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Par
Thierry LEDRU
Le 08/12/2013
La méthode d'éveil est d'amener dans notre vécu cette nature qui est déjà présente. Que ce soit la méditation ou toute autre pratique, rien de nouveau n'adviendra car cela signifierait sinon que nous captons dans l'environnement un état inconnu en nous, comme si la pluie pouvait se glisser en nous, comme si nous n'avions pas de matière, comme si la lumière du soleil devenait une possession.
La méditation ne fabrique rien. Elle n'insère pas dans l'individu une donnée extérieure. Elle permet de prendre conscience de ce qui est là. Il s'agit en fait d'une épuration, de l'arrachement à notre conscience de tous les états parasites, de tous les voiles opaques qui contiennent une lumière déjà présente en nous. La nature de tous les êtres est exactement la même et cette nature est au-delà de la pensée. C'est là que se situe l'ouverture. Une ouverture sur ce qui est déjà là. Un état qui dissout l'intention, la volonté, l'imaginaire. Il n'y a rien à imaginer, rien à attendre, à vouloir, à espérer.
Penser à la méditation, c'est ne pas méditer. Tout le problème est là. Se donner un objectif mentalisé ramène l'individu à son mental et par conséquent à ses attachements.
L'attachement à la dissolution des attachements ne peut pas être un état d'éveil.
Toute la difficulté vient du fait que notre éducation, les enseignements reçus, l'accession à la connaissance, contribuent tous ensemble à créer une habitude : un travail, quelqu'il soit, attribue à l'individu une possession nouvelle. Il doit y avoir un résultat tangible, mesurable, identifiable, transmissible, ce travail doit même, si possible, octroyer un pouvoir, une distinction au regard du groupe humain. L'école enseigne pour que l'individu gravisse les échelons de la connaissance...
La méditation enseigne à perdre ce qui a été accumulé puisque ce qui est accumulé contribue finalement à la perdition de l'individu. La connaissance intègre le connaissant mais l'accession à la connaissance ne favorise pas instantanément la connaissance interne du connaissant. Ils sont nombreux ces diplômés qui ne savent rien d'eux-mêmes, sinon, l'image associée au statut de connaissant qu'ils ont acquis. Tout cela n'est pas une connaissance de soi. Tout le problème est là.
La connaissance détachée du connaissant est une accumulation de données temporelles. Toutes les connaissances viennent du passé et sont transmises à l'individu. Mais sans l'exploration du connaissant, dans l'instant, toute accumulation de connaissances n'est qu'un fardeau dont on se charge. Bien entendu, l'agrégé de philosophie considèrera qu'il a un très haut niveau de connaissances et c'est exact pour ce qui est de son domaine. Mais s'il s'identifie à cette connaissance, il ne sait plus rien de lui...
C'est bien là que se situe le problème de notre enseignement en France. Nous amenons les enfants à croire que leurs connaissances leur donnent forme.
C'est terrifiant d'imaginer l'ampleur de ce mensonge...
Terrifiant aussi pour moi de penser que j'y participe...
Il est indispensable de changer de voie. Et les réformes ne servent à rien. C'est une "RéLovution" dont nous avons besoin.
"Cet étrange sentiment de transcendance"
Par
Thierry LEDRU
Le 27/11/2013
Il s'agit d'un article dans le dernier numéro de l'excellente revue "Inexploré".
"Béatitude, fluidité, communion, bonheur suprême, amour absolu...Pour expliquer le moment, les mots manquent souvent, "notamment pour décrire la sensation paradoxale de toucher du doigt à la fois le tout et le rien, le vide et le plein, la fin et le commencement," indique la psychologue Stéphanie Rajalu, du réseau d'écoute de l'INRESS. Surprenante aussi :l'impression de percer le voile des apparences et de s'éveiller à l'essence des choses. Que touche-t-on alors ? Le divin ? Une part de soi-même? Un phénomène extérieur ? Une dimension du réel d'ordinaire inaccessible ? S'agit-il d'une révélation ? D'un rêve éveillé? D'une hallucination ? "C'est un état modifié de conscience", répond le médecin Alain Tayeg. Ces moments de transcendances, aussi spectaculaires soient-ils, sont courants. Même si on ne connaît pas leur nature exacte, ils font partie de l'humain. " Généralement lumineux, ils peuvent bouleverser par leur soudaineté et leur intensité. "Ces vécus sont faciles à intégrer lorsqu'ils s'inscrivent dans un cadre qui leur donne un sens - spiritualité, yoga, méditation", commente Stéphanie Rajalu. "Mais ils peuvent aussi surgir comme par effraction, à l'occasion par exemple d'un choc émotionnel, de difficultés personnelles ou professionnelles. "
Voilà deux semaines que j'ai replongé dans cette dimension, comme un retour aux sources. Je n'ai rien décidé. C'est une vague qui survient. Une absence à la vie quotidienne, comme un état d'apesanteur, un arrachement indolore à la masse pesante de l'incorporation...Et les émotions ont une force incommensurable. Dans la classe, en regardant mes élèves, leurs yeux lumineux, leur joie, leur curiosité ou ces instants de silence lorsqu'on est en séance de méditation. Je m'occupe de jeunes enfants de CP une fois par semaine et nous travaillons sur la pensée et l'observation de soi. J'aime deviner dans leur immobilité les voyages intérieurs.
Un paysage de montagne enneigée, la lumière du soleil couchant sur les crêtes embrasées.
La voix de ma femme dans une autre pièce.
Le parfum de sa peau.
Juste la pensée de cet amour infini.
C'était il y a sept ans. Trois hernies discales d'un coup. Deux déjà opérées. La première, j'avais 25 ans...Une autre à 37 ans. Et puis, cette fois, la jambe gauche paralysée. Des douleurs à mourir.
Une rencontre. Tout ce qu'on peut imaginer, sauf un hasard...Hélène, médium, magnétiseuse.
Il a fallu que j'écrive tout ça. Je savais que sinon, j'en perdrais la trace parce que le passé n'avait plus aucune emprise sur moi. "Les Eveillés". Comme une écriture automatique. Je ne m'arrêtais d'écrire que lorsque les larmes me cachaient les touches du clavier.
Je ne compte plus depuis ces moments de rupture. J'ai essayé de les transcrire.
"Les Egarés", les éditeurs n'en veulent pas. Sans doute n'ont-ils pas conscience de l'intérêt que porte un grand nombre de personnes envers ces états de conscience modifiée, sans doute considèrent-ils que ces récits sont trop ésotériques ou "illuminés". Peut-être aussi que ça n'est pas bien écrit.
L'exploration de cette dimension spirituelle prend une ampleur nouvelle, les témoignages se multiplient, les langues se délient, la peur s'efface. L'incompréhension se délite peu à peu, le rejet s'inverse, les rencontres et les partages prennent un envol exponentiel. Viendra un jour où la dimension inexplorée ne concernera que la rationnalité. Celle-ci apparaîtra dans toute sa pauvreté. Alors, "nous" ne serons plus des êtres étranges et incompris, assimilés à des déglingués ou à des mythomanes.
LES EGARES
"Les nuits sans sommeil, quelques cessez-le-feu épisodiques, l’observation inquiète des horizons éteints, les embrasements suspendus, les odeurs âcres des sueurs, des morves séchées, des peaux talées, les cheveux collés … Juste un répit. Il tentait de récupérer, se laisser porter par l’épuisement, flotter entre la surface lumineuse et les fonds obscurs, les yeux clos, le corps immobile, essayer de relâcher les résistances, les nœuds enflammés par les heures de lutte, respirer profondément et que l’air absorbé liquéfie les crampes, emporte les acides, purifie les tranchées ravinées, les artères souillées, les muscles brisés, arracher de son corps la boue solidifiée des douleurs.
Remonter à la source du conflit, identifier les forces en présence, analyser les raisons du désastre. Comprendre, chercher une issue, ailleurs que dans les réseaux médicaux, on voulait l’éventrer. En période de guerre, les chirurgiens ne font pas de détails.
Il était en guerre.
« A 50%, le risque c’est le fauteuil roulant, à 25% la paralysie de la jambe gauche, il reste 25% de chances que l’opération réussisse. »
Leslie lui avait fait part de ce commentaire du chirurgien dans le couloir, il ne considérait finalement que l’opération et pas l’individu, le geste chirurgical était évalué en pourcentage. Pas la vie de l’homme.
Il n’irait pas.
Plutôt mourir.
Le rêve. Une voix qui lui parle. Au cœur d’un halo bleuté.
« Ce que tu vois n’est pas la vérité. Ça n’est qu’une image. Ton âme sait où elle va. »
Il n’en parlait pas.
Peut-être la morphine et pourtant cet amour ineffable, incommensurable. La lumière l’aimait, des auras bleues qui dansaient devant ses yeux émerveillés. La notice du médicament, les effets secondaires, une liste redoutable mais pas d’hallucinations. Une incompréhension totale. Habituellement, ses rêves disparaissaient au réveil. Rien, aucun souvenir. Celui-là perdurait et l’enlaçait de douceur. Comme un baume d’amour.
Une caresse d’ange.
Et puis.
L’apparition d’Hélène.
Un conseil d’une amie, une médium magnétiseuse, Leslie avait pris rendez-vous. Il avait étouffé les douleurs en triplant les doses de morphine. Se lever, marcher en traînant la jambe gauche, elle ne réagissait plus. Elle l’avait soutenu jusqu’à la voiture. Plus rien à perdre.
Une petite maison dans la montagne, un jardin très soigné, des volets et un portail violets.
Hélène en haut de l’escalier. Ce premier regard. Inoubliable. Tellement de force et tellement d’amour. Elle avait demandé à Leslie de les laisser. Elle lui téléphonerait quand ça serait fini. Il s’était effondré sur une banquette moelleuse. Les effets de la morphine qui s’estompaient, la terreur des douleurs à venir, tous ces efforts qu’il allait devoir payer. Une petite pièce lambrissée, aménagée pour la clientèle, des bougies parfumées, quelques livres. Ils avaient discuté, quelques minutes, tant qu’il pouvait retenir ses larmes puis elle l’avait aidé à se déshabiller.
« Je vais te masser pour commencer. Tu as besoin d’énergie. »
Il s’était allongé en slip sur une table de kiné.
Les mains d’Hélène. Une telle chaleur.
Elle parlait sans cesse. D’elle, de ses expériences, de ses patients, elle l’interrogeait aussi puis elle reprenait ses anecdotes, des instants de vie.
« Tu veux te faire opérer ?
- Non.
- Alors, il faut que tu lâches tout ce que tu portes. »
Il n’avait pas compris.
Elle avait repris son monologue, son enfance, ses clients, ses enfants, son mari, son auberge autrefois, maintenant la retraite, quelques voyages. Et tous ces clients. De France, de Suisse, de Belgique, de la Réunion … Elle n’avait rien cherché de ses talents. Ils étaient apparus lorsqu’elle avait huit ans, une totale incompréhension, des auras qui lui faisaient peur et puis elle avait fini par comprendre, nourrie par des révélations incessantes descendues en elle comme dans un puits ouvert.
Des auras … Les rêves qui habitaient ses nuits. Interrogations. Lui aussi ?
Les mains d’Hélène, sa voix, la chaleur dans son corps, ce ruissellement calorique. L’abandon, l’impression de sombrer, aucune peur, une confiance absolue, un tel bien-être, des nœuds qui se délient, son dos qui se libère, comme des bulles de douleurs qui éclatent et s’évaporent, une chaleur délicieuse, des déversements purificateurs, un nettoyage intérieur, l’arrachement des souffrances enkystées, l’effacement des mémoires corporelles, les tensions qui succombent sous les massages appliqués et la voix d’Hélène.
« Tu sais que tu n’es pas seul ?
- Oui, je sais, tu es là.
- Non, je ne parle pas de moi. Il y a quelqu’un d’autre. Quelqu’un que tu portes et tu en as plein le dos. Il va falloir que tu le libères. Lui aussi, il souffre. Vous êtes enchaînés.»
Il n’avait pas encore parlé de Christian.
Les mains d’Hélène, comme des transmetteurs, une vie insérée, les mots comme dans une caisse de résonance, des rebonds infinis dans l’antre insondable de son esprit, une évidence qui s’impose comme une source révélée, l’épuration de l’eau troublée, les mots comme des nettoyeurs, une sensation d’énergie retrouvée, très profonde, aucun désir physique mais une clairvoyance lumineuse, l’impression d’ouvrir les yeux, à l’intérieur, la voix qui s’efface, un éloignement vers des horizons flamboyants, il vole, il n’a plus de masse, enfin libéré, enfin soulagé, effacement des douleurs, un bain de jouvence, un espace inconnu, comme une bulle d’apesanteur, un vide émotionnel, une autre dimension, les mains d’Hélène qui disparaissent, comme avalées doucement par le néant de son corps, il flotte sans savoir ce qu’il est, une vapeur, plus de contact, plus de pression, même sa joue sur le coussin, tout a disparu, il n’entend plus rien, il ne retrouve même pas le battement dans sa poitrine, une appréhension qui s’évanouit, l’abandon, l’acceptation de tout dans ce rien où il se disperse, le silence, un silence inconnu, pas une absence de bruit mais une absence de tout, plus de peur, plus de douleur, plus de mort, plus de temps, plus d’espace, aucune pensée et pourtant cette conscience qui navigue, cet esprit qui surnage, comme le dernier élément, l’ultime molécule vivante, la vibration ultime, la vie, il ne sait plus ce qu’il est, une voix en lui ou lui-même cette voix, la réalité n’est pas de ce monde, il est ailleurs, il ne sait plus rien, un océan blanc dans lequel il flotte mais il n’est rien ou peut-être cet océan et la voix est la rumeur de la houle, l’impression d’un placenta, il n’est qu’une cellule, oui c’est ça, la première cellule, le premier instant, cette unité de temps pendant laquelle la vie s’est unifiée, condensée, un courant, une énergie, un fluide, un rayonnement, une vision macroscopique au cœur de l’unité la plus infime, des molécules qui dansent.
Où est-il ?
Fin du Temps, même le présent, comme une illusion envolée, un mental dissous dans l’apesanteur, ce noir lumineux, pétillant, cette brillance éteinte comme un univers en attente, concentration d’énergie si intense qu’elle embrase le fond d’Univers qui l’aspire, la vitesse blanche, la fixité noire, la vitesse blanche, la fixité noire, le Temps englouti dans un néant chargé de vie, une vie qui ruisselle dans ses fibres, des pléiades d’étoiles qui cascadent, des myriades d’étincelles comme des galaxies nourricières dans son sang qui pétille.
Il est sorti en marchant.
Que s’est-il passé ?
Aucune réponse.
Il ne sait rien.
Il se souvient d’Hélène qui l’embrasse sur le front alors qu’il est encore allongé. Il n’arrive pas à ouvrir les yeux. Comme l’abandon refusé d’un espace scintillant et la plongée douloureuse dans la lumière sombre de sa vie réintégrée.
Il aurait préféré ne jamais revenir.
Il n’a jamais compris. Aucune explication rationnelle. Hélène n’en donnait pas.
« Moi, je n’ai rien fait, disait-elle avec son habituel sourire. Juste un transfert d’énergie mais cette énergie, c’est toi qui t’en sers ou qui la rejettes. Je n’ai fait qu’initier la guérison que tu portais. Tu étais au bout du rouleau, tu n’avais pas le choix, il fallait bien que tu comprennes.
- Mais comprendre quoi Hélène ? Je ne comprends rien.
-Ton mental ne comprend rien mais celui-là on s’en moque. C’est l’être réel qui importe. Et celui-là a tout compris ou ton âme si tu préfères. Laisse ton mental régler les problèmes quotidiens, c’est son travail. Mais pour le reste, c’est une question d’âme. »
Rien de plus.
Son médecin parlait de « chance. » La même incompréhension. Dans le cabinet médical. Il observait une nouvelle fois les radios, les hernies aussi visibles qu’une tumeur, « des œufs de moineau, » avait-il dit, le nerf sciatique englobé dans une fibrose solidifiée, l’inévitable opération et pourtant la disparition des symptômes.
Il était venu à pied, un besoin irrépressible de marcher.
« Ça vaudrait le coup que tu repasses un scanner Yoann, pour voir où sont passées ces trois hernies.
- Ça ne m’intéresse pas, elles ne sont plus là, c’est tout, je le sens bien, je n’ai pas envie de concentrer mes pensées sur elles. Je m’en suis libéré, inutile de les rappeler.
- Mais tu sais aussi bien que moi que c’est impossible. Quand elles sont aussi installées, rien ne peut les faire rentrer dans leur logement, c’est écrasé et c’est tout, il faut les enlever.
- C’est le point de vue de la médecine, pas celle de mon corps, ni de mon esprit. Je ne sais pas ce qu’Hélène a réussi à faire mais en tout cas, ces hernies ne sont plus là. C’est tout ce qui compte.
- Je n’y comprends rien. Jamais vu ça.
- Y’a rien à comprendre. Ça obligerait à y penser et c’est du passé. Là, maintenant, je marche. C’est ça qui m’importe. »
Quatre rechutes. Violentes. Hélène les avait annoncées. Des crises qui le laissaient hagard mais une étrange compassion envers son corps. Il n’était plus un ennemi mais juste le porteur d’une douleur. Il n’y était pour rien, la source était ailleurs. Il n’était pas sa douleur, il ne s’identifiait plus à elle, il savait qu’elle n’était qu’une intruse à laquelle il avait ouvert la porte et que si elle était parvenue à entrer, il existait nécessairement la possibilité qu’elle s’en aille.
Qu’il lui donne l’autorisation de le quitter.
Il n’avait plus besoin d’elle pour exister.
L’impression d’entendre tomber autour de lui les murs ébranlés de sa geôle. Bloc après bloc, des coups de bélier répétés, les horizons qui s’ouvrent.
Hélène. Trois autres visites. Des heures entre ses mains, des plongées intérieures, des flux d’énergie, des mots comme des scalpels, tranchant les vieilles écorces, les armures invalidantes, des paroles chirurgicales, affûtées, une précision infaillible, il ne résistait plus, une évidence. La vérité.
« Comment veux-tu que ton dos vous porte tous les deux ? Il ne peut pas supporter un tel fardeau. Il faut que tu le poses. Christian aussi en sera libéré. Il ne peut pas partir puisque tu le retiens. Il n’a pas décidé d’être là, c’est toi qui l’emprisonnes avec tes regrets, ta culpabilité, ton identification. Tu n’existes qu’à travers cette histoire et profondément, là où ton mental se perd, tu crois que tu ne peux pas vivre sans ce passé. Tu t’y accroches comme une huître à son rocher. C’est inconscient bien entendu mais les dégâts sont gigantesques. Tu n’es pas là, dans l’instant, tu vis ailleurs, dans une dimension psychologique et ton corps n’en peut plus. »
Il écoutait sans aucun refus, sans aucune résistance, c’était impossible de ne pas admettre la vérité.
« La première fois que tu es entré, Christian était là, je le voyais, tu le portais, une âme violette, alourdie elle aussi, vieillie par ta propre souffrance, vous êtes tous les deux des victimes et il n’y a que toi qui puisses vous libérer. Christian attend que tu l’autorises à partir en abandonnant la culpabilité que tu traînes et qui le rattache à toi. Il a besoin que tu t’éveilles, il sait que tu souffres et il s’en veut. Son âme est emprisonnée dans ton histoire. »
Il n’en avait rien dit à Leslie, ça n’était pas racontable.
Un regret. Ca n’est pas elle qui ne pouvait pas comprendre mais lui qui ne savait pas en parler. Comme une honte aussi. Tout ce gâchis.
« Inutile de regretter. »
Hélène.
« Tu ne pouvais rien prévoir. Ça ne t’appartenait pas. C’est le chemin que tu as choisi. Il y a longtemps. Cette vie est nécessaire pour ton évolution. Elle n’appartient pas à ton mental mais à ton âme. »
Impossible à comprendre. Et il ne fallait pas chercher à comprendre. Pas avec le mental.
« Les choix de l’âme peuvent paraître redoutables mais elle sait où elle va, elle sait ce dont elle a besoin. Laisse faire. »
Laisser faire. Il s’y était attaché. Lâcher les résistances. Cette impression d’être conditionné, influencé, manipulé, il avait essayé d’admettre l’idée que c’était nécessaire, qu’il était inutile de lutter, que tout avait un sens. Même s’il ne le comprenait pas, que ça finirait par le mener quelque part, qu’un nouvel espace s’ouvrirait un jour. C’était peut-être déjà le cas avec cette guérison miraculeuse. L’âme en avait besoin même si le mental en souffrait. Et qu’il trouvait dans cette souffrance une identification qui le servait.
Des jours et des nuits de pensées ressassées, un chaos étrange, comme si dans ce fatras existait une volonté cachée, un cheminement désiré. Christian, l’hôpital, la douleur, les hernies, le goût de la mort. Aucun hasard là-dedans, un chemin de croix pour grandir. Le choix de l’âme à laquelle il appartenait.
Accepter, laisser faire.
« Quand tu les comprends, les choses sont ce qu’elles sont. Quand tu ne les comprends pas, les choses sont ce qu’elles sont. »
Hélène. Elle devait apparaître, c’était nécessaire et déjà établi.
Un plan minutieusement élaboré.
Ces marches la nuit, ce magma de forces en lui, impossible de dormir, une lampe frontale lorsque la nuit était trop sombre et parfois cette impression que le sol s’éclairait sous ses pas, une luminescence de la terre, des marées de questions sur le rythme de ses pas, il devinait des jaillissements d’énergie au bout de ses doigts. Dieu. Il n’aimait pas le nom, les hommes l’avaient tellement souillé.
L’Un.
Etait-ce lui qui avait programmé un chemin aussi douloureux ? Connaissait-il déjà l’issue ? Hélène avait-elle été le fil conducteur de ses intentions ? Un canal d’énergie. C’était au-delà de la raison. Personne ne comprenait cette rémission. Cette magie des pas qui se succèdent, ce sourire intérieur qui ne le quittait plus, cette joie incompressible, inaltérable, cette chaleur dans son corps, comme un noyau en fusion. Un flux vital libéré, comme si la raison éteinte ne pouvait plus maintenir enfermée la conscience du lien. Une connexion indescriptible.
La vie pouvait-elle souffrir des errances du mental au point de se détruire ? N’était-ce pas son amour retrouvé de cette vie qui avait permis la guérison ? Cette épuration de son mental, l’éveil de sa conscience, l’abandon, l’acceptation, tout ce qu’il avait découvert. La vie pouvait-elle se guérir ? Aucune intervention divine. Juste le flux vital qui se nourrit de l’amour qu’on lui porte.
Et ce rêve. Sans que le mot ne convienne, il aurait fallu un autre terme, une rencontre, un message, un contact, une bénédiction, un médecin aurait parlé de rêve, un psychiatre aurait dit hallucination ou délire, il n’en parlait pas, c’était inutile.
Des bulles bleues, phosphorescentes, il flottait dans un océan de plénitude, aucun mouvement, juste les arabesques lentes de ces entités lumineuses. Des voix qui résonnaient en lui, des murmures susurrés doucement dans son âme, il ne se voyait pas mais il était là, c’était lui, une présence, et des myriades d’esprits qui l’enlaçaient, il savait bien que ça n’était pas que des bulles, c’était vivant, animé, un rayonnement d’amour, des auras câlines.
« Tu n’es pas au fil des âges un amalgame de verbes d’actions conjugués à tous les temps humains mais juste le verbe être nourri par la vie divine de l’instant présent. »
La phrase inlassablement répétée, comme glissée en lui, coulant dans son âme comme une délivrance, une certitude, une naissance, oui, c’était ça, une naissance.
Par
Thierry LEDRU
Le 09/09/2013

ROMAN : JUSQU'AU BOUT
Sous les arbres, quand il approcha de l’océan et qu’il entendit sa rumeur par-delà les dunes, il ôta son tee short. Il aurait voulu se mettre nu pour se présenter devant lui mais les hommes ne l’auraient pas compris. Leurs yeux vicieux auraient pris cela pour une agression ou une perversion quand il ne s’agissait que d’une offrande. Il garda son pantalon et escalada le dôme de sable.
Quand il déboucha au sommet des dunes, il fut saisi par la beauté du paysage. Il s’arrêta.
« Bonjour », dit-il à la mer.
Il en était persuadé désormais, elle était vivante comme lui, comme le soleil, comme les nuages, les oiseaux, les arbres, les poissons cachés tout rayonnait d’une lumière commune. Il fallait simplement trouver l’osmose, la synergie, la résonance universelle, comme le bouton d’une radio qu’il suffisait de tourner pour trouver les ondes. Il inspira une grande bouffée d’air iodé et essaya de visualiser les particules gazeuses dans son être, l’excitation de ses propres cellules au contact de cette vie puissante.
En découvrant le large, il constata que la mer n’avait pas d’ombre, c’était l’être vivant le plus grand et il n’avait pas d’ombre. Il n’y avait jamais pensé car il ne l’avait jamais perçue ainsi, il n’avait toujours vu qu’une immensité agitée ou calme, posée devant les hommes. Parfois, il lui avait bien attribué des caractéristiques humaines, pour s’amuser, marquer de son empreinte un espace naturel, mais il ne l’avait jamais ressentie réellement comme un être à part entière. Il comprenait maintenant combien sa vision avait été réductrice.
Elle était, sur cette planète, l’être vivant possédant la plus grande énergie lumineuse. Voilà pourquoi des foules considérables se ruaient sur son corps, au bord de sa peau bleue et attirante. Tous, ils cherchaient à ressentir cette lumière mais ils ne le savaient pas. Il aurait fallu y penser, accepter l’idée, s’y plonger réellement, puis cesser même d’y penser, apprendre le silence, ça ne faisait pas partie de ce monde agité, c’était trop d’efforts, et simultanément trop d’humilité et d’écoute de soi. Chacun se chargeait de la lumière de la mer, du soleil, du vent, des parfums, des oiseaux blancs du large, pensant simplement à être bronzé, reposé, amusé. Mais pas illuminé…Et pourtant, elle continuait à diffuser sa lumière sans rien attendre en retour. Devant elle, personne ne pouvait réellement se sentir seul ou abandonné. Dans les moments de solitude humaine, il restait toujours cette possibilité de rencontrer un être planétaire.
Cet individu assis, seul, sur une plage ou un rocher n’était pas réellement seul. S’il acceptait d’écouter la lumière qui rayonne en lui, s’il s’abandonnait et laissait s’établir le lien, le lien unique, immense, le lien avec la mer, avec l’univers, comment aurait-il pu se sentir seul ! C’était impossible. Il fallait le dire aux hommes, aux enfants d’abord. Oui, d’abord aux enfants. Ils écouteraient immédiatement car ils le savaient déjà mais n’osaient pas le dire. Les adultes sont si réducteurs, si raisonnables…Si coupables aussi. Non… Pas de condamnation…Il fallait développer le bien, ne pas les juger mais les aider.
Il étouffa sa colère sous les caresses du soleil.
Il descendit sur la plage. Il enleva ses chaussures dans la pente et il pensa que, comme lui à cet instant, tout descendait un jour à la mer, les glaciers et les ruisseaux, les rivières et les fleuves, les routes humaines et les chemins de forêts, tout aboutissait finalement dans ce grand corps accueillant et même si on restait au bord, même si on ne s’aventurait pas sur sa peau et qu’on restait assis contre ce ventre immense, on retrouvait déjà la paix de l’enfant contre sa mère. C’était ça la magie de l’océan…Un refuge offert à l’humanité entière.
Il s’éloigna de la zone d’accès et se déshabilla.
Alors, il sentit pleinement le contact.
Il marcha sur le sable mouillé. C’était incroyable cette surface d’échange, incessamment excitée, ces caresses entre l’eau et la terre, ce contact permanent…
Contact…
Il sentit soudainement l’importance de ce mot. Il chercha si la terre en possédait un autre plus vaste encore et pensa à l’atmosphère. La planète et son atmosphère. C’était comme cette vague sur cette plage. L’atmosphère se couchait sur le corps de la Terre, l’enlaçant totalement, la caressant, la protégeant et cette atmosphère, elle-même, baignait dans un environnement plus vaste.
Il pensa que nous étions tous protégés par plus grand que nous et tous reliés par cette lumière commune, que la plupart des scientifiques, trop présomptueux, trop limités par leurs connaissances, ne parviendraient jamais ni à identifier, ni à situer, ni même à comprendre. L’humilité restait le fondement de l’amour.
Il marcha sur le sable mouillé comme sur un lit défait, le point de rencontre de deux amants suprêmes. Chaque vague étirait son grand corps vers la plage lascive, étendait des nappes mouvantes, écumeuses et pétillantes comme autant de langues curieuses et il sentait émaner du sable mouillé des parfums subtils, des envolées d’essences délicates. Son corps, enveloppé dans ces baumes inconnus, se revigorait et se renforçait. Il suffisait d’être là, ouvert au monde, réceptif.
Oublier d’être l’homme pour devenir le complice.
Il contempla l’étendue et pensa que c’était l’amour qui s’ouvrait devant lui, la paix, la beauté simple et nue, des odeurs mêlées, un corps offert aux regards, juste aux regards, pour le plaisir des yeux, et puis surtout cette complicité silencieuse, l’inutilité des mots, le bonheur limpide d’être ensemble, juste ensemble, c’était beau, si beau et si tendre.
Il se sentit fort et heureux. Il marcha sans penser, sur un rythme de houle, les pas dans le sable comme le parcours respectueux des doigts d’un homme sur un corps de femme, des gestes délicats, légers, effleurements subtils. Il n’aurait pas osé courir, il voulait juste que le sable le sente passer, délicatement. Il laissa une vague lécher ses pieds. Ce fut comme un salut matinal, un bonjour joyeux mais un peu endormi. L’eau se retira avec un sourire écumeux, des petites bulles d’air pleines de joies qui se dispersèrent dans le rouleau suivant.
Il se demanda si l’océan avait pu ressentir ce contact. Est-ce qu’il percevait toute la vie qui l’habitait, les poissons amoureux, les coquillages multicolores, les baleines câlines, les dauphins joueurs, les algues dansantes ? Et les hommes, est-ce qu’il les ressentait comme des prédateurs impitoyables ou parfois aussi comme des êtres bons ? Il s’arrêta et regarda le large, lançant sur les horizons ouverts tout l’amour qu’il pouvait diffuser.
Il entra dans l’eau, juste quelques pas, sans atteindre le creux des rouleaux. Il s’allongea sur le dos et attendit la vague suivante. Elle le baigna soigneusement, glissant entre ses cuisses, passant sur ses épaules, jetant malicieusement quelques gouttes sur son ventre, il frissonna au premier contact puis s’abandonna à l’étreinte. Les yeux clos.
Il se releva enfin et reprit son sac. Il resta nu et marcha les chevilles dans l’eau. Une trouée dans le ciel dispensa un souffle chaud qui descendit sur la plage comme une haleine solaire. Il s’arrêta et ouvrit la bouche, buvant les ondes célestes, inspirant à pleins poumons cette chaleur ténue mais pleine de promesses.
Au large, des bandes bleues, luisantes de lumière, s’étaient peintes à la limite de la mer. Le vent de la marée montante rameutait vers la côte ces plages éclatantes comme autant de halos incandescents. Des crayons rectilignes, vastes torrents éblouissants, cascadant des altitudes éthérées, tombaient sur la mer enflammée. Il imagina les poissons remontés sous ces auréoles chaudes, jouant à la surface miroitante, frissonnant de bonheur sous leurs écailles.
Quand il s’arrêta, il s’aperçut que la courbure de la côte l’isolait de tout. Il ne voyait plus l’accès à la plage et devant lui, aucune zone habitée, ni même portant trace humaine, ne se dessinait. Cette solitude lui parut incroyable, presque irréelle. Le cordon de dunes le coupait de tous regards vers les terres. La mer était vide de toutes embarcations. Aucune trace dans le ciel du passage d’un avion.
Seul au monde.
Seul.
Non, il n’était plus seul.
Il ne le serait plus jamais.
L'Enquêteur et le Superviseur.
Par
Thierry LEDRU
Le 07/09/2013
L'introspection désigne le fait, pour un sujet de s'observer lui-même, de saisir et rapporter ses propres processus cognitifs. L'objectif est de parvenir à une meilleure connaissance de soi et par conséquent à vivre mieux.
Tout le problème, à mon sens, vient de cette intention. Dès lors que l'intention devient le fil conducteur d'une démarche, elle prend le pouvoir et la lucidité succombe sous le poids immense de cet horizon à atteindre.
L'introspection peut donc devenir tout aussi néfaste que l'inconscience de soi qu'elle cherche à dépasser.
C'est là qu'intervient pour moi une entité séparée de ce cheminement, une méta conscience, le "Superviseur", une parcelle en soi qui ne répond pas à cette introspection mais qui observe "l'Enquêteur" qui vise de son côté cette exploration interne.
Il s'agit de créer, dans une vision macroscopique, un regard neutre, libéré des émotions, des intentions, des objectifs, un observateur dénué de toute personnalité, inerte, déshumanisé.
Déshumanisé ne signifie pas qu'il va renier ce qui fait l'humain mais qu'il va s'extraire de l'historique de l'humain qui projette une introspection.
Il sera donc un Superviseur.
Si l'introspection n'atteint pas l'objectif espéré, le Superviseur est là pour analyser le cheminement, non pas de l'introspection elle-même, mais de "l'introspecteur", de cet "Enquêteur" et de tous les tourments qui font que l'introspection peut se révéler chaotique...
Il s'agit de se détacher de l'objet de la quête pour étudier l'enquêteur car l'enquêteur ne peut pas s'étudier lui-même, simultanément à l'enquête.
Le Superviseur vient contrer l'idée de l'impossible « indépendance » de l'observateur par rapport à l'objet observé dans le processus.
Ce Superviseur se doit d'être neutre puisqu'en réagissant à une quelconque situation, il rejoindrait l'entité de l'enquêteur et subirait une "contamination".
Prenons un exemple :
J'avais décidé d'écrire une réflexion sur l'introspection et je cherchais en moi les tenants et les aboutissants de la démarche mais à un moment, j'ai senti que la réflexion m'échappait car venait s'y méler ma propre histoire, mes propres errances, des échecs répétés dans la compréhension fine de certains évènements et s'est levés alors, dans un flot d'émotions, le dépit, l'amertume, une certaine colère.
L'Enquêteur perdait le fil car devant lui, l'horizon visé se voilait, un paravent de trames nouées dressait une muraille. L'émotion contaminait l'esprit et le goût amer de l'échec grandissait.
C'est là que le Superviseur doit jouer son rôle. Il est là pour calmer le jeu, du haut de ses altitudes éthérées, il doit élever l'individu tout entier.
Il sait qu'il n'y a rien à atteindre, rien à gagner, ni rien à perdre.
Il n'y a aucun objectif, tout ça n'est qu'un jeu et la pire des solutions envisagées serait de vouloir laisser l'Enquêteur reprendre la main car il n'est plus en état. Il ne sert à rien que l'Enquêteur se torture, se dévalorise, s'humilie, s'auto flagelle ou se glorifie. Il doit juste s'abandonner dans la plénitude bienveillante du Superviseur.
Il sait aussi qu'il est inutile d'en parler à l'Enquêteur.
L'Enquêteur résiste la plupart du temps en arguant que cet abandon est une fuite, l'étendard des lâches, la faiblesse des esprits médiocres et sa colère grandit encore et cette colère accroit encore la hauteur des murailles qui voilent ses regards... Il cogne de toute sa rage contre les citadelles et nourrit la force des ciments.
Le Superviseur observe tout cela sans aucune pitié, ni le moindre espoir, sans aucune compassion, ni la moindre lassitude.
Il attend.
Il observe.
S'il cherche à s'imposer, l'Enquêteur le prendra mal, il se sentira humilié, ridiculisé, soumis, obligé, contraint. Et de nouvelles émotions gonfleront les armées qui le broient.
Le Superviseur attend l'épuisement de l'Enquêteur, cet instant libérateur où rien d'autre n'est possible.
Et le silence intérieur.
C'est là qu'ils pourront se parler.
Lorsque les émotions auront perdu leur vigueur.
Le flot chaotique se jette dans l'océan de la plénitude et se disperse dans l'immensité. Les alluvions ne sont plus agitées, tout se dépose calmement et la surface s'immobilise.
"Regarde-toi, dira le Superviseur. Regarde dans quel état tu étais. Je ne te reproche rien, tu sais. Puisque si j'existe, c'est à toi que je le dois.
Nous sommes Un.
Par
Thierry LEDRU
Le 02/09/2013

Ce silence.
Il marchait vers les cieux, sur des pentes rocheuses. Une allée empierrée par des hommes. Il y a si longtemps qu’il faudrait écouter les murmures des pierres pour en retrouver la trace. Des blocs immenses enchâssés comme des diamants…
De quels outils avaient-ils usés ?
Comment avaient-ils porté si haut de tels monuments de granit ?
Comment étaient-ils parvenus à les emboîter ?
Il imaginait la sueur et les paroles, les chants, les pauses avec une miche de pain, une bouteille de vin, des regards voyageant sur les crêtes qui enserraient le vallon.
Et ce silence.
Ce silence de granit, d’herbes reposées, de nuages cajolant le tissu tendu de l’azur, le vent lui-même se berçait de l’immobilité de l’atmosphère, comme subjugué par la douceur, des têtes de rochers comme des peuples fossilisés dressaient vers les altitudes des regards fascinés.
Ce silence.
Il avait quitté la ville depuis cinq jours.
Il avait sué longuement avant que le vacarme humain ne s’efface de sa mémoire.
Les avions, les trains, les usines, les milliards de moteurs, les tronçonneuses et les machines agricoles, les guerres et les bombes, les cris d’horreur, les enfants qui hurlent, les mères qui agonisent, le vacarme de la folie humaine.
Il aurait voulu enregistrer ce chaos et le projeter en une seule seconde dans les cerveaux des hommes, tous les bruits condensés en une seule note, un hurlement qui déchirerait les neurones jusqu’au plus profond des boîtes crâniennes, un hurlement qu’aucune conscience ne pourrait imaginer, qu’aucune machine ne pourrait reproduire, les agonies des poissons dans les filets dérivants et les couinements aigus des porcs dans les abattoirs, les milliards de bêtes éventrées chaque jour, les cris invisibles des insectes piétinés, des poussins broyés dans les champs de blés par des moissonneuses aveugles, le vacarme de la folie humaine en un seul cri projeté, les gens figés, dans l’instant, les mains écrasant les oreilles, bouches ouvertes, happés par l’horreur, toute l’horreur de ce chaos.
Tués sur le coup.
Le cri qui délivrerait le monde.
L’humanité balayée par son propre hurlement.
Il ne resterait que le silence.
Et le chant des oiseaux, les houles du vent dans les chemins d’altitude, la ronde infinie des nuages et ce murmure très lointain de la rotation de la Terre dans l’Univers. Il l’avait déjà entendue ce chant de la Terre. Une fois.
Il ne l’avait jamais oublié. Il avait pleuré comme il pleurait d’amour quand il était dans le ventre de sa mère.
Il avait marché cinq jours. Et il avait senti couler en lui la mémoire du vacarme, il avait senti la paix l’emplir, comme un abandon très lent, des résistances à rompre, comme un statut d’homme à abandonner.
Il avait éprouvé cet empoisonnement du vacarme, il avait deviné la profondeur dans ses fibres des dépôts putrides, il s’était forcé à suer, larmes et eaux, tristesse et rage, comme une épuration indispensable.
Et puis, il avait découvert ce vallon.
Un chemin empierré, des sommets comme une ronde, des crêtes dentelées et des éboulis impassibles, il avait été surpris par la quantité colossale de roches entassées alors que rien ne bougeait, comme si les pierres ne se décrochaient que dans le secret des nuits, rien, le silence, pas un mouvement, pas une bête, pas un oiseau, pas un avion dans le ciel, aucun bruit de moteur. Aucun bruit.
Il s’était assis sur une roche plate et soudainement, il avait entendu son cœur. Un battement sourd jusqu’au bout des doigts.
Il avait retenu sa respiration.
Boum………Boum……..Boum……
Il avait fermé les yeux.
Boum……Boum……Boum…..
Le ruissellement de son sang, le battement des cellules, la consommation des énergies insérées, le flux vital qui se prolongeait, puisait dans les réserves, entretenait la flamme, pas son existence limitée d'être humain mais le lien avec la vie, au-delà de lui.
Il avait entendu ce qui ne s’entend pas.
Là-Haut.
Par
Thierry LEDRU
Le 24/04/2013
http://sosconso.blog.lemonde.fr/2013/04 ... fabricant/
Quand la panne est programmée par le fabricant
Machine à laver en panne au bout de cinq ans, téléviseur qui ne fonctionne plus au bout de trois...
Est-ce une fatalité si les biens d'aujourd'hui durent moins longtemps qu'avant?
Le Centre européen de la consommation (CEC) est persuadé qu'il s'agit d'obsolescence programmée.
Le Centre européen de la consommation vient de publier une étude intitulée: l'obsolescence programmée, dérive de la société de consommation.
Cette étude a été faite avec l'aide de Lydie Tollemer, une étudiante qui vient d'écrire un mémoire sur le sujet.
L'obsolescence programmée est le fait de planifier délibérément la durée de vie d'un produit. Cela permet de réduire cette durée de vie afin d'inciter les consommateurs à en acheter un autre.
Exemples d'obsolescence programmée
Le type d'obsolescence le plus répandu est l'obsolescence "par défaut fonctionnel": les producteurs font en sorte que si une seule et unique pièce tombe en panne, c'est l'appareil entier qui cesse de fonctionner. Cela concerne les produits électriques ou électroniques tels que les téléviseurs, les téléphones portables, les machines à laver ou les ordinateurs (voir ci-dessous).
- Machines à laver
Le CEC estime qu'elles sont programmées pour faire 2000 à 2500 cycles de lavage seulement. Le remplacement des cuves en inox par des cuves en plastique permet de limiter leur durée de vie: il suffit qu'une pièce de monnaie se soit glissée à l'intérieur, pour qu'elles se cassent, au moment de l'essorage; une température trop élevée peut aussi les déformer.
"En outre, les roulements à bille, qui sont des pièces vitales au fonctionnement de la machine, sont directement moulés dans la cuve en plastique. S'ils ne fonctionnent plus, il faut changer la cuve en entier. Et si la cuve en plastique, moins résistante que celle en inox, casse, il faut remplacer les roulements à bille."
- Téléviseurs
Le CEC estime qu'ils sont programmés pour fonctionner 20 000 heures.
Les pannes viendraient le plus souvent du "condensateur", une pièce qui a pour rôle de les allumer. On peut le faire gonfler et casser, en l'exposant à la chaleur sur la carte d'alimentation.
-Téléphones portables et smartphones
Ils sont victimes de plusieurs types d'obsolescence programmée:
-par défaut fonctionnel: il suffit que la batterie tombe en panne pour qu'ils deviennent inutilisables.
- indirecte: sur beaucoup d'appareils, il est certes aisé d'enlever la batterie, mais il est moins facile de trouver une batterie de remplacement. Même chose pour les chargeurs. Les accessoires ne sont plus disponibles, ce qui fait que l'on ne peut plus utiliser le bien principal.
-par incompatibilité: il faut des appareils toujours plus récents pour télécharger des applications.
-Et ne parlons pas de l'obsolescence esthétique! Les consommateurs veulent le modèle dernier cri. La périodicité de renouvellement des portables est en moyenne de vingt mois.
-Imprimantes
Elles sont victimes d'obsolescence par notification, assure le CEC. Elles signalent le moment où il faut changer la cartouche d'encre, mais continuent encore à imprimer plusieurs dizaines de feuilles. Certains consommateurs changent donc le toner avant que ce soit utile. "C'est l'imprimante qui rend la cartouche d'encre obsolète", conclut le CEC.
Parfois, une puce placée dans l'imprimante enregistre le nombre d'impressions faites et, au bout d'un nombre prédéterminé par le fabricant, bloque cette dernière.
-Ipod et Apple
Les Ipod de première, deuxième et troisième génération d'Apple n'avaient pas e batteries amovibles. Quand la batterie tombait en panne, au bout de dix-huit mois, il fallait acheter un autre appareil. Une "Class action" (action de groupe) a été lancée aux Etats-Unis, mais n'a pas abouti, Apple ayant accepté entre-temps de dédommager ses clients et de proposer des batteries de remplacement.
-Voitures
Il arrive souvent qu'un moteur devienne inutilisable, faute de pouvoir trouver les pièces détachées de rechange
Comment lutter contre l'obsolescence programmée? Les sites internet d'aide à la réparation
Nombre de consommateurs donnent des conseils pour réparer des appareils électrique.
Le site américain Ifixit.com propose des vidéos, sur lesquelles les salariés montrent comment tout réparer, du grille-pain à la voiture en passant par l'ordinateur portable ou la machine à laver.
En France, il y a le site Commentreparer.com (qui répertorie des sites de pièces détachéees d'électro-ménager), ou le forum de réparation Tout-electromenager.fr .
La réponse législative
Le CEC souhaite que l'Union européenne se saisisse de cette question
Il demande que, pour chaque appareil acheté, le consommateur ait accès à l'information sur la durée de vie de l'appareil. Il estime que la durée de la garantie de conformité devrait être allongée en fonction de cette durée de vie moyenne.
En attendant, le CEC soutient la proposition de loi "visant à lutter contre l'obsolescence et à augmenter la durée de vie des produits" déposée le 18 mars sénateur Jean-Vincent Placé (Europe Écologie Les Verts).
Ce texte propose d'étendre la durée légale de conformité des produits électriques et électroniques, de deux ans actuellement, à trois ans au 1er janvier 2014, quatre ans au 1er janvier 2015 et cinq ans au 1er janvier 2016.
"Le fabricant aura ainsi intérêt à produire des biens plus durables, tandis que le consommateur n'aura pas intérêt à renouveler l'achat avant la date d'expiration de la garantie", explique l'exposé des motifs.
Actuellement, pendant les six premiers mois à compter de la vente, le consommateur n'a pas à prouver l'antériorité du vice, mais seulement son existence. La proposition de loi propose d'étendre ce délai à deux ans.
Le texte dit aussi que le consommateur doit pouvoir disposer des pièces détachées indispensables ) la réparation dans un délai d'un mois, et pendant une période de dix ans à partir de l'achat.
Par
Thierry LEDRU
Le 24/04/2013
"Et pour l'environnement, l'enjeu est majeur. Par exemple, pour fabriquer un smartphone, 25 minerais différents sont utilisés. Cela oblige les producteurs à extraire les matériaux de plus en plus profond sous terre car la surface a déjà été utilisée. L'extraction de minerais détruit des habitats, des plaines ou encore des forêts. Et il y a aussi le problème des déchets. Nous ne sommes pas très performants dans le recyclage des déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE). Par exemple, quand on jette un ordinateur de deux kilogrammes, on ne jette pas seulement ce poids mais également les 430 kg de déchets produits lors de sa fabrication. C'est le sac-à-dos écologique ! On n'a pas toujours connaissance de tous les déchets et on rencontre des difficultés pour les recycler."
Obsolescence programmée: "Ce n'est plus tenable, il faut agir"
Par Audrey Avesque - publié le 23/04/2013 à 18:32
Le président du groupe EELV au Sénat, Jean-Vincent Placé, a déposé une proposition de loi qui a été débattue ce mardi. Elle vise à lutter contre l'obsolescence programmée. Le point en trois questions avec Lydie Tollemer, juriste au Centre Européen de la Consommation.
Votre batterie de téléphone portable a lâché un an après l'achat ? Le fil de votre aspirateur s'est cassé et votre machine à laver a rendu l'âme juste après la fin de votre garantie ? Ce n'est pas un hasard mais certainement de l'obsolescence programmée, procédé qui consiste à limiter volontairement la durée de vie du produit.
Ce mardi 23 avril, une proposition de loi a été débattue au Sénat pour luter contre l'obsolescence programmée, pointée du doigt par Jean-Vincent Placé, président du groupe EELV. L'occasion de faire le point sur ce phénomène avec Lydie Tollemer, juriste au Centre Européen de la Consommation et spécialiste de la question de l'obsolescence.
Qu'est-ce-que l'obsolescence programmée et que prévoit le projet de loi pour lutter contre?
L'obsolescence programmée est la théorie selon laquelle les fabricants de produits mettent en place tes techniques afin de réduire délibérément la durée de vie de l'objet pour inciter le consommateur à en acheter un neuf plus tôt que prévu. L'exemple type, c'est celui de l'ordinateur portable composé d'une batterie non amovible. En effet, la batterie est l'un des composants qui tombe en panne le plus rapidement. Mais si elle ne se détache pas, on ne peut pas l'enlever pour la remplacer donc l'ordinateur n'est plus portable! Il peut être seulement utilisé sur secteur, c'est paradoxal. Le consommateur est alors contraint de renouveler son matériel.
Il est donc important de luter contre les industriels qui ont recours de façon délibérée à l'obsolescence. Cela passe notamment par deux propositions majeures : allonger la durée de garantie légale de deux à cinq ans d'ici 2016, et proposer à la vente les pièces détachées pendant dix ans. Mais le grand questionnement est : comment prouver l'intention de l'entreprise de réduire volontairement la vie du produit ? Ce n'est pas impossible mais c'est très complexe. L'industriel se défendra en expliquant qu'il a utilisé des composants moins chers donc de moins bonne qualité pour favoriser l'accès au plus grand nombre au produit. Pour apporter la preuve, il faudrait trouver des documents internes à l'entreprise comme des procès verbaux, des comptes-rendus ou encore des courriers électroniques dans lesquels la stratégie apparaitrait.
Quelles sont les conséquences de l'obsolescence programmée pour le consommateur et l'environnement ?
Pour le consommateur, la conséquence est financière. En plus d'une perte de confiance globale dans l'économie et dans les acteurs comme les producteurs, le problème est que tous les Français ne sont pas armés de la même façon pour acheter des produits de plus en plus tôt. Certains achètent une machine à laver à crédit et quand elle tombe en panne au terme de cinq ans, elle n'est pas encore amortie.
Et pour l'environnement, l'enjeu est majeur. Par exemple, pour fabriquer un smartphone, 25 minerais différents sont utilisés. Cela oblige les producteurs à extraire les matériaux de plus en plus profond sous terre car la surface a déjà été utilisée. L'extraction de minerais détruit des habitats, des plaines ou encore des forêts. Et il y a aussi le problème des déchets. Nous ne sommes pas très performants dans le recyclage des déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE). Par exemple, quand on jette un ordinateur de deux kilogrammes, on ne jette pas seulement ce poids mais également les 430 kg de déchets produits lors de sa fabrication. C'est le sac-à-dos écologique ! On n'a pas toujours connaissance de tous les déchets et on rencontre des difficultés pour les recycler.
Si on n'agit pas, que va-t-il se passer ?
Il faut agir. Aujourd'hui, nous consommons tellement qu'il nous faudrait en une année civile les ressources terrestres d'une année et demie. Cela signifie qu'on pioche déjà dans les ressources de l'année suivante. Ce n'est plus tenable. En effet, si les sept milliards d'êtres humains vivaient comme les Américains, il nous faudrait deux planètes chaque année pour subvenir à nos besoins. Il y a urgence et cette proposition de loi va dans ce sens.
Le problème est que le gouvernement doit arbitrer entre économie et écologie. L'économie est basée sur la consommation donc l'obsolescence programmée est un facteur favorable puisqu'elle incite les consommateurs à acheter. Mais si en faveur de l'écologie, on lutte contre l'obsolescence programmée, on arrête la consommation et la croissance, donc l'économie s'effondre. Le dilemme du gouvernement est : qu'est-ce-qui est plus profitable à " l'instant t ", privilégier l'emploi et l'économie ou l'environnement pour une planète propre pour les générations à venir ? Il faut savoir si on est altruiste ou pas.
Par
Thierry LEDRU
Le 23/04/2013
Obsolescence programmée
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Cet article ne cite pas suffisamment ses sources (mars 2011).
Si vous disposez d'ouvrages ou d'articles de référence ou si vous connaissez des sites web de qualité traitant du thème abordé ici, merci de compléter l'article en donnant les références utiles à sa vérifiabilité et en les liant à la section « Notes et références ». (Modifier l'article)
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L'obsolescence programmée (aussi appelée « désuétude planifiée ») est l'ensemble des techniques visant à réduire la durée de vie ou d'utilisation d'un produit afin d'en augmenter le taux de remplacement1. Ce concept est dénoncé de nos jours, notamment par les mouvements écologistes23 ou en faveur de la décroissance, ainsi que par certaines organisations de défense du consommateur4.
L'obsolescence programmée s'inscrit dans une démarche critique vis-à-vis de la société de consommation. Dans cette optique elle est vue comme résultant du comportement des entreprises pour maximiser leur profit et expliquerait certains cas de cartels. Le secteur bénéficierait alors d'une production plus importante, stimulant les gains de productivité (économies d'échelle) et le progrès technique (qui accélère l'obsolescence des produits antérieurs)1. Cette stratégie ne serait pas sans risques : elle impliquerait un effort de recherche et développement, n'allant pas toujours dans le sens d'une amélioration du produit. De plus, elle ferait courir un risque à la réputation du fabricant (son image de marque) ; enfin, elle implique un pari sur les parts de marché futures de la firme (sur les produits de remplacement).
Cette stratégie a également un impact écologique direct. L'obsolescence programmée visant la surconsommation, elle est la cause d'un surplus de déchets, indépendamment de l'état de fonctionnement effectif des produits techniques mis au rebut ou de l'état d'usure des objets d'usage. Les circuits de recyclage ou de conditionnement des matières plastiques et des métaux, en particulier, ne prennent pas en charge le stockage des déchets informatiques, malgré l'abondance de matières premières de valeur qu'ils peuvent contenir (fer, aluminium, mais aussi tantale pour les condensateurs et métaux rares, etc.)1. L'exportation en masse de déchets des pays de grande consommation vers des zones géographiques où le stockage est négociable à moindre coût est d'autant plus problématique et expose classiquement les pays receveurs à des pollutions spécifiques sur les sites de décharge de grande envergure1.
Cependant, pour Philippe Frémeaux, d'Alternatives économiques, la situation serait plus complexe : d'une part l'optimisation des processus de production a poussé ces temps derniers à limiter la consommation de matières premières et d'énergie2. Par ailleurs, les voitures actuelles sont plus fiables et durables que les anciens modèles2. Enfin, la durée de vie d'un bien ne peut pas être dissociée de son coût. Par exemple si les camions durent plus de temps que les voitures leur coût est aussi proportionnellement plus élevé. Pour cet auteur, « certes, tout ne fonctionne pas toujours comme cela devrait, mais l'idée même d'obsolescence programmée apparaît comme une insulte au travail des millions d'ingénieurs, techniciens et ouvriers qui s'efforcent chaque jour d'atteindre le zéro défaut, la qualité totale, tout en offrant le meilleur rapport qualité-prix »2.
Sommaire |
Définitions
Obsolescence et durée de fonctionnement
Il convient de distinguer les significations des termes « obsolescence » et « durée de vie fonctionnelle ». Selon le dictionnaire Larousse, l'obsolescence, au sens précis du terme, signifie la « dépréciation d'un matériel ou d'un équipement avant son usure matérielle »5. Ainsi, un produit obsolète fonctionne encore, mais son usage a perdu de son intérêt : par exemple, un moulin à café manuel en parfait état de fonctionnement.
Un produit peut devenir obsolète pour plusieurs causes : parce que de nouveaux produits sont plus efficaces ou plus rentables, parce que la mode a changé6, ou encore parce qu'il n'existe plus de pièces de rechange ou que le produit n'est plus compatible avec son environnement (cas d'un ordinateur).
Par contre, il découle de la définition citée plus haut, que ne plus utiliser un produit parce qu'il est hors d'usage ne correspond pas au sens du mot obsolescence employé seul.
Évolution de la signification
Bernard London, qui a inventé la notion d'obsolence programmée (planned obsolescence), regrette, en 1932, que les consommateurs aient pris l'habitude, à cause de la crise, d'utiliser un produit jusqu'à ce qu'il soit hors d'usage7. Il pense que le gouvernement devrait obliger les consommateurs à rendre un produit avant qu'il soit usé8 afin de mieux faire fonctionner l'économie.
Dans les années cinquante, le designer Brooks Stevens popularise la notion en la modifiant9: il propose un modèle selon lequel une entreprise augmentera ses profits en provoquant volontairement l'obsolescence d'un produit, non pas en fabriquant un produit de mauvaise qualité, mais en faisant en sorte qu'il soit passé de mode rapidement. Ici, c'est l'entreprise qui stimule l'obsolescence. On voit que chez ces deux auteurs l'obsolescence programmée se distingue d'une limitation de la durée technique de fonctionnement.
Mais dans les débats actuels on désigne aussi par ce terme la volonté réelle ou supposée pour une entreprise de réduire la durée de vie en introduisant volontairement des défectuosités, des fragilités, voire un arrêt programmé10. Et ceci indépendamment des choix technico-économiques habituels qui consistent à arbitrer entre coût de fabrication, efficacité et durée de fonctionnalité. Il ne faut pas confondre en effet cet arbitrage avec l'obsolescence programmée, comme on le voit dans le faux exemple de l'ampoule à incandescence 11. Un fabricant doit en effet toujours arbitrer entre coût de fabrication, efficacité, rendement et durée de vie 12 13.
Souvent ce sont les clients qui arbitrent eux-mêmes entre un produit bon marché mais fragile et un produit fiable mais plus cher14. Mais lorsqu'un fabricant réduit sciemment, toutes choses égales par ailleurs (coût, efficacité) la durée de vie 15, cela s'apparente bien à de l'obsolescence programmée, car il s'agit de brider volontairement la durée d'utilisation en agissant sur la robustesse du produit en dehors de toute contrainte technique.
Voilà sans doute pourquoi dans ce débat on confond souvent ces deux notions : réduction volontaire de la durée de fonctionnement (technique) et réduction de la durée d'usage par obsolescence provoquée (subjectif). Manifestement, l'intention est semblable, mais les moyens diffèrent. Faut-il alors, dans l'expression « obsolescence programmée », ne conserver que le sens strict d'obsolescence ou au contraire élargir sa signification à la notion de limitation technique ?
Définition de l'Ademe
En 2012, l'Ademe donne sa réponse à cette question dans un rapport sur la durée de vie des équipements électriques et électroniques16. Elle donne plusieurs définitions de l'obsolescence et de l'obsolescence programmée :
- Obsolescence : l'ademe reprend la définition du Larousse donnée plus haut. Elle en distingue deux types :
- Obsolescence fonctionnelle : « correspond au fait qu’un produit ne réponde plus aux nouveaux usages attendus, pour des raisons techniques (exemple incompatibilité avec de nouveaux équipements), règlementaires et/ou économiques17 »
- Obsolescence d'évolution : « correspond au fait qu’un produit ne réponde plus aux envies des utilisateurs qui souhaitent acquérir un nouveau modèle du fait d’une évolution de fonctionnalité ou de design18 »
- Obsolescence programmée. Elle cite plusieurs définitions avant de donner la sienne :
- Le sénat belge : « le fait de développer puis de commercialiser un produit en déterminant à l'avance le moment de sa péremption. »19
- The Economist : « l’obsolescence programmée est une stratégie d’entreprise dans laquelle l’obsolescence des produits est programmée depuis leur conception. Cela est fait de telle manière que le consommateur ressent le besoin d’acheter de nouveaux produits et services que les fabricants proposent pour remplacer les anciens »20
- L'Ademe, après débat du comité de pilotage : « la notion d’« obsolescence programmée » dénonce un stratagème par lequel un bien verrait sa durée normative sciemment réduite dès sa conception, limitant ainsi sa durée d’usage pour des raisons de modèle économique. »21 Précisons que la durée normative est définie dans le même rapport comme la durée de fonctionnement moyen mesurée dans des conditions normatives de test.
La définition de l'Ademe tranche avec les définitions originelles, avec celle du Sénat Belge ainsi qu'avec celle de The Economist, ou même avec la définition du mot obsolescence employé seul, puisqu'elle associe exclusivement l'obsolescence programmée à une limitation technique objective, et renvoie l'aspect subjectif (phénomène de mode, goûts) hors du champ de la définition : « Il a ainsi été décidé, dans le cadre de cette étude, de limiter l’obsolescence programmée à des raisons techniques objectives pour en exclure la dimension subjective liée aux choix de consommation »22. En clair, l'obsolescence programmée est pour l'Ademe la limitation technique provoquée sciemment par le fabriquant : par exemple en introduisant une fragilité, une limitation technique, l'impossibilité de réparer ou la non compatibilité du produit.
Historique
Comme cela a été vu dans la rubrique Définition, l'expression (planned obsolescence en anglais) remonterait à un chapitre rédigé par un Américain courtier en immobilier, Bernard London, en 1932 en pleine crise économique : Ending the Depression Through Planned Obsolescence (« Mettre fin à la crise au moyen de l'obsolescence programmée ») dans son ouvrage The New Prosperity23. Il y faisait le constat que, sous l'effet de la crise économique, les Américains avaient rompu avec leur habitude de se débarrasser de leurs biens avant qu'ils ne soient usagés et qu'ils s'étaient mis à conserver leur voiture, leurs pneus, leur poste de radio, leurs vêtements plus longtemps que ne l'avaient prévu les statisticiens, allant ainsi à l'encontre de la « loi de l'obsolescence »24.
L'expression aurait été popularisée ensuite au milieu des années 1950. Elle fait l'objet de débats dans les colonnes de la revue Industrial Design et sera popularisée par le designer industriel Brooks Stevens. Comme ses prédécesseurs, il souhaite non pas faire des produits de mauvaise qualité, mais les renouveler tous les ans via la mode. Il produit de nombreux objets (voitures, motos, tondeuses, aspirateurs25 et autres articles ménagers) dont les modèles sont sans cesse renouvelés. Selon B. Stevens, il faut « inculquer à l'acheteur le désir de posséder quelque chose d'un peu plus récent, un peu meilleur et un peu plus tôt que ce qui est nécessaire26 ». Il crée une société de design Brooks Stevens Design Associates et se fait le chantre de cette approche, parcourant l'Amérique pour en faire la promotion au moyen de nombreux enseignements, articles et conférences.
Dans les années 1960, l'expression devient courante. Le constructeur automobile Volkswagen lance même une campagne de publicité sur ce thème27.
L'expression a connu un regain d'intérêt en France ces dernières années, probablement à la suite de la diffusion d'un documentaire sur Arte Prêt à jeter en 2010. La candidate écologiste Eva Joly, lors de la campagne présidentielle de 2012, a proposé d'interdire cette pratique28.
L'association environnementale Les amis de la Terre a publié avec le CNIID un rapport sur la question en 201029. Elle souligne dans un nouveau rapport sur les produits high-tech que le problème est palpable en particulier pour ces produits30. Une proposition de loi contre l'obsolescence programmée est en cours d'élaboration chez le groupe Europe Écologie Les Verts, et le sujet sera débattu au parlement en 2013 dans le cadre du projet de loi "consommation"31.
L'Ademe a publié en juillet 2012 une "Étude sur la durée de vie des équipements électriques et électroniques"32, dans laquelle elle précise la notion d'obsolescence programmée.
Pendant ce temps la réalité de cette pratique fait débat chez les économistes. Serge Latouche affirme sa réalité et la dénonce dans son livre "Bon pour la casse ! Les déraisons de l'obsolescence programmée"33, tandis que Philippe Frémeaux dans Alternatives économiques34, ou Alexandre Delaigue dans Le Figaro35, la considèrent comme une "idée" sans véritable réalité pour le premier, ou même comme un "mythe" pour le second.
Modèle économique
Microéconomie
La mise en œuvre d'un programme d'obsolescence programmée suppose que le fabricant soit sûr que l'achat de remplacement sera fait chez lui, ce qui implique deux conditions :
- Une situation dominante, voire de cartel, monopole ou d'oligopole. En effet, lorsque le marché est dynamique et réellement concurrentiel, il est difficile d'imposer aux consommateurs des produits ayant une durée de vie limitée.
- La durée de vie programmée de l'objet doit rester secrète, sans quoi le consommateur aurait l'impression de se faire tromper et s'adresserait à un autre fabriquant avec une meilleure réputation. C'est ce qui distingue le modèle de l'obsolescence programmée de celui du produit jetable ou plus généralement dont il est clair pour le consommateur que sa durée de vie est limitée (produit de saison comme un sapin de Noël par exemple), même si les logiques à l'œuvre sont proches (réduction des coûts, augmentation du rythme de renouvellement).
Ces conditions sont drastiques et c'est ce qui rend le concept d'obsolescence programmée si critiqué. En effet, si un fabricant (ou un groupe) dispose d'une situation dominante, il a d'autres choix que d'essayer d'augmenter son marché futur par une réduction de la qualité de son produit (au risque de sa réputation) ; à commencer par le plus profitable à court terme, simplement augmenter ses prix. [réf. nécessaire]
Macroéconomie
À l'époque de la Grande Dépression, Bernard London a soutenu qu'il serait bon pour l'économie de rendre l'obsolescence programmée obligatoire, non pas en produisant des produits manufacturés de mauvaise qualité, mais en leur imposant une date limite légale, après laquelle les consommateurs devraient obligatoirement les renvoyer à un organisme ad hoc, de manière à entretenir un flux éternel de produits manufacturés36.
Ce genre de réflexion, selon laquelle une destruction est favorable aux affaires, correspond au sophisme de la vitre cassée décrit par l'économiste Frédéric Bastiat en 1850.
Cependant, certains estiment que la péremption rapide des produits est le pendant de l'industrie de masse, une conséquence inévitable du progrès technologique tel qu'il est conçu actuellement. Pour l'historien et critique social Christopher Lasch par exemple « la production […] est dirigée par des stratégies marketing reposant sur la technique bien connue de l'obsolescence programmée » et « l'idéal de la publicité est un univers de biens jetables, où l'on se débarrasse de choses dès qu'elles ont perdu leur attrait initial. Que quoi que ce soit doit être réparé, rénové ou remplacé est une notion étrangère à l'éthique publicitaire. »37.
Différents types d'obsolescence programmée
Il existe différentes variantes d'obsolescence programmée. Certaines impliquent d'ajouter sciemment des défauts de conception au produit vendu (il ne s'agit pas alors à proprement parler d'obsolescence, mais de défectuosité) ; d'autres formes plus psychologiques tentent plutôt de dévaloriser l'image du produit auprès des consommateurs. Voici un tour d'horizon non exhaustif des mécanismes attribués aux industriels.
Défauts fonctionnels
Lorsqu'une pièce ne fonctionne plus, l'ensemble du produit devient inutilisable. À ce moment-là, si le prix d'un appareil neuf est inférieur à celui de la réparation et de l'amortissement de l'appareil ancien, alors le neuf revient moins cher.
Le coût de réparation est constitué du prix de la pièce de rechange, du coût de la main-d'œuvre locale, des frais de transport et de logistique. Le fabricant peut influencer le coût de la main-d'œuvre en concevant des objets plus ou moins faciles à réparer. Néanmoins, les contraintes de production, d'ergonomie et de fiabilité du produit fini peuvent également conduire à compliquer les réparations. C'est le cas par exemple de produit non démontable et de pièces scellées : circuit imprimé de téléviseur, pièces scellées de matériel électroménager, etc. [réf. nécessaire]
Obsolescence par péremption
Certains produits possèdent une date de péremption à partir de laquelle ils sont annoncés comme « périmés ». Cela s'applique principalement aux aliments et aux boissons, qui ont une date limite de consommation ou une date limite d'utilisation optimale, ainsi qu'aux produits cosmétiques, pharmaceutiques et chimiques. Cependant, dans certains cas, les produits restent utilisables après cette date. Par exemple, un aliment ayant une date limite d'utilisation optimale risque de voir ses qualités organoleptiques diminuées au-delà de la date indiquée, tout en restant consommable sans risque pour la santé. Une date limite de consommation est par contre plus stricte, car elle indique un risque pour la santé du consommateur s'il utilise le produit au-delà.
L'ignorance de la différence entre date limite d'utilisation optimale et date limite de consommation peut entraîner le consommateur à des mises à la poubelle prématurées, ou à des prises de risques inconsidérées.
Une forme courante d'obsolescence par péremption concerne les logiciels dont l'éditeur annonce la fin du support à une certaine date, contraignant les utilisateurs à acheter une version supérieure dont ils n'ont pas forcément besoin et qui si elle n'est pas compatible avec le matériel de l'utilisateur entraîne alors obsolescence de celui-ci.[réf. nécessaire]
Obsolescence indirecte
Certains produits deviennent obsolètes alors qu'ils sont totalement fonctionnels de par le fait que les produits associés ne sont pas ou plus disponibles sur le marché. C'est le type d'obsolescence programmée le plus courant en ce qui concerne les téléphones mobiles : un téléphone en parfait état devient inutilisable lorsque sa batterie ou son chargeur ne sont plus offerts sur le marché, ou simplement parce que racheter une batterie neuve serait économiquement non rentable. Certains fabricants vont jusqu'à souder la batterie des appareils électroniques pour pousser au renouvellement de l'équipement quand la batterie ne fonctionne plus38. De la même façon certaines imprimantes deviennent de facto obsolètes lorsque le fabricant cesse de produire les cartouches d'encre spécifiques à ces modèles. On peut également citer l'exemple d'un moteur de voiture rendu inutilisable du simple fait qu'il est impossible de trouver des pièces de rechange. Autre exemple, les traceurs à plumes, dont la plupart fonctionnent encore parfaitement, mais dont les outils de traçage ne sont plus fabriqués.
L'arrêt de la production de pièces détachées est un levier puissant à la disposition des industriels. Le choix d'abandonner la production ou la commercialisation des produits annexes (cartouches, pièces détachées, batteries, etc.) complique la tâche de maintenance et de réparation, jusqu'à la rendre impossible.
Cette pratique ne se limite pas aux produits consommables et aux pièces dérivées. Le même mécanisme d'obsolescence indirecte est possible également pour l'industrie des services et des logiciels. Par exemple, en juillet 2006, Microsoft abandonne le service d'après-vente et de maintenance corrective pour les logiciels Windows 98 et Millenium39. Cette décision implique que, depuis cette date, les bogues et les failles de sécurité ne sont plus corrigés par Microsoft40. Effet secondaire : les consommateurs vont se débarrasser du vieux matériel incapable de faire tourner les versions récentes de Windows (quantité de mémoire vive insuffisante, etc.).
Le fait que les spécifications ne soient pas toutes communiquées, ainsi que les brevets, empêchant des tiers de satisfaire la même demande41, représentent une pression supplémentaire.
Obsolescence par notification
Proche de l'obsolescence indirecte, l'obsolescence par notification est une forme évoluée d'« auto-péremption ». Elle consiste à concevoir un produit de sorte qu'il puisse signaler à l'utilisateur qu'il est nécessaire de réparer ou de remplacer, en tout ou en partie, l'appareil. On peut citer l'exemple des imprimantes qui avertissent l'utilisateur lorsque les cartouches d'encre sont vides. En soi ce mécanisme n'est pas un mécanisme d'obsolescence. Cependant si les cartouches ne sont pas complètement vides lorsque le signal est émis, il s'agit bel et bien d'une obsolescence programmée de la cartouche.
L'aspect insidieux de ce type de péremption forcée réside dans l'interaction entre deux produits : dans l'exemple de l'imprimante, un produit « consommable » (la cartouche) est déclaré obsolète par un autre produit (l'imprimante elle-même). Cette technique est plus efficace lorsque le constructeur produit à la fois la machine et les recharges.
On peut aussi noter le cas des imprimantes affichant un message d'erreur bloquant leur fonctionnement normal (« réservoir d'encre usagée plein ») et où le fabricant n'assure aucun service et invite à renouveler le matériel. L'utilisateur se retrouve avec une imprimante qui ne fonctionne plus et il ne peut aller au-delà de ce message. L'imprimante s'est ainsi rendue inutilisable elle-même et l'utilisateur est contraint de renouveler son matériel ou de nettoyer son imprimante et d'utiliser un logiciel permettant de remettre le compteur d'impressions à zéro.
La Communauté européenne a en revanche interdit désormais la commercialisation de cartouches d'encre à puce électronique refusant tout service après un certain nombre de pages (même après remplissage d'encre), n'y voyant pas d'intérêt pour le consommateur et moins encore pour l'écologie des pays.
NOTA : Cette obsolescence peut s'avérer nécessaire si elle vise à garantir une sécurité des utilisateurs. Par exemple une pièce « fusible » d'un avion, d'un bateau, d'un ascenseur cassant avant même la rupture de pièces liées à la sécurité indiquerait aux utilisateurs de passer par une case maintenance obligatoire.[réf. nécessaire]
Obsolescence par incompatibilité
Principalement observée dans le secteur de l'informatique, cette technique vise à rendre un produit inutile par le fait qu'il n'est plus compatible avec les versions ultérieures. Dans le cas d'un logiciel, le changement de format de fichier entre deux versions successives d'un même programme suffira à rendre les anciennes versions obsolètes puisque non compatibles avec le nouveau standard.
Les changements de formats ou de standards sont souvent nécessaires pour prendre en compte les innovations d'un produit. Cependant ils peuvent aussi être provoqués artificiellement.
On retrouve encore une fois ce type d'obsolescence dans les imprimantes, dans lesquelles les cartouches qui ne sont pas ou plus produites par le fabricant ne peuvent être remplacées efficacement. La raison en est que les cartouches fournies par le fabricant disposent d'un circuit d'identification indiquant à l'imprimante que c'est bien une cartouche officielle. Si ce n'est pas le cas, l'imprimante refusera d'imprimer ou imprimera avec une qualité moindre. Pour parer à cela, il existe des logiciels permettant de passer outre cette protection de l'industriel et permettre l'usage de cartouches reconditionnées (à la maison, ou par des professionnels). À noter que certains vendeurs fournissent directement des cartouches génériques reprogrammées pour simuler une cartouche officielle à moindre coût pour l'utilisateur final.
Du côté d'Apple, le même phénomène se produit. En effet, en 2011, le nouveau système d'exploitation Lion n'intègre plus de module Rosetta qui permettait d'exécuter les programmes compilés pour un processeur PowerPC sur un Mac équipé d'un processeur Intel. Ceci se traduit par une incompatibilité des programmes compilés avant 2006. Par ailleurs, la période de 2006 à 2011 est appelée période de transition car les développeurs ont été encouragés à abandonner le PowerPC pour l'Intel. Cependant, tous n'ont pas fait ce pas et des programmes datant de cette période ne peuvent être exécutés sur Lion42. L'abandon de Rosetta est contesté car lors du passage de Snow Leopard à Lion, les programmes PowerPC devinrent inutilisables. De plus, bien que les programmes les plus populaires aient été convertis, il reste une importante ludothèque, inutilisable aujourd'hui.[citation nécessaire]
Obsolescence esthétique
Certains produits (notamment les chaussures et les vêtements) subissent une obsolescence subjective. Les modes vestimentaires et les critères d'élégance évoluent rapidement et les vêtements perdent leur valeur simplement parce qu'ils ne sont plus « à la mode ».
Certains fabricants exploitent ce principe en lançant des opérations marketing et des campagnes publicitaires dont le but est de créer des modes et d'en discréditer d'autres. À noter tout de même l'effet « boomerang » de l'obsolescence esthétique : un objet qualifié de démodé pourrait très bien revenir au goût du jour quelques années plus tard. [réf. nécessaire]
Exemples
Quelques exemples sont cités par Cosima Dannoritzer dans son documentaire Prêt à jeter de 2010 :
- L'ampoule électrique à incandescence : sa durée de vie a été « harmonisée » et maintenue par les industriels (cartel Phœbus) à 1 000 heures, dans le monde entier. Le documentaire en fait un argument majeur et affirme que des technologies 10 fois plus durables à performances égales (éclairage, consommation, prix) ont été refusées par les fabricants. Toutefois après recherche, on n'a pas trouvé la source de cet argument. Pourtant il est repris depuis tel quel dans de nombreux de sites. Le reportage présente également une ampoule de 1901, qui brille sans interruption depuis plus d'un siècle. Mais la validité de cet exemple est contestable car l'augmentation de la durée de vie se fait au détriment de la consommation. En réalité l'optimum entre durée de vie et consommation serait de 5000 heures selon un calcul mathématique entre durée de vie, luminosité et consommation43. D'ailleurs des techniques existent pour augmenter la durée de vie d'une ampoule tungstène et ont bel et bien été commercialisées : filament à double spirale, bulbe rempli de néon, krypton ou ampoule dite halogène. À chaque fois, un compromis est fait entre consommation et durée de vie. Dans les années 50 la commission de la concurrence britannique a certes condamné le cartel Phoebus pour entente sur les prix, mais a reconnu que le standard des 1000 heures représentait un bon compromis, au bénéfice des consommateurs 44. Il s'agirait ici d'un mauvais exemple et le documentaire semble sur ce point erroné. Voir Lampe à incandescence classique.
- L'automobile : pour concurrencer Henry Ford et sa Ford T volontairement vendue comme modèle unique, à portée du consommateur moyen, fiable, facile à réparer et très robuste, Alfred P. Sloan a inventé pour General Motors une Chevrolet conçue avec un châssis et un moteur uniques, mais selon le concept du changement de gamme à raison de trois nouveaux modèles de carrosserie, formes, couleurs et accessoires par an. En démodant rapidement les produits par la publicité, il pousse l'automobiliste à sans cesse abandonner son véhicule « démodé » au profit d'un modèle plus à la mode. C'est ainsi que General Motors a forcé Ford à changer de stratégie pour se lancer dans la course aux nouveaux modèles.
Il semble qu'il s'agisse-là du début du modèle d'« obsolescence programmée par l'esthétique et le design »1.
- Le bas nylon : mis sur le marché par DuPont dans les années 1940, il était si résistant que les ventes s'effondrèrent, faute de besoin de renouvellement. En modifiant la formulation (notamment en r&ea