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    • Thierry LEDRU
    • Presle
  • TOUS, SAUF ELLE

     

    Les heros sont tous morts

    La suite de "LES HEROS SONT TOUS MORTS"

    Publication prévue pour la fin de l'année.

    L'idée de départ est simple : les puissants, les maîtres de tous les peuples, ne laisseront pas l'humanité continuer à porter atteinte à la vie de la planète puisqu'eux aussi, les maîtres, seraient impactés. Il n'est pas d'autre solution que d'éliminer une part conséquente de cette masse humaine.

     

    TOUS, SAUF ELLE

    CHAPITRE 3

    L'hélicoptère survolait des forêts immenses. Au loin se dressaient les sommets partiellement enneigés du parc national d'Arthur's Pass.

    Début mai. L'hiver posait les premiers manteaux.

    L'appareil effectua une rotation au-dessus de vastes forêts puis se dirigea vers un immense assemblage de bâtiments rectilignes. Des routes goudronnées reliaient les différents éléments du complexe militaire disséminés sur plusieurs centaines d'hectares. Les bâtiments où vivaient les militaires, une serre de cent mètres carrés, des champs cultivés, un verger avec des dizaines d'arbres, un parc arboré de plusieurs hectares, un terrain d'entraînement pour les soldats, un gymnase, une salle pour le tir et un stade extérieur. Deux rangées de grillages ceinturaient l'ensemble sur quatre mètres de haut.

    L'appareil se posa sur l'hélisurface.

    Protégé par quatre hommes en arme, un couple descendit de l'hélicoptère et monta dans une Cadillac blanche.

    Le véhicule emprunta une voie rectiligne menant à une vaste demeure, à travers d'immenses étendues de pelouses soignées, ornées de bassins aux fontaines majestueuses.

    Domaine de Walter Zorn, Nouvelle-Zélande.

    Une architecture moderne, un bâtiment colossal, à la blancheur éclatante, une immense façade agrémentée d'étranges fenêtres, des hublots opaques comme des judas scrutateurs. L'ensemble figurant une citadelle redoutable mais dégageant pourtant une beauté stupéfiante.

    Une construction récente dont la magnificence contrastait si fortement avec l'ensemble militaire qu'un diamant au milieu de galets aurait eu le même effet.

    Une Maison-Blanche, bunkérisée, solidement implantée dans l'hémisphère sud, au milieu de nulle part.

    Arrivé à destination, le couple descendit du véhicule, accompagné jusqu'au perron par deux militaires en armes.

    Ils empruntèrent une allée couverte, un entablement soutenu par des colonnades de pierre blanche.

    Un majordome accueillit le couple et les salua.

    « Bienvenue, Monsieur Zorn. Bienvenue, Madame. 

    – Bonjour Zack. »

    L'homme prit les manteaux du couple qui emprunta immédiatement le hall en marbre blanc.

    Treize hommes et une femme réunis dans une salle ovale, une coquille d’œuf éclairée par des hublots dépolis, une bulle insonorisée, isolée du monde extérieur.

    Aucune décoration. Des murs nus, lisses, couleur crème, un sol marbré, une immense table en verre translucide, des sièges noirs à accoudoirs.

    « Combien avez-vous dit, cher Helmut ?

    –Douze milliards.

    –Quelle échéance ?

    –David, ce sont de simples prévisions avec leur contingent d’erreurs mais avant la fin de ce siècle, cette population mondiale semble tout à fait probable. Nous en avons déjà parlé et rien aujourd’hui ne vient contredire nos prédictions.

    – J'ai toujours du mal à enregistrer ce nombre tellement il semble fou.

    –Vous connaissez tous les problèmes planétaires que nous rencontrerons », intervint Walter Zorn, fondateur de l’Ordre des Immortels. 

    Carrure de rugbyman, quarante-deux ans, adepte du régime végétarien, cheveux courts taillés à la tondeuse, un visage imperturbable ciselé au cordeau, une large mâchoire, des yeux si marron qu’ils en paraissaient noirs, une profondeur de gouffre et simultanément une puissance de pénétration redoutable. Personne ne soutenait son regard.

    Les quelques femmes de la haute société qui avaient entendu parler de lui en rêvaient secrètement. Les rumeurs les plus exaltées se diffusaient inévitablement sur cet homme insaisissable. Les rares individus qui se permettaient d’évoquer son existence usaient de la déférence accordée habituellement à un saint : le saint le plus fortuné de toute la planète.

    « Je me permets de vous en brosser un petit descriptif afin que tout soit clair pour les trois jours à venir, continua-t-il. Je vous rappelle également que nous accueillons aujourd’hui la première femme de notre communauté. C’est un honneur, un privilège, une très grande satisfaction que notre projet corresponde à une personnalité aussi charismatique que Fabiola Mesretti et je me réjouis de sa venue. Vous connaissez tous le parcours exceptionnel de Fabiola et ses extraordinaires compétences. Elle tient à ce que ses talents nous servent et je l’en remercie, au nom de l’Ordre des Immortels.»

    Tous les visages se tournèrent vers la beauté fatale, assise aux côtés du maître des lieux. La trentaine, tailleur clair vantant des formes parfaites, une longue chevelure brune couvrant les épaules, un visage fin, la femme hispanique dans toute sa grâce et son mystère. Présidente de la principale banque espagnole, un réseau de plus de cent vingt agences sur la péninsule et trente-deux succursales en Amérique du Sud. Une femme d’affaires de haut vol. Tous les hommes qui avaient tenté de s’opposer à ses projets avaient fini par abandonner. La détermination psychologique de Fabiola était à l’égal de sa flamboyance.

    Walter inclina la tête, un geste empreint d’un profond respect et un plaisir évident.

    Elle lui répondit en posant délicatement une main sur son avant-bras.

    L’assemblée observa silencieusement la scène. Walter et Fabiola. Dix ans d’écart, le couple dont rêve la presse people. La classe, la fortune, la beauté, la réussite. Tout le monde savait que la venue de la banquière ne pouvait souffrir de la moindre contestation. Et d’ailleurs, contempler une aussi belle femme ne déplaisait à aucun des hommes présents.

    « Avec cette densité planétaire, reprit Walter, l’approvisionnement alimentaire sera un problème majeur. L’accès à l’eau potable tout autant. Aux environs de 2050, selon nos modélisations, les deux tiers de la population mondiale, c'est-à-dire de nos fameux douze milliards, seront affectés par une pénurie d’eau. Entre quatre et cinq milliards de personnes déjà vers 2030. Dans un avenir très proche, quelques années, il faudra compter sur un milliard de réfugiés climatiques avec toutes les tensions que cela va générer et qui ne pourront que s'étendre. Nous entrerons par conséquent dans une période très troublée. Un peuple qui meurt de faim et de soif se révolte parfois avant d’être trop faible et il est toujours possible de le ramener au silence. Nous en avons une longue expérience. Mais si dix peuples se révoltent, cela s'apparente à une contagion beaucoup plus difficile à enrayer. Nous pourrions évidemment trouver quelques moyens pour circonscrire ces mouvements de masse durant quelque temps. Nous pouvons toujours fomenter des guerres pour obtenir des traités qui nous servent, profiter des marchés issus de la reconstruction des pays ravagés par la vente de nos armes, bénéficier de la faiblesse des États pour nous accaparer leurs matières premières. Nous pouvons propager des virus pour réduire les populations et nous saisir de leurs territoires, nous pouvons soumettre des peuples par la force et instaurer une illusoire démocratie. Nous pouvons produire une alimentation suffisante pour les pays développés en pillant les pays pauvres. Mais il est un élément contre lequel nous sommes impuissants et dont nous aurons, nous aussi, à souffrir, un élément qui nous contraint à changer radicalement de modes d'intervention : le ré-chauf-fe-ment cli-ma-ti-que. »

    Chaque mot minutieusement articulé, un découpage syllabique qui intensifiait la portée.

    « Vous le savez, désormais, nous ne pouvons plus nous contenter d’inventer des procédés technologiques ou des lois qui nous avantagent sans nous préoccuper des dégâts que l’humanité entière a provoqués et amplifie encore, jour après jour, en utilisant ce que nous leur vendons. »

    Walter adressa un regard aimant à Fabiola qui versait de l'eau dans sa flûte de cristal puis il reprit son allocution.

    « D'un milliard d’individus en 1830, nous sommes passés à deux milliards en 1930. Désormais, nous approchons des huit milliards et la population mondiale augmente de quatre-vingt-dix millions d'individus par an. La consommation d’énergie a été multipliée par dix sur un siècle et elle ne cesse d'augmenter. La quasi-totalité de la planète court après le mode de vie occidental. On peut dire aujourd'hui que le matérialisme fait partie de l'ADN des humains. Vous savez également qu’aucune des restrictions énergétiques ou des technologies d’énergies renouvelables ne parviendront à stopper le processus du réchauffement climatique renforcé par les paramètres précédents. Tout au plus sera-t-il ralenti mais les phénomènes naturels ont pris déjà une ampleur considérable : inondations, cyclones, tornades, sécheresse, canicules et incendies gigantesques, atteinte générale à la biodiversité, épuisement des sols par surexploitation et empoisonnement, augmentation constante des températures, jusque dans les zones polaires, fonte des banquises et de l'inlandsis, réchauffement et élévation du niveau des océans auxquels il faut ajouter une pollution exponentielle par des millions de tonnes de plastique, épuisement des ressources halieutiques, affaiblissement considérable du corail à l'échelle mondiale, épuisement des nappes phréatiques et de l'eau potable, pollution de l'air dans toutes les mégalopoles, disparition des insectes et hyménoptères pollinisateurs et d’autres constats encore sur toute la biodiversité. Vous avez tous entendu parler de la sixième extinction de masse. Il serait absurde de croire que tout cela ne peut pas porter préjudice à l'Ordre des Immortels. »

    Walter balaya l'assemblée attentive et pensa soudainement à ce bref échange avec le jardinier en chef du domaine, au printemps dernier. L'homme, attristé, avait évoqué la disparition des abeilles dans le parc. « Des fleurs qui ne sont plus aimées, c'est à pleurer, » avait-il dit. Walter avait répondu qu'il allait très prochainement s'occuper du problème et qu'entre-temps, il invitait le jardinier à installer des ruches dans l'enceinte du domaine et à récolter le miel produit.

    Il considéra enfin, avec un certain amusement, que le projet Némésis contribuerait au retour des abeilles et que l'enjeu valait bien la disparition partielle de l'humanité.

    « Ces phénomènes, une fois enclenchés, poursuivit-il, deviennent exponentiels. Il serait ridicule de compter sur un retour à des données acceptables mais il faut surtout comprendre que l’inertie de ces courbes dépasse l’entendement. Très peu d’humains ont conscience de l’avenir parce qu’ils n’ont pas la volonté intellectuelle de s’y confronter. Nous ne sommes donc pas dans des délires apocalyptiques. Vous connaissez tous désormais la réalité indéniable de ce désastre. Pour résumer en une phrase, nous allons droit au bûcher. L’humanité se condamne mais condamne avec elle l’Ordre des Immortels et cela, nous ne pouvons l'accepter. »

    Walter laissa le silence inscrire dans les esprits les images que ses paroles provoquaient. Que chacun, encore une fois, prenne l’exacte mesure de la situation.

    « Nous savons également, Walter, qu’il n’est plus temps d’attendre et c’est bien pour cela que nous sommes tous réunis ici, intervint Fernando.

    –Et que nous devons tous nous entendre pour agir communément et définitivement, reprit Walter, sans qu’aucun intérêt personnel ne vienne entraver notre mission. Six ans que nous travaillons à élaborer ce projet. Le temps est venu de l’appliquer sur le terrain et cette dernière rencontre marquera le début d’un nouveau monde. Nous avons tous hérité de la sueur et de la détermination de nos pairs et ceux ou celles qui nous rejoignent sans être issus de cette lignée, adhèrent intégralement à nos idées. Nous devons donc nous montrer dignes de nos prédécesseurs et implacables pour le bien de nos descendants. Le plan que nous allons finir d’élaborer ici devra entrer en vigueur le plus efficacement possible. Nous possédons toutes les connaissances pour cela. Némésis entre dans sa phase finale, messieurs et chère madame, et nous ne pouvions l’appeler autrement.

    Walter accentua l’hommage en plongeant ses yeux dans ceux de Fabiola puis il invita l’assemblée à se lever. Chacun croisa les mains sur la poitrine. Comme des récitants respectueux, des prêtres antiques invoquant leurs dieux.

    La voix de Walter s’imposa :

    « Némésis est notre salut, Némésis nous libérera de l’humanité. »

    Tous les hommes et Fabiola répétèrent la sentence d’une même voix puis le silence retomba. Quelques secondes de réflexions ciblées, le scénario à venir.

    Les treize hommes se dispersèrent par petits groupes. Fabiola se joignit à l’un d’eux. Quatre salles furent investies puis les portes fermées.

    Trois jours pour finaliser le plan « Némésis. »

    Trois jours pour modifier à tout jamais la face du monde.

  • TERRE SANS HOMMES (2)

     

    Puisque le titre du tome 3 de la quadrilogie en cours, "LE DESERT DES BARBARES" vient du titre d'un roman existant, roman de Dino Buzzati, "Le désert des Tartares", j'ai décidé d'user du même procédé pour le titre du tome 4.

    J'abandonne "RESET" pour "TERRE SANS HOMMES".

    "Terre des hommes" de Saint-Exupéry m'avait marqué, considérablement. Pour la beauté de l'écriture et la force de vie des personnages. J'aurais pu titrer ce tome 4 par un "No man's land", expression que tout le monde connaît mais la référence à Saint-Exupéry me plaît. Il fait partie des auteurs qui m'ont invité à écrire.

    Et au vu de ce que je raconte, il s'agit bien d'une planète vidée de sa population dans les grandes dimensions...

     

     

     

    CHAPITRE 6

    Francis aurait aimé descendre en ville, longer la côte, voir ce qui restait du monde. L’isolement commençait à lui peser fortement et il s’imaginait mal continuer à vivre reclus avec Tim. Fendre du bois, travailler au potager, penser à filtrer l’eau des citernes pour leur consommation quotidienne, changer le poteau d’une barrière, désherber les allées entre les rangs de pommes de terre et les oignons, écraser les doryphores et les chenilles qui dévoraient les feuilles des légumes. L’été était sec et chaud, trop sec et trop chaud d’après Tim. On atteignait même la zone critique et les incendies de forêts risquaient de faire des ravages. Les anciens, disaient Tim, n’avaient jamais connu de méga feux et n’auraient jamais cru ça possible. Pas en Nouvelle-Zélande.

    « En Australie, tu n’imagines pas l’étendue des incendies. C’est une catastrophe, des centaines de milliers d’animaux brûlés vifs, des millions d’arbres. Tous les scientifiques qui bossent sur le dérèglement climatique avaient prévenu les gouvernements et pas un seul n’a été foutu de revoir la copie. Croissance, croissance, on continue et on verra bien le moment venu. Tous des connards. Le moment venu, c’est trop tard. Le changement climatique, c’est pas un truc à la petite semaine mais tous ces politiciens n’ont qu’un seul repère temporel, celui de leur mandat. L’humanité est en vrac et aujourd'hui les sources de pollution sont anéanties mais il faudra cent ans avant qu’on ne voit une amélioration sur le climat de la planète. Et quand je dis cent ans, c’est un grand minimum. Les phénomènes extrêmes ne vont pas s’arrêter du jour au lendemain. Six limites planétaires sur huit sont dépassées.

    - Explique.

    - Putain, tu vivais vraiment dans une bulle, toi !

    - Oui, je sais. Une bulle de merde.

    - T’es pas tout seul, tu faisais même partie du groupe humain le plus vaste, des milliards de connards.

    - Bon, tu m’expliques ? Pour le reste, t’inquiète, j’ai plus besoin de toi pour savoir que j’étais un de ces connards. Et même un fou. »

    Une voix cassante.

    Tim sentit la honte, un regard fuyant, la douleur d’être soi était la pire.

    « Pardon, Francis, je ne voulais pas te faire de mal.

    - Pas grave, Tim. C’est juste que c’est long à admettre. Ce que j’étais et ce que j’ai fait. Vas-y, raconte.

    - Ouais, alors, les limites planétaires.Ce sont des seuils à ne pas dépasser pour que les écosystèmes restent viables. On a le climat, la biodiversité, le cycle de l’azote, le cycle du phosphore, l’eau douce souterraine, l’eau douce de surface, la préservation des sols, la pollution atmosphérique. Et bien évidemment, chaque entité est considérablement impactée par l’exploitation humaine.

    - Donc, ça va aller mieux maintenant.

    - Oui, mais ça prendra du temps. En fait, il faudrait que je connaisse le nombre d’humains encore en vie et l’état des pays industrialisés puisque ce sont eux les principaux responsables. C’est à partir de ça que je pourrai calculer approximativement le rétablissement des équilibres. Mais pour ça, il me faudrait aussi mon ordinateur et une connexion internet. Et des mois de travail. Donc, on oublie. »

  • Claire NOUVIAN

     

     

    EntretienCulture

    Claire Nouvian : « Il faut prendre le pouvoir pour le réinventer »

     

    https://reporterre.net/Claire-Nouvian-Il-faut-prendre-le-pouvoir-pour-le-reinventer

     

    Claire Nouvian : «<small class="fine d-inline"> </small>Il faut prendre le pouvoir pour le réinventer<small class="fine d-inline"> </small>»

    Comment réinventer notre rapport au politique ? Comment articuler les différentes formes d’engagement ? Pourquoi entrer dans le jeu démocratique de l’élection ? Claire Nouvian, dans cet entretien, explique pourquoi elle a quitté la posture de l’observatrice pour faire face aux périls fasciste et écologique.

    Reporterre poursuit une série d’entretiens de fond avec celles et ceux qui renouvellent la pensée écologique aujourd’hui. Parcours, analyse, action : comment voient-elles et voient-ils le monde d’aujourd’hui ? Aujourd’hui, Claire Nouvian, présidente de l’ONG Bloom pour la conservation des écosystèmes marins, et cofondatrice du mouvement politique Place publique.

    Reporterre – D’où vient votre appétence pour l’écologie ?

    Claire Nouvian — J’ai grandi en Algérie, où on passait nos week-ends à la plage, à pêcher, à jouer avec les animaux marins. L’hiver, on partait dans le désert chercher des fossiles et guetter les scorpions. Au contact de la nature, j’ai développé une curiosité intellectuelle pour le vivant. Aujourd’hui, les enfants qui vivent en ville sont effrayés par des mouches… c’est dingue !

    Dans les années 1990, je suis partie avec mon mari en Argentine, où j’ai découvert la « grande nature » : les toucans, les condors, les baleines. Quelle émotion ! C’est ce qui a forgé mon envie de faire du documentaire scientifique et animalier.



    Quelles sont les sources de votre engagement ?

    J’ai constitué une conscience écologique et scientifique au contact des chercheurs rencontrés pour mes documentaires. Ma prise de conscience est montée comme le niveau de l’eau actuellement : petit à petit, mais très sûrement. Pas seulement sur le changement climatique et la pollution, mais surtout sur la destruction des habitats. Quand on travaille en Afrique, c’est vraiment tangible.

    Ma rencontre avec Pilai Poonswad a été un vrai moment de bascule. Cette femme, ornithologue et biologiste thaïlandaise, a reçu une récompense Rolex pour son travail de préservation des calaos. Ces magnifiques oiseaux sont en train de disparaître très rapidement, parce qu’ils sont très braconnés. Des collectionneurs sordides veulent leur casque comme trophée. C’est grâce, entre autres, au travail inlassable de cette femme que ces oiseaux existent toujours.



    En 2004, vous avez laissé tomber la caméra pour créer Bloom. La posture d’observatrice ne vous suffisait-elle plus ?

    J’étais dans mon métier de communication, et ça m’allait très bien… jusqu’à ce que je découvre les grandes profondeurs de l’océan, et l’ampleur de leur destruction, lors d’un documentaire pour France 2. Quand j’ai pris connaissance des menaces qui pesaient sur ces fonds marins, personne ne s’en occupait. Des gens s’occupaient de la préservation de la forêt en Thaïlande, des gibbons en Malaisie, de la savane en Afrique, mais sur les océans profonds, il n’y avait rien. C’est ce qui m’a décidé à me lancer.



    Comment vivez-vous le délitement de cette biodiversité que vous aimez tant ?

    Quand on a une vision de l’ensemble des effondrements de la biodiversité, du climat, de notre projet de société… c’est désespérant. Les scientifiques sont en première ligne : ils enregistrent le déclin de la biodiversité, sonnent l’alarme. Tous ceux que je connais sont angoissés. Ils vivent une sorte de syndrome prétraumatique, lié à leur connaissance de la situation. À l’inverse du stress post-traumatique, propre aux personnes ayant déjà vécu un événement grave, un choc, eux vivent dans l’angoisse de ce qui va advenir.

    Quand j’ai découvert, dans un article scientifique, ce stress prétraumatique, ça m’a fait le même effet que quand j’ai lu Kant pour la première fois. Cette sensation de rencontrer quelque chose qui décrit exactement ton état. À 17 ans, quand j’ai lu les Fondements de la métaphysique des mœurs, je me suis rendue compte que toute ma colonne vertébrale morale avait été théorisée par Kant.

    « Macron a poussé l’exercice du mensonge sémantique tellement loin qu’on ne peut plus le supporter, ça en devient épidermique » - Claire Nouvian pour Reporterre en 2019. © Mathieu Génon/Reporterre

    Qu’est-ce qu’être kantienne ?

    Je vis avec un impératif catégorique sur la vérité. Thomas Porcher dit de moi que je suis rugueuse. Par rapport à des gens de culture latine, avec un rapport plus élastique à la vérité, je suis germaniste, au sens caricatural : je ne rigole pas du tout avec le mensonge.

    Avec l’avènement de la société industrielle et du marketing, on est entré dans l’ère du mensonge permanent et institutionnalisé. Les élites, économiques comme politiques, mentent. Et ceci n’est plus toléré. Les gens recherchent de la sincérité.

    Une société qui est fondée sur le mensonge voit son langage détruit. On ne sait plus ce que les mots veulent dire, puisqu’ils veulent dire l’inverse de ce qu’ils sont supposés signifier. Macron utilise des mots comme « bienveillance » ou « société civile ». Il a poussé l’exercice du mensonge sémantique tellement loin qu’on ne peut plus le supporter, ça en devient épidermique.



    Qu’entendez-vous par « effondrement de notre projet de société » ?

    À la sortie de la guerre, on avait une visée progressiste, mais la croissance des inégalités montre que nous avons eu tout faux. En très peu de temps, on a réussi à faire complètement fausse route.

    Dans Notre mal vient de plus loin, un petit livre sorti juste après les attentats du 13 novembre 2015, Alain Badiou écrit que le rêve d’une narration alternative au libéralisme capitaliste s’est effondré avec la chute du mur de Berlin. Dès lors, une seule possibilité se présentait à nous : un repli sur l’individualisme. L’individualisme est apparu comme la seule valeur sûre : un individu ne va jamais trahir sa propre entité physique. On pourrait donc lui faire confiance pour trouver un équilibre bon pour lui et donc pour tous.

    La destruction de nos idéaux collectifs s’est ainsi accélérée. L’échec du communisme nous a retiré la possibilité d’avoir un rêve alternatif. Il s’agit donc, désormais, de réinventer un autre discours, une autre narration, fondé sur la mutualisation, sur la conscience, sur la valorisation des liens plutôt que des biens, sur la liberté aussi.



    Comment construire cet autre discours ?

    Notre génération peut s’y atteler, parce que nous sommes détachés de l’héritage du communisme. Nos parents étaient socialisés dans ces appareils, le Parti communiste structurait la vie sociale et familiale des ouvriers. Ils ont donc eu une résistance psychologique à faire le bilan du communisme, avec ses côtés sombres. Nous, nous avons fait le bilan, et donc nous pouvons passer à autre chose. Tout réinventer.

    Il n’empêche que, si notre rêve n’est pas communiste, il doit être communautaire au sens large. On doit faire communauté. Parce qu’aujourd’hui, on voit combien l’individualisme est l’un des pires aspects du libéralisme économique hyperfinanciarisé et dérégulé. On voit à quel point le libéralisme est une menace pour la société et pour la planète.



    Ce rêve alternatif, quels en sont les germes aujourd’hui ?

    Il est éparpillé. On a d’un côté la Macronie et tout ce qu’il y a à sa droite. Ce sont des valeurs claires : le libéralisme économique et une croyance en l’entreprise comme vecteur d’emploi et de solutions. On a également le souverainisme populiste, qui prône un repli sur les frontières.

    Entre le libéralisme économique dérégulé et le populisme souverainiste nationaliste, il existe un espace occupé par toute une famille de valeurs… mais qui est éparpillée dans des chapelles qui se font la guerre : les hamonistes avec le PS, le PS qui nous a trahis et qui est en scission profonde…

    Les électeurs ne s’y retrouvent pas, alors que nos valeurs [celles de Place publique] sont claires : on est humanistes, européens, profondément démocrates. On trouve que la démocratie ne va pas assez loin, qu’il faut passer à la VIe République. On sait faire la critique de l’Europe actuelle, une Europe marchande, libérale, opaque, cynique, trustée par des lobbys. Mais on tient à l’Europe, parce que la bonne échelle pour combattre les fléaux du XXIe siècle sera européenne. Et, évidemment, on est écologiste.

    « Les marchands de peur et de haine montent les gens les uns contre les autres, avec toujours plus de succès. Et nos cerveaux répondent très bien à la peur. C’est un réflexe de survie. »

    Que risquons-nous si cette famille de valeurs reste éparpillée ?

    Il ne faut pas sous-estimer la possibilité d’un péril fasciste : l’extrême droite représente 40 % des intentions de vote aux élections européennes. D’après certains sondages, l’extrême droite au « sens strict » serait à 20 %. Mais le Parti populaire européen (PPE, droite) est crédité de 25 %. On pensait que seuls nos grands-parents connaîtraient la guerre… Mais le pire devient possible. Les marchands de peur et de haine montent les gens les uns contre les autres, avec toujours plus de succès. Et nos cerveaux répondent très bien à la peur. C’est un réflexe de survie. Peur de l’autre, peur de l’étranger… ça marche !

    La trahison violente des élites, avec une réalité de l’évasion fiscale qui est à vomir sur un fond de croissance des inégalités constitue le terreau de cette évolution. Il suffisait ensuite à l’extrême droite de laisser monter le rejet des élites, le « dégagisme » des élus, et de mettre là-dessus un discours qui joue pile sur ce qui marche dans le cerveau archaïque de l’homme… et le résultat est là. Se battre contre cela n’est pas simple.



    L’écologie fédère, mais de quelle écologie parlez-vous ? Défendez-vous une écologie anti-capitaliste, anti-productiviste ?

    Au sein de Place publique, nous ne sommes pas contre le capitalisme, au sens familial ou entrepreneurial. L’innovation est une des merveilles de l’esprit humain, si elle est faite avec une contrainte impérieuse d’économie de moyens. Renouveler des gammes d’iPhone en allant chercher des terres rares au fonds des océans, ce n’est pas une innovation compatible avec les limites de la planète. L’écologie doit être une condition sine qua non de toute décision, mesure publique, texte de loi ou initiative. C’est l’impératif catégorique du XXIe siècle.



    Avec l’essayiste Raphaël Glucksmann et l’économiste Thomas Porcher, vous avez fondé en 2018 Place publique. Pourquoi avoir créé une structure politique en plus ?

    On ne se reconnaissait dans aucune des chapelles existantes. On a tous été abordés pour être sur des listes européennes, et on a tous refusé. La politique est un sacerdoce, un sacrifice. Si on se met aujourd’hui en position d’assumer un mandat, c’est vraiment parce que l’heure est grave, qu’il faut qu’on prenne notre part. Il y a péril. La menace fasciste est réelle, la menace écologique est totale. Il faut faire la guerre au libéralisme dérégulé et, en même temps, ne pas laisser cet espace-là à une confrontation entre nationalistes, populistes et libéraux.

    Ce n’est donc pas de gaieté de cœur qu’on se lance dans l’aventure. On a tous des vies très remplies, des projets familiaux. Dans un monde qui irait bien, aucun d’entre nous ne ferait de la politique. Si les politiques remplissaient vraiment leurs missions, en respectant une certaine éthique, on ne ferait pas de politique. Mais ce n’est pas le cas : quand on s’approche des appareils politiques, nous, les citoyens normaux à peu près normalement constitués, on part en courant.

    « C’est tout notre rapport au politique, à l’autre et à nous-même qu’il faut repenser pour devenir des citoyens sympathiques. »

    Pourquoi ?

    C’est la guerre ! Les appareils politiques sont des espaces fratricides. Le philosophe Patrick Viveret considère les partis comme les seuls endroits où l’on est sûr de perdre ses amis. C’est exactement la raison pour laquelle je n’ai jamais voulu rejoindre aucun parti, même s’ils ne sont pas tous logés à la même enseigne. On ne peut pas mettre Europe Écologie - Les Verts (EELV) et ses élus combatifs et ultracohérents, au même niveau que le Parti socialiste (PS), qui a trahi tout le monde. Il n’empêche qu’EELV a aussi ses guerres fratricides. Je suis tellement proche de la politique, depuis tellement longtemps, que je sais pourquoi je n’irai jamais dans ces partis-là.

    Avec Place publique, on a comme ambition de se faire des amis et de les conserver dans le temps. Si on arrive à transformer cette initiative en aventure humaine, on aura une chance de réussir l’aventure politique. Mais on n’est pas à l’abri, nous non plus, d’un échec total. On y va modestement… Si tout le monde s’est planté, pourquoi ne pas essayer ?



    Comment faire de la politique différemment ?

    Les appareils actuels sont condamnés. Il faut inventer des formes politiques complètement nouvelles. Jusqu’à présent, on a été d’une grande immaturité dans notre rapport consumériste à la démocratie. Dès l’instant où l’on a voté, on se dit que c’est à l’élu de représenter nos intérêts, en pensant qu’on peut tourner le dos, s’occuper de notre bien-être plutôt que du collectif. C’est tout notre rapport au politique, à l’autre et à nous-mêmes qu’il faut repenser pour devenir des citoyens sympathiques.

    Au sein de Place publique, on a lancé des consultations citoyennes à partir de lundi 14 janvier, « place aux idées », portant sur du contenu mais aussi sur des modalités. On essaie d’inventer un mouvement qui réinvente les codes de la politique. Cela commence par l’organisation interne : il va falloir apprendre à se parler, à s’écouter, à poser nos désaccords et identifier nos accords. Apprendre à vivre ensemble nous transformera profondément. C’est ça être démocrate.



    N’était-ce pas l’idée de départ de la France insoumise ou de la République en marche ?

    Les partis les moins démocratiques sont la République en marche (LREM) et la France insoumise (FI). LREM a prôné la consultation citoyenne, l’établissement d’un programme à partir des citoyens, mais la méthode Macron a été de créer un écran de fumée épais et efficace entre des discours bien ficelés et une réalité très différente. Depuis, l’écran de fumée s’est dissipé et le réel visage de ce mouvement et de son chef est apparu.

    « Voilà toute l’ambiguïté de la démocratie : pour aller nous battre pour l’intérêt général, nous devons nous faire élire, donc développer un rapport de séduction et une certaine forme de clientélisme. »

    Aujourd’hui, le mouvement écologiste s’incarne davantage dans des associations ou des collectifs que dans des partis. Ne faut-il pas chercher d’autres modes d’action que la politique institutionnelle ?

    Il n’existe pas de modalité d’action plus efficace qu’une autre pour réinventer le monde. C’est la complémentarité de ces outils qui contribue au basculement de nos représentations mentales et donc de la réalité de notre société. Le succès des campagnes de Bloom vient de cette association entre action médiatique, plaidoyer, sensibilisation, recherche scientifique.

    Chaque jour, des centaines d’amendements passent devant des parlements, européen ou nationaux, plus ou moins toxiques pour le collectif, pour la sauvegarde des écosystèmes. Les parlementaires ont un pouvoir énorme. Or, les deux logiques politiques qui ont pris le dessus sont le libéralisme dérégulé et le conservatisme. On ne peut pas laisser faire ça : les deux sont destructeurs des hommes et de la planète. Négliger le pouvoir des politiques publiques et leur laisser ce pouvoir est ultra dangereux.



    Faut-il se battre de l’intérieur ?

    Il faut prendre le pouvoir. Certes, c’est un peu de la schizophrénie. Je ne suis pas une femme de pouvoir, il ne m’intéresse pas. Mais comme il y a un péril majeur, il nous faut prendre ce pouvoir pour le réinventer. Voilà toute l’ambiguïté de la démocratie : pour aller nous battre pour l’intérêt général, nous devons nous faire élire, donc développer un rapport de séduction et une certaine forme de clientélisme. Les modalités de la démocratie induisent une dérive des égos, accentuée notamment dans les médias. On va devoir réinventer tout ça et ce n’est pas gagné.



    Comment conjuguer écologie et justice sociale ?

    Sans justice sociale, aucune politique ne marchera. La Macronie tente, en vain, de faire passer des mesures présentées comme sociales après avoir fait sauter l’impôt sur la fortune, fait passer la Flat Tax et baissé la contribution des entreprises de 33 à 25 %. En commençant le quinquennat ainsi, tous les discours qui viennent ensuite sur la lutte contre la pauvreté sont morts d’avance, inaudibles.

    Grâce au travail de Thomas Piketty, on sait qu’aujourd’hui les fortunes proviennent aux trois quarts du capital qui est transmis, alors que c’était 40 % il y a 50 ans. Le fait de connaître ces chiffres de l’inégalité change notre compréhension du monde. De même que le travail réalisé par le consortium international de journalistes d’investigation sur l’évasion fiscale nous a permis de connaître l’ampleur de la restriction du partage des richesses.

    La justice est la colonne vertébrale de toute communauté. Elle permet de faire société, d’avoir une vision commune. La justice sociale, écologique, climatique, fiscale, économique est un impératif. Pourquoi certains territoires seraient-ils privés de services publics ? Pourquoi investir plusieurs milliards d’euros pour accélérer un TGV sur une ligne déjà ultrarapide et démanteler quotidiennement des lignes secondaires ? Macron s’est présenté comme le rempart contre le Front national. Il a été élu comme tel, mais il a pensé qu’on lui avait donné un mandat ultralibéral pour faire du Margaret Thatcher avec trente ans de retard. Il a tout faux.

    « Le corps social bourgeois me déçoit parce qu’il se regarde le nombril et ne voit pas plus loin que les écoles de commerce de ses enfants, leurs stages dans des banques à New York. »

    Au quotidien, comment mettez-vous en cohérence vos convictions avec vos actes ?

    Il faut à la fois combiner l’exigence et le pardon vis-à-vis de soi-même. Mon exigence est de ne pas être dans un consumérisme débile. C’est une lutte quotidienne avec les enfants, qui reviennent de l’école en ayant envie d’acheter des tas de cochonneries Made in China. Et même si on a les moyens de prendre l’avion à chaque vacances, on ne le fait que rarement. Un beau voyage, une fois de temps en temps. L’exigence climatique se retrouve aussi dans notre hygiène quotidienne, avec une consommation ultramodérée de viande rouge.



    Vous avez notamment grandi à Hong Kong, dans un milieu aisé. Faut-il encore attendre des riches qu’ils cessent de détruire la planète ?

    Il y a un vrai problème avec nos riches, mis en lumière par le scandale de l’évasion fiscale. Mais il faut leur donner de l’espace pour se racheter. Mon appel aux riches, c’est d’être plus généreux, d’être fier de contribuer à un projet social par l’impôt, sans faire des combines infernales avec des niches fiscales.

    Quand on est riche, on a un niveau d’éducation supérieur à la moyenne. Ceci oblige à plus de responsabilité morale, de générosité, de largesse d’esprit. Le corps social bourgeois me déçoit parce qu’il se regarde le nombril et ne voit pas plus loin que les écoles de commerce de ses enfants et leurs stages dans des banques à New York. Avoir le ventre bien rempli ne doit pas empêcher de réfléchir ! C’est impardonnable.



    Vous avez évoqué les enfants, et vous avez vous-même une fille. Comment vivez-vous cette parentalité, à l’heure où l’on parle d’effondrement ?

    Je flippe. Quel monde leur laisse-t-on ? Avoir des enfants oblige à l’action. C’est la plus grande des responsabilités car elle implique de s’assurer qu’on leur laisse un monde vivable. C’est pour être disponible pour ma fille que je ne veux pas de mandat. Si on aime et on structure nos enfants, le monde peut devenir empathique et juste.



    Vous vous donnez énormément. Vos nuits et vos week-ends doivent être très courts. Qu’est-ce qui vous fait tenir ?

    Notre cerveau a le pouvoir de nous transformer. Autrement dit, nous pouvons changer notre vision du monde, notre rapport aux autres, au fur et à mesure des lectures, des rencontres… Et si on peut tout transformer, on peut tout surmonter. C’est fou ! Mais il faut se battre. La clé, c’est la persévérance.

    Propos recueillis par Alexandre-Reza Kokabi et Lorène Lavocat

    Pour lire les autres entretiens de cette série consacrée à celles et ceux qui renouvellent la pensée écologique aujourd’hui, cliquez-ici.

  • La spiritualité ? Quel intérêt ?

    Oui, le titre est provocateur...Disons qu'il répond partiellement à une interrogation qui me poursuit. J'ai bien conscience que le contenu de ce blog a beaucoup changé ces dernières années. Les archives des premières années listent les thèmes liés à la spiritualité, la conscience, l'ego, le mental, le soi, les émotions, la passion, l'amour, la sexualité, les relations humaines, la réalité et le réel, l'illusion, l'intuition, la méditation, le silence,  etc...La liste est longue.

    J'ai beaucoup, beaucoup lu pendant une longue période de ma vie, depuis l'adolescence. J'avais seize ans quand j'ai découvert les écrits de Krishnamurti. Puis ont suivi Swami Prajnanpad, Arnaud et Denise Desjardins, Thoreau, Thomas Merton, Gilles Farcet, Anthony de Mello, Gurdjieff, Ouspensky, Spinoza, Dürckheim, Jung, Joelle Mauraz, René Barbier, Alexandre Jollien, Sri Aurobindo, le Dalaï Lama, Matthieu Ricard, Lovelock, Peter Russel etc... La liste est longue.

    Qu'en est-il aujourd'hui ? Ces lectures ne font plus partie de mon quotidien parce que l'urgence n'est pas là. Peut-être que la quête de spiritualité n'est compatible qu'avec un monde en paix. Peut-être même qu'il n'est pas légitime de chercher à vivre mieux en soi dans une humanité malade. Peut-être qu'il s'agit d'un paravent, d'une fuite, d'un déni de réalité. On pourrait me répondre qu'aucun individu en souffrance n'aurait l'énergie pour prendre en considération que l'urgence de la vie sur Terre est prioritaire, que la quête d'un bonheur personnel est la voie d'accès vers un engagement général.

    Mais pourtant, je ne vais pas bien...Je vis avec une menace physique qui est comme une épée de Damoclès et dont la corde s'effiloche année après année. Les prévisions sont sombres. Je tente de me maintenir en sachant que l'issue est relativement inévitable. Compression de la moelle épinière et développement progressif de la sténose. Depuis trois mois, j'ai des fourmillements dans les doigts, nouvelle étape...

    Ajouté à cela, je m'occupe de mes parents depuis six ans. je suis devenu parent de mes parents, tous les deux victimes d'un AVC. Mon père est aveugle, quasiment sourd, il ne lui reste que très peu de souvenirs. Il me reconnaît encore mais ne se souvient pas d'avoir eu un autre fils, mon frère décédé. Ma mère, pour sa part, est dans un autre monde, totalement décorellée de tout. Elle ne sait pas qui je suis. Ils sont tous les deux en fauteuil roulant. J'ai réussi à leur trouver un EHPAD à quarante km de chez moi. Je les vois partir à petit feu.

    Alors, la spiritualité, la gestion des émotions, de la peur, de la colère, de l'abattement, des alternances entre le bonheur de l'énergie en moi et de la tristesse des limites qui s'accroissent, tout cela j'y travaille, intérieurement.

    Mais bien au-delà de cette démarche personnelle, la situation de la vie sur Terre reste cruciale. Cette problématique majeure occupe toutes mes lectures, tout ce que je visionne. Nul catastrophisme là-dedans mais une recherche lucide. Il est de toute façon impossible de ne pas être un minimum informé tant les medias les plus basiques se font l'écho de la situation. Est-ce que cela a un impact sur les comportements de chacun ? J'en doute fortement. L'ancrage dans le fonctionnement matérialiste est similaire à une dalle de béton armé et des centaines de millions d'individus y ont les pieds figés. Rien de bon à attendre de la part des instances dirigeantes. Elles sont sous l'emprise des financiers et de leurs plans de carrière. Point à la ligne. 

    Il ne reste donc que le renforcement des phénomènes d'ampleur pour que les populations réalisent vers quoi nous allons.

    Et c'est là que je pense que la spiritualité n'a plus la même valeur. Elle reste beaucoup trop centrée sur l'individu lui-même. Et il suffit de voir comment sont considérés les "écologistes" pour imaginer à quel point ils seraient conspués, moqués, ridiculisés s'ils adjoignaient à leur "étiquette" celle de "spiritualité".

    Et c'est pourtant bien la seule spiritualité qui aurait du sens : une spiritualité écologique.

    Si vous avez un moral à toute épreuve, je vous encourage à écouter cette dame :

     

    Claire Nouvian

     

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    Claire Nouvian

    Claire Nouvian en 2018.

    Fonction

    Présidente
    BLOOM

    depuis 2004

    BiographieNaissance

    19 mars 1974

    (49 ans)
    Bordeaux (Gironde, France)

    Nationalité

    française

    Activités

    Productrice de télévision, femme politique, documentariste, écologiste

    Autres informationsParti politique

    Place publique (novembre 2018 - 2019)

    Mouvement

    Écologisme

    Distinctions

    Trophées Femmes en or (2012)
    Chevalier de l'ordre national du Mérite (2013)
    Prix Goldman pour l'environnement (2018)

    modifier - modifier le code - modifier WikidataDocumentation du modèle

    Claire Nouvian est une militante écologiste française, née le 19 mars 1974 à Bordeaux, ancienne journaliste, productrice, réalisatrice de documentaires animaliers et scientifiques. En 2004, elle fonde l'association BLOOM dont elle est la présidente. Elle est l'autrice du livre Abysses et commissaire de l'exposition du même nom.

    En 2018, elle cofonde le parti politique Place publique, avant de le quitter dès l'année suivante.

    Biographie

    Origines et formation

    Claire Nouvian naît le 19 mars 1974 à Bordeaux1. Elle est la petite-fille de Pierre Péricard, maire de Civaux dans la Vienne. Il est à l'instigation de l'installation d'une centrale nucléaire dans sa commune2. Elle affirme avoir hérité d'une part de son tempérament et de ses valeurs intransigeantes, notamment en ce qui concerne la vérité3.[pertinence contestée]

    Dans son enfance, elle voyage en suivant ses parents, son père étant cadre chez Total4. Lors du divorce de ceux-ci, elle suit à Hong Kong sa mère, qui y dirige une entreprise textile. Dans un entretien, elle évoque sa détestation de l'école au cours de son enfance, ses difficultés émotionnelles et son hypersensibilité, liée à une précocité non détectée. À l'âge de 35 ans, elle suit une psychanalyse pendant sept ans3. Polyglotte, elle parle six langues dont le russe3. Elle est diplômée d'histoire de l’université Paris-Sorbonne en France5,6.

    Parcours

    Elle est dans un premier temps journaliste, productrice et réalisatrice dans l’audiovisuel. Elle travaille sur une suite de films pour Télé Images Nature. La visite à l’aquarium de Monterey en Californie, en 2001, et les images des créatures vivant 4 000 m sous la surface de l’océan, constituent pour elle un tournant. Elle se focalise sur la protection des océans et la défense de la faune marine7.

    Elle écrit deux documentaires primés, dont Expeditions dans les Abysses, en suivant une expédition scientifique menée par le chercheur excentrique Craig Smith8. En 2004, Claire Nouvian fonde et devient directrice de BLOOM, association loi de 1901 qui milite pour la protection des écosystèmes marins9.

    En 2006 le livre Abysses, traduit en dix langues, est plusieurs fois primé10. En 2007, elle monte l’exposition du même nom au Muséum national d'histoire naturelle, présentant une grande variété d'animaux abyssaux. L’exposition, dont elle est commissaire, voyage dans plusieurs pays11,12.

    Puis elle devient militante écologiste en s’engageant contre l’exploitation des océans. Elle œuvre à sensibiliser le public et les autorités aux problèmes posés par l’exploitation d’espèces et de milieux marins vulnérables tels que les requins et les océans profonds. Elle est une défenseuse des océans et des équilibres socio-économiques qui en dépendent, notamment de la pêche artisanale, qu'elle juge laissée pour compte des décisions publiques. Son implication, avec un groupe d’ONG, dans le Grenelle de la mer a conduit à des avancées notables pour la conservation du milieu marin, telle que l’engagement de la France de protéger 20 % de son territoire maritime d’ici 202013,14. Elle s’attaque à la pêche électrique et dépose plainte contre les Pays-Bas, qui en sont adeptes pour les poissons des fonds marins15. En janvier 2018, après une forte médiatisation, le Parlement européen bloque la généralisation de cette technique en Europe16.

    Fin octobre 2018, elle participe à la fondation de Place publique, parti politique « citoyen, écologiste et solidaire », avec l'essayiste Raphaël Glucksmann17,18. Elle forme un tandem avec ce dernier pour présenter une liste aux élections européennes de 2019, dans laquelle elle ne se place qu'en position non éligible19. Elle s'engage dès lors dans le combat politique20, tout en refusant de participer à ce qu'elle appelle la lutte « entre les égos surdimensionnés » qui y règne19.

    Invitée le 6 mai 2019 sur le plateau de CNews pour l'émission L'Heure des pros animée par Pascal Praud, Claire Nouvian accuse un discours ambiant de nature « climato-sceptique » de la part de l'animateur et des autres invités. Elle juge « complètement taré » de remettre en cause les conséquences et les causes du réchauffement climatique21, tandis que Pascal Praud déclare que Claire Nouvian donne une image « hystérique » de sa pensée22. Claire Nouvian évoque la « misogynie » du plateau, un « guet-apens de climatosceptiques »23 et dénonce un « négationnisme climatique »24. Le CSA reçoit à la suite de cette émission une centaine de plaintes de la part d'auditeurs pour le traitement qu'il lui a été réservé, sans que soient clairement établies les motivations de ces plaintes25.

    Au début de l'été 2019, elle quitte le comité exécutif de Place publique, et coupe tout contact avec l'organisation26. Après Thomas Porcher, c'est le deuxième départ d'un cofondateur du parti, environ un an après son lancement27. Elle fait part de regrets devant l'échec de cet engagement, qu'elle juge totalement dénaturé au regard de l'idée première qui l'a constitué. Elle dénonce la récupération du mouvement par des politiques professionnels issus du Parti socialiste et déclare que Place publique n'a pas réussi à se garder de vieux procédés pour écarter les contradicteurs internes. Tout en précisant que les députés élus sont « tout à fait corrects », elle constate que les systèmes politiques en général restent inchangés, condamnés à la médiocrité et au clientélisme28,29. Claire Nouvian annonce son renoncement à tout engagement politique s'avouant incompatible avec les « tambouilles politiques » au regard de ses conceptions de l’honnêteté et de l'intégrité. Elle décide toutefois de poursuivre son engagement pour l'environnement au travers de l’association BLOOM30.

    Distinctions

    Claire Nouvian est l'une des six lauréates et lauréats (un par continent) du prix Goldman pour l'environnement 2018, une des plus hautes distinctions dans le domaine environnemental31, pour son combat gagné en 2016 contre le chalutage en eaux profondes dans les eaux de l'Union européenne32.

    En 2013, elle est reçue dans l'Ordre national du Mérite33

    En 2012, elle reçoit le trophée des femmes en or, catégorie « femme en or de l’environnement »34.

     

  • Tous les animaux morts.

    Ce que j'éprouve aujourd'hui lorsque je passe à proximité des rayons de viande ou de conserves animales. Et ça ne m'arrive plus dans les magasins que je connais déjà. Je fais un détour.

     

     

    TOUS, SAUF ELLE.

    CHAPITRE 27

    Laure était descendue au supermarché de la ville. Elle devait se réapprovisionner. Elle voulait manger des fruits. Une envie si forte qu’elle en avait rêvé. Elle ne comprenait pas sa réticence à manger de la viande depuis son réveil. Elle avait refusé les plats de l’hôpital et ne s’était alimentée qu’en fruits et légumes. Elle avait pensé que ça passerait, que les médicaments pendant son coma avaient perturbé ses perceptions puis elle avait fini par accepter l’évidence.
    L’idée de manger un animal lui était devenue insupportable. Elle s’était munie d’un simple panier à roulettes.

    Ses besoins alimentaires n’obéissaient à aucun désir. Juste une nécessité de survie. 
    Lorsqu’elle traversa l’allée des conserves, ses yeux se posèrent sur des boîtes de sardines et de maquereaux.

    Elle en avait mangé souvent, pendant des années, elle en adorait le goût. 
    Elle eut un haut-le-cœur, une douleur dans la poitrine, l’impression d’être enfermée dans des tôles étroites, des noirceurs huilées baignant des cadavres.
    Elle s’échappa du couloir et se dirigea vers le rayon des fruits et légumes. 
    Le rayon boucherie et charcuterie se trouvait sur sa route et c’est en approchant des présentoirs que le malaise s’amplifia au point qu’elle s’arrêta. 

    Un vertige qui l’obligea à fermer les yeux. 

    Une odeur détestable l’enveloppa. Un sirop épais et amer coula dans sa gorge, un étouffoir, un filtre bouché, la suspension involontaire de son souffle. C’est là qu’elle entendit les cris aigus des bêtes et elle en eut si peur qu’elle sursauta en regardant autour d’elle. Le sol était jonché de viscères. Des flaques de sang où trempaient des abats.

    De chaque présentoir à viande ruisselaient des coulées épaisses, des vomis d’entrailles lacérées. Des têtes de veau aux yeux exorbités la fixaient.
    Des groins tranchés de porcs vociférants. Des serpentins d’intestins dégueulant des excréments. Des pyramides de boudins gélifiés couverts de mouches verdâtres, des agneaux agonisants suspendus par leurs pattes, le bruit de la viande martelée, le sursaut des corps électrifiés, les beuglements de terreur, les carotides tranchées et les giclées de sang, les soubresauts de la vie qui s'enfuit.

    Un vacarme de guerre dans son crâne, le chaos des massacres.

    Elle étouffait sous le poids du charnier, elle se noyait dans les biles déversées.

    Elle sentit ses jambes se dérober et elle dut s’appuyer au montant d’une étagère.
    Le souffle haletant, le cœur aux abois. Elle recula en s’interdisant de hurler. 
    Elle ne comprenait pas sa solitude. Plus aucun client, plus aucune activité humaine.

    Juste ces monceaux de cadavres et les tressaillements des mourants.


    Elle recula encore, anéantie par le dégoût. Elle chercha une issue.

    Elle devina alors au bout d’une allée interminable un espace lumineux, la sortie d’un tunnel. Elle s’efforça de respirer calmement et n’y parvint pas. De chaque côté des parois circulaires, les yeux globuleux des animaux morts la fixaient. Elle devait sortir, au plus vite, s’enfuir, s’éloigner de ce charnier, ne plus jamais y revenir.


    Elle en mourrait.

    Elle se lança dans une course folle, paniquée, elle sentit les pattes des cadavres qui tentaient de la retenir, s’accrochaient à ses vêtements, des poids morts qui la ralentissaient, elle courait dans une glu sanglante, écrasant des viscères, elle entendait les plaintes, comme des prières, des gémissements qui la poursuivirent jusqu’à la lumière du jour.

  • Importation d'abeilles.

    Regardez les dates de ces deux articles...J'ai cherché des informations plus récentes sans rien trouver. Non pas que la situation se soit améliorée, c'est fortement improbable. Quand je lis que des abeilles sont importées depuis l'Australie par avion, comment pourrait-on suggérer que ça s'améliore ?

     

    Biodiversité

    Les abeilles menacées par la production d'amandes en Californie

     

    https://www.sciencesetavenir.fr/animaux/biodiversite/les-abeilles-menacees-par-la-production-d-amandes-en-californie_105277

     

    Par Morgane Le Poaizard le 04.10.2016 à 09h00, mis à jour le 04.10.2016 à 09h00 Lecture 4 min.

    Depuis 2007, la production d’amandes, qui a explosé en Californie, requiert un nombre toujours plus important de pollinisateurs. Un rythme que les abeilles états-uniennes ne peuvent tenir.

    abeille et fleur d'amandier

    Les abeilles fertilisent les amandiers en Californie.

    © Vaclav Salek/AP/SIPA

    BOUM. Pour le meeting annuel de la Société américaine de géologie le 27 septembre 2016, Kelly Watson, professeur assistant de géosciences à l’Eastern Kentucky University et son étudiante Larissa Watkins, ont présenté les résultats de leur étude d’imagerie aérienne réalisée grâce au Programme National d’Imagerie de l’Agriculture (NAIP), en Californie. Entre 2007 et 2015, elles ont observé la superficie des terrains cultivés et se sont particulièrement penchées sur la culture d’amandes. La production de ce produit a connu un véritable boum depuis 2007 à cause d’une forte demande et d’une montée du prix des amandes. Or cette effervescence a des conséquences sur les abeilles pollinisatrices puisqu’elles sont importées chaque année dans la Central Valley pour féconder les fleurs d’amandiers.

    Un marché florissant aux conséquences redoutables

    Selon les auteurs, la consommation mondiale d’amandes a haussé de 200% depuis 2005 et les prix ont augmenté d’1 dollar par livre (soit 0,45 kg) pour atteindre un pic de 5 dollars la livre en 2014. Or la Californie répond à 80% de la demande mondiale d’amandes. Le boum de la production d’amandes est particulièrement visible sur les imageries aérienne : l’étude révèle qu’entre 2007 et 2014, la superficie des terrains d’amandiers a augmenté de 14%, or ces cultures ont pris la place de champs de maïs, de coton ou de tomates. Ces derniers utilisaient moins d’eau que les amandiers, ce qui a provoqué une augmentation annuelle de l’irrigation globale de 27% entre 2007 et 2014, malgré la sécheresse historique que connaît l’état. « Si vous regardez les terrains exploités, plus de 16.000 ont été classés comme terrains humides pour les amandes », s’alarme le professeur Watson.

    70% de nos abeilles apprivoisées aux USA vont polliniser les amandes en Californie."

    « La prochaine chose que nous voulons pointer du doigt est ce que signifie l’augmentation de la culture d’amandes pour la demande de pollinisateurs », explique Watson. Les fleurs d’amandiers californiens sont presque toutes auto-incompatibles (elles ne peuvent pas se féconder toutes seules), elles ont donc besoin d’insectes pollinisateurs pour produire des amandes. La culture d’amandes est par conséquent dépendante de la pollinisation par les abeilles domestiques. Or la Californie ne possèdent pas assez d’abeilles, et les Etats-Unis encore moins. Alors comment permettre aux cultures de se développer ? Les apiculteurs semblent avoir trouvé un moyen de répondre à cette demande : ils louent leurs abeilles aux agriculteurs à travers tous les états. Ainsi 60% des abeilles "commerciales", soit 1.6 million de colonies d’abeilles états-uniennes, sont importées en Californie chaque année. Les Apis mellifera, abeilles domestiques européennes, visitent plus de 800.000 parcelles chaque année, de Sacramento à Los Angeles. Leur circuit débute en février avec les amandes californiennes pour finir en hiver en Floride avec le poivre brésilien.

    Les abeilles sont transportées aux quatre coins du pays pour polliniser les cultures. © Dooley John / SIPA

    DÉTRESSE. Le transport de ces insectes leur cause énormément de stress et les pics de chaleur affectent les reines. Les abeilles se restreignent à un régime de nectar d’amandiers au lieu de se délecter d’un mélange de fleurs aux protéines diverses. Elles sont potentiellement exposées aux pesticides, aux nuisibles, aux fongicides et autres produits chimiques qui affaiblissent leur système immunitaire. Les pollinisateurs deviennent les hôtes de virus qui les font voler plus lentement, agir de façon insensée ou mourir prématurément. « Si vous cherchez ce qui cause le déclin des abeilles, l’agriculture industrielle tient certainement un rôle majeur. » affirme Watson.

    Certains cultivateurs tentent de trouver des alternatives à la pollinisation. Une espèce d’amandier, l’Independance, éviterait tous ces transports d’abeilles à travers les états. Il s’agit d’un croisement d’amandier et de pêcher auto-fertile, vendu exclusivement par Dave Wilson Nursery, le laboratoire qui a développé l'espèce. Mais qu’en est-il du rendement et de la qualité du fruit obtenu ?

     

     

    https://www.lesechos.fr/2011/04/la-californie-malade-de-ses-abeilles-1089619

    Publié le 14 avr. 2011 à 01:01Mis à jour le 6 août 2019 à 00:00

    Pour la première fois, une enquête scientifique, portant sur tout le territoire américain, démontre l'inquiétant déclin des abeilles pollinisatrices. Un enjeu crucial pour les cultivateurs d'amandes californiens, gros exportateurs.

    La période de pollinisation des amandiers vient tout juste de se terminer et la Californie s'inquiète pour ses abeilles.

    Il faut dire que, ici, l'enjeu est de taille. Depuis cinq ans, le Golden State investit massivement dans les amandiers, après avoir volontairement abandonné ou négligé plusieurs autres cultures agricoles traditionnelles - fruits et légumes, notamment -, devenues moins rentables à cause de l'augmentation du coût des fertilisants. Avec plus de 320.000 hectares de vergers d'amandiers plantés dans tout l'Etat, la Californie produit 80 % du marché mondial. Désormais, les amandes représentent la principale exportation agricole californienne, devant le vin et les fruits et légumes. Paradoxe économique, une part croissante de sa production va désormais vers la... Chine. Depuis peu, les Californiens embauchent même des acteurs vedettes de l'empire du Milieu pour vanter les mérites de l'amande locale.

    Mais si cette industrie ne connaît pas la crise, surfant sur un marché loin d'être saturé - surtout en Asie -, un danger menace néanmoins les 6.000 cultivateurs de la région. La récolte dépend en effet de millions d'abeilles pour la pollinisation des amandiers. Sans elles, pas de fertilisation. Or les producteurs californiens ne trouvent plus assez d'insectes sur place pour polliniser leurs centaines de milliers d'hectares. A tel point qu'ils louent désormais des abeilles en dehors des Etats-Unis (certaines viennent maintenant d'Australie) pendant la période de fertilisation. Et cela leur coûte de plus en plus cher...

    Un phénomène mondial
    Au-delà de l'aspect purement financier, les difficultés rencontrées par les producteurs locaux illustrent un phénomène mondial, de plus en plus inquiétant. « Si le nombre d'abeilles continue de diminuer en Californie, c'est l'ensemble de cette filière qui est menacée, car elle dépendra des réserves d'abeilles disponibles dans d'autres pays, or il est bien possible que la population des abeilles soit globalement en train de diminuer dans le monde », explique le docteur Sydney Cameron, entomologiste à l'université Urbana Champain de l'Illinois.

    Cette scientifique sait de quoi elle parle. Spécialisée dans l'étude des abeilles, elle vient de rendre publique une enquête qui, pour la première fois, a étudié sur l'ensemble du territoire américain les raisons pour lesquelles le nombre des abeilles est en train de diminuer outre-Atlantique. Publiée dans la revue de l'Académie nationale des sciences, cette étude tire un véritable signal d'alarme. « Nous n'avons étudié en profondeur que huit des cinquante espèces de bourdons vivant aux Etats-Unis, mais la moitié d'entre eux sont sérieusement en danger », assure-t-elle. Dans certains cas, la presque totalité d'une race d'abeilles a disparu, le nombre des autres ayant diminué de 23 à 87 % ! L'étude a duré trois ans, sur plus de 400 sites répartis sur l'ensemble du pays, en constituant des bases de données sur des dizaines de milliers de ruches et en les comparant, quand c'était possible, à des statistiques plus anciennes.

    Les conséquences de la disparition éventuelle des bourdons seraient considérables. Si cette race d'abeilles est celle qui produit du miel, son rôle primordial est la pollinisation des fleurs et - plus important encore pour l'espèce humaine -celle d'une grande majorité de fruits et de légumes. Sans ces abeilles qui assurent la reproduction des végétaux, c'est la disparition assurée d'au moins la moitié des aliments d'origine végétale qui composent notre assiette. L'enjeu avait été perçu par Albert Einstein lui-même, assurant que « si l'abeille venait à disparaître, l'humanité ne pourrait lui survivre que quelques années ».

    Car c'est tout l'écosystème de la planète qui serait alors menacé. Les forêts tropicales, la végétation de nombreuses régions côtières, toutes les fleurs sauvages, même les plantes de régions désertiques seraient en danger s'il n'y avait plus d'abeilles pour assurer cette pollinisation, assure Sydney Cameron.

    L'inquiétude n'est pas nouvelle. Les premières diminutions d'abeilles observées en Amérique remontent au début des années 1990. Mais c'est la première fois qu'une étude réellement scientifique vient la confirmer dans les faits. « Le problème est que, comme c'est la première fois que nous réalisons une étude si globale aux Etats-Unis, nous manquons d'éléments pour savoir si ce phénomène est ancien ou pas. Si c'est seulement le début, c'est particulièrement inquiétant, car le phénomène de diminution que nous avons observé est particulièrement rapide », poursuit la scientifique.

    Pour l'équipe du docteur Cameron, il ne fait guère de doute que la diminution significative des abeilles pollinisatrices s'accompagne d'une baisse des abeilles sauvages. Mais, pour l'instant, on ne sait pas quelles sont les espèces les plus menacées, ni dans quelles proportions. D'autres études ont donc été lancées, aux Etats-Unis mais aussi ailleurs dans le monde, depuis 2007. Leurs résultats devraient être connus prochainement.

    En attendant de savoir « combien » d'insectes ont disparu, on peut déjà parler des causes de leur disparition. Parmi les raisons avancées dans l'enquête américaine, celles liées à l'activité humaine sont évidemment placées en première ligne. Si l'emploi de pesticides dans l'agriculture est à l'évidence néfaste, il y a bien d'autres facteurs. Par exemple la monoculture intensive (en particulier de cultures qui n'ont pas besoin de pollinisation) réduit sensiblement la biodiversité, donc la végétation sauvage dont les abeilles ont besoin pour se reproduire et vivre dans un environnement qui leur convient. Sydney Cameron n'écarte pas non plus le réchauffement climatique comme facteur aggravant, même si là non plus aucune étude scientifique n'a encore fourni de conclusions incontestables. Le résultat cumulé de ces facteurs se traduit par ce que les scientifiques appellent le « colony collapse disorder », qui voit les abeilles quitter leur nid, pour ne jamais y revenir. « Le problème avec la diminution rapide du nombre des abeilles c'est qu'il y a un effet de seuil, au-delà duquel on ne pourra plus rien faire. Et l'on ne sait pas si l'on en est proche ou pas », résume la spécialiste. Quoi qu'il en soit, certains scientifiques américains estiment que la situation empire. « La situation s'est aggravée ces quatre dernières années », assure Jeff Pettis, directeur du Bee Research Laboratory, au ministère américain de l'Agriculture.

    Engouement citoyen
    En Californie, en tout cas, on n'attend pas le résultat de nouvelles études sur le sujet pour se mobiliser. Et les initiatives en tout genre se multiplient. Par exemple celle du docteur Gretchen LeBuhn, spécialiste des abeilles au département de biologie à la San Francisco State University. Il y a presque deux ans maintenant, elle a lancé le Great Sunflower Project (GSP), dont l'ambition est de constituer un outil scientifique d'observation en mobilisant la population. N'importe qui peut donc devenir membre de ce projet en acceptant des graines d'une variété spéciale de tournesol, envoyées par les responsables du GSP. Il faut alors observer le manège des abeilles autour de cette fleur (choisie parce qu'elle attire particulièrement les abeilles pollinisatrices) pendant au moins quinze minutes, plusieurs fois par semaine. « D'un point de vue scientifique, ce que l'on cherche à faire, c'est d'obtenir la carte la plus complète possible des Etats-Unis pour savoir où fonctionne la pollinisation et où elle ne fonctionne pas, ou mal », explique Gretchen LeBuhn. Aujourd'hui, plus de 100.000 personnes ont accepté de planter des tournesols dans leur jardin, y compris en zone urbaine ou suburbaine, dont une majorité se trouvent en Californie. « Les données que nous avons recueillies nous permettent maintenant de disposer d'éléments pour savoir, par exemple, si les abeilles sont sensibles à un type d'urbanisation ou à la densité de la population. On peut aussi relier ces informations aux facteurs environnementaux pour déterminer quels liens il peut y avoir. » Les données sont également suffisamment nombreuses pour identifier les endroits où la recolonisation est la plus nécessaire et ces endroits font donc l'objet d'incitations plus fortes pour trouver des volontaires.

    Maintenant qu'il a prouvé qu'il pouvait susciter un réel engouement citoyen, le Great Sunflower Project aimerait se donner une dimension réellement planétaire. « Il ne faut pas s'y tromper, confirme en effet Gretchen LeBuhn, la majorité de ceux qui acceptent de participer au projet suit également nos conseils pour améliorer la survie de cette espèce. Notamment en ce qui concerne l'amélioration de leur environnement d'habitation, afin qu'elles puissent mieux se reproduire. » High-tech oblige dans le Golden State, l'initiative est relayée sur les réseaux sociaux, notamment sur Flickr, où les participants échangent des photos de leurs jardins pollinisateurs pour obtenir en retour des conseils d'autres membres du projet.

    Certaines entreprises industrielles californiennes sont également très actives pour aider à résoudre le problème des abeilles. C'est le cas du glacier Häagen-Dazs, installé au nord de la Silicon Valley, sensibilisé au problème, puisque 40 % des ingrédients qui composent ses parfums ont besoin d'abeilles pollinisatrices. Depuis deux ans, le groupe finance des programmes de recherche universitaire. Il a même fait installer un immense jardin, sur le campus Davis de l'université de Californie, composé de fleurs qui attirent les abeilles afin de mieux les étudier. Plus original, l'entreprise encourage, sur son site Web, les internautes à exploiter eux-mêmes des jardins susceptibles de plaire aux abeilles. Elle assure également reverser la totalité du chiffre d'affaires généré par son magasin virtuel HelpTheHoneyBees.com aux recherches scientifiques, ainsi qu'une partie des revenus générés par sa glace au miel d'abeilles. Sponsor du Pollinator Partnership (une association à but non lucratif de San Francisco, créée il y a quinze ans pour protéger tous les animaux pollinisateurs), Häagen-Dazs joue même un rôle de lobbyiste à Washington sur ce sujet, en réunissant régulièrement des parlementaires pour les pousser à agir.

    Le Congrès sensibilisé
    Pour quel résultat ? Le Congrès semble désormais prendre très au sérieux l'alarmante diminution du nombre des abeilles américaines. Un comité, formé d'élus républicains et démocrates, s'est ainsi formé l'année dernière. Il s'est fixé pour objectif d'attribuer un financement important pour réaliser de nouvelles recherches sur les causes de la mortalité des abeilles et tenter d'y remédier. Plusieurs dizaines de millions de dollars devraient ainsi être débloqués dans la prochaine « Farm Bill », qui sera votée en 2012. « Pour l'instant, nous ne connaissons même pas l'état exact de la situation, reconnaît Laurie Adams, directrice du Pollinator Partnership. Nous espérons que ces financements permettront enfin de dresser un véritable état des lieux et ensuite pouvoir agir. »

    Michel Ktitareff, À PALO ALTO

  • Une alerte de plus : le phosphore

    Une situation qui concerne encore une fois le milieu agricole : dépendance à une ressource exportée, détérioration de la biodiversité, gaspillage, régime alimentaire carné... De la nécessité de revoir le système agricole intensif...

     

    Phosphore : faut-il craindre une pénurie ?

     

    Par Sophie Gosselin et David Gé Bartoli , publié le 10 janvier 2022

    https://www.socialter.fr/article/le-phosphore-de-l-or-pour-un-tas-de-fumier

    Élément indispensable à toute vie mais pouvant avoir des conséquences désastreuses sur les écosystèmes, le phosphore a participé à l’essor de l’agriculture industrielle de l’après-guerre en étant utilisé massivement dans les engrais de synthèse. Alors que la demande mondiale en roches phosphatées n’a jamais été aussi forte, les craintes sur le caractère plus ou moins durable de cette ressource amènent à reconsidérer les usages que nous en faisons.

    Les lecteurs versés dans la science-­fiction le connaissent principalement comme l’inventeur des trois lois de la robotique ou de la « psychohistoire », concept au cœur de la saga Fondation, actuellement adaptée en série par Apple TV+. Mais Isaac Asimov, accessoirement docteur en biochimie, a également fait de la vulgarisation scientifique son terrain de jeu littéraire. Dans un essai publié en 1959, l’écrivain américain souligne l’importance du « P » figurant sur la droite du tableau de Mendeleïev. Ce « P », la lettre symbolisant le phosphore, n’est rien moins que le « goulot d’étranglement de la vie ». Supprimez-le et le moindre être vivant aura toutes les peines du monde à exister sur notre planète. « Nous pouvons remplacer le charbon par l’énergie nucléaire, le bois par le plastique, la viande par la levure et la solitude par l’amitié. Pour le phosphore, il n’y a ni substitut ni remplaçant », insiste Isaac Asimov.

    Des animaux à la moindre molécule d’ADN en passant par les enzymes et les parois de bactéries cellulaires, il y a donc du phosphore partout dans la nature, mais seulement sous une forme oxydée (phosphate). Le phosphore compte pour environ 1 % de la masse corporelle d’un humain, l’essentiel se nichant dans nos tissus osseux et nos dents. « Peu importe ce que nous mangeons, cette nourriture provient plus ou moins directement des plantes et les plantes croissent grâce au phosphore », ajoute Stuart White, directeur de l’Institut des futurs durables à l’université de technologie de Sydney. Pour stimuler cette croissance et leurs rendements, les agriculteurs enrichissent leurs sols en phosphore avec des fertilisants pouvant également contenir de l’azote (N) et du potassium (K), autres nutriments essentiels. Cette ubiquité apparente ne doit pas occulter le fait que le stock de phosphore disponible sur Terre n’est pas illimité mais fini, ce qui confère à cette ressource un caractère d’autant plus précieux.

    Le raté en or d’un alchimiste

    Quand il fait par hasard la découverte de cet élément vers 1669, à Hambourg, Hennig Brandt est en quête d’un bien encore plus précieux : la pierre philosophale, censée transformer n’importe quel métal en or. Une nuit, l’alchimiste allemand pense être parvenu à ses fins après avoir distillé de l’urine humaine. La forme solide résultant de cette expérience intrigue Brandt par la lumière vert pâle qui en émane. C’est du phosphore. Passé à la postérité, Brandt était-il vraiment le premier à mettre au jour l’élément ? Dans son stimulant livre retraçant l’histoire du phosphore, John Emsley remarque qu’il était peut-être déjà connu des Romains dans l’Antiquité et que le secret de sa fabrication a pu se perdre avec le temps. Avec son caractère hautement inflammable, surtout sous sa forme blanche, particulièrement instable, le phosphore va hériter du surnom peu flatteur d’« élément du diable ». Le phosphore blanc sert par exemple aux bombes incendiaires qui s’abattent sur plusieurs villes allemandes ciblées par les Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale dont Hambourg, là-même où Brandt fit sa grande découverte près de trois siècles plus tôt.

    Des millénaires avant de l’exploiter pour semer la mort, l’humanité a tiré parti du phosphore pour cultiver le vivant, quand bien même elle ignorait tout de l’identité du bienfaiteur. D’abord grâce au feu et aux cendres contenant du phosphore utilisable par les plantes, puis en recouvrant les champs d’excréments animaux ou humains. Comme le mettra en évidence l’expérience de Brandt, les déchets produits par notre corps recèlent de ce « P » si convoité. Les paysans chinois en avaient déjà conscience il y a des milliers d’années de cela. « Grâce à l’engrais humain, la terre en Chine est encore aussi jeune qu’au temps d’Abraham », observe Victor Hugo dans le chapitre « La terre appauvrie par la mer » des Misérables,où l’écrivain se lamente de voir cet « or fumier […] balayé à l’abîme » à Paris et en France. C’est qu’au XIXe siècle, l’urbanisation commence à priver les paysans d’un fertilisant humain échouant désormais dans les cours d’eau. Dès lors, où trouver le phosphore ? Une première piste mène aux zones d’accumulation de guano, comme les îles Chincha, au Pérou, ou Nauru, autre bout de terre du Pacifique, au siècle suivant. Depuis, le stock s’est épuisé à Nauru et l’île, dont le PIB par habitant est le plus élevé du monde dans les années 1990, est maintenant exsangue.

    Des ressources inégalement réparties

    Au XXe siècle et jusqu’à nos jours, l’écrasante majorité du phosphate est tirée de l’extraction minière. « Tel qu’il est exploité aujourd’hui, le phosphore est une ressource fossile, comme les hydrocarbures, explique Fabien Esculier, chercheur au Laboratoire eau environnement et systèmes urbains (Leesu) à l’École des Ponts Paris Tech. Des conditions géologiques ont favorisé la sédimentation d’organismes et cela a créé au bout de plusieurs millions d’années une couche très riche en phosphore. » Les zones avec de fortes concentrations sont loin d’être également réparties sur la surface du globe. Pour la plupart, elles se trouvent en Afrique du Nord, en Chine, aux États-Unis, en Russie. Selon le dernier rapport annuel de l’Institut d’études géologiques américain (USGS), les seules réserves en roches phosphatées du Maroc et du Sahara occidental s’élèveraient à 50 milliards de tonnes, soit 70 % du total mondial. Durant la seconde moitié du XXe siècle, la production de ces roches a été multipliée par six et, en 2020, elle a atteint 223 millions de tonnes, dont 90 millions rien qu’en Chine.

    « Une partie de ce phosphore est utilisée comme détergent et une autre comme additif chimique pour la nourriture, mais 80 % du phosphore extrait est utilisé pour les fertilisants chimiques », souligne Bruno Ringeval, chercheur à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) de Bordeaux. Ces engrais de synthèse, employés en masse, ont contribué à façonner l’agriculture moderne post-Seconde Guerre mondiale... et ses excès. En France et dans d’autres pays industrialisés, leur utilisation a atteint son pic dans les années 1970-1980 avant d’accuser une baisse. Julien Némery, chercheur à l’Institut des géo­sciences de l’environnement (IGE) de Grenoble, en détaille l’une des raisons : « Pendant longtemps, l’idée reçue dans le monde agricole était que plus on mettait de fertilisants, plus on produisait. Après des décennies d’essais, l’Inrae a montré que cette idée était fausse. Il n’y a pas besoin de mettre cinq fois plus d’engrais que nécessaire pour avoir un rendement cinq fois plus élevé. »

    L’autre raison expliquant cette diminution est la prise de conscience des problèmes environnementaux provoqués par le recours immodéré aux engrais phosphatés. Si les sols peuvent stocker une partie du surplus de phosphore, une autre partie terminera sa course dans les cours d’eau, du fait de l’érosion et du lessivage des sols par la pluie. En se cumulant avec le phosphore contenu dans les rejets d’eaux usées peu ou non traitées, ce surplus accentue les phénomènes d’eutrophisation, avec prolifération des algues vertes à la clé. Mais cette perturbation du cycle du phosphore peut avoir des conséquences bien plus graves, comme une désoxygénation des écosystèmes aquatiques et océaniques, fatale pour la vie marine. « Des événements anoxiques [épuisement d’un milieu aquatique en dioxygène, ndlr] ont déjà lieu dans de nombreux endroits, par exemple en mer Baltique. Une partie des scientifiques n’exclut pas des changements profonds des équilibres biogéochimiques des grands cycles marins menant potentiellement à des anoxies plus fortes », alerte Fabien Esculier. Le risque de voir ces phénomènes se multiplier est encore plus élevé en Chine, en Asie du Sud-Est ou en Amérique du Sud, où la demande en engrais phosphatés a explosé. Cette soif s’explique notamment par une montée en puissance de l’agriculture intensive dans ces régions, ainsi que la part de plus en plus grande occupée dans les régimes alimentaires locaux par les produits d’origine animale qui, rappelle Stuart White, « requièrent cinq à dix fois plus de phosphore que leur équivalent végétal ayant les mêmes caractéristiques nutritionnelles ».

    Le pic à l’horizon ?

    Avec toujours plus d’êtres humains à nourrir sur notre planète (près de 10 milliards en 2050 selon les projections démographiques de l’ONU établies il y a deux ans), autre facteur faisant grimper la demande en phosphore, une pénurie est-elle à prévoir ? Déjà, dans un message datant de mai 1938, c’est en président inquiet que Franklin Roosevelt demandait aux élus du Congrès de se pencher sur les ressources en phosphore des États-Unis pour assurer « des approvisionnements continus et suffisants […] au prix le plus bas ». Le sujet suscite toutefois un intérêt croissant depuis une dizaine d’années et les travaux menés par Dana Cordell et Stuart White. Dans un article publié en 2009, les deux chercheurs australiens ont situé le pic de production mondiale du phosphore dans un futur très proche, aux alentours de 2030. « Quand nous avons mené ces travaux, nous nous sommes basés sur les informations alors disponibles, souligne Stuart White. Peu après, le Centre international de développement des engrais (IFDC) a corrigé les chiffres des réserves, avec une réévaluation à la hausse vertigineuse pour le Maroc et le Sahara occidental. » Même après avoir refait ses calculs, le duo est parvenu à la conclusion que le pic sera passé au cours du XXIe siècle. Pour l’IFDC, qui n’intègre pas de hausse de la demande en phosphore dans ses estimations, les réserves sont amplement suffisantes pour plusieurs centaines d’années. « Il n’y a pas de pénurie imminente de roches phosphatées », assure pour sa part l’Institut d’études géologiques américain dans son dernier rapport.

    Indépendance et changement de régime

    Au-delà de ces résultats divergents, Bruno Ringeval souligne la difficulté de l’exercice sans une connaissance approfondie de la nature du phosphore disponible. « Il y a des réserves dont la qualité est plus faible, où l’extraction est plus compliquée et plus chère », précise-t-il. Sans parler des considérations géostratégiques compliquant l’accès à la ressource : « Même le phosphore existant peut ne pas être disponible parce que le pays le produisant ne veut pas l’exporter ou augmente ses prix. » En septembre dernier, la Chine a par exemple décidé de geler toutes ses exportations de phosphate au moins jusqu’en juin 2022, contribuant à une hausse du prix des engrais chimiques depuis le début d’année. À plus long terme, l’exploitation des immenses réserves de phosphate au Sahara occidental pose également question. Ce territoire, au statut juridique indéterminé pour l’ONU, est au cœur des tensions entre le Maroc, qui en contrôle effectivement la majeure partie, et l’Algérie, soutien du Front Polisario qui revendique l’indépendance du Sahara occidental.

    Même en écartant l’hypothèse de la pénurie, devenir de moins en moins dépendant de l’extraction de roches phosphatées est donc crucial pour les régions ne disposant pas de mines, comme la France et les autres membres de l’Union européenne (UE). En 2014, l’UE a ainsi placé les roches phosphatées comme matière première critique pour son approvisionnement. Quelles seraient les alternatives ? Pour Fabien Esculier, la première des priorités est d’avoir une « logique de sobriété dans les usages », et donc de réduire la quantité de phosphore consommée. « Dans les sociétés occidentales, les habitants mangent beaucoup plus de phosphore que ce dont ils ont besoin, explique le chercheur. En France, le régime alimentaire comprend globalement deux tiers de protéines d’origine animale et un tiers d’origine végétale. Inverser ces proportions aurait un impact très fort sur les produits phosphorés. »

    L’autre enjeu est celui d’avoir un cycle du phosphore plus vertueux, effectuant plusieurs boucles et non une seule ligne droite aboutissant au fond des océans. Le principal levier pour y parvenir, c’est un recyclage accru des excrétions animales ou humaines. Pour les secondes, outre la récupération des boues d’épuration où le phosphore est précipité, cela peut passer par une séparation à la source de l’urine et des matières fécales. « En France, il y a toujours eu des voix pour dire qu’il faut retourner les excréments au sol, note Fabien Esculier, qui a consacré une thèse à ce sujet. Elles ont juste été très peu audibles et marginalisées après la Seconde Guerre mondiale. » Ce retour aux pratiques les plus classiques de l’humanité pour valoriser davantage encore notre « or fumier » sonnerait comme une belle revanche pour Victor Hugo, qui écrivait également ceci dans Les Misérables : « Vous êtes maîtres de perdre cette richesse, et de me trouver ridicule par-dessus le marché. Ce sera là le chef-d’œuvre de votre ignorance. » 

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  • Maisons d’édition écolos

     

     

    ReportageCulture

    Ces maisons d’édition écolos qui bousculent les codes

     

    https://reporterre.net/Ces-maisons-d-edition-bousculent-les-codes-pour-faire-du-bien-a-la-planete?

     

    Ces maisons d'édition écolos qui bousculent les codes

    Relocalisation de l’impression, encres végétales, impression à l’unité... Certaines maisons d’édition françaises tentent, à leur échelle, de proposer une industrie du livre plus écolo.

    Cournon-d’Auvergne (Puy-de-Dôme), reportage

    À Cournon-d’Auvergne, Hervé Meiffren attend devant la médiathèque qui se trouve à côté de chez lui, deux petits cartons sous les bras. « C’est un tiers de notre stock », dit-il, amusé. En fin d’année 2023, cet ancien commercial s’est lancé dans l’aventure de l’édition avec son fils de 26 ans, Yoann Meiffren. Ensemble, ils ont monté Cornaline, une maison d’édition, autour d’un engagement pour l’environnement et d’un principe fort : « Pas de livres au pilon. »

    13 % de la production de livres a été détruite en 2021-2022, selon le dernier rapport du Syndicat national de l’édition. Cela représenterait plus de 60 millions d’ouvrages qui sont ensuite pour la majorité recyclés en carton d’emballage ou en papier hygiénique.

    « On ne se retrouvait pas dans la manière de faire actuelle, surtout au niveau de la surproduction », raconte Hervé. C’est pour cela que leur première publication, La Connerie humaine, n’a été tirée qu’à 600 exemplaires. « Six petits cartons ! » dit l’autoentrepreneur, qui garde ce maigre stock chez lui. Un engagement qui peut s’avérer parfois difficile à tenir face à l’industrie de l’impression qui baisse le prix pour plus de tirages. « On m’en a proposé 1 200 pour moins cher, mais ce n’était pas notre mentalité, j’ai refusé. »

    Les éditions Cornaline ne réalisent que de petits tirages qui tiennent dans quelques petites boîtes en carton. © Clément Moussière / Reporterre

    « Vous pensez vraiment que les clients ne peuvent pas attendre 2 ou 3 semaines pour avoir un bouquin ? » dit Hervé Meiffren, agacé et le regard posé sur La Connerie humaine, une BD d’humour satirique. C’est aussi la réflexion de Christophe Lahondès, fondateur du groupe d’édition nîmois Nombre 7, qui imprime ses ouvrages à l’unité, à la demande. « Ça me semble être du bon sens, je ne vais pas faire couper des arbres pour que [les livres] restent dans des cartons et finissent à la poubelle. »

    Papier recyclé, encre végétale...

    Chaque année, 1 livre sur 5 est renvoyé chez son éditeur par le libraire. Pour éviter cela, Cornaline refuse les retours. Et ce, quoiqu’il en coûte. « On nous a déjà refusé une séance de dédicaces parce qu’on ne reprend pas les bouquins. » L’apprenti éditeur lève les yeux au ciel. Mais quand retour il y a, des alternatives au pilon existent.

    Sandrine Roudaut, qui a fondé La Mer salée, une maison d’édition située près de Nantes (Loire-Atlantique), préfère en faire don à des publics dits « sensibles ». Pour elle, « il faut surtout faire de la pédagogie auprès des libraires et des lecteurs sur la qualité des livres, car, parfois, on nous renvoie des ouvrages à peine cornés ».

    Elle n’est pas seule à porter cette réflexion. À La Cabane bleue, une maison d’édition jeunesse régulièrement citée comme exemple pour ses agissements environnementaux, Angela Léry s’interroge : « N’est-ce pas superflu de vouloir un objet parfait ? » Comme La Mer salée, sa maison d’édition a supprimé le pelliculage en plastique qui recouvre la plupart des couvertures. « Il est utilisé pour que le livre brille et ne s’abîme pas, mais c’est une question d’éducation, affirme Angela Léry. Nos livres parlent de la beauté de la nature, ça nous guide dans nos engagements. »

    La transparence sur les pratiques de La Mer salée est une des valeurs fondamentales de la maison d’édition. © Clément Moussière / Reporterre

    Avant de cofonder La Cabane bleue, Angela et son amie Sarah étaient éditrices dans d’autres groupes : « On ne se sentait pas alignées avec les maisons dans lesquelles on travaillait. » Pour leur projet, elles sont parties « des incohérences » et d’un constat : « L’objet même du livre n’est pas écolo. »

    Aujourd’hui, l’empreinte carbone moyenne d’un ouvrage acheté en librairie est estimée à environ 2 kg, dont la majorité provient de la fabrication. La production de pâte à papier par exemple est très gourmande en ressources et le plus souvent importée, notamment du Brésil.

    Alicia Cuerva utilise du papier de récupération pour décorer les gardes des livres édités par Cosette Cartonera. © Clément Moussière / Reporterre

    Alors avant de se lancer, les éditrices de La Cabane bleue ont commencé par écrire sur une feuille tous les matériaux qui composent le livre, afin de réfléchir à chaque élément. Et c’est comme cela qu’elles ont décidé de se tourner vers du papier certifié FSC (assurant la légalité du bois et la gestion durable de l’exploitation) et/ou du papier recyclé, et ont découvert l’existence de l’encre végétale. Ces encres utilisent des ressources naturellement renouvelables comme le colza, contrairement aux encres minérales issues en général de la pétrochimie.

    « Ce n’est pas encore 100 % parfait, mais on utilise aussi un profil de couleurs peu gourmand en encre [par exemple le violet requiert davantage d’encre qu’un simple rouge], idem pour les typographies, un noir à 80 %, énumère Angela. Ce sont des choix que l’on peut faire à partir du moment où l’on veut faire mieux. »

    Imprimerie à 750 mètres de l’atelier

    En plus de cela, ces petites mains du changement ont travaillé sur les dimensions des bouquins pour adopter des formats standards qui évitent le gâchis de papier. « Parfois on n’y pense pas, mais même pour les envois par la poste il y a des standards d’enveloppes en carton », dit Sandrine Roudaut.

    À la fin de ses bouquins, La Mer salée édite un colophon « pour sensibiliser à [sa] démarche pour l’environnement ». Il s’agit d’une page sur laquelle sont par exemple indiqués les matériaux utilisés, la provenance des produits et le fait que la maison d’édition ait décidé de tout faire dans un périmètre de 100 km.

    « L’une des grosses difficultés, c’est de tout faire fabriquer au local, en France, et au même endroit, pour réduire le coût carbone du transport », explique Angela Lévy. Un point de vue partagé par Alicia Cuerva, créatrice de Cosette Cartonera, qui a trouvé une imprimerie à seulement 750 m de son petit atelier, dans le centre-ville de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). « Il me suffit de prendre mon vélo pour aller chercher mes pages », dit l’éditrice en rigolant.

    La majorité du stock des éditions Cosette Cartonera tient sur cette étagère du petit atelier. © Clément Moussière / Reporterre

    Ce n’est pas le cas de tous les éditeurs, certains préférant imprimer en Europe de l’Est ou en Asie pour des questions budgétaires. « Impensable » pour cette amoureuse de la nature. Derrière son bureau « de récup’ » en bois, elle s’affaisse, concentrée, à la fabrication de sa prochaine publication. Ici, les livres sont le résultat de ses mains d’artisanes. Couverture en carton, dos en calendrier périmé et reliure à la main.

    Elle a créé sa maison d’édition au retour d’un long voyage en Amérique latine, et tout, dans son atelier, rappelle cela : de la musique aux décorations de toucans. Là-bas, elle s’est inspirée des « cartoneras ». Un mouvement de maisons d’édition né en Argentine, en réaction à la crise des années 2000, qui récupèrent du carton usagé pour en faire des couvertures de livres. Pour cette passionnée de l’artisanat « faire un livre en carton, à la main, c’est un engagement qui interroge et qui oblige à limiter la production. Dans le secteur, il y a un tabou, on ne fait plus rien à échelle humaine ».

    Pour beaucoup, la volonté de mieux faire pour l’environnement s’accompagne d’une réflexion éthique. C’est pourquoi ces maisons d’édition ont aussi décidé de se pencher sur la rémunération des auteurs. « Ça va de pair », explique Sandrine Roudaut, de La Mer salée. Un avis partagé par Christophe Lahondès : « Avoir peu de publications et des tirages en nombre limité nous permet de valoriser davantage les textes publiés et d’accorder plus de reconnaissance aux auteurs. »

    « C’est souvent la question économique qui entre en conflit avec l’écologie, l’éthique et conditionne les choix, s’exaspère Sandrine Roudaut. Nous, sur les valeurs on ne négocie pas, c’est sur le modèle économique qu’on essaye de voir. » Les textes qu’ils publient parlent d’utopies, de modes de vie plus sobres et joyeux. « On veut nourrir la foi en l’humanité, le contenu de nos livres aussi est politique », dit-elle.

    De manière générale, ces maisons d’édition prônent plus de sobriété. Hervé Meiffren pense qu’« il faut réfléchir à décroître et trouver un équilibre pour arrêter de mettre l’argent au cœur des décisions ». Toutes et tous s’accordent à dire qu’ils ne peuvent pas « tout révolutionner, mais, peut-être, inspirer un peu ». Depuis 2019, l’association Pour une écologie du livre fédère éditeurs, auteurs et libraires pour diffuser ces idées.

  • Vasectomie : état des lieux

     

    Que c'est long en France pour que les mentalités changent...Que c'est long...Cette médecine toute puissante, elle a dans son comportement des relents archaïques...J'avais déjà écrit un article sur le sujet, c'était en 2020:

    Vasectomie

    J'avais 37 ans quand j'ai décidé de demander une vasectomie. Nous avions trois enfants et Nathalie souffrait de la contraception chimique, physiquement et psychologiquement. Il était clair pour moi que la solution la plus simple, c'était l'opération chirurgicale. Je n'aurais pas imaginé que ça serait aussi compliqué.

    La gynécologue s'y est catégoriquement opposée et son aval était indispensable. Elle considérait qu'il était impossible de présager de l'avenir et que plusieurs situations inattendues pouvaient survenir et nous amener à regretter notre choix : la perte d'un enfant par exemple. Comme s'il était juste, sain, et raisonné de concevoir un enfant pour en remplacer un autre... ou une séparation du couple et une nouvelle compagne qui voudrait un enfant avec moi. Sauf qu'à 37 ans, je ne voulais pas d'un bébé, d'un jeune enfant, et tout ce qu'implique le rôle de père. Je l'avais vécu, j'en étais comblé et heureux et c'est une étape de ma vie qui était achevée. Je rétorquais également qu'une nouvelle compagne aurait probablement elle aussi un ou des enfants et n'en souhaiterait pas forcément un autre.

    Rien à faire, elle ne voulait pas nous donner son accord.

    Je me suis donc tourné vers mon médecin généraliste, il nous a rencontrés, séparément, il nous a écoutés, et il a jugé que nous étions conscients et lucides sur l'aspect quasiment irrémédiable de l'intervention. Il m'a conseillé malgré tout de procéder à une congélation de mon sperme. Ce que j'ai refusé puisque ça serait en opposition avec mes arguments. Je ne voulais plus d'enfants, ni naturellement, ni par insémination. Malgré son parcours hospitalier dans la région grenobloise, il ne connaissait pas de chirurgien. C'était une intervention très rare selon lui. On était en 1999. Finalement, après quelques recherches, un chirurgien a accepté de m'opérer. Une anesthésie locale suffit. Il faut au préalable se raser très soigneusement toute la partie génitale, une infirmière est venue vérifier que c'était fait et je suis parti au bloc. J'ai été isolé visuellement par une toile et le chirurgien et une assistante ont procédé à l'opération. Dans mon souvenir, ça n'a pas dû prendre plus de trente minutes et je suis rentré chez moi. Il faut passer un spermogramme deux semaines après l'opération. Il n'y a aucune différence de consistance dans le contenu séminal. Il ne manque que les spermatozoïdes. Et même si ça avait le cas, je n'y aurais attaché aucune importance.

    Affaire réglée.

    Quant aux réticences sur la masculinité ou la virilité, je ne me sentais aucunement concerné. La seule chose qui m'importait, c'était le bien-être de Nathalie. Si la virilité tenait à la présence de spermatozoïdes dans l'éjaculation, ça serait vraiment, vraiment juste pitoyable...A mon sens, la virilité, c'est de prendre soin de sa compagne. Coûte que coûte.

    Il reste un point important et qui relève de l'absence de connaissance chez les hommes.

    Il est parfaitement possible de parvenir à l'orgasme sans éjaculer. Avec ou sans spermatozoïdes mais il semble que beaucoup d'hommes imaginent qu'une vasectomie va les priver de l'éjaculation...

    Et avant de l'avoir expérimenté, il est impossible d'imaginer la puissance de cet orgasme et le bonheur spirituel et physique que cette pratique procure à l'homme. Et à la femme, étant donné que la capacité à conserver l'érection contribue bien évidemment au plaisir féminin. La conscience des muscles pelviens, le contrôle du souffle, l'abandon de l'idée de l'éjaculation comme une nécessité dans la quête de l'orgasme. Le tantrisme est la voie...

    La lecture de "KUNDALINI" serait une première approche pour ceux que ça intéresse.

     

    KUNDALINI. (roman)Kundalini

     

     

    Life 18/02/2024 09:00 Actualisé le 18/02/2024 15:31

    Une vasectomie avant 25 ans ? Ces hommes racontent leur parcours médical semé d’embûches

     

    Faire une vasectomie quand on est jeune et sans enfants peut être compliqué, la faute à un corps médical qui a parfois du mal à accepter ce choix.

    Par Mathieu Alfonsi

    Les jeunes hommes qui souhaitent faire une vasectomie font souvent face au refus des chirurgiens.

    Inti St Clair / Getty Images/Tetra images RF

    Les jeunes hommes qui souhaitent faire une vasectomie font souvent face au refus des chirurgiens.

    CONTRACEPTION - « J’ai essuyé le refus de trois urologues consécutifs. » Lorsqu’Émilien entame les démarches pour faire une vasectomie alors qu’il n’a pas encore 25 ans, il se heurte aux réticences du corps médical. En cause ? Il est « trop jeune » pour se priver de la possibilité d’avoir des enfants. « On me disait que j’en voudrais plus tard. Comme je n’avais pas de maladie et que j’étais en bonne santé, il n’y avait aucune raison que je n’en veuille pas. »

    Lire aussi

    La vasectomie, futur moyen de contraception privilégié aux États-Unis?

    La vasectomie est considérée comme une contraception définitive, bien qu’elle puisse être réversible dans certains cas. Elle consiste à bloquer les spermatozoïdes via une ligature des canaux déférents qui les transportent depuis les testicules. Et elle gagne en popularité : selon une étude de l’Assurance maladie et de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament, publiée lundi 12 février, le nombre de vasectomies pratiquées en France a été multiplié par quinze entre 2010 et 2022.

    Un intérêt croissant qui n’empêche pas certains jeunes hommes de rencontrer des difficultés pour faire cette opération. Cela a été le cas d’Émilien, mais aussi de Thomas*, un ouvrier agricole originaire du Rhône-Alpes. Tous deux ont fait une vasectomie avant l’âge de 25 ans et se sont confrontés aux nombreux refus des médecins. Pour Le HuffPost, ils racontent leur parcours semé d’embûches jusqu’à la vasectomie.

    « J’avais l’impression que mon corps n’était plus le mien »

    Deux principales raisons ont poussé ces jeunes hommes à opter pour la vasectomie : ils ne voulaient pas d’enfant et souhaitaient partager la charge de la contraception avec leur compagne. « Je ne voyais pas de raison de ne pas le faire. Au pire, l’opération inverse existe même si elle n’est pas sûre à 100 %, et il y a aussi l’adoption », raconte Émilien. Après quelques mois de réflexions, il décide de sauter le pas.

    La procédure est en apparence assez simple : Émilien doit d’abord prendre un premier rendez-vous avec un urologue, qui lui expliquera en quoi consiste l’opération et recueillera son consentement. Puis, il doit fixer une date pour procéder à la vasectomie, au minimum quatre mois plus tard. Mais, dans le cas d’Émilien, c’est dès le premier rendez-vous que les difficultés surviennent.

    « Les urologues essayaient de me faire changer d’avis, et me disaient qu’ils ne faisaient pas de vasectomie avant 30 ou 35 ans. Je me disais : s’ils savent qu’ils ne feront pas l’opération, puisque j’ai 24 ans, pourquoi acceptent-ils le rendez-vous ? J’avais l’impression de perdre mon temps et mon argent », détaille le boulanger.

    Les chirurgiens ont le droit de ne pas procéder à l’opération, au nom de la clause de conscience, selon laquelle un médecin peut refuser certains actes médicaux s’ils sont contraires à ses valeurs morales. « Ce qui arrive souvent », déplore Gersende Marceau, spécialiste de la contraception masculine au planning familial, que nous avons contactée.

    Émilien parviendra finalement à faire sa vasectomie, avec le quatrième professionnel qu’il rencontre. Mais il confie avoir ressenti beaucoup d’énervement : « J’avais l’impression que mon corps n’était plus le mien et que la société devait décider pour moi. Alors que je suis le seul concerné. »

    Rendez-vous chez le psychologue

    Pour Thomas, les difficultés ont commencé avant même les rendez-vous chez l’urologue. Cet ouvrier agricole de 25 ans doit d’abord obtenir une ordonnance d’une médecin généraliste. Cette dernière lui donne, mais lui lance au passage qu’il sera « responsable de la baisse de la population dans le monde », avant d’enchaîner avec : « Vous ne viendrez pas vous plaindre quand vous aurez le SIDA. » Thomas suppose que la généraliste pensait qu’il voulait « faire une vasectomie pour coucher à gauche et à droite sans protection ». « Ce qui n’est pas du tout le cas », précise-t-il. Quoi qu’il en soit, le ton est donné.

    Il prend alors un premier rendez-vous avec une urologue de sa ville, qui se passe à merveille. Il fixe une date, quatre mois plus tard, pour procéder à l’opération. Mais l’urologue se rétracte entre-temps, estimant que Thomas est trop jeune et changera d’avis au sujet des enfants.

    Il s’adresse alors à un second professionnel qui accepte de faire l’opération. À une condition : il doit d’abord consulter un psychologue, afin de discuter de son choix de ne pas congeler son sperme. Mais le rendez-vous avec ce psy tourne au vinaigre : « Il a commencé à me dire que je faisais n’importe quoi. Il m’a fait un profil psychologique pour me déstabiliser et avait un discours très moralisateur. C’était très malsain. Et j’avais encore moins envie de congeler mon sperme. »

    Si l’urologue doit vérifier que le patient est bien en capacité de prendre, par lui-même, la décision de faire une vasectomie, il ne peut pas exiger une expertise psychologique. « C’est illégal », rappelle Gersende Marceau, selon la loi du 4 juillet 2001. Mais Thomas souligne : « Si je ne faisais pas le rendez-vous avec le psy, il pouvait toujours activer sa clause de conscience. »

    Une méthode pas contraignante

    Suite à ces expériences, les deux jeunes hommes déplorent que les médecins aient tenté d’influencer leur choix et de décider à leur place. « Je me suis senti un peu envahi dans mon intimité à cause de toutes ces personnes qui ont partagé leur opinion, alors que ça ne les concerne pas, explique Thomas. Une personne de 22 ans qui veut faire un enfant, tout le monde va la soutenir, alors qu’une personne de 22 ans qui n’en veut pas, ça devient un problème de société. »

    Malgré ces nombreuses embûches, les deux jeunes hommes ont fait leur vasectomie, et ne regrettent rien. Ils assurent que cette méthode n’est pas pas contraignante. « Je ne sens aucune différence par rapport à avant. Il n’y a pas de cicatrice, et rien n’a changé dans ma manière d’éjaculer et dans mes rapports sexuels », détaille Émilien.

    Ce qui n’empêche pas la vasectomie de souffrir d’idées reçues. « Ça fait peur à plein de mecs virils qu’on leur touche les testicules. Certains pensant qu’on ne peut plus ressentir du plaisir ou avoir d’érection » explique Thomas, qui assure, pour ceux qui en doutent, « ne pas avoir perdu [sa] virilité avec une vasectomie ».

  • "N'écrivez pas..."

     

     

    "Alors vous voulez être écrivain ? (So you want to be a writer ?)

    Si cela ne sort pas de vous comme une explosion

    en dépit de tout,

    n’écrivez pas.

    si cela ne vient pas sans sollicitation de

    votre cœur et votre esprit et votre bouche

    et vos tripes,

    n’écrivez pas.

    s’il vous faut vous asseoir des heures

    à fixer votre écran d’ordinateur

    ou plié en deux sur votre machine à écrire

    à chercher les mots,

    n’écrivez pas.

    si vous le faites pour l’argent ou la gloire,

    n’écrivez pas.

    si vous le faites parce que vous voulez

    mettre des femmes dans votre lit,

    n’écrivez pas.

    s’il vous faut rester assis là

    réécrivant encore et encore,

    n’écrivez pas.

    si c’est déjà difficile rien que d’y penser,

    n’écrivez pas.

    si vous essayez d’imiter l’écriture de quelqu’un d’autre,

    oubliez.

    si vous devez attendre que cela rugisse hors de vous,

    alors attendez patiemment.

    mais si cela ne rugit jamais hors de vous,

    alors faites autre chose.

    s’il vous faut le lire à votre femme

    ou votre compagne ou à votre compagnon

    ou vos parents ou qui que ce soit,

    vous n’êtes pas prêt.

    ne soyez pas comme tant d’écrivains,

    ne soyez pas comme ces milliers de

    gens qui se targuent d’être écrivains,

    ne soyez pas superficiel et ennuyeux et

    prétentieux, ne vous consumez pas d’un amour narcissique.

    les librairies du monde ont

    baillé jusqu’à s’assoupir d’écrivains

    comme ceux-là.

    n’en rajoutez pas.

    n’écrivez pas.

    à moins que cela ne sorte

    de votre âme comme une fusée,

    à moins que rester muet

    ne vous rende fou ou

    suicidaire ou assassin.

    n’écrivez pas.

    à moins que le soleil en vous

    ne vous brûle les tripes,

    n’écrivez pas.

    quand le moment viendra,

    et si vous avez été choisi,

    cela se fera

    tout seul et cela continuera

    jusqu’à votre mort ou jusqu’à ce que cela meurt en vous.

    il n’y a pas d’autre manière

    et il n’y en a jamais eu d’autre."

    Charles Bukowski

  • Protection des forêts

     

    Futaie hetres

     

    En-tête la lettre de canopée

    Bonjour Thierry ,


    Ce mois-ci, j’ai pas mal de bonnes nouvelles à vous partager.

    Pression maximale sur Alliance Forêts Bois

    Commençons par le nerf de la guerre : depuis plusieurs mois, nous sommes engagés dans un bras de fer pour dénoncer les mauvaises pratiques d’Alliance Forêt Bois… et nos efforts commencent à porter leurs fruits. Si vous nous rejoignez, je vous invite à découvrir ici l’ensemble de la campagne. Ce que nous reprochons à cette entreprise : de trop nombreuses coupes rases de forêts de feuillus pour les remplacer par des plantations de résineux. Pour tenter de contrer notre campagne, Alliance Forêts Bois essaye de faire diversion en communiquant sur l’écologie - mais ils ne trompent personne : dans l’Indre et la Vienne, nous avons découvert une fois de plus des chantiers désastreux et nous les avons révélés au grand jour avec cette vidéo à partager :

    Alerte coupe rase dans l'Indre et la Vienne

    Ce qui les énerve beaucoup, c’est que nous interpellons leurs financeurs pour dénoncer ce double discours. Après une première vague de départs, Alliance Forêts Bois vient de perdre un contrat de plusieurs millions d’euros avec Air France, qui cherchait un partenaire pour planter des arbres. Grâce à votre mobilisation, Orange nous a également annoncé qu’ils ne signeraient pas de nouveau contrat avec Alliance Forêts Bois en 2024. Ces départs ne sont que la partie visible de l’iceberg : la pression est maximale pour que cette entreprise change ses pratiques. En tout cas, ce qui est sûr, c’est que nous ne relâcherons pas nos efforts, sans un engagement clair de leur part.

    Dans la Creuse, la résistance s'organise

    Il y a quelques jours, nous étions plus de 400 personnes réunies à Guéret, pour une conférence-débat sur le projet d’installation d’une nouvelle usine de granulés. Vous pouvez retrouver ici la vidéo de cette conférence. Si nous sommes particulièrement inquiets, c’est parce que l’entreprise qui porte ce projet, Biosyl, a déjà un lourd passif : dans la Nièvre, nous avons découvert sur son parc à bois des arbres entiers, dont des chênes centenaires, issus de coupes rases dans le Morvan. Face caméra, le directeur s’était engagé à mettre fin au scandale avant de se rétracter en nous envoyant un courrier. 

    Canopée a donc décidé de venir en soutien aux associations locales pour contrer ce projet en finançant notamment un recours en justice contre la décision d’autorisation du projet par la préfète. Si vous voulez nous aider, vous pouvez faire un don pour financer les frais d’avocats ou signer et partager la pétition.

    Le projet Biosyl a d'ailleurs alimenté le débat de l'émission Dimanche en Politique diffusée sur France 3 Limousin (diffusion tv dimanche 18 février), à laquelle nous avons participé avec trois autres invités autour de la question : la forêt est-elle un bien privé ou un bien commun ? Un débat autour de l'exploitation de la forêt limousine à visionner ici :

    Enfin une loi pour la forêt

    La chape de plomb qui verrouille toute forme de débat autour de la forêt est en train de craquer. Partout des voix s’élèvent pour demander plus de transparence et plus de discussion. Car, si la forêt française appartient à 75% à des propriétaires privés, elle nous concerne tous. Pour répondre aux nombreuses demandes d’élus locaux qui aimeraient pouvoir mieux encadrer les coupes rases sur leur territoire grâce aux documents d’urbanisme, nous avons organisé une conférence à Sabres avec un spécialiste du sujet.

    Mais la bonne nouvelle vient surtout du côté des députés. Notre long travail de mobilisation commence à porter ses fruits avec deux propositions de lois sur la forêt, l’une transpartisane et l’autre issue de la majorité. Comme le montrent nos analyses, les deux portent des ambitions différentes mais vont dans le bon sens. Les lobbies sont déchainés pour éviter qu’elles soient mises au débat dans l’hémicycle. Nous allons donc avoir besoin de vous.

     

    Nous avons mis en place un outil très simple pour interpeller votre député.e par mail, téléphone ou sur les réseaux sociaux en moins de 5 minutes. Nous savons maintenant que ces interpellations peuvent vraiment faire mouche. C’est par ici

    INTERPELLEZ VOTRE DÉPUTÉ.E

    Il y a encore beaucoup de choses dans les tuyaux, donc surveillez les réseaux sociaux et vos emails dans les prochains jours. Le 26 février, Hugo Clément proposera un nouvel épisode de Sur le Front, intitulé La face cachée des forêts françaises, un documentaire qui risque de faire beaucoup de bruit…

    En attendant, je vous souhaite tout le meilleur. Si vous appréciez notre travail, notre indépendance et notre liberté de ton, vous pouvez nous soutenir avec un don ponctuel ou régulier (et en plus, c’est défiscalisé à 66%). Et si vous ne l’appréciez pas, je vous embrasse quand même.

  • Des arbres qui tuent

    Quand j'avais seize ans, mon frère, Christian, qui en avait dix-neuf, a eu un accident de voiture. Sa voiture s'est encastrée dans un poteau en béton d'EDF, dans un virage. De chaque côté, c'était un champ de blé. Tout s'est "joué" à quelques mètres. Le poteau était au milieu du virage.

    L'accident a eu lieu à 23h19, Sa montre était brisée.C'est un instituteur qui l'a trouvé à 2h30, il rentrait d'un repas chez des amis. Les pompiers ont mis 1 heure pour le désincarcérer.

    Poitrine enfoncée, mâchoire brisée, une cheville écrasée sous une pédale, deux vertèbres brisées, le toit de la voiture était plié et avait ouvert son crâne. Les gendarmes ont téléphoné. Mes parents m'ont réveillé. On est allé à l'hôpital. On nous a dit qu'il était cliniquement mort. C'était un 27 juin, jour d'anniversaire de ma mère. Je suis resté avec lui, dans sa chambre, pendant tout l'été et j'ai manqué la rentrée des classes en septembre.

    Il s'en est sorti. Marqué à vie, moi aussi. J'ai tout écrit trente ans plus tard, un roman qui n'est pas publié. Mon frère est mort vingt ans plus tard d'une rupture d'anévrisme.

    Faut-il donc déplacer tous les poteaux susceptibles d'engendrer des accidents gravissimes ?

    Faut-il raser les maisons qui bordent les routes ?

    Les arbres sont-ils responsables ?

    La question est tellement absurde que j'ai du mal à l'écrire.

    "Christian"

    Christian

    Christian...(2)

     

     

     

     

    Abattage massif de 4000 arbres en Haute-Marne :

    "les arbres qui tuent n’ont plus leur place au bord de nos routes !"

    Les collisions avec des arbres sont à l'origine de 10% des accidents mortels sur les routes.

    Les collisions avec des arbres sont à l'origine de 10% des accidents mortels sur les routes. • © CD 52

    Écrit par Géraldine Dreyer

    Publié le 10/02/2024 à 08h00

    Le conseil départemental de Haute-Marne annonce un plan massif d’abattage d’arbres le long de ses axes routiers les plus fréquentés. Un diagnostic est en cours pour identifier les plus dangereux, au nom de la sécurité routière.

    La Quotidienne des Régions

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    C’est un constat : les personnes trouvant la mort après avoir percuté un arbre représentent 10% des tués sur la route. Une réalité qui incite le conseil départemental de Haute-Marne à lancer un plan d’abattage massif au bord des axes les plus fréquentés. Sur les 750 kilomètres concernés, des milliers d’arbres vont faire l’objet d’un diagnostic pour identifier ceux qui sont malades et dangereux.

    Le nombre précis d’arbres qui seront effectivement abattus n’est donc pas encore défini. Mais il s’élèvera à plusieurs centaines, voire plusieurs milliers. Peut-être bien 4 000, avec une coupe nette annoncée sur la D1 entre Rimoncourt et Nogent. Car c’est sur cette portion de route que le 18 décembre dernier, un homme a percuté un arbre et perdu la vie après un choc très violent. Certains tronçons de la D16 ou encore de la D119 seront concernés par ces abattages.

    S’il faut couper massivement des arbres pour garantir la sécurité de nos habitants et des usagers de la route, nous n’hésiterons pas.

    Nicolas Lacroix, Président du Conseil départemental de Haute-Marne

    Le conseil départemental met en avant la sécurité des habitants sur son réseau routier. "S’il faut couper massivement des arbres pour garantir la sécurité de nos habitants et des usagers de la route, nous n’hésiterons pas. Les arbres qui tuent n’ont plus leur place au bord de nos routes", affirme dans un communiqué le président du département de Haute-Marne, Nicolas Lacroix (LR).

    Pour autant, l’abattage massif d’arbres en bord de route est un sujet clivant. Une association nationale se mobilise régulièrement contre ces coupes franches en bord de route. D'aucuns avancent aussi l'idée que l'alignement d'arbres rendrait le tracé plus "lisible" pour les automobilistes et qu'il créerait un "effet de paroi" qui fait lever le pied.

    Des arbres plantés pour absorber la poussière

    Le débat n'est pas clos. Le conseil départemental de Haute-Marne assure que la présence de ces arbres provoque sur certains tronçons des déformations de la chaussée. Avec pour conséquence des surcoûts d'entretien pour le département. Des arbres qui aujourd'hui ne constitueraient plus qu'un problème pour les collectivités.

    On en oublierait que ces arbres ont été plantés voilà parfois plus d'un siècle pour rendre service à l'homme. Ils devaient aider à réduire la poussière soulevée par les véhicules. Une nécessité qui a disparu au début du 20e siècle avec l'apparition des rubans d'asphalte.

    Cet abattage massif sera accompagné de mesures compensatoires pour "préserver la biodiversité", précise le département, avec notamment la plantation de haies.

     

  • Le jardin vivant

     

     

    Le Jardin vivant

    L'actualité nationale et internationale du ver de terre

     

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    À PROPOS

  • Sécheresse en Himalaya

     

    Mais non, tout est normal, les écologistes sont des illuminés. Il ne faut rien changer et puis de toute façon, l’Himalaya on s'en fout, c'est loin.

    Un jour, tout le monde comprendra ce que signifie l'expression "bombe climatique" mais ça sera trop tard.

    "C'est donc presque un quart de la population mondiale qui va subir de plein fouet d'ici quelques mois les conséquences du bouleversement climatique."

     

     

    Sécheresse en Himalaya : il ne neige plus sur les glaciers et près de deux milliards de personnes vont être touchées

    Le monde est à nous Isabelle Labeyrie et La rédaction internationale Du lundi au vendredi à 6h53 et 8h23, le samedi et le dimanche à 7h24 et 9h24

    Il n'a presque ni plu ni neigé sur l'Himalaya depuis cet automne. C'est une région qui concerne 1,9 milliard de personnes qui est touchée. Non seulement l'agriculture est impactée, mais l'avenir des rivières est compromis par la fonte des glaces mise en péril.

    Article rédigé par Isabelle Labeyrie

    Radio France

    Publié le 02/02/2024 12:12 Mis à jour le 02/02/2024 12:12

    Temps de lecture : 2 min Un guide avec des visiteurs lors d'une balade à cheval devant les pistes de ski généralement couvertes de neige à cette période de l'année dans une station de ski de Gulmarg dans le massif de l'Himalaya, le 17 janvier 2024. (TAUSEEF MUSTAFA / AFP)

    Un guide avec des visiteurs lors d'une balade à cheval devant les pistes de ski généralement couvertes de neige à cette période de l'année dans une station de ski de Gulmarg dans le massif de l'Himalaya, le 17 janvier 2024. (TAUSEEF MUSTAFA / AFP)

    Gulmarg est l'un domaines les plus hauts et les plus spectaculaires au monde. Il emmène les skieurs jusqu'à près de 4 000 mètres d'altitude. Or - scène à peine croyable dans cette zone du Cachemire indien - ces contreforts de l'Himalaya qui auraient dû être tout blancs sont restés désespérément bruns et secs en décembre et janvier.

    La patinoire de la station, construite récemment, s'est transformée en pataugeoire. Les remontées mécaniques ont été fermées, les hôtels sont restés vides avec un personnel désœuvré... Du jamais vu en 20 ans. Certes, il a enfin neigé le 31 janvier et depuis deux jours l'espoir renaît, mais cela ne suffira sans doute pas à rattraper la saison. 

    "J’ai tous les jours envie de pleurer", se lamente auprès de l'AFP Mubashir Khan, organisateur de voyages "aventure". 70% de ses réservations ont été annulées. Son entreprise est au bord de la faillite et il a même dû suspendre son projet de mariage. 

    L'agriculture impactée

    La région est en fait victime d'une sécheresse exceptionnelle. Depuis l'automne, il ne tombe pas de pluies, pas de neige, et les températures affichent en moyenne six degrés de plus que la normale.

    Le manque d'eau pourrait aussi avoir un impact désastreux sur l'agriculture, pilier économique de la région. En raison du réchauffement climatique, les cultivateurs ont déjà abandonné le riz pour planter des arbres fruitiers, moins voraces en eau. Ils sont maintenant impuissants, aucune évolution ne leur est annoncée pour février, alors que les pommiers, poiriers et autres abricotiers sont déjà en fleurs, avec plus de... deux mois d'avance.

    Si les glaciers n'arrivent pas à se reconstituer cet hiver, il n'y aura pas de fonte des neiges et pas d'eau dans les fleuves cet été pour arroser les vergers. L'Himalaya est déjà fragilisé par la fonte précoce et continue de ses glaciers, mais "la période de sécheresse actuelle est un événement météorologique extrême", un de ces phénomènes qui "devraient devenir plus intenses et plus fréquents à l’avenir", indique le climatologue Shakil Romshoo, de l’Université islamique des sciences et technologies du Cachemire.

    "Le troisième pôle"

    Cette situation concerne un énorme bassin de population : on parle du "grand Himalaya", qui inclut les massifs de l'Hindou Kush et du Karakoram. En gros, une zone qui s'étend au nord de l'Inde mais aussi au Pakistan, en Afghanistan et en Chine. On appelle d'ailleurs cette région "le troisième pôle", parce que ses champs de glace abritent la plus grande réserve d'eau douce au monde en dehors des régions polaires. Elle est la source de dix systèmes fluviaux différents qui fournissent irrigation, électricité et eau potable à plus de 1, 9 milliard de personnes.

    C'est donc presque un quart de la population mondiale qui va subir de plein fouet d'ici quelques mois les conséquences du bouleversement climatique. Au Cachemire, les autorités ont déjà alerté les habitants sur les fortes perturbations qui les attendent : risques de pénuries d'eau et vastes incendies de forêts.

    Début janvier, l’Organisation météorologique mondiale a annoncé que 2023 avait été "de loin" l’année la plus chaude jamais enregistrée. La température mondiale moyenne annuelle était de 1,45°C au-dessus des niveaux préindustriels (entre 1850 et 1900), et rien ne montre que la tendance est à la baisse.

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  • Une image très claire

     

     

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    Biodiversité et faune sauvage Loire Anjou Touraine

     

    (cliquez pour accéder à la page FB)

     

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    A un moment où on s'interroge sur ce que sera l'agriculture de demain, une image vaut mille mots.

    En tant que consommateur nous pouvons aider les paysans qui font bien les choses: Achetons local et bio en priorité.

    Les élus doivent aussi aider massivement les paysans en bio et en agroforesterie.

  • Vignobles et changement climatique

     

     

    ReportageAgriculture

    Colère des vignerons : « Le vrai souci, c’est le changement climatique »

     

    Colère des vignerons : «<small class="fine d-inline"> </small>Le vrai souci, c'est le changement climatique<small class="fine d-inline"> </small>»

    Cause majeure de la crise agricole, le changement climatique est pourtant peu abordé par les manifestants. Sécheresse, inondations... Ces vignerons occitans racontent leur désarroi et leurs craintes pour l’avenir.

    Montpellier (Hérault), reportage

    Dans les allées bruyantes du salon Millésime bio, la fronde agricole paraît lointaine. Les sourires des vignerons sont avenants et les regards affables — chacun tente d’attirer le chaland vers ses bouteilles. Mais dès qu’on prononce le mot « climat », les visages se ferment. « Le changement climatique, c’est LE vrai souci », lâche Nathalie Caumette, qui cultive 15 hectares sur le territoire rocailleux de Faugères, dans l’Hérault.

    Alors que le sujet semble absent des débats et des manifestations des agriculteurs, les producteurs de vin semblent tous sur la même longueur d’onde résignée : « Les problèmes économiques, administratifs, on apprend, on peut s’en sortir… mais le climat, ça nous tombe dessus, et on ne peut pas y faire grand-chose », précise la viticultrice héraultaise. Elle décrit ses ceps, en souffrance « parce qu’il n’a pas plu depuis un an et demi : la vigne peut supporter la sécheresse, une année ou deux, mais s’il s’arrête de pleuvoir, on n’y arrivera pas ». Hérault, Aude, Pyrénées-Orientales : les viticulteurs languedociens ont été parmi les premiers « agriculteurs en colère », mobilisés dès novembre dernier.

    Lire aussi : Sécheresse, inondations, gel… Des vignerons racontent le changement climatique

    Ainsi Lise Bowen, vigneronne bio dans l’Aude, partage la détresse de ses camarades révoltés. Elle qui détient avec son compagnon 13 hectares de vignes dans les Corbières peine à joindre les deux bouts. « En 2023, il a davantage plu à Marrakech [au Maroc] que chez nous, commente-t-elle. Les grappes de raisin étaient toutes petites, on a récolté moitié moins que d’habitude. »

    Elle appréhende avec angoisse l’année à venir : « Si ça continue, on n’aura aucune récolte. » Le couple parvient difficilement à se sortir un Smic pour deux, et le chaos climatique pourrait bien être le coup de grâce : « Déjà que tous les prix ont augmenté, les bouteilles, les bouchons, les étiquettes... Avec le manque de pluie, on est dans la totale incertitude pour l’avenir. »

    Lise Bowen et son compagnon parviennent difficilement à se sortir un Smic pour deux. © David Richard / Reporterre

    « On travaille 70 heures par semaine, et on galère à se sortir des revenus décents, approuve Nathalie Caumette. On est sur le fil du rasoir, alors quand on a des variations de rendements de 50 % d’une année sur l’autre à cause des aléas, ça devient carrément difficile. » D’après Nicolas Richarme, président de l’association SudVinBio, « la récolte de 2023 a été du même niveau que celle de 2022 sauf que nous avions 8 000 hectares en plus de cultivés ». Sans parler d’hécatombe, il admet une « situation très compliquée » pour nombre de ses collègues.

    Nicolas Richarme, vigneron bio dans la vallée du Rhône, parle d’une « situation très compliquée » pour nombre de ses collègues. © David Richard / Reporterre

    « On a l’impression de n’avoir plus que deux saisons »

    L’aridité n’est pas la seule épine dans le pied de vigne. Dans le Gers où il est installé, Julien Franclet souffre de « l’excès d’eau » : « Des pluies abondantes au printemps, des successions de jours humides et chauds, et c’est le mildiou assuré ! » explique-t-il. À cause de ce redoutable champignon, le vigneron, qui cultive 21 hectares de Côtes de Gascogne, a perdu 90 % de sa récolte l’an dernier.

    Mais ce n’est pas tout. « Les hivers doux font bourgeonner les plantes très tôt, et les rendent vulnérables face aux gelées printanières, détaille-t-il. Et les canicules estivales peuvent bloquer la maturation des fruits. » Voire brûler littéralement les plants, comme en 2019. « Un bon temps, pour les agriculteurs, c’est un temps qui change, qui ne dure pas, résume-t-il. Là, on a l’impression de n’avoir plus que deux saisons : une humide et une sèche. »

    Julien Franclet, vigneron bio dans le Gers, a perdu 90 % de sa récolte l’an dernier. © David Richard / Reporterre

    Des constats corroborés par la littérature scientifique. « Le changement climatique affecte le cycle de vie de la plante, qui débourre plus tôt, au risque de subir le gel, et dont les raisins arrivent plus vite à maturité, entraînant des vendanges plus précoces, autour de trois semaines dans toutes les régions, détaillait dans Reporterre le chercheur Jean-Marc Touzard. La plante transpire plus, a donc plus besoin d’eau et produit moins si elle est en stress hydrique. »

    « On va vers la fin du vin tel qu’on le connaît »

    Il citait également la plus forte teneur en sucre des raisins — et donc la hausse du degré d’alcool des vins — ainsi que la baisse de leur acidité. Pour le scientifique, si la vigne n’est pas menacée en tant que telle, « on va vers la fin du vin tel qu’on le connaît, avec une qualité liée à un terroir, à un équilibre entre sol, climat, cépage et pratiques viticoles ».

    Les vignerons occitans sont en première ligne face au dérèglement climatique, mais bien d’autres secteurs agricoles se retrouvent concernés. « D’ici 2050, on aura des pertes de rendement assez importantes pour les cultures qui poussent en été, notamment le tournesol, le maïs, le fourrage, la vigne », expliquait l’agroclimatologue Serge Zaka dans une vidéo du Greenletter club. L’arboriculture est également frappée de plein fouet.

    « Il n’y a pas de recette miracle. Il faut s’adapter »

    Face à ce désastre annoncé, beaucoup cèdent au chant des sirènes technologiques. De plus en plus de cultivateurs optent pour l’irrigation. Dans l’ancien Languedoc-Roussillon — première région viticole de l’Hexagone — un cinquième des vignes y sont désormais arrosées, une surface qui a doublé en dix ans. Une solution qui laisse sceptiques les agriculteurs bio : « Arroser, mais avec quelle eau ? » interroge Lise Bowen. « Les années de forte sécheresse, les vignes irriguées ne s’en sortent pas mieux que nous », observe aussi Nicolas Richarme, à la tête d’un domaine de 100 hectares dans la vallée du Rhône.

    Alors chacun et chacune tente de trouver des solutions, à son échelle. « Il n’y a pas de recette miracle, estime Julien Franclet. Il faut s’adapter à son terroir, et au climat de l’année. » D’après lui, les cultivateurs bio s’en sortiront mieux « car on a moins d’artifice qu’en conventionnel, on est donc toujours en train d’anticiper et d’observer ». Certains expérimentent des méthodes agroécologiques — un moindre travail du sol, pour qu’il retienne mieux l’eau, un entretien de la vigne pour favoriser son enracinement. D’autres encore prennent la voie de la diversification. 

    Laurent et Marie Maynadier cultivent désormais principalement de l’aloe vera. © David Richard / Reporterre

    Laurent et Marie Maynadier cultivent 18 hectares de vignes dans le village méditerranéen de Fitou, dans l’Aude. Enfin cultivaient. Car ils diminuent peu à peu les surfaces viticoles. « Ça fait dix ans qu’on voit les effets du changement climatique, tout devient peu à peu désertique ici, décrit le vigneron. L’an dernier, il n’a plu que 240 mm, alors qu’il en faut au moins 350 pour que la vigne se porte bien. »

    Après quelques tâtonnements, le couple a testé plusieurs plantes plus adaptées aux milieux arides. Ils ont finalement opté pour l’aloe vera. Avec le soutien de l’Agence de l’eau, ils espèrent développer la culture de ce cactus dont le gel est prisé pour les cosmétiques… tout en gardant un peu de vignoble. « Nous sommes la treizième génération de vignerons sur le domaine, nous ne voulons pas être la dernière », conclut Laurent Maynadier.

    L’avenir de la viticulture, comme de l’agriculture, dépendra largement des choix politiques. Les producteurs, exsangues financièrement, ne pourront pas faire de transition sans accompagnement. Les subventions iront-elles à l’irrigation ? Ou soutiendront-elles la bio et les pratiques agroécologiques ?

    Pour le moment, l’enveloppe de 230 millions d’euros — soit 2 % du budget annuel de la Politique agricole commune en France — annoncée par le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau devrait surtout soutenir l’arrachage de ceps, avec ou sans replantation. « Cela permettra aux viticulteurs qui se décideraient à se retirer de la production vitivinicole de rester dans l’activité agricole et d’investir dans d’autres productions agricoles, adaptées aux territoires et à leur climat », a expliqué le ministère dans un communiqué. Pas sûr que cette annonce soit suffisante face au chaos climatique.

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  • Le plan Écophyto

     

     

    On ne pourra pas sauver l’environnement sans les agriculteurs. Mais la réciproque est tout aussi vraie.

    Noé

    https://noe.org/ecophyto-arret-sortir-crise-agricole-aberration

    Le plan Écophyto mis à l’arrêt pour sortir de la crise agricole : une aberration pour la protection de la biodiversité et la santé publique.

     

    Face à la gronde légitime des agriculteurs ces derniers jours en France, le gouvernement Attal a annoncé hier parmi une série de mesures, « mettre en pause » le plan Écophyto dont l’objectif est de réduire l’usage des pesticides en France. Une décision a priori accueillie avec satisfaction par les agriculteurs et par la FNSEA, qui a alors appelé à la levée des barrages routiers. Cette mise à l’arrêt du plan Écophyto est pourtant extrêmement inquiétante tant d’un point de vue écologique que sanitaire. Une décision qualifiée même de criminelle par l’eurodéputée écologiste Marie Toussaint que nous ne pouvons qu’approuver. Nos équipes vous expliquent.

    02 février 2024

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    Retrouvez les vidéos de notre série de webinaires: "Rapprocher les mondes naturaliste et agricole" animés par Noé et ses partenaires

    Écophyto : un plan lancé en 2008 pour réduire les produits phytosanitaires

    L’objectif du premier plan Écophyto imaginé après le Grenelle de l’environnement de 2008 était clair : réduire de 50% l'utilisation des produits phytosanitaires, plus connus sous le nom de pesticides (fongicides, insecticides, herbicides) dans un délai de 10 ans.
    Mais c’était sans compter sur une succession d’incessants reports depuis 2018 à l’initiative des différents gouvernements. En 2023, Élisabeth Borne annonce un autre report et une consultation pour établir une nouvelle version du plan Écophyto à horizon 2030 cette fois-ci.

     

    Pour les gouvernements qui se sont succédé en France depuis 2018, la réduction de l’usage des pesticides peut attendre apparemment. 

    Les pesticides : des produits qui tuent la biodiversité et les êtres humains


    Symboles d’un modèle agricole dominant en France et totalement à bout de souffle, les pesticides empoisonnent la terre, l’eau, l’air, tuent les pollinisateurs et nuisent gravement à notre santé.

    La France, dont 50% de la surface est occupée par des terres agricoles, est l’un des pays les plus consommateurs de pesticides au monde ! 90% de ces pesticides sont utilisés par l’agriculture. Et pourtant, il est prouvé que les pesticides tuent. Tuent la biodiversité et tuent les êtres humains.

    Une expertise scientifique de l’
    INRAE1 soutient en 2022 « qu’il apparaît de façon robuste que les produits phytopharmaceutiques sont, dans les zones agricoles, l’une des causes principales du déclin des invertébrés terrestres, dont des insectes pollinisateurs et des prédateurs de ravageurs (coccinelles, carabes…), ainsi que des oiseaux ». Selon une tribune publiée aujourd’hui dans Le Monde : « En trente ans, les pesticides ont éliminé 80 % des insectes, et en quinze ans ils ont tué 30 % des oiseaux : on voit s’effondrer la pollinisation par les insectes, qui donne graines et fruits, et disparaître la régulation des insectes indésirables par les oiseaux ».

    Mais les pesticides ne se contentent pas de cela. Ces poisons infiltrent les sols, puis les cours d’eaux et provoquent aussi la disparition d’amphibiens. On estime que la moitié des cours d'eau et près d'un tiers des nappes souterraines françaises sont pollués et présentent des traces significatives de pesticides.




    Ainsi, pour détruire certains champignons, insectes ou « mauvaises herbes » qui pourraient porter préjudice aux cultures, les pesticides employés par certains agriculteurs détruisent tout simplement toute la nature.

    Et le constat est tout aussi inquiétant concernant la santé humaine. Même avec une faible exposition, les pesticides peuvent avoir de graves conséquences. La
    Fondation pour la Recherche Médicale affirme en 2022 que les pesticides sont à l’origine de certains cancers, de troubles cognitifs, des affections touchant la vessie, les reins, la thyroïde. Les pesticides seraient aussi responsables d’une plus forte infertilité masculine et de malformations in-utero !

    Et les premières victimes humaines de ces pesticides, ce sont les agriculteurs ! Le Monde poursuit en citant ces quelques chiffres terrifiants : « les résidus de pesticides […] empoisonnent les agriculteurs eux-mêmes, qui présentent des surcroîts de cancers (+20% de myélomes et +50% de lymphomes, selon l’étude Agrican) ou de maladies de Parkinson et d’Alzheimer ». 

     

    La solution de facilité pour régler une crise agricole systémique


    Alors nous y voilà.

    Face à des décennies d’inconscience, car oui le plan Écophyto c’est une procrastination criminelle depuis plus de 15 ans, de la part des différents gouvernements qui se sont succédé à la tête de notre pays. 

    Face encore et encore à des arbitrages court-termistes qui placent l’intérêt des lobbys des produits phytosanitaires au-dessus de l’intérêt général et de l’urgence qu’il y a à protéger la biodiversité et notre santé.

    Face à un porte-parole du monde agricole, Arnaud Rousseau, patron de la FNSEA, plus proche du dirigeant d'entreprise du CAC40 que du paysan en colère qu’il prétend représenter (il est à la tête d’un empire agroalimentaire qui pesait 9 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2022, +32% sur un an). 


     

    L’avenir de l’agriculture ne se fera pas sans la nature et la biodiversité

    L’écologie n’est pas le mal des agriculteurs. Pas plus qu’elle ne devrait être le bouc-émissaire facile de la crise agricole.

    On ne pourra pas sauver l’environnement sans les agriculteurs. Mais la réciproque est tout aussi vraie. L’agriculture fonce droit dans le mur si elle ne replace pas l’environnement au cœur de ses préoccupations. La mise en arrêt du plan Écophyto résonne comme une honte pour les défenseurs de la biodiversité que nous sommes, mais présage aussi d’un atterrissage encore plus violent dans les années futures…

     

    L’agriculture doit impérativement s’engager sur un nouveau chemin en lien étroit avec la biodiversité qui lui assure des services écosystémiques indispensables, tels que la pollinisation, le stockage de l’eau, la régulation du climat et des ravageurs ou encore la fertilité des sols. Les récents travaux scientifiques soulignent l’importance de la biodiversité pour s’assurer de la résilience et de la durabilité des systèmes agricoles.

    Et ce chemin existe, est souhaité par des agriculteurs et agricultrices que nos équipes côtoient et appuient, est possible et est indispensable pour assurer l’avenir de l’humanité. Rien que ça.

    C’est justement pour accompagner l'agriculture sur ce chemin que nos politiques publiques (comme le plan Écophyto ou encore la PAC - Politique agricole commune) devraient se montrer à la hauteur.

    ---
    1Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement.

  • Cocktail explosif.

    C'est fou ça... La liste des produits chimiques...Cocktail délicieux.

    Une visite sur le site de RAPPEL CONSO est nécessaire pour savoir de quoi on est susceptible de mourir en se nourrissant. Quand on pense aux conseils nutritionnistes du genre "mangez des légumes tous les jours". Oui, mais lesquels ?

    Plusieurs lots de céleris sont concernés par ce rappel (illustration)

    Plusieurs lots de céleris sont concernés par ce rappel (illustration) © Maxppp - Christian Watier

    C'est une information repérée par nos confrères de Ouest-France. L'enseigne Leclerc, fondée dans le Finistère, rappelle des légumes qui contiennent trop de pesticides. Du céleri branche, des légumes pour garbure et un mélange de légumes pour soupe aux choux de la marque Cœur de jardin sont concernés. Le site internet Rappel Conso précise qu'il s'agit d'un dépassement "LMR pesticides - 1,4 dimethylnaphtalène - fludioxonil - prothioconazole desthio - bixafen".

    Cela concerne plusieurs départements : l'Aisne, les Ardennes, l'Ariège, l'Aube, l'Aude, l'Aveyron, le Cantal, la Charente-Maritime, la Corrèze, les Côtes d'Armor, la Creuse, la Dordogne, le Finistère, la Haute-Garonne, le Gers, la Gironde, l'Hérault, les Landes, le Lot, le Lot-et-Garonne, la Marne, la Haute-Marne, la Meurthe-et-Moselle, la Meuse, le Morbihan, la Moselle, l'Oise, les Pyrénées-Atlantiques, les Hautes-Pyrénées, les Pyrénées-Orientales, la Seine-et-Marne, le Tarn, le Tarn-et-Garonne et l'Yonne.

    Numéros de lots

    Pour le céleri branche, les lots sont les suivants : 46521, 46517, 46564, 46565, 46611, 46608, 46654, 46700, 46688, 46748, 46747, 46798, 46797, 46852, 46851, 46905, 46901, 46949, 46996, 46992, 47035, 47034, 47079, 47080.

    Pour les légumes pour garbure : 46516, 46511, 46563, 46568, 46601, 46612, 46658, 46691, 46684, 46738, 46743, 46790, 46800, 46847, 46853, 46893, 46906, 46960, 46985, 46906, 47036, 47027, 47075, 47082.

    Pour le mélange de légumes pour la soupe au choux : 46511, 46520, 46568, 46571, 46612, 46614, 46684, 46687, 46743, 74742, 46800, 46799, 46853, 46854, 46906, 46907, 46995, 46994, 47027, 47037, 47082, 47081, 47126.

    Les consommateurs qui ont acheté ces produits sont invités à se rapprocher de leur point de vente.

     

    Voici le lien vers le site RAPPEL CONSO, dont la lecture fait froid dans le dos. La liste des produits posant problème est juste hallucinante.

    Bon appétit.

    Le site des alertes de produits dangereux

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    Mélange de légumes pour soupe au choux

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    Fruits et légumes

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    Caractéristiques principales du produit rappelé

    Fruits et légumes

    jeudi 1 février 2024

    Mélange de légumes pour soupe au choux

    Marque : coeur de jardin

    Réf. Fiche : 2024-01-0251

    № de Version : 1

    Origine de la fiche : SCAFEL LECLERC

    Nature juridique du rappel : Volontaire (sans arrêté préfectoral)

    Informations transmises par le professionnel
    Générer une affichette récapitulative (au format PDF) 

    Informations d'identification du produit rappelé

    Catégorie de produit Alimentation

    Sous-catégorie de produit Fruits et légumes

    Nom de la marque du produit coeur de jardin

    Noms des modèles ou références Mélange de légumes pour soupe au choux

    Identification des produits

    GTINLotDate

    335239716303346511, 46520, 46568, 46571, 46612, 46614, 46684, 46687, 46743, 74742, 46800, 46799, 46853, 46854, 46906, 46907, 46995, 46994, 47027, 47037, 47082, 47081, 47126Date de durabilité minimale entre le 20/01/2024 et le 03/02/2024

    Date début/Fin de commercialisation Du 11/01/2023 au 26/01/2024

    Température de conservation Produit à conserver à température ambiante

    Zone géographique de vente Départements :  AISNE (02), ARDENNES (08), AUBE (10), GERS (32), LANDES (40), LOT-ET-GARONNE (47), MARNE (51), HAUTE-MARNE (52), MEURTHE-ET-MOSELLE (54), MEUSE (55), MOSELLE (57), OISE (60), PYRENEES-ATLANTIQUES (64), HAUTES-PYRENEES (65), SEINE-ET-MARNE (77), YONNE (89)

    Distributeurs Leclerc

    Informations pratiques concernant le rappel

    Motif du rappel dépassement LMR pesticides - 1,4 dimethylnaphtalène - fludioxonil - prothioconazole desthio - bixafen

    Risques encourus par le consommateur Dépassement des limites autorisées de pesticides

    Conduite à tenir par le consommateur Ne plus consommer
    Rapporter le produit au point de vente
    Détruire le produit

    Numéro de contact 0553983636

    Modalités de compensation Autre (voir informations complémentaires)

    Date de fin de la procédure de rappel mardi 6 février 2024

    Informations complémentaires publiques Le consommateur doit se rapprocher de son point de vente. La Société APIHA SAS LES JARDINS D’AQUITAINE se tient à la disposition des consommateurs pour répondre à leurs questions au numéro de téléphone ci dessus

  • La police de l'environnement : l'OFB

    Quand on n'a rien à se reprocher, on ne craint aucunement d'être contrôlé par la police. Alors, donc, ce rejet de l'office de la biodiversité, qu'est-ce qu'il signifie ?...

     

    Pourquoi l’OFB, la police de l’environnement, se retrouve visée par la colère des agriculteurs

     

    L’office français de la biodiversité, l’équivalent de la police de l’environnement, est visé par la colère des agriculteurs. Elle opère tout au long de l’année plusieurs contrôles dans les champs.

    Par Maëlle Roudaut

    https://www.huffingtonpost.fr/environnement/article/pourquoi-l-ofb-la-police-de-l-environnement-se-retrouve-visee-par-la-colere-des-agriculteurs-

    Un brassard de l’OFB, l’Office français de la biodiversité, au bras d’un agent de la police de l’environnement.

    NICOLAS TUCAT / AFP

    Un brassard de l’OFB, l’Office français de la biodiversité, au bras d’un agent de la police de l’environnement.

    AGRICULTURE - « On est agri, pas bandit », « OFB du balai », « Office français des blaireaux ». Au cœur de la manifestation des agriculteurs s’exprime une vive colère envers les agents de la police de l’environnement, aussi appelée Office Français de la biodiversité (OFB). Au point que ses agences sont directement prises pour cible par des actions fortes.

    Ce mercredi 31 janvier au matin, les agents de l’OFB de Dijon n’ont pas pu accéder à leurs bureaux. Des litres de fumier avaient été déversés devant leur porte la veille au soir. Dans le Nord et dans l’Orne, les sièges de l’OFB ont eux été enrubannés, avec quelques bottes de pailles pour sécuriser le tout.

    « L’OFB fait un travail de contrôle, certes, mais avant tout un travail de répression dans le monde agricole. Et c’est une répression un peu abusive », a estimé Jean-Baptiste Goutte, président des Jeunes agriculteurs de l’Orne, auprès de Ouest-France, lors de cette action. Que se cache-t-il derrière ce fameux sigle ?

    À quoi sert la police de l’environnement ?

    L’OFB compte 3 000 agents, dont 1 700 inspecteurs de l’environnement, qui ont des pouvoirs de police administrative et judiciaire. Toute l’année, ces inspecteurs contrôlent les agriculteurs, les chasseurs, les pêcheurs mais aussi les particuliers, les collectivités et les entreprises, pour s’assurer du respect des normes environnementales.

    Ils veillent par exemple à l’application des normes sur les pesticides, d’arrachage de haies ou encore de respect des arrêtés sécheresse. Selon leurs observations, les agents de l’OFB peuvent délivrer un procès-verbal, un avertissement judiciaire, une amende, ou un simple avertissement.

    La plupart des sanctions concernent la réglementation espèces protégées, la chasse et la qualité de l’eau, et beaucoup restent de simples avertissements. « Quand on fait un contrôle, c’est à 70 % de la pédagogie et de la discussion », estime Eric Gourdin, secrétaire général UNSA-Ecologie et membre du conseil d’administration de l’OFB, interrogé par l’AFP.

    Un mouvement « d’OFB bashing »

    Alors que la colère des agriculteurs a pris la forme d’une mobilisation nationale depuis plus d’une semaine, les syndicats de l’OFB dénoncent une forme d’acharnement envers les agents de la police de l’environnement. « Face à l’OFBbashing du moment, il est bon de rappeler que le nombre d’exploitations agricoles est de 400 000 et que les contrôles agricoles de l’OFB, sont au nombre de 3 000, soit 0.75 % de contrôles. Loin, très loin du soi-disant harcèlement », fait valoir sur X (ex-Twitter) le Syndicat national de l’Environnement (SNE-FSU).

    La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) renchérit, et dénonce de son côté une « scandaleuse campagne de dénigrement des agents de l’OFB, qui ont la difficile mission de faire respecter le droit de l’environnement ». Le directeur général de l’OFB Olivier Thibault a quant à lui dénoncé dans une lettre interne « une stigmatisation infondée de notre établissement », et assuré « son plein soutien à tous les agents qui ont subi et subissent encore des attaques et des dégradations ces derniers jours ».

    « Faut-il vraiment être armé pour contrôler une haie ? »

    La colère des agriculteurs envers l’OFB, déjà portée par la FNSEA et les Jeunes agriculteurs, n’a été que renforcée par les annonces de Gabriel Attal vendredi dernier. Le Premier ministre a assuré que l’OFB allait désormais passer « sous la tutelle des préfets » afin de « faire baisser la pression » des contrôles. Le préfet supervisait déjà les actions administratives des agents de l’OFB, mais n’avait pas d’influence sur leurs missions judiciaires.

    « Que va devenir l’OFB ? Va-t-on pouvoir continuer à faire notre métier correctement ? », s’interroge Véronique Caraco-Giordano, secrétaire générale du SNE-FSU, jointe par l’AFP. « Nous craignons une mainmise sur les politiques environnementales, d’autant qu’on connaît la propension des préfets à favoriser les intérêts locaux », confie-t-elle.

    Plus encore, Gabriel Attal s’est interrogé publiquement devant les agriculteurs : « est-ce qu’il faut vraiment être armé quand on vient contrôler une haie ? ». Une déclaration qui fait bondir les agents de l’OFB. « Pourquoi on est armé ? Parce qu’on a affaire à toutes sortes de gens qui nous menacent régulièrement », lui répond Eric Gourdin, membre du conseil d’administration de l’OFB. Un monument aux morts au centre de formation du Bouchet (Loiret) en témoigne : il porte les noms de « peut-être une trentaine de collègues qui ont été tués » dans l’exercice de leurs fonctions.

    Pour apaiser les tensions, le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu a rendu une visite, imprévue et discrète, à des agents de l’OFB à Vincennes ce mardi, pour « rappeler l’attachement du gouvernement aux missions qu’ils exercent et pour condamner les dégradations subies », a expliqué le cabinet ministériel, sans plus de précisions.

  • Reporterre : " L’écologie peut sauver l’agriculture"

     

     

    Cette crise du monde agricole aura au moins le mérite de braquer les projecteurs sur tout ce qui ne va pas et de voir ce qui pourrait et devrait être fait.

     

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    L’écologie peut sauver l’agriculture : voici comment

     

    L'écologie peut sauver l'agriculture : voici comment

    Prix planchers, audit sur les dettes agricoles, moratoire sur le libre-échange, Sécurité sociale de l’alimentation… Les écologistes fourmillent d’idées pour répondre à la crise agricole. Seront-ils entendus ?

    C’est une bataille de récits, un conflit sur notre vision de l’avenir. En pleine crise agricole, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) fustige les règles environnementales, arcboutée dans la défense du modèle productiviste. Le gouvernement lui prête la main et a annoncé ce jeudi 25 janvier un vaste « chantier de simplification des normes ». Gabriel Attal devrait présenter cet après-midi des mesures concrètes pour essayer de convaincre les agriculteurs de rentrer chez eux.

    En face, les écologistes tentent de se faire entendre et ont fait de nombreuses propositions. Reporterre en fait le tour. Car, oui, l’écologie peut sauver l’agriculture, en garantissant le revenu des agriculteurs, en donnant accès à tous et à toutes à une alimentation de qualité et en engageant dès maintenant une transition agroécologique qui protège la biodiversité.

    1 — Assurer un revenu digne

    Au cœur de la crise actuelle, la question du salaire des agriculteurs et des agricultrices est centrale. Dans un communiqué, la Confédération paysanne a appelé à ce que les paysans soient mieux rémunérés. « Ce n’est pas en demandant à pouvoir détruire des haies, en instrumentalisant le sujet des jachères, en éludant la question du partage équitable des terres et de l’eau, en négociant des avantages pour la production d’agrocarburants, que nous résoudrons en profondeur les problématiques de notre métier de paysan », argue-t-elle. Au contraire, c’est en s’attaquant aux règles du jeu néolibéral que les paysans pourront enfin respirer.

    Concrètement, la Confédération paysanne demande un moratoire sur les accords de libre-échange, l’arrêt des négociations en cours avec la Nouvelle-Zélande ou dans le cadre du Mercosur pour éviter des formes de concurrences déloyales et la compétitivité généralisée entre les différentes agricultures du monde.

    Lire aussi : « Ça nous a anéanti » : le libre-échange tue l’agriculture française

    Elle exige une loi pour interdire tout prix agricole en dessous des prix de revient et l’établissement de « prix planchers ». Elle appelle aussi à ce que la loi Egalim sur le partage de la valeur ajoutée au sein de la filière soit pleinement respectée. « L’État devrait jouer un rôle d’arbitre mais en réalité, il laisse faire », regrette Mathieu Courgeau, éleveur laitier en Vendée et coprésident du collectif Nourrir.

    Fin novembre, un rapport de la Fondation pour la nature et l’Homme (FNH) révélait comment la répartition de la valeur s’était dégradée ces dernières années, notamment dans la filière laitière. Entre 2001 et 2022, la part de l’éleveur dans le prix d’une brique de lait conventionnel a baissé de 4 %, celle des industries agroalimentaires a augmenté de 64 % et la grande distribution de 188 %. « La répartition de la valeur est de plus en plus inégale, alors que la consommation et les prix augmentent, il y a très peu de ruissellement au sein de la filière », note Élyne Étienne de la FNH.

    « En 2021, la grande distribution a fait 145 millions d’euros de bénéfices dans son rayon laitier. » © E.B / Reporterre

    Les négociations commerciales sont asymétriques et les paysans écrasés sous le poids des firmes agroalimentaires. L’association plaide pour des contrats tripartites et une taxation à hauteur de 15 % des bénéfices engendrés par les entreprises agroindustrielles et les enseignes de grande distribution afin de financer un fonds mutualisé pour la transition agroécologique. « En 2021, la grande distribution a fait 145 millions d’euros de bénéfices dans son rayon laitier, les entreprises agroalimentaires 697 millions d’euros, elles doivent contribuer au changement d’agriculture et accompagner, elles aussi, les agriculteurs dans des pratiques plus vertueuses », souligne Élyne Étienne.

    Du côté du parti Les Écologistes, on réclame « un allégement des charges qui pèsent aujourd’hui sur les agriculteurs ». « J’entends leur colère, leur angoisse légitime, qui vire trop souvent au désespoir », assure à Reporterre Marie Toussaint, tête de liste du parti aux élections européennes. Elle propose de réaliser un audit national des dettes paysannes, en particulier pour les petites exploitations, puis d’annuler les dettes dues à la Mutualité sociale agricole (MSA, le régime de protection sociale de la profession).

    Marie Toussaint plaide également pour une garantie de revenus pendant trois ans. « On veut un modèle agroécologique, mais aujourd’hui les agriculteurs et agricultrices n’ont aucune visibilité sur leurs revenus, du fait du modèle économique dans lequel ils sont enfermés, poursuit-elle. Pour engager des transformations dans les années qui viennent, ils ont besoin d’y voir clair. On doit leur garantir une prévisibilité. » L’élue écologiste évoque un revenu minimum garanti, qui passerait par un salaire fixe défini, ou encore par une régulation des volumes produits. « Tout ça doit être organisé avec eux et avec chaque filière », estime-t-elle.

    2 — Engager la transition alimentaire

    Les écologistes ne défendent pas seulement une transition agricole mais une transition de tout le système alimentaire. Pour y arriver, ils parient sur une mesure phare, qui a pris de l’ampleur ces dernières années : la Sécurité sociale de l’alimentation. Des expérimentations existent déjà notamment dans la Drôme. Notre ancien chroniqueur Mathieu Yon en est d’ailleurs une des chevilles ouvrières. Des expériences se déroulent aussi à Montpellier.

    Concrètement, ses promoteurs proposent la sanctuarisation d’un budget pour l’alimentation d’au moins 150 euros par mois et par personne, intégrée dans le régime général de Sécurité sociale. Ce budget devra être établi par des cotisations garantes du fonctionnement démocratique de caisses locales de conventionnement. Chacune de ces caisses, gérées par les cotisants, aurait pour mission d’établir et de faire respecter les règles de production, de transformation et de mise sur le marché de la nourriture choisie par les cotisants.

    « La Sécurité sociale de l’aliment permet de s’extraire de l’agro-industrie »

    Cette Sécurité sociale de l’alimentation permettrait à tous les habitants d’un territoire de décider, main dans la main avec les paysans, de ce qu’ils veulent manger et des conditions dans lesquelles ces aliments vont être produits. « Cette démarche permettrait de s’extraire des choix agricoles guidés par l’agro-industrie, la recherche de volumes, d’export, de nouveaux marchés, qui ont fait oublier la raison première de l’agriculture : nourrir la population », racontait à Reporterre Nicolas Girod, ex porte-parole de la Confédération paysanne.

    À court terme, les écologistes et les Insoumis proposent de reprendre une mesure proposée par la Convention citoyenne pour le climat et de créer un chèque alimentaire. « On pourrait évidemment aller plus loin mais ce serait déjà une avancée alors que des millions de personnes peinent à bien se nourrir en France, insiste la députée La France insoumise (LFI) Manon Meunier. Il faut ouvrir de nouveaux débouchés pour l’agriculture de qualité et la rendre accessible à tous. » L’approvisionnement local et bio dans la restauration collective et le soutien au circuit court sont également jugés prioritaires. Le groupe parlementaire de LFI a par exemple déposé une proposition de loi pour favoriser la viande française dans la restauration collective.

    3 — Financer l’agro-écologie

    Le nerf de la guerre reste cependant la question des financements et des aides publiques. Les écologistes plaident pour une réorientation des subventions de la politique agricole commune (PAC) pour accompagner les agricultrices et agriculteurs dans des pratiques plus vertueuses d’un point de vue environnemental.

    Dans un rapport publié le 25 janvier, le Haut Conseil pour le climat (HCC) a souligné que les scénarios pour atteindre la neutralité carbone en 2050 étaient ceux qui développaient l’agriculture biologique et l’agroécologie sur 50 % de la surface agricole. « L’agroécologie est plus large que juste l’agriculture biologique, précise Corinne Le Quéré, présidente du HCC. On parle de diversification des cultures, de plantation d’arbres et de haies qui fournissent de l’ombrage aux troupeaux, qui protègent les cultures des températures élevées en plus de stocker du carbone… » Pour développer ces pratiques, le HCC insiste : il faut davantage de financement. Le Réseau Action Climat soutient aussi une rémunération plus sérieuse des services écosystémiques rendues par l’agriculture, afin d’être plus incitatif pour les paysans et les paysannes.

    Ces pratiques agricoles écologiques ne sont pas encouragées par le projet de loi de finances 2024, dénoncaient en novembre 2023 une centaine de paysans et d’élus. © Nnoman Cadoret / Reporterre

    Pour l’instant, la PAC est à la peine. Les mesures agro-environnementales et climatiques, dites Maec, l’un des principaux dispositifs destinés à soutenir la transition agroécologique, représentent moins de 7 % du budget PAC de la France pour la période 2023-2027. « La faiblesse du budget qui leur est alloué ne permet pas, dans plusieurs régions (Bretagne, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes notamment), de répondre aux demandes des agriculteurs et conduit à des tensions et des renoncements, note le récent rapport de la députée La France insoumise Manon Meunier.

    Pour pallier ces insuffisances, le gouvernement a décidé en décembre dernier d’ajouter 150 millions d’euros au budget des Maec. Un chiffre encore insuffisant selon le coprésident du groupe Nourrir, Mathieu Courgeau, qui est agriculteur : « Beaucoup de paysans qui se sont lancés dans cette démarche l’année dernière n’ont pas encore été payés ». Il estime plus globalement que le gouvernement devrait mieux soutenir la filière bio.

    « Seulement 7 % de bio dans la restauration collective »

    En 2023, le ministère de l’Agriculture avait lancé un plan d’aide de 10 millions d’euros destiné à l’agriculture biologique. Un montant jugé trop bas. Tout comme l’objectif de 20 % de produits bio dans la restauration collective, obligatoire depuis janvier 2022. Aujourd’hui, nous sommes seulement à 7 %. Mais l’État pourrait aider les collectivités pour monter ce chiffre à 40 ou 50 %, dit Mathieu Courgeau. Cela permettrait sans doute d’inciter les paysans à se convertir car en 2022, seulement 11 % de la surface agricole utile (SAU) était cultivée en agriculture biologique.

    Pour restaurer la confiance des consommateurs envers ces produits et enrayer la crise du bio, le rapport Meunier préconise une meilleure transparence sur les labels, notamment le « Haute valeur environnementale » que certains agriculteurs estiment trompeur, voire le considèrent comme un concurrent déloyal à l’agriculture biologique.

    Dans la Drôme, un réseau d’agriculteurs réintroduit de la vie sauvage dans leur ferme. © Charlie Delboy / Reporterre

    En attendant les annonces du gouvernement, les défenseurs de l’agriculture paysanne restent fébriles. « Faire des normes environnementales la cause du problème agricole est une imposture », dit Manon Meunier. Le problème doit être pris à la racine. En cinquante ans, la surface moyenne d’exploitation est passée de 21 hectares à 69 hectares (en 2020), plus de quatre exploitations sur cinq ont disparu, 70 % des haies ont été éliminées, la polyculture a diminué. En quarante ans, le nombre d’agriculteurs a été divisé par quatre et la France est devenue le deuxième pays européen le plus utilisateur de pesticides, rappelle la députée dans son rapport. En parallèle, la biodiversité s’est effondrée : les populations d’oiseaux ont diminué de 43 %, plus de 40 % des eaux de surface sont affectées par des pollutions diffuses, et les sols sont de plus en plus dégradés. Il y a urgence à agir pour une transition agricole juste et écologique, plaide-t-elle.

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