Thierry LEDRU

  • Localisation : Presle

Billets de la-haut

Au cœur du cerveau

Une série passionnante.

Randonnée en Chartreuse

L'arche de la tour percée.

On y était déjà allé il y a plusieurs années mais par un autre passage. Cette fois, on voulait faire une boucle en venant par le bas et en sortant sur le plateau, tout en haut.

La mer de nuages a compliqué les choses :) Il n'y a pas de topo détaillé parce que les connaisseurs souhaitent préserver l'aspect "aventureux" de la balade...

Du coup, il faut chercher, essayer de repérer les traces de passages dans les herbes ou les cailloux, de trouver les bonnes vires pour franchir les ressauts rocheux. On a sorti la corde pour un passage en escalade sans trop savoir si c'était le bon itinéraire. On pensait même qu'on ne trouverait pas l'arche, un peu paumés dans la brume et puis tout d'un coup, au sortir d'une barre rocheuse, on est tombé pile dessus :) :) 

Et là, coup de chance numéro 2, après avoir remonté un couloir rocheux, terreux, herbeux, boueux, on est sorti au soleil, au-dessus des nuages ! :) Que du bonheur.

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Pour l'éducation à la non-violence

L’apprentissage du respect

 

Pour plus de détails sur les compétences psychosociales du Programme Éduquer à la non-violence et à la paix cliquez ici.

 

 


 

Fiche 1. Un contrat de respect mutuel au collège

 

  • Cycles : 
  • Objectifs :
    • Décrire une action coopérative amenant élèves et adultes à s’interroger sur leurs propres comportements en élaborant un Contrat de Respect Mutuel par le dialogue et le consensus et en le faisant vivre pour donner sens au « vivre ensemble » dans un collège. « Le respect n’est pas une discipline qu’on enseigne. C’est une démarche qui se met en œuvre dans l’action et par l’action. ».
  • Mots-clés : respect – projet d’école – contrat de respect mutuel
  • Type de fiche : Outil
  • Source : Document de présentation du contrat de respect mutuel mis en œuvre au Collège le Haut Mesnil à Montrouge (Hauts de Seine). Intervention d’Aline Peignault , alors Principale du collège Le Haut Mesnil à Montrouge, au premier Forum « la non-violence à l’école » le 15 octobre 2004 et dont les actes sont disponibles sur le site de la Coordination : www.education-nvp.org ; article d’Aline Peignault dans le livre collectif École : changer de cap, éd. Chronique Sociale, 2007 ; article de Jamila Krebis, Conseillère Principale d’Education au collège, dans Non-Violence Actualité n°275 de juillet-août 2004.

 

Fiche 2. Réaliser une charte du respect

 

  • Cycles : 
  • Objectifs :
    • Développer chez les élèves les attitudes de respect de l’environnement, des autres et de soi-même.
    • Développer l’esprit de coopération par la réalisation d’une œuvre commune ; Développer l’esprit de coopération par la réalisation d’une œuvre commune.
    • Développer la conscience citoyenne à l’intérieur de l’école ; Développer la conscience citoyenne à l’intérieur de l’école.
  • Mots-clés : respect – coopération – règles – projet d’école – charte du respect
  • Type de fiche : Outil
  • Durée : 50 minutes
  • Nombre de séances : plusieurs
  • Matériel : copie de la charte de Montargis. Elle peut servir d’exemple de ce qu’il est possible de réaliser.
  • Source : Cette fiche a été réalisée par Vincent Roussel, membre de la Coordination française pour la Décennie de la non-violence et de la paix, après enquête auprès des acteurs de l’action. Sous l’impulsion de l’adjoint au maire de Montargis chargé des affaires scolaires, les sept écoles primaires de Montargis ont travaillé sur la notion du respect pendant deux années consécutives. Durant l’année scolaire 1999-2000 les enfants ont travaillé sur le respect de l’environnement, rassemblant les résultats de leur travail sous différentes formes (affiches, cahiers, dessins, petites expositions, etc.) Au cours le l’année, deux réunions de mise en commun ont rassemblé plusieurs délégués de chaque école, des enseignantes et des représentants de la municipalité. Les enfants ont présenté leurs travaux et ont demandé à la municipalité d’installer dans les cours d’école des poubelles « ludiques » (Flipper le dauphin ou Kermit la grenouille) pour qu’ils puissent développer une campagne de propreté de l’école avec le slogan : « Donnez leur à manger ». La deuxième année (2000-2001) le travail s’est poursuivi pour aboutir à la mise au point d’une « Charte des enfants des écoles de Montargis pour un meilleur cadre de vie et de respect des autres ». La mairie a accepté d’imprimer la charte sous forme d’une affiche disponible pour toutes les classes de toutes les écoles. Le maire s’est déplacé dans deux écoles pour rencontrer les enfants, les encourager et leur remettre ces affiches.

 

Fiche 3. Bonjour, merci, s'il-vous-plait, pardon, au revoir

 

  • Cycles : 
  • Objectifs :
    • Développer les habitudes de civilités de base qui s’expriment par les mots : bonjour, merci, s’il vous plait, pardon, au revoir.
  • Mots-clés : respect – éducation civique – français – conte
  • Type de fiche : Activité
  • Durée : 45 minutes
  • Nombre de séances : une ou deux séances : il est possible de choisir d’animer deux séances sur ce thème, autour de chacun des deux contes
  • Source : Vincent Roussel.

 

Fiche 4. Apprendre le respect

 

  • Cycles : 
  • Objectifs :
    • Développer chez les enfants des attitudes de respect de l’environnement, de soi et des autres.
  • Mots-clés : respect – éducation civique – mathématiques – parole libre – cercle de parole – activité manuelle
  • Type de fiche : Activité
  • Durée : 45 minutes
  • Matériel : L’affiche Face à la violence, le respect (éditée par NVA BP 241, 45202 Montargis cedex ou www.nonviolence-actualité.org) ; feuilles de papier de couleur (au moins trois couleurs) et des paires de ciseaux pour fabriquer des polyèdres en origami.
  • Source : Vincent Roussel.

 

Fiche 5. Le respect et le vêtement

 

  • Cycles : 
  • Objectifs :
    • Permettre une réflexion sur le respect et le choix des vêtements.
  • Mots-clés : respect – français – texte libre – parole libre – conte
  • Type de fiche : Activité
  • Durée : de 30 à 45 minutes
  • Source : Marie-Odile Mergnac, Mille Proverbes et Dictons de tous les temps, éd. Archives Culture, 2003 ; 101 histoires de Djeha-Hodja Nasreddin ; et Champions du monde de la politesse, de Stéphane Frattini et Stéphanie Ledu, illustrations par Jacques Azam, éd. Milan jeunesse. Ce livre permet de réfléchir et de choisir un comportement adapté dans les situations courantes, en famille, à l’école, en ville. Les enfants et les adolescents y trouveront toute sorte de conseils pour apprendre à juger des avantages et des inconvénients de leurs choix en matière de vêtements, de manière de parler, d’hygiène et d’attitudes, etc.

 

Fiche 6. Le souffre-douleur

 

  • Cycles : 
  • Objectifs :
    • Faire comprendre aux enfants le phénomène de souffre-douleur pour ne pas banaliser.
    • Comprendre les responsabilités de chacun témoin, auteur et victime ; Comprendre les responsabilités de chacun témoin, auteur et victime.
    • Inciter les enfants à réagir, à ne pas laisser faire ; Inciter les enfants à réagir, à ne pas laisser faire.
    • Aider des enfants potentiellement victimes à sortir de ce statut ; Aider des enfants potentiellement victimes à sortir de ce statut.
  • Mots-clés : responsabiliser – faire réagir – aider
  • Type de fiche : Atelier
  • Durée : de 15 à 45 minutes
  • Nombre de séances : régulier
  • Matériel : Photocopie de la planche pour chaque élève.
  • Source : Fiche présentée par Claire Chéné, directrice de l’association « Graine de citoyen » . Présentation de 3 activités sur ce thème.

 

Fiche 7. Rintintin bouc-émissaire

 

  • Cycles : 
  • Objectifs :
    • Former les élèves à la médiation/gestion de conflits.
    • Comprendre les différentes façons de ressentir chaque action ou parole (vision, imagination, sentiment…).
    • Faire réagir les élèves sur chaque mot qu’ils emploient et qui pourraient blesser l’autre.
    • Prendre conscience à la classe du phénomène du bouc émissaire et ses conséquences.
  • Mots-clés : avoir conscience – ressentir – bouc émissaire – médiation
  • Type de fiche : Activité
  • Durée : 30 minutes
  • Nombre de séances : régulier
  • Matériel : Photocopie de la planche Le bouc émissaire pour chaque élève.
  • Source : La BD Il en faut peu pour être amis a été éditée en 1994 par l’association belge Asbl Humania. Elle a été distribuée gratuitement, avec l’aide d’une fondation, aux enseignants des écoles primaires ayant reçu préalablement une formation à la médiation/gestion des conflits. L’association a été dissoute en 2006. En nous donnant l’autorisation d’utiliser cette page de l’album, Paula Peters qui a assuré la coordination du travail de conception et de réalisation de la bande dessinée, nous précisait : « Chez nous, elle a été appréciée en son temps ». Le déroulé pédagogique de cette fiche est proposé par Génération Médiateurs et par Vincent Roussel de Non-Violence Actualité.

 

Fiche 8. Programme d'Elmer contre l'intimidation à l'école

 

  • Cycles : 
  • Objectifs :
    • Aider à régler le problème de l’intimidation à l’école.
    • Conseiller les enfants à prévenir ou éradiquer ce genre de comportement dans leur vie à l’école et en-dehors de l’école ; Conseiller les enfants à prévenir ou éradiquer ce genre de comportement dans leur vie à l’école et en-dehors de l’école.
  • Mots-clés : intimidation – confiance – aide – prévenir – endroits surs – solidarité
  • Type de fiche : Outil
  • Source : Le Conseil canadien de sécurité dispense un grand nombre de conseils de sécurité à destination des enfants dans tous les domaines de leur vie : la sécurité routière, dans les autobus scolaire, sécurité-incendie, sécurité dans les trains, cyber-sécurité. Il utilise pour cela une mascotte, Elmer l’Éléphant prudent. Celui-ci a pour rôle d’enseigner aux jeunes enfants l’importance de la sécurité. Dès sa première apparition, il y a plus de 50 ans, Elmer est devenu la vedette des enfants. Son image a été modifiée au fil des ans pour qu’il ait toujours une incidence positive sur les enfants. Le personnage et son message restent actuels (et fort utiles). Vous trouverez une mine d’outils pédagogique concernant l’apprentissage de la sécurité sur le site www.pomverte.com/Secuimp.htm. Nous reproduisons ici la fiche n°34, qui concerne les conseils d’Elmer face à l’intimidation à l’école.

 

Fiche 9. Fiche définitions

 

  • Cycles : 
  • Objectifs :
    • Connaître les différents mots ou expressions pouvant être à la base du harcèlement.
    • Appréhender leurs différentes définitions et nuances.
    • Responsabiliser les élèves et enfants face à ce phénomène.
  • Mots-clés : bouc émissaire – souffre-douleur – mouton noir – tête de turc – définitions – nuances – respect
  • Type de fiche : Outil
  • Source : Ces différentes définitions ont été prises dans diverses sources telles que le Petit Larousse illustré 2005, Wikitionnaire ou encore, Wikipédia.

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 Posted by  on 3 janvier 2013
 

Life in a day

Léo, notre garçon, passionné par le trail m'a envoyé cette vidéo.

Même si je ne comprends pas l'intégralité, je suis subjugué par cette ambiance et l'intensité des témoignages, des images, de la musique.

Cette puissance des corps, cette énergie, cette capacité à aller vers les limites les plus éloignées, cette exploration de l'âme, ce silence intérieur qui s'installe, cette conscience ultime de chaque muscle, de chaque sensation, l'euphorie de la vie dans la brûlure bienheureuse de l'effort long, c'est un "voyage" qui est à mes yeux absolument nécessaire, comme une voie incontournable.

Ce matin, je suis allé courir et les images m'accompagnaient, la musique dans les oreilles. 

Des musiques qui m'emportent, coulent comme de la sève, me nourrissent...

Je sais d'où je viens, je sais que je ne devrais même pas pouvoir marcher normalement, je sais que le couperet n'est pas passé loin alors chaque foulée, je la vis comme un miracle, un cadeau inestimable...

Chaque jour qui se lève et que je découvre en ouvrant les yeux, c'est une naissance, chaque jour est une vie. 

En mode "survie"

Avant de commencer le roman en cours, j'ai lu moult documents, récits, analyses de situations de crises majeures : l'ouragan Katrina à la Nouvelle orléans, le tsunami de l'Asie du sud-est, le tsunami au Japon, le tremblement de terre de Kobé etc etc... Toujours les mêmes défis, les mêmes comportements, entre solidarité commune et violences individuelles, entre humanité et instinct primaire...

 

Une épave de voiture dans une rue de Baie Nettlé, le 10 septembre 2017, après le passage de l\'ouragan Irma sur l\'île de Saint-Martin.

RECIT. "On s’est mis en mode survie" : des sinistrés de l’ouragan Irma racontent la semaine d’après à Saint-Martin

 

Ils se prénomment Emilie, Arnaud, Frantzcia et Benjamin. Dans la nuit du mardi 5 au mercredi 6 septembre, l’ouragan Irma a uni leurs destins, en s’abattant sur la petite île antillaise de Saint-Martin, dévastant tout sur son passage, avec ses trombes d’eau et ses vents à plus de 300 km/h. Habitante, pompier, commerçante, entrepreneur, ils racontent à franceinfo la semaine qui a suivi le cataclysme : le chaos, la survie, l’arrivée des secours et le début du retour à la vie.

Deux hommes fouillent les ruines d\'un restaurant de la Baie-Orientakle, le 10 septembre 2017, après le passage de l\'ouragan Irma sur l\'île de Saint-Martin.
Deux hommes fouillent les ruines d'un restaurant de la Baie-Orientakle, le 10 septembre 2017, après le passage de l'ouragan Irma sur l'île de Saint-Martin. (MARTIN BUREAU / AFP)

"LE PLUS DANGEREUX, CE N’EST PAS L’OURAGAN, C’EST APRÈS"

Depuis la terrasse de son appartement dévasté sur les hauteurs de Grand-Case, Emilie a une vue imprenable sur l’aéroport français. Chaque jour, la même scène se joue désormais sous les yeux de cette trentenaire. Un ballet incessant d’avions et d’hélicoptères, civils et militaires, achemine les secours et l’aide humanitaire dont l’île a tant besoin. Sur la route, des centaines de sinistrés attendent en plein soleil des heures durant qu’un soldat les autorise à embarquer à bord de l’avion qui leur permettra d’échapper à leur enfer. Emilie elle aussi rêve de s’envoler.

La jeune femme de 35 ans, directrice d’un magasin dans un hôtel de luxe, est installée à Saint-Martin depuis six ans avec son fiancé, Geoffrey. "On avait l’expérience des cyclones, on avait déjà vécu Gonzalo [en 2014], se remémore-t-elle. On avait protégé beaucoup de choses, on avait essayé de tout sécuriser, mais ça n’a pas suffi. On ne s’attendait pas à avoir un cyclone d’une telle violence. Ça a été incroyable."

Pendant l’ouragan, Emilie et Geoffrey se réfugient dans leur salle de bain avec leurs chiens et leurs chats et une valise de vêtements. Ils y restent cloîtrés deux heures et demi, en attendant l’accalmie. Une fois Irma passé, le couple émerge de son refuge. "L’appartement a perdu une partie de son toit. A l’intérieur, tout est détruit. On a pratiquement tout perdu. On n’a plus que les habits qu’on a mis dans la valise à se mettre sur le dos."

On s’est mis en mode survie. On a fait les choses les plus élémentaires.

Emilie, habitante de Saint-Martin

"On avait fait des réserves, mais pas assez", raconte-t-elle encore. Eau, vivres, essence… Ils commencent à se rationner et mettent en commun avec leurs voisins le peu qu’il leur reste pour un barbecue improvisé sur des parpaings. "Il y a une énorme entraide. Un des habitants de la résidence est ébéniste. Il a passé deux jours à calfeutrer les fenêtres qui avaient été soufflées avec des planches de bois."

La vie d’Emilie se résume à l’essentiel. "On essaie de récolter l’eau de pluie et de la filtrer pour se laver, faire la vaisselle et la mettre dans les toilettes. On fait surtout très attention à l’hygiène, à nous, à ne pas se blesser. Le plus dangereux, ce n’est pas l’ouragan, c’est après." Pour trouver de quoi manger, Emilie se résout à se servir dans un supermarché"On a constitué une équipe avec les voisins pour aller visiter un dépôt alimentaire et essayer de trouver de quoi manger. C’était plein de boue, mais on a quand même trouvé des biscuits et du jus. On a vu que l’antenne téléphonique avait tenu. On a trouvé un peu de réseau et on a pu donner des nouvelles à nos proches sur l’île et à la métropole."

Moralement, c’est épuisant. Ce ne sont pas nos propres pertes matérielles qui minent le moral, c’est l’ampleur des dégâts. Il y en a partout. On ne sait plus où regarder. On est témoin de tellement de violence.

Emilie, habitante de Saint-Martin

Dès le lendemain de l’ouragan, Emilie a vu les premiers militaires atterrir. Les premières évacuations aussi. Des femmes, des enfants, des blessés. Des touristes également. Emilie souhaite aussi partir, mais elle n'est pas prioritaire. Au bout d’une semaine, elle croit pouvoir s’échapper par la mer, avec un bateau venu de Guadeloupe, mais la traversée est annulée au dernier moment.

Désespérés, Emilie et Geoffrey tentent leur chance à l’autre aéroport, du côté néerlandais de l’île. Après des heures d’attente sous un soleil de plomb avec des centaines d’autres sinistrés, ils embarquent enfin à bord d’un avion cargo militaire français, avec leurs animaux et leurs maigres bagages. Direction Pointe-à-Pitre, puis la métropole.

"C'est très dur. Tout laisser derrière soi et ne pas savoir de quoi demain sera fait. Mettre six ans de sa vie antillaise dans un sac à dos. Tout perdre du jour au lendemain. On est si peu de choses au final." Emilie a retrouvé ses parents. "Je n'ai toujours pas pris de douche. Je profite de ma famille. Entre profiter ou puer, il faut choisir. Je ne veux pas manquer la moindre minute avec eux." Mais elle l’assure : "Je vais revenir à Saint-Martin."

Des pompiers à bord d\'un bateau faisant la traversée entre Pointe-à-Pitre en Guadeloupe et l\'île de Saint-Martin, le 8 septembre 2017, après le passage de l\'ouragan Irma.
Des pompiers à bord d'un bateau faisant la traversée entre Pointe-à-Pitre en Guadeloupe et l'île de Saint-Martin, le 8 septembre 2017, après le passage de l'ouragan Irma. (MARTIN BUREAU / AFP)

"ON A DU MAL À CROIRE QU’ON EST EN FRANCE"

Au lendemain de l’ouragan, à près de 7 000 km de Saint-Martin, dans une caserne de Saint-Etienne, le sergent-chef Arnaud prépare en urgence son équipe. La cellule de crise de l’ONG Pompiers Humanitaires Français est activée. Il ne lui faut que 24 heures pour arriver en Guadeloupe avec son matériel de sauvetage et de déblaiement, mais un obstacle de taille leur barre la route : l’ouragan José menace à son tour de s’abattre sur l’île dévastée.

Par chance, le cyclone change de cap et évite Saint-Martin. Le pont aérien et maritime peut reprendre. "La traversée en barge depuis Pointe-à-Pitre a duré 20 heures", se souvient le sapeur-pompier, qui a l’habitude de ce genre de terrain. Il était aux Philippines en 2004 après le tsunami, en Haïti en 2010 et au Népal en 2015 après les séismes. Mais aussitôt débarqué, une impression le saisit.

C’est le chaos complet. Le paysage est apocalyptique. Tout est à terre.

Arnaud, sapeur-pompier

Cinq jours après le passage d’Irma, les sauveteurs commencent leur mission. Une intervention dans le quartier Saint-James au Marigot, une autre à la pointe ouest de l’île aux Terres-Basses, une autre au nord-ouest à La Savane. "Quand ils nous voient arriver, les habitants ont le sourire. On donne ce qu’on peut, on n’est pas une grosse structure, mais rien qu’au niveau psychologique, c’est énorme pour ces gens qui ont tout perdu et qui sont complètement abattus", raconte le sapeur-pompier.

Du lever du jour à la tombée de la nuit, les six hommes multiplient les interventions. Ils sécurisent des maisons, déblaient les décombres, recherchent d’éventuelles victimes, réparent les toitures quand elles peuvent l’être, installent des bâches là où les tôles ont été arrachées… Dans l’équipe, chacun a sa spécialité : il y a les infirmiers urgentistes avec leur matériel de premiers secours, les experts des interventions en milieu aquatique et les spécialistes de la grimpe. Le soir venu, le sergent-chef Arnaud et ses hommes sont hébergés par des habitants ou dorment dans une maison abandonnée. Ils sont confrontés à une réalité à laquelle ils n’étaient pas préparés.

Des habitants ont créé des milices privées dans certains quartiers pour se protéger des pillages. Le premier soir, des gens sont venus nous voir pour nous dire de ne pas nous inquiéter. On se dit que ce n’est pas possible. On a du mal à croire qu’on est en France.

Arnaud, sapeur-pompier

"Ce qui m’a le plus étonné, c’est que sept jours après l’ouragan, certains quartiers n’aient toujours pas été visités par les secours. Normalement, quatre jours après une catastrophe, tout le monde a vu les pompiers. C’est incompréhensible", lâche le sergent-chef. Et d'ajouter : "Il y a sûrement eu des soucis d’acheminement, à cause des aéroports endommagés et de l’ouragan José qui a retardé les opérations de secours."

Mais une semaine après le cataclysme, "ça commence à prendre forme", tempère le secouriste. "Beaucoup de moyens ont été mis en place très vite. Et tout le monde met la main à la pâte." La mission durera dix jours en totale autonomie. Et une autre équipe est prête à prendre la relève.

Des habitants du Marigot attablé à la terrasse improvisée d\'un bar, le 14 septembre 2017, après le passage de l\'ouragan Irma sur l\'île de Saint-Martin.
Des habitants du Marigot attablé à la terrasse improvisée d'un bar, le 14 septembre 2017, après le passage de l'ouragan Irma sur l'île de Saint-Martin. (HELENE VALENZUELA / AFP)

"DIEU M’A PROTÉGÉE"

Frantzcia a le sourire et des journées bien remplies. Son restaurant de cuisine française et créole, ouvert il y a quatre mois dans le quartier de Bellevue à Marigot, a été miraculeusement épargné par l’ouragan. "Dieu m’a protégée", croit la jeune femme de 28 ans, débarquée d’Haïti alors qu’elle était encore bébé. Avant l’arrivée de l’ouragan, elle a décidé au dernier moment d’affronter Irma dans son commerce plutôt que sa maison. Bien lui en a pris. Son domicile est désormais inhabitable. "Toutes les baies vitrées sont cassées." Le vent et la pluie se sont engouffrés, saccageant tout. "Dans mon restaurant, je n’ai rien. Pas de casse." Juste une vitre brisée, remplacée par une planche de bois.

A peine le cyclone passé, Frantzcia s’est remise aux fourneaux. Sans électricité. "Heureusement, je cuisine au gaz", précise-t-elle. "J’ai cuit toute la viande que j’avais au freezer pour ne pas qu’elle se gâte et j’ai donné à manger gratuitement aux voisins." La restauratrice a été prévoyante. "Avant l’ouragan, j’avais fait le plein de bouteilles d’eau pour faire des glaçons et garder les aliments au frais le plus longtemps possible. Après, ça nous a fait de l’eau fraîche."

On commence à y voir un peu plus clair. Avec les voisins, on a nettoyé un peu partout dans le quartier. C’est déjà plus propre. Ça va aller.

Frantzcia, restauratrice

Frantzcia et son établissement ont aussi échappé aux pillages. "Tout a été pillé partout autour, on est les seuls à ne pas avoir été touchés. Mais on est là en permanence. On habite juste au-dessus, maintenant. Et dans le quartier on se connaît tous." L’électricité est revenue au bout de six jours de pénurie. Frantzcia a pu remettre en route son réfrigérateur. Le supermarché aussi a rouvert"J’ai pu aller faire des courses. Il n’y avait pas de surgelés, mais j’ai trouvé de la viande fraîche."

"Il faut que je vous laisse. Je suis en train de préparer le repas de midi", s’excuse-t-elle. Au menu du "gou-T", il y aura de la soupe de cabri, du riz créole, des haricots rouges et du poulet à la crème avec des spaghettis. La nouvelle de la réouverture de son restaurant a circulé et depuis, il ne désemplit pas. Frantzcia est même obligée de prendre des réservations.

Les décombres de maisons détruites à Grand-Case, le 11 septembre 2017, après le passage de l\'ouragan Irma sur l\'île de Saint-Martin.
Les décombres de maisons détruites à Grand-Case, le 11 septembre 2017, après le passage de l'ouragan Irma sur l'île de Saint-Martin. (MARTIN BUREAU / AFP)

"MÈRE NATURE NOUS A MIS UN GROS COUP DANS LA GUEULE, MAIS ON VA SE REDRESSER"

Benjamin est arrivé à Saint-Martin à 18 ans. Il en aura bientôt 50. En trois décennies, il s’est bâti une existence prospère sur l’île, à la tête notamment d’un bistrot gastronomique, d’une cafétéria et d’un magasin de vins et spiritueux. Une vie qu’il espère ne pas perdre.

"Dès que le cyclone a baissé en intensité, j’ai pris ma voiture", raconte-t-il."Au bout de deux heures de route, je suis arrivé devant mon restaurant. Il avait tenu. J’ai passé la nuit dans ma voiture à monter la garde. Je n’ai pas dormi. Je suis rentré chez moi au petit matin pour rassurer ma femme. Quand je suis revenu, les pillards étaient passés." La porte de son entrepôt de vins et de spiritueux, elle, a été forcée à coup de transpalettes. Les voleurs lui ont dérobé des grands crus sous ses yeux.

La violence des hommes a été plus forte que celle de Mère Nature. J’ai vu des horreurs : des gens qui venaient voler avec des coupes-coupes et des clubs de golf. Et ils ont fait ça en famille. Le papa, la maman, les enfants…

Benjamin, entrepreneur

"La zone d’activité, le poumon économique de l’île, a été balayée non pas par l’ouragan mais par les pillards. Ça a été l’enfer", assure Benjamin. "C’était du pillage gratuit. Ils repartaient avec des machines à laver. Ils ne piquaient pas pour bouffer. Ce n’était pas pour la survie. C’était effroyable. C’étaient des bandes organisées, du grand banditisme." "Au niveau sécuritaire, ça commence à s’arranger", concède-t-il. "Beaucoup de moyens ont été déployés – légèrement trop tard, malgré ce que disent les autorités."Benjamin a mis sa cafétéria, où la climatisation marche encore, à disposition des secours. De quoi permettre à 250 hommes de se reposer.

Désormais, Benjamin n’a qu’une idée en tête : relancer au plus vite son activité et faire repartir l’économie de son île"Je vais faire ce qu’il y a à faire : établir un bilan des stocks et du matériel qui me reste. J’ai déjà contacté mon avocat et mon comptable pour savoir si je peux mettre mes employés au chômage technique. Je ne veux pas avoir à les licencier. Ma structure fait vivre pas loin de 200 personnes. J’ai pratiquement réussi à avoir des nouvelles de tout le monde. J’ai des employés qui ont passé tout le cyclone avec de l’eau jusqu’au cou ou enfermés dans leur salle de bain, en tenant la porte pour qu’elle ne s’ouvre pas." Son maître d’hôtel est parti avec sa famille. "Ils portaient leur dernier tee-shirt sec et ils n’avaient qu’une toute petite valise", relate-t-il.

Mère Nature nous a mis un gros coup dans la gueule, mais on va se redresser, on n’a pas le choix. De toute façon, quitter le navire quand il coule, ce n’est pas dans mon tempérament.

Benjamin, entrepreneur

L’entrepreneur espère surtout que l’Etat tiendra ses promesses faites aux sinistrés et tirera les leçons de cette catastrophe. "On va tout reconstruire, je n’en doute pas. Mais il va falloir travailler avec les autorités locales et nationales pour remettre l’île sur pied. Et surtout, trouver une solution pour que ça ne recommence pas. J’ai vécu le même scénario il y a 22 ans avec l’ouragan Luis. La conclusion a été vite vue : l’entreprise dans laquelle je travaillais avait mis la clé sous la porte. Ça passera sûrement par un plan Orsec de meilleure qualité, par un plus grand respect des normes de construction. Parce qu’on n’est pas à l’abri qu’un cyclone revienne dans un an. Nos élus, nos dirigeants ont du pain sur la planche. On ne reconstruit pas avec de belles paroles. Il faut de gros moyens financiers."

"C’est comme une plaie, il faut qu’elle se referme et qu’elle cicatrise. Ça va prendre un an, un an et demi. C'est bien, je vais être occupé", sourit-il. "On est des fadas, mais il faut être fou pour vouloir continuer après ce qu’on a vécu. Cette île a quelque chose de magique : c’est ce qui nous sauvera."

 

 

 

 

Vertus de la méditation

SAMEDI 23, sur ARTE

Les étonnantes vertus de la méditation

Sciences - Médecine et santé - 51 Min.

   
   
   
 
   
   

COMMENT (RE)VOIR CE PROGRAMME

La méditation est devenue un nouveau champ de recherche pour les scientifiques. Un documentaire éclairant sur ses bienfaits pour notre santé. Il présente également un panorama des nouvelles applications médicales que la pratique de la méditation pourrait ouvrir dans un avenir proche.

Psychiatres, neurologues et biologistes moléculaires s'intéressent de plus en plus aux effets bénéfiques de la méditation sur le fonctionnement de notre cerveau et de notre organisme. Leurs découvertes récentes ont permis de faire entrer des techniques de méditation dans les hôpitaux, aux États-Unis et en Europe, où elles sont utilisées, en accompagnement thérapeutique, pour réduire, notamment, les douleurs chroniques et le stress lié à de nombreuses pathologies.

Des liens complexes

Véritable gymnastique cérébrale, la méditation réduirait les effets toxiques engendrés par les hormones du stress et aurait ainsi une action bénéfique sur les inflammations chroniques, les défenses immunitaires ou la dégradation de nos cellules. Sa pratique aurait également le pouvoir de modifier l'anatomie du cerveau, qui reste plastique tout au long de la vie, et contribuerait à freiner le vieillissement cérébral. Suivant plusieurs expériences en cours, ce passionnant documentaire décrypte les liens physiologiques complexes entre le "cerveau méditant" et l'organisme. Il présente également un panorama des nouvelles applications médicales que la pratique de la méditation pourrait ouvrir dans un avenir proche.

GÉNÉRIQUE
  • Réalisation :Benoît Laborde
  • Pays :France
  • Année :2017
  • Origine :ARTE F

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BONUS ET EXTRAIT

Des nanotechnologies à la yourte

« Fainéant, cynique, extrême » : il abandonne les nanotechnologies pour vivre dans une yourte

11 septembre 2017 / Lorène Lavocat (Reporterre) 
 

 

«<small class="fine"> </small>Fainéant, cynique, extrême<small class="fine"> </small>» : il abandonne les nanotechnologies pour vivre dans une yourte

Harassé par sa lutte contre l’aveuglement scientifique face aux nanotechnologies, Benjamin Caillard a démissionné de l’enseignement supérieur pour se régénérer au cœur de la forêt landaise. Reporterre l’a rencontré sous sa yourte, d’où il poursuit son engagement. Autrement.

  • Saint-Magne (Gironde)

La petite route mal goudronnée qui mène au bout de l’allée du Roumegous s’achève en cul-de-sac, au milieu de la pinède landaise. Un garçon sort d’une maisonnette en briques roses et me salue ; je cherche un certain Benjamin Caillard, lui dis-je. Il hausse les épaules : aucune idée, plusieurs personnes passent et vivent ici. Je scrute les alentours. Une prairie, quelques voitures vides, et la forêt, touffue.

Je sors le courriel que Benjamin nous a envoyé en mars dernier, et relis ses vers : « L’eau, l’air et la terre en nous ne forment qu’un, nous sommes le grand chêne, nous sommes le saule, le cèdre, nous sommes le hêtre face au néant. » J’y suis donc. Je jette un regard à la signature, intrigante, qui m’a poussée jusqu’au fond des Landes : « Un ancien maître de conférence en micro et nanotechnologies, qui a démissionné l’an dernier. »

L’écolieu Potabilis.

Quelques instants plus tard, un homme d’une quarantaine d’années, cheveux en bataille et short déchiré, s’approche à grandes enjambées. D’un sourire, il se présente — « Benjamin Caillard » —, et m’invite à le suivre sur un chemin de terre. Plus loin dans la forêt, au détour d’un poulailler, une yourte apparaît dans une clairière, entourée de fougères roussies par le soleil. Toilettes sèches, panneaux solaires, poêle à bois. C’est là que Benjamin vit depuis plus d’un an, en autonomie. Il s’excuse du bazar, nous sert une tasse de café noir, se roule une cigarette, puis commence son récit. Les mots fusent, l’histoire s’écoule en gros bouillons, parfois dispersés. Car, derrière son sourire doux, cet ermite des temps modernes cache un tempérament de fonceur et une vie tumultueuse. Une fois la touche Play enclenchée, plus moyen de l’arrêter.

« Que de révolutions à venir pour le progrès de l’humanité ! » 

De son enfance entre Paris et la Nouvelle-Calédonie, il garde le souvenir des baignades dans les rivières océaniennes, des démonstrations politiques de son père, indépendantiste caldoche, mais surtout de sa passion pour les sciences. « J’étais hyper scientiste : j’avais une confiance totale, une croyance, dans des innovations technologiques, qui allaient apporter plus de bien-être à l’humanité. » Ado, il dévore chaque nouveau numéro de Sciences et Avenir, s’intéresse à tout ce qui touche au progrès technique : mécanique, chimie, optique, biologie… C’est ainsi qu’il se retrouve tout naturellement dans une prépa scientifique puis dans une école d’ingénieurs en électronique. Après une thèse sur la fiabilité des systèmes microélectroniques, il s’envole pour le Japon, au sein d’un laboratoire de recherche tokyoïte.

L’airial, typique des habitations des Landes de Gascogne, de l’écolieu Potabilis.

Baigné dans l’océan des nouvelles technologies, il découvre avec un mélange de curiosité et de prudence les nanotechnologies, ces techniques fondées sur la maîtrise de l’infiniment petit. « Du tricotage d’atomes », résume-t-il. « J’étais émerveillé par les possibilités offertes par ces particules : des écrans solaires super efficaces au dioxyde de titane, des molécules de médicament parfaitement dosées transportées dans la cellule exacte grâce à une nano… que de révolutions à venir pour le progrès de l’humanité ! »

Mais, très vite, le doute s’immisce. Depuis tout jeune, Benjamin cultive en effet un esprit rebelle. Il aime poser les questions qui dérangent, ébranler les certitudes. Jeune adulte, il s’initie au cannabis, et « développe une empathie et une connexion profonde avec la nature », assure-t-il. En bon scientifique, il se passionne alors pour le climat et l’étude des écosystèmes. Peu à peu, sa conscience écologiste s’affirme, et son cœur rompu au cartésianisme se gonfle de révolte.

« Je suis devenu radical dans mon mode de vie — que du bio et du vélo, raconte-t-il. Mais je continuais à travailler dans la microélectronique, persuadé que je pourrais faire bouger les choses dans le bon sens. » Entretemps, Benjamin s’est établi en Gironde, où il a décroché un poste de maître de conférence en micro et nanotechnologies au sein de l’université d’excellence de Bordeaux. « J’avais conclu une sorte de contrat moral avec moi-même : faire mon métier de la manière la plus intransigeante et éthique possible. »

« Mais, vous savez, les gens n’ont pas envie de savoir » 

Face à la « fascination béate » de ses collègues envers les « nanos », il creuse les zones d’ombre, épluche les rapports sur les risques sanitaires et environnementaux. Car ces particules de taille atomique — la différence de taille entre une nanoparticule et une orange est la même qu’entre une orange et la Terre — peuvent pénétrer le derme et les cellules, avec des effets toxiques avérés, quoique mal étudiés. Malgré les dangers, près de 2.000 produits contiendraient des nanoparticules : aliments, cosmétiques, emballages en tout genre. Or, nos stations d’épuration et autres centres de gestion des déchets ne savent pas traiter des substances aussi infimes. Toutes ces nanos toxiques se retrouvent donc dans les écosystèmes… et advienne que pourra ! Comme nous vous l’avions raconté dans notre dossier sur ces technologies, Benjamin Caillard acquiert très vite une certitude : « On est en train de nous refaire l’amiante. »

Les oies de Potabilis.

Benjamin se lève, se ressert un café. Autant les anecdotes affluent vite, autant il rythme ses explications scientifiques de silences pensifs. « Une seule nanoparticule peut tuer une cellule, à partir du moment où elle est suffisamment petite pour traverser la peau, insiste-t-il. On appelle cela l’effet de taille. Et n’importe quel procédé industriel, même parfaitement calibré, présente le risque de produire des nanos trop petites. Cela sera peut-être mille particules sur des milliards, mais cela suffit pour être nocif. » Or, moins de 10 % des recherches sur les nanos concernent l’étude des risques.

Il tente alors d’alerter ses collègues. En vain. Lors du débat national sur les nanotechnologies, en 2009, il interpelle plusieurs éminences grises. « À ma question sur le manque de débats concernant l’éthique et l’environnement, on m’a répondu clairement : mais, vous savez, les gens n’ont pas envie de savoir. » Pour lui, c’est le déclic, l’étincelle qui allume la mèche et le mènera, sept ans plus tard, à la démission. « Dès ce moment, je n’ai cessé de pointer les risques et dénoncer l’omerta, et je n’ai cessé de me prendre des murs. »

Dans la yourte de Benjamin Caillard.

« La classe sociale des chercheurs se plaît dans cette activité intellectuelle stimulante, reconnue, bien payée, elle n’a pas du tout envie qu’on remette en cause ses objets de recherche ou ses méthodes, avance-t-il. Nous sommes censés être l’élite, mais être BAC +8 n’amène pas à plus de conscience politique. » Avec d’autres moutons noirs, il monte des projets de recherche sur l’éthique des nanos et sur les low techs : tous sont retoqués. Puis il bataille au côté de syndicalistes pour le remplacement des hottes aspirantes, déclarées défectueuses alors qu’elles permettent — quand elles sont en bon état — de limiter les inhalations de nanoparticules par les chercheurs.

La yourte, un petit cocon d’une vingtaine de mètres carrés 

En parallèle, il monte une conférence gesticulée avec l’aide de la Scop Le Pavé, sur les nanos et la recherche scientifique. À la fin du spectacle, sorti en 2012, il assure : « Je ne vais pas démissionner, car il est important, voire essentiel, de changer le système de l’intérieur. » Mais peu à peu, il s’épuise. Le « taureau », comme certains l’appellent, se met dans le rouge. Jusqu’au point de non-retour : en 2016, il démissionne. « Je reste persuadé que pour changer un système, il faut lutter avec — donc en étant dedans —, sans — en autonomie — et contre — par des actions directes, insiste-t-il. Seulement, je n’avais plus l’énergie de me battre depuis l’intérieur. » Il dit avoir manqué de subtilité et de persévérance. Mais comment faire quand les portes se claquent et que les fenêtres se ferment ?

Dans la yourte de Benjamin Caillard.

Au cœur de la forêt, une bruine fine s’est mise à couler. Benjamin entre dans la yourte, son petit cocon d’une vingtaine de mètres carrés. Deux lits mezzanines — un pour lui, un pour sa fille — entourent une petite table à manger et un poêle, installés sous un puits de lumière. Au milieu, le sol est plus bas d’un mètre, afin d’apporter un peu de fraîcheur les jours de canicule. La douche se trouve à l’orée du bois, entre les chênes. Quant aux toilettes, elles sont installées au milieu des fougères. « Je me sens bien ici, c’est moins confortable qu’un appartement, mais je suis plus en cohérence avec moi-même. »

Il participe aux travaux collectifs de Potabilis, l’association qui gère l’écolieu sur lequel il a posé bagages et yourte. Potager, four à pain, construction en palettes. Ils sont cinq à vivre en permanence sur les 37 ha appartenant à Béa, à l’origine du projet : « Depuis 2009, nous cherchons à faire revivre ce lieu, en accueillant des personnes, de manière temporaire ou plus pérenne,m’explique cette ancienne employée de Total, revenue vivre dans le berceau familial, situé à trois quarts d’heure de Bordeaux. Chacun vit de manière indépendante, mais nous essayons de créer une oasis, dans l’esprit des Colibris. »

« Il faut trouver une navigation entre cœur et cerveau, une harmonie entre intelligence, ressenti, action » 

Benjamin n’a pas pour autant renoncé à toute forme d’interaction avec notre société : il s’est formé à l’accompagnement organisationnel de collectifs. Éducation populaire, pédagogie active, dynamiques de groupe, communication non violente. « Mes années de militantisme et d’enseignement, mon travail de conférencier gesticulant m’ont donné envie de transmettre mon expérience, de poursuivre le combat que je menais, mais sous une forme différente. »

Un tipi de Potabilis.

À l’instar d’Alexandre Grothendieck, ce prestigieux mathématicien devenu ermite, il cherche à recréer du lien entre émotions et raison. « Lui disait que la recherche lui avait volé ses émotions,cite-t-il. Je pense aussi qu’il faut trouver une navigation entre cœur et cerveau, une harmonie entre intelligence, ressenti, action. » C’est ce qu’il appelle l’écologie mentale, essentielle à ses yeux, tout comme l’écologie sociale (la justice et l’harmonie entre êtres humains) et environnementale (la préservation des écosystèmes). « Ici, je vis à mon rythme et à celui de la nature : je me lève au chant des oiseaux, me lave sous le regard des chevreuils, travaille dans l’odeur des pins. Je suis parfois seul, peut-être trop, mais me sentir connecté, à moi, à ce et à ceux qui m’entourent, me rend profondément heureux. »

19 h, le soleil décline à travers les arbres. Nous parlons depuis plus de neuf heures, sans interruption. Avant de reprendre ma route vers la « civilisation », Benjamin me demande : « Comment as-tu compris toute mon histoire ? » Selon moi, son cheminement recoupe celui de celles et ceux qui se heurtent à un système destructeur, s’épuisent en tentant seul de le faire bouger, puis reviennent à l’essentiel, puiser leur renaissance : dans la forêt.


  • Complément d’info : Vendredi 8 septembre 2017, Emmanuel Macron a déclaré qu’il ne « cèderait rien aux fainéants, aux cyniques, aux extrêmes ».

L'école et l'échelle sociale

Du collège aux filières d’excellence, la disparition des enfants d’ouvriers

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Au fil de la scolarité, la part des enfants d’ouvriers se réduit alors que celle des cadres s’accroît. La quasi-totalité des enfants suivent la filière générale du collège, quelle que soit leur origine sociale. On y compte un peu plus d’un quart d’enfants d’ouvriers et un peu moins de 20 % d’enfants de cadres supérieurs (données 2016 du ministère de l’Éducation nationale). Ceux, déjà en difficulté qui ne suivent pas la filière générale (moins de 3 % du total), sont orientés en Section générale d’enseignement adapté (Segpa) : parmi eux, on trouve plus de 40 % d’enfants d’ouvriers et 2 % d’enfants de cadres. Les inégalités sociales se forment pour partie dans l’enseignement primaire.

Les enfants d’ouvriers sont sur-représentés dans les filières professionnelles et techniques. Ils regroupent 38 % des élèves de CAP, 36 % des bacs pros. En première et terminale technologique, leur part est équivalente à celle de la population des parents en sixième 26 %. Plus on s’élève dans le cursus, moins ils sont présents : ils ne forment que 16 % des filières générales des lycées, 12 % des étudiants à l’université, 7 % en classes préparatoires et moins de 3 % des élèves des écoles normales supérieures. Inversement, la part des enfants de cadres augmente : 29 % en filière générale du lycée, le double dans les écoles normales supérieures.

Ces données illustrent la force des inégalités sociales à l’école. Pour les analyser correctement, il faut se garder de toute caricature. Le fait que les écarts entre milieux sociaux s’accroissent au fil des scolarités ne signifie pas que l’école augmente les inégalités. Le fait, par exemple, de retrouver quasiment autant d’enfants d’ouvriers en BTS qu’au collège montre bien comment l’école tire vers la haut les élèves et assure aussi la promotion sociale des catégories populaires. Sans le service public d’éducation, les écarts auraient une toute autre ampleur. En revanche, l’ampleur des écarts montre que notre système est loin de faire ce qu’il devrait pour assurer l’égalité des chances scolaires. L’introduction précoce de la lecture et d’autres apprentissages académiques à un âge où les inégalités entre enfants sont fortes se répercute tout au long de la scolarité. Dans l’ensemble de la scolarité, l’école n’explicite pas ses attentes mais favorise les « initiés » qui disposent des clés de réussite fournies non par l’école mais par leur milieu social (méthodes de travail, vocabulaire, orientation, etc.).




 

Ecole des compétences ... économiques

Ecole des compétences ? Non ! Fabrication du cortex

  • Par  Antoine Desjardins 
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  • Publié 
 

FIGAROVOX/TRIBUNE - L'école, le collège et le lycée doivent-ils former des salariés employables et préparer la croissance économique de demain ? Pour Antoine Desjardins, l'instruction sert à développer, avec la culture, les cerveaux d'homo sapiens sapiens.

 


Antoine Desjardins est professeur de Lettres, coauteur du livre Sauver les lettres: des professeurs accusent (éd. Textuel). Membre du Comité Orwell, présidé par Natacha Polony, et cofondateur du collectif Condorcet, il milite pour l'abrogation de la réforme du collège et soutient l'appel pour le rétablissement des horaires de français.


«Apprendre comment on construit un pont au lieu d'apprendre à construire une phrase.» Avec de tels slogans on enfièvre un public, et on bouleverse les programmes. On s'aperçoit ensuite que les constructeurs de phrases sont les meilleurs constructeurs de ponts: les élèves de Polytechnique ont presque tous fait du latin. Les plus aptes à penser un pont savaient d'abord penser une phrase. En plus et non pas à la place. Le temps qu'ils y ont «perdu» était du temps gagné. On voit par là que la culture de l'esprit est favorable à l'intelligence.»
Alexandre Vialatte, La Porte de Bath-Rabbin, 1986.

«Maître cerveau sur un homme perché tenait dans ses plis son mystère.» 
Paul Valéry

Comme on demandait lors d'une interview au très grand historien de l'Antiquité (et ancien résistant..) Jean-Pierre Vernant à quoi pouvait bien servir d'enseigner les mythes et la langue grecque, il répondit laconiquement: «à fabriquer de la culture, du cerveau».

Sans doute n'avait-il pas eu vent (mauvais) de la stratégie dite de Lisbonne ni des conseils pressants et anciens de l'OCDE, bref de la politique éducative européenne

«L'esprit d'entreprise» dans le sillage des recommandations de l'OCDE est devenu la clé de voûte de toute pédagogie. On est très loin de la culture et du cerveau.

La «réactivité» des établissements scolaires aux demandes de «l'environnement» (entreprises, collectivités locales, familles) via la décentralisation et la réorganisation managériale dont ils sont l'objet, voilà l'objectif! Le partenariat avec les entreprises pour la définition des contenus et des pédagogies est présenté aujourd'hui comme incontournable...

Pauvre Vernant!

Loin d'être innocente, une novlangue s'est abattue sur le monde de l'éducation.

Loin d'être innocente, une novlangue s'est abattue sur le monde de l'éducation qui détermine et commande, parfois à notre insu, la seule bonne façon de concevoir désormais l'école, cependant qu'ont été balayés les mots anciens constituant un crime contre la pensée: «culture», «instruction», sont des mots tabous et relèvent d'une nostalgie misérable. Quant à l'«encyclopédisme», honni, il faisait peser une bien grande menace, on en conviendra, sur nos élèves: il fut pris en chasse naguère. (commission Périssol, 2005)

Nous voilà désormais dans un nouveau paysage de mots, un peu sinistré à vrai dire, qui commandent nos représentations, déterminent notre monde et nous enjoignent de marcher dans leurs traces. Ses promoteurs ne veulent plus que vous parliez de l'École autrement que par eux.

Capital humain? Stock de compétences? Employabilité? Économie de la connaissance? Pilotage de la performance? Qu'est-ce à dire?

Quand je fais étudier un poème de Sappho, de Louise Labé ou de Ronsard, je tiens pourtant à signaler aux économistes éminents de l'OCDE et de l'ERT (Table ronde des industriels européens) que je ne raisonne pas en termes de capital humain, d'économie de la connaissance, de gain de productivité, de compétences, ou que sais-je. Ni même d'augmentation du niveau de vie des populations. Encore moins d'employabilité.

Faut-il qu'absolument je dise ce que je fabrique, ou gît la valeur ajoutée de mon enseignement? Quel est mon objectif? Qu'on se rassure, pour les moins idéalistes d'entre vous, il n'est pas aussi immatériel qu'on pourrait le croire: je fabrique du cerveau que je noue avec de la culture. Celui-là se complexifie, se ramifie, se développe, par l'effet de celle-ci.

Je donne au cerveau d'Homo sapiens sapiens les aliments et les excitants qui lui font augmenter sa capacité à comprendre qui il est et d'où il vient.

A l'intersection de la biologie et de la culture, je fais croître des circonvolutions. Plasticité cérébrale, croissance des connexions synaptiques, arborisation dendritique... Le grand arbre du génie humain lance ses branches vers le ciel de l'esprit et plonge ses racines dans les profondeurs de cet organe qui nous fait unique dans le règne animal. Ce noeud du monde dont parlait Shopenhaueur, cette machine cognitive à cent milliards de neurones.

Je donne au cerveau d'Homo sapiens sapiens les aliments et les excitants qui lui font augmenter sa capacité à comprendre qui il est et d'où il vient: mémoire, logique, imagination, rêves, mythes. Par la computation et la cogitation, à un âge où la machine physico-chimique est éminemment malléable, je lui donne le moyen de travailler sur soi. Comme dit Edgar Morin, l'homme est intelligent mais son cerveau défie son intelligence. Le labyrinthe du Minotaure n'est rien, rapporté à celui, mouvant et arborescent, des synapses.

Messieurs les économistes, je fabrique du néocortex de Sapiens. Le Sapiens de l'art pariétal de Lascaux qui mettait sa main sur les parois de sa grotte et dessinait des bisons.

Je ne travaillerai jamais, Messieurs les industriels européens, à vous fabriquer des «employés» et Sapiens continuera sa route et son aventure, dans la consommation des siècles, bien après que l'ERT, L'OCDE, et autres organismes économiques philanthropiques auront disparu totalement.

M'objectera t-on, comme toujours, qu'il ne faut pas opposer l'École au monde de l'entreprise?

Je ne travaillerai jamais, Messieurs les industriels européens, à vous fabriquer des «employés» et Sapiens continuera sa route et son aventure.

Mais je n'oppose ce projet de rendre intelligent et cultivé à celui de fabriquer de l'employabilité (mot affreux) que pour faire ressortir l'obscénité de ceux qui veulent inverser l'ordre vital des priorités!

L'école et singulièrement le collège (une réforme en cours affecte, dans tous les sens du terme, ce niveau d'enseignement) ne doit pas d'abord songer à lutter contre le chômage, fabriquer des employés et satisfaire aux demandes de l'économie. Je soutiens que conformément à l'idée originelle elle doit premièrement instruire, ouvrir le compas des esprits pour qu'il puisse embrasser davantage, exercer les intelligences, sans le souci, parfois sordide, d'une application ou d'une utilisation immédiate, sans l'obsession de l'objectif ou de la compétence.

On fabrique, oui, du cerveau humain et l'on n'est pas ici sur une chaîne de production de boites de petits pois.

Les mathématiques, serviront l'ingénieur? tant mieux! La physique aussi? C'est bien. Pour autant la plupart des équations ne serviront pas vraiment, elles n'auront eu le mérite, pour la plupart d'entre nous, que de nous avoir appris à nous servir de notre intelligence. Elles nous auront ouvert la porte sur l'imaginaire des mathématiques et pas seulement sa rigueur. On ne se sera donc pas contenté d'apprendre à calculer pour rendre la monnaie ou devenir comptable.

S'agissant de la langue française, de la littérature, du latin, on se doute bien que l'argument utilitariste mis en avant aurait tôt fait de rendre caducs ces enseignements. Même chose pour la musique, l'histoire, sans parler de tous les arts.

Je n'ai rien contre les entreprises mais je ne voudrais pas que l'école prenne sa feuille de route chez eux.

Mais enfin à quoi tout cela sert-il? Est-ce bon ou pas pour faire baisser le chômage en Europe?

Je crains que l'enseignement du grec ou du latin, de l'histoire, ne trouvent pas grâce, in fine, aux yeux des industriels de l'ERT. On nous dit bien que l'entreprise aime les littéraires: je doute que cela soit suffisant... Exeunt Sappho, Ronsard, Baudelaire et tous les autres.

Les compétences comprendre un poème de Baudelaire ou découvrir la condition des paysans normands au XIX ème siècle grâce à Maupassant ou analyser une phrase complexe de Proust, syntaxe et sémantique, je doute fort qu'elles soient de quelque utilité évidente pour nos entreprises «qui créent de la croissance».

Je n'ai rien contre les entreprises mais je ne voudrais pas que l'école prenne sa feuille de route chez eux. Pourtant leur lobbying est redoutable. Il ne faut pas perdre de vue que la réforme du college 2016 avant d'être celle de Madame le Ministre, de Florence Robine, Terra nova, et les autres est voulue et indirectement fomentée par un consortium qui rassemble, depuis plus de trente ans, près de cinquante des plus grandes entreprises européennes. Les belles brochures de l'OCDE sur l'économie de la connaissance sont imprégnées des magnifiques idées désintéressées de l'ERT. On se doute que nos syndicats, nos associations, nos ministres, notre État, même, sont de peu de poids face à une association qui regroupe... cinquante des plus grandes entreprises.

C'est cela surtout l'Europe aujourd'hui.

Il est pour moi essentiel, de faire lire Maupassant, de faire étudier des poèmes, de faire apprendre l'histoire, de faire résoudre des intégrales doubles ou triples quand bien même il s'avérerait que cela n'est pas immédiatement utile ...à la croissance. Que cela ne va pas aider à résorber le chômage.

S'il me semble que les gens intelligents et cultivés, ouverts d'esprit, ont finalement plus de chance de trouver un emploi et de rapidement s'adapter (l'intelligence étant la faculté d'adaptation) que quelqu'un à qui on aurait strictement fourni les compétences étroites nécessaires à cet emploi, je ne veux pas me retrouver dans la position où l'on me dirait que ce n'est plus le cas et que voilà une bonne raison, donc, de supprimer, définitivement cette fois, le latin.

Il est pour moi essentiel, de faire lire Maupassant, de faire étudier des poèmes, de faire apprendre l'histoire quand bien même il s'avérerait que cela n'est pas immédiatement utile à la croissance.

A vrai dire je pense que nos entreprises se fichent un peu, en vrac, de Ronsard, Sappho, Rimbaud, Maupassant. Je crois qu'elles se moquent aussi qu'on ait eu vent de la Révolution, de la Commune de Paris, de la grande guerre de 14-18. Il pourrait se trouver qu'on préférât qu'un employé ignore tout cela: du point de vue de l'entreprise, je le comprends. Cela ne peut mettre que de la confusion dans la tête d'un manutentionnaire et brouiller l'esprit opérationnel des ingénieurs...

En réalité nous sommes véritablement à la croisée des chemins. L'école de l'employabilité et des compétences *(cf. Nico Hirtt) n'a que peu de rapport avec l'école de l'instruction, celle dont je dis qu'elle fabrique du cerveau humain.

Opposer l'école de l'instruction à celle de l'employabilité ne relève pas d'une simplification idiote, d'une opposition caricaturale mais d'un enjeu de civilisation: cette opposition il faut la faire voir, la faire jouer conceptuellement, car l'offensive menée contre la culture, la transmission au nom de l'utilitarisme et du principe de réalité économique n'a jamais été aussi forte et frontale.

Nous sommes à la croisée des chemins.

Un collègue a pu écrire justement que «le crétin formaté par les contempteurs de l'orthographe n'aura plus même les moyens d'écrire aux prud'hommes pour protester contre son licenciement.» Nous y arrivons.

L'École est en train, sous nos yeux, de changer de paradigme (comme disent les cuistres mais c'est bien de cela qu'il s'agit). Après avoir massifié, ce qui à beaucoup d'égards était louable, on veut à présent faire cesser l'exigence intellectuelle. Non seulement il faudrait adapter l'École à des élèves considérés comme insuffisamment dotés en ressources culturelles ou intellectuelles car issus d'un milieu populaire (mépris total des pédagogistes pour ces élèves) mais il faudrait surtout faire en sorte de satisfaire le marché de l'emploi et les demandes de l'économie: avec beaucoup d'autres, je m'oppose à cette vision étriquée et anti-humaniste."

Education et intelligence émotionnelle

Plaidoyer pour une éducation basée sur l’intelligence émotionnelle

Auteur

 

DevonshireMedia/FlickrCC BY-NC-ND

Un enfant anxieux et constamment embourbé dans ses propres peurs, peut complètement passer à côté de sa scolarité, échouant aux examens et, plus tard, dans sa vie professionnelle et personnelle. Mais heureusement pour lui, nous avons découvert un antidote à ce mal qui ronge petit à petit sa tête et son corps.

L’intelligence émotionnelle, une capacité mentale abrégé en QE (la première pour quotient, la deuxième pour émotionnel), permet de réguler efficacement nos émotions pour mieux appréhender certaines situations stressantes, voire paralysantes.

De nombreux résultats de recherche académiques montrent en effet qu’il est primordial, pour l’équilibre émotionnel des enfants et leur rapport a leurs peurs, de développer leur QE chez eux à la maison (principalement à travers la relation que leurs parents entretiennent avec eux), mais aussi à l’école, l’endroit où ils passent la plus grande partie de leur temps et où ils expérimentent l’essence même des relations sociales et des émotions qui vont avec.

À mon sens, c’est là où la malléabilité cérébrale de l’enfant est à son apogée (de la maternelle au lycée), que nous devons agir et réfléchir à la mise ne place de programmes de développement des compétences émotionnelles.

Chez 22 000 lycées américains, 75 % ont des ressentis négatifs

Ces programmes doivent permettre à l’individu en construction de lutter efficacement contre ses peurs et ses angoisses infondées. C’est sur ce socle psychiquement solide que prendra appui l’enfant pour se dresser, grandir et se transformer en adulte « bien dans ses pompes ».

Comme souvent, les États-Unis montrent la voie. Ainsi y a-t-il eu l’« appel » du 24 octobre 2015 dans le Connecticut. Un événement réunissant jeunes élèves, parents, professeurs, éducateurs, chefs d’établissements publics et privés, et chercheurs sur le QE s’est tenu ce jour-là dans un auditorium de la prestigieuse université de Yale.

Ce sommet avait pour nom « Emotion Revolution » et avait pour objectif de réveiller les consciences sur le rôle primordial que jouent les émotions dans l’éducation de nos enfants.

Une élève de la East Hartford High School, relatant son expérience du programme Emotion Revolution. CT Senate Democrats/FlickrCC BY-NC-ND

Une étude menée sur 22 000 lycéens américains fut notamment présentée. Interrogés sur la manière dont ils se sentent à l’école, 75 % d’entre eux répondent qu’ils ont des ressentis négatifs. Les trois premiers mots qui leur viennent en tête sont : fatigue (39 %), stress (29 %) et ennui (26 %).

Ceux qui ont affaire à des enseignants peu émotionnels, peu aidants et plutôt cassants ressentent de la peur, du désespoir et de la solitude, ce qui peut impacter négativement leur parcours scolaire, leur santé et, à terme, leur entrée dans la vie active.

Quand on leur demande comment ils voudraient idéalement se sentir au lycée, sortent de leurs bouches les mots : joie, excitation et l’idée d’être « réénergisés » par leurs professeurs, comme des batteries à plat qu’on rebranche au secteur.

Ceux qui se trouvent face à des profs engagés, émotionnellement positifs, délivrant des cours jugés utiles et pertinents, expérimentent en effet beaucoup plus d’émotions positives que la moyenne (intérêt, respect, joie) ; ce qui améliore grandement leur apprentissage et les maintient dans une bonne condition mentale et physique.

Pour une refondation éducative

Au moment de baisser le rideau, les organisateurs de cette journée ont donc appelé les chefs d’établissement à une refondation éducative, en les invitant à mettre en place des programmes pédagogiques innovants pour mener à bien cette « révolution émotion » dans la tête et le corps des enfants et adolescents.

Le programme d’apprentissage SEL (Social and Emotional Learning) a été cité à de nombreuses reprises. Il vise à éduquer émotionnellement les enfants de la pré-maternelle au lycée et est en plein développement dans les écoles américaines. Plus de la moitié d’entre elles l’ont déjà adopté.

L’apprentissage de l’intelligence émotionnelle bénéficierait à tous, élèves comme professeurs.NWABR/FlickrCC BY

Il serait souhaitable que ce type de programme puisse pénétrer les murs opaques et rationnels de la sacro-sainte Éducation nationale française, qui concentre surtout son enseignement sur le développement intellectuel de l’enfant (connaissances). Le développement physique et artistique n’étant que peu développé, et le développement social et émotionnel encore moins.

Pourtant, mettre en place un apprentissage autour du QE ferait le plus grand bien à tous, enseignants comme élèves. En maternelle, il est certes important que votre enfant connaisse quelques lettres et chiffres, qu’il soit propre et poli, qu’il sache s’habiller seul, mais aussi qu’il maîtrise des habiletés sociales et émotionnelles.

Apparu à la fin des années 1990, le SEL plonge les jeunes dans un environnement d’apprentissage qui favorise l’interaction sociale. L’objectif étant de les encourager à créer et à tisser des liens avec autrui, à être collaboratifs, à exprimer leurs émotions, à communiquer efficacement leurs besoins et leurs intentions tout en étant attentifs aux besoins d’autrui, à chercher le consensus, à gérer le conflit et à affronter leurs peurs. Rien de tel pour parfaire sa connaissance de soi et des autres !

Des enfants qui vont mieux et ont de meilleurs résultats

Pour ce faire, plusieurs méthodes sont mises en place, comme des jeux de rôle, des activités artistiques, des stimulations sensorielles, ou encore des jeux dramatiques. Avec, en filigrane, l’utilisation récurrente d’outils numériques et des nouvelles technologies.

Des chercheurs se sont intéressés aux bienfaits concrets de ce programme. Ils ont compilépas moins de 213 études scientifiques sur le sujet (75 % d’entre elles ont été publiées au cours des vingt dernières années), impliquant 270 034 enfants (57 % d’enfants en maternelle et primaire, 31 % de collégiens, et 13 % de lycéens).

Leur conclusion est sans appel : les enfants ayant suivi un programme SEL ont développé significativement leurs compétences émotionnelles. Il apparaît notamment qu’ils sont capables, bien plus que ceux ayant suivi un cursus scolaire standard, de réguler leurs émotions, de savoir attendre leur tour, de gérer leur anxiété, leur stress, et de résoudre les conflits en négociant plus subtilement et habilement.

Des élèves qui vivent mieux… heureux, tout simplement. OakleyOriginals/FlickrCC BY

Ils sont plus empathiques, détectent plus facilement les émotions chez eux et chez autrui, sont de manière générale plus positifs et plus respectueux. Ils sont aussi moins sujets à la dépression, moins agressifs et violents. Ils commettent moins d’actes de délinquance. Ils ont plus confiance en eux, affirment leur « leadership », prennent plus facilement des décisions « responsables » sans peur de l’échec, développent un goût prononcé pour la justice sociale et, comme dirait Jean-Pierre Bacri, un certain goût des autres.

Ils ont en outre de meilleurs résultats scolaires que la moyenne. Les chercheurs ont même pu chiffrer leur progression académique : un enfant ayant suivi un programme SEL augmente de 11 % ses notes en maths et en lecture. Une étude complémentaire menée sur 667 lycéens révèle que ceux au QE élevé obtiennent des meilleurs scores de GPA – qui compte pour accéder aux universités les plus prestigieuses aux États-Unis.

Notez que tous ces effets bénéfiques – que l’enfant ait suivi le programme SEL quelques mois seulement ou un an ou plus – durent dans le temps. D’ailleurs, une étude a révélé que des programmes semblables au SEL, mis en place dans 13 classes « tests » pendant six semaines, ont permis d’augmenter significativement le QE des élèves, améliorant de fait leur capacité à gérer leur anxiété et à se montrer adaptables à leur environnement.

Développer l’émotionnel reviendrait à diminuer les coûts de santé

Pour mettre en place de tels programmes, pas besoin de faire appel à une équipe de choc. Les chercheurs montrent en effet que dans les écoles, l’équipe en place est tout à fait capable, à condition d’être formée en amont.

D’ailleurs, lorsque le programme est porté par le personnel existant, celui-ci est encore plus efficace que si l’école avait mandaté des prestataires extérieurs. Les chercheurs ont également démontré qu’il est aussi efficace dans les écoles en ville, en banlieue et en province : pas d’élitisme donc à adopter ce type de pédagogie !

Ce type de formation apporte également des bénéfices sur le long terme. Une étude récentemenée en Belgique a démontré qu’inclure une formation visant à développer les compétences émotionnelles dans les écoles permet d’augmenter de 10 % le score de QE des élèves et reviendrait à diminuer, à terme, les coûts en soins de santé de 10 % !

Rendez-vous compte : éduquer émotionnellement nos enfants pourrait contribuer à réduire le déficit de la Sécurité sociale, largement creusé par les troubles anxieux que rencontrent beaucoup d’entre nous (et leurs effets secondaires, notamment somatiques) !

Qu’attendons-nous pour promouvoir cette intelligence si utile au XXIe siècle et qui ne requiert pas la mise en place de dispositifs lourds et coûteux ?


Certains passages, parfois modifiés, sont extraits du dernier livre de Christophe Haag : « Contre nos peurs, changeons d’intelligence ! » (Albin Michel, 2017). Également disponible, l’audio-MOOC « Le manager émotionnellement intelligent » de Christophe Haag sur le site d’EM Lyon.

L'intelligence du ventre (INREES)

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SCIENCES

L’intelligence du ventre

Digérer une émotion qui nous est restée sur l’estomac, écouter son instinct viscéral et faire confiance à ses tripes… tant d’expressions populaires qui pourraient s’avérer ne pas être que des métaphores. Enquête au cœur de notre ventre où un deuxième cerveau serait doté de capacités véritablement surprenantes.

Tout le monde le sait, nous avons un cerveau dans la tête - bien que parfois c’est à se demander s’il est bien là. Logé à l’abri de la boîte crânienne, il est souvent considéré comme étant l’organe le plus précieux que nous ayons. Son rôle serait alors de centraliser, par le biais d’un large réseau neuronal, les informations majeures de l’organisme pour en gérer toutes les fonctions vitales. Mais ce système nerveux central est-il réellement tout-puissant ? 

La science a récemment découvert que nous avons d’autres cerveaux dans le corps. Voilà qui est plutôt inattendu. Déjà, une nébuleuse neuronale incroyablement performante, composée de plus de 40 000 neurones, est localisée au niveau de notre cœur, comme nous le décrit l’article « Le cœur, notre maître émotionnel » (Inexploré n°21). Mais de surcroît, un autre complexe, riche au grand minimum de 100 millions de neurones, fait office au creux de nos intestins. Nous avons donc aussi un cerveau dans le ventre, et pas des moindres. C’est étonnant. A quoi sert-il ? Cela veut-il dire que nous avons d’autres sortes d’intelligences ? L’heure semble être en tout cas à la délocalisation car il ne serait même pas évident, dans certains cas, de savoir quel cerveau possède un ascendant sur quel autre. 


 

Une anatomie insoupçonnée et autonome


C’est relativement tard, au 19ème siècle, qu’une présence neuronale à été détectée dans nos intestins par Léopold Auerbach, un anatomiste allemand. Depuis, de nombreux scientifiques se sont penchés sur ce complexe nerveux surprenant. Non seulement un énorme réseau possédant seulement mille fois moins de neurones que le cerveau central serait logé au cœur de notre ventre, mais la connexion entre ces deux cerveaux serait étonnamment sommaire. « En comparaison avec le nombre de cellules nerveuses dans le ventre, le nombre de neurones moteurs qui connectent les deux cerveaux est incroyablement petit », explique le Dr Gershon, un grand spécialiste de la neuro-gastroentérologie, dans son livre The Second Brain (Le deuxième cerveau). 

Autonomie d’action, voilà ce que cela veut dire. Les deux cerveaux seraient capables de poursuivre leur train-train chacun de leur coté sans se mélanger les pinceaux, car justement, ils ont trop peu de pinceaux en commun. Si, sans avoir besoin de l’aval du cerveau crânien, le cerveau ventral pourrait alors procéder à des actions de son propre chef, il pourrait aussi faire carrément de la rétention d’information. « Contrairement au reste du système nerveux, le système entérique ne suit pas nécessairement les commandes qu’il reçoit du cerveau ou de la moelle épinière. Et il ne leur envoie pas forcément non plus les informations qu’il collecte. Le système nerveux entérique peut, quand il le choisit, gérer des données que ces récepteurs ont relevées par eux-mêmes, et agir sur la base de ces données pour activer un ensemble d’effecteurs qu’il est le seul à contrôler. Le système entérique n’est donc pas un esclave du système nerveux central, mais un opposant doté d’un esprit libre », poursuit Michael Gershon. Qu’on se le dise. 


 

La décentralisation a le vent en poupe


Visez bien, le diagramme figurant le cerveau crânien en train de centraliser toutes les données pour gérer le reste de l’organisme, part à la poubelle. Page blanche. Ebauche d’une nouvelle vision systémique et élaboration de nouveaux organigrammes. « Ces dernières années, un ensemble de nouveaux modèles et métaphores s’est répandu à travers la communauté scientifique, et progressivement dans la culture populaire. Beaucoup de ces nouvelles idées ne viennent pas de la physique, mais de la biologie. (…) Il y a un glissement général vers des modèles décentralisés, dont les actions ne sont pas déterminées par une autorité centrale, mais par des interactions locales avec des composants décentralisés », explique Mitchel Resnick du Massachusetts Institute of Technology. 

La délocalisation ne serait pas juste une nouvelle idée politique, mais une réalité de terrain. Plus économique, plus écologique et plus efficace, tout simplement. « Au delà de la digestion et de l’absorption des nutriments, les intestins doivent aussi nous défendre contre l’invasion de bactéries hostiles. (…) Il est alors logique que l’évolution ait placé un cerveau nécessaire à ces performances primordiales à notre survie à cet endroit-là. Il faut tellement de cellules nerveuses pour accomplir toutes ces tâches, que si elles étaient contrôlées depuis la tête, l’épaisseur des câbles neuronaux pour toutes ces connexions serait intolérable. Il est plus sûr et plus effectif de laisser les intestins s’occuper de ces affaires », poursuit le Dr Gershon. 

Visiblement, nos intestins ont du pain sur la planche et un deuxième cerveau ne semble pas de trop pour les soutenir dans leurs tâches. Car ce qu’il faut comprendre c’est que le tube digestif qui nous traverse de part en part, est en quelque sorte un canal extérieur à l’intérieur de nous-mêmes. Donc au delà de la gestion de notre digestion, qui est déjà une mission très complexe, administrer cette barrière fondamentale, par laquelle nous avons des échanges intimes mais potentiellement létaux avec le monde, est véritablement une histoire de survie. 


 

Un ventre intelligent ?


Le système nerveux entérique gère donc des fonctions physiologiques vitales. Mais quand nous parlons de cerveau, ne parlons-nous pas généralement de capacités intelligentes ? Si nous trouvons dans le cerveau ventral les mêmes neurones et les mêmes neurotransmetteurs nécessaires à la communication nerveuse, que dans le cerveau crânien, est-ce que cela veut dire que notre ventre est capable de penser ? « Le système nerveux entérique est une véritable usine chimique dans laquelle on retrouve toutes les sortes de neurotransmetteurs trouvées dans le système nerveux central », souligne le Dr Gershon. Il serait notamment un grand fournisseur de dopamine, une hormone du bien-être, et de 95% de la sérotonine du corps, dont la variabilité joue un grand rôle dans l’apparition d’états dépressifs. 

En réalité, il ne suffit pas d’avoir des neurones et des neurotransmetteurs pour élaborer des pensées conscientes. Ces dernières se produiraient grâce à la partie la plus récente du système nerveux central, le néocortex. Impliqué dans les fonctions cognitives considérées comme supérieures, le néocortex permettrait notamment : la prise de conscience, le raisonnement spatial, le langage, et les commandes volontaires. En revanche, par définition, tout cerveau serait capable d’élaborer des activités psychiques non conscientes. En effet, ces complexes neuronaux sont chargés de recevoir des signaux sensoriels, d’élaborer des sensations distinctes, de les comparer à des mémoires déjà acquises, et de produire des réponses cohérentes et dites intelligentes, sous forme de messages parfois subtils et/ou complexes. Si cela peut paraître étrange d’imaginer le ventre en train de produire des représentations, d’avoir des préoccupations à partir desquelles il adopte des positionnements, le fait qu’il est doté d’une intelligence qui lui est propre semble pourtant incontournable. 


 

Des désordres psychiques du ventre ?


« Puisque le système nerveux entérique peut fonctionner tout seul, nous devons considérer qu’il est probable qu’il ait aussi ses propres névroses », nous dit Michael Gershon. Est-ce pour cela que nos intestins réagissent parfois si fortement au moment de grands stress ? Crampes, ballonnements, diarrhée, constipation... « Les réactions entériques face aux grandes émotions ne sont pas un concept théorique ou ésotérique pour la plupart des gens, ils peuvent voir que le lien est bien réel », souligne le Dr Gershon. Nos réactions instinctives - d’ailleurs souvent appelées viscérales - pourraient selon les circonstances nous tordre le ventre. Le cerveau ventral serait alors le gestionnaire d’une base de données instinctives et fondamentales, composée de milliards de mini-réactions à notre environnement et d’autant de variations dans nos ressentis, sans laquelle nous ne serions tout simplement pas vivants. Traduisant en signaux neuronaux cette source d’informations incommensurable sur le monde, le cerveau entérique serait aussi l’un des fournisseurs de données majeurs pour notre inconscient. Et quand nous voyons, avec les recherches du neurologue Benjamin Libet, que ce sont surtout des processus inconscients qui sont aux commandes de notre vie – parce que la conscience a toujours une demie seconde de retard sur notre réalité (voir « Cerveau, qui décide ? » Inexploré n°18) - nous pouvons entrevoir l’importance que prend cet instinct dans notre quotidien. 

Alors, si le système entérique peut produire des pathologies, aurait-il aussi des aptitudes à les résoudre ? « Nous pensons que le système digestif a la fonction de dissoudre les tensions émotionnelles, en déchargeant à travers la paroi intestinale les résidus et la pression liés au stress. Ainsi, nos intestins et le système nerveux entérique ont une capacité d’auto-régulation des émotions par la digestion des impacts du stress », nous explique François Lewin, auteur du livre La Psychologie Biodynamique, une thérapie qui donne la parole au corps. Car si nous pensons aux intestins plutôt en termes d’absorption d’aliments, nous oublions souvent qu’il est aussi un organe d’élimination très important. Par des techniques de massage et de relaxation, il serait alors possible de soutenir cette capacité de gestion des états psychiques de notre ventre, pour mieux nous occuper de ce qui nous est resté sur l’estomac et générer un mieux être. 


 

Des capacités psychiques surprenantes


Gestionnaire de notre instinct, fournisseur d’informations inconscientes, et régulateur d’états d’âme ? Notre cerveau ventral semble avoir des activités surprenantes. Et nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Deux chercheurs, Dean Radin et Marylin Schlitz, se sont penchés sur les capacités de perception du cerveau entérique. Utilisant un électrogastrogramme (EGG) - un appareil capable de détecter les activités électriques des neurones dans le ventre, ainsi qu’un appareil mesurant la résistance galvanique de la peau, qui s’apparente habituellement aux contractions de l’estomac - ils ont mesuré les réactions du cerveau ventral dans une situation pour le moins… originale. Ayant réuni 26 volontaires, ils les ont regroupés par paires en décidant que l’un des deux serait l’émetteur et l’autre le receveur. L’émetteur est alors parti dans une pièce et le receveur dans une autre. Il a alors été demandé à l’émetteur de visionner sur un écran des images sélectionnées pour leur capacité à provoquer des réactions fortes – tristesse, dégoût, révolte, désir, tendresse... tout en visionnant de temps en temps le receveur sur un autre écran. Après un total de 206 tests les chercheurs ont pu constater que « les lectures de l’EGG du sujet récepteur étaient notamment plus élevées et correspondaient à celles du sujet émetteur lorsque celui-ci éprouvait d’intenses émotions, positives ou négatives », rapporte Lynne McTaggart dans son livre La science de l’intention. C’est incroyable. Le cerveau que nous avons dans le ventre serait capable de capter, à distance, l’état psychique d’une personne avec qui nous sommes en lien. Il semblerait que les aptitudes du système nerveux entérique n’aient pas fini de nous surprendre.

 

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Portugal et économie

  • "Le Portugal, par contre, applique lui, des politiques économiques et sociales connues, et ce, au sein de la zone de la monnaie unique, l'euro... Pour l'instant, aux vues de ses résultats et de la vitesse à laquelle ils ont été acquis, il semble que le Portugal ait surtout un seul défaut : il ne suit pas la ligne dictée par la Commission européenne."

Portugal : un redressement économique et social qui prend Bruxelles à contre-pied

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Des clients sur le toit du bar-restaurant le Rio Maravilha à Lisbonne le 30 août 2017. Les toits de Lisbonne sont en pleine renaissance, utilisés autant en terrasses de cafés que pour des cours de yoga, la projection de films ou comme piscines. 

(Photo Patricia de Melo Moreira / AFP)

Le Portugal n'a presque plus de déficit budgétaire, bénéficie d'une des meilleures croissances de la zone euro, a fait baisser son chômage et attire les investisseurs. Le petit miracle économique et social portugais s'est réalisé en moins de 2 ans avec une politique pourtant opposée aux demandes de la Commission européenne. Doit-on parler désormais du modèle portugais plutôt que du modèle allemand ou suédois ?

11 SEP 2017

 

Mise à jour 13.09.2017 à 13:57

 par

Pascal Hérard

 

Il y a un an, en juillet 2016, la Commission européenne entamait une procédure pour "déficit excessif" contre le gouvernement de Lisbonne. Le Portugal risquait une amende, selon Bruxelles, puisque il était censé ramener son déficit à 2,5 % de son PIB en 2015 au lieu des 4,4 % annoncés. La procédure a été abandonnée un mois plus tard. Etonnement, la France n'était pas soumise à la même pression, alors qu'elle n'avait pas — elle non plus — tenu ses engagements : 3,4% de déficit au lieu des 3% requis. Depuis, le phénomène s'est radicalement inversé : le Portugal a réduit son déficit à 2,1% en 2016 et devrait le ramener à 1,5% cette année. La France, elle, a abaissé péniblement son déficit à 3,3% en 2016 et table sur 3,2% cette année quand elle s'est engagée à atteindre... 2,8%. L'Espagne est encore à 4,5%.

Mais l'économie portugaise n'a pas réussi à réduire ses déficits par la baisse des dépenses publiques, des réformes structurelles du travail visant à "assouplir" les droits des salariés, ou en abaissant les protections sociales, comme le préconise la Commission européenne. C'est même l'inverse qui a été pratiquée au Portugal depuis un an et demi. Un choix qui explique certainement l'irritation très nettement affichée par Bruxelles au printemps 2016, lors des annonces de Lisbonne. 


> Portugal : les audaces de la gauche irritent à Bruxelles​

Mesures socio-économiques

Depuis novembre 2015, c’est un gouvernement socialiste qui est au pouvoir au Portugal, soutenu et poussé par une union des gauches, composée du Parti communiste portugais, des écologistes, et du "Bloco de esquerda", le bloc de gauche (gauche radicale).

>Ni austérité, ni populisme : le Portugal suit sa voie de gauche

Les choix économiques et sociaux de ce gouvernement se sont portés sur une politique clairement anti-austéritaire et antinomique avec celle pratiquée par le gouvernement précédent, de droite, qui avait gelé le salaire minimum et les pensions de retraites, augmenté les impôts, et réduit les aides publiques. Ce qui n'avait pas permis de réduire le déficit budgétaire ni le chômage significativement, mais avait fait exploser la précarité et la pauvreté dans le pays.

Le gouvernement du nouveau premier ministre, António Costa, depuis 2 ans, a donc appliqué des réformes qui avaient été déclarées dans son programme de coalition, en parfaite opposition avec la politique précédemment menée, comme le souligne cet extrait : "La politique d’austérité suivie ces dernières années a eu pour conséquence une augmentation sans précédent du chômage avec des effets sociaux dévastateurs sur les jeunes et les citoyens les moins qualifiés, ainsi que les familles et les milliers de Portugais au chômage. Elle a été aussi associée à une dévalorisation de la dignité du travail et des droits des travailleurs."

Le salaire minimum a été augmenté en 2016 puis de nouveau en 2017, en échange de baisses de cotisations pour les employeurs, de 23% à 22%. Ces deux augmentations du SMIC portugais ont passé le salaire minimum de 505€ à 557 €. Puis des mesures économiques à vocation sociale — mais aussi de relance du pouvoir d'achat — ont été prises : augmentation des retraites et des allocations familiales, renforcements du droit du travail, baisses des impôts pour les salariés les plus modestes, arrêt des privatisations de services et d'infrastructures publics, programme de lutte contre la précarité. Il est aussi prévu de supprimer les coupes dans les revenus des fonctionnaires et de ramener leur temps de travail à 35 heures par semaine. Sur le plan purement économique, la stratégie portugaise n'a pas été non plus en accord avec les demandes de la Commission, et se sont pourtant avérées payantes.

Politique anti-austéritaire de relance par la demande

Le chômage se situait à 14,4% en 2014, après une année noire à plus de 16% en 2013, puis s'était stabilisé en 2015 — mais toujours à un niveau élevé — à 12,2%. En 2016, une nouvelle décrue l'a fait parvenir à 11,1%, et en 2017, le chômage est à 8,8% au deuxième trimestre, ce qui laisse envisager, selon les spécialistes, un taux pour de 9,4% pour l'année entière. Un chômage potentiellement inférieur à celui de la France. Les projections actuelles des instituts tablent sur un chômage portugais à 7% en 2019, le plus bas depuis 2004.

Le virage actuel des politiques économiques du pays n'est pas étranger à cette nette amélioration des créations d'emplois sur deux années consécutives avec pour conséquence la progression de la croissance du PIB, évaluée pour 2017 à 2,5%, contre 1,9% pour la zone euro et seulement 1,5% pour la France. Le commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici a confirmé ces bons résultats en juillet à Lisbonne, indiquant que "la réduction du déficit au Portugal est durable" et que "la croissance sera probablement supérieure à 2,5% en 2017". Malgré tout, l'ancien ministre français de l'économie de François Hollande a tenu à dire au gouvernement portugais que "sur le plan du marché du travail, il faudra veiller à mieux intégrer les chômeurs de longue durée." 

Le ministre de l'économie du Portugal, Caldeira Cabral, explique cette reprise économique par plusieur facteurs. Le premier est celui d'un renouveau d'industries orientées à l'export telles que l'automobile, les chaussures ou encore le textile qui avaient quasiment disparu du paysage. Les industriels, installés depuis des années dans les pays de l'Est pour la main d'oeuvre très bon marché, sont en train de revenir vers le Portugal, à la recherche d'une meilleure qualité professionnelle tout en conservant des coûts salariaux avantageux. Les investissements sont effectivement en hausse depuis deux ans, particulièrement dans l'industrie automobile. Caldeira Cabral pense que la hausse des revenus joue aussi, en redonnant confiance aux investisseurs, aux entreprises, avec une demande interne qui augmente et une progression de la consommation vers des produits de meilleure qualité.

Cette politique de relance par la demande, confortée par une politique sociale du mieux-disant est dans le même temps tirée par une revitalisation du tourisme grâce — entre autres — à des projets immobiliers haut de gamme. Plutôt miser sur la qualité, donc que sur les prix bas. Pierre Moscovici, sur ce plan, a tenu à souligner, toujours lors de sa visite de juillet dernier, "Le retour de l’investissement à la fois externe et interne, les bons résultats des exportations ainsi que le boom du tourisme". Mais sur le plan budgétaire, le Commissaire français a étrangement déclaré que "les efforts doivent être poursuivis pour réduire le déficit structurel", alors que le pays est devenu l'un des meilleurs élèves de la classe sur ce sujet, tandis que la France ou l'Espagne ne le sont toujours pas...

Nouveau modèle portugais très discret

Depuis la crise financière de 2008 et celle des dettes souveraines de 2010, la plupart des pays du sud de l'Europe n'ont pas réussi à sortir la tête de l'eau : les déficits budgétaires sont souvent supérieurs aux critères européens, le chômage y est toujours très élevé, les problèmes sociaux causés par la précarité persistent. Les prêts concédés par le FMI, sous l'égide de la BCE et de la Commission européenne pour aider ces pays à retrouver un peu de vigueur et payer leurs dettes ont été tous accompagnés d'obligations de réductions des déficits, par une baisse des dépenses publiques et des demandes précises, comme le gel des salaires des fonctionnaires, des pensions de retraite, la baisse des prestations sociales.

Ces politiques dites d'austérité ont été doublées de réformes structurelles du marché du travail visant à assouplir les droits des salariés pour améliorer la compétitivité des entreprises. Ces réformes du marché du travail sont elles aussi une demande de Bruxelles. La Grèce, l'Italie ou l'Espagne ont effectué ces politiques d'austérité et ces réformes sans succès concret. Tout comme le Portugal jusqu'en 2015. L'Italie, si elle a baissé ses dépenses et a atteint un déficit inférieur à 3% en 2016, n'arrive pas à faire baisser son chômage qui est supérieur à 11%. En Espagne, le chômage est à 18,7% au premier trimestre 2017, et le déficit public ne colle toujours pas aux critères de Bruxelles : 3,6% en 2016. L'échec des politiques de rigueur budgétaire accompagnés des "assouplissements du marché du travail" ne permettent visiblement pas de faire repartir ces économies. 

Le Portugal a démontré depuis 2 ans, qu'une politique — inverse aux politiques austéritaires, et donc basée sur une relance par la demande et l'amélioration des protections sociales — pouvait fonctionner. Ce que le FMI avait déjà confirmé en 2016 en annonçant à propos de la Grèce que "l'austérité ne fonctionnait pas". De là à préconiser une politique sociale de relance en Europe, le pas est un peu grand pour l'institution internationale qui a toujours été favorable au désengagement financier social des Etats et à la privatisation de leurs infracstructures et services.

Malgré tout, si l'exemple portugais était mis en avant, il pourrait être une piste intéressante de redressement "par le haut" des Etats de la zone euro encore affectés par la crise. Une sorte d'espoir de changement économique et social permettant une sortie de crise. A moins que le modèle économique allemand, de plus en plus contesté pour ses effets sociaux négatifs, ne cède la place au modèle suédois qui semble attirer des dirigeants politiques, dont Emmanuel Macron ?


>Suivre le modèle allemand ? Chiche ! (Article de février 2012)

Le modèle suédois reste malgré tout difficile "à vendre", bien que sa réussite économique soit réelle : ce pays n'est pas dans la zone euro, possède depuis longtemps l'un des niveaux de vie les plus élevés du monde, et surtout, ses salariés sont syndiqués à 80%.

Il n'est donc pas certain qu'appliquer les méthodes sociales et économiques en cours en Suède soit possible si facilement pour des pays de la zone euro. Le Portugal, par contre, applique lui, des politiques économiques et sociales connues, et ce, au sein de la zone de la monnaie unique, l'euro... Pour l'instant, aux vues de ses résultats et de la vitesse à laquelle ils ont été acquis, il semble que le Portugal ait surtout un seul défaut : il ne suit pas la ligne dictée par la Commission européenne.

"Christian"

Avec Nathalie, on a décidé de ne plus pratiquer le yoga uniquement à la maison mais de prendre des cours avec une enseignante.

Hier soir, c'était la deuxième séance et la professeure a demandé de refaire les présentations pour l'ensemble du groupe.

Lorsque mon tour est arrivé, j'ai expliqué qu'à la première séance, j'étais venu avec une bonne sciatique. Je la traînais depuis une bonne semaine. J'ai donc détaillé un peu mon dossier médical et mes cinq hernies discales en 30 ans...J'ai expliqué que le lendemain de cette première séance, je n'avais plus aucune douleur et que ce soir, j'allais très bien.  

Et puis, la séance a commencé...

Lors d'une posture, la professeure s'est approchée et s'est adressée à moi en m'appellant : "Christian".

J'ai eu un frisson et Nathalie qui était à côté de moi, sur son tapis, a été très surprise également...

 

Christian était le prénom de mon frère et il est décédé il y a 19 ans...

 

Comment est-il possible qu'au vu du nombre de prénoms masculins existants, c'est celui-là que l'enseignante a utilisé ? 

Hasard ? 

Il faudrait qu'un mathématicien en calcule la probabilité...

Je n'y crois pas un seul instant.

Je n'avais évidemment pas parlé de mon frère et je ne connais pas cette enseignante. A part, Nathalie, personne ne connaît mon histoire dans ce groupe. 

Il est donc impossible que cette enseignante ait pu me confondre avec mon frère en inversant les prénoms.

Alors ? Quelle explication ? 

Est-ce que le fait d'avoir évoqué mes hernies et par conséquent une partie de mon histoire a pu "activer" l'âme de mon frère ?

Est-ce que cette éventuelle "présence" a pu influencer ensuite l'enseignante au point qu'elle en utilise le prénom "terrestre" pour se faire "entendre" ?

La magnétiseuse qui est intervenue lorsque j'ai eu trois hernies d'un coup, à 44 ans, a dit que "je portais l'âme de mon frère", que nous étions "enchaînés" et que je devais abandonner ma culpabilité et tous les souvenirs associés à notre vécu commun lorsque je le veillais, sur son lit d'hôpital, lorsque j'avais 16 ans et lui 19. Que son âme souffrait, elle aussi, de ma souffrance intérieure.

Je n'ai plus d'hernie discale et même si le nerf sciatique connaît quelques épisodes douloureux, je ne me sens plus en "danger" de récidive.

Que s'est-il donc passé hier soir ?

L'explication que j'en retire, c'est que l'âme de Christian est intervenue pour me signifier que j'avais raison d'être là, que c'était bien que je prenne soin de moi, qu'elle/il en était heureuse/x, que le fait de pratiquer le yoga pour entretenir mon corps et mon âme marquait l'ultime "délivrance" pour elle/lui...

Il me plaît de le penser et je m'en réjouis infiniment.

A la fin de la séance, alors que nous étions en phase de "relaxation", j'ai senti dans la paume de mes mains tournées vers le ciel, un rayon chaud, comme une lumière translucide qui montait vers les cieux. Une sensation très précise qui a duré plusieurs secondes.

...

Christian.


 

 

 

Sûreté nucléaire...

Si l'ASN n'arrive même pas à avoir de réponses, c'est inutile que j'en attende une...

 

 


 

L'ASN alerte sur le niveau de sûreté de deux centrales nucléaires en France

L'Autorité de sûreté nucléaire a placé sous surveillance renforcée la centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire (Cher). L'ASN estime également que la "protection" de l'usine Areva de la Hague contre le risque d'explosion est "insuffisante".

La centrale de Belleville-sur-Loire (Cher),&nbsp;le 31 août 2015.
La centrale de Belleville-sur-Loire (Cher), le 31 août 2015. (GODONG / BSIP)

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L'Autorité de sécurité nucléaire (ASN) annonce avoir mis sous surveillance renforcée la centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire (Cher), mercredi 13 septembre. L'ASN explique avoir pris cette décision en raison de la dégradation du niveau de sûreté qu'elle constate depuis 2016 sur ce site. Le directeur de la centrale a été convoqué par la direction générale de l'ASN le 7 septembre 2017, afin qu'elle lui présente son plan d'action. Un nouveau contrôle de l'ASN sera effectué en avril 2018 afin de vérifier sa mise en œuvre.

Dans le détail, l'autorité a constaté en 2016 une hausse significative du nombre d'événements concernant la surveillance dans la conduite des réacteurs. Elle a observé "une dégradation dans la qualité des réponses qui lui sont fournies, ainsi qu'une réactivité insuffisante de l'exploitant", écrit-elle. Puis, en avril 2017, une inspection a révélé des carences dans "la surveillance et l'entretien de ses installations".

"Dès avril 2016, on a présenté à l'ASN un plan de rigueur pour renforcer la culture de sûreté dans la centrale, se défend EDF auprès de franceinfo. On a mis en place des moyens pour éviter les erreurs humaines, avec des formations supplémentaires et une présence renforcée de managers sur le terrain. Depuis, on a eu moins d’événements significatifs 'sûreté' déclarés."

"Une situation extrêmement grave au niveau financier"

La réduction des coûts de fonctionnement est remise en cause. Pour Martial Chateau, administrateur du réseau Sortir du nucléaire, "cette mise sous surveillance montre qu'il y a dans les centrales et dans tout le nucléaire, aujourd'hui, une situation extrêmement grave au niveau financier. Il y a des volontés de la part de la direction de réduire les frais de fonctionnement"

Sortir du nucléaire avait alerté, il y a quatre ans sur l'état de cette centrale. Elle "a collectionné beaucoup de problèmes depuis qu'elle est en service",déplore Martial Chateau. Pourtant EDF investit plus de 2 milliards d'euros pour prolonger la durée de vie de cette centrale qui a déjà 30 ans. "Je pense que c'est une mauvaise idée de prolonger la durée de vie des centrales,estime le responsable associatif. En prolongeant la durée de vie de ces centrales, on prend un risque énorme d'accidents majeurs quel que soit le lieu."

La Hague "insuffisamment protégée contre le risque d'explosion"

Cette annonce est consécutive de la publication, mardi, par l'ASN d'un document daté du 31 juillet jugeant "insuffisante" la "protection contre le risque d'explosion" de l'usine de retraitement Areva de la Hague, rappelle France 3"Areva n'a pas été en mesure de mettre en œuvre l'air de balayage de sauvegarde", prévu en cas d'indisponibilité du système principal, dans le temps prévu dans les documents de sûreté, écrit l'ASN.

En pleine restructuration, Areva a expliqué qu'une "analyse a été lancée en vue de mettre en œuvre des actions d'amélioration".

Gestion de crise

Très intéressant de lire l'avis gouvernemental sur la gestion de crise. Je ne demande qu'à les croire mais il y a une donnée qui m'interpelle, c'est celle de la difficulté de loger et nourrir des forces armées envoyées sur les lieux... Je trouve ça particulièrement surprenant que des militaires ne soient pas préparés à s'adapter à des conditions de vie difficiles, abris sous tentes, rations militaires, désalinasateur, ravitaillement par hélicoptères (pas besoin de pistes d'avions en état)...La légion étrangère est bien capable de ça, non ?....

D'autre part, j'ai cherché le coût journalier de la présence militaire française au Moyen Orient et l'adaptation très rapide des forces armées aux difficultés des lieux... Je ne pense pas que l'envoi de forces armées pour protéger les populations des bandes de pillards représenteraient un coût aussi conséquent...Serait-ce que "l'intérêt financier" serait moindre ?...


Ouragan Irma : quatre questions sur la gestion de la crise par l'Etat français

Face à l'ampleur des destructions sur les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, le gouvernement est accusé d'avoir mal réagi. Le procès fait à l'exécutif français est-il fondé ? Eléments de réponse.

Une rue du Marigot dévastée par l\'ouragan Irma, le 10 septembre 2017, sur l\'île de Saint-Martin.
Une rue du Marigot dévastée par l'ouragan Irma, le 10 septembre 2017, sur l'île de Saint-Martin. (MARTIN BUREAU / AFP)

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Benoît ZagdounFrance Télévisions

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Un "défaut d'anticipation", une "absence de coordination", des "retards", de "graves dysfonctionnements", des moyens "tout à fait insuffisants"... Bref, une "défaillance de l'Etat". A droite comme à gauche, les critiquesfusent contre le gouvernement. Il lui est reproché sa gestion de l'ouragan Irma, qui a dévasté les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Lundi 11 septembre, le Premier ministre, Edouard Philippe, a dénoncé une "polémique politicienne". Le procès fait à l'exécutif français est-il fondé ? Franceinfo apporte des éléments de réponse.

>> Ouragan Irma : suivez les dernières informations dans notre direct

La catastrophe aurait-elle pu être mieux anticipée ?

La trajectoire des ouragans reste "très difficile" à prévoir, déplore Robert Vautard, directeur de recherches au CNRS et expert du climat, interrogé par LCI. "Aujourd'hui, on peut en effet prévoir un cyclone, mais avec un risque d'erreur moyenne sur sa trajectoire. Le problème, c'est qu'une erreur de prévisions de quelques kilomètres change tout, notamment du point de vue des impacts entre zone épargnée et zone touchée." "D'après les premières prévisions, l'ouragan Irma devait passer sur la Guadeloupe. On avait donc adapté notre dispositif en fonction de ces informations", explique un responsable de la Sécurité civile, contacté par franceinfo. Mais Irma a changé de route, épargnant la Guadeloupe et la Martinique, initialement placées en alerte rouge.

En outre, "le dispositif avait été dimensionné pour un ouragan de catégorie 4 et une alerte rouge. Une section de la Sécurité civile avait été projetée sur Saint-Martin en prévision d'un ouragan de niveau 4. Elle ne s'attendait donc à faire que de la coupe de branches, du dégagement de voies, du bâchage de toitures et de la remise en état. Finalement, on a eu un ouragan de catégorie 5 et une alerte violette."

Irma est passé en catégorie 5, 48 heures seulement avant de toucher les îles. On n'avait donc plus que 36 heures pour agir, avant que les conditions météo ne rendent toute opération impossible par la mer et par les airs.

Un responsable de la Sécurité civile

à franceinfo

"Personne n'avait prévu qu'Irma passe en catégorie 5 aussi vite", assure-t-il encore. Pourquoi ? "Parce qu'on ne dispose pas de flotteurs en mer, placés tous les 20 km, pour mesurer la température de l'eau", déplore-t-il. Des outils de mesure qui permettent de déterminer la chaleur de l'eau de mer dans laquelle les cyclones puisent leur force.

>> Retrouvez "Urgence Info Iles du Nord", la radio lancée pour les habitants de Saint-Martin et Saint-Barthélemy

L'île aurait-elle pu être évacuée à temps ?

"Il était impossible d'évacuer l'île de Saint-Martin en moins de 36 heures", affirme le responsable de la Sécurité civile. "On aurait été incapables, en si peu de temps, d'envoyer assez de bateaux et d'avions" pour embarquer les 35 000 habitants français de Saint-Martin et les 9 000 de Saint-Barthélemy. Et contrairement à l'archipel américain des Keys et à la Floride, qui ont été massivement évacués à l'approche d'Irma, "aucun pont ni aucune autoroute ne permettent une évacuation massive de la population des deux îles". "D'autant que, si les autorités françaises avaient décidé l'évacuation du côté français de Saint-Martin, les 40 000 habitants du côté néerlandais se seraient précipités pour être eux aussi évacués. On aurait eu une situation de crise très dangereuse à gérer, avec peut-être des morts et des blessés à la clé", fait valoir ce spécialiste des situations d'urgence.

Un ordre d'évacuation comme aux Etats-Unis était inenvisageable, assure ce responsable de la Sécurité civile, car "en France, la loi n'autorise pas les évacuations par la force". Les habitants peuvent ainsi refuser de quitter leur maison, malgré les recommandations des autorités. Et c'est ce que certains ont fait. Avant l'arrivée d'Irma, 7 000 habitants de Saint-Martin et Saint-Barthélemy ont ainsi refusé de quitter leur maison pour se mettre à l'abri, selon l'entourage de la ministre des Outre-mer, cité par la 1ère"On a eu beaucoup de mal à faire respecter la consigne d'évacuer les zones submersibles situées en dessous des 2 mètres de surcote, reconnaît ce membre de la Sécurité civile. Pour les habitants nés sur l'île, partir c'était comme déserter. D'autant que dans ces zones inondables, beaucoup d'habitants refusent de perdre le peu qu'ils ont."

 

La marina&nbsp;de Marigot, le 8 septembre 2017, après le passage de l\'ouragan Irma sur l\'île de Saint-Martin.
La marina de Marigot, le 8 septembre 2017, après le passage de l'ouragan Irma sur l'île de Saint-Martin. (MARTIN BUREAU / AFP)

 

Le bilan aurait-il pu être moins lourd ?

"Saint-Martin a été frappée par un phénomène exceptionnel. Pourtant, en dépit de l'habitat très vulnérable de l'île, il y a eu très peu de victimes", relève pour franceinfo Didier Le Bret, ancien responsable du Centre de crise du ministère des Affaires étrangères et ex-ambassadeur de France en Haïti au moment du séisme dévastateur de 2010. Selon le dernier bilan officiel provisoire, l'ouragan Irma a fait au moins dix morts et sept disparus dans les îles françaises de Saint-Martin et Saint-Barthélemy.

Il aurait pu y avoir beaucoup plus de morts. C'est la preuve que les mesures de confinement et de protection ont été efficaces.

Didier Le Bret

à franceinfo

Après le passage d'Irma, 60% des maisons de Saint-Martin sont désormais inhabitables, selon des évaluations de responsables locaux. De telles destructions auraient-elles pu être évitées ? Sans doute, mais à quel prix, argue Didier Le Bret. "Dans ces régions du monde, il y a une accoutumance à ce type de phénomène naturel. Les populations ne construisent ni trop dur, en prévision du risque sismique, ni trop léger, en prévision du risque cyclonique. Sans compter qu'il y a toujours un habitat sauvage précaire", justifie le diplomate.

"Si vous voulez tout anticiper, il faut changer radicalement la vie des gens : les forcer à vivre dans des bunkers", poursuit cet habitué de la gestion des crises. Mais, tranche-t-il, "l'ouragan était tellement puissant que, même si les normes de construction avaient été respectées, il y aurait eu des dégâts".

 

Un pêcheur transporte son matériel, après avoir perdu son bateau lors du passage de l\'ouragan Irma, le 9 septembre 2017, au Marigot, sur l\'île de Saint-Martin.
Un pêcheur transporte son matériel, après avoir perdu son bateau lors du passage de l'ouragan Irma, le 9 septembre 2017, au Marigot, sur l'île de Saint-Martin. (MARTIN BUREAU / AFP)

 

Le dispositif de secours était-il sous-dimensionné ? 

Les spécialistes interrogés par franceinfo défendent tous les actions menées sur place. "L'équipe envoyée à Saint-Martin a mené une opération de reconnaissance, dès qu'elle a pu quitter son abri", assure le responsable de la Sécurité civile. "Une fois Irma passé, on a envoyé huit médecins sur l'île. Et six spécialistes ont été projetés pour remettre en état les pistes de l'aérodrome côté français et aider les Néerlandais à rendre l'aéroport à nouveau opérationnel pour qu'un A400M puisse se poser avec sa cargaison", détaille-t-il. "Et pendant que l'ouragan José approchait, on a continué d'envoyer des moyens et du matériel autant qu'on a pu, jusqu'à ce que les conditions en mer deviennent trop difficiles pour les bateaux, et jusqu'à ce que les hélicoptères, puis les avions ne puissent plus voler."

"Il y a actuellement plus de 600 secouristes sur place, sans compter les forces de l'ordre. On distribue plus de 3 600 litres d'eau par jour, on a acheminé plus de 100 000 rations alimentaires. On a réquisitionné des bateaux, des avions, les soutes des appareils des compagnies aériennes..."

D'énormes moyens ont été engagés. Une opération logistique de secours de cette ampleur n'a jamais été faite en France.

Un expert de la Sécurité civile

à franceinfo

"Pour prépositionner des soldats, encore fallait-il avoir les troupes à disposition et pouvoir les déplacer et savoir les loger au bon endroit", tempère également Yves Jégo, secrétaire d'Etat chargé de l'Outre-Mer dans le gouvernement Fillon de 2008 à 2009.  

 

Après le passage de l\'ouragan Irma, des pompiers distribuent de l\'eau&nbsp;à des habitants du Marigot, le 10 septembre 2017, sur l\'île de Saint-Martin.
Après le passage de l'ouragan Irma, des pompiers distribuent de l'eau à des habitants du Marigot, le 10 septembre 2017, sur l'île de Saint-Martin. (MARTIN BUREAU / AFP)

 

Et le dispositif continue de monter en puissance. Après le passage de l'ouragan José plus au large que prévu, la préfecture de Guadeloupe a annoncé, dès dimanche soir, la reprise des liaisons maritimes et aériennes entre la Guadeloupe, la Martinique et Saint-Martin. La reprise des ponts aériens et maritimes a permis d'évacuer les plus vulnérables dans un sens, et d'acheminer du fret et des vivres dans l'autre. Quelque 85 tonnes de nourriture, un million de litres d'eau et 2 200 kg de médicaments ont été transportés, selon la préfecture de région. A l'aéroport de Grand-Case, dans le nord de Saint-Martin, le ballet d'hélicoptères et d'avions est incessant.

Les effectifs des secours, militaires et forces de l'ordre dépêchés sur Saint-Martin atteignent désormais 1 500 personnes et passeront bientôt à 2 000. EDF a indiqué que 140 tonnes d'équipements électriques étaient acheminées en bateau depuis la Guadeloupe. Et dès mardi, le Bâtiment de projection et de commandement (BCP) Tonnerre appareillera depuis Toulon et acheminera sur zone quatre hélicoptères supplémentaires et, surtout, des moyens lourds du Génie pour participer aux travaux de reconstruction, du matériel et des véhicules de la Sécurité civile et de la gendarmerie ainsi que 1 000 tonnes de fret et de vivres. Le navire dispose aussi d'un hôpital embarqué, doté de 69 lits médicalisés, de deux blocs opératoires et de plusieurs salles de soins intensifs. Ce bâtiment, l'un des plus gros de la Marine nationale, mettra environ une dizaine de jours pour rejoindre la zone.

Aux Pays-Bas, certains ont estimé ouvertement que la réaction de La Haye était plus lente que celle de la France et que le bilan de quatre morts dans la partie néerlandaise de Saint-Martin avait mis trois jours de plus à être tiré que le bilan pour la partie française. L'impossibilité pour les autorités néerlandaises de communiquer avec l’île dans les 24 heures qui ont suivi l’ouragan a été aussi vivement critiquée et comparée défavorablement avec l’action de la France. 

Les pillages auraient-ils pu être évités ?

C'est une des critiques les plus virulentes adressées à l'exécutif français. De nombreux habitants des deux îles estiment qu'ils n'ont pas été suffisamment protégés des pillards. "Aux Pays-Bas aussi, des critiques se sont aussi fait entendre très tôt", relève Eveline Bijlsma, correspondante à Paris du quotidien néerlandais De Telegraaf, contactée par franceinfo. "Les habitants de la partie néerlandaise de Saint-Martin se sont surtout plaints des pillages et du manque de forces de l'ordre pour les protéger."  

Mais en cas de catastrophe naturelle, la lutte contre les pillards n'est pas la priorité. "Entre la protection des boutiques et la recherche des disparus, il y a sans doute eu des choix drastiques faits", concède Yves Jégo. "Si vous faites débarquer un millier d'hommes pour éviter les pillages et les troubles à l'ordre public, il faut aussi leur trouver un abri, leur fournir des vivres et de l'eau potable. Vous vous créez des contraintes et des difficultés supplémentaires dans une situation de crise déjà difficile à gérer", ajoute le diplomate Didier Le Bret. 

 

Des pompiers français à bord d\'un bateau se dirigeant vers l\'île de Saint-Martin depuis la Guadeloupe, le 8 septembre 2017, après le passage de l\'ouragan Irma.
Des pompiers français à bord d'un bateau se dirigeant vers l'île de Saint-Martin depuis la Guadeloupe, le 8 septembre 2017, après le passage de l'ouragan Irma. (MARTIN BUREAU / AFP)

 

"Face aux pillages, on a envoyé des renforts dès qu'on a pu", évalue le "Monsieur Crises" du Quai d'Orsay. Un état-major et trois compagnies, soit 415 militaires, sont désormais déployés à Saint-Martin afin d'assurer la sécurité et de rétablir l'ordre sur l'île, en lien avec les forces de sécurité déjà présentes depuis le passage de l'ouragan Irma. "Mais le problème majeur, ce ne sont pas les pillages, (eh bien, pourtant, en psychologie, on appelle ça le "surtraumatisme" et il a des conséquences très dures à gérer pour les personnes concernées) ce sont les destructions. Il faut aider les populations à reconstruire leur habitation, à reconstituer leur outil de travail et à relancer leurs activités, détaille Didier Le Bret. Y compris pour celles qui n'avaient pas d'assurances."

Le responsable de la Sécurité civile est catégorique : "La crise n'a pas été mal anticipée et il n'y a pas eu un manque de préparation." Quant au diplomate, il l'assure : "Dans les centres de crise, des retours d'expérience sont faits systématiquement a posteriori pour tirer les enseignements et corriger les éventuels loupés." Et Yves Jégo d'appuyer : "Il faudra tirer les leçons des éventuels dysfonctionnements, mais il est trop tôt pour le faire.La commission d'enquête parlementaire [portée par La France insoumise et approuvée par le ministre de l'Intérieur] est une proposition saine, car elle prendra le recul et le temps nécessaire."

Anticipation du déclin.

« Le déclin de notre civilisation est inéluctable » et c’est une bonne nouvelle… (Interview)

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Crédit photo : Mr Mondialisation

Quel est l’avenir de notre civilisation telle que nous la connaissons ? L’association Adrastia, qui « a pour objectif d’anticiper et préparer le déclin de la civilisation thermo-industrielle de façon honnête, responsable et digne », interroge les évolutions du monde moderne à la lumière de la science et des recherches anthropologiques sur la disparition des sociétés passées. Nous avons échangé avec son Président, Vincent Mignerot*. Interview.

L’association Adrastia estime qu’un déclin de notre civilisation est inévitable. Sur quels éléments vous appuyez-vous pour défendre cette thèse ? 

L’humanité n’est pas différente de toute autre espèce en ce qui concerne ses besoins essentiels : c’est sa capacité à capturer l’énergie disponible dans l’environnement qui lui permet d’assurer ses besoins élémentaires et de se reproduire. Les végétaux captent l’énergie solaire, les animaux mangent des végétaux ou d’autres animaux qui ont mangé des végétaux. L’humanité, omnivore, est capable de satisfaire ses besoins en cueillant, chassant, mais elle a acquis au cours d’une évolution singulière la capacité à s’affranchir de certaines contraintes dans cette capture d’énergie.

Petit à petit, parce que son corps et son cerveau ont évolué, elle a appris à subtiliser à l’environnement d’abord un peu plus, puis progressivement beaucoup plus d’énergie par rapport aux autres espèces. Grâce à la maîtrise d’outils complexes (pierre taillée, sagaie, arc…) elle a notamment appris à chasser plus que ce que les écosystèmes pouvaient assumer pour maintenir leur propre richesse. L’anthropologie contemporaine montre que notre espèce Homo Sapiens aurait provoqué l’extinction de nombreuses espèces animales pour son propre intérêt adaptatif depuis des dizaines ou centaines de milliers d’années. Ce processus d’extinction pourrait même remonter à 2,5 ou 3 millions d’années, lors de l’apparition de notre grande famille ancestrale : le genre Homo (Homo Habilis, Rudolfensis, Ergaster, Erectus… lire : Cataclysmes de Laurent Testot, et écouter les conférences de Jean-Jacques Hublin au Collège de France, en particulier : L’aube de l’Anthropocène). Nous avons également appliqué aux végétaux cette « capture d’énergie dérégulée ». Il est acquis par exemple désormais que la forêt amazonienne n’est en rien une forêt primaire et qu’elle a été transformée depuis plusieurs milliers d’années pour nos besoins, par de nombreuses communautés de fourrageurs : l’Amazonie est constituée aujourd’hui d’une grande proportion de plantes favorablement comestibles pour nous, ainsi que d’essences d’arbres qui sont plus adaptées à la construction d’habitat ou de moyens de navigation (Philippe Descola, vidéo CNRS : Amazonie, une forêt façonnée par l’homme).

Le développement de l’agriculture s’est par ailleurs fait à la suite d’un long travail de défrichement opéré par les chasseurs cueilleurs qui ont libéré, par le feu, de grandes surfaces terrestres de tout couvert forestier (le feu : une grande optimisation de la capture d’énergie, que seul l’humain maîtrise !). Nos ancêtres ont également exterminé de nombreuses espèces animales incompatibles avec nos cultures de blé, de riz, de maïs, que nous ne souhaitions pas voir piétinées ou tout simplement consommées à notre place. L’agriculture, qui s’est accompagnée de nouveaux problèmes à gérer (carences, maladies inédites, caries, structures sociétales en classes avec des privilégiés et des esclaves), a pourtant permis d’augmenter encore l’apport énergétique global, et c’est à la suite de son développement que la démographie a augmenté de façon notable.

Toujours dans ce même processus croissant de développement des techniques, nous avons multiplié nos sources d’approvisionnements et leur qualité : sélection poussée des espèces végétales et animales en vue de leur domestication, moulin à vent ou à eau pour faire de la farine etc… jusqu’à une révolution de très grande ampleur : l’exploitation des hydrocarbures, charbon, pétrole et gaz à partir du 19ème siècle principalement.

Il faut retenir deux choses à propos de ce processus évolutif lié à l’augmentation de la capture d’énergie. Il s’est tout d’abord toujours fait dans la soustraction des ressources nécessaires aux écosystèmes pour leur propre équilibre. C’est ce qui peut mener à leur affaiblissement au point de mettre en péril les communautés humaines elles-mêmes. Le nomadisme est une réponse active afin de retrouver des lieux fertiles ou riches en proies animales, l’effondrement démographique des populations est une conséquence non souhaitée de l’atteinte aux équilibres naturels. Par ailleurs, le surplus d’énergie consommé par les humains démultiplie lui-même les forces destructrices, ce qui crée un phénomène d’emballement. Plus nous détruisons l’environnement, plus nos sociétés en bénéficient pour se développer, ce qui augmente nos besoins et notre empreinte environnementale, que nous compensons en exploitant plus encore l’environnement, etc. Ce phénomène est appelé « Syndrome de la Reine Rouge » (François Roddier, texte sur la « Reine Rouge » rédigé pour l’Institut Momentum).

Nous considérons dans l’association Adrastia que le déclin de notre civilisation est inéluctable, au même titre que des tribus dans les temps anciens ou de grandes cités complexes se sont effondrées, parce qu’il est impossible de soustraire de l’énergie aux écosystèmes, ni de les transformer indéfiniment sans que ceux-ci finissent par ne plus pouvoir assumer nos besoins. Aujourd’hui nous savons que les ressources en hydrocarbure vont se réduire drastiquement au cours de ce siècle, et les dégâts que nous provoquons sont massifs et planétaires. Le changement climatique va atteindre directement aux rendements agricoles (c’est déjà le cas), augmenter la fréquence et l’intensité des feux de forêts (nous le voyons déjà), détruire des territoires habités de centaines de millions d’humains à cause de l’augmentation de la puissance et de la fréquence des tempêtes ou par submersion à cause de la hausse du niveau des océans.

Pyramide du soleil, Teotihuacan, Mexique. Crédit photo : Mr Mondialisation

Selon les scientifiques, nous sommes entrés dans une ère très singulière, celle de l’Anthropocène et, en même temps, nous sortons du paradigme économique entièrement construit sur une disponibilité immédiate et peu chère des ressources énergétiques. Est-ce la fin d’un mythe, celui de la croissance infinie ?

Nous avons le sentiment dans notre culture d’être les premiers à avoir fantasmé une croissance infinie. Mais historiquement de nombreuses communautés, de nombreux empires et civilisations ont cru également, un temps, à la croissance infinie (Sapiens, de Yuval Noah Harari). Il faut noter aussi que par le passé certaines grandes civilisations, à la culture et aux techniques pourtant très complexes, ont choisi de ne pas suivre un développement perpétuel.

Lorsque par exemple la Chine a compris, avant même les explorations de Christophe Colomb, qu’il n’était pas dans son intérêt de conquérir le monde, alors que sa flotte était considérablement plus puissante que la flotte des pays européens, elle a choisi de se replier sur ses territoires intérieurs et de mener une politique économique qui ne soit pas orientée sur la croissance par la domination (à l’époque). De même, le Japon, alors qu’il maîtrisait l’arme à feu, a choisi d’abandonner totalement cette technique au profit des armes traditionnelles, adoptant une politique par ailleurs totalement isolationniste, sans croissance. La période a duré… 250 ans (Sakoku : politique isolationniste entre 1641 et 1853).

Mais aujourd’hui la situation est différente, et inédite. Le fait que l’économie soit mondialisée empêche tout pays d’évoluer indépendamment des autres, et la compétition économique est telle que le premier pays qui déciderait de ralentir volontairement sa croissance se verrait absorbé économiquement par les autres, perdrait de sa souveraineté, ce que les peuples n’accepteraient pas.

Alors que l’histoire montre que la « décroissance » ou le statu quo évolutif sont possibles, la croissance infinie est devenue une mythologie sociétale irrévocable, érigée au niveau de propagande nécessaire et d’ailleurs sollicitée par toutes les strates de la société. Le risque est bien sûr que notre mythologie nous porte au-delà des capacités de la Terre à supporter notre développement, ce qui stoppera la croissance et entraînera l’effondrement.

Malgré les nombreuses alertes, on peut avoir le sentiment que l’élite politique ainsi que les techniciens n’ont pas intégré la rapidité et la gravité des changements auxquels nous assistons ! Nos représentants sont-ils aveugles ?

Les élites de nos pays ont une connaissance assez précise des limites de l’environnement depuis le début du 19ème siècle. C’est en particulier l’Empire Britannique qui a initié le traitement scientifique de la question de la fin des ressources, pour la gestion de ses forêts et, bien sûr, de son charbon (L’Événement Anthropocène, C. Bonneuil, J.B. Fressoz).

Après une centaine d’années lors desquelles la grande disponibilité de l’énergie (charbon, pétrole) a fait mettre de côté la question des limites, paraît en 1972 le rapport Halte à la croissance ?, une étude d’anticipation effectuée par le MIT (Massachussetts Institute of Technology) pour le Club de Rome. L’étude envisageait un effondrement économique dès 2030 si le monde continuait son développement selon la cadence de l’époque. Peu connu du grand public, ce rapport a été débattu dans l’ensemble de la classe politique internationale. Le président Ronald Reagan y a répondu lors d’un discours : « Il n’y a pas de limite à la croissance, car il n’y a pas de limite à l’intelligence humaine, à son imagination et à ses prodiges » (source Wikipédia : Théories sur les risques d’effondrement de la civilisation industrielle).

Le président Emmanuel Macron, s’adressant au G20 le 8 juillet dernier a déclaré : « On ne peut pas lutter contre le terrorisme sans action résolue contre le réchauffement climatique ». Ce lien entre climat et terrorisme en a surpris plus d’un, mais il est connu des experts qui ont une compréhension systémique du lien qu’établit l’humain avec son environnement. Il est désormais admis que des variations environnementales peuvent influencer l’équilibre politique des sociétés, et nous savons que notre président en est informé.

Le Premier Ministre Édouard Philippe, dans son discours de politique générale devant l’Assemblée a cité le livre Effondrement, de Jared Diamond. Voici ce qu’il dit de son sentiment après la lecture de ce livre :

« J’ai une vraie révérence pour Diamond. J’ai appris et compris des choses en lisant ce qu’il a écrit. Effondrement est un livre que certains disent noir et pessimiste sur l’avenir des sociétés humaines, à cause de la consommation des ressources. En même temps, ce que je trouve extraordinaire dans ce livre c’est qu’il montre que les sociétés humaines quelles qu’elles soient, ont la possibilité de prendre des décisions qui permettent de sauver l’affaire ou pas. C’est pour ça que je n’ai jamais pensé qu’Effondrement est un livre pessimiste : je pense que c’est un livre sur la liberté collective de prendre les bonnes décisions. »

Il n’est plus possible aujourd’hui de dire que les politiques n’ont pas les données. Ils ne sont pas aveugles, les politiques « savent », et depuis longtemps. La question reste de ce qui est fait de ces données et des risques d’effondrement qu’elles indiquent. Il revient aussi aux citoyens – aux électeurs – de s’adresser à leurs représentants afin qu’ils cessent de balayer d’un revers de la main les textes et les études qu’ils connaissent parfaitement.

Ville de Mexico, Mexique. Crédit photo : Mr Mondialisation

Mais cette prise de conscience ne se traduit pas vraiment par des politiques cohérentes…

La seule « solution » pour que nous minimisions le risque ou l’ampleur d’un effondrement serait que l’ensemble des pays, de façon concertée, réduise leur dépendance aux ressources, en particulier à l’énergie. Mais un verrou majeur les en empêche : la compétition économique. Nous ne sommes plus dans la situation de la Chine ou du Japon. Aujourd’hui, le premier pays qui choisirait de réduire son PIB par anticipation serait doublé économiquement par tout autre paysqui ne ferait pas ce choix. Nous l’observons concernant la COP21, les pays signataires sont tous dans une position attentiste, aucun ne baisse son exploitation de ressources par anticipation (le développement des « énergies vertes » est d’ailleurs tout le contraire d’une réduction de l’exploitation des ressources).

Nous sommes dans une situation particulièrement délicate, peut-être un piège : si nous ralentissons économiquement, notre environnement s’en portera mieux, mais le pays qui le fait en premier se portera moins bien. Si nous accélérons notre emprise pour rester performants, nous augmentons les dégâts environnementaux, et le monde entier s’en portera moins bien à terme. Nos gouvernants entretiennent donc la mythologie de la croissance, et utilisent désormais une autre mythologie, celle de la « croissance verte ».

Vous doutez également que les énergies renouvelables puissent à elles seules permettre de résoudre l’équation qui se pose à nous. Selon vous, repenser la société autour du tryptique proposé par l’association NégaWatt – Sobriété, Efficacité, Renouvelable -, qui intègre les limites matérielles sur lesquelles nous butons, est-il raisonnable ? 

Aujourd’hui encore nous nous appuyons parfois politiquement, scientifiquement et industriellement sur des présupposés infondés. En toute rigueur, étant donnée la complexité du système économique et compte tenu du constat que toutes les énergies se sont toujours toutes additionnées historiquement (J-B. Fressoz, Pour une histoire désorientée de l’énergie), personne ne peut en 2017 affirmer que les énergies renouvelables (ou le nucléaire) pourraient limiter nos émissions de CO2. Il faut se rappeler tout d’abord que tout le débat sur les énergies renouvelables ne concerne que 20 pourcents de nos besoins énergétiques. Les 80 autres pourcents sont entièrement dépendants du pétrole, du gaz et du charbon. Il est alors envisageable, parce que le déploiement des énergies renouvelables participera à alléger la demande en hydrocarbures pour les 20 pourcents de production d’électricité, et parce que leur déploiement pourra prolonger le fonctionnement de nos économies et produire de la richesse, que celles-ci favorisent l’exploitation des hydrocarbures pour les 80 autres pourcents de nos besoins ! Cette « hypothèse du renforcement synergique des énergies » pourra être discutée, elle semble en tout cas parfaitement correspondre aux données sur le mix énergétique mondial : l’humanité n’a jamais autant exploité d’hydrocarbures, et l’humanité n’a jamais émis autant de CO2 qu’aujourd’hui (l’hypothèse du renforcement synergique des énergies est développée dans ce texte).

Il faut aussi s’inquiéter du fait que les sociétés capables de financer le déploiement des énergies dites de substitution, nucléaires et renouvelables, resteront toujours dépendantes d’un approvisionnement sûr, et assez important, en hydrocarbures. Aucune de ces énergies ne peut produire par elle-même l’énergie qui permettrait de les maintenir en fonctionnement. Cela serait l’équivalent… d’un mouvement perpétuel. Si la planète ne peut approvisionner éternellement l’humanité en pétrole, ni le nucléaire ni les énergies renouvelables ne sont éternels, même si ils pourront fonctionner un temps. À terme, nous aurons la sobriété, forcément, mais pas celle à laquelle nous croyons…

Ceinture Aliment-Terre, Liège, Belgique. Crédit photo : Mr Mondialisation

Selon vos propres propos, vous vous « gardez de proposer des « solutions » au déclin, considérées illusoires ». Pourtant il faut bien que les sociétés humaines puissent se préparer aux bouleversements à venir ?

Nous l’évoquions précédemment. Nous considérons dans l’association Adrastia que la situation est potentiellement inextricable, à cause de l’état général de la planète et de la compétition économique, existentielle, dans laquelle nous sommes tous pris. Il n’y a pas de « solution » contre la fin des ressources, le climat suit déjà une trajectoire proche d’un emballement immaîtrisable et la décroissance par anticipation ne répond pas aux exigences de l’économie mondialisée, dont aucun pays ne peut s’affranchir sans risque immédiat pour son propre peuple.

Alors le défi est immensément grand : il n’y a pas de solution, mais nous devons minimiser notre impact malgré tout et, surtout, nous adapter à un monde totalement nouveau. Mettre en œuvre des aménagements, ou une adaptation ça ne veut pas dire des décisions moins ambitieuses. Au contraire. Cela signifie l’arrêt des grands projets industriels inutiles et coûteux au profit d’initiatives de moins grande envergure et rendant plus directement service aux peuples plutôt qu’aux privilégiés, également une réforme fondamentale de nos modèles agricoles. Le maintien d’une cohésion sociale, malgré les difficultés économiques, sera primordial (aides sociales), en particulier parce que la fragilisation de la partie de la population qui subit déjà les effets du ralentissement économique est en soi un risque de destruction politique et morale de la société.

Le désintérêt des privilégiés pour les classes populaires et leurs difficultés entraîne déjà, nous le voyons bien, aux États-Unis en particulier mais dans le monde entier désormais, des révoltes, une radicalisation de la pensée, de l’obscurantisme religieux ou politique. Nous observons aussi une émergence de croyances totalement déconnectées de la réalité et qui se substituent aux connaissances scientifiques. Les pseudo-sciences (et la théorie du complot !) sont de plus en plus populaires, qu’elles soient volontairement induites par les Etats eux-mêmes (Donald Trump a officialisé le déni climatique par exemple) ou que les médias s’en fassent le relais par souci du sensationnel, par laxisme, par complaisance. Il est compréhensible aussi, mais déplorable pour l’avenir, que les peuples s’y raccrochent spontanément afin de répondre par eux-mêmes aux difficultés qu’ils vivent concrètement et que les mythologies et les discours trompeurs de leurs représentants ne peuvent plus dissimuler.

Aujourd’hui nos élites ne mesurent pas à quel point entretenir des illusions est en soi un risque d’effondrement sociétal. La croissance verte est bien impossible, et c’est à la réalité d’une crise de longue durée, avec des ruptures parfois brutales (la crise de 2008 pourra paraître dérisoire demain) que nous devrons nous adapter. C’est ce message de lucidité, face à l’immense défi que l’humanité doit relever, que l’association Adrastia souhaite transmettre.


*Vincent Mignerot est auteur et chercheur indépendant en Sciences Humaines. Il se questionne sur la singularité de l’espèce humaine parmi l’ensemble des autres êtres vivants et développe notamment une « théorie écologique de l’esprit ». Il est depuis 2014 Président de l’association Adrastia.

Source : Propos recueillis par l’équipe de Mr Mondialisation

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De la fiction à la réalité

J'ai lu ces derniers mois beaucoup de romans et visionné pas mal de documents vidéos sur les situations de crises majeures et leurs conséquences sur la population. Il est clair qu'on imagine assez mal tout ce que les ruptures d'approvisionnement alimentaire peuvent engendrer comme problèmes, dans la production et la distribution électrique, rupture dans l'approvisionnement en carburant, en eau potable, disparition partielle ou totale de l'autorité des forces de l'ordre, des soins aux blessés ou autres situations médicales etc etc...

On pourrait même penser que les auteurs de ces romans ou documents d'anticipation exagèrent dans leurs développements. 

Il suffit aujourd'hui de regarder le chaos à Saint Martin et Saint Barthélémy pour prendre conscience que les situations de crise génèrent des comportements particulièrement anxiogènes, voire dangereux pour la population. 

On peut juger aussi de l'incompétence des structures politiques dans l'anticipation des situations de crise. On ne pourrait que leur conseiller de lire davantage d'ailleurs et se souvenir que les romans de Georges Orwell par exemple ne sont plus des livres d'anticipation mais d'une réalité actuelle...

 

"Voler pour survivre", le dernier recours des rescapés d'Irma réfugiés dans une école

Une soixantaine d'habitants de l'île de Saint-Martin sont réfugiés dans un établissement scolaire depuis le passage de l'ouragan Irma. Ils doivent se débrouiller pour survivre, cinq jours après les intempéries.

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A Saint-Martin, une grande partie des bâtiments ont été dévastés par l'ouragan Irma.  (MARTIN BUREAU / AFP)

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Thibault LefèvreRadio France

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imageil y a 6 minutes

"Voler pour survivre", le dernier recours des rescapés d'Irma réfugiés dans une école

Moins d'une semaine après le passage de l'ouragan Irma sur les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, les habitants tentent de s'organiser pour survivre. Les îles sont ravagées, les secours sont insuffisants pour pallier toutes les urgences et les populations manquent de tout. À Saint-Martin, une soixantaine d'habitants campent depuis plusieurs jours dans un établissement scolaire. 

Pas de médicaments pour se soigner

À La Savane, à une rue seulement du centre de commandement opérationnel de la gendarmerie, une cinquantaine de personnes dorment sur des lits de camp dans des salles de classe. Deux espaces sont réservés aux blessés. Parmi eux, Christine, qui souffre de deux fractures, au fémur et à la cheville, à cause d'un accident de quad survenu avant l'ouragan. "J'ai été opérée il y a quelques jours, raconte-elle. Il y a un traitement que je ne peux pas suivre parce que je n'ai pas de médicaments." Pas d'antidouleurs ni d'antidépresseurs pour elle, puisque "tout a été emporté par le cyclone". Elle est arrivée quelques heures après le passage d'Irma et, depuis, dort sur un matelas sale. 

Comme Christine, une dizaine de malades souffrent de ce manque de soins et de médicaments. "On a passé notre temps à installer des lits et prendre en charge les plus grands malades. On passe d'une dame âgée de 90 ans à deux personnes en fauteuil ou une personne paraplégique", explique Jennyfer, une Française en vacances à Saint-Martin. Cette manager de restaurant change les malades, leur prodigue les soins et s'occupe des enfants. Jennyfer, tout comme la directrice de l'établissement scolaire, dénonce le manque d'anticipation de l'État. 

Deux maîtres-mots : débrouille et solidarité

Pour survivre, les réfugiés dans cet établissement scolaire s'organisent avec les moyens du bord. Débrouille et solidarité sont les maîtres-mots. Sur une grande table, dans une pièce qui abritait encore il y a une semaine des bureaux administratifs, des salades de fruits, des bouteilles d'eau et de la nourriture sont disposés en libre-service. Ces vivres ont été récupérés, pour l'essentiel, dans des magasins après le passage d'Irma.

Voler pour survivre, je ne peux pas dire que c'est bien mais il y a un moment, quand il n'y a rien d'autre à faire, il faut trouver une solution

Mireille, en charge de la logistique

à franceinfo

Mireille ne cautionne cependant pas les pillages qui se déroulent depuis le passage d'Irma. "Après, aller voler des télévisions chez les gens, je ne suis pas d'accord." Elle a notamment piloté l'approvisionnement dans une pharmacie ouverte par l'ouragan. Cela a permis de récupérer des boissons hypercaloriques et hyperprotéinées.

Murielle et les plus jeunes ont aussi récupéré des batteries dans les épaves de voiture. Elles servent désormais à Eugène, qui désosse un ordinateur posé à ses pieds. "Je fabrique un ventilo à partir du moteur d'un ordinateur. Ça fonctionne mais il n'y a pas beaucoup de moteurs pour en faire assez."Eugène n'est pourtant pas un sinistré en tant que tel. "Ma maison n'est pas vraiment détruite, explique-t-il. Parfois, tu dois faire des sacrifices pour aider les gens. Quand tu aides, tu reçois de l'aide en retour." Alors chacun aide comme il le peut avec son savoir-faire. Ainsi, Richard, trompettiste, joue de la musique "pour empêcher le retour des ouragans".

 

Témoignages des rescapés.

Je viens de lire un appel du gouvernement français à ne pas relayer les informations, "fausses et imaginaires" venant de Saint Martin... Sauf que les réseaux sociaux qui fonctionnent encore se chargent de décrire la réalité. J'avais écrit ici il y a quelques temps que les situations de crises majeures dépasseraient toutes les anticipations du gouvernement et que les exemples de Katrina et de la Nouvelle Orléans devaient servir de repères quant aux conséquences sur la population. Je ne me réjouis pas d'avoir eu raison sur les mouvements de pillages et de déliquescence de l'autorité.

La seule autorité dans ce genre de catastrophes, c'est celle des armes. On peut imaginer par contre facilement que les plans de protection de l'Elysée sont bien affûtés...

 

Je pose encore une fois la même question : qu'en sera-t-il en métropole, le jour où nous aurons un accident nucléaire majeur ?... J'ai demandé des réponses à divers organismes gouvernementaux. Je n'ai jamais eu la moindre réponse. Pourquoi ? Je n'ai pas le droit d'être informé en tant que citoyen ou est-ce que rien n'est prévu ?... J'ai découvert après moult recherches qu'il existe un groupe d'intervention en cas d'accident nucléaire,  la FARN (Force d’Action Rapide Nucléaire). "Chaque colonne est composée de 14 personnes qui sont des professionnels du nucléaire : 1 chef de colonne, 6 personnes spécialisées dans la conduite de l’installation, 5 personnes dédiées aux interventions et 2 personnes chargées de la logistique. Chaque colonne est dotée de matériels et d’une logistique adaptés aux situations que la FARN peut rencontrer."

 

http://www.sfen.org/fr/rgn/la-farn-constitue-une-ligne-de-defense-ultime-de-la-surete-nucleaire-en-cas-daccident-philippe

 

Rien sur un plan d'évacuation des populations concernées, absolument rien et ce n'est pas faute d'avoir cherché...Je rappelle que le gouvernement français a convoqué une cellule de crise cinq jours après le passage de l'ouragan...... Gestion de crise ?...

Personnellement, je n'attends rien de leur part et j'anticipe... 

 

 


 

SAINT-MARTIN LES HALLUCINANTS TÉMOIGNAGES DES RESCAPÉS : "C'EST LA GUERRE CIVILE"

Alors que le Premier ministre a pris la parole pour rassurer les populations sur la présence et l'intervention de l'Etat dans les îles dévastées par l'ouragan Irma, les sinistrés, eux, laissent entendre une tout autre voix. Pillages, braquages, terreur : leurs récits sont hallucinants...

Le Premier ministre a pris la parole au nom du gouvernement, samedi 9 septembre au soir, au sortir d'une réunion de crise. Il a tenu à assurer les populations sinistrées de "la mobilisation totale de l'Etat" pour leur venir en aide, martelant ainsi les propos déjà tenus par Nicolas Hulot la veille. Fustigeant ceux qui "voudraient faire vivre telle ou telle polémique", il a mis en avant les "très importants moyens déjà sur place" et annoncé l'envoi de forces supplémentaires, au secours des habitants.

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 Une habitante de Saint-Martin témoigne des scènes de pillages après l'ouragan, elle "craint" pour sa sécurité http://www.francetvinfo.fr/meteo/cyclone-ouragan/ouragan-irma/des-bagarres-pour-une-tele-un-ventilateur-une-habitante-de-saint-martin-temoigne-des-scenes-de-pillages-apres-l-ouragan-irma_2362937.html#xtor=RSS-3-[lestitres …

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"Des moyens continueront à être acheminés sur place", a-t-il annoncé, notamment des hommes du GIGN et du GIPN. Edouard Philippe s'est dit conscient "de la peur, de l'épuisement et de l'angoisse que suscite sur place et pour les familles des Antilles et de métropole la situation actuelle". Il a surtout défendu l'action de l'Etat, qui a su, selon lui, proposer des "réponses adaptées et rapides" à la catastrophe sanitaire et sociale engendrée par ce phénomène naturel d'une "intensité jamais égalée." Des termes qui semblent soigneusement choisis pour "excuser" ce que vivent les habitants.

Sécurité et reconstruction : c'est l'obsession du Premier ministre, si l'on en croit ses déclarations, mais ce n'est pas l'impression qu'ont les sinistrés sur place... Et à côté des flux de messages paniqués, en provenance des îles, les tentatives lénifiantes du gouvernement pour rassurer font bien pâle figure...

"Ici, c'est la guerre civile", s'écrie, sur les réseaux sociaux, un homme désespéré. Réussissant à capter des connections internet au nord de l'île, certains ont attendu de savoir qu'ils seraient finalement épargnés par l'ouragan José pour témoigner. "Ca ne va pas du tout", témoigne une sinistrée sur Facebook. Venez nous sortir de la merde !"

"On entend des coups de feu toute la nuit. On tue, on vole !" Terrifiée, cette femme attend désespérément les secours et fustigent les moyens humains déployés. "Ils sont mal formés vos gendarmes, ils sont même pas foutus de prendre une pelle et un râteau pour nous aider".

"Il y a plus de mille morts!"

Au sein des sinistrés, la panique gagne. Nombreux sont ceux qui se plaignent de censure sur les réseaux sociaux et de manipulation sur les grands médias. "La vérité des choses est loin de ce qu'on nous dit, les gens ont peur, les gens sont armés. Il y a plus de mille morts, la marée redescend et les corps remontent à la surface. On va aller partout dire la vérité", témoigne un homme dans un message vocal. La jeune femme qui le relaie explique lors d'un direct sur les réseaux sociaux que nombre de messages ont été censurés, afin de cacher à la population l'horreur de la situation.

" C’est la mort ici. On est enfermé dans la résidence, plus de logement, ça pue la pisse, la merde, l’horreur. On peut pas sortir dehors : coups de feu, coups de machette. Heureusement dans la résidence on est solidaire, mais on commence à devenir dingue ".

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Après le passage de l'ouragan Irma, Saint-Martin fait face aux pillages

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Ce que dénoncent surtout les sinistrés, c'est le manque de gestion et d'anticipation de la crise côté français, alors que sur la partie néerlandaise de l'île, la situation semble bien mieux maîtrisée. L'armée sécurise les lieux, des unités spéciales ont été déployées et les secours n'ont pas traîné...

"On n'a pas été fichus de sécuriser la seule armurerie de Saint-Martin. 250 détenus se sont échappés, on n'aurait pas pu anticiper de tels dangers?", s'indigne un habitant de l'île, lui-même armé pour protéger sa famille. Pour l'instant, la question reste en suspens. L'urgence est ailleurs. Mais le gouvernement d'Edouard Philippe le sait. Après la tempête, il faudra rendre des comptes sur la gestion et surtout la prévention de la crise...

Le chaos humain

Le roman en cours est une projection sur le chaos humain lorsque tous les garde-fous sont tombés. Il n'est pas nécessaire que je cherche à imaginer ce qui est de l'ordre de l'envisageable. Il me suffit de lire les actualités. 


Irma. Pillages, agressions et bandes armées : tensions à Saint-Martin

Modifié le  | Publié le 

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  • Sur l'île dévastée de Saint-Martin, règne maintenant la loi du plus fort.
    Sur l'île dévastée de Saint-Martin, règne maintenant la loi du plus fort. | AFP

Hervé HILLARD

Sur l’île française de Saint-Martin, Irma a fait parler sa violence, l’homme laisse maintenant éclater la sienne. Au sein même des décombres et des ruines prolifèrent bandes armées, pillages, agressions. Le chaos. La loi du plus fort. Les autorités tentent de reprendre la situation en main, mais les témoignages glaçants se succèdent.

« C’est la mort ici. On est enfermé dans la résidence, plus de logement, ça pue la pisse, la merde, l’horreur. On peut pas sortir dehors : coups de feu, coups de machette. Heureusement dans la résidence on est solidaire, mais on commence à devenir dingue ».

« À Saint-Martin, ce n’est plus la force de la nature, mais la loi du plus fort. Mon père ne peut plus sortir, car dans les rues, les gens se baladent avec des armes et tirent sur la population pour récupérer des biens et des denrées alimentaires. Il dit également qu’il y a énormément de morts et non pas 8, puis 4. »

Pillages, agressions, bandes organisées qui sillonnent l’île, cambriolent les maisons et fracturent les magasins, machettes et revolvers dans les rues : depuis mercredi et le passage de l’ouragan Irma sur l’île de Saint-Martin, les témoignages de ce genre se multiplient sur les réseaux sociaux.

Suivez notre direct sur Irma

Une évasion de détenus démentie

Le chaos et la violence ont pris racine dans les décombres mêmes de l’ouragan. Plusieurs médias français, citant une femme capitaine de gendarmerie de la partie française de Saint-Martin, ont annoncé samedi que 250 détenus s’étaient évadés de la prison partiellement détruite de Pointe Blanche de Sint Maarten (partie néerlandaise), affirmant que des détenus auraient fracturé l’armurerie de la prison et se seraient emparés d’armes.

Édouard Philippe a démenti l’information, affirmant qu’elle n’était « pas avérée par les autorités néerlandaises ». Ajoutant qu’il était en contact permanent avec le Premier ministre néerlandais Mark Rutte.

Lequel a averti les auteurs de pillages dans la partie néerlandaise de l’île de Saint-Martin dévastée par l’ouragan Irma que la police et l’armée étaient « prêtes à agir pour réprimer ces actes ». Mais a aussi reconnu que les pillages n’étaient toujours pas « sous contrôle », soulignant que les circonstances étaient « compliquées ». Presque un aveu de faiblesse, d’impuissance.

 

Un des innombrables témoignages qui circulent sur les réseaux sociaux.
Un des innombrables témoignages qui circulent sur les réseaux sociaux. | Capture écran

 

Des soldats en nombre suffisant ?

Quelque 230 soldats néerlandais se trouvent sur l’île, et une centaine d’autres doivent y arriver d’ici lundi. Si nécessaire, 150 militaires supplémentaires seront déployés dans les Caraïbes, a indiqué M. Rutte.

De son côté, Édouard Philippe a lui aussi annoncé samedi soir l’envoi à Saint-Barth et Saint-Martin de 240 gendarmes supplémentaires.

Suffisant ? À Grand-Case, sur l’île de Saint-Martin, les habitants expriment autant leur colère que leur désarroi. Nicolas, un fonctionnaire installé là depuis six ans, s’est rendu près d’une galerie marchande qui sert désormais de caserne aux secours. « On n’a ni information, ni adresse quant aux solutions pour les sans-abri. Je suis en colère après Paris et sa gestion de crise », répète-t-il, en pointant quelques militaires qui sont là mais « sans matériel ».

 

Sur place, pompiers et gendarmes sont confrontés aux dévastations et aux pillards.
Sur place, pompiers et gendarmes sont confrontés aux dévastations et aux pillards. | AFP

 

Confusion et manque d’information

Depuis qu’Irma a quasiment tout ravagé sur l’île, la confusion est partout : aux abords de l’aéroport de Grand-Case - en fait, une sommaire piste en bout de plage d’à peine deux kilomètres -, une centaine de personnes aux visages tendus et fatigués s’agrippent aux grilles dans l’espoir de partir, mais sont retenues par les militaires.

« Après Irma, la population est dans un état psychologique médiocre. La moindre rumeur fait qu’ils se pointent tous à un endroit en espérant être évacués », déclare un capitaine de la Sécurité civile.

À l’est de l’île, dans le quartier pauvre d’Orléans, le cyclone a complètement dévasté les baraques aux toits de tôle, alors que les collines qui entourent cette cuvette n’ont épargné que quelques rares habitations.

État de tension permanent et panique

L’état de tension permanente mâtinée de panique s’accentue brusquement lorsqu’au moins deux cents personnes attroupées bloquent les routes et se battent entre elles, parfois armées de machettes. Si l’origine du différend est inconnue, la rumeur évoque « une histoire de voiture ».

À moins de 200 mètres, le désarroi gagne une longue file d’attente aux abords de l’ancienne gendarmerie. Le regard vide, les bras ballants trahissant un état de fatigue extrême, les habitants cherchent à se ravitailler en vivres et en eau.

Résignée, souriante mais fataliste, Sidonie Jasaron, 67 ans, a pu rester dans sa modeste maison au toit en tôle, où elle est désormais réfugiée avec ses six enfants et petits-enfants. Mais Irma a fissuré l’habitation et la porte vitrée du rez-de-chaussée brinquebale.

« Même si je voulais me déplacer, il n’y a pas de téléphone, il n’y a rien, je ne saurais pas où aller », fait observer celle qui habite Saint-Martin depuis plus de cinquante ans, et qui n’avait jamais vu un ouragan « aussi fort ».

 

Un des innombrables témoignages qui circulent sur les réseaux sociaux.
Un des innombrables témoignages qui circulent sur les réseaux sociaux. | Capture écran Facebook

 

« Maintenant, l’école va se faire piller »

Sur le front de mer, une femme, assise sur un banc pleure au téléphone. « On a tout perdu, tu sais, on n’a plus rien », dit-elle à son interlocuteur.

Près d’une école où la Sécurité civile donne discrètement à manger, à boire à environ 70 personnes, principalement des enfants et des femmes, le monde se masse autour du bâtiment « pour savoir ce qu’il se passe ».

C’est le concierge de l’établissement qui a ouvert les portes pour protéger les plus nécessiteux à l’intérieur du bâtiment, qui s’est retrouvé rapidement saturé.

Alors que les militaires tentent de garder l’école, l’un d’entre eux désespère : « Putain, tout le monde a vu ce qu’on a livré… Maintenant, l’école va se faire piller ».

Le parfum des mots

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Hier, je suis resté très tard devant mon écran... Tentative d'écriture sur le roman en cours.

Je sais ce que je veux raconter mais je n'ai pas trouvé les mots.

Alors, je me suis arrêté et j'ai tenté d'analyser la situation. 

Qu'est-ce qui m'empêchait de développer les images que je portais, d'avancer l'intrigue, de placer les personnages, de leur donner vie ?

Comme souvent, j'ai lancé le dialogue intérieur, un mode schizophrène de dédoublement entre l'auteur et moi...

 

"Pourquoi tu arrêtes d'écrire ?

-L'écriture, justement. Tu sais bien que c'est l'écriture.

-Quoi, l'écriture ? Tu sais construire une phrase pourtant ! Raconte, raconte et ne t'arrête pas à un mot ou une tournure !

-Non, c'est impossible, tu le sais bien. Je n'ai pas le droit de me contenter de raconter une histoire.

-Pas le droit ? Et qui t'en empêche ? C'est idiot comme réponse.

-L'auteur, c'est l'auteur qui ne le veut pas. L'auteur doit prendre de la hauteur par rapport à son histoire sinon, il n'est qu'un raconteur.

-Qu'est-ce que tu as contre les raconteurs ? C'est bien de raconter des histoires et plein de gens sont heureux qu'il y ait des raconteurs.

-Je ne dis pas le contraire mais quand j'écris, je ne m'adresse pas prioritairement aux gens.

-Ah bon, et à qui alors ?

-À moi. À celui qui a lu et aimé, passionnément, tous les auteurs éternels qui voguent dans les airs, comme des parfums. Le Clézio, Saint Exupéry, Hémingway, Conrad, Camus, Steinbeck, Hesse, Sartre, Buzzati, Schoendoerffer, Raspail, Proust, Yourcenar, Dostoïevski, Kafka, Faulkner, Gide, Malraux...Ils n'ont pas raconté des histoires, ils n'ont pas lancé des parfums éphémères, dispersés par les souffles du temps qui passe. Non, ils ont diffusé des senteurs qui ne s'effaceront jamais.

-Et tu te mets à leur niveau quand tu écris ? Eh bien, tu ne manques pas d'air ! Quelle prétention !

-Non, justement. Je n'ai aucune prétention envers eux. C'est juste envers moi. Me contenter de raconter des histoires, c'est comme si je lançais des pelletées de purin dans les délices de leurs parfums. Je n'ai pas le droit. Je serais prétentieux si je me satisfaisais simplement de formuler l'histoire que j'ai en tête. Tu vois, pour moi, les gens qui coupent les fleurs dans un pré pour égayer leur intérieur, c'est comme un écrivain qui arrache des mots pour se réjouir lui-même. C'est juste un assassin, un tueur de la beauté littéraire, tout comme le cueilleur des fleurs est un assassin de la beauté du monde.

-Et donc, tu préfères ne rien écrire ?

-Oui, c'est ça.

-Mais tu sais qu'un jour, les fleurs fânent, naturellement. Ton histoire va disparaître comme une fleur desséchée si tu ne l'écris pas.

-Non, elle restera simplement en terre. 

-Et personne n'en profitera, même pas toi d'ailleurs. 

-Il ne s'agit pas de profiter mais d'honorer. Quand je contemple une fleur, je ne profite pas juste de sa beauté. Je la bénis, je la remercie, je l'enlace de ma tendresse, je respire son parfum tout autant que ses couleurs, la douceur de ses pétales, la perfection de ses formes. 

-Et donc, tu voudrais que les gens bénissent ton écriture de la même façon que tu contemples une fleur ?

-Tu ne m'écoutes pas ! Je viens de te dire que je n'écris pas, prioritairement pour les gens, mais pour moi. C'est à ma propre exigence que je m'adresse et cette exigence se nourrit de la beauté de la littérature immortelle. Que des lecteurs ou lectrices aiment ce que j'écris ne me concerne pas étant donné qu'il s'agit de leur choix, de leur avis, de leur opinion, de leur goût. Tout cela ne doit pas changer ce que j'écris sinon j'écrirais pour eux et dès lors je ne serais rien d'autre qu'un individu intéressé.  

-Eh bien alors, pourquoi tu partages tes écrits si c'est pour toi ?

-La nature ne fait pas pousser les fleurs à l'envers.

-Quoi ? Je n'ai rien compris.

-Le ciel n'est pas dans les racines.

-Tu peux être plus clair ?

-La beauté du monde n'est un secret pour personne dès lors que quelqu'un la regarde mais les regards humains ne constituent pas la beauté elle-même. 

-Tu veux dire que tu écris comme si tu étais la nature et que tu cherches juste la beauté ? Même si personne ne te lit ?

-C'est ça. Ce qui importe, c'est la beauté de la création. Toutes les créations de la nature sont visibles quand elles sont achevées.  

-Mais comment peux-tu juger de la beauté de ta création si personne ne la contemple et ne te dit ce qu'il en pense ?

-Si je ne sens pas les parfums des mots me remplir, c'est qu'il n'est pas temps d'éclore. Quand j'ai écrit "Kundalini", j'avais en moi le désir d'une littérature sexuellement transmissible. 

-C'est à dire ?

-Le parfum de l'amour. Je voulais diffuser des phéromones, des senteurs de corps aimantés, je voulais sur mes lèvres le goût de la peau, je voulais dans mes mots des étreintes qui emportent, des accouplements d'âmes et des coeurs en jouissance. Et quand je l'écrivais, j'avais des érections littéraires qui me remplissaient de bonheur, comme des poussées de sève, des ruissellements de nectars délicieux dans mes veines. Nathalie est une fleur divine pour mon âme, tu le sais. Je n'aurais pas pu me contenter de raconter ce parfum. Il fallait que je le sente, qu'il m'enivre, qu'il m'élève, comme la lumière solaire étire les fleurs des champs vers le ciel. C'est dans les vagues de ce parfum que je pouvais naviguer. 

-Et celui que tu écris maintenant ?

-Je cherche à saisir le parfum de l'esprit des hommes quand ils découvrent leurs errances, ce goût amer de l'insignifiance quand soudainement leur apparaît l'essentiel. Alors, je ne peux pas me contenter de raconter des faits. Les faits ne sont que le terreau. C'est le parfum des fleurs écloses qui m'importe. Et le temps que ça prendra n'a aucune importance.

-Tu sais que tu peux mourir avant que les parfums ne s'envolent ?

-Oui, et alors ? Je préfère mourir sans avoir saisi le parfum que de couper les fleurs pour m'en approprier follement les effluves de leur mort.

-Tu veux dire que les raconteurs d'histoires sont des assasins des parfums des mots.

-Oui. Ce qu'ils aiment, c'est l'odeur de leur statut d'écrivain.

-Et toi, tu n'es pas un écrivain ? 

-Non, je suis un amoureux des parfums mais je sais qu'ils n'ont pas besoin de moi pour exister. Je peux chercher à constituer des bouquets de senteurs mais ce travail intérieur ne contribue pas à l'existence du parfum. Tout est là, dans les molécules, dans les atomes, dans le flux vital qui se nourrit de la lumière du monde. Le jardinier qui se glorifie de la beauté des roses n'aime pas les roses ; il n'aime que son travail sur les roses. Je ne peux pas être heureux de mon travail sur les mots si ce labeur n'a pas de parfum. Imagine une fleur qu'un jardinier aurait gavé d'intrants artificiels. Quel serait son parfum ? Imagine une histoire qu'un auteur se serait forcé à écrire, comme si l'image du livre dans ses mains avait plus d'importance que le parfum ? 

-Oui, je comprends.

-Bon, alors, on est en paix toi et moi ?

-Oui.

-Alors, l'émergence du parfum devient possible. C'est le plus important."