Thierry LEDRU

  • Localisation : Presle

Billets de la-haut

Jusqu'au bout

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Ce roman, je l'ai écrit, il y a vingt ans. Rien n'a changé en moi de ce que j'écrivais à cette époque sinon que mes espoirs d'une humanité éveillée a fini par disparaître. Des humains qui s'éveillent, oui, cela, j'y crois toujours. Je suis convaincu par contre que leur émergence se heurtera un jour à la folie de la masse sans âme et que cette confrontation ne se fera pas dans l'amour. L'amour viendra lorsque la folie aura été éradiquée. Quant aux réflexions qui m'ont conduit là, elles ne datent pas de la semaine dernière. Ce sont des centaines de pages écrites, des milliers d'heures à penser, penser, penser encore et d'autres centaines de pages écrites, dans ce roman-là puis les autres et ceux à venir. La dévastation de la vie sur Terre nourrit proportionnellement la rage qui jaillira le jour où tout cela ne sera plus supportable et où le combat pour la survie deviendra inéluctable. Il faudra aller jusqu'au bout avant de disparaître.

Oui, c'est long à lire. Les éditeurs auxquels j'avais adressé ce roman me l'ont tous dit : "c'est trop long, c'est trop ardu, c'est trop philosophique..."

C'est la situation qui le veut, je ne choisis pas.


JUSQU'AU BOUT

"Il décida de marcher. L’envoûtement des pas, le retournement vers soi… Plonger à l’intérieur. Le goût d’un bonbon de son enfance. Il revenait régulièrement. Il n’aurait su le décrire mais il le ressentait pourtant. Ce n’était pas dans la bouche mais dans une mémoire profonde, diffuse, insaisissable, un abysse impossible à situer. Comme un envahissement. Qu’y avait-il d’autre dans ces endroits inexplorés ? Était-il possible de remonter plus loin dans le temps ? Une mémoire à l’échelle de l’humanité se cachait-elle en nous ? Une mémoire à l’échelle de l’univers, était-ce possible ? Portions-nous bien plus que nos simples souvenirs ?

Enflammé par les idées, il se prépara joyeusement et partit. Il délaissa les sentiers et s’enfonça sous les arbres. Une borne d’altitude placée sur la carte. C’était son objectif. Entraînement pour le Grand Nord.

Méandres sous les pinèdes, franchissements de talus, remontées de flancs rocailleux, faire le point avec la boussole, tracer un azimut, prendre des repères…

Il essaya de replonger dans la discussion de la veille. L’opposition entre l’essence et la personnalité. Où en était-il ? Un fouillis de pensées lui brouilla rapidement l’esprit. Désagréable malaise. Comme un travail titanesque, une odyssée périlleuse, sans aucune balise. En était-il capable ? Il décida de chercher parmi les écrivains ceux qui auraient pu s’intéresser à cette théorie et qui l’aurait analysée. Il n’en trouva aucun et il perdit les quelques réflexions personnelles qu’il avait réussi à extirper des méandres de son cerveau agité. Manque de culture, il se trouva pitoyable.

Il s’arrêta pour rectifier son cap avec la boussole. La traversée d’une zone de feuillus encombrée d’arbustes épineux et de taillis serrés l’avait écarté de son axe.

Lorsqu’il voulut reprendre le fil de ses réflexions il n’en restait qu’un capharnaüm indescriptible. L’impression de devoir tout reprendre à zéro. Il en garda une pénible sensation d’impuissance et décida finalement de ne penser à rien et de se concentrer sur la marche.

Les parfums de résine, les chants joyeux d’oiseaux invisibles, les couleurs chatoyantes des frondaisons, la découverte curieuse d’un nouveau paysage, quelques traces d’animaux dans une boue séchée, des sentes discrètes qu’il suivit silencieusement attisèrent peu à peu cet abandon.

Et pourtant ce dépit, cette déception tenace. Ce n’était pas ainsi qu’il parviendrait à progresser dans sa propre connaissance et la désillusion le rattrapait. Une lutte inéluctable, comme si les pensées ne pouvaient cesser de se combattre, de se chevaucher, de se contredire, il voulait cesser de penser et devait y penser pour y parvenir. Désirer l’apaisement et créer dès lors les conditions favorables à l’émergence du dégoût, une nasse inévitable, ce dégoût de l’impuissance en lui.

En débouchant dans une clairière, il s’aperçut que la couverture nuageuse s’était déchirée et que des taches de bleu parsemaient le tissu tendu du ciel. Une étrange similitude avec les différents états dans lesquels il évoluait depuis quelques mois. Les trouées éparses pouvaient représenter les quelques moments de clairvoyance qui parvenaient parfois à déchirer la masse compacte de son engourdissement. Les eaux boueuses du lac. La nature, quand on l’observait réellement, offrait de multiples possibilités d’analyses de l’existence. Mais cette simple observation restait insuffisante si l’on désirait parvenir à une conscience supérieure. Comme un simple jeu enfantin, une connivence imaginaire. Il en resta troublé puis l’idée jaillit brutalement comme un éclair de lucidité, une fulgurance qui faillit le renverser !

Il s’arrêta.

Le ciel, comme son esprit, procédait de la même façon, ils étaient semblables et égaux dans leurs existences ! Il ne s’agissait pas de se comparer occasionnellement à un élément de la nature mais de vivre comme cet élément, aussi fragile ou déterminé que lui, aussi troublé ou apaisé. Identique. Lui, simple être vivant, membre à part entière d’une nature vivante, il ressentait les mêmes troubles, les mêmes agitations, les mêmes apaisements qu’un ciel, qu’un lac, qu’un arbre ou qu’un insecte. Leurs effets étaient sans doute différents dans leurs matérialisations visibles mais leurs causes restaient communes. Les ouragans ou les tremblements de terre pouvaient donc représenter les conséquences d’un trouble profond de la planète, trouble assimilable à celui d’une crise de nerfs chez l’homme.

Durant quelques secondes, cette idée lui sembla totalement folle puis finalement cela lui parut évident. Les animistes l’avaient ressenti depuis longtemps. Cette terre était vivante, tout comme lui et il la percevait enfin dans sa réalité. Tous ces textes ésotériques qui prenaient, à travers cette vision, une portée considérable, ces réflexions qu’il n’avait pas su saisir, ces témoignages incompris.

Mais si cette nouvelle conscience s’avérait exacte, tout ce que l’homme infligeait à la nature devait la plonger dans une totale incompréhension vis à vis de cette humanité.

« Pourquoi cette espèce vivante me cause-t-elle autant de douleurs ? »

Cette question devait résonner à chaque instant dans l’âme de cette planète. Il en eut honte. Terriblement honte. Aucune autre espèce vivante ne se permettait un tel affront, l’idée d’une atteinte physique inconsidérée et injustifiée ne pouvant sans doute même pas s’éveiller dans l’esprit d’aucun des autres membres de cette vie. Le plus incroyable étant d’entendre ces hommes accuser la montagne meurtrière, la mer implacable, les volcans cruels d’avoir emporté quelques vies humaines. Mais pouvait-on honnêtement demander à cette planète de rester impassible juste parce que nous vivions à sa surface ? La puce qui nous sautait dessus ne nous demandait pas de rester immobile et de cesser toute activité. Elle savait bien qu’elle prenait un risque en s’aventurant sur cette surface vivante, mouvante et colérique. Elle en assumait la décision. Nous étions bien les seuls à oser nous plaindre des phénomènes inhérents à la vie de notre vaste foyer.

Il essaya de recentrer chacune de ses pensées et d’en retirer un résumé, une formule parfaite, un condensé précis qu’il pourrait facilement transmettre aux hommes qui seraient prêts à l’écouter. Il ne trouva rien de simple. Vouloir limiter de telles réflexions revenait systématiquement à en perdre un aspect et à donner à l’ensemble une impression farfelue. On ne l’écouterait même pas, on se moquerait de lui, il s’en doutait bien et entendait déjà les railleries. L’humanité s’était enfermée dans une vision restrictive mais rassurante, une hégémonie qui satisfaisait son désir narcissique. Vouloir établir une égalité d’existence, une similitude dans nos émotions avec un brin d’herbe ou une fourmi relevait de l’utopie absolue. Personne ne l’écouterait.

Il pensa à Maryse et Daniel. Un possible partage.

Le retournement vers soi. Il ne s’agissait pas de se contenter d’un regard humain mais d’instaurer un regard différent, neuf, épuré, jusqu’à l’effacement de cet humain. Qu’il ne reste qu’une forme de vie en symbiose avec d’autres formes de vie. L’oubli de soi, quand il ne s’agit que d’une forme aiguë de prétention, était la clé nécessaire à cette ouverture vers le monde. Il tenait la solution et la joie qui le gonflait aurait pu le faire voler au-dessus de la cime des arbres.

Ce fut comme une naissance et l’accession à une nouvelle lumière.

Pas, cette fois, la lumière artificielle d’une salle d’hôpital mais la lumière de l’univers. Un rayonnement d’étoile, un embrasement au cœur de ses fibres, un noyau en fusion, une âme libérée, un envol. Des vagues de frissons qui cascadent.

Un autre état de conscience, différent de celui prôné par l’esprit humain. Un état naturel. Un état de connivence avec le monde. Nous serions donc en dehors de la vie, attachés comme du bétail à tirer dans une fuite aveugle des fardeaux imposés, à nous abrutir jour et nuit de drogues licites, à nous interdire, par tous les moyens, de nous observer. Il pensa à ses journées de travail, à ses six heures en classe, à ses deux heures au bureau, à l’entretien de son logement et de son fourgon, de son vélo et de toutes ses petites affaires, aux courses, à la télévision et à la radio, à ces informations d’un monde en débâcle, aux discussions sur le mauvais temps et le prix de l’essence, et à tous les passe-temps dérisoires pour occuper les dernières minutes de cette mort camouflée dans une journée quotidienne. Toutes nos activités nous tournaient irrémédiablement vers un extérieur artificiel, à des distances considérables de nous-mêmes et du monde. De notre complicité avec ce monde. Nous étions tous dans un état de non vie.

Il s’assit au sommet d’une butte. Il dominait la cime des arbres. Le paysage devant lui s’étendait jusqu’à l’horizon. Il eut peur brutalement de ce qu’il découvrait.

Il eut peur du moment où il redescendrait parmi les morts.

Il eut envie de leur parler. Il eut pitié d’eux. Pour la première fois, il aima l’humanité. Pendant quelques secondes. Pourquoi cette humanité avait-elle abandonné ce bonheur ?

Il chercha… Et comprit qu’il ne devait pas le faire. Chercher, c’était encore faire appel à l’esprit humain pour répondre à une question qui concernait un ordre planétaire, une harmonie universelle d’où l’homme s’était retiré.

Il déposa son sac, sortit sa serviette et l’étala. Il se déshabilla et s’allongea au soleil. Les yeux fermés.

Une brise légère mais régulière coiffait le sommet dégagé et repoussait les insectes. Il pensa aux rennes de Scandinavie qui progressent sur les crêtes ventées pour se protéger des taons. Il suivit leurs longues marches. Vaste troupeau obéissant à des migrations séculaires, chaque individu posant ses pas dans les pas de ses ancêtres, acceptant la loi du groupe sans même y penser, perpétuant sereinement un ordre naturel. Un faucon survolait les troupeaux. La danse suspendue de l’oiseau le conduisit au bord de l’océan. Jonathan Livingstone l’accueillit. Le goéland avait acquis la liberté à travers le vol, il avait brisé les règles établies et choisi de développer des qualités extraordinaires pour éveiller sa propre connaissance. Mais s’il avait atteint une liberté sublime, il ne le devait qu’à une volonté farouche. Ce n’était pas un exemple accessible à tous. Le développement de cette connaissance hors du commun n’avait été rendu possible qu’à travers l’extrême perception et l’absolue maîtrise de son essence. Il avait retrouvé enfoui sous de misérables comportements quotidiens toutes les possibilités de son corps et de son esprit. De son être unifié. Aujourd’hui, le culte de la personnalité qui servait de référence ne représentait en fait que la consolidation d’un système pervers, nullement l’accession à cette connaissance supérieure. Ce n’était pas l’homme qui était promu mais sa totale participation à une vie de masse. Et les quelques individus parvenant à s’extirper de cette foule anonyme cautionnaient par cette fausse réussite un esclavage doré, totalement éloigné de toute essence. Rien ne s’éveillerait. Ce n’était pas l’homme libre qui pouvait jaillir mais juste l’homme privilégié, profitant avidement de l’opulence sordide des plaisirs offerts par ce système, l’embellissement frénétique des murs de la prison. Celui qui y parvenait apparaissait comme le plus heureux et le meilleur des hommes et la foule envieuse continuait à rêver avec le même enthousiasme aveugle, la même convoitise, se nourrissant d’espoirs de gloire et de fortune quand la paix de l’âme restait à portée de main, accessible à tous, sans distinction sociale, raciale ou d’intelligence. C’est l’esprit seul, sa sensibilité et sa capacité à goûter pleinement l’importance d’un brin d’herbe comme celle d’une étoile qui ouvrait les portes du monde.

Il s’étonna de la fluidité de son raisonnement. Il ne se souvenait pas avoir connu auparavant des éveils aussi flamboyants. Il ne pouvait certifier qu’il parviendrait à échanger de telles idées mais ce bonheur était déjà si inattendu qu’il lui suffisait amplement. Il douta d’ailleurs d’une possible transmission. N’était-ce pas à chacun de constituer sa propre théorie ? Sa propre vérité…Opposée à cette vacuité terrible qui nous étouffait. Soudainement, encore une fois, le vide de l’existence telle qu’elle était instituée, lui brûla la gorge. Physiquement. Il s’assit, prit la gourde et avala plusieurs goulées d’eau fraîche. L’angoisse disparût mais la tension dans laquelle l’esprit s’était maintenu céda d’un coup. Les larmes coulèrent, librement, sur les joues, il fallait pleurer, il le sentait, c’était une délivrance nécessaire, pas une fuite ou un abandon mais un lien avec ce monde oublié et battu. La rencontre triste de deux consciences esseulées, la complicité fabuleuse de deux esprits en sursis, deux êtres condamnés à plus ou moins brève échéance, sentant au-dessus de leurs consciences effrayées la menace permanente d’un sabre que l’espèce humaine tenait fièrement.

Il refusa de sombrer dans les noirceurs et se releva. Il reprit son sac et s’engagea sur une sente. Il força son pas durant de longues minutes, crachant des bouffées de déprime dans les souffles jaillis de ses poumons, dans les brûlures de ses muscles, les gouttes de sueur qui voilaient ses yeux. Il sentit combien la peur pouvait étouffer les plus beaux sentiments, les plus intenses émotions. Il avait entrevu son retour parmi les hommes et la terreur qui s’était dressée l’avait tétanisé. Comment supporter ce mensonge immonde ? Ça ne lui semblait plus possible.

Il marcha comme un forcené, évadé d’une prison morale et qui court, qui court, sentant dans son dos la rage haineuse des morts.

Il serpenta entre les arbres, hors de tout objectif et de toute conscience réelle. Ce fut une fuite sans but. La douleur était en lui, les terreurs l’habitaient. Et il souffrait davantage encore de ne pas maîtriser ces assauts morbides, de ne pas parvenir au contrôle de soi et de devoir, pour trouver une certaine paix, consumer ses forces dans des défis déraisonnés.

Il atteignit un nouveau sommet, simple colline déboisée, ouverte sur les horizons. Dans la dernière montée, un vertige l’avait ébloui. Il décida de manger. Espérant surtout y trouver l’absence de pensées dont il avait besoin.

Face à lui s’étendaient des pentes boisées, vastes mers de couleurs superbes sur lesquelles les rayons solaires, variant leurs inclinaisons et leurs intensités, jouaient pendant des heures. Il devina, sous le secret des frondaisons, les itinéraires répétés des animaux, leurs parcours ancestraux, incessamment agressés par des hommes envahisseurs. Il sentit l’angoisse pesante des espèces encerclées, les cris suppliants des arbres abattus, les râles étouffés d’une terre labourée, toutes ces souffrances quotidiennes qui resserraient impitoyablement sur des êtres fragiles leurs étreintes mortelles. Il aperçut au loin une brume étrange, surplombant une vallée invisible. Était-ce une vapeur échappée d’un lac ou la pollution d’une ville ? Embryon de pluie ou haleine putride. C’est de nos âmes que s’élevait ce poison. L’empreinte des hommes sur la Terre. Le cerf, au fond des bois, percevait le parfum pestilentiel des fumées d’usine, le ronflement des moteurs, le vacarme des avions, le hurlement aigu des tronçonneuses, les appels des chasseurs vers les meutes excitées des chiens. Même le parfum âcre de sa sueur agressait les narines des animaux aux abois. L’homme n’était toujours qu’une menace, que le complice cynique de la mort. Le dégoût. Il n’était qu’un humain. Les fumées de son fourgon, les routes dont il profitait, les champs sulfatés pour les récoltes forcées dont il se nourrissait, les bétails engraissés pour des populations obèses, les mers vidées par les filets dérivants, les centrales nucléaires pour des électricités gaspillées, les forêts vierges rasées pour des meubles coûteux, les fleuves agonisants sous les rejets nitratés, les décharges sauvages et les dépotoirs engorgés. On immergeait dans les fosses marines des containers de déchets radioactifs comme on jetait par les fenêtres des voitures un paquet de cigarettes. Le geste était le même. C’est la mort qu’on propageait.

Le dégoût.

Il ne voyait pas d’issue et sentait combien ses réflexions le conduisaient à une impasse. Si les animaux vivaient dans la peur permanente, la planète elle-même ressentait-elle cette angoisse ? Représentions-nous désormais le mal absolu ?

Sa simple présence éveillait dans les arbres des frissons inquiets et les gens incrédules mettaient cela sur le compte du vent. Un pigeon passa devant lui. Son vol était puissant et rapide. Était-ce une fuite, la recherche désespérée d’un dernier refuge ? On trouvait jusque dans les mers australes des traces de dérivés chimiques. Où pouvait-il aller ? Les feuilles des arbres, autour de lui, le regardaient avec des yeux terrifiés, des hordes d’insectes affolés fuyaient devant ses pas aveugles, les nuages empoisonnés pleuraient des larmes acides.

Les hommes avaient propagé la mort. Ils étaient son plus fidèle allié. L’humanité comme l’étendard de la grande faucheuse.

Le dégoût.

La violence du dégoût.

Il se leva et prit le chemin du retour. Un court instant, des désirs de suicide. Il en gardait sur les lèvres un goût sucré, presque bon, l’anéantissement salvateur de la culpabilité et l’impression d’un geste enfin à soi.

Il ne devait pas rester seul. Il en mourrait. C’était certain.

Tête baissée, il parcourut les bois, la mort aux trousses et c’est ce sentiment effroyable de la fin à venir que les hommes étouffaient sous des agitations frénétiques. Ne pas savoir, ne pas écouter ni sentir. Rien. Vivre dans l’aveuglement, juste pour se supporter. Nous étions la mort et nous le savions. Mais nous maintenions avec obstination l’interdiction de le dire.

Il finit par courir espérant que la violence de l’effort empêcherait toute intrusion raisonnée.

Arrêter de penser et ne penser qu’à cela.

C’était donc cela le rôle du sport. Juste le complice d’une dictature complexe. L’opium du peuple, un de plus.

Ne pas penser. Courir. Etouffer le dégoût sous des épuisements musculaires.

« Arrête de penser ! » cria-t-il dans le silence craintif des bois. Des sanglots échappés bloquaient ses souffles dans la gorge serrée.

« Arrête de penser, gémit-il, arrête. »

A l’orée d’une clairière, il se figea. Il ne se souvenait pas de cet espace dégagé. Il regarda autour de lui et ne reconnut rien. Au premier instant, il se dit qu’il était perdu mais l’absurdité de cette conclusion le frappa. Parmi les hommes, il était perdu. C’est ici qu’il était quelque part mais il n’y trouvait pas les repères inculqués et se sentait totalement égaré.

Avant de s’effondrer, il fonça, droit devant.

Ce n’est pas le temps qui s’égrena mais la répétition mécanique de ses foulées, la force de ses respirations, l’usure de ses muscles, le choc dans son crâne des pas retombés, les crachats de salive qui suintaient aux coins des lèvres et les larmes salées qui coulaient de son corps comme un pus honteux.

Honteux.

C’est ainsi qu’il déboucha sur une route. Il reconnut l’accès au lac. Il était descendu trop bas. Il remonta le ruban goudronné sans diminuer la longueur de ses foulées, comme poursuivi par l’horreur du monde humain et il songea à ces milliards de kilomètres balafrant la planète, cicatrices sans cesse entretenues, élargies, renforcées, reliées entre elles par des réseaux de plus en plus étendus. Il crut devenir fou et comprit qu’il découvrait la vraie raison. Les fous, de leurs côtés, traçaient de nouvelles routes pour rejoindre plus rapidement leurs semblables.

Le parking, le fourgon. Il courut encore, s’engouffra, ferma la porte et sauta fébrilement sur la boîte de cannabis. Anesthésier les flots de pensées sous des brouillards parfumés, étouffer fébrilement des consciences insupportables."

Marine, Rémi, Léo

 

Marine, Rémi, Léo

Ces derniers jours, nous avons rejoint notre fille dans son espace de vie.

Au fond des bois.

En autonomie la plus grande possible.

L'endroit a été utilisé, par des gens morts depuis bien longtemps, une vie forestière construite sur l'exploitation des châtaigneraies et de multiples terrasses de cultures. 

Tout a été abandonné par les générations qui ont succombé à l'attrait des villes, au confort, à la vie moderne. 

Des décennies pendant lesquelles, la nature a réinvesti la place dans l'euphorie de sa puissance.

Les ronces, les aulnes, les vernes, les buissons, les murs effondrés, les terrasses recouvertes, les sources embourbées, les chemins disparus, effacés, comme n'ayant jamais existés...

Tout était à reconstruire. 

Un an qu'elle y accorde toutes ses forces.

Le travail accompli est considérable.

Des murs rebâtis, pierre par pierre, des escaliers soutenus par des piquets enfoncés à coups de masse dans un sol rocheux, des terrasses dégagées de toutes les broussailles, à la machette et à la hache, des plantes qui revivent et la nourrissent, le silence des lieux emplis par ses efforts, une douche solaire, des jerricans de vingt litres qu'il faut remplir et hisser en haut des escaliers, une piste qu'il faut entretenir, les pluies cévenoles qui ravinent les sols et obligent à reprendre la pioche et la pelle, le bois qu'il faut tronçonner, fendre, ranger et porter jusqu'à la cuisinière à bois, installée à la force des bras... 

Et ça n'est que du bonheur.

Parce que chaque travail achevé ne l'est que par sa volonté.

Nous ne sommes que des aides partielles. C'est elle qui mène son chantier.

Aujourd'hui, l'eau d'une source remplit les bouteilles, un panneau solaire lui donne l'électricité suffisante pour éclairer son abri, des terrasses aménagées et cultivées lui assurent son alimentation. 

Aucune dépense inutile. Le strict nécessaire. Le travail de la terre, des journées sur le rythme du soleil ou de la pluie, de la nuit, du jour, de la pleine lune, l'écoute attentive de la nature, la solitude volontaire, la simplicité comme fil conducteur. 

Nathalie et moi, nous l'admirons pour la force de ses convictions, nous l'aimons pour la détermination de ses actes, nous sommes fiers de l'énergie de son travail. 

C'est elle qui a raison. 

Elle est un élément d'une aube nouvelle, une autre humanité, une autre voie.

Le retour à la Terre.

 

Ses deux jeunes frères ont opté pour les études secondaires, Master et Doctorat. L'écologie comme fil conducteur.

Nous les admirons pour leur détermination à aller au bout de leurs projets, à apprendre, encore et encore, dans des cadres scolaires bien souvent rigides et absurdes dans leurs fonctionnements, leur rigidité ou leurs contradictions, la bêtise administrative et l'incompétence crasse de certains professeurs. 

Mais ils tiennent tête et n'abandonnent pas. 

Tous les trois formés à l'école de la montagne. Le marcheur n'abandonne pas à la première pente raide. Il fixe le sommet et nourrit ses forces de la puissance de ses rêves.

Marine, Rémi et Léo.

Tout notre amour pour eux. 

 

 

 

 

Nous sommes des terroristes

Le terrorisme que nous connaissons a des effets dramatiques. Il serait monstrueux de le nier. 

C'est un terrorisme événementiel et limité à certaines zones géographiques. 

Les victimes doivent être pleurées et des solutions doivent être trouvées. 

Ceci étant précisé, il convient d'observer ce qu'il en est de ce terrorisme planétaire qui concerne la vie elle-même. 

Imaginons la prise de paroles de toutes ces espèces disparues et de celles qui vont disparaître sous le feu dévastateur de l'activité humaine. 

Nous sommes bel et bien à leurs yeux des terroristes qui agissons dans une folie incontrôlable, pour des raisons qui dépassent l'entendement lui-même. 

Nous dévastons pour maintenir un confort de vie que nous ne voulons plus perdre même si le maintien de ce confort induit l'effacement de millions d'êtres vivants. 

Jusqu'à porter atteinte à la planète elle-même.

Le terrorisme islamiste a des raisons innommables, immondes, totalement abjectes. Le premier qui contredit cela ne fait même plus partie à mes yeux du genre humain.

Mais que pensent de nous les animaux, les arbres, les océans, l'atmosphère, si tant est que nous leur accordions une forme de pensées ?

Peuvent-elles, toutes ces victimes, nous accorder le droit de notre folie ?

Non, assûrément.

Nous ne sommes à leurs yeux qu'un groupe humain qui les terrorise. Mais nous n'entendons pas leurs pleurs parce que nous n'écoutons pas. Le bruit humain assourdit nos coeurs et occupent nos cerveaux.  Du haut de notre piédestal mortuaire, nous ignorons le massacre.

Le terrorisme islamiste cache un terrorisme de masse dont nous sommes les acteurs. 

Les crises économiques cachent une crise environnementale majeure.

les crises sociales cachent une détresse animale et végétale qui nous échappent.

Nous sommes les raisons cachées de toutes ces crises.

Nous sommes l'économie, nous sommes le social, nous sommes les guerres, nous sommes la haine, le rejet, la peur, la colère, la soif de pouvoir, le culte de la richesse, du confort, du plaisir, de la jouissance des biens et tout cela n'est que l'excroissance de notre incapacité à aimer la vie.

Le monde moderne est notre miroir intérieur.

Il viendra un jour où la glace se brisera et nous verrons alors le vide sidéral de notre inconscience.

Il n'est plus temps de pleurer le massacre des poissons, la dévastation des forêts, l'empoisonnement de l'eau, la souffrance animale, la mort des sols, la pollution de l'air... Le constat est établi, les conclusions sont visibles et accessibles à tous ceux qui prennent la peine de plonger dans ce gouffre sombre de l'humain. Il n'est plus temps de pleurer, de s'apitoyer, de critiquer les "coupables"... Nous sommes tous coupables, à plus ou moins grande échelle. Et moi aussi.

Le temps est venu de changer.

Radicalement.

Et si cela n'est pas entendu, il viendra alors le temps de la dévastation de l'humanité.

Certains parleront de catastrophisme exagéré, d'autres opteront pour un optimisme forcené. 

Peu m'importe de savoir qui a raison. 

Lorsqu'il y a une décision à prendre, il ne s'agit pas d'écouter tous les avis contradictoires mais d'agir en conscience. Avec sa conscience. Il ne s'agit pas d'hégémonie intellectuelle et du concours de celui qui pisse le plus loin...Il ne s'agit pas d'ego et de combats d'idées. Il ne s'agit pas de se faire connaître par des prédictions apocalyptiques mais juste de se projeter plus loin que la fin du mois et des prochaines vacances d'été...

Le temps de l'insouciance est révolu.

  

 

Altitude news : le trail

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Le trail : attention et concentration

La spécificité du terrain montagnard est qu’il implique une lecture du sol particulièrement vive, précise, détaillée et par conséquent une anticipation du pas à venir tout autant que la justesse du pas en cours. Le regard alterne par conséquent dans d’incessants allers-retours qui ne sont même pas conscients. C’est une mécanique indispensable et l’esprit s’y attelle avec une attention constante. Qui peut se révéler épuisante. La lassitude de l’attention et de la concentration. Deux aspects différents du travail de l’esprit durant un trail.

L’attention est un phénomène qui permet à l’individu de saisir l’ensemble des données visuelles de son environnement : cailloux sur le chemin, rigoles, boue, ruisseau, fossé, racines, blocs, graviers, herbes mouillées, de lire la pente, sa raideur, sa longueur, ses différentes inclinaisons…

La concentration est un phénomène qui instaure un regard intérieur : la gestion de l’effort, les sensations musculaires, le souffle, la longueur de la foulée, la poussée des bras, la décontraction des épaules, de la nuque, la maîtrise du potentiel énergétique, sans gaspillage, avec lucidité.

La lucidité est donc un élément capital et il existe dans l’impossibilité de relâcher cet effort un épuisement cérébral qui peut se révéler redoutablement destructeur. C’est parfois le mental qui lâchera avant le corporel.

Qu’en est-il des paysages traversés ?

Qu’en est-il de l’amour porté à la montagne ? La réponse est évidente au regard de la difficulté de l’épreuve. Quelqu’un qui n’aimerait pas la montagne ne ferait pas de trail. Ceux et celles qui courent là-haut l’expérimentent simplement d’une autre façon que le randonneur. Là encore, il n’est pas question d’établir une hiérarchie. C’est être en montagne qui nous rend heureux. Peu importe si c’est en marchant, en courant, en vélo, à skis, en raquettes…

Il est évident en tout cas que cette pratique a pris une ampleur importante et j’ai vu apparaître des coureurs dans des secteurs de montagne quelque peu délaissés depuis une bonne dizaine d’années. Depuis que nous habitons dans le Val Gelon, nous avons vu des chemins quasiment s’effacer sous la végétation par disparition progressive des marcheurs. D’autres secteurs restent plus visités bien entendu mais la fréquentation de la montagne est, il me semble, dans une dynamique baissière notamment les vallées méconnues ou les secteurs trop sauvages pour les touristes lambda : versant Grésivaudan de la Chartreuse, vallée du Pleynet, Ferrrière, Gleysin, Fond de France, Lauzière, Bauges, Maurienne… Il nous est arrivé de sortir sans croiser âme qui vive de la journée et même pendant les week-ends ou les vacances scolaires. Dix personnes sur une journée de marche en Chartreuse, c’est parfois exceptionnel.

La mode du trail a changé la donne

Des coureurs en tenue colorée arpentent les chemins les plus ardus, le sourire aux lèvres et le pas vif. Et c’est un grand bonheur de les voir courir. Bien évidemment, les ultra trail médiatiques et quelques personnalités charismatiques ont contribué à cet essor mais l’amélioration considérable du matériel tient aussi une part indéniable dans cette évolution.

Courir une heure sur un sentier balcon ou courir une heure dans la pente qui mène au col de Morétan…

Quelques-uns réalisent le premier et sont très heureux. Très peu réalisent le second et ils sont très heureux aussi. C’est la magie de la montagne : elle rend heureux tous ceux qui y viennent puisque tous trouvent à leur échelle de quoi satisfaire leurs désirs d’efforts.

Le trail a donc ranimé le milieu montagnard. À son époque, le VTT a eu, lui aussi, un impact considérable sur la fréquentation de la montagne. Et je me demande d’ailleurs s’il ne s’effectue pas un basculement d’une partie de cette catégorie de sportifs vers le trail. De moins en moins de VTT en altitude et de plus en plus de coureurs.

C’est un séjour dans le Dévoluy qui m’a amené à penser ça. Des coureurs à l’Obiou et au Grand Ferrand, au pic de Bure, à la tête d’Oriol ou au col de Rabou, il y en avait ! Mais des cyclistes à VTT, je n’en ai vus que rarement et uniquement sur les pistes des stations de ski. Même phénomène dans le massif de Belledonne. Il est vrai que les sentiers se prêtent davantage à la course à pied et le trailer a cet avantage de passer partout.

Voilà l’essence même de la montagne. Aller puiser en soi l’énergie nécessaire et se réjouir des beautés de ce monde à part. Le trail, au regard des distances parcourues, donne à ces deux paramètres toute leur étendue.

Illustration © Trail Runner Indonesia

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Nucléaire : les mensonges

Les mensonges du nucléaire français

 

Une enquête édifiante sur les secrets de cette industrie dont on nous vante les mérites depuis les années 1960 (lundi 4 mai, à 22 h 55, sur Canal+).

LE MONDE |  • Mis à jour le  |Par Mustapha Kessous

 

La centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux ( Loir-et-Cher) .

Une enquête édifiante sur les secrets de cette industrie dont on nous vante les mérites depuis les années 1960 

 

A en croire ce documentaire, les mensonges sur le nucléaire français sont aussi toxiques que la radioactivité. Depuis les années 1960, les différents gouvernements nous assurent que les centrales nucléaires sont extrêmement sûres, au point qu’ils n’ont jamais eu à déplorer le moindre accident. Et ce n’est pas tout : l’énergie électrique – produite par les 58 réacteurs du pays – est propre et peu onéreuse. Un mythe, selon les auteurs de Nucléaire, la politique du mensonge ?,qui se font un malin plaisir de déconstruire – pour ne pas diredégommer – la trop belle « fable » des bienfaits de l’atome.

Cette nouvelle enquête de « Spécial investigation » commence dans un village du Loir-et-Cher, Saint-Laurent-Nouan, où se trouve la centrale de Saint-Laurent-des-Eaux qui, depuis son inauguration en 1963, a connu deux accidents passés sous silence par EDF. Le premier date de 1969, le second – plus grave – remonte à 1980. En cause : un défaut de maintenance qui a entraîné la surchauffe et la fusion de l’un des deux cœurs de réacteur, libérant ainsi du plutonium – matière hautement radioactive et dangereuse – que les responsables du site ont décidé, pour s’en débarrasser, de rejeter dans… la Loire. Une pratique illégale à cette époque et qui l’est toujours de nos jours.

Surréaliste

Il est regrettable que les dirigeants actuels d’EDF n’aient pas souhaité s’exprimer. Seul Marcel Boiteux, ancien président du groupe (de 1979 à 1987), et artisan du nucléaire, a accepté de parler. Ce qu’il dit semble à peine croyable, et son entretien avec le journaliste, surréaliste. Interrogé à propos de ce qui a conduit les responsables à déverser le plutonium dans la Loire, M. Boiteux répond sans ciller : « C’est quand même pas grand-chose. » « C’est du plutonium, c’est interdit », s’étonne le journaliste. « Oui, bien sûr, ce n’est pas bien, mais ce n’est pas grave », se défend l’ancien patron. « C’est illégal », insiste le reporter« C’est illégal de tuer son voisin quand vous êtes en voiture, et que vous rencontrez la voiture d’en face et que vous tenez mal votre volant. En cas d’accident, il se passe des choses illégales, quand on est conscient », explique en souriant le président d’honneur d’EDF. Un tel accident, pourtant, devrait systématiquement obliger à l’évacuation des habitants alentour.

Quid ensuite des sites de stockage des déchets radioactifs ? Et peut-on affirmerque le nucléaire est une énergie propre ? Anne Lauvergeon, ancienne présidente d’Areva, a récemment assuré que le nucléaire produit, en termes de déchets, l’équivalent d’« une piscine olympique ».Vrai ou faux ? Selon les calculs et les différentes révélations du documentaire, le volume de ces déchets correspondrait plutôt à près de 200 piscines olympiques. On est loin du compte.

De même, on est bien loin de la vérité lorsqu’on nous assène que le nucléaire ne coûte pas cher. En effet, la note des travaux de remise en état des centrales nucléaires engagés depuis 2012 s’élèverait à 110 milliards d’euros, soit deux fois plus que le chiffre avancé par EDF.

Documents inédits à l’appui, cette enquête démonte habilement – et avec pédagogie – le discours tenu aujourd’hui sur le nucléaire français. Un discours qui se veut rassurant, notamment par l’usage de certains mots plutôt que d’autres. Les communicants préfèrent par exemple parler de « relâchement » et jamais de « fuite ». L’euphémisme en dit long.

« Nucléaire, la politique du mensonge ? », de Jean-Baptiste Renaud (Fr., 2015, 55 min).

 

Et une autre vidéo pour compléter et croiser les informations :

 

 

Huile de palme contre Rafale

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La France achète de l’huile de palme pour vendre des avions Rafale

GÉRARD LE PUILL

VENDREDI, 13 AVRIL, 2018

HUMANITE.FR

900.000 tonnes d’huile de palme sont importées en France chaque année dont les trois quarts finissent dans les réservoirs des véhicules sous forme de « carburants verts ». Photo : Reuters

900.000 tonnes d’huile de palme sont importées en France chaque année dont les trois quarts finissent dans les réservoirs des véhicules sous forme de « carburants verts ». (le terme donne une idée du foutage de gueule)

Trente mois après la conférence de Paris sur le climat et l’adoption d’un texte visant à freiner le réchauffement de la planète, la France promeut la déforestation en Afrique et en Asie en choisissant d’accroître ses importations d’huile de palme afin d’exporter des avions Rafale en Malaisie et dans d’autres pays.

Depuis un certain nombre d’années, des millions d’hectares de forêts primaires ont disparu dans les pays tropicaux pour développer les plantations de palmiers à huile afin d’exporter cette huile bon marché. Comme elle est également facile à travailler, l’industrie agroalimentaire des pays capitalistes développés et émergents en consomme de plus en plus. Il y a quelques jours, plusieurs associations dont « Rainforest Action Network»  (RAN) dénonçaient la destruction de 10.000 hectares de tourbières normalement  protégées sur l’île de Bornéo par le groupe du magnat Anthoni Salim avec l’aide du groupe « Indofood « présenté par ces associations comme un « partenaire incontournable des multinationales Pepsi Co et Nestlé ».

Les associations citent un rapport selon lequel l’une des filiales du groupe Salim avait « fait modifier la carte du moratoire protégeant les tourbières, alors même que les cartes établie par l’Agence de restauration des tourbières  classaient la plupart en zones de tourbières à protéger en priorité ». Selon Gemma Tillak, en charge de la politique forestière au sein du RAN, « ce rapport est une preuve évidente de pratiques douteuses et d’immobilisme aux plus  hauts niveaux des entreprises, alors que les forêts tropicales continuent de disparaître à cause de l’huile de palme produite de manière illégale ». Au RAN, on considère que « les partenaires commerciaux du Groupe Salim, comme Pepsi Co sont complices de cette déforestation illégale, car ils continuent de faire des affaires avec Salim sans être inquiétés. Pepsi Co, Nestlé et Wilmar doivent faire en sorte que leur partenaire commercial respecte le droit indonésien et les normes de développement soutenable sans déforestation ou bien mettre un terme à leur relation commerciale », ajoute le RAN.

900.000 tonnes d’huile de palme importées en France chaque année

On peut aussi se demander si l’Etat indonésien souhaite faire respecter le droit indonésien. Cette question vaut aussi pour de nombreux pays dont la France. Le Canard enchaîné du 4 avril  rappelait que 900.000 tonnes d’huile de palme sont importées en France chaque année dont les trois quarts finissent dans les réservoirs des véhicules sous forme de « carburants verts ». Ce diester entre concurrence avec l’huile de colza, une plante qui fleurit tout en jaune en ce moment sur nos terres céréalières. Mais le prix de la tonne payée aux paysans est passé de 430€ en février 2017 à 351€ en avril 2018. C’est une des conséquences de l’importation d’huile de palme de pays comme l’Indonésie et la Malaisie.

(et après Macron and co vont nous dire qu'ils prennent en considération les difficultés du monde paysan...)

Conscients du problème, les parlementaires européens ont adopté récemment un amendement discriminant l’huile de palme en raison de ses conséquences sur la déforestation. Selon le Canard, ils étaient en phase avec le souci de Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire de « mettre en route son fameux plan d’action contre l’importation de produits contribuant à la déforestation ». Mais, toujours selon le Canard, l’Elysée a envoyé la ministre de la Défense Florence Parly en Malaisie pour dire au gouvernement de ce pays qu’une directive européenne sur l’énergie reprenant « l’amendement adopté par le Parlement ne saurait être soutenu par les autorités françaises dans la mesure ou il discrimine l’huile de palme ».

Quand les intérêts de Total s’ajoutent à ceux de Dassault

Et pourquoi donc ? Parce que la Malaisie menaçait de ne pas acheter les 18 avions de combat Rafale que Dassault s’apprêtait à lui vendre. Qui plus est, Total doit ouvrir cet été dans les Bouches-du-Rhône une usine capable de traiter chaque année 500.000 tonnes de biodiesel avec un pourcentage élevé d’huile de palme. Il s’agirait d’un diester issu de plusieurs huiles mélangées. Or le feu vert doit être donné à cette nouvelle unité de production par le ministère de la Transition écologique et solidaire de Nicolas Hulot. D’où ce cri de colère de Sylvain Angerand, de l’ONG Les Amis de la Terre repris dans le Canard : « La position du ministère de l’Ecologie est schizophrène. D’un côté, il fait de la lutte contre la déforestation l’une de priorités de son plan Climat; de l’autre, il laisse construire une usine qui pourrait quasiment doubler les importations d’huile de palme».

Sylvain Angerand refuse de voir la réalité en face. Nous sommes de plein pied dans le « et en même temps » préconisé à tout bout de champ par Emmanuel Macron dès lorsque sa politique correspond aux intérêts immédiats des patrons. Quant à Nicolas Hulot… (au bûcher...)

Mettre un enfant au monde

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On pourrait croire que ce texte de François Ruffin est exagéré.

Et ça serait une erreur terrible.

C'est parce que nous n'anticipons pas que tout ce que nous voyons aujourd'hui est devenu possible.

Parce que nous restons dans un ghetto quotidien qui nous épuise et que nous n'avons plus le goût ni l'énergie d'essayer de comprendre ce "monde moderne" qui n'est à mes yeux qu'une dégénérescence puisqu'il en est rendu à porter atteinte à la vie elle-même.

Aristote 2

Je suis consterné par tous ces adultes qui réclament de leurs enfants l'attention, la concentration, le travail pour acquérir des connaissances multiples, la volonté, l'effort, le sérieux et qui eux-mêmes n'ont plus la lucidité pour prendre conscience que ce monde qu'il laisse s'étendre est une abomination.

Comment est-il possible d'acheter des produits contenant de l'huile de palme ? Qui n'a jamais entendu parler du désastre de cette exploitation ?

Comment est-il possible de se gaver de viande et de poissons quand on voit l'impact considérablement destructeur que cette alimentation engendre ?

Comment est-il possible d'utiliser des produits chimiques qui empoisonnent la terre et les eaux ?

Comment est-il possible d'acheter des milliers de produits emballés dans des plastiques dont seulement 20% seront recyclés et le reste brûlé ou jeté dans la nature ?

Qui n'a jamais entendu parler de la pollution des océans ? Dans quelle cellule cérébrale vivent ces gens, dans quelle fange individuelle se complaisent-ils ? 

Comment est-il possible de laisser la nature mourir sans rien tenter pour sauver ce qui peut l'être ?

Comment est-il possible de demander aux enfants de grandir dans ce système économique et consumériste sans réaliser que l'héritage proposé est une tombe que l'humanité creuse ? 

Il n'est aucun espoir à attendre des gouvernants, quels qu'ils soient.

Cela aussi, il faut l'enseigner aux enfants.

Nous sommes responsables.

Un choix à prendre : la lâcheté ou la révolte, l'insouciance ou la lucidité, l'indifférence ou la lutte.

La lutte passe d'abord par la connaissance. Connaître, c'est se libérer du mensonge.

Si nous ne le faisons pas pour nous, il faut le faire pour eux.

Ou alors, il ne fallait pas faire d'enfants.

Mettre un enfant au monde et ne pas prendre soin de ce monde, c'est une condamnation. Rien d'autre. 

Et c'est monstrueux. 

Ob b087e6 anselme bellegarrigueSommes-nous des esclaves ?

Et que seront nos enfants ? 

A tombeau ouvert

L’image contient peut-être : fleur, plante, ciel, nature et plein air

 

Il est minuit et je lis des documents sur l'état de la planète. Et c'est juste effroyable. Je viens d'écrire à une des députées qui a rejeté l'interdiction du glyphosate. J'ai choisi une femme parce que ça me paraît totalement fou et incompréhensible que quelqu'un qui peut porter la vie puisse ne pas la respecter. Et je trouve ça désespérant parce que ça signifie que les plans de carrière sont plus importants que tout.

Je suis donc allée lire sa page facebook et son explication de texte sur cette décision. Et en fait, c'est encore plus simple que ça. Elle est totalement stupide. Elle n'a même aucune connaissance réelle du problème. Quelqu'un capable de dire que la France est exemplaire dans son usage modéré des pesticides, c'est soit une menteuse, soit une ignorante. Soit quelqu'un qui se ment sur son ignorance mais ça n'est en tout cas aucunement une personne de confiance, fiable et lucide.

Et donc ?... Elle a fait ce qui lui a été ordonné.

Alors, la démocratie, vous voulez vraiment savoir ce que j'en pense ?

Le gouvernement nous affirme que dans trois ans, une interdiction entrera en vigueur. Oui, bien sûr...Si je fais le tour des promesses électorales non appliquées, j'en ai pour trois heures.  

Ils trouveront autre chose pour repousser encore et dans trois ans, la situation aura considérablement empiré parce que le mal désormais est exponentiel. Il leur suffira de dire que la recherche n'a pas permis de trouver une autre méthode d'exploitation et qu'il faut encore y travailler ou que la période électorale n'est pas favorable à de telles décisions ou que les finances de l'état ne permettent pas d'investir suffisamment dans la transformation des entreprises agricoles ou que la demande de produits alimentaires est incompatible avec une agriculture respectueuse de l'environnement etc etc...Ils trouveront quelque chose...

Quand à Bruxelles, j'ai appris quand j'étais gamin qu'il ne faut jamais obéir à un chef quand c'est un con. Que c'est là que se trouve le libre arbitre, la volonté, la conscience de soi. Si la politique va à l'encontre de la conscience de soi, alors, j'attends avec impatience le jour où les hommes apprendront à user de leur liberté de penser et d'agir.

Et si cela n'arrive jamais, c'est que les hommes sont trop lâches et stupides pour être autorisés à survivre.

Car il faut bien avoir conscience d'une chose très claire désormais : la sphère politique et financière roulent à tombeau ouvert et nous sommes, nous aussi, dans le cercueil. 

Le couvercle est en phase de fermeture.

Soit on refuse le processus, par la force si nécessaire, soit on fait la fête encore un peu, on agrandit encore un peu les œillères, on s'amuse et on finit de tout foutre en l'air dans la joie et la bonne humeur.

L'huile de palme...Qui n'en a jamais entendu parler ? Qui aujourd'hui peut ne pas être informé du massacre en cours ? Est-ce que je dois montrer cela à mes élèves demain en classe pour que le traumatisme les empêche de dormir et qu'ils finissent par réagir contre les "parents" qui les élèvent ?

Est-ce que je dois leur montrer la souffrance animale dans les élevages industriels, dans les abattoirs, dans les filets dérivants, est-ce que je dois leur montrer le monde dans lequel ils vivent ?

Quel est l'intérêt d'essayer de leur apprendre l'Histoire de leur pays, les Gaulois, François 1er, et autres poussières insignifiantes quand ils n'ont même conscience que leur avenir est aussi aléatoire qu'un château de cartes et que la tempête approche à grand pas ? 

Je leur mens par l'entremise d'une mission enseignante qui sert des forces occultes et destructrices.

L'école, si elle n'est que cela, est un empoisonnement. 

Mais il est vrai qu'il convient de contaminer les esprits pour éviter qu'ils se réveillent.

Et je n'ai aucune illusion sur l'impact de mes interventions. Tout aura disparu dans quelques mois parce que la puissance formatrice de la société entière est incommensurable.

Il faut vraiment que je quitte ce lieu avant de me dégoûter moi-même. 

 

Glyphosate : qui a voté quoi ?

 GLYPHOSATE : QUI A VOTÉ QUOI ?

Votre député a-t-il voté pour ou contre l’interdiction ?

MOBILISEZ-VOUS POUR L’INTERDICTION DU GLYPHOSATE

 

Glyphosate : découvrez qui a voté quoi ! (cliquez sur ce lien)

 

Interdiction du glyphosate :
qu’a voté votre député-e ?

Le glyphosate est un herbicide classé potentiellement cancérigène par l’Organisation Mondiale de la Santé. Le président Emmanuel Macron s’était engagé à interdire d’ici trois ans le glyphosate.

Pourtant une majorité des députés présents et le gouvernement ont rejeté cette interdiction, cédant à la pression du lobby agro-chimique !

 

Funérailles.

L’effrayante mortalité des abeilles : des funérailles à Paris

8 juin 2018 / Amélie Beaucour (Reporterre) 
 

 

L'effrayante mortalité des abeilles : des funérailles à Paris

Des dizaines d’apiculteurs se sont retrouvés à Paris et en région jeudi 7 juin, pour dénoncer la mortalité considérable des abeilles cette année. Les pertes s’élèvent à 90 % dans certains cheptels. En cause : l’utilisation des néonicotinoïdes, pesticides qui attaquent les abeilles.

  • Paris, reportage

Il est un peu plus de 10 h ce jeudi matin lorsque le son du clairon retentit. La cérémonie commence. Face à l’hôtel des Invalides, trois cercueils sont alignés, recouverts d’un drapeau européen, français et breton. Qui pleure-t-on aujourd’hui ? Pas d’anciens soldats morts pour la patrie mais des colonies d’abeilles tombées sous le feu des néonicotinoïdes, substances neurotoxiques utilisées dans l’agriculture.

Venus de Bretagne, des dizaines d’apiculteurs endeuillés s’étaient donné rendez-vous dans la capitale. Cette année, 20.000 colonies d’abeilles bretonnes ont passé l’arme à gauche. Une hécatombe que les apiculteurs dénoncent depuis près d’un mois. Réunis en un « cortège funèbre », ils sont partis du Morbihan, le 30 avril dernier, sous l’œil de Reporterre, pour sillonner la région et attirer l’attention des autorités.

La scène, digne d’une pièce de théâtre, raconte toute la détresse des apiculteurs français. Voile (d’apiculteur) sur la tête et mains derrière le dos, une quinzaine d’entre eux sont venus se recueillir sur ces petites cabanes en bois, sépultures de leurs ouvrières. L’enfumoir apicole remplace l’encens, et les pots de miel les gerbes de fleurs qu’elles ne pourront de toute façon plus butiner.

D’autres délégations en région se sont également rassemblées pour dénoncer le calvaire que vivent les artisans du miel, « condamnés, chaque printemps, tel Sisyphe et son rocher, à refaire le travail estival que l’hiver n’aurait pas dû détruire », compare tristement François le Dudal, adhérent de la Fédération française des apiculteurs professionnels (FFAP)

Mais cette année, les pertes sont plus lourdes que d’habitude. Loïc, apiculteur breton et vice-président de l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf), a vu mourir la moitié de ses abeilles. « Mais certains de mes collègues ont perdu jusqu’à 90 % de leur cheptel », dit-il. Du jamais vu en quarante ans. Si les pertes de cheptel sont naturelles, elles ne dépassent habituellement pas les 7 % par an.

Marie est apicultrice bretonne, elle aussi. Cette année, elle a perdu 200 ruches sur les 260 qu’elle possède. « Et celles qui restent sont extrêmement affaiblies, ajoute-t-elle. Je vis de l’apiculture, j’ai deux enfants à nourrir et plus de cheptel pour produire. Comment je fais ? »

Les néonicotinoïdes, tueur d’abeilles

Marie possède également quelques ruches dans le Finistère. Ici, pas de champs de maïs traités mais uniquement de la bruyère. Sur ces ruches-ci, elle n’a enregistré qu’une perte de 10 %. Coïncidence « Le lien est évident. Sans néonicotinoïdes, les abeilles se portent très bien », conclut Marie.

Le problème des néonicotinoïdes est connu depuis longtemps. Ces pesticides neurotoxiques attaquent le système nerveux des abeilles et les tuent à petit feu. Pourtant, leur usage vient seulement d’être réglementé. La loi Biodiversité de 2016, en France, a acté leur interdiction prochaine et le projet de loi Agriculture et Alimentation en cours de discussion devrait interdire les pesticides au mode d’action similaire. Fin avril, l’Union européenne a voté l’interdiction quasi totale de trois d’entre eux, interdiction qui n’entrera en vigueur qu’en 2019 et qui ne concernera que les cultures en plein champ.

Mais la bataille est loin d’être gagnée, selon l’UNAF. « Cela ne suffit pas. Les traces de ces substances nocives ne disparaîtront qu’après 5 ou 6 ans… et seulement en partie. » Personne n’est actuellement en mesure de dire ce qu’il advient de ces substances une fois larguées dans la nature. « L’agrochimie a ouvert la boite de Pandore et ne sait plus comment la refermer », déplore François Le Dudal.

Pour autant, les apiculteurs refusent de blâmer ceux qui en font usage. « Nos collègues agriculteurs font ce qu’ils peuvent. Ils sont, eux aussi, victimes du système. Ce n’est pas à eux de faire des efforts, c’est au gouvernement de prendre ses responsabilités. »

Un gouvernement silencieux

Jusqu’à maintenant, aucun des gouvernements successifs ne leur a manifesté de soutien. Cette fois encore, les apiculteurs accusent Stéphane Travert, le ministre de l’Agriculture, de rester les bras croisés. « Tout ce qu’il nous témoigne, c’est du mépris », grogne un apiculteur en colère. « La preuve, il n’a pas pris la peine de se déplacer », constate un autre.

Nicolas Hulot, quant à lui, était présent, contre toute attente, ce jeudi matin. Pas de mesures concrètes à la clé mais, à la place, il s’est engagé à venir en Bretagne et a promis une « discussion avec ses collègues sur les solutions envisageables ».

Cela ne suffit pas aux apiculteurs, qui préféreraient s’entretenir directement avec le président de la République. « On aimerait bien savoir ce qu’il en pense, M. Macron », lance un apiculteur. « Il doit bien avoir un avis là-dessus puisqu’il a lui-même trois ruches à l’Élysée », ricane un autre.

Mais les ruches du président se portent probablement mieux que celles des apiculteurs bretons. « Les ruches en villes sont toujours en meilleur état. Qui dit ville dit moins de surfaces agricoles et donc moins d’exposition aux pesticides, explique Bruno, apiculteur amateur à Anthony, en banlieue parisienne. Moi, je m’en sors relativement bien, j’ai plus de chance que mes collègues de province. Eux ont vraiment besoin d’aide. »

80 % du cheptel d’abeilles d’Aurélie n’ont pas passé l’hiver

En chemin vers l’Élysée, le convoi est arrêté par un cordon des forces de l’ordre. Aurélie et son mari sont apiculteurs dans les Côtes-d’Armor. Cette année, plus de 80 % de leur cheptel a disparu. Ce constat affligeant, le couple l’a fait un beau matin de printemps. Comme chaque année depuis sept ans, ils venaient vérifier si leurs petites ouvrières avaient survécu à la saison froide. À la place, ils ont découvert leurs essaims décimés. « C’était le 6 avril 2018, cette date je ne suis pas prête de l’oublier », raconte-t-elle, émue.

Comme les centaines d’apiculteurs mobilisés, elle demande au gouvernement d’agir rapidement. D’agir non seulement pour les apiculteurs, mais aussi et surtout pour la biodiversité.

« On est témoin pour les abeilles, mais en réalité, cela s’applique à tous les pollinisateurs, tous les insectes, tous les oiseaux, toutes les espèces victimes de ces pesticides », dit-elle. D’après une étude scientifique publiée en fin d’année dernière, 80 % des insectes européens auraient disparu ces trente dernières années.

 


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KUNDALINI : couverture

J'ai passé quelques jours à travailler sur une couverture pour le roman avec la graphiste et la fondatrice des "éditions du 38" dans une écoute attentive et professionnelle.

Plusieurs essais, puis des modifications, puis là, ce point, cette couleur, cette lumière, ce détail dans le paysage etc etc...

L'impression de voir se matérialiser toutes les images qui sont en moi, les sensations et les émotions que je souhaitais transmettre dans l'histoire, là, posées, sur le "papier", et c'est comme une image réelle, mouvante, sensorielle...

Un grand bonheur.

Sortie prévue en septembre. 

L'image finale restera secrète encore quelques temps :) 

Il me plaît infiniment que Nathalie ait été le modèle, une deuxième fois, de la couverture d'un de mes livres. 

"Là-Haut" avait été le premier.

Image 2

"Kundalini, l'étreinte des âmes", sera le deuxième.

 

Tantra et âmes soeurs

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Le Tantra est la science qui transforme les amateurs amoureux en âmes sœurs. Telle est la grandeur du Tantra. Il peut transformer la terre entière : il peut transformer chaque couple en âmes sœurs. » - Osho

« En Orient, nous avons développé une science : si tu ne peux pas trouver ton âme sœur, tu peux en créer une. Cette science est le Tantra. Trouver une âme sœur veut dire trouver une personne avec laquelle tous tes sept centres se réalisent naturellement. C’est impossible, mais cela peut arriver une fois de temps en temps : un Krishna avec une Radha, un Shiva avec une Shakti. Et lorsque cela arrive, alors c’est d’une beauté formidable. Pourtant, ceci est comme la foudre – tu ne peux pas en dépendre. Lorsque tu lis ta bible, tu ne peux pas attendre que la foudre se présente pour pouvoir lire. La foudre est un phénomène naturel, mais elle n’est pas fiable.

Si tu attends de rencontrer ton âme sœur naturelle, cela sera exactement comme d’attendre la foudre pour lire ta bible. Et encore, tu ne seras même pas capable de lire davantage. Elle sera là pour un instant, mais au moment où tu auras ouvert ta bible, elle sera déjà partie.

Ainsi le Tantra a été créé. Le Tantra est une approche scientifique. Le Tantra est une alchimie ; il peut transformer tes centres, il peut transformer les centres d’autrui, il peut créer un rythme et une harmonie entre toi et ton amoureux. Cela est la beauté du Tantra. C’est comme d’amener de l’électricité chez toi. Alors, tu peux l’allumer et l’éteindre à volonté. En plus, tu peux en trouver mille et une utilisations. Tu peux avoir une pièce fraîche ou une pièce chaude. Donc, il s’agit d’un miracle. Ces sept centres en toi ne sont que des centres d’un corps d’électricité. Et quand je parle de foudre, ne pense pas seulement au symbole, mais au sens propre du terme.

Un courant d’électricité subtil, très subtil, se trouve dans ton corps. Mais plus subtil il est, plus profond il entre. Il n’est pas tellement visible. Les scientifiques disent que l’ensemble de toute l’électricité de ton corps peut allumer une ampoule de cinq watt. Ce n’est pas beaucoup. La quantité n’est pas très grande, la quantité de l’atome n’est pas tellement grande, alors que la qualité… S’il explose, il y aura une énergie énorme.

Ces sept centres, ces sept chakras dont le Yoga et le Tantra parlent depuis toujours ne sont que cinq nœuds dans le courant électrique de ton corps. On peut les changer, on peut les réarranger. Ils peuvent recevoir une nouvelle forme, une nouvelle structure. Deux amoureux peuvent être transformés si profondément que tous leurs sept chakras peuvent commencer à se rencontrer.

Le Tantra est la science qui transforme les amateurs amoureux en âmes sœurs. Telle est la grandeur du Tantra. Il peut transformer la terre entière : il peut transformer chaque couple en âmes sœurs. »


 

Préparation de classe (2)

Thierry Ledru

 

Et le texte de mardi matin :

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POURQUOI CRIE-T-ON QUAND ON EST EN COLÈRE ?

Un sage hindou qui était en visite au Gange pour prendre un bain remarqua un groupe de personnes criant de colère, les unes sur les autres.

Il se tourna vers ses disciples, sourit et leur demanda :
– Savez-vous pourquoi les gens crient lorsqu’ils sont en colère ?

Les disciples y pensèrent pendant un moment et l’un d’eux dit:
– C’est parce que nous perdons notre calme que nous crions.
– Mais pourquoi criez-vous quand l’autre personne est juste à côté de vous ? demanda le guide. Pourriez-vous tout aussi bien lui dire ce que vous avez à dire d’une manière plus douce?

Comme aucune des réponses des disciples n’était suffisamment satisfaisante pour le sage, il expliqua finalement :
« Quand deux personnes sont en colère l’une contre l’autre, leurs cœurs sont séparés par une grande distance. Pour couvrir cette distance, ils doivent crier, car sinon ils sont incapables de s’entendre l’un et l’autre. Plus ils sont en colère et plus ils auront besoin de crier fort pour s’entendre l’un et l’autre pour arriver à couvrir cette grande distance.
Qu’est-ce qu'il se passe lorsque deux personnes tombent en amour ? Ils ne crient pas sur l’autre, mais ils se parlent doucement parce que leurs cœurs sont très proches. La distance entre eux est soit inexistante, soit très faible.

Le sage continua…
« Quand ils s’aiment encore plus, que se produit-il ? Ils ne se parlent pas, ils chuchotent et obtiennent encore plus de proximité et plus d’amour. Enfin vient un moment où ils n’ont même plus besoin de chuchoter, ils se regardent seulement l’un et l’autre et se comprennent.

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Puis il regarda ses disciples et leur dit :

« Ainsi quand vous discutez les uns avec les autres ne laissez pas vos cœurs s’éloigner. Ne dites pas les mots qui vous éloignent davantage ou bien viendra un jour où la distance sera si grande que vous ne trouverez pas le chemin du retour… »

Sagesse hindoue

 

GRAMMAIRE :

Cherchez une liste de verbes conjugués au présent de l'indicatif et leurs groupes sujets respectifs.

Cherchez l'antécédent de plusieurs pronoms relatifs.

Cherchez des pronoms personnels complément d'objet direct. Identifiez le nom qu'il remplace respectivement.

EXPRESSION ÉCRITE

Racontez une situation dans laquelle vous avez crié sur quelqu'un et une autre dans laquelle vous avez parlé doucement. Décrivez l'état émotionnel dans lequel vous étiez.

 

 

Préparation de classe

Thierry Ledru

 

Le texte pour ma classe demain.


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Il était une fois quatre individus qu'on appelait : 
-Tout le monde -Quelqu'un -Chacun - et -Personne..

Il y avait un important travail à faire.

Tout le monde entendit dire qu'il fallait le faire.
Tout le monde fut donc persuadé que Quelqu'un le ferait.
Chacun, effectivement, était en mesure de le faire mais en réalité Personne ne le fit.
Quelqu'un se fâcha car c'était le travail de Chacun et devant cette colère Tout le monde pensa que Quelqu'un allait enfin le faire.
En fin de compte, Tout le monde fit des reproches à Chacun parce que Personne n'avait fait ce que Quelqu'un aurait pu faire.

MORALITÉ

Sans vouloir le reprocher à Tout le monde, Il serait bon que Chacun fasse ce qu'il doit, sans nourrir l'espoir que Quelqu'un le fasse à sa place car l'expérience montre que là où on attend Quelqu'un, généralement on ne trouve Personne.


 

QUESTIONS:


Conjugaison : A quels modes et quels temps les verbes sont-ils conjugués ? 

Vocabulaire : Remplace tous les verbes "faire" par des synonymes.


Orthographe : Quelles sont les quatre majuscules inhabituelles de ce texte. Explique la raison de leur usage. 


Réflexion : Identifie une situation dans laquelle tu peux nommer les groupes concernés par les véritables protagonistes. Écris en quelques lignes cette situation et explique ce qui devrait changer pour que le problème soit réglé.

"Libérer le plaisir féminin."

Alex grey vision tree

SANTÉ ET SCIENCE

Libérer le plaisir féminin

Alors qu’elle a exploré la sexualité masculine de fond en comble, la science ne sait presque rien sur celle des femmes. Qu’est-ce qui attise leur désir ? Qu’est-ce qui l’éteint ? Des scientifiques canadiennes ont résolu de répondre à ces questions, et se retrouvent à l’avant-garde mondiale de ce domaine de recherche.

Leda & St-Jacques 

Quand votre travail implique de faire regarder des films érotiques à des femmes, vous avez intérêt à avoir l’air professionnel, dit Meredith Chivers en rigolant. « Je porte une blouse de laboratoire, j’attache mes cheveux et j’évite même le maquillage », précise la directrice du laboratoire de recherche sur la sexualité et le genre (SageLab) de l’Université Queen’s, en Ontario.

Dans une petite pièce, une volontaire, confortablement installée dans un fauteuil inclinable, fait signe à Samantha Dawson, une doctorante, qu’elle est prête à commencer. Celle-ci place alors devant elle un moniteur vidéo et quitte la pièce. On pourrait croire que la femme se repose dans une chambre d’hôpital en regardant la télé, si ce n’était qu’elle devra répondre à des questions et évaluer ses réactions sur une échelle de zéro à neuf. Des questions plutôt intimes…

À combien se chiffre votre niveau d’excitation ? D’ennui ? De dégoût ? Avez-vous envie de vous masturber ?

Sous le drap se cachent deux minces fils au bout desquels se trouvent deux indicateurs photosensibles. Un capteur a été inséré dans le vagin de la femme, dont l’embout en forme d’ampoule (surnommé le « nez » par les chercheurs) restera appuyé sur son clitoris pendant qu’elle regardera la vidéo.

L’écran s’anime. Au bord d’une piscine, une jolie blonde en bikini blanc s’abandonne à un homme agenouillé entre ses cuisses, qui lui fait l’amour oral. (Les chercheurs ont choisi cette vidéo parce qu’elle met l’accent sur le plaisir de la femme, ce qui est plutôt rare dans l’industrie de la porno.) Dans le bas de l’appareil, de petites lumières infrarouges clignotent discrètement. Elles scrutent les yeux de la femme qui, elle, a le regard fixé sur les images. Jusqu’à 60 données par seconde sont ainsi analysées par un ordinateur situé dans la pièce voisine.

Cet ordinateur reconstitue la vidéo en version « porno pour psychologues » : on y voit les mêmes ébats sulfureux au bord de la piscine, sauf que les corps des acteurs sont parsemés de points et de traits rouges. Les points indiquent où se pose le regard, en temps réel, de la participante à l’étude. Plus elle fixe longtemps l’image, s’attardant sur une partie du corps ou sur un geste, plus gros sont les points. Les traits, eux, correspondent au balayage du regard et témoignent d’un désintérêt pour tel ou tel élément. Lorsque des points apparaissent à des endroits inhabituels, en marge de l’écran, par exemple, c’est que la participante détourne les yeux, par inattention ou par dégoût.

Faire la lumière sur la façon dont nous percevons le sexe « réellement », voilà ce que désirent Meredith Chivers et son équipe du SageLab. Et pour y parvenir, les chercheurs ont recours au suivi oculaire, actuellement ce qui se rapproche le plus d’une incursion dans la tête de leurs sujets. Il permet de dévoiler l’expression très intime du désir, bien plus encore que ne le révèlent les tracés de l’afflux sanguin vers le clitoris.

Dans la version « porno pour psychologues », des points rouges se multiplient sur le corps des acteurs, puis grossissent sur le visage de l’homme, celui de la femme, ses seins, son sexe… Tiens, le maillot de bain noir de l’homme se gonfle soudain comme une tente. L’image est vite recouverte par un immense point rouge !

Les scientifiques ont longtemps étudié la sexualité à partir de mesures de l’activité des organes génitaux et de questionnaires — qui ne sont utiles que si les participantes sont conscientes de leurs désirs… et disposées à en faire part aux chercheurs. De plus en plus, les experts comme Meredith Chivers ont recours au suivi oculaire, à l’imagerie cérébrale et à d’autres technologies pour percer les secrets du plus grand organe sexuel humain : le cerveau. Ces outils modernes sont d’autant plus utiles qu’ils permettent de révéler ces désirs que l’on n’ose avouer à quiconque, pas même à soi-même parfois. Grâce à eux, Meredith Chivers apporte un nouvel éclairage sur les résultats contre-intuitifs qu’elle a obtenus jusqu’ici par rapport à un sujet brûlant : ce qui excite les femmes.

Les travaux de la scientifique de 44 ans propulsent la ville de Kingston et le Canada à l’avant-scène de la recherche dans le domaine. Depuis la création du SageLab, en 2009 (avec une subvention de 183 000 dollars de la Fondation canadienne pour l’innovation), près de 500 femmes de toutes orientations sexuelles se sont assises dans les fameux fauteuils inclinables de la chercheuse.

* * *

Meredith Chivers a commencé à faire parler d’elle en 2009, lorsqu’elle a démontré que les organes génitaux féminins réagissent à la présentation d’un large éventail de stimuli, allant d’ébats entre lesbiennes à la copulation de singes bonobos. Et que la présence d’engorgement sanguin dans le vagin et de lubrification ne signifie pas automatiquement que la femme éprouve de l’excitation. L’une de ses hypothèses : les sécrétions vaginales ne sont dans certains cas qu’un réflexe de protection des muqueuses. L’idée que les organes reproducteurs des femmes puissent s’être adaptés pour parer à la violence sexuelle — idée qui fait aujourd’hui consensus dans le milieu de la recherche — a fait des vagues à l’époque.

Quand les médias en ont parlé, de nombreuses femmes ont écrit à la chercheuse pour la remercier. Des femmes soulagées d’apprendre que si leur corps et leur esprit n’étaient pas toujours en harmonie pendant qu’elles faisaient l’amour, ce n’était pas parce que quelque chose clochait ! Ceux qui perpétuaient des mythes du genre « si tu es mouillée, c’est que tu en as envie » ou « tu dis non, mais ton corps dit oui » pouvaient aller se rhabiller.

« Des femmes m’ont aussi confié avoir été agressées sexuellement et être hantées par l’idée que, au fond, elles avaient dû désirer ce rapport », raconte Meredith Chivers.

Plus récemment, la chercheuse s’est intéressée à de nouveaux modèles du désir, a étudié des personnes de genre non binaire [NDLR : qui ne se définit ni comme un homme ni comme une femme], mesuré le débit sanguin dans le clitoris. Son tout dernier sujet de recherche, lui, ne se limite pas aux organes génitaux eux-mêmes : il concerne aussi leur relation avec les pensées. D’où l’utilité de l’appareil de suivi du regard (celui qui produit les points rouges), un joujou de près de 50 000 dollars. Il ne détecte pas l’excitation physique proprement dite, mais ce qui retient l’attention. L’étude qu’elle mène conjointement avec Samantha Dawson compare le mouvement des yeux d’hommes et de femmes, dont certaines souffrant de dysfonctions sexuelles, pendant qu’ils regardent des vidéos érotiques.

Devant des images érotiques destinées indifféremment aux femmes homosexuelles et hétérosexuelles, les femmes des deux groupes présentaient des réponses génitales semblables. Pourquoi ? « Mon superviseur [de recherche] de l’époque était tout aussi perplexe que moi », raconte Meredith Chivers. Elle allait s’ingénier à résoudre l’énigme.

Les chercheuses ont observé que certaines femmes ne s’attardent pas sur les visages ou les parties intimes, mais sur les arbres, la piscine ou les marges de l’écran. Elles veulent savoir si cette inattention est liée à des troubles sexuels, comme des niveaux de désir et d’excitation franchement bas. Serait-il possible que des associations négatives à la sexualité, découlant d’un traumatisme ou d’un tabou, pervertissent l’attention ?

« Le corps tout entier réagit aux stimuli érotiques, pas seulement les organes génitaux », précise Jim Pfaus, professeur de psychologie à l’Université Concordia, qui s’intéresse au comportement sexuel et au système de récompense du cerveau. « C’est une distinction importante, parce que les gens pensent au sexe même dans le feu de l’action. Longtemps, on a cru que si les organes génitaux n’étaient pas sollicités, ce n’était pas du sexe. De plus en plus, on conçoit la sexualité comme un phénomène systémique impliquant le corps tout entier. »

En 2013, un sondage mené en Grande-Bretagne a révélé que les femmes étaient plus nombreuses que les hommes (deux fois plus, d’après un indicateur) à se plaindre d’un aspect ou d’un autre de leur sexualité, allant du manque d’intérêt aux douleurs durant la pénétration. Officiellement, le diagnostic le plus courant demeure le « trouble de l’intérêt pour l’activité sexuelle ou de l’excitation sexuelle chez la femme », une sorte d’expression fourre-tout qui englobe autant la baisse de désir que l’incapacité d’éprouver de l’excitation même lorsque la stimulation est adéquate. (Notons que ce trouble n’est diagnostiqué que s’il crée une détresse chez la patiente.) Selon un article paru dans le Journal of Sexual Medicine, jusqu’à 28 % des femmes ont du mal à devenir excitées. Pour bon nombre d’entre elles, les problèmes s’additionnent. La difficulté à atteindre l’orgasme est également fréquente.

Pour que les médecins puissent espérer traiter les dysfonctions sexuelles des femmes, encore faudrait-il qu’ils sachent à quoi correspond la sexualité « normale » d’une femme. Or, présentement, on ne le sait pas. Un fait incroyable, étant donné que le sexe fait l’objet d’études en Occident depuis au moins l’Antiquité.

C’est que, jusqu’à récemment, la plupart des recherches ont porté sur la sexualité des hommes, longtemps considérés comme les instigateurs en matière de séduction et de copulation.

Il y a 10 ans à peine, on dénombrait encore trois fois plus d’études sur les troubles sexuels des hommes que sur ceux des femmes. De nombreux ouvrages médicaux ne présentent toujours pas de description exhaustive de l’anatomie clitoridienne, alors qu’ils consacrent des pages entières à l’anatomie du pénis. La description de la structure interne du clitoris — qui se prolonge à l’intérieur du corps et qui contient autant de terminaisons nerveuses que son pendant masculin — est encore embryonnaire dans la littérature scientifique.

Quand 50 % de la population ne correspond pas au modèle accepté en matière de désir sexuel, quelle conclusion faut-il tirer ? À l’heure actuelle, le Canada est l’endroit par excellence pour répondre à cette question.

* * *

C’est pendant ses études en psychologie, à l’Université de Guelph, que Meredith Chivers a eu la première des deux intuitions qui allaient donner le ton à ses travaux.

Durant un cours sur la sexualité, en deuxième année de son baccalauréat, des images de pénis projetées sur un écran n’ont pas suscité de réaction dans la classe. Mais lorsqu’une vulve est apparue, un immense « beurk » s’est fait entendre. En regardant autour d’elle, Meredith Chivers a constaté qu’il venait en grande partie de ses camarades féminines. Deux constats se sont alors imposés à elle : la relation des femmes avec leur corps est compliquée, et elle-même était plus à l’aise d’aborder les questions de sexualité que la plupart des gens.

Meredith Chivers a eu sa seconde intuition en 1997, après avoir entendu parler des travaux menés aux Pays-Bas par Ellen Laan, qui étudiait alors la réponse sexuelle des lesbiennes. Les conclusions de celle-ci étaient étonnantes : devant des images érotiques destinées indifféremment aux femmes homosexuelles et hétérosexuelles, les femmes des deux groupes présentaient des réponses génitales semblables. Pourquoi ?

« Mon superviseur [de recherche] de l’époque était tout aussi perplexe que moi », raconte Meredith Chivers. Elle allait s’ingénier à résoudre l’énigme.

Dans les années 1980, des études avaient commencé à observer une faible concordance chez certaines femmes : ce qu’elles disaient trouver excitant ne correspondait pas toujours aux stimuli auxquels elles répondaient physiquement. Peu de chercheurs semblaient néanmoins capables d’expliquer ces résultats. Ces femmes étaient-elles allumées par n’importe quoi ? À moins que la notion d’orientation sexuelle chez les femmes soit différente de chez les hommes ? S’agissait-il d’autre chose ?

À la recherche de réponses, Meredith Chivers a mené de multiples études pendant son doctorat, mis sur pied son laboratoire de recherche à l’Université Queen’s, reproduit les résultats de Laan… et gagné en notoriété. Notamment en ajoutant à son parcours, en 2010, une méta-analyse de 132 articles consacrés à la réponse génitale.

Dans cette méta-analyse, qu’elle a corédigée avec son mari (le psychologue judiciaire Michael Seto), Ellen Laan et deux autres collègues, Meredith Chivers a fait ressortir une distinction majeure entre la sexualité des hommes et celle des femmes (qui sont par ailleurs plus semblables que différentes). L’évaluation que les hommes faisaient de leur excitation était synchro avec la réaction de leur pénis — les chercheurs parlent d’un « coefficient de corrélation » de 0,66. En clair : quand les hommes ont une érection, ils éprouvent probablement aussi du désir. Les femmes, elles, présentaient un coefficient de corrélation radicalement inférieur : 0,26.

D’autres recherches ont apporté de l’eau au moulin. Ainsi, une hausse du débit sanguin vaginal a été enregistrée chez des femmes en train de regarder des scènes osées entre deux femmes, deux hommes, entre un homme et une femme, et même, dans une proportion moindre, entre des singes bonobos. Par contre, ce qu’elles déclaraient trouver émoustillant — l’évaluation subjective de leur excitation — était plus sélectif : les couples hétérosexuels et les images de plaisir féminin. Bref, leur vulve et leurs pensées ne disaient pas la même chose ! Curieusement, dans une autre étude, les femmes lesbiennes ont présenté une concordance légèrement supérieure à celle des hétérosexuelles — quoique loin d’égaler celle des hommes.

Ces conclusions, pour le moins surprenantes, remettaient en question la fameuse idée selon laquelle les femmes « sont davantage à l’écoute de leur corps ». Les données indiquaient totalement l’inverse ! À en croire les propos du journaliste et auteur Daniel Bergner tenus dans le New York Times en 2009, et dans son livre Que veulent les femmes ?, paru ensuite, les travaux de Meredith Chivers laissaient penser que, au fond, les femmes bouillonnent secrètement d’une concupiscence aveugle, bisexuelle, ce qu’elles taisent pudiquement, sinon inconsciemment.

La réalité est bien sûr plus complexe. Si les organes génitaux d’une femme envoient des signaux d’excitation contradictoires, explique Meredith Chivers, cela ne veut pas dire qu’elle ment. « Je ne remets pas en doute la parole des gens », affirme la chercheuse. Pourquoi alors le sexe et la tête des femmes ne disent-ils pas la même chose ? Et comment se fait-il que les hommes, eux, soient si réceptifs aux demandes de leur pénis ? (Rosemary Basson, une autre chercheuse, raconte avoir demandé à des hommes d’évaluer la dureté de leur membre en érection, sans le regarder, sur une échelle de 0 à 10 : « Ils déclaraient : “Je suis à cinq et trois quarts.” »)

D’abord, les organes génitaux ne sont pas les seuls agents du plaisir, précise Meredith Chivers. Le cerveau est un puissant organe sexuel, en particulier chez la femme. (L’« orgasme mental », ou la jouissance sans contact génital, serait d’ailleurs plus fréquent chez les femmes que chez les hommes.) Et il ne faut pas oublier que l’hypothèse selon laquelle l’engorgement sanguin et la lubrification du vagin seraient des mécanismes de protection automatiques, produits par l’évolution en réponse à l’activité sexuelle (désirée ou non), fait largement consensus dans le milieu universitaire.

Par définition, le désir évoque la volonté de posséder une chose — un sexe ou l’autre, une personne, une situation. Pourtant, les signaux de notre corps et de notre esprit, et la description qu’on en fait aux autres, se brouillent souvent. Les psychologues ont maintes fois constaté que le « soi », en apparence monolithique, serait plutôt formé d’un ensemble de mécanismes qui peuvent parfois entrer en conflit. Les hémisphères gauche et droit du cerveau auraient eux aussi une activité propre, si bien que certains neuroscientifiques conçoivent le cerveau comme un assemblage de modules séparés qui interagissent entre eux. Nous ne sommes pas faits d’un seul bloc homogène — pas plus les femmes que les hommes.

* * *

Si une certaine dissonance est normale en nous, quand devient-elle problématique ? Comment se fait-il que des femmes (lesbiennes, par exemple) détectent plus finement les réactions de leur corps que d’autres ? Les études ont montré que celles qui se masturbent davantage présentent un taux de concordance entre la tête et le corps supérieur à celui des autres femmes. En d’autres termes, elles sont plus réceptives aux signaux de leurs organes génitaux. La masturbation joue aussi un rôle clé chez les membres du sexe opposé. Les hommes en général se masturbent plus fréquemment que les femmes, et sont également plus nombreux à le faire plusieurs fois par semaine. Ils ont aussi l’habitude, bien plus que les femmes, de toucher leur sexe en cours de journée, pour replacer leur pénis dans leur sous-vêtement, par exemple.

Meredith Chivers a par ailleurs démontré que plus un trouble sexuel chez une femme est sérieux (désir extrêmement faible, incapacité d’atteindre l’orgasme, etc.), plus faible sera le taux de concordance entre ce que disent son corps et sa tête. Si votre corps est réceptif mais que votre tête s’emmerde, ou si vous avez envie de faire l’amour mais que votre corps ne répond pas, vous aurez beau vous engager dans une relation sexuelle, vous n’aurez pas l’impression de participer vraiment.

La chercheuse ignore la cause exacte de ce clivage entre le corps et l’esprit des femmes. Mais sa collègue Lori Brotto, de l’Université de la Colombie-Britannique (une autre sommité en matière de recherche sur la sexualité), et elle envisagent certaines pistes. Le milieu dans lequel grandit une enfant pourrait teinter le rapport à la sexualité qu’elle aura plus tard (le sexe est dégoûtant, malsain, traumatisant) et être à l’origine du divorce psychique. Un discours négatif répété pourrait conduire les jeunes filles à se dissocier de leur corps afin d’éviter de passer par les étapes normales d’exploration et de découverte de soi, et de développement des circuits neurogénitaux. Ce cercle vicieux pourrait non seulement se solder par le refoulement de leurs pulsions sexuelles, mais aussi par leur incapacité à les comprendre.

Peut-être certaines femmes (ainsi que certains hommes) ont-elles besoin de plus que le sexe lui-même pour se sentir excitées. Peut-être accordent-elles une plus grande importance au contexte, aux signaux affectifs ou aux mots. Peut-être ont-elles simplement besoin de plus de « bon sexe ».

L’équipe cherche en outre à savoir pourquoi les hommes présentent une concordance si élevée. Leur anatomie y est sans doute pour quelque chose, puisque leurs parties intimes (et leurs réactions) sont apparentes. « D’abord, les organes génitaux des femmes sont cachés, explique Lori Brotto. Ensuite, quand les filles grandissent, elles reçoivent beaucoup de messages du genre “Ne touche pas”, “C’est sale” ou “Mets tes mains ailleurs”, ce qui pourrait faire qu’elles y prêtent moins attention. » Certes, il arrive aussi que les garçons se fassent sermonner à propos de la masturbation, mais avec une nuance de taille, précise Meredith Chivers. « On leur dit : “Ne te touche pas, mais on comprend que tu le fasses quand même.” [On véhicule l’idée] que les hommes ont davantage besoin de se masturber que les femmes. »

C’est sans parler des pressions des médias, qui dictent en quelque sorte la désirabilité féminine. Leurs messages invitent les femmes non pas à songer à ce qu’elles désirent véritablement, mais plutôt à s’attarder aux détails de leur apparence. Prises dans le jeu de la séduction, elles en viennent à perdre de vue ce qu’elles trouvent sexy.

Le facteur numéro un qui bloque le désir d’une femme pendant une relation sexuelle ? Si elle a été suffisamment stimulée et que les préliminaires n’ont pas été bâclés ? La distraction, répond la Dre Rosemary Basson, qui étudie et soigne les troubles du désir et de l’excitation à l’Université de la Colombie-Britannique. L’excitation peut être vue comme une sorte de transe, un état d’ivresse propre à celles qui parviennent à laisser le « monde réel » derrière (la vaisselle à faire, le téléphone qui vibre, le rendez-vous des enfants chez le dentiste). « Si vous faites l’amour et que vous ne pensez qu’à la peinture défraîchie du plafond, vous n’êtes pas vraiment là », ajoute Jim Pfaus, de l’Université Concordia.

Les scientifiques savent évidemment que les relations sexuelles ne sont pas géniales à tous coups. Il y a ce sexe qui nous allume, mais ne nous enflamme pas ; celui qui nous fait du bien, mais qui nous déplaît. Dans son récent ouvrage Future Sex, consacré aux périls du plaisir moderne, Emily Witt résume bien le clivage entre les urgences du corps et la répulsion de l’esprit devant la vulgarité d’une grande part de la porno d’aujourd’hui. « Mon aversion pour la pornographie n’était pas due au fait que les images ne m’excitaient pas, mais plutôt à celui que je ne voulais pas être excitée par des pratiques que je n’avais pas envie de tester. »

Peut-être certaines femmes (ainsi que certains hommes) ont-elles besoin de plus que le sexe lui-même pour se sentir excitées. Peut-être accordent-elles une plus grande importance au contexte, aux signaux affectifs ou aux mots. Peut-être ont-elles simplement besoin de plus de « bon sexe ». À l’Université Concordia, Jim Pfaus a démontré que le souvenir d’un rapport sexuel décevant supprimait la libido chez les rats femelles : le blocage des récepteurs opioïdes durant l’accouplement décourageait les rates de chercher à se reproduire par la suite.

* * *

Un partenaire à la fois habile et attentionné, ça ne s’obtient pas, hélas, par une ordonnance de son médecin. Par contre, celui-ci pourrait bientôt recommander une thérapie à première vue pas très affriolante : s’asseoir les yeux fermés.

Les vertus de la méditation de pleine conscience ont déjà été éprouvées dans divers milieux, des écoles aux entreprises, pour accroître la concentration et apaiser les esprits tourmentés du XXIe siècle. Mais elles ont jusqu’ici pénétré très peu la sphère du plaisir.

L’association peut étonner à première vue, surtout si on pense à la passion charnelle comme à un élan de désir irrésistible, presque animal. Selon les psychologues qui étudient la pleine conscience, la pratique favorise la formation de circuits neuronaux entre la tête et le reste du corps, entre pensées et sensations. Inspirée par son application dans le domaine de la santé mentale, Lori Brotto a eu l’idée de recourir à la pleine conscience pour traiter les troubles sexuels chez les femmes. Les études cliniques qu’elle mène actuellement portent à croire que cet exercice spirituel d’inspiration bouddhiste pourrait être l’antidote le plus efficace contre l’insatisfaction sexuelle.

En effet, la pleine conscience permettrait aux femmes d’accéder à toutes leurs sensations sans être assaillies par des pensées anxieuses du type : Je ne sens pas grand-chose. Est-ce que je prends trop de temps ? De quoi ai-je l’air dans cette position ? Est-ce que je devrais éteindre la lumière ?

Meredith Chivers, qui, plus jeune, avait justement appris à méditer, a tout de suite vu le potentiel de ce traitement. Dans une étude de 2016, Lori Brotto et elle concluaient que quatre séances de pleine conscience suffisent à renforcer un facteur central de la concordance nommé « intéroception », soit la capacité de percevoir des réalités internes, comme les battements du cœur, la digestion ou le plaisir. De récentes données concernant le « trouble de l’intérêt pour l’activité sexuelle ou de l’excitation sexuelle chez la femme » ont associé cette propriété de la méditation à une modification de l’insula, une région du cerveau qui joue un rôle dans la perception du corps. Plus encore, des essais cliniques menés par les chercheuses Lori Brotto et Rosemary Basson ont révélé que la thérapie est efficace pour soulager des maux bien plus graves : la vestibulodynie provoquée, cette douleur invalidante dont souffrent quelque 12 % des femmes lors de rapports sexuels — et dont on dit souvent qu’elle est incurable.

Une nouvelle révolution sexuelle, scientifique celle-là, est en marche, pour mieux définir comment le sexe touche chaque aspect de l’être humain. « [Meredith Chivers et Lori Brotto] dictent les normes de la recherche sur la sexualité pour les 20 prochaines années, croit Jim Pfaus. Quand le financement en recherche aura repris en Europe et aux États-Unis, et que les mentalités auront évolué, leurs modèles serviront de référence. »

Meredith Chivers, elle, espère que les études menées sur la sexualité féminine éveilleront les consciences : « Le but n’est pas de dire qu’on peut être heureux au lit ni quels sont les 500 trucs pour avoir de meilleurs orgasmes. C’est de prendre conscience que notre sexualité est importante. »

(Traduction de Geneviève Bélanger-Leroux)

Députés collaborateurs.

Dans les couloirs du pouvoir, les lobbyistes tentent d’influer sur les lois : infiltration, petits cadeaux et amendements clés en main, toutes les méthodes sont bonnes pour parvenir à leurs fins.

Là, les choses sont claires.

RADIO FRANCE / FRANCE INFO

Delphine Batho, la députée à l'origine de l'amendement interdisant le glyphosate dans le projet de loi Agriculture et alimentation, a déclaré le 22 mai dernier avoir découvert que son texte avait été "siphonné" par des lobbies.

Elle raconte avoir mis son amendement dans la base de l’Assemblée nationale depuis son domicile, puis l’avoir modifié plusieurs heures après, quelques jours avant qu’il ne soit rendu public. À ce stade, seuls les députés rédacteurs, le rapporteur du texte et les services de l’Assemblée y ont accès. Les autres députés eux-mêmes ne peuvent le consulter.

Lobbies : une complicité au cœur de l’Assemblée ?

Delphine Batho est alors contactée par un lanceur d’alerte : il lui transmet une preuve que la première version de son texte – non modifié – figure dans un document interne de l’UIPP, l’Union des industries pour la protection des plantes. Pour elle, c’est le signe indiscutable que son amendement a été "siphonné" par un lobby, transmis au groupe d’industriels – qui compte notamment dans ses membres BASF, Bayer ou Monsanto. "Comme si les lobbyistes", dit la députée, "avaient un système d’alerte interne ou une complicité au cœur de l’Assemblée".

 

La députée des Deux-Sèvres Delphine Batho à l\'Assemblée nationale, le 14 novembre 2017 à Paris.
La députée des Deux-Sèvres Delphine Batho à l'Assemblée nationale, le 14 novembre 2017 à Paris. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

 

Le 23 octobre 2017, Nicolas Hulot s’était ému de la "pression terrible"exercée par les lobbies. Le ministre de la Transition écologique avait lâché sur le plateau de C à vous sur France 5 ces phrases sans équivoque : "Il y a un moment, il faut qu’on arrête d’être naïfs. Ces firmes - et je vais parler avec prudence parce que croyez-moi, on se sent tous menacés par ces firmes-là - ont des moyens de pression que l’on subit les uns et les autres. Il faut quand même le savoir, et faire en sorte que le lobbying de ces entreprises ne court-circuite pas la démocratie. Ces firmes ne sont puissantes que parce qu’on est faibles."

Delphine Batho a beau s’indigner en plein hémicycle, personne ne s’en émeut vraiment. Le président de l’Assemblée, François de Rugy, lance une enquête interne, qui ne donne rien.

François de Rugy@FdeRugy

Représentants d’intérêts : pour sécuriser le processus de dépôt des amendements par les députés nous allons prendre de nouvelles mesures.

François de Rugy@FdeRugy

L’enquête interne menée suite au signalement de Delphine Batho n’a pas permis de déterminer la source de la fuite de l’amendement qu’elle avait déposé. Cet exemple est rarissime.

 · Neuilly-sur-Seine, France

Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité

Du côté des lobbies soupçonnés d’avoir récupéré cet amendement, on nie. "Nous récupérons les amendements, en effet", dit Delphine Guey. La responsable communication de l’UIPP explique qu’effectivement ils se procurent des amendements, mais seulement au moment où ils sont rendus publics sur le site de l’Assemblée. "Comme toutes les parties prenantes, bien souvent on s’appuie sur des cabinets extérieurs dont le métier est justement de faire de la veille réglementaire. Le cabinet nous a informés de la mise en ligne des amendements, et à partir de là nous avons fait notre travail d’analyse, comme toutes les parties prenantes et nous n’avons jamais, à aucune occasion, pu avoir accès au fameux amendement que Delphine Batho met en avant."

Les attachés parlementaires courtisés

Alors circulez, il n’y rien à voir ? La fuite a pourtant bel et bien eu lieu. 

Les députés et le personnel de l’Assemblée ont accès aux textes en cours d’élaboration, tous les ministères concernés par l’amendement aussi. En l’occurrence ils sont onze, dont des poids lourds : Agriculture, Santé et Écologie. Ça commence à faire du monde. François de Rugy omet de le dire, peut-être est-il difficile de se mettre en porte-à-faux avec ceux qui ont concouru à son accession au perchoir.

Alors qui ? Qui peut concrètement accéder aux textes, hormis les députés, les fonctionnaires de l’Assemblée et le personnel des ministères ? Il y a encore les attachés parlementaires. Ils sont rarement dans la lumière, et pourtant au cœur de la fabrique de la loi. C’est donc une catégorie extrêmement sollicitée, courtisée même, par les lobbyistes. Même après avoir quitté leurs postes, ils sont très recherchés par les divers cabinets de conseil. L’ex-députée écologiste Isabelle Attard a été frappée de voir à quel point son attachée parlementaire a été demandée après la fin du mandat.

Je ne sais même pas comment ils ont su qu’elle n’était plus attachée parlementaire, mais ça n’a pas traîné. Et j’étais d’autant plus étonnée qu’elle était en poste en région et non pas à Paris.

Isabelle Attard, ex-députée écologiste

 

Les approches sont parfois très directes. Un lobbyiste qui veut garder l’anonymat confie qu’il y a plusieurs années, il a été contacté par un de ses clients, un important fabricant de cigarettes. "Le PDG m’a demandé de lui trouver un assistant parlementaire, qu’il pourrait employer à mi-temps - à l’époque c’était juridiquement possible. Sa mission aurait été de transmettre à l’entreprise les comptes-rendus des commissions parlementaires. J’ai refusé. J’ai perdu le client."

Dans les ministères et à l‘Assemblée, il y a aussi les "petites mains". Les assistants, les secrétaires, qui manipulent papiers et dossiers. Il peut être tentant d’essayer de se procurer des documents grâce à eux. C’est en tout cas le soupçon qu’ont eu un jour les services de Marisol Touraine, alors ministre de la Santé. C’était au moment du vote du projet de loi sur le paquet de cigarettes neutre. Une secrétaire a été trouvée en train de fouiller dans des dossiers où elle n’avait strictement rien à faire… faute de preuve, elle a été par prudence déplacée dans un autre service, moins sensible.

 

Marisol Touraine, ex ministre de la Santé, à l\'Assemblée nationale, le 8 novembre 2016.
Marisol Touraine, ex ministre de la Santé, à l'Assemblée nationale, le 8 novembre 2016. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

 

 

Thierry Coste, "un véritable mercenaire"

Sans aller jusque-là, certains lobbyistes utilisent des méthodes parfois limites et le revendiquent, comme Thierry Coste, le patron de Stratégie et Lobbying, une entreprise qui annonce clairement la couleur.

L’homme, qui a désormais l’oreille du président de la République sur les sujets de la chasse et de la ruralité, ne cache pas qu’il travaille aussi dans le domaine des armes (pour la "NRA française" dit-il) et encore pour certains pays pas très démocratiques d’Afrique ou du Moyen Orient. Et il assume. "Mon métier, c’est de plaider pour l’intérêt de mes clients et faire en sorte qu’ils aient raison auprès des pouvoirs politiques, auprès des médias. Je ne dis pas qu’ils ont raison, mais ils me payent pour expliquer, pour bien défendre leur cause. Donc mon métier c’est d’abord de faire beaucoup d’investigation, de renseignement : j’infiltre les groupes de pression opposés, les syndicats, tout ce qui peut nuire aux intérêts de mes clients. Ensuite je dois convaincre les ministres, les conseillers des ministres, les parlementaires."

Thierry Coste, l’homme qui murmure à l’oreille du président de la République sur les sujets de la chasse et de la ruralité.
Thierry Coste, l’homme qui murmure à l’oreille du président de la République sur les sujets de la chasse et de la ruralité. (ISABELLE SOUQUET / RADIO FRANCE)

 

"Et puis utiliser les bons arguments au bon moment", affirme Thierry Coste."Une bonne discussion, une bonne polémique, un bon rapport de force, j’utilise tout. Le juridique, la communication, la négociation très cool et très sympa, peu importe. J’assume complètement le fait d’être un véritable mercenaire. J’ai un code d’honneur qui est de respecter les lois et les règlements, de ne jamais pratiquer la corruption, et de ne jamais pratiquer les polémiques sur les affaires de sexe et d’argent. Pour tout le reste, je suis sans foi ni loi."

Seul le résultat compte pour moi : je respecte la loi, point. Pour le reste je n'ai aucun état d’âme.

Thierry Coste, patron de Stratégie et Lobbying

 

 

Éléments de langage pour les parlementaires

Il y a mille manières d’agir pour les lobbies, qu’ils soient identifiés – quand ils le revendiquent comme Thierry Coste – ou qu’ils se présentent comme cabinets de conseil ou d’avocats, associations professionnelles, ou cabinets d’"affaires publiques" (nouveau nom politiquement correct des lobbyistes).

Pour faire pression, les groupes d’intérêts utilisent toute une panoplie de moyens. Il y a d’abord les classiques "éléments de langage" fabriqués par les lobbies pour peser sur la décision publique. Au moment du vote sur les néonicotinoïdes, Dow Chemical, la grande firme américaine de chimie, fait passer à un cabinet de lobbying un mail pour défendre le sulfoxaflor – un pesticide tueur d’abeilles - avec un argumentaire clé en mains. Argumentaire signé… UIPP. Et Dow Chemical demande clairement au cabinet de sensibiliser "ses" députés. Extrait : "La définition proposée par les amendements ne correspond aucunement au consensus scientifique actuel. Les amendements proviennent de différents groupes politiques et le risque qu’ils soient adoptés est donc très important. C’est pourquoi je vous serais très reconnaissant de mobiliser vos contacts et de sensibiliser vos députés pour faire en sorte que ces amendements ne soient pas adoptés. Vous trouverez en pièce jointe l’argumentaire détaillé concernant ces amendements, préparé par l’UIPP".

Mail de la firme Dow Chemical pour défendre le sulfoxaflor, un pesticide tueur d’abeilles.
Mail de la firme Dow Chemical pour défendre le sulfoxaflor, un pesticide tueur d’abeilles. (RADIOFRANCE)

 

 

Réponse de l’UIPP à travers sa porte-parole Delphine Guey : "Notre travail consiste à voir à travers les propositions et projets de loi quel seraient les impacts de telle ou telle rédaction. De là à rédiger des amendements… Ça peut arriver, c’est-à-dire que parfois on nous demande des propositions, quand on est auditionnés par exemple par le ministère de l’Agriculture, mais on ne rédige pas en tant que tel l’amendement, non."  

Et pourtant, il y a des coïncidences plus que troublantes. Dans le projet de loi sur l’alimentation par exemple, une soixantaine de députés (LREM, UDI, LR et Modem) ont déposé strictement le même amendement en faveur de l’épandage de pesticides par des drones sur des vignobles en pente. Le même amendement… à la virgule près.

 

Quatre amendements identiques mais déposés par différents députés.
Quatre amendements identiques mais déposés par différents députés. (Assemblée nationale)

 

Cadeaux et déjeuners prestigieux

Sur un plan moins technique et plus relationnel, il y a les veilles recettes pour convaincre les élus, qui fonctionnent toujours. Les petits cadeaux par exemple. Le député LREM Richard Ramos raconte avoir reçu une bonne bouteille de la part d’un des plus gros cabinets de lobbying parisiens. Un petit cadeau tout à fait "déontologique" puisqu’il rentre dans les recommandations de l’institution : ne pas accepter de cadeau d’une valeur de plus de 150 euros. Mais le député veut renvoyer la bouteille, et demande à l’accueil de l’Assemblée de le faire. La jeune femme, effarée, lui répond que le cabinet a fait livrer en tout des centaines de bouteilles !

 

Une bouteille de vin reçue à l\'Assemblée nationale par des centaines de députés, envoyée par un cabinet d\'affaire.
Une bouteille de vin reçue à l'Assemblée nationale par des centaines de députés, envoyée par un cabinet d'affaire. (RADIOFRANCE)

 

Il y a aussi les formules éprouvées : on invite à déjeuner ou à dîner dans des établissements luxueux, on convie à des évènements ou des concerts prestigieux. Là encore, les exemples sont nombreux. Les grands cigarettiers (British American Tobacco, Japan Tobacco) sont notamment friands des loges VIP au Stade de France où ils invitent politiques ou journalistes… Marisol Touraine alors ministre de la Santé - fervente mélomane - raconte ainsi un fabuleux concert à Royaumont avec affiche prestigieuse et buffet gastronomique, qu’elle a décliné, quand elle a vu que l’invitation émanait de Japan Tobacco.

Des colloques de lobbies au sein même de l'Assemblée nationale

Au-delà de la "stratégie du cocktail", une très bonne façon de se faire bien voir des élus, c’est… de les mettre eux-mêmes en valeur. Quoi de mieux qu’organiser un colloque clé en main sur une thématique forte ou d’actualité – de préférence au sein même de l’Assemblée - et d'en confier la présidence à l’élu, qui peut donc ensuite se poser en spécialiste de la question auprès de ses pairs. Colloques financés par les entreprises qui y participent.

Parmi eux on relève Esprit de défense, effort de défense, organisé par l’association des villes marraines des forces armées, où sont intervenus le Groupement des industries de construction et activités navales et Safran Helicopters Engines. Autre exemple, Quelles conditions techniques et économiques pour une transition énergétique réussie ?, qui rassemble des grands noms du nucléaire, comme EDF et Framatome. Pas un seul groupe d’intérêt représentant des énergies renouvelables ! Ce concept de colloque tout prêt a été inventé il y a plus de 20 ans par Hervé Maurey et sa société de lobbying… Hervé Maurey devenu depuis sénateur.

La force de l'entre-soi

La grande force du lobbying "à la française", c’est l’entre-soi. Il y a déjà un entre-soi de caste : on sort souvent du même milieu, des mêmes grandes écoles. Il y a ensuite l’entre-soi des portes tournantes entre le privé et le public, entre les cabinets de lobbying et les cabinets d’élus. Le Premier ministre en est un exemple : il était directeur des "affaires publiques" chez Areva entre 2007 et 2010. Et à cet égard, le CV des collaborateurs ministériels est aussi édifiant : sur 298 collaborateurs, 43 ont travaillé à un moment de leur carrière dans le lobbying. La palme revient au ministère du Travail, où sur neuf personnes, quatre ont travaillé dans le lobbying et deux dans les "relations sociales" pour le Medef.

Qu’en est-il de la question du contrôle, de la moralisation de la vie publique, de la transparence ? C’est l’enfant pauvre du système. La loi Sapin 2 a posé quelques bases – minimalistes, selon Eric Alt, le magistrat et vice-président de l’association anticorruption Anticor – avec la création l’an dernier d’un registre officiel où les lobbyistes doivent se déclarer. Aujourd’hui 1 500 groupes d’intérêt y sont recensés, mais les déclarations ne se font pas en temps réel et n’ont lieu que tous les six mois. Elles ne permettent pas de connaître les personnes avec lesquelles les représentants d’intérêt sont entrés en contact.

Pour Éric Alt, "ni la loi Sapin, ni la Haute autorité pour la transparence de la vie publique - ne sont allées assez loin. Tant qu’on accepte des espaces d’opacité la démocratie n’est pas tout à fait atteinte. C’est une question d’éthique, de culture, d’esprit critique. C’est peut être trop demander aux parlementaires. C’est comme s’il y avait une confusion entre un intérêt public et privé. Alors le pénal peut traiter les situations graves : prise illégale d’intérêt, trafic d’influence, mais on ne peut réguler une société uniquement par le pénal. C’est une culture à faire évoluer ou à retrouver, car c’est l’éthique de la haute fonction publique française qui peu à peu se délite avec ces pratiques. Il faut aussi que le citoyen exerce une vigilance sur le pouvoir".

Votes des députés

 

 

L’image contient peut-être : 48 personnes, personnes souriantes

L'anonymat des votes de l'Assemblée était jusque-là une sorte de droit tacite et le vote étant considéré, à juste titre, comme une décision personnelle, intime et secrète, rien ne sortait de l'hémyclique.

Mais se pose dès lors le problème de la représentation du peuple dans ce "secret". Les députés sont là pour porter la voix populaire, pas pour représenter des intérêts divers et variés et notamment les leurs.

Par conséquent, cela ne me pose aucun problème d'afficher ainsi leur identité. 

Il est temps de briser l'omerta de ce milieu gangréné par toutes les malversations générées par un système opaque et si facilement manipulable.

L'Assemblée ne nous représente pas.

Elle est au service de forces bien plus redoutables que nos convictions.

Il faudra bien, un jour, brûler cet ancien monde et tous les caciques qui s'octroient le droit de mensonge.  

 

 

L'Animal est une Personne est avec Claire Geny-moscardo.

31 mai, 14:53 · 

FRANCE 
"CES 48 DÉPUTÉS ONT REJETÉ LES AMENDEMENTS visant à interdire les cages pour les poules pondeuses et les lapins, l'obligation des caméras dans les abattoirs, légiférer sur le transport longues distances.

Ils ont préféré les intérêts de la FNSEA et des lobbies de l'agro-alimentaire plutôt que faire leur travail pour lequel ils ont été élus : représenter les citoyens."

BIEN-ÊTRE ANIMAL : LES 48 députés QUI ONT VOTÉ "CONTRE"
Les trois scrutins publics étudiés concernent les amendements 222 (vidéo obligatoire), 1622 (lapins en parcs) et 2020 (interdiction de tous les élevages de poules en cage)."

http://www.leparisien.fr/…/bien-etre-animal-qui-sont-les-de…
TOUS LES AMENDEMENTS POUR AMÉLIORER LE SORT DES VICTIMES REJETÉS

1/ La majorité des députés ont voté CONTRE l’interdiction des cages pour les #poulespondeuses. Les oiseaux resteront dans des cages.
2/ La majorité des députés ont voté CONTRE l’interdiction des cages pour les 
#lapins. Les lapins resteront dans des cages.
3/ La majorité des députés ont voté CONTRE l’interdiction de broyer les 
#poussinsmâles et les #canetons femelles. On continuera de broyer des individus vivants.
4/ La majorité des députés ont voté CONTRE l’interdiction de limiter la durée de transport d’
#animaux vivants.
5/ La majorité des députés ont voté CONTRE l’encadrement de la durée de 
#transportmaritime d’animaux vivants. 
6/ La majorité des députés ont voté CONTRE l’interdiction des 
#fermes-usines. Les animaux peuvent continuer à être entassés toujours plus nombreux dans les #élevages.
7/ La majorité des députés ont voté CONTRE l’interdiction de l’étourdissement des 
#volailles par #électronarcose. Les animaux peuvent continuer à hurler de douleur.
8/ La majorité des députés ont voté CONTRE l’interdiction de l’étourdissement des 
#cochons au dioxyde de carbone, ils peuvent donc continuer à suffoquer dans la #peur.
9/ La majorité des députés ont voté CONTRE l’interdiction de castrer à vif les 
#porcelets. Les cochons peuvent donc continuer à hurler de #douleur.
10/ La majorité des députés ont voté CONTRE la mise en place du 
#ContrôleVidéo. L'assemblée nationale préserve l’opacité des abattoirs.
11/ La majorité des députés ont voté CONTRE l’interdiction de l’abattage sans 
#étourdissement préalable. Les animaux pourront donc être #égorgés en pleine #conscience.
12/ La majorité des députés ont voté CONTRE l'utilisation du 
#sexage in ovo pour la filière ponte. On continue donc de faire naitre des individus pour les #broyer vivants.

L’assemblée nationale est insensible aux souffrances des animaux."
LES VOTES DES DÉPUTÉS EN FAVEUR D'UNE AMÉLIORATION DU SORT DES ANIMAUX ♥️ :

-CES DÉPUTÉS ONT VOTÉ POUR L'INTERDICTION DE L'ÉLEVAGE EN CAGES DES POULES : 
https://www.politique-animaux.fr/…/ces-deputes-ont-vote-con…
-CES DÉPUTÉS ONT VOTÉ CONTRE LES LAPINS EN CAGES : 
https://www.politique-animaux.fr/…/ces-deputes-ont-vote-pou…
-CES DÉPUTÉS ONT VOTÉ POUR LA LIMITATION DE LA DURÉE DE TRANSPORT : 
https://www.politique-animaux.fr/…/ces-deputes-ont-vote-pou…

(Pour qu'ils en soient notifiés, vous pouvez également interpeller ou féliciter les députés sur Twitter via https://www.politique-animaux.fr/ 

"Ceci est un rectificatif"

URGENT : Ceci est un rectificatif au message précédent.

Comme tous les soirs, je m'étais installé pour reprendre l'écriture et lorsque j'ai ouvert le roman en cours, une nouvelle page était remplie.

Un message de la part de l'histoire elle-même.

Elle est très en colère contre moi à la suite de mon appel au boycott de mon dernier roman.

En représailles, si jamais ce fiasco devait avoir lieu, elle m'a menacé de transformer la trilogie en quadrilogie...

C'est un cauchemar, je ne tiendrai pas, j'ai besoin absolument de votre aide pour retrouver ma liberté.

Par conséquent, je vous supplie d'acheter ce roman, de l'offrir, de le perdre et de le racheter, de l'offrir encore, jusqu'à rupture des stocks de papier dans toute l'Europe !!!

Merci :)

L’image contient peut-être : texte

"Ceci est une alerte"

Thierry Ledru

1 h · 

"Ceci est une alerte. Le livre que je tiens dans les mains est une malédiction. C'est à cause de cette histoire que je suis enfermé ici, avec des endives pour seule nourriture. Du jour où cette histoire est entrée en moi, je suis devenu son esclave. Elle m'oblige à la raconter, encore et encore, et à l'écrire pendant des milliers d'heures. Elle m'a prévenu déjà que ce tome 1 n'est que le premier ouvrage d'une trilogie, une trilogie qui jettera sur le monde sa malédiction. Alors, par pitié, si vous voyez ce livre en vente, fuyez, partez, hurlez pour ne pas entendre ses chants maléfiques... Ma seule chance de sortir d'ici, c'est que ce premier tome ne se vende pas, que ça soit un échec planétaire et que cette histoire décide alors de me quitter. Si, par contre, cette trilogie est menée à son terme, l'humanité ne s'en relèvera pas."

Aucun texte alternatif disponible.

Je n'invente rien ; voilà mes endives :)

L’image contient peut-être : plante

Démocratie et fourvoiements.

Vu de l'intérieur, voilà ce qu'est notre "démocratie".

Qu'on ne vienne pas me dire que le glyphosate est un problème qui n'intéresse pas la population et qui peut être réglé entre deux baillements.

François Ruffin témoigne :

François Ruffin 

5 h · 

Glyphosate: de Rugy sabote son Assemblée

"Un seul député insoumis présent, sur 17, sur l'interdiction du glyphosate. Je suis trop déçue !" On a reçu un paquet de courriels comme ça, et des remarques sur Facebook.
Alors que répondre ? La vérité. Je vais parler pour moi, à la première personne : je suis un bleu à l'Assemblée, et ils m'ont blousé. Ils ont réussi, sur le glyphosate, un tour de force. Dans cette guérilla parlementaire, ils ont oeuvré pour bafouer la démocratie.
Qui ça, "ils"? C'est le président de Rugy, en première ligne.

Qu'on résume : depuis une semaine, sur le projet de loi agriculture, nous siégeons de 9 h 30 le matin à 1 h du matin suivant. Samedi et dimanche compris. Avec, en parallèle, les missions et les commissions. Dans ce tunnel continuel d'amendements, plus de deux mille au total, difficile de deviner quand vont passer les trucs importants. On fait le guet. On perd des centaines et des centaines de votes, à lever la main en cadence. Et après sept jours de cette guerre d'usure, ce mardi, à 1 h moins deux minutes, le président de Rugy décide, arbitrairement, de prolonger les débats. Comme si le glyphosate était un point anecdotique, ou justement parce qu'il ne l'est pas. Parce que, sinon, ça repoussait la discussion au mardi 16 h 30. Et alors, l'hémicycle serait plein, les débats animés sur cette promesse du président Macron, la passion soulèverait les rangs.
Et ça, il ne faudrait surtout pas.
Surtout pas.
Que la chambre d'enregistrement demeure froide et morte.
Que de Rugy veille sur elle comme un croque-mort sur un cadavre.

Oui, il faut accuser : le président de Rugy, qui organise lui-même le sabotage du parlement! Comment? Par ces prolongations nocturnes, certes, ces méthodes de cosaques. Mais au-delà: lui qui devrait nous protéger, lui qui devrait préserver le législatif contre l'exécutif, lui s'en fait le complice quotidien pour nous gaver de lois. Car, pour ce projet Agriculture, qui s'annonçait un marathon, de Rugy aurait pu bloquer deux semaines. On serait retournés chez nous le vendredi, en circo, les idées remises au clair. Mais non, il fallait faire vite. Au pas de charge. Parce que, derrière, arrive Elan, sur le logement, et là encore, on bouclera et bâclera en une semaine, samedi et dimanche compris. Et qu'on se souvienne, juste avant, du projet de loi "Asile et immigration", voté en catimini un dimanche soir ! C'est un dimanche, encore, ce dimanche dans la nuit, que fut rejetée la fin des poules en cages, autre engagement du candidat Macron.
Et qu'importe, ici, qu'on soit pour ou contre tout ça.
Qu'importe.
On voit bien que ces sujets mobilisent des citoyens, des pans de l'opinion.
Que les controverses et les décisions du Parlement sont attendues.
Le président de l'Assemblée fait tout, alors, non pour permettre le débat, mais au contraire, pour le miner, pour l'enterrer, pour l'amoindrir. Plutôt que de résister à la toute-puissance de l'Elysée, il agit en porte-flingue.

Répétons-le: c'est du sabotage législatif.
Conscient.
Volontaire.
De la maltraitance des députés. On s'en fiche, admettons.
De la maltraitance des salariés, aussi. Cette nuit, alors que les débats venaient de s'achever (à 3 h du matin!, la présidente de séance a d'ailleurs décidé, en dernière minute, de supprimer les "positions de vote" des députés), un copiste de l'Assemblée me chuchotait: "On en a marre. Ca fait onze jours sans pause, pour moi. Avec des horaires impossibles. On est épuisés. On n'a jamais vu ça."
Et surtout, de la maltraitance des citoyens, quand les lois sont ainsi passées, en vitesse, presque en clando, dans le dos de leurs représentants.

Alors, que Les Républicains soient plus aguerris à cet art du siège: on peut le dire. Qu'on manque d'expérience face à ces stratagèmes, et qu'il nous faille progresser: on peut le dire. Que le gouvernement, allié au président de l'Assemblée, nous ait efficacement dupés: on peut le dire.

On ne peut pas dire, en revanche, que les camarades Insoumis et moi-même soyons paresseux (matez les stats de nosdeputes.fr), ou qu'on s'en fiche du glyphosate (au contraire, c'est presque transformé en symbole identitaire), ou même, même, même, que l'amendement serait passé (un coup de sonnerie, une suspension de séance, et les presseurs de bouton de la majorité rappliquaient, bien plus plus nombreux que nous).

N'empêche que.
N'empêche que.
A ce jeu injuste, on va s'efforcer de progresser.