenté de plus de 66 %, comme l’indique une belle courbe jaune qui pointe vers le haut ; durant la même période, les émissions de GES ont diminué de près de 9 %, indique un tracé bleu.

Pas si mal. Sauf que le Québec avait pris l’engagement de réduire ses GES de 20 % de 1990 à 2020… Ce découplage est donc loin d’être suffisant.

Autre tache à notre dossier : les émissions de GES dues aux transports ont augmenté de 23 % de 1990 à 2017 au Québec. C’est l’effet rebond, m’explique Karel Mayrand, qui survient très souvent quand on parvient à obtenir un gain d’efficacité énergétique. Un entrepreneur qui réussit à produire un bien en utilisant moins de matériaux et d’énergie aura tendance à… accroître sa production. Chaque unité consomme moins de ressources, mais dans l’ensemble, il n’y a aucun gain.  

Ainsi, les voitures d’aujourd’hui consomment en général moins d’essence que celles des années 1970, mais il n’y en a jamais eu autant sur les routes ! Le nombre de véhicules augmente trois fois plus vite que la population québécoise depuis trois décennies, selon les données de la Société de l’assurance automobile et de l’Institut de la statistique du Québec. Sans compter la popularité grandissante des véhicules utilitaires sport. 

Les Canadiens ont un examen de conscience à faire, dit Karel Mayrand. 

Les GES émis par le Canada ne représentent que 1,6 % de ceux émis à l’échelle mondiale. Mais chaque Canadien engendre en un an environ 16 tonnes de CO2, une quantité parmi les plus élevées au monde ! C’est plus de deux fois les émissions d’un Chinois et quatre fois celles d’un Suédois. Seuls les habitants de pays dont l’économie est basée sur le pétrole, comme l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, font pire.

On ne pourra pas arrêter de chauffer nos maisons, convient Karel Mayrand, mais on peut agir sur d’autres plans, comme l’étalement urbain ou l’offre de transport en commun. Et sur la consommation. « On vit dans un monde qui pousse à la surconsommation. C’est très difficile de se remettre en question quand on revient le soir avec les enfants, qu’on a la tête pleine et qu’on met le souper dans le four à micro-ondes. C’est une discussion collective qu’il faudrait avoir. La décroissance fait peur. Mais en même temps, les gens nous disent : “Je suis stressé, surendetté, je n’ai plus de temps, j’aurais besoin de ralentir.” »

Ralentir, c’est aussi décroître. Libérer de l’argent. Libérer du temps.

Chapitre 8 

« Et moi, je fais quoi ? »

Catherine Dubé a dû déménager d’une grande maison vers un quatre et demie. Photo : La Plénière

Environ 300 000 objets, c’est ce que contiendrait la maison américaine moyenne, m’a dit Karel Mayrand. Je n’ai pas de difficulté à le croire alors que je remplis des boîtes de déménagement. 

Je quitte la demeure où j’ai élevé mes enfants. Une grande maison de deux étages, avec un sous-sol et une jolie petite cour, dans un des quartiers centraux de Montréal. Je me suis séparée et je n’ai pas les moyens de payer l’hypothèque toute seule. Je m’en vais vivre dans un quatre et demie. Une décroissance forcée, en quelque sorte. 

Je me considère comme assez écolo — j’achète peu de vêtements, j’en échange avec des copines, je me déplace à vélo et je suis abonnée au service d’autopartage Communauto. Malgré tout, ma maison est archipleine. Je trouve une boîte de flûtes à champagne et des douilles à pâtisserie jamais déballées. Un nombre impressionnant de boîtes de Lego avec lesquels mes enfants ne jouent plus depuis longtemps. Une collection d’appareils électroniques oubliés dans un placard depuis qu’ils ont été remplacés par des plus récents. 

Pas le choix, je devrai me départir de la moitié des meubles. Trier, donner.

Est-ce dans la nature humaine d’acheter, d’accumuler, de montrer notre statut social par l’intermédiaire de nos biens et des voyages qu’on fait ? Pourquoi est-ce si difficile de changer nos comportements ? 

Aurélie Sierra a étudié à fond ces questions. Calme et posée, cette sociologue de l’environnement dans la trentaine agit auprès de municipalités et d’organismes, mais aussi auprès de groupes environnementaux qui se questionnent sur l’efficacité de leurs actions. La résistance au changement s’explique, sur le plan psychologique, par nos biais cognitifs, me précise-t-elle. « Un biais cognitif, c’est notre système de pensée, habituellement plutôt bien rodé, qui dévie et nous empêche d’être rationnels. »

En raison du biais de l’immédiateté, l’être humain a toujours tendance à choisir le gain à court terme plutôt qu’un éventuel avantage à long terme. « Le problème avec les changements climatiques, c’est que les échelles de temps et d’espace sont trop énormes pour être facilement appréhendées par l’humain. On parle d’une centaine d’années, de la planète au complet. On nous dit que si on arrête de prendre l’avion et de manger de la viande, peut-être que le monde ira mieux dans 30 ans. Le morceau de viande est devant nous, alors que 2050, c’est loin et intangible », illustre la sociologue.

Il est possible de déjouer notre cerveau. Pour cela, il faut prendre conscience de nos idées préconçues, souligne Aurélie Sierra. Parfois, on ne fait rien parce qu’on a l’impression que les changements individuels n’auront pas d’incidence. Les grosses industries doivent évidemment contribuer à l’effort. « Mais au nombre d’humains qu’il y a sur la planète, tous ces petits changements accumulés ont une importance. Vraiment. »

Dans le quartier Rosemont, à Montréal, un groupe de citoyens se retroussent les manches depuis 2016 pour trouver des façons de vivre en faisant moins appel aux énergies fossiles. À la différence des militants de la décroissance, les membres de l’OSBL Solon — une quarantaine de personnes en ce début 2020  — ne cherchent pas nécessairement à mettre fin au système capitaliste : ils agissent à leur échelle, sur le terrain, pour favoriser le virage vers une économie moins énergivore et plus solidaire. Une approche inspirée du mouvement de la transition, né en Grande-Bretagne et qui se répand ici et là sur la planète comme une traînée de poudre… et d’espoir.

Après avoir verdi leur ruelle, ces voisins de Rosemont ont mis sur pied le système de partage de véhicules LocoMotion, avec leurs propres voitures, vélos électriques et remorques. Simon Thibodeau, un travailleur culturel dans la trentaine, me montre le fonctionnement un matin d’automne. Il a réservé en ligne l’auto d’un autre membre, Sylvain. À l’heure dite, il va chercher les clés chez Sylvain, à deux coins de rue de chez lui. Ce n’est pas gratuit, mais presque ; il ne paiera qu’un coût minime, tout juste pour couvrir les frais d’usure. Le groupe a convaincu Desjardins de créer une couverture d’assurance adaptée à cette situation qui sort des sentiers battus. 

« La transition, ce n’est pas un monde sombre, obscur et rempli de privation », dit en souriant Gabrielle van Durme, cofondatrice du groupe. « Et ce n’est pas revenir en arrière. C’est tout simplement autre chose qu’il faut construire ensemble. » Renforcer les liens sociaux est d’ailleurs au cœur de la mission de Solon, dont le nom est à la fois l’acronyme de Shared Open Locally-Owned Network (réseau de partage ouvert et local) et le nom d’un homme politique grec, père de la démocratie participative.

Gabrielle van Durme énumère d’autres initiatives de Solon : Celsius, qui vise à mettre en place un système de géothermie collective pour chauffer et climatiser les maisons de trois rues du quartier de manière plus écolo ; Co-po, des conserves de fruits et légumes biologiques et locaux préparées par les résidants ; et les « assemblées de ruelle », pour accompagner des groupes de voisins qui ont envie de réaliser de petits projets ensemble. 

Même sans être aussi organisé, on peut s’inspirer de ce genre de modèle, ai-je découvert dans mon nouvel immeuble, en faisant connaissance avec la voisine du rez-de-chaussée et ses deux mousses de deux et quatre ans. 

Dominique m’apprend que le potager dans la cour est entretenu par les locataires qui en ont le temps et que j’ai le droit d’y cueillir tomates, chou frisé, aubergines et fines herbes si je le veux. Wow ! J’ignorais totalement que j’avais accès à cette cour en signant le bail. 

« Personne ne savait avant de signer son bail ce que la cour avait à offrir, même moi. Je pensais qu’elle était à nous ! dit Dominique en riant. Finalement, c’est une super expérience. J’aurais de la peine de partir. » 

L’été, il y a toujours au moins une projection de film sur le mur du garage, me dit-elle. Grâce à un groupe privé sur Facebook, chacun peut réserver la grande table et le barbecue le temps d’un souper, faire un appel à tous pour emprunter un fer à repasser ou avoir de l’aide pour transporter un meuble. Au fil des rencontres impromptues avec mes nouveaux voisins dans ce petit coin de verdure, j’apprendrai que plusieurs d’entre eux, pour la plupart des professionnels dans la trentaine, ont décidé de travailler un peu moins pour avoir plus de temps. 

Sans les nommer, mes voisins appliquent certains principes de la décroissance et de la transition.  

Mes fils et moi sommes plus à l’étroit, c’est vrai. J’ai dû faire le deuil d’un certain mode de vie. Je me suis installée ici en me disant que ce serait temporaire, mais je dois reconnaître que j’y vois de plus en plus d’avantages. Mes soucis financiers se sont envolés, j’ai beaucoup moins de mètres carrés à entretenir et un voisinage qui surpasse mes attentes. 

C’est ça, le premier pas vers la décroissance ? C’est plus agréable que je le pensais. 

Lutte contre le réchauffement.

Par Le 15/02/2021

 

 

 

Avion, mode, viande, vidéo en ligne ou voiture, à quoi renonceriez-vous ? Pour 40 % des Européens, 38 % des Américains et 43 % des Chinois, cesser de prendre l'avion serait le geste le plus facile à accomplir afin d'agir contre le réchauffement climatique, selon un récent sondage de la Banque européenne d'investissement (BEI). Son enquête d'opinion propose aux sondés de choisir parmi cinq aspects de la vie courante à quoi ils seraient le plus facilement prêts à renoncer. Et aussi, à l'inverse, quelle action serait la plus difficile à leurs yeux.

EN COLLABORATION AVEC

Photographe

“Né en 1946, Yann Arthus-Bertrand s'est toujours passionné pour le monde...

 

 [EN VIDÉO] Pourquoi lutter contre le réchauffement climatique ?  La limite des 2 °C a été fixée en 2009 lors du sommet de Copenhague, entre les états participants et la communauté scientifique. L’idée étant de limiter les dégâts du réchauffement climatique au maximum. Dunod a interviewé Jean Jouzel, vice-président du groupe scientifique du Giec, et Olivier Nouaillas, journaliste à l'hebdomadaire La Vie, à propos de leur livre traitant du sujet : Quel climat pour demain ? 

À quoi les Français sont-ils prêts à renoncer ?

Selon ce récent sondage de la Banque européenne d’investissement (BEI), huit Français sur dix affirment faire des efforts en faveur du climat. Ils sont cependant six sur dix à penser que leur comportement peut faire la différence.

Pour 41 % des Français, ne plus posséder de voiture serait le geste le plus difficile à accomplir en faveur du climat. Renoncer à la viande arrive en seconde position avec 23 % des sondés, suivi par renoncer au streaming vidéo et à l'achat de nouveaux vêtements, tous deux cités par 13 % des répondants. Et, enfin, ne plus prendre l'avion arrive dernier au classement des gestes les plus difficiles à effectuer en faveur du climat. Il est intéressant de noter que se séparer de sa voiture est jugé comme le geste le plus contraignant par 56 % des plus de 65 ans contre seulement 26 % des 15-29 ans, ce qui témoigne d'un rapport différent à l'automobile chez les jeunes générations.

Les Français classent par ordre de facilité les actions suivantes : renoncer à l'avion (40 %), ne plus manger de viande (18 %), ne plus visionner de vidéos en ligne (18 %), ne pas acheter de vêtements neufs (14 %) et enfin ne plus avoir de voiture individuelle (10 %).

En Europe, renoncer à l’avion oui, mais pas à la voiture

Sept Européens sur dix pensent que leur comportement peut contribuer à lutter contre le réchauffement. Dans l'Union européenne, renoncer à l'avion arrive en tête (40 %) des gestes les plus prisés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre devant renoncer au streaming vidéo (18 %), arrêter de manger de la viande (16 %), ne pas acheter de nouveaux vêtements (15 %) et enfin ne pas posséder de voiture individuelle (11 %). À l'inverse, 41 % des Européens déclarent qu'abandonner la voiture serait le sacrifice le plus difficile qu'on leur demanderait et pour 26 % d'entre eux ce serait de se passer de produits carnés.

Faisons quelques petits sacrifices pour protéger notre environnement. © Pexels, Pixabay, DP

Faisons quelques petits sacrifices pour protéger notre environnement. © Pexels, Pixabay, DP 

Dur de renoncer à la voiture aux États-Unis, dur de renoncer à la viande en Chine

Pour 38 % des Américains se séparer de leur voiture individuelle serait un crève-cœur (la réponse arrive en tête) tandis que pour 35 % des Chinois, ne plus manger de viande relève de l'impossible.

Toutefois, renoncer à l'avion fait consensus, le secteur aérien est responsable de 2,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, puisque 38 % des Américains et 43 % des Chinois affirment pouvoir renoncer à ce mode de transport pour voyager. Vient ensuite le renoncement aux vidéos en ligne, qui convainc 22 % des Américains, mais seulement 13 % des Chinois sachant qu'actuellement son impact climatique est encore mal connu mais évalué à plus de 300 millions de tonnes de CO2 équivalent par an, soit au moins 1 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Surtout, le secteur du numérique connaît une croissance sans précédent. Seuls 14 % des Américains et 15 % des Chinois disent que passer à un régime végétarien serait pour eux une action aisée en faveur du climat, or la viande et la déforestation provoquée par l'élevage sont responsables d'au moins 14,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Enfin, ne pas posséder de voiture individuelle est envisageable pour seulement 8 % des Américains et 15 % des Chinois. Le secteur des transports représente plus du quart (28 %) des émissions mondiales de gaz à effet de serre, avec une part conséquente imputable à l'automobile.

« Autour du monde, les personnes sont conscientes que leur comportement peut faire la différence, affirme le vice-président de la BEI Ambroise Fayolle. Notre rôle est d'accélérer la transition verte en finançant des énergies propres, des solutions de mobilité durable et des innovations qui permettent à chacun de changer ses habitudes pour faire face au changement climatique. »

Le renoncement, une question complexe

Il n'est pas dans les habitudes de GoodPlanet Mag' de commenter des sondages : ces derniers sont des instantanés de l'opinion à un moment donné dont la méthodologie souffre de nombreuses limites. Les enquêtes d'opinion reposent notamment sur des déclarations et non sur des faits. De plus, la formulation des questions peut orienter les réponses restreintes offertes aux répondants.

Une biodiversité hors du commun, protégeons-la ! © Pedro Jarque Krebs, tous droits réservés

Une biodiversité hors du commun, protégeons-la ! © Pedro Jarque Krebs, tous droits réservés 

Cependant, le sondage de la BEI a retenu notre attention car il aborde frontalement la question des changements de mode de vie induits par la transition écologique sous le prisme du renoncement, thème que nous abordons régulièrement via des articles ou dans certains entretiens. En effet, afin de réduire l'empreinte carbone des habitants des pays les plus émetteurs, les plus riches du monde, repenser les modes de consommation et de vie sera une nécessité. Décarboner l'économie implique de profonds changements dans des habitudes acquises depuis des décennies avec la généralisation de l'usage des énergies bon marché. Pétrole, gaz, charbon et électricité se trouvent omniprésents au quotidien, contribuant à un confort sans précédent dans l'histoire humaine. Or, le piège du confort est qu'il apparaît comme un luxe superflu tant qu'on n'en bénéficie pas, puis devient rapidement indispensable une fois qu'on s'y est accoutumé.

Balles de coton, Thonakaha, Korhogo region, Ivory Coast (9°28' N - 5°36' W). © Yann Arthus-Bertrand, tous droits réservés

Balles de coton, Thonakaha, Korhogo region, Ivory Coast (9°28' N - 5°36' W). © Yann Arthus-Bertrand, tous droits réservés 

La lutte contre le réchauffement se fera par des actions individuelles ; elle aboutira aussi grâce à des choix collectifs et des politiques écologiques. Les deux démarches se complètent et s'alimentent : les changements individuels orientent les marchés et les politiques publiques, tandis que des cadres communs soutiennent les petits gestes, leur donnent une portée et incitent à leur généralisation. Par exemple, se déplacer à vélo plutôt qu'en voiture a du sens, mais sera facilité si l'organisation des villes facilite les déplacements à vélo, ce qui - cela peut prendre du temps - lance une dynamique vertueuse. Mais, le choix du vélo sera peut-être plus évident pour un urbain vivant dans une ville dense que pour des personnes vivant en périphérie ou à la campagne pour lesquelles de plus longs trajets sont requis pour se rendre au travail, faire ses courses ou visiter des proches. Les questions de choix individuels et collectifs se comprennent donc dans des contextes et des contraintes spécifiques, propres à chacun. Ces sujets méritent des débats, c'est d'ailleurs cet aspect-là qui a conduit le gouvernement à mettre en place la Convention Citoyenne pour le Climat afin de demander à 150 citoyens tirés au sort de parvenir à un consensus sur les mesures à adopter pour réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030.

Répartir les efforts tout en suscitant de l'acceptabilité sociale afin que l’écologie ne soit pas vue comme punitive, constitue une des difficultés à la mise en place de mesures environnementales alors qu'il existe pourtant un large accord sur les crises écologiques. L'écologie devient punitive dès le moment où des décisions semblent impliquer une restriction de liberté et sans offrir de contreparties bénéfiques ou d'alternatives. Ce type de sondage, malgré seulement cinq axes de renoncement proposés, permet donc d'entrevoir les réticences ou, au contraire, les domaines sur lesquels travailler le changement pour l'accompagner.

Il est intéressant de noter que voler moins fait consensus, cependant prendre l'avion reste le fait d'une minorité de la population tandis que remettre en cause la voiture individuelle est plus compliquée, puisque celle-ci est un élément central de la vie de nombreuses personnes dont les Français.

Et vous, à quoi seriez-vous prêts à renoncer pour lutter contre le changement climatique ? Faites-nous en part dans les commentaires.

Par Julien Leprovost

Retrouver d'autres articles sur GoodPlanet Mag. 

Une plante contre le virus

Par Le 12/02/2021

 

Je trouverais ça magnifique que la solution, ou une des solutions, vienne de l'utilisation d'une plante. Prise de conscience de la nécessité de maintenir la biodiversité pour préserver la pharmacopée...

 

Le laboratoire guadeloupéen Phytobôkaz à l'origine d'une importante découverte dans la lutte contre le Coronavirus

 

sciences

https://la1ere.francetvinfo.fr/guadeloupe/covid-19-le-laboratoire-guadeloupeen-phytobokaz-a-l-origine-d-une-decouverte-retentissante-932647.html

Zèb à pic

L'herbe à pic, à l'origine de cette importante découverte

Le laboratoire Phytobôkaz, par la voix du docteur Henry Joseph vient d'annoncer, à l'occasion du Forum de la Santé tenu à la Région ce 11 février 2021, que l'herbe à pik, issue de la pharmacopée traditionnelle, aurait la capacité de contrarier la reproduction des virus à ARN dans l'organisme.

Guadeloupe la 1ère • Publié le 11 février 2021 à 17h28, mis à jour le 12 février 2021 à 13h54

C'est une découverte qui fera certainement date dans l'histoire scientifique locale. Les laboratoires Phytobôkaz, au cours de leurs recherches, ont assemblé des résultats qui tendent à montrer que des extraits de l'herbe à pic (Zèb a Pik), issue de la pharmacopée traditionnelle guadeloupéenne, avaient la capacité « d'inhiber la voie de biosynthèse de novo des pyrimidines, et notamment la quatrième enzyme de cette voie métabolique qui est la Dihydroorotate déshydrogénase (DHODH). Voie indispensable et obligatoire pour la réplication du virus a ARN. » En clair, l’herbe à pic aurait la capacité de rendre les cellules hôtes du virus hostiles à son développement et à sa reproduction.

Dr. Henry Joseph Pharmacien et Docteur en Pharmacognosie

dr henri joseph

©Th. Philippe

Protéger la cellule plutôt qu'attaquer le virus

Alors que les laboratoires mondiaux se sont intéressés au virus et ont dirigé leurs recherches vers "l’immunité acquise" notamment par le vaccin, les recherches de Phytobôkaz se sont concentrées sur les cellules même de l’organisme. En effet, pour prospérer correctement, le virus a besoin d’une cellule à coloniser et corrompre jusqu’à encourager sa reproduction anarchique dans le corps. C’est ce phénomène qui déclenche des alertes biologiques et rend l’individu malade. Phytobôkaz a donc cherché à savoir si, dans notre biodiversité, des plantes pourraient être capables de renforcer les cellules afin d'empêcher toute cohabitation du virus. Cette découverte est fondamentale pour réduire l'impact de tous les virus à ARN sur les populations (dengue, chikungunya, coronavirus, rougeole)

Dr. Henry Joseph Pharmacien et Docteur en Pharmacognosie

Cette découverte est d’autant plus savoureuse, qu’elle a été menée en collaboration avec Damien Bissesar, jeune Guadeloupéen docteur en chimie et chercheur jusque là basé aux États-Unis.

Damien Bissessar, chercheur, docteur en chimie

VOIR AUSSI : Entretien avec le Dr. Henri Joseph

Henri Joseph, journal tv de Guadeloupe la 1ère

 

 

Ce chercheur est déjà connu pour ses travaux

 

Gaïa : de la mythologie à nos jours

Par Le 12/02/2021

 

J'avais déjà posté un article à ce sujet. 

Gaïa

 

 

https://www.jepense.org/gaia-signification-spirituelle/

gaïa signification spirituelle

Gaïa : signification spirituelle (la Terre être vivant)

30 JANVIER 2021

     5/5 (1)

Gaïa : signification spirituelle. Qui est Gaïa ? Qu’est-ce que “l’hypothèse Gaïa” ou la “théorie Gaïa” ?

Gaïa est un concept qui touche à la mythologie, aux sciences, à la philosophie et à la spiritualité.

A l’origine, Gaïa (“terre” en grec ancien) est une déesse mythologique (voir la théogonie d’Hésiode). C’est une divinité de toute première importance, puisque Gaïa donne naissance à toutes les autres divinités et créatures : c’est donc la puissance créatrice, féconde.

Gaïa est elle-même issue du chaos primordial : elle est donc la première force organisée, signe de l’émergence d’une forme de vie et de conscience au sein de la matière. Gaïa enfante Ouranos (le dieu du Ciel) pour que ce dernier puisse l’envelopper de sa présence et la féconder ; par suite Gaïa et Ouranos donnent naissance aux Titans (dont Cronos), divinités qui précèdent les dieux de l’Olympe.

Face au caractère autoritaire et désordonné d’Ouranos, qui n’hésite pas à ensevelir dans les profondeurs de la Terre ses propres enfants, Gaïa s’allie à son fils Cronos pour renverser Ouranos. Elle confectionne une faucille qu’elle confie à Cronos, avec laquelle ce dernier coupe les parties génitales de son père. Ces dernières, en flottant sur les eaux, engendreront la belle Aphrodite (Vénus). Plus tard, le petit-fils de Gaïa, Zeus, se révoltera lui-même contre Cronos, comme si le récit mythologique était en quête permanente d’un dieu meilleur.

Ces conflits entre les descendants de Gaïa (ou théomachie) montrent la double nature de la déesse primordiale : à la fois créatrice et destructrice, belle et terrible. Nous retrouvons là les caractéristiques de la Nature vivante telle que nous la connaissons.

Gaïa est donc associé à la Nature. C’est la raison pour laquelle le scientifique James Lovelock a appelé “hypothèse Gaïa” sa théorie selon laquelle la Terre peut être assimilée à un organisme vivant auto-régulé et unitaire.

Selon cette théorie :

l’ensemble des êtres vivants sur Terre (biomasse) formerait une sorte de superorganisme,

la planète Terre doit être vue comme un ensemble cohérent, incluant le règne vivant et le non-vivant, dans une sorte d’harmonie globale. Ainsi, biosphère, lithosphère, hydrosphère et atmosphère seraient interconnectés,

la vie est un phénomène qui ne doit pas être séparé de son milieu, les interactions étant au coeur de l’hypothèse gaïenne. Bien au-delà de la simple adaptation des êtres vivants à leur milieu, il y aurait une continuité entre le monde vivant et le monde inerte, entre le biologique et le non-biologique,

de fait, le milieu a aussi un rôle à jouer dans le maintien de l’équilibre entre les espèces et de la vie en général.

L’hypothèse Gaïa a donc tendance à effacer toutes les barrières entre vivant, non-vivant, milieu, chimie, biologie, climat, gravitation, etc.

L’hypothèse Gaïa a par la suite alimenté de nombreux courants écologistes et New Age (spiritualité, mysticisme, néopaganisme…). Ces derniers voient en Gaïa un grand être vivant ou une déesse à vénérer. Pourtant, la théorie scientifique exposée plus haut n’a jamais attribué à Gaïa une quelconque conscience ou intelligence globale, même si la référence au nom de la déesse grecque peut le sous-entendre.

Quoi qu’il en soit, Gaïa nous interroge sur le mécanisme de la vie et du cosmos, et sur notre place au sein de la Nature et du “Tout”. Des questions d’autant plus importantes que la crise écologique se précise.

Car le fait est que l’Homme a progressivement perdu contact avec Gaïa. Ayant abandonné ses forces spirituelles au profit d’une fuite en avant utilitariste, il s’est déconnecté, déraciné, coupé de la Terre.

Tentons d’aborder la signification spirituelle de Gaïa.

Gaïa : signification spirituelle, philosophique et scientifique.

Sur le plan scientifique, Gaïa désigne la “planète vivante” : le système-Terre unique autorégulé, composé d’éléments physiques, chimiques, biologiques et humains qui interagissent entre eux.

Sur le plan philosophique, Gaïa peut être assimilée à la Nature, non pas au sens d’univers ou de cosmos, mais au sens de milieu vivant, à savoir la Terre qui porte les hommes et les autres êtres vivants. Ce milieu est régi par des lois précises : les “lois gaïennes”.

Sur la plan spirituel, Gaïa est un espace de vie et de conscience : c’est là que se déroule notre expérience humaine, à la fois physique et spirituelle. Regarder Gaïa, c’est donc nous regarder nous-mêmes, c’est observer notre condition et approcher notre “nature” profonde.

Gaïa peut encore être vue comme :

la Mère (ou la Source) dont nous sommes tous issus,

notre Maison commune, notre foyer ou notre famille.

On le voit, Gaïa en tant que système de vie cohérent et unitaire possède une signification profonde.

Interconnexion et interdépendance.

Le concept de Gaïa invite à reconnaître le caractère interconnecté de toute chose, ce qui n’est pas sans rappeler la philosophie bouddhique.

Dans le bouddhisme, l’interdépendance est le constat que tous les phénomènes, objets ou individus sont liés entre eux. Ainsi, rien n’existe en soi : c’est notre ego qui nous fait penser que les choses sont séparées, et qui nous pousse à nous considérer comme des individus autonomes, ou comme une espèce supérieure.

Comprendre l’interdépendance, c’est réaliser que notre présence au monde découle d’une infinité de causes, dans un système cohérent et équilibré. Ainsi, nous sommes les enfants de la Terre, des roches, de la pluie, des arbres, des plantes, des rivières et du Soleil, car tous ces éléments déterminent ce que nous sommes aujourd’hui. Autrement dit, nous sommes au carrefour de toutes les forces de la Nature.

L’unité et l’âme du monde.

La philosophie stoïcienne s’attache elle-aussi à démontrer l’interdépendance de toute chose.

Pour les Stoïciens, Dieu est la Nature elle-même, dans toute sa cohérence. Tous les phénomènes sont imbriqués, logiques et ordonnés. Il y a une continuité et une cohérence entre toutes les choses : c’est la sympatheia.

Cette sympatheia stoïcienne constitue en quelque sorte l’âme du monde : c’est Gaïa en tant que grand être vivant, autrement dit la Terre personnifiée.

Le monde est un corps unifié. Posidonios (penseur stoïcien)

Le monde est un tout sympathique à lui-même. Posidonios

De même, l’unité de Gaïa peut aussi évoquer la quintessence alchimique (le cinquième élément qui assure la cohésion du Tout) ou encore la grande loi d’Amour qui lie toutes les choses entre elles.

Ainsi la dualité se trouve dépassée et réconciliée dans l’unité : c’est l’une des significations de Gaïa.

Les représentations symboliques de Gaïa.

Gaïa peut être associée aux représentations symboliques suivantes :

la planète Terre, associée à la couleur bleue,

l’Arbre de Vie : c’est l’axe du monde, vecteur d’ordre et de vie au sein de la matière,

la Terre-mère : c’est par exemple la Pachamama, déesse de la Terre chez les anciens peuples de l’empire inca,

le tao du taoïsme : c’est la Grande-Mère, la Source, mais aussi la Voie à suivre,

“Dame Nature” : dans de nombreuses cultures, c’est la Nature en tant que femme féconde ou mère nourricière,

le Jardin d’Eden : dans le Livre de la Genèse (Ancien Testament), la Jardin d’Eden est le lieu paradisiaque et harmonieux où Adam et Eve évoluent avant qu’ils croquent le fruit défendu de l’arbre de la connaissance du bien et du mal,

etc.

Gaïa, réchauffement climatique et crise du coronavirus.

L’homéostasie désigne la capacité d’un organisme ou d’un système à maintenir son équilibre intérieur : c’est l’objectif de tous les êtres vivants, y compris Gaïa.

En tant qu’êtres vivants, nous sommes parfois menacés par des bactéries ou des virus. En tant que vaste organisme vivant, Gaïa est elle-aussi confrontée à un risque de déséquilibre.

Précisément, l’Homme peut être considéré comme un virus à l’échelle de la Terre, attaquant ses équilibres biologique, hydrique, atmosphérique et géologique. La pollution des eaux peut être comparée à la pollution du sang de Gaïa. L’érosion peut rappeler la destruction de ses tissus épidermiques.

Un virus dont Gaïa chercherait à se débarrasser par une poussée de fièvre : telle pourrait être l’explication du réchauffement climatique. La volonté de l’Homme de détruire la Nature pourrait amener Gaïa à nous détruire en retour.

Le développement rapide et anarchique de l’humanité peut aussi être comparé à un cancer qui ronge Gaïa.

Qu’il soit virus ou cancer, l’Homme s’est comporté comme s’il voulait rivaliser avec Gaïa. Par orgueil (cf. le mythe du péché originel), il s’est imaginé pouvoir prendre le contrôle de la Nature, s’octroyant tous les droits.

Mais depuis quelques décennies, une partie de l’humanité commence à mesurer les conséquences de ses actes : elle se pense à nouveau comme incluse dans le Tout.

L’urgence est là : la Terre se dérobe sous nos pieds ; pour la première fois, nous risquons de tout perdre. Nous n’avons d’autre choix que de retourner vers Gaïa, cette mère précieuse à qui nous devons tout. C’est l’espoir de réintégrer le paradis perdu.

Ainsi, la philosophie Gaïa représente l’entrée dans un nouveau système de conscience globale, se traduisant par un nouveau rapport à la Terre, à la fois plus rationnel et plus spirituel. Il s’agit de sortir de l’anthropocène et de regagner la Maison commune.

Conclusion sur Gaïa et sa signification spirituelle.

Au final, Gaïa peut être vue comme un grand organisme vivant composé de deux couches étroitement imbriquées : la géosphère (inanimée) et la biosphère (vivante). A ces deux couches, il faut ajouter la noosphère, qui peut être définie comme la nouvelle strate humaine pensante. En effet, les capacités cognitives particulières de l’Homme constituent un phénomène particulier au sein de Gaïa.

Ce n’est pas pour autant qu’il faut considérer l’Homme comme étant séparé de Gaïa. Ni séparé, ni supérieur, l’Homme est un microcosme au sein du macrocosme planétaire Gaïa. Il est fait à son image, puisque constitué d’un corps, d’une âme vivante et d’un esprit, comme Gaïa est constituée d’une planète, d’une couche de vie et d’une mystérieuse énergie unitaire.

Au final, Gaïa est un tremplin spirituel. C’est un concept qui remet l’humanité à sa vraie place au sein du règne vivant et du Tout cosmique. C’est aussi un moyen pour chacun de retrouver son authenticité primordiale.

Lire aussi notre article : Ecologie et spiritualité : pour une renaissance spirituelle.

Modif. le 1 février 2021

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Pandémie mondiale : scénario de 2016

Par Le 11/02/2021

C'est vraiment intéressant de rechercher ce qui a été écrit il y a quelques années sur d'éventuelles pandémies.

Voici une émission de France Culture, enregistrée en 2016.

"Gouverner, c'est prévoir"

En fait, prévoir c'est insuffisant, nettement insuffisant. Ce qui est nécessaire, c'est d'agir. Les prédictions existent, les alertes ont été lancées et elles continuent à tomber, année après année. Ce sont les actes qui manquent. 

 

 

LE 18/11/2016

Contamination : le scénario d’une pandémie mondiale

 

Réécouter Contamination : le scénario d’une pandémie mondiale

ÉCOUTER (58 MIN)

À retrouver dans l'émission

LA MÉTHODE SCIENTIFIQUE par Nicolas Martin

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Suite à la fonte de la banquise, un virus inconnu a refait surface. Des milliers de morts cette nuit-même au nord de la planète, et le nombre de décès ne cessent d'augmenter. Le sud de l'Europe est déjà touché et cela ne cesse de descendre sans qu'on sache quoi faire…

Une heure pour examiner le scénario d'une pandémie mondiale

Une heure pour examiner le scénario d'une pandémie mondiale• Crédits : caracterdesign - Getty

On commence à connaître un peu mieux la nature du virus qui a touché 40 000 personnes et fait près de 30 000 morts, principalement en Amérique du Nord et en Asie au cours des dernières semaines. Il s’agit d’un virus géant, de type variolique, certainement remonté à la surface suite à des forages dans le pergélisol canadien. Les autorités sanitaires de tous les pays sont invitées à prendre des dispositions pour éviter les déplacements et endiguer cette première vague épidémique dans l’attente de la synthèse d’un vaccin efficace.

Contamination : la lutte contre une pandémie mondiale, c’est le scénario de fiction que La Méthode scientifique va examiner au cours de l’heure qui vient.

Mais l’information de la semaine, c’est bien sûr cette maladie infectieuse qui touche une grande partie de l’Amérique du Nord et de l’Asie, et qui a fait en quelques semaines plusieurs dizaines de milliers de morts, écoutons un extrait du journal d’Amélie Perrier sur France Culture ce matin.

Il s’agit bien entendu d’un scénario de fiction, du type de ceux que nous examinons un vendredi par mois avec un auteur, un journaliste et un chercheur. Cette semaine, pour parler de ce spectre d’une pandémie mondiale nous avons le plaisir d’accueillir autour de la table Franck Thilliez, on ne va pas s’aventurer ici à citer l’intégralité de sa bibliographie pléthorique mais de son roman « Pandémia » sorti l’an dernier, édité au Fleuve Noir, François Bricaire, chef de service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière et Hugo Jalinière, journaliste santé à Sciences et Avenir.

Écouter

Réécouter LA_METHODE_SCIENTIFIQUE - Reportage Fiction sur la variole 3 MIN

LA_METHODE_SCIENTIFIQUE - Reportage Fiction sur la variole

Écouter

Réécouter LA_METHODE_SCIENTIFIQUE - Les Virus géants4 MIN

LA_METHODE_SCIENTIFIQUE - Les Virus géants

Les références musicales :

Générique du début : "Music to watch space girls by" par Leonard Nimoy

Générique de fin : "Bergschrund" par DJ Shadow

Covid et philosophie

Par Le 11/02/2021

 

 

COVID-19 : un philosophe face à la pandémie

 

« La philosophie est intarissable », avance Antoine Cantin-Brault, professeur de philosophie. Et nous, bien souvent confinés, pourquoi ne prendrions-nous pas quelques minutes par jour pour réfléchir aux questions soulevées par cette pandémie?

Statue de l'empereur romain Marc Aurèle.

L'empereur romain Marc Aurèle était un adepte du stoïcisme, une doctrine qui pousse à s'interroger sur la perception qu'ont les humains sur ce qui les entoure et non sur des choses qu'ils ne peuvent contrôler.

PHOTO : RADIO-CANADA

 

Commentaires  Laureen Laboret

Publié le 18 avril 2020

Quelles questions la pandémie actuelle pose-t-elle à un philosophe? Comment la philosophie peut-elle nous aider à réfléchir à ce qui nous entoure? Voici quelques pistes de réflexion avec le professeur agrégé de philosophie Antoine Cantin-Brault, de l’Université de Saint-Boniface, au Manitoba.

Nul doute que la période perturbée que nous vivons donnera matière à réfléchir aux philosophes contemporains et en devenir. C’est le cas de tout grand chamboulement.

Le retour en force de pensées du passé

Antoine Cantin-Brault voit dans la période que nous vivons, un retour de la théodicée, une doctrine qui cherche à expliquer le plan divin, la présence du mal dans un monde régi par un dieu qui est bon et tout-puissant.

Celle-ci prend une nouvelle forme sécularisée. Elle n’est plus liée au religieux, mais à la nature, comme si la nature elle-même était devenue une sorte de nouvelle divinité, précise-t-il.

Illustration en noir et blanc représentant le séisme de Lisbonne.

Le séisme de Lisbonne est, par exemple, une catastrophe naturelle qui a marqué le 18e siècle. En 1755, celui-ci a fait près de 70 000 victimes sur une population de moins de 300 000 habitants. Cet événement tragique a grandement influencé la philosophie et la théodicée en particulier. À cette époque, philosophes et simples citoyens ont eu beaucoup de mal à expliquer pourquoi tant de personnes étaient mortes.

PHOTO : DOMAINE PUBLIC - THE EARTHQUAKE ENGINEERING ONLINE ARCHIVE - JAN KOZAK COLLECTION: KZ12

C’est une nouvelle forme de tyrannie qui n’est pas celle de Dieu, mais celle de la nature.

Antoine Cantin-Brault, professeur agrégé de philosophie à l’Université de Saint-Boniface, au Manitoba

Cette nouvelle pensée pousse à se demander si la nature a vraiment un plan dans lequel les humains seraient les victimes. Je trouve cette tendance dangereuse, car on revient à une autre forme de tyrannie ou de dictature, dit le philosophe, qui ne nie pourtant pas qu’une crise sanitaire est en train d’avoir lieu.

Poussée à l’extrême, cette pensée peut nous amener à croire que la nature nous envoie des signes, comme si c’était elle, la divinité.

Évanouissements et agitations pendant un procès d'un accusé, George Jacobs, suspecté de sorcellerie en 1692.

« Dans d’autres époques, on allait chercher la cause dans la religion, mais aujourd’hui, on a du mal avec ça, car on vit dans un monde sécularisé, laïque. Donc, on se tourne vers la nature. » Un constat qui fait craindre à Antoine Cantin-Brault, une chasse aux sorcières à la fin de la pandémie, dans le but de trouver une cause à celle-ci et, donc, des coupables.

PHOTO : GETTY IMAGES/DOUGLAS GRUNDY

Le philosophe constate aussi un retour en force du stoïcisme. Il y a eu des recrudescences de stoïcisme, dans l’histoire [dans des] moments assez graves, comme la peste.

Le stoïcisme consiste en effet à penser que le seul contrôle qu’ont les hommes sur la vie, c’est un contrôle sur leur volonté. En agissant sur notre perception des événements, on pourrait donc atteindre un état de paix intérieure (ataraxie, chez les Grecs).

Même si cette doctrine met l’accent sur ce que l’on peut contrôler et non sur ce qui nous échappe, un excès de stoïcisme peut être dangereux. Si l’on cesse d’agir et que l’on subit et accepte la volonté divine, précise le professeur.

Une perte de liberté... au nom de la liberté?

Qu’en est-il de la liberté, ce concept si cher à la philosophie, mise à mal en ces temps de confinement?

Plusieurs mesures coercitives mises en place dernièrement semblent entraver nos libertés individuelles (circulation, rassemblement et, bientôt, des applications qui vont surveiller nos va-et-vient).

M. Cantin-Brault rappelle que cette restriction de la liberté est faite au nom de la liberté elle-même. En ce moment, beaucoup de gens ont des problèmes avec le confinement, car ils ne sentent pas qu’ils empiètent sur la liberté d’autrui, ajoute-t-il.

On n’est pas en train d’assister à une redéfinition de la liberté, on voit simplement que notre action a un impact encore plus dommageable sur l’autre.

Antoine Cantin-Brault, professeur agrégé de philosophie à l’Université de Saint-Boniface, au Manitoba

Il évoque aussi des affrontements générationnels, certaines générations se pensant plus immunisées que d’autres.

Selon le philosophe, c’est bien grâce au principe auquel on a adhéré depuis longtemps, à savoir que ma liberté s’arrête là où commence celle des autres, que les gouvernements arrivent à justifier le confinement.

Repenser demain : le rôle des lieux publics

Avec près de la moitié de la planète touchée par ce confinement, celui-ci semble sonner le glas de l’espace public tel que nous l'avons connu.

Les Grecs avaient l’Agora, lieu de rencontre par excellence, où les citoyens votaient, discutaient. Si le confinement se passait à cette époque, il y aurait un risque de tyrannie, avance Antoine Cantin-Brault.

Et aujourd’hui? Nous ne sentons pas nécessairement ce risque, car nous avons déplacé le débat public de la sphère publique. Maintenant, les gens débattent en ligne, sur les réseaux sociaux, observe le philosophe.

Une affiche temporaire à l'entrée d'un parc de jeux pour enfant indique la fermeture des lieux.

Selon Antoine Cantin-Brault, la période actuelle remet en question notre besoin de lieux publics, où les rencontres ont lieu. L’exemple des aires de jeu est intéressant : lieu de sociabilité et d’amusement pour les enfants, ils permettent également aux parents de se rencontrer, discuter et participer à la formation d’une vie de quartier.

PHOTO : RADIO-CANADA / GUY R. LEBLANC

Quand le besoin des lieux publics ne se fait plus sentir, cela laisse place à l’individualisme, qui donne, aux individus, l’illusion de l’autosuffisance, selon M. Cantin-Brault.

On voit que notre individualisme est aussi menacé par la pénurie de papier toilette.

Antoine Cantin-Brault, professeur agrégé de philosophie à l’Université de Saint-Boniface, au Manitoba

Est-ce que, les populations privées de ces lieux, en ressentent-elles le manque? Vont-elles réinvestir ces lieux publics avec passion et essayer de les améliorer? Ou, au contraire, va-t-on se rendre compte qu’on n'en a plus besoin? Les questions sont nombreuses pour la suite, souligne le professeur.

Le rapport au corps et la peur de la mort

Est-il possible de parler d’une pandémie sans mentionner notre rapport au corps et à la mort? Difficilement, répond M. Cantin-Brault.

En Occident, nous avons tendance à séparer le corps de l’esprit. Antoine Cantin-Brault pense que la situation actuelle nous fait nous interroger sur cette dichotomie.

Ce virus va nous faire prendre conscience de ce qu’est notre corps, et ça, c’est très important, avance-t-il. Il voit cela comme un rappel d’humilité, qui met en avant notre vulnérabilité.

On a beau avoir été sur la Lune et [avoir] inventé la bombe atomique, des choses que l’on pensait impossibles il y a 100 ans, pourtant on peut encore facilement mourir.

Antoine Cantin-Brault, professeur agrégé de philosophie à l’Université de Saint-Boniface, au Manitoba

La pandémie nous rappelle donc que nous sommes mortels. Ça n’est pas une mauvaise chose que de penser à la mort, affirme le philosophe. Même si cette pensée est angoissante, elle permet de réfléchir au sens de notre vie. Le bien et le mal n’ont plus de sens dans une existence infinie, conclut-il.

Des questionnements sans fin, donc, et de quoi se tenir éveillé pendant encore quelque temps, confinés ou non.

L'évolution de la COVID-19 d'heure en heure

Laureen Laboret

Twitter

 

Le coronavirus, la vie et la mort

Par Le 11/02/2021

J'aime beaucoup ce site. J'y trouve de nombreuses lectures fort intéressantes. 

 

On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure.
Georges Bernanos, La France contre les robots (1947)

JePense.org

 

coronavirus philosophie et spiritualité

Coronavirus : une lecture philosophique et spirituelle

17 AVRIL 2020

     4.7/5 (213)

Que nous apprend la crise du coronavirus sur nous-mêmes, la Nature et le monde ? Comment interpréter l’épidémie du Covid-19 sur le plan de la philosophie et de la spiritualité ?

La crise du coronavirus bouleverse nos vies et nos esprits. Arrêt de l’économie, mouvements de panique, dérèglement des habitudes, incertitude sur l’avenir : la crise pandémique révèle la non-maîtrise de ce que nous pensions maîtriser.

L’être humain, animal sans prédateur, redécouvre qu’il peut être menacé à grande échelle par un virus, forme vivante qui utilise les cellules d’autres vivants pour se nourrir et se répliquer.

L’apparition du coronavirus montre l’étendue de la crise spirituelle que traverse aveuglément notre société. Au milieu de l’effroi, le rôle du philosophe est de montrer un nouveau chemin de pensée et d’action face à une épreuve de grande envergure. En effet, le combat se mène aussi dans l’intimité de notre psychisme.

La “crise” du coronavirus nous amène à nous interroger sur nous-mêmes, sur le sens de la vie et celui de l’humanité.

Tentons une approche philosophique et spirituelle de cette pandémie.

Lire aussi notre article : Coronavirus et privation de liberté.

Le coronavirus et la peur.

La première réaction face à l’arrivée du coronavirus est la peur, largement véhiculée et amplifiée par les médias. Ces derniers répètent en boucle des informations alarmantes, comme le ferait un cerveau touché par un syndrome de stress post-traumatique.

La peur s’installe donc : peur de la maladie, de la mort, peur de voir tout remis en cause, peur de perdre son travail, ses économies, ses habitudes, ses proches.

La peur est une réaction normale, liée au désir primaire de sécurité. L’instinct de survie (un des constituants du “ça” de Freud) est ancré dans notre cerveau reptilien. Il nous pousse à voir le virus comme le mal, comme l’ennemi absolu. Il nous amène à prendre des mesures individuelles drastiques : repli, constitution de réserves, méfiance vis-à-vis des autres, rejet de tout ce qui peut constituer un risque d’être infecté.

La peur n’est pas mauvaise en soi ; elle est l’un des éléments qui peuvent nous sauver. Mais l’homme moderne est plus qu’un agrégat d’instincts et de conditionnements automatiques ; sa conscience le pousse à voir plus loin.

Rééquilibrage et recentrage.

Justement, tentons de prendre un peu de recul.

La crise du coronavirus a cela d’intéressant qu’elle s’inscrit en dehors des concepts de bien et de mal. En effet, le coronavirus n’a pas de morale, pas de projet politique, pas d’intention maléfique. Il est simplement une forme vivante qui cherche un chemin pour se développer.

Les virus sont d’ailleurs présents en nombre dans notre organisme : pour la plupart inoffensifs, ils se développent par milliards pour infecter les bactéries présentes dans notre tube digestif, favorisant l’équilibre général de nos fonctions vitales. Autrement dit, les virus jouent un rôle crucial dans notre écosystème interne.

On estime en outre qu’environ 8% de notre génome dérive de virus et de rétrovirus, ce qui signifie que nous sommes d’une certaine manière apparentés aux virus, ou encore que les virus ont largement participé à notre évolution, de très nombreux virus pathogènes étant devenus “collaboratifs”.

Les virus sont, comme nous, des êtres vivants d’abord agressifs puis ayant tendance à devenir collaboratifs. Ils décrivent le mystérieux mécanisme de la vie, ce phénomène qui se nourrit de ses propres luttes intestines pour favoriser son développement et son épanouissement global.

La vie se nourrit de sa propre mort pour conquérir de nouveaux territoires.

La vraie nature de la “crise” du coronavirus.

Nous commençons à comprendre que la crise n’est pas celle du coronavirus, mais bien celle de l’humanité, dans le sens où l’homme développe un rapport biaisé à la Nature et au monde, donc à lui-même.

La panique démontre que nous vivons dans l’illusion : illusion de la permanence des choses, illusion du savoir et de la maîtrise, illusion de l’immortalité, illusion de la liberté, illusion de notre supériorité par rapport au reste du vivant.

C’est bien de nous dont il est question, de notre conscience, de notre rapport à la réalité.

Oubliant qu’il est un être vivant parmi d’autres, l’homme a trop longtemps considéré qu’il pouvait tout comprendre et tout maîtriser. Il a effacé Dieu (défini en tant que “loi universelle”) de sa mémoire, il l’a remplacé pour fixer ses propres règles.

Il a oublié sa nature profonde : celle d’un être vivant évoluant dans un écosystème complexe, où tout est connecté, où tout évolue sans cesse, où la vie se nourrit d’elle-même.

Ainsi, la crise du coronavirus nous incite à nous recentrer pour redécouvrir l’essentiel : le mécanisme de la vie, notre condition d’être vivant égal aux autres espèces, ainsi que les grandes lois de la Nature.

L’essentiel est certainement d’accepter l’évolution, l’épreuve, le jeu.

L’acceptation est un chemin d’amour, de sérénité et de bonheur. C’est la reconnaissance que les choses sont telles qu’elles doivent être. C’est le renoncement à tout juger en bien ou en mal. C’est l’abandon de nos fausses ambitions. C’est le lâcher-prise. C’est aussi une incitation à espérer, à aider et à être solidaire.

Le coronavirus, la vie et la mort.

Pour l’homme, le coronavirus est synonyme de mort, vue sur le plan physique comme un événement dramatique et négatif.

Or, nous l’avons vu, la mort est avant tout un moyen pour la vie d’aller plus loin. Au-delà des drames personnels et familiaux, le coronavirus annonce un renouvellement, un monde nouveau.

Il ne s’agit pas seulement de l’effet de la loi de la sélection naturelle, mais bien d’une “renaissance” de l’humanité. En effet, la crise pourrait bien changer les comportements, amener de nouveaux questionnements, de nouvelles perspectives, de nouvelles idées humanistes.

Sur un plan plus intime, le virus nous permet de mieux nous connaître. Notre être profond se révèle au-delà des illusions. Mentalement, il nous faudra aussi mourir de plusieurs morts pour enfin voir la réalité : il s’agit de la mort à nos illusions.

Il y a certainement beaucoup à apprendre et à comprendre de la crise du coronavirus.

L’essentiel est de s’extirper de toute forme de dualisme bien-mal. La crise du coronavirus comporte du bon et du mauvais, des drames et des découvertes, des larmes et des joies futures.

Elle permettra peut-être à l’humanité de se recentrer pour aller plus loin, en harmonie avec la Nature.

Lire aussi notre article sur le sens de la vie.

Modif. le 16 novembre 2020

JePense.org est un blog offre une certaine vision du monde, aux carrefours des sciences humaines, de la spiritualité, du symbolisme, de la psychologie et des religions.

Sur JePense.org, on ne se fixe aucune limite dans la recherche de la Vérité. Le but est de tracer un chemin d’élévation et d’épanouissement, au-delà des soucis de la vie matérielle.

Prenons du recul, abandonnons nos préjugés et créons un nouvel espace de conscience, tolérant, adogmatique et humaniste.

Voici quelques exemples de sujets abordés sur JePense.org :

Qui est Dieu ?

Qui suis-je ?

Le monde existe-t-il ?

Qui parle quand je parle ?

Etre ou ne pas être ?

Comment changer le monde ?

Doit-on tout pardonner ?

Quel est le sens de la vie ?

Quelles sont les grandes lois cosmiques ?

Le mal existe-t-il ?

Qu’est-ce que le destin ?

Qu’est-ce que le bonheur ?

Qu’est-ce que la loi d’Amour ?

Quelle est la différence entre savoir et connaissance ?

Faut-il se libérer de son ego ?

Comment apprendre à lâcher-prise ?

Pourquoi faut-il mourir ?

Y a-t-il une vie après la mort ?

Qu’est-ce que la vérité ? Comment l’approcher ?

Comment développer sa spiritualité ?

Que nous apprend la crise du coronavirus ?

etc.

Bien sûr, les réponses à toutes ces questions ne sont pas définitives.

La manière d’aborder ces sujets est transverse, puisqu’elle fait appel aussi bien à la philosophie dans ses différents aspects (éthique, métaphysique, cosmologie, ontologie), qu’à la psychologie, aux sciences exactes, ainsi qu’aux différentes traditions spirituelles et ésotériques.

Par ailleurs, la réflexion fait largement appel au symbolisme : les symboles sont en effet un point d’appui essentiel pour se placer sur le chemin de la vérité. Les symboles sont à l’image du monde, aussi bien dans leur complexité que leur simplicité. Ils sont un langage universel qui permet d’approcher l’évidence. Ils reflètent l’état de notre avancement spirituel.

C’est précisément la conjonction de ces différentes sciences et méthodes qui permettra de dépasser les certitudes et d’avancer. Loin d’enfermer le lecteur dans des idées préconçues ou des doctrines, le but est de libérer l’intuition, de suggérer de nouveaux chemins de connaissance.

Au centre de la démarche, il y a la connaissance de soi. L’introspection permet d’ouvrir le chemin, puisque le principal obstacle à la vérité est nous-même : notre subjectivité, nos préjugés, nos limites, nos illusions, nos croyances indépassables, nos attachements, nos passions, notre héritage, nos conditionnements.

Connaître nos défauts et nos limites, c’est déjà lever le voile : c’est accepter le fait que nous ne savons rien, c’est s’ouvrir à la Lumière. Renoncer à l’illusion de l’autonomie et de la liberté de penser, c’est ouvrir les yeux sur le réel. On l’a compris, le lâcher-prise fonde la démarche.

La connaissance de soi est aussi un chemin d’approche du mystère divin : se connaître soi-même, c’est se connaître en tant que créature de Dieu, à l’image de Dieu. “Dieu” est ici abordé, non pas comme une vérité révélée, mais comme un principe ineffable, à la fois immanent et transcendant. Le terme Dieu pourra être remplacé, au choix, par “le Principe”, “le Grand Architecte de l’Univers”, ou encore “la Nature”.

Ce blog philosophique se veut enfin un espace de tolérance. Répétons-le, les idées véhiculées ne sont pas définitives, elles ne sont pas à prendre pour argent comptant. Mais chaque idée a de bonnes raisons d’être défendue, jusqu’à ce qu’elle soit dépassée.

Enfin, ce blog se veut une ouverture à la spiritualité. C’est l’idée que la vérité se cache en partie au-delà du raisonnement, au-delà des concepts et de la logique. La spiritualité s’étend au-delà des mots, dans un espace où plus rien n’est à défendre : un territoire d’Amour, celui de la parole perdue.

Philosophie, métaphysique, psychologie, religion, spiritualité, symbolisme : voilà donc le programme, qui est déroulé à travers des articles simples et accessibles.

Bonne lecture et bonne réflexion sur JePense.org !

 

 

Les mécanismes du succès

Par Le 10/02/2021

J'aime beaucoup ce youtuber et cette expérience est vraiment très parlante.

Comment se construisent les succès ? 

 

 

Fouloscopie

221 k abonnésABONNÉ

Harry Potter, Star Wars ou Gangnam Style : pourquoi certains produits connaissent un énorme succès alors que d’autres sont complètement ignorés ? Quels sont les mécanismes du succès ? Pour répondre à cette question, j’ai conduit une expérience scientifique avec 1185 abonnés de ma chaîne. *** POUR ME SOUTENIR *** (1) Abonnez-vous, commentez et laissez un pouce bleu. (2) Découvrez la fouloscopie avec mon livre, paru aux éditions Humensciences : https://tinyurl.com/y6cs5a4k​ (3) Participez sur mon Tipeee : https://fr.tipeee.com/fouloscopie​ (4) Suivez-moi sur Twitter : https://twitter.com/Mehdi_Moussaid​ *** MES RECHERCHES *** Mon laboratoire de recherche à l’institut Max Planck : https://www.mpib-berlin.mpg.de/staff/...​ Ma thèse de doctorat : http://mehdimoussaid.com/TheseMoussai...​ Mon blog : http://mehdimoussaid.com

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