Blog

  • A CŒUR OUVERT : l'amour

    Coeurouvertwhite

     

    "Ils arrivèrent sur la crête dénudée, juste un parterre d’herbes rases. Ils s’assirent, silencieux, les regards lointains, une plongée au plus profond, symétrie des voyages, les horizons infinis de la terre et les explorations intimes.

    Contemplation.

    Paul glissa sa main dans celle de Diane.

    « Je n’aurais jamais imaginé ça.

    -Quoi donc, Paul ?

    -Une telle rencontre. Toi et la terre. Le même amour en fait, c’est ça que je réalise.

    -Explique-moi.

    -T’expliquer ? Je n’ai jamais rien su expliquer en dehors des chiffres de ma société.

    -Tu n’en es plus là. Tu es devenu ce que tu portais en toi. »

    Il la regarda. Oh, ces yeux.

    Il n’avait jamais vu les yeux d’Alice. Des filtres trop épais. Ils reflétaient uniquement les possessions dont elle rêvait.

    Les yeux de Diane s’ouvraient sur un univers d’étoiles.

    « Je pense que l’amour réel pour une personne contient le même amour que pour cette terre, la nature épargnée. Lorsque je montais seul sur une colline, j’éprouvais une telle paix, une telle sérénité, un silence intérieur aussi vaste que celui de l’altitude. J’aurais aimé monter à quatre mille mètres. Aujourd’hui, je comprends les alpinistes. Eh bien, je ressens la même paix avec toi. Comme un détachement, une absence de trouble, une ouverture spirituelle, le saisissement de l’instant, rien, aucune pensée, aucune inquiétude, aucun remord, aucune attente. Comme lorsque je suis assis ici. La même paix. L’amour. Peut-être que les gens ne savent plus aimer parce qu’ils sont loin de la terre. Juste une supposition. L’euphorie des villes, l’agitation, le bruit, le commerce des désirs, la multiplication des manques inventés, même les relations amoureuses sont à l’image de ce chaos. Une surenchère permanente. Cette impression qui ne me quitte plus qu’on ne peut aimer que dans l’abandon de tout, jusqu’au vide, jusqu’à cette absence de soi, se laisser envahir par l’inertie. C’est sûr que ça va à l’opposé de ce monde moderne. Pas assez rentable. Rien à vendre, la perte des consommateurs, un cauchemar. »

    Il s’aperçut qu’il parlait en fixant un point lointain, un mont arrondi qui se découpait sur le ciel, comme des paroles lancées dans l’azur.

    « Saint-Exupéry disait que les gens qui s’aiment ne passent pas leur temps à se regarder. Ils regardent le même horizon, intervint-elle.

    -Et bien, je suis d’accord avec lui puisque tu es dans cet horizon. Puisque l’amour que je porte à cette terre est le même que celui que j’ai pour toi. Je te regarde en contemplant ce monde.

    -Et tu oses dire que tu ne sais pas parler ? »

    Un rire bref, presque gêné.

    « D’où ça vient tout ça ? demanda-t-il.

    -Et à quoi ça te servirait de le savoir ? Ce qui importe, c’est que ça soit là.

    -Oui, c’est vrai Diane, mais c’est tout de même effrayant de réaliser qu’on peut passer à côté de soi à ce point. J’ai cinquante-trois ans.

    -Cinquante-trois ans d’apprentissage tout simplement.

    -Tu veux dire que tout était déjà là ? Qu’il fallait que la croissance se termine ?

    -Elle n’est pas terminée.

    -Et pourquoi est-ce que ça passe par une telle rupture, pourquoi les choses ne se font-elles pas en douceur, en toute conscience ?

    -Parce qu’il n’y a plus de conscience. Parce que l’ego a pris le dessus. Alors, il faut une révolte.

    -Il faut que tu m’expliques ce que tu entends par ego. »

    Elle s’allongea, les yeux tournés vers le ciel. Il l’imita.

    « L’ego, c’est quand tu ne vois plus le ciel. Non pas le voir avec tes yeux, non pas l’identifier avec des noms de nuages mais le voir comme s’il était en toi et comme si tu y étais évanoui, liquéfié, comme si tu n’étais même pas une particule de vapeur d’eau, rien, le vide immense en toi. Si tu ne peux plus ressentir cette disparition et que tu vois le ciel comme un beau paysage, alors, c’est que tu es identifié à ton ego, c’est que tu n’existes que pour toi-même et que tout ce que tu vois, c’est pour valider ton existence. Tu ne regardes pas le ciel, tu prends juste forme à travers le plaisir que tu éprouves en regardant le ciel. Pour aimer le ciel, il faut oublier que tu le regardes. Il en est de même d’ailleurs pour la plupart des humains dans la relation amoureuse. Ils aiment l’autre pour le sentiment d’exister à travers cet amour. Et si l’amour s’étiole, chacun en voudra à l’autre de ne plus lui permettre d’exister.  

    -Mais tu ne crois pas que tout le monde voit les choses comme ça Diane ?

    -Pas les enfants. Tant qu’ils ne sont pas trop grands. Ceux d’ici en tout cas. Les enfants Kogis, par exemple, ne regardent pas le ciel, ils le vivent. Comme toi maintenant. »

     

  • Pierre Rabhi : l'école

    Pierre Rabhi : « L’école devrait reconnecter l’enfant à la nature »

     

    https://www.vousnousils.fr/2015/11/02/pierre-rabhi-lecole-devrait-reconnecter-lenfant-a-la-nature-578083#:~:text=Plong%C3%A9s%20dans%20un%20monde%20virtuel,l'enfant%20%C3%A0%20la%20nature.

     

    2 novembre 2015 4 Réactions

    Culture · Primaire

    Publié par  | Nov 2, 2015 |  | 

    Agriculteur, écrivain et penseur, pionnier de l'agroécologie, Pierre Rabhi rêve d’une école en rupture avec le système libéral. Entretien.

    Pierre Rabhi

    Pierre Rabhi à Monchamps Crédit photo (c) Patrick Lazic

    La France accueille la COP21. En espérez-vous quelque chose ?

    Je ne peux qu’être reconnaissant aux âmes sincères qui s’investissent pour tenter de donner la place que mérite cette problématique du réchauffement climatique dans le débat public. Mais je constate que nous sommes déjà à la 21e édition de ces rencontres et je n’ai pas l’impression que des décisions à la mesure des enjeux aient été prises. Je crains aussi que la régularité de ces grands rendez-vous laisse croire, dans l’opinion collective, qu’on s’occupe du problème” et que l’on peut donc tous dormir tranquille ce qui est, bien sûr, faux.

    Vous appelez à une  révolution du regard que l’humanité porte sur elle-même. Quel devrait être le rôle de l’école dans celle-ci ?

    Si l’être humain ne change pas lui-même, il ne pourra changer durablement le monde dont il est le responsable. Cette aspiration devrait commencer par une modification radicale de la manière dont on éduque nos enfants. D’abord en encourageant la coopération et la solidarité plutôt que la compétition, comme c’est bien trop souvent le cas à l’école. Ensuite, en sensibilisant bien davantage l’enfant à la nature notamment en lui rappelant sans cesse que c’est à elle qu’il doit la vie. Cela n’a rien d’anecdotique : je constate à quel point les jeunes générations passent de plus en plus de temps devant toutes sortes d’écrans. Ils y sont même plongés de plus en plus tôt dans leurs existences. Cela ne sera d’ailleurs pas sans conséquence sur le développement et le fonctionnement de leur cerveau. Plongés dans un monde virtuel, ils sont plus que jamais « hors sol », éloignés de la réalité vivante. Or connaître celle-ci est le premier pas indispensable pour la respecter et la protéger. L’école devrait reconnecter l’enfant à la nature.

    Votre fille a enseigné puis a créé une école Montessori. Y jouez-vous un rôle ?

    Non pas directement, mais le Hameau des Buis, dans lequel est intégrée l’école, est inspiré du mouvement des «Oasis en tous lieux » dont je suis à l’initiative. (NDLR Ce mouvement se présente comme « une proposition alternative de mode de vie » basée sur l’autonomie, le partage de savoir-faire et la mutualisation de certains biens comme les voitures, l’électroménager, l’outillage…). Je crois aussi que ma fille a reçu par « infiltration » ma posture personnelle concernant notre éducation. Il se trouve que je suis en total désaccord avec la philosophie qui sous-tend l’enseignement. Notre école conditionne les enfants à devenir des adultes adaptés au système. Elle les façonne pour un monde de compétition, qui malheureusement est, en effet, le nôtre. Mais ce faisant, elle oublie bien trop souvent tout ce qui est relatif à la vie non productiviste. Les écoles sont devenues des manufactures dans lesquelles l’enfant est préparé à devenir ce fameux homo economicus qui est à l’origine des maux de la Terre.

    C’est un constat que vous avez fait lorsque votre fille était à l’école ?

    Pierre Rabhi

    Pierre Rabhi à Monchamps Crédit photo (c) Patrick Lazic

    Non, cela date d’il y a bien plus longtemps ! Cette manière de faire entrer les enfants dans ce moule, je l’ai ressentie lorsque j’étais moi-même écolier. À l’époque déjà, nous étions « stimulés » autour d’un programme préétabli et dans lequel chaque enfant était mis en devoir de se couler. C’est toujours vrai aujourd’hui et ce ne sont pas les quelques heures dispensées sur la morale qui peuvent changer les choses.

    Évidemment, je n’étais pas un bon élève car j’avais l’impression que tout ce qu’on me demandait était de devenir conforme au programme et à ce système basé sur la performance. Je m’ennuyais à mourir à l’école car on y parlait de tout… sauf de moi ! J’ai eu difficilement mon certificat d’études qui reste encore aujourd’hui le seul diplôme que je pourrais exhumer si on me le demandait.

    Quel rôle devrait avoir l’école dans l’éveil des consciences que vous espérez ?

    J’aspire à des écoles qui, bien sûr, prodigueraient l’enseignement conventionnel, mais qui, aussi, disposeraient d’un jardin où les enfants pourraient se relier au vivant en cultivant par eux-mêmes, en observant la nature et ses miracles permanents. J’aimerais aussi que chaque établissement dispose d’un atelier de travaux manuels, atelier qui ne contiendrait aucun outil perfectionné afin que ces jeunes découvrent le potentiel extraordinaire de leurs mains.

    Changer l’école me semble essentiel pour envisager la construction d’un futur pour l’humanité, même si cela ne pourra pas nous dédouaner de ce que j’appelle la puissance de la modération. La croissance économique n’est pas un projet viable de société ni l’unique levier capable de nous apporter la prospérité. La surexploitation des ressources naturelles nous mène tout droit à des impasses sociales et écologiques. Cela a-t-il du sens de naître uniquement pour consommer et produire ? Cela a-t-il du sens de n’être qu’un rouage d’une machine économique infernale qui, comme un alambic produit des dollars concentrés dans les mains d’une minorité d’humains au détriment de tout le reste ?

    L’école a donc un rôle majeur, celui d’ouvrir les jeunes sur le vivant. Alors ils seront mieux armés pour comprendre qu’il nous faut en finir avec nos attitudes pillardes et prédatrices, en finir avec notre boulimie de biens.

  • Le massacre des poissons

    Web poissons 672x359Je vois passer parfois des documents qui alertent la population sur la souffrance animale dans les abattoirs ou les élevages industriels. Quid des poissons et de ce carnage constant et inimaginable pour un esprit humain ? J'entends des gens dire qu'ils ne veulent plus participer à la souffrance des vaches, des moutons, des cochons, des poules, des oies etc etc...Très bien. N'oublions pas les poissons et toute la vie des océans. Je suis né en Bretagne, il y avait du poisson et des fruits de mer bien souvent à table. Je n'en mange plus. Rien de ce qui a été vivant et doué de conscience. 

     

    http://tahin-party.org/textes/Poissons_le_carnage.pdf

    "Les poissons ne saignent pas. Il serait pourtant plus juste de dire qu'ils saignent
    peu, mais c'est en se basant principalement sur cette prétendue caractéristique
    que l'Église catholique avait décrété que l'on pourrait les manger même pendant
    le carême. C'est que le sang paraît porteur de la vie, et que répandre le sang est
    un très fort symbole de violence et de domination. Sous l’Ancien Régime, les
    nobles étaient décapités à la hache ou tués à l'arme blanche, alors que les gueux
    étaient pendus, brulés ou étouffés. Mort noble, avec écoulement du sang, et mort
    dégradante, lorsque le sang n’est pas répandu. Le fameux privilège de chasse de
    la Noblesse était un droit également de faire couler le sang de l'animal sauvage :
    piéger les animaux, les étouffer, les noyer étaient des manières de manants, de
    vilains.
    Et les animaux eux-mêmes se voyaient conférer des statuts plus ou moins valorisants
    selon « leur sang » : les gros mammifères, auxquels les hommes s'identifiaient
    peu ou prou et que seul « le sexe fort » pouvait tuer, étaient renommés être des
    viandes rouges (ou même noires, pour le « gros gibier »), tandis que les oiseaux
    et petits mammifères (animaux de basse-cour, etc.), que pouvaient parfois tuer
    également les femmes, étaient censés être des « viandes blanches ». Pour se ravigorer,
    au XIXe siècle encore, les hommes buvaient le sang des bœufs des abattoirs,
    et les femmes du bouillon de poulet ! Quant aux poisssons, on l'a vu, ils étaient
    censés être dépourvus de sang ; déjà, chez les Grecs, les poissons n'étaient pas
    considérés comme de la viande. Cela semble rester la règle durant l'antiquité, et
    « ce n'est véritablement qu'après l'établissement du Christianisme que la pêche
    fit des progrès. Elle n'avait été qu'une profession vile, abandonnée aux mains
    d'esclaves : le besoin de satisfaire aux jours d'abstinence la convertit en une profession
    nécessaire. »
    Du coup, les poissons ne constituaient guère un aliment noble, et restaient une
    nourriture de pauvres, un plat de pénitence ; le Carême n'était autrefois pas vécu
    positivement, comme en témoigne une parodie médiévale des chansons de geste,
    « La Bataille de Caresme et de Charnage ».
    La pêche n’était donc pas une activité prestigieuse : contrairement à la chasse,
    « on la considérait [sur la fin du moyen age] plutôt comme une activité économique
    (pêche au filet dans les rivières et vidange périodique des étangs) ;
    le seigneur, qui en avait le monopole, se serait abaissé s'il l'avait exercée luimême.
    » Par contre, il se réservait bel et bien le droit de chasse, valorisant, lui, et
    symbole de sa domination sur les autres animaux, sur ses terres et sur les autres
    humains.
    Voilà sans doute pourquoi aujourd’hui encore les poissons ne bénéficient
    d’aucun prestige, ne font guère relief dans notre imaginaire et pourquoi, peut-on
    supposer, leur sort nous laisse si souvent indifférents."

  • Arturo est mort

    Ceux qui l'ont capturé, ceux qui l'ont enfermé, ceux qui ont payé pour le voir, ceux qui vont aller en chercher un autre : qu'ils crèvent tous.......

     

    Lentement, à petit feu.

     

    Il y a des jours où la disparition quasi totale de l'humanité me laisserait de marbre (de tombe).

     

    Et qu'on ne m'oppose pas l'amour de son prochain.

     

    Je n'ai aucune proximité avec ces gens-là. AUCUNE. 

     

    Et ceux et celles qui trouvent mes propos exagérés, lisez bien, lentement, cet article. 

     

    Et ensuite, pensez bien à tous les animaux qui sur l'ensemble de la planète vivent le même épouvantable calvaire. 

     

    Juste pour le "spectacle."

    L'humain inséré dans la masse humaine n'a pas d'humanité et la notion même d'humanité ne porte finalement aucun amour en elle. Elle n'est qu'une excroissance néfaste au service d'une idéologie que je vomis : L'homme tout puissant.

    Je rêve parfois de cette extinction partielle de cette espèce humaine telle que l'a racontée Barjavel dans son roman "Ravages." 

    Si tous les animaux que l'homme extermine, torture, décapite, égorge, broie, dépèce, maltraite, condamne à la folie, à la prison, aux expérimentations médicales, si tous ces animaux poussaient tous en même temps, un cri de rage, l'humanité entière en mourrait de terreur.

    I have a dream. A no man's land.

    "Terre des hommes" écrivait Saint-Exupéry.

    "Terre sans hommes" serait pour la planète un avenir heureux.

    Je ne poste pas ici tout ce que je lis. Mais j'ai dans mes dossiers des dizaines et des dizaines d'articles qui décrivent l'ampleur incommensurable du massacre quotidien. 

    Et là, quand je m'égare sur les sites d'actualité, je tombe sur des dizaines d'articles qui décrivent "la passion pokémon..."

    Qu'ils crèvent tous.

     

     

     


    L'animal s'est éteint à presque 31 ans au zoo de Mendoza, en Argentine, après avoir passé 23 ans en captivité. Ses conditions de vie inadaptées à ses besoins naturels avaient suscité l'indignation des défenseurs de la cause animale.

     

    L'ours vivait au zoo depuis 1993 et souffrait de dépression. ©Pablo Astie/AP/SIPAL'ours vivait au zoo depuis 1993 et souffrait de dépression. ©Pablo Astie/AP/SIPA

    DECES. Il était surnommé "l'ours le plus triste du monde" depuis la perte en 2012 de sa compagne Pelusa, morte d'un cancer, et qui partageait son enclos depuis plus de 20 ans. Il s'est finalement éteint dimanche 3 juillet, dans son enclos de Mendoza, où il a passé la plus grande partie de sa vie. Fatigué par son âge avancé, l'ours avait perdu l'appétit ces dernières semaines et sa vue diminuait considérablement. L'animal serait entré dans une phase dégénérative irréversible vendredi 1er juillet....

     Suivre

    vigilante @vigilantevet

    RIP Arturo the polar bear. He died yesterday at the age of 31 after suffering for 23 years at the Mendoza Zoo. ♥

    •  
    •  
    •  

    Un ours atteint de folie

    Quelques pas en avant, retour en arrière, tête qui balance... L'ours Arturo avait développé le comportement type d'un animal "devenu fou", juge Bill McDonald, directeur général de la Winnipeg Humane Society, interrogé parCBS News. Pour les défenseurs des animaux, Arturo avait sombré dans la dépression. 

    "Arturo n'est pas sorti de son état dépressif depuis la disparition de la femelle", a déclaré le directeur du zoo Gustavo Pronotto à l'AFP.

    Si la mort de l'ourse Pelusa en 2012 a permis la médiatisation des conditions de vie de son compagnon, l'animal vivait à Mendoza depuis 1993 dans un enclos exposé aux fortes chaleurs, après avoir passé huit ans en captivité aux Etats-Unis, où il est né. L'ours polaire, habitué en milieu naturel à des températures négatives allant jusqu'à -50 degrés, devait supporter en Argentine un climat particulièrement doux, avec 11 degrés de moyenne en hiver et jusqu'à 40 degrés au plus chaud de l'année. 

    Une pétition lancée en 2013 demandant le transfert de l'animal dans un parc zoologique au Canada, plus proche de son habitat naturel, avait amassé plus d'1,2 million de signatures. Mais le transfert n'a jamais eu lieu, les vétérinaires craignant notamment que l'animal, trop vieux, ne survive au déplacement. Arturo était le dernier ours polaire d'Argentine, après la mort en 2012 de Winner à Buenos Aires. L'animal, lui aussi dépourvu d'un environnement adapté, avait succombé à la canicule...

  • "La loi du miroir"

    http://lydiouze.blogspot.fr/2016/07/la-loi-du-miroir-ce-que-vous-voyez-chez.html#more
     

    mardi 12 juillet 2016

    « La loi du miroir : ce que vous voyez chez les autres est votre reflet » Sarah Boucault & « Le syndrome du miroir » Jeanne Perreard

     
     
     
     
    Lorsque nous construisons chaque étape de notre épanouissement personnel, nous nous focalisons à l’excès sur notre intérieur, alors qu’une grande partie de ce que nous pouvons apprendre se trouve à l’extérieur ou dans notre entourage de confiance.
     
    Une infinité de légendes nous ont appris depuis l’Antiquité que ce que nous voyons chez les autres nous révèle une information sacrée sur ce que nous sommes nous-même.
     
    Les études de psychologie personnelle là-dessus sont nombreuses. Elles affirment quel’extérieur agit comme un miroir pour notre esprit.
    Un miroir où nous voyons différentes qualités, caractéristiques et aspects de notre propre essence, de notre être primitif se refléter.
     
    Nous parlons des situations que nous vivons souvent dans notre quotidien quand nous observons quelque chose qui ne nous plaît pas chez les autres et que nous ressentons un certain rejet, voire même du mépris.
     
    Car c’est la loi du miroir, qui dit que, d’une certaine manière, ce qui ne nous plaît chez une personne en particulier existe en nous.
    Pourquoi cela nous arrive-t-il ? Aujourd’hui, nous allons partager avec vous la fonction et l’origine de cette loi.
     
    “Les gens nous renvoient seulement le reflet de la manière dont nous leur parlons.”
    -Laurent Gounelle-
    Le défaut que nous percevons se trouve donc à l’extérieur, et non pas en nous-même ? 
     
    La loi du miroir dit que notre inconscient, aidé par la projection psychologique que nous faisons à ce moment, nous fait penser que le défaut que nous percevons chez les autres existe seulement “là-bas dehors”, et non pas en nous-même.
     
    La projection psychologique est un mécanisme de défense par lequel nous attribuons aux autres des sentiments, des pensées, des croyances ou même des actions personnelles inacceptables pour nous. 
     
    La projection psychologique commence à se mettre en marche lors des expériences difficiles qui supposent un conflit émotionnel ou quand nous nous sentons menacés,aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur.
     
    Quand notre esprit comprend qu’il existe une menace pour notre intégrité physique et émotionnelle, elle émet comme rejet vers l’extérieur toutes ces qualités (positives ou négatives), en les attribuant à un objet ou un sujet extérieur à nous-même. 
    Ainsi, en apparence, nous plaçons ces menaces en dehors de nous.
     
    Les projections arrivent aussi bien avec les expériences négatives qu’avec les émotions positives.
    Notre réalité est retranscrite sans filtre au monde extérieur, construisant alors la vérité extérieure avec nos propres caractéristiques personnelles.
     
    Une expérience caractéristique de la projection psychologique arrive lorsque nous tombons amoureux et que nous attribuons à la personne aimée des caractéristiques qui n’existent qu’en nous.
    Nous projetons sur notre entourage notre propre réalité 
    La loi du miroir se reflète quand nous affirmons bien « connaître » d’autres personnes alors qu’en fait, nous ne faisons que projeter sur elles notre propre réalité.
    Quand cette situation a lieu, nous superposons notre vision projetée de nous-même sur l’image physique de ladite personne, captée par nos sens.
     
    Être conscient du fait que nous projetons sur les autres nous permet de découvrir comment nous sommes en réalité.
    Nous permettre d’être conscient de ce mécanisme mental nous aide à retrouver le contrôle sur ce qui est en train de se passer dans notre intérieur pour pouvoir nous responsabiliser et travailler sur les aspects que nous voulons conserver ou transformer chez nous.
     
    Il est indispensable de se souvenir que nous prenons pour la réalité tout ce qui arrive à travers nos sens mais nous ne reconnaissons pas souvent la partie d’interprétation ou de subjectivité qui s’y trouve.
     
    Nous vivons en accord avec cette manière de percevoir la réalité, créant des distorsions négatives qui provoquent du mal être lorsque nous avons des relations avec les personnes de notre entourage, et même avec nous-même.
     
    Si nous voulons employer cette ressource naturelle -projeter- de manière saine et pleine pour obtenir un épanouissement intérieur sain, la méditation nous aidera à tracer cette fameuse frontière, en facilitant un apprentissage différent de la manière de voir les choses. 
     
    Toujours en se souvenant de la prémisse suivante : « observer en dit plus sur l’observateur que sur ce que l’on observe ».
     
    “Mais je l’ai vu… Mon esprit déchaîné était déjà le reflet de ton esprit. Toute mon âme s’est répandue dans ton âme, et en elle, on pouvait y voir comme dans un miroir clair.”
    -Pedro Antonio de Alarcón-
    Sarah Boucault
     
     
     
     
    « Le syndrome du miroir » Jeanne Perreard
    La répercussion de ce que révèle le miroir sur notre physique peut nous affecter dans nos rapports avec les autres et même avec nous-même. Le dénommé « syndrome du miroir » est bien plus fréquent que ce que l’on pourrait croire.
     
    Dans cette habitude de se regarder dans le miroir et de s’analyser, peut naître le besoin d’apprendre à vivre avec le corps que l’on a et d’analyser nos défauts et nos complexes, avant de les chercher chez les autres.
    Le syndrome du miroir se rapporte à des comportements en lien avec votre propre image, que vous déformez, jusqu’à affirmer avoir certains défauts que vous croyez avoir.
    Cet objet que vous avez dans votre chambre, dans la salle de bain ou dans n’importe quelle autre pièce de la maison, est une sorte de médiateur dans une relation.
    La plupart du temps, lorsqu’un membre du couple pense à son image, la relation peut alors devenir nocive, remplie de problèmes, de souffrances, de difficultés, d’inquiétudes, de disputes, etc.
     
    Tout comme nous devons apprendre à vivre avec quelqu’un, nous devons également apprendre à vivre au quotidien avec notre corps, et surtout, avec ce reflet que nous renvoyons dans le miroir, qui n’est rien de plus qu’une projection que nous nous faisons de nous-même.
     
    « Miroir, miroir… Qui est la plus belle ? » disait la méchante sorcière du conte de Blanche-Neige. La pauvre aurait tout fait pour se voir toujours jeune et belle.
    Dans la réalité, il n’existe pas de potions ou d’ensorcellements pour que cela se produise. La fontaine de jouvence n’existe pas.
     
    Cependant, le fait de vous aimer tel que vous êtes et surtout de vous accepter, peu importe votre âge, votre poids, vos quelques rides ou votre taille, est réellement possible.
    Le syndrome du miroir devient une pathologie à traiter lorsqu’il provoque boulimie et anorexie, deux troubles très fréquents chez les adolescents, plus particulièrement chez les femmes.
     
    Peu importe le nombre de kilos qu’elles perdent, ces jeunes filles (ou jeunes garçons) se verront toujours grosses et laides, à cause d’une distorsion au niveau cognitif.
     
    Comment surmonter ce syndrome ?
    Tout d’abord, il faut laisser de côté les préjugés et les comparaisons. 
    Vous n’êtes pas mieux ou pires que les autres, vous êtes tout simplement différent.
    Plus gros, plus mince, plus grande, plus petite, moins joli, plus moche… 
    Il ne s’agit là que d’appréciations arbitraires.
    La mode évolue et change en permanence, tout comme les standards de beauté. 
    Et si vous ne me croyez pas, jetez un œil aux différentes peintures des trois siècles derniers.
     
    Chacun d’entre nous est beau, de par ses caractéristiques particulières. 
    Nous sommes uniques et extraordinaires, les êtres les plus beaux de toute la création.
    Cela ne veut pas dire que vous devez devenir narcissique et vous admirer en permanence, en vous sentant au dessus de tout et de tout le monde et en vous exhibant. 
    Cela signifie apprendre à s’aimer et à s’accepter tel que vous êtes réellement.
     
    D’autre part, il est vital de commencer à rire de vous-même, de vos erreurs et de ce qui ne vous plaît pas.
    Un peu d’humour vous soulagera grandement l’existence et améliorera la relation que vous avez avec votre corps et avec les autres.
     
    Il est également fondamental que vous deveniez votre meilleur ami et complice. Cela signifie arrêter les préjugés envers ce reflet que vous renvoie votre miroir.
     
    Si vous êtes de bonne humeur, heureux et satisfait… La taille de vos hanches, de votre ventre ou de votre nez importe-elle réellement ?
     
    Il est fondamental que vous vous aimiez vous-même pour ensuite aimer les autres et que ceux-ci vous aiment en retour. Si vous ne vous respectez pas, personne ne le fera.
     
    La seule personne à qui vous pouvez vous comparer, c’est vous-même, et personne d’autre. Vous devez vous battre chaque jour pour être une personne meilleure et développer de nouvelles capacités*.
    Vous pouvez analyser ce que vous étiez hier et ce que vous êtes aujourd’hui, non pas pour vous critiquer, mais pour savoir comment agir pour aller de l’avant.
     
    La perception de votre physique n’est qu’un simple reflet de votre état intérieur. En dehors de votre santé, ne vous préoccupez plus de votre corps et de votre aspect physique.
    Si vous vous regardez un jour où vous êtes triste et que vous comparez avec un jour où vous êtes heureux, vous aurez alors une perception différente de ce reflet dans le miroir.
     
    Acceptez-vous tel que vous êtes, riez de vos erreurs, sans vous préoccuper de ce que reflète le miroir ! Vous deviendrez alors une personne véritablement heureuse et équilibrée.
    Si vous êtes capable de rire de vous-même, vous pourrez enfin rire avec les autres.
    Jeanne Perreard
     
     
     
     
    *Je tiens à préciser que le terme « se battre » concerne la capacité de choisir mentalement les pensées auxquelles ont accorde du crédit. Nous avons le choix de laisser de côté les pensées qui nous dévalorisent ou qui jugent notre comportement mais si nous luttons contre elles, cela ne va rien arranger à l’affaire. 
    Une pensée est toujours associée à une émotion et c’est toujours en acceptant ce qui se manifeste, en laissant le cœur harmoniser ses énergies que la libération s’effectue. 
     
    Le mental ne peut pas agir sur l’émotion de façon efficace. La seule chose qu’il sache faire c’est de refouler celles qu’il considère comme mauvaises. Et bien évidemment, comme l’énergie est vivante et comme elle est mouvante par nature, si on tente de la contraindre, non seulement elle va amplifier mais en plus, on ne pourra pas ressentir la paix que nous sommes fondamentalement. 
    On continuera de maintenir les jeux de rôles en place, la souffrance due à l’identification aux pensées et aux émotions qui leurs sont associées.
     
    Il n’est pas évident d’utiliser cette loi du miroir mentalement parce qu’on va s’empêtrer dans la recherche des causes et très souvent du point de vue du mental, ça revient à juger et accuser, à chercher le coupable. 
    Plus on est dans l’intellect et plus on s’identifie à l’outil de la conscience et non pas à l’être. Ce n’est pas notre intellect qui peut comprendre à lui tout seul, ce que les autres nous renvoient ni comment changer les énergies, les comportements, par contre, en commençant par changer ses croyances, on va pouvoir focaliser son attention sur le cœur, laisser l’intelligence harmoniser les énergies et unifier les corps de façon à donner une vision globale et objective de la situation. 
     
    En ce sens sa capacité à se projeter vers l'extérieur sera utilisée vers le cœur, ou dans des sphères imaginaires représentant la source, l'âme, le soi, l'harmonie, la paix, l'unité...
    Le mental sert à reconnaitre ce qui est mis en évidence par l’intuition, une fois qu’on a admis cette loi du miroir. 
    Mais ça demande de lâcher prise, d’offrir à l’amour lumière en soi, ce qui a été reconnu. 
     
    Par exemple, si je constate qu’une émotion surgit à propos de quelque chose d’extérieur, si je l’offre à la source, si je l’observe sans juger, je vais voir ce qu’elle me révèle précisément. Ça peut-être un sentiment de jalousie, une peur de l’échec…c’est toujours une pensée émotion qui s’oppose à la paix, l’amour sans condition, qui révèle un manque d’amour de soi et de conscience de qui on est. Le seul fait de reconnaitre, de prendre conscience de la pensée qui bloque la circulation de l'énergie, suffit à ramener l'équilibre et l'énergie de la pensée contraire à l'amour sera utilisée pour rendre plus autonome, conscient et bienveillant.
     
    Ce n’est pas non plus le mental qui peut définir qui nous sommes en vérité et en totalité mais peu à peu en revenant systématiquement au centre, au point de neutralité, il va prendre confiance en la puissance et l’intelligence du cœur et sera plus ouvert, réceptif à l’intuition qu’il pourra mieux interpréter.
     
    En simplifiant le processus dès qu’une émotion surgit, en la confiant à l’intelligence du cœur, on évite au mental de dépenser beaucoup d’énergie et de nourrir le conflit intérieur. Il va prendre confiance et lâcher prise plus facilement et de cette manière, la paix va demeurer puis le sentiment d’unité va peu à peu remplacer celui de dualité conflictuelle.   
     
    Reconnaitre cette loi du miroir, c'est retrouver son pouvoir d'être, d'aimer et de créer parce que lorsqu'on comprend/ressens que l'autre est une part de soi et inversement, on réalise que nous sommes tous issus de la même conscience, qu'il n'y a pas d'ennemi. 
     
     
     
     
     
    Merci de laisser les références, les liens, si vous souhaitez diffuser cet article dans son intégralité et de mentionner aussi ce blog (http://lydiouze.blogspot.fr ) afin d’honorer l’expression unique de chacun.

  • La vie des arbres ( Nature)

     

    Arbre 11

    « Un arbre sait s’il est de la même espèce que son voisin ou non »

     

    Réagir (2)

    « Un arbre sait s'il est de la même espèce que son voisin ou non »

    (Extrait du film « Il était une forêt » Crédit photo : DR)

     

    On les pense immobiles, silencieux, presque inertes. Tout faux. Les arbres sont loin d'avoir révélé tous leurs secrets. Entretien passionnant avec le biologiste Francis Hallé, à l'origine du film de Luc Jacquet, « Il était une forêt ».

    Le Baromètre de cet article

    ÉCOLOGIE      

     

     

    Un grand entretien sur les arbres ? Là, maintenant ? Oui. Parce que parler des arbres avec Francis Hallé, c’est aussi s’interroger sur la nature humaine.

    Il est l’auteur d’un 
    Eloge de la plante (Seuil, 2014) et d’unPlaidoyer pour l’arbre (Actes Sud, 2005). Il fut l’un des premiers hommes à explorer la canopée des forêts tropicales, cet écosystème aussi riche que méconnu où la cime des grands arbres rencontre les premiers rayons de soleil. Après une carrière tout entière consacrée à l’étude du végétal, le biologiste Francis Hallé est aujourd’hui, à 77 ans, l’acteur, le témoin et le vulgarisateur des énormes avancées scientifiques actuelles dans ce domaine.

    Elles nous confirment que les plantes 
    communiquent entre elles et qu’elles adoptent des stratégies d’une grande complexité – saviez-vous que certains arbres sont « timides », qu’un seul arbre peut avoir plusieurs génomes et que le diamètre de certains végétaux varie en même temps que les marées ? La magie de ces découvertes et la poésie de Francis Hallé le confirment : il nous faut plus souvent contempler les plantes, elles nous font du bien.

    Rue89 : Dans vos livres et dans le film Il était une forêt, vous témoignez souvent de votre immense passion pour le végétal. D’où vous vient-elle ?

    Francis Hallé : Quand j’étais étudiant à la Sorbonne, dans les années 1950, je m’intéressais aux animaux, comme d’ailleurs 99% des étudiants de ma promotion. Je suis allé assez loin dans leur étude, jusqu’à ce que je réalise que les végétaux sont beaucoup plus intéressants que les animaux. Je me suis rendu compte un jour qu’une plante avait poussé toute seule à ma fenêtre, sans que je m’en occupe. J’ai continué ensuite à la regarder, et je l’ai vue donner des fleurs, puis des graines, puis se multiplier. Elle a fait tout ça toute seule. J’ai trouvé ça hyper astucieux et d’une grande indépendance.

    Comment expliquez-vous qu’il y ait longtemps eu si peu de recherches et d’intérêt pour les végétaux, beaucoup moins notamment que les animaux ?

    Parce que nous sommes des animaux ! On s’intéresse donc spontanément aux autres animaux. Mes petits enfants sont ravis quand ils voient un écureuil passer dans un arbre, mais l’arbre, lui, ne les intéresse pas du tout. C’est normal, quand nous voyons un animal, on sait où est la bouche, on sait que si on fait du bruit, il aura peur, on sait que si on le nourrit, il sera content. Pour les végétaux, on ne sait rien de tout ça. Un végétal, ça n’a ni queue ni tête. Donc peu de gens y réfléchissent.

    Comment regardez-vous les arbres ?

    Quand je suis dans les Tropiques, je me mets devant l’arbre et je fais un dessin. Pour enregistrer ce que je vois, j’ai besoin de dessiner. Très souvent, on me demande pourquoi je m’embête à dessiner alors qu’il existe des appareils photo formidables. Mais c’est parce que dessiner un arbre, ça dure une heure, on réfléchit pendant tout ce temps, on se pose des questions au moment où l’arbre est devant nous.

    Les arbres d’Europe, par contre, je ne les dessine pas beaucoup, mais je les regarde souvent. Ils sont très compliqués, beaucoup plus que ceux des Tropiques. Ils sont tout petits, tout « tortilleux », ils poussent gentiment, ils font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont. Quand mes amis des Tropiques viennent ici, ça les fait rigoler de voir ce qu’on appelle une forêt, avec des petits arbres de 10 mètres de haut.

    Qu’est-ce qu’il nous manque pour nous émerveiller ?

    C’est quand même difficile de s’émerveiller pour un truc qui ne fait pas de bruit et ne bouge pas. La plupart des gamins pensent que les plantes ne sont pas vivantes. Quand je leur en parle, ça donne des discussions assez houleuses. Je leur explique que la vie, c’est pas de bouger et faire du bruit ; la vie, c’est de se reproduire et d’évoluer. Les plantes font tout ça et quand on le voit, c’est passionnant.

    Après, il y a quelque chose de formidable pour le goût des plantes, ce sont les jardins botaniques. Quand j’étais gamin, ça n’aurait intéressé personne un jardin botanique, on allait au parc zoologique. Maintenant, pour le grand public, la condition des animaux dans ces jardins devient un peu limite. Les plantes ne sont pas prisonnières de ces jardins comme les animaux, elles ne le sont jamais d’ailleurs, c’est une notion qui les dépasse. En France, des jardins botaniques se créent en ce moment, et c’est une bonne nouvelle.

    Comment expliquez-vous cet intérêt naissant pour les plantes ?

    Regardez autour de vous (d’un geste du bras, il montre la place de la Comédie de Montpellier, où nous nous trouvons, ndlr). L’artificialisation est partout, mais l’homme a besoin de nature. Ça pourrait être les animaux, mais c’est compliqué de mettre un animal là où on vit, dans les villes. Les plantes, c’est possible.

    Les plantes ont une quantité de fonctions positives vis-à-vis de nous, elles sont indispensables pour qu’on respire mais pas seulement, elles ont aussi des effets positifs pour la santé ou pour la concentration. Il y a donc un goût pour les plantes qui naît et qui, je crois, n’est pas une mode : ça ne sera pas remplacé par autre chose. Par exemple, beaucoup de gens jardinent, même ceux qui n’ont pas de jardin s’y mettent sur leur balcon ou dans la rue.

    Vous avez souvent dit essayer en vain de donner une définition à l’arbre, y êtes-vous parvenu ?

    Non ! C’est trop compliqué parce qu’il y a beaucoup de cas particuliers parmi les 70 000 espèces d’arbres, et que nos mots sont adaptés pour les animaux, mais pas pour les arbres. Les écoles forestières disent qu’il faut que ça fasse plus de 7 mètres de haut et que ça ait des branches. Mais il y a des tas d’arbres sans branches et en Afrique, une plante de 7 mètres, c’est une grande herbe, pas un arbre !

    Il n’y a aucune définition dans laquelle entrent tous les arbres. J’ai longtemps dit : « Si vous rentrez dans un végétal avec votre bagnole et qu’elle se casse, alors il s’agissait d’un arbre. »Mais même ce truc simpliste n’est pas vrai, on m’a montré en Afrique du Sud un arbre qui pousse sous la terre et dont seules les feuilles dépassent.

    Vous dites qu’il y a beaucoup de cas particuliers parmi les arbres, mais vous avez aussi montré que l’architecture des arbres est très homogène.

    Tout à fait. La forme architecturale d’un arbre n’est pas aléatoire. Il existe 24 modèles, 24 programmes de développement pour les arbres. Il y a donc beaucoup d’arbres qui n’ont aucune parenté et qui sont construits de la même façon.

    Vous voyez un sapin, avec les branches comme ça (il mime les branches parallèles d’un sapin, ndlr) ? Quand je suis dans les Tropiques, je vois des arbres qui sont construits exactement comme un sapin, les 
    muscadiers, par exemple, alors qu’ils n’ont rien à voir. Pour l’instant, on peut simplement constater les faits, voir que ces arbres ont eu la même stratégie, et constater aussi qu’il n’y a pas un choix énorme de stratégie, il n’y en a que 24. Mais on ne peut pas expliquer pourquoi, ni comment.

    Qu’est-ce qui reste à découvrir sur les arbres ?

    Je suis convaincu que l’essentiel reste à découvrir. En ce moment, les découvertes incroyables se multiplient. Il y a quelques semaines, un laboratoire italien a par exemple 
    découvert qu’un arbre fait du bruit quand il pousse. Nous ne l’entendons pas, bien sûr, mais ses voisins l’entendent. En plus, ce bruit est différent selon les espèces, un hêtre et un frêne ne font pas le même bruit. Donc l’arbre sait s’il a un voisin et il sait s’il est de la même espèce que lui ou non. Qui aurait pu imaginer un truc pareil il y a encore deux ans ?

    C’est peut-être une explication à ce qu’on appelle par anthropomorphisme la timidité des arbres, c’est-à-dire le fait que deux grands arbres de la même espèce ne croiseront jamais leurs branches, ils restent à distance l’un de l’autre.

    Peut-on aujourd’hui comprendre l’évolution des plantes, avec l’analyse du génome des plantes, par exemple ?

    Par exemple, on a été surpris de découvrir que le 
    plantain et la gueule-de-loup, qui ne se ressemblent pas du tout, sont très proches au niveau génétique. C’est juste qu’ils ne sont pas pollinisés par les mêmes agents. Le plantain est pollinisé par le vent, donc il n’a pas besoin d’attirer les insectes. La gueule-de-loup, elle, est pollinisée par les insectes, donc elle a besoin d’être belle, avec des fleurs qui attirent les insectes.

    C’est intéressant parce que ça montre que la pollinisation n’est pas vraiment ce qui est important, ça peut même changer au cours de l’évolution, alors que nos ancêtres se sont longtemps basés là-dessus pour classer les plantes. Et puis on se rend mieux compte de l’immense complexité des plantes : on a réalisé que le génome du riz contient 50 000 gènes différents, alors que nous nous n’en avons que 26 000.

    Vous êtes témoin à la fois de l’avancée fulgurante de ces connaissances, et de la destruction continue des forêts primaires. Quel sentiment domine chez vous, entre l’optimisme et le désespoir ?

    Tant qu’il y aura des arbres à couper, l’homme les coupera. Pendant qu’on tournait Il était une forêt, on entendait les tronçonneuses et des vieux arbres tomber toutes les cinq minutes, c’était absolument terrifiant.

    Les derniers grands arbres vont tomber comme ça, il ne faut plus espérer les sauver. C’est le fric, c’est inévitable. Un vieil arbre, un grand arbre tropical, on peut gagner facilement 300 000 euros en le coupant. On les trouve souvent dans des pays très pauvres. Des grandes compagnies viennent, les coupent et les vendent alors qu’ils n’ont même pas eu besoin de les planter. Ils ont juste besoin pour ça de trois mecs mal payés et d’une tronçonneuse.

    Etes-vous entendu par les hommes politiques ?

    Absolument pas. Je n’ai aucun contact avec les politiques. A qui la faute ? Ils n’ont aucun intérêt à faire appel à moi et je ne les sollicite pas particulièrement. Ce n’est pas mon auditoire préféré.

    Si vous ne faites pas confiance aux élus, d’où peuvent venir les solutions ?

    L’être humain est une espèce très paradoxale. Individuellement, l’humain est super intelligent, il a un cerveau génial. Mais quand vous passez au niveau collectif, on est d’une stupidité atterrante. Même devant certaines évidences, on ne change pas. L’espèce humaine est très inquiétante, surtout pour elle-même.

    En plus, au niveau zoologique, nous sommes des prédateurs, mais nous n’avons pas de prédateurs, ce n’est pas tenable parce qu’on atteint un niveau de surpopulation qui est la cause d’un très grand nombre de nos problèmes. J’admets que je suis sévère avec l’être humain. Je n’ai pas de solutions à tout ça, d’ailleurs ce n’est pas mon rôle. Je sais par contre que les plantes ont beaucoup de qualités qui peuvent nous inspirer, notamment l’autosuffisance, la discrétion et la non-violence.

    Beaucoup de gens se tournent en ce moment vers la permaculture, qui cherche justement à s’inspirer des modes de fonctionnement des écosystèmes naturels. Ça vous intéresse ? Vous cultivez votre jardin ?

    J’ai un grand jardin dans lequel j’ai planté tout un tas de trucs que j’ai ramené de mes différents voyages. Mais je n’ai pas de potager. Ça demande énormément de temps. J’aimerais prendre ce temps mais la vie est trop courte. Quand j’étais enfant, mes parents ont cultivé un jardin pendant l’Occupation. On a mangé ces produits pendant la guerre, on a aidé les voisins comme ça. Je pense que ça m’a beaucoup marqué aussi, le fait de semer une graine, de suivre sa croissance et à la saison d’après, de récolter : c’est absolument magnifique. Je pense que tout le monde est sensible à ça.

    La permaculture, c’est la vision australienne de ce qu’on appelle l’
    agroforesterie. On cherche à introduire en agriculture les qualités qu’on trouve à une forêt. Une forêt a un énorme rendement alors qu’on n’arrose rien et qu’on n’introduit aucun pesticide, le système se suffit à lui-même grâce au mélange des espèces. Ces idées-là fonctionnent très bien et effectivement, elles avancent très très vite. Beaucoup de gens et d’agriculteurs s’y intéressent, et ça me rend optimiste.


    Cet article a initialement été publié sur Rue89 le 13 janvier 2015
     

  • A CŒUR OUVERT : la vie en soi

     

    Tdqhe3lb

     

     

    Coeurouvertwhite

     


    « Aujourd’hui, quand je pense à ce que j’ai vécu, j’en arrive à éprouver de la honte. Non pas, pour ce que j’ai fait, pas pour le mal que j’ai causé, les erreurs stratégiques ou l’inattention envers mes proches, pas pour tout ce que j’ai oublié de vivre mais bien plus profondément pour cette impression de gâchis par rapport à la vie. Je ne sais pas trop comment l’expliquer en fait. Dans une vie, on peut regretter des décisions, des choix, des actes, mais tout ça reste au niveau des événements et il est bien souvent possible de corriger le tir. Moi, ce que je ressens, c’est bien au-delà des événements. C’est comme si j’avais trahi l’existence, cette vie qui m’a été donnée. Vous comprenez ? »

    Cette chaleur dans son ventre, ces frissonnements qui coulaient en elle comme un délice infini. Elle aimait sa voix, ses yeux, la largeur de ses mains, elle se surprenait à lui porter un regard d’adolescente et s’en amusait. Ce plaisir immense d’échanger avec lui, cette impression de l’avoir attendu pendant très longtemps.

    « Oui, tout à fait. Vous n’êtes pas simplement dans l’observation des conséquences de vos actes mais dans l’observation de votre indifférence au regard du phénomène vivant. Chacun de nos actes devraient se référer à ce phénomène. Nous devrions nous interroger sur ce que la vie penserait de ce que nous pensons, de ce que nous projetons de faire ou de ce que nous accomplissons. Mais ça ne me dit pas ce que vous avez vécu. »

    Il raconta en détail son parcours d’entrepreneur, de financier, sa vie avec Alice, la naissance de Chloé, les dernières années, la lutte pour s’imposer sur le marché.
    « Et puis, j’ai eu cet infarctus, aucun signe précurseur. C’est Philippe, mon associé, qui m’a sauvé. 
    -Vous n’aviez jamais eu de problèmes avant ?
    -Non, rien, absolument rien. 
    -C’est impressionnant alors. Personne n’est à l’abri en fait.
    -Il faut croire. Mais pas grand monde n’y pense. Ou alors, c’est l’angoisse qui l’emporte, ce qui ne vaut guère mieux.
    -Et ensuite ?
    -J’ai vendu l’entreprise à Philippe. Il le méritait amplement pour son travail de toute façon. Les cardiologues m’ont dit à l’hôpital que mon cœur était fichu. Et puis, après l’implantation de la prothèse, c’est le basculement total, foudroyant, incompréhensible. Je me souviens très bien des premières heures. Pas de douleurs insupportables, j’étais sous morphine, je suppose. Je n’ai rien demandé. Le chirurgien est passé, tout allait bien, ils étaient très satisfaits et je m’en moquais. Sans comprendre pourquoi. Un détachement totalement fou. J’ai d’ailleurs pensé que j’étais fou ou que mon cerveau n’avait pas été oxygéné. J’avais pourtant imaginé le pire, je savais que ça pouvait mal se terminer. Et puis, là, une fois seul dans la chambre, je me suis aperçu qu’il n’y avait aucune joie en moi, même pas l’once d’un soulagement, rien. Absolument rien. Aucun désir de reprendre le travail, aucune projection sur l’avenir, c’était comme si je découvrais le fait de vivre et que je devais me contenter d’enregistrer tout ce que je percevais dans l’instant. 
    -Rien d’étonnant pour moi. L’effleurement avec la mort révèle la vie de l’instant.
    -Oui, c’est exactement ça. La vie de l’instant. D’ailleurs, la première fois qu’on m’a laissé sortir dans le parc, je me suis assis sur un banc et j’ai regardé des pigeons. Ça n’a l’air de rien mais vous n’imaginez pas à quel point c’était stupéfiant pour moi. Je regardais le balancement de leur cou quand ils marchent, j’essayais de les reconnaître, d’identifier leurs différences de plumage, de voir si certains restaient proches, si des couples étaient constitués, comment ils repéraient leur nourriture et puis j’ai fini par ne plus penser à rien, à ne plus vouloir intégrer des données précises, je les ai juste regardés. À un moment, je suis sorti de cette observation, comme si j’avais quitté une pièce, l’impression d’être projeté dans un vacarme épouvantable, j’entendais le bruit de la ville, des discussions autour de moi, des ambulances, j’ai vu passer des gens, j’ai vu tous les bâtiments, ces milliers de fenêtres, des traînées d’avions dans le ciel, et puis l’herbe piétinée autour des bancs, des papiers abandonnés à côté de poubelles vides et la première idée qui a surgi, c’est que dans l’observation des pigeons, je n’étais pas en train de rêver comme on dit, les yeux dans le vague mais que c’était maintenant que j’étais tombé dans le rêve. Je ne sais pas comment l’expliquer en fait. C’est tellement étrange. Vous savez, souvent les adultes disent aux enfants quand ils ont les yeux dans le vide, « arrête de rêver et écoute-moi », et bien, moi, j’avais l’impression que c’était l’inverse. Ça m’a fait un mal de chien, à en pleurer, là, tout seul, sur mon banc, comme si j’avais quitté la vie pour tomber dans un rêve insalubre. Vous voyez, j’ai passé tellement d’années à vouloir tout contrôler, à me battre pour atteindre les objectifs que je visais, à valider matériellement l’idée que je me faisais de l’existence, j’aurais dû reprendre tout ça, j’étais sauvé après tout, j’aurais pu retourner au boulot, doucement bien sûr, mais en tout cas, relancer la machine. Et c’est cette expression qui a tout déclenché. Relancer la machine. Mais, c’était moi la machine. 
    -On se voit toujours comme un individu menant des activités multiples et trouvant des compensations diverses, intervint-elle, avec même parfois des satisfactions personnelles, des occasions de fierté ou d’estime de soi, mais c’est complètement fou finalement puisque nous sommes effectivement des machines et que nous répétons mécaniquement les activités pour lesquelles nous avons été programmés dès notre enfance. »
    Ce bonheur pour lui d’entendre en écho les éclaircissements indispensables, les validations partagées de tous ses tourments. 
    « Oui, je n’avais pas été programmé à regarder béatement des pigeons et à en éprouver étonnamment un sentiment de bien-être. C’est comme si quelqu’un avait appuyé sur le bouton off. Fin du vacarme, suspension des pensées intentionnelles, abolition des objectifs, disparition de toute identification projective, de notion de rentabilité, d’utilité, comme l’effacement du disque dur. Un ordinateur sans disque dur n’a aucune utilité. Je n’étais donc plus un ordinateur et je découvrais la liberté. Un mélange d’angoisse et d’euphorie. Vous voyez ? Comme si je décrochais de mes dépendances, je me purifiais mais c’était douloureux. De regarder ainsi toute l’agitation comme un rêve a fait de moi un marginal, un dérangé, un individu inquiétant. C’est pour ça qu’Alice est partie, c’est pour ça que Chloé ne veut plus me voir, que mon associé ne voyait en moi qu’un illuminé qu’il fallait sauver. Je n’ai même pas essayé de leur expliquer quoi que ce soit. Je n’en avais pas la force, ni même l’envie d’ailleurs. Comme si j’étais tombé dans une bulle sans contact avec le monde extérieur. On ne parlait plus le même langage. Pas pour autant que je me voyais comme un être pur et sauvé du néant, un élu des cieux ou je ne sais quelle fumisterie. J’étais juste devenu un paumé sans repère, un errant, un exilé bourré de pognon qui avait juste envie de regarder des pigeons. Alors, j’ai cherché un endroit perdu et j’ai atterri ici. C’est sans doute ce que j’ai fait de mieux en trente ans. »
    Elle observait le visage défait, l’errance intérieure. 
    « Je ne pense pas que ça soit utile de rejeter votre ancienne vie. Vous fabriquez de l’amertume et elle ne sert à rien. L’argent que vous avez gagné vous permet d’être autonome et libre de toute obligation professionnelle. Ça faisait sans doute partie de ce que vous deviez réaliser pour passer à l’étape suivante. Ce que vous jugez comme une accumulation d’erreurs contient en germe la croissance du changement. On étale bien du fumier pour avoir de belles plantes. »
    Il sourit à l’image.
    « Il est important d’être indulgent envers soi-même, ajouta-t-elle et de ne pas affubler les expériences de vie de connotations négatives étant donné que vous n’avez pas de recul pour juger à long terme de leurs effets. Et le projet de la vie ne vous est pas accessible. Pas dans cette dimension en tout cas.
    -Et où puis-je saisir ce projet alors ?
    -Le voyage intérieur.
    -C’est le titre d’un de vos livres, non ?
    -Effectivement. 
    -Et ça consiste en quoi ?
    -Vous y êtes déjà. »

  • Perdre sa vie à vouloir la gagner.

    "Il faut avoir un bon métier pour gagner sa vie."

    Beaucoup d'enfants entendent cette phrase. A l'école élémentaire, déjà...

    Oui, c'est certain que le coût de l'existence dans une société "moderne" exige un revenu. Il ne s'agit pas pour autant de perdre sa vie à vouloir la gagner.

    Il faudrait surtout arrêter de confondre la vie et l'existence. 

    La vie, nous l'avons tous. Puisque nous sommes là. 

    Il faut assumer les besoins de l'existence. Pas de la vie.

    Il faudrait par conséquent essayer d'imaginer les effets dévastateurs dans la tête d'un enfant lorsque les apprentissages scolaires sont difficiles. 

    "Ma vie est fichue." 

    Je l'ai déjà entendu chez des enfants de dix ans.

    Qui est responsable ? Pas eux mais les individus, parents, enseignants, société de consommation, qui prônent l'excellence scolaire et ignorent l'esprit. 

     


    "Triste jour sous le soleil levant

    Nous déplorons avec une infinie tristesse la perte d'un de nos camarades de chambre. À 26 ans, notre ami qui partageait avec nous ce lieu de vie commun au nord de Tokyo s'est éteint dans son sommeil. Nous sommes sous le choc. Comment une telle chose est-elle possible ?

    Si on ignore tout des causes de son départ brutal, plongeant notre communauté dans une profonde tristesse, nous savions que son travail était particulièrement épuisant. Quand nous avons contacté la société japonaise où il travaillait, souvent jusqu'à tard le soir, un responsable s'est spontanément inquiété d'un possible épuisement d'une surcharge de travail. Nous apprenons que sa collègue, quelques jours auparavant, s'était évanouie en service à plusieurs reprises. Placée en arrêt maladie, notre ami avait du la remplacer, augmentant sa charge de travail. Un soir, au retour de son lieu de travail, il s'est couché pour ne plus jamais se réveiller.

    Au Japon, il a été inventé un mot spécifique pour décrire la mort par le travail : Karōshi (過労死). Reconnu comme "maladie" professionnelle, la mort d'épuisement par le travail se déclare le plus souvent par arrêt cardiaque. En 1994, le nombre de morts par karōshi était estimé à 5 % de l'ensemble des victimes de troubles cardiovasculaires dans la tranche d'âge 25-59 ans, soit environ 1 000 personnes par an.

    Notre ami était en bonne condition physique, non-fumeur, sportif, mangeait sainement en cuisinant lui même la plupart du temps. Rien ne pouvait présager un tel scénario. Pour réaliser son rêve, vivre au Japon, il redoublait d'efforts et son courage n'avait aucune faille. S'il n'est pas possible de déterminer les causes exactes de son décès à ce stade, son sort tragique nous laisse un goût amer dans la bouche.

    Le Japon est un pays merveilleux. Nous aimons sa culture infiniment riche et la respectons. Mais pas au point de céder à un aveuglement borné. La culture du travail au Japon, comme ailleurs en Asie, touche à l'extrême. L'individu est souvent poussé à se fondre dans l'entreprise jusqu'à s'effacer lui même. Le taux de suicide chez les jeunes est alarmant. Cette course au productivisme n'a pourtant pas empêché le pays d'avoir la plus grande dette nationale de l'histoire ni de traverser une crise économique profonde.

    De loin, nous voyons des hommes politiques européens tenir des discours démagogiques sur le travail en prenant souvent en exemple l'Asie. Le TAFTA, la Loi Travail, l'austérité, tout semble bon pour vouloir exploiter un maximum le travailleur dont la vie se limite de plus en plus au boulot-métro-dodo. Ils sont fous. Ils ne savent rien de l'épuisement par le travail. Ils devraient avoir honte de n'avoir qu'un tel modèle à offrir à notre génération. Une génération pourtant courageuse, qui ne souhaite pas "rester à rien faire", mais simplement avoir une activité qui a du sens, qui respecte les équilibres du vivant et surtout la santé de ceux qui créent la richesse : les travailleurs. Avant la mort, la vie !

    Nous ne pouvons pas ramener notre ami. Nous ne voulons pas instrumentaliser sa disparition. Mais il nous laisse inévitablement un message important : profitez de l'instant présent, allez jusqu'au bout de vos rêves, ne laissez pas des institutions, privées ou d’État, vous presser jusqu'à extraire la dernière goutte de vie de vos entrailles. "La vie est une bougie dans le vent" - dicton japonais." - Mr Japanization