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Hommes et Femmes (spiritualité)
- Par Thierry LEDRU
- Le 21/01/2016
Hommes - femmes
Le bonheur de s'écouter et se comprendre
Réaliser l'union du féminin et du masculin en soi
Alain Boudet
Dr en Sciences Physiques, Thérapeute psycho-corporel, Enseignant
Résumé: Les relations de couple sont souvent dénaturées par des conflits, des difficultés de communication et des différences d'opinion. Ces comportements sont-ils génétiquement programmés? Non. Ils sont le résultat d'une éducation enfermante et d'une ignorance de notre nature profonde. Une observation authentique et honnête de soi nous révèle que chaque homme et chaque femme possède aussi bien les qualités masculines que féminines, qui demandent à être reconnues, acceptées et développées. C'est en faisant la paix intérieure entre notre masculin et notre féminin que nous pouvons établir des relations harmonieuses, d'abord avec soi-même et ensuite avec les autres. C'est alors que la vie de couple, et la Vie elle-même, nous offrent le meilleur.
Contenu de l'article
- Le couple ordinaire: occupe-toi de moi
- Une communication difficile
- Les femmes et l'émotion
- Émotion et vulnérabilité
- Les hommes et la compétence
- Technique et sensorialité
- Les différences de comportement sont imprimées par l'éducation
- Masculin et féminin
- Les hommes et le développement personnel
- La femme et la gentillesse
- Le champ énergétique de la femme
- Unifier le masculin et le féminin en soi
- Communication et authenticité
- Le couple essentiel
- En savoir plus
Daniel assume de grandes responsabilités dans une entreprise de haut niveau technologique et anime une équipe d'une dizaine de personnes. Il se sent responsable du succès commercial des projets et consacre beaucoup de temps à ce travail qui le passionne. En conséquence, il rentre tard le soir à la maison où l'accueille son épouse Marina. Mais, fatigué, il ne peut répondre à sa demande d'attention et préfère se délasser devant un match à la télé. Marina, frustrée de ce manque d'attention, est souvent furieuse et le critique vertement de son égoïsme. Alors, il se sent incompris et se referme dans son mutisme. Marina se sent délaissée et abandonnée. Elle craque.
Ce genre de scène est fréquent. Il illustre la difficulté fréquente dans les couples à se comprendre et à trouver son équilibre individuel à deux. Peut-on changer cet état conflictuel? Est-ce au prix d'un renoncement ou d'un sacrifice? Par exemple Daniel doit-il renoncer au bonheur que lui procure son travail, ou Marina faire une croix définitive sur l'espoir de voir son mari plus longtemps?
Dans cet article, je montre qu'il est effectivement possible de changer la situation, non par sacrifice, mais au contraire en donnant l'occasion à chacun de s'épanouir dans ce qu'il est vraiment. La démarche consiste à prendre conscience de la nature des incompréhensions qui génèrent ces conflits, àapprendre à s'écouter mutuellement et à communiquer réellement. La clé essentielle de cette communication est d'exprimer ses émotions et ses pensées de façon authentique et sans culpabilité. On peut alors bâtir un couple sur de nouvelles valeurs.
Le couple ordinaire: occupe-toi de moi
Qu'est-ce qui pousse un homme et une femme à vivre ensemble? Il y a souvent le besoin de se conformer à un modèle de vie, celui que la famille ou le clan attendent de nous, et dont nous sentons la pression du jugement. Ou bien il y a une véritable attirance. Mais quelle est vraiment la nature de cette attirance? Avez-vous vraimentréfléchi à cela?L'attirance sexuelle "physiologique" est une réponse toute faite et trop facile qui évite de s'observer réellement. Elle explique peut-être pourquoi on a envie de se rencontrer ponctuellement pour faire l'amour, comme les animaux, mais pas pourquoi on vit à 2. On peut aussi avancer d'autres explications immédiates: partager mes émotions, donner mon amour, me sentir protégé, avoir quelqu'un sur qui compter, recevoir l'attention, être écouté et encouragé, etc. Mais que recouvrent vraiment ces mots?
La plupart de ces motifs expriment un besoin qui doit être comblé par l'autre: besoin d'attention, de compréhension, de reconnaissance, de sécurité, de soutien. Le couple humain ordinaire est l'association de deux personnes qui espèrent trouver des avantages à cette communauté en pensant que l'autre va répondre à ses demandes conscientes ou inconscientes. Nous sommes attirés par l'autre parce que nous pressentons qu'il pourrait nous apporter ce qui nous manque, et soulager notre manque. Ainsi, dans la scène précédente, Marina et Daniel transpirent leur besoin d'être mutuellement soutenus, écoutés, valorisés, mais ils ne l'ont ni reconnu ni exprimé.
Or l'expérience montre qu'un couple ne peut pas fonctionner durablement sur la base du besoin mutuel. Non seulement nous attendons que l'autre réponde à nos demandes, mais nous nous soumettons aussi pour satisfaire les demandes de l'autre même si cela ne nous convient pas. Au bout d'un certain temps, nous nous sentons frustrés et déçus car notre attente n'est pas satisfaite. Alors, il se peut qu'en nous s'installent progressivement le ressentiment et la souffrance, et peut-être la haine. La frustration et la culpabilité sont inéluctables, car notre partenaire ne peut pas répondre à toutes nos attentes et tous nos désirs, de même que nous ne pouvons pas répondre aux siens. C'est impossible.
Par exemple, une femme peut accepter de faire l'amour avec son mari pour lui faire plaisir, même si elle n'en a pas du tout envie. Dans ce cas, elle considère que faire l'amour est le prix à payer pour recevoir l'attention de son mari. Sa raison profonde est sa peur de ne pas recevoir l'attention et la tendresse dont elle a besoin, si elle n'accepte pas. Mais cela lui laisse un gout amer. Elle sent qu'elle n'a pas été honnête avec elle-même. Elle a accepté d'être ce qu'elle n'était pas. Prendre conscience, pour l'homme et pour la femme, de ces jeux de commerce sentimental et énergétique, va leur ouvrir des portes vers un autre type de relation.
N'en tirons pas pour autant la conclusion qu'il faut refuser catégoriquement de répondre aux demandes, évidemment. Ce serait opter pour une règle de conduite rigide qui n'est pas appropriée. Changer de type de relation, ce n'est pas adopter l'attitude opposée. C'est sortir du jeu, c'est prendre le temps d'observer ces demandes mutuelles afin de s'en dégager. C'est observer avec précision et rigueur toutes les peurs et les croyances qui les sous-tendent: peur de manquer, d'être abandonné, etc.
L'alternative à des relations basées sur le besoin et la demande à l'autre est-elle de devenir affectivement indépendant? Une croyance fréquente est d'imaginer que si j'arrive à ne plus être dans le besoin affectif et le manque vis-à-vis de l'autre, je ne vais plus l'aimer et je risque de me retrouver seul et sans amour. Ou inversement: si l'autre n'a plus un besoin addictif que je réponde à ses demandes, il va s'en aller. A cause de cette croyance, je tâche de me rendre indispensable pour qu'il m'aime. Cette vision revient à considérer l'amour comme un attachement, une dépendance.
Il est vrai que nous ne pouvons pas être indépendant de l'amour. Nous avons besoin de soleil, de lumière, de nourriture et d'amour. Alors, la question est:
Si je cesse de demander de l'amour à l'autre, comment puis-je le recevoir?
Ceci est un grand mystère, mais c'est la clé du bonheur et c'est ce qui va nous permettre de construire le couple harmonieux et aimant. Paradoxalement, c'est lorsque nous cessons de vouloir obtenir que nous recevons le plus. Ce n'est pas en réclamant à l'autre et en me plaignant que j'obtiendrai son amour. C'est lorsque j'abandonne mes exigences et que je donne de l'amour.Mais pour donner aux autres, il faut au préalable que je donne à moi-même. Si je manque d'amour, c'est d'abord parce que je ne m'accorde pas assez d'amour. Comme je n'en reçois pas de moi-même, je le demande à l'autre. Autrement dit, il ne s'agit pas de se résigner à ne plus recevoir de l'amour, mais à en donner en commençant par nous-même. Nous serons surpris d'y découvrir une source importante de réconfort et d'énergie.
Se donner de l'amour, c'est d'abord s'accorder une attention bienveillante mais vraie (non complaisante). Par exemple, examiner vraiment nos besoins profonds, les accepter comme tels, et constater ce qui nous rend heureux ou malheureux. (voir les articles Le langage des émotions et Ma vie reflet de ma pensée)
Une communication verbale difficile
Les besoins et demandes mutuelles se manifestent particulièrement dans la communication verbale entre hommes et femmes. Pourquoi les échanges de paroles ne sont-ils pas aisés et fluides? Qu'est-ce qui les entrave? C'est le fait que la communication ne repose pas sur les mêmes désirs ou besoins.
Pour les femmes, les conversations sont intéressantes lorsqu'elles transmettent de l'émotion, telle que complicité, amusement, indignation, émerveillement, compassion. L'information pure est moins recherchée. Les hommes ont tendance à parler de choses, de faits, tels qu'une astuce technique, un moyen pour se procurer un objet, une façon d'améliorer un logiciel; ou bien de prouesses et de résultats, en sport par exemple!
Dans les courriels qui me parviennent en réaction aux articles de ce site, dont certains sont rapportés dans le livre d'or, les commentaires sont très caractéristiques. Les femmes transmettent d'abord leur réaction émotionnelle: combien elles ont apprécié tel aspect, combien elles se sont senties soulagées ou enthousiasmées en lisant tel article, etc. Les hommes, le plus souvent (mais pas toujours, rien n'est systématique) ne mentionnent pas leurs sentiments sauf de façon très brève et pudique, et passent immédiatement à leur véritable demande: un complément d'information. une explication, ou un savoir-faire.
Toutefois, nous sommes amenés à vivre ensemble, en famille, en couple, dans le travail, dans les loisirs, etc. et cette différence d'approche crée des problèmes de compréhension. Dans le couple en particulier, quand une difficulté se présente, elle est surtout d'ordre émotionnel: frustration, déception ou colère envers l'autre. Pour dépasser ces difficultés, il est nécessaire de pouvoir communiquer ses ressentis à l'autre. Ce n'est qu'en exposant une réalité qu'on peut la traiter et la transformer. Mais alors que les femmes exposent volontiers leurs émotions liées au conflit, les hommes y sont réticents. Personne n'est plus fautif que l'autre, car chacun est le produit de son éducation, comme on le verra plus loin, et c'est à deux que l'on peut améliorer cette situation.

Dans son ouvrage L'intelligence émotionnelle, Daniel Goleman rapporte les résultats d'enquêtes psychologiques faites auprès de quelques couples états-uniens.
Alors que les femmes s'efforcent de mettre sur le tapis et de résoudre les problèmes émotionnels, les maris répugnent à s'engager dans des discussions qui promettent d'être vives... En butte aux critiques et au mépris de son épouse, le mari commence à entrer dans le rôle de la victime ou à éprouver de l'indignation. Pour ne pas se laisser submerger, il adopte une attitude toujours plus défensive ou se replie entièrement sur lui-même. Mais souvenons-nous que ce comportement déclenche le processus de submersion chez la femme. C'est l'impasse.
Remarque importante si vous ne vous retrouvez pas dans la description des hommes et des femmes décrits ici:Lorsque je donne un exemple de comportement typique d'homme ou de femme dans cet article, je n'en fais pas une règle générale. Ce ne sont que des exemples de cas que l'on rencontre fréquemment dans notre culture occidentale actuelle. Ces comportements ne sont pas inhérents à la nature même de la femme ou de l'homme, mais résultent de leur éducation. Si vous ne vous retrouvez pas dans la description des hommes et des femmes tels qu'ils sont décrits dans ces exemples, c'est tout-à-fait logique, car les rôles et les comportements attribués aux hommes et aux femmes varient grandement en fonction de notre éducation, âge, milieu social, race, religion, nationalité, etc. Il se peut que des hommes se retrouvent mieux dans ce qui est décrit comme plus typique des femmes et inversement. Les comportement féminins et masculins n'ont rien de biologiquement déterminés et ne sont pas figés dans des stéréotypes. Vous décrire certains de ces comportements typiques vous donne des points de repère, des sources de réflexion, par rapport auxquels vous pouvez décrire votre propre positionnement et rechercher quels sont les ressorts de vos comportements en communication.
C'est en comprenant nos différences et nos ressemblances honnêtement et courageusement, que nous contribuerons à mieux vivre ensemble et à profiter pleinement de la joie de communiquer.
Les femmes et l'émotion
Les femmes sont généralement plus en contact avec leurs sensations et leurs émotions que les hommes. Elles ont souvent la capacité de percevoir et d'exprimer leurs émotions, et de dévoiler leurs sentiments de façon plus spontanée. Les hommes sont plus régis par leur mental, leurs pensées et leurs raisonnements, et ils cherchent à être maitres d'eux-mêmes en se contrôlant.
Les femmes partagent leurs impressions, c'est-à-dire leur réaction émotionnelle du moment. Il est intéressant de s'arrêter sur le sens de impression:Impression vient de imprimer, presser dans, de même que empreinte. Si je presse sur un tube de dentifrice, il réagit par une déformation. De même, si nous sommes sensibles à un stimulus ou un événement, notre corps et notre esprit en subissent une empreinte immédiate que nous pouvons ressentir sous forme d'impression. Nous pouvons être traversé par un grand enthousiasme et éventuellement l'exprimer par des gestes et des mots. Puis, le lendemain, l'impression est passée, et nous sommes indifférent à l'événement de la veille. Exprimer une impression ou une sensation est le jaillissement du moment. C'est bien différent de l'énoncé d'un avis ou d'une opinion fondés sur des données et sur un raisonnement logique, qui restent valables le lendemain.
Sara: Je me suis souvent faite railler à cause de ma spontanéité et j'ai même parfois l'impression de faire peur.
Le piège fréquent pour les hommes face à une femme dans ce cas, c'est de prendre le langage d'un élan émotionnel du moment pour une information mentale pure. Mais avec un peu d'attention, ces hommes peuvent facilement apprendre à comprendre ce langage de l'émotion, et à ne pas enregistrer les mots à la lettre à la façon d'un huissier. Ils peuvent aussi découvrir qu'eux-aussi présentent cette disposition à sentir l'impression du moment et qu'ils peuvent en bénéficier. Elle est seulement parfois bien étouffée.
Émotion et vulnérabilité

Les femmes se plaignent souvent du silence que les hommes conservent à propos de leurs sentiments. Nombreux sont les couples qui n'échangent pas véritablement ce qu'ils pensent et sentent, et souvent mari et femme se sentent seuls tout en habitant ensemble. Cette situation n'est jamais due à un seul des membres du couple, mais il apparait évident que beaucoup d'hommes refusent, volontairement ou non, de communiquer verbalement ou de laisser paraitre leurs sentiments. Ils affichent un visage sérieux et impassible, comme on peut le constater déjà chez beaucoup d'adolescents. Cela leur demande un contrôle permanent de leur visage et de leur corps, mais c'est un réflexe automatique dont ils ne sont plus conscients.
Or avec un minimum d'observation, ces hommes peuvent tout à fait prendre conscience du contrôle automatique qu'ils s'imposent. Un petit exercice consiste à imaginer ce que cela provoquerait en eux de renoncer à ce contrôle. Ils découvriront que pour l'homme, laisser paraitre ses émotions, c'est montrer au grand jour sa faiblesse et sa vulnérabilité. Or c'est contraire à l'éducation qu'on lui a inculquée sur ce que doit être le comportement viril. Une femme peut se permettre de montrer sa détresse et son besoin d'être "sauvée par son prince". Le "prince" se doit d'être à la hauteur en toute circonstance. S'il montre ses émotions, il dévoile son jeu, il révèle qu'il n'est pas aussi performant qu'il devrait être selon les normes de la virilité. Il se retranche donc derrière un masque qui le protège des débordements émotionnels. Il dénie son besoin d'attention et sa dépendance qu'il considère comme des défauts majeur.
Le rôle dévolu au sexe masculin valorise la compétence, l'indépendance, la maitrise de soi et l'impassibilité. On a de bonnes raisons de croire qu'assumer ce rôle augmente le risque de dépression. Ce qui envenime les choses, c'est que l'homme "supercompétent" considère son abattement comme un signe d'échec; masquant ses émotions, il refuse qu'on l'aide à sortir de sa dépression, dont il n'ose même pas prononcer le nom.... En fait les hommes peuvent être tout aussi troublés que les femmes par le mur du silence... Généralement, la culture a modelé le mâle américain pour qu'il dirige ses émotions dans des canaux étroits et bien définis qui réfrènent toute démonstration de compassion et de sensibilité. (K. Rosenberg)
Le silence d'un homme à propos de ses sentiments ne signifie pas forcément qu'il ne veut pas volontairement les communiquer. Les femmes dont l'expression émotionnelle est évidente et spontanée n'imaginent pas forcément les difficultés de certains hommes à percevoir leurs sensations et leurs sentimentsà force d'entrainement à les réprimer. Elles peuvent avoir tendance à les attribuer à leur mauvaise volonté.
Les hommes et la compétence
Les hommes se sentent généralement bien en tant qu'hommes lorsqu'ils peuvent assumer des rôles où ils sont compétents. Ils construisent leur identité (perçue comme leur virilité) avec des savoir-faire et des performances. De plus ils veulent montrer qu'ils sont capables d'un contrôle sur eux-mêmes, en particulier un contrôle sur l'expression de leurs émotions. Ils considèrent que la sensibilité affaiblit leur virilité.
Par exemple, dans la pratique musicale, les hommes se trouvent plus à l'aise avec des instruments qu'avec leur voix, aussi bien dans les orchestres classiques que jazz ou rock. Ils y sont souvent en majorité, même si le nombre de femmes a beaucoup augmenté. L'instrument leur permet d'exprimer leur puissance, et aussi leur sensibilité sans se révéler directement et ouvertement. De plus, ils peuvent y développer une technicité et un savoir-faire, voire une virtuosité. Au contraire, le chant oblige à se dévoiler plus intimement, sans intermédiaire et dans les chorales on trouve une majorité de femmes.
Ce besoin de se sentir compétent se transforme dans certains milieux ou certaines cultures en besoin de mettre en scène des prouesses. En se fondant sur l'étude de plusieurs sociétés traditionnelles, y compris des sociétés tribales indigènes, et sur les écrits d'autres chercheurs tels que M. Mead ou K. Read, le sociologue italien La Cecla déclare que l'anatomie et la biologie ne suffisent pas à l'homme pour se sentir homme, il lui faut aussi être toujours plus performant, mais surtout le faire voir, il faut prouver qu'on est un homme. D'après K. Read (Nama Kult, 1954) qui a étudié les populations de Papouasie - Nouvelle Guinée, l'idée que les hommes ont d'eux-mêmes se fonde plus sur ce qu'ils font que sur ce qu'ils ont de naissance.
Les enfants des bergers crétois deviennent des hommes quand ils acquièrent la prouesse individuelle... La masculinité doit être "représentée" pour qu'on puisse la prouver. C'est la façon de faire les choses qui en détermine le caractère masculin.. qu'il s'agisse de danse, de maitrise de la parole ou du vol lui-même... Plus le risque encouru est grand, plus est grande la "simasia" qu'on en retire: une qualité qui tient du courage, de l'habileté, de l'insubordination. (La Cecla, Ce qui fait un homme, éd. Liana Lévi, 2002)
La nécessité pour les hommes de prouver leur virilité s'accompagne aussi de l'angoisse de la perdre puisqu'elle doit être prouvée en permanence. Et aussi de l'angoisse de perdre l'estime des autres et d'eux-mêmes s'il ne réussissent pas.
Dans le couple, le besoin pour l'homme de prouver peut se traduire par la nécessité d'avoir une fonction, d'exercer des tâches où sa compétence est reconnue, sinon indispensable. C'est peut-être à cause de cela que certains hommes ont tendance à vouloir avoir raison vis-à-vis de leur femme pour réaliser une tâche. C'est leur façon de se rassurer sur leur identité. Dans la société moderne, ce besoin prend aussi la forme de l'obligation de réussite professionnelle. En cas d'échec, si son talent n'est pas reconnu, l'homme a l'impression de perdre son identité d'homme et de ne plus exister... du moins tant qu'il s'identifie à cette représentation de la virilité. Or ce n'est là qu'une représentation inculquée par l'éducation et la culture, un jeu de l'égo et de la personnalité qui peut être dépassé et transformé.
Rien ne prouve que les hommes aient besoin de surclasser les femmes dans un domaine particulier; mais ils ont besoin de réalisations pour se rassurer et c'est pourquoi ces réalisations sont souvent présentées indirectement non comme un domaine où les hommes excellent, mais comme un domaine inaccessible aux femmes... Le problème permanent de la civilisation est de définir le rôle de l'homme de façon satisfaisante - qu'il s'agisse de cultiver des jardins ou d'élever du bétail, de tuer du gibier ou des ennemis, de construire des ponts ou de manipuler des valeurs en banque - afin qu'il puisse, au cours de sa vie, parvenir au sentiment stable d'un accomplissement irréversible. (M. Mead, L'un et l'autre sexe, Gallimard, 1960)
Le souci de la performance s'immisce également dans la façon de faire l'amour, qui pourrait pourtant être le moment où on laisse ce souci de côté pour s'abandonner à la fusion et à l'échange. Ici, la performance est souvent imaginée, du moins actuellement dans la société occidentale, comme la capacité à maintenir longtemps une érection, à conduire la partenaire à l'orgasme, ou à lui faire vivre des choses extraordinaires qu'elle n'a jamais connues (voir articleSexualité essentielle).
Je m'accorde la douceur
En choisissant l'impassibilité et la rudesse, l'homme renonce à la douceur pour lui-même. Pour y parvenir, le petit garçon doit nier sa sensibilité et sa générosité et prouver son masculin au prix de souffrances et d'initiations qui peuvent aller jusqu'à exiger de tuer des ennemis dans certaines populations. Or la douceur fait aussi partie de la nature de l'homme et il en a besoin.
Si je renie cette douceur, j'ai du ressentiment parce que je n'en reçois pas suffisamment, à la fois contre ceux ou celles qui ne m'en donnent pas et contre ceux ou celles qui ont l'audace de s'en donner. Je les trouve ridicules ou impudiques. Au lieu de voir mon manque, je reporte la faute sur eux et je les jugent. En même temps je demande aux autres, à ma compagne, de combler mon manque. Double langage: je veux et je refuse. Je suis rude pour moi et rude pour les autres. Pour en sortir, je dois prendre du recul et reconnaitre que mon comportement intolérant exprime mon manque. Lorsque nous demandons à l'autre de la douceur ou toute autre qualité (avec ressentiment quand elle n'y répond pas), cela révèle généralement que nous ne nous en accordons pas assez à nous-même.
La recherche de performance et la démonstration de virilité n'apportent à l'homme ni l'harmonie, ni la sérénité. Tout au plus un soulagement éphémère. Il s'efforce de jouer un personnage qu'il n'est pas forcément et il nie certaines facettes de lui. C'est une attitude contraignante, mutilante et anxiogène qui n'est absolument pas inscrite dans la constitution fondamentale du masculin. Elle n'est qu'obéissance à la loi du clan, de la famille ou de la société dans le but de recevoir l'estime et la reconnaissance des autres. Même si cette conception tire indéniablement sa source dans certains traits masculins profonds, authentiques et magnifiques, elle s'en est détournée en ignorant le féminin qui lui associe compassion, humilité et conscience de soi.
Pour gagner l'estime, l'homme s'est détourné de sa vraie nature, de son essence profonde. En retrouvant cette essence, en acceptant toutes ses facettes tant masculines que féminines, ses vraies richesses intérieures lui sont révélées. Il se sent réconcilié avec lui-même, et il y gagne une communication plus simple et plus authentique avec les femmes et avec les hommes. Il en reçoit la paix et la liberté intérieure.
Technique et sensorialité
Beaucoup de personnes, en majorité des femmes, se sentent dépassées lorsqu'il s'agit de mettre en �uvre des compétences techniques, en particulier en face d'un ordinateur. Bien entendu, ce n'est là qu'une tendance qui n'est pas inscrite de façon définitive dans la constitution féminine. Examinons quelles en sont les causes et comment y remédier.
Portons notre attention sur le sentiment qui nait en nous quand nous sommes en face de la machine ou de l'ordinateur. Nous reconnaitrons souvent une sensation d'impuissance devant une multitude de commandes dont nous ne connaissons pas l'usage, et nous ne savons pas comment les aborder. Comme avec une personne inconnue, nous ne savons pas comment engager la conversation avec cette machine, nous ne savons pas quel langage elle utilise. Pour y remédier, nous avons besoin que quelqu'un nous introduise à cette machine, nous fasse faire connaissance avec elle et nous explique comment l'aborder. Certes, de telles présentations existent parfois, soit sous forme d'un document écrit, soit sous forme des explications généreuses d'un technicien averti. Malheureusement, elles sont rarement exprimées dans un langage adapté aux interlocuteurs non-connaisseurs, et en particulier à la sensibilité féminine. Cela est dû à leur langage très abstrait et spécialisé, employé par des techniciens pour leurs besoins internes, mais non transposés ensuite par les services commerciaux à des usages publics. Les personnes qui n'ont pas la culture technique correspondante ne trouvent pas de repères dans ce langage.Avoir des repères, c'est trouver des références à ce que l'on connait déjà, à ce que l'on a vécu concrètement, sensoriellement. Dans la communication efficace, nous devons être attentifs à employer un langage qui comporte des repères pour l'autre. Les personnes qui ont des difficultés avec le langage technique ont besoin d'une présentation qui fait appel à des sensations qu'elles connaissent. Par exemple l'apprentissage de l'usage d'un ordinateur peut être grandement facilité par des analogies avec des actes physiques réellement vécus, comme ouvrir une armoire, prendre un document, prendre un stylo, décrocher un téléphone, etc.
Les hommes s'y trouvent plus souvent à leur aise parce qu'ils ont déjà acquis des repères techniques et perçoivent plus vite la structure des commandes de la machine. Beaucoup d'hommes, souvent dès leur jeune âge, (de même que certaines femmes) aiment saisir les principes de fonctionnement technique des objets et machines lorsqu'ils les découvrent. Par exemple, lorsque ces personnes de type fonctionnel apprennent à tourner le volant d'une voiture, elles se représentent les articulations qui existent entre le volant et les roues - la tige de transmission, le cardan - et comment la commande se transmet aux roues. Par contraste, les personnes de type sensoriel constatent qu'en tournant le volant, ça fait tourner la voiture et cela les satisfait. Elles cherchent la meilleure façon de tirer parti des choses en les manipulant. Lorsqu'une porte fonctionne mal, elles découvrent qu'elles peuvent s'en accommoder en soulevant un peu la porte, et tout va bien, tandis que les personnes fonctionnelles recherchent la cause pour lui apporter remède, en revissant les gonds par exemple.
Dans la perspective d'un développement de soi, il est intéressant de pouvoir jouer à la fois sur ces deux aspects, sensoriel et compréhension des principes. Car les deux ont leurs avantages et sont complémentaires. Ainsi, il peut être fastidieux ou impossible de remédier aux causes fonctionnelles dans certaines circonstances.
Les différences de comportement sont imprimées par l'éducation
Les différences dans le comportement des hommes et des femmes que nous avons relevées sont-elles inscrites dans les gènes en tant que déterminisme biologique, auquel cas rien ne pourra les changer? Absolument pas. Elles sont dans une large mesure imprimées par l'éducation. La preuve en est que les rôles et comportements attribués aux hommes et aux femmes varient beaucoup selon les cultures, les milieux sociaux et les sociétés. C'est en nous imprégnant et imitant les hommes et les femmes autour de nous dans notre enfance que nous avons façonné notre idéal d'homme ou de femme.
Nous sommes constamment encouragés dès l'enfance à adopter certaines attitudes qui nous procurent l'approbation des parents ou des camarades, et à réprimer d'autres attitudes naturelles qui nous attirent désapprobation, raillerie ou même violence. Pour recevoir l'attention et l'amour, l'enfant se conforme peu à peu à ces schémas de virilité et de féminité. Ce faisant il s'éloigne de sa nature innée (voir article L'enfant intérieur). Les parents font des différences dans l'éducation des filles et garçons sans même s'en apercevoir, car ils ont eux-mêmes été conditionnés.
Lorsque les parents racontent des histoires à leurs enfants quand ils sont tout petits, ils expliquent davantage les émotions aux filles qu'aux garçons; ils font plus souvent appel à des mots à forte charge affective quand ils parlent à leur fille. (D. Goleman)
Les attitudes et façons de s'exprimer des garçons sont induites par leurs pères, mais pas seulement. Les mères aussi participent à l'élaboration d'une image de la virilité. Lorsque les mères jouent avec leur bébé, elles expriment des émotions plus variées si ce sont des filles, et plus tard discutent plus en détail avec elles de leur état affectif qu'elles ne le font avec les garçons (D. Goleman). Lorsque nous élevons un enfant, nous cherchons à favoriser sa croissance et nous l'encourageons à développer ses qualités. Mais il est difficile d'éviter d'y mêler nos attentes inconscientes. Par exemple, beaucoup de mères, et pas seulement les pères, désirent ardemment que leur fils devienne un "vrai" homme, avec toutes les idées reçues que cela comporte. Il est fréquent qu'elles y incluent ce qu'elles auraient aimé trouver chez leur père ou époux et qui leur a fait défaut, entrainant déception et frustration. C'est pourquoi on ne peut rechercher de fautif, ni chez la femme, ni chez l'homme. Chacun est le produit de l'éducation de son milieu. Mais chacun a le pouvoir de se transformer et de devenir responsable de ce qu'il est.Au cours des fréquentations scolaires, les filles apprennent à exprimer entre elles leurs ressentis et leurs sentiments et à employer le langage affectif. Elles s'habituent à lire les signaux psychologiques dans l'attitude de leurs interlocuteurs, tandis que les garçons apprennent à réprimer leurs sentiments, en particulier leur chagrin, la tristesse, la culpabilité et aussi la tendresse.
La différence est visible par exemple, lorsqu'un jeu s'interrompt parce que l'un des participants s'est fait mal. Si c'est un garçon, ses camarades attendent de lui qu'il quitte le terrain et cesse de pleurer afin que la partie puisse continuer. Quand la même chose se produit chez les filles, le jeu s'arrête et toutes les filles se rassemblent pour venir en aide à celle qui pleure... Les garçons sont fiers de leur indépendance et de leur côté dur à cuire, tandis que les filles considèrent qu'elles appartiennent à un jeu de relation. Les garçons se sentent menacés par tout ce qui risque de mettre en péril leurindépendance, tandis que les filles craignent davantage une rupture de leurs liens. (D. Goleman)
Chez les garçons adolescents, le comportement d'impassibilité est renforcé par leurs camarades.
C'est parmi les adolescents qu'être "cool" (avec tout ce que ce mot implique d'absence d'expression passionnée) devient capital. Une attitude impassible se trouve souvent socialement renforcée à l'intérieur du groupe de pairs. Les expressions occasionnelles de tendresse et de vulnérabilité qui n'ont peut-être pas été remarquées chez le garçon pourraient bien entièrement disparaitre, car celui-ci doit désormais devenir un "vrai homme". (K. Rosenberg)
C'est ainsi qu'à l'âge adulte, les femmes sont préparées à gérer leurs émotions, et côtoient des hommes qui n'en voient pas (ou qui refusent d'en voir) l'intérêt.
Masculin et féminin
Bien que les comportements masculins et féminins soient fortement marqués par l'éducation, certains traits de caractère semblent pourtant plus spécifiques aux hommes et d'autres plus spécifiques aux femmes. Observons donc quels sont ces traits. Nous pouvons par exemple recueillir des indications intéressantes en portant notre attention sur ce que nous apprécions chez l'autre sexe. En tant que femme, quelles caractéristiques appréciez-vous chez l'homme, qui concourent à ce que vous le sentiez homme? En tant qu'homme, quelles caractéristiques appréciez-vous chez la femme qui concourent à ce que vous la sentiez femme?
On reconnait comme masculines les qualités qui permettent d'aller vers un but déterminé, à la manière d'une flèche qui se dirige vers sa cible. On reconnait comme féminines les qualités qui permettent d'accueillir ce qui est et ce qui vient, à la manière d'une coupe largement ouverte sur l'univers.
Notez bien que ces traits ne sont pas exclusifs à un sexe, mais seulement prédominants. Aucun trait n'est réservé à un genre. Non seulement nous trouvons les traits masculins et féminins aussi bien chez la femme que chez l'homme, mais il est souhaitable que chacun, homme ou femme, puisse les reconnaitre, les accueillir en soi, les intégrer et les développer pour son épanouissement personnel et celui du couple.
Décision, pouvoir et action
Aller vers un but nécessite d'abord de choisir le but, puis de mettre en oeuvre sa réalisation par l'action. Le masculin se manifeste par le pouvoir de décider et d'agir. Il est peut-être bon de redonner au mot pouvoir son sens le meilleur, son sens d'origine; le pouvoir, c'est la capacité à mettre en oeuvre. C'est laforce, pas forcément la force physique, mais la force de la confiance sure. L'autre facette du pouvoir, celui qui critique, juge, impose sa volonté et bafoue sans souci de l'autre, n'est pas un véritable pouvoir mais un simulacre, une façade qui ne fait que masquer la faiblesse intérieure. A l'inverse, la force du "guerrier" n'est pas agressive, elle est nourrie par la volonté, le courage, la détermination et la persévérance.
Le pouvoir est la faculté d'agir avec vigueur et force; c'est vivre votre propre vérité avec autorité et authenticité, et verbaliser cette vérité avec vaillance et intégrité. Cela signifie être responsables de vos actions et user de votre influence pour le plus grand bien de tous, toujours... Cela sous-entend aussi d'accepter avec gratitude ce que les autres ont à offrir lorsque leurs capacités ou leur pouvoir dépassent les vôtres, les renforcent ou les complètent. Il ne s'agit pas de se concurrencer afin de découvrir qui est le plus puissant, ou qui peut contrôler l'autre. C'est une occasion pour vous d'intégrer et d'utiliser un don, .. le pouvoir universel de la Volonté divine. (Ronna Hermann, Sur les ailes de la transformation)
L'être qui s'engage sur le chemin de la découverte de Soi fait appel à ces qualités pour aller rencontrer sa propre vérité. Les légendes représentent cette quête de soi par la figure du héros qui se met en route pour trouver le trésor. Il s'agit de l'image allégorique du trésor intérieur. Le héros est confronté à des épreuves. L'une d'elles est l'oubli du but premier lorsqu'il se laisse détourner, enivrer, par le confort et la sensualité. Cela met en scène un aspect du féminin, sous la forme des sirènes ou de la femme fatale par exemple, un féminin coupé du masculin, ou plus exactement, qui étouffe ou castre le masculin.
Un autre détournement est la soif du pouvoir personnel sous l'effet de l'égo, un masculin coupé du féminin. Le masculin sans le féminin est rigide et suit sa route sans compassion. Il ne voit que le point d'arrivée et oublie le chemin. Seul compte le résultat: être au sommet. Il s'en donne les moyens, quitte à repousser tout ce qui l'en détourne, quelquefois de façon violente et intransigeante.
Choisir un but, une destination, c'est également savoir renoncer aux autres destinations. Cela signifie que l'on se sépare de toutes les autres destinations possibles à ce moment. Si je choisis de gravir le Mont Canigou dans les Pyrénées, je renonce à mon envie de me baigner sur une plage de l'océan atlantique. Si je choisis de vivre avec Laure, je renonce à Marie. Lorsque je décide, je tranche entre ce qui est bon pour mon but et ce qui m'en détourne. Je trace leslimites, les contours, je dessine les formes, j'élabore la structure.
Accueil, compassion et générosité
Le féminin accueille ce qui est, sans jugement. La mère saine accueille son enfant et l'aime tel qu'il est. Lorsque l'enfant est blotti contre sa mère, il s'abandonne en toute confiance, il ne sent plus son être, il est hors du temps et de l'espace, il est fusionné à elle. Elle le nourrit par son lait sans attendre de récompense, gratuitement, généreusement. Les seins sont les attributs de cette générosité. Contrairement aux bras qui peuvent à volonté être ouverts ou fermés, les seins sont ce qu'ils sont, offerts sans ostentation. Les qualités du féminin sont amour, union, fusion, générosité, tendresse, compassion.
Le féminin est aussi l'énergie de vie. Lorsqu'une femme est enceinte, elle accueille la nouvelle vie en elle, elle s'offre à cette vie qui se développe par elle-même selon sa propre loi, sans que le volonté de la femme n'intervienne. Elle n'a rien d'autre à faire qu'accepter, prendre soin, favoriser. C'est une expérience du lâcher prise, de l'abandon au courant de vie. Or contrairement au pouvoir masculin qui choisit et contrôle la destination, par notre féminin nous nous laissons entrainer là où le courant nous mène. La destination est inconnue, le chemin se découvre d'instant en instant et cela peut nous mettre en insécurité. L'alternative masculine n'est pas plus sure, la certitude d'un futur élaboré par nos choix et notre volonté n'est qu'une illusion, l'incertitude est le fondement de la vie.
Est-ce à dire que nous serons forcément dans la crainte du futur? Non. Lâcher-prise, c'est ne rien attendre, c'est se laisser surprendre et aimer par la vie. Alors, nous retrouvons la sécurité dans la confiance en la vie, comme l'enfant est confiant avec sa mère. Notre figure maternelle est le courant de vie lui-même, c'est notre Shakti, notre Mère Divine. (voir L'enfant intérieur)
Pour abandonner totalement notre corps dans un fauteuil ou dans les bras de quelqu'un, nous devons sentir que l'appui ou le support est bien solide. De même, le féminin (et la femme) a besoin de l'appui du masculin pour s'exprimer pleinement. Sans le masculin, le féminin a tendance à se retenir ou au contraire à se répandre excessivement, surtout s'il est renforcé par d'autres féminins. Il peut perdre ses limites, devenir foisonnant et étouffant, ou se perdre dans l'immensité. L'enfant qui au départ est bien en sécurité dans le giron de sa mère, doit trouver son identité, son Moi, en se différenciant de cette union maternelle. Il ne peut se développer qu'avec l'apport d'une énergie paternelle. Elle l'aide à se distinguer, se séparer, puis à laisser libre cours à son envie d'explorer le monde extérieur inconnu, et à faire ses propres expériences.Le féminin est la matière, la substance et l'énergie, mais il a besoin d'une charpente, d'une structure pour lui donner les formes et l'orientation. Réciproquement le masculin donne le principe, le but, la structure, mais il a besoin de l'énergie du féminin pour se revêtir de chair, de concret. Le héros des légendes va combattre des monstres effroyables, mais non sans avoir vu sa belle au foyer et s'être abandonné dans ses bras.
Notre monde a donné une grande importance au masculin qui agit sur la matière, et en a abusé. L'énergie masculine coupée du féminin s'est révélée autoritaire, brutale, conflictuelle et destructrice. A l'heure actuelle, l'énergie féminine retrouve sa place et s'intensifie rapidement dans l'univers, apportant ses attributs de compassion et de regard intérieur (voir article Le retour de la femme libre). En accueillant le féminin, le masculin s'en trouve affiné et retrouve sa noblesse.
Les hommes et le développement personnel
Homme ou femme, nous ne serons un être complet et épanoui qu'à la condition d'harmoniser les aspects masculin et féminin en nous et de réaliser notre couple intérieur. Cela implique d'aller à la rencontre de Soi, de notre vérité profonde, de nous observer honnêtement dans nos comportements, et d'y déceler nos sentiments et nos croyances. Cela nécessite quelques qualités de courage et d'audace.
Ainsi l'homme peut-il utiliser ces qualités pour explorer ses ombres et dépasser ses conditionnements vis-à-vis de la virilité. Sa résistance inconsciente se manifeste par exemple lorsqu'il se moque des femmes ou même les humilie pour leurs façons d'être. C'est le signe que la féminité le dérange, et qu'il n'accepte pas la partie féminine en lui: la facilité à exprim
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Des singes et des hommes (humanisme)
- Par Thierry LEDRU
- Le 21/01/2016

Des chercheurs ont placé 5 singes dans une cage. Au milieu de la cage, ils ont placé une échelle avec une banane au sommet.
Chaque fois qu’un singe montait sur l’échelle, les chercheurs arrosaient les 4 autres singes avec de l’eau très froide…
Après un petit moment, chaque fois qu’un singe essayait de monter sur l’échelle, les 4 autres l’en empêchaient et le battaient.
Après un bout de temps, aucun des 5 singes ne tentait de monter sur l’échelle pour aller manger la banane.
Les chercheurs ont ensuite essayé de substituer l'un des singes avec un nouveau singe. La première chose que le nouveau singe a tenté de faire, vous l'aurez deviné, c'est d’escalader l’échelle pour manger la banane. Les 4 autres singes l'ont alors attrapé et battu pour l'en empêcher…
Après quelques essais (et raclées) plus tard, le nouveau membre ne tentait plus de monter sur l’échelle, même s’il ne comprenait pas trop pourquoi.
Les chercheurs ont ensuite substitué un deuxième singe. La même chose s’est produite. Le premier singe a également participé et a aidé ses compagnons à frapper le deuxième singe lorsqu’il tentait de monter sur l’échelle.
Une fois de plus, les chercheurs ont substitué un troisième singe. Ils ont pu observer le même résultat.
Et puis, ils ont substitué un quatrième singe, avec toujours le même résultat.
Finalement, ils ont substitué le cinquième singe… Ce qui voulait dire que dans le nouveau groupe, aucun des singes n’avait reçu une douche froide. Malgré cela, les agressions étaient répétées si le cinquième singe tentait de monter sur l’échelle…
Il était impossible de communiquer avec ces singes pour leur demander pourquoi ils répétaient ce comportement, mais leur réponse aurait très bien pu ressembler à ceci : « Je ne sais pas, c’est la façon dont les choses fonctionnent ici ! »
Est-ce que cela vous semble familier ? Ne manquez pas l’opportunité de partager cette leçon avec vos amis qui se demandent peut-être pourquoi ils doivent continuer à reproduire des comportements acquis… -
Ferrari contre Valls (politique)
- Par Thierry LEDRU
- Le 21/01/2016
Merci à lui.
« Je vais prendre la parole, vous en faites ce que vous voulez, je vous demande juste de ne pas me couper. Moi je me suis retenu de ne pas vous couper durant 2h30… », a d’abord lancé Jérémy Ferrari au Premier ministre avant de lui dire :« Je ne suis pas politologue, historien… Vous avez dit que la mort de ces jeunes qui préfèrent mourir que vivre. Vous avez dit qu’on était en guerre. Non, non, non ! Vous, votre gouvernement est en guerre, nous on n’est pas en guerre. Nous, on se fait tirer dessus quand on va voir des concerts. […] Vous êtes en guerre, le gouvernement est en guerre, pas nous. Moi je ne suis pas en guerre contre les musulmans. […] Il y a des choses absurdes, comme la présence d’Ali Bongo au défilé. Comment vous expliquez qu’Ali Bongo se retrouve en tête d’une marche pour la liberté d’expression ? »

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Etat des lieux de l'école dénationalisée (école)
- Par Thierry LEDRU
- Le 21/01/2016
« Je nous accuse » – une enseignante dénonce la dégradation de l’école
Invités de Marsactu
2 décembre 2015 12
Charlotte Magri est enseignante dans une école primaire des quartiers Nord. Elle vit le quotidien des professeurs des écoles où les enfants ont des doudounes à l'intérieur. Nous avons choisi de reprendre sa lettre ouverte en forme de tribune.

Matin d'hiver. "Une photographie d’élève (floutée) prise dans l’une de mes précédentes écoles d’affectation, également dans les Quartiers Nord de Marseille." Photo : Charlotte Magri
Elle s’appelle Charlotte Magri et signe son texte de son nom de citoyenne. Un « j’accuse » pris dans une torsion de la conjugaison en « Je nous accuse » qui place dans la même responsabilité cette enseignante de l’école primaire et la ministre de l’éducation nationale à qui elle adresse cette lettre ouverte. « Son cabinet a accusé réception de ma lettre mais je ne sais pas qui l’a lue », dit la professeure des écoles. Elle ne veut pas nommer l’endroit où elle enseigne, parce qu’elle ne veut pas stigmatiser son établissement, parce que la situation qu’elle y vit existe dans bien d’autres écoles primaires de ce territoire qu’on appelle les quartiers Nord et qui commence dès les abords du centre-ville.
Ces écoles où il fait froid en hiver, où les travaux ne sont pas faits, où l’enseignement qu’on dispense ne met pas, dit-elle, les citoyens sur le même pied d’égalité. C’est la première fois que Marsactu publie un texte de ce type. Notre volonté est d’ouvrir notre journal aux contributions extérieures, de créer du débat, de faire émerger de nouvelles voix. Celles de citoyens qui souhaitent porter à la connaissance du plus grand nombre des questions d’intérêt général. L’école en est une cruciale, centrale, urgente.
Les photos qui accompagnent ce texte ont été réalisées par Charlotte Magri. Elles illustrent sa lettre ouverte à Najat Vallaud-Belkacem.
Madame la Ministre,
Je vous écris cette lettre parce que ma colère d’enseignante m’empêche de vivre, et pire encore, de travailler.
La crise de l’Éducation nationale en France n’est plus un mystère pour personne. Si l’école est au bord du gouffre aujourd’hui c’est que s’y télescopent plusieurs crises profondes que notre société et notre monde traversent depuis quelques décennies déjà. Crises économique, sociale, politique, morale, identitaire… dont l’école devient la caisse de résonance, il serait vain et bien trop facile d’incriminer un coupable. Nous en sommes tous responsables, chacun à notre niveau.
Je ne remets en question ni votre engagement personnel ni votre éthique professionnelle.
Mais vous êtes ministre, vous détenez donc l’autorité politique à ce jour en matière d’Éducation nationale en France, et vous en êtes responsable devant le parlement et face aux citoyens.
Je me demande si vous connaissez la réalité de l’enseignement en France aujourd’hui. J’aimerais tant vous inviter à venir dans l’école où je travaille, mais sans caméra ni micro, sans discours ni compte-rendu sur les réseaux sociaux.
« Le rebord d’une des fenêtres et l’équerre pour le tableau, telles que découverts à la dernière rentrée de septembre à ma prise de poste ». Photo Charlotte Magri Au petit matin nous pourrions déplacer ensemble la grosse pierre qui ferme la porte d’entrée de l’école depuis que la serrure a été forcée une fois de trop. Nous pourrions passer ensemble une délicieuse matinée dans notre classe à la douillette température de 13°. Nous ferions bien attention de ne pas nous prendre les pieds dans les trous tout à fait ludiques qui égayent le revêtement au sol et qui nous rappellent que sous les dalles se trouve l’amiante. Avant de descendre à la récréation, nous aiderions les élèves à mettre écharpes et manteaux en veillant à ce que les lourds porte-manteaux déjà bien abîmés par le temps ne leur tombent pas sur la tête. Dans les escaliers, nous serions également là toutes les deux pour retenir l’une des grosses planches pointues qui menacent de choir lamentablement sur les enfants, comme cela est déjà arrivé par deux fois. A 11h30, après nous être mouchées pour rester présentables, nous pourrions aller nous réchauffer ensemble dans la minuscule salle des maîtres. La vie étant bien faite, la panne définitive de notre frigo est compensée par le froid régnant dans nos locaux, et nous pourrions manger de la nourriture non avariée. Comme nous sommes des humains comme les autres, nous irions faire la queue devant l’unique toilette pour adulte de l’école, et ce sera très amusant puisqu’il n’y a pas de lumière à l’intérieur. À 13h20, nous repartirions pour une autre demi-journée, plus pimentée encore après la tumultueuse pause méridienne. La pause cantine vous promet en effet de nombreux conflits à régler quotidiennement sur votre temps de classe, puisque le taux d’encadrement municipal y est si bas qu’il permet aux enfants de défier les règles de l’école, souvent avec violence, malgré l’implication du personnel. À l’issue d’une si belle journée, nous serions reconnaissantes qu’aucun incident susceptible de déclencher un feu ne se soit produit dans cette école de construction Pailleron, qui brûle intégralement en sept minutes et dont l’alarme incendie dysfonctionne.
Vous l’avez peut-être deviné, je travaille dans une de ces zones dites prioritaires. Pardon, Prioritaires, avec un grand P.
Vue du sol. Photo Charlotte Magri. Marseille, quartiers Nord. Une de ces écoles en décrépitude où les enseignants, assez souvent en état de survie psychique, ont pris l’habitude de trouver normales les conditions que nous imposons à nos élèves, même s’ils les trouveraient insupportables pour leurs propres enfants. Travailler à 38° les après-midi de juin et de septembre, à moins de 15° les matins de novembre, décembre, janvier et février. Avoir des fenêtres qui ne ferment pas, ou qui ne s’ouvrent pas, suivant la manière dont les années ont choisi d’imposer leurs marques. Savoir que l’expertise concernant la présence fort probable d’amiante dans nos locaux ne préoccupe personne, même si les faux-plafonds baillent et que les sols sont troués. Sentir le vent sur notre nuque, toutes fenêtres fermées. Ne pas pouvoir utiliser le gymnase, fermé pour vétusté avérée depuis des années. Devoir recouvrir nos murs lépreux, griffonnés par d’anciens élèves qui doivent aujourd’hui avoir notre âge, de grandes feuilles de couleur pour cacher la misère. Ne pas avoir assez de tables et de chaises dans sa classe pour pouvoir accueillir tous ses élèves, et donc bricoler en récupérant à gauche à droite, du mobilier dépareillé et plus ou moins fonctionnel.
Voir défiler au casse-pipe les collègues débutants.
Les collègues envoyés en remplacement pour les fameuses journées REP+ imposées par notre administration pour que nous puissions nous réunir en équipe vivent souvent l’enfer. Nos classes, élèves et matériel compris, explosent en plein vol. À tel point que les brigades de notre secteur ont envoyé un courrier à notre inspectrice pour préciser qu’ils refuseraient de venir travailler dans notre école. Les collègues débutants envoyés pour des remplacements plus longs ou titulaires à l’année dans nos écoles doivent eux aussi souffrir de s’entendre dire qu’il doivent dans un premier temps « faire le deuil du pédagogique », puisque l’urgence est d’abord de rétablir un semblant de cadre, d’ordre, et pourquoi pas de sérénité. Ils ne sont pourtant ni incompétents, ni lâches, ni avares de leur temps et de leur énergie. Ils sont juste balancés sans expérience ni formation adaptées dans les endroits où le métier d’enseignant est particulièrement difficile. Ceux qui s’en sortent, généralement au prix du deuil de leur vie privée, de leur sommeil, et bien souvent aussi de leur santé, sont rares et forcent l’admiration.
« Ce qu’il reste du système d’ouverture, aujourd’hui vétuste, d’une des fenêtres de ma classe ». Photo : Charlotte Magri. Arrêtons les effets d’annonces inutiles et les péroraisons sur les dernières controverses pédagogiques. Beaucoup de pistes doivent être réfléchies et débattues, mais arrêtons l’hypocrisie et assumons que sur deux points essentiels au moins nous faisons fausse route en toute connaissance de cause. Il y a deux manquements essentiels sur lesquels nos œillères sont injustifiables :
1/ Nous devons proposer à chaque élève une école salubre et correctement équipée. Vous me direz que c’est l’affaire des mairies, et je vous répondrai qu’alors si nous nous en arrêtons là nous devons être honnête et accepter que notre Éducation n’est plus nationale. Depuis l’indigence si vétuste qu’elle vous insulte, jusqu’au confort esthétique confinant à la débauche technologique, nous autres enseignants savons bien à quel point d’une école à l’autre vous changez de monde. Et la triste réalité, forcément amère pour ceux qui veulent croire encore à l’école républicaine, c’est que le quotidien scolaire de nos élèves est dépendant des montants perçus et alloués par les services municipaux de leur quartier. En d’autres termes, dépendante du niveau de vie de leurs parents. Tu es pauvre, tu as une école de m…, tu es riche, tu as une belle école. En tant que citoyenne et en tant qu’enseignante, j’ai honte.
2/ Nous devons mettre en poste dans les écoles les plus difficiles de vraies équipes, des équipes stables formées autour d’enseignants expérimentés et volontaires. Tant que nous feindrons de considérer le contraire comme normal, nous continuerons de sacrifier des générations d’enfants, augmentant l’échec scolaire et fabriquant des délinquants, en même temps que nous épuiserons et dégoûterons encore plus les collègues qui entrent dans le métier. Évidemment, tous les collègues débutants ne sont pas dépassés, tous ne rêvent pas de changer de quartier, et certains parviennent à trouver leur posture et leurs outils même dans un tel contexte. Mais il est clair que dans l’ensemble, débuter en tant qu’enseignant aujourd’hui est souvent synonyme de zone dite sensible, et de souffrance. Souffrance dont pâtissent les élèves, les collègues et leur vocation.
Dans les quartiers reconnus comme prioritaires en terme de besoins éducatifs, il est injustifiable d’imposer aux élèves des locaux insalubres, sous-dotés, et des équipes flottantes où souvent les enseignants débutants, dépassés, se sentent seuls et subissent leur affectation en attendant mieux.
Je nous accuse d’aggraver les inégalités sociales. Je nous accuse de produire sciemment de l’échec scolaire et des délinquants. Je nous accuse de jouer avec la santé des enfants des classes sociales les moins favorisées.
Je respecte trop mes élèves et leurs parents pour trouver cela normal.
Je sais que ces deux axes font partie des priorités affichées de votre politique. Mais depuis le terrain, les discours et les tweets ne nous apportent rien, et les mesures prises ou annoncées ne sont que des cautères sur une jambe de bois, quand elles n’aggravent pas une situation déjà dramatique.
Je terminerai en vous citant. Vous avez clos votre discours sur la grande pauvreté (séminaire de formation en vue de la mise en œuvre des recommandations du rapport de J.P. Delahaye Grande pauvreté et réussite scolaire, le mercredi 14 octobre 2015) par la question suivante :
« Ce que je fais, cela permettra-t-il à chacun de nos élèves de devenir des citoyens à part entière de la République Française ? »
Clairement, aujourd’hui, la réponse est non.
Dans une société déjà malade et en crise, une éducation injuste et défaillante nous promet des lendemains difficiles. Nous nourrissons la menace d’une explosion violente et dramatique de la cohésion sociale et du sens même de la citoyenneté dans notre pays.
Je vous prie de croire en l’assurance de mes sentiments respectueux.
Charlotte Magri, enseignante, Marseille Nord.
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Sur la littérature (société)
- Par Thierry LEDRU
- Le 20/01/2016
16 janvier 2016 | 3 commentaires
La littérature va-t-elle disparaître ?
En me promenant sur Internet, je suis tombé sur cette interview de Philip Roth, datant de 2013. La phrase suivante m’a particulièrement interpellé :
Je peux vous prédire que dans trente ans, sinon avant, il y aura en Amérique autant de lecteurs de vraie littérature qu’il y a aujourd’hui de lecteurs de poésie en latin.
Philip Roth, écrivain américain né en 1933
Il va même plus loin sur la lecture en général :
La lecture, sérieuse ou frivole, n’a pas l’ombre d’une chance en face des écrans : d’abord l’écran de cinéma, puis l’écran de télévision, et aujourd’hui l’écran d’ordinateur, qui prolifère : un dans la poche, un sur le bureau, un dans la main […] La lecture sérieuse n’a jamais connu d’âge d’or en Amérique, mais personnellement, je ne me souviens pas d’avoir connu d’époque aussi lamentable pour les livres.
Interpellé par de tels propos, j’ai d’abord pensé : « Philip Roth exagère, il est trop pessimiste ». Puis cela a été : « Même s’il exagère et qu’il cherche à provoquer, il est vrai que les gens lisent moins, que les écrans sont partout… Mais la littérature ne peut pas mourir ».
Pourtant, plus j’y songeais, plus je m’apercevais que Philip Roth avait sans doute raison et que peut-être, sa prédiction était déjà réalisée.
La fin d’une époque
Je pense en effet que la lecture et la littérature subissent un déclin structurel et irréversible. Le temps où nos sociétés étaient basées sur le livre (c’est-à-dire, en simplifiant, du XVième siècle avec l’invention de l’imprimerie jusqu’au XXième siècle avec le livre de poche) est révolu.
Le livre et la lecture n’attirent plus autant qu’auparavant. Songeons que des personnes ne lisent jamais (1 Français sur 3 en moyenne) et que le nombre de lecteurs réguliers ne cesse de diminuer. Fréquemment, un article de presse est publié pour faire état de la diminution du nombre de lecteurs et du temps réduit consacré à la lecture (le dernier en date : En 25 ans, deux fois plus de livres publiés mais de moins en moins lus). Lire requiert un investissement personnel important et exige deux choses : de la concentration et du temps. Or, de nos jours, à l’heure des sollicitations multiples et abondantes et des rythmes journaliers effrénés, la concentration et le temps libre sont rares et précieux. La télévision, Internet et les jeux vidéos balayent les velléités de lecture.
Photo de Raul Liberwirth (CC-BY-NC-ND)
Les autres loisirs ont le vent en poupe et si l’on parle de chiffres, on entre dans une autre dimension. Songeons que lorsqu’un film fait un « flop », il enregistre malgré tout quelques dizaines de milliers d’entrées voire une ou deux centaines de milliers. De tels chiffres feraient rêver tout auteur ou éditeur (on considère qu’un livre est un best-seller dès qu’il se vend à plus de dix mille exemplaires). Je ne parle même pas des audiences des émissions de télévision, des visionnages des vidéos Youtube, des téléchargements des jeux sur l’AppStore… Les gens regardent la télévision et des séries télé, ils jouent aux jeux vidéos, surfent sur Internet mais ils ne lisent pas.
La vraie littérature : c’était mieux avant ?
Et la vraie littérature ? Notons avant tout chose que Philip Roth parle de « vraie littérature », c’est-à-dire les livres des Proust, Joyce, Fitzgerald… Il la distingue de la littérature « frivole », celle de l’entertainment (Musso, J.K Rowling etc.) même si son constat sur la lecture est valable pour tout type de littérature.
Qui lit encore de nos jours des auteurs classiques : Hugo, Proust, Stendha ?
La langue employée dans les livres de « vraie littérature » (contemporaine et ancienne) est souvent complexe, belle et riche. Il faut également disposer d’un bagage culturel important pour se lancer dans la lecture d’un ouvrage de « vraie littérature » surtout si l’on lit des classiques écrits il y a des décennies voire des siècles. Qui lit encore de nos jours des auteurs classiques : Hugo, Proust, Stendhal ? Quelques érudits, des étudiants (pour la plupart contraints et forcés) et des passionnés mais combien sont-ils ? Et lisent-ils beaucoup ? Combien d’heures par jour ? Qui aujourd’hui se lance dans la lecture d’un énorme pavé de Zola ou Tolstoï ? Une poignée de lecteurs. Et même parmi eux, un certain nombre le trouverait ennuyeux et ne prendrait pas de plaisir à le lire. Faites le test autour de vous : demandez qui a lu Guerre et Paix de Tolstoï.
Était-ce mieux avant ? Rien n’est moins sûr. Certes, auparavant les gens lisaient plus, c’est indéniable. La lecture était une distraction qui n’avait pas de concurrente. Mais les gens lisaient-ils plus de « vraie littérature » ? Peut-être mais je ne suis pas certain que les lecteurs de Proust et de Zola étaient sensiblement plus nombreux hier qu’aujourd’hui. Les classiques et la vraie littérature s’adressent aux passionnés, aux curieux et aux personnes ayant un niveau éducatif élevé, bref, à peu de personnes au final.
En revanche, la lecture, même si elle décline, n’est pas vouée à disparaître car la lecture « frivole », comme dirait Roth, résiste plutôt bien. Il suffit de songer aux best-sellers du typeCinquante nuances de Grey, Game of Thrones, Harry Potter, les Marc Levy et Guillaume Musso, auxquels s’ajoutent tous les textes disponibles sur Internet et notamment sur les sites tels que Wattpad.
Photo d’Olga Caprotti (CC-BY-NC)
Mutation et disparition
La lecture et la littérature semblent être en mutation. La lecture est maintenant morcelée : on lit un roman vingt minutes le matin dans le métro puis durant la pause déjeuner, on consacre quinze minutes à la lecture d’un blog, d’articles de presse (relayés pour beaucoup via Facebook ou Twitter), de textes sur Wattpad… On se remet à lire son roman le soir dans le métro et avant de se coucher… Il est même maintenant possible de faire tout cela sur son smartphone.
Les chefs-d’œuvre de demain ne ressembleront en rien à ceux d’hier.
La lecture se transforme et s’adapte aux mutations technologiques et aux nouveaux usages. Il est très probable que les prochains chefs-d’œuvre de la littérature ne seront pas des pavés écrits en police taille 10. Si l’on regarde les derniers Goncourt et autres livres de « vraie littérature », on s’aperçoit que ceux-ci sont plutôt courts. Les chefs-d’œuvre de demain ne ressembleront en rien à ceux d’hier.
La vraie littérature, sous sa forme traditionnelle, connaîtra l’avenir que lui prédit Roth. Pour survivre elle devra s’adapter aux transformations actuelles. Mais se transformer, n’est-ce pas déjà disparaître ?
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Végétarisme (santé / humanisme)
- Par Thierry LEDRU
- Le 19/01/2016
Faut-il encore manger de la viande ?
Thomas Lepeltier
Mis à jour le 18/03/2013
Mensuel N° 243 - décembre 2012
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Pour que chaque année des milliards d’animaux ne soient plus élevés et tués dans des conditions abominables, il est nécessaire de diminuer fortement notre consommation de viande. Faut-il pour autant devenir végétarien ?
Demandez à vos amis s’ils accepteraient que l’on fasse souffrir des animaux pour leur plaisir. Très probablement, offusqués par la question, ils vous répondront « bien sûr que non ». Pourtant, s’ils mangent régulièrement de la viande pour se faire plaisir, ils savent bien qu’ils entretiennent une industrie qui inflige chaque année des souffrances effroyables à des milliards d’animaux.
Prenez les vaches. Avant d’en faire des steaks bien saignants, il a fallu les dépecer. Ce n’est pas une tâche facile. Dans un abattoir, les vaches ne sont pas tuées sans douleur. Elles doivent d’abord être étourdies, c’est-à-dire rendues inconscientes par perforation du crâne. L’intention est bonne. Mais les bêtes ne sont pas dociles. Elles bougent et se débattent. Quant aux personnes en charge de l’opération, elles ne sont pas toujours à la hauteur de la tâche. En plus, elles n’ont pas le temps de faire soigneusement leur travail. Rentabilité oblige, les cadences sont très élevées. Résultat : de nombreuses bêtes, simplement sonnées, restent conscientes. Or voilà que commence l’opération de dépeçage. On suspend donc à un crochet ces vaches toujours conscientes par une patte de derrière et on leur tranche la gorge. Pas pour les tuer ; juste pour qu’elles se vident de leur sang. C’est au cours de ce processus qu’elles sont censées mourir tranquillement. Mais, dans l’industrie, on ne peut pas se permettre d’attendre longtemps. Alors, quand de nombreuses bêtes sont encore conscientes, on se met à les dépecer, en commençant par couper les pattes de devant. Les vaches, toujours suspendues par une patte arrière, se débattent tant qu’elles peuvent. Mais leur destin est scellé. Le couteau de boucher continue son œuvre. Après plusieurs minutes d’horribles souffrances, la mort est enfin au rendez-vous. Quelques jours plus tard, les steaks sont dans les assiettes.
La vie rêvée des cochons d’élevage
Selon la réglementation imposée à l’industrie, ces scènes, dignes de films d’horreur, ne devraient pas se produire. Mais elles sont très courantes comme le révèlent nombre d’enquêtes (1). C’est logique : la mise à mort des animaux de rente se fait avec la même cruauté que celle qui préside à leur élevage. Prenez les cochons, par exemple. Ce sont des mammifères sensibles, très sociables et intelligents. Or la vie des cochons d’élevage est une abomination. Peu après leur naissance, leurs queues sont coupées, leurs dents sont meulées, et les mâles sont castrés, le tout sans anesthésie. Sevrés précocement, ils sont ensuite enfermés dans des enclos bondés, où ils peuvent difficilement se déplacer. L’air y est presque irrespirable et ils ne voient jamais la lumière du jour. Quand elles sont en âge d’être inséminées, les truies sont parquées individuellement 24 heures sur 24 dans une cage minuscule où elles ne peuvent pas se retourner. Les conditions sont telles que beaucoup de mâles et femelles meurent avant d’atteindre l’âge de l’abattoir. Quand ce moment est venu, les cochons qui ont eu la malchance de survivre sont entassés dans des camions, où pendant un voyage qui peut durer deux jours, sans alimentation et sans eau, ils doivent faire face à la violence de leurs congénères paniqués. À l’abattoir, saisis de peur, ils refusent d’avancer. Mais, sans pitié, à coups de bâton, les employés ont raison de leur résistance. Avec plus ou moins de succès, ces bonnes âmes tentent ensuite de les étourdir en les électrocutant. L’opération de dépeçage peut ensuite commencer, que les cochons soient conscients ou pas.
Encore peuvent-ils s’estimer heureux : les conditions d’élevage des volailles sont pires (2). Face à cette cruauté, le prix Nobel de littérature Isaac Bashevis Singer avait comparé la condition des animaux d’élevage à celle des Juifs dans les camps d’extermination nazis, avec cette différence que pour les animaux l’horreur n’a jamais de fin. Aussi avait-il parlé d’un « éternel Treblinka » pour caractériser leur situation (3).
Devant une telle abomination, il y a en gros trois attitudes. La première consiste à fermer les yeux sur la souffrance animale. C’est l’attitude la plus communément adoptée. La deuxième consiste à prôner l’élevage traditionnel, plus respectueux du bien-être des bêtes. La troisième attitude consiste tout simplement à refuser que des animaux soient tués pour être mangés. C’est le végétarisme. Quelle attitude adopter (4) ?
Une industrie jugée indéfendable
En dehors peut-être de quelques sadiques, personne ne défend en soi le martyre des animaux. Dans ces conditions, comment expliquer la pérennité de l’industrie de la viande ? Deux arguments lui servent souvent de justification. D’abord, tout en regrettant les souffrances des animaux, certains prétendent que l’alimentation carnée est une nécessité pour l’être humain et que, par conséquent, l’industrialisation de ce secteur alimentaire est indispensable pour nourrir une population croissante. Ensuite, des responsables politiques, des chefs d’entreprises et des employés de cette industrie avancent que son maintien est nécessaire pour faire vivre une population qui en dépend économiquement. En somme, à travers ces deux arguments, domine l’idée que la souffrance des animaux est dommage, mais nécessaire pour éviter celle des êtres humains. Est-ce crédible ?
Le premier argument est tout simplement infondé. Manger de la viande n’est pas une nécessité pour être en bonne santé. Certes, une alimentation carnée est source de protéines nécessaires à l’organisme. Mais celles-ci se trouvent également dans d’autres aliments (5). Pour l’anecdote, il faut savoir que l’athlète Carl Lewis, neuf fois médaillé aux Jeux olympiques, était végétalien au temps de sa plus grande splendeur (6).
La justification économique semble au premier abord plus sensée. Imaginons qu’un boycott généralisé de l’industrie de la viande soit un succès. Des millions de travailleurs dans le monde se retrouveraient au chômage. Cette dégradation temporaire de leur niveau de vie serait à prendre en compte. Mais, premièrement, que pèse-t-elle face aux souffrances sans commune mesure et sans fin des animaux si une telle industrie perdure ? Deuxièmement, comment ne pas se rendre compte que la fin de l’industrie de la viande serait créatrice d’emplois dans le reste de l’industrie alimentaire ?
Bref, les souffrances effroyables que l’industrie de la viande inflige chaque année à des milliards d’animaux ne semblent pas avoir d’autre justification que d’enrichir ceux qui sont à sa tête et de procurer du plaisir aux mangeurs quotidiens de jambon, de steaks ou de poulet. À notre époque, où les animaux apparaissent de moins en moins privés des qualités que les êtres humains possèdent (capacité à souffrir, à avoir des émotions, à raisonner, à élaborer une culture, etc.), il semble toutefois qu’un nombre croissant d’individus en vient à penser que cette industrie est indéfendable, et cela sans que ces individus aient besoin de prendre en compte les ravages écologiques que par ailleurs elle provoque (encadré p. 27).
Pour ne plus entretenir cette industrie cruelle, les carnivores pourraient décider de se tourner exclusivement vers l’élevage traditionnel. Enquêtes de terrain à l’appui, une chercheuse comme Jocelyne Porcher a montré que, dans ce type d’élevage, un animal n’est pas une chose que l’on exploite sans scrupule pour obtenir de la viande (7). Au contraire, un éleveur traditionnel veille au bien-être de ses bêtes, il établit des liens affectifs avec elles et il se prend souvent à les aimer. Il assure même la perpétuation de ces animaux de rente puisque, si le végétarisme se généralisait, il n’y aurait pratiquement plus de vaches, de cochons, de poules, etc., sur la surface de la Terre. Ce don de la vie a toutefois un prix. En retour, il faut que l’animal donne sa viande. Au moins, il a bien vécu.
La tentation de l’élevage traditionnel
Dans son essai Faut-il manger les animaux ? (L’Olivier, 2010), le romancier Jonathan Safran Foer avoue être touché par cette bonté des éleveurs traditionnels et se sent prêt à leur donner raison quant à la légitimité qu’il y aurait à manger leurs animaux. Il s’arrête toutefois au seuil de cette reconnaissance, pour une raison toute simple. De nos jours, la quasi-totalité des abattoirs relève de l’industrie de la viande. La vache, le cochon et la poule qui ont été élevés dans des conditions « champêtres » vont donc quand même subir, comme les animaux d’élevage industriel, une fin de vie horrible. Sans une réforme radicale des abattoirs, l’élevage traditionnel ne résout donc pas l’un des problèmes les plus criants de l’industrie de la viande.
Sachant que, en France, plus de 90 % de la viande consommée provient des élevages industriels, il faudrait également que les carnivores diminuent drastiquement leur consommation s’ils ne veulent plus entretenir cette industrie. Par sa nature artisanale, l’élevage traditionnel ne pourra en effet jamais répondre à un désir quotidien de manger de la viande. Tant qu’un quasi-végétarisme (un repas de viande par semaine environ) n’est pas instauré et que les abattoirs ne sont pas réformés, les consommateurs de viande seront donc toujours complices d’une industrie qui inflige des souffrances effroyables aux animaux.
La question du végétarisme
Reste la question de la mise à mort. Si une vache a passé de belles années dans un pré, pourquoi n’aurait-on pas le droit de la tuer de manière relativement douce pour s’en nourrir ? On pourrait avancer que manger de la viande est naturel, au sens où l’être humain l’a toujours fait et où les autres animaux le font aussi. Que l’on soit ou non végétarien, il est toutefois facile de comprendre que cette justification ne tient pas la route. D’abord, l’ancienneté d’une pratique ne lui apporte aucune légitimité. Par exemple, l’esclavage a duré des millénaires ; ce n’est pas pour autant qu’il faut le perpétuer. Ensuite, si les lions mangent bien les gazelles, les mâles peuvent aussi tuer les lionceaux qui ne sont pas les leurs. Quel carnivore trouverait légitime de prendre modèle sur cette pratique ? Peu, on imagine. Alors ? Comment justifier que l’on puisse tuer des animaux pour les manger ?
Les végétariens éthiques, c’est-à-dire ceux qui ne le sont pas pour des raisons diététiques ou religieuses, partent du principe qu’il ne faut pas faire souffrir les animaux quand ce n’est pas nécessaire (8). Or tuer des bêtes, même s’il était possible de recourir à des procédés indolores, reviendrait à leur faire du mal sans nécessité. Ce n’est pas la mise à mort en tant que telle qui pose problème aux végétariens éthiques. Tuer en douceur une vache en fin de vie serait envisageable, suggèrent-ils, si cela permettait d’abréger ses souffrances, par exemple. Mais envoyer à l’abattoir, comme le font même les éleveurs traditionnels, des animaux alors qu’ils sont encore très jeunes, c’est les priver sans nécessité d’une vie dont, en tant qu’individus, ils auraient pu jouir pleinement.
Le mangeur de viande peut-il être éthique ?
Dans son livre Apologie du carnivore (Fayard, 2011), Dominique Lestel s’en prend à cette volonté des végétariens éthiques de ne pas faire souffrir sans nécessité. Ce philosophe commence par reconnaître « que les justifications habituellement données du régime carnivore sont (…) plutôt inconsistantes ». Mais il pense pouvoir enfin justifier un tel régime en affirmant qu’un « homme qui n’infligerait plus aucune souffrance à un autre être vivant ne serait tout simplement plus un homme, ni même un animal, car un principe fondamental de l’animalité est précisément de souffrir et de faire souffrir ». Très en verve sur ce sujet, il écrit aussi que « la vie repose sur une forme de cruauté qu’il n’est ni possible ni souhaitable d’éradiquer ». Il en conclut qu’il faut assumer sans honte d’être un carnivore.
Aux yeux de D. Lestel, cette cruauté assumée n’implique pas qu’il faille manger de la viande n’importe comment. Il faut au contraire devenir un « carnivore éthique ». Cela veut dire au moins deux choses. Premièrement, il faut que la mise à mort entraîne chez l’animal le minimum de souffrance possible. D’où une condamnation sans appel de l’industrie de la viande de la part de D. Lestel. Deuxièmement, manger de la viande doit être vécu comme une dépendance vis-à-vis des animaux. Il faudrait d’ailleurs les remercier par une sorte de rituel. Le carnivore éthique serait ainsi ce mangeur de viande qui considère qu’il ne dispose pas d’un statut d’exception dans la sphère de l’animalité et qu’il a une dette vis-à-vis des animaux. Du coup, il devrait même accepter un jour de se faire manger.
Si l’on en juge par la critique cinglante que lui a adressée le végétarien Pierre Sigler, cette rare défense du régime carné apparaît problématique (9). Exemples de quelques mises au point. D. Lestel accuse les végétariens d’avoir le désir absurde de supprimer la souffrance dans le monde. C’est faux, rétorque P. Sigler, les végétariens veulent simplement ne pas faire souffrir sans nécessité les animaux. D. Lestel affirme que la seule façon de reconnaître son animalité est de manger de la viande. C’est stupide, répond P. Sigler, on peut faire l’amour. D. Lestel considère que manger de la viande marque notre dépendance vis-à-vis des animaux. C’est une escroquerie, s’indigne P. Sigler, il n’y a aucune dépendance puisque tout être humain qui a accès a des protéines végétales peut se passer de viande. Enfin, D. Lestel se dit prêt à donner son corps à manger, mais bien sûr uniquement quand il sera mort. Exaspéré, P. Sigler rappelle que les animaux n’ont pas cette chance d’avoir une vie pleine avant de se faire occire.
La question du spécisme
S’il y a une telle incompréhension entre les carnivores et les végétariens éthiques, c’est que, à la différence des seconds, les premiers estiment que l’on peut tuer les animaux parce que ce ne sont que des animaux. Cette justification relève de ce qu’on appelle le « spécisme ». Ce mot est formé par analogie avec « racisme » et « sexisme », qui désignent une discrimination injustifiée selon la race ou le sexe. Est raciste, par exemple, celui qui estime que l’on peut mettre les Noirs en esclavage pour la simple raison qu’ils sont Noirs. De la même manière, être spéciste, c’est assigner différentes valeurs ou droits à des êtres sur la seule base de leur appartenance à une espèce, et non pas en fonction de leurs intérêts propres. Par exemple, vous êtes spéciste si vous vous offusquez que l’on mange du chat, mais pas du cochon. En revanche, vous êtes antispéciste si vous prenez en compte l’intérêt des animaux indépendamment de l’espèce à laquelle ils appartiennent.
La très grande majorité des végétariens éthiques sont antispécistes. Ils récusent l’idée d’accorder des considérations morales de façon arbitraire à telle espèce et pas à telle autre. Or le statut moral des animaux se pose parce que, à la différence des légumes ou des pierres, ce sont des êtres sensibles capables de souffrir. Du coup, contrairement à ce dont on l’accuse parfois, cet antispécisme n’incite pas à accorder aux animaux les mêmes droits qu’aux êtres humains. Qui voudrait en effet donner aux vaches le droit à l’éducation ? Mais il incite à prendre en compte cette capacité des animaux (êtres humains compris) à souffrir, notamment en agissant, dans la mesure du possible, de façon à ce qu’ils ne souffrent pas sans nécessité. Les antispécistes soulignent d’ailleurs que tout le monde trouvera monstrueux, par exemple, que l’on crève l’œil d’un chat juste pour s’amuser. Pourquoi alors, se demandent-ils, ne pas aussi condamner les souffrances infligées aux animaux que l’on mange ? Sur ce point, ils n’attendent pas une condamnation partielle qui s’accommoderait d’améliorations des conditions dans lesquelles vivent ces animaux. Ce serait, à leurs yeux, comme si on cherchait à améliorer les conditions des esclaves sans remettre en cause l’esclavage. Selon eux, la seule position cohérente est d’arrêter de tuer les animaux pour les manger.
Le carnivore comme le violeur ?
Bien sûr, les carnivores résistent à une telle argumentation. Ils disent que la souffrance infligée aux animaux n’est pas inutile. Elle sert à leur apporter, à eux les carnivores, du plaisir. D. Lestel reproche ainsi aux végétariens éthiques de prétendre lutter contre la souffrance et pourtant de vouloir faire souffrir les carnivores en les privant de viande. Dans sa critique de D. Lestel, P. Sigler cherche à montrer l’absurdité de ce raisonnement en le transposant au cas du viol. Voici ce que cela donne : il existe une loi qui punit le viol parce qu’un tel acte fait souffrir celles et ceux qui en sont victimes ; mais ce faisant, cette loi impose aux violeurs potentiels d’immenses frustrations ; par conséquent, en voulant éviter que des personnes souffrent en étant violées, cette loi en fait souffrir d’autres ; ce qui montre bien qu’il n’est pas juste de vouloir interdire le viol pour diminuer la souffrance de ses victimes !
À leur décharge, il faut reconnaître que les carnivores qui acceptent que des animaux soient tués pour leur plaisir ne font qu’adopter la position schizophrène de notre société, comme le souligne parfaitement la juriste Marcela Iacub dans ses Confessions d’une mangeuse de viande (Fayard, 2011). Dans ce livre, elle raconte comment, après avoir été très carnivore, elle a été conduite au végétarisme à la suite de trois « révélations ». Grâce à l’acquisition d’une chienne, elle s’est rendu compte que les animaux sont des individus sensibles, ayant des désirs et des intentions. Grâce à un texte de Plutarque, elle comprit qu’ils veulent vivre et nous supplient de ne pas les tuer. Enfin, grâce à une décision de justice, elle prit conscience de la complète incohérence de notre relation aux bêtes. Il se trouve en effet que, en 2007, un individu a été condamné pour avoir sodomisé son âne. Vu les spécificités anatomiques des ânes et des hommes, cet acte ne semble pas avoir causé de souffrance chez l’animal. La justice a néanmoins considéré que, en l’absence de consentement, c’était un viol qu’il fallait punir. Or cette même justice autorise cet individu, qui est le propriétaire de l’âne, à le faire écorcher pour le manger. M. Iacub n’avait jamais été frappée à ce point par l’absurdité qu’il y a, d’un côté, à accorder à juste titre des droits aux animaux puisque ce sont des êtres sensibles, et, d’un autre côté, à leur dénier le droit le plus élémentaire, celui de vivre. Ne pouvant plus accepter cette incohérence, elle ne vit pas d’autre option que de devenir végétarienne. Ce qui montre finalement qu’à travers la question du végétarisme se pose celle de notre cohérence. À méditer avant de passer à table…
L'industrie de la viande détruit la planète
Consommer autant de viande qu’on le fait dans les pays développés est une catastrophe d’un point de vue écologique. Il n’y a pas un mois qui passe sans qu’une nouvelle étude montre à quel point l’industrie de la viande est l’une des principales causes de la déforestation dans le monde, du réchauffement climatique, de la pollution et même de la détérioration de la santé des êtres humains. Il faut bien comprendre que l’obtention de protéines animales à partir de protéines végétales a un rendement très faible. Ce qui implique que, pour satisfaire les désirs des consommateurs de viande dans les pays développés, la majorité des terres agricoles dans le monde est de nos jours destinée à nourrir du bétail, alors même qu’une petite portion de ces terres serait largement suffisante pour nourrir directement toute la population mondiale. En plus, comme cette consommation ne cesse de croître, les forêts tropicales (au Brésil, en Argentine et ailleurs) se réduisent actuellement comme peau de chagrin. Ensuite, l’intense activité des fermes d’élevage génère des milliards de tonnes de déchets qui polluent, plus que les autres industries, les sols et les rivières. Il faut également mentionner les grandes quantités de gaz que cette industrie rejette dans l’atmosphère et qui contribuent fortement à la fois aux pluies acides et au réchauffement climatique. Enfin, alors que la grande consommation d’antibiotiques est une bombe à retardement pour la santé humaine, puisqu’elle rend les bactéries résistantes, et que les pouvoirs publics tentent de la juguler, l’industrie de la viande continue quant à elle tranquillement à bourrer d’antibiotiques les bêtes qu’elle massacre. Le plus étonnant est que, à l’heure du repas, presque personne ne semble se préoccuper de cette situation ubuesque…
Bidoche. L’industrie de la viande menace le monde
Fabrice Nicolino, Les Liens qui libèrent, 2009.Thomas Lepeltier
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KUNDALINI : réflexions. (4)
- Par Thierry LEDRU
- Le 19/01/2016

« L’excitation. Il en connaissait la perdition. Elle n’était qu’inconscience et ne générait aucune fusion. Chacun en se nourrissant de l’excitation de l’autre absorbait une partie de son inconscience. Deux inconsciences qui s’ajoutaient. Deux individus qui s’imaginaient être dans l’amour. C’était impossible. Il ne pouvait y avoir d’amour dans l'inconscience. »
Kundalini
Je pense qu’il est primordial d’observer attentivement l’excitation sexuelle. Est-elle favorable à une sexualité sacrée qui, elle, fait appel à la conscience ?
L’individu qui se laisse emporter par son excitation n’est pas dans la gestion émotionnelle. Il est dans le chaos. Un chaos délicieux pour beaucoup mais un chaos tout de même.
Personnellement, je considère que l’excitation sexuelle est à mettre sur le même plan que la peur ou la panique. Une émotion débridée, incompatible avec des actes construits et portant un projet.
Quel est le projet associé à la sexualité ? C’est à cette question qu’il faut répondre pour décider si l’excitation est à garder ou s’il convient de la conscientiser.
La réponse permettra de différencier la sexualité génitale de la sexualité sacrée.
Il est consternant de penser que la sexualité est considérée comme un savoir inné.
La sexualité génitale est innée parce qu’elle répond au maintien de l’espèce.
Je me souviens de Barjavel qui décrivait Roméo comme un flot de sperme montant à l’échelle vers les ovaires de Juliette. Au moins, c’est clair.
Quand on prend conscience de ça, réellement, on se dit que la sexualité ne peut pas être limitée à la puissance du flot d’hormones… Et que cela nécessite par conséquent un réel travail sur soi.
Je pense donc que l’excitation n’est qu’une excroissance naturelle de la sexualité génitale, un outil qui consiste à créer chez l’individu un appel irrépressible vers l’autre et un désir immodéré de s’unir.
Je ne juge en rien, qui que ce soit. C’est juste une observation des phénomènes et de leurs causes. Il est important d’ailleurs de se souvenir que bien souvent un enfant s’entend dire par les adultes : « Arrête de t’exciter comme ça, tu vas encore faire une bêtise. »
L’excitation considérée comme un danger.
Ou les forces de l’ordre qui disent avoir arrêté un automobiliste qui s’est montré très excité, voire incontrôlable.
Je me souviens également d’une interview de Djokovic qui disait qu’il y a quelques années, il ne savait pas gérer son excitation et notamment en fin de match et qu’il lui avait fallu passer par la sophrologie pour progresser dans sa propre maîtrise.
Dans le même sport, après sa victoire sur Serena Williams, Alizée Cornet a dit : « J’éprouvais beaucoup de plaisir sans être jamais débordée par l’excitation »…. Quand on connaît le parcours de cette joueuse et les immenses difficultés qu’elle éprouvait à gérer ses émotions, on peut juger du chemin parcouru. Et c’est un travail de conscience. Tout autant que physique.
Le trac des acteurs est considéré également comme un conflit entre une excitation due à l’impatience et la peur de ne pas être à la hauteur. L’envie d’y aller et en même temps de ne pas y être. Le conflit interne est redoutable.
On pourrait trouver bien d’autres exemples.
Alors comment pourrait-on considérer que l’excitation sexuelle soit un tremplin vers une sexualité épanouie ? C’est absolument impossible.
Il est évident que seule la conscience peut y contribuer.
Il ne s’agit pas de rejeter l’excitation et d’adopter la posture du Moine mais de l’observer consciemment pour puiser son énergie et la mettre à contribution par des actes réfléchis et maîtrisés.
Le massage tantrique qui comporte le massage des zones érogènes comme du reste du corps est à ce sens un exercice particulièrement efficace pour apprendre à conscientiser l’excitation et l’énergie qu’elle génère. Pour les deux partenaires.
D’autre part si l’excitation de l’autre est un moteur à son propre désir, il est inévitable que les deux partenaires explorent l’excitation conscientisée simultanément afin de ne pas troubler le fonctionnement « inné » de celui qui n’adhèrerait pas. La sexualité sacrée est un cheminement commun. Il ne s’agit nullement de briser des schémas anciens mais d’en construire d’autres. Ensemble.
Bien évidemment et comme pour toute dimension inconnue, il paraît dommageable à beaucoup de personnes de vouloir se libérer de l’excitation mais il y a dans ce cas-là, une erreur d’interprétation. Il ne s’agit pas de la brider ou de l’exclure mais bien au contraire de se servir d’elle. Et tout passe inéluctablement par la conscience.
Il s'agit de "chevaucher la monture et non de se faire piétiner."
Un exercice très simple à effectuer pour soi :
Je vais me coucher, j’ai l’intention de dormir, les lumières sont éteintes et je ne peux pas m’empêcher de bouger et de penser. Demain est un jour crucial, un événement que j’attendais depuis longtemps. Peu importe lequel. Je suis excité, intellectuellement, émotionnellement, physiquement.
Voilà l’occasion rêvée d’observer ce qui se passe.
On pourrait dire que la situation n’est pas la même puisque l’excitation dans ce cas empêche de trouver le sommeil. Eh bien, l’excitation sexuelle empêche également de trouver tout ce qui vibre au cœur de la sexualité, l’espace immense qu’elle représente, « le territoire de l’amour ».
L’excitation est un abandon néfaste, une perdition et pas un chemin. On peut espérer malgré tout que les partenaires y trouveront leur bonheur. Au XV ème siècle, les explorateurs qui partaient sur les Océans n’avaient aucune idée de ce qui existait au-delà de l’horizon. C’est la même chose dans l’exploration de la sexualité sacrée. Il est impossible de présager du trésor qui s’y cache. C’est la raison pour laquelle tant d’individus ne prennent jamais la mer…

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KUNDALINI (20)
- Par Thierry LEDRU
- Le 17/01/2016
"Il se pencha vers elle et posa ses lèvres sur sa bouche. Elle accueillit sa langue avec délice, les mains caressant son corps. Elle sentit le membre érigé frotter la corolle de son sexe.
Les yeux au fond des siens, elle se concentra sur le souffle.
Sat avait pris appui sur un bras et caressait son ventre et ses seins de sa main libre.
« Depuis bien trop longtemps, Maud, la femme a été amenée à penser que son rôle était de satisfaire la sexualité de l’homme. La vérité est à l’opposé de cette habitude ancestrale. L’expression la plus noble de l’amour est que l’homme participe à l’extase divine de la femme, qu’il en soit l’ouvrier patient et appliqué. C’est dans cette dimension amoureuse que je parviens à être dans le nous. Oublie-moi, n’attache pas ton plaisir à mon image mais uniquement à l’amour de la vie en toi. C’est elle qui vibre et c’est elle qu’il convient d’honorer. Et la puissance de ton hommage pour elle nourrira mon plaisir. Abandonne-toi à cet amour et je te rejoindrai. Tu es notre guide.»





