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Enjeux philosophiques du changement climatique
Je trouve intéressant de chercher le point de vue de la philosophie au regard du changement climatique et de tous les effets que nous connaissons. Dès lors qu'on considère ceux-là comme indéniables.
Grand angle
Enjeux philosophiques et éthiques du changement climatique
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Minimum Monument, un projet d’art éphémère de l’artiste brésilienne Néle Azevedo. Des centaines de figurines de glace fondent sous la température une fois installées. São Paulo, Brésil, 2016.
L’humanité est en débit. Année après année, elle consomme plus de ressources que la nature peut lui en procurer. Cette surconsommation a un effet direct sur le climat. Pour mieux en comprendre les enjeux, le philosophe et biologiste Bernard Feltz éclaire les rapports complexes entre l’homme et la nature avant de se pencher sur les aspects éthiques de la gestion de l’évolution climatique.
Bernard Feltz
Défi majeur pour notre époque, le changement climatique concerne aussi bien notre quotidien que l’ordre géopolitique mondial. Il constitue l’une des dimensions d’une crise écologique globale, conséquence directe des rapports complexes entre les humains et la nature. Ces rapports peuvent être distingués en quatre grandes approches.
La première, celle de Descartes, considère la nature comme un ensemble d’objets mis à disposition de l’être humain. Le philosophe du XVIIe siècle, contemporain de Galilée et considéré comme un grand initiateur de la modernité, porte le projet d’une science du vivant analogue à la science physique naissante. Il défend l’idée d’un « animal-machine ». Le vivant n’est rien d’autre que de la matière inerte organisée de manière complexe. Seul l’être humain a une âme substantielle distincte du corps, ce qui en fait la seule espèce respectable. Le reste de la nature, vivante ou inerte, relève du monde des objets à disposition de l’humanité. Descartes n’a aucun respect pour l’environnement qu’il envisage sous un rapport utilitaire et qu’il considère comme une ressource infinie dans laquelle l’homme peut puiser sans complexe. On perçoit combien de telles présuppositions ont conduit à une utilisation sans vergogne de la nature sous toutes ses formes : agriculture, pêche, élevage intensifs, épuisement de minerais, pollutions de toutes sortes…
Autre approche, l’écologie scientifique est porteuse d’une tout autre vision du monde. Le botaniste britannique Arthur George Tansley propose en 1937 le concept d’écosystème, qui va révolutionner le rapport scientifique à la nature. Ce concept renvoie à l’ensemble des interactions des diverses espèces vivantes entre elles, et de l’ensemble du vivant avec le milieu physique : sol, air, climat… Dans ce contexte, l’homme se redécouvre appartenant à la nature, comme un élément de l’écosystème. Bien plus, cet écosystème est un milieu fini, aux stocks limités, en amont comme en aval des activités humaines.
Mais de nombreux penseurs jugent que l’approche de l’écologie scientifique est insuffisante. Les adeptes de l’écologie profonde (deep ecologists), par exemple, estiment que le cœur du problème dans l’approche scientifique, y compris écologique, est l’anthropocentrisme. Ils prônent une philosophie de la totalité qui intègre l’humain au vivant dans son ensemble sans lui accorder de statut particulier. Le respect de l’animal est analogue au respect de l’humain.
Une dernière conception des rapports humains/nature tente de se tenir à juste distance de la radicalité des deep ecologists, tout en soulignant la pertinence de la critique à l’égard de l’écologie scientifique. Nature et humain cohabitent et s’interpénètrent dans un vivant mieux respecté. Un animal peut être respectable pour lui-même, sans que lui soit accordé le même statut qu’à l’humain.
Une espèce vivante, un écosystème particulier sont respectables comme réalisations remarquables de la nature, au même titre qu’une œuvre d’art est une réalisation remarquable de l’humain. La dimension esthétique d’une réalisation renvoie à une dimension fondamentale de la réalité, que seul l’artiste est capable de dévoiler. Mais un tel rapport n’implique pas que l’œuvre respectée ait statut humain. Une hiérarchisation des valeurs est envisageable. L’animal, certains écosystèmes, certains paysages deviennent respectables selon une double modalité : c’est l’humain qui décide de les respecter, et c’est un mode de respect qui n’équivaut pas à un respect dû à l’humain.
Au croisement de la science et de la politique
Dimension de la crise écologique, le changement climatique ouvre la voie à une réflexion plus spécifique qui s’articule sur les relations entre science et politique.
La science porte une lourde responsabilité dans l’émergence du problème climatique. C’est en grande partie en raison de la puissance impressionnante développée par les nouvelles technologies et leur utilisation sans limites par les puissances économiques que nous sommes entrés dans l’Anthropocène : pour la première fois dans l’histoire, les activités humaines conduisent à une modification de certaines caractéristiques environnementales pour l’ensemble de l’humanité.
Mais la science nous fait aussi prendre conscience des problèmes liés à la crise écologique. Elle joue un rôle décisif dans l’élaboration de scénarios susceptibles de conduire à une gestion rationnelle de la crise climatique. La science peut nous perdre, mais aussi nous sauver. Intégrée dans une conception plus large du réel, l’approche scientifique reste déterminante dans la maîtrise du changement climatique.
Cependant, démocratie n’est pas technocratie… En démocratie, c’est le politique qui prend les décisions. Le sociologue allemand Max Weber (1864-1920) distingue le registre des faits du registre des valeurs. Du côté de la connaissance, le scientifique est un spécialiste des faits. Lui incombent l’analyse des situations et les propositions de divers scénarios compatibles avec les contraintes écologiques. Le politique agit, quant à lui, en fonction des valeurs qu’il s’engage à défendre. Dans un système démocratique, il tient sa légitimité du fait de son élection. Il est élu pour choisir précisément le scénario qui répond à son système de valeurs. Les changements climatiques impliquent des analyses techniques d’une haute complexité, qui ne sont pas toujours en accord avec les orientations choisies par les politiques.
Éthique environnementale
Néanmoins, force est de reconnaître que nous sommes entrés en transition vers une société modelée de manière décisive par les contraintes écologiques. Une implication de chacun dans sa vie quotidienne, le travail des divers acteurs économiques dans leurs activités respectives – depuis les petites et moyennes entreprises jusqu’aux trusts multinationaux les plus puissants –, l’engagement des structures étatiques, comme des structures intermédiaires – syndicats, fédérations d’entreprises, ONG… – sont des conditions indispensables à une action efficace.
Car l’enjeu fondamental est bien l’avenir de l’humanité. Ce qui pousse à agir, c’est cette prise de conscience que l’évolution climatique non maîtrisée peut conduire à rendre la vie humaine sur Terre beaucoup plus difficile, voire impossible. On connaît le « principe responsabilité » que le philosophe allemand Hans Jonas a élaboré à la fin des années 1970, en pensant précisément aux questions écologiques : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur Terre ». Désormais, il s’agit de concevoir une vie sociale contemporaine en y intégrant la préoccupation de la viabilité du système à très long terme, en incluant les générations futures dans le domaine de nos responsabilités.
Ces préoccupations écologiques doivent cohabiter avec les exigences contemporaines de l’éthique, à savoir le respect des droits de l’homme et la considération égale de toute personne humaine. Toutes les populations humaines ne sont pas égales devant le défi climatique. Paradoxalement, les pays les plus démunis sont souvent ceux qui sont le plus affectés par un réchauffement climatique non maîtrisé. Le respect des droits de l’homme doit donc conduire à un principe de solidarité internationale qui seul pourra garantir à la fois une gestion globale de l’évolution climatique et la prise de mesures spécifiques pour des situations particulièrement complexes. Principe de responsabilité pour les générations futures et principe de solidarité de tous envers tous sont essentiels pour une gestion équitable de la crise écologique.
En savoir plus
Rapport de la COMEST sur : L’éthique de l’eau : océans, eau douce, zones côtières
Principes éthiques en relation avec le changement climatique
Bernard Feltz
Biologiste et philosophe belge, Bernard Feltz est professeur émérite de l’université catholique de Louvain. Ses recherches portent sur la philosophie de l’écologie, les questions de bioéthique et les rapports sciences-sociétés. Il est l’actuel représentant de la Belgique au Comité intergouvernemental de bioéthique de l’UNESCO (CIGB).
Un climato-sceptique (2)
Cette fois, l'article date de 2007.
LA FABLE DU RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE
La Nouvelle Revue d’Histoire n°31, Juillet/août 2007
Publié par La Nouvelle Revue d’Histoire n°31, Juillet/août 2007, pp. 15-18 le 26/9/2007 (Paru dans le dernier numéro de la revue NRH) : L’exploitation excessive de la nature ou encore les nuisances provoquées par la société industrielle et l’économie de gaspillage sont des réalités évidentes. Certains de leurs effets sont visibles, d’autres moins. En marge de ces réalités préoccupantes naissent cependant des modes ou des phobies qui s’apparentent à des mystifications. L’une d’entre elles est la question du “réchauffement global” de la planète, tarte à la crème d’habiles charlatans qui rapportent gros, misant sur la crédulité et la peur du public. Pour en savoir plus, nous avons interrogé Marcel Leroux, professeur émérite de climatologie, ancien directeur du LCRE (Laboratoire de climatologie, risques, environnement) du CNRS, membre de l’American Meteorological Society et de la Société météorologique de France.
NRH : Le propre du climat est de changer. Or, il existe un discours actuel qui prétend que les changements actuels vont dans le sens d’un réchauffement inéluctable de la planète. L’étude du passé permet-elle de confirmer cette interprétation?
Marcel Leroux : Non, car, à l’échelle paléoclimatique, les bouleversements ont été beaucoup plus importants que ceux que l’on nous annonce. Ainsi, en Afrique, lors du DMG (dernier maximum glaciaire), c’est-à-dire entre 18 000 et 15 000 par rapport à nos jours, les températures moyennes étaient inférieures de 5°C à celles que nous connaissons aujourd’hui et le désert s’étendait considérablement vers le sud, tandis que la forêt avait quasiment disparu.Au contraire, lors de l’OCH (optimum climatique holocène), entre 9000 et 6000 par rapport à nos jours, les températures étaient supérieures de 2°C à celles d’aujourd’hui et la forêt dépassait très largement son étendue actuelle. Quant au Sahara, il recevait des pluies relativement abondantes, d’origine à la fois méditerranéenne et tropicale. Parsemé de lacs et de marécages, il était parcouru par des éleveurs, comme l’attestent les nombreux dessins rupestres.
NRH : Après avoir perdu la longue mémoire paléoclimatique, ne perdons-nous pas également notre mémoire immédiate en matière climatique ?
ML : Aujourd’hui, la mémoire est très sélective, car on omet de rappeler l’automnale fraîcheur du surprenant mois d’août 2006, et on s’empresse d’oublier l’hiver 2005-2006 qui a battu des records de froid ou de chutes de neige, ou bien encore l’hiver 2000, lorsque la Sibérie a enregistré ses plus basses températures et que la Mongolie a fait appel à l’aide internationale. Sans parler de l’Afrique qui, au cours des années soixante, bénéficia d’une pluviométrie supérieure à la normale. Elle avait fait remonter la zone sahélienne vers le nord, avec recul du désert. Á la même époque, en Eurasie du Nord et au Canada, la forêt boréale et l’exploitation agricole gagnaient vers le nord. Puis, à partir de 1972, renversement de tendance, la pluviométrie a dramatiquement décru, et le Sahel a progressivement glissé une nouvelle fois vers le sud.
NRH : Les hommes doivent-ils avoir peur du réchauffement annoncé par certains ” experts” ?
ML : Historiquement, nous pouvons constater que les périodes chaudes ont toujours été des périodes fastes, comme par exemple au début de notre ère lors des années triomphantes de la République romaine et de l’Empire. Lors de l’épopée des Vikings vers le Groenland et l’Amérique du Nord, entre 1150 et 1300, un optimum climatique régnait sur l’Europe centrale et occidentale, déplaçant les cultures et en particulier celle de la vigne de 4 à 5 degrés de latitude vers le nord. Le ” doux douzième (gentle twelfth century) représente dans la tradition écossaise un “âge d’or” avec ses hivers doux et ses étés secs. Ensuite, après une chute de températures, s’est produit le retour d’une période “chaude” connue par les spécialistes sous le nom d’optimum climatique médiéval (OCM) qui a notamment favorisé les grands voyages de découvertes. Par opposition, les épisodes froids ont été considérés comme des “périodes sombres” (dark ages), comme celle qui, après 1410, a coupé les relations avec le Groenland ou celle du “petit âge de glace” entre 1600 et 1850, qui a atteint sa plus grande rigueur vers 1708-1709 dénommée par Réaumur “l’année du grand hiver”, période au cours de laquelle les glaciers alpins ont atteint une grande extension, comme en témoignent en 1789 les Cahiers de doléances des paysans chamoniards dont les prairies étaient envahies par la glace. Il est donc ridicule de la part des médias de prétendre que la chaleur est synonyme de calamité, en particulier à des gens qui, au cours de l’hiver, ne pensent qu’à l’été, rêvant pour leur retraite de résider dans le Midi ou en Espagne, voire au Maroc, c’est-à-dire au soleil ! De cette façon, ” l’invraisemblable douceur ” du mois de décembre 2006 et la facture de chauffage allégée ont pu être présentées par les médias comme des catastrophes !
NRH : Vous soutenez que si le désert du Sahara “avance”, ce n’est pas pour les raisons habituellement invoquées. Mais si un réchauffement climatique durable se produisait, ne serait-il pas à craindre en Afrique où l’on nous prédit des catastrophes terrifiantes dues à l’élévation des températures ?
ML : L’histoire nous montre que toutes les périodes “chaudes” ont été en Afrique des périodes pluvieuses, notamment le Moyen-Âge qui a permis la prospérité (entre 1200 et 1500) des grands empires sahélo-soudaniens. Quant à la diminution actuelle de la pluie au sud du Sahara, c’est tout le contraire d’un scénario de “réchauffement”, ce qui apporte un démenti flagrant à ce que prétend le GIEC (Groupement intergouvernemental pour l’étude du climat). Il faut en effet souligner que sous les tropiques les précipitations tombent majoritairement en saison chaude. Si un réchauffement devait réellement se produire, il se traduirait par une amélioration pluviométrique, or ce n’est pas le cas actuellement. Le glissement actuel vers le Sud de la zone sahélienne, donc du Sahara, est de l’ordre de 200 à 300 km et le phénomène, qui a débuté dans les années 1970, s’inscrit comme au DMG, entre 18000 et 15000 avant nos jours, lorsque le Sahara s’était déplacé de 1000 km vers le sud, non pas dans un contexte de réchauffement des pôles mais au contraire dans un schéma d’accentuation du refroidissement des pôles, ce qui contredit encore une fois le scénario infondé du GIEC, des écologistes et des médias.
NRH : Sur quoi repose alors ce que vous qualifiez de “myhe du réchauffement global” planétaire ?
ML : En 1988, les États-Unis vécurent dramatiquement une sécheresse accompagnée de vents de poussière, qui évoquaient les années 1930, celles du dust-bowl, illustré par John Steinbeck dans Les Raisins de la colère. En juin 1988, J. Hansen (de la Nasa) présenta devant le Congrès une courbe sur laquelle il ajouta, à des moyennes annuelles, une moyenne établie sur les cinq derniers mois, ce qui eut pour effet de faire grimper artificiellement la courbe thermique des États-Unis. Ce procédé malhonnête déclencha alors la ” panique climatique ” déjà préparée de longue date par les mouvements écologistes, ce qui conduisit en 1989 à la création du GIEC. Á partir de cette date, le nombre de prétendus climatologues, le plus souvent auto-proclamés ou désignés par les gouvernements, augmenta d’une façon vertigineuse. Le climat devint l’affaire des organisations écologistes, de journalistes dits scientifiques, des médias et des politiques. Dans le même temps, tout fut hypersimplifié par des délégués désignés par les gouvernements et dénommés “experts” (donc des politiques ou des scientifiques politisés) qui établissent, comme à Paris en février 2007, le ” Résumé pour Décideurs” (Summary for Policymakers). C’est à l’occasion de ces réunions que sont orchestrés, avec force simplifications et marchandages, voire mensonges éhontés, les “coups” médiatiques destinés à impressionner l’opinion. De cette façon, en 1995, avait été introduite, hors débat scientifique, la formule, toujours non prouvée, de ” la responsabilité de l’homme dans le changement climatique”. On est alors très loin du climat lui-même ! Mais c’est de cette façon que les politiques et les médias surenchérissent dans la catastrophisme du réchauffement…avec la même assurance et la même vigueur que dans les années 1970 lorsqu’ils annonçaient le retour d’un ” nouvel âge de glace” !
NRH : Venons-en, si vous le voulez bien, à l’effet de serre. Doit-on croire les “experts” et les médias quand ils soutiennent que le CO2 est le facteur “unique” du changement climatique et de tous les phénomènes météorologiques ?
ML : Pour 95%, l’effet de serre est dû à la vapeur d’eau. Le dioxyde de carbone, ou CO2 , ne représente, quant à lui, que 3,62% de l’effet de serre, soit 26 fois moins que la vapeur d’eau. La vapeur d’eau étant à presque 100% d’origine naturelle, comme la majeure partie des autres gaz émissifs ( CO2 et CH4 ou méthane), l’effet de serre est donc essentiellement un phénomène naturel. Seule une faible proportion (effet de serre dit anthropique) peut être attribuée aux activités humaines et cela pour une valeur totale de 0,28% de l’effet de serre total, dont 0,12% pour le seul CO2 , c’est-à-dire une proportion insignifiante, voire tout à fait négligeable.Il est donc stupide de prétendre que les taux actuels n’ont jamais été aussi élevés depuis…650 000 ans selon la dernière affabulation. D’autant plus que les études paléoclimatiques n’ont révélé aucune relation entre le CO2 et la température ! En résumé, aucune relation causale, physiquement fondée, prouvée et quantifiée, n’a été établie entre l’évolution de la température (hausse, mais aussi baisse) et la variation de l’effet de serre par le CO2. A fortiori, aucune relation n’est démontrée entre les activités humaines et le climat : l’homme n’est en aucune façon responsable du changement climatique.
NRH : Pardonnez cette question brutale : la terre se réchauffe-t-elle, oui ou non ?
ML : La température moyenne dite “globale” a augmenté de 0,74° au cours de la période 1906-2005 (GIEC, 2007). Mais, surtout, les données d’observation montrent que des régions se réchauffent tandis que d’autres se refroidissent. Certaines régions se sont ainsi refroidies comme l’Artique occidental et le Groenland, tandis que d’autres se sont réchauffées comme la mer de Norvège et ses pourtours, à l’échelle annuelle de ±1°C et en hiver de l’ordre de ±2°C, au cours de la période 1954-2003. L’espace Pacifique nord connaît une évolution comparable avec un refroidissement sur la Sibérie orientale, particulièrement en hiver, et un fort réchauffement sur l’Alaska et le détroit de Béring. Il est donc absolument inexact de prétendre que la planète se réchauffe. Le “changement climatique” n’est pas synonyme de “réchauffement global” car il n’existe pas de “climat global”. De plus, et comme je viens de vous le dire, l’évolution du climat ne dépend en aucune façon du CO2, et l’homme n’est en aucun cas responsable de ce dernier, sauf dans le cadre limité des villes.
NRH : Que répondre à ceux qui annoncent de fortes menaces sur l’Artique et sur l’Antarctique ?
ML : On mélange tout : climat, pollution, écologie et écologisme, développement durable, scoops médiatiques, propagande et faits réels, souvent déformés d’ailleurs, politique et intérêts économiques (avoués et inavoués). Ainsi les incohérences, les affirmations gratuites, les impossibilités physiques et les mensonges éhontés sont multiples.
NRH : Pourtant, le ” Groenland fond ” et l’Antartique se disloque.
ML : C’est vrai que la glace fond dans les basses couches, sur les pourtours du Groenland baignés par l’air chaud venu du sud. Mais, en 1816 et 1817, par exemple, on avait pu atteindre le Pôle en longeant les côtes groenlandaises. En revanche, le satellite prouve que la partie sommitale du Groenland se refroidit et s’élève de 6 cm par an en raison des chutes de neige abondantes. Quant à l’Antartique, il est particulièrement stable et bénéficie même d’un gain de masse glaciaire dans sa partie orientale. La péninsule antarctique constitue une exception bien connue des climatologues. En raison de sa latitude et de la proximité des Andes qui canalisent vigoureusement vers le sud le flux cyclonique chaud et humide (M.Leroux, 2005), les dépressions australes connaissent ici une évolution remarquable. Elles sont de plus en plus creusées, tandis que leur trajectoire est de plus en plus méridionale, et la température de l’air est croissante (A. Pommier, 2006). Ainsi, comme dans le voisinage de la mer de Norvège (ou encore dans la région Alaska-détroit de Béring), le réchauffement de la péninsule antarctique, faussement attribué par le GIEC à l’effet de serre, est commandé par une intensification vers le Pôle de la circulation d’air chaud et humide de lointaine origine tropicale.
NRH : Comment expliquez-vous alors les changements que l’on observe en Europe ?
ML : Afin de répondre à votre question de façon à être compris par des non-spécialistes, disons que dans l’espace de l’Atlantique Nord, tandis que l’Artique occidental se refroidit et que les anticyclones qui quittent le Pôle sont plus puissants, les remontées d’air cyclonique associé aux dépressions transportent davantage d’air chaud et humide d’origine subtropicale, voire tropicale, vers la mer de Norvège et au-delà. En conséquence, la température s’élève et les précipitations (neigeuses en altitude, sur le Groenland et la Scandinavie) augmentent. Tandis que la pression baisse, la tempêtuosité s’accroît, avec des dépressions plus nombreuses atteignant des latitudes plus septentrionals (A. Pommier, 2005). Comme l’Europe occidentale est située sur la trajectoire ees remontées cycloniques du sud, elle bénéficie aussi d’un réchauffement, voire localement d’un excès de pluie.
Il faut bien voir que sur l’Atlantique, l’agglutination anticyclonique (AA), couramment appelée anticyclone des Açores, est plus puissante et plus étendue vers le sud et c’est pourquoi le Sahel atlantique et notamment l’archipel du Cap-Vert, subit une sécheresse plus prononcée que sur le continent voisin. La Méditerranée qui prolonge cet espace atlantique est plus froide et donc plus sèche sur son bassin oriental (comme sur l’Europe centrale), tandis que la pression de surface est également croissante. C’est en particulier cette hausse de pression, et non le CO2, qui est responsable dans nos régions à la fois de longues séquences sans pluie (ou sans neige en montagne) lorsque la situation reste longtemps anticyclonique, ou des périodes de chaleur, voire de canicule comme en août 2003.
NRH : Mais pourtant, comme on le dit souvent, ” les glaciers disparaissent…”
ML : Pourquoi ne pas dire qu’ils ont été plus réduits encore dans les Alpes au Moyen Âgen et que la longueur aujourd’hui observable de leur langue glaciaire dépend de leur alimentation en neige antérieure à la période actuelle ? C’est d’autant plus vrai à l’altitude des neiges du Kilimandjaro, autre exemple hyper médiatisé, proche de 6000 mètres, où ce n’est pas la température (ici inférieure à 0°C) qui a varié mais, comme ailleurs, les conditions de la pluviosité (M.Leroux, 1983,2001).
NRH : On dit également que les cyclones vont être de plus en plus nombreux et de plus en plus violents.
ML : Les spécialistes de météorologie tropicale ne sont pas de cet avis, mais ils ne sont pas écoutés… Ils affirment même qu’aucune tendance à la hausse n’est observée. Quant au colloque sur les cyclones tropicaux tenu au Costa Rica sous l’égide de l’OMM (Organisation météorologique mondiale) en décembre 2006, il a même conclu que ” aucun cyclone ne peut être directement attribué au changement climatique”. Chris Landsea, spécialiste incontesté des cyclones, a préféré démissionner du GIEC pour ” ne pas contribuer à un processus motivé par des objectifs préconçus et scientifiquement non fondés “. Mais les dégâts provoqués par les cyclones offrent de si ” belles images” aux revues et aux journaux télévisés… L’exemple de “Katrina” est exploité sans vergogne, alors que la rupture des digues de La Nouvelle-Orléans était une catastrophe annoncée depuis déjà fort longtemps…
NRH : Dans le registre catastrophique, certains médias prétendent même que le Gulf Stream va s’arrêter…
ML : Il faudrait pour cela que le vent, qui est le moteur des courants marins superficiels, cesse de souffler, c’est-à-dire que toute la circulation aérienne comme océanique soit bloquée, ce qui est naturellement invraisemblable ! On dit aussi que ” la mer monte”…mais aucune courbe ne le prouve, sauf pour quelques hypothétiques centimètres (12 cm en 140 ans), et aucune terre n’a encore disparu. Les prédictions, souvent de caractère “hollywoodien”, sont issues de modèles climatiques dont l’efficacité est fortement discutée. En premier lieu, et c’est le comble pour des modèles numériques, par les mathématiciens eux-mêmes qui jugent que “les modèles employés sont à ce point sommaires, grossiers, empiriques, fallacieux que les conclusions qui en sont tirées sont dépourvues de toute valeur prédictive” (B. Beauzamy 2006).
NRH : Quel est l’avenir de la climatologie dans l’actuel politiquement correct climatique ?
ML : Au lieu de tirer des plans très hypothétiques sur la comète 2100, la climatologie, dans une impasse conceptuelle depuis une cinquantaine d’années, devrait plutôt chercher à contribuer efficacement à déterminer les mesures idoines de prévention et d’adaptation au climat du futur proche. Car le changement climatique -c’est le propre du climat d’évoluer constamment- est bien réel, mais antinomique du scénario ” chaud ” qui nous est actuellement imposé, comme le prouve la hausse continue de la pression atmosphérique au-dessus de nombreuses régions dont la France. Ce changement du climat n’est pas celui qui est prédit par le GIEC. Mais les théoriciens et les modélisateurs se soucient peu de l’observation des phénomènes réels. Ce sont les raisons et les mécanismes de ce changement permanent qu’il convient à la climatologie de définir sérieusement. Dans le même temps, les autres disciplines, desservies par le mélange des genres et qui n’ont pas besoin de l’illusoire épouvantail climatique, pourront elles-mêmes se consacrer efficacement à la lutte contre la pollution ou s’investir dans le développement durable.
Un climato-sceptique
Une ITW qui mérite d'être lue. Elle date de 2004. Un climatosceptique qu'il serait intéressant de lire aujourd'hui avec les données actuelles.
Pour se faire une idée des arguments de cette catégorie de personnes.
C'est toujours indispensable de lire les avis contraires.
MARCEL LEROUX :
LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE EST UN MYTHE !
http://www.la-philosophie.fr/rechauffement-climatique
AGRICULTURE & ENVIRONNEMENT
N° 18 – OCTOBRE 2004
Aujourd’hui, il n’est presque plus possible de participer à un colloque consacré à l’agriculture sans que soient évoqués le réchauffement climatique et l’effet de serre. Préoccupation majeure de l’agriculteur, la question du climat suscite un intérêt évident car ses aléas ont des répercussions immédiates sur les résultats des exploitations. Marcel Leroux, professeur en climatologie à l’université Jean Moulin de Lyon III et directeur depuis 1986 du Laboratoire de Climatologie, Risques, Environnement (CNRS), est l’auteur du premier livre de climatologie en français traduit en anglais, La Dynamique du temps et du climat (éditions Dunod, 1996). Après la parution de The Meteorology and Climate of tropical Africa, aux Editions Springer en 2001, il achève son troisième ouvrage, Global Warning, myth or reality, qui sera disponible en décembre. Pour ce climatologue iconoclaste, qui conteste la validité des modèles informatiques actuels, les variations climatiques s’expliquent tout naturellement, lorsque l’on prend en compte ce qu’il appelle les anticyclones mobiles polaires (AMP), vastes lentilles d’air glacial de 1500 mètres d’épaisseur et de 2.000 à 3.000 km de diamètre, générées quotidiennement par les pôles et se déplaçant vers l’équateur.
Tout le monde s’accorde à dire que la planète se réchauffe.
Qu’en pensez-vous ?
En me parlant de réchauffement, vous voulez sûrement me faire peur, moi qui ai vécu 40 ans en Afrique ! Personnellement, je souhaite que la terre se réchauffe. C’est d’ailleurs la position de la Russie, qui considère qu’un réchauffement serait bénéfique. En effet, cela nous ferait faire d’immenses économies de chauffage, et donc de matières premières comme le pétrole. En outre, nous gagnerions de larges étendues de terres cultivables en direction des régions subpolaires, comme cela fut le cas dans les années 1930 à 60. A l’époque, les exploitations agricoles du nord du Canada et de la Scandinavie s’étaient en effet déplacées vers le nord. Dans les années 1970, lorsqu’il était plutôt à la mode de parler du retour du petit « âge de glace », elles ont rétrogradé vers le sud. La même chose s’est d’ailleurs produite en Afrique subsaharienne, où les éleveurs se sont d’abord déplacés vers le nord, puis sont redescendus vers le sud, lorsque la sécheresse a commencé dans les années 1970. Car lors de toute période chaude, à l’échelle paléoclimatique comme à l’échelle récente, les pluies tropicales sont plus abondantes. Ce qui veut dire que paradoxalement, si le réchauffement était effectif, la sécheresse cesserait dans le Sahel ! Mais malheureusement, ce n’est pas le cas. Pourquoi parle-t-on alors de réchauffement climatique ?
Pourquoi parle-t-on alors de réchauffement climatique ?
Parce ce que tout le monde accorde foi à la courbe de température globale publiée tous lesans par l’OMM (Organisation MétéorologiqueMondiale) et le GIEC (Groupe intergouvernemental sur le changement climatique). Or, cette courbe n’est autre qu’une moyenne des températures mesurées dans 7.000 stations de la planète, traitées à l’Université d’East Anglia, à Londres, sous la direction de Philipp Jones. L’augmentation serait de 0,6° de 1860 à nosjours, soit la différence de température qu’on observe à l’échelle moyenne annuelle entre Nice et Marseille. Quel extraordinaire bouleversement ! Une telle valeur, donnée avec une fourchette de précision de plus ou moins 0,2° sur un siècle et demi, est ridicule, car elle est de l’ordre de la précision de la mesure. Cette courbe n’est d’ailleurs pas validée par les mesures récentes effectuées par les capteurs de satellites qui, depuis 1978, ne montrent au contraire aucune évolution notoire, pas plus que les mesures issues de millions de radio-sondages. En outre, comment parler de moyenne à l’échelle globale en mélangeant des températures marines, continentales, urbaines et surtout des températures de régions qui se refroidissent alors que d’autres se réchauffent ? Par exemple, l’Arctique occidental (au nord du Canada) se refroidit, alors que l’Arctique au nord de la mer de Norvège se réchauffe. Que fait-donc alors vraiment l’Arctique ? On ne peut pas du tout dire avec certitude que la terre se réchauffe.
Les modèles ne prévoient-ils pas pourtant une augmentation de la température de 2 à 6°C d’ici l’an 2100 ?
On n’a pas besoin de modèle pour faire une telle prédiction. Le chimiste suédois Svante Arrhénius (1859-1927) avait déjà « prédit » exactement la même chose en 1903 ! Il avait appliqué une règle de trois entre le taux de CO2 de son époque, celui du futur et la température correspondante. C’est exactement ce que font les modèles informatiques en insistant sur l’effet de serre. Un modèle n’est qu’un super calculateur qui dépend entièrement des données qu’on lui fournit et de la démarche qu’on lui impose pour traiter ces données. Il ne faut pas prêter aux modèles des vertus « magiques », d’autant plus qu’ils ne donnent qu’une vision très incomplète et déformée de la réalité météorologique. En particulier, ils ne tiennent pas compte de la circulation générale de l’atmosphère, de son organisation et de son mouvement. Pour ces modèles, les discontinuités, pourtant présentes partout dans la nature, ne sont tout simplement pas prises en considération. Les modèles utilisés pour la prédiction climatique sont fondés sur les mêmes principes que ceux utilisés pour la prévision météorologique. Or, ces derniers se trompent constamment : ils n’ont pas été capables de prévoir les tempêtes de 1999, les inondations de Nîmes ou Vaison la Romaine, la canicule de 2003 et l’été pourri de 2004. Comment pourraient-ils être fiables à l’horizon de 2100 ? D’ailleurs, comme le rappelle l’océanographe Robert Stevenson, ces modèles prévoyaient une augmentation de la température de 1,5° pour l’an 2000 ; or, c’est six fois plus que ce que l’on a observé.
Pourtant, il y a unanimité chez les climatologues pour dire que le réchauffement est une réalité …
Non, on insiste sur un prétendu consensus chez les climatologues, alors que celui-ci n’existe pas. Ensuite, il y a plusieurs sortes de« climatologues ». Prenons le GIEC, présenté comme l’autorité en la matière. En réalité, il s’agit d’un groupement intergouvernemental, c’est-à-dire que la nomination de ses membres est politique, et ne répond pas à des critères scientifiques. D’ailleurs, la grande majorité de ses membres ne sont pas climatologues, à l’instar de Michel Petit, ingénieur en télécommunications, ou bien Jean Jouzel, qui est un excellent chimiste glaciologue, mais dont les connaissances scientifiques sur le climat sont limitées. Depuis l’avènement de l’informatique, nombre de ceux qui s’autoproclament « climatologues » sont en réalité des informaticiens-modélisateurs, qui accordent de très loin la préférence à la statistique et aux téléconnexions, sans se préoccuper des liens physiques réels. Il existe toutefois des climatologues météorologues, comme le spécialiste suédois de l’élévation du niveau de la mer Nils-Axel Mörner, ou encore le météorologiste canadien Madhav Khandekar, qui en revanche se préoccupent en priorité de l’observation des phénomènes réels et des principes physiques qui les relient. C’est aussi, naturellement, le souci premier de notre laboratoire. Ces derniers sont loin d’être convaincus par les résultats des modèles. Même parmi les modélisateurs, certains, comme l’Américain Richard Lindzen, restent très sceptiques concernant l’hypothèse du réchauffement climatique. Le problème du GIEC, comme d’ailleurs de Météo France, c’est que depuis les années 1980, ces organismes sont dominés par les modélisateurs, vedettes des médias. Les climatologues réellement soucieux de l’analyse du temps se sont d’ailleurs regroupés en association, dont l’une particulièrement active est intitulée « climat sceptics ».
Le rôle nocif sur le climat des gaz à effet de serre est quand même une donnée objective ?
Il n’y a rien de moins objectif qu’une telle affirmation ! Mettre l’accent sur les gaz à effet de serre donne une vision très simpliste du climat, alors que d’autres facteurs sont beaucoup plus importants ; en particulier, ceux qui déterminent la dynamique de l’atmosphère, les transferts méridiens d’air et d’énergie, et pour faire simple, les transferts d’air froid et d’air chaud. Chacun est capable d’observer que la température est fonction de ces brusques changements, et qu’elle n’évolue pas de façon linéaire. L’important, c’est d’abord de savoir pourquoi et comment des masses d’air froid se forment et se déplacent ; pourquoi elles remplacent ou sont remplacées par de l’air chaud – autrement dit de préciser le mécanisme de la machine atmosphérique. Le temps dépend au jour le jour de ces changements de masses d’air ; en revanche, sur le long terme, la variation dépend de l’activité solaire (tâche, magnétisme, éruption et vent solaires), des projections volcaniques, de la turbidité de l’air, des paramètres astronomiques, etc… Comment voulez-vous que leur responsabilité dans le climat puisse être mise en évidence dans des modèles qui ne prennent tout simplement pas en compte l’ensemble de ces paramètres ? L’effet de serre est donc totalement marginal, sinon même insignifiant, d’autant plus que le principal effet de serre n’est pas réalisé par le CO2 ou le CH4, mais par la vapeur d’eau. Or, même la part réelle de la vapeur d’eau dans l’effet de serre n’est pas considérée à sa juste valeur dans les modèles.
Qu’observe-t-on alors à l’échelle globale ?
On n’observe rien, car il n’y a pas de « climat global ». En revanche, on connaît parfaitement l’évolution des climats régionaux qui suivent des évolutions fort dissemblables. D’ailleurs, il est très révélateur de constater que, de l’aveu même du GIEC, leurs modèles sont incapables de restituer ces variations régionales ! Dans son deuxième rapport de 1996, le GIEC écrit : « Les valeurs régionales des températures pourraient être sensiblement différentes de la moyenne globale, mais il n’est pas encore possible de déterminer avec précision ces fluctuations. » Cela signifie que les modèles du GIEC seraient capables de donner une valeur moyenne sans connaître les valeurs régionales qui permettent d’établir précisément cette moyenne ! Ce n’est pas très sérieux !
Dans l’Atlantique Nord, on observe un refroidissement de la façade ouest (Canada, Etats-Unis à l’est des Rocheuses), alors que l’Europe occidentale se réchauffe, notamment la Scandinavie. L’Europe centrale, elle, se refroidit, comme la Méditerranée orientale, ou comme la Chine. Ces différences de comportement résultent de la dynamique aérologique. Cela dépend en effet des trajectoires des anti-cyclones mobiles polaires (AMP). Ceux-ci sont de vastes lentilles d’air glacial de 1500 km de rayon, générées quotidiennement par les pôles. Ces lentilles glissent au ras du sol, sous les couches d’air chaud plus légères, contournant les reliefs pour se diriger vers l’équateur. Sur leurs faces avant, elles provoquent le retour vers leur pôle respectif de l’air réchauffé sous les tropiques. Les AMP représentent l’exemple même de discontinuité que les modèles informatiques refusent d’incorporer. En outre, ils pointent du doigt le comportement particulier et l’importance des régions polaires qui, contrairement aux prédictions des modèles, ne se réchauffent pas, mais au contraire se refroidissent.
Vous voulez dire qu’il n’y a pas de fonte des calottes glaciaires ?
C’est un fait inconstestable ! Cependant, évitons de généraliser : dans le détail, la glace de mer fond au nord de la mer de Norvège ou dans la région des Aléoutiennes dans le Pacifique nord, où arrivent de l’eau marine et de l’air chauds. En revanche, la banquise ne varie pas au Nord du Canada. Comme l’écrit correctement M. Postel-Vinay, rédacteur de la revue La Recherche, «le gros de la calotte antarctique n’a pas fondu depuis sa formation, voici 60 millions d’années.» L’observation satellitale montre même qu’au cours de la période 1979-1999, qui est celle de la plus forte hausse supposée de la température, la surface de la banquise a globalement augmenté autour du continent antarctique. Au Groenland, certaines régions fondent, notamment sur les pourtours, mais la masse de glace augmente au centre de l’île, comme la masse de la plupart des glaciers scandinaves. Le refroidissement des pôles a atteint 4 à 5°C pendant la période 1940-90 – c’est-à-dire plus de la moitié, mais en négatif, de la valeur prévue pour 2100 ! C’est le démenti le plus flagrant apporté aux prévisions des modèles. Il est d’ailleurs surprenant que ceux-ci aient pu concevoir un tel réchauffement alors qu’il n’y a aucune raison physique qui puisse le justifier ! Est-ce seulement pour faire peur aux gens avec une prétendue montée des eaux qui en résulterait ?
En revanche, ce qui est sûr, c’est que comme les pôles se refroidissent, la puissance et la fréquence des AMP augmentent, les contrastes de températures s’élèvent, les confrontations entre l’air froid et l’air chaud sont plus vigoureuses et le temps devient de plus en plus violent et de plus en plus contrasté dans nos latitudes. Il devient aussi toujours plus irrégulier, avec des périodes étendues de froid puis de chaud, des pluies abondantes et des sécheresses. Des records de chaleur comme de fraîcheur sont d’ailleurs constamment dépassés. Par exemple, le Canada a subi la pire tempête de verglas de son histoire en 1998, et la Mongolie a connu deux hivers successifs tellement rigoureux que l’Etat a dû faire appel à l’aide internationale. Il serait donc plus judicieux de tenir compte de cette évolution réelle, plutôt que d’un hypothétique scénario à l’horizon 2100, pour assurer, par exemple, une meilleure gestion de l’eau, notamment dans le domaine agricole. La France n’est pas plus épargnée qu’une autre région du monde. Nous avons déjà eu des chutes de neige sur la forêt méditerranéenne, en 2002. La canicule de l’été 2003 est encore un autre exemple, bien qu’elle ait été présentée comme la preuve du réchauffement climatique par M. Besson, Président de Météo France. Cette erreur de jugement est à la base de la mise en place du plan anti canicule pourl’été 2004, canicule qui n’a bien sûr pas eu lieu. J’avais pourtant adressé, en août 2003, une note rectificative aux principaux médias écrits et audiovisuels pour expliquer les causes de la canicule. Il s’agissait tout simplement d’une hausse de pression, elle-même conséquence d’une augmentation de fréquence des AMP, visibles sur les images satellitales, mais dont les modélisateurs ne veulent pas entendre parler !
Un article paru dans le quotidien Le Monde du 18 septembre explique que la violence du cyclone Ivan constitue précisément une preuve du réchauffement climatique.
C’est très ironique car Ivan a connu des prédécesseurs plus redoutables que lui, comme Hugo, ou Andrews. En outre, le GIEC, dans les années 1990, prétendait que les modèles sont incapables de prévoir l’évolution de la cyclogenèse, qui ne montre aucune tendance à la hausse sur l’Atlantique Nord depuis un siècle. Les modèles annonçaient alors que le réchauffement allait nous apporter une plus grande clémence climatique : « Les tempêtes aux latitudes moyennes (…) résultent de l’écart de température entre le pôle et l’équateur (…). Comme cet écart s’affaiblira avec le réchauffement (…), les tempêtes aux latitudes moyennes seront plus faibles », écrivait le GIEC en 1990. Mais aujourd’hui, puisque le temps n’est pas conforme aux prévisions, le même GIEC oublie ses propres dires et récupère la violence – plus médiatique – du temps, en annonçant qu’il est précisément dû au réchauffement.
Comment expliquez-vous une telle désinformation sur ce sujet ?
Prédire le temps a toujours été une passion. Or, prédire que rien d’alarmant ne va se produire n’est pas très intéressant. Au début du XXe siècle, les prédictions alarmistes étaient déjà très à la mode. Cependant, elles n’ont jamais réussi à s’imposer, car tous les faits les contredisaient. C’est seulement à partir des années 1985 que sont réapparus, lorsque la climatologie a été monopolisée par les informaticiens, les scénarios les plus catastrophistes. Oubliant tout simplement la météorologie, les modélistes ont appliqué des calculs en vérité extrêmement simplistes dans des modèles super sophistiqués pour imposer leurs concepts. Mais les hypothèses sur le réchauffement climatique n’ont jamais été vérifiées par l’observation, pas plus au début du XXe siècle qu’au début du XXIe. La fameuse courbe du GIEC n’est qu’un artefact, constamment démenti par les mesures et les observations satellitaires. En réalité, le problème dit du climat est en permanence confondu avec celui de la pollution, deux domaines pourtant bien séparés, qui ne seront bien traités l’un et l’autre que lorsqu’ils seront dissociés. Il sert également de prétexte pour imposer une restriction à l’activité humaine, considérée à tort comme à l’origine du réchauffement climatique. La connexion d’intérêt qui s’est établie entre certains laboratoires, plusieurs institutions internationales et certains hommes politiques, a imposé la notion de réchauffement global. Suivre aveuglément les « recommandations pour décideurs » du GIEC fait passer à côté des phénomènes réels, dépenser vainement des sommes colossales pour des réunions par définition inutiles, et n’autorise pas des mesures de prévention efficaces contre les véritables aléas climatiques que nous allons connaître. A quoi sert de préparer l’économie d’un pays à un réchauffement, alors que tous ses thermomètres signalent un refroidissement ? Finalement, le réchauffement climatique revêt de plus en plus un caractère de manipulation, qui ressemble vraiment à une imposture « scientifique », et dont les premières victimes sont les climatologues qui ne perçoivent de financements que lorsque leurs travaux vont dans le sens du GIEC.
De l'obscurité à la lumière
« Croyant avec la plus grande ferveur en son moi, l’individu ne réagit pas à ce qui détruit la vie, à commencer par la sienne propre ! Dans la cassure des liens, il ne voit que sa propre affirmation alors que sa nature même s’y dilue… Indépendamment donc de sa valeur, la structuration objective de ce mythe piège l’humanité, produisant une grande impuissance. Or, l’obscurité de notre époque est précisément le produit de cette impuissance. L’obscurité ou la luminosité d’une époque dépendent en effet de l’existence de possibilités concrètes de dépassement des problèmes qui menacent la vie, sous toutes ses formes. »
Miguel Benasayag, Angélique Del Rey, "De l’engagement dans une époque obscure."
L'obscurité de notre époque.
"Mais quelle obscurité ?" dirait un grand nombre. Tellement d'individus vivent dans une totale indifférence aux noirceurs qui nous entourent. Revoilà le printemps, le soleil, le temps des barbecues. Cette obscurité, quand elle existe dans la tête des gens, n'est bien souvent que l'assemblage constitué par les difficultés de la vie quotidienne : un salaire insuffisant, une charge de travail épuisante, un chef irrascible, des collègues malveillants, l'incertitude de l'emploi, des enfants qui décrochent à l'école, le manque d'amour, un mari violent... Loin de moi l'idée de dire que tout cela ne compte pas. J'en suis même infiniment désolé pour tout ceux qui vivent ce genre de déboires et parfois de drames.
Tout le problème est là. Nos esprits ne sont pas disponibles parce que nos existences sont trop souvent saturées de difficultés et d'obscurité.
Alors comment pourrait-on prendre conscience de zones d'ombres bien plus graves encore ?
Je sais combien aujourd'hui je suis un privilégié : je suis à la retraite et même si ma pension ne vole pas bien haut, elle me permet de vivre sans souffrir de manques, nos trois enfants sont adultes et font leur chemin sereinement, nos projets de couple sont similaires et nous unissent.
Je suis disponible pour lire, réfléchir, m'informer, agir à ma mesure, me réjouir de ce que j'améliore en moi.
« Il est aussi dans l’intérêt d’un tyran de garder son peuple pauvre, pour qu’il soit si occupé à ses tâches quotidiennes qu’il n’aie pas de temps pour la rébellion. »
Aristote.
Qu'il n'ait même pas le temps de la réflexion suffit amplement.
Lorsque j'étais instituteur, je proposais une expérience à mes élèves : ils prenaient un carnet et ils notaient le temps passé devant la télévision quotidiennement, en notant le titre des émissions regardées. Ensuite, ils laissaient passer une semaine et ils reprenaient ce carnet. Ils lisaient le titre des émissions et ils essayaient d'en extraire un enseignement, quelque chose qu'ils auraient appris et qui vaudrait la peine de ne pas être oublié. Vous imaginez aisément la conclusion de ceux et celles qui menaient l'expérience objectivement. Un désastre.
En complément de cette expérience, je leur montrais en classe divers documentaires, animaliers, scientifiques, historiques, technologiques ou sur le corps humain. Et toujours quelques jours plus tard, je leur demandais d'écrire en quelques phrases ce qu'ils en avaient retenu. La plupart du temps, il s'agissait bien souvent de données secondaires, associées à des images captivantes mais pas nécessairement destinées à l'acquisition d'une connaissance.
L'objectif était de leur montrer la puissance "détournante" de l'image même dans un documentaire à visées enseignantes. L'esprit est très vite détourné, le visuel l'emporte sur l'écoute, l'émotionnel entrave la raison.
Dans les "débats-philo" qui suivaient ces expériences, j'essayais de les amener à prendre conscience de la difficulté de la connaissance, du cheminement exigeant qu'elle réclame, de la concentration qu'elle implique et de tous les "biais de distanciation" qu'ils peuvent rencontrer et dans lesquels ils peuvent s'égarer s'ils n'en ont pas conscience.
Puis, j'organisais des expériences similaires en usant uniquement de l'écrit. De nouveau des documents scientifiques, technologiques, historiques, agrémentés de quelques photographies. Et quelques jours plus tard, je lançais un questionnaire, une discussion. Bien évidemment, les résultats étaient bien plus positifs que dans le cadre d'un support audio-visuel.
Tout cela pour dire qu'aujourd'hui, à l'heure des écrans, des centaines de chaînes de télévision, des millions de vidéos, à l'heure des gens connectés sur les réseaux sociaux, la réflexion approfondie n'est pas mise sur un piédestal.
Nous sommes dans une société de consommation et les médias les plus puissants sont des distributeurs de malbouffe. L'individu a besoin de ses expédients. ( Ressource momentanée pour se tirer d'embarras sans résoudre la difficulté essentielle :)
J'ai lu que pendant les confinements des individus s'étaient mis à lire, que les distractions habituelles étant suspendues, certains et certaines s'étaient tournés vers la lecture. Dans toutes les crises, il y a toujours des aspects positifs.
Je recopie l'extrait de l'interview de Patrick Le Lay dans lequel il avait utilisé cette expression devenue célèbre : "le temps de cerveau disponible"
Cette formule de Patrick Le Lay (1942 – 2020), dirigeant du groupe TF1 de 1988 à 2008, vient d’une interview présentée dans le livre Les Dirigeants face au changement (2004, rapporté dans AFP 9 juillet 2004, Le Lay:
"Le métier de TF1 « c’est d’aider Coca-Cola à vendre son produit » ), dans lequel il explique la réalité de son métier : Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective business, soyons réalistes : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. Or, pour qu’un message publicitaire soit perçu,il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. Rien n’est plus difficile que d’obtenir cette disponibilité. C’est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise. La télévision, c’est une activité sans mémoire. Si l’on compare cette industrie à celle de l’automobile, par exemple, pour un constructeur d’autos, le processus de création est bien plus lent ; et si son véhicule est un succès, il aura au moins le loisir de le savourer. Nous, nous n’en aurons même pas le temps ! Tout se joue chaque jour, sur les chiffres d’audience. Nous sommes le seul produit au monde où l’on « connaît » ses clients à la seconde, après un délai de 24 heures.
En savoir plus sur https://www.laculturegenerale.com/patrick-le-lay-le-temps-de-cerveau-humain-disponible/ | La culture générale
Voilà ce que nous sommes si nous n'y prenons garde : des têtes à vider pour mieux les remplir.
Les remplir de tout ce qui nous empêche de comprendre les raisons de l'obscurité et par conséquent de chercher la lumière.
Biodiversité et stations de montagne
C'est un questionnement récurrent ici, en Savoie, comme dans toutes les Alpes et beaucoup de gens en parlent sur les forums de ski de randonnée et autres sites de sport montagnard. Des échanges parfois houleux entre les adeptes d'une montagne préservée et ceux qui veulent maintenir une activité économique nécessaire à la vie de centaines de milliers de personnes.
Il nous est arrivé il y a bien longtemps maintenant d'aller skier dans une grande station pour la pratique du hors piste (station des Sept-Laux). On prenait les remonte-pente et on descendait dans la poudre. C'est évidemment bien moins fatiguant que de remonter avec les peaux de phoque. Cette station des Sept-Laux a gardé une taille limitée et n'a rien à voir avec les cités urbaines en altitude comme celles de la vallée de la Tarentaise et leurs centaines de pylônes et de pistes taillées sur les pentes. Effroyable spectacle que tous ces blocs de béton, restaurants, boîtes de nuit, commerces, grandes surfaces, hauts parleurs dans les rues commerçantes, vitrines éclairées jours et nuits, ces immenses parkings où s'agglutinent des milliers de voitures, toutes en file indienne le matin, toutes en file indienne le soir...
Il est évident que l'avenir de la montagne n'est pas là et les bienfaits de cette crise aura été de faire découvrir une autre montagne à tous ceux qui se sont lancés dans le ski de randonnée, le ski de fond ou les raquettes à neige.

Couple de lagopèdes alpins : le mâle (à gauche) porte encore une grande partie de son plumage hivernal — © J. Frode Haugseth / Wikipedia CC BY-SA
De « nouveaux loisirs » voient le jour dans les stations de sports d’hiver suite aux contraintes imposées par la crise sanitaire, selon notre partenaire The Conversation.
Ces loisirs annoncent peut-être un nouveau rapport à la montagne, à la fois plus respectueux de l’environnement et moins dépendant des aménagements destinés à la pratique du ski alpin.
L’analyse de ce phénomène a été menée par Romain Garrouste, chercheur à l’Institut de systématique, évolution, biodiversité du Muséum national d’histoire naturelle.
Dans les stations de sport d’hiver, les mesures prises pour faire face à la Covid-19 ont créé une situation inédite ; cette année, les remontées resteront fermées aux 11 millions de personnes habituées à fréquenter les pistes.
Cela n’empêche pas les stations d’accueillir les visiteurs pour s’adonner à des activités qui ne nécessitent pas d’équipements particuliers et peuvent être pratiquées partout – comme la randonnée à ski, les raquettes à neige ou le ski de fond. Ces loisirs annoncent peut-être un nouveau rapport à la montagne, frappée par le manque de neige récurrent ; un nouveau rapport à la fois plus respectueux de l’environnement et moins dépendant des aménagements destinés à la pratique du ski alpin.
Randonnée hivernale en montagne © Fabrizio Conti / Unsplash
ACTUALITÉ DES MARQUES
Un environnement montagnard perturbé
Comme pour la plaisance en zone maritime, les sports d’hiver impliquent des aménagements aux lourdes conséquences sont l’environnement montagnard ; depuis des décennies, des milliers de kilomètres de pistes se cumulent dans les massifs, à toutes altitudes, défigurant les paysages.
Dans les Alpes comme ailleurs, ce développement contribue fortement à l’économie des régions de montagnes. Et il s’accompagne de problèmes associés aux aménagements de la nature : destruction et modification d’habitats par l’urbanisation de zones rurales et naturelles, augmentation globale et saisonnière de la population montagnarde, inconvénients liés au tourisme de masse, été comme hiver (il y deux « saisons » en montagne !).
Avec le réchauffement climatique et la raréfaction des précipitations neigeuses, surtout en basses et moyennes altitudes, les besoins en eau s’accroissent et les prélèvements modifient les régimes hydriques des bassins versants, dont dépendent certains fleuves. La neige artificielle nécessite par exemple un ensemble d’aménagements pour l’eau qui s’ajoutent aux aménagements classiques.
Pyrénées : le réchauffement climatique, un véritable casse-tête pour les stations de ski (France 3 Occitanie/Youtube, janvier 2020)
Mais c’est surtout l’accroissement des surfaces construites qui modifie les paysages ; en entraînant un accroissement des besoins, des équipements et des services, cela multiplie les impacts, directs ou indirects, sur l’environnement montagnard.
De l’entretien des pistes (comme la coupe des arbres) à la multiplication des câbles (que viennent percuter les oiseaux), la fréquentation hivernale et estivale impacte la biodiversité animale et végétale. La faune est dérangée, les écosystèmes affaiblis (empêchant leur évolution naturelle, favorisant les espèces invasives), la nature des sols modifiée (avec une érosion accrue sur les fortes pentes).
Cet ensemble de perturbations est bien connu et étudié ; il questionne les professionnels de la montagne.
Sous la neige, la vie continue
Pour l’observateur attentif, les traces animales laissées sur la neige témoignent de l’activité de la biodiversité montagnarde au cours de l’hiver.
De véritables scènes de vie et de chasse s’impriment ainsi de manière fugace dans la neige, vite balayées par le vent ou recouvertes, le plus souvent dans le calme de la nuit. La course des prédateurs, la fuite des proies, quelques plumes ça et là, des touffes de poils, des taches de sang… Beaucoup de mammifères et d’oiseaux se déplacent, laissant l’empreinte de leurs petites pattes.
Le renard et les petits carnivores comme les mustélidés (belette, fouine, etc.) guettent les campagnols qui sortent parfois, ou encore le lièvre variable si difficile à voir avec sa livrée blanche « spéciale neige ». Ses traces sont faciles à reconnaître, avec ses pattes arrière longues et celles de devant, courtes… quand son allure est faible. En mode « course », les pattes arrière passent devant et donnent des traces très caractéristiques.

Les traces de lièvre (à gauche) voisinent avec celles des skieurs…. © Romain Garrouste /MNHN, CC BY-NC-ND
En hiver, la montagne devient le domaine de l’« ichnologie », c’est-à-dire l’étude des traces des animaux – souvent confondue ou associée avec la « paléoichnologie » qui s’intéresse aux traces fossiles.
Le lagopède alpin, cette perdrix des neiges, fréquente ces mêmes biotopes et passe souvent inaperçu avec sa livrée immaculée. Toutes ces traces se mélangent parfois à celle des skieurs, mais, on peut s’en désoler, peu les observent.
Autre source d’émerveillement avec la faune qui vit sous la neige, mais sans forcément hiberner. Sous la couche neigeuse, la végétation continue en effet à vivre, respirer ; les sols vivants dégagent de la chaleur. Cette chaleur fait fondre quelques centimètres de neige, dégageant ainsi une surface de vie, éclairée par le jour ; même à 2 mètres de profondeur sous la neige, voire davantage, la vie continue !
Petits rongeurs, insectes, microorganismes poursuivent leur existence, certes au ralenti, mais protégés par la neige des aléas climatiques en limitant les températures extrêmes de l’extérieur. C’est une sorte d’« effet igloo » (appelé subnivum) qui profite à cette vie cachée de la montagne, réveillée bien avant la fonte des neiges qui laissera apparaître une herbe déjà bien verte et habitée.
Boreus hyemalis, aussi appelé « puce des neiges » © Eimar Kull / Wikimedia CC BY-SA 4.0
Au pied des pentes neigeuses, dans les névés, une faune aquatique et hygrophile (qui aime l’humidité) se développe lors de la fonte. C’est le cas des insectes spécialisés comme les mécoptères Boréidés, de véritables relictes en Europe ou en Amérique du Nord, inconnus ailleurs (« endémiques »), ou encore de quelques collemboles qui adorent les pentes neigeuses.
Faire évoluer les équipements et les pratiques
Sous les pistes de ski (où la végétation a été coupée), recouvertes de neige naturelle ou artificielle, compactées et recompactées par les skieurs, les dameuses, cette vie a forcément été modifiée. Ces prairies artificielles forment un écosystème « bloqué » dans sa dynamique, qui ne peut atteindre son climax (c’est-à-dire donner son potentiel en matière de stockage de carbone, par exemple, et en diversité d’organismes).
Même le bruit des skieurs et des équipements (les remontées notamment) constitue un facteur de perturbation important ; ou encore quand les randonneurs s’approchent trop près des animaux qui doivent en cette période économiser l’énergie pour lutter contre le froid : pour eux, toute fuite représente une dépense d’énergie à compenser…
Depuis quelque temps les grandes stations – qui jouxtent souvent des zones protégées – cherchent à faire évoluer leur image et leur positionnement en s’engageant dans des projets vertueux en matière d’environnement.
NOTRE DOSSIER « BIODIVERSITÉ »
Un nouveau rapport entre ski, montagne et biodiversité doit être trouvé : il s’agit de faire évoluer les installations existantes et de bien réfléchir aux nouveaux aménagements dans un contexte de réchauffement climatique.
D’autres pratiques sont possibles en montagne : quand vous utiliserez vos raquettes, pensez au campagnol qui lutte pour sa survie sous vos pas, tout près du sol. Regardez les innombrables traces de vie, comme un alphabet hiéroglyphique de la biodiversité montagnarde. Et n’oubliez pas… chuuuuut !
Pourquoi le développement durable est-il devenu la « transition écologique » ?
Pourquoi la disparition des poissons « rares » menacerait l’ensemble de l’écosystème marin
Cette analyse a été rédigée par Romain Garrouste, chercheur à l’Institut de systématique, évolution, biodiversité du Muséum national d’histoire naturelle.
L’article original a été publié sur le site de The Conversation.
Biodiversité
Les gens de ma génération pourraient tous en témoigner, du moins ceux qui ont eu la nature comme compagne de vie de leur enfance à aujourd'hui. La disparition ou l'affaiblissement des espèces est une évidence indiscutable. Et il ne peut y avoir d'autres explications que le poids redoutable de notre présence. Est-ce acceptable ? Pouvons-nous considérer que c'est inéluctable ? Devons-nous continuer à considérer que la disparition d'espèces, qu'elles soient inconnues du grand publc ou pas, n'a que peu d'intérêt ou devons-nous comprendre que l'équilibre de la nature relève d'un devoir pour l'Humanité entière ?
Quant aux "écomodernismes", en tout cas certains, qui contestent que cette extinction de masse ne relève pas de la responsabilité de l'humain, j'ai l'impression quand je les lis d'avoir affaire à un ordre religieux similaire à celui de l'Inquisition. "Non, la Terre ne tourne pas autour du soleil, c'est l'inverse parce que Dieu a fait de l'Homme le centre de l'Univers."

Un renard en France, illustration — Pixabay
Ce mercredi, un rapport s’inquiète de la dégradation des conditions de la faune et de la flore en France.
Plus de 2.400 espèces sont menacées d’extinction dans le pays.
Alors qu’on n’a jamais autant parlé d’écologie, comment expliquer un bilan si désastreux ?
Ce mercredi, c’est la Journée mondiale de la vie sauvage. A cette occasion, l’Union internationale pour la conservation de la nature, l’Office français de la biodiversité et le Muséum national d’histoire naturelle ont sorti un nouveau rapport sur la biodiversité en France, dressant un bilan de la Liste rouge, qui établit le « degré de menace pesant sur les espèces de la faune et de la flore » depuis 2008. Et les résultats sont alarmants : la situation s’est dégradée entre 2008 et 2021 à une vitesse qui a surpris jusqu’aux auteurs du rapport. 13.842 espèces ont été évaluées, dont 17,6 % sont aujourd’hui menacées.
« Nous pensions qu’en huit ou neuf ans, on ne verrait pas beaucoup d’évolution. La surprise est qu’on assiste à une nette dégradation de la situation », explique Florian Kirchner, de l’UICN France, à l’AFP. Mais comment expliquer un tel cataclysme alors que l’enjeu écologique n’a jamais eu autant d’échos ?
Inaction et régression
« On en parle beaucoup, mais on n’agit pas, on laisse faire, il y a toujours d’autres priorités », déplore Muriel Arnal, présidente de l’association de protection des animaux One Voice. Pour Jean-François Silvain, entomologiste et ancien président de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, le dérèglement de la planète par l’humain est régulièrement mis sur la table. Mais les objectifs pour le contrer « ne sont donnés qu’en termes de CO2 et de température, rarement au sujet de la biodiversité. »
Or, les bilans carbones ou leurs équivalents « passent totalement à côté de ce plan-là, ce qui peut expliquer cette dégradation. » Certaines énergies propres mises en place pour diminuer le bilan carbone, notamment l’éolien ou les barrages hydrauliques, « ont forcément des conséquences sur leurs environnements », note aussi le chercheur.
Pas de frontières face au dérèglement
Mais l’inaction ne peut expliquer à elle seule une aussi grande dégradation. Le rapport pointe « l’aménagement du territoire, qui reste incontrôlé, et l’intensification des pratiques agricoles ». Pour Muriel Arnal, « le cycle de vie est totalement perturbé par les activités humaines, et on ne laisse jamais la nature se réparer ou être tranquille. » Elle plaide pour le retour de zones totalement vierges d’activités humaines : « Laisser faire la nature seule, c’est aussi une action ».
Jean-François Silvain, lui, rappelle l’évolution très lente de la France sur la question des pesticides ou l’explosion démographique, notamment dans les territoires d’Outre-mer – particulièrement touchés par cette détérioration de la biodiversité –. Mais aussi l’impact mondial du dérèglement de la planète. « Toutes les populations animales décroissent au niveau mondial, la France n’a pas de frontières à ce niveau. Même si elle faisait tout bien – ce qui n’est pas le cas –, elle subirait forcément l’impact du dérèglement planétaire », rappelle le chercheur.
Cercle vicieux
Le rapport alerte d’autant plus que des espèces censées être protégées voient leur situation empirer : « Nous parlons de celles qui bénéficient le plus d’efforts de conservation, les vertébrés, et pas des insectes ou des mollusques », note le rapport. Une question avant tout d’écosystème, selon Muriel Arnal : « On pense qu’on peut ne pas protéger les insectes ou les mollusques, mais sans eux, d’autres espèces plus "symboliques" meurent aussi. La nature est un équilibre fragile, le perturber entraîne forcément des conséquences à grande échelle. » Or, certaines espèces – notamment chez les insectes – ne sont pas menacées d’extinction, mais on constate d’immenses pertes dans les quantités de population. Et en bout de chaîne alimentaire, cela a forcément des conséquences.
Mais le rapport évoque tout de même une source d’espoir : « l’opinion en train d’évoluer » sur cette question. Muriel Arnal évoque alors sa madeleine de Proust : « Quand j’étais enfant, on pouvait regarder des heures des éphémères dans le jardin. Il y a moins cette sensibilité pour la biodiversité de nos jours, et c’est cela qu’il faut retrouver pour ensuite prendre le problème à bras-le-corps ». S’émouvoir pour les éphémères, et sauver le reste avec.
Ce qui reste d'essentiel.
J'ai reçu ce message ce soir.
Un message qui restera dans ma mémoire.
Johan m'a autorisé à le publier.
Il y a dans les mots de Johan l'essentiel de ce que je voulais faire de ma classe, pour tous mes élèves. Que ce soit bien au-delà de l'enseignement scolaire. Que le développement personnel soit la source de tout, que les apprentissages scolaires soient au service de la connaissance de soi, que les neuf mois passés ensemble restent dans les mémoires afin qu'ils puissent y puiser les ressources nécessaires pour que l'existence soit la plus heureuse possible. Neuf mois pour une forme de naissance à soi-même. Je sais que ça peut paraître prétentieux mais je n'ai jamais pu considérer ce métier d'instituteur autrement.
J'ai eu la chance de croiser des hommes et des femmes qui ont été des modèles. J'aurais aimé les remercier. J'ai pu le faire avec Monsieur Quéré, mon Maître de CM2 et avec Madame Sotirakis, professeure de philosophie, bien des années plus tard. J'aurais dû le faire avec les autres, de leur vivant ou avant que la vie ne m'éloigne d'eux. Je n'ai pas osé, la plupart du temps. Par ignorance aussi, parce que je n'avais pas conscience encore de l'engagement de ces gens, du fait qu'ils mettaient dans leurs actes et leurs paroles tout ce qu'il y avait de plus beau en eux. J'étais jeune et je manquais de conscience, je n'étais pas encore en moi, pas réellement.
J'ai répondu immédiatement à Johan. Je l'ai remercié. J'aurais même aimé pouvoir le prendre dans mes bras.
Il n'avait sans doute pas conscience de l'importance de son témoignage.
Pendant les dernières années de ma carrière, je me suis souvent demandé si ce que je faisais avait réellement une importance, si je n'étais pas en train de participer moi aussi à travers le formatage scolaire à la perte de ce Soi, chez tous ces enfants, si la pression scolaire n'était pas plus forte que tout ce que je pouvais leur raconter.
C'est donc considérablement important qu'un élève, devenu adulte, me fasse part de ce qui reste en lui de ces neuf mois de vie commune. Ce qui reste d'essentiel.
"Bonjour monsieur Ledru, je ne sais pas si vous vous rappelez de moi, je suis Johan Meixner j'étais un de vos élèves de cm2 à la Rochette en 2008-2009 il me semble. Je vous écris aujourd'hui pour vous remercier. J'aurais aimé vous envoyer une lettre, car c'est vous qui nous aviez appris à écrire les lettres, mais je n'ai pas votre adresse. Je voulais vous remercier d'avoir été mon prof et d'être à l'heure actuelle un modèle de la vie de tous les jours. Votre apprentissage ne s'arrêtait pas seulement à l'école il a forgé ce que je suis aujourd'hui, a l'heure actuelle je suis un jeune homme de 22 ans propriétaire d'une maison j'ai un petit boulot qui me rapporte assez bien même si il est très physique (préparateur de commande) je vie un peu avec ma copine je roule avec une vieille Mercedes qui est la voiture de mes rêves. Et je sais que vous nous aviez appris que les choses matérielles ne sont pas forcement signe de bonheur car éphémère mais dans la vie de tous les jours les valeurs que vous m'avez apprisent tels que le respect , le fait de croire en soi, la persévérance mais surtout le fait de croire en la magie et de garder son âme d'enfant ont fait qu'aujourd'hui j'arrive à être heureux même en cette période sanitaire un peux spécial. Aujourd'hui je me bats pour rester heureux et quand ça ne va pas, oui car la vie c'est ca des hauts et des bas je pense parfois à vous à cette magie dans vos yeux quand vous nous racontiez les légendes des forêts bretonnes ainsi que votre enfance qui n'était pas facile non plus de ce que je me rappel. Mais voilà qu'aujourd'hui plus de 10 ans après un de vos anciens élèves vous écrits pour vous remercier et j'aimerais un jour être moi-même le modèle de quelqu'un, pouvoir lui transmettre cette envie de connaissance la curiosité de la vie ainsi que le savoir de vivre. Je sais que vous avez connu une période difficile à la fin de votre année à la Rochette et ça ma fais mal de savoir qu'un si bon prof que vous avait été embêter. Enfin, voilà, j'espère que je ne fais plus autant de fautes qu'avant et je vous souhaite une excellente journée et j'espère que vous vous portez bien."
Conflits d'intérêts (3)

Un scientifique de l'Institut Novartis © NIBR research, Basel/Flickr, CC BY-NC-ND
Le milieu scientifique face aux conflits d’intérêts
13 juin 2016 Par Jérémy Jeantet
https://www.lelanceur.fr/le-milieu-scientifique-face-aux-conflits-dinterets/
Directeur de recherche en épidémiologie environnementale à l’Inserm de Grenoble, Rémy Slama publie une série d’articles sur le site The Conversation sur les risques de conflits d’intérêts dans le milieu scientifique. Des articles que Lelanceur.fr republie ici, accompagnés de l’entretien de Rémy Slama au micro de Sud Radio.
Comment les conflits d’intérêts interfèrent avec la science (1)
Rémy Slama, Université Grenoble Alpes
L’actualité nous a appris qu’un pneumologue a témoigné devant une commission d’enquête du Sénat sur le coût de la pollution de l’air sans déclarer qu’il touchait un salaire de la part d’une compagnie pétrolière. Ce médecin a indiqué qu’il n’y avait pas de conflit d’intérêts, sous-entendant que ses activités professionnelles rémunérées par l’industrie ne remettaient pas du tout en cause l’objectivité de son jugement concernant l’effet des polluants sur la santé.
Mais qu’appelons-nous un conflit d’intérêts ? La situation de conflit d’intérêt est-elle effectivement laissée à l’appréciation de chacun ? Pourquoi en est-on arrivé à définir des règles en la matière, et sont-elles suffisantes ? Les chercheurs les plus dynamiques ne sont-ils pas justement ceux qui réussissent à développer des collaborations avec le milieu économique ? Pourra-t-on encore financer la recherche si on limite ces collaborations ? La question ne concerne-t-elle que chercheurs et experts ? La résoudre garantira-t-il une démocratie sanitaire efficace ?
Nous verrons, dans une série de trois articles publiés cette semaine sur The Conversation France, que la définition de règles strictes sur les conflits d’intérêts reste inutile tant qu’elle ne s’accompagne pas de garanties sur la transparence et sur l’existence de garde-fous dans les modalités d’élaboration de la décision politique.
Les quatre étapes de la gestion du risque sanitaire
Comment les risques sanitaires et environnementaux sont-ils censés être pris en charge ? Très schématiquement, on peut considérer que cette prise en charge se fait en quatre étapes successives :
Etape 1, l’alerte
Une question scientifique est posée par des chercheurs, des associations, des citoyens, des agences gouvernementales – par exemple sur les effets cardiaques de tel médicament prescrit comme coupe-faim aux patients diabétiques, ou sur la nocivité d’un pesticide ;
Etape 2, la recherche
Des études scientifiques s’appuyant sur différentes disciplines pouvant éclairer les divers aspects du problème sont réalisées ;
Etape 3, l’expertise
Les connaissances des études publiées au niveau international sont synthétisées par des scientifiques encadrés par les agences sanitaires, les « experts » ;
Etape 4, la décision politique
Enfin, une décision de gestion du risque est prise au niveau politique. Elle peut être de limiter l’exposition à une substance, d’interdire la prescription d’un médicament globalement, ou pour certaines indications ou populations à risque, de limiter les émissions d’un site polluant ou la teneur d’un additif dans l’alimentation, ou encore de ne rien changer.
Ce processus est fragile et peut être perturbé à chacune de ces quatre étapes, comme l’illustre l’histoire de la gestion des risques sanitaires et environnementaux. Illustrons d’abord le problème de l’émergence éventuelle de conflits d’intérêt au moment où les scientifiques, puis les experts, se saisissent d’un dossier.
Minamata, années 1950

Un poster japonais sur les effets de la pollution au mercure à Minamata. Marufish/Flickr, CC BY-SA
Dans les années 1950, dans la baie de Minamata, au sud du Japon, le directeur de l’hôpital de l’entreprise Chisso, principal centre sanitaire de la région, annonce avoir observé des troubles neurologiques n’évoquant aucune pathologie connue (troubles de la marche, convulsions…) chez une petite fille de cinq ans, puis chez sa sœur. Des symptômes neurologiques similaires sont observés dans la faune, tels que les chats de la baie (la maladie est aussi appelée maladie des chats qui dansent). L’alerte concernant ce qu’on appellera la maladie de Minamata est lancée. Elle donnera lieu à plusieurs années de recherches pour identifier le facteur causal (qui s’avérera être le mercure et son dérivé organique le méthylmercure), la voie de contamination (les poissons et fruits de mer locaux), et la source –les rejets de l’usine Chisso employant les médecins de l’hôpital.
Une commission d’enquête a été mise en place : l’alerte a donc bien été reçue par les pouvoirs publics (ce qui n’a toutefois pas suffi à régler le problème rapidement). Ce n’est pas toujours le cas. Dans un autre dossier, aux États-Unis en 1925, la commercialisation par General Motors d’une essence au plomb a suscité des craintes de la part de médecins concernant sa toxicité. Ils n’ont pas été entendus et le débat sur cette question a longtemps été étouffé.
« Tobacco papers »
Une fois l’alerte donnée, les scientifiques entrent en scène pour vérifier la réalité du problème et le cas échéant, caractériser son ampleur, ses causes, éventuellement les mécanismes sous-jacents. Ici, le processus peut dérailler si des scientifiques sont incités à fabriquer une étude de toutes pièces, ou à la falsifier délibérément. Un exemple célèbre est l’action de l’industrie du tabac. Des chercheurs ont, ainsi, été approchés, financés, et leurs travaux, qui avaient tendance à minimiser les effets sanitaires du tabac, publiés dans des revues scientifiques. Le processus a été dévoilé, bien après coup, par les « Tobacco papers », documents internes des industries du tabac dont la justice américaine a exigé la publication.
Dans d’autres domaines, il a été montré que la probabilité qu’une étude ait une conclusion en faveur des intérêts d’une industrie est nettement plus importante si l’étude a été soutenue par cette industrie que si elle a été réalisée à partir de fonds publics.
Il peut aussi arriver qu’à ce stade, en raison d’un conflit d’intérêt, la publication d’une étude soit empêchée. C’est d’autant plus facile s’il existe un lien de hiérarchie qui lie le chercheur à des mandataires qui n’ont pas intérêt à la révélation du risque. Lors des investigations visant à identifier l’origine de la maladie de Minamata, le médecin dirigeant l’hôpital avait entrepris des expériences dans lesquelles il avait fait ingérer à des chats de la nourriture contaminée par les effluents de l’usine.
Il a ainsi reproduit dans ces expériences les mêmes symptômes neurologiques que ceux observés parmi les chats de la baie. La direction de l’entreprise lui a ordonné de cesser ses travaux et de ne pas les divulguer, retardant la démonstration de la culpabilité de l’usine. Il n’avouera avoir obtenu ces résultats, et les pressions subies, que sur son lit de mort.
Des lettres qui sèment le doute
Ce processus de falsification de la science est lent et lourd à mettre en œuvre, et probablement rare aujourd’hui. Mais d’autres situations, moins « brutales », peuvent survenir. Il peut par exemple s’agir d’une présentation sélective de certains résultats, ou de choix méthodologiques qui ne mettent pas le chercheur dans la situation la plus favorable pour mettre en évidence un effet éventuel d’une substance (par exemple en choisissant un modèle animal peu « sensible » ou en réalisant une étude sur un effectif trop faible pour mettre en évidence un effet).
Mais bien souvent, les interventions d’intérêts extérieurs dans le jeu de la science se font aujourd’hui par de simples lettres à l’éditeur des revues scientifiques qui viennent de publier une étude suggérant un effet néfaste d’une substance. Ces lettres vont généralement mettre en doute la méthodologie, accuser l’auteur de ne pas avoir cité des références importantes… L’exercice est assez simple à réaliser car peu d’études sont parfaites, et car l’on se dispense généralement de fournir des résultats contradictoires.
Ces lettres ou commentaires peuvent ensuite être cités pour dire que l’étude en question n’était pas si bien faite que cela, ou est « débattue » par les scientifiques. C’est ce qu’on appelle la fabrique quotidienne du doute.
Des « mercenaires parlant science »
Si le doute est au cœur de la démarche scientifique et est constructif quand il provient de chercheurs spécialistes de la question, mus par la volonté d’amélioration des connaissances et s’appuyant sur une démarche transparente et rigoureuse, il n’a plus de sens lorsqu’il est motivé par des intérêts extérieurs à la question scientifique et propagé par des « mercenaires parlant science ». Dans ce cas, la pratique du débat et de la mise en question des résultats scientifiques, normalement interne à la science, est dévoyée par des intérêts extérieurs.

Un exemple récent est celui d’un « éditorial » publié en 2013 par des chercheurs, rédacteurs en chef de revues de toxicologie et pharmacologie, dans leurs propres revues et critiquant la politique européenne concernant la réglementation des perturbateurs endocriniens. Le format (l’éditorial), et le fait que l’article était signé par les rédacteurs en chef des journaux scientifiques les publiant, ont probablement permis de passer outre la procédure classique de relecture et examen par les pairs. Les rédacteurs en chef s’étaient aussi dispensés de déclarer tout conflit d’intérêts sur ce sujet concernant de nombreux secteurs de l’industrie, ce qui leur a été par la suite reproché. Une enquête journalistique a mis en évidence qu’ils étaient nombreux. Malgré ces ficelles grossières, ce texte a pu contribuer à retarder l’application de la loi réglementant la présence de perturbateurs endocriniens dans les pesticides, votée en 2009, et qui à ce jour n’est toujours pas pleinement appliquée.
Rémy Slama, Directeur de recherche en épidémiologie environnementale, Inserm, Université Grenoble Alpes
La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.![]()
Conflits d’intérêts : oui, la recherche peut s’en débarrasser ! (2)

Affichage à Bruxelles. © Corporate Europe Observatory/Flickr, CC BY-NC-SA
Rémy Slama, Université Grenoble Alpes
Dans un premier article, nous avons vu comment les conflits d’intérêts pouvaient perturber les deux premières étapes de la gestion des risques sanitaires et environnementaux, à savoir l’alerte et la recherche. Concentrons-nous sur la troisième étape, celle de l’expertise. Elle peut être faussée en jouant sur la composition du groupe d’experts consulté : prenons un exemple vieux de deux siècles, celui de la protection des ouvriers du plomb, pour l’illustrer.
À la fin du XVIIIe siècle, malgré les publications de médecins français reconnaissant la nocivité du blanc de céruse, pigment à base de carbonate de plomb, ce produit est largement utilisé comme peinture, notamment dans les hôpitaux. Laurence Lestel a retracé l’histoire de l’industrie de la fabrication de la céruse. Au début du XIXe siècle, une grande partie des ouvriers impliqués dans sa fabrication à l’usine de Clichy près de Paris souffrent de problèmes de santé, du fait du saturnisme induit par l’exposition aux poussières toxiques émises lors du broyage de la céruse.

Intérieur d’une usine de céruse à Lille, vers 1880 (Archives départementales du Nord, M 417/113). Revue Pollution atmosphérique
En 1820, le ministère de l’Intérieur saisit le Comité Consultatif des Arts et Manufactures de la question. Or le groupe d’experts consulté inclut des chimistes très liés à l’usine, dont l’inventeur du procédé industriel de fabrication du blanc de céruse, le chimiste Gay-Lussac, qui était son ami, et… le directeur de l’usine. Ce groupe n’identifie pas de problème dans l’usine de Clichy et conclut que c’est le procédé industriel utilisé par les concurrents hollandais, et les producteurs de céruse de Lille (où le taux de maladies professionnelles était pourtant bien plus faible qu’à Clichy) qui est nocif et doit être interdit.
Du scandale de la céruse à celui du Médiator
Cet avis entraîne la promulgation d’une loi aux effets désastreux, et qui sera vite abolie. La connaissance de la composition du groupe d’experts aurait pu suffire à prédire les grandes lignes de leurs conclusions.
Le fonctionnement de l’agence française du médicament avant qu’elle ne soit réformée dans les suites du drame du Médiator constitue un autre exemple plus récent de la problématique des conflits d’intérêts dans les groupes d’experts. On peut aussi citer celui d’agences européennes, dont les politiques de gestion des conflits d’intérêts ont été remises en cause au point que le Parlement européen ait refusé de voter leur budget, avant que certaines mesures ne soit prises.
Au cours du XXe siècle, ce sont des situations similaires où juges (les experts) et parties se mélangent, bien que ce ne soit pas toujours aussi visible, qui expliquent la lenteur et les errements des décideurs pour interdire l’amiante (aux effets néfastes suspectés dès 1906 par un inspecteur du travail français dans un rapport circonstancié, et qui n’a été interdite en France qu’en 1997), la présence de plomb dans l’essence, la prescription de Distilbène aux femmes enceintes (interdite aux USA en 1971 après la publication d’une étude scientifique, et seulement en 1977 en France), freiner la consommation de tabac, ou encore limiter la pollution de l’air (qui coûte encore 100 milliards d’euros par an à la France, comme l’a indiqué la Commission d’enquête du Sénat mentionnée dans l’article précédent… Le coût de ces retards et erreurs est énorme pour le pays.
Quand la loi définit le conflit d’intérêts
La réaction de la société et des décideurs face à ces situations a été, d’une part, la mise en œuvre du principe de précaution – qui incite à agir devant un danger potentiellement très grand pour l’environnement, même s’il reste une incertitude scientifique (réelle ou délibérément créée) – d’autre part, le développement de mesures pour limiter les conflits d’intérêts dans la recherche et l’expertise scientifiques, et enfin des mesures pour protéger les lanceurs d’alerte. La loi française sur la transparence de la vie publique définit le conflit d’intérêts comme « toute situation d’interférence entre un intérêt public et des intérêts publics ou privés qui est de nature à influencer ou à paraître influencer l’exercice indépendant, impartial et objectif d’une fonction ».
On voit bien, avec cette définition, qu’on peut rester « objectif » (ou le croire) et se trouver en situation de conflit d’intérêts : l’apparence de l’absence d’indépendance suffit. Celui qui a des intérêts et clame son indépendance est comme le conducteur contrôlé avec une alcoolémie sanguine supérieure à celle autorisée. Il a beau protester de la qualité de ses réflexes, il est en infraction.
Délit par omission
Plusieurs explications à ce choix du législateur peuvent être avancées : d’abord, démontrer qu’on pense et agit en toute indépendance d’une entité dont on est proche (parce qu’elle nous paie par exemple) est très difficile ; ensuite, c’est avoir une foi inébranlable dans le cerveau humain (ou au moins dans le sien) que de se croire indemne de tout biais vis-à-vis d’une personne ou une entité avec qui on entretient des liens privilégiés ; enfin, la conclusion ou la décision d’une institution qui s’appuie sur un expert avec des liens d’intérêts sera très facile à attaquer et déstabiliser, même si elle est correcte. L’expert avec un conflit d’intérêts affaiblit et ses collègues, et l’institution.
Ainsi, la non-déclaration de conflit d’intérêts est un délit par omission. Celui qui s’y adonne est comme un soldat cachant son uniforme. Le terme, avec sa connotation d’affrontement, traduit mal que c’est justement le conflit d’intérêts qui empêche une bataille rangée et franche, le clair affrontement des idées et des connaissances, ou qui du moins le fausse.
Politique des revues et des agences
La plupart des revues scientifiques demandent maintenant aux auteurs d’un article (et a fortiori d’une lettre critiquant un article) de déclarer leurs conflits d’intérêts – même s’il existe des exceptions. Les principales agences sanitaires et environnementales françaises, comme l’ANSES (santé environnementale), l’ANSM (médicament) ou Santé Publique France demandent aujourd’hui à leurs experts de remplir des déclarations de conflit d’intérêts, qui sont mises à jour chaque année, voire à chaque réunion. Cette pratique est variable d’une institution à l’autre, et d’un pays européen à l’autre. Qu’en est-il des hôpitaux ? Un rapport commandité par l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris vient de constater « qu’il n’y a pas de doctrine… », et la situation est similaire dans plusieurs grands organismes de recherche français et universités…

Thorkild Tylleskar/Wikimédia, CC BY-SA
Au niveau international, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a défini des procédures concernant les conflits d’intérêts après les accusations dont elle a fait l’objet dans son traitement de l’épidémie de grippe H5N1 en 2010, et demande désormais à tout expert en relation avec elle, dès que celui-ci est invité à participer à une réunion à l’OMS ou à lui donner son avis, de remplir un formulaire de déclaration d’intérêts de trois pages, de fournir un CV et une note bibliographique, l’ensemble étant mis en ligne avant la réunion. Ceci peut permettre à chacun de s’exprimer sur la pertinence du panel d’experts choisi – tant du point de vue de l’équilibre des compétences et disciplines que des conflits d’intérêts.
A Bruxelles, le poids de l’industrie des pesticides
Des règles similaires sont en vigueur dans les comités d’experts de la Commission européenne. Mais le fonctionnement de Bruxelles en la matière n’est pas toujours parfait. Un exemple : une conférence officielle a été organisée par la Commission européenne à Bruxelles en juin 2015 sur les perturbateurs endocriniens. L’industrie des pesticides a pris la parole, ce qui ne pose pas de problème du point de vue des conflits d’intérêts, car quand quelqu’un annonce pour qui il travaille, chacun peut voir d’où il parle. Plusieurs scientifiques se sont aussi exprimés, avec des opinions pas toujours compatibles, ce qui a amené l’animateur de la session à noter qu’il n’y avait pas de consensus scientifique sur la question – le genre d’argument qui est parfois utilisé pour retarder l’action politique.
Or, personne n’avait demandé à aucun de ces scientifiques de déclarer ses conflits d’intérêts. De l’autre côté de l’Atlantique, aux USA, dans la moindre conférence scientifique « académique » sur des sujets touchant la société, les chercheurs sont habitués à commencer chaque communication par une page listant leurs conflits d’intérêts.
Juges et parties
Quelle est la conséquence d’un conflit d’intérêts ? En droit, on considère qu’on ne peut pas être juge et partie, et un juge sera dessaisi d’une question concernant quelqu’un de sa famille. La logique est la même dans la recherche et l’expertise : en général, on va faire sortir de la réunion les experts concernés quand un sujet sur lequel ils possèdent un intérêt est discuté. Si l’objet premier du comité est de statuer sur une question en lien avec les intérêts de l’expert, il sera préférable de ne pas le nommer dans le comité. Par exemple un chercheur ayant travaillé avec une compagnie pharmaceutique pour développer un médicament ne pourra faire partie d’un comité chargé de donner l’agrément à ce médicament, ce qui ne l’empêchera pas d’être auditionné ponctuellement par ce comité au besoin ; il en ira de même si c’est son conjoint qui travaille pour cette compagnie, ou s’il détient des actions de la compagnie. On le voit, il s’agit moins d’écarter toutes les parties concernées par un sujet que de les identifier clairement.
Limiter les conflits d’intérêts sans freiner la recherche
En pratique, pour qu’un chercheur actif puisse rester un expert consulté dans un domaine, il vaudra donc mieux que lui-même ni son équipe ne soient pas financés par des partenaires privés intéressés par cette question. Faut-il pour autant que l’on n’ait plus recours qu’aux financements publics pour évaluer l’efficacité des nouveaux médicaments, tester l’innocuité des additifs alimentaires, évaluer les conséquences à long terme de l’exposition aux pesticides ?
Ce ne serait pas réaliste étant donné la charge que cela représenterait pour les finances publiques. Mais il ne faudrait pas non plus que toutes ces études soient réalisées dans le privé, où l’indépendance et la transparence sont encore plus difficiles à garantir, et alors qu’une expertise considérable existe dans ce domaine dans le milieu académique et médical. Et l’État, de même que l’Union européenne, souhaitent développer des partenariats entre public et privé – de plus en plus de financements de l’Agence Nationale de la Recherche ou de la Commission européenne sont conditionnés à l’existence de tels partenariats. Si on ne souhaite pas rendre les chercheurs schizophrènes, plutôt que de faire machine arrière, il faut renforcer et expliciter la politique concernant les conflits d’intérêts tout en fournissant un cadre permettant de travailler en toute indépendance sur des questions intéressant le privé.
Taxe sur les opérateurs
Des modèles existent : l’ANSES attribue chaque année deux millions d’euros pour la recherche sur les effets sanitaires des radiofréquences, autant que ce qu’elle distribue pour l’ensemble des contaminants chimiques, polluants de l’air et expositions professionnelles réunis. Comment est-ce possible ? Grâce à une taxe prélevée sur les opérateurs de téléphonie mobile – taxe qui permet d’évaluer les effets sanitaires de l’usage de cette technologie, donc qui bénéficie aux industriels, et à la population.
Une logique similaire est en train de s’esquisser pour les pesticides, encore timidement. Un des gros financeurs de la recherche sur les effets de la pollution de l’air est le Health Effects Institute aux USA, qui est soutenu par l’industrie automobile sans qu’elle ait son mot à dire sur les projets soutenus. En France, on pourrait imaginer une agence ou une fondation recevant des fonds de l’industrie pharmaceutique pour sélectionner les meilleures équipes publiques capables de réaliser des essais thérapeutiques sur les nouveaux médicaments candidats pour éviter un lien direct.
Il y a donc bien un modèle possible pour une recherche débarrassée des conflits d’intérêts qui ne s’appuierait pas seulement sur les crédits publics, et qui implique la mise en place de taxes, de fondations indépendantes du privé qui établissent un parloir permettant le dialogue sans permettre d’influence.
Ce tableau rapide montre que, même si la situation est encore hétérogène entre les différentes revues scientifiques, les agences et institutions, les pays de l’Europe, des progrès ont été faits pour la gestion des conflits d’intérêts dans la recherche et l’expertise scientifique en santé environnementale. Après des décennies dans le flou, la situation est-elle donc en passe d’être réglée ? C’est ce que nous verrons dans notre prochain et dernier article .
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Rémy Slama, Directeur de recherche en épidémiologie environnementale, Inserm, Université Grenoble Alpes
La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.![]()
Conflits d’intérêts : il faut plus de transparence dans les décisions politiques (3)

Assemblée des « Divins » de Westminster lors d’une discussion sur la liberté de conscience. © Peinture de John Rogers Herbert
Rémy Slama, Université Grenoble Alpes
Dans notre article précédent, nous nous demandions si, après des décennies dans le flou, on était en passe de réussir à limiter les conflits d’intérêts dans la gestion des problèmes en santé environnementale. Avant de conclure, il est important de garder à l’esprit qu’alerte, recherche et expertise ne correspondent qu’aux premières étapes du processus de décision dans le domaine de la santé publique et la protection de l’environnement.
Transparence de la vie politique
Qu’en est-il de la dernière étape, celle de la gestion du risque par les décideurs politiques ? Elle est bien sûr cruciale.
Il est important d’appliquer avec attention la politique de déclaration des conflits d’intérêts des élus et décideurs prévue par la loi sur la transparence de la vie politique. Cette pratique existe aussi, au moins dans la réglementation, au niveau des Commissaires européens.
Mais il est probable que la plupart des retards ou erreurs dans les décisions sur les questions de santé et d’environnement ne proviennent pas de conflits d’intérêts des politiques mais du fait que l’information scientifique ne parvienne pas jusqu’à eux, ou y parvienne déformée.
Rétention de l’information
Il est inefficace d’écarter les chercheurs ayant des intérêts en lien avec le sujet débattu des réunions d’expertise si, au moment où le dossier arrive sur le bureau du ministre ou du parlementaire, quelqu’un est là pour lui susurrer à l’oreille que « tout cela n’est pas très solide ». Il est aussi possible que l’information ne lui parvienne pas du tout. Une information scientifique rigoureuse est nécessaire à la mise en place d’une vraie démocratie sanitaire, mais elle ne suffira pas s’il est facile de boucher le tuyau qui la transporte.

La table du Conseil des ministres. Chatsam/Wikipédia, CC BY-SA
Une condition pour l’éviter serait d’aller vers plus de transparence concernant les personnes morales et physiques avec qui les décideurs échangent avant de prendre une décision. Bien entendu, il est important que les décideurs consultent toutes les parties. Mais de la transparence est nécessaire dans ces consultations.
Les décideurs et leur cabinet ne pourraient-ils pas justifier qu’ils ne passent pas sans raison valable un temps disproportionné avec l’une des parties concernées par une décision, par rapport aux autres parties ? La capacité de lobbying d’une entité est, en première approximation, déterminée par l’ampleur des intérêts financiers mobilisables qu’elle représente. Ces intérêts financiers mobilisables ne sont pas forcément proportionnels au nombre de citoyens concernés (les fœtus et les femmes enceintes, « combien de millions d’euros ? »). Assurer cette transparence et cet équilibre dans les parties consultées, sans forcément fermer la porte au lobbying, permettrait d’aller vers un lobbying un peu plus équilibré…
Ces questions en lien avec la transparence de la décision publique sont au cœur de la démocratie. La visibilité des personnages politiques et de leurs actes est une chose, mais la lisibilité de ces actes en est une autre, comme le rappelle Pierre Rosanvallon, pour qui « l’exercice du pouvoir exécutif s’appréhende ainsi par la façon dont il élabore ses décisions et non pas seulement par le contenu de celles-ci ».
Communication des mails
Il existe des pistes. Dans un effort de transparence, la Commission européenne peut aller jusqu’à communiquer les échanges de mails de ses fonctionnaires travaillant sur une question donnée – au moins s’y est-elle engagée, sous certaines conditions.
Cette question de transparence n’est pas un problème théorique. Revenons à la question de la pollution de l’air, qui est probablement un des enjeux environnementaux où les connaissances scientifiques sont les plus solides, et l’écart entre ces connaissances d’une part et la réglementation et l’action politique d’autre part le plus flagrant. La loi reconnaît à chacun le droit de « respirer un air qui ne nuise pas à sa santé » ; elle explique que les « seuils d’alerte et valeurs limites sont régulièrement réévalués pour prendre en compte les résultats des études médicales et épidémiologiques ».

La pollution automobile tue. Ruben de Rijcke/Wikipédia, CC BY-SA
Or les études épidémiologiques réalisées depuis le début du siècle et auparavant montrent sans ambiguïté l’impact sanitaire majeur des polluants atmosphériques sur la santé, bien en dessous des seuils en vigueur en France et en Europe. Elles nous disent que 20 à 40 000 personnes, peut-être plus, décèdent chaque année du fait de l’exposition aux particules fines en suspension et aux polluants qui y sont associés.
Ce n’est pas l’existence possible de conflits d’intérêts chez quelques chercheurs qui se font entendre sur ce domaine qui peut expliquer cet écart entre les connaissances scientifiques, les exigences de la loi d’une part, et la décision politique d’autre part. Aux USA, la limite réglementaire sur l’exposition aux particules fines en suspension dans l’air (les PM2,5) n’est « que » 20 % au-dessus de la valeur recommandée par l’OMS, élaborée dans des conditions limitant la possibilité de conflits d’intérêts.
Anomalie démocratique, péril sanitaire
En Europe et en France, elle est 150 % au-dessus de cette valeur. Comment justifier un tel écart entre Europe et USA ? Par quels mécanismes la décision publique sur cette question peut-elle arriver à un tel hiatus entre connaissances et action ? Quels critères, en plus des résultats scientifiques que la loi demande de considérer, ont-ils été pris en compte par les décideurs ? Le niveau anormalement haut de ces normes sur la pollution atmosphérique constitue une anomalie démocratique, en plus d’un péril sanitaire. Comment expliquer que les politiques n’entendent pas les scientifiques, et qu’il n’y ait pas d’instance politique ou juridique qui se saisisse de cette anomalie ?
Cette question de la prise en compte des conflits d’intérêts dans la recherche et l’expertise en santé et environnement, comme on le voit ici, interroge l’articulation entre science et politique, et in fine le fonctionnement de notre démocratie dans son ensemble.
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Rémy Slama, Directeur de recherche en épidémiologie environnementale, Inserm, Université Grenoble Alpes
La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.
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Conflits d'intérêts (2)
Ce document est ardu et très complet. Mais il mérite amplement d'être lu. Le problème qui en ressort, à notre niveau, est toujours le même : Comment savoir, dans le cadre d'un choix, ce qui est objectif et ce qui ne l'est pas. Qu'il s'agisse de la santé, de l'alimentation, des problèmes liés à la biodiversité; au changement climatique etc etc...Internet regorge "d'études" issues d'horizons dont nous ne maîtrisons pas les réseaux. Qui est intègre, qui ne l'est pas ?
Il suffit de prendre l'exemple de la covid. J'ai quasiment arrêté de m'y intéresser parce que j'en arrivais à passer plus de temps à essayer de trier dans la masse ce qui relève de l'objectivité, des faits, de la réalité et ce qui relève de l'intérêt.
Comment les conflits d'intérêts peuvent influencer la recherche et l'expertise
https://www.cairn.info/revue-hermes-la-revue-2012-3-page-48.htm
Dans Hermès, La Revue 2012/3 (n° 64), pages 48 à 59
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1Les conflits d’intérêts (CI) sont des situations où le jugement professionnel ou une action d’intérêt principal (par exemple la validité de la recherche ou la santé d’un patient) peuvent être indûment influencés par un intérêt secondaire, tel que le gain financier. Ces intérêts financiers – l’emploi direct, la consultance, le fait d’être actionnaire d’une compagnie ou d’être payé pour témoigner en tant qu’expert – peuvent décrédibiliser un chercheur, une revue scientifique et, in fine, la science elle-même (ICJME, 2012).
2Des articles analysant les conséquences des relations financières entre médecins ou chercheurs publics et l’industrie ont commencé à être publiés dès les années 1980 et ont atteint un pic de publications dans les années 2000. Les premiers papiers concernaient surtout la recherche (Lesko et alii, 2012) alors que les articles plus tardifs portaient sur la relation entre industriels et praticiens par l’intermédiaire de l’éducation, du marketing et des visiteurs médicaux.
3Notre article est basé essentiellement sur l’analyse de synthèses de littérature (reviews) qui ont recherché les éventuelles corrélations entre les CI des auteurs d’études portant sur un sujet donné et les résultats publiés de leur recherche, en fonction du financeur de l’étude, privé ou public. Les corrélations sont considérées comme prouvées lorsqu’elles sont significatives d’un point de vue statistique. Nous nous sommes principalement focalisés sur le domaine biomédical, qui compte la littérature la plus abondante sur ce sujet, mais les conclusions peuvent être élargies à d’autres secteurs. Le nombre d’études analysées par les auteurs d’une synthèse est parfois très important – 1 140 pour Bekelman et alii (2003).
Corrélation entre la source de financement et les résultats obtenus
4Les études du domaine biomédical analysées dans les synthèses sont à la fois des articles de revue scientifique et des guides de pratique clinique. Les synthèses analysées montrent une corrélation directe entre le financement d’une recherche par un industriel et la communication de résultats qui lui sont favorables (Bekelman et alii, 2003 ; Lexchin et alii, 2003 ; Schott et alii, 2010 ; Wang et alii, 2010 ; Fava, 2012 ; Lesko et alii, 2012). Cet effet a été appelé « le biais de financement » (« funding effect » [Krimsky, 2005]). Cette corrélation persiste depuis les articles des années 1990 jusqu’aux articles récents. Les études traitent principalement de deux aspects : l’efficacité thérapeutique des médicaments et l’évaluation de leurs risques (effets secondaires) :
sur l’efficacité thérapeutique, Lexchin et alii (2003) ont montré que les études financées par l’industrie pharmaceutique communiquent des résultats qui lui sont favorables quatre fois plus souvent que les études ayant un autre financeur. Schott et alii (2010) arrivent à la même conclusion sur la base de 23 synthèses portant sur des domaines divers (oncologie, maladies cardiovasculaires, psychiatrie, etc.).
sur les effets secondaires, Stelfox et alii (1998) ont montré, par exemple, que les auteurs financés par les compagnies pharmaceutiques rapportaient davantage une absence de risques des antagonistes du calcium que les auteurs financés par d’autres sources. Ces médicaments utilisés dans le traitement de l’hypertension étaient alors soupçonnés d’augmenter certains risques, notamment d’infarctus. Seulement deux des 70 auteurs des études originales analysées avaient déclarés leurs CI, alors que les journaux médicaux le demandaient depuis 1993.
Pour les guides de pratique clinique, Choudhry et alii (2002) ont analysé les pratiques de 100 experts appartenant à des comités ayant rédigé 37 guides concernant des pathologies importantes (l’asthme, l’artériosclérose coronarienne, la dépression, le diabète, l’hypertension, etc.). Leurs résultats montrent que 87 % de ces experts avaient une forme de relation avec l’industrie pharmaceutique, soit à travers un financement de leurs recherches, soit comme employés ou consultants. De plus, 59 % avaient des relations avec les compagnies dont les médicaments étaient directement concernés par les guides qu’ils contribuaient à rédiger. Seulement 2 % des experts avaient déclaré leur CI dans les guides.
5Plus récemment, Norris et alii (2011) ont identifié 12 études de ce type, publiées entre 1980 et 2011. Leur synthèse a conclu que la majorité des guides est développée par des experts ayant des liens avec l’industrie, et que beaucoup ne déclarent pas ou ne sont pas amenés à déclarer ces CI. Pour le sujet particulier des guides traitant de l’hyperlipidémie et des diabètes publiés entre 2000 et 2010, Neuman et alii (2011) ont trouvé que 52 % des membres des panels ayant développé ces guides (ce qui correspond à 150 experts sur un total de 288) avaient des CI.
6Enfin, la situation est similaire concernant la « bible de la psychiatrie », le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, document qui établit quels sont les symptômes qui doivent être considérés comme étant anormaux : environ 70 % de ses auteurs ont des liens financiers avec l’industrie pharmaceutique (PLoS Medicine Editors, 2012).
7Dans le cas des guides de pratique clinique, l’influence des CI est très étendue en termes de patients concernés, puisque ces guides sont censés orienter le travail d’un nombre très important de médecins.
Modes d’action possibles des CI
8Les CI peuvent agir par des voies inconsciente ou volontaire.
9Selon l’étude de Smith (2006), beaucoup de chercheurs ne considèrent pas que les CI influencent leur propre jugement. Une partie d’entre eux pense qu’ils influencent le jugement de leurs collègues, mais pas le leur (Choudhry et alii, 2002). Dans ce cas, l’influence des CI, si elle existe, est donc inconsciente.
10Par contre, dans certains cas, leur influence sur la littérature biomédicale est volontaire et fait partie d’une stratégie industrielle. Pour expliquer la corrélation entre le financement par l’industrie et les résultats des études obtenus par les chercheurs, plusieurs mécanismes possibles ont été évoqués. Ces mécanismes peuvent intervenir à toutes les étapes des études, en commençant par le choix d’en financer certaines plutôt que d’autres, jusqu’à leur publication (ou pas).
Le financement sélectif par les industriels
11La corrélation entre le financement par l’industrie et les résultats obtenus par les chercheurs en faveur des médicaments testés pourrait n’être due qu’au fait que les industriels n’accorderaient un financement que lorsqu’ils auraient la quasi-certitude d’un résultat final favorable, c’est-à-dire un médicament efficace et sans effets secondaires importants. Même si cette intuition se vérifie dans certains cas, cette seule explication est peu probable, car les données existantes montrent que les chercheurs ne sont pas toujours capables de prédire à l’avance les résultats des essais sur un produit (Lexchin et alii, 2003).
La conception de l’étude
12Dans toute expérimentation, du domaine biomédical comme des autres domaines, la conception de l’étude influence les résultats. Il est donc important d’évaluer la robustesse du protocole utilisé. Cette évaluation est réalisée soit au moyen de grilles de qualité multicritères, soit de façon spécifique sur un aspect particulier du protocole.
L’évaluation multicritères de la qualité d’une étude
13La qualité des protocoles utilisés dans les études financées par l’industrie a été comparée à celle des études financées par d’autres sources, en utilisant des grilles d’évaluation regroupant de 5 à 100 critères. Lexchin et alii (2003) ont ainsi fait la synthèse de 13 études qui montrent que la qualité de celles financées par les industriels est similaire à la qualité des études ayant d’autres sources de financement. Toutefois, les auteurs soulignent que leur résultat doit être interprété avec précaution, car ils ne garantissent pas l’absence de biais méthodologique qui pourrait résulter de l’utilisation de grilles d’évaluation de la qualité des études incomplètes. Une conclusion similaire a été tirée par Bekelman et alii (2003) et Schott et alii (2010). Ces auteurs ont montré que certaines des grilles utilisées n’incluent pas des aspects qui influencent fortement la qualité des recherches, comme, par exemple, la formulation de l’hypothèse initiale, la méthode choisie, la pertinence clinique des paramètres mesurés chez les patients, le choix des produits de contrôle et de la durée des essais, la manière de présenter ou d’interpréter les résultats.
L’évaluation d’un aspect particulier du protocole
14L’évaluation de l’efficacité thérapeutique dépend beaucoup du protocole de l’étude qui peut augmenter les chances d’obtenir des résultats favorables, en particulier en fonction du choix du produit de comparaison et de la dose de produit administrée.
15Le choix du produit de comparaison. L’efficacité d’un médicament peut être étudiée par rapport à un placebo ou à un produit de comparaison choisi par l’expérimentateur. Djulbegovic et alii (2000) ont analysé 136 essais randomisés contrôlés [1][1]ERC : Type d’étude scientifique utilisée en médecine, qui peut… (ERC) concernant les myélomes multiples, et ont montré que les essais sponsorisés par l’industrie utilisent des contrôles négatifs (ou « inactifs » [2][2]Dans une expérimentation, les contrôles négatifs (ou…) – « placebo » ou « pas de traitement » – plus souvent que les études financées par d’autres sources (60 % vs. 21 %). Ce résultat a été confirmé par Kjaergard et Als-Nielsen (2002), sur la base de l’analyse de 159 ERC publiés dans le British Medical Journal (BMJ), une revue scientifique médicale très réputée. Le fait d’utiliser des contrôles placebo tend à produire des résultats favorables au médicament, ce qui n’est pas le cas lorsque des contrôles actifs sont utilisés (Djulbegovic et alii, 2000).
16Dans une autre étude financée par l’industrie, portant sur l’efficacité du médicament fluconazole, le produit de comparaison choisi était mal absorbé par l’organisme – ce qui était connu. Il y avait donc un biais en faveur du fluconazole, puisqu’on comparait une faible dose absorbée du produit de comparaison avec une dose plus grande de fluoconazole, au lieu de comparer les effets d’une même dose absorbée (Lexchin et alii, 2003).
17Le choix de la dose de médicament administrée. Le médicament étudié peut être dans certains cas administré à des doses plus importantes que la dose du produit de comparaison (Rochon et alii, 1994), ce qui surévalue son efficacité.
Les études à visée publicitaire
18Des documents internes à l’industrie, devenus publics suite à des procédures judiciaires, montrent que certaines études paraissent tester une hypothèse scientifique alors que leur vrai but est d’augmenter les ventes d’un médicament en le faisant connaître auprès des médecins au moyen d’un « essai clinique promotionnel » (seeding trial). Ainsi, Hill et alii (2008) relatent le cas du rofecoxib (Vioxx), dont l’essai avait été conçu et mené par le département marketing de la compagnie pharmaceutique concernée. Pour atteindre son objectif de marketing, l’étude avait été menée dans 600 centres, ce qui n’était pas nécessaire d’un point de vue scientifique (Schott et alii, 2010). Le caractère commercial avait été caché aux participants. Malgré l’apparition d’effets secondaires cardiovasculaires, aucune investigation supplémentaire n’a été engagée. L’article décrivant l’étude avait été rédigé par des employés de la compagnie productrice du rofecoxib, mais a été publié avec un chercheur académique en premier auteur, qui a reconnu ensuite ne pas l’avoir écrit lui-même. Par la suite, la compagnie avait analysé le retour de l’étude en termes de marketing, constatant une plus grande fréquence de prescription du médicament chez les médecins ayant participé à l’essai, par rapport aux non-participants.
L’interprétation des résultats
19L’interprétation des résultats d’une expérience n’est pas toujours appuyée par les données brutes. Ainsi, sur la base de 22 études originales sur les médicaments non stéroïdiens utilisés dans le traitement de l’arthrite, ayant un lien avec l’industrie pharmaceutique, Rochon et alii (1994) ont trouvé que la majorité des études montraient que le médicament du financeur était présenté comme étant moins toxique que le traitement de comparaison. Pourtant, la moitié de ces études ne s’appuyait sur aucun test statistique.
La publication des études
20Certains auteurs ont montré que la recherche financée par des compagnies pharmaceutiques avait une probabilité plus faible d’être publiée que la recherche financée par d’autres sources et qu’une partie importante des études financées par l’industrie n’est jamais publiée (Lexchin et alii, 2003 ; Rising et alii, 2008 ; Schott et alii, 2010). Plusieurs explications ont été proposées pour expliquer ce phénomène, parmi lesquelles le fait que les résultats favorables au financeur sont publiés plus souvent que ceux qui sont défavorables (Schott et alii, 2010) ou que l’industrie peut refuser la publication de résultats défavorables (Bekelman et alii, 2003). Par exemple, McCarthy (2000) décrit le cas de la compagnie californienne Immune Response Corporation, qui a financé un essai pour étudier l’efficacité de son vaccin pour améliorer l’immunité des malades de sida. L’essai avait conclu qu’il n’y avait pas de différence significative entre les patients vaccinés et ceux qui ne l’étaient pas. Les chercheurs universitaires ayant réalisé l’essai ont voulu publier les résultats, mais la compagnie a fait une demande auprès de l’American Arbitration Association [3][3]Une organisation sans but lucratif qui agit pour résoudre des… pour les en empêcher. Les scientifiques ont quand même publié leurs résultats dans le Journal of the American Medical Association (JAMA), une revue scientifique prestigieuse. La compagnie pharmaceutique a alors fait une demande de dédommagement de 7 à 10 millions de dollars pour les pertes financières qu’elle prétendait subir.
21La relecture des manuscrits par les pairs (peer-review) occupe, en principe, une place très importante dans les publications scientifiques et constitue normalement une garantie de la qualité des études publiées. Pourtant, en cas de CI des auteurs, celle-ci est affaiblie, comme le suggèrent Bekelman et alii (2003) qui mettent en évidence une qualité inférieure des ERC publiés dans des suppléments de journaux scientifiques financés par l’industrie, par rapport aux autres essais publiés dans les journaux parents. Cette différence a été attribuée au processus de relecture qui pourrait être moins sévère dans les premiers.
22De même, en cas de publication dans des actes de conférence, le niveau d’exigence de la relecture est plus faible (voire nul) par comparaison avec les revues scientifiques, ce qui pourrait favoriser les interprétations favorables aux financeurs (Lexchin et alii, 2003).
23Une stratégie adoptée par les compagnies pharmaceutiques pour influencer le processus de publication est d’utiliser des « nègres littéraires » (ghost writers), qui sont des auteurs d’articles dont le nom n’apparaît pas sur la publication. Il s’agit d’employés des compagnies ou de consultants payés par l’industrie pour écrire des articles scientifiques favorables à un de leurs médicaments ou défavorables aux médicaments qui concurrencent le leur. Les compagnies, qui peuvent rester invisibles et agir seulement par l’intermédiaire de sociétés de consulting, proposent ensuite ces articles déjà écrits à des chercheurs académiques. Ceux-ci sont rémunérés pour publier l’étude sous leur nom (Fugh-Berman, 2005). Cet auteur avait elle-même été sollicitée pour signer un article déjà rédigé sur les risques des interactions entre les herbes aromatiques et la warfarine. Ce médicament générique était alors le seul anticoagulant oral approuvé aux États-Unis, et la compagnie pharmaceutique avait développé un anticoagulant concurrent qu’elle souhaitait faire autoriser : elle avait donc intérêt à publier une étude sur les risques de la warfarine.
24Des articles écrits par des nègres littéraires contribuent donc à la fabrication de controverses en matière de santé publique, et certaines compagnies pharmaceutiques se servent de l’autorité de scientifiques académiques pour ralentir ou orienter des politiques publiques, la parole de scientifiques qui paraissent indépendants étant souvent jugée plus crédible que celle des industriels (Pearce, 2008 ; Maxim et Mansier, 2012).
Les CI des rédacteurs (editors) des revues scientifiques
25Les rédacteurs des revues scientifiques médicales peuvent eux aussi avoir des CI, en particulier lorsque les revues vendent des tirés à part des articles ou des espaces de publicité. Alors que les effets des CI des auteurs d’articles sont maintenant bien étudiés, au moins dans le domaine biomédical, ceux des rédacteurs ne le sont quasiment pas. D’ailleurs, une grande partie d’entre eux ne déclarent pas leurs CI (Smith, 2006). Or, les rédacteurs ont un poids important dans la décision de publier ou non un article, y compris par le choix des relecteurs à qui cet article sera confié pour avis. Ils peuvent être influencés par le fait que les compagnies dépensent souvent des milliers (et parfois des millions) de dollars pour acheter des tirés à part des études qu’elles ont financées et qui présentent des résultats favorables. Les rédacteurs connaissent par expérience le type d’article qui peut faire l’objet d’achats massifs de tirés à part, et parfois les compagnies les informent à l’avance de leur souhait d’en acheter. Dans ce cas, les revues peuvent bénéficier de financements importants, ce que Richard Smith, rédacteur lui-même du BMJ et directeur du BMJ Publishing Group pendant treize ans, appelle tout simplement un pot-de-vin (bribe). Il raconte même qu’une fois, la représentante d’une compagnie l’a invité dans le « restaurant de son choix »… voire plus si affinités (« She was very effusive and stopped just short of saying she would go to bed with me if we took the paper »).
26La vente d’espaces publicitaires est également une source majeure de revenus. La majorité est achetée par des compagnies pharmaceutiques, qui peuvent menacer de retirer leur publicité si un article qui leur est défavorable est publié. Richard Smith évoque une telle situation survenue dans une édition locale de la revue BMJ, menacée par une compagnie de retirer sa publicité si un article critique, déjà publié dans le BMJ hebdomadaire, était republié dans son édition locale. L’article a finalement été republié et la compagnie a retiré son financement. Cet évènement a contribué au fait que cette édition locale a fait faillite ultérieurement en raison d’un financement insuffisant de publicité. Mais dans une autre situation où les compagnies ont menacé de retirer leurs publicités, elles ont fini par ne pas le faire, même si le BMJ n’avait pas cédé.
La critique des résultats défavorables à l’industrie
27Pearce (2008) fait état, en partie sur la base de sa propre expérience d’épidémiologiste, de situations de pression psychologique que des auteurs identifiant des risques de médicaments – ou d’autres substances chimiques – doivent affronter dans le contexte actuel de la recherche. Il souligne que « pour chaque épidémiologiste indépendant qui étudie les effets secondaires des médicaments et les dangers des substances chimiques industrielles, il y a plusieurs autres épidémiologistes payés par l’industrie pour attaquer sa recherche et la décrédibiliser comme étant de la pseudo-science [4][4]Notre traduction. » (Pearce, 2008). Ces attaques peuvent être très amplifiées au moyen d’Internet.
L’utilisation des résultats scientifiques dans les décisions publiques
28Les CI influencent l’utilisation des connaissances scientifiques dans la prise de décisions en matière de santé publique, de manière directe et indirecte. Cela peut être de manière directe, lors des processus d’expertise mis en place au niveau des agences gouvernementales, quand certains experts ont des CI. L’expertise n’est pas sous le contrôle de la communauté scientifique mais celui de l’administration et du monde politique, et fonctionne selon des règles différentes du milieu académique.
29De manière indirecte, l’influence peut s’exercer si les résultats scientifiques sont orientés en raison des CI des auteurs ou des rédacteurs de revue, comme cela a été décrit précédemment. Par exemple, une étude qui conclut, sous l’influence des CI, qu’un médicament est plus efficace ou moins toxique qu’un autre, va influencer la décision des agences gouvernementales dans un sens favorable à la mise sur le marché de ce médicament.
30L’influence des intérêts industriels sur les procédures mises en place par les administrations, notamment lorsque des risques sanitaires sont mis en évidence par des chercheurs, a été très souvent critiquée. Pearce (2008) évoque par exemple le cas de l’administration américaine, ayant manipulé les procédures de relecture en posant des questions aux relecteurs potentiels sur leurs préférences politiques, et ayant bloqué le financement ou la publication de résultats scientifiques défavorables à certains intérêts économiques.
31Cet auteur cite également les défaillances de l’agence sanitaire américaine Food and Drug Administration (FDA), qui a maintenu le médicament Vioxx sur le marché même après que des signaux d’alerte sur ses effets cardiovasculaires sont apparus. C’est un cas très similaire à celui de l’antidiabétique Mediator en France, qui a montré les mêmes défaillances dans le fonctionnement de l’agence du médicament française, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), qui a maintenu ce médicament sur le marché, même après que ses effets cardiaques significatifs ont été prouvés.
Les CI en dehors du domaine biomédical
32Le lien direct entre la source privée du financement et l’orientation des résultats en faveur de l’industrie qui finance a été montré dans un grand nombre d’études du domaine biomédical. Ceci laisse présager une situation similaire dans d’autres domaines tels que l’évaluation des risques des substances chimiques industrielles, ou plus généralement des risques pour la santé publique et l’environnement. Ainsi, dans les réglementations européennes sur les substances chimiques industrielles (le règlement européen Reach) et les pesticides (règlement 1107/2009), ce sont les industriels commercialisant ces substances qui produisent également l’évaluation de leurs risques. Le potentiel de CI y est donc très important.
33Trois autres secteurs industriels ont été particulièrement étudiés et sont évoqués ici, à titre d’exemples : l’industrie agro-alimentaire, celle du tabac et celle des télécommunications.
L’industrie agro-alimentaire
34Lesser et alii (2007) ont analysé 206 études, portant sur le lien entre le financement industriel et les conclusions des études dans le domaine de l’alimentation (boissons non alcoolisées, jus de fruits et de légumes, lait). Ces études traitaient des effets sur la santé de ces boissons en analysant soit leurs bénéfices nutritionnels (par exemple, le calcium pour renforcer la densité osseuse), soit leurs effets sur certaines maladies. Les études financées par l’industrie rapportaient des résultats qui étaient favorables au sponsor huit fois plus souvent que les études ayant d’autres sources de financement.
35Étant donné que dans le domaine agro-alimentaire, de très nombreuses études sont financées par l’industrie, cela représente un potentiel significatif d’introduction de biais généralisé dans la littérature scientifique.
L’industrie du tabac
36L’analyse de 106 synthèses portant sur les effets du tabagisme passif a montré que 74 % des articles qui concluaient à l’absence d’effet négatif sur la santé étaient écrits par des auteurs ayant été directement financés par l’industrie du tabac ou ayant participé à au moins deux colloques financés par cette industrie (Barnes et Bero, 1998). Ces auteurs concluent que la « controverse » sur les effets du tabagisme passif n’avait pas de fondement réel dans les recherches indépendantes, mais était créée artificiellement par des auteurs affiliés à l’industrie du tabac, et ayant réussi à publier leurs synthèses dans des journaux médicaux.
37Barnes et alii (2006) ont analysé le cas de l’étude « des 16 villes » utilisée par l’industrie du tabac pour argumenter que les conséquences du tabagisme passif sur les lieux de travail ne seraient pas importantes puisqu’elles seraient moindres qu’au domicile, et qu’en conséquence il serait inutile de prendre des mesures de restriction du tabagisme au travail. Ils montrent, en particulier, que l’implication de R. J. Reynolds Tobacco Company et du Center for Indoor Air Research de l’industrie du tabac dans la conception et l’exécution de cette étude avait été minimisée et jamais clairement dévoilée dans les publications. Mais ces auteurs montrent surtout que l’analyse et l’interprétation des résultats avaient été réalisées de telle manière qu’elles deviennent favorables à l’industrie du tabac, qui les avait utilisées pour argumenter contre – et retarder – l’interdiction du tabagisme au travail. En réanalysant statistiquement les données de l’étude à la lumière d’une définition des « lieux de travail fumeur » plus conforme à la réalité, Barnes et alii (2006) ont montré que l’élimination du tabagisme sur les lieux de travail pouvait réduire de moitié l’exposition à la fumée pour les personnes vivant avec des fumeurs à la maison, et l’éliminer complètement pour tous les autres. Dans cette étude « des 16 villes » les résultats avaient été interprétés de manière biaisée et ne reflétaient pas correctement les données primaires. Cette stratégie bénéficie du fait que la plupart des gens, y compris les décideurs, n’ont pas les compétences pour aller au fond des détails techniques de chaque étude, et ne lisent ou ne comprennent que les résultats finaux.
38Les publications financées par l’industrie peuvent contribuer à prolonger les controverses en raison des enjeux économiques importants (Oreskes et Conway, 2010 ; OMS, 2000). Le rapport publié en 2000 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur les stratégies des compagnies du tabac pour ralentir la prise de décisions publique (OMS, 2000), y compris par « la distorsion d’importantes études scientifiques », représente un cas d’école des plus documentés en raison de la mise à disposition par voie judiciaire des documents internes des compagnies du tabac. Plusieurs stratégies utilisées par cette industrie pour influencer la recherche sont décrits par l’OMS :
financer secrètement des conférenciers participant aux colloques de l’OMS ;
organiser des conférences pour promouvoir des arguments en faveur du tabac, sans dévoiler son rôle d’organisateur ;
promouvoir ses travaux comme s’ils avaient été soutenus par l’OMS ;
utiliser des consultants présentés comme indépendants et ne dévoilant pas leurs liens avec l’industrie pour faire du lobby auprès des scientifiques de l’OMS ;
financer de la « contre-recherche », et ainsi de suite.
Les effets sur la santé des téléphones portables
39Huss et alii (2007) ont réalisé une synthèse de 59 études originales sur les effets sanitaires de l’utilisation des téléphones portables. Ils ont conclu que les études financées exclusivement par l’industrie des télécommunications étaient significativement moins susceptibles de rapporter des résultats statistiquement significatifs sur la santé, par comparaison avec les études financées par d’autres sources.
Quelques solutions pour résoudre le problème des CI
40Pour éviter que les CI introduisent des biais dans la recherche, plusieurs solutions ont été évoqués : rendre plus transparents la constitution et le fonctionnement des comités d’experts, rééquilibrer les financements publics et privés de la recherche, repenser les critères d’évaluation de la qualité des recherches et enfin revoir les politiques de publication et de financement des revues scientifiques.
La transparence des comités d’experts
41La solution principale proposée par la plupart des articles sur les CI est la transparence à tous les niveaux. Mais même si cette solution va dans le sens de la résolution du problème, elle n’est pourtant pas encore suffisante, pour plusieurs raisons :
Dans certains cas, les formulaires de déclaration des CI ne sont pas assez détaillés, et les chercheurs ou experts concernés peuvent, consciemment ou pas, en omettre certains (Choudhry et alii, 2002).
Beaucoup d’auteurs ne déclarent toujours pas leurs CI, même lorsqu’ils sont demandés (Barnes et Bero, 1998 ; Fugh-Berman, 2005 ; Smith, 2006 ; Pearce, 2008 ; Wang et alii, 2010), voire mentent en déclarant qu’ils n’en ont pas (Wang et alii, 2010).
Dans les travaux d’expertise, par exemple dans les comités d’experts des agences sanitaires, les déclarations ne sont pas utiles si les experts ayant des CI significatifs ne sont pas exclus des travaux.
Si aucune mesure n’est prise contre les auteurs ou les experts ayant menti sur leurs CI, par les rédacteurs des journaux, par les financeurs publics de la recherche ou par les agences sanitaires, ces pratiques continueront. Fugh-Berman (2005) suggère de rendre publiques ces pratiques répréhensibles du point de vue de l’éthique scientifique, comme la non-déclaration des CI ou le fait de se faire payer pour rendre légitime une publication qu’on n’a pas écrite.
Un des moyens pour assurer la transparence dans le domaine biomédical est la déclaration de tout essai, avant même qu’il ne commence, dans un registre publiquement accessible (Bekelman et alii, 2003). En 2004, l’International Committee of Medical Journals Editors (ICJME) [5][5]Voir : <www.icmje.org/>, consulté le 11/10/2012. a fait de la déclaration dans un des registres d’essais agréés par l’association une condition pour la publication dans les onze journaux médicaux les plus reconnus [5][5]Voir : <www.icmje.org/>, consulté le 11/10/2012.. Cette demande a été suivie par la rédaction de guides volontaires par des associations de compagnies pharmaceutiques, pour inciter leurs membres à la déclaration de leurs essais dans un des registres publics. Des dispositions réglementaires ont été établies en Europe en 2001 et aux États-Unis en 2008, pour préenregistrer les essais. Pourtant, Schott et alii (2010) indiquent que des essais sont renseignés de façon incomplète par les compagnies, des informations importantes n’étant pas mentionnées. Selon ces auteurs, les procédures de contrôle de la mise en application de ces réglementations restent trop faibles.
En conclusion, comme l’ont exprimé les rédacteurs de la revue PLoS Medicine, avec la transparence seule, sans mesures importantes visant à réduire les CI, ceux-ci continueront à avoir une influence négative sur la recherche et l’expertise (PLoS Medicine Editors, 2012).
Le rééquilibrage des financements privés et publics de la recherche
42Un autre moyen pour limiter l’influence négative des CI serait le rééquilibrage des financements privés et publics de la recherche (Lesser et alii, 2007 ; Schott et alii, 2010), et le contrôle public d’une partie des financements privés de la recherche. De cette façon, alors que les financements pourraient continuer à être privés, une agence publique pourrait veiller à repartir ces financements, en respectant à la fois les intérêts des investisseurs et les intérêts des États et des citoyens en termes de santé publique et d’efficacité (utilité) de l’innovation.
Renforcer l’évaluation de la qualité des recherches et de l’expertise
43Afin de renforcer l’évaluation de la qualité des recherches utilisées lors de la mise sur le marché des médicaments, il conviendrait de développer des grilles d’analyse plus fines qui incluraient l’ensemble des paramètres pertinents. En effet, des résultats biaisés peuvent être dus au mauvais choix ou au non-respect d’un seul des critères de qualité d’une étude.
44De nombreuses controverses récentes (par exemple sur les effets du bisphénol A et du Mediator, sur les risques des insecticides systémiques neurotoxiques pour les abeilles) ont fortement remis en cause la qualité des dossiers d’évaluation du risque chimique produites par des industriels dans des contextes réglementaires. Pour ces études, soumises par les industriels aux agences réglementaires, la relecture par les pairs et la publication dans des revues scientifiques ne sont d’ailleurs même pas demandées. Les employés des agences sanitaires et leurs comités d’experts eux-mêmes n’ont pas facilement accès aux données primaires et aux études originales, et on peut également se poser la question de savoir si leurs emplois du temps très chargés leur permettent d’analyser tous les aspects méthodologiques potentiellement importants pour la qualité des études que les industriels leurs soumettent.
La transparence financière des revues scientifiques
45La transparence est de plus en plus pratiquée par les revues scientifiques. Lesser et alii (2007) confirment ainsi l’augmentation significative entre 1999 et 2003 de la proportion des articles qui dévoilaient leur source de financement. Mais, pour éviter que les comités de rédaction des revues scientifiques participent à la politique de marketing des compagnies – en cédant à la tentation du financement issu de la vente de tirés à part et d’espace publicitaire – Schott et alii (2010) recommandent que les journaux médicaux communiquent publiquement, chaque année, les sources de leurs financements.
Notes
ERC : Type d’étude scientifique utilisée en médecine, qui peut être utilisée pour tester l’efficacité d’une approche thérapeutique dans une population de patients et qui se caractérise par la répartition aléatoire de ceux-ci entre plusieurs groupes (pour des détails, voir par exemple le site des instituts de recherche en santé du Canada, <www.cihr-irsc.gc.ca/f/22388.html>, consulté le 11/10/2012).
Dans une expérimentation, les contrôles négatifs (ou « inactifs ») sont des groupes témoin où aucun effet n’est attendu. Les contrôles positifs (ou « actifs ») sont les témoins dans lesquels un effet connu est attendu. L’effet du facteur étudié (par exemple, un nouveau médicament) est évalué par rapport à ce dernier effet.
Une organisation sans but lucratif qui agit pour résoudre des conflits tels que celui présenté ici.
Notre traduction.
Voir : <www.icmje.org/>, consulté le 11/10/2012.
Scientifiques et conflits d'intérêts.
Depuis que j'ai découvert le mouvement de "l'écomodernisme", je m'intéresse fortement aux conflits d'intérêts et j'ai lu quelques documents qui confirment tout cela.
Il me semble totalement irrecevable de lire de la part de scientifiques que le changement climatique est une aberration, que les OGM sont incontournables ou que l'industrie agro-alimentaire est la seule voie pour une alimentation suffisante et de qualité.
Il doit bien y avoir une explication à de telles déclarations...
Conflits d'intérêts des scientifiques: "On ne s'en sortira jamais"
L'affaire Aubier et un rapport publié ce jeudi soulignent les conflits d'intérêts qui minent le secteur de la santé en Europe. La député EELV Michèle Rivasi ne décolère pas.
D'un côté, il y a l'affaire du professeur Michel Aubier. Ce pneumologue de renom, grassement payé par Total pendant des années, comparaît depuis mercredi devant le tribunal correctionnel pour témoignage mensonger. De l'autre, il y a le rapport de l'ONG bruxelloise Corporate Europe Observatory (CEO). Publié ce jeudi 15 juin et relayé par Le Monde, le document affirme que 46% des scientifiques de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) sont en situation de conflits d'intérêts financiers avec les secteurs industriels régulés par l'agence, ce que cette dernière dément fermement.*
Deux affaires qui soulignent les problèmes de conflits d'intérêts et le poids des lobbys en France et en Europe dans le domaine de la santé en général, de l'environnement et de l'alimentation en particulier. Une situation dénoncée depuis des années par Michèle Rivasi, député européenne Europe Écologie les Verts (EELV).
Qu'est-ce qu'un conflit d'intérêts selon vous?
M.R.: C'est la même définition que celle de la Cour des comptes européenne. C'est par exemple quand un expert est payé par le privé et qu'il rédige un rapport. On ne sait plus si son avis est basé sur l'intérêt général ou pour promouvoir l'intérêt de la boîte qui le paye.
Quels sont les exemples qui vous ont le plus frappée?
M.R.: Il y a bien sur l'affaire sur le glyphosate [l'EFSA avait considéré que ce principe actif du désherbant Roundup était non cancérogène, contrairement aux avis du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) et de l'OMS]. Mais vous savez, quand on ne veut ne rien voir on ne voit rien.
La Commission européenne décide néanmoins de restreindre l'utilisation du glyphosate.
REUTERS/Charles Platiau
Par exemple, cette histoire qui remonte aux années 98/2000. l'ISPN [l'ex-Institut de protection et de sûreté nucléaire] devait prouver que les rivières dans lesquelles les centrales nucléaires rejetaient leurs eaux usées n'étaient pas polluées. Je me suis rendu compte qu'ils prélevaient des échantillons en amont de la rivière, et ne trouvaient rien! J'ai demandé une contre-expertise à la Criirad [La Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité] en prélevant des échantillons en aval. Nous avons trouvé des traces de pollution.
Quels sont les intérêts des lobbys à "se payer" des scientifiques?
M.R.: Les industriels font tout pour trouver des scientifiques de renom, les financer, puis tenter de les placer dans des agences de régulation publique, où tout se décide. Le but est évidemment d'influencer le fonctionnement des institutions et les prises de décisions. Cette stratégie de l'industrie, c'est de la haute couture. Et c'est un problème complètement généralisé, on peut le constater dans toutes les agences, à l'EFSA bien sûr, mais aussi à l'Agence des produits chimiques ou encore l'Agence européenne des médicaments, etc.
A la lecture des critiques les plus véhémentes, on pourrait avoir l'impression que les chercheurs qui viennent du privé pour travailler dans les agences publiques sont forcément "tous pourris", qu'en pensez-vous?
M.R.: Ce n'est pas une question de personne, mais de pratique et de déontologie. Quand il y a financement par l'industrie, il y a automatiquement suspicion. Il faut que ces chercheurs quittent le privé et coupent leurs liens pour être vraiment objectifs.
LIRE AUSSI >> Alimentation: se protéger... mais comment?
Ça marche aussi avec les journalistes politiques. Ceux qui prennent l'avion avec le président vont être influencés par sa sympathie ou le simple fait de le connaître. Ça peut paraître trois fois rien, mais cette proximité permet de tisser des liens, de créer de la subjectivité et donc d'influencer. Même inconsciemment, la critique n'est plus la même. Pour les industries, c'est pareil.
Interrogée sur le rapport du CEO par Le Monde, la FSEA contre-attaque et accuse des chiffres "trompeurs, car basés sur une interprétation spécifique du lien d'intérêt financier avec laquelle (ils sont) en désaccord". Est-ce crédible?
Non. L'agence n'a qu'à prendre des experts de l'université qui n'ont pas de lien avec l'industrie. Elle doit aussi revoir sont fonctionnent, et baser ses expertises uniquement sur des rapports public, revus et vérifiés par des pairs, et non pas sur des rapports protégés par le secret industriel, dont la moitié des données ne sont pas accessibles. C'est exactement ce que fait l'OMS [l'Organisation mondiale pour la santé]! Pourquoi pas l'EFSA?
C'est comme pour le professeur Aubier, qui s'est justifié en expliquant que les financements [de Total] allaient à son laboratoire. Ça ne change rien, il était dépendant, car responsable de la survie de son labo et de ses équipes. En parlant d'Aubier, j'aimerais qu'il soit condamné à 5 ans de prison. Ce qu'il a fait, c'est criminel [pour l'instant, le parquet a requis 30 000 euros d'amende contre le pneumologue, qui n'est pas encore condamné]."
Le pneumologue Michel Aubier, ancien chef de service à l'hôpital Bichat à Paris, arrive au palais de justice de Paris le 14 juin 2017.
afp.com/CHRISTOPHE ARCHAMBAULT
Justement, quelles sont vos recommandations pour limiter les conflits d'intérêts?
M.R.: Plus ça va, plus je me dis qu'on s'en sortira jamais. Écoutez, ces personnes-là, il n'y a qu'un seul truc qu'ils comprennent: les sanctions financières ou pénales. Je crois aussi de plus en plus aux corps d'expert indépendants. Il y a le très bon exemple de l'Autorité de sûreté nucléaire [en France], qui nomme désormais des experts pour six ans non renouvelables, bien payés par des fonds publics. Grâce à cette décision, on a maintenant des rapports qui tiennent la route. Ce modèle-là, il pourrait s'appliquer à toutes les agences.
LIRE AUSSI >> Fessenheim: l'Autorité de sûreté nucléaire dresse un constat sévère
Il faut aussi que les scientifiques venant du privé attendent au moins 3 ans avant de pouvoir rejoindre le public [Le parlement européen demande 2 ans minimum à l'EFSA, l'ECO demande cinq ans]. C'est le temps nécessaire pour couper le cordon ombilical avec l'industrie, et être objectif."
Désobéissance fertile (2)
Ce que je ferais aujourd'hui si j'étais plus jeune. Je ne deviendrais pas instituteur et je ne chercherais aucunement à "m'intégrer" à la vie en société, telle qu'elle est conçue. Il ne s'agirait pas pour autant de vivre dans une grotte comme le réduisent bien souvent les gens qui critiquent ce type d'engagement.
Dans le lieu où nous partons vivre dans quelques jours, nous disposerons d'un confort moderne. Il ne s'agit pas de "cabanes" mais nous ferons tout notre possible pour aller vers cette résilience, cette autonomie, ce type de relations humains, de sens. Voilà ce qui manque le plus à cette société moderne : le sens.
Il me plaît en tout cas de lire le flot de commentaires de cette vidéo. C'est un grand bonheur et la preuve que ce monde moderne ne répond plus à l'inspiration de beaucoup de gens. Et c'est réjouissant.
Tendre vers une vie en accord avec ses valeurs (Pause avec Désobéissance fertile)
155 308 vues
•21 mars 2020
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Conscient du changement climatique, que la vie que je mène aujourd'hui est difficile à soutenir pour la planète et qu'elle ne me rend pas profondément heureux, je me suis rendu dans des cabanes situées en Corrèze pour rencontrer le collectif Désobéissance Fertile. Là-bas, je découvre la vie en communauté, l'existence d'un mode de vie correspondant à mes valeurs mais aujourd'hui menacé de destruction car considéré comme illégal. En parallèle, je découvre les joies de la bienveillance, de partager un commun avec ceux qui nous entoure mais aussi les difficultés de la vie en collectif. Je me pose alors la question des limites de mon engagement environnemental. Merci encore pour votre accueil et tout ce que vous m'avez appris :) Merci à vous qui regardez cette vidéo d'avoir effectué cette première grande Pause avec moi. N'hésitez pas à partager la vidéo et à suivre Pause. sur Facebook : https://www.facebook.com/Pause-109410... Pour m'aider à réaliser d'autres rencontres : https://fr.tipeee.com/pause https://www.patreon.com/pausepourunch... https://www.paypal.com/cgi-bin/webscr...
MOINS
364 commentaires
TRIER PAR
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Les lois ne sont pas faite pour nous protéger mais pour assurer la perenité d’un système destructeur et basé sur la dépendance... ces gens représentent juste un danger bien plus important que le terrorisme, les épidémies ou les guerres car ce sont ces fléau qui nourrissent et justifie ce système!!! Ces gens doivent être protégé et défendu et soutenu a tout prix...
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Au plus profond de moi , je sens que la clé est là... ce reportage m'émeut et m'interpelle et je sais que c'est vers cette vie là que mon âme m'appelle "Elle "...nature contenance de sobriété ,de simplicité et de partage , j'en ferais avec grand bonheur , mon nouvel adage ! je vis seul et jubile , de vivre un jour cette douce idylle . Aujourd'hui ayant quelques printemps , et par tout ses passages de temps , perdu un certain nombre de dents ,je ne désespère pas un jour d'intégrer un clan ...comme le loup me sentir prêt de nous ,... se protégeant envers et contre tout ! je m' sens l'âme poétique aujourd'hui face à tout ses événements critiques .Cette certitude que depuis toujours on nous ment , nous emmenant vers le mur , ! je souhaiterais hurler au quatre vents , combien mon être à besoin d'un changement . je suis prêt et invite la vie , à m'apporter tout ce qui maintenant me nourris et me sourit ! bien à vous mes amis et que ses évènements nous donnent l'occasion de faire tourner le vent .
Lire la suite156
Afficher 17 réponses de Pause pour un Changement et d'autres personnes
J'admire leur force de détermination car non seulement c'est courageux de choisir ce mode de vie, mais encore davantage face aux épreuves de menaces qu'ils traversent. Respect énorme. J'aime beaucoup vos réflexions en fin de reportage, que je partage: la société a plus à gagner qu'à perdre en les laissant vivre ainsi. Les enfants à venir les remercieront plus tard, plus vite qu'on ne le pense... Courage et paix sur eux !
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L' etat est une mafia en bande organisee. Si ils ne peuvent pas controler ta vie ou te taxer tu deviens a leur yeux un ennemi.
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chauvin christianil y a 6 mois
Bonjour, merci pour ce reportage, je vis à peu près les mêmes choses que vous mais en Calédonie. Je suis dans la 6 ème année sur mon projet, j'ai construit avec beaucoup de matériaux de récupération, planté beaucoup d'arbres fruitiers qui commence à donner des fruits, de 400 bananiers...... Je ne trouve personne pour rejoindre ce projet donc je laisse un message ici au cas ou quelqu'un serait intéressé. En attendant je continue tout seul et j'espère que quelques personnes auront envie un jour de rejoindre ce projet. Bon courage à vous et encore merci pour le partage. Mon adresse mail est didgerid0000@yahoo.fr. l'adresse mail est.fr car je l'ai ouvert en France mais je suis en Calédonie. Salut les gens
Lire la suite66
La machine à laver à vélo faire du sport tout en Lavant son linge
Désobéissance fertile
La lecture des commentaires m'a vraiment fait du bien. Il est évident aujourd'hui que les modes de pensées évoluent. Il ne reste plus qu'à attendre que les lois en fassent autant. Et ça, c'est toujours très long.
Pour ce qui est du four solaire, on en a un également et c'est réellement stupéfiant.
FAQ gardiens des territoires :
Redonner vie aux terres abandonnées ou épuisées
En quoi cela consiste ?
« La Terre n’appartient pas aux humains, ce sont eux qui appartiennent à la Terre. » Proverbe amérindien
Il s’agit de bénéficier d’un terrain mis à disposition gratuitement par un propriétaire pour que vous puissiez vous y installer et y régénérer les espaces afin de favoriser une large diversité végétale et animale.
Nous pouvons toutes et tous œuvrer à l’aggradation des écosystèmes et à les préserver, c’est pourquoi nous vous proposons de devenir les gardiens d’un territoire.
Vous ferez de ces parcelles des refuges de biodiversité et vous participez à redonner vie au territoire par votre implantation et vos actions.
La forme juridique choisie à travers les contrats de « prêts à usages » avec les propriétaires permettent à la fois de se projeter à long terme sur les terrains et de sortir de la logique de propriété.
Pourquoi devenir un gardien ?
Nombreuses sont les personnes aspirant à se rapprocher de la nature pour y vivre sans pour autant avoir les moyens financiers pour y parvenir.
Nombreuses également sont les personnes conscientes des bouleversements et des extinctions induits par les sociétés industrielles et qui cherchent à œuvrer pour préserver notre système Terre.
Voici un bref état des lieux des destructions et autres extinctions :
– 150 à 200 espèces détruites chaque jour.
– 52% des animaux sauvages anéantis en 60 ans.
– D’ici à 2050 il y aura plus de plastique que de poissons dans les océans.
– 40 à 70% des oiseaux communs d’Europe sont en déclin.
– 97% des forêts anciennes ont été détruites.
.- Seulement 0,7% de la couverture forestière d’Europe restante est primaire.
– En France 25m2 de champs et de forêts sont bétonnés chaque seconde.
– En Europe 80% des sols fertiles sont stérilisés par la pollution.
– Les industries extractives sont responsables de la moitié des émissions de carbone mondiales et de la perte de plus de 80% de la biodiversité.
Selon des estimations, il faudrait planter 1200 milliards d’arbres sur Terre pour capter les ¾ des gaz à effet de serre émis depuis le début de l’ère industrielle.
Si nous n’apprenons pas dès maintenant à cohabiter avec les autres espèces présentes sur Terre, nous signons notre fin.
Or, jamais dans notre histoire (du moins occidentale) nous n’y sommes parvenus.
En régénérant ces terrains mis à disposition, vous fait
Quels intérêts :
Démarrer un projet de vie sans dépenser d’argent.
Vivre dans la nature pour incarner le changement.
Œuvrer à l’aggradation des espaces vivants.
Participer et enrichir le maillage d’acteurs locaux engagés
S’engager pour un avenir viable et vivable
Qui sont les propriétaires ?
Les propriétaires sont des particuliers qui ne peuvent œuvrer directement à l’aggradation des territoires, alors ils mettent leurs terrains à disposition pour que d’autres puissent le faire.
Votre présence sur les terrains permettra d’améliorer un territoire pour lequel ils sont souvent attachés.
Combien de gardiens sur le terrain ?
Les dimensions du terrain peuvent déterminer le nombre de gardiens pour s’occuper du terrain.
Pour vivre et régénérer efficacement les espaces, nous conseillons un gardien pour 5000m2 (un demi hectare) de terrain.
Prix :
La mise à disposition du terrain ne vous coûte rien mais vous prenez en charge les dépenses liées à la régénération des terres.
Durée :
Engagez vous le temps qu’il vous convient en accord avec le propriétaire. Pour que ce lieu puisse durablement être valorisé, nous vous conseillons d’établir un bail de 10 ans reconductible, 10 ans étant un minimum pour prendre soin des arbres plantés et assurer une pérennité des écosystèmes.
Quand :
Dès aujourd’hui, vous pouvez imprimer l’affiche qui vous permettra de rencontrer les propriétaires.
Où :
Tous les propriétaires fonciers du pays peuvent confier leurs terrains et améliorer durablement ces patrimoines ; aussi il ne reste plus qu’à vous déployer.
Les étapes pour devenir un gardien
Imprimez l’affiche pour trouver des terrains
Téléchargez puis imprimez l’affiche à destination des propriétaires de terrain pour être contactés :
[TÉLÉCHARGER] Affiche Gardiens Territoires
Un espace est laissé dans l’affiche pour que vous puissiez la personnaliser avec vos coordonnées ; partagez là autour de vous, dans les commerces locaux, là où les personnes ont l’habitude de se rendre.
Discutez de votre souhait d’installation et d’aggradation des espaces avec les commerçants et les associations locales pour qu’ils puissent relayer votre appel
Entrez en contact avec les propriétaires
Grâce à l’affiche vous serez contactés par des propriétaires de terrains par téléphone ou par email.
Détaillez les motivations qui animent votre démarche.
Que le terrain vous intéresse ou non, demandez aux propriétaires de mettre en place une annonce sur la plateforme pour référencer leurs terrains.
Cela permet de savoir le nombre de terrains potentiellement disponibles par régions et surtout, ça incitera d’autres propriétaires à en faire autant.
S’ils ne savent pas mettre en ligne l’annonce, aidez les à le faire ; ce n’est pas parce que vous mettrez l’annonce en ligne que vous ne pourrez pas bénéficier ensuite du terrain, au contraire, le premier lien que vous aurez tissé avec le(s) propriétaire(s) restera privilégié.
En mettant en ligne l’annonce, vous pourrez certainement trouver des soutiens supplémentaires pour entamer des aventures collectives au service des vivants.
Déterminez ensemble les projets qu’il serait possible de mettre en place sur ces terrains.
Sélectionnez le terrain et déterminez le projet
Lorsque vous aurez un terrain qui vous plaira sur la plateforme ou en contact direct, rencontrez le propriétaire, exposez votre projet et visitez le terrain ensemble.
La visualisation du terrain et les conseils avec le propriétaire (qui connaît généralement bien les lieux) permettront d’affiner votre projet.
L’échange et la transparence est important car elle permettra d’établir une relation de confiance dans le temps.
Signez un prêt à usage avec le propriétaire
Il existe une forme juridique permettant de légaliser cette mise en lien : elle s’appelle le « prêt à usage ».
Voici un modèle que nous avons rédigé et mis à votre disposition :
[TÉLÉCHARGER] Modèle de contrat de prêt à usage gratuit
Ce contrat a l’avantage d’être gratuit, de n’avoir pas besoin de passer devant un notaire pour être reconnue et pourra sécuriser chacune des parties.
Vous pouvez tout à fait opter pour une collaboration avec un propriétaire sans signer de documents et à vrai dire, c’est ce que l’on préconise avant tout dans une relation de confiance mutuelle, mais si vous ou le propriétaire souhaitez des garanties, cette forme de contrat est parfaitement adaptée.
Nous avons mis en place un modèle dont vous pouvez librement vous inspirer ; y figure une charte de bonne conduite que vous vous engagez à respecter en signant ce contrat.
Il faut savoir qu’avec le prêt à usage, il ne peut y avoir de contrepartie financière car le moindre échange d’argent inscrit dan le contrat entrainerait la nullité de ce dernier.
Si vous souhaitez prendre en charge la taxe foncière du terrain, vous devrez vous arranger autrement avec le propriétaire.
Pour connaitre les lois permettant de s’installer : https://desobeissancefertile.com/les-lois/
Démarrer la régénération du terrain et du territoire
Nous avons mis en place un ensemble de fiches techniques pour vous accompagner dans la régénération des territoires, libre à vous de vous en inspirer.
Soyez heureux, au service des vivants.
PS : N.B. : envoyez nous un email à desobeissancefertile@protonmail.com quand vous serez parvenus à un accord avec un propriétaire pour donner de vos nouvelles pour que nous puissions avoir une idée du nombre de terrains disposant de gardiens et de potentiels améliorations à proposer
La SAFER.
Dans l'achat de notre nouvelle maison, avec un terrain de 4500 m², nous avons été confrontés à la SAFER. Et nous avons découvert cet organisme. Depuis, j'ai cherché à comprendre et ça n'est pas bien joli.
Dans notre cas, la SAFER devait émettre un avis et avait donc un droit de préemption. Il fallait que le dossier soit vu par une commission et cela retardait de plusieurs semaines la signature définitive chez le notaire. La SAFER n'avait aucunement l'intention de préempter ce bien pour le réserver à un agriculteur. Il s'agit juste pour eux de freiner le dossier. Ils nous ont donc réclamé 240 euros pour que le dossier soit vu "en mode accéléré". Et nous avons payé car nos acheteurs étaient aussi impatients que nous de déménager, d'autant plus que pendant ce temps, la banque leur prenait déjà des frais sur leur prêt bancaire.
Tous les moyens sont bons pour prendre ce qui peut l'être et quand ça ne vient pas d'un côté, ça vient d'un autre. On est tous dans le même bateau. Une barque vermoule où il faut écoper sans cesse.
Même les notaires reconnaissent que le fonctionnement de cet organisme relève quelque peu d'une forme de mafia. Il est indéniable qu'à l'origine, l'idée de pouvoir permettre à de jeunes agriculteurs de s'installer est une bonne chose. Ce sont les dérives qui sont irrecevables.
Les Safer gèrent-elles bien les terres agricoles ?
https://reporterre.net/Les-Safer-gerent-elles-bien-les-terres-agricoles
Durée de lecture : 9 minutes
19 février 2016 / Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre)

Alors que les conflits liés à l’appropriation des terres se multiplient, se pose la question du rôle des Safer, organismes chargés de veiller au foncier agricole. Reporterre a voulu comprendre le fonctionnement de ces sociétés anonymes, dont le nom est apparu dans les dossiers de la ferme-usine des Mille vaches et de la ferme des Bouillons.
Elles sont 26 en France, suivant plus ou moins le découpage des anciennes régions métropolitaines et ultramarines. Les Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer), chapeautées par une structure nationale [1], sont des sociétés anonymes sous tutelle des ministères des Finances et de l’Agriculture. Elles ont été créées en 1960, en plein révolution verte, à l’époque où la guerre restait dans les esprits et où l’autosuffisance alimentaire et la modernisation agricole étaient une priorité.
Leur rôle est de réguler le marché des terres agricoles : ayant une vue d’ensemble sur le marché foncier, les Safer ont pour mission d’éviter une flambée des prix et de structurer les nouveaux usages de ces terres en donnant la priorité à l’installation de jeunes agriculteurs. Aujourd’hui, les Safer complètent leur panel de compétences avec la préservation des espaces naturels.
Le droit de préemption, une « arme atomique »
Principal outil des Safer : elles peuvent intervenir au moment de la vente d’une terre. Prenons l’exemple d’un agriculteur qui part à la retraite et souhaite vendre sa ferme. Il trouve un acheteur, se met d’accord avec lui sur le prix de vente et passe devant le notaire pour conclure la transaction.
Celle-ci doit obligatoirement être signalée à la Safer locale. Si celle-ci considère que le prix est trop élevé ou que l’acheteur n’a pas le bon profil, elle peut casser la vente en usant de son droit de préemption. Emmanuel Hyest, président de la Fédération nationale des Safer, avait qualifié ce pouvoir « d’arme atomique » lors de l’expulsion de la ferme des Bouillons, près de Rouen. Avec la préemption, la Safer sort la transaction du marché, définit le prix de vente, réalise un appel à candidatures et choisit parmi les prétendants le meilleur acquéreur.
Dans les faits, les Safer utilisent ce droit de préemption dans moins de 10 % des cas. De manière générale, elles encadrent les transactions foncières à l’amiable et touchent une commission au passage. Cela constitue leur principale ressource, les pouvoirs publics ne participant au budget des Safer qu’à hauteur de 5,4 % de leurs charges.
Dans un rapport publié en 2014, la Cour des comptes a consacré un tome à la gestion des Safer. Elle n’y va pas par quatre chemins. Intitulé « Les Safer, les dérives d’un outil de politique d’aménagement agricole et rural », le rapport détaille plusieurs points noirs dans le fonctionnement de ces structures.
Comment les Mille vaches ont contourné la Safer
La financiarisation des transactions agricoles est l’un de ces points noirs : « Un nombre croissant, même s’il ne peut être défini précisément, de pratiques et de montages juridiques, généralement réalisés à des fins d’optimisation fiscale, peut conduire à la fois à faire échec à la mission de transparence du marché foncier rural des Safer, mais aussi à l’utilisation éventuelle de leur droit de préemption ou d’une possibilité d’acquisition à l’amiable. »
Ces montages juridiques se caractérisent essentiellement par le transfert de parts sociales. En effet, la Safer n’a d’œil que sur les transactions réalisées sur la totalité d’un bien et non pas sur le transfert de ces parts. C’est donc un moyen de passer entre les mailles du filet et de ne pas voir la Safer se mêler de ses affaires. Il suffit de taper sur un moteur de recherche « éviter préemption Safer » pour s’en convaincre. Les forums sont légion, les échanges entre internautes virulents, et les astuces pour échapper aux Safer simples à trouver, comme ici.
Depuis le site http://droit-finances.commentcamarche.net/forum/affich-5463490-sci-contre-preemption-de-la-safer
Le président national des Safer, Emmanuel Hyest, confirme cette tendance inquiétante. « Depuis quatre ou cinq ans, ce type de montage financier se multiplie et devient significatif. La conséquence en est l’opacité du marché car nous n’avons plus de visibilité sur ces transactions. Cela induit une montée des prix du foncier et donc la difficulté croissante de transmettre son exploitation. On le voit avec les financiers qui achètent les grands crus bordelais. »
Un exemple majeur de ce type de montage financier est la ferme-usine des Mille Vaches. C’est par le biais de transmission de parts sociales que Michel Ramery est parvenu à acquérir ses terres à l’insu de la Safer. Résultat : les pouvoirs publics se retrouvent devant le fait accompli, sans possibilité juridique de casser les ventes effectuées. « Moi, je n’ai rien contre le modèle agricole des Milles Vaches, explique Emmanuel Hyest, mais pour ce qui est du montage financier, je m’y oppose totalement. »
À terme, la généralisation de telles pratiques déboucheraient sur la mort des Safer. Pour pouvoir réguler le marché, elles ont besoin d’être informées de l’ensemble des ventes. Comme ces montages financiers n’ont pas besoin d’être déclarés, une part de plus en plus importante du marché échappe donc aux Safer, les rendant impuissantes.
« J’appelle ça de la mafia !!!! »
Le président des Safer rappelle l’importance de la structure qu’il dirige : « Les terres agricoles françaises sont parmi les moins chères d’Europe et c’est grâce à la régulation. Sans nous, de nombreux jeunes agriculteurs ne parviendraient pas à s’installer. » Les données fournies par le rapport de la Cour des comptes montrent qu’en 2014, le marché du foncier agricole s’est légèrement dynamisé avec 81.000 transactions effectuées (soit 2 % de plus qu’en 2013) pour 338.000 hectares ( + 2% par rapport à 2013) pour un montant global de 4 milliards d’euros (3 % de plus que l’année précédente). En 2012, les Safer ont permis l’installation de 1.200 agriculteurs et le renforcement de 3.800 exploitations.
En retournant sur les forums Internet, la virulence des internautes étonne. Sur l’un de ces forums, un internaute résume les propos égrainés au fil des échanges. « Même si dans la théorie la Safer est là pour défendre les agriculteurs, dans la pratique elle est surtout là pour avantager certains, (…) ceux qui fonts copains-copains avec elle, mais surtout et avant tout pour faire un maximum de fric sur le dos des petits et des vieux, (…) moi j’appelle ça de la mafia !!!! »
Emmanuel Hyest s’agace de ces critiques récurrentes. « On ne peut pas nous dire que nous manquons de transparence : nous sommes sous le contrôle du gouvernement. Nous avons deux commissaires du gouvernement, les collectivités et les syndicats dans nos conseils technique et d’administration, que voulez-vous de plus ? »
Le corporatisme mis en accusation
Ils sont nombreux, syndicats minoritaires en tête, à critiquer la mainmise de la FNSEA, le premier syndicat agricole, sur les Safer ; car lorsqu’il y a un représentant de la FNSEA et un autre des JA (Jeunes Agriculteurs, la section « jeune » du syndicat majoritaire), cela fait deux voix pour la FNSEA. À cela, Emmanuel Hyest répond à la volée : « La Confédération paysanne n’a qu’à faire pareil ! » Il ajoute : « Il n’y a pas de mainmise, mais du bon sens. Dans la plupart des cas, les attributions se font par consensus, les décisions à prendre sont souvent évidentes comme le nez au milieu de la figure. Tous les membres du conseil d’administration savent qu’une attribution – ou une non-attribution – peut changer la vie de quelqu’un. »
Cependant, c’est sur la question de bien commun que se fonde la critique principale. Elle est portée par des structures « para-agricoles » : des associations et des collectifs qui veulent se mêler du devenir des terres agricoles. Emmanuel Hyest ne veut pas en entendre parler et s’en agace : « La création des Safer, dans les années 1960, vient de la profession, des agriculteurs eux-mêmes. Ces associations, ces militants ne sont pas passés par les urnes. Qui représentent-ils ? »
Si, à l’époque de la naissance des Safer, qui est aussi celle de la modernisation agricole, de la création de la FNSEA et des politiques nationales et européennes en faveur de l’agriculture, personne ne jugeait illégitime que les agriculteurs encadrent eux-même leurs activités, cette logique corporatiste passe bien plus mal en 2016. Lorsque les critiques fusent sur la « mainmise » de la « mafia » que serait la FNSEA, c’est bien le corporatisme qui est accusé, avec une question à la clef : est-il légitime que les agriculteurs, qui ne représentent plus que 3 % des actifs, selon l’Insee, aient la main sur le territoire ?
En vertu de cette vision héritée des années 1960, Emmanuel Hyest s’oppose aux associations et collectifs « para-agricoles ». Le cas de la ferme des Bouillons, en Normandie, incarne parfaitement ces enjeux. Un collectif de militants a empêché qu’une ferme devienne un supermarché mais, au moment de la vente, la Safer Haute-Normandie, présidée aussi par Emmanuel Hyest, qui a la double casquette de président local et national, n’a pas voulu que ce collectif prenne en charge le développement économique de la ferme. Comme il le dit : « Qui représentent-ils ? »
Dans le giron de la société civile
Gaël Louesdon fait partie de l’association Terre de liens, une structure qui collecte de l’épargne citoyenne afin d’acheter des terres, puis de les louer aux agriculteurs qui n’arrivent pas à réunir les sommes nécessaires pour en être propriétaire. Ce moyen permet de maintenir les terres agricoles dans le giron de la société civile et d’en faire des biens communs, comme cela aurait pu le devenir pour la ferme rouennaise. « Nous vivons toujours dans l’héritage de la restructuration de l’après-guerre, dit-il : l’agriculture c’est 54 % du territoire et elle est dominée par une corporation alors qu’entre temps, la décentralisation est passée par là, les collectivités ont pour mission la maîtrise de leur territoire, la société civile s’affirme, mais elles manquent de moyens d’agir. Il faudrait que les Safer s’ouvrent à l’ensemble de la société afin que cette instance soit plus démocratique. »
C’est cette voie que souhaite prendre la loi d’avenir agricole, entrée en application en 2016. « Avec cette loi, on ne peut plus nous parler de manque de transparence », assure le président des Safer. Et en effet, la loi élargit un peu plus les conseils d’administration aux syndicats et aux associations. Elle améliore également la transparence, notamment sur le transfert des parts sociales, ce montage juridique qui permettait de passer sous le radar des Safer. Sans être pour autant la panacée car, si tous les transferts de titres doivent être déclarés aux Safer, leur droit de préemption ne s’applique que pour la vente de 100 % du capital de la société. Il suffit donc d’un transfert de 99 % pour éviter la structure agricole. Un seuil qu’Emmanuel Hyest entend bien « négocier » pour le « réduire à 50 % ».
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SOCIÉTÉ D’AMÉNAGEMENT FONCIER ET RURAL
SAFER, le Conseil constitutionnel dit NON
31 mars 2017 • Philippe François
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Le 16 mars 2017, le Conseil constitutionnel a décidé d’annuler l’article de loi renforçant le pouvoir des SAFER dont « les dispositions portent une atteinte disproportionnée au droit de propriété et à la liberté d’entreprendre ». Des termes sévères et un coup d’arrêt définitif aux prétentions de la Fédération nationale des SAFER (FNSAFER) et d’une partie des syndicats agricoles d’accaparer la gestion de l’ensemble des terres agricoles. Mais aussi une critique cinglante du ministre de l’Agriculture et de son cabinet, du ministère de l’agriculture, et des nombreux députés de la majorité et sénateurs qui avaient voté une loi visiblement contraire à la Constitution : incompétence, soumission au lobby SAFER ou démagogie pré-électorale se reposant sur le Conseil constitutionnel pour censurer ce coup de force ?
Cette affaire se rajoutant aux critiques récentes des SAFER par les plus hauts organismes de contrôle publics (Cour des comptes, Inspection générale des finances, Ministère de l’agriculture-Conseil général de l’agriculture) a opportunément remis dans l’actualité la question de fond : peut-on réformer ou faut-il supprimer les SAFER ?
Sur le terrain, les critiques contre les SAFER sont depuis longtemps nombreuses et virulentes, même si elles sont souvent discrètes (les agriculteurs veulent protéger leurs chances). Depuis quelques années et plusieurs condamnations des SAFER en justice, ces dysfonctionnements sont reconnus aux plus hauts niveaux de l’État :
Quatre années d’évaluation publique des SAFER
2013 : l’Inspection des finances et le Conseil général de l’agriculture (Ministère de l’agriculture) publient un rapport démontrant que le système des SAFER est opaque, inefficace et coûteux pour les finances publiques. Ils proposent leur extinction.
2014 : la Cour des comptes dénonce le peu de résultats des SAFER, et l’utilisation massive de leurs prérogatives pour se financer. En s’immisçant dans des transactions où leur intervention est inutile (substitution), elles détournent à leur profit des taxes dont les collectivités locales ont pourtant besoin. La Cour propose de les réformer.
Octobre 2014, la loi d’avenir pour l’agriculture est adoptée. A son origine aucune disposition relative aux SAFER. Le gouvernement fait insérer de nouvelles dispositions en faveur des SAFER (préemption sur cession de 100 % des parts, préemption sur cession en démembrement de propriété,…) dont déjà une partie est sanctionnée par le Conseil Constitutionnel.
Mai 2016, malgré ces avertissements de ses propres services, au lieu de réformer les SAFER, le gouvernement fait insérer un volet foncier, projet largement écrit par la FNSAFER renforçant leurs pouvoirs, dans le projet de loi Sapin 2 relatif à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique.
Décembre 2016, le Conseil constitutionnel annule cette loi à la demande des députés LR.
Décembre 2016, dans l’urgence, des parlementaires de gauche et des sénateurs de droite font voter une nouvelle version de la loi destinée à contourner la décision du Conseil constitutionnel.
Mars 2017, à la demande de 60 députés de droite, le Conseil constitutionnel annule la nouvelle version de cette loi qui portait une atteinte disproportionnée au droit de propriété.
Alors que la France traverse un crise économique, sociale et sécuritaire, et que la crise agricole frappe plus la France que tous les autres pays européens, cette urgence à soutenir un lobby avant les élections est choquante. Il est au contraire temps de se demander pourquoi nos agriculteurs sont plus frappés par la crise agricole que ceux des pays voisins dont les initiatives ne sont pas étouffées par des administrations publiques et para-publiques.
Une tentation collectiviste ancienne
Face au monde agricole, en 1961 comme en 2017, l’idée que tout irait mieux si l’État disposait de tous les pouvoirs est récurrente pour certains. Après avoir décidé ce que les consommateurs doivent consommer, il fixerait qui aurait le droit de posséder la terre et de cultiver, ce qu’il faut produire et les prix de vente. Dans les années 1960[1], le contrôle des structures, l’autorisation d’exploiter et les SAFER ont largement mis en place les bases de cette politique. Et d’après le livre d’Edgard Pisani, père de ces réformes, (Utopie foncière[2]) cette situation n’était qu’une première étape avant une étatisation totale du secteur.
Publié en 1977 dans la perspective des élections de 1981, ce livre prône la nationalisation de la totalité des terrains de France. Une fois propriétaire de toutes les terres, chaque fois qu’une de ses propriétés se libérerait (décès, retraite ou abandon par l’exploitant) l’État choisirait un nouvel exploitant « en toute objectivité », naturellement. Ce projet exclut, à regret, l’expropriation immédiate, pure et simple des terres, et propose que l’Etat préempte (à son prix) toutes les parcelles mises en vente jusqu’à ce qu’il soit maître de tout le sol du pays. Une position affirmée dès 1975 dans le document approuvé par le Comité directeur du parti socialiste « L’établissement par la loi de ce droit éminent confère à la collectivité la faculté et le devoir d’acquérir – par droit de préemption - la totalité des biens fonciers librement mis en vente ». Une étatisation qui devrait ne prendre que deux générations (50 ans) d’après les auteurs. ll faut lire les 85 pages des articles détaillés du projet de loi qu’Edgard Pisani entendait faire adopter par le Parlement en 1981 pour réaliser vers quelle structure collectiviste le système mis en place nous entraine si les Français ne se révoltent pas.
La tentation corporatiste
Logiquement, rien n’aurait dû faire plus horreur aux paysans français très attachés à leur liberté et au droit de propriété que cette politique. En URSS, six millions de paysans sont morts en luttant contre la collectivisation des terres. Mais en France, des éléments du monde agricole ont compris l’intérêt qu’ils auraient à s’associer à la gestion par l’État du système agricole. Si c’est en principe l’Etat à travers les préfectures qui décide des attributions et autorisations, c’est en réalité en lien très étroit avec les responsables de la corporation agricole. Encore une fois, une situation similaire à celle des logements publics (HLM, logements intermédiaires, logements haut de gamme) où des intermédiaires (élus et autres) ont pendant longtemps tiré parti de leurs pouvoirs d’attribution des logements[3].
L’échec
En 2017, malgré 9 milliards de subventions européennes, financées par la France, notre agriculture est dépassée par celle de ses voisins, et le revenu de nombreux agriculteurs est très inférieur au SMIC, voire négatif pour tous ceux qui sont contraints chaque année d’abandonner ce métier.
Une exploitation typique de 80 hectares de grande culture ou d’élevage, perçoit pourtant chaque année environ 24.000 euros de subvention soit 2.000 euros par mois. Pour tous les agriculteurs qui se versent moins de 1.400 euros par mois (voire moins de 400), la solution n’est pas de leur accorder 300 euros de plus d’aides sociales. C’est, comme pour toutes les entreprises, de réduire leurs charges et la suradministration de ce secteur économique. L’État qui se montre incapable de gérer de grandes entreprises comme le Crédit Lyonnais, AREVA ou la SNCF, est encore moins bien placé pour choisir et conseiller les centaines de milliers de petites TPE/PME agricoles dispersées sur tout le territoire.
Conclusion : non au closed shop[4]
Par leur emprise, les SAFER, Chambres d’agriculture et autres commissions de cogestion de l’agriculture, ont mis en place une véritable « closed shop » dans ce secteur. C’est la corporation agricole (dominée par les syndicats agricoles) qui choisit les personnes qui ont le droit de s’installer et ce qu’elles doivent produire. Partout dans le monde, et en France dans les ports et les imprimeries, les dégâts causés par ce monopole d’embauche auraient dû avertir sur ce qui allait se passer dans le secteur agricole.
Le rapport Inspection des finances-CGARR de 2013 concluait : « Aussi, considérant la génèse de ce droit de préemption et sa réalité actuelle, la mission propose que les décrets d’application définissant les périmètres de préemption des SAFER ne soient pas renouvelés au fur et à mesure qu’ils viennent à échéance. » Une solution raisonnable d’extinction, qui donnera à ces société privées le temps de se transformer officiellement en marchands de biens ou en agences immobilières ordinaires.
Comment la loi SAFER-2017 a été censurée
Les articles incriminés ont été largement inspirés par la FNSAFER comme elle le revendique. Introduits en mai 2016 dans la loi relative à la lutte contre la corruption, ils sont votés au Parlement en octobre et censurés comme plusieurs autres articles en novembre par le Conseil constitutionnel pour une question de forme : ces cavaliers législatifs n’avaient rien à voir avec la loi en question.
Dès décembre l’article concernant les SAFER est repris par le député socialiste Dominique Potier qui déclare : « On va aller vite pour faire repasser sous une autre forme ce qui a été censuré par le Conseil constitutionnel ». Un projet de loi est voté en janvier, d’abord au Sénat à la quasi-unanimité, puis à la majorité à l’Assemblée nationale où la droite s’abstient.
Convaincue du caractère inconstitutionnel de la mesure SAFER, la Fédération nationale de la Propriété Privée Rurale (FNPPR) a aussitôt transmis aux parlementaires les études qu’elle avait réalisées en 2016. La fin de la session parlementaire et la proximité des élections avaient rendu le planning très tendu. Et c’est finalement le 16 février, que 60 députés de droite emmenés par Christian Jacob, ont déposé leur demande d’annulation.
Le 16 mars, le Conseil constitutionnel concluait : « Sont contraires à la Constitution les dispositions suivantes de la loi relative à la lutte contre l’accaparement des terres agricoles : le troisième alinéa de l’article 1er et l’intégralité de l’article 3 (relatif au droit de préemption sur les cessions partielles de parts sociales) ».
Une décision qui a l’avantage de mettre définitivement un terme à ce sujet, tout en ayant fait largement connaître cette façon légale de prévenir l’intrusion des SAFER dans des contrats privés.
Note : le rapport de l’Inspection des finances et du CGARR remis en 2013 à son ministre vient seulement d’être rendu public quatre ans plus tard par décision de Michel Sapin. Un signe de la gêne des ministres de l’Agriculture qui se sont succédé depuis cette date face à un contenu incontestable rédigé par des experts de leur propre ministère.
[1] Dans le domaine du logement cette tentation existe aussi, l’Etat aimerait pouvoir tout contrôler et attribuer à chacun un logement selon des standards définis, et selon son bon plaisir.
[2] Toujours en vente
[3] Les réformes des commissions d’attribution auraient mis un terme à ces pratiques.
[4] Wikipedia : Le closed shop, littéralement « boutique fermée » mais sémantiquement « monopole d'embauche ». En France, un système équivalent a été mis en place par la CGT pour les ouvriers du livre ou encore pour les dockers.
France culture : Philosophie du clitoris
Je précise bien dans le titre que cette émission vient de France culture et qu'il s'agit bien d'une réflexion, une analyse, d'un état des lieux, si je puis dire. Le mot "clitoris", aussi incroyable que ça puisse paraître, reste un terme qui aurait tendance à faire fuir une certaine frange de la population. "On ne parle pas de ces choses-là."
https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/les-chemins-de-la-philosophie-emission-du-lundi-01-mars-2021

"La femme est un être singulier, la seule à posséder deux organes sexuels séparés, dont le clitoris, dédié au plaisir. Le secret de ce plaisir fut longtemps un impensé en philosophie. Qu’est-ce que le plaisir ? Comment parler du clitoris sans tomber dans un essentialisme du corps féminin ?"
Philosophie du clitoris• Crédits : Adene Sanchez - Getty
Une émission initialement diffusée le lundi 1er février 2021
"Le clitoris est une pierre minuscule logée en secret dans la grande chaussure de l'imaginaire sexuel.
La jeune Clitoris de la mythologie grecque, connue pour sa taille très fine, était dite mince 'comme un caillou'.
Longtemps caché, privé de nom, de représentations artistiques, absent des traités de médecine, souvent ignoré des femmes elles-mêmes, le clitoris n'a eu durant des siècles qu'une existence de scrupule, au sens primitif du terme, ce grain qui gêne la marche et taraude l'esprit."
Catherine Malabou, dans Le plaisir effacé : clitoris et pensée, aux éditions Rivages (2020)
Alors comment passer du scrupule au plaisir ? Comment garder le mystère du plaisir, celui-même qui appelle la pensée ?
L'invitée du jour
Catherine Malabou, philosophe, professeure de philosophie au « Centre for Research in Modern European Philosophy » à l’Université de Kingston au Royaume-Uni
Le plaisir, un impensé philosophique
Le plaisir est un terme qui a été beaucoup employé en philosophie, mais qui a été assimilé très rapidement à la passion au sens classique du terme, très peu à la sexualité, et encore moins à la sexualité féminine. J’ai voulu explorer ce côté secret du plaisir qui n’avait jamais été dit en philosophie. Il faut garder cette image du scrupule, de quelque chose qui nous gêne, pour arriver à le penser. Catherine Malabou
Parler du clitoris, est-ce essentialiser la femme ?
En parlant du plaisir effacé, j’ai voulu montrer que lorsqu’on mettait fin à un effacement, on en produisait nécessairement un autre. Aujourd’hui il est vrai qu’il y a beaucoup de livres, de représentations du clitoris, il n’est plus ignoré, mais le scrupule demeure, et cela va nous renvoyer à l’histoire du féminisme, parce que la grande question est : comment parler du clitoris sans tomber dans ce que le féminisme dénonce comme un piège : l’essentialisme, le naturalisme, quelque chose qui serait la nature de la femme. Comment en parler sans l’effacer à nouveau ? Catherine Malabou
Le corps féminin• Crédits : CSA images - Getty
Le corps féminin
4 ÉPISODES (5 DISPONIBLES)
DÉCOUVRIR
Du plaisir longtemps effacé du clitoris à l’utérus qui donna son nom à l’hysterie, des seins qui font la révolution à l’ambivalence du poil et de la chevelure, une série d’émissions autour du corps féminin.
En savoir plus
À retrouver dans l'émission
LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Adèle Van Reeth
TOUS LES ÉPISODES
Réécouter Le corps féminin (1/4) : Philosophie du clitoris58 MIN
Épisode 1 :Philosophie du clitoris
LE 01/02/2021
La femme est un être singulier, la seule à posséder deux organes sexuels séparés, dont le clitoris, dédié au plaisir. Le secret de ce plaisir fut longtemps...
Réécouter Le corps féminin (1/4) : Philosophie du clitoris58 MIN
Épisode 1 :Philosophie du clitoris
LE 01/03/2021
La femme est un être singulier, la seule à posséder deux organes sexuels séparés, dont le clitoris, dédié au plaisir. Le secret de ce plaisir fut longtemps...
Réécouter Le corps féminin (2/4) : L’utérus sur le divan58 MIN
Épisode 2 :L’utérus sur le divan
LE 02/03/2021
L’utérus est la matrice de la vie, l’origine selon Freud du premier traumatisme vécu : la naissance. Lieu de la maternité, l’utérus est aussi source de...
Réécouter Le corps féminin (3/4) : Phénoménologie des seins58 MIN
Épisode 3 :Phénoménologie des seins
LE 03/03/2021
Les seins des femmes sont partout, mais cette omniprésence traduirait-elle cette objectivation du corps des femmes qui trouverait dans les seins son paroxysme...
Réécouter Le corps féminin (4/4) : Couvrez ces cheveux que je ne saurais voir !58 MIN
Épisode 4 :Couvrez ces cheveux que je ne saurais voir !
LE 04/03/2021
Le fait de cacher la chevelure est partagé par les religions monothéistes, mais les questions se cristallisent aujourd’hui autour du voile dans l’islam....
A CŒUR OUVERT : Plénitude de l'unité

"PLÉNITUDE DE L’UNITÉ
Il aimait ce titre. Un appel au bonheur. Deux, quatre, dix pages…
Le fil des pensées restait linéaire dans la lecture. Pas d’envolées incontrôlées, pas de dérives, pas d’échappées insoumises.
Il parvenait à rester inscrit dans la réflexion. Parfois, il arrêtait la lecture, posait le livre sur ses genoux, tentait de fixer les idées, d’en garder une trace, une inscription, quelque chose qu’il pourrait retrouver plus tard. Il imaginait sa mémoire s’ouvrir et absorber un nouveau contenu.
« Le mental se construit au fur et à mesure de notre vie et de nos expériences. Par nos cinq sens, nous construisons l’ensemble de notre expérience humaine. Dès la petite enfance, notre mental apprend à saisir l’information, il la catalogue, la range dans des cases, il construit son référentiel. L’impact du monde adulte, parents, enseignants, proches, société, médias, est gigantesque et contribue à un immense formatage. Le mental calcule, argumente, établit des connexions, trouve des raisons (ou en fabrique), s’adapte ; le mental est une machine formidable pour ce genre de tâches. L’objectif pour lui est de créer une entité individuelle. L’individu s’édifie en fonction des oppositions ou des appartenances qui lui conviennent. Il est d’ailleurs extrêmement performant pour fabriquer des catégories, des groupes, des classes, des repères parfaitement identifiés. Il va sans cesse chercher à accumuler de la sorte des « connaissances » afin de se construire et de prendre forme. C’est son existence même qui est en jeu.
Et c’est là que l’ego prend forme. Il se construit à travers le miroir de l’altérité en se nourrissant des référents du mental.
« L’importance est dans ton regard, non dans la chose regardée », écrivait André Gide.
Il faudrait donc apporter à la chose un regard objectif, libre, épuré. Mais le mental a des références et n’en démord pas.
« L’essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien qu’avec le cœur. »
Nous connaissons tous cette phrase de Saint-Exupéry. Mais où est ce cœur ? Ça n’est pas l’organe ou si ça l’est, il existe une partie non fonctionnelle qui n’est pas connue. À moins qu’il s’agisse d’une énergie, à moins qu’il s’agisse d’un émetteur plus vaste que le cœur, une source dissimulée.
Lorsque nous sommes saisis par un coup de foudre, les quelques secondes pendant lesquelles une onde de chaleur nous électrocute, il ne s’agit sans doute pas du mental étant donné qu’il n’a pas eu le temps d’analyser le cas. Il reprend très vite le contrôle, malheureusement. Et dès lors, on ne voit plus, on croit voir ce qui nous convient. Les prochaines désillusions viennent de prendre racine. Le mental vient d’ouvrir l’atelier de poterie dans lequel il va chercher à modeler l’autre à sa convenance, selon ses références.
À moins que la vie nous ait fait un cadeau immense et que le coup de foudre se transforme en un ciel lumineux, sans que rien de la mémoire ne vienne y peindre le moindre nuage connu, le moindre repère identifié, la plus petite balise. Rien. Jusqu’à l’infini du temps. »
Il souriait intérieurement. Un bonheur à s’accorder, une confiance à sauver.
« On ne voit bien qu’avec le cœur. » Saint-Exupéry n’aurait jamais imaginé qu’un homme puisse vivre sans le sien, sans même un cœur humain. Diane parlait d’un émetteur plus vaste. Quoi ? Le corps entier ? Le cerveau ? Non, pas le cerveau. D’autres organes n’auraient pas été munis de neurones si tout avait été concentré là-haut. Il y avait autre chose. Pas le cœur, ça au moins, il en était certain. Et si on lui enlevait les intestins ? Qu’en serait-il ? Tout ça était trop limité. Les systèmes scientifiques avaient une vue étroite. Mais alors quoi ? Et si nous n’étions qu’un récepteur ? Et si nous n’émettions rien du tout ?
Il se redressa soudainement et eut un vertige. Il s’adossa, la main sur le front, les yeux fermés.
La force de ce flash. Nous n’étions que des récepteurs. Tout venait de l’extérieur. Sa transformation n’était pas dû au fait que son cœur n’émettait plus rien mais juste que le mental avait perdu une partie de ses repères, que l’identification avait été entamée, partiellement brisée. Les émotions venaient de l’extérieur. Aussi folle qu'elle soit, l'idée lui plaisait. Les émotions nous saisissaient parce que nous étions disponibles et ensuite, le cerveau les interprétait. Il se les attribuait parce que nous avions été éduqués ainsi. L’ego, le maître, une entité fabriquée de toutes pièces, la prétention humaine, l’identification. Oui, c’était ça… « Je suis en colère » était une affirmation totalement erronée. La colère est en moi parce que je l’ai laissée entrer. « Je me suis laissé envahir par la colère. » Voilà la réalité. Et je ne suis donc pas amoureux, par moi-même. L’amour est entré en moi. Il tient juste à moi de lui offrir une place durable. Rien n’est à moi, tout m’est donné. Je possède le choix de l’exploitation ou de la perdition mais pas de ce qui est.
Un bonheur immense. Un embrasement. Des bouffées d’amour qui l’envahissaient.
Des grésillements. L’accélération de son cœur.
Non, c’était impossible. Il n’avait pas bougé, les microprocesseurs n’avaient aucune raison de faire varier le rythme cardiaque. C’était inconcevable. Un trouble gigantesque. L’impression qu’il était utopique de vouloir élaborer une explication rationnelle et fiable, définitive, tangible, incontournable.
Cette impression incompréhensible d’être envahi par une entité extérieure.
Il aurait voulu que Diane soit là, il se sentait partir, un malaise, un chaos trop puissant. Il s’allongea de nouveau et ferma les yeux.
« Calme-toi, calme-toi. Respire. »
Les grésillements s’effacèrent peu à peu.
L’amour n’est pas dans notre cœur, ni dans notre cerveau, il n’a pas de coffre réservé, pas d’antre secret, pas plus de centre émetteur interne. Il n’émane pas de nous. Nous n’en sommes pas les concepteurs. L’amour est partout. Et si nous restons ouverts, il s’invite. Personne n'est apte à générer de l'amour. Il ne s'agit que de s'ouvrir à lui.
Il tentait de remonter à la source, de trouver le nœud originel qui libérerait toutes les révélations. Son cœur avait participé à ce conditionnement épouvantable de l’homme intégré et du Soi désintégré, son cœur avait été un ouvrier attelé à sa destruction. Saint-Exupéry s’était trompé. On ne voit bien qu’avec le cœur relevait d’un monde idyllique, d’un monde qui n’aurait aucune influence, qui ne chercherait pas à s’octroyer les raisons d’aimer. En perdant son cœur, les fondements même de son enfermement avaient été supprimés, non seulement la masse infinie de toutes les données enregistrées dans la boîte noire des émotions vécues mais le récepteur lui-même. Tout n’avait pas disparu puisqu’un seul organe avait été retiré mais il représentait le cœur du système. Bien évidemment.
L’homme avait fait de l’homme son propre prédateur. Nul besoin de guerre. Il suffisait d’éduquer le cœur et tout le reste suivrait, il suffisait d’inculquer les raisons d’aimer, il suffisait de canaliser les émotions, d’identifier les cibles, de laisser croire à la clientèle qu’elle était libre de ses choix. Personne n’irait accuser le cœur d’être un traître. Le cœur n’était qu’un disque dur formaté.
Les tenants de la spiritualité et de la libération des esprits seraient sans doute décontenancés d’apprendre qu’il convenait d’enlever le cœur des hommes avant de s’engager sur une voie d’éveil.
Il pensa à tous les implantés qui l’avaient précédé. Il serait intéressant de les retrouver. Une nouvelle espèce humaine. Des hommes sans cœur. Des hommes libres. Défragmentation du disque dur.
Il se sentit fatigué, comme un voyage trop long, un manque de condition spirituelle en quelque sorte.
Il se laissa partir, respiration lente et profonde, visualisation du flux d’oxygène, jusqu’à l’effacement des dernières pensées…"
L'intelligence du coeur
J'aime beaucoup cette citation, restée anonyme.
"L’idéal serait d’avoir le coeur dans la tête et le cerveau dans la poitrine. De cette façon, on penserait avec amour et on aimerait avec intelligence."
Anonyme
Quand j'ai décidé d'écrire "A CŒUR OUVERT", j'ai beaucoup lu sur l'organe concerné. J'ai appris beaucoup de choses même si ça reste insignifiant au regard de tout ce qui me resterait à découvrir. C'est hallucinant la somme de connaissances déjà accumulées dans le domaine organique. Un article, dont j'ai malheureusement omis de poster le lien, donnait un éclairage qui m'avait fasciné.
La question dès lors était d'imaginer ce qui pouvait advenir lorsque le coeur naturel était remplacé par une prothèse intégralement artificielle. C'est là que se tenait la source de ce roman.
L'intelligence du coeur a-t-elle encore une signification, a-t-elle encore des effets sur l'individu, s'est-elle logée dans le cerveau, où se tient-elle dans l'ensemble de l'individu ? Et si cette intelligence n'était finalement pas humaine mais issue de la nature elle-même ? Pourrait-elle être saisie par l'individu lorsque celui-ci chemine dans une voie spirituelle ?

https://www.jepense.org/intelligence-du-coeur-definition/

L’intelligence du coeur : qu’est-ce que c’est ?
3 MARS 2021
5/5 (2)
L’intelligence du coeur : définition et signification. Quel lien avec l’esprit, l’émotion, la raison et l’intuition ?
On oppose souvent l’intelligence du coeur à l’intelligence de l’esprit, l’esprit ayant ici le sens d’intellect.
L’intelligence du coeur est de nature spontanée ; elle se fonde sur une sorte d’élan vital, positif et inclusif ; elle est plus large et moins mécanique que l’intelligence de l’esprit. Cette dernière s’appuie sur la rigueur de l’analyse, qui manque parfois à la première.
L’intelligence du coeur n’a pas de rapport direct avec les facultés intellectuelles de l’individu : c’est la raison pour laquelle on la situe symboliquement au niveau du coeur, organe de la vie, du lien et de l’amour, alors que l’intellect est associé au cerveau.
Ces deux formes d’intelligence s’appliquent en réalité à des domaines différents :
la première touche à la spiritualité, à la manière d’être au monde et au “Soi”,
la seconde touche à la matière ; elle est de nature plutôt scientifique.
L’intelligence du coeur pourrait être qualifiée de “chaude” alors que l’intelligence de l’esprit est “froide”, presque détachée de l’objet de l’analyse.
Pourtant, ces deux formes d’intelligence ne sont pas incompatibles. La lucidité du coeur n’est pas contraire à la raison, elle peut se nourrir de l’intellect et de la logique. De même, l’intelligence de l’esprit n’est pas fermée à l’intuition ni aux émotions, elle n’est pas dénuée de vie.
Tentons d’aller plus loin.
Lire aussi nos articles :
Intelligence et conscience : définitions, différences
L’intelligence du coeur : définition.
Contrairement à l’intellect, l’intelligence du coeur ne place pas le raisonnement au centre.
Cette forme d’intelligence s’acquiert par le lâcher-prise, l’ouverture aux autres et au monde. Plutôt qu’une construction mentale fondée sur la dualité, il s’agit de déconstruire l’édifice logique afin de dépasser cette dualité. C’est donc un chemin d’unité, de réconciliation et d’acceptation.
Toutefois, la raison peut constituer un moyen de valider le ressenti ou l’intuition du coeur.
Tentons la définition suivante :
L’intelligence du coeur décrit un certain état de conscience qui se caractérise par la compassion, l’amour et la reconnaissance que tout est lié. Ici, l’ego s’efface pour accueillir la réalité dans sa globalité, selon une approche non-duelle.
L’intelligence du coeur et les émotions.
L’intelligence du coeur est parfois assimilée à l’intelligence émotionnelle, terme créé dans les années 1960 pour pallier aux insuffisantes du célèbre quotient intellectuel (QI).
L’intelligence émotionnelle prend notamment en compte :
l’intelligence interpersonnelle (capacité à comprendre les autres, leurs émotions, leurs attentes…),
l’intelligence intrapersonnelle (capacité à se comprendre soi-même et à analyser ses propres sentiments, attentes ou motivations).
Cette approche permet de compléter notre définition de l’intelligence du coeur. Mais celle-ci n’est pas qu’une simple question d’empathie, elle va bien au-delà des sentiments, de même qu’elle dépasse la simple logique.
L’intuition.
L’intuition est une vue du coeur dans les ténèbres.
André Suarès
L’intelligence du coeur consiste non pas à accumuler une somme de savoirs et de méthodes, mais au contraire à vider son esprit de sa “science”, afin de laisser une plus grande place à l’intuition. C’est ainsi que les postulats et les présupposés s’effacent au profit d’un esprit ouvert, comparable à un ciel sans nuage, libre de toute influence ou déterminisme.
La méditation est une des voies d’accès à cela : en dépassant son propre mental, l’individu s’éveille à de nouveaux horizons.
La “vision du coeur”.
L’intelligence du coeur amène à développer un regard large, non restreint à sa propre individualité.
Cette vision ne s’arrête pas à l’apparence des choses ; elle se fonde non pas sur la capacité à interpréter mais au contraire à se laisser traverser, à accepter les choses telles qu’elles sont. C’est donc un regard illimité, infini, rendu possible par l’abandon du “moi”.
Cette “vision du coeur” amène à la compréhension des grandes lois qui régissent le cosmos, au premier rang desquelles la loi d’Amour (cliquez pour lire notre article).
Alors que la vision physique sépare les choses, la vision du coeur les rassemble. Ici, le coeur est ce qui nous relie symboliquement au centre du monde, au grand Tout. C’est la clairvoyance.
Le chemin de la Connaissance.
L’intelligence du coeur est la voie de la Connaissance, au sens de sagesse.
Cette connaissance-là n’a rien de scientifique. Elle n’est pas non plus une omniscience, qui est un attribut réservé à Dieu. Elle est au contraire l’aveu que nous ne savons rien, ce qui nous amène à renoncer à juger les autres et le monde.
Elle est aussi connaissance de soi, la reconnaissance que nous sommes des êtres instables, limités et éphémères, et pourtant pleinement présents au monde.
On le voit, le chemin du coeur se fait en reculant, en abandonnant, en se laissant traverser par toute chose.
Au final, l’intelligence du coeur commence là où finit la science. Elle consiste en un lâcher-prise, un abandon de l’individualité, un renoncement à toute forme de savoir pour s’ouvrir à une forme de conscience sans limite.
Quelques citations.
Les grandes idées sont plus souvent le fruit d’un grand coeur que d’une grande intelligence.
Fiodor Dostoïevski
L’amour c’est le coeur qui s’émeut en même temps que l’intelligence.
Georges Poulot Perros
La pauvreté du coeur ne nourrit jamais l’intelligence mais la richesse du coeur développe souvent l’esprit.
Jacques de Bourbon Busset
L’intelligence du coeur est la source de l’intelligence tout court.
Anonyme
L’intelligence des sages, c’est l’intelligence du coeur.
Arnaud Desjardins
L’idéal serait d’avoir le coeur dans la tête et le cerveau dans la poitrine. De cette façon, on penserait avec amour et on aimerait avec intelligence…
Anonyme
La vraie capacité est celle de l’intelligence, la vraie science est celle du coeur.
Claude Tillier
Les vérités découvertes par l’intelligence demeurent stériles. Le coeur est seul capable de féconder ses rêves.
Anatole France
Votre coeur ne répond jamais à votre mental ; il révèle les souhaits les plus profonds de votre âme. Les justifications et les excuses ne pourront jamais altérer l’aspiration du coeur ; elles ne pourront que retarder votre entrée dans une vie riche et épanouissante.
Robert Beno
Modif. le 3 mars 2021
"La fabrique de l'ignorance"
Où l'on parle des conflits d'intérêts entre certains scientifiques et les groupes de pression, qu'ils soient politiques ou financiers.
The Heartland institute. Très révélateur de ces groupes de pression et de leur idéologie.
Les "écologistes" sont comparés à des pastèques : vertes dehors, rouge à l'intérieur. Rouge comme le communisme. Il faut remonter à la période de la guerre froide pour comprendre d'où peut bien venir une idée pareille.
Consternant et très instructif.
La grande famine irlandaise
Je suis en train de lire un roman qui se passe à l'époque de "la Grande Famine" en Irlande. Au-delà de l'écriture magnifique, puissante, onirique et cruellement réaliste, je me suis posé la question de la raison essentielle de cette épouvantable famine. Et bien évidemment de l'absence de connaissances de la population au regard de toutes les plantes sauvages qui auraient pu et dû être utilisées. Et c'est effroyable de réaliser à quel point, déjà en 1845, les populations rurales, elles-mêmes, s'étaient éloignées des ressources les plus accessibles et les plus nourricières pour finir par être dépendantes de la pomme de terre et de quelques autres ressources "standardisées".
Et aujourd'hui, où en sommes-nous de ces connaissances ? Ne sommes-nous toujours pas dépendants de ces standards et de ces a priori selon lesquels rien de ce qui n'est produit par l'homme lui-même ne peut être consommé ?
Je tente de rattraper l'immense retard que j'ai pris dans la connaissance de ces plantes sauvages dont parle François Couplan et d'autres spécialistes et c'est fantastique de prendre conscience de tout ce que la nature nous offre, à quelques pas de la maison. C'est cela aussi la réalité de la "décroissance".
EAN : 9782253077718
504 pages
Éditeur : LE LIVRE DE POCHE (14/10/2020)
Note moyenne : 3.39/5 (sur 180 notes)
Résumé :
Irlande, 1845. Par un froid matin d’octobre, alors que la Grande Famine ravage le pays, la jeune Grace est envoyée sur les routes par sa mère pour tenter de trouver du travail et survivre. En quittant son village de Blackmountain camouflée dans des vêtements d’homme, et accompagnée de son petit frère qui la rejoint en secret, l’adolescente entreprend un véritable périple, du Donegal à Limerick, au cœur d’un paysage apocalyptique. Celui d’une terre où chaque être humain est prêt à tuer pour une miette de pain.
Après Un ciel rouge, le matin et La Neige noire, le nouveau roman de Paul Lynch, porté par un magnifique personnage féminin, possède une incroyable beauté lyrique. Son écriture incandescente donne à ce voyage hallucinatoire la dimension d’une odyssée vers la lumière.
La famine en Irlande
Géraldine Vaughan dans mensuel 419
daté janvier 2016 - ![]()
Un million de morts. Un million et demi d'émigrés. Le bilan de la Grande Famine qui touche l'Irlande entre 1845 et 1852 est terrifiant. Comment une telle catastrophe a-t-elle pu avoir lieu ? Les Britanniques en sont-ils responsables ?
En mars 1847, le grand homme politique britannique William Gladstone partage avec son ami (et futur cardinal) Henry Manning ses réflexions sur ce qu'il nomme la « plus grande horreur des temps modernes ». Comment expliquer que, « dans une période d'abondance, dans le pays le plus prospère de notre époque, un peuple meure de faim » ? Gladstone évoque la famine qui sévissait alors en Irlande depuis l'automne 1845. Au début des années 1850, le bilan démographique et social de cette catastrophe est déjà très lourd et représente un million de morts et un million et demi d'émigrés pour un pays qui comptait 8,5 millions d'habitants en 1841.
C'est le mildiou, maladie due à un champignon parasitaire, qui est à l'origine de la « famine de la pomme de terre ». En effet, le Phytophthora infestans, vraisemblablement transporté par des navires venant d'Amérique du Nord, atteint l'Europe du Nord-Ouest à l'été 1845. Les conditions météorologiques de cet été-là (pluie et vent) contribuent à la propagation de la maladie. A l'automne, un tiers de la récolte habituelle irlandaise est perdu. Les petits paysans irlandais sont particulièrement affectés car, depuis le début du XIXe siècle, l'essentiel de leur régime alimentaire repose sur la consommation de cette denrée. On pouvait à l'époque limiter les dégâts sociaux d'une récolte désastreuse - l'Irlande avait déjà connu des épisodes de famine dans les années 1720, 1730 et 1810 par exemple -, mais les récoltes des années 1846, 1848 et 1849 sont également décimées. Le parasite n'est pas identifié comme tel immédiatement, empêchant qu'il soit endigué. La première commission scientifique nommée par le gouvernement de Robert Peel (1841-1846) à l'automne 1845 désigne le climat humide et froid de l'été précédent comme responsable du pourrissement de la récolte et préconise d'abord la ventilation des tubercules puis leur immersion dans l'eau marécageuse.
La famine tue de deux manières : on estime que deux tiers des victimes meurent littéralement de faim (oedème et dysenterie) et qu'un tiers succombent à toutes les épidémies (choléra, typhus, fièvres) qui se propagent aisément au sein d'une population très affaiblie et concentrée dans les asiles pour pauvres et les grandes villes. Les enfants sont particulièrement touchés par la tuberculose et la fièvre scarlatine. Néanmoins, les plus pauvres ne sont pas les seuls affectés : les médecins, les administrateurs locaux, les prêtres et les pasteurs - tous ceux qui portent secours aux plus affaiblis - succombent eux aussi à diverses épidémies.
L'horreur des corps décharnés et des cadavres qui s'amoncellent dans les rues et les chaumières est rendue avec beaucoup de justesse par l'artiste dessinateur James Mahony. Les dessins qu'il publie en 1847 dans The Illustrated London News font la triste réputation des alentours de Skibbereen (comté de Cork) auprès d'un lectorat britannique et international.
L'Irlande faisant partie intégrante du Royaume-Uni depuis l'Acte d'union (1800), l'organisation de l'aide publique incombe donc au gouvernement britannique de Londres. Or les années 1840 marquent en Grande-Bretagne le triomphe de l'idéologie libérale, celle du libre-échange et du laisser-faire en économie. Les dirigeants sont donc tout à fait hostiles à un trop grand interventionnisme étatique. Pour interférer le moins possible avec les lois du marché, Robert Peel décide d'acheter en secret 100 000 livres sterling de maïs américain à l'automne 1845. L'objectif est de fournir le marché irlandais en céréales au printemps 1846. Pour cela, les instances d'assistance publique locales doivent le vendre à prix coûtant. En outre, Peel réactive une politique de chantiers publics sur lesquels sont embauchés ceux qui demandent de l'aide. En revanche, le gouvernement rechigne à venir en aide aux centaines de milliers d'émigrés qui doivent quitter l'île par leurs propres moyens.
Responsable de ses malheurs
Sous le gouvernement du libéral John Russell (1846-1852), l'aide étatique est réduite au strict minimum. Seules les soupes populaires permettent, un temps, de contrer chez certains pauvres les effets les plus sévères de la dénutrition (Soup Kitchen Act, 1846-1847). Les chantiers publics sont progressivement abandonnés (1847) et ce sont les asiles d'indigents qui accueillent les plus démunis dans des conditions déplorables de surpopulation, de misère et d'insalubrité. Ainsi, en mars 1847, l'asile de Fermoy (comté de Cork), prévu pour accueillir 800 pauvres, en héberge 1 800. Les bien portants et les malades sont logés ensemble si bien que, en l'espace de trois mois, 25 % des résidents meurent.
Les contemporains s'interrogent sur la responsabilité de la société irlandaise dans l'ampleur prise par ces crises agraires. Les économistes et la majorité des hommes politiques britanniques adoptent une vision dite « providentialiste » de la famine. Selon eux, si la responsabilité de cette tragédie n'incombe pas entièrement aux Irlandais - la catastrophe naturelle est vue comme un geste divin -, l'ampleur du désastre est le résultat d'une société paysanne arriérée, qui n'a pas su moderniser son agriculture ni prendre le grand virage capitaliste de la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Cette « arriération » de la paysannerie irlandaise est aussi une conséquence, aux yeux des dirigeants britanniques protestants, de son obstination à persister dans le catholicisme, religion de superstition et d'ignorance qui s'oppose au triomphe des Lumières et à celui du progrès humain et social.
Une des figures qui incarnent le mieux cette conception providentialiste est celle de Charles Trevelyan, le haut fonctionnaire en charge des opérations de secours gouvernementales de 1845 à 1847. Présenté tour à tour comme un simple exécutant des décisions du gouvernement ou au contraire comme un administrateur par trop zélé et sans pitié, il demeure un personnage controversé. Son action est guidée par sa vision de la question irlandaise - qu'il livre dans son ouvrage La Crise irlandaise en 1848. Trevelyan est un homme de son temps, partisan du libéralisme et du libre-échange, qui est choqué du retard économique irlandais : « Que peut-on attendre, écrit-il, d'une nation qui ne vit que de pommes de terre ? » Son obsession, aux résonances très contemporaines, est d'éviter de créer un pays d'« assistés » et de permettre aux Irlandais d'atteindre une autonomie économique. Pour lui, la famine constitue une occasion unique et providentielle de moderniser une Irlande stagnant dans l'archaïsme économique.
Charité privée et diaspora
Parmi ceux qui viennent au secours des plus démunis, les quakers1 jouent un rôle très important. A l'automne 1846, ayant pris la mesure de la détresse des paysans irlandais, certains d'entre eux forment un comité central de secours à Dublin et dans les principales villes irlandaises. Grâce au soutien financier de leurs coreligionnaires nord-américains, ils établissent des soup kitchens, des soupes populaires peu ou prou gratuites. La dimension internationale de l'aide apportée par les quakers est propre à l'événement que constitue la Grande Famine. En effet, cette générosité internationale est aussi liée au phénomène de la diaspora irlandaise installée aux quatre coins du globe depuis le début du XIXe siècle. A New York, des comités de soutien sont créés et, en avril 1847, le voilier Jamestown part de Boston pour Cork chargé de provisions. Des dons arrivent du Canada, des Antilles et d'Europe, où des bals de charité et des ventes aux enchères sont organisés en 1846 et 1847. En France, le journal catholique Le Correspondant lance une campagne de soutien aux plus démunis et la Société de Saint-Vincent-de-Paul envoie plus de 5 600 livres sterling aux associations caritatives irlandaises.
La dimension internationale de la Grande Famine se manifeste aussi par l'émigration de masse qu'elle provoque. En l'espace de six ans, 1,5 million d'Irlandais quittent leur île pour se rendre en Grande-Bretagne, en Amérique du Nord (États-Unis et Canada), en Australie et en Nouvelle Zélande. En l'absence de soutien étatique, le voyage est le plus souvent financé par des économies personnelles ou par des amis et des parents ayant déjà émigré (sous forme par exemple de billets prépayés pour traverser l'Atlantique). Il existe néanmoins quelques grands propriétaires terriens (comme le comte Fitzwilliam ou le vicomte Palmerston) qui aident matériellement leurs paysans à émigrer - mais le plus souvent c'est dans l'objectif de se débarrasser de locataires miséreux.
Certains vaisseaux partent directement d'Irlande. Toutefois, au fil du XIXe siècle, les ports de Grande-Bretagne, tels Liverpool ou Glasgow, deviennent les points clés de départ. Pour ceux qui traversent l'Atlantique, le prix d'un billet pour les colonies canadiennes est relativement faible - autour de 3 ou 4 livres -, ce qui représente un tiers du salaire annuel perçu par un manoeuvre. Le voyage transatlantique à bord des voiliers dure cinq à neuf semaines dans les années 1840 - un temps pendant lequel aucun salaire ne peut être gagné. A bord de ces navires, les émigrés sont confrontés à la maladie (dysenterie, choléra, typhus) et à la faim. Les tristement célèbres « bateaux cercueils » (coffin ships) sont restés l'image la plus couramment associée aux migrants de l'ère de la Grande Famine. Les voyages les plus mortels sont accomplis en 1847, « année noire » (the Black Year) de la famine. Parmi les 100 000 migrants irlandais qui partent au Québec au cours de cette année-là, un sixième meurent soit à bord du navire soit dans l'hôpital de Grosse-Ile où ils étaient retenus en quarantaine. Néanmoins dans l'ensemble, compte tenu des conditions de voyage et de l'état de santé de certains passagers, le taux de mortalité demeure relativement bas (autour de 2 %) et est comparable aux autres taux européens.
Les excuses de Tony Blair
L'ampleur de la catastrophe humaine a suscité dès le début - et jusqu'à aujourd'hui - nombre d'interrogations sur l'amplitude de la responsabilité des dirigeants britanniques. Combien d'Irlandais les gouvernants auraient-ils pu sauver ? En 1997, le Premier ministre Tony Blair a fait des excuses publiques au nom du gouvernement, dans un discours aux consonances gladstoniennes : « Que 1 million de personnes soient mortes dans une nation qui comptait alors parmi les plus riches et les plus puissantes est toujours source de douleur quand nous nous le remémorons aujourd'hui. Ceux qui gouvernaient alors ont manqué à leurs devoirs. » Dans cette déclaration, Tony Blair opérait un lien entre histoire et mémoire, ce qui est le coeur des enjeux historiques autour de la Grande Famine. Une approche uniquement mémorielle de l'événement a pu conduire certains historiens et journalistes à qualifier la famine de « génocide » perpétré intentionnellement par les Britanniques à l'encontre des Irlandais.
Un des premiers à avoir accusé les Britanniques de crime fut John Mitchel, journaliste et historien qui participa au soulèvement nationaliste de la Jeune-Irlande en 1848 et qui fut condamné au bagne australien. Sa déclaration sur la culpabilité des Britanniques dans son ouvrage paru en 1860 La Dernière Conquête de l'Irlande (sans doute) est demeurée célèbre : « Certes le Tout-Puissant nous a frappés du mildiou mais ce sont les Britanniques qui ont provoqué la famine. » Il accusait dans son livre les Britanniques d'avoir continué à exporter des céréales d'Irlande pendant que le peuple mourait de faim. Mitchel a initié une tradition historiographique dite « nationaliste » qui perdure aujourd'hui à la fois dans des ouvrages académiques et des histoires populaires de l'Irlande. Le journaliste Tim Pat Coogan, dans son ouvrage Le Complot de la famine (2012), a accusé ouvertement les Anglais d'avoir commis un « holocauste ».
A rebours de cette analyse, le courant historiographique dit « révisionniste » a émergé en Irlande à partir des années 1930. Les historiens qui se rattachent à ce courant n'ont eu de cesse d'insister sur les conditions économiques et sociales en Irlande qui pouvaient expliquer l'impact de la famine ainsi que sa dimension régionale (concentrée dans la partie ouest de l'île). Ils diminuent ainsi la responsabilité des gouvernants et des administrateurs britanniques. Depuis les commémorations de 1995, des historiens irlandais comme Peter Gray ou Cormac O Grada (parfois qualifiés de post-révisionnistes) ont mis en valeur une interprétation plus nuancée de la responsabilité britannique et ouvert des champs de recherche nouveaux comme l'histoire comparée des famines. Peter Gray conclut ainsi que l'attitude britannique peut être qualifiée de « négligence coupable »
Mots clés :
1. Mouvement religieux dissident né au XVIIe siècle en Angleterre, les quakers sont les membres de la Société des Amis du Christ. Le mouvement quaker est marqué par l'absence de prêtrise et l'égalitarisme.
DÉCRYPTAGE
Dans sa thèse soutenue en 2007, Géraldine Vaughan a travaillé sur l'histoire de l'immigration irlandaise et son impact en Écosse au XIXe siècle. Grâce aux archives gouvernementales et municipales, à celles des asiles de pauvres et des sociétés charitables ainsi qu'à celles des listes de passagers, l'étude de la Grande Famine connaît un renouveau historiographique depuis 1995 et la commémoration du 150e anniversaire de la tragédie. La question de la responsabilité des Britanniques est toujours débattue.
LE LONG DÉCLIN DÉMOGRAPHIQUE DE L'IRLANDE
Alors que l'île compte 8,5 millions d'habitants en 1841, la Grande Famine provoque la mort de 1 million de personnes avec une surmortalité supérieure à 10 % dans les comtés du Sud et de l'Ouest. De plus, 1,5 million de personnes émigrent durant cette période. Les historiens se sont interrogés sur la corrélation entre taux de mortalité et taux d'émigration. En règle générale, ils sont inverses ; les plus démunis n'émigrent pas. En 1911, l'Irlande ne compte plus que 4,4 millions d'habitants.
INDISPENSABLE POMME DE TERRE
Introduite en Irlande à la fin du XVIe siècle, la culture de la pomme de terre s'est vite répandue car elle s'adaptait parfaitement aux conditions climatiques et géologiques (humidité et sols acides) de l'île. Les grands propriétaires - souhaitant favoriser l'élevage - étaient favorables à cette plante peu consommatrice d'espace. On estime qu'en 1845 près de 1,5 million de paysans pauvres se nourrissaient quasi exclusivement de pommes de terre (très nutritives car la seule déficience que présente un régime à base de pommes de terre est celle en vitamine A). Les journaliers agricoles les plus misérables pouvaient en consommer jusqu'à 6 kilos par jour. On accommodait ces tubercules avec du sel, du chou et occasionnellement du poisson. Il fallait produire 7 millions de tonnes par an du tubercule pour la consommation humaine dans les années 1840. Plusieurs cas de mildiou furent signalés début septembre 1845, mais l'inquiétude quant aux conséquences possibles ne démarra qu'au mois d'octobre au moment de la grande récolte de l'automne. Les premières régions touchées furent celles situées dans l'est de l'Irlande. G. V.
« PÂLES ET EFFRAYANTS »
" Ma main tremble tandis que j'écris ces lignes. Les scènes de misère humaine et de dégradation auxquelles j'ai assisté me hanteront [...] Nous entrâmes dans une hutte. Dans un recoin sombre, à peine visibles tant ils étaient couverts de fumée et de haillons, se tenaient trois enfants blottis les uns contre les autres. Ils étaient allongés car trop faibles pour se lever, pâles et effrayants, leurs petits membres émaciés [...] les yeux enfoncés dans les orbites, ils étaient devenus aphones. A l'évidence ils avaient atteint le dernier stade d'une véritable famine."
Extrait du carnet de voyage du quaker anglais William Bennett en visite dans le comté de Mayo en mars 1847.
CRISE FRUMENTAIRE EN FRANCE
En 1846-1847, la France connaît une crise frumentaire. Provoquée par le climat, ce sera la dernière crise d'Ancien Régime : sécheresse puis inondations entraînent de mauvaises récoltes. Les productions céréalières sont en net recul. Comme en Irlande, la pomme de terre est touchée par le mildiou. Les stocks s'épuisent et, malgré l'importation de blé, les prix des céréales et du pain s'envolent ce qui provoque des émeutes de la faim. Cette crise de subsistance débouche sur une crise industrielle du fait d'une baisse de la demande de biens de consommation. Les faillites se multiplient et le chômage progresse. Certains ont vu dans cet enchaînement l'une des causes de la révolution de 1848 qui met fin à la monarchie de Juillet.
POUR EN SAVOIR PLUS
F. Bensimon, L. Colantonio, La Grande Famine en Irlande, PUF, 2014.
J. S. Donnelly, The Great Irish Potato Famine, Stroud, The History Press, 2010.
P. Gray, L'Irlande au temps de la Grande Famine, Gallimard, 1995, rééd., 2015.
C. O Grada, Ireland's Great Famine. Interdisciplinary Perspectives, Dublin, UCD Press, 2006.
R. Marx, « Irlande : quel malheur la pomme de terre ! », L'Histoire n° 264, avril 2002, pp. 19-20.
C. Poirteir (dir.), The Great Irish Famine, Dublin, RTÉ-Mercier Press, 1995.
G. Vaughan, « Portraits de migrants irlandais pendant la Grande Famine, 1845-1852 », Revue française de civilisation britannique n° 19.2, 2014.
François Couplan, ethnobotaniste
"Sans les plantes, nous n’existerions pas !" - François Couplan, ethnobotaniste
par Nadja Viet publié le 28 mai 2020 à 18h31
Voici une vérité essentielle qu’il est utile de conscientiser, pour développer une nouvelle relation au végétal, une meilleure approche d’un monde qui se révèle fascinant et généreux. Pour partager avec nous sa passion des plantes, François Couplan était l’invité de l’émission « Grand Bien vous fasse ».

Les plantes communiquent entre elles et aussi avec nous, humains ! © Getty / Muhammad Purnomo / EyeEm
Dans son émission Grand Bien vous fasse du lundi 25 mai 2020, Daniel Fiévet reçoit François Couplan, auteur de nombreux ouvrages sur les plantes et en particulier, son dernier opus : Ce que les plantes ont à nous dire, publié aux éditions Les Liens qui libèrent.
Sillonnant la planète, cet ethnobotaniste de renom se trouve à l’origine du renouveau de l’intérêt porté aux plantes comestibles et médicinales en France et de par le Monde.
Avec pédagogie et enthousiasme, François Couplan nous exhorte à redéfinir notre rapport à la Nature et, en particulier, aux plantes qui, selon lui, ont subi un rejet socio-historique, désaffection non fondée puisque le végétal est tout de même à la base de l’alimentation et du vivant, que l’on soit végétarien ou pas, avec, entre autres, la fonction chlorophyllienne génératrice d’oxygène.
Vous connaissez certainement la soupe d'orties ou la salade de pissenlits, mais peut-être aurez-vous plaisir et intérêt à découvrir quelques autres des 1 600 espèces que François Couplan s’est plu à dénombrer dans toute l'Europe.
L'essayiste, philosophe et poète, Ralph Waldo Emerson, ami de Henry David Thoreau, disait :
Il n’y a pas de mauvaises herbes, il y a des plantes dont on ne connaît pas les propriétés.
… et François Couplan, d’ajouter à cette sage appréciation : « … dont on ne connaît PLUS les propriétés ! »
Consommer des plantes sauvages
François Couplan apporte un éclairage intéressant sur cette lacune de notre mémoire patrimoniale. En effet, il semblerait que pour des raisons socio-historiques, dès le Moyen-Âge, « les plantes sauvages aient été dévalorisées et ne fassent plus partie de la nourriture habituelle ».
Avant tout, on se nourrit de symboles.
Le clivage de la société, d’une part les riches et d’autre part, les pauvres, a scindé également les ressources alimentaires : les riches pouvaient se payer les services d’un jardinier et cultiver ainsi des espèces transformées par le génie humain.
Les populations de condition modeste, vivant à la campagne aussi pour des raisons économiques, continuaient de se nourrir d’orties, de pissenlit ou autres plantes sauvages, mais, petit à petit, toute cette culture populaire attachée aux vertus des plantes a sombré dans l'oubli.

Gravure d’un livre de botanique illustrée (1886) © Getty / Bauhaus 1000
"Pourtant, se nourrir de végétaux cultivés et d’animaux élevés pour cela est très récent dans l’Histoire humaine" rappelle François Couplan, qui donne quelques chiffres à l’appui : "90 % de la production agricole mondiale concerne seulement une vingtaine d’espèces végétales, et si nous connaissons une trentaine de fruits et légumes, ce sont des dizaines et des dizaines d’espèces qui nous entourent dans la Nature, et qui sont tellement plus intéressantes en micronutriments".
L’Organisation Mondiale de la Santé alerte depuis longtemps sur le fait que la plupart des humains sont carencés en vitamine C, en fer, en sels minéraux, en oligo-éléments, en flavonoïdes et en antioxydants. L’ethnobotaniste précise que : « Nous, Occidentaux, même si nous mangeons des produits biologiques, sommes carencés ».
Spécialiste de l’alimentation par les plantes, François Couplan précise qu’effectivement, les plantes à l’état sauvage, sont extrêmement riches en micronutriments, ces substances que nous ne pouvons pas synthétiser et qui sont pourtant essentielles au bon fonctionnement de notre organisme.
Pour exemple, l’ortie est très riche en protéines, elle est équilibrée en acides aminés et ses feuilles sont riches en provitamine A et en vitamine C (huit fois plus que le citron !). Sur la chaîne YouTube du Chemin de la Nature, vous pouvez consulter cette courte vidéo très instructive en ce qui concerne cette plante, hélas, très mal considérée :
Les plantes sauvages constituent une source extraordinaire de micronutriments, mais elles permettent aussi, en situation d’épidémie, d'augmenter la capacité de notre corps à s'adapter aux différents stress, quelles que soient leurs origines. On parle de plantes adaptogènes, et François Couplan d’ajouter que, selon lui :
Nous, humains, sommes faits pour manger des plantes sauvages.
Tisanes, infusions ou décoctions, alcools ou apéritifs, assaisonnements, plats cuits ou salades, sirop ou confits, glaces ou sorbets, confitures ou gelées, il existe mille façons d’accommoder les plantes sauvages, qu’il est important, préalablement, de bien identifier.
Certaines plantes sont des versions sauvages de légumes courants comme les poireaux et les asperges sauvages. Beaucoup de plantes sauvages s'utilisent comme des légumes, comme les feuilles de bourrache ou de pissenlit.
À la rencontre des plantes sauvages
Au-delà de la consommation de plantes sauvages, et de l’encouragement à nous soigner grâce aux plantes médicinales, François Couplan nous exhorte à nous interroger sur notre rapport au monde végétal, à reconsidérer cet anthropocentrisme qui gâche notre relation avec le vivant et les plantes :
Le monde végétal est fascinant, je l’explore depuis toute une vie sans cesser un instant de m’en émerveiller.
Le botaniste nous encourage à développer notre connaissance des plantes, décrites dans les herbiers ou les livres de botanique, mais aussi à les regarder, les contempler au fil des saisons, à les sentir, les toucher et à les ressentir, en un mot, à les fréquenter comme des êtres vivants, ce qu’elles sont !
N’hésitant pas à parler de "relation amoureuse" avec les plantes, François Couplan nous propose " de découvrir les extraordinaires secrets des plantes et la longue et tumultueuse relation que nous entretenons avec elles, une aventure commune qui façonne son histoire depuis la nuit des temps", pour peu que nous soyons capables de garder cet émerveillement, cette soif de découverte et cette humilité devant tant d’ingéniosité d'une Nature si généreuse.
L’idée simple, que développe l’ethnobotaniste dans son dernier livre au titre très explicite, Ce que les plantes ont à nous dire, est que nous avons tout à gagner, pour notre santé, mais aussi pour notre sensibilité et notre bonheur, à rencontrer vraiment les plantes qui communiquent avec nous depuis toujours.
Une riche bibliographie
Outre son dernier ouvrage, Ce que les plantes ont à nous dire, évoqué dans l'émission, François Couplan, spécialiste des utilisations traditionnelles des plantes sauvages et cultivées, qu'il a étudiées sur les cinq continents, a énormément publié.
Son ouvrage remarquable, Guide nutritionnel des plantes sauvages et cultivées, publié chez Delachaux & Niestlé, dans la collection Les Guides du Naturaliste, est une bible, tant pour les amateurs de botanique mais aussi pour tous ceux qui souhaitent connaître la valeur nutritive des plantes !
La collaboration entre François Couplan et le cuisinier étoilé Marc Veyrat a donné naissance à L'Herbier Gourmand, un plaisir pour les yeux et les papilles, et tous les moyens de reconnaître 50 plantes et de les utiliser dans 100 recettes étonnantes. Un véritable herbier à emporter en balade nature.
En presque 40 ans, l'ethnobotaniste a publié 85 ouvrages différents sur les plantes sauvages comestibles, la cuisine sauvage, la nature et d'autres aspects liés aux relations entre l'homme et les végétaux.
À la rencontre des plantes sauvages
Pour apprendre à reconnaître les plantes sauvages, il existe de nombreux sites, en voici une courte sélection :
Vous pouvez suivre la chaîne YouTube Le Chemin de la Nature, d’un autre botaniste de terrain, Christophe de Hody, qui propose une série de courtes vidéos pour vous permettre d’identifier les plantes sauvages, les arbres, mais aussi les champignons et vous apprendre à les consommer en toute sécurité.
Vous pouvez rejoindre la communauté virtuelle Tela Botanica. Cette plateforme MOOC compte plus de 50 000 botanistes en herbe, si je puis dire, et assure aussi des cours en ligne très accessibles et gratuits.
Réécouter l’émission Grand Bien vous fasse, du lundi 25 mai 2020, animée par Daniel Fiévet et avec, comme invité, François Couplan.
L'ego encapsulé (3)
"Korzybski, le père de la sémantique générale, a qualifié l’humanité de lieuse de temps, parce qu’elle a le sens de l’avenir. Apparemment, les animaux ne le possèdent pas, car ils ne prévoient pas. Les sciences sont, en effet, une forme de prédiction. Mais notre pouvoir de prédiction constitue à la fois un avantage et un désavantage. D’une part, à partir du moment où il peut prévoir, l’homme possède un pouvoir sur l’avenir. D’autre part, il est troublé parce qu’il sait qu’il mourra et qu’il n’a pas d’avenir véritable. C’est un atout déprimant. Alors il se donne dix ans ou un peu plus. Il se décharge des responsabilités plus lointaines sur ses enfants."
Allan Watts
Il est évident que la conscience de notre mort en temps qu'individu est à la source de notre course en avant, de ce "toujours plus" qui caractérise les sociétés occidentales et même désormais les sociétés orientales. Il nous faut acquérir le pouvoir de jouir de cette vie avant qu'elle ne s'arrête. Et c'est une véritable angoisse qui ne trouve son apaisement que dans cette euphorie, cet activisme, cette frénésie à faire. Je ne vais pas tenter de faire ici un résumé des milliers de livres qui ont été écrits sur le sujet.
Tout cela n'aurait pas été problématique si ça n'avait pas engendré toutes les exagérations dont nous vivons désormais les effets. Car, à se penser individuel, à se voir comme une identité séparée du tout, nous n'avons plus conscience de la portée universelle et intemporelle de nos actes.
Encore une fois, j'entends les critiques fuser, comme je les lis bien souvent sur les forums ou blogs qui abordent les thèmes de "survivalisme", de "décroissance", de "changement de paradigme". Les adversaires de ces idées qui ricanent en imaginant la vie de ces "suvivalistes" dans leurs grottes, à la lumière de la bougie, à faire cuire quelques racines dans une vieille marmite, sur un feu de bois et à collectionner les reliques d'un monde moderne écroulé.
C'est juste pitoyable et j'en ai encore été le spectateur aujourd'hui sur un forum économique. Je n'ai même pas essayé de participer aux échanges. J'en suis fatigué.
C'est si facile de réduire celui qui pense autrement à un déglingué du bulbe.
Mais bon, comme le dit le dicton populaire, "c'est à la fin de la foire qu'on compte les bouses."
Nous ne sommes pas des identités séparées de tout. Cette idée, c'est celle que Allan Watts a appelé "l'ego encapsulé".
Et c'est à la source de toutes les dérives de l'humanité.
Dans le concept de "croissance verte", de "développement durable", ou dans "l'écomodernisme", il n'est aucunement question de remettre en question ce fonctionnement de l'ego encapsulé. Il s'agit avant tout de le péréniser au mieux. Et c'est bien pour cela que ça n'a pas de sens. Nous continuons à marcher dans la même direction, avec les mêmes objectifs, avec la même "philosophie".
Il n'y aucun changement dans tout ça. Il ne faut donc y espérer aucune solution durable. C'est juste une façon de prendre le problème et de le rejeter un peu plus loin.
Beaucoup répondront que ça n'est pas bien grave. Ils seront morts avant que le véhicule ne bascule dans le fossé. Une preuve supplémentaire de la puissance mortifère de l'ego encapsulé.




