Thierry LEDRU

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Billets de la-haut

Pour la décroissance

Institut d'études économiques et sociales
pour la décroissance soutenable

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Recensions de Le Progrès m'a tuer

portrait de RoegenNicholas Georgescu-Roegen

 

« Pour tout habitant de la “maison commune”, des décisions concrètes doivent aussi s’imposer : s’interroger sur son mode de vie, choisir la sobriété, accepter un nouveau paradigme, celui de la décroissance. »

« La décroissance, seule réponse contre la hausse mondiale des températures ? »Vatican news, 9 octobre 2018.

Lire « Les pays les plus riches doivent passer d’un impératif de croissance à celui de décroissance et bâtir des communautés florissantes, basées sur le principe de suffisance. Notre vision est celle d’un bien-vivre pour tous, qui ne peut cependant être réalisée que par le partage. Notre responsabilité commune est de préserver la Création pour que les prochaines générations puissent vivre en paix et en harmonie avec la nature. » appel de19 organisations catholiques de développementIci en anglais.

« Les fossoyeurs de l'écologie », La Décroissance d'octobre en kiosque le mercredi 3 octobre 2018.

« Décroissance. Pourquoi l'idée avance en Europe. »

L'Humanité, entretien avec le député européen Philippe Lamberts (Verts-ALE), 2 octobre 2018.

  

« Vous aurez beau habiller votre croissance de tous les adjectifs du monde – verte, durable, soutenable… – à qui ferez-vous croire que l’on va produire plus et polluer moins ? (...) Les fous, c’est vous – les fous qui prônez une croissance infinie dans un monde fini, les fous qui menez l’humanité à son suicide. »

François Ruffin, Assemblée nationale, 26 septembre 2018

  

«  De toute façon c'est clair : sans décroissance on va dans le mur. On y est condamné, alors autant le faire bien. »

Benoît DelépineLa Dépêche, 26 septembre 2018

« Nos systèmes économiques sont fondés sur un choix énergétique – et idéologique – majeur : celui d’une accélération continue et sans limites. Cette accélération, sous le nom abusif de “progrès”, y est présentée comme une fatalité. »

Paul Virilio, (1932-10 sept. 2018) La Décroissance n°39, mai 2007.

« La mondialisation, seule la modération de nos besoins et la sobriété consentie peuvent nous en libérer. La décroissance soutenable, c’est opter pour la préférence aux filières courtes. »

Pierre Rabhi, L'Alsace, 18 septembre 2018.

« L’approche du solutionnisme technologique ne constitue-telle pas en réalité une fuite en avant et au final une stratégie de l’autruche ? (...) Des ingénieurs français estiment à l’inverse que le futur de l’humanité passe par les Low-Techs et la sobriété, et non par les High-Techs. »

Jean-Gabriel Marie, Techniques de l'ingénieur, 11 septembre 2018.

« Fondamentalement, l'écologie et le capitalisme sont antinomiques. Le premier est synonyme de décroissance, et l'autre de croissance. Ces ministres de l'Écologie sont des alibis grotesques. »

Thierry Ardisson, Le Point, 8 septembre 2018.

« Il n’empêche, comme prévu, ça sent la sortie pour Nicolas Ber... Hulot. […] Dur, en effet, pour un Brice de Nice de devenir ministre, même si ce qui définit un immature comme lui est de n’être soulagé que quand tout le monde le regarde. Et, pour cela, c’est vrai que la place est bonne. Comme nous l’avions, sans être de grands devins, envisagé, l’expérience tourne court. »

La Décroissance n° 150, juin 2018.

Le vrai scandale Hulot

Analyse de Vincent Cheynet, rédacteur en chef de La Décroissance, pour le journal des objecteurs de croissance belges Kairos.

« Un problème bien plus profond qui travaille la démocratie de marché occidentale : l'Etat y est tout entier dévolu à favoriser la croissance, et la société dans son ensemble attend de ses dirigeants qu'ils prennent les mesures nécessaires à l'élévation de cet indicateur. Celui-ci est placé hors du jeu démocratique, en surplomb de toutes les grandes formations politiques. Ainsi, les adversaires politiques de M. Macron, qui fustigent aujourd'hui son double discours sur le climat et l'environnement, lui feront bientôt, et avec la même vigueur, le procès inverse, celui de la croissance molle.

Rappelons que, sous sa forme actuelle, la croissance implique l'intensification des flux de matière et d'énergie, qui sont les moteurs du réchauffement. Tous les grands médias sont, d'ailleurs, également frappés par cette forme de dissonance cognitive : on déplore un jour le réchauffement galopant, pour saluer le lendemain les bonnes ventes d'Airbus. »

Stéphane Foucard, Le Monde, 1er septembre 2018.

« Le concept de décroissance - pourtant dû à un grand économiste mathématicien, Nicholas Georgescu-Roegen - n’a toujours pas droit de cité dans les manuels d’économie, et très rares sont les travaux de recherche entrepris pour en comprendre les mécanismes et la mise en œuvre. »

Jean-Joseph Boillot, économiste, Libération, 8 août 2018.

« Consommons, polluons, dépensons moins. La décroissance énergétique est la seule solution si nous voulons continuer à vivre dans de bonnes conditions climatiques. »

Antoine Balzeau, paléoanthropologue, Les Echos, 9 juillet 2018.

« un beau jour, en catastrophe et quand l'irrécupérable sera accompli, MM. Massé et Jérôme Monod planifieront la décroissance ; et le “birth control” irréparable succèdera enfin aux allocations familiales.

Mais l'un et l'autre auront en commun d'être obligatoires et de contrôler les individus jusque dans l'orgasme. Car si l'on veut le bien du peuple, il faut le rendre heureux ; et la science lui dira quand et comment il doit tirer son coup. Après la quantité, M. Mansholt se chargera d'organiser la qualité de la vie : demain comme hier vous n'y couperez pas. L'organisation de la défense de l'environnement, de la qualité (laquelle ?) de la vie et du freinage de l'expansion peut être l'occasion d'un renforcement du système scientifique et technocratique à base de vérités, de règlements et d'ordinateurs. »

Bernard Charbonneau, « Mansholt ou Mansholt ? La Gueule fermée (puis ouverte) », La Gueule ouverte n°3, février 1973

« On ne comprend pas la nécessité absolue de la décroissance. »

Nancy Huston, écrivain, Radio Canada, 4 mai 2018

« La Décroissance contre la “Méga machine Macron” »

« “On va continuer à se battre pour défendre nos valeurs et nos convictions” insiste Lionel Chambrot. En ce jour de 1er mai et dans un contexte social animé, la réunion mensuelle des Amis de la Décroissance de Nancy avait un goût particulier. »
L'Est républicain, 4 mai 2018

« Pas de transition énergétique sans décroissance »

« Pour de nombreux politiciens, de Justin Trudeau à Emmanuel Macron, la transition vers des énergies plus vertes se fera sans diminution du niveau de vie. Faux ! Répond Sarah Cacoub. Dans son mémoire de maîtrise à HEC, Montréal, celle qui est désormais devenue consultante, conclut que la physique nous imposera de décroître. »
Agence Science-Presse (Canada), 27 avril 2018

« La première manière de moins jeter, c’est d’acheter robuste, c’est-à-dire souvent français, voire européen. […] Une autre façon, c’est de consommer un peu moins ».

Edouard Philippe, Premier ministre, « Recycler et réparer : Edouard Philippe se la joue décroissant », Libération, 23 avril 2018.

« Pour le pape François, le libéralisme, la compétitivité et la “loi du plus fort” sont les causes de l'exclusion. Il prône l'écologie et la décroissance. »

Le Point, 9 avril 2018.

« Plusieurs scénarios sont possibles, mais tous indiquent que, sans une radicale prise de conscience collective passant par la décroissance, nous fonçons droit dans le mur. »

Bouli Lanners, réalisateur, Libération, 12 mars 2018

 
« J'ai commencé une série de portraits au fusain sur journal marouflé sur toile. C'est le journal de La Décroissance que j'adore au point de vue graphique et aussi ambiance ‘Rentre-dedans”. »

Hélène Py, artiste

« Tous les mois, Pierre Druilhe (qui lança Ferraille dans les années 90) publie (avec au scénario un certain Domi, alias Vincent Cheynet) deux pages de BD dans La Décroissance, le mensuel de la joie de vivre (meilleur journal en vente libre après Fluide). Les deux malfaisants s'en donnent à coeur joie avec la société de consommation et se payent les têtes (à claques) des prophètes du green washing. Voici donc enfin réuni en un seul volume tout ce qu'il faut savoir sur l'éco-tartufferie triomphante. »

Fluide glacial, n° 500, janvier 2018.

Bonne année 2018 
avec « La décroissance » !

Pour bien démarrer 2018, année que La Décroissancevous souhaite la meilleure, nous vous offrons en exclusivité mondiale le nouveau tube d’Adonis –  qui tient tous les mois la chronique de Nicolas Bertrand dans notre journal –, La décroissance.

« Suite à la demande d'une revue écologiste de Lyon le mot décroissance est apparu en 2002. Un mot provocateur pour lutter contre le terme de développement durable. »

Le Journal du centre, 6 décembre 2017. Lire l'interview de Serge Latouche en ouverture du numéro 145 de La Décroissance, en kiosque en France et dans 10 pays.

« Nous mettons en péril notre avenir en refusant de modérer notre consommation matérielle intense (…) [de] réévaluer le rôle d’une économie fondée sur la croissance »

Manifeste signé par 15 364 scientifiques de 184 pays, publié dans BioScience, revue de l'Institut américain des sciences biologiques (AIBS), traduit par Le Monde.

« Jacques Ellul, pionnier de la décroissance »

Patrick Chastenet, Le Point, 25 septembre 2017 (ici)

« Avec Total, EDF et Nicolas Hulot, l’écologie a enfin une chance d’être compatible avec la croissance »

Jean-Marc Sylvestre, Atlantico, 21 septembre 2017 (ici)

« Si cette vision de la croissance est juste [celle des économistes Stefano Bartolini et Luigi Bonatti], alors toute politique dont le but ultime est l'augmentation du produit intérieur brut est vouée à détruire l'environnement. »

Le Monde, 17 septembre 2017 (ici)

« Aux États-Unis plus de 20% de la population aurait déjà modifié son mode de vie au travers de divers mouvements de décroissance et plus de 10 millions d’européens en auraient fait autant. »

Arte, 16 septembre 2017 (ici)

« Alors, décroissance ? Résolument oui ! Mais pour qui ? Et pour quoi ? Faisons décroître les richesses obscènes et les gaspillages des riches. Chez nous aussi. »

Nicolas PluetL'Humanité, 17 août 2017

« Les extrémistes qui s’ignorent se trouvent plutôt du côté de la pensée dominante - de la religion dominante - basée sur la croyance que l’innovation technologique et un retour de la croissance résoudront les problèmes actuels. »

Yves Cochet, ancien ministre, Libération, 23 août 2017

« La sacro-sainte croissance érigée en dogme absolu par nos sociétés capitalistes est une course sans fin où l'objectif est de produire, vendre et consommer davantage que l'année précédente. »

« La décroissance, qu'est-ce que c'est ? », une vidéo de francetveducation à voir ici

« La décroissance n’est pas le déclinisme. La décroissance involontaire peut devenir volontaire. Elle peut justement devenir inventive, créatrice. »

Olivier Abel, La Croix, 8 août 2017

« La décroissance, ce n’est pas la caricature de l’inverse de la croissance. Mais une volonté de décroître en termes de consommation d’énergie, de matières premières et de production de déchets. »

Philippe Bihouix, Libération, 1er août 2017.

« Je pourrais terminer en vous citant La Décroissance, par exemple. J’adore ce journal. Son dossier pour déradicaliser les fanatiques de l’innovation, parle du choix, et c’est courageux, de continuer la presse papier, parce que le net pollue, nous disent-ils, beaucoup plus et nous met dans les mains des multinationales du numérique. »

Natacha Polony, dernière revue de presse sur Europe 1, 7 juillet 2017.

« La Décroissance. Tout se passe comme si les scénarios les plus loufoques envisagés par ce journal devenaient réalité : l’ex-présentateur de l’émission “Ushuaïa” (TF1) promu ministre d’État ; un partisan du technolibéralisme qui accède à l’Élysée et ambitionne d’ubériser la politique. »

Le Monde diplomatique, juillet 2017

« En premier, je compte défendre l’idée de RESPECTER LES LIMITES DE LA NATURE, car nous n'avons qu'une Terre. Le mythe de l'illimité est destructeur et surtout, anti-naturel. »

Lionel Chambrot, candidat des objecteurs de croissance dans la 2e circonscription de Meurthe-et-Moselle, ici-c-nancy, 8 juin 2017

« Être écologiste aujourd’hui c'est se préoccuper d’avoir une vraie croissance. [...] Je ne crois pas à la décroissance. »

Emmanuel Macron, 9 février 2017.

Des souvenirs.

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Quand on essaie d’oublier, on réactive inévitablement ce qu’on cherche à oublier et dès lors on le réinstalle… Fonctionnement d’humain… 

Nous ne pouvons pas oublier volontairement. Mais nous pouvons laisser l’oubli s’installer.

La Vie n’a pas de temps. Elle est. Lorsque nous nous accrochons à des souvenirs joyeux ou lorsque nous souffrons de souvenirs douloureux, nous falsifions l'existence.

Il me plaît de représenter cette existence avec une balance à plateau.

Dans un plateau viennent s’accumuler les événements favorables, ceux qui nous comblent de bonheur.

À l’opposé se concentrent les événements douloureux.

L’individu dépense une énergie considérable pour tenter de maintenir l’équilibre.

Il en va des événements qui se sont réellement produits mais également de ceux qui entrent dans la dimension du fantasme.

Parfois, seuls les fantasmes parviennent à remplir le plateau des événements positifs…

On entre alors dans le domaine de l’illusion et de l'addiction. 

L'instant n'est plus que la projection vers l'après. 

Tout ça ne signifie pas qu’on doive abandonner tout projet mais il convient de ne pas y apporter autre chose que la réalité.

Il en est de même avec les souvenirs.

Ils n’ont aucune autre existence que celle qu’on veut bien leur accorder.

Si on parvient à laisser l’oubli s’installer et non à vouloir qu’il s'installe, on entre dans la voie du Milieu. L’acceptation.  

Pas question de laisser-aller ou d’abandon. Il s’agit d’une voie éminemment difficile et qui réclame une totale exigence. En Occident, l’acceptation, ou le lâcher-prise, sont des notions négatives.

Totale incompréhension de ce qu’elles représentent.

L’individu qui souhaite se libérer de l’alternance des deux plateaux de la balance, de ce gaspillage énergétique constant, de cette accumulation d’illusions, se doit d’œuvrer en pleine conscience.

Il ne doit jamais l’oublier. C’est la seule chose existentielle qui mérite de ne pas l’être.

Qu’en est-il du pardon ?

Est-ce que je dois me pardonner d’avoir été inconscient de tout pendant si longtemps ? Il ne servirait à rien en tout cas que je me le reproche. Ça serait de nouveau un ancrage dans le Temps. Ce que j’ai été n’est plus, ce que je serai n’existe pas. Le pardon porte en lui une attache au passé. Étant donné que ce passé n’a aucune réalité dans l'instant, il m’est inutile de m’inquiéter sur un éventuel pardon à m’accorder. A vouloir pardonner, je réactive un événement comme quelque chose d'actuel.

De plus, les erreurs que j’ai commises m’ont amené là où je suis. Elles ont participé à mon chemin, elles l’ont balisé. Il serait injuste de les renier, de les maudire, de les conspuer ou de vouloir me pardonner mes fautes, tout comme il serait inutile d’honorer indéfiniment les réussites. Au risque d’entretenir de nouveau l'instabilité de la balance.

Il n'y a rien de faux, rien de juste, rien de mal, rien de bien. Pas dans la réalité des choses. Elles sont ce qu'elles sont. Ensuite, elles passent par le filtre de ma conscience (ou de mon inconscient) et deviennent autre chose que le réel. Elle deviennent simplement « humaines ».

J'ai oublié beaucoup de choses de ma vie, beaucoup de souvenirs ont disparu où sont tombés si loin qu'ils ne sauraient remonter à la lumière. Je n'ai rien essayé pour que ce processus se fasse. Je l'ai juste laissé faire. 

La dernière crise avec mes hernies discales m'a rappelé à quel point la réactivation des souvenirs peut devenir redoutablement néfaste.

De la même façon, la réactivation des souvenirs sereins peut devenir une force morale. Mais au risque de subir le contre-coup inverse. L'illusion de la pensée est éphémère et plus l'illusion a été nourrie, plus sa fin sera douloureuse.

Il ne s'agit donc pas de vouloir lutter contre l'émergence des souvenirs. Il s'agit d'être conscient de ce qu'ils sont et de leurs effets. Il s'agit d'observer ces effets et de les corriger par une pleine conscience bienveillante.

Oui, je peux avoir peur quand je repense aux opérations. Mais ce qui a été inévitable à un moment ne l'est pas nécessairement plus tard.

Oui, je peux être optimiste quand je repense à mes guérisons et mes retrouvailles avec la montagne. Mais ce qui a été possible à une époque ne l'est peut-être plus.

Ce qui existe est là, maintenant. Et il est vain et même néfaste de vouloir réguler l'instant par le filtre du passé, tout comme de vouloir projeter cet instant dans un avenir rêvé.

La vie ne se rêve pas.

Elle s'éprouve.

 

"Agir dans le non-agir".

J'ai mis très longtemps à réaliser pleinement ce que cette expression pouvait signifier pour moi. Je ne dis pas que mon interprétation est universelle. Elle me convient et c'est suffisant.

Il est par conséquent aussi essentiel d'examiner les pensées que les émotions. "Qu'est-ce qui se passe en moi en ce moment ? "

Il ne s'agit pas d'analyser avec méfiance mais juste d'observer. La méfiance créerait un état d'inquiétude et donc de résistance ce qui ajouterait à l'émotion une part néfaste, un système de parasites qui s'entretient et transforme l'émotion elle-même.

Il serait absurde que j'observe un phénomène que mon observation elle-même transforme...

Il convient juste de laisser s'étendre cette émotion comme si elle était un visiteur de passage. Elle n'est pas moi mais un élément rapporté, événementiel, provisoire. Si je m'identifie à elle, si je la considère comme une part de moi, je ne suis plus observateur mais dépendant d'elle. Je et elle se mêlent. Et je ne suis plus.

Le problème vient de la charge énergétique diffusée par cette émotion, par cette pensée corporelle, par ce ruissellement de colère ou de joie. La fréquence vibratoire de l'émotion lorsque celle-ci prend le pas sur l'observation amplifie la pensée et le phénomène interne se renforce.

Le mental adore ces situations. Il y trouve un terreau favorable à son expansion. Les pensées se nourrissent des émotions et les émotions fabriquent de nouvelles pensées. Le mental va même s'efforcer d'entretenir cette anarchie intérieure en multipliant les pensées, soit pour résister aux émotions, soit pour les amplifier.

La résistance aux émotions, lorsqu'elles se révèlent désagréables, n'est pas une issue. Elle génère de nouvelles pensées émotionnelles. Ce chaos interdit toute observation. L'individu n'est plus qu'un flot d'excroissances instrumentalisées. En luttant contre ces émotions mortifères, il en génère d’autres…

La paix est exclue de ce champ de bataille.

La pensée est d'ordre intellectuel et l'émotion d'ordre physique. Lorsque les deux entités agissent de concert, et que la conscience en est bannie, l'individu est en sommeil. Il rêve son existence et ne contrôle rien. À celui-là, tout arrive mais il ne fait rien. Il est sans cesse en réaction. Il réagit mais n'agit pas. Pour agir, il faut être dans le non-agir. C'est là tout le paradoxe.

Le non-agir est un état d'observation neutre. Le fait de ne pas générer de résistances conduira l'émotion à s'éteindre d'elle-même. Elle ne sera pas niée pour autant mais elle ne trouvera pas d'ancrage dans le mental. Parce que ça n'est pas le mental qui l'observe mais la conscience. Il ne s'agira dès lors qu'une bougie qui finira par épuiser sa réserve de cire...

Ce qui importe, c'est d'œuvrer au silence intérieur. Imaginez que la bougie s'est éteinte. Vous êtes dans le noir mais cette obscurité est une lumière intérieure. Vous décidez vous-mêmes des éblouissements et de leur durée.

Lorsque je suis ému par la beauté des montagnes, lorsque je suis dans ce silence intérieur, rien ne vient s'interposer. Je laisse l'émotion s'étendre et je l'honore. L'instant le plus beau n'est pas l'euphorie mais le retour à la paix. Car c'est dans le silence qui suit que la conscience se révèle. Je suis celui qui a rétabli l'obscurité lumineuse. Aucune lutte intestine, juste l'observation.

Si je cherchais à amplifier cette émotion réjouissante, si je cherchais à l'associer à des pensées discursives, à la prolonger par des raisonnements, des exagérations, des embrasements inventés, je me conditionnerais à vivre la même illusion lorsqu'une émotion néfaste jaillira dans une autre situation.

Il n'y a pas de choix à opérer. Ça serait l'établissement d'un mensonge. Si je m'abandonne à l'euphorie des émotions joyeuses, je m'abandonne symétriquement et simultanément au désastre des émotions douloureuses. 

On se retrouve de nouveau dans l'image de la balance et des deux plateaux. Je ne peux pas consciemment désirer remplir le plateau des bonheurs et vider celui des malheurs. C'est une tricherie irréalisable. 

Je peux par contre tenter de m'installer au milieu de la balance et apprendre à observer les déséquilibres, l'alternance des situations favorables ou défavorables, sans jamais mêler ma conscience aux pensées émotionnelles qui accompagnent ces troubles de l'existence. 

Et c’est là que naîtra la joie d’être soi, une joie bien plus vaste qu’une émotion éphémère.

 

 

 

 

Réunion de parents

Réunion de parents d'élèves

Vendredi soir, j'ai vécu ma dernière réunion de classe avec les parents d'élèves. Ils étaient nombreux d'ailleurs à s'être déplacés.

C'est toujours émouvant d'avoir en face de moi, non pas les enfants mais leurs parents, bien souvent assis à la même place.

J'ai donc expliqué ma façon de travailler. J'avais écrit au tableau les deux parties de la soirée : une présentation des supports de travail, classeurs, porte-vue et cahiers, puis la deuxième partie dans laquelle je décrivais ma vision de l'enseignement et les différents points que je souhaitais aborder :

L'enfant et l'élève / Le contenant et le contenu / La connaissance de soi / La gestion émotionnelle / « L'ascension » vers la connaissance / Le chemin balisé par les « lampadaires et la fierté du chemin parcouru.»/

L'enfant et l'élève : J'accueille des enfants et non pas des élèves. Ils ne sont pas élèves, ils sont enfants en situation d'élèves. Ce qui m'importe prioritairement, ça n'est pas de leur apporter des connaissances extérieures, scolaires, culturelles mais que le travail nécessaire pour acquérir cette connaissance leur serve d'exploration intérieure afin qu'ils se connaissent, en tant qu'individu et non uniquement comme élève. Cette observation sera le moteur des apprentissages et ces mêmes apprentissages joueront le rôle de carburant.

Le contenant et le contenu : Il ne sert à rien de vouloir verser du contenu dans un contenant ou du carburant dans un moteur incomplet. Il n'est pas prêt à le recevoir.

On peut imaginer une outre percée. L'outre n'est pas responsable de cet état. On lui demande d'être une outre alors qu'elle n'est encore qu'une peau qui n'est pas reliée, pas constituée, pas cousue.

Les difficultés que rencontrent certains enfants ne relèvent pas de leurs responsabilités mais de celles des adultes qui n'ont pas su accompagner l'enfant dans la constitution de son « étanchéité » et qui ont voulu le charger d'un contenu dont il ne peut pas encore supporter la charge.

Et l'enfant se verra ensuite propulser dans un enchaînement de « thérapies » multiples et diverses, menées par des adultes chargées de corriger les déficiences du monde adulte...Sans que ce monde adulte n'observe lui-même les causes réelles de la difficulté de l'enfant. Oh, bien sûr qu'il y aura plein de raisons « dys » et d'explications d'ordre familial ou culturel etc etc etc...Mais, la question du seul développement de l'enfant hors de son statut d'élève : qui se pose cette question ?

La connaissance de soi : Le travail scolaire n'est pas une finalité. La finalité, c'est la connaissance de soi. Le travail scolaire est un moyen. Les difficultés, tout comme les réussites, sont des expériences enrichissantes, non pas prioritairement, dans les savoirs acquis mais dans l'acquisition de l'être. Il ne s'agit donc pas de tourner exclusivement les enfants vers le monde extérieur de la connaissance mais de les amener à inverser ce regard, simultanément, afin d'observer l'espace intérieur et d'analyser les tourments, les joies ou la sérénité.

La gestion émotionnelle :

Cette gestion émotionnelle a pour finalité de donner les moyens aux enfants d’installer le calme en eux. Ce calme nécessaire aux apprentissages. On peut imaginer sinon un moteur qui refuse de démarrer ( enfant apathique) ou un moteur qui s’emballe (hyperactivité). C’est donc là, dans cette observation, que le contrôle des émotions peut se construire. Il ne sert à rien d’avoir peur devant un travail. Rien de bon ne peut en sortir. C’est un parasitage et une limitation de l’exploitation du potentiel. C’est comme un morceau de sucre dilué dans le carburant… Il n’est pas sain, non plus, d’aborder le travail dans une confiance excessive. Les erreurs d’inattention surviendront inévitablement parce que l’euphorie entrave la lucidité.

L’ascension vers la connaissance

On peut comparer le chemin de la connaissance à une ascension himalayenne. On a le camp de base, (le savoir acquis) puis les camps d’altitude. Le premier camp est atteint et du matériel est déposé avant un retour au camp de base. L’acclimatation se fait par des allers-retours qui demandent beaucoup de temps et d'énergie.

Lorsque l’individu se sent prêt, physiquement et moralement, il remonte au camp 1, s’y repose quelques heures puis monte jusqu’à un endroit favorable à l’installation du camp 2...Du matériel y est de nouveau déposé afin de faciliter le prochain retour et la montée vers le camp 3...Parfois, du camp 2, les individus redescendent jusqu’au camp de base pour s’y reposer profondément.

Il en est ainsi des apprentissages scolaires. Tout se fait par paliers et non pas de façon linéaire et il est sain et parfaitement justifié que chaque individu éprouve le besoin de se reposer dans un territoire déjà connu et accueillant. Il n’y a pas d’échec à prendre son temps, ni même à ne pas pouvoir monter au camp 4 quand les autres y parviennent. Peut-être que le camp 4 suffit au bonheur de celui-là…

Il y a un risque sournois dans cette ascension, c’est que l’individu soit irrémédiablement poussé vers l’instant à venir, vers le pas à faire, vers le mètre à gagner et que cette pression constante finisse par lui gâcher le bonheur d’être là… Comme un empoisonnement des nourritures spirituelles.

Il est primordial de ne jamais perdre de vue la joie profonde de la vie, là, dans l’instant, sans aucune autre intention que le saisissement de l’énergie en soi.

Le chemin balisé par les lampadaires et la fierté du chemin parcouru.

Il est utile de montrer aux enfants un schéma symbolique de leur cheminement et je l’appelle « la voie des lampadaires ».

L’individu est éclairé par une lumière diffuse, un lampadaire au-dessus de lui. Au loin, devant lui, il distingue une autre lumière, un autre lampadaire. Pour l’atteindre, il doit accepter de traverser un champ d’obscurité, une zone incertaine.

Il pourrait décider de rester sous le lampadaire d’origine mais plus il attend et plus la lumière s’étiole. Elle ne s'éteindra pas mais sa lueur faiblit. Plus celle-là diminue, plus celle qui est devant lui, là-bas, rayonne. Il doit absorber la lumière disponible, là où il se trouve, s’en charger et engager la traversée. C’est un moment fortement émotionnel. Tout comme l'est la traversée. 

Lorsque l’individu parvient sous le deuxième lampadaire, il s’accorde un temps de repos puis il dirige ses regards vers l’horizon, là-bas, où brille un autre lampadaire.

Il existera toujours un lampadaire devant soi.

Il tiendra à chacun de décider d’y aller ou pas.


Deux heures à parler. Je m’étais donné ça comme limite. Mais, j’aurais pu y passer deux heures de plus.

Je pense que ça intéressait les parents. De toute façon, j’ai toujours pensé qu’on ne pouvait intéresser un interlocuteur qu’au regard de sa propre implication. Il n’y a que les hommes et femmes politiques qui sont suffisamment pervers pour parvenir à faire croire qu’ils sont impliqués, compétents et intègres.

De Colbert à Mazarin : "Le diable rouge"

Il s'agit d'un texte de fiction mais le contenu est bien réel.

 

 

 

 

De Colbert à Mazarin: Les classes moyennes, ni pauvres ni riches

  

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Les classes moyennes, ni pauvres, ni riches

Colbert :  Pour trouver de l'argent, il arrive un moment où tripoter ne suffit plus. J'aimerais que Monsieur le Surintendant m'explique comment on s'y prend pour dépenser encore quand on est déjà endetté jusqu'au cou…

Mazarin: Quand on est un simple mortel, bien sûr, et qu'on est couvert de dettes, on va en prison. Mais l'État…, lui, c'est différent. On ne peut pas jeter l'État en prison. Alors, il continue, il creuse la dette ! Tous les États font ça.

Colbert :  Ah oui ? Vous croyez ? Cependant, il nous faut de l'argent. Et comment en trouver quand on a déjà créé tous les impôts imaginables

Mazarin :  On en crée d'autres.

Colbert : Nous ne pouvons pas taxer les pauvres plus qu'ils ne le sont déjà.

Mazarin :  Oui, c’est impossible.

Colbert:   Alors, les riches ?

Mazarin:  Les riches, non plus. Ils ne dépenseraient plus.Un riche qui dépense fait vivre des centaines de pauvres

Colbert :  Alors, comment fait-on ?

Mazarin: Colbert, tu raisonnes comme un pot de chambre sous
le derrière d'un malade ! il y a quantité de gens qui sont entre les deux, ni pauvres, ni riches… Des Français qui travaillent, rêvant d'être riches et redoutant d'être pauvres ! C'est ceux-là que nous devons taxer, encore plus, toujours plus ! Ceux là ! Plus tu leur prends, plus ils travaillent pour compenser…c'est un réservoir inépuisable.

Le Diable rouge est une pièce de théâtre écrite par Antoine Rault et mise en scène par Christophe Lidon. Cette pièce a reçu sept nominations aux mois Molière 2009.

 

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Argument

La pièce retrace les derniers mois de la vie de Mazarin, principal ministre du jeune roi Louis XIV dont il achève la formation de souverain. Assisté de Bernouin, son fidèle premier valet, le cardinal souhaite achever son œuvre en signant la paix avec l'Espagne, contre laquelle la France est en guerre depuis trente ans, et qui a ruiné les finances du royaume. La reine-mère Anne d'Autriche tente de convaincre le roi de choisir le mariage de raison avec l'infante d'Espagne, ce qui mettrait fin à la guerre, contre un mariage de passion avec Marie Mancini, la nièce de Mazarin. Colbert use de son influence pour préparer son accession à la surintendance des finances à la mort du cardinal.

Message rumeur

À partir de 2008 commence à se répandre sur le web un texte extrait de la pièce. La phrase finale de cet extrait est « Des Français qui travaillent, rêvant d'être riches et redoutant d'être pauvres ! c'est ceux-là que nous devons taxer, encore plus, toujours plus ! Ceux-là ! Plus tu leur prends, plus ils travaillent pour compenser…c'est un réservoir inépuisable. » Il a par exemple été relayé par le site web Contrepoints1.

Des personnes l'ayant reçu par email, ou lu sur des blogs cherchent à en savoir l'origine et en vérifier la véracité historique. En 2010 le site web Le Guichet du savoir (tenu par la Bibliothèque municipale de Lyon) y répond, extrait : « Est-ce que la conversation entre Mazarin et Colbert que vous nous rapportez est vraie ? — Incontestablement : non ! Il s’agit d’un extrait d’une œuvre de fiction2. » En 2013, ce texte est discuté sur le forum du site web HoaxBuster3.

Education nationale : handicap et AVS

Un témoignage pour commencer : c'était en 2016 et aujourd'hui, c'est encore pire.

Caroline Richardtrès en colère.

28 septembre 2016

28 septembre 2016

A mon tour aujourd’hui de crier ma colère et mon indignation.

Je suis Caroline Richard, maman de deux enfants « différents », deux jumeaux debientôt 6 ans, Arthur et Antoine qui souffrent du syndrome de Prader-Willi, une maladie extrêmement grave et complexe. La liste des symptômes est très longue et contient notamment des troubles du comportement, des retards d’apprentissage, des déficits hormonaux sévères et une absence totale de satiété.

Mais je ne suis pas là aujourd’hui pour vous parler de cette maladie rare.

Je suis là pour crier ma colère et mon indignation.

Chaque jour j’affiche la bonne humeur et le sourire de rigueur de la maman qui contrôle tout, qui assure et qui aide au mieux ses enfants « différents » envers et contre tout. Comme beaucoup.

Pourtant aujourd’hui, j’ai entendu la mauvaise nouvelle de trop.

Aujourd’hui, la maîtresse de mon Arthur m’annonce que son AVS (que nous avons eu tant de mal à avoir) ne sera plus là à partir du lundi 3 octobre. Elle part faire une formation pour trouver un bon boulot plus stable....

Nous sommes mercredi 28 septembre. Plus que deux jours d’école avec AVS, puis, plus rien.

Evidemment !

A leur recrutement les AVS savent qu’elles n’auront qu’un CDD de deux ans non renouvelable. On leur annonce d’ailleurs dès le départ : « Surtout, si vous trouvez un autre travail : prenez-le ! ». Comment espérer que nos enfants « différents » soient aidés et guidés dans de telles conditions ?

« Qu’à cela ne tienne ! », me direz-vous : « recrutons donc une nouvelle AVS ! ».

Ahhhhh, si seulement c’était aussi simple !!! Et bien non… L’inspection académique a décidé que les recrutements d’AVS seraient gelés jusqu’en janvier. Donc pas de recrutement, pas d’AVS pour aider Arthur à apprendre et à se sentir un peu moins « différent ».

Arthur a BESOIN de son AVS 20 heures par semaine.

Sans son AVS, Arthur ne tient pas en place, il ne travaille pas, il ne se concentre pas, il ne comprend pas les consignes, bref, il ne progresse pas.

Sans son AVS, Arthur reste des minutes entières dans la cour de récré à regarder à travers les grilles, dehors, sans rien faire.

Sans son AVS, Arthur n’arrive pas à aller vers les autres, à communiquer.

Sans son AVS, Arthur qui entame sa 4ème année de maternelle, ne pourra sûrement pas aller en CP dans un an car les acquis ne seront pas suffisamment solides.

« Et la maîtresse dans tout ça ? », me direz-vous ? Et bien la maîtresse gère tant bien que mal l’apprentissage des 29 autres élèves de la classe qui demandent eux aussi un peu d’attention…

Alors, me voilà repartie à l’assaut de Madame l’Administration.

- Mail à l’enseignant référent. 
- Appel à la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) qui me dit après 5 essais et 5 fois 5 minutes de musique de fond (c’est très long 5 mn quand on attend…) « Nous, on fait la notification, madame, mais ensuite on ne peut plus rien pour vous, appelez donc l’inspection académique ! »
- Appel à l’inspection qui sonne, sonne, sonne inlassablement jusqu’à vous raccrocher au nez puisque personne ne répond.

Une nouvelle bataille à affronter.

Ne jamais rien lâcher. Mais malheureusement, parfois, c’est le corps et le cœur qui lâchent.

Si seulement, ces personnes pouvaient se mettre un tout petit peu à notre place…

Je vous demande aujourd’hui une faveur : pouvez-vous partager ce message ?

Je ne sais pas si cela pourra nous aider en quoi que ce soit mais UN PETIT PARTAGE ce n’est rien à côté de la lutte acharnée que mon Arthur mène chaque jour pour avancer, grandir et apprendre, comme ses petits camarades d’école.

J’aimerais aussi que soit pointée du doigt la dure réalité que doivent affronter les enfants « différents » et leurs parents. Car même si la loi de 2005 a fait beaucoup avancer les choses, elle est encore bien loin de donner une aide satisfaisante dans nos situations si complexes et difficiles à gérer.

Merci à vous pour votre écoute et vos partages ❤

Nous dépendons de l'académie de "Paris-Creteil-Versailles"

 

Ce qui vient de se passer à l'Assemblée nationale à propos des AVS :

Elèves handicapés: une proposition de loi LR retoquée

  

  • Par  Le Figaro.fr avec AFP 
  • Mis à jour  
  • Publié 

L'Assemblée nationale a retoqué aujourd'hui une proposition de loi LR pour "l'inclusion des élèves en situation de handicap", le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer mettant en avant "le chemin" déjà pris par le gouvernement et une concertation à venir.

» LIRE AUSSI - Handicap : la galère de la rentrée scolaire

"Personne ne peut décemment regarder dans les yeux ces familles, ces enfants, ces adolescents, ces accompagnants et leur dire que l'urgence est ailleurs", a plaidé Aurélien Pradié, qui défendait ce texte dans le cadre d'une "niche parlementaire" LR. L'élu du Lot a rappelé que "le nombre d'élèves (en situation de handicap) accueillis est passé d'environ 100.000 en 2006 à (...) 340.000 en 2018", de nombreux élèves étant restés sans solution d'accompagnement à la rentrée. Sa proposition de loi prévoyait notamment un statut unique "d'accompagnant à l'inclusion scolaire", mieux rémunéré, pour les auxiliaires de vie scolaire (AVS) ou les accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH). Elle visait aussi à "décloisonner" l'accompagnement entre scolaire et périscolaire.

Anticipant le rejet de son texte, Aurélien Pradié a fustigé le "mépris" des députés LREM, le chef de file du groupe Christian Jacob dénonçant aussi la volonté de la majorité de "fermer le ban". Jean-Michel Blanquer a observé que le texte comportait "bien entendu des éléments intéressants" sur cette "priorité gouvernementale", mais a refusé d'être "caricaturé comme quelqu'un qui ne voit pas les difficultés actuelles et les pistes d'amélioration". Il a notamment souligné qu'à la rentrée 2018, "20.000 élèves de plus que l'an dernier" avaient été accueillis, observant aussi que le statut unique prôné par Aurélien Pradié est "très précisément la feuille de route que nous nous sommes fixée".

Les LR ont vu "une trahison" dans le rejet du texte avant l'examen de ses articles, par 70 voix contre 54. Des élus d'autres groupes se sont aussi dits "attristés", François Ruffin (LFI) lançant aux "marcheurs" que ce vote leur collerait "à la peau comme une infamie".

Souffrance animale

Aurélien Barrau : « Le combat animalier est frère des combats d’émancipation »

 


Entretien inédit pour le site de Ballast

L’anthropologue Claude Lévi-Strauss estimait que « l’homme a resserré trop près de lui-même les frontières de son humanité ». À ne plus appréhender le monde qui nous entoure autrement que par ce que nous pouvons y prendre, nous n’avons de cesse de surexploiter le milieu naturel et de menacer sa capacité de régénération. Aurélien Barrau, astrophysicien, chercheur et auteur de l’essai Des univers multiples, est de ceux qui regardent avec la même passion le très lointain — des trous noirs à la gravité quantique — comme ce que, juste à nos côtés, nous refusons trop souvent de voir : le sort infligé aux animaux afin qu’ils puissent régaler nos assiettes. C’est sur ce dernier sujet, très précisément, que nous avons tenu à l’interroger.


barrau6Vous avez la particularité de mêler rigueur scientifique sur des sujets particulièrement complexes pour le commun des mortels, goût prononcé pour la philosophie autant que pour la poésie et engagement pour la cause animale : quel est votre « fil rouge », l’expérience commune à tous ces univers, le « moteur fondamental » ?

Je crois que le fil rouge, ce serait l’absence de fil rouge. Je ne cherche pas la cohérence à tout prix. Au contraire. Le monde est complexe et multiple ; il est bigarré et foisonnant : abordons-le et arpentons-le d’une manière, elle aussi, complexe et multiple. C’est précisément parce que la poésie, la philosophie, la musique, la littérature et la physique (entre autres !) ne se réduisent pas les unes aux autres que je crois essentiel — ou au moins souhaitable — de s’y intéresser. Chacune construit un rapport-au(x)-monde(s)singulier et irremplaçable. Chacune invente une sinuosité qui lui est propre et révèle des volets spécifiques du matériau qu’elle affronte. Je ne veux pas de moteur fondamental. Je préfère des micro-engrenages qui échappent à une mécanique globale bien huilée. Le temps du Grand Ordre, de Cosmos ou de Mundus, est révolu. Ce qui m’intéresse, c’est de tenter de passer et de penser dans un désordre assumé. Je suis peut-être cosmologue de profession mais sans doute « chaologue » de confession ! Si pourtant je devais malgré tout définir une sorte de conducteur, je crois que ce serait une porosité à l’altérité. Disons, un désir, peut-être tout à fait illusoire, de ne pas voir ou aimer dans l’Univers que ce que nous y avons nous-même instillé. Et, surtout, pour le dire comme le philosophe Jacques Derrida, ce qui me semble vital aujourd’hui c’est la déconstruction du « carnophallogocentrisme », c’est-à-dire la remise en cause de cette terrible hégémonie de l’homme (blanc, faudrait-il ajouter), rationnel (c’est-à-dire ici sûr de son bon droit et ne doutant jamais), en érection (parce qu’il assujettit l’autre à son désir propre) et mangeur de viande (comme image archétypale de l’instrumentalisation des vivants non-humains).

L’anarchiste Louise Michel écrivit un jour : « Au fond de ma révolte contre les forts, je trouve du plus loin qu’il me souvienne l’horreur des tortures infligées aux bêtes. Depuis la grenouille que les paysans coupent en deux, laissant se traîner au soleil la moitié supérieure, les yeux horriblement sortis, les bras tremblants, cherchant à s’enfouir sous la terre, jusqu’à l’oie dont on cloue les pattes, jusqu’au cheval qu’on fait épuiser par les sangsues ou fouiller par les cornes des taureaux, la bête subit, lamentable, le supplice infligé par l’homme. Et plus l’homme est féroce envers la bête, plus il est rampant devant les hommes qui le dominent. » Pensez-vous qu’il faille politiser cette question, par ailleurs peu audible ? Comment faire en sorte qu’elle ait un impact sur la vie de la Cité ?

Cette très émouvante citation de Louise Michel me fait penser à ce bouleversant extrait de la grande militante socialiste Rosa Luxemburg : « Le chargement était si lourd et il y avait tant de sacs empilés que les buffles n’arrivaient pas à franchir le seuil du porche. Le soldat qui les accompagnait, un type brutal, se mit à les frapper si violemment du manche de son fouet que la gardienne de prison indignée lui demanda s’il n’avait pas pitié des bêtes. Et nous autres, qui donc a pitié de nous ? répondit-il, un sourire mauvais aux lèvres, sur quoi il se remit à taper de plus belle… Enfin les bêtes donnèrent un coup de collier et réussirent à franchir l’obstacle, mais l’une d’elles saignait… Sonitchka, chez le buffle l’épaisseur du cuir est devenue proverbiale, et pourtant la peau avait éclaté. Pendant qu’on déchargeait la voiture, les bêtes restaient immobiles, totalement épuisées, et l’un des buffles, celui qui saignait, regardait droit devant lui avec, sur son visage sombre et ses yeux noirs et doux, un air d’enfant en pleurs. C’était exactement l’expression d’un enfant qu’on vient de punir durement et qui ne sait pour quel motif et pourquoi, qui ne sait comment échapper à la souffrance et à cette force brutale… J’étais devant lui, l’animal me regardait, les larmes coulaient de mes yeux, c’étaient ses larmes. »

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Il est magnifique de constater que dans cette situation terrible, dans cette situation de guerre, Rosa Luxemburg conserve toute son empathie avec les animaux sans, naturellement, que cela ôte quoi que ce soit à son indignation face aux sorts des humains. Je crois que « ça ne veut pas rien dire », pour reprendre l’expression de Rimbaud. Faut-il politiser cette question ? Je ne sais pas. Il y a plusieurs sens à « politique ». Disons d’abord politikos— originellement, le vivre ensemble et l’organisation de la Cité —, puis politeia — la structure de fonctionnement, l’institution —, et enfin politikè — la pratique du pouvoir. Tout cela me semble encore terriblement anthropocentrique. Il n’était pas idiot de scander en Mai 68 « Tout est politique ». Cela a permis de mettre en lumière beaucoup d’interconnections entre les structures de domination. Mais je crois qu’il faut peut-être maintenant élargir le prisme. Certainement pas pour « tourner cette page », comme certains le souhaiteraient, mais au contraire pour l’élargir et l’approfondir. Il n’est aujourd’hui plus possible d’ignorer l’immensité sans précédent de la douleur que nous infligeons aux animaux alors même que nous savons de façon incontestable qu’ils souffrent essentiellement « comme nous », si tant est qu’on puisse utiliser la conjonction « comme » quand il s’agit de cette infinie déréliction. Il est urgent de faire face à cette question mais je crois qu’il faut le faire sur de nouveaux modes : elle est trop vaste, démesurée, pour entrer dans nos anciennes catégories.

Dans votre livre sur les univers multiples, vous parvenez à faire des parallèles entre la description ou l’interprétation de phénomènes physiques et des questions éthiques. Pourriez-vous nous redire ce que décrit « l’expérience du chat de Schrödinger » ? Pourquoi vous semble-t-elle témoigner de « notre rapport apathique à la souffrance et à la mort animale » ? De manière plus générale, croyez-vous que les progrès scientifiques amènent, au moins tendanciellement, vers un progrès éthique de l’humanité ?

« Il n’est aujourd’hui plus possible d’ignorer l’immensité sans précédent de la douleur que nous infligeons aux animaux alors même que nous savons de façon incontestable qu’ils souffrent essentiellement comme nous ».

L’expérience du chat de Schrödinger consiste à soumettre la vie d’un chat à l’état d’un objet quantique. Si l’objet est dans l’état physique A, le chat reste en vie ; s’il passe dans l’état B, un mécanisme libère du poison et tue le chat. Étant donné que les systèmes quantiques se trouvent simultanément dans plusieurs états, le chat devrait être à la fois mort et vivant ! Cette célèbre expérience de pensée a fait couler beaucoup d’encre et le paradoxe n’est aujourd’hui encore pas pleinement résolu. Il est vrai que je dis parfois qu’elle est un exemple de notre froideur à l’égard de la souffrance animale. C’est une boutade, naturellement, puisque l’expérience n’a jamais été réellement menée. Structurellement, progrès scientifiques et progrès éthiques ne peuvent pas être mécaniquement liés (il faudrait d’ailleurs interroger le sens même du mot « progrès », qui est tout sauf clairement défini dans ces circonstances…). C’est ce qu’on appelle en philosophie « la guillotine de Hume » : on ne peut jamais inférer d’un être un devoir-être. Néanmoins, il est incontestable que les avancées ou découvertes scientifiques devraient susciter de nouvelles questions éthiques. Or, le fait est que ce n’est pas du tout ce qui se passe ; bien au contraire ! Nous avons maintenant tous les éléments scientifiques requis pour affirmer que les animaux sont des êtres sensibles (pour beaucoup doués d’une conscience, au sens le plus fort de ce terme), mais nous les tuons et maltraitons avec une hargne toujours plus cinglante ou une indifférence toujours plus immense. Tout concourt à affirmer que notre régime carné excessif est très nuisible à notre propre santé, mais nous consommons toujours plus de viande. Tous les éléments pour affirmer que cette même alimentation carnée engendre un désastre écologique (10 000 litres d’eau par kilo de bœuf) et suscite une importante malnutrition humaine (on pourrait nourrir 4 milliards d’hommes supplémentaires si les cultures dédiées au bétail étaient utilisées directement pour nourrir les humains), mais les déforestations pour permettre toujours davantage d’élevages intensifs s’accélèrent. En l’état, non, je ne vois donc aucun signe tendanciel dans le sens que pourtant j’appelle de mes vœux.

Vous écrivez que le temps est venu d’agir sur la situation faite aux animaux, mais que « sans une violence faite à la violence elle-même, il n’y sera jamais fait face ». Que pensez-vous de l’action directe, à la manière du Front de libération animale ? Est-ce un moyen légitime, sinon légal, de déclencher une prise de conscience ?

Je pense en effet qu’il ne faut pas être phobique de toute forme de violence. S’il n’y avait pas eu d’actions violentes, les enfants travailleraient toujours à treize ans dans ces conditions très dures. Nous sommes aujourd’hui les acteurs d’un système qui comporte de nombreuses violences — souvent insidieuses et d’autant plus terribles — à l’égard des plus faibles. Une certaine violence à l’encontre de ces violences ne me semble pas devoir être écartée absolument. Je n’en demeure pas moins assez réservé sur les actions « choc » de libération animale. Ponctuellement, quand des animaux sont sur le point d’être tués, souvent dans des conditions atroces, et que cela peut être évité, je comprends que certains passent à l’action. C’est une réaction d’empathie rassurante et parfois salutaire. Mais à plus grande échelle, je ne pense pas que ces mouvements servent profondément la cause animale. Je penche davantage vers une information authentique et donc, finalement très violente pour nos consciences, qui s’évertuent à ne surtout pas voir les conséquences de nos actions (qu’il s’agisse des animaux massacrés comme des réfugiés mourants laissés agonisant devant nos frontières fermées) ! Les reportages télévisés, par exemple, parviennent à nous montrer les lieux les plus secrets de la planète. On pénètre dans les rouages des dictatures, dans les navires de guerre, dans les camps d’entraînement des commandos d’élite, etc. Mais, curieusement, nous n’avons jamais vu l’intérieur d’un abattoir ! Et pour cause… Ce serait proprement insoutenable. Voilà qui pose problème : l’immense majorité des consommateurs de viande ne pourrait soutenir 30 secondes d’images de ce que leur choix — parce qu’il s’agit bien d’un choix qu’il est tout à fait possible de ne pas faire sans rien perdre, tout au contraire, de notre qualité de vie — engendre de façon directe. On montre aux fumeurs les effets dévastateurs de la cigarette sur leurs tissus pulmonaires ; je pense qu’il serait temps de montrer aux bons citoyens que nous sommes les souffrances proprement incroyables que notre mode de vie — en particulier alimentaire — engendre sur les autres vivants sensibles.

« L’immense majorité des consommateurs de viande ne pourrait soutenir 30 secondes d’images de ce que leur choix engendre de façon directe. »

Dans le même ordre d’idées, je me demande quels parents pourraient assumer cela face à leurs enfants. Nous sommes enjoints à tenter de présenter le vrai visage du monde, autant que faire se peut, à ceux que nous éduquons. C’est une ligne de conduite raisonnable et assez unanimement acceptée. Sauf, naturellement, s’il s’agit d’alimentation carnée ! Qui serait prêt à expliquer à son enfant, sans pathos, de façon juste factuelle et précise, ce qu’a enduré l’agneau dont il lui propose de dévorer une côtelette ? Et quel enfant, sachant naturellement qu’il peut s’en passer sans la moindre carence (il n’est pas question de maltraiter nos enfants !), continuerait alors à s’en nourrir ? Je ne suis pas favorable aux actions violentes ; je suis juste favorable à divulguer la violence crue de la vérité. Mais, là encore, la tendance n’est pas celle-ci : on voit surgir des lois qui, tout à l’inverse, interdisent de montrer la souffrance animale ! C’est proprement hallucinant. Ce qui est considéré comme délictueux, ce n’est ni la mort donnée ni la douleur infligée, mais le fait d’exposer cette vérité qui pourrait choquer les âmes sensibles découvrant leur responsabilité…

Vous avez écrit que « c’est le rôle de la recherche, en particulier, et de la pensée, en général, de faire violence à ce qui constitue l’ordre établi », de réélaborer le monde, de ne pas accepter comme donné ce qui est construit. Notre rapport à l’animal est-il entièrement de l’ordre du construit et du culturel ? Ne subsiste-t-il pas un fond de nature dans notre propre animalité (y compris dans la dimension de l’homme omnivore… donc, aussi, carnivore) qui continuera longtemps de résister au végétarisme ?

Là, je serais assez deleuzien. Je crois qu’il faut sortir de cette vieille dichotomie usée entre nature et culture : elle ne fait plus sens. Si, néanmoins, on souhaite encore y recourir de manière approximative, il ne va pas de soi que l’alimentation carnée de l’homme est « naturelle ». Nombre de nos caractéristiques physiologiques plaident tout au contraire en faveur d’une constitution essentiellement végétarienne : notre intestin est beaucoup trop long pour être celui d’un carnivore, nos dents sont pratiquement semblables à celles des herbivores (qui ont souvent des canines), nous n’avons ni la puissance ni la morphologie des prédateurs, etc. Au-delà, l’argument souvent rencontré (parfois implicitement) suivant lequel parce que Cro-Magnon mangeait de la viande, nous sommes autorisés — voire contraints — à poursuivre la tradition sans l’interroger est absolument ahurissant. Y a-t-il un seul de nos autres choix éthiques que nous oserions justifier en référant à ce qu’il s’agissait d’une pratique usitée chez les hommes préhistoriques ? Évidemment et heureusement pas. Pourquoi notre alimentation serait-elle l’exception ? L’échappatoire courant consiste à évoquer le statu quo : « Chacun fait ce qu’il veut ! Les végétariens et autres végans ont bien le droit de ne pas consommer de viande, mais qu’ils ne nous disent pas ce que nous devons faire. » Or, précisément, ce n’est pas si simple. Ce n’est pas si simple parce que le choix n’est pas qu’un choix individuel. Il entraîne la souffrance et la mort d’autres vivants sensibles ; tout est là. C’est bien la raison pour laquelle nous ne décrétons pas « torturer ou non ses enfants, chacun fait ce qu’il veut ». Et nous ne le décrétons pas parce que les parents ne sont évidemment pas les seuls concernés par ce choix. Cette remarque est évidente, presque triviale ! Mais, curieusement, cette évidence est oubliée dès lors qu’il s’agit des animaux. C’est peut-être ici qu’il faut en effet politiser la question : jusqu’où notre société peut-elle considérer que ce qui entraîne l’agonie d’autrui est un pur choix individuel ? N’y a-t-il pas ici une contradiction manifeste ?

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Faire violence à l’ordre établi, comme vous l’évoquez, c’est ce que mon ami le philosophe Jean-Luc Nancy appellerait sans doute être de gauche. Après un rappel historique (lorsque les membres de l’Assemblée Constituante, en 1789, eurent à se prononcer sur le point décisif de l’octroi au Roi d’un droit de veto — qui de fait lui donnerait presque les pleins pouvoirs —, les partisans du veto vinrent se grouper du côté droit de l’estrade présidentielle et les autres se regroupèrent à gauche — à de rares exceptions près la noblesse et le clergé allèrent à droite et le tiers état à gauche), il analyse : « La droite implique une métaphysique — ou comme on voudra, une mythologie, une idéologie — de quelque chose de donné, d’absolument et primordialement donné et à quoi pour l’essentiel rien ou très peu ne peut être changé. La gauche implique l’inverse : que cela peut et doit être changé. » En ce sens, oui, je suis de gauche et je pense qu’il est urgent de l’être, en particulier du point de vue que nous abordons dans cet entretien.

Le philosophe Peter Singer, connu pour son ouvrage La Libération animale, a fait savoir qu’il n’entendait pas « entrer dans [la] controverse » des expérimentations scientifiques sur les animaux, quand bien même celles-ci tendraient à soigner certaines pathologies humaines. Quel est votre point de vue sur cette question ?

« Beaucoup d’animaux de laboratoire ont été sacrifiés pour rien. Alors laissons pour le moment la question délicate où quelques morts animaux sauveraient effectivement des vies humaines. »

J’ignorais que Peter Singer s’était ainsi positionné, mais c’est également mon choix. Cette question est complexe et délicate et je pense qu’il est un peu indécent de la présenter aujourd’hui comme une priorité. Nous tuons en ce moment 65 milliards d’animaux terrestres (et sans doute plusieurs milliers de milliards de poissons, crevettes, poulpes, etc.) par an, de façon essentiellement inutile. Voilà la priorité ! Voilà ce à quoi il est urgent de répondre. Alors, ne phagocytons pas le débat en le décalant vers les quelques circonstances particulières où, en effet, le choix n’est pas simple. Et si l’on veut parler des animaux « à usage scientifique », je vois par exemple que, dans ma propre université, des vivants sont sacrifiés en grand nombre pour des « besoins d’enseignement » (pas en dernière année de médecine mais dès la licence de biologie !), alors qu’un film bien conçu serait à mon sens bien plus pédagogue et infiniment plus acceptable… Et il est maintenant admis que des simulations sont très efficaces dans beaucoup de circonstances pour les usages thérapeutiques (et quand elles ne le sont pas, il est rare que les résultats sur la souris se transposent simplement à l’homme). Beaucoup d’animaux de laboratoire ont été « sacrifiés » pour rien. Alors laissons pour le moment la question délicate où quelques morts animaux sauveraient effectivement des vies humaines. Quand celle-ci deviendra pressante, c’est que l’immensité de l’horreur en cours, et sans le moindre lien avec cela, sera effectivement résolue !

Vous l’évoquiez : on sait en effet maintenant assez clairement que l’industrie de la viande a des conséquences profondément néfastes sur l’environnement. Êtes-vous convaincu que, de gré ou de force, un monde « sans viande » est inéluctable pour demain ?

Oui, on sait en effet que l’industrie de la viande est dramatique pour les animaux qui y sont décimés, mais aussi, comme vous le soulignez, pour la planète (et donc pour l’humanité) à l’échelle globale. Je ne vois pourtant aucune raison d’être optimiste. L’homme a démontré son extraordinaire capacité à « aller dans le mur ». Bien sûr, s’il s’agissait de penser un monde où tout homme pourrait se nourrir à sa faim et où les vivants non-humains ne se verraient pas réifiés alors, naturellement, un monde « sans viande » me semblerait inéluctable. Mais rien n’indique nous allions dans cette direction. Ce que je voudrais souligner ici d’essentiel, et de trop ignoré, est la chose suivante : le combat « animalier » est frère des combats d’émancipation et de libération. Il n’est pas opposé aux luttes libératrices pour les hommes : il leur est au contraire structurellement lié. C’est une même mouvance. C’est une même sensibilité à la douleur muette des opprimés. Je crois qu’il n’est pas possible aujourd’hui d’être libertaire, anarchiste ou progressiste (un mot que je n’emploierais qu’avec beaucoup de réserves), ou même simplement socialiste, en ignorant cette question centrale. Quiconque revendique penser le monde au-delà du seul prisme de son plaisir propre ne peut ignorer l’industrie de la mort terrifiante que nous avons mise en place. Nous tuons chaque mois plus d’animaux que la totalité des hommes ayant existé sur Terre depuis toujours… Je me souviens d’avoir, enfant, écouté Jean Ferrat chanter Aragon et déclarer aux femmes s’émancipant « votre lutte, à tous les niveaux, de la nôtre est indivisible » ; c’est exactement ce qu’il faut clamer aujourd’hui : il n’y a aucun sens à opposer la défense des humains (qui, stricto sensu, sont aussi des animaux) à celle des vivants non-humains. La dynamique est la même. Et cessons surtout de penser qu’il sera légitime de s’occuper des animaux quand les autres problèmes seront résolus : ils ne le seront jamais et nous le savons hélas trop bien…

« Quiconque revendique penser le monde au-delà du seul prisme de son plaisir propre ne peut ignorer l’industrie de la mort terrifiante que nous avons mise en place. »

Il y a peu, le lion Cecil a été tué au Zimbabwe par un riche américain s’offrant un peu d’adrénaline (dans un geste à la fois cruel envers l’animal et très colonialiste envers le pays hôte). Le monde entier s’en est ému. Puis, c’est cette émotion elle-même qui a suscité l’indignation. Bien sûr, il est incohérent de trouver ce safari scandaleux et de faire tourner les abattoirs à plein régime dans notre propre pays. Comme il est incohérent d’aimer les chats, les moineaux et les chevaux et de consommer sans arrière-pensée des agneaux, des poules et des vaches. Évidemment. Pourtant, je ne me range pas du côté de ceux qui s’indignèrent de cette indignation au motif que pendant ce temps un enfant était mort brulé vif et que tant d’autres horreurs furent perpétrées (qu’il faut naturellement évoquer et dénoncer). Mais ces révoltes ne sont pas mutuellement exclusives ! Elles se soutiennent les unes les autres. Et je trouve qu’il y a quelque chose ici d’un peu nauséabond : personne ne s’émeut de la météo quotidienne ou des résultats sportifs à outrance, mais dès qu’est évoquée — et c’est si rare ! — la souffrance animale — pourtant si omniprésente, quoique bien cachée à nos regards —, alors cela devient indécent, voire obscène, parce que des hommes souffrent aussi ! Cela n’a aucun sens. Cette mauvaise excuse pour ne pas penser l’immense question du calvaire animale est usée jusqu’à l’os. C’est le même paradoxe, d’ailleurs, qui fait que quiconque passe son week-end au café ou devant la télévision n’encourt aucun reproche tandis que s’il (ou elle) tente de sauver des animaux, l’argument cinglant ne tarde jamais : « Tu n’aimes donc pas les hommes ? » Il faut définitivement en finir avec cette pseudo-logique insensée.

Mais l’accès à la viande est, dans de nombreux pays du monde (pour des raisons géographiques ou économiques), la seule possibilité d’avoir accès à des protéines. N’est-ce pas une utopie d’Européen urbain d’imaginer un passage universel au végétarisme ?

Rien ne serait en effet plus détestable que de se placer, une fois encore, une fois de plus et une fois de trop, en position de donneurs de leçons arrogants, tentant d’infliger au monde entier notre nouvelle morale. Une évangélisation renouvelée, en somme ! Il me semble néanmoins que nous ne courons ici rien de ce risque, et ce pour plusieurs raisons. Premièrement, le fait est que les plus gros consommateurs de viande par habitant sont évidemment les pays occidentaux industrialisés. Prôner une extraction de cette industrie de la mort est donc bel et bien avant tout une adresse aux pays riches. Ils sont les premiers concernés et il n’est pas question de faire endosser prioritairement aux plus démunis la responsabilité de la situation actuelle. Deuxièmement, le fait est, également, que même dans les zones plus pauvres les animaux d’élevage doivent consommer des céréales ! L’argument demeure donc : puisqu’il faut 12 kilos de céréales par kilo de bœuf (que ce soit aux États-Unis ou au fond du quart-monde n’y change rien), l’utilisation des céréales pour nourrir directement les hommes est nettement plus efficace et rationnelle, même en ignorant le calvaire qu’endurent les animaux. Remarquer que les animaux souffrent partout et que leur élevage est partout essentiellement inefficace pour subvenir aux besoins biologiques des hommes n’est pas faire preuve de colonialisme intellectuel, c’est énoncer une vérité vérifiable par quiconque s’en donne les moyens. Troisièmement, je crois qu’il faut en effet penser l’alimentation à l’échelle planétaire, comme beaucoup d’autres questions, dans une optique de répartition des ressources. Tant qu’une très petite proportion des hommes détiendront une très grande majorité des richesses, il demeurera impossible de trouver un point d’équilibre acceptable.

« Je pense qu’il est essentiel de ne jamais recourir à l’argument fallacieux qui consiste à interdire toute action dans la mesure où sa réalisation parfaite est impossible. »

Quatrièmement, vous avez peut-être raison en déclarant qu’il s’agit d’une utopie et donc qu’un monde sans animaux tués pour notre seul plaisir n’existera jamais. De même, sans doute, qu’un monde sans viol, sans torture et sans homicide. Faut-il pour autant renoncer à cet horizon ? Il ne faut pas confondre, me semble-t-il, le normatif et le descriptif, l’impossible de fait de le non-souhaitable en droit. Cinquièmement, je pense qu’il est essentiel de ne jamais recourir à l’argument fallacieux qui consiste à interdire toute action dans la mesure où sa réalisation parfaite est impossible. Il est indéniable que vivre entraîne la mort d’autres vivants. Je n’ai jamais écrasé délibérément un insecte et je continuerai toute ma vie à infléchir mes pas pour éviter les fourmis. Pour autant, il est évident que j’ai involontairement écrasé des insectes. Cette indiscutable vérité n’a aucune légitimité à dénier toute pertinence à ma démarche d’évitement. De même : qu’une certaine douleur soit consubstantielle à toute existence n’interdit évidemment (et heureusement !) pas de tenter de minimiser cette douleur. Qu’une certain nombre d’erreurs soient consubstantielles à la recherche d’une vérité et que le sens même de cette vérité — par exemple, scientifique, pour référer à ce que je connais bien — ne soit pas évident, n’entrave d’aucune manière l’intérêt de la démarche d’exploration. La dimension culturelle — et parfois cultuelle — du rapport à la mort et à la viande est effectivement très importante. Elle convoque histoire, traditions, croyances, phobies, angoisses, symboles et pulsions… Il n’est pas question de la balayer d’un revers de la main. Il est au contraire question d’y faire face. Il est question de s’atteler à ce chantier immense parce que rien ne serait pire que de continuer à ignorer ce dont l’abyssale urgence me semble aujourd’hui avérée. C’est d’abord une question de simple cohérence : presque aucun homme ne cautionne réellement ce que son comportement induit de violences et de souffrances chez les autres vivants. Qui se réjouit réellement des deux milliards de cochons tués chaque année, sachant que la sensibilité et l’acuité affective des porcs sont aujourd’hui connues comme étant parmi les plus développées ? Commençons par le voir, seulement le voir. Le temps des conséquences viendra…

La consommation d’insectes semble gagner du terrain, même si nous n’en sommes pas familiers en Occident et que le sujet fait volontiers sourire. Est-ce un substitut plus « moral » ?

Je ne pense pas du tout qu’ils soient une solution. Pour au moins deux raisons. D’abord, parce que, du point de vue de l’humain, ce n’est pas forcément très attrayant ! D’autant plus que la diversité et la qualité de l’alimentation végétarienne est tout simplement étonnante. Je crois pouvoir dire sans erreur que la totalité, sans exception, de mes amis carnivores ayant gouté un « hamburger végétarien » reconnaissent que ce dernier est tout simplement meilleur ! Finissons-en avec l’image grotesque des carottes vapeur perdues dans une assiette presque vide : on peut être végétarien et très gourmand. Nombre de propositions gustatives sont fort copieuses. Et il y a plus de protéines par calorie dans le brocoli que dans le steak… Les mythes erronés sur les carences ont la vie dure… Ensuite, parce que cette solution demeure encore extrêmement spéciste ! Elle sous-entendrait que les insectes « ne comptent pas ». Ce qui est doublement injuste : d’une part, parce qu’en termes de complexité organisationnelle, ils sont sans aucun doute parmi les vivants les plus évolués et les plus achevés, et ensuite parce que le rien n’indique que le « droit » à exister doive être assujetti à une quelconque hauteur intellectuelle ou physique (personne ne soutient d’ailleurs sérieusement cela pour les hommes : les personnes déficientes mentale ne sont heureusement pas considérées comme moins dignes de vivre). Hauteur qui, de plus, demeure très relative : rien n’est plus stupidement anthropo-grotesque que la fameuse « échelle des êtres » classant les vivants par valeur avec, naturellement, l’homme au sommet ! Comme l’a montré le génial Von Uexküll, le monde de la tique — pour prendre un exemple que beaucoup considéreront comme peu attrayant — est tout à fait parfait, délicat et foisonnant du point de vue de la tique !

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Certains estiment que l’universalisation du véganisme mettrait, à terme, gravement en danger l’espèce humaine puisqu’elle déboucherait sur le réensauvagement incontrôlé des animaux domestiques. L’interdiction de la chasse aurait, selon eux, les mêmes conséquences (prolifération des renards, sangliers, etc.). Qu’en pensez-vous ?

C’est, au mieux, amusant ; au pire, pathétique. Que dire de plus ? Pour se rendre compte de l’énormité rageusement immonde de telles assertions, rien n’est sans doute plus parlant que de les transposer dans la sphère humaine. C’est un peu comme si, face à l’esclavage colonialiste, on déclarait qu’y mettre fin serait un grand danger… Remarquez, ces arguments ont été effectivement entendus ! Comme je le disais précédemment, il y a bel et bien une alliance entre toutes ces luttes contre les dominations et l’asservissement. Mais enfin, qu’un homme sain d’esprit puisse aujourd’hui, face à l’immensité proprement vertigineuse des souffrances infligées aux vivants non-humains (et à beaucoup trop d’humains, rappelons-le), considérer que le danger soit du coté d’un relâchement du système oppressif, me laisse essentiellement sans voix… Il est aujourd’hui scientifiquement « acté » que la sixième extinction de masse est en cours. Son origine anthropique est incontestable. Tenter, comme certains s’y évertuent, de faire croire à un débat dans la communauté scientifique, par exemple sur l’existence ou sur la cause humaine du réchauffement climatique, ne peut relever que de la malhonnêteté intellectuelle. Les conclusions ne s’imposent-elles pas ?

L’essayiste antispéciste américain Charles Patterson (il écrivit notamment Eternal Treblinka : Our Treatment of the Animals and the Holocaust) estime que l’abattage industriel a inspiré les autorités nationales-socialistes dans leur manière de gérer les déportés et les détenus. Poussez-vous aussi ces parallèles, entre la façon dont les animaux et les hommes sont traités, administrés et dirigés ?

« Les cochons peuvent être maintenus dans des cages qui serrent leurs corps et empêchent le moindre mouvement. Les veaux sont arrachés à leur mère à la seconde même de leur naissance. Les poussins mâles sont broyés vivants. »

Je veux être très prudent et très décent sur ce point. Il est vrai que par beaucoup d’aspects la comparaison serait signifiante. Il faut bien comprendre qu’avant d’être abattus, souvent de manière lente et douloureuse, les animaux des élevages n’ont aucune existence. Les cochons peuvent être maintenus dans des cages qui serrent leurs corps et empêchent le moindre mouvement. Les veaux sont arrachés à leur mère à la seconde même de leur naissance. Les poussins mâles sont broyés vivants. Les exemples sont innombrables et le niveau d’horreur est étonnamment poussé et étonnamment bien dissimulé au regard du consommateur qui s’emploie à ne surtout pas voir ce qu’il cautionne. Les parallèles avec les camps de la mort seraient donc aisés à plus d’un titre. Mais je ne me risquerai pas sur ce terrain. Je ne m’y risquerai pas parce que je crois que c’est inutile et insultant. Toutes les immenses catastrophes sont incomparables et incommensurables. Laissons à la Shoah son unicité. Chaque tragédie est unique et singulière. Les comparaisons sont toujours des violences, elles n’apportent rien à aucun des termes comparés. Certains survivants des camps de la mort ont effectivement développé l’analogie. Ils étaient en droit de le faire. Je ne le suis pas.

Depuis quelques années, l’abattage rituel pour des raisons religieuses est au cœur de nombreuses polémiques (étourdissement, égorgement, etc.) : y voyez-vous une instrumentalisation politique ou est-il possible de parler de ce sujet sereinement ? Comment, plus généralement, concilier les « traditions », religieuses ou culturelles (on peut aussi penser à la tauromachie ou à l’abattage des dauphins dans les îles Féroe) et l’éthique animale ?

La question, en effet, charrie beaucoup — beaucoup trop — de confusion et d’affects. Il va sans dire que l’abattage rituel, généralement associé à de terribles souffrances animales, n’a guère ma sympathie. Évidemment. D’autant plus que quiconque étudie les textes originels comprend que l’erreur est drastique : ces méthodes d’abattage avaient souvent pour enjeu d’épargner les douleurs animales à un temps où nous ne connaissions rien de leur métabolisme réel. Les perpétrer aujourd’hui à l’identique, sachant que leur effet est la plupart du temps exactement inverse, est donc un non-sens absolu. Mais il faut être ici encore prudent. Comme vous le suggérez, l’instrumentalisation guette. Je ne ferai certainement pas de la lutte contre la fête de l’Aïd ou la nourriture hallal une de mes priorités. On voit bien ce qui peut se cacher ici et je ne veux pas de cela… Il est par exemple étonnant — voire consternant — de remarquer que bon nombre de conservateurs pour qui le féminisme et la laïcité n’étaient, c’est le moins qu’on puisse dire, pas une priorité se voient maintenant rallier ces causes dans le seul but de s’opposer à un Islam en grande partie fantasmé. Rien n’est pire que de voir de grandes idées libératrices dévoyées en outils de domination ou d’humiliation. Et je crois que c’est ce qui se passe avec le concept de laïcité en ce moment, en France. Ne prenons pas ce risque avec la cause animale.

Quant au patrimoine culturel que constituerait la chasse ou la tauromachie, ce n’est qu’une question de choix. Toute activité ayant eu lieu et ayant participé aux us d’une société peut être considérée comme partie de son patrimoine culturel. C’est un fait. La question n’est donc pas de savoir s’il s’agit d’un patrimoine mais de savoir si nous sommes fiers de cet héritage et si nous souhaitons le perpétrer. Sans entrer dans un sentimentalisme larmoyant trop aisé, je dirais juste qu’il suffit de contempler un taureau dans l’arène, totalement perdu, absolument paniqué, immobilisé par la peur, presque tétanisé par une angoisse palpable, entouré de ces pantins cambrés et arrogants agitant leurs banderilles de mort devant une foule en liesse, pour comprendre que ce « patrimoine » est une dette et non un bien !

Quand on pense ainsi que vous le faites la complexité des vivants et du réel, qu’on va jusqu’à envisager l’hypothèse d’univers multiples, dans lesquels toutes les configurations seraient en fait possibles à l’infini, comment fait-on la part de « l’artefact mathématique » (de l’abstraction logique dans le champ des possibles) et du réel ? À quand l’écriture d’une uchronie ?

Le jeu de la pensée est un contrepoint subtil entre audace et humilité. Dans mon domaine, en cosmologie, en gravitation quantique, il faut faire preuve de courage. Nous manipulons des concepts abstraits parfois vertigineux et je crois en effet qu’il ne faut jamais s’interdire de leur donner du sens. De leur donner corps, fut-ce un « corps sans organe » pour le dire comme Artaud. Mais il faut aussi demeurer prudent et naturellement garder à l’esprit que ce vertige mathématique n’est pas nécessairement instancié dans la concrétude du réel. L’idée d’univers multiples — ou de Multivers — est intéressante parce qu’elle pousse la physique dans ses retranchements. Elle crée des ponts presque inévitables avec la métaphysique. Entre utopie et uchronie, je milite plutôt pour une pensée de l’hétérotopie, comme l’écrivait Foucault. Des lieux autres, radicalement autres. Des navires dans la mer des concepts saturés d’histoire. Mais, oui, il est tout à fait possible que d’autres mondes existent et exhibent des rapports de force inversés. Mais cette diversité ne doit d’aucune manière amoindrir notre capacité de révolte et notre désir d’action au sein de ce monde-ci. Choisissons Épicure, Lucrèce, Montaigne et Nietzsche : pensons d’abord dans l’ici de ce maintenant.


Toutes les photos sont de Sebastião Salgado et Jean-Pierre Collin ; le portrait d’Aurélien Barrau est de Lucile Bienvenu.


REBONDS 

☰ Lire notre entretien avec Normand Baillargeon : « Le statut moral des animaux est impossible à ignorer », novembre 2014

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Chemins d'école.

Pour la séance de géographie demain. Pour leur apprendre le monde, je me sers des différences de vie à travers les continents et les pays. Bien entendu, après la géographie, on passe aux discussions...Et il y a beaucoup à en dire...

 

Chemins d'écoles, chemins de tous les dangers
Le Mexique

43 min

Disponible du 06/10/2018 au 12/10/2018

Disponible en direct : oui

Prochaine diffusion le vendredi 19 octobre à 11h20

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Sur la route semée d'embûches de vaillants écoliers aux quatre coins du monde. Dans le nord du Mexique, les enfants sont habitués à escalader les parois des gorges pour se rendre à l'école, située tout en haut, sur un plateau. Ils réussissent à gravir 1 950 mètres en seulement une heure et demie...

Dans le nord du Mexique, dans les Barrancas del cobre ("les ravins du cuivre"), une merveille de la nature, vivent les Tarahumara, l'une des dernières tribus amérindiennes. Les enfants sont habitués à escalader les parois des gorges pour se rendre à l'école, située tout en haut, sur un plateau. Ils réussissent à gravir 1 950 mètres en seulement une heure et demie, alors qu'un randonneur met souvent deux fois plus de temps. Lorsqu'il pleut, les pentes deviennent glissantes et il faut traverser un torrent déchaîné. Dans ces cas-là, les élèves préfèrent marcher pieds nus ou avec des sandales découpées dans des bouts de pneus. 

Réalisation :

Marc Kosak

Pays :

Allemagne

Année :

2014

Court-métrage

« Thermostat 6 », le court-métrage animé qui critique le déni écologique

Eva-Marie Debas

Diane n’en peut plus de voir son plafond goutter dans un seau déjà plein à ras-bord. Sa famille étant insensible à cette situation, elle décide de prendre les choses en main. Dans un court-métrage d'animation à la fois malin et drôle qui constitue leur travail de fin d'études à l'école des Gobelins, Maya Av-ron, Marion Coudert, Mylène Cominotti et Sixtine Dano, les quatre co-réalisatrices de « Thermostat 6 », interrogent notre manque de responsabilité face à l'urgence climatique.

 « Il faut chaud, hein, pour cette période de l’année ! », balance l'un des personnages, occupé à partager un repas avec sa famille autour d’une table. Homard, melon, tomates farcies, gigot d’agneau… Les plats se suivent, et les bavardages vont bon train aussi. Mais c'est sans compter sur le comportement de la jeune Diane. Ayant remarqué que le seau placé sous une fuite d’eau en provenance du plafond déborde, elle décide de grimper sur la table pour tenter de réparer le tuyau. Impuissante, elle demande l’aide de sa famille qui continue, impassible, à vaquer à ses occupations. La fuite d’eau s’aggrave de minute en minute, prête à inonder toute la demeure…

« On a voulu explorer l'inaction face à une catastrophe qui est un enjeu de civilisation »

Non, ce pitch n’est pas celui d’un mauvais film d’auteur français mais d’un court-métrage co-réalisé par quatre étudiantes dans le cadre de leur dernière année d’études aux Gobelins, école de l’image qui forme notamment au cinéma d’animation. « Dans notre film, la fuite d’eau qui se transforme en débordement, c’est l’emballement climatique qui arrive. On a voulu explorer le déni et l'inaction face à cette catastrophe qui est un enjeu de civilisation », nous expliquent les réalisatrices Maya Av-ron, Marion Coudert, Mylène Cominotti et Sixtine Dano. 

Car dans « Thermostat 6 », chaque élément a sa propre signification métaphorique et prend son sens de manière très subtile. Attention spoiler : les lignes qui suivent sont à regarder, de préférence, après avoir visionné les 5 minutes de ce court-métrage...

© Capture d'écran YouTube

La maison, brinquebalante, « représente la Terre, passée de génération en génération. Elle s’est dégradée et n’a jamais été réparée », nous explique Sixtine, l'une des réalisatrices. « Et Diane, c’est le citoyen, le militant, l’association qui n’a pas abandonné et qui continuera à chercher une solution jusqu’au bout, malgré l'ampleur du problème », poursuit-elle.

Face à la clairvoyance de cette héroïne se heurtent plusieurs personanges : la mère, symbole de l'esprit consumériste, qui apporte son lot de divertissements tous plus appétissants les uns que les autres ; le père, indifférent, qui reporte la responsabilité sur un plombier qui ne viendra jamais ; et le grand-père, figure patriarcale et conservatrice, qui refuse de voir la réalité en gardant les yeux rivés sur son journal, dont le titre est « Tout va bien ». C’est ce dernier qui a construit la bâtisse actuelle et, comme il le profère dans le film : « pas touche aux fondations ». Ben oui, tout a toujours très bien fonctionné comme ça, alors pourquoi vouloir tout remettre en question ? Enfin, le tout jeune garçon, qui se fait emporter par les eaux, symbolise les jeunes générations à venir. Celles qui devront trouver des solutions aux problèmes causés par leurs aïeuls.

« Depuis plusieurs années, on se sent impuissantes, seules et parfois en colère face aux problèmes écologiques »

Sans (trop) nous culpabiliser, le film explore donc le dérèglement climatique sous un angle finalement pas très abordé — celui de la procrastination et de la déresponsabilisation. « Depuis plusieurs années, on se sent impuissantes, seules et parfois en colère face aux problèmes écologiques. Les événements catastrophiques s’enchaînent, mais aucune solution d’envergure n’est mise en place », confient les réalisatrices. « C’est un problème vicieux : on lit un article sur la pollution qui nous révolte, et puis on passe à autre chose. Cette dissonance cognitive nous permet de vivre dans un déni confortable pour le moment, mais cela ne nous sauvera pas sur le long terme. »

Un message d'alerte de plus - artistique celui-là - pour rappeler que la question écologique nous concerne tous, et qu'il est grand temps d'agir avant que le thermostat planétaire n'explose.

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Image à la une extraite du film « Thermostat 6 »

Climat : dernier rappel.

Dans un rapport de 400 pages, le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat détaille les nombreuses conséquences, déjà à l'œuvre, du réchauffement et appelle à de profonds changements sociétaux pour éviter leur emballement.

Quelque 6% des insectes, 8% des plantes et 4% des animaux vertébrés perdraient la moitié de leur habitat en cas de hausse d\'1,5°C des températures.
Quelque 6% des insectes, 8% des plantes et 4% des animaux vertébrés perdraient la moitié de leur habitat en cas de hausse d'1,5°C des températures. (JNDSB / IMAGINECHINA / AFP)

Plus que jamais, ça chauffe. Et si rien n'est fait pour contenir le réchauffement climatique, les conséquences pourraient être catastrophiques pour notre planète. C'est tout le sens des nouvelles conclusions du Giec, qui regroupe les experts du climat de l'ONU, dans un rapport publié lundi 8 octobre. Franceinfo revient sur ce document alarmant de 400 pages.

Que nous apprend ce rapport ? 

Que si nous ne faisons rien rapidement, nous ne parviendrons jamais à limiter le réchauffement climatique à 1,5°C (par rapport aux niveaux pré-industriels). Concrètement, ces experts préviennent qu'au rythme actuel, nous allons atteindre ce niveau entre 2030 et 2052. Et si les Etats s'en tiennent à leurs engagements de réduction d'émissions pris dans le cadre de l'accord de Paris en 2015, nous atteindrons les +3°C à la fin du siècle. Il faut donc amorcer dès maintenant "des changements sans précédent dans tous les aspects de la société", alertent les experts.

"Chaque petit accès de réchauffement supplémentaire compte, d'autant que passer 1,5°C accroît le risque de changements profonds voire irréversibles, comme la perte de certains écosystèmes", explique Hans-Otto Pörtner, coprésident de cette session du Giec.

Que va-t-il se passer si on ne fait rien ? 

La liste des bouleversements fait froid dans le dos. Les différences entre notre climat actuel, après une hausse de 1,5°C ou encore de 2°C sont très concrètes. Si le réchauffement atteint +1,5°C, il aura des impacts irréversibles sur certaines espèces animales ou végétales, comme les coraux, la toundra et la forêt boréale. Quelque 6% des insectes, 8% des plantes et 4% des animaux vertébrés perdraient la moitié de leur habitat. Et si la barre des 2°C est atteinte, ces populations seront deux fois plus touchées.

Le niveau des mers, si l'on s'en tient à +1,5°C, aura gagné 26 à 77 cm d'ici à 2100, selon les projections. A +2°C, ce serait 10 cm de plus, soit jusqu'à 10 millions de personnes supplémentaires affectées. A long terme, l'instabilité de la calotte antarctique et/ou la perte de celle du Groenland pourraient être déclenchées vers +1,5/2°C, faisant grimper les mers de plusieurs mètres sur les siècles ou millénaires à venir. De plus, parvenir à circonscrire la hausse des températures à 1,5°C limiterait l'acidification de l'océan (liée aux concentrations accrues de CO2), qui menace la survie d'espèces, poissons, algues, etc. A +1,5°C, l'Arctique connaîtra un été sans banquise par siècle ; ce sera un par décennie à +2°C.  

L'impact sur les espèces sera moindre à 1,5°C : moins de feux de forêts, de perte de territoires, d'espèces invasives... A +1°C, 4% de la surface terrestre change d'écosystème, à +2°C ce sera 13%. La baisse de productivité du maïs, du riz ou du blé sera plus limitée à +1,5°C qu'à +2, de l'Asie du Sud-Est à l'Amérique latine, estime encore le rapport, qui décrit aussi des risques accrus pour les ressources en eau, la sécurité alimentaire ou la santé.

On peut s'en sortir ? 

Ce sera forcément compliqué. Pour rester à 1,5°C (une température qui entraîne déjà un profond changement de nos conditions de vie, rappelons-le), il faut baisser drastiquement les émissions de CO2 bien avant 2030 (-45% d'ici 2030 par rapport à leur niveau de 2010), pour ensuite arriver, vers 2050, à une "neutralité carbone" : c'est-à-dire cesser de rejeter dans l'atmosphère plus de CO2 que l'on ne peut en retirer.

"Neutralité" implique de ne plus garder que les émissions "résiduelles", pour les secteurs ne pouvant s'en passer (aviation par exemple). Ce surplus de CO2 devra être pompé grâce à des "technologies à émissions négatives". Comment y parvenir ? Libération liste des leviers à notre disposition, comme la protection des espaces naturels existants, l'extension des forêts tropicales, ou encore la régénération des océans.

Les efforts demandés sont considérables. Les énergies renouvelables devraient ainsi passer de 20 à 70% de la production électrique au milieu du siècle, la part du charbon devrait être presque nulle, la demande d'énergie devrait baisser, l'efficacité énergétique croître. L'industrie devrait réduire ses émissions de CO2 de 75-90% d'ici 2050 par rapport à 2010 (comparé à 50-80% pour +2°C), les transports passer aux énergies bas carbone (35-65% en 2050 contre moins de 5% en 2020). Selon le rapport, quelque 2 400 milliards de dollars (environ 2 000 milliards d'euros, soit quasiment le PIB de la France) d'investissements annuels seront nécessaires entre 2016 et 2035 pour la transformation des systèmes énergétiques. Si le coût paraît élevé, les scientifiques soulignent que le prix à payer de l'inaction serait bien plus terrible.

Et si on n'y arrive pas maintenant, peut-on rattraper le coup plus tard ? 

Dépasser le seuil de +1,5°C pour faire redescendre le mercure plus tard au cours du siècle a été envisagé par les experts du Giec. Mais ils soulignent les risques, certains irréversibles, comme la perte d'espèces, et les incertitudes sur l'efficacité de l'extraction du CO2 à grande échelle.

Comment réagissent les gouvernements ? 

Aux Etats-Unis, deuxième pays le plus pollueur de la planète derrière la Chine, Donald Trump ne s'est pas (encore) fendu d'un tweet. En France, François de Rugy a rappelé les objectifs du pays en matière de neutralité carbone. Le ministre de l'Ecologie précise qu'il présentera en fin de mois "la nouvelle stratégie bas carbone" du gouvernement. 

François de Rugy@FdeRugy

Les tristes conclusions du rapport du sont un appel à agir adressé au monde entier. En France, le @gouvernementFR s’est fixé un objectif ambitieux : atteindre la neutralité carbone à horizon 2050. Mais nous devons plus que jamais poursuivre nos efforts ! (1/3)

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François de Rugy@FdeRugy

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Les tristes conclusions du rapport du sont un appel à agir adressé au monde entier. En France, le @gouvernementFR s’est fixé un objectif ambitieux : atteindre la neutralité carbone à horizon 2050. Mais nous devons plus que jamais poursuivre nos efforts ! (1/3)

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À la fin du mois, nous présenterons notre nouvelle stratégie bas carbone. Déploiement d’une mobilité propre, sortie progressive des énergies fossiles, ↘️ de notre consommation d’énergie et de notre production de déchets ; il ne faut surtout pas faiblir maintenant ! (2/3)

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François de Rugy@FdeRugy

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En réponse à @FdeRugy

À la fin du mois, nous présenterons notre nouvelle stratégie bas carbone. Déploiement d’une mobilité propre, sortie progressive des énergies fossiles, ↘️ de notre consommation d’énergie et de notre production de déchets ; il ne faut surtout pas faiblir maintenant ! (2/3)

François de Rugy@FdeRugy

Nous allons nous mobiliser avec force auprès de nos voisins 
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Donner vie.

A la fin de la lecture d'un roman, si, après avoir refermé l'ouvrage, les personnages s'effacent, s'étiolent, se fragmentent et disparaissent, alors c'est qu'ils n'ont jamais existé, ni dans l'esprit du lecteur, ni même dans celui de l'auteur. L'écriture d'un roman consiste à donner vie. Pas simplement à l'imaginer.

C'est une souffrance, réelle, de penser que Maud, Sat, Laure, Jean, Théo, Jonathan, Max, Pierre, Blandine, Isabelle, Diane, Birgit, Yolanda et les dizaines de personnages de mes romans puissent être absorbés par l'oubli. On pourrait y voir de la prétention mais c'est juste de l'affection. Je les aime.

Ils sont là, je les vois, je les entends, je connais leurs habitudes, leur caractère propre, je connais toute leur histoire, leurs peines et leurs bonheurs, leurs amours et leurs détresses. Si je les croisais dans la rue, je n'en serais même pas surpris.

Mais cette vie que je ressens, est-ce que je suis parvenu à la transmettre dans l'écriture ? 

Est-ce que les personnages s'effaceront ? 

Est-ce qu'ils trouveront un point d'ancrage dans l'esprit des lecteurs ?

 

"Le Petit Prince" n'est pas dans le livre que j'ai lu enfant mais en moi. A tout jamais. C'est cela un livre : une passerelle pour que le personnage passe d'un esprit à l'autre.  

 

KUNDALINI :

Kundalini web 1

 

Maud, professeur de yoga, a cinquante-deux ans. Laurent, son mari, l’a quittée. Sans aucun signe précurseur.

Une rupture destructrice. Des mois de détresse, de colère, de remords, d'interrogations sans fin.

Puis Maud décide de s'accorder un séjour dans une région perdue des Alpes. Besoin de nature et de paix intérieure.

Elle va rencontrer Sat, un homme plus jeune qu'elle. D'origine hindoue, il détient la clé de l'éveil de Maud. Elle va vivre avec lui une réelle métamorphose.

Naturisme, méditation, respect, silence, contemplation, libération, conscience… Sexualité sacrée vers le couple divin. Illumination.

Jusqu'à l'ultime révélation… Ce qui est au-delà du connu.

« Puisque nous pensons en fonction de nos expériences et des sensations éprouvées, qu'en est-il lorsque la sensation est irrationnelle ? À quelle objectivité peut-on prétendre ? Une émotion qui n'a pas de raison d'être et qui en vient à briser toutes les certitudes et les modèles intégrés doit-elle être rejetée ou pleinement explorée ? Quitte à prendre des risques au regard d'une vie formatée…

Je n'avais pas le choix. Il fallait que j'écrive ce roman… Je ne pouvais pas déposer simplement de telles questions dans un coin de ma tête au risque qu'elle se mette à pencher d'un côté. »

Le mot de l’éditeur : « Thierry Ledru signe ici un OVNI littéraire. Une fiction qui a des allures d’essai philosophique, et qui trace un cheminement spirituel tout en emportant le lecteur dans une histoire grandiose et poétique. Un roman qui éveille les consciences et les sens, le tout composé d’une écriture magnifique et envoûtante ».

 


Voilà donc la couverture que j'aime infiniment. Un hommage à Nathalie et je la remercie de l'avoir accueilli. C'est cette image-là que je souhaitais pour ce livre. J'ai ajouté une dédicace également :

"A Nathalie, la femme que j'aime à chaque instant et que j'ai déjà aimée, en d'autres temps." 

 

Le texte de 4 ème de couverture. 

"Ovni littéraire"

L'expression utilisée par Anita Berchenko, fondatrice des éditions du 38, me touche particulièrement.

L'histoire remonte à ma classe de seconde au lycée. M Ollier, professeur de français, tenait dans la main une liasse de feuilles de classeur. Il avait distribué les devoirs de toute la classe et il lui restait le mien. Je m'en souviens très bien. Le thème demandait de travailler sur un texte relatif à l'oeuvre de Howard Philipps Lovecraft. "Une rupture totale dans la vie d'un homme" dans le mode fantastique et noir...

J'avais donc imaginé la vie bien huilée d'un fonctionnaire (je venais de lire "la métamorphose" de Kafka.) Cet homme emprunte tous les jours la même route pour aller à son travail et il passe au pied d'une falaise imposante, une ancienne carrière abandonnée. Le lieu est devenu une école d'escalade et les gens viennent aussi parfois y pique-niquer à l'ombre des grands arbres. 

Un jour, cet homme s'arrête après une journée particulièrement misérable. Comme le reste de sa vie. 

Il sort de la voiture et se dirige vers la falaise. Aimanté. Il abandonne sa veste, retire sa chemise et s'approche du rocher. Il y pose les mains, fasciné. 

La suite est trop longue...Il faudrait que je reprenne ça un jour  :) 

M Ollier tenait donc la liasse de feuilles dans la main et il a dit :

"Ledru, vous savez comment ça s'appelle ce que vous avez écrit ? C'est un ovni littéraire. Continuez à écrire et un jour, vous serez édité."

Merci M Ollier. Je n'ai jamais oublié.

Merci à Anita Berchenko, d'avoir ranimé le souvenir.

Le sentiment d’être 

Tribune de Paul Degryse : 
Quand être devient plénitude et sentiment


 

Ecrivain, initié depuis plus de 30 ans au chamanisme, Paul Degryse se définit comme un “chamane éclaireur”. A travers ses écrits et ses formations, il invite chacun d’entre nous à une réflexion sur la nature et la psyché humaine. Une forme de sagesse pour (r)éveiller les consciences. 

Un jour Don Juan emmena Carlos[1] au sommet d’une montagne dans le centre du Mexique où ils avaient l’habitude d’errer pendant des journées entières au cours desquelles Carlos recevait toujours une leçon aussi impressionnante que surprenante.

Après des heures de marche, ils firent une pause, contemplant un paysage dont l’horizon découvrait des crêtes rougeâtres à des dizaines de kilomètres de là.

Un spectacle à couper le souffle de beauté. Absorbés et comme hypnotisés par l’immense majesté de la situation, aucun des deux ne semblait pouvoir prononcer un mot.

Au bout d’un long moment, Don Juan se tourna lentement vers Carlos et, hochant doucement la tête comme s’il approuvait ce long silence, il montra le paysage d’un geste large du bras et lui dit : «  Regarde bien… tout cela est à toi… »

Carlos, habitué à ses plaisanteries, lui sourit doucement d’un air entendu sans un mot.

Don Juan fit un petit signe de dénégation et répondit d’un air grave : « Je ne plaisante pas… tout cela est vraiment à toi … »

Interloqué cette fois par son air sérieux, Carlos lui dit : «  Oui, d’accord… C’est une façon de parler… Vous voulez dire qu’il faut que j’en profite parce que c’est exceptionnellement beau … ! »

« Non.. ! Je ne plaisante pas … tout cela est vraiment à toi… souviens-toi : l’anneau de pouvoir…[2] ce sentiment que je vois sur ton visage, ce sentiment qui t’a rendu muet pendant près de vingt minutes, chose qui ne t’est pas habituelle, ce sentiment-là est gravé pour l’éternité dans cet endroit, ce sentiment-là que tu t’es permis d’avoir par ta présence ici… c’est la quintessence de ton être… »

Puis après un petit silence, il ajouta :  « C’est ici que tu viendras mourir et que ton âme se connectera à l’éternité quand ton temps sera venu de partir…. » Carlos sentit un long frisson parcourir sa colonne vertébrale… Il ne savait pas si c’était l’évocation de sa mort ou la nature exceptionnelle de cet instant, puis il se tourna à nouveau vers le paysage.

Et là, il comprit ce que Don Juan avait voulu dire… Il ressentit que le paysage et lui ne faisaient qu’un… Il n’existait plus en tant que « Carlos », il était seulement une conscience de plénitude comme il n’en avait jamais connu. Ce paysage était plus qu’à lui, il était lui…. rien ne comptait plus qu’être là… il ne voulait plus jamais en partir….

––––––––––––––––––––––––––––––––––

Quand on s’intéresse au chamanisme, on se demande fréquemment : « Qu’est-ce qui, après tout, différencie le chamane des autres hommes ? »

La réponse la plus opérationnelle est la suivante : « Les chamanes pratiquent le sentiment d’être »

En réalité, ils sont, ils sont vraiment, ils sont pleinement. Mais il faut comprendre le mot « être » non pas comme une abstraction verbale qui vient du fait qu’on l’emploie à tout bout de champ comme un verbe auxiliaire, mais comme la quintessence du sentiment d’exister, comme le sentiment d’une douce intensité qui, en les reliant à tout sans les dissoudre, leur apporte trois choses essentielles : la liberté, l’équilibre et la jubilation. Une joie discrète de vivre chaque instant de leur vie, ce qui, par ailleurs les ouvre à quelques pouvoirs tout à fait naturels mais simplement enfouis dans l’inconscient de l’homme moderne qui, le plus souvent vit trop exclusivement dans « l’avoir », le « faire », la peur de ne pas avoir, de ne pas assez faire et surtout en sacrifiant sa vie au système.

En un mot, l’homme moderne n’est plus connecté avec son âme.

C’est l’intensité variable du sentiment d’être qui conditionne toutes nos capacités de nous harmoniser avec le déroulement des situations qui constituent notre vie, et, par là, notre capacité d’être heureux.

La vraie spiritualité n’est pas religieuse. Elle est le développement libre de notre « ETRE » qui n’est pas qu’une vague sensation d’exister, mais un champ d’expériences dont la maîtrise progressive est infiniment plus importante que notre « paraître », notre « avoir », notre « faire », et surtout infiniment plus importante que notre dialogue intérieur, ce perpétuel remue-ménage de pensées qui n’arrête pas de tourbillonner dans notre tête et avec lequel nous nous décrivons à nous-mêmes nos craintes, nos regrets, nos opinions, nos croyances, nos justifications, nos jugements, etc.

Alors, qu’est-ce qui nous empêche d’ETRE, comme le sont les chamanes et éclaireurs ?

C’est précisément ce dialogue intérieur permanent, qui est reconnu par tous les maîtres spirituels des grands courants religieux de notre planète comme la plaie la plus tenace du genre humain.

Nourri par le formatage socialitaire, la surabondance informationnelle, l’anxiété du faire et de l’avoir, le dialogue intérieur est une véritable addiction du mental qui caractérise l’humanité.

A cause de lui, le sentiment d’être dont la source est dans notre corps lumineux a perdu la plus grande partie de sa force et il fait défaut à l’homme moderne pour maîtriser les moments négatifs de sa vie car, déconnectée de ce corps lumineux, la conscience ordinaire a perdu ses repères magiques qui devraient la guider pour que nous devenions des êtres équilibrés, forts, confiants et heureux. Nous subissons alors notre vie au lieu de la diriger.

Mais le sentiment d’être n’est jamais entièrement effacé de notre conscience. S’il n’affleure pas dans notre quotidien, ses racines sont toujours présentes quelque part au fond de nous – notre mal-être ou nos maladies sont en fait le signal positif qui exprime son désir de renaître. A nous d’écouter ce signal pour ce qu’il est : l’invitation à faire revivre notre sentiment d’ ETRE, la chose la plus importante de notre existence.

PAUL DEGRYSE- www.chamanisme-ecologie.com – wambli.cd@live.fr

[1] Carlos Castaneda est un anthropologue argentin qui reçut de la part d’un chamane yaqui du Mexique un enseignement de 24 ans à la suite duquel il devint lui-même chamane.

[2] L’anneau de pouvoir est la prise de conscience que nous créons notre réalité à chaque instant.

 

Chamanisme-écologie

Stages et formation en chamanisme Toltèque

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BIOGRAPHIE DE PAUL DEGRYSE

Actualités du site

Occupation professionnelle :

Anime des stages et des formations pour enseigner la connaissance et la pratique individuelle du chamanisme toltèque depuis 14 ans.

Reçoit en individuel des personnes pour des coachings chamaniques.

Anime des conférences sur la métaphysique ,la vision du monde et la connaissance de soi du chamanisme toltèque.

Ecrit des livres sur les mêmes sujets (6 livres à ce jour, Novembre 2013)

Parcours personnel

-Séjour d’un an à Taiwan en 1985 auprès d’un chamane chinois pour recevoir l’enseignement du chamanisme ainsi qu’une forme très ancienne de taichi-chuan

- lecture approfondie de toute l’oeuvre de Carlos Castaneda dont il fera la synthèse qui sera elle-même une partie de son 4ème livre : « chamane, le chemin des immortels » (editions Dervy)

- différents séjours avec des groupes de chamanes en Europe centrale, en Finlande, en Arizona et au Mexique de 1987 à 2008

-Commence à enseigner le chamanisme toltèque en 1998

Ouvrages publiés :

- 1987 : « le développement personnel systémique » (ed. Accarias-l’originel)

- 2005 : « mettre du pouvoir dans ses actes » (ed. Dervy)

- 2007 : « Chamane, le chemin des immortels » (Ed.Dervy)

- 2008 : « Le dit des chamanes » (Ed. accarias-L’originel)

- 2012 : « Pratique des gestes conscients toltèques » (Ed.Médicis-Dervy)

- 2013 : « Le chamanisme Toltèque et le pouvoir de l'âme » (Ed.Dervy)

- 2016 : « Chamanisme toltèque, le réalisme spirituel » (ed. Lanore)

Changement de monde.

Usbek & Rica

Quand des chercheurs appellent à nous préparer à l'effondrement climatique

Pablo Maillé

« Nouveau débat climatique : comment s’adapter à la fin du monde ». Dans un récent article, le magazine américain Bloomberg s’interroge : l’effondrement écologique est-il déjà en cours ? Et si oui, comment s’y préparer ? De plus en plus intéressés par ces questions, certains chercheurs américains préconisent des mesures radicales. D'après eux, la question n’est plus « Quand ? » mais « Comment s’y préparer ? ».

« Si certains des scénarios les plus extrêmes des crises écologiques se produisent, nous serons, en Occident, contraints de faire face à de telles transformations, non pas par choix politique, mais par nécessité. » L’étude du chercheur Jonathan Gosling date de décembre 2016, mais elle n’a jamais semblé aussi actuelle : série d'ouragans particulièrement violents en 2017, sécheresse exceptionnelle dans le nord de l’Europe et incendies jusqu'en Arctique cet été, inondations en Caroline du Nord en septembre… Les évènements extrêmes semblent gagner en fréquence et en intensité. Est-ce déjà la fin du monde ? La société moderne peut-elle s’y préparer ? Et quelles sont les implications politiques et sociales du dérèglement climatique actuel ? Autant de questions que pose Bloomberg dans un article publié le 26 septembre, en prenant l’étude de Gosling pour point de départ.

La partie néerlandaise de l'île de Saint-Martin, après le passage de l'ouragan Irma, en 2017. Source : Ministry of Defense, Netherlands / CC Wikimédia.
La partie néerlandaise de l'île de Saint-Martin, après le passage de l'ouragan Irma, en 2017. Source : Ministry of Defense, Netherlands / CC Wikimédia.

 « Adaptation profonde »

Une étude dans laquelle l’anthropologiste, aujourd’hui en retraite, préconisait non seulement une « décarbonisation rapide » et la mise en place d'« infrastructures résistantes aux tempêtes », mais aussi la construction de « systèmes d’eau et de communication pouvant résister à l’effondrement des réseaux électriques » et la « sauvegarde des réserves de nourriture, à travers la protection des insectes pollinisateurs ». Dans le cas contraire, prédit Gosling, « nous nous retrouverons à un point catastrophique, où tous nos systèmes de valeurs seront proches de la rupture. Nous n’aurons plus les capacités - économiques, sociales, politiques - de pouvoir jouir de niveaux de richesse et de prospérité matérielle indéfiniment croissants ».

Des recommandations d’une urgence extrême, relayées aujourd’hui par d’autres scientifiques. Jem Bendell, professeur à l’université de Columbia, utilise ainsi le terme « adaptation profonde » (« deep adaptation ») pour décrire un ensemble de mesures à prendre, à la fois « physiques et culturelles » : côté physique, « se retirer des côtes, fermer certaines installations industrielles, planifier une rationalisation alimentaire, permettre aux paysages de retrouver leur état naturel » ; côté culturel, « renoncer à ses attentes concernant certains types de consommation, et apprendre à s’appuyer davantage sur les personnes autour de nous ».

Déplacements de population

Particulièrement importante pour les Etats-Unis, la question du déplacement des foyers situés sur les côtes est probablement « le point le plus coûteux », note Bloomberg. Depuis 1989, l’Agence fédérale américaine de gestion des situations d’urgence a ainsi dépensé 2,8 milliards de dollars pour racheter « seulement » 40 000 maisons dans des zones « particulièrement sujettes aux inondations ». Un chiffre bien en deçà des quatre millions de citoyens américains qui devront déménager quand le niveau des mers sera monté d’un mètre, comme le prévoyait une étude publiée en 2016 dans la revue Nature Climate Change. Si rien n’est fait, la situation débouchera sur « la migration totalement incontrôlée de centaines de milliers, voire de millions de personnes sur le sol américain », note Rob Moore, expert en politique au Natural Resources Defense Council et spécialiste des inondations.

Professeur à Harvard et ancien directeur de la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences, William Clark soutient quant à lui un « changement d’échelle » dans notre travail d’adaptation. « Plutôt que de simplement demander aux gens d’arroser moins souvent leur gazon, par exemple, les gouvernements doivent envisager des projets d’infrastructures à long terme, comme le transport d’eau vers des régions de plus en plus arides et des villes éloignées de l’océan », écrit Bloomberg.

De même, Cameron Harrington, professeur de relations internationales à l’Université de Durham en Angleterre et coauteur du livre Security in the Anthropocene, explique que l’adaptation aux bouleversements climatiques nécessitera que les gouvernements cessent d’envisager ces problèmes comme une simple « menace pour la sécurité ». Les Etats devront, au contraire, trouver de nouvelles solutions transfrontalières, par exemple en partageant leurs ressources en eau douce. « Nous ne pourrons pas ériger suffisamment de murs à nos frontières pour empêcher les effets du changement climatique », prévient Harrington.

« Réponses collectives »

Parmi les plus pessimistes (ou réalistes, c’est selon), Guy McPherson, professeur émérite de ressources naturelles à l’Université de l’Arizona, affirme que l’effondrement de notre civilisation interviendra peu après la disparition de la couverture glaciaire arctique en été, provoquant une augmentation brutale des températures partout dans le monde et des pénuries de carburant et de nourriture généralisées. D’après lui, un tel phénomène pourrait même intervenir « dès l’année prochaine ».

Mais pour Jem Bendell, il s’agit moins de savoir quand le changement climatique ébranlera définitivement l’ordre social occidental que de commencer à l’évoquer et à s'y préparer. Interrogé sur la proximité de sa pensée avec celle du mouvement survivaliste, il objecte que son objectif est, justement, d’atténuer les dommages qui seront causés par un effondrement inévitable, pas de « chercher à survivre plus longtemps que les autres ». Et de conclure : « Il s’agit de réponses collectives, destinées à réduire au maximum les préjudices. »

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KUNDALINI, dans l'attente.

 

Plusieurs personnes m'ont demandé ici ou sur ma page Facebook si la sortie de KUNDALINI était toujours prévue.

Oui. 

Probablement en octobre. La maison d'édition fait ce qu'elle peut au regard de la charge de travail pour le nombre de personnes. C'est toute la difficulté des petites structures : travailler à la promotion et à la vente et travailler à la découverte d'auteurs et de livres. Les deux tâches réclamant une très grande énergie et beaucoup de temps.  

La maison d'édition m'a annoncé également qu'elle souhaitait publier "JUSQU'AU BOUT", " A COEUR OUVERT" et "LES EVEILLES"

J'espère que les ventes de KUNDALINI viendront déjà récompenser l'engagement de la maison pour mes textes et ceux de tous les autres auteurs "anonymes".

J'ai réalisé aujourd'hui qu'à partir de septembre 2019, début de ma retraite, je pourrai consacrer autant de temps que souhaité à l'écriture. Etrangement, je réalise ce qui va se produire avec la fin de cette activité professionnelle en m'imaginant écrire, n'importe quand...Librement.

Pour ce qui est de "KUNDALINI", je pense, en tout cas, que sa lecture surprendra les lecteurs et lectrices.

 

KUNDALINI

 

« Maud. »

Elle s’éloigna un peu de son visage.

« L’important est que tu chevauches ton plaisir, pas qu’il te piétine.

-La pleine conscience, c’est ça.

-Oui, observe, visualise, dirige ton plaisir, c’est toi qui tiens les rênes. Et si tu fermes les yeux, ouvre-les à l’intérieur. Cette émotion que tu as ressentie tout à l’heure et qui a fini par te paniquer, va la chercher, elle est quelque part en toi, prends-là et mêle-la à l’énergie qui vibre, là, maintenant. Transforme cette peur en quelque chose qui élève. C’est simplement ton regard qui doit changer. Tu verras alors que tu as juste eu peur d’un amour qui te paraissait trop vaste. Mais tu ne te perdras pas dans ce territoire puisque c’est le territoire qui souhaite entrer en toi.

-L’amour en moi.

-La vie qui s’aime en toi, ajouta-t-il. Nous ne faisons pas l’amour, c’est l’amour qui se sert de nous pour que la vie prenne conscience d’elle-même.

-Alors, je vais user de mon amour pour toi et aimer cette vie en moi », termina-t-elle avant de l’embrasser.

Et d’avoir osé le dire l’inonda de douceur. Pour elle-même.

Il s’était allongé sur le dos, elle avait posé une cuisse sur son bassin. Puis, elle descendit en pointant la langue sur son torse, elle parcourut son ventre puis ses bras, ses aisselles, ses mains, son cou puis de nouveau son ventre et lorsque sa bouche rencontra la verge dressée, elle s’appliqua à la mouiller, sur toute la longueur, à lécher les bourses et le périnée puis elle posa sa bouche à la cime et engloutit le membre lentement.

Et plus incroyable encore pour elle qui ne se reconnaissait déjà plus, elle leva les yeux vers le visage de Sat et elle croisa son regard.

Se voir dans ses yeux, comme un miroir diffusant du bonheur.

Cette femme que Sat regardait caresser sa verge, c’était elle.

Cette femme adorant en elle l’amour qu’elle offrait.

Elle avait toujours fermé les yeux quand elle aimait Laurent et elle n’avait donc jamais pu se voir en lui.

Cette estime de soi qu’elle libérait enfin, cet amour d’elle-même qui invitait l’amour de Sat.

Elle serrait le membre palpitant et elle éprouvait au plus profond un plaisir qui n’était pas uniquement celui des sens.

Sans pour autant pouvoir identifier clairement ce qui était là.

Alors, elle cessa d’y penser.

Sat fit signe de se redresser. Elle abandonna ses caresses et le regarda. Il passa la tête entre ses cuisses et glissa sous elle. Tête bêche.

Les lèvres de Sat sur son sexe. Elle en tressaillit et elle renforça la pression. Elle posa la bouche sur la tige érigée, léchant le gland amoureusement puis elle l’avala autant qu’elle le put. Elle le voulait en lui, elle voulait qu’il gonfle encore en elle, elle voulait chevaucher son plaisir sur son corps, être une amazone, une maîtresse écuyère, la Déesse de Sat.

Elle suspendit ses caresses un court instant.

Une image fugace.

Elle était drapée dans une robe d’argent. La femme de son rêve.

Elle effaça l’image dans son plaisir.

Les doigts de Sat glissaient de son anus à son vagin et sa langue vivace enlaçait son clitoris. Elle voyait monter en elle des ondes chaudes.

Dehors. Sous les cieux, dans l’air tiède des ombres végétales. Elle aimait un homme, elle se donnait à lui comme elle n’avait jamais pensé pouvoir le faire de toute sa vie, avec cette impression de lui être offerte et en même temps de pouvoir jouer avec lui, dans une totale complicité…non…bien plus que ça…une reconnaissance…cette impression d’être reliée, connectée, absorbée, diluée, fragmentée, cette impression que seul le plaisir coulait dans ses veines…la langue de Sat…cette pointe appliquée qui jouait avec son sexe…des cisaillements soudains qui nourrissaient son désir…elle s’était totalement allongée sur lui, les seins épanouis sur son torse…elle sentait dans la verge des tensions régulières, des gonflements comme des houles passagères…elle savait que Sat appliquait ce qu’il savait…il avait parlé du contrôle énergétique…ne pas courir après l’orgasme…préliminaires, coït, orgasme…voilà, c’était le schéma qu’il avait détaillé…

Elle s’arrêta. Net. Elle abandonna la verge, elle suspendit toutes ses caresses et elle s’assit en se tournant vers lui.

Il en fit tout autant. Intrigué.

« Sat. J’aimerais que tu m’enseignes la sexualité sacrée dont tu m’as parlé. Je ne veux pas juste reproduire ce que j’ai déjà vécu avec toi, même si mes ressentis sont infiniment plus profonds, même si je ne reconnais déjà plus rien de ce que j’ai déjà connu. J’aimerais que tu m’apprennes à nous aimer. Et tu vois, quand je dis « nous aimer », c’est déjà une transformation radicale. Jusqu’ici, je n’ai toujours fait l’amour que pour mon partenaire… et… pour moi. Mais jamais pour le nous. Même si je le croyais. Tu vois ce que je veux dire ? »

Elle aimait son sourire quand il regardait ainsi en elle.

« Oui, je vois ce que tu veux dire. Le nous signifie que tu es dans l’amour et non juste dans la sexualité, que tu es dans la conscience et non juste dans l’excitation, que tu es dans la patience et non juste dans l’urgence de l’orgasme et que tu es dans l’amour pour toi et c’est essentiel pour une femme.

-Voilà, c’est ça. Un jour, je saurai l’exprimer à mon tour. Un jour, ça sera en moi pour toujours.

-J’en suis convaincu. »

Il l’invita à s’asseoir en lotus.

Elle s’exécuta avec délice, impatiente et consciente de son impatience. Elle eut un rire bref, un éclat cristallin quand elle se vit s’observant intérieurement, visualisant la chaleur de ses désirs et le regard neutre qu’elle y posait.

Elle pensa soudainement à ces étreintes anciennes où seule l’excitation guidait ses gestes. Cette impression qu’il n’en restait rien.

« J’aime te sentir heureuse. »

Il se pencha vers son visage et l’embrassa.

« Le coït respiré. Ça me paraît tout à fait adapté.

-Ce que tu veux, Sat, explique-moi. »

Il se plaça devant elle et posa les mains sur ses cuisses entrouvertes.

« Il s’agit de synchroniser les respirations sur les mouvements du coït. Lorsque ma verge entre en toi, tu l’attires par une inspiration naturelle, sans forcer, sans exagérer, n’essaie pas de la modifier par ton mental, laisse-toi guider par le rythme que ton corps adoptera. De mon côté, je me retire partiellement à chaque expiration et je reproduis le même va-et-vient, aussi longtemps que tu le souhaites. »

Il se pencha vers elle et posa les lèvres sur sa bouche. Elle accueillit sa langue avec délice, les mains caressant son corps. Elle sentit le membre érigé frotter la corolle de son sexe.

Les yeux au fond des siens, elle se concentra sur le souffle.

« Depuis bien trop longtemps, Maud, la femme a été amenée à penser que son rôle était de satisfaire la sexualité génitale de l’homme. »

Une voix murmurée à son oreille.

«  La vérité est à l’opposé de cette habitude ancestrale. L’expression la plus noble de l’amour est que l’homme participe à l’extase divine de la femme, qu’il en soit l’ouvrier patient et appliqué. C’est dans cette dimension amoureuse que je parviens à être dans le nous. Oublie-moi, n’attache pas ton plaisir à mon image mais uniquement à l’amour de la vie en toi. C’est lui qui vibre et c’est lui qu’il convient d’honorer. Et la puissance de ton hommage pour cet amour de la vie nourrira mon plaisir. Abandonne-toi, ouvre-toi et je te rejoindrai. Tu es notre guide.»

Cette envie de pleurer et de rire, elle finissait par l’aimer et ne plus la craindre. Elle plongea au fond de ses prunelles en inspirant, bouche ouverte.

Elle sentit un contact léger, comme une tête prudente qui se glisse entre les rideaux entrouverts de la scène.

Expiration, introduction partielle de l’acteur…inspiration…les pans de tissus qui s’ouvrent et cette chaleur en elle, comme des projecteurs irisés ruisselant d’averses tièdes…expiration... un instant suspendu dans l’observation intime des marées intérieures… inspiration prolongée, mouvements du bassin, elle sentait le membre glisser dans l’étroiture, des perles de rosée naissaient sur son parcours…expiration…les ressentis de sa présence en elle… elle les observait comme des empreintes éternelles…inspiration…elle l’aspirait, grande ouverte, un puits d’amour qu’elle voulait combler, qu’il remonte à son âme et qu’il l’emplisse de sa puissance…ce sourire qui ne la quittait plus, elle n’aurait su dire s’il était visible…elle aimantait le membre dans une inspiration magnétique, elle voulait le garder et craignait qu’il se retire…expiration…elle comprit alors qu’elle n’était pas vraiment là, que les pensées temporelles s’imposaient encore, que les émotions n’étaient pas celles de la vie mais bien toujours celle d’un mental qui craignait de disparaître…inspiration…abandonne-toi, laisse la vie te vivre, elle sait où elle va…Sat…elle n’avait pas oublié et s’en étonnait…Kundalini…il avait dit que les capacités neuronales s’amplifiaient…expiration…elle regrettait de n’avoir pas vécu pleinement la dernière pénétration… elle sentit monter de la colère…inspiration…elle l’enserra de ses bras et de ses jambes repliées dans son dos, elle se voulait ouverte, immense, béante, elle se voulait ancrage et qu’il ne puisse plus partir, elle retint son souffle…

Elle n’y parvenait pas, il le savait, les pensées la tourmentaient et elle s’en voulait certainement de se voir aussi fragile, aussi instable et impatiente, il percevait les parasites dans les fluides, des nœuds profonds qui cisaillaient les courants d’énergie. Alors, il amplifia la cadence de ses mouvements, il en varia l’angle, il s’appliqua à onduler son pubis contre le sien, il se décala de nouveau sur le côté pour pouvoir saisir les tétons dressés et il les enveloppa de ses lèvres, il les suça ardemment, puis doucement, il les mordilla et les lécha, il cercla les auréoles de la pointe de la langue.

Il pouvait la libérer, il le savait.

Il entendit l’accélération de ses souffles, il sentit le déferlement des plaisirs dans les fibres irradiées.

« Viens sur moi, Maud et on recommence. »

Il s’allongea sur le dos.

Elle l’enjamba et plaça son bassin au-dessus de sa verge. Elle la saisit et la conduisit à l’entrée de l’antre.

La concupiscence. Elle en devinait les anciens ancrages, les attachements archaïques. De quoi avait-elle encore peur ? De ne pas réussir à jouir ? Que Sat éjacule et s’endorme ? Ridicule. Elle s’en voulait de cette absence d’abandon, de tous ces ressentis qui remontaient des mémoires de son corps, les déceptions de son sexe quand Laurent n’avait pas su l’enflammer. Mais elle, la femme bridée, qu’avait-elle accompli pour qu’il y parvienne ? S’était-elle jamais abandonnée avec lui ? Avait-elle aimé en elle l’amour que Laurent lui procurait ? Avait-elle réellement plongé dans l’offrande ?

Inspiration.

Elle descendit entièrement sur la verge, bouche ouverte, la tête en arrière, les mains en appui sur les genoux de Sat, le ventre creusé, les seins comme des oriflammes.

« Oublie-moi »…

Sat l’avait dit…Mais elle n’y parvenait pas.

C’est lui qui enflammait ses entrailles, c’est son membre qui fouillait en elle, qui l’emplissait d’une irradiation totale.

Expiration.

Abandonner la verge de Sat. Elle avait dû faire un effort immense pour respecter la procédure.

Il contemplait son visage, l’arrondi de ses seins comme des monts sublimes, les mouvements de son bassin alternant les va-et-vient. Il devinait encore des contractions fugaces, des ingérences mentalisées, des crispations de rides sur son front. Il insuffla dans sa verge des montées vibratoires, travail des muscles du périnée, visualisation du flux sanguin, concentration du souffle, accompagner l’air dans la verge, le gonflement des tissus, la rétention du sperme, l’inversion du flux montant, réactivation incessante du processus, comme une accumulation de forces contre la digue, des avalanches qui remontent la pente.

« Ne pense pas à la nuit dernière, Maud, ne te fixe pas d’objectifs similaires, ce qui était n’est plus. Reste là, avec l’amour en toi. Il ne voyage pas dans le temps. Il n’y a que tes pensées qui s’égarent. Ne t’impatiente pas. Ce qui doit être arrivera.»

Elle le regarda fixement, l’esprit étourdi, le corps tendu.

Arrêter de penser et devoir y penser pour le faire. C’était absurde, elle le savait. Revenir à la respiration, la répéter précieusement comme un mantra.

Sans y réfléchir, elle inversa le mouvement entre les pénétrations et le souffle. Elle descendit sur la verge en expirant et de se sentir vide d’air, elle percevait davantage la présence du membre palpitant.

Elle initia un mouvement d’avant en arrière, pubis contre pubis, comme un roulement de vagues, une danse écumeuse, les mains affairées aux caresses du torse de Sat, cette présence en elle, l’énergie de Sat, elle voulait la bénir, elle voulait en nourrir sa jouissance. Elle se synchronisa de nouveau sur la respiration et elle sentit cette fois monter dans sa colonne une vague de frissons chauds. Des paliers qui se découvraient, des zones à franchir, comme des étapes vers l’altitude, elle pensa aux chakras puis rejeta l’image, elle n’avait pas assez de connaissances pour s’égarer dans les illusions du mental, elle voulait vivre et ne rien croire.

Les frissons se dispersèrent dans son crâne comme des bruines tièdes et elle ferma les yeux.

« Oublie-moi. » Il l’avait dit. Entrer dans le territoire de l’amour, sans identité, sans intention, évaporée comme autant de particules, saisir l’énergie, la fusionner avec l’énergie sexuelle…non…elles n’étaient pas différentes…elle se trompait…elle ne faisait pas l’amour…elle était dans l’amour et l’amour se servait d’elle.

« J’aimerais qu’on se remette en lotus, Sat. »

Il ne répondit pas mais l’invita à se retirer.

Le vide en elle quand sa verge l’abandonna. Elle aurait voulu tenir dans ses mains la boule de chaleur qui s’évapora.

Et c’est là qu’elle comprit l’alternance. C’est au moment où elle glissait de nouveau sur le sexe tendu qu’elle comprit le protocole.

Augmenter la pression, accumuler l’énergie comme un bourgeon qui se gave de sève. Il ne connaît pas la suite de son aventure, il ne sait pas qu’il va s’ouvrir, qu’il deviendra feuille ou fleurs ou fruits. Il n’est que bourgeon et il vit.

Et c’est là qu’elle comprit l’illumination. Le paysage qui avait fondu en elle. Juste là, dans cette contemplation affûtée, ces regards scrutateurs qui vont au-dedans des choses. Elle s’était libérée des visions de sa mémoire, elle n’avait pas regardé les reliefs comme des choses connues mais comme…

Elle ne savait pas l’exprimer.

Cette montée de larmes en elle.

La respiration qui accélère, le soleil dans son dos, sur ses fesses, l’air autour d’elle comme un cocon silencieux et la verge de Sat comme un piston accordé à ses souffles. Elle entendit une voix qui gémissait et elle comprit étrangement que c’était elle, comme un écho lointain qui remontait des entrailles, la pression des pubis électrisant son clitoris, des décharges lumineuses, des bouffées d’air brûlant qui remontaient de son ventre et fusionnait avec l’air qu’elle inspirait, comme un circuit fermé mû par un mouvement perpétuel. Elle voyait en elle des courants pétillant, un cheminement précis, une circumnavigation interne, de sa bouche à son sexe, une boucle chargée de particules.

Elle se cambra et tendit les seins, la tête en arrière, les cheveux tombant, la bouche ouverte, cette conscience de son corps impudique, elle n’en voulait plus, elle aimait la verge de Sat, elle aimait son corps, elle aimait la jouissance qui montait, l’impudeur était une morale humaine, rien dans l’amour en elle ne devait s’accorder à une morale, elle voulait jouir, être la femme réelle qu’elle devinait et de s’autoriser ainsi une nudité aussi totale, elle sentit fondre des chaînes mentales, des résistances inquiètes, des images fausses consumées par le feu de ses entrailles, par le brasier de ses fibres, par le ruissellement de son sexe, les flamboyances qui jaillissaient avec de plus en plus d’ampleur.

Elle n’avait rien à retenir, elle n’avait rien à protéger, il n’y avait aucun danger, aucune menace, aucun objectif à tenir. Juste être là, dans le vide et se remplir de tout ce qu’il était.

La verge de Sat comme un créateur d’Univers.

Alors, elle voulut tout connaître, tout explorer, aller au-delà du connu puisqu’il n’était qu’une prison, que la mémoire était une geôle et qu’il fallait l’ouvrir pour qu’elle se charge du réel.

Elle ne comprenait plus vraiment ce qu’elle pensait et elle se dit d’ailleurs que les pensées pensaient toutes seules, qu’elles existaient au dehors et qu’elles tombaient en elle.

Elle se retira, fit demi-tour, passa une jambe de chaque côté du visage de Sat et prit sa verge dans ses mains. Elle la lissa, doucement et posa les lèvres sur le gland.

Les doigts de Sat sur ses fesses, écartant les monts, sa langue fouissant entre les plis des lèvres nacrées.

Elle continua à user de son souffle pour régler les mouvements de succion. Inspiration, elle absorbait la tige écarlate jusqu’aux racines.

Expiration.

Elle remontait jusqu’à la cime.

Elle imagina un court instant les jets de sperme dans sa bouche. Des queues luisantes de comètes, des laitances épaisses comme des étoiles liquides.

Le sperme de Laurent. Elle n’en aimait ni la matière ni le goût. Elle n’y percevait qu’une soumission nauséeuse et avait fini par la rejeter.

Insignifiance des ressentis primaires. Elle voulait vivre l’instant et ne plus rien s’interdire, franchir les limites imaginaires, dépasser le cadre étroit de la matière.

L’amour n’a pas de mémoire. Elle le comprenait enfin.

Comme si cela participait au processus. Sans qu’elle ne sache vraiment ce que le processus contenait de découvertes ni même en quoi il consistait. Une évidence. Ce monde qu’elle avait aperçu tout à l’heure dans une étreinte incompréhensible s’ouvrait intégralement à ce que la vie proposait, sans rejet, ni colère, ni adoration, ni suffisance, ni peur, ni espoir, ni attente. Le monde jouissait de ce qui le constituait. Intégralement.

La terre n’a jamais rejeté la moindre graine.

Elle absorberait le sperme de Sat comme des rosées salutaires. Ou qu’il jaillisse.

Et ce fut en elle comme une terre chaude qui s’ouvrait à la pluie.

Elle glissa vers les pieds de Sat et le remercia intérieurement de son abandon à ses désirs. Elle posa les mains sur ses tibias, totalement dénués de poils, elle les trouva beaux et s’étonna de cette émotion. Des tibias…

Une étrange contemplation, l’impression de voir crépiter des couleurs.

Et là surgit la conviction que l’orgasme n’avait aucune importance, qu’autre chose était possible. Ce qu’elle avait déjà vécu dans les bras de Sat n’était pas l’objectif final. Il y avait un horizon aussi vaste que ce qu’elle avait connu lorsque le monde était entré en elle. C’est là qu’elle voulait aller.

Elle le chevaucha de nouveau, les mains appuyées sur son torse. La verge comme une baguette de sourcier.

Un déversement continu.

Il était en elle comme la sève au cœur de l’arbre, comme le soleil sur le monde, la lumière nutritive. Il ne la pénétrait pas, il lui permettait d’être nourrie. Oui, c’était ça. La verge de Sat comme un cordon ombilical qui la reliait à la vie. Et coulait en elle le courant de la source, l’énergie de toutes choses.

Les fleurs donnent un sens à la vie des bourdons. Sa matrice donnait vie à la verge de Sat. L’un et l’autre redevables de la conscience révélée de l’énergie créatrice.

Les larmes de nouveau, un voile liquide qui noyait le paysage. Elle regarda les montagnes en descendant et montant sur la trompe butineuse et sa bouche ouverte aspirait des molécules parfumées.

Elle varia l’angle de frottement du membre en elle, le point sublime qui l’avait fait couler, elle en adorait la rosée.

Elle n’étouffa plus aucun de ses gémissements et elle voyait s’envoler dans les airs les souffles de sa voix, les aigus de ses râles, le chant de son corps.

Jouir dans la nature et se réjouir de la nature en soi.

Un papillon coloré passa devant elle, un vol chaotique empli de joie. Elle croisa son regard pétillant et elle en éclata de rire.

Le plaisir l’enivrait et la verge engloutie agissait comme un alcool déversé, les vertiges l’emportaient et c’était délicieux, le brasier de son ventre remontait dans son dos et elle aurait pu dessiner à la perfection chacune de ses vertèbres, l’impression de les voir s’illuminer comme une guirlande, étage par étage, puis le courant lumineux redescendit entre ses seins et inonda son vagin.

Ne pas succomber à l’orgasme comme un bourgeon qui s’ouvrirait dès les premiers flux de sève, constituer une boule d’énergie, plus forte encore, plus vaste, plus dense, accueillir et ne pas vouloir se consumer, s’emplir jusqu’à l’ultime débordement.

Elle se dégagea de la verge et se déplaça. Il ne bougea pas. Elle s’accroupit au-dessus de son visage, comme si elle s’apprêtait à uriner, posant son sexe sur sa bouche, dans une posture qu’elle n’aurait jamais pensé initier. Et le bonheur de cette liberté l’envahit comme un souffle tiède, une risée de câlins chauds qu’elle regarda s’étendre.

La langue de Sat fouillait en elle et ses mains pétrissaient ses fesses.

« La puissance de ton hommage à l’amour de la vie nourrira mon plaisir. »

Il l’avait dit, elle n’oubliait plus rien désormais, aucune parole, comme un enregistreur inépuisable.

Elle s’était fabriqué des limites. Il n’y en aurait plus.

Pour la première fois de sa vie, elle invitait un homme à la caresser. Sans retenue, sans culpabilité, sans aucune peur, comme elle le souhaitait, sans que rien ne bride son désir et elle découvrait, en regardant le visage de Sat entre ses cuisses, ce bonheur du plaisir reçu sans que rien ne soit dû.

Il glissa deux doigts entre les lèvres, s’insinua lentement entre les parois intérieures.

Elle s’abandonna aux pressions, elle se délecta des rotations, elle absorba le moindre frémissement.

Elle leva les yeux vers les arbres, elle contempla les feuillages et sans pouvoir le comprendre, elle sentit dans son corps les pressions des sucs de la terre, le déversement des subsistances, la dispersion des flux énergétiques les plus infimes, la lumière absorbée pour que la vie se forme. Comme un envahissement libérateur, une invasion bénie des Dieux.

Elle vit en elle, sans en expliquer l’apparition soudaine, les lumières rasantes du lever du jour, ce moment suspendu où la marée solaire gagne les territoires, où la terre endormie par les câlins de la nuit se réveille, ces ondes délicieuses de la chaleur qui s’installe, l’apparition de l’astre par-dessus les crêtes et l’ascension inexorable vers le zénith.

Elle était au zénith.

Elle se tendit, le souffle bloqué, bouche ouverte, les mains pressant la poitrine de Sat et l’explosion l’emporta.

Une fois.

L’énergie se rechargea immédiatement.

Nouvelle ascension, deuxième vague contre la digue, un rouleau surpuissant qui balaya l’ouvrage, son sexe déversant des incendies liquides.

Deux fois.

Elle pensa un instant au visage de Sat, à sa bouche avide, à sa langue fouisseuse. Il ne se retirait pas, il accueillait ce qu’il déclenchait. Cet amour offert, cet homme entre ses cuisses ouvertes, cette attention sublime qu’il lui accordait. Elle voyait son regard aimant en elle et ce fut comme une fournaise.

Trois fois.

Elle se laissa tomber sur le côté.

« C’est trop fort, je ne tiens plus. »

Elle roula sur le dos. Il se dégagea et se plaça entre ses cuisses. Il souleva ses fesses et amena son pubis étoilé de cyprine à hauteur de son visage.

Les regards qui se croisent.

Il caressa de sa bouche la fine toison et lécha les lèvres avant de venir épouser le capuchon de son bouton érigé.

Elle ne voulait plus le quitter des yeux, elle s’évertuait à plonger en lui, à se réjouir de chacun de ses gestes, à capter l’intégralité des offrandes, qu’elles soient visuelles ou autres, les parfums de la sueur de Sat, les fragrances de son sexe mâle, le goût de son vagin sur sa bouche quand il l’embrassait, elle voulait goûter à tous les sens et que ses pensées se taisent.

C’est là que la contradiction apparut. Vouloir, c’était encore une pensée. Il lui restait encore à savoir taire ce mental, elle en devinait les résistances, comme des peurs qui s’accrochaient désespérément au-dessus des vides sensoriels.

Aller au plus profond de l’ouverture de son corps.

Le territoire de l’amour n’a pas de pensées.

Le corps de Sat entre ses cuisses ouvertes. Il avait reposé doucement ses fesses sur la couverture. Ses regards sur elle. Il était si bon de se sentir aimée.

Mais qu’aimait-il réellement ? Elle ou l’amour de la vie en elle ?

Elle ne chercha pas la réponse. Elle accueillit sa verge et les pensées s’enfuirent.

C’est lui qui adopta le protocole de la respiration et elle sentit à chaque souffle l’invasion délicieuse du membre et la chaleur insérée lorsqu’il se retirait. Elle aima l’alternance car elle ne souffrait plus de l’attente. Il ne restait que l’instant et sa complète absorption.

Le visage béat de Sat et cette flamboyance dans ses prunelles, comme si la vie brûlait à l’intérieur mais qu’il gardait la maîtrise du feu.

Elle accompagna ses souffles en synchronisant les contractions de son périnée lorsqu’il s’introduisait au plus profond, enserrant la verge dans son cocon et elle imagina son vagin comme un bourgeon extasié.

Elle aimait les muscles de son dos et la fermeté de ses fesses, les sangles tendues de ses abdominaux, toute cette force contrôlée. Sat aimait la vie en lui et non pas l’image qu’il avait de lui. Elle le savait. L’explication de cette joie qui émanait de chacun de ses regards, la fluidité de ses gestes, la profondeur de ses paroles, cette observation bienveillante de l’existence. Et la sensualité de son corps, cette beauté naturelle qu’il préservait religieusement.

Lui vint à l’esprit cette image des familles croyantes qui prient avant d’entamer un repas, ces paroles qui honorent et remercient.

Elle regrettait de n’avoir pas prié avant de jouir et se promit de combler l’oubli, de remercier désormais avant de consommer la joie des corps.

 

Prix Nobel de la paix et viol

 

En lisant cet article, il y avait quelque chose qui me dérangeait, sans que je parvienne réellement à identifier la raison. 

Prix nobel de la paix...Viol...

Oui, c'est ça...La juxtaposition des deux me semble tellement inconcevable, effroyable.

Quand j'étais enfant, la guerre était représentée dans mon esprit par la mort des soldats et parfois des civils.

Point. 

Il m'était impossible d'imaginer la suite.

Les viols... J'allais ajouter le mot "torture" mais le viol est une torture donc l'ajout est inutile. 

 

Le stade ultime de la déshumanisation.

Est-il possible d'imaginer l'esprit de ces hommes violeurs ?

Comment concevoir une telle distance spirituelle, morale, philosophique, éthique entre ces hommes violeurs et moi, et nous, les autres, ceux qui aiment ?

Comment est-il concevable que ces hommes existent ? 

C'est là, dans ces récits, que j'ai le plus de mal à valider la possibilité d'un parcours d'âmes, d'élévation spirituelle par la réincarnation, d'un cheminement incontournable pour accéder à la plénitude.

C'est tellement effroyable.

Lorsque le mental tente de décrypter le parcours spirituel, le conflit est parfois inévitable.

Parfois, le goût du nihilisme me revient. 

 

 

 

 

 

Prix Nobel de la paix : l'activiste yézidie Nadia Murad et le gynécologue congolais Denis Mukwege récompensés

L\'activiste yézidie Nadia Murad à la tribune des Nations unies à New York, le 9 mars 2017.
L'activiste yézidie Nadia Murad à la tribune des Nations unies à New York, le 9 mars 2017. (KENA BETANCUR / AFP)

Par franceinfo avec AFP – France Télévisions

Mis à jour le  – publié le 

Denis Mukwege a passé sa vie à soigner les femmes violées dans les conflits en République démocratique du Congo. Nadia Murad, capturée et violée par l'Etat islamique en Irak, est une jeune activiste des droits de l'homme et de la cause des femmes.

Le gynécologue congolais Denis Mukwege et la jeune activiste yézidie Nadia Murad ont reçu le prix Nobel de la paix, vendredi 5 octobre. Ils sont récompensés pour leurs combats contre les viols de guerre.

Nadia Murad, âgée de 25 ans, a été capturée et violée par l'Etat islamique en Irak. Depuis, elle est une activiste des droits de l'homme et de la cause des femmes. Aujourd'hui encore, Nadia Murad, tout comme son amie Lamia Haji Bachar, avec laquelle elle obtenait en 2016 le prix Sakharov du Parlement européen, n'a de cesse de répéter que plus de 3 000 Yézidies sont toujours portées disparues, dont certaines sont probablement encore captives.

Connu sous le nom de "l'homme qui répare les femmes", Denis Mukwege, âgé de 63 ans, a passé sa vie à soigner les femmes violées dans les conflits en République démocratique du Congo. En 2014, il a déjà reçu le Sakharov du Parlement européen.

Faire rien et le faire bien.

Au-dessus de mon bureau, dans la classe, il y a un carillon suspendu. Je m'en sers pour marquer l'état d'entrée en concentration lorsqu'un travail individuel s'enclenche.

Discussion du jour. 

 

"Depuis le début de l'année, je vous ai expliqué combien il était important pour moi que le travail que vous effectuez vous permette prioritairement de vous connaitre, c'est à dire à observer ce qui se passe en vous lorsque vous travaillez.

Il est important que vous progressiez dans le travail scolaire mais il est plus important encore que vous progressiez dans votre propre connaissance de vous-même.

Je vous ai expliqué qu'il était indispensable que vous parveniez à regarder en vous pour voir si vous êtes attentif à ce qui se passe autour de vous ou si êtes capable de vous concentrer réellement sur le travail en cours.

Voir si vous êtes capable de peindre en jaune fluo les pensées associées à ce travail pour pouvoir laisser toutes celles qui n'ont aucun intérêt à ce moment-là.

Voir si vous êtes capable de comprendre ce que signifie le contrôle des émotions, que ça soit la peur ou l'excitation.

Voir si vous savez maintenir l'équilibre entre la volonté et le calme, c'est à dire la sérénité de celui ou celle qui sait qu'il possède le potentiel pour effectuer ce travail et qu'il doit tout mettre en oeuvre pour y parvenir.

Voir si vous êtes capable d'identifier des moments où le travail a été insuffisant pour que ce potentiel puisse être pleinement exploité, voir si vous êtes capable de reconnaître vos manquements.

Voir si vous pensez bien également à vous féliciter pour le travail accompli et à être fier de votre parcours, heureux de vous sentir grandir.

Alors, maintenant, pour marquer l'entrée dans chaque nouvelle journée de découverte, j'aimerais actionner notre carillon et que pendant cinq minutes, nous nous mettions dans un état de calme total, physiquement et intérieurement, un moment pendant lequel, nous allons juste remercier cette nouvelle journée pour tout ce qu'elle va nous proposer de vivre et nous remercier nous-mêmes de ce bonheur de grandir.

J'aimerais donc que pendant cinq minutes, nous décidions de "faire rien et de le faire bien." 

 

 

Le savoir des Kogis

Culture & Solidarités

Dialogue inédit entre chamanes kogis et scientifiques dans la Drôme

©Denis Mauplot

De fin août à mi-septembre 2018, trois chamanes Kogis de Colombie et une quinzaine de scientifiques français se sont rencontrés pour établir un diagnostic croisé sur l’état de santé écologique de la Drôme. Entre science occidentale et savoir traditionnel, quel bilan ont-ils tiré de cette expérience ? 

« Les Kogis de Colombie sont-ils porteurs d’une connaissance que nous aurions perdue ou que nous ignorerions ? Est-ce une connaissance liée à leur culture ou est-elle l’expression d’une connaissance universelle ? » interroge Éric Julien, géographe, fondateur de l’association Tchendukua et à l’initiative d’une rencontre inédite entre des scientifiques français et des Amérindiens kogis – un peuple racine vivant en harmonie avec la nature depuis 4 000 ans dans les montagnes colombiennes. Pendant une dizaine de jours, quatre Kogis (dont trois chamanes) et une dizaine de scientifiques (naturalistes, géographes, anthropologues, un médecin et un philosophe) ont parcouru la Drôme pour croiser leurs diagnostics sur l’état de ce territoire. Et pour que l’expérience soit la plus objective possible, Français et Colombiens ont travaillé 5 à 6 jours de leur côté (sans cartes pour les Kogis), avant de se rejoindre trois jours pour partager leurs analyses sur un écosystème qu’ils n’avaient jamais étudié auparavant.

Géologie, eau, végétation, climat… Les thèmes abordés ont été l’occasion de confronter deux méthodes et deux regards sur la nature. Sur le terrain, Éric Julien se souvient avec émotion qu’en marchant dans une zone de grès, « l’un des Kogis a pris une roche et, lorsqu’on lui a demandé ce qu’elle était pour eux, ils nous a expliqué que c’était une roche très ancienne qui gardait la mémoire de la fondation du monde et de la création de la vie. En me tournant ensuite vers le naturaliste, celui-ci nous a dit que c’était du grès du Trias, qui datait de – 350 millions d’années, qui venait du magma de la terre et qui parlait de la création du monde ! »

La naturaliste Béatrice Krémer-Cochet a elle aussi constaté tout au long des échanges que si « les Kogis ont une manière différente de présenter les choses, les conclusions sont les mêmes ». Les diagnostics kogis se sont souvent révélés très pertinents. Ainsi, lorsque ces derniers ont décrit la zone du sud du Vercors comme un territoire où il y avait eu, en des temps anciens, la présence d’animaux marins, les scientifiques ont confirmé l’origine océanique de la formation de ces montagnes il y a 150 millions d’années. « Les Kogis avaient-ils observé des fossiles marins ou avaient-ils fait appel à d’autres sources de connaissance ? » s’interroge la naturaliste.

Comment savent-ils tout cela ? La question n’aura de cesse de tarauder les scientifiques à leur contact. Pour Gilbert Cochet, naturaliste, les Kogis ont une appréhension « quasi intuitive de la nature, un ressenti direct qui leur fait voir beaucoup de choses ». Souvent épaté, le chercheur associé au Muséum d’histoire naturelle, a été particulièrement surpris de constater que les chamanes kogis ont très vite perçu que les pins noirs d’Autriche « n’étaient pas à leur place » dans cet environnement. Une espèce en effet implantée dans la région en monoculture depuis la fin du XIXè siècle.

En marchant dans la montagne, quelle ne fut pas non plus la surprise des scientifiques lorsque les Kogis purent localiser une source d’eau ou une faille géologique invisibles à l’œil nu. « Tout au long de l’expérience, ils nous ont montré que leur savoir est opératoire et opératif. Je pense qu’ils ont une perception très fine. Il faut rappeler que les chamanes kogis ont une éducation très spéciale : ils passent dix-huit ans dans le noir à développer une hypersensibilité. Si nous pouvons sentir l’odeur d’un gâteau à la fraise, eux sont capables de sentir ce que la géobiologie voit comme du magnétisme avec les courants souterrains par exemple. En identifiant aussi l’effet des eaux souterraines sur les systèmes racinaires ou en localisant le déplacement des animaux, ils situent ce que les forestiers appellent les trames de la vie », analyse Éric Julien.

Le chamane Shibulata propose en effet une vision plus sensible en invitant les Occidentaux à « réapprendre de la nature ; la connaître, c’est aussi sentir la Terre Mère, car la nature n’est pas seulement une idée abstraite ». Le philosophe Patrick Degeorges, directeur de l’école Anthropocène de l’ENS de Lyon, constate ainsi que « notre pensée objectivante et opératoire fonde la connaissance scientifique sur la mise à distance, la représentation de son objet, le détachement et le contrôle, alors que les Kogis nous invitent à renouer avec le vivant, pour interagir avec lui dans une relation d’épanouissement réciproque. Ce qui est, au premier abord, déroutant. »

© Philippe Brulois

« Maltraiter l’eau c’est comme maltraiter une femme »

Pour Gilbert et Béatrice Cochet, cette sensibilité s’explique parce qu’ « ils vivent en permanence dans la nature. Ils ont un tel contact avec leur environnement qu’ils ont appris à l’observer de manière très fine, au point d’être capables de la transposer dans un autre espace que le leur. » En sillonnant la Drôme, les Kogis ont aussi particulièrement été sensibles à la question de l’eau. En déroutant le lit des rivières, en construisant des barrages ou captant toute l’eau d’une source, la société monopolise à leurs yeux l’accès à l’eau au détriment du partage avec les autres êtres vivants comme les animaux et les végétaux. Les territoires s’assèchent et s’appauvrissent en biodiversité.

Femme chamane, Narcisa n’hésite pas à aller plus loin, en pointant la gravité de la situation. Pour cette femme, qui n’avait jamais quitté sa montagne en Colombie, « maltraiter l’eau c’est comme maltraiter une femme ». Elle rappelle ainsi que, pour les Kogis – comme chez tous les peuples racines des Amériques –, la Terre est une mère à qui l’on doit la vie. « Pour nous, la femme est aussi représentée par l’eau et la Terre Mère. Donc, si on maltraite une femme, on maltraite l’énergie de l’eau et la nature. Chez nous, il est impossible de tuer une femme, ce serait se tuer soi-même. Nous, les femmes, nous sommes d’une importance vitale. Donc, ce serait bien si vous pouviez protéger notre bien commun, comme une mère protège ses enfants », plaide avec sagesse Narcisa.

Aujourd’hui, dans la Drôme comme ailleurs, cette Mère Nature est malade, en déséquilibre. « “À quoi cela sert-il de faire toutes vos études pour finalement détruire la nature ? Vous voulez entrer en compétition avec le Soleil et vous brûler ?”, nous ont interpellé les Kogis », rapporte Gilbert Cochet, saisi par la force de leur propos. Pour Éric Julien, qui travaille avec ce peuple racine depuis près de trente ans, « les Kogis nous disent : “Réveillez vos connaissances, réveillez cet universel sur vos terres.” Il s’agit désormais de refaire de nos territoires des sujets et non plus des objets, pour passer du paysage au pays-sage, et de l’aménagement du territoire au ménagement des lieux. » Patrick Degeorges ajoute : « C’est peut-être en les écoutant, en les comprenant, que nous pouvons réapprendre aussi à remettre chez nous, au cœur de nos évaluations, l’unité indissociablement organique et spirituelle qui fait la vie d’un corps territorial. »

Si le chamane Bernardo, qui n’avait lui non plus jamais quitté ses montagnes, a eu du mal au début du séjour à comprendre tout ce qui se passait dans ce monde extérieur, il fut néanmoins rassuré de rencontrer de nombreuses personnes en France préoccupées elles aussi par le sort de la nature. « Si on arrive vraiment à faire ces échanges entre vous et nous, peut-être que l’on pourra travailler et retrouver les lois de paix et d’harmonie avec la nature. Nous pourrons alors nous entendre pour arriver à un accord sur la façon de protéger la nature. »

Par Sabah Rahmani

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Un commentaire.

Image 2Couverture la haut papier

Le dernier article "le bois des livres" a reçu un commentaire sur mon blog. Arrivé aujourd'hui. ...Un commentaire que j'ai imprimé dans ma tête, collé sur l'écran intérieur...Le genre de commentaire qu'on n'ose même pas imaginer...Celui qui vous donne une énergie créatrice qui dépasse tout ce qui est connu. Je l'ai déjà expliqué à quelques reprises. Lorsque j'ai commencé à écrire, quand j'étais adolescent, j'écrivais pour moi. Il ne me serait jamais venu à l'idée de partager mes textes, en dehors de mon professeur de Français au lycée ou de la professeure de Philosophie. Et puis, un jour, j'ai envoyé "Vertiges" a un éditeur. Pour quelle raison ? Devenir célèbre ? Etre reconnu ? Vivre de ma plume ? Etre adulé ? ...... Rien de tout ça. D'abord parce que c'est totalement illusoire mais surtout parce que ça serait injurieux envers la littérature. L'écrit ne doit pas souffrir de la futilité de la parole, l'écrit porte la parole au-delà du quotidien, il est le tuteur vers l'éveil intérieur. J'ai donc osé, un jour, penser que mes écrits puissent être porteur de messages, de réflexions durables, de transformations... Et j'ai donc franchi le pas vers l'édition. 
Là, ce soir, je sais combien j'ai eu raison.
Même s'il n'y avait que ce témoignage et plus jamais d'autre. Il y a quelque part, une personne pour qui, mes écrits ont été "éveilleurs". 
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Bonjour
Je n'ai jamais rien écrit sur votre blog bien que je le lise avec grand plaisir depuis deux ans mais cet article m'oblige à prendre la plume. J'étais dans la salle du centre Pompidou à Paris pour la remise du prix du roman remis par l'association handicap et société et j'ai vu apparaître à l'écran votre livre "Là-Haut". Je l'ai acheté ensuite et je l'ai lu. 
Très clairement, pour moi, il n'est pas possible que vous vous posiez la question de l'intérêt de vos écrits. Pas sur ce roman-là, en tout cas. L'intérêt de ce livre et de l'histoire de cet homme amputé d'une jambe, c'est la puissance de vie qui s'en dégage. Et vous n'imaginez peut-être pas l'immense force que cela procure. Je ne suis pas un grand lecteur de romans mais je trouve que votre écriture est très belle, particulière aussi, très visuelle en tout cas. J'ai vraiment eu l'impression d'être au cinéma et moi qui ne connait rien à la montagne, j'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir la beauté et la paix. Au point que j'y suis allé, l'été dernier, et malgré mon handicap, j'ai tenu à monter, moi aussi, vers cette "lumière de l'altitude" que vous racontez si bien. Je ne suis pas allé bien haut mais quand on a du mal à monter un escalier, il est déjà très beau d'aller s'asseoir contre un rocher à 2000 mètres d'altitude. Et je vous assure que Jean était dans ma tête pendant cette montée.
Juste pour vous dire qu'il n'est pas possible pour un écrivain de prévoir l'impact d'un livre et moi-même, je ne l'aurai pas imaginé. Mais c'est la réalité. Votre livre est "éveilleur". Et je lirai les autres quand j'en prendrai le temps. Merci à vous.

Le bois des livres

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Combien y a -t-il de livres qui méritent réellement l'hommage qui leur est fait d'exister au prix de la vie d'un arbre ?...
Comment établir une échelle de valeur qui justifierait ce sacrifice au regard du contenu de l'ouvrage ?
Est-ce qu'un roman peut entrer dans la catégorie des ouvrages susceptibles d'être si "éveilleur" que la mort d'un arbre soit justifiée ?

Parfois, quand on corrige un texte, il survient de drôles de questions...
Est-ce que ce livre a un quelconque intérêt ?...

Le bois des livres pèse un poids effroyable. C'est une masse gigantesque.

Combien d'arbres ? Ils avaient raison les Anciens avec leurs veillées le soir, au coin du feu. La tradition orale et la magie des "faiseurs d'histoire." Pas de perte de bois, pas de tuerie dans les forêts.

 

Depuis quelques temps déjà, je remercie tous les bois que je tronçonne, tout autant quand je les brûle et maintenant, j'en fais autant avec le papier de mes romans...

Si tout ce que j'écris finit par vivre quelque peu à l'intérieur de quelqu'un, ça sera une autre vie de plus... L'arbre mort qui sera devenu papier n'en retirera aucune joie, c'est certain. Mais, moi, égoïstement, je pourrai en soulager ma conscience.

"Une force mondiale qui s'éveille..." Hubert Reeves

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Hubert Reeves. « Il y a une force mondiale qui s'éveille »

Dans "La terre vue du cœur", sorti en mai dernier, Hubert Reeves offrait un émouvant plaidoyer pour notre planète. Le célèbre astrophysicien franco-canadien, la tête dans les étoiles et les pieds sur terre, était de passage cette semaine à Quiberon (Morbihan). Il a pris le temps de parler du film, de la planète, de Mars ou encore de Trump…

Le film réalisé par Iolande Cadrin-Rossignol repose en grande partie sur votre témoignage. Vous avez souhaité y délivrer un message positif, intentionnellement non moralisateur…
Déjà, sur le titre, "La terre vue du cœur", il y avait des gens qui étaient peu enthousiastes : ils trouvaient que ça faisait un peu kitsch. Mais je l’ai défendu car il est essentiel que l’on observe la situation politique et écologique avec, non seulement un regard « mental », c’est-à-dire de la tête, mais aussi avec un regard affectif, qui mobilise des émotions. Parce que si on veut que les gens deviennent actifs, il ne suffit pas de leur présenter des faits. Il faut qu’ils se sentent impliqués. L’émotion est importante pour déclencher des énergies. Dans les journaux, à la télévision, il n’y a pas un jour qui n’emmène sa nouvelle catastrophe. Mais là, il fallait que ça touche… Plusieurs films ont déjà présenté l’avenir de manière très sombre. Ici, on devait dire : « il y a un avenir possible ».

 

Les alarmes n’ont de cesse de se déclencher tout autour de la terre… Il est encore temps de sauver la maison ?
Il y a un éveil mondial de la conscience écologique, une vraie volonté de faire des choses. Ici et là, on observe des initiatives qui naissent pour contrer la dépression et la détérioration. On voit qu’il y a une force de restauration à l’œuvre sur la planète, qui s’oppose à cette force de détérioration. Cela ne veut pas dire que la partie est gagnée, loin de là… Mais d’apprendre qu’il y a déjà quelque chose qui se fait, c’est très tonique du point de vue psychologique. Les gens sont plus prêts à s’impliquer quand ils savent qu’ils ne sont pas seuls, que ce n’est pas un combat désespéré. Je le pense sincèrement : il y a une force mondiale qui s’éveille. Et c’est l’idée du film.

Mais cela va-t-il assez vite, selon vous ?
Sur notre planète, il y a eu cinq grandes extinctions massives dans le passé. La vie a survécu. Mais la sixième, dont nous sommes la cause, est beaucoup plus rapide que les autres. Le problème, en résumé, revient à se poser cette question : est-ce qu’on peut garder la planète habitable ? Ce n’est pas sûr qu’elle ne deviendra pas inhabitable. Mais l’inverse n’est pas plus certain. Si nous continuons le forage du pétrole et que nous exploitons les réserves restantes jusqu’au bout, cela correspondrait à un réchauffement de la planète de 5 ou 6°C. Et là, la planète ne serait plus habitable… Où en sera-t-on dans 50 ans ? Personne ne le sait. La vie sera sans doute beaucoup plus austère. Nos ressources sont limitées. On voit qu’on vit au-dessus de nos moyens et qu’on n’ira pas beaucoup plus loin que ça. Cela ne veut pas dire que la vie deviendra impossible. Ça pourra être très vivant ou très désespérant. Mais c’est une attitude à prendre. On va faire comme si… Quand les gens ne se disent plus : « ah, c’est foutu », on a déjà une partie de la solution.

Dans un certain sens, Trump a rendu service à la cause. Ce n’est pas sûr que cela irait si vite s’il n’avait pas rejeté la Cop 21

La mobilisation progresse aujourd’hui… Mais les premières démarches écologiques ont plus de 150 ans. Cela se passait aux États-Unis, dans les grands parcs. L’action de John Muir a contribué à sauver la vallée de Yosemite et d’autres espaces sauvages. Il y a eu également Rachel Carson, plus tard, encore, le commandant Cousteau… Des gens ont pris la parole, mais pas pour se contenter de déplorer la situation. Pour agir. John Muir est allé à Washington pour demander de faire des lois pour protéger les espèces animales en danger. Rachel Carson a été voir Kennedy après avoir écrit son livre "Silent spring" ("printemps silencieux"). Elle lui a dit : « Si vous continuez à tuer les moustiques, vous allez tuer les oiseaux et le printemps prochain sera silencieux ». Et elle a réussi à le motiver pour lancer les premières lois afin de lutter contre les pesticides.

Un autre président américain a jeté aux orties l’accord de Paris sur le climat… Ce n’est pas un rien désespérant ?
Quand on a appris que le traité international de lutte contre le réchauffement avait été scellé à la COP 21, nous étions contents. Et évidemment déçus quand Trump a rejeté l’accord de Paris. Mais on avait tort. Pourquoi ? Parce qu’il a vraiment réveillé des énergies aux États-Unis. On le voit : les Américains réagissent contre sa décision. Ils sont nombreux à se dire : « On ne va pas se laisser faire par ce personnage ». En Californie, en Nouvelle-Angleterre, même au Texas… Il y a énormément d’initiatives qui naissent. On peut dire que, dans un certain sens, Trump a rendu service à la cause. Et ce n’est pas sûr que cela irait si vite s’il n’avait pas rejeté la COP 21.

Oui, on ira sur Mars. Je viens d’apprendre qu’il y a même des projets pour aller sur des exoplanètes…

Qu’avez-vous pensé de la démission du ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot ?
Nicolas Hulot devait démissionner. S’il était resté, il aurait accrédité la thèse qu’il n’était qu’un alibi pour Macron.

Mais malgré tout, ne vaut-il pas mieux être dedans que dehors pour peser, même un peu ?
C’est ce qu’il a essayé de démontrer. Il a refusé pendant longtemps de se joindre au gouvernement… C’était important qu’il accepte finalement. Mais sa réponse, c’est que ça ne marche pas. Pour ma part, j’ai toujours pensé que si on m’avait proposé d’agir dans un gouvernement, je n’aurais pas été en mesure de faire quoi que ce soit et j’aurais donc refusé. Maintenant, le message de Nicolas Hulot est le suivant : « On continue le combat avec la base, avec ceux qui le portent depuis le début. Pas avec les gouvernements qui ne font que prendre les trains quand cela leur convient ».

Vous avez longtemps eu les yeux levés vers ciel. La reprise de certains programmes spatiaux et les annonces spectaculaires d’Elon Musk enflamment les imaginations. Pensez-vous que l’homme mettra un jour le pied sur Mars ?
Je crois que cela fait partie de l’évolution normale de l’humanité. L’être humain aime le challenge. Il va innover, explorer… L’alpiniste George Mallory, à qui des journalistes demandaient pourquoi il voulait escalader le mont Everest, avait répondu : « Parce qu’il est là ». C’est dans la nature humaine… Oui, on ira sur Mars. Je viens d’apprendre qu’il y a même des projets pour aller sur des exoplanètes… De nouveaux moyens de déplacement sont déjà en projet, en préparation, même si, aujourd’hui, pour y aller, avec notre vitesse, cela prendrait 60 000 ans. Tout cela avance vite, très vite…