Articles de la-haut
La diversité du mouvement survivaliste.
De la nuance pour une fois.
''C’est une passion, du scoutisme pour adultes !'' : le ras-le-bol des survivalistes qui ne veulent plus être associés à des sectes ou à l'extrême droite
L'enlèvement de Mia, 8 ans, par un groupe d'hommes associés dans un premier temps à la ''mouvance survivaliste'' a crispé cette communauté, lassée d'être associée à un mouvement sectaire ou assimilée à des fanatiques complotistes, forcément armés et paranoïaques.
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Radio France
Publié le 24/04/2021 06:30
Temps de lecture : 6 min.

Un homme allume un feu dans la nature, dans l'Hérault, le 26 novembre 2017. (VINCENT PEREIRA / MAXPPP)
La communauté des survivalistes se serait bien passée de cette nouvelle publicité désastreuse. Las : quelques heures après l'enlèvement de la jeune Mia, 8 ans, finalement retrouvée en Suisse saine et sauve avec sa mère, qui en avait perdu la garde, sur les ondes de toutes les radios de France, dont franceinfo, se répand le murmure d'une opération fomentée par un commando de survivalistes. Excitant, au passage, l’intérêt de l'auditeur, tant le terme cavale dans un sulfureux paysage : Cassandre fanatiques, fin du monde, "effondrement", abri antiatomique, rations de survie, chasse à l'arc et masques à gaz militaires.
>> Collapsologues et survivalistes : comment ils se préparent à l'effondrement du monde
Dans les forums spécialisés, ceux qui manifestent un intérêt pour le survivalisme s'agacent et tempêtent : ''Les gens ont peur de ce qu'ils ne connaissent pas : en quoi sommes-nous une secte ou dangereux ?, s'indigne Erik, 41 ans. J'emmène ma femme et mon fils faire des 'explos' en forêt sur un week-end, on est au grand air, on se retrouve et on déconnecte. En même temps on se teste, comme un entraînement, au cas où...''
"La plupart des journalistes qui publient des torchons sur nous ne prennent pas la peine de venir discuter, peste de son côté Antoto Run sur la page Facebook ''Survivalistes de France''. Ce sont des articles qui font la synthèse de deux ou trois autres, avec un peu de préjugés personnels pour assaisonner le tout.''
Le survivalisme n'est pas un ami très présentable
Il faut dire que dès ses origines, le survivalisme n'est pas un ami franchement présentable. Ne serait-ce qu'en raison de la personnalité de Kurt Saxon, qui théorise le mouvement dans les années 1960 (NDLR : la paternité du mot est incertaine, mais l'importance de Kurt Saxon, dans l'émergence et la popularisation du concept, fait relativement consensus).
Kurt Saxon, Donald Eugene Sisco de son vrai nom, est ainsi membre du Parti nazi américain, de la John Birch Society, un mouvement d'extrême droite américain, de l'Église de Satan puis, enfin, de la scientologie. Le libertarien prétend alors former les Wasp (White anglo-saxon protestant) à s'imposer et dominer ceux qu'ils considèrent comme les ennemis du peuple. Avec, parmi eux, en premier lieu, évidemment les communistes, anarchistes et autres gauchistes, mais aussi les toxicomanes et les étudiants. En termes d'ascendance, on a connu plus séduisant... Cette dernière est quasi unanimement rejetée de nos jours par l'immense majorité des néo-survivalistes, notamment français, qui y voient davantage une pratique axée sur l'autonomie et l'indépendance vis-à-vis du système économique et des infrastructures étatiques, proche de la nature.
''C'est un divertissement, un hobby''
''Apprendre les techniques de survie, c’est un divertissement, un hobby, une passion, du scoutisme pour adultes qui s’amusent pour l’immense majorité'', explique l'internaute Cyril S. sur la page de ''Survivalistes de France''.
"Cela fait appel à notre instinct de survie, nous ramène en enfance, dans un pays comme le ou les nôtres qui ne sont pas en guerre et où la survie consiste surtout à travailler pour avoir de l’argent et pallier le troc qui n’existe plus et avoir une carte bancaire pour vivre au quotidien.''
Cyril S.
sur Facebook
"Le survivalisme est une approche intelligente pour prévoir l’imprévisible, complète Terry D., un autre internaute, sur le même forum. Une philosophie de vie pour la protection de nos proches, peut-être illusoire, mais ô combien rassurante." D'autant que si une minorité affiche une vision égoïste du survivalisme (avec l'''effondrement'', quelques élus, mieux préparés que les autres, survivront et chacun devra compter sur soi pour ne pas périr), une majorité donne à voir un altruisme de bon aloi, avec l'idée que les rapports horizontaux dans la transmission des savoirs et du savoir-faire peut profiter à toute la communauté.
"Est-ce que ça embête quelqu'un si ça m'amuse de penser que peut-être, un jour, tout foutra le camp et que je ferai partie de ceux qui ne subiront pas parce que je me suis préparé, s'interroge Gaétan, 32 ans. Il y a quelques mecs un peu 'borders' chez les survivalistes, mais on est dans la moyenne... Et même ceux qui aiment les armes, ou un peu 'fana-mili', ça embête qui ? Les chasseurs aussi achètent des armes."
À cet égard, cet attrait pour les objets du domaine militaire (armes, couteaux, masques à gaz, rations de survie, munitions, lampes puissantes, sac à dos à motif camouflage) semble plutôt relever davantage du fétichisme du collectionneur que d'une attirance morbide pour les armes ou un processus rationnel d'équipement imposé par la perspective d'avoir à survivre dans le chaos après "l'effondrement", un terme souvent utilisé par les survivalistes et collapsologues. Yves Cochet, docteur en mathématiques et ancien ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement dans le gouvernement de Lionel Jospin, avait défini l'''effondrement'' ainsi : "Un processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, mobilité, sécurité) ne sont plus fournis à une majorité de la population par des services encadrés par la loi."
Il s'agit, pour certains néo-survivalistes, d'une crainte qu'ils estiment fondée et qu'il faut anticiper. Dans les groupes de discussions, sur internet, ces survivalistes-là ne sont pas légion, même s'ils existent bel et bien et sont l'une des composantes de cette communauté à tout le moins hétérogène. La plupart voient plutôt l'''effondrement'' comme une éventualité, une raison d'acquérir des compétences, comme le bushcraft, la chasse, allumer du feu, se réchauffer et se nourrir dans la forêt, etc. En somme, comme un totem de jeu pour scouts adultes ou amoureux de sensations extrêmes dans la nature.
"Ils ne cherchent pas la survie, ils cherchent à vivre autrement"
''Il y a les survivalistes que j'appelle optimistes, ceux qui se préparent à un effondrement du système partiel et qui commencent à aller chercher l'autosuffisance et l'autonomie, expliquait le 16 avril sur franceinfo Laurent Combalbert, ancien négociateur du Raid. Et puis, de l'autre côté, il y a les survivalistes agressifs, qui sont dans une logique d'effondrement presque volontaire, recherchée, qui se retrouvent par quelques centaines sur des réseaux et sur des pages spécialisées.''
"Le terme de survivaliste pour cette première catégorie est exagéré, poursuit ce spécialiste des kidnappings et des mouvements survivalistes et collapsologues. Ils ne cherchent pas la survie, ils cherchent à vivre autrement."
"Les survivalistes agressifs ou les 'effondristes', ceux qui cherchent l'effondrement du système sont dans une logique d'armement, plutôt solitaires, par petits groupes, petites meutes."
Laurent Combalbert
à franceinfo
"Ils sont plutôt dans la logique que si le système s'effondre, poursuit Laurent Combalbert, les gens ne vont pas s'entraider, mais vont s'entretuer et il faudra survivre le temps qu'un nouveau système social s'organise. À l'inverse, les autres sont plutôt dans la recherche de l'autosuffisance, de l'autonomie énergétique, du localisme, arriver à se nourrir localement, avoir un impact écologique le plus léger possible, réduire sa consommation. Donc ils sont plutôt solidaires et jouent sur l'entraide." À quelques lieues, donc, du fantasme du loup solitaire, armé et paranoïaque.
"Un hiver en Corrèze"
Ceux et celles qui suivent ce blog depuis longtemps connaissent mon amour pour les montagnes.
Mais un problème crucial s'est posé depuis quelques années. Autant les sorties en montagne nous comblaient toujours de bonheur, autant la vie dans les vallées ne nous convenaient plus du tout.
Le bruit humain nous était devenu insupportable.
L'urbanisation, tout autant.
La nature était belle en altitude mais le retour à la maison nous déprimait.
La priorité n'était donc plus d'aller courir en montagne mais de vivre dans un lieu qui nous plaisait et nous apaisait.
Le même phénomène qu'avec l'écriture en fait. Autant j'ai aimé écrire, autant le retour à la réalité m'était trop douloureux.
Il s'agissait donc d'établir clairement les priorités, de les hiérarchiser et de faire des choix.
Je n'écris plus de romans et nous sommes partis.
Ici, tout nous réjouit.
Matthieu Petit a parcouru les sentiers haut-corréziens pendant 6 jours cet hiver
Récupérateur d'eaux pluviales

On a un puits sur le terrain. C'était une condition indispensable dans nos recherches. Mais on s'est inscrit pour participer à cet achat groupé. L'idée nous plaît énormément dans la démarche communautaire et bien entendu dans l'objectif de ne plus perdre toutes les eaux pluviales. L'eau est déjà un élément incontournable. Mais elle est condiérablement gaspillée. Sans doute parce qu'elle est si facilement accessible qu'un grand nombre d'individus en ont oublié sa richesse. Qu'en sera-t-il lorsque son accès deviendra fortement problématique ? On verra sans doute ces mêmes personnes se plaindre.
La plainte est parfois le comportement de ceux qui n'anticipent rien, de ceux qui, par insouciance, ne se préparent pas, ne se projettent pas, n'envisagent rien de ce qui pourrait atteindre leur fonctionnement quotidien.
Réchauffement climatique : commandes groupées de cuves d'eau de pluie sur le plateau de Millevaches
Pour s’adapter au réchauffement climatique, le Parc Naturel Régional de Millevaches lance une commande groupée de récupérateurs d’eau de pluie, pour les habitants des 124 communes du territoire.
Publié le 19/04/2021 à 19h14 • Mis à jour le 20/04/2021 à 12h15

Un récupérateur d'eau de pluie installé dans le jardin de Yann Wioland, habitant de Meymac. • © Yann Wioland
Depuis le 1er avril 2021, les habitants du plateau de Millevaches peuvent s’inscrire pour commander une cuve à eau, et ce jusqu’au 31 mai. Une initiative du Parc Naturel Régional pour acheter à plusieurs et bénéficier de tarifs préférentiels. Tous les citoyens des 124 communes du territoire peuvent y participer. Le dispositif s’inscrit dans un programme national d’adaptation au changement climatique, en lien avec l’Ademe (Agence de la transition écologique).
Pendant trois ans, plusieurs projets comme celui-ci seront lancés par le PNR. Le Parc veut réaliser un achat groupé de vélos électriques mais sa première mesure commence cette année, avec des cuves d’eau. "Elles permettront de récupérer l’eau de pluie car sur notre territoire il pleut beaucoup. L’eau pourra être utilisée dans les jardins ou pour nourrir les animaux", explique Manon Campenet, chargée de mission TEPAS (territoire à énergie positive) au PNR Millevaches. "C’est une façon de s’adapter à notre climat. Car malgré une pluviométrie double par rapport au reste de la France, 1200 contre 650 millimètres cubes d’eau tombée cette année, le plateau de Millevaches souffre lui aussi de sécheresse", ajoute Cécile Geay, responsable du pôle animation territorial au sein de PNR Millevaches.
Le PNR menacé par les manques d’eau répétés
Le plateau de Millevaches n’est pas épargné par le manque d’eau. Pourtant ce territoire qu’on présentait comme "le château d’eau de la France" a des soucis à se faire pour les années à venir. Sur le territoire, 8 000 sources sont recensées. Il y a aussi 2,15 kilomètres de cours d’eau par kilomètre carré, alors que la moyenne en Bretagne s’élève à 1,06. Les zones humides sont très importantes sur le plateau, 20% de zone humide sur le PNR contre 2,5% dans le reste de la France. Ce sont les tourbières qui stockent l’eau, "dans 1m3 de tourbière, on a 1 mètre cube d’eau" explique Guillaume Rodier, responsable du pôle gestion de l’espace.
Jamais on avait eu un problème de quantité d’eau sur le territoire mais tout a changé. Les premières canicules arrivent en 1976, puis en 2003 et en 2019, les premiers assecs de cours d’eau sont constatés, même en pleine tourbière.
Guillaume Rodier, responsable du pôle gestion de l’espace du PNR Millevaches
Un phénomène inédit, répété en 2020. "On avait des couches de sol avec 0 degré d’humidité ", s’exclame Guillaume Rodier.
Pour lui, cette situation révèle la fragilité du territoire. "Cela pose la question de la durabilité des espèces et de certaines activités humaines : agricole et sylvicole. Certaines plantations ont subi de gros dégâts à cause de la sécheresse et certains parasites sont apparus comme le scolyte qui s‘attaque aux épicéas."
Aujourd’hui, les précipitations sont faibles et le vent participe à l’assèchement. S’il ne pleut pas d’ici juin, la situation peut s’avérer critique pour l’activité humaine.
Les gestes écoresponsables
Yann Wioland habite à Meymac, avec sa femme, ses deux enfants et ses deux poules, "elles font partie de la famille" ironise t-il. Depuis 15 ans, les questions environnementales l’intéressent et c’est en famille qu’il réalise au quotidien des gestes plus écologiques. Ce passionné de jardinage, fait partie des inscrits à la commande groupée de récupérateur d’eau de pluie. Chez lui, il en a déjà deux, de 300 litres chacun mais ce n’est pas suffisant.
On a besoin d’eau pour notre potager et on n’a pas envie de gaspiller celle du réseau. On préfère utiliser de l’eau de pluie en raccordant des cuves aux toitures du jardin. Notre potager fait 50 mètres carré alors on a besoin de 1 000 litres d’eau par semaine.
Yann Wioland, Habitant de Meymac
Il faut être inventif lance Yann. "L’installation des cuves, c’est une adaptation au changement climatique et les commandes groupées du parc, l’occasion d’avoir des prix plus bas."
Cet habitant du plateau se rend bien compte du réchauffement climatique. "C’est de plus en plus fréquent de ne pas avoir de pluie pendant deux semaines consécutives, et même en plein hiver." Mais, lui et sa famille n’ont pas attendu avant de mettre en place des gestes plus respectueux de l’environnement.
En plus du tri sélectif, des déchets organiques donnés aux poules, de travaux d’isolation, de réduire le chauffage la nuit pour privilégier les couettes chaudes, de consommer local, de favoriser des éponges végétales ou recyclées, d’utiliser une plaque à silicone pour remplacer le papier cuisson… économiser l’eau est aussi un des enjeux principaux.
"On ne laisse pas couler le robinet d’eau quand on fait la vaisselle et quand on se brosse les dents. On scrute notre consommation d’eau et on compare à la moyenne nationale. On est en dessous." Yann teste la permaculture pour éviter de trop arroser le potager et en plus, des récupérateurs installés dans le jardin, il en aimerait un gros. "J‘en aimerais bien un, enterré, qui récupérait l’eau de pluie de la maison, pour les toilettes ou pour la douche. Plutôt que d’utiliser l’eau potable pour une chasse d’eau qui consomme en moyenne 10 litres d’eau..."
Pour Guillaume Rodier, responsable du pôle gestion de l’espace du PNR Millevaches, le changement climatique est une "aubaine" pour réfléchir et changer nos pratiques.
Il faut arrêter de détruire les zones humides et trouver des solutions pour capter l’eau. Ces commandes groupées, c’est un petit pied à l’étrier mais c’est une réflexion globale qu’il faut avoir.
Guillaume Rodier, responsable du pôle gestion de l’espace du PNR Millevaches
Il souhaiterait aller plus loin avec des récupérateurs d’eau sur des grands bâtiments comme sur des stabulations par exemple, pour abreuver les vaches. "Ce devrait être obligatoire de récupérer l’eau des toitures", conclut-il.
Margaux Blanloeil
La décroissance comme solution
Je trouve souvent intéressant de rechercher d'anciens articles sur des sujets cruciaux. Celui-ci en fait partie.
Date de sortie : 2010.
https://www.cairn.info/revue-ecologie-et-politique1-2010-2-page-51.htm
La décroissance est-elle la solution de la crise ?
Dans Écologie & politique 2010/2 (N°40), pages 51 à 61
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« À terme, la décroissance est inéluctable et la sagesse serait de maîtriser la décroissance des pays industriels plutôt que de tenter la “relance” du moteur de la croissance par des moyens qui conduisent au chômage, à l’aggravation du fossé entre les riches et les pauvres de la planète, aux risques incalculables de l’utilisation de l’énergie nucléaire, en somme à une sorte de normalisation de la crise confinant, en raison même de la réussite du progrès technologique, au désastre irrémédiable. »
Ivo Rens et Jacques Grinevald [1][1]I. Rens et J. Grinevald, « Préface à la première édition…
1La crise est enfin arrivée ! Quelle crise ? Pas la crise sociale, ni la crise culturelle, ni la crise éthique, ni la crise écologique ; celles-là, nous les subissons depuis belle lurette. Il y avait une crise culturelle depuis Mai 68, une crise écologique depuis 1972 et le premier rapport au Club de Rome, une crise sociale depuis 1986 et la politique ultralibérale des Reagan et Thatcher. La crise nouvelle est née de l’éclatement de la bulle financière américaine des subprime durant l’été 2007. Elle déchaîne une crise mondiale, en dépit des affirmations des responsables de l’oligarchie politico-économique à partir d’octobre 2008 avec la chute de Lehman Brothers, l’une des plus grosses banques états-uniennes. En fait, il s’agit du prolongement de la crise du mode de régulation keynéso-fordiste commencée en 1974 et dont les effets ont été retardés de trente ans grâce, entre autre, à l’habileté diabolique du responsable de la Banque fédérale américaine, Alan Greenspan. À partir des années 1970, en effet, les gains de productivité industrielle qui ont permis les « Trente Glorieuses » s’épuisent. L’endettement pharamineux des ménages et des États permet de prolonger la croissance boursière en favorisant le développement de bulles spéculatives, maintenant ainsi l’illusion de l’opulence. Pourtant, pour l’immense majorité, les coûts de la croissance deviennent déjà supérieurs à ses bénéfices. Aujourd’hui, toutes ces crises se bousculent et se cumulent, créant une situation inédite. Cette crise du « turbo capitalisme » est une crise de civilisation. Elle pourrait peut-être nous offrir l’opportunité de résoudre toutes les autres.
2En proclamant que le krach financier déclenché par l’abus des subprime n’est pas nécessairement une mauvaise chose, alors même qu’il est initiateur d’une crise bancaire et économique qui risque d’être longue, profonde et peut-être mortelle pour le système, nous pouvons être taxés de provocation. Et pourtant, pour les objecteurs de croissance, cette crise constitue le signe annonciateur de la fin d’un cauchemar.
3Il ne s’agit pas, certes, de nier que cette crise va frapper de chômage des millions de gens et va engendrer des souffrances pour les déshérités du Nord et du Sud. Alors que le G20 de Londres du printemps 2009 a mis en scène la farce d’un semblant de lutte contre les paradis fiscaux et qu’on y a fait étrangement silence sur les scandales des agences de notation et du privilège abusif du dollar, on n’arrête pas de nous seriner dans les médias que les peuples du Sud vont souffrir encore plus que nous et que les précaires seront les premières victimes des traders fous. Cependant, le fait que les banquiers et les autorités financières et politiques, le bon monsieur Camdessus en tête, responsables de la situation, soient les premiers à mettre l’accent sur la menace de ces souffrances devrait nous amener à nous poser des questions. Il y a assurément, dans cette sollicitude des grands prédateurs égoïstes et de leurs porte-parole gouvernementaux une part de propagande destinée à nous convaincre de la nécessité de mettre la main à la poche pour renflouer les banques et les institutions financières dont les responsables se sont goinfré à nos dépens de stock-options et de parachutes dorés. Il est clair qu’en dépit des grandes déclarations sur la refondation du capitalisme et sur sa moralisation, il s’agit, pour les grands de ce monde, de faire repartir le système exactement comme avant. Leur subite compassion est plus que suspecte. La réaction d’Abdoulaye Wade, président du Sénégal, nous paraît beaucoup plus saine. Interrogé par les médias sur la crise vue d’Afrique, il est parti d’un grand éclat de rire. Il n’a pas à se tracasser pour trouver des milliards pour sauver les banques africaines pour la bonne raison qu’il n’y a pas de banques africaines…
4« Que pourrait-il arriver de mieux aux habitants des pays pauvres, note judicieusement Hervé-René Martin, que de voir leur PIB baisser ? […] La hausse de leur PIB ne mesure rien d’autre que l’accroissement de l’hémorragie. Plus celui-ci augmente, plus la nature est détruite, les hommes aliénés, les systèmes de solidarité démantelés, les techniques simples mais efficaces et les savoir-faire ancestraux jetés aux oubliettes. Décroître pour les habitants des pays pauvres signifierait donc préserver leur patrimoine naturel, quitter les usines à sueur pour renouer avec l’agriculture vivrière, l’artisanat et le petit commerce, reprendre en main leur destinée commune [2][2]H.-R. Martin, Éloge de la simplicité volontaire, Flammarion,…. » Effectivement, déjà habitués à vivre dans la débrouille, les Africains de l’informel ne s’en porteront pas plus mal. Largement déconnectés du marché mondial, ils ont appris par nécessité à être relativement autonomes et à mettre leur survie à l’abri des fluctuations des cours de la Bourse. Les représentants des paysans du Sud, au congrès mondial de Via Campesina à Maputo, en octobre 2008, le confirment aussi pour les agriculteurs, à la grande surprise de leurs camarades du Nord. La crise pourrait même constituer pour eux une opportunité pour se libérer des chaînes de la dépendance économique s’ils réussissent à rompre celles de l’imaginaire. C’était aussi le diagnostic de François Partant, banquier repenti et l’un des précurseurs de la décroissance. « Que disparaissent, écrivait-il, du jour au lendemain tous les apports de “la civilisation”, il en résultera une complète désorganisation d’une économie qui se sous-développe du fait même de son organisation actuelle, ainsi qu’une désorganisation du pouvoir qui prospère sur le sous-développement, mais aucun effet fâcheux pour l’immense majorité de la population, au moins dans les pays où celle-ci est essentiellement composée de paysans et de chômeurs [3][3]F. Partant, Que la crise s’aggrave !, Parangon, Lyon, 2002…. » Une chose est sûre, les Africains n’auront pas à mettre la main à la poche pour sauver leur industrie automobile, puisque celle-ci n’existe pas plus que les banques !
Il importe donc de comprendre pourquoi la crise économique et financière peut être une opportunité pour nous aussi au Nord, et comment faire pour qu’il en soit ainsi, transformant la stagnation, voire la régression matérielle, en amélioration de la qualité de la vie.
L’opportunité de la crise
5Sous le titre provocateur, Que la crise s’aggrave !, François Partant avait publié en 1978 un ouvrage dont le message redevient plus que jamais d’actualité. Il voyait dans une crise profonde le seul moyen pour éviter l’autodestruction de l’humanité. « Il faudrait, concluait-il, que partout les sociétés ex-nationales autogèrent leur crise, en vivant progressivement les rapports qu’elles veulent instaurer en leur sein et entre elles [4][4]Ibid., p. 193.. »
6Dans les années 1990, celles de l’euphorie spéculative et financière, les journaux titraient souvent : « L’économie (au choix : japonaise, anglaise, canadienne, américaine…) va bien, mais les gens vont mal ». C’était la conséquence des délocalisations, de la destruction des protections et minima sociaux, de la montée de la précarité et du chômage. On peut penser qu’à l’inverse si l’économie va mal les gens se porteront mieux…
7En apparence, il n’en est rien. Face à la crise, les objecteurs de croissance sont dans une situation doublement paradoxale. D’une part, après deux trimestres de croissance quasi nulle dans la plupart des pays de l’OCDE en 2008, il n’était pas rare d’entendre ou de lire sous la plume des journalistes que « La décroissance, nous y sommes déjà [5][5]Par exemple, Pierre-Antoine Delhommais dans sa chronique du… ». C’était aller un peu vite en besogne. Tout d’abord, nous n’en étions pas encore à une croissance négative générale. Notre croissance était faible, certes, mais n’oublions pas qu’avec un PIB de 1 000 milliards d’euros, 1 % de croissance fait tout de même 10 milliards, soit 10 % de la croissance d’un pays dont le PIB n’est que de 100 milliards d’euros (ordre de grandeur de celui des pays du Sud). Dix milliards de prélèvement des ressources naturelles, de déchets et de pollution supplémentaires ; dix milliards de plus de dérèglement climatique et d’extinction des espèces. C’est encore trop pour la régénération de la biosphère.
8Mais surtout, la décroissance choisie n’est pas la décroissance subie. Le projet d’une société de décroissance est radicalement différent de la croissance négative, celle que nous connaissons désormais. Le premier est comparable à une cure d’austérité entreprise volontairement pour améliorer son bien-être lorsque l’hyperconsommation en vient à nous menacer d’obésité. La seconde est la diète forcée pouvant mener à la mort par famine. Nous l’avons assez dit et répété. Il n’y a rien de pire qu’une société de croissance sans croissance. On sait que le simple ralentissement de la croissance plonge nos sociétés dans le désarroi, en raison du chômage, de l’accroissement de l’écart qui sépare riches et pauvres, des atteintes au pouvoir d’achat des plus démunis et de l’abandon des programmes sociaux, sanitaires, éducatifs, culturels et environnementaux qui assurent un minimum de qualité de vie. On peut imaginer quelle catastrophe peut entraîner un taux de croissance négatif ! Cette régression sociale et civilisationnelle est précisément ce qui nous guette si nous ne changeons pas de trajectoire. Certes, comme le disait déjà André Gorz en 1974 : « Ce recul de la croissance et de la production qui, dans un autre système, aurait pu être un bien (moins de voitures, moins de bruit, plus d’air, des journées de travail plus courtes, etc.) aura des effets entièrement négatifs : les productions polluantes deviendront des biens de luxe, inaccessibles à la masse, sans cesser d’être à la portée des privilégiés ; les inégalités se creuseront ; les pauvres deviendront relativement plus pauvres et les riches plus riches [6][6]A. Gorz, « Leur écologie et la nôtre », Le Monde Diplomatique,…. » « Les partisans de la croissance, ajoutait-il, ont raison sur un point au moins : dans le cadre de l’actuelle société et de l’actuel modèle de consommation, fondé sur l’inégalité, le privilège et la recherche du profit, la non-croissance ou la croissance négative peuvent seulement signifier stagnation, chômage, accroissement de l’écart qui sépare riches et pauvres ». C’est bien pourquoi il importe de changer de système.
9Si néanmoins la crise est une bonne nouvelle, c’est qu’elle est susceptible de nous sortir de notre schizophrénie tout en offrant l’opportunité de rompre avec la religion de la croissance. Cette schizophrénie est celle des chefs d’État qui s’empressent d’oublier leurs engagements sur la limitation des émissions de CO2 pour relancer les secteurs responsables des plus graves pollutions : l’industrie automobile et l’immobilier. Celle aussi de la gauche social-démocrate, communiste, trotskiste et autre, qui s’est engouffrée dans la trappe du compromis keynéso-fordiste. Elle s’est laissée séduire par le mythe de la tarte qui grossit indéfiniment. Ayant indexé la solidarité sur la croissance, elle a choisi de collaborer à sa réalisation, donc à l’accumulation capitaliste. Cette solution de facilité permet d’améliorer les parts de tous à moindres frais, plutôt que se battre avec acharnement pour partager un gâteau de taille quasi immuable. Sans économie de croissance, sans société de consommation, il n’y aurait tout simplement pas de social-démocratie. Le mouvement socialiste aurait été condamné à faire la révolution pour sortir le prolétariat de la misère et en tout cas à imposer une autre répartition de la richesse. La croissance est ce qui a permis aux pays occidentaux de faire l’économie de la révolution sans affronter le problème de fond du partage et de la justice. Même le projet partageux du communisme originel s’est ainsi dissous dans le consumérisme. Le volume de la tarte a certes augmenté considérablement, mais cette croissance, toujours plus toxique, s’est faite au détriment de la planète, des générations futures et des peuples du tiers monde. Les meilleures choses ayant une fin, ce « socialisme réduit aux acquêts », comme on a pu qualifier ce schéma des Trente Glorieuses, ne fonctionne plus très bien depuis les années 1970, dès lors que la tarte renâcle à augmenter et que les bénéfices marginaux de la croissance sont inférieurs à ses coûts. Les hauts fonctionnaires du Capital l’ont plus ou moins compris et se sont empressés d’accroître substantiellement (5 à 10 % du PIB en plus), grâce au jeu du casino mondial, leur part du gâteau avant que le blocage ne devienne total. Avec le capitalisme actionnarial et financier des années 1980, on a assisté à l’explosion des rémunérations directes et indirectes (salaires, jetons de présence, dividendes, bonus, stock-options) des stockholders (les propriétaires du capital) au détriment de celles des stakeholders (les acteurs de l’entreprise) [7][7]Voir sur ce point F. Lordon, La crise de trop, Fayard, Paris,….
10Intoxiquée par ses démissions passées successives, la gauche « responsable » ne peut que se réfugier dans un libéral-socialisme misérabiliste. On a beaucoup usé du fameux « trickle down effect » (« effet de percolation ») illustré par la métaphore de la marée montante. Quand la mer monte elle soulève tous les bateaux, les petits comme les gros (« A rising tide will lift all boats »). La croissance de la production profite à tous, aux patrons bien sûr, mais aussi aux salariés. Toutefois, par gros temps, si les vagues soulèvent les gros, elle fait couler les petits… L’effet de percolation se dégrade alors en « effet sablier ». Les retombées passent par un goulot d’étranglement de plus en plus étroit. Puisqu’il y a davantage de riches de plus en plus riches, il faut aussi davantage de laveurs de voitures, de serveurs de restaurants, de livreurs de courses à domicile, de nettoyeurs et de gardes privés pour se protéger des pauvres toujours plus nombreux. C’est le socialisme réduit aux miettes… La croissance des Trente Glorieuses avait été tirée par les exportations, celle des Trente « Piteuses » qui ont suivi a pu se maintenir tant bien que mal grâce au génie diabolique d’Alan Greenspan, à la prolifération financière (titrisation, produits dérivés, marchés à terme) et à l’endettement phénoménal des ménages et des États.
Aujourd’hui, la fête est finie ; il n’y a même plus ces marges de manœuvre. La tarte ne peut plus croître. Plus encore (et nous le savons bien depuis longtemps, même si nous nous refusons à l’admettre), elle ne doit pas croître. La seule possibilité, pour échapper à la paupérisation au Nord comme au Sud, est d’en revenir aux fondamentaux du socialisme mais sans oublier, cette fois, la nature : partager le gâteau de manière équitable. Il était trente à cinquante fois moins gros en 1848, et pourtant Marx, mais aussi John Stuart Mill, pensaient déjà que le problème, en tout cas pour les pays européens et en particulier l’Angleterre, n’était pas le volume de la tarte mais son injuste répartition ! Comme en s’accroissant la tarte est devenue de plus en plus toxique – le taux de croissance de la frustration, suivant la formule d’Ivan Illich, excédant largement celui de la production –, il faudra nécessairement en modifier la recette. La tarte devient toxique pour deux raisons : d’une part elle grossit en polluant et en détruisant notre écosystème, d’autre part elle le fait au détriment des millions de petites tartes que les gens produisaient pour eux-mêmes localement avec leurs moyens. C’était l’économie vernaculaire ou de subsistance. « Et ces personnes, souligne Majid Rahnema, à cause de la production de la grosse tarte, sont privées de leurs moyens pour cuisiner leurs petites tartes [8][8]M. Rahnema et J. Robert, La puissance des pauvres, Actes Sud,…. » Inventons donc de belles tartes avec des produits bio, d’une dimension raisonnable pour que nos enfants et nos petits-enfants puissent continuer à les refaire, et partageons-les-nous équitablement. Les parts ne seront peut-être pas assez grosses pour nous rendre obèses, mais chacun aura sa suffisance et, en prime, la joie sera peut-être au rendez-vous. Autrement dit, la crise nous offre l’opportunité de construire une société écosocialiste plus juste et plus démocratique. Tel est le programme de la décroissance, seule recette pour sortir positivement et durablement de la crise de civilisation que nous vivons.
Changer de logiciel : une piste pour l’avenir
11Malheureusement, ni la crise économique et financière ni la fin du pétrole ne sont nécessairement la fin du capitalisme, ni même de la société de croissance. La décroissance n’est envisageable que dans une « société de décroissance », c’est-à-dire dans le cadre d’un système reposant sur une autre logique. L’alternative est donc bien : décroissance ou barbarie ! Une économie capitaliste pourrait encore fonctionner avec une grande rareté des ressources naturelles, dérèglement climatique, effondrement de la biodiversité, etc. C’est la part de vérité des défenseurs du développement durable, de la croissance verte et du capitalisme de l’immatériel. Les entreprises (au moins certaines) peuvent continuer à croître, à voir leur chiffre d’affaires augmenter ainsi que leurs profits, tandis que les famines, les pandémies, les guerres extermineraient les neuf dixièmes de l’humanité. Les ressources, toujours plus rares, verraient leur valeur augmenter plus que proportionnellement à leur diminution quantitative en raison de la rigidité de leur demande. La rareté du pétrole ne nuit pas, bien au contraire, à la santé des firmes pétrolières. S’il n’en va pas de même pour la pêche, cela tient à l’existence de substituts pour le poisson dont le prix ne peut croître à proportion de sa rareté dans un marché concurrentiel. Dans une économie de pénurie, la consommation diminuera en substance tandis que sa valeur continuera d’augmenter. Le capitalisme retrouverait la logique de ses origines, croître aux dépens de la société.
12Depuis 1750, au moins, avec la naissance du capitalisme et de l’économie politique, l’Occident rêve la croissance infinie. Pendant un siècle, ce rêve ne s’est réalisé que pour les seules entreprises industrielles anglaises. Il faut revisiter l’histoire occidentale et, en particulier, dégonfler la baudruche du grand récit de la croissance. Pour l’essentiel, la croissance tant magnifiée du capitalisme à ses débuts est un mythe. Certes, il y a enrichissement colossal de la bourgeoisie mais celui-ci s’est produit au détriment de la société, c’est-à-dire que la croissance s’est nourrie de la destruction de l’artisanat et de la paysannerie anglais et plus encore indiens. Globalement, la masse de valeur d’usage, voire même la production matérielle n’a pas dû croître considérablement pendant cette période, en dépit de bouleversements inouïs. Les statistiques nous trompent en n’enregistrant que la croissance marchande, sans tenir compte des destructions énormes de la sphère vernaculaire. Certains historiens, comme Éric Hobsbawm, le reconnaissent, mais cette reconnaissance de détail ne remet pas en cause le schéma d’ensemble d’un mythique enrichissement de la « société ». Vers 1850, en emboîtant la voie « thermo-industrielle », selon l’expression de Jacques Grinevald [9][9]J. Grinevald, « L’effet de serre de la Biosphère. De la…, l’Occident a pu enfin donner consistance à son désir d’épouser la raison géométrique. Cette fois, la masse globale produite s’est accrue considérablement au détriment du patrimoine naturel. La croissance chinoise actuelle nous en donne une nouvelle illustration. Selon le vice-ministre chinois de l’Environnement, on peut évaluer à 10 ou 12 % du PIB le coût de destruction annuelle des écosystèmes, soit exactement l’équivalent du taux de croissance ! Toutefois, jusqu’à l’invention géniale de la société de consommation, cette économie de croissance de la production se heurtait aux limites de la consommation et connaissait des crises périodiques.
13Pour transformer la récession actuelle en société de décroissance conviviale, il faut renoncer à la religion de la croissance et déjouer les pièges du « mythe de la tarte ».
14Nous avons vu que la crise constitue plutôt une « bonne nouvelle » pour l’Afrique. Notre situation serait-elle différente si nous étions capables de nous libérer de la toxico-dépendance de la consommation et du travail pour récupérer notre autonomie ? Que la surcroissance dans la société moderne n’apporte pas le bonheur, il est facile de le démontrer et de le comprendre. Une société fondée sur l’avidité et la compétition produit nécessairement une masse énorme de « perdants » absolus (les laissés-pour-compte) et relatifs (les résignés), donc de frustrés à côté d’un petit groupe de prédateurs toujours plus anxieux de consolider leur position ou de la renforce r. Quand l’économie est en crise, la société ne peut-elle se porter d’autant mieux que diminue la consommation d’antidépresseurs, tandis que les prédateurs perdent de leur superbe ?
15Même sans entrer explicitement dans une décroissance voulue, on a avec les guerres mondiales et les déconnexions forcées des sociétés du Sud du marché mondial des exemples d’expériences vécues de « prospérité décroissante ». Cela est le cas, en particulier, pour l’Amérique latine et l’Afrique. Le Brésil, l’Argentine et quelques autres pays de la région ont connu une période de relatif bien-être dans les années 1930-1950 qui a été théorisée après sous le nom de substitution aux importations. La rupture des circuits commerciaux les condamnait à une autonomie finalement bénéfique pour la population. Bien que le phénomène n’ait pas été autant étudié, il en a été de même pour l’Afrique, pendant la Seconde Guerre mondiale. Le projet de self-reliance (compter sur ses propres forces) de Nyerere après l’indépendance en Tanzanie visait à renouer volontairement avec cette autarcie forcée.
Une société de sobriété choisie, celle proposée par le mouvement des objecteurs de croissance, supposera de travailler moins pour vivre mieux, de consommer moins mais mieux, de produire moins de déchets, de recycler plus. Bref, d’inventer sa félicité dans la convivialité plutôt que dans l’accumulation frénétique. Tout cela implique une sérieuse décolonisation de nos imaginaires, car nous sommes devenus toxico-dépendants de la drogue consumériste. « Lorsque la démesure est ainsi déchaînée, légitimée, individualisée massivement, se demande Marc Guillaume, peut-on encore la maîtriser ? » Et en écho, Peter Sloterdijk répond qu’avec cette « psychose de cupidité », tout le monde veut avoir sa part « des agréables injustices du monde fortuné ». Toutefois, les circonstances peuvent justement nous aider à rompre avec la drogue toxique [10][10]P. Dockès, F. Fukuyama, M. Guillaume et P. Sloterdijk, Jours de….
16Ce peut être l’occasion de voir s’épanouir toutes sortes d’initiatives décroissantes et solidaires : AMAP, SEL (système d’échange local), jardins partagés, autoréhabilitation des logements, autoproduction assistée ou accompagnée : jardins, cuisine, selon l’expérience du PADES (Programme autoproduction et développement social) [11][11]Voir D. Cérézuelle et G. Roustang, L’autoproduction…. Le mouvement des villes en transition né en Irlande (Kinsale près de Cork) et qui s’épanouit en Angleterre est peut-être la forme de construction par le bas de ce qui se rapproche le plus d’une société de décroissance. Ces villes, selon la charte du réseau, visent d’abord à l’autosuffisance énergétique en prévision de la fin des énergies fossiles et plus généralement à la résilience [12][12]R. Hopkins, The transition handbook. From oil dependancy to…. Tel est le sens du projet politique de l’utopie concrète de la décroissance et des dix points du programme électoral présentés dans le Petit traité de la décroissance sereine [13][13]S. Latouche, Petit traité de la décroissance sereine, Mille et…. Pour les fondamentaux de toute société libérée de l’obsession de croissance, nous avons proposé de formaliser la rupture par un « cercle vertueux » de sobriété choisie en huit « R » : Réévaluer, Reconceptualiser, Restructurer, Relocaliser, Redistribuer, Réduire, Réutiliser, Recycler. Ces huit objectifs interdépendants ont été retenus parce qu’ils nous paraissent susceptibles d’enclencler une dynamique de décroissance sereine, conviviale et soutenable. Ils dessinent une utopie dans le meilleur sens du terme, c’est-à-dire la construction intellectuelle d’un fonctionnement idéal. Mais cette utopie est aussi concrète, en ce sens qu’elle part des données existantes et des évolutions souhaitables pour tenter de construire un autre monde, rien moins qu’une nouvelle civilisation. À ce niveau, le côté utopique l’emporte tout de même sur l’aspect concret. Il est clair que dans le détail, on ne peut et on ne doit pas penser une société de la décroissance de la même façon au Texas et aux Chiapas, au Sénégal et au Portugal. Le deuxième niveau, celui de la mise en œuvre, suppose une insertion beaucoup plus grande dans le contexte. Le programme « électoral » suivant en dix points proposé pour la France en 2007 vise cet objectif :
Retrouver une empreinte écologique soutenable ;
Réduire les transports en internalisant les coûts par des écotaxes appropriées ;
Relocaliser les activités ;
Restaurer l’agriculture paysanne ;
Réaffecter les gains de productivité en réduction du temps de travail et en création d’emploi ;
Relancer la « production » de biens relationnels ;
Réduire le gaspillage d’énergie d’un facteur 4 ;
Restreindre fortement l’espace publicitaire ;
Réorienter la recherche technoscientifique ;
Se Réapproprier l’argent.
Nous ne détaillerons pas ici les deux ensembles. Notons seulement que pour les objecteurs de croissance, la relance par la consommation et donc par la croissance étant (en principe) exclue, un plan massif de reconversions s’impose. Une réduction substantielle du temps de travail imposé est, par ailleurs, une condition nécessaire pour sortir d’une société travailliste de croissance, mais constitue aussi un complément aux restructurations pour assurer à tous un emploi satisfaisant dans l’horizon (pour la France) d’une réduction nécessaire des deux tiers de notre prélèvement des ressources naturelles.
Avec les événements (crise financière et économique), se réapproprier l’argent, qui apparaissait de façon diffuse dans le projet initial, devient une priorité explicite du programme. Il faut se réapproprier progressivement la monnaie et ne plus la laisser exclusivement entre les mains des banques. Elle doit servir et ne pas asservir. Il faut songer à inventer une véritable politique monétaire locale. Pour maintenir le pouvoir d’achat des habitants, les flux monétaires devraient rester le plus possible dans la région, tandis que les décisions économiques devraient être prises au même niveau, là aussi le plus possible. Parole d’expert (en l’espèce l’un des inventeurs de l’euro) : « Encourager le développement local ou régional tout en conservant le monopole de la monnaie nationale c’est comme essayer de désintoxiquer un alcoolique avec du gin [14][14]B. Lietaer, « Des monnaies pour les communautés et les régions…. » Le rôle des monnaies locales, sociales ou complémentaires, est de mettre en relation des besoins insatisfaits avec des ressources qui autrement resteraient en jachère. Une monnaie complémentaire permet de mobiliser des biens disponibles qui sans cela seraient inutilisés pour satisfaire une demande non solvable. C’est le cas, par exemple, dans l’hôtellerie, la restauration, les transports collectifs pour les places vacantes. Si une municipalité distribue à des chômeurs des rémunérations en monnaie locale (convertibles par exemple en ticket-restaurant, bons de transport, nuitées d’hôtel) en échange de travaux d’intérêt collectif, elle injecte du pouvoir d’achat qui peut à son tour être utilisé pour acheter des produits locaux de l’agriculture et de l’artisanat ou des services (par exemple à la personne).
Dans l’immédiat, il s’agit de juguler la crise et de remédier à la prolifération financière [15][15]Avec 100 dollars, par exemple, on peut auprès d’une banque…. Pour ce faire, il convient d’encadrer l’activité des banques et de la finance. Il faut recloisonner le marché financier mondial. Refragmenter les espaces monétaires implique, comme on l’a vu, d’inverser sans complexe la mondialisation financière, par exemple en annulant la titrisation des crédits ou l’excès des effets de leviers (accroître les taux de couverture). Très probablement, il faudrait supprimer les marchés à terme et en revenir à des systèmes plus classiques d’assurance pour les importateurs et les exportateurs (dont les opérations devraient, par ailleurs, être ramenées à des niveaux plus raisonnables, par la nécessaire remise en cause des excès du libre-échange et la relocalisation). Développer des monnaies alternatives, locales, bio-régionales, spécifiques (comme les bons-repas), complémentaires (avec des formules diverses à expérimenter et à adapter : crédit mutuel rotatif, taux d’intérêt négatif, etc.) participe de cet objectif, mais aussi constitue un puissant levier pour relocaliser, c’est-à-dire se réapproprier son territoire de vie et réhabiter le monde [16][16]Voir B. Lietaer et M. Kennedy, Monnaies régionales. De…, en réaction contre le hors-sol, les non-lieux et le hors-temps du productivisme globalisé.
La principale difficulté pour réaliser ce programme tient au fait que, en nous enrichissant matériellement, la croissance économique nous a beaucoup appauvris humainement. Nous avons perdu cette capacité de nous tirer d’affaire par nous-mêmes qui faisait la puissance des pauvres et plus encore les solidarités sur lesquelles pouvaient compter les membres des sociétés traditionnelles [17][17]M. Rahnema et J. Robert, op. cit.. Il nous faut réapprendre à être autonomes et tout faire pour que la récession ne soit pas l’antichambre du chaos ou d’un écofascisme odieux mais, au contraire, une étape vers la décroissance sereine et conviviale. Pour cela, il nous faut inventer un autre mode de rapport au monde, à la nature, aux choses et aux êtres.
Notes
I. Rens et J. Grinevald, « Préface à la première édition (1979) », in N. Georgescu-Roegen, La décroissance. Entropie, écologie, économie, Sang de la terre, Paris, 1995, p. 46.
H.-R. Martin, Éloge de la simplicité volontaire, Flammarion, Paris, 2007, p. 190.
F. Partant, Que la crise s’aggrave !, Parangon, Lyon, 2002 [1978], p. 178.
Ibid., p. 193.
Par exemple, Pierre-Antoine Delhommais dans sa chronique du journal Le Monde du dimanche 23-lundi 24 novembre 2008.
A. Gorz, « Leur écologie et la nôtre », Le Monde Diplomatique, avril, 2010, p. 28.
Voir sur ce point F. Lordon, La crise de trop, Fayard, Paris, 2009, en particulier ch. 4 : « Le paradoxe de la part salariale ».
M. Rahnema et J. Robert, La puissance des pauvres, Actes Sud, Arles, 2008, p. 12.
J. Grinevald, « L’effet de serre de la Biosphère. De la révolution thermo-industrielle à l’écologie globale », Stratégies Énergétiques, Biosphère et Société, n° 1, mai, 1990, p. 9-34. Voir également son livre La Biosphère de l’Anthropocène. Climat et pétrole, la double menace. Repères transdisciplinaires (1824-2007), Georg Éditeur, Genève, 2007.
P. Dockès, F. Fukuyama, M. Guillaume et P. Sloterdijk, Jours de colère. L’esprit du capitalisme, Descartes et Cie, Paris, 2009, p. 26 et 44.
Voir D. Cérézuelle et G. Roustang, L’autoproduction accompagnée. Un levier de changement, Érès, Toulouse, 2010. En ligne
R. Hopkins, The transition handbook. From oil dependancy to local resilience, Green Books, Darlington, 2008.
S. Latouche, Petit traité de la décroissance sereine, Mille et une nuits, Paris, 2007.
B. Lietaer, « Des monnaies pour les communautés et les régions biogéographiques : un outil décisif pour la redynamisation régionale au XXIe siècle », in J. Blanc (dir.), Exclusion et liens financiers. Monnaies sociales. Rapport 2005-2006, Economica, Paris, p. 76.
Avec 100 dollars, par exemple, on peut auprès d’une banque d’investissement obtenir 1 000 dollars qui permettent de prendre position sur le marché des dérivés (futures) pour 375 000 dollars.
Voir B. Lietaer et M. Kennedy, Monnaies régionales. De nouvelles voies vers une prospérité durable, Éditions Charles Léopold Mayer, Paris, 2008. On pourra également visionner le film La double face de la monnaie de Vincent Gaillard et Jérôme Polidor.
M. Rahnema et J. Robert, op. cit.
"La nature, c'est l'abondance"
Une vidéo à mes yeux incontournable.
Eco-villages
Un reportage de qualité, complet, clair, objectif. Une expérience qui nous plaît et qui attire de plus en plus de monde.
De notre côté, nous n'en sommes pas là. Nous n'avons pas cherché à intégrer ce genre de lieu pour diverses raisons. La principale étant de répondre à notre besoin de solitude, tout autant que de créer des liens avec nos voisins. Mais que rien de commun ne soit décidé dans des "conseils" de groupe. Cela ne veut pas dire que ça n'est pas viable mais juste que nous n'en sommes pas capables. Par contre, il est certain à nos yeux que beaucoup de gens se tourneront de plus en plus vers ce mode de vie. Et c'est tant mieux.
Peut-être qu'ici, nous parviendrons à créer une forme de communauté, de partage, de solidarité, de bienveillance tout en continuant à préserver notre mode de vie et cette "solitude" qui nous est si chère. Il n'en reste pas moins que ces expériences multiples en France sont d'un grand intérêt.
Le débriefing à 46 minutes est particulièrement intéressant quant aux conclusions qui sont tirées.
Le lien humain, la priorité. Le reste est secondaire.
La qualité des relations humaines, assurément ce qui manque cruellement à nos sociétés "modernes".
"Le chemin de la nature"
Un site que nous regardons régulièrement et avec lequel nous avons beaucoup appris.
Hier, nous nous sommes accordés une pause dans les travaux à la maison et nous sommes allés nous balader, à la recherche des plantes sauvages. Quinze kilomètres dans les chemins des forêts.
Nous avons trouvé du cerfeuil des bois. C'était bien lui puisque nous sommes toujours en vie :)
Le marché mondial et ses cafouillages
Ruptures de stock, pénuries, difficultés d'approvisonnement. Hausse des prix, baisses des marges pour les entreprises.
Comme on est en pleine rénovation de la maison, j'ai pu constater de visu toutes ces difficultés. Sur le bois, sur les métaux, sur l'électricité, sur l'outillage, sur les matériaux d'isolation. Rien en dépôt, des commandes passées qui n'arrivent pas, des délais inconnus. Et c'est partout pareil, pas uniquement dans la Creuse. Les entreprises tapent dans les stocks mais ne savent pas combien de temps elles tiendront.
Là encore, il s'agit donc de se "débrouiller" et c'est là que la récupération joue son rôle. Pour ma part, je n'ai aucune hésitation quand je vois une camionnette décharger à la déchetterie des panneaux isolants, des panneaux en aggloméré, des panneaux en OSB (alors qu'il n'y en a plus en vente un peu partout en France)...Je récupère, je descends dans les bennes et au final, parfois je rentre avec davantage de matériaux que ce que je suis allé jeter. Pas plus tard que vendredi. J'y vais avec une remorque de végétaux divers, non utilisables en broyat. Une remorque de 500 kg de charge utile. Pour donner une idée de la taille. Au final, je suis rentré avec une remorque pleine. Deux meubles, des plaques de laine de roche, des panneaux d'aggloméré, des panneaux d'OSB, de la bâche noire d'ensilage (je l'utilise pour entourer les planches dans la serre), des tuyaux de gouttière, des bobines de fils électriques (très utiles dans le potager comme liens), des piquets métalliques tordus qui ne demandaient qu'à être redressés à coups de masse.
Avant de se plaindre de l'approvisonnement qui vient de Chine, de se plaindre de la pollution générée, de la dépendance économique, il faudrait déjà apprendre à ne pas jeter tout et n'importe quoi. Bien entendu que ça ne peut pas être une voie royale mais c'est au moins une voie de secours. C'est comme de vouloir multiplier les moyens de production électrique, nucléaire, éolien, solaire, hydroélectrique etc...Il faudrait déjà éteindre les lampadaires dans les campagnes. Ici, il y a cinq lampadaires dans le hameau, allumés toute la nuit. C'est ridicule. Et je ne parle pas des vitrines dans les villes. Et des lumières dans les usines quand personne n'y travaille. Des milliers d'exemples de ce gaspillage quotidien.
Réduire au lieu de vouloir produire davantage.
Non, impossible, réduire, c'est revenir à l'époque des cavernes, me répond-on. La décroissance, c'est bon pour les hippies.
Mais oui, bien sûr.
Alors, je suis un hippie néanderthalien.
La pénurie de bois de construction pénalise le secteur du bâtiment
Publié le : 25/03/2021 - 00:06

Une charpente en cours de construction. (Photo d'illustration) Getty Images - sot
Par :Altin Lazaj
4 mn
Le bois de construction connait une pénurie et une hausse des prix. Une situation qui affecte le secteur du bâtiment en France et en Europe qui souffre également du ralentissement de l’activité en raison de la crise sanitaire.
Les professionnels du bâtiment en France tirent la sonnette d’alarme sur une pénurie de bois de construction qui menace l’approvisionnement des chantiers. Ce bois, utilisé pour les structures ou encore les charpentes des bâtiments, connait également une flambée des prix ces derniers mois, entre 20 et 30% d'augmentation depuis octobre.
La pandémie, principale raison de la pénurie
Les restrictions sanitaires et le confinement ont perturbé la production de bois de construction et des produits semi-transformés. À cela s’ajoute une désorganisation au niveau mondiale du transport maritime, ce qui complique le système de distribution et cause des retards de livraisons. Une situation qui risque de durer jusqu’en été.
Autre facteur, les Américains achètent de plus en plus du bois européen. Traditionnellement, ils s’approvisionnaient au Canada, mais depuis que Donald Trump a imposé des taxes sur les importations du bois d’œuvre canadien, les entreprises américaines se sont repliées sur le marché européen. « Et elles n’hésitent pas à payer le prix fort pour s’approvisionner », explique Luc Charmasson, président du comité stratégique de la filière bois.
Hausse des prix du bois de construction
Conclusion : suite à une forte demande accompagnée d'une pénurie, les prix du bois de construction ne cessent de grimper. Ce phénomène n’est pas seulement français, mais aussi européen.
Résultat, les entreprises du bâtiment subissent une double peine. Elles sont obligées de faire moins de marges à cause de cette hausse des prix et elles risquent de payer des pénalités de retard de livraison des chantiers du fait de la pénurie de bois.
La pénurie de semi-conducteurs provoque l'arrêt de l'usine Stellantis de Rennes : la CFDT s'inquiète pour les salaires
Il n'y aura aucune livraison de semi-conducteurs, ces composants électroniques indispensables à l'équipement des voitures, avant vendredi.
Article rédigé par
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Radio France
Publié le 19/04/2021 08:22
Temps de lecture : 2 min.

Stellantis, un groupe né de la fusion de PSA et de Fiat Chrysler. (ALESSANDRO DI MARCO / ANSA / MAXPPP)
La production de l'usine Stellantis, le groupe né de la fusion de PSA et de Fiat Chrysler, de Rennes-La Janais, sera quasiment à l'arrêt à partir de lundi 19 avril jusqu'à vendredi prochain en raison d'une pénurie en semi-conducteurs dans le monde entier. "On ne s'attendait pas à une semaine de coupure", a réagi Laurent Valy, secrétaire du comité social et économique et secrétaire de section CFDT de cette usine lundi sur franceinfo. Il s'inquiète pour les salaires. Environ 2 000 personnes travaillent dans cette usine.
franceinfo : Est-ce que vous aviez déjà connu ça, toute une usine à l'arrêt pour des problèmes d'approvisionnement ?
Laurent Valy : Cette pénurie mondiale des semi-conducteurs, ces petits composants électroniques indispensables pour produire les voitures, les PC, les téléphones, les consoles, on l'a au-dessus de la tête depuis quelques temps. Mais on ne s'attendait pas à une semaine de coupure.
Qui est responsable selon vous ?
Il y a deux facteurs importants pour cette crise mondiale, la pénurie de l'offre, avec quand même une production qui est très axée en Asie.
"Il faut savoir que la production des semi-conducteurs reste très mal répartie dans le monde et clairement, l'Europe est en situation de faiblesse sur ce point."
Laurent Valy
à franceinfo
Au Japon, l'usine Renesas, un des grands fournisseurs pour l'industrie automobile qui représente quand même 30 % du marché, a subi un incendie. En parallèle, on a Huawei, qui a stocké fortement dès 2020 des semi-conducteurs dans un contexte de guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis.Il y a eu aussi une augmentation forte de la demande, dès 2020, avec une reprise économique à laquelle on ne s'attendait pas. La crise du Covid-19 a fait exploser le télétravail et la demande en matériel informatique. En parallèle, on a aussi le lancement de la 5G avec une nouvelle génération de téléphones, les lancements des nouvelles consoles de jeux, par exemple la Playstation.
Quelles conséquences pour les salariés du groupe Stellantis ?
On a cette chance d'avoir un dispositif au sein du groupe de modulation du temps de travail. Mais bon, le problème, c'est l'accumulation des séances. Bien sûr, les salariés vont commencer à dépasser le seuil de déficit, le déficit de 84 heures fixé par la modulation. Au-delà, ils basculent en chômage partiel. Il y a le plus grand fabricant de puces électroniques au monde, TSMC, qui a averti le 15 avril que la pénurie va durer. Il n'y a aucun doute sur le fait que, malheureusement, nous allons devoir subir [cette pénurie] encore toute l'année. Donc oui, il y a de l'inquiétude sur les pertes de salaire.
Bande-son
Il y a longtemps que je n'ai pas posté de vidéos musicales.
Lorsque je travaille dehors, j'écoute souvent de la musique avec mes écouteurs de MP3.
J'ai enregistré une playlist assez conséquente :)
J'avais seize ans, mes parents m'avaient offert un "walkman" (il faut être né dans les années 1960 pour savoir à quoi ça ressemblait) :) :)
J'avais des cassettes et il fallait la retourner dans l'appareil pour écouter l'autre "face" :) :)
Mais j'ai découvert à cette époque-là la puissance des souvenirs quand ils sont associés à la musique.
Mes parents, en réponse à mes suppliques, avaient accepté d'aller passer les vacances dans les Pyrénées. J'étais comme un jeune chien fou, je courais partout, Un immense bonheur. J'avais mon walk man à cette époque, j'écoutais beaucoup "Mahavisnhu orchestra" et "John Mac Laughlin". Lorsqu'on est rentré en Bretagne et que j'écoutais à nouveau ces cassettes, toutes les images revenaient avec une précision étonnante. Les images étaient inscrites sur la bande son.
Je n'ai jamais arrêté ensuite. J'ai très souvent de la musique dans les oreilles.
Mes goûts ont changé avec le temps. Mais pas cet amour des "bandes-son" qui accompagnent mon existence.
Ascendant - Ascension [SpaceAmbient]
Kisnou - Unbound
Jon Hopkins - Feel First Life (Official Video)
Dreamstate Logic - Luminescence [SpaceAmbient]
Interconnected Cosmos & Dreamstate Logic - Toward The Light [SpaceAmbient]
Jon Hopkins - Emerald Rush
The Ambientalist - A Children's Dream
Jon Hopkins - Everything Connected (Official Audio)
Barry Hudson-Taylor - Motion
HOSTILES OST MEDLEY
Martin Roth - An Analog Guy In A Digital World
Christian Löffler - Swim
Christian Loffler - Neo
Christian Löffler - Ry
För Alltid - Vindstilla
Delectatio - Adjust
Hirola - Perpetual Light
Alaskan Tapes - Because Finally It's Everything
Skekz - 8-bit Cloud
Luke Pearson - Requiem In The Mountains
Tambour - The Nude And The Quiet
Alaskan Tapes - Views From Sixteen Stories
Joachim Heinrich - Windlicht
Her OST - 13. Dimensions
Colton Jackson - Here Today, Remembered Tomorrow
Cash - Reverie
Clemens Ruh - Days Of Wonder
Delectatio - Broken World
Dan Farley - Lorica
Atis Freivalds - Solitude
Max Richter - The Young Mariner
Max Richter - Never Goodbye
Departure
Sonic Scope - Goodbye
Medium Format TLR images - Roofless Room
Max Richter - War Anthem
Olafur Arnalds - TREE
Ólafur Arnalds - The Final Chapter
Ólafur Arnalds - Only The Winds
Max Richter - She Remembers
Solace - Come Find Me
Fjordne - "Last Sun"
The Tumbled Sea - A Song For Staying In
The Tumbled Sea - melody iii
Joachim Heinrich - I Throw This To The Wind
Kisnou - H.O.M.E (Music Video)
Joachim Heinrich - Horizon
Joachim Heinrich - As Guiding Lights Appear
Solace - St Catherines
Solace - If Only
Nomad - Weep
Tristan Eckerson - Sepelo
Where the Good Way Lies - Hope Unfolds
August Søren - Come Back Into The Light
An Imaginal Space - Myths
Ether - As If Time Stood Still...
Arros - Find Yourself
No-kë - Oceans
Tony Anderson - Younger
The Monk by the Sea - Lake
Serein - Avenoir
Jakob Ahlbom - Approaching Spring
Joachim Heinrich - Pilgrim
BLUT OWN - We Are Young
Kisnou - Let Go
Joachim Heinrich - Lùnastal
Aeon Waves - The Lonely Path
Blut Own - Endless Space In Mirror
Blut Own - Avalanche
Blut Own - Reminiscence
Wezi Mkandawire - Where I Belong
Sensitize - Shinrin-Yoku
Serein - Reconcile
Fading Language - A Memory to Lay Waste To
the tumbled sea - melody summer (Full Album)
Takeoff
Asmar - Ameth [ARTSGALLERY001]
Phon.o - Leaving Khidi
Christoffer Franzen ( Lights & Motion) ~ Breathe
Eikona - Engraved in Torchlight
Tom Day - Starlight
Brombaer - Silencio
moshimoss - Untitled Song (Live at Camp Off-Tone 2015)
Igor Khabarov - Try
Dominik Landahl - Nivalis
Aleks Michalski - Existence
Joachim Heinrich - I'm An Astronaut
Joachim Heinrich - Unreachable
Joachim Heinrich - Stjärna
Joachim Heinrich - Water
Introspecter - Submerged
Ayush. - Rue
Need a Name - Patterns
Pg. Lost - Crystaline
Max Richter - The Consolations of Philosophy
Tom Day - Descending
James Maloney - Blink
Wreckage Machinery - Hourglass
Wreckage Machinery - Dawn of Time [Epic Emotional Music]
Rone - Parade
Rone - Brest
Kiasmos - Gaunt (Official Music Video)
Kiasmos - Burnt (Official Audiovisual)
Apstract - Lights
Chasing Dreams - Departures
Aurora - Hans Zimmer
Random Forest - Awakening
Ólafur Arnalds - Particles ft. Nanna Bryndís Hilmarsdóttir
The Captive Oceans - New Beginnings
Tambour - Sleepers
Unforseen - The Universe Inside Of You
Hiatus - Nobody
FREE DOWNLOAD: Sweet Tooth - Walk With Me (Hiatus Remix)
Stellardrone - To The Great Beyond [SpaceAmbient]
Aural Planet - Sunfruits Avenue [SpaceAmbient]
Jón Hallur - Red Glowing Dust [SpaceAmbient]
Tom Day - Flemington
Tom Day - Peaks
Tom Day - Never Give Up (Soundtrack Mix)
Tom Day - Who We Want To Be
Tom Day - Going Home
Owsey - Sarah's Summer Wasteland
12. Explosions in the sky - An Old Peasant Like Me
02. Explosions in the sky - Theme From Prince Avalanche
Hans Zimmer - No Time For Caution (Interstellar Soundtrack)(Docking)(Interstellar OST)
Hammock-Like A Valley With No Echo
Luke howard - Schlusshymne
Luke Howard - Rotations
Luke Howard - Liminal
Luke Howard - August
Luke Howard - Hold Me Through
Kosh Anade - Fractures
We Are All Astronauts - Ether
Michael FK - Boundaries Of Imagination
Levi Patel - As She Passes
We Are All Astronauts - Doves
Greg Haines - So it goes
Jon Hopkins - Luna Moth
Jon Hopkins - A Drifting Up
Jon Hopkins - Nightjar
Jon Hopkins - journey
Moon Ate the Dark — She/Swimming
Rybitwa - The Perfect Sleep [Ambient Set]
Moon Ate the Dark — Messy Hearts
Les survivalistes dans le collimateur.
Les médias mainstream se lâchent beaucoup en ce moment sur la mouvance "survivaliste". On pourrait parler tout autant d'une mouvance appelée également celle du "citoyen prévoyant". Mais les médias ont besoin de l'audimat et le terme "survivalistes" contient davantage d'images, de projections, de suppositions.
Je poste ici un message écrit par une personnalité connue de ce milieu. Qui n'est pas un "milieu" d'ailleurs avec ses réunions secrètes et ses "leaders" mais juste une communion de pensées dans laquelle un nombre grandissant d'individus trouvent des valeurs qui leur parlent.
Si nous sommes venus nous installer dans la partie Sud de la Creuse, c'est en réponse à de multiples interrogations depuis des années, de multiples états des lieux, analyses, observations. Ici,nous pensions pouvoir trouver un lieu de vie qui répond à nos valeurs. Et depuis un mois que nous sommes là, nous pouvons dire sans aucune hésitation que nous ne nous sommes pas trompés.
J'ai longuement étudié les graphiques météorologiques, les graphiques de pluviométrie, les cartes du réseau hydrologique, les graphiques de températures, les vents dominants, l'ensoleillement, les graphiques historiques sur les gelées printanières, j'ai lu des articles sur l'agriculture de la région, écouté des vidéos sur des adeptes de la permaculture qui parlaient de la qualité du sol, sur les plantes sauvages disponibles, sur la présence des arbres fruitiers plantés tout autant que les ressources sauvages (châtaignes, noyers, cerisiers, pommiers, cerisiers, poiriers, noisetiers...
Les graphiques sur l'évolution démographique, sur le maillage économique, sur le développement des centres urbains, j'ai lu de multiples ouvrages historiques et sociologiques, étudié la carte des risques "Seveso".
Puis nous sommes venus sur place, particulièrement sur le plateau des Millevaches, on a discuté avec des gens du terroir, on a cherché à ressentir les choses, l'aspect relationnel, l'accueil, la curiosité, l'envie de connaître l'autre, "l'étranger". Nous avons vu la bienveillance, nous avons entendu les paroles qui nous réjouissaient. Ce goût de la vie de terriens, ce goût de l'anticipation, de la préparation, le sens de la communauté, le désir d'autonomie, le désir de résilience, de débrouillardise, de partage.
Qui y a-t-il de "malsain" dans tout cela ? En quoi devrions-nous êtres assimilés à des individus qui se mettent "hors la loi" ?
Encore faudrait-il d'ailleurs connaître tous les paramètres de l'histoire en cours...mais bon, passons. On ne saura jamais tout. Donc, je n'en pense rien du tout.
Sans doute ne faudrait-il se donner aucune étiquette ? J'en connais effectivement les dangers. Les gens sont friands des étiquettes.
Alors disons que nous ne sommes pas survivalistes, ni citoyens prévoyants, ni rebelles, ni anti mondialisation, ni adeptes de la décroissance. Nous ne sommes rien dautre que deux individus qui aspirent à vivre au mieux avec nos valeurs et nos convictions.
Mouvance survivaliste : réalité et propagande politico-médiatique
https://www.resilience-urbaine.com/survivalisme-resilience/mouvance-survivaliste-realite-vs-propagande/
Publié par Légendat | 17/04/2021 | Survivalisme et résilience | 6 |

Que vous soyez un curieux de passage ou un de mes lecteurs assidus, il ne vous aura pas échappé que le survivalisme en France commence à sentir le soufre. La « mouvance survivaliste » fait couler de plus en plus d’encre, et pas pour chanter nos louanges.
Ces derniers temps, les survivalistes ont été associés à des actes atroces en contradiction totale avec nos valeurs : prévoyance sereine, solidarité, respect de son prochain, de la loi et des forces de l’ordre.
Il est indéniable qu’il y a des fous partout et que certains se disent « survivalistes ». Mais si un écologiste décide d’abattre des automobilistes au hasard, parlera-t-on alors de « mouvance écologiste » dans les médias ou le traitera-t-on comme un événement isolé ?
La mouvance survivaliste française
J’ai abordé l’essence du survivalisme dans cet article où j’explique longuement les fondements de la démarche survivaliste.
Dans les médias, on parle désormais de « mouvance survivaliste » au moindre fait divers pour mieux nous associer à une idéologie dangereuse. Les mots ne sont pas choisis au hasard et sonnent comme il faut pour être sûr de faire de nous un nouvel ennemi identifié et identifiable.
« Survivaliste » semble être l’étiquette parfaite pour un nouveau vivier de boucs-émissaires : globalement personne n’est vraiment d’accord sur la définition, c’est vague, le public visé n’est pas la cible électorale et détient souvent des armes (légalement, mais ça fait l’affaire).
Sauf que…
Il y a un problème de taille : la mouvance survivaliste n’existe pas. Nous sommes tous dans une démarche individuelle : la protection de nos familles.
Et par protection, on parle essentiellement de résilience familiale, alimentaire et matérielle, n’en déplaise à ceux qui souhaitent nous faire passer pour des paranoïaques en crise ou des milices paramilitaires suprémacistes.
Nous n’animons aucun débat politique public, nous n’avons pas de revendications politiques autre que de jouir de nos droits constitutionnels, nous ne nous réunissons pas en parti ni en associations, nous n’avons pas de représentants.
Je ne parle au nom de personne et personne ne parle en mon nom. Comme vous, je suis totalement indépendant et je ne suis affilié à aucun groupe, réseau, mouvement ni à aucun courant de pensée d’aucune sorte.
Tout cela pour une raison simple : le survivalisme est une démarche personnelle, une prise de responsabilité face à son destin et rien d’autre.
S’attaquer aux survivalistes a autant de sens que s’en prendre aux alpinistes ou aux écologistes : ce n’est pas parce que nous partageons un intérêt commun -celui de nous préparer aux catastrophes qui pourraient frapper nos familles- que nous formons une masse cohérente qui partage une idéologie commune.

J’apprécie particulièrement la notion « d‘imaginaire du danger« . Un mélange des genres navrant alors qu’on parle de la disparition d’une enfant… Article complet, livré sans sac vomitoire : https://www.dna.fr/faits-divers-justice/2021/04/16/mia-enlevee-par-des-survivalistes-quelle-est-cette-mouvance
Se préparer au pire ne veut pas dire qu’on vit dans une spirale de peur. Être capable de se défendre ne veut pas dire qu’on se prépare à attaquer son prochain.
Tiens, puisqu’on en parle, pourquoi voudrait-on se préparer au pire et savoir se défendre ?
Survivalisme et défaillance de l’Etat
Je m’amuse de recevoir des leçons des médias et de la classe politique qui, jour après jour, se montrent aussi réticents et impuissants à comprendre et respecter les Français comme à prévoir et préparer leur avenir. Je ne réponds plus à aucun journaliste pour une raison simple.
En France, on ne pose pas les bonnes questions !
La seule vraie question à poser est : pourquoi de plus en plus de français s’intéressent-ils à la « mouvance survivaliste » ?
La réponse est aussi évidente qu’inavouable pour les politiques : les Français se préparent au pire car l’Etat est défaillant et que plus rien ou presque ne garantit notre sécurité matérielle et personnelle.
Un tour dans les rues d’une grande ville de France ou 15 minutes de lecture des faits divers de la presse suffisent pour s’en rendre compte. Il n’y a que les vendus et les politiques hors-sol pour feindre de ne pas le voir. J’ai déjà évoqué le rôle du tissu social dans la bonne marche de la société. A vous de juger ce qu’il en est aujourd’hui.
Notre pays est dans un état lamentable et les citoyens avisés se préparent au pire car le gouvernement se montre incapable de remplir ses fonctions régaliennes.
Un citoyen qui se sent en sécurité ne ressent pas le besoin de se protéger lui-même.
Un citoyen qui a confiance en son gouvernement et en l’économie de son pays ne ressent pas le besoin de stocker des vivres.
Un citoyen qui a confiance en l’avenir ne se prépare pas au pire.
Alors, à qui la faute ?
Les politiciens ne feront jamais ce constat publiquement car les fondements de notre Etat de droit se sont effondrés. Ils n’ont manifestement pas l’envie et plus le pouvoir de changer les choses, il est donc bien plus facile de faire passer les survivalistes pour des fous dangereux que d’assumer leur échec et les conséquences à venir. Je vous parle souvent d’inversion des valeurs… on est encore et toujours dans ce contexte.
Ne vous y trompez pas : tout est vu, tout est su et rien n’est fait au hasard.
Plus la propagande politico-médiatique sera bruyante et agressive, plus il sera évident que nous sommes de plus en plus nombreux à voir la réalité en face et qu’elle va bientôt nous exploser à la figure.
Plus que jamais, faites marcher vos neurones et ne doutez pas de votre boussole intérieure.
Prenez soin de vous et de vos proches.
Légendat.
Un mois après
Voilà donc un mois que nous sommes arrivés dans notre nouvelle maison.
4300 mètres carrés de terrain avec un puits, une maison principale, une deuxième petite maison à finir de rénover, une grange de cent mètres carrés avec dalle en béton, un immense abri pour le bois de chauffage. Un ancien potager, une serre à rénover, des arbres fruitiers matures.
On commence les journées à 9 h et on arrête à 17 h. Et c'est que du bonheur. On a entamé un "cahier du jour" où on écrit tout ce qu'on fait, avec les dates. C'est important pour le suivi des travaux au jardin. En un mois, on a écrit quelque chose tous les jours :)
On est la dernière propriété d'un hameau avec dix-sept habitants à l'année. Il y a deux ans, ils n'étaient que sept. Juste pour montrer l'importance du mouvement des citadins vers les campagnes.
Nous sommes à 600 mètres d'altitude, la première ville est à dix minutes, (1400 habitants) la première grande ville qui est également la préfecture est à 30 minutes (13 000 habitants).
Une de nos voisines travaille dans l'immobilier et confirme ce que nous avons connu lorsque nous cherchions cette maison : le boom de l'immobilier vers les campagnes est phénoménal. Il n'y a d'ailleurs quasiment plus aucune maison à vendre sur le secteur. Les prix ne cessent de grimper et les artisans du secteur sont débordés de travail. Toutes les anciennes maisons qui ont été rachetées ont besoin d'eêtre rénovées et il n'y a pas assez de professionnels du bâtiment pour répondre aux demandes. Bien évidemment que l'éducation nationale porte une grande part de responsabilité dans cette pénurie de travailleurs. Déjà, lorsque j'étais lycéen, les filières professionnelles étaient considérées comme des voies de garage, des filières de misère, juste bonnes à récupérer les élèves qui ne pouvaient pas suivre la voie royale du BAC général. Pitoyable désastre. Mais de toute façon, qu'est-ce qu'on pourrait trouver de positif dans l'historique de l'éducation nationale depuis quarante ans ?...
Une particularité ici, c'est le silence. Et on réalise à quel point le bruit humain est un phénomène que nous ne supportions plus. On entend parfois une tronçonneuse, une tondeuse, une voiture qui passe sur la petite route (dix voitures par jour, c'est un grand maximum). Le chant des oiseaux est un fond sonore constant. Ils sont chez eux dans le jardin et notre présence ne les gêne aucunement. Ils sont près de nous et chantent.
La nature n'est pas silencieuse. C'est le bruit humain qui vient couvrir la vie qui s'y trouve. Combien d'humains dans leur environnement n'entendent plus les oiseaux, ne connaissent plus le silence, c'est à dire en fait, le bruissement de la vie naturelle ? L'accoutumance à ce bruit humain est une abomination mais bien pire encore, c'est le fait d'accepter de ne plus entendre vivre la nature. C'est une caractéristique de l'humain d'ailleurs d'être capable de s'adapter au pire en croyant que c'est raisonnable. Ce mouvement d'un nombre de plus en plus important de gens vers une autre vie est un mouvement qui ne s'arrêtera plus. On a eu une discussion avec le maire de la commune et il nous disait qu'ils sont prêts à accueillir davantage de monde et à faire évoluer les services inhérents mais pas au détriment de cette qualité de vie que tous ici sont venus chercher depuis bien logtemps et ne veulent surtout pas perdre.
Les nuits étoilées sont dignes de celles qu'on trouve en altitude. Aucune poluution lumineuse. Le ciel est un joyau.
Une chouette, "l'aboiement" d'un chevreuil en vadrouille, les cris des renards (ils ont un répertoire étonnant), le vent dans les feuillages. Et parfois, rien du tout. Rien, absolument rien. Il semble qu'ici, les lignes aériennes sont aussi vides que les routes départementales. Même en l'air, personne ne passe :)
On a rencontré nos voisins et certains d'entre eux sont là pour les mêmes raisons que nous : l'autonomie. Une vision identique de nos sociétés consuméristes. Tous sont là pour la même chose, un élément incontournable : la paix, la tranquillité, le silence, une vie simple d'où les attirances de la ville sont exclues. Tout le monde récupère, farfouille, stocke, répare, recycle, bricole. Il existe une réelle solidarité, le sens de la communauté, le partage. On nous a donné des oeufs, des graines et on a donné nos confitures et un peu de tout ce qu'on a récupéré dans cette maison. La propriété était meublée, la grange était remplie d'outils et de tas de matériaux. Tout ne nous servira pas. Alors, on partage. Et tout le monde en fait autant.
Cette vie rythmée par nos travaux nous a considérablement "coupés" du monde. On ne savait même pas qu'il y avait un nouveau confinement :) On réalise en vivant ici avec cette activité quotidienne tournée vers le terrain et les divers travaux dans la maison à quel point la vie sociale entretient un envahissement intérieur, une sorte de contamination, une dérive de pensées. C'est ça aussi la vie de retraités. Une retraite sociale, un éloignement, une distanciation, un choix volontaire d'activités et c'est un immense bonheur, un profond soulagement.
Lorsque j'ai appris qu'il y avait un nouveau confinement, je suis allé fouiller sur internet et de tout ce que j'ai lu ou écouté, il y a une vidéo que j'ai trouvé intéressante. Je me demande effectivement si l'espérance de sortir un jour de cette crise sanitaire n'est pas une illusion. Ce qui est certain, en tout cas, c'est que l'impact économique sera gigantesque et il serait risible de prétendre pouvoir aujourd'hui en évaluer avec certitude les dégâts et les changements considérables que cela va engendrer.
Pour notre part, les vidéos qui nous occupent sont celles de Damien Dekarz ou de Rémi, du "jardin d'Emerveille".
Auteur inconnu
Une citation d'un auteur inconnu.
Cela parle de notre situation actuelle.
La crise actuelle, c'est l'eau autour de nous.
Il est de notre responsabilité de maintenir cette eau à l'extérieur pour ne pas couler.
On pourra me rétorquer que ma situation est celle d'un privilégié. Cette crise n'impacte pas mes finances, elle n'impacte pas mon mode de vie, elle n'impacte pas ma vie de couple. Oui, c'est certain, je suis un privilégié. J'aurais certainement beaucoup plus de mal à suivre ce conseil si j'étais encore instituteur, responsable de trente enfants.
C'est là qu'on voit la marge entre l'écrit et le monde social, entre la réflexion et l'existence quotidienne. Il n'en reste pas moins qu'on peut toujours tenter de garder tout cela à l'esprit. Au moins, comme une sorte de renforcement de notre étanchéité.
"Les bateaux ne coulent pas à cause de l’eau autour d’eux.
Ils coulent à cause de l’eau qui rentre à l’intérieur.
Ne laissez pas les événements qui surviennent autour de vous pénétrer votre esprit et vous faire couler. »
AUTEUR INCONNU
Absence prolongée
On a vendu notre maison en Savoie.
On change de région.
Départ dans quelques jours.
Un nouveau projet, un projet qui va réclamer du temps, beaucoup de temps et beaucoup d'énergie.
Ce blog va donc entrer en mode "pause".
Je m'occuperai uniquement d'archiver les articles, de faire du rangement. Les différentes articles de la rubrique "THEME" occuperont les quelques heures que je passerai sur l'ordinateur dans les prochaines semaines. Il m'a suffi de m'occuper un peu de la rubrique "NATURE" (et c'est loin d'être fini) pour réaliser qu'il était grand temps que je fasse du rangement.
Je répondrai bien entendu aux commentaires quand il y en a.
Et si un évènement se révèle incontournable, je verrai bien ce que j'en fais :)
Prenez soin de la vie en vous.
La nature de la Nature (philosophie)
Nourrir l'Humanité entière (Nature)
Cash Investigation sur les pesticides
Cash Investigation ; Pesticides (2)
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Raison et nature (spiritualité)
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Biodiversité et stations de montagne
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Sciences et vie : la guerre de l'eau
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François Couplan, ethnobotaniste
Questions-réponses sur le rapport du GIEC
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"Ecologie, éthique et anarchie." (politique)"
La Terre est vivante" James Lovelock
Gaïa : de la mythologie à nos jours
Inondations et agricultures (Nature)
Damien Dekarz, philosophe de la nature
Bruno Latour, philosophe
Ce Monsieur est davantage lu et écouté à l'étranger qu'ici. Depuis le début de cette crise, les médias les plus écoutés ont pris la mesure de ses écrits et de ses pensées.
La théorie "Gaïa" a été présenté par James Lovelock et je ne peux qu'inviter les lecteurs à chercher et à lire cet ancien livre : "La Terre est un être vivant".
"La Terre est vivante" James Lovelock
Gaia, la Terre mère, est-elle obligée d'aimer ses enfants ?
Weronika Zarachowicz
Publié le 03/05/13 mis à jour le 08/12/20
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Sous-estimé en France, le penseur Bruno Latour est une star à l'étranger, où il développe l'une des théories les plus avant-gardistes sur l'avenir de la terre : celle de Gaia, un système complexe, fini et capable de s'autoréguler. Qui pose la question de la survie non-plus de la planète mais des humains.
La scène se passe en février dernier, dans la très vieille et vénérable université d'Edimbourg. Une foule dense d'étudiants, d'enseignants, de curieux venus d'Ecosse et d'ailleurs se presse pour assister à un rendez-vous incontournable du monde intellectuel : les Gifford Lectures, des conférences sur la théologie, la philosophie et leur rapport à la science, données par la crème de la pensée occidentale depuis plus d'un siècle. Hannah Arendt, John Dewey, George Steiner, Richard Dawkins, Noam Chomsky, Henri Bergson ou Raymond Aron y ont dispensé leurs lumières. Et ce 18 février 2013, c'est un Français à l'œil pétillant et aux sourcils broussailleux qui ouvre son cours.
Bruno Latour est sociologue, anthropologue, philosophe, reconnu en France, mais un peu en catimini. A l'étranger en revanche, c'est une star – il est traduit en trente langues, et plus souvent cité sur Google que Michel Serres, l'un de ses maîtres. Il est admiré pour son œuvre foisonnante, qui empoigne la question de l'écologie et de la modernité, et dément « l'idée reçue d'une décadence de la pensée française », comme l'écrivait récemment le philosophe Patrice Maniglier. Pour les Gifford, notre philosophe aventurier affronte une figure mystérieuse et controversée : Gaia, qu'il propose de regarder « en face ». « Combien de fois, explique-t-il devant un auditoire captivé, m'a-t-on conseillé de ne pas utiliser le terme et de ne pas avouer que j'étais intéressé par les livres de James Lovelock ! »
Gaia, la déesse, Terre mère redoutable et toute-puissante de la Grèce archaïque, fleure bon les romans de l'écrivain de science-fiction Isaac Asimov, le new age et les néopaganismes. Mais Gaia, c'est surtout une déroutante hypothèse scientifique, formulée au début des années 1970 par un scientifique inventeur anglais, James Lovelock, et une microbiologiste américaine, Lynn Margulis : la Terre, selon eux, n'est pas une matière inerte.
Si la vie a pu y prospérer, c'est parce qu'elle constitue une énorme entité composée d'interactions entre différents écosystèmes, comprenant la biosphère terrestre, l'atmosphère et les océans. Chacune de ses composantes – physiques, chimiques, biologiques – interagit de façon à maintenir un environnement optimal pour la vie ! Bref, Gaia est un gigantesque « être vivant » capable d'autocontrôler sa température et la composition de sa surface, écrit Lovelock en 1974 (1).
D'abord rejetée comme « non scientifique » et non vérifiable, cette hypothèse révolutionnaire a peu à peu repris du galon. Plusieurs organismes scientifiques internationaux ont endossé la théorie d'un « système Terre », écosystème autorégulé à la surface de la Terre, somme de tous les autres écosystèmes en interaction. Parallèlement, les scientifiques ont confirmé que notre planète fait face à des changements environnementaux globaux, en passe de modifier la relative stabilité du climat que Gaia contribuait jusqu'ici à maintenir. La biodiversité se réduit. L'effet de serre augmente. Le climat se réchauffe à très, très grande vitesse.
On connaît la suite : création du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) et ses nombreux rapports, prise de conscience générale, grandes conférences internationales sur le climat qui, l'une après l'autre, échouent... Rappelons les dernières prévisions : la température moyenne de la Terre, actuellement de 15 °C, pourrait augmenter de 3 à 4 °C d'ici à 2060, de 6 °C d'ici à la fin du siècle. Aucun chercheur n'ose imaginer les conséquences du scénario pour ceux qui habiteront la planète à ce moment-là, principalement nos enfants ou nos petits-enfants.
Mais on peut raconter l'histoire d'une autre façon, popularisée par un scientifique néerlandais, le Prix Nobel de chimie Paul Crutzen : nous sommes entrés dans un nouvel âge géologique, l'anthropocène. Pour la première fois dans l'histoire de la Terre, l'anthrôpos – l'homme – est devenu la force géophysique qui modifie le plus la planète. L'être humain est déjà le premier agent de production et de distribution dans le cycle de l'azote ; avec la déforestation, il est l'un des principaux accélérateurs de l'érosion ; sans parler de son rôle dans le cycle du carbone, qui bouleverse la composition chimique de l'atmosphère !
« En l'espace de deux générations, depuis les années 1950, nous voilà confrontés à l'anthropocène : l'obligation de prendre en charge la biosphère et l'atmosphère, résume le philosophe Patrick Degeorges, chargé de mission au ministère de l'Ecologie. Nous sommes contraints de repenser l'histoire humaine à échelle géologique, à la fois vers le passé et vers le futur, puisque nos émissions de carbone nous engagent pour les prochains dix mille, voire cent mille ans. C'est un éclatement des horizons qui donne le vertige : littéralement, la Terre se dérobe sous nos pieds. »
Ce vertige, les géologues, les climatologues, les chimistes ne sont plus seuls à le vivre. Du côté des humanités, des philosophes s'y confrontent à leur tour et élaborent une pensée de l'anthropocène. On les compte sur les doigts des deux mains – Bruno Latour, Isabelle Stengers, Mary Midgley, John Baird Callicott, Catherine Larrère… Mais leurs textes font souffler un vent nouveau, ultra créatif et puissant, qui nous fait dépasser les simples injonctions techniques – éteignez les lumières, pensez à recycler, pensez à la planète. Leur pari ? Nous donner à voir ce que nous ne voyons plus, comme il y a quelques jours, par exemple, cette révélation (en une du New York Times, passée presque inaperçue chez nous) que la calotte glaciaire des Andes, au Pérou, a fondu en vingt-cinq ans, alors qu'elle avait mis mille six cents ans (au moins) à se constituer.
Pourquoi avons-nous tant de mal à réagir et à « faire attention », comme dit la philosophe belge Isabelle Stengers ? Tâche immense en effet que de sentir des changements « globaux » quand on n'est pas soi-même un être « global » ; de ressentir le « climat » quand les seules façons d'en parler sont des gigantesques modèles conçus par ordinateur. « C'est toute la difficulté du changement climatique ; nous ne pouvons en faire l'expérience en tant que tel, car c'est une construction, un grand récit scientifique qui reste déconnecté de la vie quotidienne, en particulier dans les mégapoles globalisées où conditions et modes de vie nous insensibilisent », explique Patrick Degeorge. Bref, nous autres modernes sommes incapables de regarder Gaia en face et de faire le deuil de nous-mêmes.
« L'anthropocène est le concept philosophique, religieux, anthropologique et politique le plus décisif jamais produit comme alternative aux idées de modernité », affirmait Bruno Latour en Ecosse. Quelques semaines plus tard, dans son bureau de Sciences Po, les yeux du philosophe pétillent toujours autant quand il évoque Gaia. « Au XVIe siècle, on a découvert l'Amérique. Au XIXe, on découvre non pas d'autres terres au sens d'une extension de l'espace, mais au sens d'une intensification de notre rapport à cette Terre. C'est aussi important et nous sommes aussi démunis face à cette découverte que nos ancêtres avec leurs idées médiévales. Ce qui m'intéresse aussi, c'est que l'anthropocène et Gaia sont deux concepts élaborés par des chercheurs de sciences exactes, extraordinairement plus en avance sur l'époque que toute une flopée d'intellectuels, de politiques, d'artistes qui ne s'intéressent qu'à l'histoire des êtres humains. »
Voilà le premier intérêt de Gaia pour les philosophes : mettre les pieds dans le plat de l'anthopocentrisme. Bouleverser l'habitude des modernes de ne parler que d'eux, à travers la nature et tous les « non-humains » (animaux, microbes, montagnes...), selon la formule de Bruno Latour. Nommer Gaia, selon Isabelle Stengers, c'est donner « un coup de vieux aux versions épiques de l'histoire humaine, lorsque l'homme, dressé sur ses deux pattes et apprenant à déchiffrer "les lois de la nature", a compris qu'il était maître de son destin, libre de toute transcendance. » Les humains ne sont pas le centre de la vie, pas plus qu'aucune autre espèce. Ils constituent « une partie qui croît rapidement dans un énorme tout ancien », écrit Lynn Margulis dans un article remarquable sur Gaia. Ils sont là, dans, avec et à côté de l'eau, de l'air, de la terre, à côté des bactéries, à côté des éléphants, à côté des microbes et des arbres de la forêt tropicale. Tous liés les uns aux autres. Mais l'homme y est à la fois plus puissant et plus fragile que jamais...
La théorie Gaia ouvre un monde d'une complexité et d'une richesse étonnantes, avec une multitude de portes d'entrée. Celle, par exemple, offerte par un Américain encore trop méconnu en France, John Baird Callicott. Ce maestro de l'éthique environnementale insiste sur la nécessité de préserver le bien commun et de trouver de nouveaux modes de coexistence entre humains et non-humains (plantes, animaux...), en tenant compte des relations d'interdépendance qui définissent Gaia et en proposant de « penser comme Gaia ». Le philosophe américain dessine un nouveau rapport à la nature, harmonieux et non plus conflictuel, une précieuse et ambitieuse extension de l'éthique pour remplacer le paradigme industriel qui a marqué la modernité. Et dès lors, c'est toute l'idée que nous nous faisons de nous-mêmes qui s'en trouve transformée.
Bruno Latour pousse plus loin la nécessité d'une refonte, et sur d'autres bases. Sus aux paradigmes d'hier, auxquels les modernes, les Occidentaux s'accrochent déséspérement, à ces fictions progressistes qui dressent une frontière entre le scientifique et la politique, la nature et la culture. Bienvenue dans les « humanités scientifiques », situées au croisement des sciences et de la politique. Elles seules sont capables de nous faire explorer le chaos d'aujourd'hui, et surtout de nous apprendre à naviguer dessus. Et quel morceau de choix que Gaia, née sous les doubles auspices de la science et des humanités ! Cette théorie dont le nom fut soufflé au scientifique Lovelock par... un écrivain, son ami William Golding, auteur de Sa Majesté des mouches. Gaia, quatre petites lettres à la place de « système cybernétique à tendances homéostatiques telles que détectées par les anomalies chimiques dans l'atmosphère terrestre ». Et à l'arrivée un « affreux mélange » qui permet à Bruno Latour de livrer un concentré fulgurant et inventif de l'oeuvre qu'il construit depuis trente ans autour des sciences, de la politique, du droit, de la religion, de la métaphysique.
Le philosophe aborde Gaia par une démarche... gaïenne ! Il croise, interconnecte, enrôlant dans ce voyage mental Walt Disney, le cinéaste hongrois Béla Tarr ou le philosophe allemand Peter Sloterdijk. Il nous offre des clés essentielles pour mieux cerner cette entité étrange, ni divinité ni nature : un « système science » ; un cosmos fini et « local » qui bouleverse radicalement la vision de l'univers infini, sans limites des modernes ; une Histoire en soi, succession d'événements que Latour nomme « géo-histoires », histoires mélangées et intriquées de tout ce qui existe sur la Terre ; et surtout une injonction à repenser la politique, si seulement « on prend au sérieux ce que nous dit Gaia, à l'époque de l'anthropocène ».
Prenons-la donc au sérieux. Et tentons d'interpréter ses messages. Gaia est en colère, elle prend sa revanche, affirme James Lovelock, devenu prophète du désastre dans l'un de ses derniers livres. « En empiétant sur l'environnement, c'est comme si nous avions à notre insu déclaré la guerre au système Terre. » D'où les cyclones Katrina ou Sandy, les grandes sécheresses, etc. Lovelock précise user d'une métaphore, mais est-ce la bonne, s'interroge Emilie Hache, jeune voix éloquente de la philosophie de l'écologie. « Il fait appel à cette métaphore guerrière pour nous faire (ré)agir, mais cette dernière nous engage-t-elle vers une façon d'agir intéressante, efficace ? Est-ce le type de relation dont nous avons aujourd'hui besoin ? » Imaginer une Gaia vengeresse nous amène en terrain glissant : comme si l'on savait ce qu'elle voulait, mais aussi comme si un tel scénario justifiait « une compensation, une punition et pourquoi pas la mort de l'humanité ».
On préfère la version de Lynn Margulis, finalement adoptée par beaucoup de philosophes : une entité ni protectrice ni malfaisante dans sa relation à l'humanité. « Gaia s'en sortira toujours, qu'on soit là ou non, c'est le processus bactérien qui continue, résume Catherine Larrère, la spécialiste française de l'éthique environnementale. Elle n'a pas besoin de nous, humains comme non-humains. Nous ne pouvons mettre fin à la nature, mais nous pouvons nous menacer nous-mêmes. » C'est ce qu'Isabelle Stengers appelle les relations dissymétriques. L'enjeu est de nous protéger, pas de sauver la planète. Ce qui bouleverse radicalement les perspectives, pour les écologistes et les autres. Bien traiter Gaia, qui se montre de plus en plus sensible et « chatouilleuse », qui réagit de plus en plus vite à nos actions, nous oblige à retrouver « l'art de faire attention » et à redevenir sensibles, nous aussi : non pas parce qu'elle serait fragile, mais parce que nous dépendons d'elle pour vivre.
Encore faut-il définir ce « nous », et s'ouvre là l'un des pans les plus vertigineux des Gifford Lectures de Latour. Car qui est l'homme de l'anthropocène ? Non pas cet anthrôpos unifié comme les modernes continuent de nous le présenter, mais des hommes aux intérêts contradictoires, aux cosmos opposés, des adversaires en guerre : bref, résume Bruno Latour, « nous sommes dans Babel après la chute de la tour géante » ! Pensons aux violentes controverses sur la réalité du changement climatique, qui opposent les scientifiques du Giec aux climatosceptiques. Ces derniers ne sont pas « irrationnels », ce sont des adversaires politiques qui investissent des millions de dollars dans des machines de guerre – comme les think tanks – pour contester le réchauffement. Car ils ont compris que cette thèse et ses implications représentent la fin de leur monde, celui de l'énergie bon marché, celui de la croissance et de la consommation sans limite.
Cette vision prométhéenne d'un homme capable de modeler la nature à l'infini n'étant évidemment pas exempte d'intérêts matériels et financiers bien compris. « Logiquement et raisonnablement, ils résistent, ils se battent. » D'où la question fondamentale que Gaia nous oblige à affronter, la seule qui soit porteuse de solutions : quelle politique à l'âge de l'anthropocène ? « Nous devons identifier nos ennemis et nos alliés, les gens de Gaia, ceux qui ne se disent pas seulement "humains", poursuit Latour. Une fois cette décision prise (car c'est une décision), nous serons capables de reconnaître la multiplicité des peuples qui sont en conflit, un état de guerre, et ensuite on pourra parler de paix. Ce qui nécessitera de la diplomatie, des traités de paix... Ni la nature, ni Dieu n'apportent d'unité ni de paix. Mais "les gens de Gaia", ceux qui se disent "Terriens", peuvent peut-être devenir, eux, les artisans de la paix. » En attendant, avec ces Gifford Lectures, c'est bel et bien la première philosophie gaienne que Bruno Latour vient d'écrire. Et c'est, à l'image de Gaia, un monde effrayant et fabuleux.
(1) James Lovelock ne présente plus Gaia comme un « organisme » vivant, ayant une « finalité ».
La déesse Gaia, un mythe grec
L'hostilité des scientifiques à la théorie Gaia tient en partie à son nom, qui renvoie à la mythologie. Car Gaia, c'est la « Terre mère » originelle, déesse « aux larges flancs » de la mythologie grecque archaïque, héroïne de la Théogonie d'Hésiode. Née après le Chaos, Gaia est l'ancêtre maternelle des races divines et des monstres (mère des Titans et des Cyclopes, grand-mère de Zeus, etc.) : une déesse souvent cruelle et redoutable...
À lire
Facing Gaia. A new enquiry into natural religion, Gifford Lectures, février 2013, de Bruno Latour
Ethique de la Terre, de John Baird Calicott, éd. Wildproject, 2010.
Ce à quoi nous tenons, d'Emilie Hache, éd. La Découverte, 2011.
Au temps des catastrophes, d'Isabelle Stengers, éd. La Découverte, 2009.
Du bon usage de la nature, de Catherine et Raphaël Larrère, éd. Flammarion, 2009.
Ethiques de la nature, de Gerald Hess, éd. PUF (à paraître le 29 mai).
Protection de la nature
Entre les paroles politiques et les actes, la marge est considérable et très rarement du côté de la nature.

https://reporterre.net/Moins-de-gardes-dans-le-Parc-national-des-Cevennes-nature-menacee
Le ministère de la Transition écologique a récemment annoncé la création de quarante postes pour les aires protégées. Insuffisant, répondent les agents de terrain. Dans le Parc national des Cévennes, après dix ans de suppressions de postes, les agents sont à bout, et craignent que leur mission de protection de la nature en pâtisse.
Florac, Ispagnac et Castelbouc (Lozère), reportage
Campés dans la pente recouverte d’herbes sèches et de genêts, jumelles en main, les deux hommes scrutent la montagne qui leur fait face. Une forêt de pins la recouvre en bonne partie. Vert foncé des arbres parfois percé du gris des falaises granitiques, ciel bleu clair dégagé, forts dénivelés... le paysage illustre parfaitement un slogan du début des années 2000, utilisé par un office de tourisme local : « Les Cévennes à l’austère beauté ». Une beauté que s’efforce de préserver depuis 1970 l’un des plus anciens parcs nationaux de France, celui des Cévennes, à cheval sur la Lozère, le Gard et l’Ardèche.
Un faucon pèlerin dessine sa silhouette dans l’azur. Un vautour fauve survole les pins, au loin, puis disparaît. Mais ce n’est pas eux que cherche aujourd’hui Jean-Pierre Malafosse, garde-moniteur au parc. Il pointe sa lunette vers une petite falaise. Sur une plateforme, des branches mortes ont été amassées. Un couple d’aigles royaux prépare son nid. Tous les ans, le garde repère l’endroit choisi par le couple pour nidifier puis le surveille comme du lait sur le feu. « Cela nous permet de dire aux forestiers où ils se trouvent », explique-t-il, désignant des coupes récentes dans la forêt. « J’ai demandé de laisser des arbres autour de la plateforme. Si on n’avait pas été là tout le temps, ils n’auraient pas tenu cinq ans. »
Jean-Pierre Malafosse, garde-moniteur au parc.
« Quand le parc a été créé, l’aigle royal était une espèce en train de disparaître, il n’y avait plus que trois ou quatre couples, dit Jocelyn Fonderflick, chargé de mission faune du parc. Maintenant, il y en a quinze. » En cinquante ans de parc national, la loutre, le castor, le faucon pèlerin, le loup, les chevreuils sont aussi revenus. Le vautour a été réintroduit avec succès. Autant de réussites dues en grande partie à la vigilance des gardiens du parc. Mais c’est à leur tour de se sentir en phase d’extinction. « On a été jusqu’à trente-huit gardes-moniteurs, se souvient Jean-Pierre Malafosse. On n’est plus que vingt-et-un. Les départs à la retraite ne sont pas remplacés. Avant, je m’occupais de deux communes et demie. Maintenant, c’est sept. »
« L’érosion de la biodiversité se fait par méconnaissance »
Ses missions sont aussi diversifiées que celles du parc : inventaires de la flore et la faune, pédagogie dans les écoles, accompagnement des touristes, maintien d’une bonne relation avec les sept cents habitants du cœur de parc, missions de police… « Je fais beaucoup moins d’activités pédagogiques qu’avant et j’échange beaucoup moins avec les habitants », remarque-t-il.
Jocelyn Fonderflick, chargé de mission faune du parc.
« On en arrive à faire des choix, regrette Jocelyn Fonderflick. Pour la première année, on a décidé d’arrêter le baguage des vautours. Interrompre ce suivi, le plus long qui existe pour une espèce réintroduite, c’est mettre à la poubelle des années de données. » Il désigne aussi, au creux de la vallée, un vieux pont en arches de pierre : « C’est le pont de Quézac. Il a été restauré. Mais on a appris seulement après qu’une colonie de chauves-souris y nichait. Elle a été détruite. L’érosion de la biodiversité se fait par méconnaissance. »
Mi-janvier, le gouvernement a présenté sa stratégie nationale pour les aires protégées, avec un objectif de 30 % des espaces naturels protégés en France d’ici 2030, dont 10 % sous protection forte (contre 1,8 % actuellement). « Une protection forte nécessite une connaissance fine, donc du personnel », rappelle notre spécialiste de la faune sauvage.
Pourtant, le parc national a perdu 16,5 postes équivalent temps plein en dix ans, quasiment 20 % de ses effectifs. En tout, l’ensemble des parcs nationaux métropolitains ont perdu entre 15 et 20 % de leur personnel sur la période, estime Kisito Cendrier, représentant du personnel et cosecrétaire de la section du Syndicat national de l’environnement-FSU du parc. « Ils ont aussi pris des postes sur les parcs existants pour créer les nouveaux : celui des Calanques en 2012 et celui des forêts en 2019 », ajoute-t-il.
Kisito Cendrier, représentant du personnel et cosecrétaire de la section du Syndicat national de l’environnement-FSU du parc.
Comme pour tous les fonctionnaires, l’érosion a commencé sous la présidence Sarkozy. « Au début, cela ne se voyait pas trop, c’était des départs en retraite, se souvient-il. Mais depuis trois quatre ans, on est vraiment en sous-effectif. » L’élu syndical décrit un lourd bilan social : la surcharge de travail amène stress, anxiété, perte de sens pour les agents qui font un métier de passion et même d’épuisement professionnel (burn-out). « En 2019, on avait obtenu un moratoire sur les suppressions de postes dans les parcs nationaux. Puis, fin 2020, on nous a annoncé dix nouvelles suppressions ! » Les présidents de parcs nationaux ont même écrit une lettre à Emmanuel Macron pour protester.
70 % de grévistes contre les suppressions de postes
Dans le Parc national des Cévennes, cela s’est rapidement concrétisé par la convocation d’une collègue par la direction : « On lui a annoncé que son poste était supprimé. Elle est chargée des archives et du centre de documentation, en poste depuis quinze ans. Cela a été un gros choc. » Le 4 février dernier, 70 % des salariés du parc ont fait grève pour protester. « Du jamais vu », assure Kisito Cendrier.
Depuis, des annonces gouvernementales ont inversé la tendance. Barbara Pompili et Bérangère Abba se sont félicitées, mercredi 24 février, de la création de quarante postes. vingt pour les parcs naturels marins, dix pour le nouveau Parc national des forêts et dix postes à répartir entre les autres parcs nationaux, soit en moyenne un par parc.
Pas mal, mais insuffisant, déplore Kisito Cendrier : « Rien que pour les Cévennes, ce sont quatre ou cinq postes qu’il nous faudrait. » Par ailleurs, l’incertitude plane encore sur l’avenir de leur collègue. Rien ne confirme que les annonces ministérielles sauveront son poste. « On attend. »
Et ce n’est pas le paisible écoulement de l’eau du Tarn qui apaise l’inquiétude des agents. Yannick Manche, chargé de mission Eau du parc, pourrait être, après l’archiviste, le prochain sur la liste. « Je suis là depuis quatorze ans. Mon contrat était renouvelé tous les trois ans. La dernière fois, il n’a été renouvelé que pour deux ans », détaille-t-il.
Yannick Manche, chargé de mission eau du parc.
Il est pourtant en train de finaliser une importante étude géologique pour retracer les chemins de l’eau, depuis le causse Méjean jusque dans le Tarn et la Jonte, qui coulent à ses pieds. « Je peux maintenant expliquer aux habitants que l’eau qui coule ici vient du cœur du parc national », se réjouit-il, devant une cascade émergeant d’une faille entre les roches et alimentant le Tarn. En cette fin d’hiver, l’eau est limpide.
La source de Castelbouc, en Lozère.
Il nous fait faire le tour des cinq résurgences de Castelbouc. Le village, accroché à la falaise, surplombe les gorges. Le lieu est hautement touristique l’été. « Si les gorges sont polluées et qu’on doit les fermer à la baignade, c’est la mort du pays. » Les élèves d’un collège local l’ont aidé à mesurer les débits des sources. On croise un spéléologue barbouillé de glaise sortant d’une grotte, avec lequel il commence une conversation animée. Les clubs de spéléologie du coin ont participé bénévolement à l’étude, explorant les entrailles du Causse pour y déverser les colorants qui ont permis de suivre l’eau. « On a fait des centaines de manips ! » se félicite Yannick Manche.
Yannick Manche, un des gardes du Parc national des Cévennes et un spéléologue.
Avec les habitants, il a ainsi acquis une connaissance plus précise du territoire, ce qui lui permet de prévenir les pollutions. « Cela coûte moins cher de faire de la prévention que du curatif », souligne-t-il. « Et dans le parc, on a les sources des bassins versants du Tarn, du Lot, une partie de l’Ardèche, les Gardons qui descendent dans le Rhône, les sources de l’Hérault, la Cèze. ». Si son poste est supprimé, c’est toute la surveillance des milieux aquatiques et la prévention de l’incidence des activités humaines qui n’aura plus de référent.
« Ça marche parce que j’habite ici, je suis présent sur le territoire »
« Depuis le temps que je suis là, les gens me connaissent. Tous ceux que je croise, je leur dis : “Si vous avez un projet, vous m’en parlez.” Ça marche parce que j’habite ici, je suis présent. » De l’abreuvoir à la station d’épuration, il permet que ces installations soient réalisées dans le respect des milieux naturels. « Le territoire est très rural, les collectivités ont très peu de compétences techniques. On est les seuls à pouvoir les apporter », souligne-t-il.
Le village de Castelbouc, à l’entrée des gorges du Tarn.
Le parc perd donc à la fois des postes, et le contact avec les habitants. « Souvent, on est la dernière administration présente », remarque encore notre spécialiste de l’eau. « Des gens vivent dans le parc, il est habité, il y a beaucoup de relationnel », explique Kisito Cendrier. « Tout ce paysage est modelé par des activités agricoles et forestières », enchérit Jocelyn Fonderflick, embrassant d’un geste les forêts de hauts pins qui alimentent la filière bois d’un côté, et un paysage de steppe entretenu par les moutons de l’autre.
« Les gens nous reprochent qu’ils nous voient de moins en moins, reprend Kisito Cendrier. Maintenant, on ne vient plus que quand il y a des problèmes. Les agents de terrain arrivent quand c’est trop tard, et se retrouvent obligés de verbaliser. On pense que c’est pour cela qu’il y a eu des tensions avec les agriculteurs. » En octobre 2019, une manifestation d’agriculteurs devant le siège du parc national, à Florac, a dénoncé la réglementation, qui les empêcherait de travailler. Le loup et le sanglier, peu appréciés des bergers et des cultivateurs, sont aussi des dossiers épineux qui demandent beaucoup de temps de médiation aux agents.
À Castelbouc, en Lozère.
Pourtant, cette coexistence fragile, c’est ce qui fait la particularité de ce qu’ils appellent le « parc à la française », qui a pour idéal de réussir à « vivre avec » la nature, plutôt que d’en interdire l’accès à toute activité humaine, voire à tout visiteur.
« S’il n’y a plus personne sur le terrain, la meilleure façon de protéger une zone est de la boucler, et de jouer sur la peur du gendarme, explique Jean-Pierre Malafosse. Il y a des coins en Europe où l’on aurait interdit l’accès à la zone autour de ce nid d’aigle. Vous mettriez un seul pied sur le chemin qui passe en dessous, vous écoperiez d’une grosse amende ! » Lunette sur l’épaule, il remonte la pente d’un bon pas, un peu essoufflé tout de même. Sa barbe et ses cheveux d’un blanc immaculé laissent deviner que la retraite approche. « C’est pour dans deux ans, confesse-t-il. Quand je suis arrivé au parc, j’étais le plus jeune. Maintenant, je suis le plus vieux ! Mais je ne sais pas si je serai remplacé. »
En attendant, ce vénérable syndicaliste n’abandonne pas le combat. « Protéger la nature, cela ne rapporte pas d’argent. Il faut que ça reste un service public, jamais le privé ne le fera », insiste-t-il.
"Les soulèvements de la Terre"
A diverses reprises, j'ai eu à échanger sur les actions menées ou à venir au regard de l'état de la planète et sur d'éventuelles "actions de force". Beaucoup de gens considèrent que c'est illégal et que ça ne doit pas être utilisé.
La question qui se pose est de voir si les organismes contre lesquels ces actions seraient menées ne sont pas eux-mêmes engagés dans des voies violentes.
Ne peut-on pas considérer que des sociétés industrielles, chimiques ou de n'importe quel autre secteur qui sont connus comme étant considérablement agressives envers la biodiversité ne peuvent pas être accusées de violence ? Etant donné que les conséquences de ces fonctionnements destructeurs mettent en péril la vie de milliers ou de millions de personnes, de quel côté se place réellement la violence ? Bien évidemment et malheureusement, les conséquences immédiates du fonctionnement de ces sociétés ne sont pas visibles, dans les faits mais il est indéniable que les effets sur le long terme le sont. Il s'agit d'une violence mortifère qui n'est pas perçue parce qu'elle se traduit par des conséquences qui ne peuvent pas actées sans que personne ne puisse venir émettre le moindre doute. C'est bien évidemment là-dessus que "jouent" les grandes industries. L'exemple de l'agriculture industrielle est incontournable. L'exemple de la pollution atmosphérique en zones urbaines et industrielles l'est tout autant. Les sociétés occidentales de par l'idée d'une croissance infinie fonctionnent dans un registre violent étant donné que les conséquences de ces systèmes impactent la vie des gens et dégradent la nature elle-même.
La question de la violence n'est pas si simple qu'on le croit...Il y a quarante ans maintenant que des scientifiques, des économistes, des sociologues alertent sur la violence de nos sociétés. L'indifférence, l'insouciance, le déni, les moqueries des élites politiques, des élites financières, des économistes de la croissance à tous prix, c'est là que prend forme la violence. Cette violence-là crée aujourd'hui le terreau de mouvements de contestation qui n'auraient pas eu lieu d'être si les idées sur un monde viable dans une croissance finie avaient réellement été analysées, discutées, expérimentées.

Une constellation de personnes en lutte pour un monde habitable et désirable propose un programme d’actions pour les saisons à venir. Faire cesser le ravage climaticide, se rassembler pour sortir de l’impuissance, (re)mettre les mains dans les terres et décider collectivement de leur futur, afin de se défaire du règne de l’économie. Première salve le 27 mars.
La liste des signataires est à la fin du texte.
Nous sommes des habitant·es en lutte attaché·es à leur territoire. Nous avons vu débouler les aménageurs avec leurs mallettes bourrées de projets nuisibles. Nous nous sommes organisé·es pour défendre nos quartiers et nos villages, nos champs et nos forêts, nos bocages, nos rivières et nos espèces compagnes menacées. Des recours juridiques à l’action directe, nous avons arraché des victoires locales. Face aux bétonneurs, nos résistances partout se multiplient.
Nous sommes des jeunes révolté·es qui avons grandi avec la catastrophe écologique en fond d’écran et la précarité comme horizon. Nous sommes traversé·es par un désir croissant de déserter la vie qu’ils nous ont planifiée, d’aller construire des foyers d’autonomie à la campagne comme en ville. Sous état d’urgence permanent, nous avons lutté sans relâche contre la loi Travail, les violences policières, le racisme, le sexisme et l’apocalypse climatique.
Nous sommes des paysan·nes. La France n’en compte presque plus. Avec ou sans label, nous sommes les dernier·es qui s’efforcent d’établir une relation de soin quotidien à la terre et au vivant pour nourrir nos semblables. Nous luttons tous les jours pour produire une nourriture saine à la fois financièrement accessible et garantissant une juste rémunération de notre travail.
Parce que tout porte à croire que c’est maintenant ou jamais, nous avons décidé d’agir ensemble.
Depuis longtemps, l’économie nous a séparé·es de la terre pour en faire un marché. Erreur fatale qui nous mène droit au désastre. La terre n’est pas du capital. C’est le vivant, le paysage et les saisons. C’est le monde que nous habitons, en passe d’être englouti par la voracité extractiviste. Après avoir enclos et privatisé les communs, le marché capitaliste et ses institutions précipitent aujourd’hui le ravage de la biodiversité, le bouleversement climatique et l’atomisation sociale.
L’ère Covid a achevé de rendre l’atmosphère irrespirable. Entassé·es dans des métropoles chaque jour plus invivables, confiné·es dans une existence hors-sol et artificielle, un sentiment d’étouffement nous étreint. Le coronavirus relève de la dévastation écologique, de l’exploitation globale de la terre et du vivant. Il dévoile notre totale dépendance à l’économie mondialisée, révèle la fragilité de cette fausse abondance étalée dans les rayons des supermarchés. La gestion gouvernementale a pour conséquence de reconfigurer l’économie (télétravail, dématérialisation...) tout en abolissant nos libertés fondamentales (loi sécurité globale, régime d’exception...).
Nous ne croyons pas dans une écologie à deux vitesses dans laquelle une minorité se targue de manger bio et de rouler en 4x4 hybride tandis que la majorité est contrainte de faire des jobs subis, de longs trajets quotidiens et de manger low-cost. Nous n’acceptons pas que les exploitants agricoles soient réduits au rang de sous-traitants suréquipés et surendettés de l’industrie agroalimentaire. Nous ne nous résoudrons pas à contempler la fin du monde, impuissant·es, isolé·es et enfermé·es chez nous. Nous avons besoin d’air, d’eau, de terre et d’espaces libérés pour explorer de nouvelles relations entre humains comme avec le reste du vivant.
Venu·es de toute la France, nous étions plus d’une centaine à nous retrouver à Notre-Dame-des-Landes le mois dernier. De sensibilités, de parcours et d’horizons très différents, un constat commun nous rassemble :
1 - La question foncière est à la croisée de la fin du monde et de la fin du mois, de la planète des écologistes et de la terre des paysans. Dans les dix ans à venir, la moitié des exploitant·es agricoles de France va partir à la retraite. Concrètement, près d’un tiers de la surface du territoire national va changer de main. C’est le moment ou jamais de se battre pour un accès populaire à la terre, pour restaurer partout les usages et les égards à même d’en prendre soin.
2 - Quoi qu’on puisse en penser ou en attendre, l’État laisse le champ libre au ravage marchand de la terre. Il organise le contournement des régulations foncières et environnementales qu’il a lui-même instituées. En guise de verdissement publicitaire, Macron rebondit sur la proposition de la Convention citoyenne sur le climat d’organiser un referendum pour « inscrire la défense de l’environnement dans la constitution ». Mais le même refuse d’interdire glyphosate et néonicotinoïdes. Le même s’apprête à bétonner à tour de bras en vue des JO de 2024. Il est grand temps d’établir un rapport de force pour faire redescendre l’écologie sur terre.
3 - Nos luttes comme nos alternatives sont absolument nécessaires mais, séparées les unes des autres, elles sont impuissantes. Syndicalisme paysan, mouvements citoyens, activismes écologiques, agitations autonomes, luttes locales contre des projets nuisibles, ne parviennent pas, seuls, à renverser la situation. Il est nécessaire d’unir nos forces pour impulser et inventer des résistances nouvelles, à la mesure du ravage auquel nous assistons stupéfait·es.
L’incertitude produite par la crise sanitaire ne doit pas nous empêcher de nous projeter et de nous organiser sur le long terme. Nous voulons faire advenir des soulèvements pour la défense de la terre comme bien commun. Nous voulons arracher des terres à l’exploitation capitaliste pour constituer des espaces libérés, propices à une multiplicité d’usages communs, de relations et d’attachements. Nous voulons défendre le monde vivant grâce à une agroécologie paysanne et solidaire, à la protection des milieux de vie et à une foresterie respectueuse. Cela commence par trois gestes :
1- Pour faire cesser le ravage, nous appelons à enclencher le frein d’urgence, à concentrer nos forces pour cibler, bloquer et démanteler trois des industries toxiques qui dévorent la terre : celles du béton, celle des pesticides et celle des engrais de synthèse. Nous nous retrouverons en juin et à l’automne pour des grosses actions de blocage d’industries.
2 - Remettre la terre entre nos mains et l’arracher des griffes des accapareurs exige que nous soyons chaque jour plus nombreux à remettre les mains dans la terre. Des centres urbains jusqu’aux confins des périphéries, nous appelons à des reprises de terres, par l’installation paysanne, le rachat en commun ou l’occupation. Nous nous retrouverons dès ce printemps pour des actions d’occupations de terres contre l’artificialisation.
3 - Pour restituer aux habitant·es et aux paysan·nes de chaque localité le pouvoir de décider de l’attribution, l’usage et la destination des terres, nous appelons à s’introduire en masse, chaises en main, dans les diverses institutions et lieux de pouvoir où se décide sans nous le devenir de la Terre. Nous ne pouvons laisser plus longtemps ce pouvoir entre les mains de la FNSEA et de l’agro-industrie, des aménageurs et des bétonneurs. Nous nous retrouverons à partir de la rentrée prochaine pour occuper ces lieux de décision.
La première saison des soulèvements de la Terre sera marquée par une première vague d’occupations de terres et de blocages contre le bétonnage : 27 mars aux Vaites à Besançon (jardins populaires vs extension urbaine), les 10 et 11 avril à Rennes à la Prévalaye (cultures collectives vs métropole), les 22 et 23 mai au Pertuis en Haute-Loire (paysans expropriés vs construction d’une déviation routière), les 19-20-21 juin à St-Colomban en Loire-Atlantique (défense du bocage menacé par les carrières de sable et le maraîchage industriel), au cours du printemps sur le plateau de Saclay dans l’Essonne (terres agricoles vs technopole), à partir du 29 juin (semaine d’actions de blocages d’envergure et simultanées ciblant l’industrie de la construction et du Grand Paris). Les 3-4 juillet, un grand rassemblement festif aura lieu pour célébrer la fin de la saison 1 sur des terres à défendre en Île-de-France.
La seconde saison des soulèvements de la Terre s’ouvrira en septembre par une marche populaire jusqu’aux portes du ministère de l’Agriculture et de l’alimentation à Paris. Elle sera prolongée tout au long de l’automne et de l’hiver par des actions de réappropriation dans les institutions et des blocages des industries qui empoisonnent les terres. Le programme détaillé de chacune de ces mobilisations est disponible sur lessoulevementsdelaterre.org
Faire date. Agir ensemble au fil des saisons. Jeter toutes nos forces dans la bataille. Remuer ciel et terre. Entre la fin du monde et la fin de leur monde, il n’y a pas d’alternative. Rejoignez les soulèvements de la Terre.
Depuis la Zad de Notre-Dame-des-Landes, le dimanche 24 janvier 2021.
Pour plus d’infos : lessoulevementsdelaterre.org
#SoulevementsTerre
mail - lessoulevementsdelaterre@riseup.net
twitter - @lessoulevementsdelaterre
fb - les soulèvements de la Terre
insta - infos.luttes.paysannes
Organisations, coopératives, associations et groupes du monde paysan et de la forêt
Adret Morvan (58,21,71,89), la Confédération Paysanne France, Conf’IDF, la coopérative bocagère (Notre Dame des Landes, 44), le collectif du Jardin des ronces (Nantes, 44), Collectif de Paysan-Forestier Longo Maï Treynas (07), des terres pour Auber (Aubervilliers, 93), GAB44 (Groupement des Agriculteurs Biologistes 44), GAB (25/90), ISF Agrista (Ingénieur.es sans frontières groupe Agricultures et souveraineté alimentaire), l’association les Jardins des Vaîtes (25), l’association Abiosol, l’association Vigilanceogm21, l’Atelier Paysan, la classe BPREA 3 de l´Ecole du Breuil (75), le GFA citoyen Champs Libres, les ami·es de la Confédération Paysanne, La Maison Paysanne de l’Aude, MIRAMAP (mouvement inter-régional des AMAP), Mouvement des coopératives Longo Maï, Nature et Progrès, Pôle INPACT (Initiative pour une Agriculture Citoyenne et Territoriale), le RAF (le Réseau pour les Alternatives Forestières), SCIC Couveuse Coopérative Les Champs des Possibles, Sème ta ZAD (Notre Dame des Landes, 44), SOS forêt France
Fermes
La Bête Rave (23), Baptiste Cousin (vigneron, 49), Bergerie La Pastorale (38), GAEC Ty Menez (35), Jardins de Vauvenise (70), l’association Lâche tout (Plessé, 44), la ferme ciboulette (Savagna, 39), la ferme collective de l’âne arrosé (79), la ferme collective de la Tournerie (87), la ferme de l’Oseraie (76), la ferme de la Pommeraie (39), la ferme des pailles (Quilly, 44), la ferme du Bouffay (44),
La ferme de Lachaud sur le plateau de millevaches (Creuse -23) la ferme du Limeur (44), la ferme Lou Vié Staou (38)la ferme du Moulin du Châtillon, la ferme du mouton noir (25), la ferme Duthilleul (70), la ferme en Cavale (ferme Paysanne et Pédagogique, 35), la ferme le Miam (Larchant, 77), le collectif de Vispens (St Affrique, 12), le collectif des jardins de Marsaü (65), le jardin debout (34), le jardin des tille légumes (21), le jardin des maraîchers (21), les Lombrics Utopiques (44), les trois parcelles (45), Romain Balandier paysan dans les Vosges, Récoltes et Semailles, ferme maraîchère (95)
Collectifs, organisations, groupes, etc.
Alternatiba ANV COP 21 Besancon, Amis de la Terre France, ARPENT (L’Association pour la Restauration et la Protection de l’Environnement Naturel du Tonnerrois), Assemblée des usages de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (44), ATTAC France, Baronnies en transition (26), CAPEN71 (Confédération des Associations de Protection de l’Environnement et de la Nature pour la Saône et Loire), COLL•E•C - Collectif d’Échanges Citoyens du Pays d’Aix, Collectif l’Îlot Vivant (Rennes 35), La coopérative de le Maison Commune de la décroissance (85), collectif Jaggernaut - Editions Crise et critiques, comité Pli (revue, éditions, désertion), Désobéissance ecolo Paris, Espace autogéré des Tanneries (21), l’association Sciences citoyennes, l’Union syndicale Solidaires 25, l’association Après la Révolution, l’Internationale des Savoirs pour Tous, la Brigade d’Intervention Champêtre (BIC) (Rennes, 35), la cagette des terres (44), La Commune de Chantenay (44), la Coopération Intégrale du Haut Berry CIBH (18), la Foncière Antidote, le groupe « Ecologie sociale Liège », Les jardins de l’Engrenage (21), la librairie-café Les Villes Invisibles (Clisson, 44), la lutte des sucs : le collectif contre la RN88 de Haute-Loire (43), la tendance Emancipation intersyndicale et pédagogique, la ZAD du Moulin (67), le Carrouège - café culturel (58), le Chaudron des alternatives (centre Alsace), le collectif artistique ZO PROD (Poitiers 86), le collectif bassines non merci de la Vienne (86) et des Deux-Sèvres, le collectif l’Antivol (37), le collectif la tête dans le sable (St Colomban, 44), le collectif Le Sabot (revue littériaire de sabotage), le collectif Or de Question, le Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG), le collectif SAGA (Nantes, 44), le GRAPE (Groupe de Recherche et d’Action sur la Production de l’Espace), Ledokiosque (Lons le Saunier, 39), les casse-noix (26, 38), les militant·es du Plateau de Saclay, Maiouri Nature Guyane, NDDL Poursuivre Ensemble, Quartier Libre des Lentillères (21), Reprises de Terres, RER (Résistance Ecologiste Rennes), réseau RELIER (réseau d’expérimentation et de liaison des initiatives en espace rural), RISOMES (Réseau d’Initiatives Solidaires Mutuelles et Écologiques) (Malain, 21), Terrestres.org (Revue des idées et des écologies), UCL65 (l’union communiste libertaire 65), XR France, XR PEPPS, XR Poitiers, XR Besançon, Youth For Climate France, ZEA
Soutiens :
Alain Damasio (écrivain), Alain Jugnon (philosophe), Alessandro Pignocchi (auteur de BD), Alèssi Dell’Umbria (écrivain), Alexis Forestier (metteur en scène et musicien), Anselm Jappe (philosophe, auteur), Audrey Vernon (comédienne), Aurélie Trouvé (porte parole d’Attac), Baptiste Morizot (enseignant chercheur, écrivain), Baptiste Victor (enseignant bio/écologie, salarié paysan), Barbara Glowczewski (directrice de recherche au CNRS), Benjamin Fouché (auteur), Catherine Balteau (restauratrice de sculptures), Christiane Vollaire (philosophe), Christophe Bonneuil (historien, CNRS), Christophe Laurens (architecte), Claire Dupeux (étudiante), Corinne Morel Darleux (écrivaine), Damien Najean (architecte maçon), Didier Bergounhoux (documentariste), Dom Bouillet, Dominique Cerf (artiste), Dominique Gauzin-Müller (architecte-chercheur), Edith et Philippe Monvoisin, Emmanuelle Monnin, Emilie Hache (philosophe), Emmanuelle Rallu (retraitée), Eric Chapalain (educateur sportif / socio-culturel), Fabian Lévèque (doctorant), Fabrice Flipo, Fanny Ehl (designer militante), Franck Doyen (poète, 54), François Jarrige (historien), François Lotteau (médecin généraliste, 71), Françoise Guiol (comédienne, art thérapeute), Frédéric Barbe (géographe, Nantes, 44), Frederic Brun (ancien inspecteur général de l’agriculture, fondateur de la revue écologie et politique), Frédéric Neyrat (philosophe), Gaëtan du Bus de Warnaffe (ingénieur forestier indépendant, docteur en sciences), Geneviève Azam (essayiste), Geneviève Martinet, Geneviève Nouhaud (habitante campagnale), Gilles Clément (paysagiste), Gilles Fumey (professeur de géographie culturelle), Guillaume Faburel (enseignant-chercheur en études urbaines, université Lyon 2), Guy et Anne-Marie Second, Isabelle Fremaux (art-activiste), Itto Mehdaoui (metteuse en scène et comedienne), Jacques Caplat (agronome et anthropologue), Jacob Rogozinski (philosophe), Jacques Delamarre (futur paysan), Jean-Baptiste Fressoz (historien), Jean-Louis Tornatore (anthropologue), Jean-Loup Amselle (anthropologue), Jean-Luc Nancy (philosophe), Jean-Marie Gleize (écrivain), Jérôme Baschet (historien), Jocelyne Porcher (chercheure INRAE), Johan Grzelczyk (écrivain), John Jordan (art-activiste), José Bové, Josep Rafanell i Orra (psychologue, écrivain), Julien Blaine (poète), Kristin Ross (historienne), Laëtitia Moreau (réalisatrice de documentaire), Laure Ferrand (sociologue), Laurence Petit-Jouvet (cinéaste), Laurent Cauwet (auteur, éditeur), Léo Coutellec (philosophe des sciences), Liliane Giraudon (poétesse), Malcom Ferdinand (chercheur CNRS), Marie Christine Bayol (entrepreneuse salariée des Champs des Possibles), Marie-Anaïs Taillandier (étudiante), Martin Paquot (rhaspode de la revue Topophile), Mathias Rollot (architecte), Mathilde Dumontet (doctoresse en études théâtrales), Mathilde Girault (docteure en études urbaines), Michel Surya (directeur de publication de la revue Lignes), Miguel Benasayag (philosophe), Mireille Perrier (actrice, metteur en scène), Nataska Roublov (artiste), Nathalie Quintane (écrivain), Nathalie Blanc (géographe), Nelo Magalhães (doctorant), Nicolas Zurstrassen (auteur), Olivier Dubuquoy (militant écologiste), Olivier Vinay (vétérinaire, technicien agricole, professeur agrégé), Oscarine Bosquet (écrivain, enseignante en école d’art), Patricia Pol (universitaire militante), Patrick Bouchain (architecte), Philippe Quandalle (mathématicien), Pierre Bitoun (sociologue), Raphael Pauschitz (rhaspode de la revue Topophile), Raphaël Lhomme (auteur) , AuteurSégolène Darly (géographe), Sidoine (clown), Silvia Grünig Iribarren (architecte, urbaniste, professeure-chercheure), Sophie Wahnich (historienne), Thierry Grosjean (porte parole CAPEN71, membre de FNE BFC), Thierry Paquot (philosophe), Véronique Guislain (bénévole Terre de Liens), Yves Peutot
Pour signer : lessoulevementsdelaterre@riseup.net
La vie moderne
http://www.qobuz.com/info/Qobuz-info/Video-du-jour/Joshua-Bell-fait-la-manche-dans-le8742
Un musicien de rue était debout dans l'entrée de la station "L'Enfant Plaza" du métro de Washington DC.
C'était un matin froid, en janvier.
Il a joué durant quarante-cinq minutes.
Pour commencer du Bach, puis l'Ave Maria de Schubert, du Manuel Ponce, du Massenet et de nouveau Bach.
A cette heure de pointe,
il était près de 8h du matin, quelque mille personnes ont traversé ce couloir, pour la plupart en route vers leur travail
Celui qui a marqué le plus d'attention fut un petit garçon d'environ trois ans.
Sa mère l'a tiré, pressée, mais l'enfant s'est arrêté pour regarder le violoniste.
Finalement sa mère l'a secoué et agrippé vivement afin qu'il reprenne le pas.
Toutefois, en marchant, l'enfant a gardé la tête tournée vers le musicien
Durant les trois quarts d'heure de jeu du musicien,
seules sept personnes se sont vraiment arrêtées pour l'écouter un temps.
Il a récolté en tout et pour tout 32 dollars !
Quand il a eu terminé de jouer
personne ne l'a remarqué.
Personne n'a applaudi.
Une seule personne l'a reconnu, sur plus de mille .
Personne ne se doutait que ce violoniste était Joshua Bell, un des meilleurs musiciens sur terre.
Il a joué dans ce hall les partitions les plus difficiles jamais écrites, avec un Stradivarius de 1713 valant 3,5 millions de dollars !
Deux jours avant de jouer dans le métro, sa prestation au théâtre de Boston était «à guichet fermé» avec des prix avoisinant les 100 dollars la place.
C'est une histoire vraie
L’événement Joshua Bell, jouant incognito dans une station de métro, a été organisé par le « Washington Post » dans le cadre d'une enquête sur la perception, les goûts et les priorités d'action des gens.
Les questions étaient :
• dans un environnement commun, à une heure inappropriée, pouvons-nous percevoir la beauté ?
• Nous arrêtons-nous pour l'apprécier ?
• Pouvons-nous reconnaître le talent dans un contexte inattendu ?
Une des possibles conclusions de cette expérience pourrait être :
Si nous n'avons pas le temps pour nous arrêter et écouter l'un des meilleurs musiciens au monde jouant quelques-unes des plus belles partitions jamais composées, à côté de combien d'autres choses exceptionnelles passons-nous ?
Est-ce donc cela la vie ?
Et lorsque une personne va passer des heures à regarder des arbres, assise, immobile, à écouter le chant des oiseaux ou le murmure d'un ruisseau, et qu'elle ne travaille pas, qu'elle n'a aucune activité sociale, beaucoup diront que cette personne est marginale, hors cadre, que c'est une personne "bizarre". Et que toutes les autres, celles qui courent au travail, sont des gens normaux, dans une vie normale, avec des occupations normales.
La vie moderne.
Il ne s'agit pas de critiquer les gens qui ont un travail et y courent. Je l'ai fait pendant 37 ans. La question à se poser est de savoir si c'est une vie normale, si c'est un mode de vie qui mérite l'importance qu'on lui accorde, si c'est une vie qui nous comble ou une vie qui nous désagrège.
Il est clair que ma situation de retraité plaide pour ce genre de réflexions et que je n'avais pas vraiment le temps, ni encore moins l'envie de me poser ces questions lorsque j'étais responsable de trente enfants dans ma classe. Je pense aujourd'hui que l'absence profonde de questions ne venait que d'une chose : la peur de réaliser que tout cela était "anormal" et d'y avoir pourtant consacré toute mon énergie. C'est un phénomène connu que celui qui nous fait continuer dans une voie alors qu'on sait qu'elle n'est pas la meilleure, uniquement au regard de tout le chemin déjà parcouru. S'arrêter revient en fait à s'avouer que pendant des milliers de jours, on s'était trompé.
Analyse des arguments climato-sceptiques

Le réchauffement climatique se pose comme une problématique complexe, qui conduit et conduira encore et toujours à de nombreux débats, polémiques, articles, controverses.
Depuis quelques années, des scientifiques surnommés communément « climato-sceptiques », remettent en cause la théorie officielle portée par le GIEC, organisme de l’ONU, affirmant avec un haut niveau de confiance que le réchauffement est largement imputable aux activités humaines, du fait de l’émission dans l’atmosphère de grandes quantités de gaz à effet de serre. La question essentielle est toujours la même, les hommes sont-ils responsables de ce changement ou bien est-ce tout simplement la nature (soleil compris) qui brouille le jeu de nos pensées ?
Je vais dans cet article parler du cadre dans lequel devrait s’inscrire l’opposition aux thèses officielles, de la fragilité des arguments avancés, de quelques phénomènes qui méritent un développement tout particulier (notamment certaines dynamiques).
Je précise qu’il est essentiel et bénéfique que des scientifiques dissèquent les rapports du GIEC espérant y trouver des failles, des contradictions, des trucages, des erreurs de procédés, de constructions, de méthodes, de relevés, des modèles imparfaits, etc. en vue de réfuter une théorie trop largement admise à leurs yeux. Encore faut-il qu’il y ait une solidité, une robustesse dans l’argumentaire proposé, que la démarche reste scientifique, et que cela soit fait en toute indépendance, honnêteté et sincérité. Comme on le verra, c’est loin d’être toujours le cas.
FAIBLESSE ET FRAGILITE DES ARGUMENTS
Privilégions la science
La science du climat s’appuie sur les sciences de la physique et de la chimie (thermodynamique, électromagnétisme, optique, …) celles qu’on appelle « sciences dures », implacables, également sur les sciences naturelles (par exemple, le vivant pour analyser les puits de carbone), tout en s'inscrivant dans des processus et des dynamiques complexes, où là les « vérités » peuvent se discuter (l’interdisciplinarité par excellence !). Pour être recevables, les arguments contre les théories du GIEC doivent s'inscrire dans cet espace là. Or parfois, on constate facilement que certains arguments visant à détruire ses conclusions flirtent avec la dimension politique (mission orientée, complot, …), qui en aucun cas constitueraient une preuve implacable établissant qu’une théorie est fausse. Certes, le plan politique ne peut-être complètement écarté, car tout peut devenir politique dans notre monde où la représentation marchande est forte, où les influences (lobbies) sont sans cesse croissantes, où tout peut s’acheter y compris les théories et les idées. Mais l’aspect politique me paraît assez secondaire, au regard des contributions qui visent à éclairer le monde et les décideurs politiques de l’état des connaissances actuelles.
Le CO2 ne serait pas responsable !
Les études du GIEC établissent que le CO2 est le principal gaz à effet de serre responsable du réchauffement, de par sa contribution à ce qu’on appelle le forçage radiatif (plus de 50% de l’effet additionnel). Pour mettre en défaut ces propositions, il faut soit démontrer que le CO2 n'est pas un gaz à effet de serre, donc neutre dans la dynamique climatique, ou bien admettre que le CO2 est un gaz à effet de serre en soutenant que l'augmentation de sa concentration dans l'atmosphère de 40% par rapport à l’ère préindustrielle n'a pas (ou très peu) d'effet sur le bilan radiatif global. Or, les démonstrations qui vont dans ce sens paraissent assez peu convaincantes. Le bilan radiatif de la planète est assez bien connu, ainsi que les effets du CO2 et autres gaz à effet serre sur la température (sensibilité climatique qui est une fonction logarithmique). Bien sûr, les différentes méthodes de calcul aboutissent à des résultats différents, à cause des interactions et rétroactions différemment analysées et pondérées, mais globalement ils montrent qu’un doublement de la teneur en CO2 (prévu à la fin du siècle) provoque un forçage radiatif non négligeable, intégrant les rétroactions positives qui viendraient amplifier le seul « effet CO2 » (comme la plus grande quantité de vapeur d’eau dans l’atmosphère) ou les rétroactions négatives qui au contraire pourraient en atténuer les effets. C’est pour cela que les scientifiques du GIEC proposent d’agir vite, même très vite, d’autant plus que des phénomènes d’emballement sont déjà à l’œuvre.
La fragilité des arguments
Certains arguments contre les théories du GIEC sont assez fragiles, comme l’idée du décalage entre température et CO2 dans les climats du passé, censé démolir tout un édifice, idée sur laquelle je reviendrai en pointant les fréquentes confusions entre corrélation et causalité. Certains opposants n’hésitent pas à glisser leurs « vérités » comme des évidences, par exemple en interprétant les graphiques selon des angles qui les arrangent (interprétation rapide de la relative stagnation des températures de 1998 à nos jours, période trop courte pour en tirer des conclusions). On peut admettre qu’ils sont souvent de brillants scientifiques, mais il est bien connu que certains sont payés par des firmes, des industries, notamment pétrolières, pour développer des théories « agréées » par ces lobbies ayant tout intérêt à faire perdurer notre monde carboné.
Rappelons que le climat s'inscrit dans des dynamiques, or, vous remarquerez qu’il est rarement prononcé dans leurs discours les mots ou expressions suivantes : interaction, rétroaction positive, rétroaction négative, délai, inertie, équilibre, déséquilibre, point de rupture, transition de phase, bifurcation, amplification, sensibilité aux conditions initiales, divergence, effecteur, ... Très curieux lorsque l'on parle des systèmes complexes, où cette terminologie ne peut être ignorée.
DEUXIEME PARTIE : QUELQUES POINTS IMPORTANTS SUR LES DYNAMIQUES
Il faut raisonner à la fois en globalité et en dynamique
L’embellie de l’an mil au Groenland (terre verte presque accueillante !), souvent citée pour attester que dans des périodes relativement récentes il y a bien eu des phases de réchauffement naturel, devient vite une évidence chez les négateurs : l’homme est bien hors de cause puisque un réchauffement s’est bien produit dans un passé pas si lointain. Or, le problème est de savoir si seule cette région était concernée ou bien la planète entière, et quelles en étaient les causes. Le raisonnement global exige quelques précautions vis-à-vis des analyses réductrices de contextes, qui ne s’inscriraient pas dans un schéma général (exemple : les courants marins influencent beaucoup les régimes de températures sur une zone géographique, un phénomène purement localisé). Quand la terre se réchauffait au début du 2ème millénaire, il y avait toute chance que l'arrivée de facteurs contraires ralentirait et inverserait la tendance (facteurs inversés, ou rétroactions négatives versus rétroactions positives ou emballements en œuvre actuellement).
Tout cela pour illustrer le fait que les auteurs qui récusent la thèse officielle du GIEC proposent rarement des analyses sur les dynamiques futures qui viendraient mettre en défaut les processus décrits. J'en reviens toujours aux dynamiques car c'est le plus important à mon sens. Il ne faut pas focaliser sur des instantanés. Aujourd'hui on est à 400 ppm en concentration de CO2 (parties par million), demain on sera à 500 ppm ou plus, c'est à dire le double de la moyenne des 800000 ans passés. Pour imager, on peut dire que ce n'est pas avec des analyses de sang que l’on comprendra la régulation de la glycémie.
Attention aux confusions corrélations / causalités (retard CO2 sur la température)
Je reviens sur l’idée souvent avancée par les climato-sceptiques concernant la corrélation ou la causalité entre la température et la concentration de CO2. L’histoire du climat, révélée avec l’étude des carottes glaciaires, des sédiments marins, nous apporte des éléments précieux, mais parfois remis en question à cause des incertitudes sur les datations et de la complexité des analyses. Je n’irai pas plus loin. Je pose simplement la question cruciale suivante :
Quand 2 variables varient (quasi) simultanément à la hausse ou à la baisse, comme c’est un peu le cas de la courbe des températures et du CO2 sur 800000 ans (recul que l’on a aujourd’hui avec l’analyse des glaces en Antarctique), en supposant que l’évolution du CO2 ait un retard sur l’évolution de la température (ce qui reste à prouver), que peut-on en déduire ?
Il y a causalité linéaire entre les deux variables. Première causalité: l'augmentation du CO2 est la conséquence de l'augmentation de la température. Deuxième causalité: l'augmentation de la température est la conséquence de l'augmentation du CO2. Pas très logique pour nos petits esprits vu que le décalage nous fait pencher en faveur de la 1ère hypothèse! Les variables sont juste corrélées, il n’y a donc pas de liaison de cause à effet. C'est un facteur exogène qui fait varier les 2 variables en même temps (ou des facteurs). L'une n'influence pas l'autre et inversement. On a affaire à une causalité circulaire: la température fait augmenter le CO2 et le CO2 fait augmenter la température. En supposant qu'une première impulsion (même de longue durée) est exogène au phénomène circulaire. A noter que beaucoup de phénomènes dans la nature évoluent selon ce type de causalité. Le phénomène « A » influence le phénomène « B », et « B » en retour influence « A ». On ne pas conclure, car on oublie le contexte ou on ignore trop de choses sur le système étudié.
Réponse : si on analyse uniquement les courbes en question, on ne peut rien conclure. Il faut faire intervenir d’autres éléments pour édifier une hypothèse sérieuse. Des scientifiques commettent volontairement ou non cette négligence. Soit ils tombent eux-mêmes dans le piège de la confusion corrélation/causalité, ce qui est peu probable, soit ils profitent de l’ignorance pour tordre une réalité. De toute manière, là n’est pas le problème, car dans le passé lointain, l’Homme n’ayant pas encore sévi, les grandes variations climatiques se sont réalisées sur plusieurs milliers ou dizaines de milliers d’années, accompagnant les cycles astronomiques. Il est peu probable que le CO2, en tant que phénomène impulsif, ait été à l’origine de l’augmentation ou de la diminution des températures dans le passé. Il a peut-être seulement joué le rôle d’amplificateur, par des variations de concentration non négligeables évoluant entre 180 et 300 ppm maximum.
La problématique actuelle est totalement différente
Aujourd’hui, le problème est tout autre. Il faut oublier les grands cycles astronomiques. Les facteurs agissant globalement sur la planète et sur le long terme, en dehors du compliqué périple de notre planète, sont à chercher du côté du soleil, des gaz à effets de serre, ou bien de l’activité volcanique (produisant des aérosols). Au regard des évolutions de l’irradiance solaire, le soleil ne semble pas être en cause. Le CO2 a augmenté depuis l’ère préindustrielle de 120 ppm (parties par million), la même ampleur de variation constatée sur les grands cycles des 800000 ans passés. Le forçage radiatif est important (et ce n’est pos fini!) et nous n’avons pas de précédent qui nous permettrait de connaître la réelle contribution du CO2 au réchauffement, pour une telle impulsion et sur une durée aussi courte. On ne peut s’appuyer que sur des modèles. J'ai envie de prendre le phénomène CO2 comme un point de départ, une forme d'impulsion, qui au-delà se son propre effet appelé à perdurer (certainement non négligeable) va provoquer d'autres phénomènes venant en renforcement par le biais des boucles de rétroaction.
Points de rupture liés aux phénomènes de transition de phase.
Les phénomènes naturels, les évolutions, dépendent non seulement des variations et des amplitudes des facteurs qui les gouvernent, mais également des niveaux. Quand les températures moyennes dans une région passent de -20°C à -17°C, il ne se passe rien sinon pas grand chose. Quand elles passent de -2°C à +1°C, « il se passe tout ». On est sur une transition de phase, l'eau passant de l'état solide à l'état liquide, provoquant des ruptures, des bifurcations. C'est ce qui se passe avec la fonte de la banquise et de l'inlandsis et de tous les autres glaciers sur la planète. L'albédo diminue en arctique, car il y a moins de surface de glace pour réfléchir les rayons solaires, et de fait une plus grande absorption de la chaleur rayonnante par les eaux qui vont donc être réchauffées accentuant le phénomène de fonte. Un exemple intéressant de boucle de rétroaction !
Beaucoup de régions voient leurs températures en été approcher les 0°C et le moindre réchauffement subi provoque des ruptures (+1°C suffit!). Donc il faut définitivement effacer les schémas linéaires, les extrapolations, etc.
Pour glisser une petite note d’humour, prenons un exemple de rupture chez l’être humain lié à la température … Si on peut en première approximation considérer qu'en état de maladie, la température du corps varie proportionnellement à l'intensité de l'infection, au delà de 42 ou 43°C, il y a un vrai point de rupture qui nous conduit droit vers la mort. Une belle transition de phase et définitive ! Quand je dis que la nature n'est pas linéaire .... !
La rapidité du phénomène
Il y a un point important sur lequel il faut insister qui est la rapidité du réchauffement, la dimension temporelle. On voit sur les graphiques que les évolutions climatiques significatives au niveau planétaire (et non pour une zone géographique) se produisent sur au moins 10000 ans, le temps par exemple de passer d'une période glaciaire à une période plus chaude. Pour nous, les humains de passage, pas très à l’aise avec les dimensions temporelles, face à un univers (ou une Terre) qui compte en milliers, millions ou en milliards d’années, l’évolution s’est produite sur quelques décennies seulement, une toute petite différence d'échelle, et comme par hasard au moment où les émissions de GES se sont accélérées ! Oublions un instant notre anthropocentrisme, et pensons à une nature à qui on impose des ultimatums d’adaptation (par exemple la désynchronisent des interdépendances). La nature a besoin de temps, il a fallu 4 milliards d'années pour passer de la 1ère cellule à l'homme. La marche vers la complexité et l'intelligence est longue et laborieuse. La marche vers la destruction est immédiate!
Et même en supposant que le GIEC ait tort
Supposant que le CO2 en surplus dans l'atmosphère n'influence pas le climat et que par conséquent l'homme est dégagé de toute responsabilité en la matière, peut-il au moins endosser la responsabilité d’autres problématiques comme l'acidification des océans et de tous les déséquilibres et désordres qui en résultent? Auquel cas, n'est-il pas urgent de stopper nos émissions au nom de tous ces écosystèmes qui n'ont pas la possibilité d'organiser leur propre COP21 et faire entendre leurs doléances ? Je crois que la question se pose.
Conclusion
Difficile de conclure sur un tel sujet, aux facettes multiples. La meilleure conclusion sera celle du lecteur. Cependant j’insiste pour terminer sur les 2 points suivantes :
Les dangers tiennent dans les boucles de rétroaction qu'on a enclenchées nous les hommes inconséquents, et les fortes inerties des systèmes écologiques et climatiques. Le retour arrière semble impossible, sauf sur des milliers d'années.
Pour analyser correctement les phénomènes terrestres donc climatiques, il faut absolument intégrer le temps, l'espace, les systèmes ouverts, et la complexité. Il faut introduire dans le raisonnement les causalités circulaires, tout simplement parce que les systèmes complexes transforment les causalités simples (linéaires) par le jeu des interactions et des rétroactions. Toute négligence sur ces aspects provoque l'écroulement des théories.
De notre responsabilité
Quand la philosophie aide à penser le réchauffement climatique et notre responsabilité
20 octobre 2019·8 min de lecture

Nous, qui grandissons, vieillissons, vivons aujourd’hui, quel monde allons-nous transmettre à nos enfants? À nos petits-enfants? À ceux qui vont naître dans 100, 200, 1000 ans? N’avons-nous pas le devoir de leur léguer une planète habitable? (Photo: buradaki via Getty Images)
Plus
PHILOSOPHIE - La planète se réchauffe, les glaciers fondent, des espèces vivantes disparaissent. Nous, qui existons aujourd’hui, avons encore la chance de vivre sur une Terre habitable, malgré le réchauffement climatique criant. Mais les générations futures pourront-elles en dire autant?
Les scénarios imaginant le monde dans les années à venir sont déconcertants. Ils interrogent sur la planète qui accueillera les générations suivantes. Nous, qui grandissons, vieillissons, vivons aujourd’hui, quel monde allons-nous transmettre à nos enfants? À nos petits-enfants? À ceux qui vont naître dans 100, 200, 1000 ans? N’avons-nous pas le devoir de leur léguer une planète habitable?
39% des personnes interrogées dans un sondage réalisé par Yougov pour Le HuffPost estiment que notre génération a une dette envers les futures. 22% affirment même que cette responsabilité était déjà celle de nos parents.
Que devons-nous à ces générations futures qui nous regardent faire, ou plutôt ne pas assez en faire? C’est une interrogation qui en soulève bien d’autres, tant les enjeux sont complexes. S’agit-il d’une question d’ordre moral, juridique ou les deux? Qui doit à qui? Parle-t-on des individus, du collectif, des entreprises ou des États? De nos descendants directs, enfants et petits-enfants, ou des personnes qui verront le jour dans mille, deux mille ans? Doit-on se projeter jusqu’à la nuit des temps?
“Le Principe responsabilité”
En philosophie, c’est l’Allemand Hans Jonas qui a introduit la question des générations futures dans sa pensée, développée en grande partie dans “Le Principe responsabilité”, publié en 1979. Son constat est simple: les dangers qui planent sur la Terre mettent en péril la survie de l’humanité. Il faut tenir compte du pire scénario possible qui est celui de la disparition des êtres humains. Partant de là, il développe une heuristique de la peur; c’est à partir de cet effroi que l’homme va entreprendre des actions responsables, qui ne mettent en péril ni l’existence des générations futures ni leur qualité de vie sur Terre.
Si pour ce philosophe, il était évident que nous sommes responsables de la planète léguée aux générations à venir, il est loin d’être le seul. Catherine Larrère, professeure émérite à l’Université de Paris I-Panthéon-Sorbonne, spécialiste des éthiques et politiques liées à la crise environnementale et aux nouvelles technologies, contactée par Le HuffPost, est catégorique: ”à partir du moment où nous réalisons des actions qui ont des conséquences à très long terme, oui, nous avons des obligations vis-à-vis de ceux qui vont vivre après”. Mais elle concède qu’une fois cela dit, la conception d’un devoir envers les générations futures n’a rien de simple. “Parle-t-on des générations qui vivront dans 300, 500, 1000 ans? Existeront-elles encore? Ce n’est pas la même vision des choses. On peut certainement prendre des engagements pour la génération suivante, mais après?”, s’interroge-t-elle.
“Bien sûr, répond également Dominique Bourg, philosophe et professeur à l’université de Lausanne, en Suisse. De quel droit leur laisse-t-on une planète moins habitable? Nous avons la capacité de voir ce qui arrive, les jeunes devraient donc nous en vouloir.”
Greta Thunberg ne dirait pas le contraire, elle qui, lors du sommet de l’ONU en septembre dernier, a laissé sa colère s’exprimer et affirmé: “les yeux de toutes les générations futures sont braqués sur vous. Si vous décidez de nous laisser tomber, je vous le dis: nous ne vous pardonnerons jamais.”
Responsabilités individuelle et collective
Mais en vouloir à qui? À nous, qui prenons l’avion pour aller en vacances, montons dans notre voiture pour aller au travail et consommons un peu trop de viande? Ou aux entreprises et aux États?
Pour Dominique Bourg, auteur, entre autres, de “Le marché contre l’humanité”, il est évident qu’il existe une “responsabilité minimum”, celle de tout un chacun, qui concerne les comportements du quotidien (transports, alimentation, etc.). Mais selon lui, “l’individuel ne va pas sans le collectif”. Si une prise de conscience de chacun est nécessaire, elle doit s’accompagner de celle des États. Sur ce point, il est rejoint par Catherine Larrère, qui estime également que le réchauffement climatique ne sera pas endigué “sans un profond changement de comportement... Mais culpabiliser les individus, qui ne font ‘pas grand-chose’ à côté des États qui sont d’énormes pollueurs, ne sert à rien”, affirme-t-elle.
Là encore, reste à savoir comment procéder. Si l’on estime que la coercition est la réponse adéquate, “les actes intentionnels doivent-ils être les seuls à pouvoir être condamnés? Ou chaque action qui a des conséquences sur la planète? Comme le fait de monter dans sa voiture et de polluer avec du CO2”, se demande la philosophe.
Écocide, les droits de la nature
Certains spécialistes, comme la juriste Valérie Cabanes, estiment que la nature devrait être considérée comme un “sujet de droit” et l’écocide, c’est-à-dire un crime contre l’environnement, reconnu. Cela permettrait, selon elle, “la poursuite des personnes physiques et morales soupçonnées de porter atteinte à la sûreté de la planète”. Ces crimes pourraient relever des compétences de la Cour pénale internationale (CPI), mais on est encore très loin de ce cas de figure.
Autre question, d’ordre éthique plutôt que juridique: est-il juste de “pénaliser” les générations actuelles, vivantes, au profit des générations futures, pas encore nées? Nul doute que pour certains, la priorité devrait par exemple être de lutter contre la pauvreté actuelle, plutôt que pour les conditions de vie des futurs Terriens. Si tant est que l’on puisse hiérarchiser les plus grands maux de ce monde.
Des recours à la justice ont déjà eu lieu. Récemment, Greta Thunberg et quinze autres jeunes ont porté plainte contre cinq États pour “inaction climatique”. Cette action ne devrait pas entraîner de sanctions contre les pays accusés, mais une autre plainte, déposée en 2015 par l’ONG de défense de l’environnement Urgenda, contre les Pays-Bas, a connu plus de succès. Le tribunal de La Haye avait en effet ordonné à l’État néerlandais de réduire ses émissions de gaz à effet de serre d’au moins 25% d’ici à 2020.
Pour Dominique Bourg en revanche, il ne s’agit même pas de parler de coercition. “On est en train de retirer aux générations suivantes le nécessaire. De leur retirer ce qui permet à la Terre d’être habitable. Cette destruction a déjà des conséquences irréversibles et c’est le devoir de chacun d’agir. Ce qui compte avant tout, c’est la coordination entre les États, qui doivent contrôler leurs flux, renoncer à la croissance, et les individus, qui en tant que consommateurs, suivent ce modèle”, estime-t-il.
“Fiction utile”
L’un des exemples allant en ce sens, plutôt que dans la pénalisation des générations vivantes au profit des futures, est celui de la Norvège. Ce pays a en effet mis en place un fonds public à destination des générations futures. Depuis des années, l’argent qu’il tire des activités pétrolières ou gazières est investi dans ce fonds. En 2018 par exemple, 23 milliards d’euros en dividendes, intérêts et loyers ont été ajoutés à ce fonds, souligne Libération. Que va en faire la Norvège? “Ce sont les économies du peuple norvégien. Nous en prenons soin pour les générations futures”, affirme Marianne Groth, secrétaire d’État aux Finances. Selon Usbek & Rica, un conseil d’éthique a même été créé pour désigner quelles sont les actions dans lesquelles il ne faut surtout pas investir, comme celles qui portent atteinte à la planète.
Définir les contours de la notion de responsabilité vis-à-vis des générations futures est loin d’être évident. N’est-elle qu’une “fiction utile”, pour reprendre les mots de Hans Jonas, destinée à nous faire prendre conscience de l’urgence de la situation? Ou doit-elle prendre corps à travers la loi? Quelle que soit la réponse, une certitude: les générations actuelles, bien vivantes, sont de plus en plus conscientes du manque d’action en faveur de l’écologie. Et en même temps qu’elles bousculent nos habitudes et certitudes, elles mettent en avant l’existence d’une responsabilité collective qui est la nôtre.
L’avion, c’est fini. Il va falloir se mettre au vrac et ne plus manger de viande. Mais aussi arrêter d’acheter la fast fashion et ne pas trop allumer le chauffage cet hiver.
Malgré tous les efforts que vous faites, l’inquiétude grandit. Et si c’était trop tard? Comme beaucoup de personnes, vous souffrez d’éco-anxiété, cette angoisse liée à la perspective du réchauffement climatique. Cette inquiétude n’est pas forcément le signe d’une paralysie, elle pourrait aussi avoir des conséquences positives. Plus concernés, engagés, touchés par les évolutions de notre planète, nous avons enfin pris conscience que nous devions changer.
À l’occasion du lancement de LIFE, Le HuffPost s’intéresse aux contours de cette éco-anxiété ainsi qu’à tout ce qu’elle pourrait engendrer de bon dans les années à venir. Comment parler aux enfants du réchauffement climatique? Que devons-nous aux générations futures? De plus en plus de groupes de soutien voient le jour, à quoi servent-ils? Comment agir, au quotidien, pour lutter contre les angoisses liées à ce futur incertain?
Vous trouverez des réponses à ces questions dans notre dossier (mais on ne peut vous garantir que vous ressortirez de cette lecture avec encore plus d’interrogations).
Philosophie et réchauffement climatique
Philosophie et réchauffement climatique
10 février 2019
4 minutes de lecture
France Culture organise un forum annuel en partenariat avec la Sorbonne. Pour l’édition 2019, l’environnement était la star. Cet article est librement inspiré de la table-ronde « Les chemins de la philosophie» avec Dominique Bourg (philosophe), Cynthia Fleury (philosophe) et Pierre-Henri Castel (psychanalyste).
Penser la fin d’un monde ou la fin du monde
Le constat scientifique de la crise environnementale et notamment du réchauffement climatique annonce l’imminence de la catastrophe. De fait, s’agit-il de penser la fin d’un monde ou bien la fin du monde ? La fin d’un monde, c’est la fin de l’homme « possesseur des lieux » viases activités humaines, comme l’affirmait Descartes. Continuer dans cette direction sans prendre en compte l’impact environnemental de ces activités revient un peu à l’expression : « Savoir que l’on fonce dans un mur et accélérer quand même ». Quant à la fin du monde, c’est la thèse de la collapsologie qui est l’étude scientifique de l’effondrement de notre société voire de notre espèce ou de la biosphère.
Désastre global et inaction individuelle
Le caractère irréversible et global de la crise environnementale conduit toujours à une inaction individuelle au niveau comportemental. Pourquoi ? A partir d’expériences terrain, lectures, suivi de l’actualité et participation à des événements scientifiques et médiatiques, Sorb’on livre ses pistes :
La menace environnementale n’est pas visible à nos yeux car elle n’affecte pas notre quotidien (pas de catastrophes naturelles ni d’envol des prix des matières premières). De fait, la prise de conscience est difficile et non pas instinctive.
Nous avons du mal à penser la radicalité d’une rupture : soit on hystérise la pensée radicale soit on raisonne de manière rationnelle et logique sur des problématiques concrètes et non abstraites, comme les menaces environnementales.
Pour soutenir la transition écologique, il est nécessaire de prendre des mesures radicales et globales sur l’ensemble des domaines de la société (transports, éducation, alimentation, urbanisme, etc), grâce au pouvoir politique.
Penser la crise environnementale de manière plurifactorielle et critique nécessite de sortir d’une idéologie purement capitaliste. Progrès technique = production = richesses = bien-être/bonheur humain. Et aboutir à une idéologie qui serait axée sur un progrès civilisationnel où l’homme cohabiterait avec son environnement.
Tout le fonctionnement des activités humaines repose sur le carbone : c’est une démocratie carbonée. Le spectre de la crise environnementale conduit à une pénurie de carbone donc on ne sait plus quoi faire. C’est la peur du vide structurel et sociétal.
La transition environnementale peut paraître brutale et trop radicale puisqu’elle tend vers un changement de comportement social et citoyen. Pour la faciliter, il faut accompagner tous les acteurs concernés qui s’engagent sur cette voie (entreprises, collectivités, associations). Il faut guider les autres et pallier les manques d’offre (médias sur l’environnement, éducation environnementale, boutiques zéro déchet, etc).
Environnement et démocratie
Et si l’incapacité à agir vis-à-vis de la catastrophe environnementale proviendrait d’une incompatibilité avec le régime démocratique lui-même ? Le réchauffement climatique est une menace imprévisible, globale et sur le long-terme, dépassant ainsi les risques et schémas politiques traditionnels potentiels à court-terme, limités dans l’espace et compensables économiquement. Il faut donc que les responsables politiques et les entreprises industrielles et commerciales arrêtent de se justifier pour enfin se responsabiliser et s’engager en faveur d’un changement de paradigme axé sur l’environnement.
Une autre philosophie de vie : vers la sobriété et la décroissance
D’un point de vue philosophique, ne serait-il pas mieux vis-à-vis de la menace environnementale de changer de mode de vie ? Une philosophie de vie qui serait non plus tournée vers la consommation à outrance, l’accumulation infinie de richesses et le profit à court-terme mais plutôt vers la sobriété ou la décroissance. La sobriété tend à optimiser l’utilisation des ressources naturelles (comme le recyclage) pour le fonctionnement sociétal. La décroissance vise à se tourner vers des alternatives au paradigme de la croissance économique (localisme, basse technologie, bioéconomie) qui est vue comme nuisible pour l’humanité (dysfonctionnements économiques, aliénation au travail, stress, crise de la biodiversité).
Pour finir, rien de mieux qu’écouter le podcast dans son intégralité ! Et retrouvez également le premier article de la série ici.




























































































































































