Thierry LEDRU

  • Localisation : Presle

Billets de la-haut

JUSQU'AU BOUT : road movie

gtmc-ete-2012-083.jpg

gtmc-ete-2012-017-1.jpg

La Bretagne, les Cévennes, les Landes, l'Ardèche..

Le lac Charpal en Lozère. Un lieu magique, à mes yeux. Le silence, les forêts, les fleurs, les chants d'oiseaux, des collines couvertes de résineux, des chemins qui s'enfoncent sous les frondaisons, les sentes des animaux, des drailles, des zones humides foisonnantes de vies.

Nous y sommes allés avec nos enfants puis de nouveau en traversant le massif Central à vélo de Clermont-Ferrand à Montpellier. On transportait tout le nécessaire dans nos sacoches : tente, duvets, nourriture... 

Inoubliable.

Résultat de recherche d'images pour "lac charpal"

Il se réveilla étonnamment souriant. Le ciel était d’un bleu limpide. Le soleil éclatait à l’Est. Il sortit marcher au bord de la rivière. Une branche passa dans le courant, il suivit sa dérive, elle tournait au fil des arabesques de l’eau. Il songea que si sa vie pouvait ressembler à cet abandon indolent et demeurer incapable d’établir le moindre contrôle dans le courant puissant des jours qui s’écoulent, il lui fallait au moins profiter de chaque horizon gagné, rester vigilant et réceptif, goûter pleinement chaque expérience, chaque rencontre, chaque parfum, chaque sensation. La paix viendrait peut-être.

Il reprit la route, persuadé d’être dans la bonne direction. À l’orée d’une découverte importante.

Le soleil, à travers les vitres, réchauffa délicieusement son visage.

Figeac, Rodez, Mende. Il s’arrêta. Il devait reconstituer les réserves de nourriture.

Les allées d’un grand magasin. La foule. Les commères démarraient leur journée en même temps que l’ouverture des portes. Il savait déjà où ne pas rester, il se dépêcha en essayant de ne rien oublier. Bouteilles d’eau, pâtes, riz et boîtes de conserve, confitures, pain, fruits. Tenir là-haut plusieurs jours. Il se rationnerait si c’était nécessaire. Il acheta une carte IGN à la plus petite échelle. Rayonner sur tous les sentiers existants et en inventer d’autres. Une impatience bienheureuse. Il rangea soigneusement les achats et reprit la route. Deux villages, des vieilles bâtisses en pierre, des collines, des murets encadrant des champs à l’herbe grasse. Il croisa une voiture. Et un vol de corneilles.

Direction « lac de Charpal. »

Il s’engagea sur la route étroite. Aucune habitation. Cinq kilomètres de longues courbes encadrées par des peuples de pins. La lumière matinale s’étendait comme une marée câline, sans vague, ni courant, juste une nappe gigantesque, tendue comme un tissu d’aquarelles. Elle rasait le sommet des épineux. Des paysages scandinaves. La palette de couleurs l’hypnotisait. Infiniment joueur, le soleil, comme un rouleau de peinture insatiable, nuançait les teintes, cendrait les crêtes, enflammait les fûts, des parcelles s’embrasaient, d’autres coulaient dans l’ombre. Ces changements incessants donnaient au paysage l’impression étrange de mouvance. Comme des risées sur l’océan.

Enfin, la pente s’atténua et il déboucha sur un immense parking. Un barrage à l’extrémité du lac. Des chemins suivaient le bord de l’eau, d’autres disparaissaient sous les arbres.

Il coupa le moteur mais dans son crâne l’écho mécanique perdura comme un écho qui s’épuise. Les mains sur le volant, il balaya le paysage, lentement, avec délectation, hésitant presque à sortir. Mettre un terme à la complicité qui l’avait uni à la cabine, au volant, à l’odeur chaude du moteur, au ronflement des pièces. Il éveilla dans ses muscles des contractions libératrices, des volontés de mouvements. Il attrapa la poignée de la porte et il descendit.

Plongeon dans le silence. Comme s’il était entré dans un bain. La paix qui coule sur la peau de son visage, se mêle à ses cheveux, glisse sous ses habits. Respiration suspendue.

Il s’appuya contre le pare-chocs avant et reprit son souffle. Rien. Il n’y avait absolument aucun bruit.

Bruit.

Le mot lui-même ici semblait privé de sens.

La limpide tranquillité ruissela en lui comme une divine liqueur et nettoya son corps de la fatigue de la route.

Il marcha vers la surface chatoyante du lac. Le crissement de ses pas sur le goudron gravillonné remplit l’espace comme un affront. Il essaya de se faire léger. Il rejoignit l’herbe avec soulagement. Comme tout promeneur au bord de l’eau, il eut envie de lancer une pierre mais il pensa aussitôt que le lac se briserait comme un miroir. Ce silence incroyable n’était que la peur terrible du lieu, que le souffle retenu de chaque plante devant l’ennemi absolu. Il imagina autour de lui des regards inquiets. Il s’assit délicatement sur une grosse roche lisse et ronde, caressant doucement le poli de la pierre. Devant lui, la surface immobile de l’eau. Une image arrêtée, un plan fixe suspendu dans le temps. Une paix indéfinissable.

Un sanctuaire. Les hommes s’étaient égarés en donnant ce rôle suprême à leurs dieux et à leurs églises. Oubliant que tout était là devant leurs yeux salis. On apprenait aux enfants à respecter un crucifix et on les laissait cueillir des fleurs. Mais sur chaque fleur arrachée, le grand corps de la nature était cloué. Et personne ne le pleurait.

Le silence du monde comme une tristesse, la détresse de la trahison.

Il retourna au fourgon et le rangea le long des arbres. Face au lac. Les mains posées sur le volant.

Le chant solitaire d’un oiseau, dans le secret des branches. Aucune réponse, aucun échange, absence de partenaire. Et pourtant cette ritournelle pétillante, cet amour de la vie. Sans intention. Un bonheur qui déborde.

La chaleur dans son ventre, un sourire qui se dessine, un flot d’émotions qui se déverse, une joie partagée.

Il avait délaissé le bonheur. La vibration dans la poitrine, cet embrasement irraisonné. Il avait associé la vie à des missions assumées, le sens de son existence à des défis achevés, comme si les actes humains offraient à la vie une raison d’être. L’oiseau n’avait pas ces tourments, il chantait simplement."

Image 3

 

 

 

Divertir ou bousculer ?

Image 3

 

""Il y a un point commun direct entre tous les gens qui lisent un de tes livres, c'est de le finir au milieu de la nuit ou au petit matin. J'ai fini "Jusqu'au bout" à 4h du mat parce qu'il n'était pas concevable de ne pas aller au bout tellement tout l'esprit est focalisé sur le livre. Mais je ne vois absolument pas comment un de tes livres pourrait fonctionner dans le marché, et c'est preuve de qualité. Il y a tellement peu de gens avec qui il est possible d'atteindre une discussion, un tantinet philosophique, et encore moins qui sont capables d'aborder ce que tu écris. Les rares personnes avec qui j'ai parlé de romans, ils lisaient Stephen King, bien sympathique mais à des années lumières de ton style. Je ne sais pas s'il t'arrive encore de regretter que ça ne marche pas pour le grand public mais ça n'en vaut pas la peine. Les livres qui fonctionnent, les gens les oublient en 2 mois, les tiens marquent une vie."" Léo.

 

Ce commentaire-là est gravé à tout jamais dans ma tête. 

Oui, bien entendu, on pourrait penser que Léo n'est pas objectif envers son père. C'est mal le connaître. Léo a une intégrité morale absolue et l'idée même d'une faille n'est pas envisageable. S'il avait eu une critique à faire à ce roman, il l'aurait faite. Par respect pour moi tout autant que pour lui.

Et ce matin, je tombe sur un article qui présente les dix meilleurs auteurs français de 2018 et depuis le début de l'année.

Je connais deux, trois auteurs et d'autres absolument pas. Je me laisse donc porter par la curiosité et je vais lire la page amazon d'une auteure citée. 

 

 

"Niais"

"Simplet et totalement infantile."

"J'attendais avec beaucoup d'impatience ce livre. Et j'ai été déçue, selon moi ce n'est clairement pas son meilleur. J'ai eu du mal à entrer dans l'histoire, j'ai trouvé les personnages trop dans la caricature, pas assez nuancés. Et je me suis surprise plusieurs fois à me dire "mais ça c'est pas possible". L'idée de départ est dans l'air du temps, la retraite, que faire quand on ne sent plus utile pour la société active, la protection de l'environnement. Mais tout est effleuré. Seuls les remerciements à la fin m'ont apporté un certain éclairage sur le livre, dommage qu'ils soient à la fin du coup....
Il se laisse lire mais ce n'est clairement pas son meilleur"

"Une écriture digne de l'école primaire, et encore..."

"Magnifique pour ne plus penser à rien étant donné qu'il n'y a rien dedans."

"Un très bon roman divertissant."

"Une plume légère pour une histoire qui fait réfléchir."

"Très très déçue. Bcp de poncifs, on tourne en rond et je n'ai même pas envie de le finir ! Pas de style, des dialogues soporifiques et des enfants qui parlent comme des adultes, mais où l'auteur a-t-elle vu ça ? Je le déconseille aux lecteurs (trices) aimant la littérature... Sans intérêt et je regrette moi aussi cet achat !"

"Bien, si on n'a rien d'autre à faire."

"J'ai lu tous les romans d'A... et j'attends le prochain avec impatience."

"Ce livre est inintéressant au possible, superficiel à un point ! Les personnages sont grossièrement ébauchés, les situations vite expédiées. C'est dommage car les thèmes évoqués auraient mérité mieux que ce semblant de roman ."

"Un livre qui se lit facilement avec des émotions et des valeurs de vie. SUPER"

"Nul, J'ai lu les 4 premiers livres d A..., ils étaient sympa, celui la achetée 18€90 est une véritable daube, insipide sans fil conducteur, sans histoire construite, un machin a faire du pognon, les autres avaient une histoire, on sattachait au personnages, mais celle de ce retraité qui se met au bio n'apporte rien, très, très déçu, attendez qu'il sorte en livre de poche, il vous coûtera moins cher."

"Enfin, une comédie très plaisante à lire."

etc etc...

 

Bon, la question qui s'impose est simple. 

Comment est-il possible que cette auteure soit dans le top ten des meilleures ventes de romans ?  

Effet de groupe, effet médiatique, inertie entretenue par les médias suite à un premier succès, personnage charismatique du gotha littéraire ? 

Je n'en sais rien...

Ce qui est clair en regardant de près l'ensemble de "l'oeuvre", c'est qu'il y a une niche littéraire bien précise : la famille, la vie quotidienne, ses bonheurs et ses tracas. J'imagine donc que les gens s'y retrouvent quelque peu. L'idée est d'utiliser le roman comme le miroir de l'existence de chacun. 

Mais en dehors de ce reflet, quelle est l'intention fondamentale ?  Divertir ? 

Personnellement, je n'aime pas le divertissement littéraire. L'expression est même à mes yeux une aberration mais il est clair en tout cas qu'il s'agit de l'objectif prioritaire des lecteurs. 

Je n'écris pas pour divertir.

Je veux que ça cogne, que ça bouscule, que ça choque, que ça brasse, que ça bouleverse, je veux décaper le vernis quotidien pour mettre à jour les fibres les plus profondes, je veux que ça fasse mal et que ça illumine, que ça tranche dans la vie quotidienne pour en extraire les éléments qui élèvent, je veux qu'à la fin du livre, il ne soit pas possible de l'oublier en passant aussitôt à un autre. 

On me dira que c'est prétentieux.

Oui, peut-être.

Il faut croire que j'ai une idée trop élevée de l'écriture. 

Je prends donc le commentaire de Léo comme l'aboutissement de mon travail. Et je m'en réjouis.

"Jusqu'au bout" ne divertit pas. Il a pour objectif de poser la question de l'engagement personnel. Jusqu'où doit-on lutter ?

"Kundalini" ne divertit pas. Il a pour objectif de sonder la profondeur de l'étreinte amoureuse, corps et âme.

"Les héros sont tous morts" ne divertit pas. Il a pour objectif de sonder les valeurs morales.

"Là-Haut" ne divertit pas. Il a pour objectif de sonder la force de vie.

Il faut croire que ces objectifs ne correspondent pas à l'idée de la littérature dans le grand public.

Tant pis. Je n'ai jamais, de toute ma vie, accepter l'idée de compromission. 

 

 

 

 

"L'éveil par le corps" (INREES)

 

482f58c4db910608b3392193ae3d4a99 pearlsquare

L'éveil par le corps

 

https://www.inrees.com/articles/eveil-corps/

Véhicule ou outil de l’esprit, moyen de se lier aux autres, justification de l’incarnation terrestre, le corps est aussi une possibilité de se libérer. Souvent méconnues et mal interprétées en Occident, des sagesses millénaires issues de l'Asie, comme le yoga et le tantra, ont transmis des enseignements et techniques permettant d’atteindre l’éveil spirituel au travers du corps.

Vous bénéficiez de cet article car vous êtes abonné à « INREES Family »

Depuis quelques décennies, l’Occident s’intéresse à toutes sortes de sagesses et techniques le plus souvent issues de l’Asie, pour pallier un désir de spiritualité, une recherche de mieux-être dans une société exigeante, ou combler un éloignement de la nature. Afin de renouer avec ce qui pourrait être essentiel, des dizaines de courants ont émergé, parfois se sont délités et profondément éloignés de leur substantifique moelle de départ, le but pour lequel ils étaient pratiqués, à savoir l’éveil spirituel, la libération de la conscience. Les termes tantra et yoga, désignant chacun plusieurs éléments souvent différents et confondus, n’en sont pas moins des traditions, voies, techniques, textes et actions en eux-mêmes, dont l’enseignement et la pratique peuvent transcender l’homme. De même que souvent le chemin spirituel est confondu avec une quête de bonheur, alors qu’il est parsemé d’épreuves et demande bien des sacrifices, le yoga, le tantra, et la méditation peuvent être assimilés, à tort, à ce qu’ils fuient : la satisfaction éphémère.


De l’origine des termes Le yoga, aujourd’hui, est le plus souvent pratiqué comme un sport de détente. Le tantrisme est associé, dans l’imaginaire occidental, à des pratiques sexuelles, souvent extravagantes et dénuées de spiritualité. L’habitude occidentale de réinterpréter les apports d’autres cultures afin de subvenir à ses besoins – séduction, efficacité – pouvant nuire à l’instruction originelle des pratiques, mène aux malentendus. Ce qui est intéressant, dans ces chemins spirituels, c’est qu’ils utilisent le désir et le corps comme moyens de se libérer, parce qu’ils sont justement les causes de la souffrance. Le tantra, qui signifie « continuité » ou « trame » de la nature véritable de toute chose, est aussi la voie qui permet de réaliser cette nature ultime (« comprendre le sens caché de l’existence phénoménale », in Dictionnaire du bouddhisme, Philippe Cornu, Éd. Seuil). Le tantra est donc aussi un rassemblement de textes, dont le contenu expose en détail les « moyens habiles », techniques corporelles et parfois sexuelles, permettant d’atteindre cette connaissance, cet éveil de l’esprit. Peu transmis en occident, hormis par Osho, maître indien parfois controversé, le tantra est moins connu dans son essence originelle.


 

Le tantrisme, le corps divin



Le tantrisme est un phénomène religieux et philosophique qui trouve son origine en Inde et qui a ensuite influencé l’hindouisme et le bouddhisme. Ces deux derniers en ont intégré un certain nombre de principes, ce qui aujourd’hui lui confère un aspect multiple. Le tantrisme, lorsqu’il est pratiqué, est vécu dans une indissociable totalité corps-esprit, essentiellement ritualiste, dont l’implication du corps est primordiale. « C’est par son aspect rituel que l’on a parfois tenté de définir le phénomène tantrique. Les rites sont des actions accomplies corporellement par des gestes et des attitudes, avec parfois des actions effectuées sur ou avec le corps, lequel est sexué », rappelle André Padoux, spécialiste du tantrisme. Dans cette logique spirituelle, il importe de comprendre que l’on ne peut se libérer que parce que nous sommes incarnés. C’est le fait d’avoir un corps qui va permettre la libération, l’éveil, en l’utilisant pour transcender la matière et y faire entrer le divin. Mais il faut concevoir également le rapport qu’ont les Indiens, ainsi que leur compréhension de la divinité. Des conceptions pour le moins éloignées de la vision occidentale. « La façon tantrique de concevoir le corps n’est qu’une variante traditionnellement indienne de voir le corps, envisagé comme un microcosme et le macrocosme comme un corps immense. Dans le monde hindou, corps et cosmos ne se séparent pas», explique André Padoux. Le corps comme petite partie du cosmos, qu’il s’agit de réveiller, d’utiliser par des techniques spéciales, en concevant un isomorphisme humain/ dieux. Encore faut-il, pour cela, avoir cette foi, reconnaître les voiles et avoir la soif de les déchirer. L’Univers, chez le pratiquant du tantrisme, est pénétré par l’énergie divine divisée en féminin et masculin (la shakti), que l’humain peut également utiliser. Au panthéon des dieux tantriques, on retrouve des individus masculins et leurs parèdres féminins, d’où la notion de complémentarité sexuelle et énergétique (exemple Shiva et Bhakti). Cela nécessite de concevoir la dimension énergétique sacralisée donnant aux activités mentales et sensuelles humaines leur puissance inhérente, capable de mener l’humain à se dépasser, à atteindre une dimension surnaturelle.


 

Le tantra et la sexualité



De nature révolutionnaire par rapport à la tradition védique en Inde, le tantrisme a une réputation sulfureuse et transgressive qui s’explique par la nature secrète et parfois impure de ses préceptes (notamment selon la tradition brahmanique). Il existe, dans le tantrisme traditionnel indien, des pratiques rituelles complexes – telles que l’absorption des sécrétions sexuelles offertes à la divinité, permettant à l’individu de se diviniser – mais aussi à mener par l’orgasme, un dépassement des limites du soi empirique, pour fusionner avec le divin. Selon cette doctrine, la parole divine serait descendue pour être transmise à l’humain, le conduit à son salut de manière adaptée, «particulièrement dans cet âge cosmique où il vit, dominé par le désir», note André Padoux. Plusieurs traditions, notamment bouddhiques, rappellent que l’humain est un être de désir et qu’il « purifie » par le désir. La place du corps dans le tantrisme est donc à la fois l’origine des désagréments, l’outil de progression et la solution unique de libération, afin d’obtenir les jouissances spirituelles, mais aussi mondaines.

Pour Jacques Lucas, psychothérapeute et pratiquant du tantrisme, l’intérêt de travailler avec la sexualité est multiple: « Il se joue en condensé, ce que nous sommes et tout ce que nous mettons en acte dans notre vie de tous les jours : l’intimité, la relation au désir, à l’autre, à la transcendance. » 

Le yoga était à l’origine en Inde « L’art de mourir à soi-même. »

Ainsi, tous les besoins et les peurs sont mis en lumière, l’individu peut voir ses fonctionnements les plus intimes se révéler, mais aussi observer sa relation à l’autre, au pouvoir, à la confiance... C’est le terrain pour une évolution en profondeur, qui va lever les blocages les plus intimes. C’est dans la relation que tout va se jouer et grâce au partenaire que l’accès à la connaissance et au divin peut se faire. Par la circulation énergétique, l’activation des chakras et la libération de la vitalité sexuelle (kundalini), l’émergence d’émotions, d’attitudes, de gestuelles divinisées est possible. Ainsi transcendé, tout en court-circuitant le mental, l’individu sublimé se réalise et met en lumière son véritable Soi, son appartenance à un « tout » divin.

Ce qu’Osho a transmis comme étant le tantra est la recherche du vrai, en partant de la sexualité, sans morale et sans masque, pour atteindre le véritable orgasme: l’orgasme cosmique. En transcendant le sexe, on obtient les secrets révélés dans l’expérience: «Vous touchez un élément de félicité grâce à trois des éléments de base du sexe : l’éternité car le temps s’arrête, l’ego disparaît, une nouvelle réalité se dessine et enfin vous êtes naturels, le faux est abandonné et vous êtes sans masque, vous faites partie de la nature !», explique Osho dans ses enseignements Tantra, spiritualité et sexe.


 

Yoga tantrique, yoga spirituel



Le yoga était à l’origine en Inde, «l’art de mourir à soi-même». Aujourd’hui, c’est une technique de mieux vivre... Il y aurait comme un malentendu théorique et pratique. La définition exacte du Yoga-sutra, texte central du yoga, est : « le yoga est l’arrêt (la mise au repos) de l’activité automatique du mental », afin de libérer l’humain du cycle des renaissances infinies (le samsara), qui est le résultat du karma (actions) emmagasiné par les individus. Le yoga est une véritable discipline qui demande un investissement personnel très intense, fait de méditation, d’ascèse, d’exercices, associés à une forte compréhension du chemin spirituel. En plus d'atteindre une grande humilité, il convient de se libérer des souffrances inhérentes à ce monde. C'était même le but suprême de l'Inde ancienne, au-delà de la recherche des biens matériels et des plaisirs éphémères. En Inde, les pratiquants se livrent souvent encore aujourd’hui, à des pratiques de purification extrême, avant même leurs pratiques yogiques.

Pour Philippe Filliot, enseignant et formateur de yoga, même si la fonction ontologique et sotériologique de la spiritualité du yoga ne semble plus d’actualité pour les pratiquants occidentaux, il n’en reste pas moins spirituel, dans une variation plus contemporaine. Aujourd’hui, le yoga prendrait une forme nouvelle adaptée à l’Occident, donnant une place très importante aux âsanas (postures) qui n’étaient que mineures dans le Yoga-sutra, mais resterait, selon ses termes, « une spiritualité incarnée », car « l’expérience authentique de l’âsana est […] un moyen paradoxal de s’ouvrir à une forme de transcendance et d’immanence. Une technique subtile pour expérimenter une certaine forme de sacré qui se vit à l’intérieur du corps ».(1) Enfin, le tantra-yoga est une compréhension de ce qui se passe dans la vie de l’humain, afin d’en faire la source même de son éveil spirituel. « C’est un yoga de l’action dans le monde des sens, il n’y a plus de scission entre la vie mystique et la vie phénoménale. Toute perception, toute pensée, toute émotion permet de glisser spontanément dans la conscience, le divin en soi […] une immersion intégrale dans ce que la vie a de plus frémissant», explique Daniel Odier, spécialiste du tantra-yoga, dans Le tantra de la connaissance suprême.

Pratiques de silence, retraites dans le noir, exercices physiques extrêmes, recherche de compréhension des enseignements, pratiques sexuelles intenses et complexes, tous ces tantra et ces yoga sont des voies mystiques de réalisation de l’éveil, qui demandent une abnégation et un investissement personnels immenses, à l’image du but qu’ils suivent, celui de la réalisation totale et divine de l’individu, qui sans le corps ne pourrait y parvenir. Prendre conscience de la valeur spirituelle du corps et s’en servir comme outil divin est le premier pas de la compréhension du sens de la vie terrestre. 


 

Harmonie du corps


Le corps au sens « indien »

« Le corps se présente comme une perception parmi d’autres, qui apparaît et disparaît dans le silence. En soi, le corps n’existe pas. Il n’est que prolongation, expression de la conscience. Du point de vue phénoménal, le corps apparaît comme sonorités, vibrations, ensemble de sons tantôt harmonieux, tantôt inharmonieux. L’écoute du corps s’apparente à l'art d'en découvrir l'harmonie fondamentale. » 
Le yoga tantrique du Cachemire, Éric Baret.



(1) Le chemin du yoga une spiritualité pas à pas, Ultreïa n°16.

Vous aimez cet article ?

Partagez-le...

Contemplation céleste

Je regarde toujours le ciel au moment du coucher du soleil. J'aime infiniment les couleurs, les nuages, les reliefs, les lumières, les rayons...

Je m'assois sur la terrasse et je contemple. 

"Le coucher du soleil..."

Alors que c'est la Terre qui tourne autour de lui et qui tourne sur elle-même et que demain matin, le soleil sera dans mon dos.

Concevoir et tenter d'imaginer ce mouvement dans l'espace...C'est méditatif à un moment parce que justement ça n'est pas concevable. C'est au-delà de notre pensée. Ça en devient un "koan", ces fameux textes de philosophie zen qui n'ont pas de solution et que le méditant se répète pour limiter les pensées à la résolution de l'énigme. 

Koan : Question ou énigme absurde et aporétique posée par un maître zen à un disciple, destinée à le faire progresser sur la voie de l’éveil en l’obligeant à délaisser le raisonnement et toute considération intellectuelle.

  • Dans la culture japonaise zen, le koan est une phrase paradoxale, destinée à nous faire réaliser les limites de notre logique. Elle semble absurde, pourtant elle va nous contraindre à une gymnastique nouvelle. Son but est de nous éveiller à une autre perception de la réalité. — (Bernard Werber, L'Encyclopédie du savoir relatif et absolu : Livres I à XI et suppléments, Éditions Albin Michel, 2009)
  •  
  • “Que devient le blanc de la neige quand elle fond au printemps ?” est un exemple de koan.

 

N'ayant aucune réponse, il arrive un moment où le mental abandonne et c'est là qu'il faut saisir le silence en soi.
Je préfère pour ma part regarder le soleil qui se couche.

 

 

L’image contient peut-être : ciel, nuage, crépuscule, arbre, plein air et nature

Nutella

Le changement ne viendra jamais des états eux-mêmes mais des consommateurs et pour l'instant, il y a encore un sacré nombre de crétins d'abrutis de merde en pot. ( c'est à dire leur cerveau). Quant à ceux ou celles qui viendraient argumenter que la plus grosse consommation d'huile de palme, c'est celle ajoutée aux carburants, je répondrais simplement qu'il y a une différence énorme entre s'empiffrer d'un pot de merde et devoir remplir son réservoir de voiture. Pour le premier, il suffit de dire non, pour le second, on n'y peut rien. 
Si d'ailleurs, il y sur ma page des consommateurs de Nutella, qu'il s'en aillent. Je préférerais n'avoir aucun lecteur de ce blog ou de mes romans que de savoir qu'ils en consomment. 

 

"L'inquiétude des friands de pâte à la noisette est d'autant plus légitime que l'usine produit un quart de la production mondiale, au rythme de 600 000 pots par jour, soit quelque 89 millions par an. Et ses adeptes sont nombreux en France, pays le plus consommateur de Nutella avec un million de pots engloutis par jour."

 

Grève dans la plus grande usine du monde de Nutella : doit-on s'attendre à une pénurie de pâte à tartiner ?

ThinkstockPhotos

 

À LA LOUPE - Nouveau jour de grève au sein de l'usine Ferrero de Villers-Ecalles en Normandie. Or, ce site assure à lui-seul un quart de la production mondiale de pot de Nutella, ainsi que plus d'1 million de Kinder Bueno par jour. Les consommateurs doivent-ils craindre une pénurie ?

 - Cédric Stanghellini

La situation est toujours bloquée sur le site de production Ferrero France de Villers-Ecalles en Normandie. Depuis le 29 mai, des salariés ont entamé une grève et bloquent les accès à l'usine. Conséquence, la production de Nutella et de Kinder Bueno serait au point-mort, d'après les syndicats . Or, en temps normal, 600.000 pots de pâte à tartiner et plus d'un million de barres chocolatées sortent des lignes de production. De quoi craindre un risque de pénurie ?

Le groupe Ferrero se veut rassurant

Contacté par LCI, le groupe Ferrero tient à rassurer les amateurs de pâte à tartiner et de Kinder Bueno. Malgré l'importance du blocage, l'entreprise est formelle : "non, il n'y a pas de problème d’approvisionnement." En effet, "une ligne fonctionne toujours", ce qui serait suffisant donc pour atténuer toutes craintes de pénurie d'après Ferrero. 

L'usine de Villers-Ecalles, emploie 400 salariés, et environ 130 travailleurs saisonniers. La direction nous précise que même si "pour le moment il n’y a pas d’évolution de la situation, les salariés non-grévistes de l’usine qui sont majoritaires et souhaitent continuer à assurer leur travail dans de bonnes conditions." Depuis le 3 juin à 6 heures du matin, les salariés grévistes qui poursuivent les blocages sont sous le coup de pénalités d'astreinte. Ceci fait suite à une décision de justice à l'initiative du directeur de l'usine. 

Pourquoi cette grève ?

Cette grève a débuté dans la foulée des Négociations annuelles obligatoires (NAO) durant lesquelles le syndicat Force Ouvrière demande un hausse de 4,5% pour les ouvriers, une prime pouvoir d’achat de 900 euros et une majoration des salariés de nuit à 25% contre 20% aujourd’hui. De son côté, la direction propose une hausse de 40 euros brut par salarié. 

Un site stratégique pour le groupe

Le site normand de Villers-Ecalles est une implantation stratégique pour le groupe italien qui a établi sa première base en France ici même à la fin des années 1950, comme expliqué sur le site de Ferrero. Le géant agroalimentaire produit ici 600.000 pots de Nutella, soit 25% de la production mondiale de la star des pâte à tartiner, composée à 56,3% de sucre et à 30,9% de matière grasse, dont la fameuse huile de palme. C'est également d'ici que, tous les jours, sortent 2.4 millions de barres chocolatées à la noisette.  

Depuis 2017, ce site de production fait l'objet d'un investissement de 38 millions d'euros. Un nouveau bâtiment est en cours de construction à côté de l'usine historique de Seine-Maritime. Le groupe Ferrero veut augmenter le stockage des produits finis et moderniser les outils logistiques pour les exportations dans cette usine qui est tout bonnement présentée comme "la première usine mondiale de production de Nutella".

Vous souhaitez réagir à cet article, nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse alaloupe@tf1.fr.

Discrimination végétale

Les plantes victimes de discrimination négative

 

https://www.zoom-nature.fr/les-plantes-victimes-de-discrimination-negative/?fbclid=IwAR0l0U003J7m51Ku0DjQoFukyVzNstaup6sznWydslZIQv35bBDHVdCRdxQ

Tout le monde le sait et le vit au quotidien : nous sommes bien plus « attirés » par le monde animal que par le monde végétal ; cela tient sans doute en grande partie à nos propres racines animales et, de ce fait, à l’étrangeté des plantes pour nous. Pour autant, les plantes représentent l’écrasante majorité de la biomasse vivante terrestre (98% !) et la base des réseaux trophiques ; en termes de biodiversité, il y a quand même au moins de 400 000 espèces de « plantes » sur notre planète. Donc, sur le plan éducatif, il nous appartient de faire appréhender le plus possible aux enfants cette part essentielle de la biodiversité et d’atténuer ce biais structurel envers les animaux. Il faudrait donc s’assurer que cette discrimination inconsciente n’entre pas en action dans les curricula ou dans les supports éducatifs. Une étude américaine (1) basée sur l’analyse du contenu iconographique de manuels scolaires pour jeunes enfants démontre justement que ce biais est non seulement présent mais amplifié dans les supports pédagogiques !

Une histoire de désamour

Combien d’êtres vivants sur cette photo ? …. 2 : Une corneille noire et un pin maritime

On dispose déjà de nombreuses études à propos de cette représentation collective des animaux et des plantes. On sait ainsi que les noms d’animaux forment une bonne part du premier vocabulaire acquis par les jeunes enfants et qu’ils ont une connaissance très limitée des plantes ; la majorité d’entre eux ne sont même pas sûrs que ce soient des êtres vivants, état de fait qui perdure assez longtemps comme j’ai pu moi-même l’éprouver en tant qu’ancien enseignant en collège. Une étude sur de jeunes australiens de 12 ans a recensé les vingt sujets de sciences biologiques les plus prisés par ce public : un seul thème sur les « plantes à fleurs sauvages communes » y figure (et uniquement chez les filles) alors que plusieurs thèmes sur les animaux y sont bien présents et pour les deux sexes. Plus tard, chez des étudiants, ce désintérêt général persiste et une écrasante majorité d’entre eux se montre incapable d’identifier et même simplement de nommer quelques plantes autrement que par des catégories très larges et générales (arbres, fleurs, …). Ils disent qu’ils préfèrent étudier les animaux car, eux, ils bougent ! Nombre d’entre vous doivent se reconnaître tout ou partie dans ce portrait général et cette tendance ne s’améliore pas avec la raréfaction des contacts directs avec le monde vivant chez les citadins.

Combien y a t’il d’escargots : au moins 6 ou au moins 8 ? Tout le monde a juste. Combien y a t’il d’espèces d’êtres vivants ? 3 : l’escargot des jardins, la bryone et le gaillet gratteron. Moins de bonnes réponses, a priori !

Catégoriser

Les noms des êtres vivants sont des étiquettes posées sur des objets vivants à partir desquels on peut progressivement, au cours du développement psychologique, construire des catégories de plus en plus affinées avec des propriétés communes ce qui nous permet de donner du sens à ce qui nous entoure. Ces noms constituent des portes d’entrée qui nous conduisent vers ces catégories permettant d’appréhender le monde dans son immense diversité ; apparemment, la construction se fait surtout dans ce sens montant et pas des catégories vers les noms individuels. Ainsi, un enfant qui a déjà engrangé des noms différents d’oiseaux parce qu’on les lui a donnés (un merle, un pigeon, une poule) peut appréhender ce que représente la catégorie oiseaux et s’il en rencontre un nouveau lui-même il saura le rattacher à cette catégorie (il a des plumes ; il vole ; …). Ah, zut, j’ai pris un exemple animal !

Pour les végétaux, nous tendons à faire des regroupements basiques selon des « formes de vie » : les arbres, les plantes grimpantes, les buissons, les herbes, … Pour autant, dans le langage populaire, on préfère utiliser les noms communs au moins au niveau du genre (les chênes, les pins, …) ; ces noms parlent plus car ils permettent de différencier.

Manuels scolaires

Ces chercheurs en sciences de l’éducation (1) ont donc analysé deux séries (deux éditeurs différents) de manuels scolaires destinés à des enfants de 6 à 12 ans en explorant les chapitres consacrés aux sciences biologiques. On sait que les manuels scolaires constituent un outil pédagogique fondamental sur lequel une majorité d’enseignants s’appuie : leur contenu est donc capital mais peut véhiculer des valeurs ou idéologies sociétales fortes via ses auteurs qui sont le plus souvent eux-mêmes des enseignants. On l’a montré par exemple pour la représentation des genres masculin/féminin ! Cela vaut-il aussi pour la « paire » végétal/animal ?

Chenille mangeant un végétal … ou … chenille de Machaon (papillon) mangeant un végétal …. ou .. Chenille de Machaon (Papillon de jour) mangeant le feuillage d’un fenouil cultivé ?

Pour y répondre, les chercheurs ont retenu un seul élément : les photographies illustrant ces manuels. On constate qu’elles occupent une place croissante dans ceux-ci et les éditeurs accordent une grande importance à leur choix et leur qualité en termes de marketing ! Pour autant, les photos ne servent pas qu’à être « belles » : on a montré qu’elles participent fortement à la consolidation des apprentissages. Les enfants utilisent leurs connaissances antérieures et leurs capacités cognitives et intègrent facilement les informations qu’elles portent et celles figurant dans les légendes. Souvent, les enfants ne « lisent » que les images et leurs légendes et délaissent le reste du texte qui demande plus d’efforts et d’attention. De plus, point très important, pour eux (et pour les adultes aussi !), la photo prend valeur de preuve absolue : elle reflète forcément le réel  (ce qui laisse perplexe nombre de photographes !) et sera d’autant plus facilement intégrée et acceptée.

On sait depuis longtemps que d’une manière générale, dans les manuels scolaires, on trouve plus d’images d’animaux que de végétaux mais, ici, les chercheurs sont allés plus loin en cherchant en plus à comparer le traitement des informations afférant à ces photos au niveau des légendes.

Le poids des légendes

Pour comparer les informations véhiculées, on a défini des catégories de photos selon le type de légendes qui les accompagne. Quatre grands types de photos ont été distinguées d’après leur sujet principal : un ou des animaux ; un ou des végétaux ; un paysage ; des sujets duels (avec animal et végétal réunis). Pour celles qui fournissent des « noms », on peut définir trois niveaux de spécificité : un niveau très général où le nom est très large (plante ; animal !) ; un niveau intermédiaire où le nom donné concerne celui d’un phylum, d’une classe ou d’un ordre (mammifère ; gymnosperme par exemple) ; un niveau spécifique où le nom se situe au niveau du genre (un chêne ; une mésange) ou de l’espèce (un chêne vert ; une mésange bleue). Pour celles qui ne comportent pas de noms dans leurs légendes, on peut distinguer : les photos de paysages (avec par exemple en légende seulement un nom de saison ou de milieu) et, un cas particulier très intéressant, les photos qui ne montrent qu’une partie d’un organisme (un gros plan sur une partie seulement). Armés de cette typologie, les chercheurs ont donc analysé 1288 photos ce qui représente un échantillon significatif pour dégager des tendances.

Avantage : animal

Comme on s’y attendait, on trouve une prédominance de photos d’animaux (60%) par rapport aux plantes (26%) et 7% de paysages et le reste en photos duelles. Selon les niveaux de classe échelonnés donc de 6 à 12 ans, cette suprématie animale varie de 1,7 à 3,5 fois plus que les végétaux ; dans aucun des manuels, les végétaux ne passent devant les animaux alors que, pourtant, pour certains niveaux, les programmes prévoient des focus importants sur les plantes !

Mais c’est dans l’analyse comparative des légendes que l’on découvre des disparités inattendues qui vont bien au-delà de ce constat primaire. Au niveau de la spécificité des légendes (le degré de précision du nom donné), on constate que 77% des photos avec des légendes spécifiques (nom de genre ou d’espèce) concernent des animaux et donc 23% pour les plantes !! Autrement dit, une plante a peu de chances d’être nommée par son nom spécifique : un chêne aura beaucoup de chances d’être nommé arbre. Mais, çà ne s’arrête pas là : 22% des photos de plantes qui ne montrent qu’une partie du végétal sont légendées uniquement avec le nom de cette partie sans citer celui de l’espèce alors que ceci n’a lieu que pour …. 1% des animaux !

Et ce n’est pas fini : dans les photos duelles (un animal et un végétal), pour 75% d’entre elles, l’animal présent est légendé à un niveau plus spécifique que le végétal à côté ; l’inverse n’est vrai que pour 6% des photos et encore s’agissait-il de plantes .. carnivores (donc un « peu animales » !).

Enfin, pour les photos de paysages dans lesquels figurent des végétaux, dans 84% des cas, on ne trouve que des informations sur le milieu, les conditions de vie ou la saison.

Diversité et répétition

Si on se centre sur les seules photos à légendes spécifiques (avec des noms assez précis), là encore apparaît une forte disparité : la diversité animale se trouve bien plus représentée que la diversité végétale (qui, pour un scientifique, est aussi étendue !). On a ainsi 59 espèces « d’invertébrés » (dont 29 insectes) et 189 vertébrés dont 20 « poissons », 9 amphibiens, 45 oiseaux et 90 mammifères ; bref, un large panel même si (mais ceci est une autre histoire !) il y a un fort biais en faveur des mammifères (au fait, nous faisons partie des … mammifères ; quelle coïncidence !). Pour les plantes, le spectre se rétrécit considérablement : une seule photo légendée au niveau spécifique de plante non vasculaire, deux photos légendées « mousse » (ce qui reste vague : les hépatiques sont aussi différentes des mousses et sphaignes que les oiseaux des squamates !) et 76 plantes à fleurs et 10 gymnospermes. Si on met ces chiffres en parallèle des nombres d’espèces de ces groupes respectifs, la distorsion devient … insupportable !

Si on compare les espèces illustrées selon les niveaux et leur degré de répétition, on voit que 85 animaux reviennent au moins deux fois pour une série de manuels contre seulement 22 espèces de plantes.

Enfin, dernier biais surprenant, si on s’attache aux légendes fournissant une information intermédiaire mais permettant de situer l’être vivant dans la classification, on découvre que celles-ci apparaissent dans tous les manuels d’une série pour les animaux alors que pour les végétaux, on ne commence à fournir ces informations qu’à partir de 8-9 ans !

Le merle noir se nourrit en hiver de fruits charnus … ou … les fruits de ce pommier d’ornement peuvent être consommés par le merle noir ?

Et alors ?

La biodiversité en montagne : un chamois .. ou Tapis fleuris et chamois près d’un névé en haute montagne ?

On comprend donc que la discrimination envers les végétaux va beaucoup plus loin que l’on n’imaginait et que ce biais insidieux est plus qu’ancré dans la tête des adultes qui ont rédigé ces manuels (donc d’une écrasante majorité d’entre nous potentiellement). Ce faisant, les manuels scolaires contribuent à entretenir ce désintérêt envers le monde végétal et l’incapacité à identifier un minimum de plantes de son environnement proche. On ne cherche pas (toujours inconsciemment il s’entend !) à faire connaître leurs noms puisque quand on ne montre qu’une partie on ne juge pas opportun de citer l’espèce. Le végétal se réduit soit à des formes de vie (arbre, buisson, herbe, ..) soit à des parties (feuille, fleur, fruit, ..) ; à l’inverse, la spécificité plus grande accordée aux animaux (en plus de leur surreprésentation) leur attribue de fait une importance plus grande et une valeur intrinsèque supérieure. Même dans les paysages qu’ils dominent pourtant, les végétaux ne « servent que de décor ».

Ces dérives ont deux conséquences majeures. L’une touche à la construction des catégories dont on a dit qu’elles permettaient de donner du sens à ce qui nous entoure : ainsi traitées les plantes ont très peu de chances d’accéder à un rang de catégorie « fine » autre que celle, assez peu informative, des formes de vie ou des parties. L’autre concerne la perception de la biodiversité et la mobilisation des citoyens pour sa conservation ; comment s’intéresser à ces êtres dont on n’a qu’une image de « tas informe » d’où ne se dégage presque aucun nom ?

Remèdes

On peut préconiser au niveau des manuels scolaires des recommandations peu contraignantes :

– prendre conscience du poids des photos comme outil pédagogique véhiculant aussi des valeurs sociétales inconscientes

– veiller à mieux équilibrer la part des animaux et des végétaux (mais il faudrait aussi qu’elle soit aussi équilibrée dans les programmes … ce qui est loin d’être le cas !) en terme d’illustrations

– ne pas oublier les végétaux comme êtres vivants notamment dans les paysages

– donner les noms systématiquement, que l’on voit l’organisme en partie ou pas, qu’il soit seul ou pas, …

– élargir la palette des groupes de végétaux illustrés (fougères, prêles, hépatiques, mousses, conifères, …).

Les auteurs de cette étude passionnante concluent par une belle métaphore que je reprends ici : « certainement qu’un chêne est plus que la somme de ses feuilles ! »

J’ajouterais qu’au delà des manuels, il est de la responsabilité de chacun d’entre nous d’attirer l’attention des enfants (et des autres adultes) sur les végétaux et leur diversité et complexité étonnantes et de nous débarrasser de ce fardeau qui, quelque part, s’ancre aussi dans les représentations dominantes de la « création de l’homme » et donc de la préséance du monde animal. Sans le végétal, nous ne serions … rien !

Remarque : pour ne froisser personne, je n’ai pas été chercher des exemples flagrants dans des manuels (d’autant que j’en ai moi-même commis !) mais j’ai légendé mes illustrations sur le mode caricatural  !

Deux espèces de papillons de jour butinant des fleurs de Cirse des champs

BIBLIOGRAPHIE

  1. What’s in a Name: Differential labelling of plant and animal photographs in two nationally syndicated elementary science textbook series. Melanie A. Link-Pérez, Vanessa H. Dollo, Kirk M. Weber and Elisabeth E. Schussler. International Journal of Science Education Vol. 32, No. 9, 1 June 2010, pp. 1227–1242

L'amour philosophique

Sur Facebook, je lis régulièrement les articles de cette page. Vraiment passionnant.

 

Philoso'Filles Ateliers Philo pour tout le monde

 

1 h · 

L’amour selon Platon et Spinoza

« Qu’est-ce que l’amour ?

La tradition philosophique propose essentiellement deux réponses à cette question. Je passe rapidement sur la première, car elle me paraît la moins éclairante, mais il faut la mentionner parce qu’elle est partiellement vraie et historiquement importante.
C’est la réponse de Platon, dans Le Banquet. L’amour est désir, explique Socrate, et le désir est manque : « Ce qu’on n’a pas, ce qu’on n’est pas, ce dont on manque, voilà les objets du désir et de l’amour. » 
J’ajouterais volontiers : et voilà pourquoi il n’y a pas d’amour heureux. Si l’amour est manque, et dans la mesure où il est manque, nous n’avons guère le choix qu’entre deux positions amoureuses, ou deux positions quant à l’amour. Soit nous aimons celui ou celle que nous n’avons pas, et nous souffrons de ce manque : c’est ce qu’on appelle un chagrin d’amour. Soit nous avons celui ou celle qui ne nous manque plus, puisque nous l’avons, que nous n’aimons donc plus, puisque l’amour est manque, et c’est ce qu’on appelle un couple. Si bien que la seule réfutation vraie du platonisme, ce sont les couples heureux. C’est pour ça que Platon est un si grand philosophe, la plupart des couples lui donnent raison. Mais il suffit, en bonne logique, d’un seul contre-exemple pour lui donner tort dans sa prétention à l’universel. Or les couples heureux, malgré tout, cela existe aussi…

Il faut donc une autre définition, pour rendre compte des couples heureux, ou, pour dire la chose de façon plus réaliste, pour rendre du compte du fait que des couples, parfois, sont heureux. 
Cette deuxième définition, c’est celle que donne Aristote. Dans une phrase pure comme l’aube, Aristote écrit : « Aimer, c’est se réjouir », idée que reprendra Spinoza, quelque vingt siècles plus tard, en disant – et c’est la définition de l’amour que je préfère : « L’amour est une joie qu’accompagne l’idée d’une cause extérieure ». Autrement dit, aimer c’est se réjouir de.

Si quelqu’un vous dit : « Je suis joyeux à l’idée que tu existes », vous prendrez cela pour une déclaration d’amour, et vous aurez évidemment raison. Vous aurez aussi beaucoup de chance, parce que c’est une déclaration spinoziste d’amour, ça n’arrive pas tous les jours, beaucoup de gens sont morts sans avoir entendu ça ; et puis, surtout, c’est une déclaration d’amour qui ne vous demande rien. Et ça, c’est tout à fait exceptionnel. Profitez-en bien ! Parce que si quelqu’un vous dit : « Je t’aime », mais s’avère être platonicien, son « je t’aime » signifie en vérité « Tu me manques, je te veux ». Donc il demande tout, puisqu’il vous demande vous-même. Alors que si quelqu’un vous dit : « Je t’aime » en un sens spinoziste, cela veut dire : « Tu es la cause de ma joie, je me réjouis à l’idée que tu existes ». Il ne demande rien puisque votre existence suffit à le convaincre et à le satisfaire.

Pour Spinoza, l’amour n’est pas manque. Pour lui comme pour Platon l’amour est désir ; mais si pour Platon le désir est manque, pour Spinoza le désir est puissance (par exemple au sens où l’on parle de la puissance sexuelle, mais pas seulement) : puissance de jouir et jouissance en puissance. L’amour est désir, oui, dirait Spinoza, mais non pas manque : l’amour est puissance et joie.

Qu’est-ce qui indique que Spinoza a raison contre Platon ? D’abord qu’il existe malgré tout, parfois, des couples heureux, qui s’aiment d’autant plus, pourrait-on dire, qu’ils se manquent moins.

Ensuite qu’il n’est pas besoin de manquer de nourriture, ni même d’avoir faim, pour aimer manger : il suffit de manger de bon appétit, comme on dit, et d’aimer ce qu’on mange. La faim est un manque et une faiblesse ; l’appétit, une puissance et une joie.

Aussi qu’il n’est pas besoin d’être frustré pour aimer faire l’amour, et même qu’on le fait d’autant mieux qu’on n’est pas frustré ou « en manque ».

Enfin qu’il n’est pas besoin de manquer de ses amis pour les aimer : la passion donne raison à Platon, presque toujours ; l’amitié, à Aristote et Spinoza, presque toujours. Or toute passion qui dure se transforme en amitié ou devient mortifère. La passion est du côté de la mort, montre Denis de Rougemont. L’amitié, du côté de la vie. Tant pis pour Platon. Tant mieux pour nous. On peut aimer ce qui manque, et souffrir. On peut aussi aimer ce qui ne nous manque pas, c’est-à-dire jouir ou se réjouir de ce qui est.

Je dis « Jouir ou se réjouir », parce que le mot amour – que je prends depuis le début, parce que c’est notre sujet, dans son sens intersubjectif : l’amour d’un individu pour un autre, et spécialement d’un homme pour une femme, d’une femme pour un homme – vaut également pour des objets. On peut aimer un bon vin. On peut aimer un mets, on peut aimer une musique, etc. 
Aimer, ce n’est pas seulement se réjouir, comme disait Aristote ; aimer c’est jouir ou se réjouir, pouvoir jouir ou pouvoir se réjouir. Puissance de jouir et de se réjouir : jouissance et réjouissance en puissance. Celui qui ne sait pas aimer ce qu’il mange, ce n’est pas celui qui manque de nourriture, c’est celui qui manque d’appétit. Il a perdu la puissance de jouir de ce qu’il mange, il n’aime pas manger. Si bien que cet amour qui est puissance de jouir et jouissance en puissance, c’est ce que l’on pourrait appeler, pour être plus clair, l’appétit ou le désir. Et si l’on veut garder un terme propre pour désigner l’amour en tant qu’il se distingue du désir, on va alors dire que l’amour est puissance de se réjouir et joie en puissance. Se réjouir de l’existence de l’autre, ce n’est pas la même chose que jouir de son corps. Dans les deux cas, il y a puissance. Il y a des gens qui n’ont pas la puissance de jouir du corps de l’autre, c’est ce qu’on appelle l’impuissance ou la frigidité ; et il y a des gens qui sont incapables de se réjouir de l’existence de l’autre, ce que Freud appelait la perte de la capacité d’aimer. Les deux troubles peuvent aller de pair (par exemple dans la dépression), mais peuvent aussi exister séparément. Certains peuvent jouir qui ne peuvent pas se réjouir ; d’autres peuvent se réjouir qui ne peuvent pas jouir. Cela confirme que le désir et l’amour sont deux choses différentes, quoique liées, ou deux aspects différents d’une même chose, qui est la pulsion de vie. 
Fort heureusement, que ces deux puissances soient différentes, cela n’empêche pas qu’elles puissent exister ensemble et souvent de façon simultanée… 
Si l’amour rendait toujours impuissant ou frigide, quelle tristesse ! Mais cela n’est pas : on peut jouir et se réjouir à la fois, et au fond ce sont les plus beaux moments que nous connaissons… Heureux les amants pour qui la chair n’est pas triste ! »

André Comte-Sponville, "Qu’est-ce que l’amour ?"

 

Cette vidéo avec André Comte-Sponville est très intéressante également :

La servitude animale.

Voilà, c'est exactement ça. Si les humains ne prennent en considération que les bienfaits que la nature leur apporte, ça n'est pas de l'amour mais de la servitude, un "utilitarisme" tout aussi pervers que l'indifférence. Que deviennent ces espèces "intéressantes" si un jour, pour x raisons, elles ne le sont plus ? 
Il s'agit de reconnaître un droit à exister et c'est tout, sans prédominance, sans hiérarchisation. Et on en est très loin...

Faut sauver les hérissons pour protéger les jardins potagers, faut sauver les abeilles pour la pollinisation, faut sauver les éléphants pour le tourisme, faut sauver les vers de terre pour les cultures, etc etc etc

"« C’est pour sa valeur intrinsèque qu’il faut préserver la nature, pas au nom d'une vision utilitariste ou anthropocentrée qui ne repose sur rien d’un point de vue conceptuel »" 

 

« La survie du monde vivant doit passer avant le développement économique »

 

Vincent Lucchese

Un loup solitaire au crépuscule en Espagne.

Les chercheurs en biologie de conservation alertent depuis 40 ans sur l’effondrement de la biodiversité, nous sommes entrés dans la 6e extinction massive de l’histoire de la Terre, et pourtant, les choses ne font qu’empirer. Est-ce à cause d’un manque de connaissances ? D’un manque de solutions ? Deux chercheurs du CNRS se sont penchés sur la question en analysant plus de 13 000 articles, soit l’ensemble des publications de la discipline parues dans les 9 plus grandes revues de biologie de conservation entre 2000 et 2015. L’analyse du travail de ces plus de 100 000 chercheurs à travers le monde entier est sans appel : la lacune ne vient pas d’une méconnaissance du phénomène mais d’un manque d’ambition politique. Des solutions existent, sont connues et ont déjà prouvé leur efficacité, mais pour les mettre en place, il faut reconnaître qu’entre préservation de la vie et développement économique, il n'y a parfois pas de conciliation possible. C’est ce que nous explique Laurent Godet, chercheur au CNRS et l’un des deux auteurs de l’étude publiée le 10 septembre dans Trends in Ecology and Evolution.


Usbek & Rica : Que vous a appris la compilation des travaux de recherches de ces quinze dernières années ?

Laurent Godet : Le premier résultat fort, c’est qu’on ne s’attendait pas à ce que le constat de la crise de biodiversité soit si net. La crise est documentée de façon incontestable : elle est planétaire, très rapide et touche tous les groupes taxonomiques : mammifères, invertébrés marins, insectes…

On confirme de manière très robuste les 4 causes de cet effondrement. La fragmentation de l’habitat est vraiment la première cause. Puis viennent les espèces invasives, la surexploitation des ressources et les extinctions en chaîne. [Plus d’explication sur ces « 4 cavaliers de l’apocalypse » dans notre interview de Philippe Bouchet, du Muséum national d’histoire naturelle, ndlr].

« On prédit que la situation ne fasse qu’empirer »

À ces causes historiques s’ajoutent deux choses : le changement climatique et les changements d’occupation et d’usage des sols à très grande échelle. On ne parle plus seulement aujourd’hui que des forêts tropicales ou des léopards, toute la biodiversité est affectée. Des espèces communes, autrefois abondantes, ne disparaissent pas forcément mais s’effondrent en nombre d’individus. Et on prédit que la situation ne fasse qu’empirer.

Laurent Godet
Laurent Godet, chercheur en 
biologie de conservation au CNRS.


Vous dites pourtant aussi que des solutions existent…

Oui, on relève deux types de bonnes nouvelles : des retours spontanés de la nature et l’efficacité des mesures de protection.

Il y a d’abord un retour spontané de certaines espèces, de grands prédateurs en Europe par exemple. En France, le loup est revenu depuis le début des années 1990 via l’Italie, par le parc du Mercantour. Ce « réensauvagement » de milieux opère là où il y a disparition de l’activité agro-pastorale, où l’étau humain se desserre. En France, il y a notamment un retour de friches dans le Massif central ou en moyenne montage alpine ou pyrénéenne. On a un retour progressif de couverts forestiers, ce qui est le milieu naturel à l’échelle de l’holocène [la période interglaciaire actuelle comprenant les 10 000 dernières années, ndlr]. C’est encourageant pour la biodiversité.

L’autre bonne nouvelle, c’est que des mesures de protection fonctionnent très bien. Toujours en France, la loi sur la protection de la nature de 1976 et ses décrets d’application ultérieurs ont permis des retours spectaculaires. Les rapaces et les hérons étaient devenus très rares dans les années 1970 et sont plutôt communs aujourd’hui. La protection des espaces est aussi efficace : la mise en place de réserves ou de parcs naturels marins permet des retours et la redynamisation de populations.

Tortue verte Chelonia mydas
Tortue verte Chelonia mydas, Tortue verte Chelonia mydas, exemple de grand succès de mesure de conservation : après sa protection et l'arrêt de son commerce ayant décimé la population, le nombre de pontes sur l'île de l'Ascension (plus grand site de ponte de l'espèce de l'Atlantique Sud) a été multiplié par six de 1977 à 2013. (Photo prise à Moorea)
© Thomas VIGNAUD/Te mana O Te Moana/Centre de recherche insulaire et observatoire de l'environnement (Perpignan)/CNRS Photothèque

Les chercheurs sont-ils coupables de ne pas assez valoriser ou plaider pour ces solutions ?

Dans la communauté scientifique, on est en général très prudent quand on produit des résultats et encore plus quand il s’agit de faire des recommandations. On a tendance à proposer des choses très consensuelles, à faire des compromis en oubliant que nos propositions seront ensuite à nouveau discutées, débattues et amoindries.

Donc la biodiversité s’effondre parce qu’une certaine culture du compromis empêche de mettre en place les solutions ?

Il faut sortir de cette idée que tout est toujours conciliable, que l’économique et l’environnemental sont toujours compatibles. Il faut arrêter avec cette utopie infantilisante du développement durable. Oui : protéger la biodiversité implique parfois de stopper des projets de développement économique.

La conciliation privilégie toujours l’économie aux intérêts environnementaux. La protection des espèces et des espaces souffre de ces compromis : les zones protégées ne le sont pas vraiment lorsque le tourisme et les activités agro-pastorales y sont présentes. Les sols vraiment protégés dans des réserves biologiques intégrales ne concernent que 0,02 % du territoire métropolitain français.

« Il faut simplement admettre qu’on ne peut pas faire du “en même temps” partout »

Le même esprit de conciliation nuit aux espèces protégées. Des espèces menacées sont juridiquement protégées mais on autorise pourtant leur chasse sur le territoire national, c’est complètement paradoxal. Le loup, par exemple, bénéficie d’un statut de protection fort au niveau national et par la convention de Berne. Mais sur une population de 430 individus, on autorise d’en tuer 40, soit 10 % de la population. Ça ne s’appelle pas de la régulation mais une politique d’extermination. Il y a plein d’exemples : sur la soixantaine d’espèces d’oiseaux autorisés à la chasse, 20 sont sur la liste des espèces menacées de l’UICN.

En outre, le compromis ne satisfait personne. Prenons l’exemple du râle des genêts. Cette espèce d’oiseaux niche dans les prairies humides. Il faudrait que les agriculteurs ne fauchent les prairies qu’à la mi-juin pour ne pas écraser les femelles et leurs oeufs avec. Mais la négociation a imposé un compromis de fauchage début juin. Résultat, les râles sont écrasés et l’agriculteur n’est pas non plus satisfait parce qu’il perd en rendement. Il faut simplement admettre qu’on ne peut pas faire du « en même temps » partout.

Vous semblez rejoindre la sentence de Nicolas Hulot, qui affirmait en démissionnant de son poste de ministre de la Transition écologique et solidaire que notre modèle économique était incompatible avec la lutte contre les périls écologiques.

Complètement. La biodiversité est au bord du gouffre. L’enjeu est la survie de la communauté du vivant, à laquelle nous appartenons. Ça doit passer avant le développement économique. Un autre message fort de Nicolas Hulot était le refus de se contenter des « petits pas ». Ces petits progrès sont toujours bons à prendre, mais cette politique des petits pas n’est pas suffisante étant donnée l’urgence de la situation.

« C’est pour sa valeur intrinsèque qu’il faut préserver la nature, pas au nom d'une vision utilitariste ou anthropocentrée qui ne repose sur rien d’un point de vue conceptuel »

Un tel changement de cap impliquerait un changement radical des mentalités. Notre vision du monde ne constitue-t-elle pas un blocage profond au sauvetage de la biodiversité ?

La biodiversité n’est pas qu’un catalogue d’espèce, c’est un ensemble d’écosystèmes remplissant un certain nombre de fonctions. On a tendance à regarder ces écosystèmes en fonction de ce qu’ils nous rapportent : une espèce fournit tant de dollars par an de services écosystèmiques, une forêt est un espace récréatif, une rivière rend tel ou tel service. C’est une vision prédatrice qui nous donne l’illusion qu’on peut quantifier la nature par rapport à ce qu’elle nous apporte.

Mais c’est pour sa valeur intrinsèque qu’il faut préserver la nature, pas au nom d'une vision utilitariste ou anthropocentrée qui ne repose sur rien d’un point de vue conceptuel. Protéger la nature pour ce qu’elle nous apporte implique que le vivant soit là pour nous, c’est au fond une vision créationniste du monde.

Cette vision du monde désanthropocentrée ressemble à celle que portent les anti-spécistes.

Je suis moins familier des idées de Peter Singer et des antispécistes. Je suis biogéographe et écologue, nous réfléchissons rarement à l’échelon de l’individu. Mais à l’échelle de l’espèce et des interactions entre espèces, le débat sur l’antispécisme trouve écho dans celui sur le « scalisme », qui consiste à faire une échelle dans le vivant. Nous grandissons inconsciemment tous avec l’idée qu’un poisson ou un reptile est moins évolué qu’un homme, qu’il est plus bas sur l’échelle de l’évolution. Mais ça n’a aucun sens biologiquement. On a tous une histoire évolutive aussi riche et longue.

L’homme n’est pas une super-espèce. Notre originalité est d’être cosmopolite et de faire des ravages à l’échelle planétaire. Mais biologiquement, nous ne sommes pas plus évolués et tout ce qu’on a mis en avant pour nous distinguer, le langage, le jeu, la culture, etc., on découvre que des espèces proches de nous sur l’arbre phylogénétique l’ont aussi ou même certains oiseaux. Ça appelle à plus de modestie.

SUR LE MÊME SUJET :

« Tous les indicateurs sont au rouge pour la biodiversité »

Les humains ont déjà détruit la moitié de la biomasse sur Terre

« Rencontrer un animal sauvage, ça prend aux trips, pas l'achat d'un nouvel iPhone »

50 % des espèces pourraient disparaître dans certaines régions

10 animaux que vos enfants ne verront jamais

5 solutions simples pour faire reculer le « jour du dépassement »

"Dites-leur"

Les temps sont sombres pour les auteurs et créateurs : rémunération, droits d’auteurs, protection sociale, tout concours à la fragilisation de la profession. Le combat est âpre, d’autant qu’il se double souvent d’un mépris affiché pour certains, en particulier pour les « auteurs jeunesse ». Antoine Dôle fait état des « petites cases » dans laquelle la profession est souvent cantonnée, entre dédain violent et désinvolture. Pour poursuivre, malgré tout et tous, une œuvre en devenir. Pour les lecteurs, et pour soi-même.
 

  Photo : Page Facebook d'Antoine Dole 



Le mépris des uns... 

 
Je suis dans le bureau d'une éditrice de littérature générale. Elle me parle de mon roman qu'elle souhaite publier. Elle me parle comme si je n'avais pas de notion du travail éditorial : « On va faire comme ceci et comme cela, vous verrez je vous guiderai ». Je lui rappelle en souriant que je connais un peu, que j'ai publié 8 romans jeunesse avant de la rencontrer. Elle se raidit sur sa chaise : « Ah oui mais non, ça ça n'existe pas pour nous. D'ailleurs sur votre livre on mettra un bandeau Premier Roman. Considérez que vous n'avez pas de lecteurs. ». 
 
J'arrive à 600km de chez moi, pour un salon du livre. J'ai pris le train avec une vingtaine d'auteurs. Nous arrivons à la gare. Nous rejoignons les organisateurs dans le hall. Plusieurs auteurs de littérature générale sont invités à les suivre vers de belles voitures stationnées sur la place, puis aux auteurs jeunesse on dit : « Il y a un bar dans la gare, si vous voulez attendre. Il n'y a pas assez de voitures pour emmener tout le monde ». On accédera à nos chambres une bonne heure plus tard, véhiculés dans un mini bus, dans un autre hôtel à part, en périphérie de la ville. 
 
J'interviens dans une classe, dans le cadre d'un Festival. Il y a de nombreux auteurs invités : littérature générale, littérature jeunesse, bandes dessinées. La professeure me présente à sa trentaine d'élèves : « Aujourd'hui vous rencontrez Monsieur Dole, auteur jeunesse, mais si vous voulez rencontrer de vrais auteurs, vous pouvez les retrouver sur le salon tout le week-end ». 
 
Je participe à un gros salon du livre. Un type parcourt un de mes romans et s'étonne : « C'est bien écrit pour un roman jeunesse ! ». Je soupire en racontant cela à une amie autrice de littérature générale qui me propose de déjeuner ensemble. À notre arrivée, l'accueil auteurs nous a remis une enveloppe à chacun avec nos tickets repas. Nous allons dans un restaurant de la liste que mon amie a parcourue. Le restaurant ne veut pas m'accueillir : mes tickets repas (auteur jeunesse) ne me donnent pas accès aux mêmes établissements que ma pote (auteur littérature générale). Notre hôtel n'est pas le même non plus. Notre rémunération non plus d'ailleurs (le % en édition jeunesse est plus faible, pour le même travail).
 
Un journaliste publie la liste des 20 auteurs qui ont vendu le plus de livres en France en 2018, avec les chiffres, et les félicite chaudement. J'ai vendu plus de livres que certains. Je m'étonne alors que mon nom ne figure pas dans son classement. Il me répond : « Ah oui mais vous vous publiez en jeunesse, on ne prend pas ces chiffres en compte ». Pourquoi ? Pas de réponse. 
 
Je sors d'un festival à Nancy, après 9h de dédicaces ininterrompues. Je me retrouve dans le train avec d'autres auteurs. J'en reconnais certains, que j'ai vus à la télévision. Une dame notamment, passée à La Grande Librairie pour parler de ses romans. Deux personnes arrivent en courant dans le train, tout le monde se retourne sur elles. Une mère et sa fille, elles s'avancent vers moi, elles m'ont loupé au festival et espèrent une dédicace avant le départ du train. Les auteurs présents éclatent de rire en voyant l'enthousiasme de ces deux lectrices à me rencontrer, la dame connue me regarde et en parlant très fort pour que tout le monde l'entende : « ça alors, voilà un auteur connu que personne ne connaît ! ». Tous se mettent à rire, je suis tétanisé.
 
Je croise une amie autrice sur un salon. Elle me félicite pour le succès que rencontre ma série. Puis son visage devient un peu grave quand elle me dit « ça doit être chaud de ne pas être reconnu par la profession, non ? ». Je lui demande pourquoi elle dit cela, elle précise : « Bah, beaucoup de professionnels ne s'intéressent même pas à tes bouquins... Ils disent que c'est de la merde alors qu'ils ne les ont pas lus. C'est en jeunesse, quoi. T'as jamais pensé à faire une bd adulte ? ». 
 
Je termine un salon. Une voiture m'attend à l'accueil pour me ramener à la gare. Je partage la voiture avec trois autres auteurs. Nous faisons les présentations en attendant le chauffeur. L'une explique qu'elle fait de la fantasy, une autre de l'essai politique. À mon tour, j'explique : « Moi j'écris de la littérature jeunesse ». La quatrième autrice pianote sur son téléphone comme si nous n'étions pas là. Je lui demande ce qu'elle écrit, elle me dit « De la littérature » sans décoller les yeux de son écran. Je lui demande « quel genre ? », elle me répond « De la vraie ». Elle ne nous adresse plus la parole pendant tout le trajet. 
 

 

... L'amour des autres

 
Je suis à la maison. Je reçois un mail. Un parent qui m'écrit. Une mère, avec mille précautions, qui s'excuse de me contacter mais explique qu'elle devait le faire. Pour me dire que sa fille lit. Sa fille qui n'a jamais voulu ouvrir un livre avant. Elle écrit : « Ma fille lit grâce à vous. Je voulais que vous le sachiez ». Le MERCI à la fin de son message est écrit en grosses lettres. 
 
J'interviens dans un collège, à Bordeaux. Après la rencontre, une ado traîne au fond de la classe. Elle met du temps à rassembler ses affaires, laisse les autres sortir de la salle. Elle se rapproche de moi, timide, n'ose pas lever les yeux : « Je voulais vous dire, Monsieur, votre livre... Votre livre il m'a sauvé la vie ». Quand elle quitte la salle, je me retrouve seul et je pleure sur un coin de table. C'est la chose la plus importante qu'on m'ait jamais dite. 
 
Je suis devant une quarantaine de libraires, pour parler de la sortie d'un livre. Après avoir répondu à leurs questions, mon éditrice a organisé une surprise. Un trophée, avec une plaque gravée. Dessus il est écrit « 1.000.000 exemplaires ». Toute la salle applaudit. Je me dis que j'ai peut-être accompli quelque chose. 
 
Un matin, je reçois une photo. Un libraire passionné et passionnant a fait tatouer le titre de mon second roman sur son bras. C'est de la chair et de l'encre. Pour toujours.

Je suis sur un salon. La libraire qui s'occupe du stand s'approche de moi en souriant. Elle me dit que c'est elle qui voulait ma venue. Elle me parle pendant un long moment de ce que mon premier roman a provoqué dans sa vie. Son envie de devenir libraire jeunesse et de guider de jeunes lecteurs vers des textes qui bousculent. Elle ne sait pas comme j'avais besoin d'entendre ça. 
 
Je croise ce journaliste d'un grand quotidien national. Aussi loin que je me souvienne, il a toujours parlé de mes livres dans son journal. Il a bataillé plus d'une fois pour que ces lignes existent. Pour que j'existe. Parce que la littérature jeunesse a peu de place. Chaque fois que l'envie d'abandonner me prend je repense a ce qu'il m'a dit il y a des années à la sortie de mon second roman : «N'arrête jamais d'écrire ». A chaque fois qu'il me voit il me demande quand sortira le prochain. Et à chaque fois que le prochain sort, il me redit l'importance que ça a, écrire à travers tout le reste et pour des gens qui y croient plus que nous, parfois. 
 
J'ouvre ma boîte aux lettres, la maison d'édition m'a fait suivre une lettre. Je n'écris plus depuis des semaines. Quand j'ouvre, l'écriture que je découvre est maladroite mais les mots écrits au feutre orange sont puissants. Un enfant de sept ans me dit qu'il est mon plus grand fan et qu'il attend mon prochain livre, que je dois me mettre au travail. J'allume mon ordinateur, il ne faut pas le faire attendre. 
 
Je dîne avec mon éditeur. Je suis noyé dans les doutes. Je lui parle de mon projet de roman. Il dit qu'il sera là. Si j'ai besoin, si je veux lui faire lire quelque chose, même juste pour me rassurer. Et je sais que ce n'est pas juste une mondanité. J'ai quelques-uns de ces trésors dans ma vie : des gens qui sont là, près de moi, pour que j'apprenne à briller même dans le noir. 
 
J'ai une invitation. On m'invite à venir parler de mes livres en Nouvelle Calédonie. On me dit que là-bas, à l'autre bout du monde, des enfants se sont mis à lire grâce à ma série. Des enfants qui plus tard sauront qu'ils sont capables de grandes choses, grâce à tous les héros et héroïnes de livres qu'ils auront accueillis dans leur tête et qui les inspireront. 
 
Alors dans le mépris, des lumières s'allument. Des sourires. Des cœurs s'ouvrent en grand. Quand j'ouvre une de ces lettres de lecteurs, quand je vois des journalistes porter nos mots aux côtés de ceux des autres, quand je rentre dans ces bibliothèques chaleureuses qui partagent nos univers, chaque fois qu'un éditeur monte au créneau pour défendre cette littérature exigeante que peut être la littérature jeunesse, chaque fois que je repars d'un salon du livre qui m'a baigné d'amour, ou qu'une librairie m'accueille parce que mes livres y ont trouvé leur place.
 
Chaque mot compte et peut faire la différence. Chacun de vos sourires, chaque dessin. Chaque message.

Chaque fois, chaque jour, chaque instant. 

Vraiment, croyez-moi. Dites à vos auteurs jeunesse que vous les aimez. 

Dites-leur ce que leurs livres ont provoqué dans votre vie. 

Prenez votre clavier, là, maintenant. Et écrivez à l'un d'eux. 

Dites-leur. 
Dites-leur. 
Dites-leur. 

Parce que ce monde ne cesse de leur expliquer, en long en large et en travers qu'ils ne sont pas grand-chose. 
Perdu dans le mépris des uns, il leur restera toujours quelque chose de l'amour des autres pour les éclairer doucement.

 

Antoine Dole

 
 
(PS : Je précise : il y a beaucoup de gens formidables, en littérature jeunesse comme en littérature générale. Des auteurs ouverts j'en ai rencontré plein, des éditeurs attentifs, des journalistes curieux, des salons et festivals respectueux et soucieux de ne pas faire de distinction. Je ne généralise pas. Je partage ces anecdotes, des moments parmi d'autres, sur le mépris et sur l'amour qui composent mon métier. Il y a bien évidemment plein de sensibilités différentes et d'autres expériences).  


 

Commentaires

prune, le 01/06/2019 à 08:05:09 Répondre

malheureusement je ne suis pas vraiment étonnée par votre récit il y a le même mépris pour ce qui est de la transmission par exemple du théâtre ... ou des spectacles pour enfants ( je suis comédienne j'ai beaucoup joué pour les enfants et je transmets le théâtre à des adultes et des enfants ... c'est donc du vécu ) Ça semble étrange pourtant et je me suis toujours dit qu'il aurait fallu que ces gens tentent cette écriture où cette démarche pédagogique pour avoir voix au chapitre ...Au vu de l'exigence que peuvent avoir les enfants et au fait que ce soit si difficile de les nourrir et de les contenter. Sans oublier que nous nous adressons alors aux générations à venir encore capable de changer ce monde et de le faire évoluer vers plus d'humanité... quelle responsabilité : continuez à écrire pour les enfants,pour les adultes et moi je vais commencer à vous lire ça m'a donné envie

Karine, le 01/06/2019 à 12:19:32 Répondre

Je suis moi-même une écrivaine en devenir (mon premier roman sortira à la fin du mois) et déjà je peux affirmer que je ne comprends que trop bien ce que vous décrivez.



Des lettres de refus d'éditeurs, par exemple, qui commencent leur courrier par "Monsieur" alors que je suis une femme. Il y a aussi les "Madame, Monsieur", comme ça, on utilise une seule et même lettre pour tout le monde, tellement plus simple! Ça n'est pourtant pas grand chose comparé à ce que vous témoignez, mais il faut admettre que ça vous laisse perplexe, c'est le cas de le dire.



Merci pour ce témoignage touchant.

Nathy, le 01/06/2019 à 12:34:53 Répondre

Hélas, les auteurs de l'imaginaire rencontrent eux aussi ce mépris, nous ne sommes pas de vrais auteurs et j'en passe et de temps en temps on reçoit le message d'un lecteur ou d'une lectrice qui nous remonte le moral.

NinaChan, le 01/06/2019 à 12:45:32 Répondre

Waouh, quelle prise de risque ! Quel courage, Monsieur Dole ! Sur le fond de ce qui est dit, personne ne trouvera rien à redire. Ce désaveu de la littérature jeunesse par la "vraie" littérature ne date pas d'aujourd'hui et gagne toujours à être dénoncé. En revanche, quant au porteur du message... Connaissant bien l'homme (ou le personnage, on ne sait plus), on se dit quand même que la littérature jeunesse mériterait ambassadeur plus convainquant. À se demander dans le fond à quoi sert vraiment cette tribune : dénoncer dans le mélo un scandale réel bien que déjà connu, ou de faire une pub demi-habile à son auteur ? En somme, pas dupe, on referme surtout l'ordinateur en se disant : "Oh, le pauvre petit chat malade au million d'exemplaires vendus..."

Sardine, le 01/06/2019 à 13:10:17 Répondre

Nous aussi on vous adore ! on aime votre travail, bon bien sûr on est spécialisés Jeunesse, alors on fait partie de ceux qui ont gagné leur journée ( leur vie ??) quand un enfant se met à lire... A tous les grincheux et surtout les irrespectueux, rappelez-leur que la littérature jeunesse ( et la BD en tête !) tire le marché du livre !!! Pour info... smile smile smile Et sinon, on eur envoi Ajax et sa dose de mignonitude... winkBonne continuation ! car oui, il faut continuer...La vie de libraire aussi est compliquée, mais on est passionnés, n'est-ce pas? Sandrine. La librairie Mots et Merveilles, à Saint-Omer, où vous êtes le Bienvenu.

Pourquoi pas eux ?

E40486b0e05e11b60fa71a96a1664608

 

L'amour chez les animaux. Qui pourrait rester insensible devant ces gestes tendres ? 

Bfe83948939c72b25d288617d1890b53

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

F101481f58201612cb64a4fb668b928d

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A975c0babc3e33ee8047cd5996b3138d

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

0837821f695798e7d19319e9b33a1f6e

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

E75387d4cb72b87beaa1716f16dc98a5

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

36c2491632b194cb0e751adc1498686b

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fc43aabd76bf866bc69606770c6855b6

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

00114320debb0dca061a1a

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais alors pourquoi les espèces suivantes n'engendrent-elles pas les mêmes émotions  ?

Pourquoi ne leur accorde-t-on pas la même tendresse dans ces gestes d'amour ?

Parce qu'ils sont bons à manger ?

Ils n'existent donc que pour cela ?

Ils ne peuvent pas recevoir de notre part les mêmes émotions qu'une lionne, une louve, une girafe, une femelle chimpanzé ou n'importe quel autre animal qui ne se mange pas ?

Ils ne peuvent pas éprouver de sentiments aimants parce qu'il sont bons à manger ?

Parce qu'ils sont bons à manger, il est justifiable de ne pas leur accorder de possibilités d'aimer ? 

Est-ce que tout le monde voit bien l'absurdité du raisonnement ?

Cela signifierait qu'un animal comestible n'a pas le droit de recevoir des humains la même émotion ? Il n'est qu'un morceau de viande dans une assiette et non une mère et son enfant ? 

Oui, je n'en peux plus de savoir que deux millions de poulets ont été abattus aujourd'hui.

Chaque seconde 35 animaux"comestibles" sont tués dans nos 263 abattoirs français.

Il n'est même pas question de parler de souffrance animale pendant ces exécutions, pendant leur élevage, pendant leur transport. 

Je parle juste de l'émotion aimante que ces animaux éprouvent. 

Je parle de la conscience animale.

Je parle de la conscience des humains. 

Il est des jours où je rêve que les animaux se rebellent à l'échelle planétaire. 

00114320debb0dca065225

 

8a545ca1a4dd483a6590cae904e2ccab

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cddd78c3fd89b348831e48494f4574a1

La croissance à tous prix

Aucune visée à long terme des effets de la "croissance".
On récolte, on exporte par cargos dans le monde, on contribue à la disparition des petites exploitations et de leurs diversités, on assassine toute la faune et la flore et puis un jour, on se rend compte que les besoins vitaux de la population loacle ne sont plus accessibles...

Ça aura pris trente ans. Il en faudrait le double certainement pour rétablir l'équilibre perdu.

Une solution ? Acheter ce qui pousse chez soi ou mieux encore quand c'est possible, cultiver soi-même. Pas de transport par cargos épouvantablement polluant, pas de surexploitation dans les pays producteurs. Chacun mange ce qu'il a.

"Ah, ben, oui, mais les avocats, c'est comme la viande, c'est bon. Alors, tant pis, on va continuer".

Il n'est plus possible de se réjouir de son assiette quand la demande alimentaire d'ici contribue à la mort là-bas. Ça n'est plus possible.

 

 

ENVIRONNEMENT

Au Chili, les avocats assèchent les cours d'eau

L'engouement culinaire pour l'avocat dans les pays occidentaux n’est pas sans conséquences sur le plan économique et surtout environnemental. Le Chili en fait les frais depuis presque 30 ans.

 

De Juliette Heuzebroc

Récolte d'avocats dans un verger de Valle Hermoso, La Ligua, dans la province de Petorca au Chili le 6 mars 2018.

PHOTOGRAPHIE DE AFP/ARCHIVES / CLAUDIO REYES

Les années 1990 ont marqué le début d’un engouement pour la consommation d’avocats, en particulier aux Etats-Unis et en Europe. Réputé pour ses bienfaits alimentaires, ce fruit d’origine guatémaltèque est aujourd’hui principalement exploité au Mexique, au Chili et en Afrique. Si ce phénomène a longtemps été synonyme de dynamisme économique pour les Chiliens, il devient aujourd’hui source de dégâts environnementaux aux conséquences directes sur le quotidien des citoyens.

Avec une exportation en constante augmentation, le Chili a fourni plus de 159 700 tonnes d’avocats à des pays étrangers en 2016. Lorsque l’on sait que pour irriguer un hectare d’avocats, 100 000 litres d’eau quotidiens sont nécessaires (l'équivalent de la consommation d’eau de 1000 habitants), on saisit l’enjeu écologique relatif. Enjeu auquel s’ajoute les conditions très spécifiques de transport et d’exportation du fruit, très énergivores.

La province de Petorca, située dans la région centrale du Chili, a vu ses cultures traditionnelles de pommes de terre, de tomates et ses vergers disparaître pour laisser place à l’exploitation écrasante des avocatiers. On y trouve aujourd’hui plus de 16 000 hectares de culture, soit une augmentation de 800 % en moins de 30 ans. Les habitants n’ont plus d’eau pour vivre, s’hydrater ou se laver et doivent faire venir l’eau par camion ; les sols étant complètement asséchés par les exploitants agricoles.

Déchets dans le lit asséché de la rivière Ligua de la municipalité de Petorca, région de Valparaiso au Chili le 2 mars 2018.

PHOTOGRAPHIE DE AFP/ARCHIVES / CLAUDIO REYES

Les lits de plusieurs rivières, comme Ligua et Petorca, sont à sec depuis plus de dix ans. Les poissons et autres agents de la faune et de la flore ont également disparus, déréglant considérablement l’écosystème de la zone. Mais plus grave encore : l’absence de cours d’eau rend impossible toute évaporation et ainsi le processus de formation de nuages et donc de précipitations. Dotée d’un climat subtropical, la province de Petorca connaît depuis des années de longues périodes de sécheresse, amplifiées par le phénomène météorologique El niño.

Si les habitants accusent ouvertement les exploitants agricoles d’être responsables de la disparition des eaux souterraines, ces derniers s’en défendent. Le gouvernement lui-même peine à trouver des solutions pour alimenter la région correctement puisque l’exploitation de l’eau est un système privatisé au Chili depuis 1981, sous la dictature d’Augusto Pinochet. Si l’État actuel tente de revenir sur cette décision, elle ne peut en attendant pas redistribuer cette richesse comme elle le souhaiterait pour fournir en eau tous les Chiliens.

Par ailleurs, l’extrême monopole des exploitants d’avocatiers et leur consommation en eau ont fortement contribué à la fermeture des cultures et élevages locaux à échelle familiale, engendrant une migration conséquente de ces travailleurs.

Un maire qui en veut.

 A mon sens, l'avenir ne viendra pas des instances dirigeantes mais des gens du terrain, ceux qui vivent dans le réel et non dans celui des sphères politiciennes. L'éducation nationale qui refuse d'ouvrir une classe. Pas rentable certainement à leurs yeux alors qu'une école est nécessaire pour qu'un village survive. C'est ça, l'Etat ? Alors, oui, il faut s'en passer autant que possible. 

 

En 2008, Saint-Pierre-de-Frugie était encore l’un de ces innombrables villages français victimes de la désertification, de l’exode rural et du vieillissement de sa population. On n’y croisait pas un chat. Pourtant, moins de 10 ans plus tard, les gens s’y pressent par dizaines dans l’espoir d’y trouver une maison à vendre ! Que s’est-il passé entre temps ? Il s’est passé que le nouveau maire a tout misé sur le bio et l’écologie ! Gros plan sur un retour à la vie qui ne doit rien à la magie !

Gilbert Chabaud a été élu maire de Saint-Pierre-de-Frugie en 2008. Seulement voilà, ce petit village de Dordogne n’avait plus rien à voir avec celui de son enfance. Tous les jeunes étaient partis s’installer en ville pour y trouver du travail et le rectorat avait fermé l’école un an plus tôt, provoquant ainsi la fermeture du dernier commerce du village : le bistro qui préparait les repas de la cantine scolaire…

Source : Wikipedia
Source : Wikipedia

En résumé, à Saint-Pierre-de-Frugie, à de rares exceptions près, on n’y trouvait plus que des anciens. En conséquence, le village était appelé à mourir à plus à moins long terme.

Mais Gilbert Chabaud ne pouvait pas se résigner à un tel sort. Élu à la tête de sa commune, cet ancien concessionnaire automobile s’est donc creusé la tête et a décidé de tenter le tout pour le tout en misant sur le bio et l’écologie !

Dans un premier temps, son conseil municipal a voté la fin de l’usage des pesticides et des traitements phytosanitaires. Résultat : on a rapidement vu revenir les papillons et autres insectes pollinisateurs oeuvrer sur le moindre bosquet.

Source : Saint-Pierre de Frugie
Source : Saint-Pierre de Frugie

Ensuite, la municipalité a décidé la création d’un « jardin partagé ». Une sorte de potager collectif ouvert à tous où chaque habitant est invité à s’initier à la permaculture et à se fournir en fruits et légumes. Résultat : une animation solidaire, écologique et inattendue qui a fini par se faire connaître au delà des frontières de la commune.

Dans un troisième temps, Gilbert Chabaud a voulu profiter du potentiel touristique de sa commune. À ce sujet, voici ce qu’il a confié à l’AFP :

« En améliorant l’environnement, en rachetant les zones humides tout autour de la commune, on s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire pour l’écotourisme »

Aussitôt dit, aussitôt fait : neuf sentiers de randonnée ont été aménagés dans les environs et tout le petit patrimoine du village a été restauré grâce à des matériaux écologiques !

Résultat ? Eh bien les touristes sont venus ! Il a donc été possible de réaliser la quatrième étape du projet : la construction d’un gîte rural et écologique destiné à accueillir les visiteurs !

Source : Saint-Pierre de Frugie
Source : Saint-Pierre de Frugie

Mais ça ne pouvait pas s’arrêter en si bon chemin. Les touristes, aussi écolos soient-ils, ont besoin de se rafraîchir et de se nourrir. En 2013, le village a donc rouvert les portes de son bistro dont la gestion a été confiée à un gérant venu de l’extérieur.

Dans la foulée, le village a même eu droit à l’ouverture d’une épicerie bio alimentée par les agriculteurs de la région !

Retour de l’animation, retour des commerces, arrivée de nouveaux habitants… Il ne restait plus qu’à rouvrir l’école. Et, vu que l’éducation nationale y restait opposée, le maire a soutenu une institutrice qui souhaitait ouvrir une école Montessori. Bonne pioche : non seulement ça  a marché mais, en plus, en une année scolaire seulement, les effectifs ont déjà doublé (l’établissement accueillant désormais 20 élèves) !

Source : Saint-Pierre de Frugie
Source : Saint-Pierre de Frugie

Que de chemin parcouru en à peine 8 ans ! Et ça n’est pas terminé !

Véronique Friconnet, elle aussi secrétaire de mairie, s’est également confiée à l’AFP :

« C’est un cercle vertueux. Désormais il ne se passe pas un jour sans que des gens appellent pour nous demander s’il y a des maisons à vendre à Saint-Pierre ».

Le succès de cette transition écologique est tel que le maire entend désormais ouvrir un musée d’un genre original : un musée à l’envers qui envisagera l’avenir plutôt que de raconter le passé !

L’avenir, justement, Gilbert Chabaud l’envisage déjà. Son nouvel objectif ? Un village autonome en énergie !

Cette belle histoire souligne une chose : la transition écologique ne doit pas être vue comme une contrainte à trainer comme un boulet mais bien comme une formidable opportunité d’avenir. La trajectoire étonnante de Saint-Pierre-de-Frugie en est la preuve : les gens sont prêts pour l’écologie. Mieux que ça : ils la plébiscitent !

 

KUNDALINI : un commentaire

"Bonsoir cher Monsieur Ledru.
Nous écrivons à deux mains pour vous remercier de votre ouvrage. Sa lecture a été un révélateur. Nous savions qu'il manquait quelque chose à notre couple. Nous avons toujours été heureux de notre vie commune mais il manquait quelque chose. Vous nous avez offert sa révélation : le massage. C'est incroyable effectivement, c'est bien ce que vous avez si bien décrit. Et c'est incroyable aussi de penser que nous sommes passés à côté de ça aussi longtemps. Croire que le massage est soit médical, soit érotique, c'est ignorer sa dimension spirituelle. Il était impossible que nous ne saisissions pas ce cadeau. Nous avions entendu votre très court passage chez Brigitte Lahaie. Ma compagne avait noté le titre du livre parce que c'était sur la sexualité sacrée. Nous ne savons pas comment décrire cette histoire. C'est bouleversant, réjouissant, merveilleux. Votre écriture est un miracle. 
Merci.

 

"Votre écriture est un miracle."

Je vais graver cette phrase dans mon âme.

J'ai toujours eu dans l'idée qu'un roman devait comporter une part "d'utilité". On peut considérer que le plaisir de la lecture en est déjà un mais il me plaît d'en envisager un autre. Celui d'un impact suffisamment important pour que le lecteur en adopte quelque chose dans sa vie....

Kundalini web 1

 

La citadelle de l'ego

Aucun acte conscient ne peut se passer d'une pensée. Et un grand nombre de nos pensées sont nourries par notre sensibilité et par conséquent nos émotions. Nous sommes des penseurs émotionnels. 

Vient ensuite l'engagement. Il peut être spontané ou réfléchi.

Le problème de la spontanéité, c'est la puissance émotionnelle qui la génère. Elle ne deviendra durable qu'au regard de la réflexion qui la suivra. Sinon, elle s'éteindra et les actes par là-même.

Il convient donc de saisir l'émotion pour nourrir la pensée puis de la canaliser par la raison. C'est là que les actes seront durables.

Vient ensuite le choix des actions à mener et elles sont innombrables ...Il reste à savoir si l'indifférence est plus puissante que le désir de changer; si l'empathie est capable de briser la citadelle mentale de l'ego qui repousse obstinément les émotions viscérales.

Car il y a nécessairement une émotion viscérale à voir et à entendre souffrir les animaux, à voir mourir les forêts, les océans se vider, les abeilles disparaître, les oiseaux ne plus chanter, les éléphants abattus, les dauphins éventrés...

Et s'il n'y a aucune brûlure dans le ventre, si rien ne se noue, jusqu'à la nausée, si rien ne vient hurler à l'intérieur que ça ne peut plus durer, alors, c'est que l'heure du changement n'est pas venue et que la citadelle de l'ego n'est pas prête de tomber.

61598056 939831296191872 1830654566387941376 n

Le cerveau amoureux

Portrait chimique de votre cerveau amoureux

 

Par Hélène Combis

Emotion, émotions |Qu'est-ce que l'amour ? Une émotion, un sentiment... Intouchable, intangible, volatil. Pourtant, il déclenche un milliard de petits séismes chimiques qui font suite à l'activation de certaines zones dans notre cerveau.... On vous explique les raisons biologiques de cet attachement irraisonné.

Le Baiser, 1905 Le Baiser, 1905• Crédits : Gustav Klimt

En décembre 2016, France Culture consacrait une semaine aux émotions en tout genre. Et quelle est l'émotion suprême, si ce n'est... l'amour ? Une "constellation de comportements, de cognitions et d’émotions associés au désir de nouer ou maintenir une relation proche avec une personne spécifique." C'est du moins ainsi qu'il a été défini d'un point de vue psychologique, explique le psychiatre et docteur en psychologie Serge Stoléru dans son essai _Un cerveau nommé désir_, paru en septembre 2016 (Odile Jacob). Avec, parmi ces constellations, une impression d'énergie décuplée, la "focalisation de l'attention sur une personne unique, à laquelle on pense sans arrêt, à qui tout nous ramène", une dépendance émotionnelle, et un désir d'union émotionnelle et physique, "étoile filante mille fois réitérée".

Mais cet état d’euphorie, cette attraction ressentie pour l’autre, est le fruit d'un savant cocktail chimique, précisait la neurobiologiste Lucy Vincent en août 2004 sur France Culture. C'était dans l'émission "Science Culture", au micro de Julie Clarini. Une émission intitulée "La biologie à la conquête de l'amour" :

Écouter

59 MIN

La biologie à la conquête de l'amour, Science Culture, août 2004

Durée : 1h

Ces processus complexes du ressenti amoureux sont les mêmes pour tous, et font appel à notre part animale, expliquait Lucy Vincent dans cette archive : "Nous sommes des êtres humains mais nous sommes des animaux aussi. Notre cerveau humain a une sorte de cerveau de singe en dessous qui garde beaucoup de comportements et beaucoup de réflexes qui sont liés à notre vie sauvage."

De quelle manière l'amour naît, s'installe et perdure dans nos cerveaux d'anciens hominidés ?

"Pendant qu’on est dans cette phase d’amour que je qualifie de folie ( …) le cerveau est différent." Lucy Vincent

Nota Bene. Le désir sexuel est-il indispensable à l'état amoureux ? "Pour certains, le désir sexuel est un ingrédient nécessaire aux sentiments passionnels des phases initiales de l’amour romantique. D’autres soutiennent qu’amour et désir sexuel appartiennent à des systèmes sociocomportementaux fonctionnellement indépendants, qu’ils ont des bases cérébrales différentes et des fonctions distinctes sur le plan de l’évolution." Tout un débat, sur lequel nous ne nous attarderons pas davantage dans cet article, consacré à la construction de "l'amour romantique" par le cerveau.

Une première émotion, au premier coup d'oeil

Dans son essai Un cerveau nommé désir, Serge Stoléru évoque précisément la toute première étape de la rencontre amoureuse. Elle passe généralement (si l'on excepte les coups de foudre virtuels) par la perception visuelle. C'est l'activité du cortex visuel qui sera déterminante concernant la naissance d'une émotion (ou pas) dans un cerveau. Très basiquement, "plus un visage est symétrique, plus ce visage est évalué comme beau."

"L'attirance que la beauté exerce sur nous semble en partie innée ; des expériences de psychologie conduites avec des bébés de 2 à 3 mois vont dans ce sens (...) Cela reste vrai dans différentes cultures." Serge Stoléru

Une opération d'évaluation qui passe aussi par les souvenirs :

"Le cortex orbifrontal dispose de l'information selon laquelle telle ou telle personne nouvellement apparue dans l'environnement sera probablement associée à du plaisir, à du déplaisir, ou ni à l'un ni à l'autre. En effet, votre cortex orbifrontal reçoit des informations sur ce que vous avez ressenti comme agréable ou désagréable lors des expériences que vous avez vécues." Serge Stoléru

Et c'est ce même cortex orbifrontal qui envoie un signal aux régions cérébrales nous permettant de ressentir des émotions, et notamment à l’insula : "L’insula, région en relation étroite avec le système limbique, nous permet d’avoir la perception consciente de certaines de nos réactions viscérales, telles que notre cœur qui se met soudainement à battre la chamade". Suite à cette émotion, il nous faut généralement mobiliser une certaine énergie pour aller de l'avant, se rapprocher de l'autre, aller vérifier que le ramage est égal au plumage... tenter sa chance ! Et c'est cette fois la substance noire du cerveau qui agit, en libérant de la dopamine. Un neurotransmetteur... qui porte bien son nom, et envoie à l'organisme non seulement de l'énergie, mais aussi des signaux de plaisir et de bien-être. La dopamine joue un rôle clé durant toute la durée d'une relation amoureuse, et pas seulement à ses prémices.

Madone Sixtine (détail), 1513-1514 Madone Sixtine (détail), 1513-1514• Crédits : Raphaël

Se sentir amoureux

"Il y a un emballement des systèmes de récompense qui font qu’on devient dépendant de notre partenaire. On se sent bien quand on est près de lui, quand il n’est pas là, il nous manque énormément… Tout ça ce sont les mêmes systèmes que ceux impliqués dans la prise de drogue par exemple. Ou même dans la quête de la nourriture, de la boisson, tout ce qui est la passion. Les systèmes de récompense sont terriblement impliqués dans l’amour." Lucy Vincent

Le premier pas vers l'autre a été fait. Le choc émotionnel se transforme en un sentiment plus pérenne. Et c'est fichu : l'amour s'est installé. La première responsable de cette folie ? Au banc des accusés, l'ocytocine, qui est également appelée "hormone de l'attachement", et qui intervient aussi dans la maternité, assurant la force du lien mère/enfant : "La nature est économe, dans l’évolution, on voit à de nombreuses reprises la même substance, la même molécule, venir servir à plusieurs rôles", explique Lucy Vincent.

"Probablement, lors de la mise en place de ce lien par l’ocytocine dans la jeune enfance, il y a beaucoup d’associations qui se mettent en place, une sorte de conditionnement presque, avec l’odeur du parent, avec des signes visuels, avec des sons qu’on entend. Et puis plus tard dans la vie, quand on a une répétition de tous ces stimulis là, ça ne peut que renforcer le lien qui se crée avec le partenaire." Lucy Vincent

L'attachement est bien sûr également nourri de fantasmes, de rêverie. Une activité extraordinairement payante en dopamine, et qui se déroule au sein du réseau cérébral de l'"imagerie motrice : "Ces fantasmes sont intimement associés à l’envie d’agir, de sorte que l’activité fantasmatique est à la croisée de la composante cognitive et de la composante motivationnelle", détaille Serge Stoléru.

Et ces rêveries peuvent elles-mêmes prendre source dans les souvenirs vécus avec la personne aimée. C'est alors l'hippocampe qui s'enflamme, dans la cartographie cérébrale : "Pourquoi une région cruciale de la mémoire s’active-t-elle quand nous voyons l’être que nous aimons ? Est-ce parce que ce visage nous rappelle des moments heureux vécus avec lui ? C’est là l’explication la plus probable."

Un baiser Un baiser• Crédits : Sydney Shaffer - Getty

Et après les premiers feux ?

Pour que l'amour perdure, le cerveau continue de tricher en désactivant certaines zones, dotant celui qui aime des "yeux de l'amour", explique Lucy Vincent : "On constaterait une baisse d’activité des parties du cerveau associée aux émotions négatives, au jugement de l’autre". Précisant que le mécanisme est le même pour une mère qui regarde son bébé.

"Chez les hommes, l'ocytocine agit comme si elle rehaussait à leurs yeux la beauté des femmes qu'ils aiment." Serge Stoléru

Quant à l'ocytocine, elle continue à cultiver l'attachement électif. La vasopressine également : ces deux "neuropeptides sociaux" sont secrétés par des neurones de l'hypothalamus. Tous deux sont responsables du sentiment d'amour exclusif, du "seulement toi", lui aussi indispensable à la pérennisation de l'état amoureux.

"Est-ce que le schéma qui se dégage des études chez les rongeurs s’applique, mutatis mutandis, à l’amour humain ? ( …) Si c’est le cas, alors, lors d’une rencontre (qui sera) amoureuse ( …) la perception de la personne (destinée à être) aimée active à la fois les circuits dopaminergiques et les voies ocytocinergiques et vasopressinergiques impliquées dans l’identification d’une personne comme unique entre toutes." Serge Stoléru

Serge Stoléru rapporte aussi qu'une expérience faite par des chercheurs de New York sur des conjoints de longue date (une vingtaine d'années), montre qu'une activation spécifique d'une zone de leurs cerveaux a lieu, lorsqu'on leur présente une photo de l'être aimé : le pallidum ventral, qui joue un rôle crucial dans la genèse des sensations de plaisir. Un constat qui vient fragiliser le propos de Lucy Vincent lorsqu'elle affirme (comme Frédéric Begbeider) que la "folie de l'amour" dure trois ans.

"Il y a des mécanismes qui se mettent en place pour que cette personne nous paraisse vraiment formidable, pour nous obliger à rester avec lui ou avec elle le temps de produire l’enfant et l’élever jusqu’à ce qu’il soit un tout petit peu autonome." Lucy Vincent

D'ailleurs, la neurobiologie (et son lot de théories évolutionnistes) n'est évidemment pas la seule discipline à avoir son mot à dire concernant l'état amoureux. Le psychisme individuel, nourri d'une culture singulière, est la pierre d'angle de ce sentiment, et détermine la façon dont il est vécu par chacun. Car l'homme moyen n'existe pas. Mais ça... c'est une autre histoire.

"L’amour c’est certainement biologiquement quelque chose de primordial, très intéressant, mais pourquoi est ce qu’on y attache autant d’émotion et d’importance ? C’est parce que nous avons pu – et je pense évidemment à Shakespeare – exprimer cet amour dans des termes très émouvants." Lucy Vincent

Le dernier baiser de Roméo et Juliette, 1823 Le dernier baiser de Roméo et Juliette, 1823• Crédits : Francesco Hayez

Hélène Combis

BIBLIOGRAPHIE

Un cerveau nommé désir, Serge Stoléru

 

La forêt amazonienne, le soja et la viande de bétail.

L'Amazonie soumise à forte pression 

http://www.journaldelenvironnement.net/article/l-amazonie-menacee-par-la-guerre-commerciale-chine-etats-unis,96880

L'Amazonie soumise à forte pression

La forêt amazonienne pourrait être la grande perdante de la guerre commerciale que se livrent les Etats-Unis et la Chine, depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison blanche. Selon un article publié dans Nature, la hausse réciproque des tarifs douaniers conduit l’empire du Milieu à importer toujours plus de soja brésilien, pour assouvir sa demande de viande.

En 2018, les Etats-Unis ont accru les tarifs douaniers sur les produits made in China, conduisant celle-ci à en faire autant sur les produits américains. Parmi ces derniers, le soja, principalement utilisé pour nourrir le bétail.

Résultat: les achats chinois de soja américain ont chuté de moitié entre 2017 et 2018, bien que le niveau de taxation n’ait augmenté qu’en milieu d’année. Dans le même temps, 75% des importations chinoises de soja étaient d’origine brésilienne, révélant une substitution totale du soja étatsunien par le brésilien.

13 MILLIONS D’HECTARES DE FORÊT MENACÉS

Quelle sera la principale conséquence de la mésentente entre les deux Grands? Une déforestation accrue de l’Amazonie, craignent Richard Fuchs, de l’Institut de recherche météorologique et climatique de Karlsruhe (Allemagne), et ses collègues. Et pas qu’un peu: en 2016, la Chine avait acheté 37,6 millions de tonnes de soja aux Etats-Unis. Pour en faire autant, le Brésil devrait accroître de 39% la surface agricole dédiée au soja devra, soit 13 millions d’hectares additionnels –une surface comparable à celle de la Grèce.

«En comparaison, presque 3 millions d’hectares de forêt ont été rasés en 1995 comme en 2004, lors des deux pics de déforestation qu’a connu le Brésil», rappellent les auteurs. Nul doute que le défi n’effraie pas le nouveau président brésilien, Jair Bolsonaro, soutenu pendant sa campagne par l’agrobusiness brésilien et pourfendeur des droits territoriaux des peuples autochtones.

DES POSSIBILITÉS LIMITÉES DE DIVERSIFICATION

Plus inquiétant, la consommation chinoise de viande, et donc les importations de soja, ne cessent d’augmenter –les estimations des chercheurs pourraient donc être largement sous-estimées. La Chine produit certes du soja, mais trop peu pour assouvir ses besoins. Et la désertification croissante de ses terres arables limite ses capacités d’augmentation de ses productions agricoles.

Les autres grands pays producteurs de soja (Argentine, Russie, Canada) pourraient alléger la pression sur la forêt amazonienne. Mais cela restera insuffisant. Dans le meilleur des cas, le Brésil devra tout de même augmenter de 17% son offre de soja pour satisfaire l’appétit chinois pour le soja.

DRAPEAU BLANC POUR LE SOJA

Selon les chercheurs, la bataille pour l’Amazonie semble perdue d’avance, sauf si les Etats-Unis et la Chine décident d’exclure le soja de leur chantage respectif. Sans cela, la Chine devra augmenter sa production de soja, diversifier ses importations, et, peut-être, envisager de nouveaux modes de consommation, moins chargés en viande.

«Les gouvernements, les producteurs, les autorités de régulation du commerce et les consommateurs doivent agir maintenant. S’ils échouent, la forêt amazonienne pourrait être la plus grande victime de la guerre commerciale sino-américaine», concluent les auteurs.

Empreinte écologique

L’accord de Paris implique de prendre considérablement moins l’avion.

Ne devrait-on pas d'ailleurs parler plutôt "d'emprunt écologique" étant donné que nous empruntons de notre vivant les ressources disponibles pour les générations futures ? Quand allons-nous réellement nous soucier de cet héritage ? Est-il concevable de considérer qu'un jour, les nouveaux arrivants auront le droit de nous reprocher d'avoir dilapidé le trésor ?

 

 

L’accord de Paris implique de prendre considérablement moins l’avion. ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP

On le dit souvent, c’était mieux avant. Une analyse produite par le site anglais Carbon Brief, mercredi 10 avril, pourrait donner raison à cet adage : les enfants nés aujourd’hui devront considérablement limiter leur empreinte carbone par rapport à celle de leurs grands-parents – plus précisément, émettre entre trois et huit fois moins de CO2 à l’échelle mondiale – afin d’enrayer le dérèglement climatique. C’est à cette condition que le monde pourra maintenir le réchauffement bien en deçà de 2 °C, et si possible à 1,5 °C, comme le prévoit l’accord de Paris conclu en 2015.

Les engagements actuels des Etats pour lutter contre le changement climatique sont notoirement insuffisants : à supposer qu’ils soient intégralement tenus, ils mettent la planète sur une trajectoire de réchauffement de 3,2 °C d’ici à la fin du siècle. De sorte que selon une étude du Programme des Nations unies pour l’environnement publiée en novembre 2018, les pays doivent tripler le niveau de leur effort pour ne pas dépasser 2 °C de réchauffement. Et le multiplier par cinq pour ne pas aller au-delà de 1,5 °C. Ce dernier objectif implique un pic des émissions autour de 2020, leur division par deux en 2030 et une neutralité carbone au milieu du siècle. Soit des transformations rapides et majeures dans les secteurs de l’énergie, des logements, des transports ou de l’alimentation.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Nous sommes en 2050, à quoi ressemblerait la vie dans un pays neutre en carbone ?

Pour calculer le « fardeau » laissé aux nouvelles générations, les experts de Carbon Brief ont construit un outil interactif combinant des données sur les émissions et la population de chaque pays avec des projections climatiques. Ils ont ensuite pu estimer combien chaque citoyen peut émettre de CO2 tout au long de sa vie, en fonction de sa date de naissance et de son pays, afin de limiter le réchauffement à 1,5 °C ou 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels.

 

« Injustice intergénérationnelle »

Résultat : les nouvelles générations vont devoir limiter leur empreinte carbone jusqu’à 90 % par rapport à celle de leurs grands-parents. Par exemple, un enfant né en 2017 en France disposera d’un budget carbone de 170 tonnes de CO2 dans une optique de limiter le réchauffement à 2 °C, soit environ le tiers de celui d’un individu né en 1950 (589 tonnes). Dans le cas d’un monde qui ne dépasserait pas + 1,5 °C, le plus jeune n’aurait plus à sa disposition que 68 tonnes, huit fois moins que son aîné.

Cet enfant, dans l’hypothèse où il vivrait 85 ans, ne devra donc pas dépasser 2 tonnes de CO2 par an dans le cas du scénario de 2 °C, et 0,8 tonne en cas de réchauffement maintenu à 1,5 °C. Ce qui revient à se rapprocher des émissions par habitant des Indiens (1,9 tonne par an), loin de celles des Français (6,9 tonnes par an). Cela impliquerait de prendre considérablement moins l’avion (un aller-retour Paris-New York envoie une tonne de CO2 dans l’atmosphère par passager), de limiter l’usage de la voiture et de réduire sa consommation de viande.

Lire l’enquête : L’avion, plaisir coupable de l’écolo voyageur

A noter que ni l’étude de Carbon Brief ni les chiffres hexagonaux de rejets de CO2 par habitant n’incluent les émissions importées liées aux produits fabriqués à l’étranger mais consommés sur le territoire national, ce qui minimise ainsi de plus d’un tiers l’empreinte carbone réelle des Français – de même qu’en grande partie celle des pays développés.

Question d’équité

A l’échelle mondiale, les émissions de CO2 s’élèvent actuellement à 4,9 tonnes par an et par habitant. Ce qui signifie que pour contenir le réchauffement à 2 °C, le budget carbone d’une personne née aujourd’hui serait épuisé en vingt-cinq ans au rythme des émissions actuelles, et en neuf ans dans une optique de 1,5 °C.

Les émissions de CO2 « allouées » aux jeunes générations pourraient même se voir encore davantage réduites, selon la répartition entre les pays du budget carbone mondial à ne pas dépasser, autrement dit qui peut manger quelle part du gâteau.

Les experts de Carbon Brief ont repris des modèles (les « Integrated assessment models ») qui répartissent les futures émissions pour chaque région du monde. Dans ce scénario, un jeune Américain, même s’il devra bien moins polluer que ses aînés, se verra toujours allouer un budget carbone quinze fois supérieur à celui d’un Indien, quatre fois supérieur à un Chinois et deux fois plus important qu’un Européen.

Pour des questions d’équité et pour tenir compte de la responsabilité historique des pays développés dans le changement climatique, les experts de Carbon Brief notent que les émissions restantes d’ici à 2100 pourraient être également réparties entre tous les citoyens, quel que soit leur pays. Dans ce cas, le budget carbone d’un Américain né aujourd’hui serait inférieur de 97 % à celui de ses grands-parents.

« Injustice intergénérationnelle »

« Dans tous les cas, les enfants nés aujourd’hui vont devoir endosser la majeure partie des efforts dans la lutte contre le changement climatique, explique Leo Hickman, rédacteur en chef du site Carbon Brief. En effet, les générations précédentes, en particulier les baby-boomers, ont déjà consommé l’essentiel du budget carbone qui nous reste pour respecter l’accord de Paris, notamment en brûlant pendant des décennies des énergies fossiles dans des avions et des voitures. »

Alors que les jeunes mènent des grèves scolaires pour le climat chaque semaine dans le monde, cette analyse « met en évidence l’injustice intergénérationnelle du changement climatique », poursuit-il. « Ces jeunes vont devoir adopter un mode de vie radicalement différent, mais pas forcément fait de sacrifices, grâce au développement de technologies qui permettent de décarboner l’économie  les énergies renouvelables ou les voitures électriques », estime Leo Hickman. Les enfants nés en 2017 ne se diront pas forcément que c’était mieux avant.

L'animal : une personne non-humaine

Des juristes proposent de faire de l’animal une personne juridique

Auteur

Déclaration d’intérêts

Caroline Regad ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son poste universitaire.

Partenaires

Voir les partenaires de The Conversation France

Republier cet article

RepublishReproduisez nos articles gratuitement, sur papier ou en ligne, en utilisant notre licence Creative Commons.

 
Certains animaux, macaques, dauphins et pigeons, par exemple, se reconnaissent dans le miroir. a_m_o_u_t_o_n /PixabayCC BY-NC-ND

En 2012, sous l’impulsion d’une équipe de chercheurs dont le célèbre astrophysicien Stephen Hawking, la Déclaration de Cambridge proclamait l’existence d’une forme de conscience animale. Si cet événement a marqué un tournant historique dans la perception des animaux, le droit a depuis globalement continué à traiter ces derniers comme des choses.

Sept ans plus tard, des universitaires juristes appellent à adapter la législation à cette évolution des sciences. C’est la Déclaration de Toulon.

Le 29 mars dernier, lors d’une séance solennelle clôturant une série de colloques portant sur « La personnalité juridique de l’animal », la Déclaration de Toulon était énoncée. Retour sur cette nouvelle étape.


À lire aussi : À quand l’animal reconnu comme une « personne » juridique en France ?


Une réponse juridique forte à Cambridge

 

En 2012, la Déclaration de Cambridge affirmait que « les humains ne sont pas les seuls à posséder les substrats neurologiques de la conscience. Des animaux non-humains […] possèdent également ces substrats neurologiques. » Selon les propres mots de Philip Low, son rédacteur, « notre devoir était avant tout de dire la vérité ». Par la suite, en termes bioéthiques, les Déclarations de Curitiba, en 2014, puis de Lisbonne, en 2015, refuseront à leur tour de traiter les animaux comme des choses.

Mais pour la première fois au monde, la Déclaration de Toulon tire réellement les conséquences juridiques de celle de Cambridge.

Le 29 mars dernier, des juristes réunis à Toulon pour un colloque ont appelé à la création d’une personnalité juridique pour les animaux. Caroline Degad

 

Une question de cohérence

 

Les termes de ce texte à vocation universelle s’entendent comme une adaptation du droit à l’évolution des connaissances, œuvrant ainsi en faveur de la cohérence des systèmes juridiques. S’appuyant expressément sur la Déclaration de Cambridge, les juristes universitaires regrettent ainsi « que le droit ne se soit pas saisi de ces avancées [scientifiques] pour faire évoluer en profondeur l’ensemble des corpus juridiques relatifs aux animaux ». Sur cette base, la Déclaration de Toulon pose de manière forte :

– Que les animaux doivent être considérés de manière universelle comme des personnes et non des choses.
– Qu’il est urgent de mettre définitivement fin au règne de la réification.
– Qu’en conséquence, la qualité de personne, au sens juridique, doit être reconnue aux animaux.

Cette position s’impose d’autant plus que la catégorie des personnes juridiques est suffisamment souple pour accueillir les animaux. De manière générale, le droit reconnaît aujourd’hui deux types de personnes : les personnes physiques (humaines) et les personnes morales (les associations, les sociétés, les fondations). La Déclaration de Toulon exhorte à faire entrer les animaux dans la première (personnes physiques) afin d’assurer leur rattachement aux vivants. À côté des personnes physiques humaines, la catégorie des personnes physiques non-humaines serait ainsi créée.

Symbiotik@AgenceSymbiotik

Une synthèse inédite des connaissances actuelles sur la conscience animale :
à découvrir ici
@FR_Conversation : http://ow.ly/zXpW30mlkpf 

1

See Symbiotik's other Tweets

Twitter Ads info and privacy

Un régime spécifique

 

Le texte précise que les droits des personnes humaines seront différents de ceux des personnes non-humaines. En effet, à une catégorie juridique particulière doit répondre un régime spécifique : les personnes non-humaines seront ainsi dotées de leur propre statut, tout comme les personnes humaines et les personnes morales.

Fondamentalement, la Déclaration insiste sur la nécessité de cohérence des différents systèmes de droit. À partir du moment où un être est reconnu comme sensible, intelligent et conscient, les rigidités structurelles doivent être dépassées ; il semble tout à fait logique d’accorder une personnalité juridique aux animaux.

Selon le texte de la Déclaration de Toulon, « cette dynamique s’inscrit dans une logique juridique à la fois nationale et internationale », dont le processus semble aujourd’hui bien enclenché.

Un texte à vocation nationale et internationale

 

La Déclaration – pour l’instant rédigée en français, en anglais, en portugais et en italien – fait déjà l’objet de traductions spontanées réalisées par les internautes en russe ou en espagnol, par exemple. Et elle a déjà fait le tour de monde en passant par le Canada, les États-Unis, l’Argentine, le Brésil, la Colombie, la République dominicaine, la Suisse, le Sénégal, le Népal, le Bangladesh, la Malaisie…

Le texte est certes non contraignant, mais il serait réducteur de limiter le droit aux seuls mécanismes de contraintes ou de sanctions. Elle s’inscrit donc dans les sources mobilisables. Comme l’affirme l’équipe d’universitaires juristes :

« Elle ne nous appartient plus. Elle doit vivre sa vie maintenant. À l’instar de la Déclaration de Cambridge, elle peut être récupérée par tous les acteurs qui en auraient besoin (États, associations, ONG, juridictions, etc.). »

La France fera-t-elle figure de modèle ? Pour Philip Low, rédacteur de la Déclaration de Cambridge, le texte de Toulon « donne à la France la possibilité d’aller au-delà de l’Inde pour devenir le premier pays au monde à reconnaître tous les animaux comme personnes au sens juridique ».

Mais l’ambition affichée par la Déclaration de Toulon dépasse les frontières. Comme le souligne Cédric Riot, l’un de ses proclamateurs, c’est un texte à vocation nationale et internationale qui met sur la scène scientifique et publique un débat, celui de la personnification juridique de l’animal, tout en offrant la méthode pour y parvenir.

À l’heure où le groupe d’experts de l’ONU vient de rendre son rapport sur l’extinction de nombreuses espèces terrestres, un recul imputable aux activités humaines, la Déclaration de Toulon s’impose encore davantage. N’est-il pas temps d’inverser la tendance ? Le cas échéant, la personnalité juridique attribuée à l’animal serait un moyen pour rendre les systèmes de droit cohérents tout en permettant de répondre aux exigences de la biodiversité.

Nous et la nature

Je lis souvent des articles scientifiques qui alertent sur le risque d'atteinte à l'humanité si la nature est dégradée. J'imagine en fait qu'ils usent de ce biais pour inciter les individus à réagir positivement, dans le bon sens, par des actes. Mais en fait, on reste dans le même fonctionnement que celui qui a conduit à ce désastre. Il y a "nous" et la "nature". On ne s'en sortira pas comme ça. "Si les abeilles disparaissent, l'humanité suivra le même chemin, donc il faut les sauver." Non, il faut les sauver parce que nous n'avons aucun droit sur elles, nous avons des devoirs, uniquement des devoirs. Dès lors que l'humain ne se positionne qu'au regard de lui-même, il envisage un "profit", et cette idée de profit génère inévitablement des désordres à l'unité naturelle. Actuellement, les ingénieurs en robotique planchent à l'élaboration de pollinisateurs mécaniques, des "abeilles-robots". C'est un des effets de cette scission entre nous et le monde naturel. S'il ne répond plus à nos besoins et à notre soif de profit, pas de problème, on le remplace. L'idée est de maintenir le flux du "progrès". C'est absurde. Le progrès, le vrai progrès, serait de considérer qu'il nous mène au chaos et d'en inverser le cours. Une grande partie de l'humanité vit "hors-sol" et cette portion impose une vue matérialiste de l'existence au reste du monde. "Walden où la vie dans les bois", de Thoreau. Voilà un des ouvrages qui présente une voie de progrès réel. La simplicité volontaire. Le retour aux champs. Non pas le retour à la grotte et au feu de camp car nos connaissances seront toujours là. La force du groupe humain réside dans son unité spirituelle et non dans la matérialisation d'une "spiritualité économique. " L'économie n'a que faire du droit des animaux et de la Terre dans son ensemble. Si les politiciens et les financiers n'enclenchent aucune transformation majeure, c'est parce qu'ils adhèrent intégralement au fait que la prédominance humaine ne peut être remise en question. Et cette idée est acquise dans la majeure partie de l'humanité. Combien de personnes vont cesser de manger des animaux au regard des souffrances infligées ? Certains vont se détourner de l'agriculture industrielle pour aller vers des élevages "bio"...Des élevages bio dont l'objectif final reste le même. Le "droit naturel" de tuer les animaux pour le bien des humains.... On ne s'en sortira pas comme ça... Et le choc psychologique ne surgira qu'au jour où effectivement, l'impact des hommes sera si profond que la nature ne répondra plus à ses besoins fondamentaux. La vie "hors-sol" aura atteint son apogée. Personne n'a réellement idée de ce qui en adviendra, sinon quelques scientifiques que pas grand-monde n'écoute.

Un véritable progrès technologique, un progrès absolument indiscutable, serait que les ingénieurs mettent au point des algorithmes capables de tester des avancées médicales sans l'usage des animaux.

Un véritable progrès serait de contribuer au remplacement du plastique par des fibres naturelles de résidus de culture.

Un autre serait de mettre des voiles immenses sur les cargos en complément des moteurs. (C'est déjà possible mais pas exploité)

La liste des progrès réels à viser est de taille. Mais l'urgence n'est pas encore entrée dans la tête des humains. 

L'hallucination collective est extrêmement puissante. 

 

Débat : Donner plus de droits aux animaux, est-ce réduire ceux des humains ?
Quels droits pour les animaux ? 

PAZ ARANDO/UNSPLASH

Le spécisme est le classement, humain, des animaux selon des critères subjectifs. Si les hommes sont égaux en droits, doit-il en être de même pour les animaux ?

Introduit par Ryder en 1970, le spécisme est une forme de discrimination basée sur l’espèce. Ce concept fait résonance au racisme et au sexisme. D’abord formulé pour montrer la supériorité que l’homme s’accorde par rapport aux autres animaux, le spécisme s’est ensuite élargi aux différences que les êtres humains font entre les espèces animales selon des critères multiples (taille, culture, proximité, usage).

Il est ainsi difficile, voire inimaginable, pour les Européens de manger du chien alors qu’ils mangent du porc. Pourtant, ces deux espèces peuvent être considérées comme égales à différents niveaux, comme la taille, la longévité ou l’intelligence. Peter Singer s’interroge donc sur les considérations que l’homme devrait apporter aux animaux et ainsi aux critères qui pourraient déterminer que l’un prévaut sur l’autre. Il stipule ainsi que « Tous les animaux sont égaux ». Il n’y a pas une égalité de fait entre les animaux, humains inclus, mais une égalité de droit. En effet, les humains ne sont pas égaux entre eux mais on leur accorde tous les mêmes droits. Singer questionne alors pourquoi il n’en serait pas ainsi avec les animaux. Pourtant, il définit bien que l’égalité de considération des intérêts n’est ni l’égalité de traitement ni l’égalité des vies.

En effet, tous les animaux n’ont pas les mêmes intérêts, mais ils ont tous, par contre, intérêt à ne pas souffrir. Si ainsi, une souris souffre ou ressent la douleur telle qu’un humain la ressent, pourquoi devrait-on utiliser cette souris pour une expérience douloureuse alors que nous n’utiliserions pas l’être humain pour cette même expérience ? Ceci est défini comme l’égalité de considération des intérêts. L’égalité de considération (à ne pas souffrir par exemple) n’est pas, selon Peter Singer ou Cass R. Sunstein, la même chose que l’égalité des vies.

Notre « schizophrénie morale »

Peter Singer dit ainsi que la vie d’un être possédant une conscience de soi, capable de penser abstraitement, d’élaborer des projets d’avenir, de communiquer de façon complexe, et ainsi de suite, a plus de valeur que celle d’un être qui n’a pas ces capacités. Il donne l’exemple très critiqué des cas marginaux humains. Prenez un être humain qui ne ressortira jamais de son coma, qui ne ressent rien et qui ne fera plus rien de sa vie : pourquoi ne pas faire des expériences biomédicales sur lui plutôt que sur un macaque conscient ?

Singer n’encourage pas ici les expériences biomédicales pour les personnes comateuses ou handicapées, mais illustre bien la « schizophrénie morale » qu’il y a chez l’homme et qui définit le spécisme. Par contre, il se base sur l’intérêt de vivre lié à la faculté de se représenter sa vie. Le simple fait de vivre n’est pas en soi un bien qu’il faut conserver, contrairement à ce que pensent les déontologistes comme Tom Regan ou Gary Francione, défendant le caractère sacré de la vie. En effet, Tom Regan stipula que pour avoir des droits, il faut avoir des intérêts, mais le fait de vivre montre un intérêt en soi. Donc être en vie implique des considérations et des droits, à ne pas être tué ou utilisé.

Un être humain grandit dans une société où il a un travail, travail pour lequel il est rétribué, respecté et au bout de quelques dizaines d’années, peut s’en acquitter pour une retraite. Lui interdire ses droits, c’est le rendre esclave. Personne ne pourra se révolter contre ceci. Pourtant dans nos sociétés, il y a des êtres qui « travaillent » sans avoir ni respect, ni retraite selon les théories animalistes. Ce sont parfois des chevaux de course finissant à l’abattoir, des chiens utilisés dans la recherche biomédicale puis euthanasiés. Pourquoi ces animaux, au même titre que l’homme ne pourraient-ils pas avoir une retraite ?

Ces questions, bien sûr, des associations de protection animale telles que le GRAAL ou White Rabbit, se les sont posées et ont ainsi créé la réhabilitation des animaux de laboratoire ou des animaux de course. Dans la même veine, Steven Wise a considéré que les chimpanzés, ayant une conscience de soi similaire aux hommes, ne devraient plus être en cage mais bien réhabilités dans des environnements adéquats. Avec le Non-human rights projects, Steven Wise se base sur les concepts présents dans l’habeas corpus – notion juridique énonçant une liberté fondamentale, celle de ne pas être emprisonné sans jugement – pour « libérer » des grands singes et même des éléphants maintenus dans de piètres conditions.

Tous les animalistes ne défendent pas une théorie des droits des animaux, pensant comme Carl Cohen or Emmanuel Kant que ces derniers ne sont pas forcément nécessaires à leur protection. Malgré cela, la théorie des droits des animaux fait son chemin, en étant de plus en plus précise quant aux particularités de chaque espèce. Ainsi, La Déclaration universelle des droits de l’animal, corédigée par la LFDA (Fondation droit animal ethique et sciences), a été proclamée solennellement le 15 octobre 1978. Cette déclaration ne remet pas en compte l’utilisation des animaux par l’homme mais incite au respect de l’animal en fonction de la sentience reconnue par la science de l’espèce à laquelle il appartient.

Une citoyenneté animale ?

De même, en 2011, Will Kymlicka et Sue Donaldson publie le livre Zoopolis, décrit comme une théorie politique des Droits des animaux. Les auteurs stipulent que les droits des animaux doivent être reconnus. Ils proposent trois catégories d’animaux : domestique, sauvage et liminaire (ici appartenant à deux états, sauvage mais urbain). Et pour chacune, trois modèles de vivre ensemble : la citoyenneté, la souveraineté, le statut de résident. À savoir comment reconnaître chez un coléoptère ou un mammifère les mêmes droits en tant qu’animal sauvage ou liminaire. La question de savoir si l’homme devrait considérer tous les animaux, seulement les vertébrés ou seulement les mammifères dans ces droits divers n’a pas encore été abordée. En 2015, pour la première fois en France, un master en éthique animale a été créé à l’Université de Strasbourg afin de soulever ces questions.

Pourtant, face à ces théories et initiatives, il faut bien se dire que l’homme n’est pas un animal comme les autres. Ceci se voit bien autour de nous. Quoi que les animaux savent compter et échanger, ils n’ont pas de billets de banque. Quoi que les animaux savent communiquer et ont des langages, ils n’ont pas l’écriture qui a permis à l’Homme cette accumulation culturelle avantageuse. Pour autant, donner des droits aux animaux signifierait-il rabaisser les hommes ? Il n’en est rien.

Bien sûr, certains (très peu) animalistes extrémistes se lâchent sur les blogs et préfèrent « expérimenter sur les prisonniers ». Des végétariens voudraient forcer les humains à ne plus manger de viande. Mais ces arguments ne sont avancés que par une minorité inondant les réseaux sociaux. Il ne s’agit pas en donnant des droits aux animaux, de diminuer ceux des hommes. Dire d’un côté « il ne faut plus que l’homme n’utilise aucune espèce animale », comme de l’autre « donner des droits aux animaux, c’est rabaisser l’homme », sont des arguments utilisés que par une minorité de personnes qui ont peu de connaissances soit en philosophie, soit en éthologie. L’éthique, c’est du bon sens comme Kant le soulevait :

« Les devoirs que nous avons en fait envers les animaux sont des devoirs envers l’humanité car les animaux sont un analogon de l’humanité. Un homme cruel envers les animaux le sera aussi envers les hommes. »

Comme le dit si bien Matthieu Ricard, prendre en compte la condition animale, c’est donc élever l’homme vers une humanité bien supérieure à ce qu’elle est aujourd’hui ou encore que les philosophes ou sémioticiens, comme Astrid Guillaume ou Anne-Laure Thessard, appellent une humanimalité.

The Conversation

Le cerveau des enfants

Image d’illustration. 
© Getty Images/Science Photo Library R /KATERYNA KON

7 minutes de lecture

 Neurosciences Enfants  Sciences de la vie

Florence Rosier
Publié vendredi 14 septembre 2018 à 13:49, modifié vendredi 14 septembre 2018 à 15:00.

CERVEAU

«L’erreur est la condition même de l’apprentissage»

Dès la naissance, notre cerveau est capable d’apprendre plus vite et plus profondément que la plus puissante des machines. Le jeu, la concentration ou le sommeil peuvent augmenter nos capacités d’apprentissage, selon Stanislas Dehaene, professeur de psychologie cognitive, dont le dernier ouvrage vient de paraître

  • Stanislas Dehaene est professeur de psychologie cognitive expérimentale au Collège de France (Paris). Il publie Apprendre! Les talents du cerveau, le défi des machines (Ed. Odile Jacob), qui fourmille d’astuces et de récits d’expériences. L’occasion de l’interroger sur les «recettes» d’un apprentissage réussi, inspirées des neurosciences, de la psychologie cognitive et des sciences de l’éducation.

Le Temps: Tous les élèves – et leurs parents – rêvent de connaître ce secret: apprendre à mieux apprendre…

Stanislas Dehaene: Personne, malheureusement, ne nous a appris les règles qui font que notre cerveau mémorise et comprend – ou qu’il oublie et se trompe! C’est dommage, car les interventions pédagogiques qui marchent ont été recensées par un site anglais, l’Education Endowment Fund (EEF). Verdict: savoir apprendre est l’un des plus importants facteurs de réussite scolaire. Tous les enfants démarrent dans la vie avec une architecture cérébrale analogue. Leurs compétences innées pour le langage, l’arithmétique, la logique ou les probabilités révèlent leurs intuitions précoces et abstraites, sur lesquelles l’enseignement doit s’appuyer.

Un bébé opère 10 à 1000 fois plus vite que les réseaux de neurones artificiels actuels!

Stanislas Dehaene

Les bébés ont déjà un sens inné des probabilités, dites-vous…
Le bébé est un scientifique en herbe. C’est même une machine à apprendre, souvent imitée mais jamais égalée! Dès les premiers mois de vie, il formule – à son insu – des hypothèses sur les observations qu’il fait de son environnement. Ensuite, il les revoit constamment à la lumière de ses nouvelles expériences, par un jeu de déductions rigoureuses, grâce à quoi il peut apprendre le langage en un temps record.

 

Prenons le mot «chien», par exemple. La première fois que sa mère lui dit «regarde ce chien», le bébé peut croire qu’il s’agit du seul chien qu’il voit ou, à l’autre extrême, de tous les quadrupèdes existants. Quand le bébé entend de nouveau ce mot, appliqué à d’autres chiens, il élargit le concept à toute l’espèce, tout en le restreignant à cette seule espèce. Il suffit de trois ou quatre expériences pour que le bébé converge vers le sens d’un mot nouveau. Ce faisant, il opère 10 à 1000 fois plus vite que les réseaux de neurones artificiels actuels!

Le bébé humain nous étonne par bien d’autres compétences…
Il expérimente en permanence. Quand il fait tomber sa cuillère pour la 10e fois du haut de sa chaise, vous pensez sans doute qu’il met à l’épreuve votre patience parentale. Il n’en est rien (quoique…): tel un mini-Galilée, il teste les lois de la gravité!

Mais il a aussi d’étonnantes intuitions sur les nombres, les objets, la psychologie… Très tôt, par exemple, il teste les intentions des gens – bienveillantes ou malveillantes. Au laboratoire, nous évaluons ses savoirs en mesurant son degré de surprise (la durée de son regard sur une scène) quand il observe des situations qui violent les règles de la physique, de la géométrie, des probabilités…

L’enfant n’apprend bien que lorsqu’il génère en permanence des hypothèses nouvelles. Un élève passif n’apprend guère.

Stanislas Dehaene

Un apprentissage réussi repose sur quatre piliers… Quels sont-ils?
Le premier est l’attention. Aucune information ne sera mémorisée si elle n’a pas d’abord été amplifiée par l’attention et la prise de conscience. Cela impose de ne pas se laisser distraire par des informations non pertinentes – donc, pour les enseignants, d’écarter toute source de distraction: classes trop décorées, etc. Notre attention sélective doit être orientée vers le bon niveau d’informations. Quand un élève dit aux enseignants «Je ne vois pas ce que vous voulez dire», il est sincère: il n’a pas l’image mentale correspondante. Il faut donc être patient avec lui.

Deuxième pilier de l’apprentissage: l’engagement actif…
L’enfant n’apprend bien que lorsqu’il génère en permanence des hypothèses nouvelles. Un élève passif n’apprend guère. L’enjeu est de le faire participer en cours pour que son esprit pétille de curiosité, pour qu’il anticipe sur ce qu’il croit avoir compris… En pratique, les bons enseignants utilisent déjà cette notion en alternant des périodes de cours magistral avec celles où ils sollicitent les enfants à l’aide de questions. Un bilan des études sur le sujet le montre: les enfants qui bénéficient d’un enseignement favorisant l’engagement actif ont des résultats supérieurs d’un tiers.

Lire aussi: Chez les ados, un cerveau à deux visages

Le retour sur erreur est le troisième pilier de l’apprentissage. Mais il implique d’accepter les erreurs…
En effet. L’enfant qui s’engage doit rapidement recevoir un «retour sur erreur». S’il a juste, rien à changer, sinon il doit «remettre à jour son modèle mental». L’erreur est la condition même de l’apprentissage. J’estime que les notes ne sont pas un bon système d’évaluation: elles ne donnent pas une information précise sur l’endroit où l'élève s’est trompé. Elles n’ont pas vraiment d’intérêt pédagogique, mais génèrent du stress. Or on sait que les émotions positives nourrissent la curiosité et l’enthousiasme de l’enfant, mais que les émotions négatives bloquent les apprentissages: elles figent les réseaux de neurones. Je plaide donc pour décomplexer l’erreur, notamment dans l’apprentissage des mathématiques, trop souvent source de stress.

Les écrans font partie de notre vie: ce n’est pas leur présence mais leur contenu qui importe. Les jeux vidéo peuvent être un vecteur d’apprentissage très utile

Stanislas Dehaene

Qu’en est-il de la consolidation, dernier pilier de l’apprentissage?
Il ne suffit pas d’avoir appris une seule fois: les connaissances ne sont ni fortement imprimées, ni automatisées. Encore faut-il, par un jeu de répétitions régulières, déplacer cet apprentissage superficiel vers des circuits cérébraux plus profonds qui les rendent autonomes. La lecture en offre un exemple: au début, on déchiffre avec lenteur les mots, d’une façon consciente qui demande un effort considérable. Mais, à mesure que la lecture s’automatise, les circuits en jeu deviennent inconscients: cela libère notre cortex frontal, qui peut s’occuper à d’autres tâches. Pour maximiser la mémorisation à long terme, nous devons réviser nos connaissances à intervalles réguliers et croissants. Si nous voulons les retenir pendant 10 ans, il faut les réviser au bout de 2 ans.

Lire aussi: Comprendre comment le cerveau décide

Quid de l’importance du sommeil?
Il joue un rôle crucial dans cette consolidation. C’est là une découverte récente des plus intéressantes: le sommeil est une partie intégrante de l’algorithme d’apprentissage de notre cerveau. Quand nous dormons, nos neurones rejouent 20 fois plus vite ce que nous avons appris durant la journée. Cela permet une consolidation, mais aussi une abstraction. Chez l’enfant, la durée et la profondeur du sommeil sont directement corrélées à la quantité d’apprentissage – trois fois plus que chez l’adulte. Un immense domaine s’ouvre ici. En laboratoire, on peut augmenter la profondeur du sommeil en diffusant un bruit de vagues synchrones avec les ondes lentes du cerveau. Au réveil, les apprentissages sont alors mieux consolidés.

Vous livrez cette autre recette: on apprend mieux quand on alterne les temps d’apprentissage avec des tests sur nos connaissances…
Une série d’études a comparé la réussite à des tests de mémoire de deux groupes d’enfants ou d’adultes. Le premier passait tout son temps à étudier. Le second alternait – sur une même durée – les périodes d’étude et les périodes de tests des connaissances acquises. Résultat: ce dernier groupe mémorisait bien mieux. Les tests jouent un rôle actif dans l’apprentissage. Certains enseignants en ont l’intuition, mais à l’école ce n’est pas vraiment mis en pratique.

Lire aussi: Dans le cerveau, une fabrique de neurones à la demande

Que pensez-vous du débat sur les bénéfices et les risques des écrans?
C’est un débat extraordinairement stérile. Les écrans font partie de notre vie: ce n’est pas leur présence mais leur contenu qui importe. Les jeux vidéo peuvent être un vecteur d’apprentissage très utile. Y compris des jeux d’action non conçus à cette fin: ils peuvent apprendre à l’enfant à se concentrer, à prendre des décisions rapides…

Le vrai danger, c’est le risque d’addiction. Mais si l’on contrôle ce risque, on peut tirer bénéfice de l’immense appétence des enfants à l’égard des jeux vidéo. A contrario, ce serait dommage que l’informatique envahisse tout, au point d’éloigner l’enfant de la lecture ou de la musique…

Lire aussi: Pour les enfants, faire de la musique favorise les apprentissages

  •