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Le recyclage contre le gaspillage.

Par Le 23/12/2018

En Suède, plus on réparera, moins on paiera d’impôts !

Près de 190 millions de couronnes suédoises (environ 20 millions d’euros) seront consacrés au projet de réduction d’impôts, et 270 millions de couronnes seront déboursés pour la baisse de la TVA (près de 28 millions d’euros).

27 septembre 2018 - La Relève et La Peste

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Le gâchis à grande échelle est démocratisé tandis que l’urgence environnementale ne cesse d’enflammer la polémique. Dissonante et trébuchante, la société devient schizophrène. Nous avançons à contre-courant de notre époque, pourtant si propice à une profonde remise en question. Nous achetons trop, nous consommons trop, et par conséquent, nous polluons beaucoup trop !

Quand un objet cesse de fonctionner, nous avons tendance à le remplacer, vite fait bien fait, par un nouveau modèle, flambant neuf. Cependant, les conséquences pour l’environnement sont désastreuses lorsqu’on sait que l’Amérique jette environ 130 000 ordinateurs et plus de 350 000 téléphones portables par jour.

Actuellement, le temps c’est de l’argent, et les industriels l’ont bien compris ! Nous assistons alors à l’avènement de la consommation par fainéantise : « Facilitez-vous donc la vie en achetant un nouvel aspirateur au lieu de vous embêter à le réparer ! »

Crédit Photo : Carl Young

De plus, le système est si bien fait (pour nous faire acheter) qu’il redouble d’ingéniosité pour nous rendre la tâche plus compliquée. La société de consommation a fait naître l’ennemi juré du zéro déchet : l’obsolescence programmée. Kesako ? C’est un gros mot qui fait froid dans le dos tant son illogisme frise l’indécence. 

« L’obsolescence programmée est l’ensemble des techniques destinées à réduire la durée de vie ou d’utilisation d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement. »

Pour faire simple, disons que les industriels sont les rois du « gâchis organisé ». Raymond Loewy, le célèbre designer industriel franco-américain du début du 20e siècle se retournerait dans sa tombe s’il savait qu’aujourd’hui nous négligeons nos objets au point de les rendre volontairement défectueux.

Crédit Photo : Carl Young

Malheureusement, nous constatons qu’il est souvent plus rentable de racheter que de faire réparer. Entre les frais à engager, la dimension chronophage que cela implique et les contraintes logistiques, il faut s’armer de courage et de détermination pour demeurer ou devenir un consommateur responsable.

De plus, Internet finit de nous mâcher le boulot quand on sait qu’en quelques clics on peut être livré à prix modique. Des objets de piètre qualité inondent le marché, mais demeurent les leaders des ventes, entretenant la fuite économique par la délocalisation et entretenant la main d’œuvre à bas coût.

Histoire de mettre un coup de pieds dans la fourmilière de la surconsommation, le gouvernement Suédois encourage une pratique ancestrale oubliée… le bricolage ! Désormais, les citoyens qui réparent (ou font réparer) leurs biens endommagés au lieu de courir les magasins seront récompensés par une baisse de leurs impôts.
Le 20 septembre dernier, le Parti Social Démocrate et le Parti Vert suédois ont proposé au parlement une nouvelle loi concernant la baisse des taxes sur les opérations de recyclage. Ainsi, la TVA sur les prix des réparations de vélos, de chaussures ou les reprises de vêtements devrait passer de 25 à 12 %.

En outre, les « consom’acteurs » qui choisissent l’option réparation pour soigner leurs appareils électroménagers pourront se faire rembourser, en partie, l’argent dépensé. « Nous pensons que cela pourrait diminuer les coûts et rendre la réparation plus rationnelle et économique. Il y a un changement qui s’opère à ce niveau en Suède actuellement, une prise de conscience du besoin de faire durer les objets plus longtemps pour réduire la consommation de matériaux » raconte le ministre des finances suédois Per Bolund. Et pour aller encore plus loin dans cette logique, la proposition de loi inclut aussi de nouvelles taxes sur les produits contenant des matériaux non recyclables ou difficilement réparables. Mises bout à bout, toutes ces mesures inversent la tendance du consumérisme irraisonné. Bientôt, il deviendra plus économique d’offrir une seconde jeunesse à nos produits, et à l’inverse, il deviendra plus onéreux d’acheter des objets qui ne sont pas fait pour durer.

Au total, tout cela représente une coquette somme pour le gouvernement Suédois. Près de 190 millions de couronnes suédoises (près de 20 millions d’euros) seront consacrés au projet de réduction d’impôts, et 270 millions de couronnes seront déboursés pour la baisse de la TVA (près de 28 millions d’euros). Mais au final, c’est un investissement prometteur pour l’avenir ! En effet, cette nouvelle loi encourage la réduction de la pollution et du gaspillage (qui coûtent très cher aux pouvoirs publics) mais surtout, elle relance tout un pan de l’économie basé sur la réparation, le recyclage et l’économie circulaire.

27 septembre 2018 - La Relève et La Peste

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Le style.

Par Le 23/12/2018

Un écrivain à qui on demandait un jour si ce qu'il avait écrit était vrai a répondu: "Bien entendu que c'est vrai puisque je l'ai inventé."
Indispensable vie commune. Vivre réellement avec ses personnages jusqu'à ce qu'ils ne soient plus à soi mais à eux-mêmes. Devenir dès lors le simple transcripteur de leurs parcours. "Je" n'écris pas, "ça" écrit en moi. A partir de là, il me semble qu'on peut parler de livres émouvants. Que l'écrivain disparaisse. Ce n'est pas le style qui importe mais la vie qu'on trouve dans le livre. Et la vie ne peut pas être inventée. Si le style l'emporte sur la vie, c'est juste qu'un exercice de style alors que le roman est une forme écrite de la vie. Ce n'est pas le "style" qui donne vie à un livre. C'est le saisissement de la vie qui façonne le style.

Ce morceau sera pour moi celui de l'année, celui que j'aurai le plus écouté, celui sur lequel j'ai écrit des centaines d'heures. Il y a tout ce qui me ravit. La douceur, la tendresse, l'amour. C'est simultanément complexe et parfaitement reproductible en soi. C'est une musique qui m'imprègne, m'investit, physiquement. Parfois, je me concentre sur le piano, ou sur les violons, ou sur les notes répétitives du synthétiseur, parfois j'essaie de tout saisir à la fois.

Il arrive maintenant très vite ce moment où il n'y a plus rien que la musique et les mots qui s'inscrivent sur le clavier. Hors de tout. Dans le saisissement de cette vie en moi. 

Jarwal, toujours lui.

Par Le 22/12/2018

Je viens de relire quelques pages du tome 4.

Je ne me souvenais plus vraiment de ce que j'ai écrit. Ni de quand ça date. 

Une étrange impression. Cette conscience incertaine de ne pas avoir été là et que ces instants d'écriture ne sont pas inscrits dans ma mémoire.

L'amour, la préservation de la Terre, les âmes, la force des êtres unis...Un jour, il faudra que je prenne le temps de lister les thèmes récurrents de mes romans. 

 

 

 Les Sages les invitèrent à se regrouper au cœur du village, devant la hutte centrale où se tenaient les débats du clan.

Les travailleurs présents cessèrent leurs ouvrages, les enfants accoururent et les enlacèrent, des myriades de sourires, des florilèges de paroles aimantes.

« Vous reviendrez nous voir ? demanda une petite lutine.

-Quand j’aurai mille ans, j’irai dans votre monde, je serai un Sage, annonça un jeune lutin.

-C’est vrai que dans votre monde, les villes sont plus grandes que la forêt ?

-Et qu’il y a des gens qui tuent les autres ?

-Et que les animaux disparaissent ?

-C’est vrai que vous coupez les fleurs pour les faire mourir dans vos maisons ? Vous ne les entendez pas pleurer ? »

Un florilège de questions qui les étourdit, comme un condensé de folies humaines énoncé par des esprits effarés.

Ils réalisèrent tous ensembles que les images associés à leur monde témoignaient d’un désastre consommé. Comme une honte en eux.

Jarwal mit un terme aux embrassades.

« Allons-y les enfants. »

Derniers signes de la main, derniers regards vers la communauté et la forêt environnante.

Ils se glissèrent sous les frondaisons.

Les chants des oiseaux, les cris des singes, la luxuriance de la végétation, les herbivores qu’ils côtoyaient et caressaient doucement lorsqu’ils se trouvaient sur le sentier, la douceur de leurs yeux curieux, l’éblouissant foisonnement de cette vie magnifiée, l’incroyable sensation de liberté et de paix, comme si l’acceptation inconditionnelle du retour programmé dans le flux vital, de cette mort comme un renouvellement nécessaire, établissait en chaque être vivant un abandon de toute peur, juste une bénédiction quotidienne ; ils n’oublieraient rien. Être heureux d’être là et s’efforcer de ne rien changer à ce bonheur, n’ajouter aucun désir, ne fabriquer aucun manque, ne créer aucune douleur.

Les cinq enfants devinèrent en eux le travail immense. C’était ça que la Vie proposait dans leur Monde. Comprendre le bonheur et le préserver.

« Je dois vous dire quelque chose les enfants, » annonça Jarwal.

Ils s’approchèrent au plus près du lutin. Gwendoline marchait à ses côtés lorsque le sentier était assez large et Jarwal la laissait le devancer dans les étroitesses de la végétation.

« Nous arrivons à la plage, continua-t-il. On sera mieux devant l’Océan. »

Ils sentirent tous cette impatience dans la voix du lutin, comme une masse qui l’écrasait et qu’il devait déposer.

Ils sortirent du couvert des arbres et se figèrent devant l’étendue. Une plage de sable blond, plus fin que de la farine, aussi lisse qu’un drap tendu, et l’immensité du bleu, uni à l’horizon avec un ciel étiré par les vents marins, des filaments cotonneux zébrant l’azur et les peuples mouvants des vaguelettes frangées d’écume, la douceur de la lumière comme un regard aimant.

Rien, pas un mot, juste les yeux qui s’enivrent, les parfums qui embaument, le goût salé du vent marin sur leurs lèvres, la brise du large qui effleurait leur peau, un instant sacré.

Gwendoline s’approcha de Lou et lui prit la main. Elles se regardèrent en souriant.

« Tu es une belle âme, mon enfant, murmura la lutine. Tu ne le sais pas encore mais laisse la vie te l’apprendre, elle te donnera ce dont tu as besoin. »

Lou ne répondit rien. Elle baissa les yeux et pencha la tête, ce geste que Rémi adorait, quand les mots qui tournaient en elle semblaient tous peser du même côté.

« Il n’y a rien d’impensable, ajouta Gwendoline. Il n’y a que ce que tu ne comprends pas encore. Juste par manque d’expérience. Le tort des humains est de s’interdire d’explorer ce qui n’entre pas dans leurs habitudes. Explore, belle enfant, explore. »

L’assemblée suivit Kiak qui descendit de quelques pas sur le sable et s’assit à l’ombre protecteur d’un palmier gigantesque.

Rémi s’approcha de Lou. Elle lui prit la main et l’invita à s’asseoir. Elle lui sourit sans bouger les lèvres, sans le moindre mouvement du visage, elle lui sourit du plus profond de ses yeux et ce fut comme un univers de douceur qui coula en lui.

Il ne savait pas à quel point le bonheur est un pourvoyeur de larmes, il n’aurait jamais imaginé que des âmes puissent à ce point s’enlacer, il laissa ses yeux s’embuer et le sourire intérieur s’illumina, il sentit qu’il n’était plus là, qu’il ne restait de lui qu’une légèreté indicible, une absence de tout et le comblement du néant.

Jarwal ramassa une poignée de sable et s’appliqua à le laisser couler lentement, d’une main à l’autre.

Silence.

Tian regarda furtivement Kiak et fut fasciné par l’impassibilité de son visage et simultanément par l’incroyable bonté qui en émanait.

« Je devais vous prévenir que je ne reviendrai pas tout de suite dans votre monde les enfants. Je sais que vous l’espérez mais je veux rester ici, avec Gwendoline. »

Léo eut envie d’intervenir immédiatement et de proposer que Gwendoline l’accompagne.

« Je ne retournerai jamais là-bas, intervint la lutine, coupant court à ses pensées. Ce que j’y ai vécu ne me quittera jamais. »

Un silence lourd de paroles contenues, cette certitude que Gwendoline n’en dirait pas davantage, que la douleur dans ses yeux criait des infortunes voraces, des pensées insoumises qu’elle devait s’efforcer de taire pour ne pas entacher les jours de paix.

« Je ne te l’imposerai jamais, mon amour, » reprit Jarwal.

Des serments qu’aucun des cinq enfants n’auraient osé contester. Assis, côte à côte, les deux amoureux se tenaient la main mais bien plus qu’un simple geste habituel et un contact plaisant, ces doigts enlacés unifiaient des âmes serties dans le même écrin.

Rémi s’imagina assis auprès de Lou dans cinquante ans.

« Je vous promets, les enfants, que je convaincrai Jarwal de ne pas vous laisser attendre trop longtemps, » ajouta Gwendoline.

Un sourire qui illumina son regard, l’impression de voir ruisseler en poussières liquides des marées de larmes abandonnées, comme des flots néfastes qui ne devaient pas la noyer.

« On saura être patient, Jarwal, intervint Rémi. Rien n’est plus important pour nous cinq que de vous savoir réunis.

-Oui, je confirme, lança Léo, joyeusement. Et c’est bien pour ça que nous sommes venus jusqu’ici. Même si je ne comprends pas où on est, finit-il en riant.

-Tout est dit, enchaîna Marine. Il nous était insupportable après le compte-rendu de Léontine, de penser que vous risquiez tous les deux de ne pas pourvoir profiter de ce bonheur retrouvé. Il n’est pas question pour nous de vous en priver. »

Des sourires échangés, des regards qui coulaient en eux comme des rayons solaires, des chaleurs qui ne s’éteindraient jamais.

« Je ne tarderai pas certainement, reprit le lutin car je dois reprendre ma mission. D’autres compagnons sont des âmes en attente dans le Livre.

-Et de notre côté, nous continuerons la recherche de nouveaux Messagers, enchaîna Marine. Je suis convaincue maintenant que nous devons tout faire pour partager cette expérience extraordinaire et propager tous les savoirs que tu nous transmets, Jarwal. »

Le préparatif au voyage.

Ils en connaissaient le rituel.

Le cercle unifié, main dans la main.

À quelques mètres, Jarwal et Gwendoline observaient leurs amis en souriant.

« Nous nous reverrons les enfants. Je vous aime, lança le lutin.

-Nous aussi, » répondirent les enfants en chœur.

Le bourdonnement de Léontine, les mains serrées de chacun et chacune, l’énergie qui coule en eux et fusionne, les enlace et les emporte, fragmentation des corps, comme une eau qui bout et s’évapore.

Rémi aperçut dans les dernières secondes le regard éperdu de Lou, une tension intérieure qui la raidissait.

Montée verticale. Disparition.

Le voyage des âmes.

Fulgurance du transfert, des vitesses inconnues dans les cieux animés d’entités curieuses, des âmes suspendues qui les effleuraient.

Les corps se reconstituèrent dans le marais.

Restauration inversée, les visages en apesanteur et le tronc qui se forme, les membres qui croissent et les pieds qui s’ancrent sur la terre.

Rémi sentit ruisseler en lui la conscience des choses, comme une éponge qui absorberait les phénomènes environnants, une matière qui viendrait englober une âme incarnée. Cette pensée soudaine que la vie possédait une imagination sans limite et qu’il était insignifiant de la limiter aux apparences. L’essentiel était enfoui sous des images.

Il se tourna lorsque la maîtrise de son corps lui fut rendue et le vide à ses côtés faillit le terrasser.

Lou n’était pas là.

Il regarda, paniqué ses trois compagnons.

Il chercha aux alentours et cria, comme éventré, une lame déchirant ses chairs, un sabre tranchant le fil de sa vie.

« Lou !! »

Le cri prolongé glaça d’effroi les compagnons reconstitués, cette voix brisée qui trancha le silence, un éclair de terreur qui zébra leur conscience retrouvée.

« Léontine !! Où est Lou ? Léontine !! »

Rémi était sorti de la zone marécageuse et explorait en tous sens.

« Lou !! »

Entre les roseaux, dans les fourrés, derrière les troncs, il courait éperdument, comme s’il fuyait la mort, comme s’il cherchait sa vie.

« Léontine, où es-tu ?

-Je suis là, Marine. »

La mouche bleue se posa sur son épaule.

« Lou ne nous a pas suivie. Elle est toujours là-haut. »

La voix en eux, sombre et désemparée.

La stupéfaction des compagnons.

Léo jeta un regard épouvanté vers le ciel et sentit son cœur se fendre. Il regarda son frère qui revenait vers le groupe. Le visage décomposé.

« Léontine, il faut qu’on aille la chercher ! cria-t-il. Et c’était comme si sa vie ne tenait qu’à un fil, comme s’il allait tomber en morceaux sur le sol.

Léo vit les bras de son frère qui tremblaient.

« Pourquoi l’as-tu laissé faire ? lança le garçon, en colère.

-Je n’y suis pour rien Rémi. L’âme ne connaît pas l’obéissance, je n’ai aucun pouvoir sur celle de Lou, ni sur aucune d’entre vous. Je ne suis qu’un guide, pas un tyran. Lou a sûrement une bonne raison pour ne pas être restée avec nous. »

La douceur de la voix calma le garçon.

« Line ! s’exclama-t-il, soudainement.

-Qui ça ? demanda Tian.

-La sœur de Lou. »

Lui revint en mémoire le récit de leur amie. Sa sœur disparue, l’accident de voiture.

Les pensées qui s’entrechoquent. Une rencontre inattendue, des retrouvailles.

« Rappelez-vous ce qu’a dit le vieux sage de l’autre monde quand il est venue vers Lou. 

« Oui, c’est elle, chère enfant, » se souvint Marine. Elle n’avait pas compris.

Personne n’avait traduit le mystère.

« Lou a retrouvé l’âme de sa sœur ? C’est ça Léontine ?

-Sans doute Rémi, on peut l’envisager en tout cas.

-Qu’est-ce qu’on va faire ? C’est une catastrophe Léontine. Qu’est-ce qu’on va dire à ses parents ? Il faut la récupérer.

-Je vais y retourner Rémi. En attendant, vous prenez le chemin les enfants, il faut que vous avanciez, vous n’avez pas beaucoup de temps. Je vous retrouverai plus bas. Je la ramènerai. »

La mouche bleue disparut dans un battement de paupières laissant les enfants figés par le drame.

Lou n’était pas revenue.

L’impensable rencontre.

Ils s’engagèrent sur le chemin dans un silence de tombes. Que pourraient-ils raconter ? Ils ne pouvaient pas mentir mais la vérité apparaîtrait comme un mensonge.

Ils espéraient tous que Léontine la retrouve et la persuade de revenir. Revenir sur Terre. Rien que l’expression hurlait à tue-tête l’impensable vérité.

Lou errait dans les cieux avec une âme aimée.

Ils approchèrent du village et le feu dans leurs entrailles les consumait sans pitié.

Marine avait l’impression que son crâne allait imploser, ce tourbillon de pensées en elle la broyait, elle était incapable de se libérer de l’épouvantable culpabilité d’avoir invité Lou à se joindre à eux. Aucune réflexion ne parvenait à échéance, chaque raisonnement se perdait immanquablement dans les affres brûlants de la honte, de l’horrible certitude d’avoir condamné son amie, de l’avoir ôté à la vie, elle l’imaginait condamnée à errer sans fin dans la masse éthérée des âmes en attente. Avait-elle choisi cette rupture, avait-elle été retenue par l’âme de sa sœur défunte, hurlait-elle dans les cieux, appelait-elle à l’aide, était-elle enchaînée aux nuages, cherchait-elle follement une issue de secours, des âmes rieuses dansaient-elles autour d’elle dans une ronde endiablée ?

« C’est impossible, on ne peut pas arriver comme ça et dire qu’on ne sait pas où est Lou. »

Rémi brisa le silence et sa voix éperdue les brisa tout autant. Léo n’avait jamais vu cette détresse dans les yeux de son frère. C’était comme si la mort coulait déjà en lui et affolait chaque fibre.

« Qu’est-ce que tu proposes, Rémi ?

-On s’assoit Tian et on attend jusqu’à la nuit si c’est nécessaire. Et on prie. 

-Prier ? interrogea Léo. Mais prier qui ? Je n’ai jamais fait ça. Et si c’est à Dieu que tu penses, je n’en ai aucune image et je ne connais rien du bonhomme. Je ne vois pas pourquoi il m’écouterait.

-Les hommes qui prient un Dieu ont juste inventé une image parce qu’ils ne savent pas donner une image à l’amour, intervint Tian. C’est l’amour que tu pries car il est le fondement de tout. Et c’est notre amour de tous pour Lou qui doit guider nos pensées. Rémi a raison.»

Ils s’étaient arrêtés et tournaient en boucle dans leurs esprits torturés les paroles de Tian.

« Il faut juste projeter vers les cieux la force de notre amour pour Lou afin que son amour pour sa sœur ne la retienne plus. Je ne sais pas si elle a choisi de rester là-haut ou si quelque chose de plus fort qu’elle la retient mais nous devons nous unir pour briser ce sortilège, quel qu’il soit. »

Marine n’avait rien dit. Elle grimpa sur le talus et désigna un espace d’herbe au-delà d’une futaie. Ils quittèrent le sentier et se glissèrent sous les arbres.

Le parterre verdoyant était à l’abri des regards.

« Vous voulez prier chacun dans votre coin ou bien on se donne la main ? demanda Rémi.

-Je pense que nous devons être unis comme quand on fait le voyage de l’eau. Nos prières auront peut-être plus de force.

-Si c’est le cas Marine, ça veut dire que nos quatre prières séparées deviendront une cinquième prière en se rejoignant. Et je pense effectivement que c’est le cas.

-L’unité est plus puissante que des milliers de chiffres solitaires.

-Oui, Léo, c’est comme ça que je vois les choses et l’amour est nécessairement une unité des individualités. »

En cercle, les mains dans les mains.

Rémi ferma les yeux et tous l’imitèrent.

Ce besoin d’entrer en soi pour trouver les paroles.

Combien de temps ? Ils n’auraient su le dire.

Chacun dans le secret des pensées volages et de l’intention, dans l’assaut des peurs intérieures et de la concentration retrouvée.

Sauver Lou et abandonner toutes les autres pensées.

Marine s’imagina voler vers l’horizon des cieux, comme une flèche infatigable et simultanément, elle se vit jeter des regards incontrôlés vers les nuages, comme si son esprit lui échappait par intermittences, que des parasites perturbaient la communication. Elle s’en voulait d’avoir osé se penser coupable. Comme si son cas personnel était plus important que la disparition de Lou. Elle s’en voulait de tout ce qu’elle découvrait en elle. Alors elle s’oublia volontairement et pria de tout son amour.

Léo avait mal pour son frère et ça le déchirait. Vraiment. Il n’avait jamais vu Rémi dans un tel état. Son regard tout à l’heure, quand il cherchait Lou. Il ne pensait pas que son grand frère puisse avoir si peur pour quelqu’un d’autre. Comme si sa propre vie en dépendait.

C’était ça l’amour, peut-être.

Rémi sentit fondre peu à peu les pensées insoumises, comme si la puissance de son amour pour Lou parvenait à consumer les images inutiles, les ruptures dans le fil de sa volonté. Le rayonnement qui l’envahit le surprit, une chaleur qui monta de son ventre et s’étendit lentement dans son dos, il sentit la chaleur jusqu’au bout de ses doigts et les larmes jaillirent comme un flot libéré.

Une digue s’était rompue et l’amour coulait sur ses joues comme au plus profond de son être, un soleil en lui qui l’inondait, une pluie de particules caloriques, une myriade d’étoiles, des galaxies pétillantes. Comme si soudainement, cet amour en lui coulait de l’Univers.

Il devina les mots libérés s’élancer vers les cieux, une ligne de vie tendue vers l’azur, le lien indéfectible de l’amour par-delà les distances les plus inconcevables. Il n’aurait jamais pu imaginer à quel point Lou était en elle, comme un cœur scindé en deux et qui bat pour une entité unifié, deux individus englobés par une aura de tendresse, il aurait voulu crier de toutes ses forces et que son cri franchisse l’infini de l’Univers, il aurait voulu monter au ciel et chercher dans la multitude des âmes en attente celle de son aimée, l’arracher au néant d’une vie égarée.

Pas elle. L’impensable, l’inacceptable, comme si lui était retirée de son être, une part inconnue, quelque chose qu’il n’avait jamais identifiée, jamais ressentie.

Ils ouvrirent les yeux simultanément, comme des volets repoussés par une bourrasque intérieure.

« Vous avez entendu ? cria Rémi.

-Oui, c’est Léontine, elle a dit de descendre vers le lavoir, » répondit Marine. 

Rémi s’était déjà levé et tentait de calmer les tremblements de son corps, de retrouver un semblant de forces dans ses jambes flageolantes.

« C’est loin ce lavoir ? interrogea Tian.

-Non, pas tellement, à dix minutes en descendant vers le village, » répondit Marine qui se dirigeait déjà vers la route.

Ils n’auraient pas pu se contenter de marcher. Une fureur dans leurs esprits, cet espoir immense qui nourrit les défis les plus fous. Ils coururent tous les quatre côte à côte, le souffle haletant, leurs cuisses emportées par la pente dans un déferlement de foulées immenses.

« Lou ! »

Elle était là, cent mètres devant eux, à la sortie d’un virage, elle montait tête baissée, les épaules en avant, une course effrénée, épuisante.

Elle leva les yeux.

« Rémi ! »

Les deux appels en écho, les deux voix qui lancent à tue-tête les cris du cœur.

Ils devinèrent avant de la rejoindre les cheveux mouillés qui tombaient sur ses épaules, les habits ruisselants, son visage où se mêlaient la stupeur et la joie, l’inquiétude et le ravissement, un mélange chaotique d’émotions ultimes.

Elle tomba dans les bras de Rémi. Sans aucune retenue. Il la serra avec la même ardeur.

« Je t’ai entendu, et toi aussi Léo et Marine et toi aussi Tian. Vous étiez là, près de moi et je sentais vos appels qui me tiraient vers vous. C’était comme si vous aviez tourné vers moi un aimant et qu’il m’arrachait à l’espace. »

Elle s’arrêta de parler, elle recula de quelques centimètres et les observa.

« Je ne suis pas folle mes amis, je vous le jure. J’ai retrouvé ma sœur. »

…

Rémi ne pouvait pas dormir.

Il regardait le plafond sans le voir, les regards intérieurs projetés sur le chemin du lavoir, les yeux de Lou plongeant dans son bonheur de l’avoir retrouvée. Cette impression inexplicable de ne plus pouvoir vivre sans elle et simultanément l’incroyable récit, tous les cinq assis au sommet du talus, dans un cercle de soleil, la nécessité pour Lou de sécher ses habits avant de rentrer.

Line. Une âme retrouvée. L’impensable.

Lou avait raconté le voyage aller vers l’Autre Monde, cette rencontre soudaine, une incompréhension totale, la peur de devenir folle et pourtant cette voix en elle, celle de sa sœur, Line, sa sœur jumelle, sa sœur perdue, la douleur insondable de sa vie, cette voix en elle et la vitesse stupéfiante du voyage à travers les cieux, la nécessité de suivre le groupe, l’impossibilité de s’arrêter.

Elle n’avait rien dit mais le Chaman avait vu en elle. Ils s’en souvenaient désormais.

« Oui, c’est bien elle, chère enfant. »

Ils n’avaient pas compris et Lou n’avait rien expliqué.

Elle avait attendu le voyage de retour avec une impatience insoumise, comme un cri retenu en elle, une douleur bienheureuse, une brûlure maintenue, elle était persuadée de la vérité de cette rencontre, elle ne pouvait pas s’être trompée, une telle certitude, cette voix qui résonnait au plus profond.

Line. Son âme. Une vie préservée au-delà de la raison, au-delà de toutes les tristesses accumulées, des paroles réconfortantes de ses parents et de leurs silences abattus.

Sitôt l’envol déclenché, Line était revenue. Lou l’avait suivie. Un voyage dans les confins de l’inconnu, elle avait l’impression d’avoir accompli cent fois le tour de la Terre, elle avait survolé les océans et les chaînes de montagnes, les forêts vierges comme des chevelures hirsutes, elle avait suivi les cours des grands fleuves, elle avait traversé des nuages d’orage et les crépitements de la foudre en attente l’avaient enveloppée, une course folle comme si les âmes retrouvées ne pouvaient pas assouvir leur bonheur autrement que dans l’euphorie de la vitesse, elle avait suivi Line sans un mot et sans jamais se taire, les pensées coulaient en elle sans aucun organe émetteur, un flot continu de paroles dans un silence d’altitude.

Incompréhension.

Elle se souvenait parfaitement avoir enlacé Line, avoir senti le parfum de sa peau, avoir plongé dans le bleu cristallin de ses yeux, elle avait senti la soie de ses cheveux, elle avait entendu ses rires, cette voix jamais disparue, elle avait découvert les gouffres éteints de sa mémoire et la lumière avait jailli.

Rémi avait écouté son récit, n’en avait rien oublié, plongé lui-même dans les yeux brillants de Lou, imaginant les confins du ciel comme il n’avait pu les voir.

L’aimantation.

Lou avait raconté. Encore et encore, un débit de paroles qu’ils ne lui avaient jamais connu, un bonheur étrange, comme s’il s’étendait dans les profondeurs les plus insondables et qu’ils n’en percevaient que les effluves les plus infimes, comme si Lou ne parvenait pas à traduire clairement ce qu’elle avait vécu.

« J’ai senti une force immense, irrésistible. Je savais que c’était vous. »

Il se souvenait parfaitement du regard que Lou lui avait lancé, une douceur infinie comme si elle voulait lui dire secrètement que son amour était bien plus fort encore, qu’elle l’avait ressenti jusqu’au fond de son cœur, dans les fibres les plus infimes, dans le courant de son sang.

« La vitesse s’est réduite puis Line s’est arrêtée. Nous étions suspendus dans un espace immobile, entourées par une lumière violette. Totalement seules. Je ne sais pas où étaient les autres âmes. Il n’y avait plus personne. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être qu’elles ne voulaient pas répondre à cet appel que vous me lanciez, qu’elles savaient que ça n’était pas pour elles, que cet amour ne leur était pas destiné, que ça n’était pas leur tour. Line m’a enlacée, je l’ai vue sourire. Et pourtant, il n’y avait rien de matériel, pas de corps, rien de connu. C’est comme si ma mémoire la reconstituait, comme si la présence de son âme redonnait vie à son enveloppe humaine – « Nous serons toujours réunies. » - Ce sont ses dernières paroles. Puis j’ai plongé sans pouvoir résister et je me suis retrouvée dans le lavoir. »

Léontine avait expliqué que c’était le moyen le plus rapide pour la réintégration. La mouche bleue avait ajouté qu’elle ne pouvait pas intervenir directement et qu’elle avait craint le pire. L’amour de Line et de Lou l’empêchait de se faire entendre, comme une muraille infranchissable et que c’était les prières du groupe qui avaient déclenché le retour.

C’est sur le chemin vers le village, juste avant les premières maisons que Lou avait révélé la raison cachée de ce survol frénétique de la Terre. Elle avait lâché ces dernières paroles comme on lâche un tison brûlant.

« La Terre souffre horriblement de la présence des hommes et tout ça va mal finir. La crise dont on entend parler depuis des années est bien plus qu’une simple crise. C’est une mutation, une transformation qui va engendrer une nouvelle Terre et une nouvelle Humanité. C’est Line qui me l’a expliqué. Ce sont ses mots exacts. Chaque être humain a désormais une mission. Un grand nombre d’âmes en attente sont déterminées. Personne n’a idée de ce qui va survenir.»

Ils n’avaient pas eu le temps d’approfondir. Chacun avait filé chez soi. 

Célestin Freinet

Par Le 22/12/2018

1932, la « méthode Freinet » bouscule l'école – et suscite l’ire des conservateurs

ÉDUCATION

le 14/12/2018 par Arnaud Pagès - modifié le 14/12/2018

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L'instituteur Célestin Freinet donnant cours dans les années 1950 - source : Contretemps, Revue de critique communiste

L'instituteur Célestin Freinet donnant cours dans les années 1950 - source : Contretemps, Revue de critique communiste

Qualifié abusivement de « bolchévique », Célestin Freinet, un instituteur influencé par les théories de l'éducation nouvelle, est critiqué par la presse conservatrice nationale qui s'alarme de ses méthodes d'enseignement.

Ancien poilu blessé lors de la Grande Guerre, Célestin Freinet commence sa carrière d'instituteur en 1920 à Bar-sur-Loup, dans les Alpes Maritimes. Très vite, dès la rentrée scolaire de 1924, il met en place une pédagogie tout à fait nouvelle pour l'époque qu'il souhaite expérimenter auprès de ses élèves.

Il centre son enseignement autour de l'écriture et du dessin « libres », c’est-à-dire sans contrôle ni censure d'un adulte.

Son credo, proche de celui de la pédagogue italienne Maria Montessori, est de laisser une grande liberté aux enfants pour qu'ils puissent apprendre et découvrir par eux-mêmes. Selon lui, lorsque les élèves sont passionnés par ce qu'ils font, l'autorité du maître n'est plus nécessaire et l'enseignement se fait de façon « naturelle ».

Il accorde également une importance particulière à la pratique de la correspondance scolaire afin d’encourager ses élèves à s'exprimer sans contrainte.

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Dans un article publié en 1937, le journal alors progressiste L’Œuvre résume le but que s'est assigné Freinet, à savoir réconcilier ce qu’il appelle la vie naturelle de l'enfant avec la vie scolaire :

« – Huit heures ! disait Freinet.

Dans toutes les écoles de France, les enfants entrent en classe. La minute d'avant, dans la cour, les uns jouaient en se bousculant, d'autres lisaient un livre plus ou moins défendu ; d'autres caressaient au fond de la poche, un objet favori.

Quand la cloche sonne, toute cette vie-là cesse. C'est fini. Sauf en de rares occasions, l'école ne parvient pas à renouer avec la vie extérieure, les fils brisés...

L'école a voulu exprimer la pensée de l'adulte.  En outre, elle n'a pas fait ce que font toutes les industries, toutes les usines : adapter le travail aux nécessités de l’heure. »

Mais Célestin Freinet, depuis son petit village des Alpes Maritimes, dérange de plus en plus. Dans la France de l'entre-deux guerres, les nouvelles méthodes pédagogiques ne sont pas nécessairement du goût du rectorat ni du ministère de l’Instruction publique, qui cherchent à remettre l'instituteur dans le droit chemin en le sanctionnant.

Freinet est muté à Saint-Paul de Vence en 1932. Un incident va alors un peu plus attirer l'attention sur cet enseignant hors cadre.

Dans la nuit du 2 au 3 décembre, les opposants à Freinet placardent des affiches calomnieuses sur les murs du village. Elles attaquent directement l'instituteur et sa méthode, accusant celui-ci d'être sous la double influence de la psychanalyse freudienne et du communisme. Et de mettre ainsi en danger les enfants.

La presse nationale s'empare de cette affaire. Dans son édition du 8 janvier 1933, le journal conservateur Le Figaro porte une charge virulente et diffamatoire contre Freinet :

« Freinet joint au culte du bolchévisme le culte du freudisme.

On connaît la thèse du célèbre professeur viennois : la sexualité joue un rôle primordial dans l'activité de l'être humain ; celui-ci, sous l'influence de la morale traditionnelle, refoule les idées troubles qui lui viennent ; la nature se venge par les rêves et par les névroses ; aussi est-il préférable de laisser venir ces idées à la pleine clarté de la conscience, et de les analyser longuement, pour retrouver l'équilibre mental et physiologique.

Cette théorie a été l'objet, en France notamment, de critiques pénétrantes. On a remarqué, entre bien d'autres choses, que le fait d'analyser longuement de mauvaises pensées fugitives risquait fort de les développer. Car l'attention renforce les idées sur lesquelles elle se porte.

M. Freinet, lui, ne se soucie pas de cela.

Il traite ses élèves comme des cobayes ; il leur inocule en quelque sorte le virus freudien au risque de troubler à jamais leurs jeunes imaginations. »

D'abord jugé par le Conseil départemental de l'enseignement primaire qui lui interdit d'appliquer sa méthode, il est ensuite victime d'une pétition, émanant d'un groupe de parents d'élèves, qui reprochent à Freinet de faire « l’éloge de la révolution russe » et demandent à ce qu'il soit en conséquence exclu de l'instruction publique.

Cependant, Freinet est alors reconnu comme une référence en matière de pédagogie, notamment grâce aux très bons résultats obtenus avec ses élèves. L'instituteur se trouve donc des défenseurs, et sa méthode de nombreux soutiens.

Les Cahiers des droits de l'homme publient le 10 juillet une liste des communes se déclarant solidaires de l'instituteur :

« Freinet (Instituteur) : Barcelonette adresse l'assurance de son dévouement à l'instituteur Freinet, demande au comité central d'intervenir en sa faveur.

Bray-sur-Somme demande au comité central de prendre la défense de Freinet […]

Chateauneuf-de-Galaure adresse sa sympathie au citoyen Freinet […]

Pontarion envoie à l'instituteur Freinet l'expression de son admiration et l'assurance de sa sympathie […] »

Pourtant, les choses s'enveniment encore à la rentrée des vacances de Pâques 1933. Devant son école, Freinet est agressé physiquement et injurié en public. C'en est trop. Il demande alors un congé de longue durée et finit au bout de quelques mois par se mettre en retraite.

Il compte désormais, avec l'aide de sa femme Élise, monter sa propre école. Celle-ci sera privée, hors du champ de l'éducation nationale, condition sine qua none pour pouvoir enseigner la méthode Freinet.

Sa première école ouvrira le 1er octobre 1935 à Saint-Paul de Vence. Freinet y instaurera la « classe promenade » en pleine nature, l'expression libre par l'imprimerie, le journal mural, la coopération entre instituteurs, ou encore l'auto-correction des devoirs par les élèves.

Aujourd'hui, il existe 966 écoles se réclamant de la méthode Freinet en France. Un succès dû notamment à l'obstination de Célestin Freinet, disparu en 1966.

–

Pour en savoir plus :

François Jacquet-Francillon, « Le centenaire de Celestin Freinet [compte-rendu] », in: Spirale. Revue de recherches en éducation, 1999

Alain Vergnioux, « Le Texte libre dans la pédagogie Freinet », in: Repères, recherches en didactique du français langue maternelle, 2001

Sylvain Connac, « Freinet, Profit, Oury, Collot : quelles différences ? », in: Spirale. Revue de recherches en éducation, 2011

Que faire de Jarwal le lutin ?

Par Le 22/12/2018

L’image contient peut-être : plein air

Je suis tombé sur ce magnifique dessin. Toute l'ambiance que j'aime. J'ai réalisé alors qu'il n'y a pas assez d'animaux dans les quatre tomes déjà écrits. Je sais qu'un jour, je reprendrai tout ça. Pour en faire quoi ? Je n'en sais rien. Les éditeurs trouvent cela trop ardu et pas assez "ciblé". Quel âge ? Dix ans, douze, quinze ? Je n'en sais rien.

D'ailleurs, je lisais Jack London et Saint Exupéry en 5 ème, puis Camus en 4 eme, puis Sartre puis beaucoup d'autres. Mais en même temps, je lisais Lucky Luke, Astérix, Gaston Lagaffe et toutes les BD que je trouvais à l'époque. Et je lis toujours des BD et j'adore ça. J'ai eu un élève de CE2 (huit ans) qui lisait "La peste" à la récréation et qui me disait que Camus parlait de la guerre en fait et que la peste, c'était une image. Je ne l'ai jamais oublié ce garçon-là. Est-ce donc qu'il faut écrire pour un public ou laisser le public aller vers les auteurs ? 

Je vais continuer à écrire Jarwal comme il vit en moi. Le reste, finalement, n'a pas d'importance puisque ça ne dépend pas de moi. 

JARWAL LE LUTIN : tome 4

"Rentrons au camp, mes amis et nous parlerons jusqu’à votre départ, » proposa Jarwal.

Gwendoline prit la main de Lou.

« Ne t’inquiète pas jeune fille, tu auras toutes tes réponses. »

Un sourire espiègle dans les yeux sans âge. Lou essaya de comprendre l’allusion, l’intonation était curieuse, comme un secret préservé dont elle connaissait la teneur. Gwendoline savait-elle quelque chose ? Connaissait-elle l’impensable ?

Ils rejoignirent le camp. Ils l’observèrent plus précisément et virent plusieurs grands herbivores paître tranquillement à la lisière de la forêt, des espèces différentes qui se côtoyaient. Des volatiles aux couleurs chatoyantes picoraient des graines disséminés par des enfants rieurs. De grands potagers encadrés par des murets rectilignes regroupaient de nombreux travailleurs, beaucoup chantaient en maniant les outils, des rangées de tuteurs portaient de longues plantes alourdies par des légumes inconnus. De jeunes enfants saisirent leurs mains en leur souriant.

« Tu as vu la Vie dans l’Arbre ? demanda une fillette à Lou.

-Je ne sais pas ce que j’ai vu mais je m’en souviendrai toute ma vie.

-Tu ne sais pas ce que tu vois ? C’est étrange ça ?

-Si, je comprends d’habitude mais là, c’était tellement… Je ne sais pas comment le dire.

-Tu ne sais pas dire ce qui est en toi ? Mais comment sais-tu que c’est en toi si tu ne sais pas le dire ? Peut-être que ça n’est pas vraiment en toi et que ça tourne encore autour de ton âme. Tu n’es pas assez ouverte à la Vie, c’est pour ça, j’étais pareille quand j’étais toute petite, mais tu verras, ça viendra. »

Elle devait avoir cinq ou six ans. Mais Lou se souvenait que Jarwal avait des centaines d’années. Peut-être que cet enfant était bien plus âgée qu’elle-même. Elle rendit son sourire à la fillette qui courut vers Marine.

La troupe entra enfin dans la grande hutte. Les Sages distribuèrent des corbeilles remplies de fruits et des gobelets en bois avec une eau bien fraîche.

Tous assis en cercles.

« Vous ne comprenez pas ce que vous avez vécu, annonça Kiak. Nous le savons. Nous allons vous éclairer. Maintenant que vous avez ressenti avec votre corps, vous pouvez comprendre avec votre âme. C’est ainsi que nous enseignons à nos jeunes. Vivre d’abord et comprendre ensuite, sinon, il n’y a rien à comprendre, ce ne seraient que des concepts, des pensées mortes.

-Je n’ai pas l’impression d’avoir vécu quelque chose avec mon corps, intervint Léo qui s’en voulut aussitôt d’avoir coupé la parole au vieux Sage.

-C’est parce que vous avez été habitués à user de votre corps en vous agitant et là, vous êtes restés immobiles. Mais je peux t’assurer Léo que ton corps se souvient de tout. Chaque particule a gardé en mémoire votre voyage.

-Les particules ont une mémoire ? demanda Léo qui s’enhardissait.

-Ah, oui, c’est vrai que dans votre monde, vous croyez que la mémoire est dans votre cerveau. Eh bien, les enfants, sachez que même votre cœur a un cerveau et vos intestins aussi et ils ont une mémoire illimitée. Chaque particule de votre corps est un condensé de la Vie. Chaque millimètre a une vie propre tout en étant relié à la vie de l’ensemble. C’est cette cohésion qui aurait pu montrer aux humains que tout est relié. Du plus petit à l’immensité. Nous sommes des particules d’Univers et nous sommes donc aussi l’Univers.

-Kiak, j’ai une question à te poser.

-Oui Rémi, c’est préférable d’ailleurs que je réponde à vos interrogations avant d’aller plus loin.

-Je me souviens d’une voix qui parlait en moi, je me souviens d’images, j’ai même des sensations, comme des courants électriques, des fourmillements, mais je ne comprends rien à tout ça, tout est allé trop vite. Où est-ce qu’on est allé ?

-Vous n’êtes allés nulle part Rémi. Vous êtes restés là où vous êtes à chaque instant mais vous avez vécu pleinement chaque instant, comme si un rideau s’était ouvert et que vous aviez pu regarder de l’autre côté. »

Les cinq enfants n’intervinrent plus. Ils écoutèrent intensément chaque parole. Kiak expliqua chaque particularité de cet Autre Monde. Il n’y avait pas de reproduction sexuée, l’Arbre de Vie entretenait le flux, il gérait l’équilibre, les nouveaux arrivants étaient accueillis par le clan tout entier, les besoins étaient couverts par la communauté, il n’y avait pas d’attachement à une famille, l’absence de parents attitrés supprimait la peur de la mort, une osmose totale et inconditionnelle avec le flux vital, aucune scission avec l’unité originelle.

« Dans votre monde, lorsque vous naissez, vos parents ont peur pour vous et vous transmettent inconsciemment cette émotion profonde. C’est la peur de la mort et elle prend le pas sur l’amour de la vie. Vous allez apprendre avec cette peur et elle vous poussera inconsciemment à vous détacher de la Vie jusqu’à croire que vous êtes différents, meilleurs, insignifiants, bêtes, intelligents, paresseux, courageux, forte tête, soumis, rebelle, rêveur, que vous êtes votre nom, votre image, votre réputation. Tout cela peut exister effectivement mais tout cela vous éloigne de la source, tout le drame est là. La peur de la mort est causée par votre attachement à vous-même. Il vous suffirait d'honorer réellement la vie pour que cette peur disparaisse. Vos conditions de vie ne sont pas la Vie et dès que vous êtes coupés de cette Vie, vous vous contentez d’exister. Et c’est un effroyable gâchis. C’est comme si vous vous intéressiez à l’Océan en vous préoccupant uniquement d’une des gouttes d’eau qui le composent. Vous ne connaîtrez jamais l’Océan et vous n’aurez qu’une vue parcellaire de la Vie. Ce qui manque à votre Monde, c’est la capacité à vous élever.»

Ils écoutèrent encore, longtemps, très longtemps. Sans un mot, sans une question.

Il n’y avait pas de prédateurs. La peur de la mort n’existait pour personne. L’Arbre de Vie était le garant de l’équilibre de chaque espèce. Ces arbres existaient à plusieurs endroits du monde et dispensaient leur pouvoir avec la même intention : l’équilibre. L’existence pour tous démarrait à un âge suffisant pour ne pas être dépendant, chaque individu vieillissait suffisamment longtemps pour acquérir la sagesse de la plénitude jusqu’à ce qu’il ne soit plus capable d’être autonome. Alors, la Vie se chargeait de le réinsérer dans le flux. Un départ sans violence, sans souffrance, pendant une nuit, un sommeil profond et la fragmentation des particules, le retour dans le flux pour une réinitialisation du processus. Personne ne pleurait celui qui avait rejoint le flux originel, tout le monde savait que ça n’était qu’une étape. L’hommage envers la Vie restait identique.

« Le processus est le même dans votre monde. Rien ne se perd, tout se transforme. Vous êtes, vous cinq, de vieilles âmes et votre parcours ne cessera que lorsque vous deviendrez des Éveillés, c'est-à-dire des âmes qui n’auront plus besoin de réincarnation parce qu’elles auront atteint la plénitude absolue. Elles seront dans l’Esprit. »

Rien ne se perd, tout se transforme. Marine se souvenait d’un cours de sciences, le professeur avait utilisé cette formule, un certain Lavoisier. Le scientifique ne pensait sûrement pas qu’il en était de même avec les âmes. Le voyage de l’eau. Toutes ces âmes en attente. Un choix à faire pour continuer à progresser. Mais alors pourquoi certains individus œuvraient à l’extension du Mal ? Elle ne comprenait pas.

« La peur, Marine, juste la peur. Les individus qui font du Mal sont terrorisés par la peur de la mort mais ils l’ignorent ou s’obstinent à l’ignorer par des agitations issues de leur immaturité. De faire le Mal leur donne un sentiment de puissance qui les libère quelques temps. »

La voix de Léontine. La petite mouche bleue devait se trouver quelque part dans la hutte.

Marine la remercia intérieurement.

« La vie dans les océans est la même que sur les terres, continuait Kiak. Il n’y a pas d’arbres de vie mais des failles dans le fond océanique et c’est de là que la vie apparaît. Les poissons se nourrissent d’algues, il n’y a aucun prédateur, la peur de la mort sur ce Monde n’existe pas. Mais vous pourriez connaître la même plénitude dans votre monde.

-La mort des humains est parfois très dure à vivre.

-Tu as bien dit « à vivre », Rémi et c’est cela qu’il faut garder à l’esprit. Vous êtes en vie. Pour mourir, il faut donc au préalable avoir reçu ce don de la vie. Il est peut-être là le plus grand défi de votre Monde, que vous appreniez à mourir en continuant de bénir la Vie. »

Un silence prolongé, une révélation qui bouleversa Lou jusqu’aux larmes. Elle tenta de les essuyer discrètement mais Rémi remarqua son geste.

« Elle pense à sa sœur, je suis sûr que c’est ça. »

Il imagina la mort de sa sœur ou de son petit frère et se raidit de douleur, une respiration suspendue comme si son cœur lui-même s’arrêtait. Et pour une sœur jumelle ? Était-ce la disparition d’une partie de soi ? Comme l’effacement intérieur de sa propre image. Il réalisa que d’avoir conscience de la différence de l’autre renvoyait à l’image de soi, une comparaison qui dessinait sa propre cartographie. Mais si l’autre est comme moi, qui suis-je ? Et si l’autre disparaît, que reste-t-il de moi ? Il ne pouvait que tenter d’imaginer l’impensable et il devinait l’insuffisance.

« Pourquoi est-ce que la Vie propose-t-elle deux voies différentes ? Pourquoi n’établit-elle pas immédiatement la voie la plus juste ?

-Pour permettre à chacun de progresser, Tian. Il n’y a aucune fatalité mais un chemin à tracer. Dans notre Monde aussi, il nous a fallu lutter contre des dérives possibles. L’équilibre n’est jamais éternel, nous évoluons tous au bord du gouffre de nos errances. »

Jarwal, lui-même, s’était égaré, pensa Marine et l’idée l’effraya considérablement au regard de la sagesse du lutin.

Comment les humains pourraient-ils s’épargner les souffrances provoquées étant donné leur futilité chronique ? La tâche à mener lui paraissait inhumaine. Elle se souvint alors de Nasta, le Mamu des Kogis. Il avait dit que nous n’étions que des hommes et pas encore des êtres humains. Le mélange des termes était déconcertant mais elle devinait l’essentiel. Il fallait s’élever. Étions-nous capables d’y parvenir ? Et si cela s’avérait irréalisable, quelles conclusions la Vie en tirerait-elle ? Laisserait-elle la situation se dégrader ou reverrait-elle sa position ?

« La Vie a des ressources que tu ne soupçonnes pas, intervint Léontine. L’évolution des hommes n’a pas plus d’importance pour elle que celle des brins d’herbes. Et si l’évolution des hommes finit par porter atteinte à l’ensemble, la Vie s’en remettra. Sans les hommes s’ils commettent l’irréparable. »

Sans les hommes… Marine ne parvenait pas à imaginer que ça soit possible puis elle considéra qu’effectivement, au regard de la Vie, ça n’avait aucune importance. Les hommes auraient laissé passer leur chance. Et alors ? Il n’y a qu’eux qui pourraient s’en plaindre. Tentative avortée, réinitialisation du processus. La Vie continuerait sans eux.

Une terre sans hommes. Ce gâchis effroyable. Elle sentait le gouffre en elle. Elle aussi s’était perdue dans ce statut de chef qu’elle s’était attribuée, jusqu’à retarder l’intégration de nouveaux compagnons, jusqu’à ignorer le potentiel immense de ses deux frères.

Elle garda en elle l’émotion intraduisible de ce vide sans fond, une peur sourde, sans nom, un inconnu indescriptible.

Kiak proposa de sortir de la hutte et Marine s’en aperçut lorsqu’elle vit l’assemblée se lever. Elle aurait été incapable de répéter les dernières paroles de Kiak, comme si les révélations l’avaient isolée de tout. L’enchaînement des idées prenait une vitesse folle et elle songea que le Mal entretenu condamnait les hommes à la solitude, que le bonheur seul pouvait les unifier, que la lucidité nourrissait ce bonheur, que la vérité en était le socle.

« Ça va grande sœur ? demanda Léo, tu as l’air un peu paumée. C’est clair que c’est du lourd tout ça et je me demande parfois si je ne suis pas en train de rêver.

-Et moi, d’imaginer un cauchemar, répondit Marine.

-Un cauchemar ? Pourquoi ça ?

-Parce que je ne sais pas si le groupe humain a les capacités à trouver l’équilibre au bord du gouffre. »

Léo retourna la phrase intérieurement, la décortiqua et ressentit soudainement la projection qu’elle contenait.

« Jusqu’à courir le risque de disparaître ?

-Oui, exactement petit frère. »

Ils emboîtèrent le pas des compagnons. Visite des lieux. Kiak expliqua que l’exploitation des ressources naturelles se décidait communément, qu’aucune initiative personnelle contraire au clan ou à la nature n’était envisageable. Les travaux regroupaient l’ensemble de la population et rien n’appartenait à personne.

Les enfants songèrent à cet équilibre similaire des Kogis, les Peuples Premiers contre les Peuples primaires.

Ils traversèrent des zones potagères. Des claies de bois accueillaient des plantes grimpantes, des canaux dallés de pierres plates conduisaient l’eau de source vers les racines, des espaces découverts concentraient la taille des troncs pour les cadres et les charpentes des maisons, des enfants écorçaient des branches rectilignes pour les travaux des jardiniers, une cohésion rayonnante d’où émanait le bonheur du partage. Sans que la moindre intention individuelle ne prenne le pas sur l’unité du groupe. Un lutin offrit des fruits aux enfants, quelque chose qui ressemblait vaguement à des tomates. Elles étaient striées de jaune et d’orange et toutes bosselées mais leur goût était au-delà de tout ce qu’ils avaient mangé. L’impression de découvrir enfin la véritable saveur des aliments, comme si jusqu’ici, ils n’avaient eu à se nourrir que d’aliments factices.

« Il est temps de préparer votre retour, » les enfants, annonça intérieurement la voix de Léontine.

Une tristesse soudaine à l’idée de retourner là où régnait les dissensions, les jalousies, les rancœurs, la violence et la haine, les egos comme des armées solitaires, prêtes à s’unir contre d’autres groupes tout aussi égarés, sans que jamais ne transparaisse la moindre faille dans le processus d’autodestruction.

« Non, les enfants, continua Léontine, tout n’est pas aussi sombre. Pas encore. Et il ne vous sera d’aucune utilité de couvrir l’amour qui vibre en vous par des tristesses invalidantes. Vous devez rester libres d’être heureux. Vous devez trouver en vous le cheminement qui élève et ne pas créer de peurs qui figent. Si vous laissez la peur vous envahir et prendre forme, vous servez la peur et vous vous condamnez. »

Tellement de leçons à saisir, tellement de réflexions à prolonger, ils marchèrent en silence.

Reporterre : Jon Palais.

Par Le 22/12/2018

Jon Palais : « L’enjeu est la transformation collective, pas la transformation individuelle »

22 décembre 2018 / Entretien avec Jon Palais 

"Je suis un citoyen au sens propre et le rôle des citoyens aujourd’hui est d’intervenir. On n’a pas le droit d’attendre que des représentants politiques, dont on sait qu’ils sont dans un système pétri de contradictions et de compromissions, trouvent la solution."
 

      
 

Jon Palais : «<small class="fine"> </small>L'enjeu est la transformation collective, pas la transformation individuelle<small class="fine"> </small>»

Comment mener la bataille du climat ? La non-violence est-elle la meilleure méthode ? Quand tout va basculer, parviendra-t-on à orienter les choses vers la solidarité plutôt que vers les barbelés ? Ce sont les questions que pose Jon Palais, militant d’Alternatiba et d’ANV COP 21. Un entretien tourné vers l’action.

• Reporterre poursuit une grande série d’entretiens de fond avec celles et ceux qui renouvellent la pensée écologique aujourd’hui. Parcours, analyse, action : comment voient-elles et comment voient-ils le monde d’aujourd’hui ? Aujourd’hui, Jon Palais, animateur d’ANV 21.


Reporterre - Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à l’écologie ?

Jon Palais - J’ai grandi à la campagne. Je me suis toujours senti bien au contact de la nature. A l’école primaire, j’avais le cahier Panini du WWF, avec des autocollants d’animaux : les mammifères, les oiseaux... et les animaux disparus, comme le dodo. C’est la première fois où je me suis dit qu’on faisait disparaître des espèces animales.

Il y a aussi eu Tchernobyl, en 1986. J’avais sept ans. Ma mère m’a dit que ce jour-là, je me promenais tout nu sur la plage. Personne n’avait été informé que le nuage radioactif passait. Dès les années 1980, les alertes étaient très fortes, même si l’écologie était marginalisée. On parlait du trou dans la couche d’ozone, de la déforestation, de pollutions toxiques, des signaux largement suffisants pour interroger notre mode de vie et la trajectoire qu’on prenait.

« j’avais le sentiment de quelque chose d’irrémédiable. J’ai toujours eu un sentiment de gravité. »

Ces informations sur les destructions en cours, les entendiez-vous à l’école, en famille ?

A l’école, pas tellement. En famille, je n’ai pas de souvenir particulier. C’est venu par les médias. Quand on est sensible à cette question, il suffit d’avoir une alerte pour la prendre au sérieux. J’ai toujours eu un sentiment de gravité prononcé. Dès le départ, j’avais le sentiment de quelque chose d’irrémédiable. Une forêt millénaire qu’on coupe, les disparitions d’espèces, c’est irrémédiable.

Votre entourage partageait-il ce sentiment de gravité ?

Non. L’écologie apparaissait comme quelque chose de marginal. Pour moi, une des premières images de l’alerte écologique est Greenpeace. Dans les années 1990, les écolos de Greenpeace étaient marginalisés.

Comment cette imprégnation est-elle devenue une préoccupation concrète ?

En vivant en ville, à Bordeaux et à Marseille, pour mes études puis pour travailler. Au départ, je travaillais dans l’audiovisuel, un métier qui nécessite d’être en ville. Mais c’était une souffrance pour moi d’y aller. J’avais toujours l’idée de revenir à la campagne.

Comment avez-vous choisi vos études ? Aviez-vous l’idée de travailler dans l’environnement ?

Quand j’étais tout petit, oui. Après, je n’ai pas tellement anticipé. J’aimais bien le dessin, j’ai donc fait du dessin. Et à partir des arts plastiques, je suis arrivé au cinéma, puis à l’audiovisuel. C’est une série de hasards. Deux événements à peu près simultanés ont créé un déclic. En 2006, j’ai croisé un recruteur de Greenpeace dans la rue et j’ai décidé d’adhérer. J’avais environ vingt-cinq ans, lu des livres et mieux décrypté le problème. Avoir une opinion ne suffisait plus. Greenpeace symbolisait pour moi une forme de radicalité : des actions directes non violentes, où l’on s’interpose, où l’on est directement à l’endroit du problème.

Au même moment, j’ai vu le film de Richard Attenborough sur Gandhi. Ce fut pour moi le premier choc de compréhension de ce qu’est l’action non-violente. J’étais allé à Greenpeace sans savoir qu’ils sont non-violents. C’est après que j’ai découvert à quel point c’est une valeur fondamentale chez eux. A Greenpeace, j’ai participé à beaucoup d’actions qui m’ont permis d’acquérir des expériences de non-violence.

Quel type d’actions ?

Bloquer des trains de déchets radioactifs, entrer dans des centrales nucléaires… Une action qui m’a marqué a été le déversement de charbon devant le ministère. C’était en 2008, Jean-Louis Borloo était ministre de l’Écologie. On a déversé du charbon devant l’entrée et on s’est mis sur le tas avec des systèmes de blocage. Quand les policiers sont arrivés, il y a eu un long face-à-face. Nous étions une dizaine en ligne sur notre tas de charbon. Les policiers étaient en rang.

« Quand les policiers sont arrivés, il y a eu un long face-à-face. »

On portait des masques à poussière, pour mettre en scène le fait que le charbon est sale. Ça a eu un effet imprévu. Le face-à-face s’est transformé en combat de regards. Normalement, dans ce type d’action, quand on ne peut pas parler aux gens à qui on fait face, on essaie d’avoir un contact visuel. Mais avec le masque, c’était compliqué parce que mon visage était coupé en deux. J’en voyais un ricaner, chuchoter à son collègue. On sentait qu’ils se disaient : « Ils vont voir ce qu’ils vont voir ».

Pourquoi essayiez-vous d’établir un dialogue avec eux ?

Cette action n’était pas contre les policiers. Ils ne sont pas le problème. Par contre, on va être en confrontation avec eux vu que leur boulot est de rétablir l’ordre qu’on perturbe. Nous devons désamorcer ça, décaler les choses pour qu’ils ne nous perçoivent pas comme LE problème.

Quand ils ont reçu l’ordre de nous sortir, ils nous ont couru dessus alors qu’ils étaient à cinq mètres. Ils se sont cassés la figure sur nous parce que les bouts de charbon étaient ronds et qu’ils étaient arrivés en tenue anti-émeute alors que nous étions attachés ! Ça m’a fait glisser en arrière, ça devenait dangereux parce que j’avais les bras coincés dans les tubes en métal. J’ai dit : « Attention à nos bras, on est attachés, vous risquez de nous blesser. » L’un d’eux a éclaté de rire et a dit un truc du style, « c’est le pompon ». Globalement, l’idée c’était : « Déjà qu’ils bloquent et en plus il faudrait faire attention à eux ! » Alors que si, bien sûr ! Ce n’est pas parce que on désobéit qu’on n’a plus aucun droit !

On a continué de parler avec eux. Au début, ils ne nous écoutaient pas. Ils essayaient d’enlever nos bras. Ils ont vu qu’ils ne comprenaient pas le système, ils ont fini par écouter ce qu’on leur disait. On leur a expliqué qu’on ne leur dirait pas le système de blocage, parce qu’on voulait rester là le plus longtemps possible, tant qu’on n’avait pas de réponse du ministère. Une sorte de dialogue s’est installé. Ils ne l’ont pas mal pris, du moment qu’on expliquait ce qu’on faisait sans agressivité à leur égard.

Comme les tubes en métal étaient trop compliqués à défaire pour eux, ils ont voulu nous porter tous en même temps jusqu’au bus de police. Leur chef faisait super attention à nous, il n’arrêtait pas de dire « attention, lui, son bras plus haut, ne leur faites pas mal ». Il y avait eu un retournement de situation : ils étaient arrivés en nous voyant comme leurs ennemis et ça s’est terminé par une forme de coopération. On n’allait pas les aider à nous déloger, mais on n’allait pas non plus se débattre, on n’allait pas les taper. Une fois qu’ils ont compris ça, ils se sont donnés pour objectif de ne pas nous blesser.

« Le climat conditionne tellement les autres batailles qu’il s’agit d’un axe central. Pas plus important, mais central et global. »

Comment êtes-vous passé de Greenpeace à Alternatiba ?

Je déménageais souvent. Quand je suis retourné vivre au sud des Landes, à la frontière du Pays basque, début 2011, il n’y avait pas de groupe local de Greenpeace. J’ai découvert Bizi sur internet, c’était l’association qui ressemblait le plus à Greenpeace. Je l’ai donc rejointe. A Greenpeace, je voyais le climat comme une campagne comme les autres. A Bizi, le sentiment d’urgence est beaucoup plus vif. L’ADN de Bizi, c’est l’écologie et la justice sociale, et le lien entre le local et le global. J’y ai pris conscience que le climat conditionne tellement les autres batailles qu’il s’agit d’un axe central. Pas plus important, mais central et global. A travers le climat, on peut militer sur plein d’autres choses.

A ce moment, il n’y avait plus de mobilisation citoyenne pour le climat. Elle était retombée après la conférence sur le climat de Copenhague en 2009. Bizi est né de la mobilisation à Copenhague, dans l’optique de traduire ce message global sur des chantiers locaux. Par exemple, à travers une politique de transports collectifs, de pistes cyclables, de monnaie locale. Dans une logique altermondialiste où l’on fait partie d’un mouvement global. Sauf qu’en 2012, il n’y avait plus de mouvement global ! Réussir la transition au Pays basque, si elle n’est pas réussie ailleurs, n’avait aucun sens.

On s’est dit qu’il manquait une stratégie globale. On a posé la question aux Amis de la Terre, à Attac, au Réseau action climat, à Greenpeace. Ils ont répondu que non, il n’y avait pas de stratégie (rires).

Il fallait construire quelque chose qui continuerait quels que soient les résultats de la COP de 2015 à Paris. Il y avait quelque chose à rectifier par rapport à Copenhague, où l’idée dominante avait été de manifester et de s’en remettre à la décision des politique. Ce qui explique l’énorme déception après. Alternatiba est né de cette réflexion. Le village des alternatives a été conçu comme un déclencheur de ce mouvement. Et ça a fonctionné. Je me suis occupé de ce village des alternatives avec d’autres personnes. Puis trois, quatre, cinq groupes ont commencé à organiser leurs propres villages des alternatives à Nantes, Lille, Bordeaux. Un réseau était en train de naître.

Comment s’est passée la bascule de Greenpeace, où vous faisiez des actions de dénonciation, à Alternatiba qui met en avant des alternatives ?

Concernant Greenpeace, il faut nuancer : leur slogan était déjà « les solutions existent ». A chaque fois qu’ils dénoncent, ils ont une expertise et une contre-proposition. Mais il est vrai qu’historiquement, ils se sont construits sur l’alerte. Alternatiba a répondu à une attente très forte. Les gens étaient tétanisés, rongés par les mauvaises nouvelles. Alternatiba leur a porté un message extrêmement positif qui a permis à beaucoup de commencer à s’engager. Mais moi, je n’avais connu aucun changement intérieur. C’étaient des choix stratégiques. Je choisis mes cibles en fonction de critères stratégiques, pas par passion.

Quels soubassements intellectuels, quels livres ont nourri votre réflexion ?

C’est en agissant avec Greenpeace que j’ai commencé à me poser des questions de stratégie. A Greenpeace, un gros travail d’expertise sur les campagnes est mené, mais aussi un travail de stratégie. Il y a des actions que l’on peut réussir d’un point de vue technique, et qui n’ont pas d’effet politique. Par exemple, un jour, on a bloqué le chantier de l’EPR de Flamanville. Juste après le début du blocage, une nouvelle est tombée : la mort de Ben Laden. Notre action ne servait à rien ! Pourtant, on avait réussi à tout bloquer. Certes, c’est le genre d’événements qu’on ne peut pas anticiper. Mais une action menée le mauvais jour n’est pas stratégique.

Exemple inverse : on voulait bloquer des trains de déchets nucléaires à la frontière belgo-néerlandaise. Mais les policiers étaient au courant, il y en avait partout, et on n’avait pas eu le temps de se verrouiller qu’ils nous embarquaient déjà. Les trains de déchets nucléaires sont passés tranquillement. Sauf qu’on a eu écho médiatique très important et très favorable en Belgique. Voilà donc une action ratée qui, stratégiquement, avait réussi.

Comme on n’est qu’une poignée d’activistes et que la nature est attaquée de partout, il faut viser juste. On ne peut pas se permettre de faire des actions qui ratent, ou de mettre vachement d’énergie sur des objectifs qui ne sont pas les bons.

J’ai étudié Gandhi, Martin Luther King et Srdja Popovic. Il y a un site internet, Canvasopedia, plein de ressources sur la stratégie non-violente. J’ai aussi été inspiré par le mouvement des étudiants serbes Otpor, l’étincelle qui a conduit à l’arrestation de Slobodan Milosevic. Ils ont appliqué les théories de Gene Sharp, qui a beaucoup théorisé la stratégie non violente et écarte de son analyse les arguments moraux – à la différence de Gandhi ou Martin Luther King. Otpor les a appliqués avec succès et reformulés sous la forme d’un manuel, La lutte non-violente en cinquante points.

Pourquoi avez-vous lancé ANV-COP21 ?

D’abord, pourquoi Alternatiba ? Beaucoup de militants écolos avaient arrêté de mobiliser sur le climat, parce qu’ils étaient arrivés au diagnostic que c’est un problème abstrait, global, technique, qui semble impalpable par les gens. En plus, c’est tellement angoissant que ça tétanise ceux à qui on arrive à l’expliquer. Donc on n’activait que des leviers de paralysie.

Il fallait remédier à ces obstacles. Plutôt que de parler du climat d’une manière abstraite et négative, le faire d’une manière positive et concrète. Transformer le centre-ville en village des alternatives au changement climatique permettait de dire aux gens que le climat, c’est l’agriculture à travers la nourriture qu’ils mangent, le vélo, l’énergie, la réparation, la relocalisation... Et les aider à avoir prise sur le problème par l’angle positif des solutions.

Mais à l’approche de la COP21, on ne pouvait pas rester seulement sur un message positif. D’où ce qu’on a théorisé, qu’il faut marcher sur deux jambes, les alternatives et la résistance. Le débat au sein d’Alternatiba a duré deux ans, pour que les gens voient la complémentarité des actions d’opposition et des actions d’alternatives, et non les contradictions.

ANV-COP21 est donc né d’une discussion interne à Alternatiba.

Au printemps 2015, on voyait s’approcher la COP et on s’est dit que le débat ne se conclurait pas avant. C’est pour cela qu’on a lancé un autre mouvement, ANV-COP21, pour mener des actions. Puis Alternatiba a décidé de mener aussi des actions non-violentes. Comme on avait beaucoup de militants en commun, on a jumelé les deux mouvements en 2016 pour ne pas faire double emploi.

Pourquoi le choix stratégique de la non-violence ?

Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise stratégie en soi, ça dépend de l’objectif. Qu’est-ce qui est le plus efficace entre une scie et une casserole ? Ça dépend si on veut couper du bois ou faire chauffer de l’eau.

Notre diagnostic est qu’il faut un changement complet du système. Il y a deux raisons que cela se fasse par un mouvement de masse : pour le rapport de force et pour la justice sociale. Ce ne sont pas seulement des intellectuels qui doivent le théoriser, des politiques qui doivent prendre des mesures courageuses, des multinationales qui doivent ajuster des trucs ; on doit changer de mode de vie.

La stratégie non-violente nous semble la plus adaptée pour favoriser l’émergence d’un mouvement de masse. Parce que nos sociétés condamnent la violence. Tout le monde est offusqué par la violence, des hommes sur les femmes, des riches sur les pauvres, des humains sur les animaux, etc. Donc la non-violence est une garantie de légitimité aux yeux de la majorité de la population.

Si la violence sert à exercer un rapport de domination, la non-violence signifie-t-elle le refus d’exercer un rapport de domination ?

J’essaie d’éviter d’expliquer ce qu’il y a de contre-productif dans la violence parce que ça agace toujours des gens, et que je ne veux pas les contrarier ou expliquer ce qu’il ne faut pas faire. Mais on voit avec quelle facilité un gouvernement instrumentalise la violence, ou la contre-violence. Quand on mène des actions violentes, il est facile pour le gouvernement d’occulter le message politique des actions, de le réduire à leur caractère violent et de criminaliser le mouvement. Le gouvernement a beaucoup plus de moyens de violence que nous. Si l’on va sur ce terrain, s’ils ont envie de t’arrêter ils t’arrêtent, s’ils ont envie d’infliger trois mois de prison ferme, ils les mettent, s’ils ont envie de perquisitionner, ils perquisitionnent !

Dans la stratégie non-violente, tu essaies que ce soit toi qui pièges ton adversaire, que la bataille se déroule sur un terrain que tu maîtrise mieux. Par ailleurs, la non-violence permet à plein de gens d’entrer dans la lutte. Agir de manière violente est intimidant pour la plupart des gens. La non-violence est plus accessible.

« Même si l’on arrive à manier la violence à son avantage, on conforte la logique de la violence. »

Enfin, Gandhi disait que la fin est dans les moyens comme l’arbre est dans la semence. Si l’objectif est de former une culture de non-violence, cela ne se construit pas avec des actions violentes. Même si l’on arrive à manier la violence à son avantage, on conforte la logique de la violence. Qui est une logique de négation de l’humanité de l’autre, de domination, d’oppression.

Il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de 3 % par an au niveau mondial pour être en 2050 à moins de 1,5 °C de réchauffement par rapport à l’ère pré-industrielle. En 2018, comme en 2017, on est à + 2 %. Comment faire face à un système qui continue avec toute sa puissance dans la destruction de l’environnement ?

Le système n’est pas durable. Il dysfonctionne de tous les côtés. On pollue tout, les injustices se creusent, les démocraties sont en crise, on commence à être impactés par les catastrophes écologiques, la finance part en vrille et une nouvelle crise économique se prépare. Donc une chose est certaine, ça ne va pas rester comme ça.

La déstabilisation croissante du monde va-t-elle favoriser la solidarité ou les barbelés ? Comment fera-t-on quand le jeu sera renversé sur la table, pour arriver à ce que les choses se reconstruisent de manière écologique et solidaire et pas avec plus d’extrême-droite, de néolibéralisme et d’oligarchie ?

Là, on est à 1,1 °C de réchauffement. D’après ce que j’ai étudié, en coupant les robinets des émissions de gaz à effet de serre tout de suite, avec l’inertie, on sera à 1,4 °C. Ce qui veut dire que géophysiquement on peut rester sous 1,5°C ! C’est d’une énorme complexité d’un point de vue socio-économique et politique. Mais ce n’est pas impossible.

Le dérèglement climatique est déjà dramatique et tout seuil d’aggravation sera dramatique. 1,5°C sera bien pire que 1,1°C, 2°C sera pire mais 1,6°C, 1,7°C, 1,8°C aussi. On vit avec l’idée que chaque dixième de degré compte et que chaque action, chaque effort qu’on fait, chaque limitation même insuffisante, a du poids. Quand on empêche une centrale à charbon, un projet de gaz de schiste, qu’on maintient dans le sol des énergies fossiles, on participe à la limitation. Insuffisante, mais est-ce que c’est parce que c’est insuffisant qu’il ne faut plus le faire ? Non !

Ces questions nous travaillent énormément. Ce qui nous fait tenir, c’est qu’on n’est jamais seul. Alternatiba et ANV ont des formes très horizontales où l’on développe beaucoup les polyvalences. Les gens changent souvent de rôle, ils vont faire de la communication, de la logistique, de la stratégie, ils participent aux décisions politiques. Le sentiment collectif est très fort. On n’est pas les mêmes quand on vit collectivement l’urgence, la gravité, la répression que quand on les vit tout seul.

Il est très important de comprendre ça, parce qu’affronter tous les jours le problème de la fin du monde, c’est horrible. Nous-mêmes, quand on fait des conférences, des formations, on est toujours autant ébranlé par ce qu’on dit. C’est tellement inhumain, le moment est tellement extraordinaire à l’échelle de l’histoire de l’humanité que c’est quasiment impossible à intégrer. C’est une énorme violence et c’est la force collective qui permet de vivre avec ça. Sinon, on s’effondre.

Comment cette préoccupation pour l’avenir se traduit-elle dans votre vie quotidienne ?

Depuis quelques années, le militantisme prend tout dans ma vie. Je ne pense pas que ce soit possible très longtemps. Mais ça a été possible beaucoup plus longtemps que ce que je pensais au départ. J’ai toujours cru que j’allais pouvoir me reposer dans six mois. Depuis cinq ans... (rires).

Il y a plein de contradictions. C’est comme faire des actions pour la réduction du temps de travail : il faut que tu travailles plus pour faire passer le message politique qu’il faut travailler moins. C’est ça, le militantisme. On est pour un mode de vie où les gens peuvent prendre le temps de vivre et on ne le fait pas (rires). Ça fait longtemps que je suis végétarien, j’achète mon électricité à Enercoop, les légumes sont produits localement, le compte bancaire est à la Nef, etc. J’essaie d’être au maximum en cohérence.

Mais il y a des choses sur lesquelles c’est plus compliqué. J’habite à la campagne, j’ai une voiture, ça pollue. Pour faire l’entretien d’aujourd’hui, j’ai pris la voiture pour aller à la gare. Je viens à Paris pour participer à des réunions dont j’espère qu’elles vont faire bouger les choses. J’espère que ce qu’on fait va permettre de réduire davantage les émissions de gaz à effet de serre que ce qu’on émet pour le faire. Parce que tout a une empreinte écologique. On est souvent l’objet des procès de gens qui nous disent « Vous nous demandez d’être écolo mais vous avez une voiture, votre truc est en plastique », etc. Comme si l’on venait d’une autre planète !

Mais qu’est-ce que ça change à la trajectoire du monde que je réduise encore plus mon empreinte carbone ? Le plus important dans notre mode de vie, c’est notre engagement politique. L’enjeu est dans la transformation collective, pas dans la transformation individuelle ni la somme des transformations individuelles. On a un changement d’échelle à faire. Donc il faut trouver des effets de levier, il faut changer les choses en masse. Les efforts personnels ne pèseront rien dans la balance dans quinze ans par rapport à ce qu’on aura réussi à infléchir ou pas dans les politiques nationale, internationales.

« Je suis un citoyen au sens propre et le rôle des citoyens aujourd’hui est d’intervenir. »

Les militants d’aujourd’hui, on devrait juste les appeler des citoyens. Au sens premier du terme, le citoyen est la personne qui s’implique dans la vie de la cité. Aujourd’hui, le mot est dénaturé parce qu’on a l’impression qu’on parle d’un usager de la démocratie. Comme si la démocratie était un fonctionnement établi une fois pour toutes dont nous serions des sortes de consommateurs. On a des droits, comme celui de voter, qui est quelque part le contraire de la démocratie parce qu’au lieu d’exercer le pouvoir on le délègue ! Sans moyen de contrôle, de révocation. On a tiré tellement loin ce système démocratique qu’il en devient quasiment le contraire de son idéal.

Je suis un citoyen au sens propre et le rôle des citoyens aujourd’hui est d’intervenir. On n’a pas le droit d’attendre que des représentants politiques dont on sait qu’ils sont dans un système pétri de contradictions et de compromissions qu’ils trouvent la solution.

  • Propos recueillis par Hervé Kempf et Émilie Massemin

Une autre voix.

Par Le 22/12/2018

ou une autre voie. Peu importe. Ce qui compte, c'est l'engagement.

 

Clément Choisne lors de son discours à la remise des diplômes à l'Ecole Centrale de Nantes, le 21 décembre 2018 / © Capture Youtube
Clément Choisne lors de son discours à la remise des diplômes à l'Ecole Centrale de Nantes, le 21 décembre 2018 / © Capture Youtube

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Lors de la remise des diplômes fin novembre à Centrale Nantes, Clément Choisne, l'un des ingénieurs fraîchement diplômé, a surpris par son discours pour le moins non conforme.

Par Fabienne Béranger 

"Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas", c'est en citant Albert Camus que Clément Choisne, 24 ans, débute son discours de remise de diplôme.

Cette citation peut paraître pessimiste, le discours de Clément ne l'est pas.

D'un ton calme et posé, le jeune homme, qui a intégré Centrale de Nantes en 2014, se souvient "avec amusement" du discours d'entrée du directeur de l'école, "il nous invitait à prendre la parole, à donner un rôle, un vrai, à l'ingénieur dans notre société, à faire entendre notre voix".

"Je la prends aujourd'hui la parole pour vous dire que je pense que vous vous trompez sur la vision que vous avez sur la transition écologique et les moyens que vous y attribuez", 
lance le jeune homme invité à la tribune pour se voir remettre son diplôme.

Discours Clément ChoisneQuinze jours après ce moment largement partagé sur les réseaux sociaux, 43 000 vues sur Facebook depuis mardi, Clément revient sur son discours, sa vision de l'avenir, son parcours...

"Ça été très bien reçu par la salle", explique Clément Choisne, "après la cérémonie de nombreux élèves et parents sont venus me voir pour me féliciter et me remercier de cette prise de parole.".

Car si Clément a fait ce discours c'est parce qu'"il y a des choses qui ne sont jamais remises en cause dans nos études d'ingénieur",explique le jeune diplômé originaire du Mans, 
"notamment la remise en cause d'un modèle qui crée des élites qui devront trouver des solutions sans jamais se demander si les solutions que l'on trouve sont pérennes, durables et égalitaires pour la société".

Clément reconnaît cependant que Centrale Nantes agit dans le domaine "du développement durable ou de la transition énergétique" comme l'éolien offshore.

C'est bien de trouver des solutions techniques mais, sur un problème, comme l'énergie, si on ne se questionne pas sur la sobriété énergétique on arrivera jamais à résoudre le problème.

"Car une énergie, aussi renouvelable qu’elle vous soit présentée, ne le sera plus si elle doit compenser l’intégralité des besoins qui reposent aujourd’hui sur les énergies fossiles. Il faut avant toute chose penser à la réduction drastique de notre demande énergétique (sobriété énérgétique) et je n’ai que trop peu entendu ce message dans le cadre de ma formation".

 

"L'école m'a permis de me poser un certain nombre de questions"



Parallèlement, à "cette voie royale qu'on nous présente quand on est enfants", "il y a des remises en question, la situation de notre société et les impasses dans lesquelles on nous met par rapport à notre métier d'ingénieur",  poursuit Clément.

"L'école m'a permis de me poser un certain nombre de questions, d'aller voir par moi-même, d'avoir des expériences dans le monde du travail et notamment dans le développement durable"

Les possibilités qui s'offrent aujourd'hui à Clément, comme celle d'intégrer une grande entreprise et d'en tirer d"'importantes rémunérations" ne le satisfont pas "parce qu'elles sont pour moi décorrélées des actions à mener pour résoudre les problèmes qui se posent aujourd’hui"

"A toujours être dans le compromis, on renie ses idées, ses valeurs."

"Je ne pense pas que le changement puisse venir de l'intérieur de ce système d'entreprises qui ont des modèles d'affaire fortement carbonés", explique Clément Choisne, "il y a toute une société alternative qui est en train de se monter par des solutions qui ont un sens", "avec des initiatives locales".

"De votre fournisseur d’énergie à la manière dont vous vous déplacez ou encore la manière dont vous faites vos courses, tout est à repenser et des structures implémentent d’ores et déjà des solutions comme la Tricyclerie, O’bocal ou encore Biocoop et des milliers d’autres au niveau national"

 

"Prêts à questionner notre zone de confort pour que la société change profondément​​​"


Et Clément n'est pas seul à vouloir faire bouger les lignes. Ils sont près de 30 000 étudiants d'écoles et grandes écoles à avoir signé un manifeste 
"pour un réveil écologique" dans lequel ils s'alarment de voir que "nos sociétés continuent leur trajectoire vers une catastrophe environnementale et humaine".

Dans ce manifeste, les étudiants se disent "prêts à questionner (leur) zone de confort pour que la société change profondément", "à s'engager pour ne pas aller travailler dans ces entreprises qui nous étaient promises, ces grands postes", explique le jeune diplômé.

Il se verrait bien à présent embrasser une carrière dans les médias ou encore la politique "à l'échelle locale", "mais c'est encore très flou".

En attendant, Clément a trouvé un poste de professeur contractuel de physique-chimie dans un lycée nantais.

Le Tantra : art de vivre

Par Le 22/12/2018

 

Roger-Michel Berger : « Le tantra, ce n’est pas que du sexe »

 

Qui dit tantra, dit sexe, pense-t-on souvent. Et la promesse d’une sexualité sacrée, de massages érotiques, ou encore de techniques pour avoir plus de plaisir… Mais cette philosophie n’ouvre pas uniquement la voie à une sexualité différente. Elle constitue aussi un véritable chemin de développement personnel. Un voyage vers soi. Initiation avec Roger-Michel Berger, auteur de Le Tantra, un art de vivre, un art d’aimer.

Propos recueillis par Margaux Rambert

« Le tantra, ce n’est pas que du sexe »

© iStock

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En France et en Occident, on associe le tantra au sexe. Pourquoi ?

 

Roger-Michel Berger : Parce que les médias et certains organisateurs de stages ont véhiculé cette idée-là. Le massage tantrique est notamment très à la mode dans le monde de la prostitution. Mais si vous regardez les textes anciens, par exemple le Vijñâna Bhairava, sur les 112 pratiques de tantra, il n’y en a que trois qui parlent de sexe.

En quoi le tantra dépasse-t-il le champ de la sexualité ?

 

Roger-Michel Berger : Le tantra est un art de vivre. Une philosophie, une voie spirituelle laïque. Le mot sanskrit tantra veut dire « tissage ». Et « texte, livre ». Une des notions clés est ce qu’on appelle, toujours en sanskrit, le spanda. C’est-à-dire la vibration, le frémissement de la vie. Pour pouvoir le ressentir, il faut être vraiment dans la présence. Grâce, notamment, à la méditation. Le tantra est aussi un chemin vers soi-même. Il aide à prendre conscience de qui l’on est, de ses faiblesses, de ses ombres aussi. A se libérer de ses peurs et de ses blocages. C’est une voie de développement personnel. 

Chez certains, le tantra a mauvaise presse : pour ses détracteurs, il serait même dangereux et synonyme de laisser-aller sexuel, de débauche…

 

Roger-Michel Berger : En quoi est-il dangereux de devenir amoureux de la vie ? Le tantra aide à augmenter son potentiel, à avoir moins peur… Certes, certains font du tantra car ils n’ont pas encore vécu vraiment leur sexualité. Alors ils ont besoin de cela. Mais c’est un tout début. Dans le tantra, on souligne la noblesse du corps. Le sexe fait partie du tout. C’est une force de vie incroyable.

C’est pour cela que dans les temples indiens, il y a des représentations de gens qui font l’amour dans toutes les positions possibles. L’idée n’est pas d’exciter. Mais celui qui est éveillé va se réjouir de cette image de la sexualité. En fait, le sexe peut être un point de départ : on peut ressentir des choses magnifiques. Et si on continue dans cette voie, on peut aller plus loin. Et arriver alors à l’éveil, un état de méditation et de présence permanente.

Concrètement, en quoi consiste cet art de vivre au quotidien ?

 

Roger-Michel Berger : Un travail essentiel concerne la respiration. C’est la méditation fondamentale. Nous respirons environ toutes les quatre secondes, soit 21 600 fois par jour. Mais nous n’en avons pas conscience. Sauf lorsque nous sortons du bureau et que nous prenons une bouffée d’air, par exemple. Ensuite, il y a tout un travail sur ses limites, sur l’espace. La méditation peut vous rendre poreux. Vous pouvez laisser tomber les frontières de votre corps. Et ainsi vous ouvrir davantage aux autres et ne faire plus qu’un avec l’univers.

Il vous est sûrement déjà arrivé de ressentir cela : un instant d’éternité. Que cela soit en faisant l’amour, en contemplant un beau paysage, en entendant une belle musique… Ces petits instants sont des clins d’œil du divin. Une pratique consiste à les cultiver. Dans ces instants-là, nous ne sommes plus séparés du tout. C’est ce que l’écrivain Romain Rolland, dans une lettre à Freud, appelait « le sentiment océanique ».

En quoi le tantra est-il aussi un art d’aimer ?

 

Roger-Michel Berger : C’est un art d’aimer car on parle aussi de sexe (mais pas que !). Quand on pense sexualité, on pense tout de suite à mettre les sexes ensemble et à bouger beaucoup. A avoir un orgasme, si possible plusieurs, et si possible en même temps. Mais on peut aussi faire l’amour en se regardant dans les yeux.

Le tantra est loin de toute logique de performance. On devient d’ailleurs véritablement orgasmique au moment où l’on n’a plus l’objectif de l’orgasme. C’est à ce moment-là que le corps s’ouvre, et que la jouissance nous tombe dessus comme une grâce. Le tantra nous conseille par exemple de rester dans l’espace entre l’excitation du début et l’orgasme. C’est un espace extraordinaire à explorer. Mais cela suppose d’avoir une sexualité différente, plus féminine.

En quoi cette sexualité est-elle plus féminine ?

 

Roger-Michel Berger : Il y a moins d’activité, plus de détente… Ce n’est pas comme dans les films pornographiques où les gens n’arrêtent pas de bouger et d’avoir des orgasmes à répétition. Là, il s’agit de mettre les sexes ensemble, car ils ont leur intelligence propre. Avec tout ce que nous avons appris – ou pas – sur la sexualité, nous faisons faire à nos organes sexuels des choses dont ils n’ont pas forcément envie. Si nous mettons nos sexes ensemble et que nous les laissons faire, c'est-à-dire que nous restons simplement « l’un dans l’autre », nous pouvons alors développer des sensations beaucoup plus subtiles, délicates, qui sont délicieuses à explorer. Le sexe devient une méditation. Le matin, un couple peut très bien « se mettre ainsi ensemble » dix-quinze minutes. Et profiter des subtiles énergies qu’il aura échangées toute la journée durant.

Quelle est la différence entre le tantra et ce que l’on appelle le néo-tantra ?

 

Roger-Michel Berger : Le néo-tantra est un tantra qui a été adapté à l’Occident. Pour un Oriental, méditer en restant assis deux heures ne pose pas de problème. Pour les Occidentaux, davantage. On a donc développé des méditations actives où l’on fait travailler le corps, comme ça le mental peut se reposer un peu. L’autre apport du néo-tantra, c’est le côté social, le travail en groupe. Celui-ci apporte un champ d’énergie, car les gens sont soutenus par le groupe. Ca aide aussi dans le travail sur les émotions.

Vous organisez des stages pour les couples. En quoi consistent-ils ?

 

Roger-Michel Berger : On n’apprend pas à l’école à être en couple. L’idée, c’est de donner aux couples qui viennent en stage des clés pour cultiver leur relation. De les aider à (ré)apprendre à se regarder, à mieux communiquer, notamment par le toucher. Par exemple, on considère souvent que le massage est un préliminaire à une relation sexuelle. Sauf que dans ce cas, on n’est plus dans le présent, mais dans le futur. L’idée, c’est au contraire d’apprendre à masser sans objectif. D’être vraiment dans la présence. Dans le don.

Qu’est-ce que le tantra vous a apporté à vous-même ?

 

Roger-Michel Berger : Cela fait vingt-cinq ans que je pratique et plus de douze ans que j’enseigne. Grâce au tantra, je suis bien dans ma peau. J’ai également acquis une meilleure compréhension de ma femme et de comment vivre à deux. Ainsi que des outils pour être en couple dans la durée. Le tantra m’a également apporté plus de plaisir dans ma sexualité et une meilleure compréhension de la sexualité de la femme... 

Comment s’initier au tantra ? Reconnaître les vrais des faux maîtres ?

 

Roger-Michel Berger : Ce qui est fondamental, c’est le respect de soi-même. Il y a des gens qui ont de la peine à poser leurs limites. La première chose à faire, c’est donc de tester les gens qui veulent vous donner une formation de tantra : serez-vous obligé de faire toutes les pratiques ? Pour nous, il est évident que personne ne l’est. On a toujours dans notre salle un « coin bleu ». Quand quelqu’un trouve qu’une pratique dépasse ses possibilités, il peut aller dans ce coin. Il nous est arrivé de récupérer des personnes qui s’étaient retrouvées dans des stages de sexualité de groupe, ce qui est bien plus de l’ordre de la partouze que du tantra. Au début, ils ne voulaient plus entendre parler de tantra. Le mieux, c’est donc aussi de récolter des témoignages de personnes qui ont déjà participé au stage qui vous intéresse.

Tantra : trois exemples de pratiques, issues du livre de Roger-Michel Berger : "Le Tantra, art de vivre, art d’aimer" (Guy Trédaniel).

Pratique : accueillir la journée

" Le matin, en te levant, prends le temps de te mettre à la fenêtre, sur le balcon ou dans le jardin. Relâche tes épaules, laisse tes bras ballants le long du corps puis ouvre les paumes vers l’extérieur, dans une posture d’accueil. Prends un temps pour accueillir cette toute nouvelle journée de vie, cette journée unique.

Prends conscience que tu ne l’as encore jamais vécue et que tu ne la vivras plus jamais. C’est une journée toute neuve.

Ce mouvement d’ouverture des paumes, tu peux aussi le faire tout au long de la journée. Ce geste extrêmement simple ouvre la poitrine et redresse le corps. Ainsi, tu es dans une posture d’ouverture et d’accueil."

Pratique : la salutation du cœur

"Asseyez-vous l’un en face de l’autre, par exemple sur un coussin, à une distance qui vous permettra de vous incliner jusqu’à ce que vos fronts se touchent.

Commencez par vous regarder avec gentillesse. Lorsque vous vous sentez prêts, en regardant votre partenaire, joignez les paumes de vos mains en touchant le sol. Levez vos mains ainsi jointes, amenez-les jusqu’à votre cœur en inspirant. En gardant les mains jointes au niveau de votre cœur, inclinez-vous en avant, en expirant et en regardant votre partenaire dans les yeux, jusqu’à ce que vos fronts se touchent délicatement. Restez un instant ainsi, les yeux dans les yeux avec un sentiment de respect pour l’autre. Puis en inspirant, relevez-vous, tout en gardant le contact avec les yeux et en expirant, laissez vos mains jointes redescendre jusqu’au sol.

Vous pouvez à présent vous dire une parole honorant votre partenaire, par exemple « Je t’honore comme un aspect du divin ».

Vous pouvez aussi imaginer pendant cette salutation que vous prenez l’énergie de la terre en inspirant et l’amenez à votre cœur et qu’à la fin, vous redonnez, en expirant, l’énergie à la terre."

Pratique : la méditation du non faire

Prévoyez une demi-heure à une heure pour cette pratique que vous pouvez faire avec vos vêtements. Faites-vous une salutation du cœur. Installez-vous tête-bêche, les jambes en ciseaux, de manière à ce que vos sexes se touchent. Trouvez la position la plus confortable possible pour chacun. Puis restez ainsi en ne faisant rien, strictement rien.

Ne cherchez pas à vous exciter ou à exciter l’autre, ne faites aucun mouvement. Soyez totalement dans le ressenti. Sentez l’énergie de l’autre dans votre sexe, sentez sa chaleur se développer à l’intérieur de vous.

Terminez par une salutation du cœur.

Une variante consiste à pratiquer cette méditation dans un hamac. Ainsi, vos poids auront tendance à vous joindre l’un contre l’autre.

Vous pouvez aussi pratiquer cette méditation en pénétration, le sexe de l’homme à l’intérieur de la femme. Mais là, il faut veiller à ne pas partir dans l’excitation, mais rester totalement détendus pour vraiment goûter la saveur de cette pratique.

Pour aller plus loin 

==>  Êtes-vous prêt(e) pour le sexe tantrique ?

Dans notre quête d’épanouissement sexuel, les traditions orientales ont le vent en poupe, avec un fort engouement pour le tantra. Une philosophie de vie qui est aussi une voie vers une sexualité différente, un chemin vers l'extase. Pour savoir si vous êtes prêt(e) à expérimenter cette vision unique du désir, de l’union et de l’orgasme, faites le point sur votre rapport à la sexualité et découvrez ce que le tantra pourrait vous apporter ! Peut-être êtes-vous plutôt un(e) tantrika en « herbe » ou bien confirmé(e).


 

"La plume fragile"

Par Le 22/12/2018

Un blog de réflexions diverses et de textes qui me plaisent, des échanges qui permettent d'approfondir les réflexions.

Que du bonheur.

 

Cher Thierry,

J’ai beaucoup repensé à ces échanges que nous avons eus — les méninges s’agitaient et trottaient comme un petit shetland dans son manège — pendant que je m’affairais chez moi et « en dehors de chez moi » (foutues courses de Noël — si seulement c’était vrai, si seulement c’était l’homme qui porte ce nom qui pouvait réellement s’en charger). Il se fait que ce petit calvaire de saison m’a fait découvrir un livre dont la couverture ne manque pas d’attirer le regard; ce livre s’intitule Ma Carte des merveilles (de Caspar HENDERSON, ed. Les belles lettres). Figure-toi que je l’ai acheté en même temps que Hors de moi, pensant l’offrir (de la part du Père Noël bien sûr…). Finalement, me retrouvant bien mal en peine et désarmée face à l’anorexie de C. Marin, et surtout après nos discussions au sujet de la conscience et la méta-conscience dans tous ses états (en soi, hors de soi), j’ai défait l’emballage de cette Carte des merveilles (réalisé avec soin par un lutin) et j’ai commencé à la lire. Il fallait se rendre à l’évidence, un ouvrage pareil (« convoquant la philosophie, l’art, la théologie mais aussi l’histoire naturelle et la recherche scientifique la plus actuelle ») ne pouvait que me plaire et surtout être bien plus captivant que celui de C. Marin. Et je ne crois pas si bien dire ! (ça fait un peu prétentieux dit comme ça, mais ce n’est pas grave, c’est pour la formule). C’est d’ailleurs un livre qui plairait sans doute bien à mon Corbot sur son érable perché qui tient en son bec toujours une plume affûtée.

Dans son introduction, l’auteur s’interroge sur la définition des mots « merveille » et « émerveillement », et il cite un certain philosophe, Martyn Evans, qui parle de l’émerveillement comme suit :

une attention altérée, irrésistiblement intensifiée, pour quelque chose que nous reconnaissons immédiatement comme important – quelque chose dont l’apparition engage notre imagination avant notre entendement, mais que nous voudrons probablement comprendre plus complètement avec le temps.

Cela m’a instinctivement évoqué ce que tu disais au sujet de la lucidité extrême et de l’inconscience ou la métaconscience et de la « conscience modifiée » en particulier. On pourrait supposer que l’imagination relèverait d’une « supraconscience », comme quelque chose qui nous dépasse et dépasse l’entendement. Et si cet état relève de l’émerveillement comme le décrit M. Evans, alors « être hors de soi » pourrait se traduire par une forme d’émerveillement. Nous n’observons plus ce qui ce passe en nous-mêmes, comme tu le disais, mais à l’inverse, nous observons, ou plutôt nous sommes attentifs (« vigilants ») à ce qui est extérieur à nous-mêmes. Se sentir témoin du Beau produirait l’émerveillement. Vivre le Beau pourrait signifier être hors de soi. L’émerveillement induit également des « émotions exacerbées » d’un ordre tout autre que celui de la colère ou de la frustration comme je l’évoquais dans HORS DE MOI.

L’état « hors de soi » pourrait donc être double ou doublement vécu, tantôt positivement, tantôt négativement. Mais dans les deux cas, il s’agit d’un état « ultime » ou « suprême » qui nous anime et qui ne peut se produire que dans un moment d’éveil presque surdimensionné (tu parlais d’irréel) comparé à l’éveil dans lequel nous nous trouvons quotidiennement, le jour, la nuit, en termes physiologiques et biologiques.

« Merveille » vient du latin mirabilia, « chose étonnante, admirable ». En anglais, le mot « wonder » vient du vieil anglais « wundor », mais l’origine de ce mot (et de sa vieille racine germanique Wundran) est obscure. Henry David Thoreau lui voyait une origine commune avec « wander » (« errer »); d’autres ont proposé « wound » (« blessure »). Ces dérivations relèvent toutes de la spéculation.
Dans la nouvelle « Undr », Jorge Luis Borges fait du mot « merveille » un mot originel, qui précède et subsume tous les autres. Ralph Waldo Emerson écrit que « si l’origine de la plupart des mots est oubliée, chacun fut au départ un éclair de génie, et fut mis en usage parce que pour le premier locuteur et le premier auditeur, il symbolisait » à ce moment-là, le monde ».

Alors spéculons et mettons nos sens en exergue pour appréhender ce monde ! Comment ? Eh bien, regardez par la fenêtre, oh, ces belles gouttes de pluie translucides (oubliez que vos carreaux sont dégueulasses, on vous a dit de prêter attention aux gouttes de pluie…). Autre exemple : oubliez un instant vos paquets qui commencent à vous couper la circulation sanguine et rendez-vous dans une brûlerie : humez donc cette bonne odeur de café qui se répand dans tout l’établissement. Projetez votre esprit sur ces graines de café, les caféiers, vous les voyez ? ça y est, vous êtes déjà en Amérique du Sud. Elle est pas belle la vie !

Finalement, quelle différence entre l’émerveillement et la phénoménologie ? Je vous laisse réfléchir à la question, j’attends vos copies en janvier.

Parvenir à cet état d’émerveillement nous plongerait dans la réalité-même (« le monde »), une réalité qui pourrait s’intituler « merveille » : c’est alors que nous n’imaginons plus, nous vivons la réalité de plain-pied qui s’apparente à une réalité sublimée (le Beau, la Joie) ou accidentée (le Laid, la Souffrance), mais dans tous les cas, une réalité exacerbée. Quand j’écris « parvenir à », je veux traduire ton « Jusqu’au bout ». En effet, si j’ai fait le lien entre émerveillement et « l’hors-de-soi-même », c’est aussi en raison du caractère « jusque-boutisme » qui ressort dans cette définition du philosophe Evans (« comprendre plus complètement avec le temps »).

Enfin, je profite de ce billet heureux pour te souhaiter, mon cher Thierry, et souhaiter à mes lecteurs de belles fêtes de fin/début d’année. Laissons nos sens en éveil pour tomber sous le charme de la magie de Noël (ou ce qu’il en reste) en laissant un instant de côté le côté obscur de ces festivités pour ne pas les gâcher. Restez alerte et sensible. Le monde qui nous entoure est rempli de merveilles (enfin, je le crois, quand je m’émerveille, quand je suis « hors de moi », quand la conscience et l’inconscience (ou devrais-je dire l’insouciance) s’entremêlent).

Merveilleusement vôtre,

f.

ma carte des merveilles cover

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6 RÉFLEXIONS SUR “HORS DE MOI (II – L’ÉMERVEILLEMENT)”

  1. « Un Corbot dans un érable perché tenait en son bec un carré de sucre du même arbre. La plume fragile munie de sa penne vint le chatouiller. De marbre, le volatile n’en demeurait pas moins attisé. Ne pouvant plus résister, il fit tomber le sucre admirable. La plume fragile se délecta du carré et de sa petite malice. Morale : Une plume fragile aimant les délices vous amadouera grâce à un doux supplice. »
    Que ta plume fragile continue longtemps et toujours de me ravir, moi, ainsi que mes carrés de sucre d’érable.

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    1. Ohhhh que tu me gâtes ! Que tu me sembles beau ! Se délectant de la si belle affaire la plume ravie et saisie s’écria : « Ce sucre n’est donc pas qu’un mirage. Plus l’on y goûte plus il m’en faut ! Mon bon Corbot, devant ta générosité, je t’invite au partage. Sur ces mots, la plume s’envola mais sachez qu’on l’y reprendrait volontiers à flâner, virevolter dans cette érablière du Corbot emplumé.

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  2. Sur cette invitation à la bombance, le Corbot se félicita d’avoir perdu pour finalement gagner. L’isatis au bec sucré, bleuie par le froid solstice de décembre vint réfugier ses membres gelés sous les chaudes plumes du Corbot cendré. Ils firent ripaille jusqu’au petit matin, heureux, complices, ensemble.

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  3. Eh bien, chère plume, que voilà un texte magnifique. Une belle, fluide et intégrale description de « la mystique sauvage » de Hulin ou « le sentiment océanique » de Rolland, ce que vous nommez ici « l’émerveillement ». Que je nomme « le Réel » pour ma part. L’émerveillement est un état de rupture, un autre état de conscience, une ouverture spirituelle.
    Je suis heureux de croiser aussi la route de Thoreau et d’Emerson, quel bonheur de les voir cités. Ils ont tellement à nous apprendre.
    Dans nos échanges sur le « hors de soi », j’ai évoqué des situations extrêmes mais il existe également des états impromptus de conscience modifiée. Ils sont malheureusement perçus la plupart du temps comme des « rêveries », des états d’absence alors qu’il s’agit juste d’une autre « présence ».
    J’ai tenté de décrire tout ça dans un de mes romans : à coeur ouvert ». Le personnage principal a subi un infarctus. Il vit avec une prothèse cardiaque. Une machine à la place d’un coeur. (technologie réelle) L’état émotionnel s’en trouve considérablement « ouvert »…

    Extrait : « Il raconta en détail son parcours d’entrepreneur, de financier, sa vie avec Alice, la naissance de Chloé, les dernières années, la lutte pour s’imposer sur le marché.
    « Et puis, j’ai eu cet infarctus, aucun signe précurseur. C’est Philippe, mon associé, qui m’a sauvé.
    -Vous n’aviez jamais eu de problèmes avant ?
    -Non, rien, absolument rien.
    -C’est impressionnant alors. Personne n’est à l’abri en fait.
    -Il faut croire. Mais pas grand monde n’y pense. Ou alors, c’est l’angoisse qui l’emporte, ce qui ne vaut guère mieux.
    -Et ensuite ?
    -J’ai vendu l’entreprise à Philippe. Il le méritait amplement pour son travail de toute façon. Les cardiologues m’ont dit à l’hôpital que mon cœur était fichu. Et puis, après l’implantation de la prothèse, c’est le basculement total, foudroyant, incompréhensible. Je me souviens très bien des premières heures. Pas de douleurs insupportables, j’étais sous morphine, je suppose. Je n’ai rien demandé. Le chirurgien est passé, tout allait bien, ils étaient très satisfaits et je m’en moquais. Sans comprendre pourquoi. Un détachement totalement fou. J’ai d’ailleurs pensé que j’étais fou ou que mon cerveau n’avait pas été oxygéné. J’avais pourtant imaginé le pire, je savais que ça pouvait mal se terminer. Et puis, là, peu à peu, dans la solitude de ma chambre, je me suis aperçu qu’il n’y avait aucune joie en moi, même pas l’once d’un soulagement, rien. Absolument rien. Aucun désir de reprendre le travail, aucune projection sur l’avenir, c’était comme si je découvrais le fait de vivre et que je devais me contenter d’enregistrer tout ce que je percevais dans l’instant.
    -Rien d’étonnant pour moi. L’effleurement avec la mort révèle la vie de l’instant.
    -Oui, c’est exactement ça. La vie de l’instant. D’ailleurs, la première fois qu’on m’a laissé sortir dans le parc, je me suis assis sur un banc et j’ai regardé des pigeons. Ça n’a l’air de rien mais vous n’imaginez pas à quel point c’était stupéfiant pour moi. Je regardais le balancement de leur cou quand ils marchent, j’essayais de les reconnaître, d’identifier leurs différences de plumage, de voir si certains restaient proches, si des couples étaient constitués, comment ils repéraient leur nourriture et puis j’ai fini par ne plus penser à rien, à ne plus vouloir intégrer des données précises, je les ai juste regardés. À un moment, je suis sorti de cette observation, comme si j’avais quitté une pièce, l’impression d’être projeté dans un vacarme épouvantable, j’entendais le bruit de la ville, des discussions autour de moi, des ambulances, j’ai vu passer des gens, j’ai vu tous les bâtiments, ces milliers de fenêtres comme autant de souffrances cachées, des traînées d’avions dans le ciel, et puis l’herbe piétinée autour des bancs, des papiers abandonnés à côté de poubelles vides et la première idée qui a surgi, c’est que dans l’observation des pigeons, je n’étais pas en train de rêver comme on dit, les yeux dans le vague mais que c’était maintenant que j’étais tombé dans le rêve. Je ne sais pas comment l’expliquer en fait. C’est tellement étrange. Vous savez, souvent les adultes disent aux enfants quand ils ont les yeux dans le vide, « arrête de rêver et écoute-moi », et bien, moi, j’avais l’impression que c’était l’inverse. Ça m’a fait un mal de chien, à en pleurer, là, tout seul, sur mon banc, comme si j’avais quitté la vie pour tomber dans un cauchemar immonde. Vous voyez, j’ai passé tellement d’années à vouloir tout contrôler, à me battre pour atteindre les objectifs que je visais, à valider matériellement l’idée que je me faisais de l’existence, j’aurais dû reprendre tout ça, j’étais sauvé après tout, j’aurais pu retourner au boulot, doucement bien sûr, mais en tout cas, relancer la machine. Et c’est cette expression qui a tout déclenché. Relancer la machine. Mais, c’était moi la machine.
    -On se voit toujours comme un individu menant des activités multiples et trouvant des compensations diverses, intervint-elle, avec même parfois des satisfactions personnelles, des occasions de fierté ou d’estime de soi, mais c’est complètement fou finalement puisque nous sommes effectivement des machines et que nous répétons mécaniquement les activités pour lesquelles nous avons été programmés dès notre enfance. »

    Bonnes vavances chère plume et à bientôt pour de délicieux échanges.

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    1. Ton commentaire m’enchante. Je suis ravie que le billet t’ait plu et donné une nouvelle fois matière à t’épancher. Merci pour cet extrait. À cœur ouvert est un bel écho à ce thème et tout à fait dans la continuité et le thème du livre sur Knut Hamsun dont je t’ai parlé (description, émerveillement, âme tantôt atone et cœur parfois vibrant au silence et à la vue des choses simples –le réel, la vie). MERCI ♡

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Une femme admirable

Par Le 21/12/2018

Reconnaître la valeur intrinsèque de la nature

Gauchebdo

Reconnaître la valeur intrinsèque de la nature

INTERVIEW • De passage en Suisse, la juriste française Valérie Cabanes a défendu le principe que les crimes contre l’écosystème, l’écocide, soient reconnus par la Cour pénale internationale.

Publié le 20 décembre 2018 par  dans la rubrique International

«la notion d’écocide est la seule qui puisse donner des droits à la nature», estime Valérie Cabanes. (Jérôme Panconi)

Juriste en droit international, spécialisée dans les droits humains et le droit humanitaire, la Française Valérie Cabanes défend l’inscription de la notion d’écocide (crime contre l’écosystème terrestre) dans le droit pénal international. Dès 2012, elle a participé au lancement d’une initiative citoyenne européenne, forte de 200’000 signatures, proposant une directive européenne en ce sens. Puis en 2015, elle a travaillé sur une proposition d’amendements au Statut de la Cour pénale internationale pour intégrer l’écocide comme crime contre la paix. Auteure d’«Un nouveau Droit pour la Terre, pour en finir avec l’écocide» et «Homo Natura, en harmonie avec le vivant », elle était de passage en Suisse la semaine dernière. Interview.

Avec le mouvement End Ecocide on Earth, vous voudriez que les crimes environnementaux les plus graves soient reconnus par la Cour pénale internationale (CPI) afin de pouvoir juger les responsables de catastrophes écologiques. Où en êtes-vous dans votre démarche?

Valérie Cabanes Du fait que seuls les Etats-parties et non les citoyens peuvent proposer des amendements au Statut de la CPI, cela avance doucement. Les Etats du Pacifique, comme le Vanuatu, qui sont directement menacés par les changements climatiques, sont les plus intéressés à ce que le crime d’écocide soit reconnu. En Europe, une directive approuvée en 2017 fait obligation aux États membres de prévoir dans leur législation nationale des sanctions pénales pour les violations graves des dispositions du droit communautaire relatif à la protection de l’environnement. Elle n’impose toutefois pas l’application de ces sanctions, ni à bien les définir. On m’a sollicitée pour rédiger une proposition de loi sur l’écocide en France. Au niveau politique, les Verts mondiaux et européens ont voté en 2017 une résolution sur le thème.

Ne serait-il pas finalement pas plus facile de renforcer les législations nationales face aux atteintes à l’environnement?

Le minimum auquel il faut arriver- tant au niveau national qu’international- est de reconnaître la valeur intrinsèque des écosystèmes. A cet égard, le procès de 2012 de la catastrophe du pétrolier l’Erika, qui fait naufrage en Bretagne en 1999, a permis la création d’une jurisprudence en France. Pour la première fois, la notion de préjudice écologique pur, sans lien avec l’humain, fondement juridique habituel du droit occidental, a été reconnue. 300 millions de dommages et intérêts ont été attribués aux collectivités publiques affectées et 13 millions pour le préjudice direct à l’écosystème marin. Cette première reconnaissance de la valeur de ce que j’appelle nos «communs naturels» devrait l’être aussi de façon préventive, avant même les catastrophes. Cette semaine, la décision de la cour d’appel de Virginie de suspendre un projet de gazoduc qui menaçait une aire de forêt nationale va dans ce sens.

Depuis le naufrage du pétrolier de l’Amoco Cadiz en 1978, qui avait débouché sur une condamnation d’Amoco et le déblocage d’indemnités aux plaignants, n’y a-t-il quand même pas eu d’amélioration dans les sanctions ?

Il est vrai qu’il existe un arsenal juridique renforcé en France et en Europe quand une catastrophe écologique débouche sur des dégâts humains. Le dirigeant de l’usine AZF de Toulouse a été condamné au pénal après l’explosion, qui a fait 31 morts. Suite à l’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh, une loi sur le devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d’ordres a été approuvée en France. Cependant, de telles sanctions n’existent pas en cas d’atteintes à l’environnement en tant que tel. La notion d’écocide est la seule qui puisse donner des droits à la nature au nom des droits des générations futures. Elle pourrait ainsi obliger les Etats et les multinationales à garder le 80% des réserves fossiles connues sous la terre pour éviter le réchauffement de la planète de plus de 1,5°C. Elle pourrait également contraindre les gouvernements et les banques, qui dépensent 4740 milliards d’euros par an dans la promotion du pétrole, gaz et charbon, à réinvestir dans un Plan Marshall pour les énergies propres, créatrices d’emplois.

Quels sont finalement les Etats qui avancent le plus dans cette reconnaissance de l’écocide?

Les exemples de cette prise de conscience de la valeur intrinsèque des écosystèmes et de la nécessité de les protéger sont nombreux. En avril 2018, la Cour suprême de justice colombienne, saisie par 25 enfants et jeunes avec l’aide de l’association Dejusticia, a décidé de protéger l’Amazonie de la déforestation, pour protéger le climat et les droits des générations futures. Elle a aussi octroyé une personnalité juridique à la forêt pour qu’elle puisse défendre son droit à exister.

En Inde, en mars 2017, la Haute-cour de l’État d’Uttarakhand a reconnu le Gange et ses affluents comme des entités vivantes à protéger, avant de généraliser ce concept aux glaciers Gangotri et Yamunotri menacés par le changement climatique, puis à l’air, aux prairies, vallées, jungles et forêts.

A l’inverse, une compagnie comme Chevron-Texaco, qui a été condamné en Equateur pour ses atteintes à l’environnement a pu casser le jugement devant un tribunal canadien. Que vous inspire cet exemple?

Les multinationales vivent encore dans l’impunité, du fait qu’elles ne sont pas des sujets de droit international. Elles peuvent ainsi recourir à des tribunaux privés d’arbitrage de grandes instances comme l’OMC ou la banque mondiale pour revendiquer leurs droits économiques. Avec leur puissance financière, qui dépasse parfois celles des Etats, elles peuvent ainsi échapper à la justice. Notre projet d’inscrire de crime d’écocide dans la juridiction de la Cour pénale internationale permettrait de poursuivre des dirigeants des grands groupes, mais aussi les entités morales, comme les banques, qui les financent. Ces risques de condamnation des PDG pourraient, dans le même temps, renforcer leur position face aux actionnaires ou fonds de pension. Au lieu de favoriser le profit sur le court terme, ils pourraient alors revendiquer des investissements dans des technologies propres d’avenir.

Valérie Cabanes à La Chaux-de-Fonds

L’historique de cette invitation provient de Maria Belo, présidente du législatif de la ville de La Chaux-de-Fonds. L’idée de proposer cette nouveauté a été ébauchée par la section. Il s’agit d’accorder à chaque présidente ou président du législatif la possibilité d’organiser un événement sur un thème d’intérêt général à l’intention de la population et Maria Belo a obtenu l’accord du bureau du législatif.

Au sein du POP neuchâtelois, plusieurs membres estiment que le capitalisme sera éliminé par les dégâts que produit la destruction de notre environnement, dès que ses effets seront perçus directement par la population. Actuellement c’est le défit climatique qui est souvent évoqué, mais le recul de la biodiversité constitue aussi une alarme déterminante pour la survie de l’être humain. C’est donc tout naturellement que Maria Bello a invité Valérie Cabanes à venir présenter son objectif de donner des droits juridiques à la nature.

La juriste, auteure du livre «Un nouveau Droit pour la Terre», s’est d’abord exprimée au Lycée Blaise Cendras devant une centaine d’étudiantes et étudiants et, le soir, elle donnait une conférence publique gratuite. Nous avons constaté que plusieurs étudiants subjugués par l’entretien du matin étaient présents à la conférence. Valérie Cabanes a partagé ses opinions devant un public de plus de 150 personnes. Son constat et ses activités pour faire changer les mentalités étaient très forts et elle a condamné sans réserve le capitalisme et les entreprises multinationales qui continuent sans vergogne de s’enrichir sans aucune considération pour la destruction de la biodiversité et du climat.

«Une vie hors-sol, isolée du vivant»

L’intérêt manifesté par le public laisse à penser que la multiplication des informations se révèle indispensable pour faire face au danger qui nous menace directement.

Valérie Cabanes exprime son inquiétude, car «nous vivons comme hors-sol, isolés du reste du vivant, oubliant que nous sommes des êtres de nature. Nous devons réapprendre, à l’image des peuples premiers, notre rôle de gardiens. (…) Cette démarche exige de baisser nos armes économiques, de questionner notre rapport à la propriété, de limiter la souveraineté des Etats et de repenser la démocratie. Elle impose enfin de reconnaître que la nature a le droit d’exister et de se régénérer. Pour garantir aux générations futures un environnement sain et pérenne.»

Les militantes et militants du POP sont très satisfaits du succès de cette première expérience et espèrent qu’elle sera reprise par les futures présidences du législatif local,

Alain Bringolf

"Le grand chef blanc a parlé"

Par Le 20/12/2018

Trois ans en "refus d'obéissance" à la réforme des rythmes scolaires. Convoqué huit fois en hôpital psychiatrique, refus de l'indemnite de départ volontaire, mi à demi salaire suite "à une erreur informatique", perte de mon poste sur la commune....

J'imagine un peu ce qui va se passer pour cette enseignante.

 

Le grand chef blanc a parlé

   

 

Hugh grand chef blanc, tu as bien parlé et tu as restauré l’autorité du conseil des anciens, tous ces chauves à grandes bouches qui parlent, parlent et comprennent qu’un bon indien est un indien mort ou grabataire.

Le grand chef blanc a parlé treize minutes pour apaiser le ressentiment de millions d’indiens. Le grand chef blanc, au début de sa palabre, a prévenu que si les millions d’indiens continuaient de lui courir sur le calumet, il allait être intraitable pour rétablir l’ordre. Il en va de l’autorité du grand tipi de l’Élysée.

Le grand chef blanc accorde une part de bison fumé supplémentaire pour les fêtes et chaque mois, les vieux indiens recevront une galette de maïs et une bouteille d’eau de feu. Les jeunes indiens sont sommés de ranger leurs flèches dans leur carquois au plus vite sinon ils finiront empalés sur le totem de justice et le grand chef blanc les enduira de goudron et de plumes. Hugh grand chef blanc, tu as bien parlé et tu as restauré l’autorité du conseil des anciens, tous ces chauves à grandes bouches qui parlent, parlent et comprennent qu’un bon indien est un indien mort ou grabataire.

Qui a pu regarder sans hurler Emmanuel Macron hier soir à 20h sur toutes les chaînes comme au bon temps de l’ORTF ? Plus d’audience que pour la coupe du monde, nous dit-on. Nous sommes dans un monde où le football est une unité de mesure et où on pense qu’un élan collectif peut être acheté pour 100 euros. Un monde où un président de la république peut commencer une allocution sans présenter ses excuses à toutes les victimes des répressions policières, à celui qui n’a plus de main, à celui qui n’a plus d’œil, à celle qui s’est fait insulter et traiter de sale petite pute arabe. Un président qui ose jeter en pâture le mot fédérateur, le mot censé rassembler le peuple, le mot « immigration ». Rassemblons-nous pour bouffer de l’étranger, du mineur isolé, du jeune majeur aux poches vides, du vaurien métèque et profiteur.

Emmanuel Macron pendant treize minute a montré son vrai visage, mains sur la table, yeux rivés au prompteur avec l’empathie du dompteur pour le lion. Saute dans le cerceau, français en gilet jaune ou pas, et ferme ta gueule. A partir de janvier, tu l’auras ta friandise et toi le vieux encore vivant tu seras moins taxé et pourras donc souscrire une assurance obsèques avec option cercueil en mélaminé renforcé avec poignets en laiton. De nombreuses voix s’élèvent (dont celle de Laurent Berger, qui est au syndicalisme ce que Vivagel est à la gastronomie) pour enjoindre les gilets jaunes modérés à saisir la main tendue. Un peu la même sensation que si on serrait la pogne d’un alien gluant et hostile. « We are our friends » comme dans Mars Attacks !

Je suis professeure et je remercie tous les lycéens pour leur courage physique et moral. Sans eux, je serais désespérée dans mon lycée à écouter papoter celles et ceux qui ont des avis éclairés sur le monde, tendance lampe de chevet. Je remercie les gilets jaunes qui campent sur les ronds-points et qui m’ont aidé à comprendre que, non, derrière chaque français dans la débine, ne se cache pas l’ombre grimaçante de Marine Le Pen. Vive la lutte, la rage joyeuse, l’union des contraires. Quelle que soit l’issue de ce mouvement, la France y aura gagné en dignité et en intelligence collective.

Emmanuel Macron est terne, Emmanuel Macron est vieux, Emmanuel Macron n’est pas un président. Emmanuel Macron est un commercial arrivé au pouvoir par le pouvoir des urnes funéraires. Ton bulletin de vote signe ta perte camarade.

Sophie Carrouge (professeure lycée Le Castel)


Notre collègue et amie Sophie Carrouge a été convoquée jeudi à 15H30 au Rectorat pour répondre de cette tribune.

Nous ne comprenons pas que notre liberté d’expression, pourtant garantie par la constitution, soit remise en cause. Cette convocation est particulièrement inquiétante quand on sait que Sophie est en pointe dans la lutte contre la réforme du Bac et Parcours Sup, ainsi que dans la lutte quotidienne pour nos élèves étrangers en situation irrégulière.
En solidarité, nous avons décidé de signer cette tribune en la faisant nôtre.

Bruno Haberkorn
Victor Diaferia
Christine Mehdaoui
Florian Boucault
Marine Bignon
Jean Clerc
Solange Féchard
Sophie Perard
Rémi Fonvieille
Samy Bani 
Jean Charles Ouazana
Stéphane Doméraki
Gabrielle Navarès
Xavier Variot
Sarah Abou
Raphaël Jouffroy
Anne Vernaton
Cécile Joly
Elise Robert
Aurélien Requena
Emmanuelle Frenot
Valérie Haberkorn
Laurence Bevilacqua
Didier Porthault
Catherine Finet
Asma Addou
Nenad Babic
Christophe Courtois
Maud Vu Van Kha

Lisez aussi : Le communiqué de soutien de collègues et de parents d’élèves du Castel qui appelle à aller soutenir Sophie Carrouge devant le rectorat jeudi 20 décembre à partir de 15h15.

Nathalie Vieyra : sur le massage tantrique

Par Le 20/12/2018

Qu'est-ce que le massage tantrique ? Quelles sont les clefs pour pratiquer un massage tantrique en couple ? Qu'apporte une séance de massage tantrique avec un professionnel ?

Nathalie Vieyra, spécialiste du massage tantrique et auteure du livre "Lâchez prise" répond à toutes ces questions ... et bien d'autre encore ! Benjamin Tournier de Gabriac réalise une interview de Nathalie Vieyra pour Magic Love, le 1 er site de rencontre bien-être et spirituel.

Site de Nathalie Vieyra…

 


"Lâchez-prise" de Nathalie Vieyra


 

S'inscrire sur Magic Love, le 1er site de rencontre bien-être et spirituel : https://www.magic-love.com

https://youtu.be/CJbUyixwOeg

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Le procès des Etats.

Par Le 19/12/2018

Valérie Cabanes

18 h · 

Pour que la CPI poursuive les dirigeants pollueurs, il faudrait élargir son champ et reconnaître le crime d’écocide. Une piste que nous défendons mais aussi des Etats, « notamment des pays insulaires du Pacifique, victimes du dérèglement climatique ». 
En attendant, l’espoir tient en un mot : jurisprudence. 
Dans de nombreux pays la loi permet déjà d’intenter des procès contre l’Etat en cas de pollution de l’environnement. Aux Pays-Bas, la justice a ordonné en octobre dernier au gouvernement de réduire les émissions de gaz à effet de serre du pays plus rapidement que prévu, « afin de protéger la vie et la vie familiale des citoyens ». Au même moment, un procès s'ouvrait aux Etats-Unis, devant la Cour d'Oregon après la plainte de 21 jeunes citoyens qui accusent le gouvernement d’avoir « violé leurs droits à la vie, à la liberté et à la propriété » en ne sortant pas du modèle basé sur les énergies fossiles. En France, quatre associations ont lancé ce mardi une action en justice contre l’Etat français, un recours à soutenir ici

: https://laffairedusiecle.net/

Des manifestants masqués en chefs d'Etat à Berlin, le 29 juin 2017, en marge d'un sommet international.

Des manifestants masqués en chefs d'Etat à Berlin, le 29 juin 2017, en marge d'un sommet international. — John MACDOUGALL / AFP
  • Alors que la COP 24 vient de s’achever, « 20 Minutes » s’est demandé si nos dirigeants politiques pourraient un jour être jugés pour crime contre l’humanité, au regard des dégâts humains causés par le réchauffement climatique.
  • Si le droit pénal international ne le permet pas encore, il pourrait prochainement évoluer car de nombreux Etats ont déjà été condamnés par des juridictions nationales pour avoir mis en danger des écosystèmes, et les conditions de vie des citoyens.
  • En France, quatre associations intentent ce mardi une action contre l’Etat.

« Emmanuel Macron, la Cour vous condamne pour crime contre l’humanité pour ne pas avoir mis en œuvre des mesures limitant la pollution et avoir ainsi délibérément contribué au dérèglement climatique ». Cette sentence n’est à ce jour que pure fiction mais il est possible que des dirigeants politiques et économiques se retrouvent un jour sur le banc des accusés, jugés pour avoir pris des décisions nuisibles pour notre environnement. Partout dans le monde, des juristes, des associations et des citoyens s’activent pour que l’écocide - contraction d’écosystème et de génocide - soit reconnu en droit pénal international et que les responsables de la destruction de l’ environnement répondent de leurs actes devant la justice.

Des projections de bilans humains

Leur argument ? Les décisions des chefs d’Etat et des dirigeants de multinationales ont des conséquences à moyen et long terme sur l’environnement et vont causer la mort de milliers, voire de millions, voire de milliards de personnes. Ces bilans macabres sont le fruit de travaux scientifiques étayés, qu’il s’agisse de ceux du climatologue Jean Jouzel (qui annonce 150.000 morts en Europe d’ici 2050), du Centre commun de recherche de la Commission européenne (150.000 morts en Europe d’ici à 2100) ou de de l’université d’Oxford (un demi-million de morts en 2050).

La plus alarmiste, publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), prévoit que la Terre pourrait franchir un point de bascule « dans quelques décennies seulement », avec une température moyenne « de 4 à 5 degrés Celsius plus élevée qu’à la période préindustrielle et un niveau de la mer de 10 à 60 mètres plus haut qu’aujourd’hui ». Ce qui aurait pour conséquences de ne rendre notre planète habitable que pour un milliard de personnes, contre 7,5 milliards à ce jour. De quoi expédier rapidement nos chefs d’Etat devant la Cour pénale internationale qui juge des responsables de génocides.

Les droits des générations futures

Mais un coup de fil à la juridiction nous refroidit rapidement. « La CPI ne peut enquêter sur les crimes contre l’environnement que s’ils ont été commis afin de faciliter un crime qui entre dans compétence de la Cour. Par exemple si un fleuve a été délibérément pollué afin de déporter ou détruire une population », nous explique son porte-parole Fadi El Abdallah. Le Statut de Rome limite les crimes sur lesquels la Cour est compétente : génocide, crime de guerre, crime contre l’humanité et crime d’agression. La destruction d’un écosystème ne correspond pas à sa définition du crime contre l’humanité.

« L’écocide est défini comme une atteinte grave à l’environnement, susceptible de menacer les droits des générations futures ou la sûreté de la planète, au-delà des souverainetés nationales, explique la juriste Valérie Cabanes*. Il est reconnu dans une dizaine d’Etats. Or, dans le droit occidental, les droits des générations futures n’existent pas, elles ne sont pas un sujet de droit, donc il ne peut y avoir de crime transgénérationnel ».

Une jurisprudence déjà touffue

Pour que la CPI poursuive les dirigeants pollueurs, il faudrait élargir son champ et définir le crime d’écocide. Une piste défendue par des associations et citoyens, mais aussi par des Etats, « notamment des pays insulaires du Pacifique, victimes du dérèglement climatique », note Valérie Cabanes. Il leur faudrait convaincre au moins deux tiers des Etats parties de la CPI. « Ce n’est pas du tout inatteignable », juge la militante écologiste. « Les Etats-Unis n’ont pas ratifié le Statut de Rome, la Chine non plus », souligne-t-elle. Cela élimine de la table des négociations les deux pays les plus pollueurs de la planète, devant l’Union européenne. « Je pense que c’est tout à fait envisageable, et on n’en est pas loin », abonde Corinne Lepage. L’avocate et écologiste craint toutefois qu’une telle « révolution juridique » n’ait pas lieu avant « un emballement des catastrophes naturelles entraînant des morts en quantité importante ».

L’espoir de nombreux défenseurs de l’environnement tient en un mot : jurisprudence. Dans de nombreux pays la loi permet déjà d’intenter des procès contre l’Etat en cas de pollution de l’environnement. Aux Pays-Bas, la justice a ordonné en octobre dernier au gouvernement de réduire les émissions de gaz à effet de serre du pays plus rapidement que prévu, « afin de protéger la vie et la vie familiale des citoyens ». Au même moment,un procès s'ouvrait aux Etats-Unis, devant la Cour d'Oregon après la plainte de 21 jeunes citoyens qui accusent le gouvernement d’avoir « violé leurs droits à la vie, à la liberté et à la propriété » en ne sortant pas du modèle basé sur les énergies fossiles. En France,quatre associations ont lancé ce mardi une action en justice contre l’Etat français.

De longues batailles judiciaires en perpective

Projetons-nous dans quelques décennies : la jurisprudence et le plaidoyer de nombreuses ONG ont porté leurs fruits, et la CPI est désormais compétente pour enquêter sur les écocides. Elle peut être saisie par des citoyens et de longues batailles judiciaires s’annoncent.

Comment démontrer qu’un chef d’Etat ou patron a intentionnellement ou délibérément mis en danger la sureté de la planète ? « Pour Donald Trump par exemple, c’est presque une évidence, puisque lui-même a déclaré qu’il ne croit pas au réchauffement climatique », note la juriste Valérie Cabanes. Quant à Emmanuel Macron, son cas s’annonce plus compliqué : « il faudrait prouver qu’il n’a pas pris les bonnes décisions quand il fallait les prendre ». Elle préconise de s’appuyer sur les «limites planétaires», c’est-à-dire des seuils chiffrés (de particules de CO2 dans l’atmosphère ou d’acidité des océans, par exemple). Pour les écolos, ce couperet judiciaire est la seule contrainte efficace pour que les Etats et les entreprises relèvent leurs exigences écologiques. C’est en tout cas ce qu’imagine Corinne Lepage : « cela responsabiliserait nos dirigeants. L’âme humaine est faite de telle sorte qu’il faut toucher au porte-monnaie ou à la responsabilité personnelle pour lui faire de l’effet ».

* Auteur d’Un nouveau droit pour la Terre (Seuil, 2016)

PLANÈTE

Des ONG vont attaquer la France en justice pour «inaction climatique»

SOCIÉTÉ

A La Haye, un tribunal citoyen juge Monsanto pour «écocide»

PLANÈTE

«Les marches pour le climat et les pétitions ne suffisent plus», estime Cécile Duflot

 

JUSQU'AU BOUT : avant Kundalini

Par Le 17/12/2018

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JUSQU'AU BOUT

La prochaine publication.

C'est un roman que j'ai écrit il y a une dizaine d'années. 

Quelques éléments explorés dans "KUNDALINI" s'y trouvaient déjà.

 

"Il se réveilla à 9h. Il ne se pressa pas trop, pensant bien que la courte nuit avait dû les inciter à rester couchées. Il déjeuna et partit tranquillement à la plage. Il regretta de ne pas avoir fixé le rendez-vous au bungalow. Il les aurait vues plus vite, elles se seraient senties obligées de se lever pour l’accueillir.

Il marcha pour s’éveiller au monde et sentit qu’il n’était pas seul…

Sous les arbres, quand il approcha de l’océan et qu’il entendit sa rumeur par-delà les dunes, il ôta son tee short. Il aurait voulu se mettre nu pour se présenter devant lui mais les hommes ne l’auraient pas compris. Leurs yeux vicieux auraient pris cela pour une agression ou une perversion quand il ne s’agissait que d’une offrande. Il garda son pantalon et escalada le dôme de sable.

Quand il déboucha au sommet des dunes, il fut saisi par la beauté du paysage. Il s’arrêta.

« Bonjour », dit-il à la mer.

Il en était persuadé désormais, elle était vivante comme lui, comme le soleil, comme les nuages, les oiseaux, les arbres, les poissons cachés, tout rayonnait d’une lumière commune. Il fallait simplement édifier l’osmose, la synergie, la résonance universelle, comme le bouton d’une radio qu’il suffisait de tourner pour trouver les ondes. Il avait toujours aimé cette image, il la comprenait encore mieux. Il inspira une grande bouffée d’air iodé et essaya de visualiser les particules gazeuses dans son être, l’excitation de ses propres cellules au contact de cette vie puissante. En découvrant le large, il constata que la mer n’avait pas d’ombre, c’était l’être vivant le plus grand et il n’avait pas d’ombre. Il n’y avait jamais pensé car il ne l’avait jamais perçue ainsi, il n’avait toujours vu qu’une immensité agitée ou calme, posée devant les hommes. Parfois, il lui avait bien attribué des caractéristiques humaines, pour s’amuser, marquer de son empreinte un espace naturel, mais il ne l’avait jamais ressentie réellement comme un être à part entière. Il comprenait maintenant combien sa vision avait été réductrice. Elle était, sur cette planète, l’être vivant possédant la plus grande énergie lumineuse. Voilà pourquoi des foules considérables se ruaient sur son corps, au bord de sa peau bleue et attirante. Tous, ils cherchaient à ressentir cette lumière mais ils ne le savaient pas. Il aurait fallu y penser, accepter l’idée, s’y plonger réellement, ça ne faisait pas partie de ce monde agité, c’était trop d’efforts, et simultanément trop d’humilité et d’écoute de soi. Chacun se chargeait de la lumière intérieure de la mer, du soleil, du vent, des parfums, des oiseaux blancs du large, pensant simplement à être bronzé, reposé, amusé. Mais pas illuminé…Et pourtant, elle continuait à diffuser sa lumière sans rien attendre en retour. Devant elle, personne ne pouvait réellement se sentir seul ou abandonné. Dans les moments de solitude humaine, il restait toujours cette possibilité de rencontrer un être planétaire. Cet individu assis, seul, sur une plage ou un rocher n’était pas réellement seul. S’il acceptait d’écouter la lumière qui rayonne en lui, s’il s’abandonnait et laissait s’établir le lien, le lien unique, immense, le lien avec la mer, avec l’univers, comment aurait-il pu se sentir seul ! C’était impossible. Il fallait le dire aux hommes, aux enfants d’abord. Oui, d’abord aux enfants. Ils écouteraient immédiatement car ils le savaient déjà mais n’osaient pas le dire. Les adultes sont si réducteurs, si raisonnables…Si coupables aussi. Non… Pas de condamnation…Il fallait développer le bien, ne pas les juger mais les aider. Il étouffa sa colère sous les caresses du soleil. Il descendit sur la plage, s’éloigna de la zone d’accès et se déshabilla. Alors, il sentit pleinement le contact.

Il marcha sur le sable mouillé. C’était incroyable cette surface d’échange, incessamment excitée, ces caresses entre l’eau et la terre, ce contact permanent…Contact… Il sentit soudainement l’importance de ce mot. Il chercha si la terre en possédait un autre plus vaste encore et pensa à l’atmosphère. La planète et son atmosphère. C’était comme cette vague sur cette plage. L’atmosphère se couchait sur le corps de la Terre l’enlaçant totalement, la caressant, la protégeant et cette atmosphère, elle-même, baignait dans un environnement plus vaste. Il pensa que nous étions tous protégés par plus grand que nous et tous reliés par cette lumière commune, que la plupart des scientifiques, trop présomptueux, trop limités par leurs connaissances, ne parviendraient jamais ni à identifier, ni à situer, ni même à comprendre. L’humilité restait le fondement de l’amour.

Il marcha sur le sable mouillé comme sur un lit défait, le point de rencontre de deux amants suprêmes. Chaque vague étirait son grand corps vers la plage lascive, étendait des nappes mouvantes, écumeuses et pétillantes comme autant de langues curieuses et il sentait émaner du sable mouillé des parfums subtils, des envolées d’essences délicates. Son corps, enveloppé dans ces baumes inconnus, se revigorait et se renforçait. Il suffisait d’être là, ouvert au monde, réceptif, oublier d’être l’homme pour devenir le complice.

« Pierre !! »

Il se retourna. C’étaient elles. Nues et belles. Elles marchaient les pieds dans l’eau. Le soleil matinal teintait de rose le satin de leurs corps et la vie les illuminait ! Immobile, il les regarda s’approcher. Il crut discerner au creux de leurs ventres un nœud brillant, un cristal éclatant, quelque chose qui irradiait au-delà de la lumière visible. Il voulait bouger mais sentit ses pieds soudés au sable alors, il laissa le bonheur venir à lui. Il eut l’impression que son ventre s’ouvrait pour les accueillir, que l’amour en sortait pour les envelopper, que des flots de joie toujours retenus s’élançaient enfin.

Birgitt le toucha la première. Elle passa ses bras autour de son cou et l’embrassa sur les deux joues. Yolanda l’entoura à son tour. Il sentit la pointe de ses seins contre son torse. Aucune excitation ne s’éveilla. Il en fut heureux. Il était au-delà de cet amour humain. Il savait qu’il lui restait à découvrir une autre dimension, un état supérieur, qu’il était sur le seuil de ce monde et que rien ne l’obligerait à faire demi-tour. Elles lui parlèrent mais il n’entendit rien. Il suivit le mouvement de leurs lèvres mais n’en perçut que le parfum. C’était délicieux, une liqueur sucrée coulait en lui, un bonheur d’enfant, la quiétude du bébé dans le ventre de sa mère, un sourire intérieur. Il avança d’un pas, les enlaça par la taille, les rapprochant l’une l’autre, jusqu’à joindre leurs épaules. Elles le regardèrent sans inquiétude et se laissèrent guider. Leurs deux corps serrés, unis peau à peau, il appuya sa joue sur l’épaule de Birgitt et respira la douceur de Yolanda. Silencieuses, elles posèrent une main dans son dos et ne bougèrent plus. Alors, il laissa la musique du monde entrer en lui. Les vagues, le vent léger, les rayons solaires, l’eau sur ses pieds, leur peau si douce, la musique du monde comme une seule note maintenue, suspendue, la note parfaite, la vibration de l’univers, la palpitation de la lumière…Il vit une larme couler doucement sur la joue de Yolanda. Il la regarda descendre lentement, suivre la courbe du nez, piqueter le tissu tendu de la lèvre. La pointe de la langue la saisit.

Il releva la tête. Elles pleuraient toutes les deux en souriant.

« Pourquoi ? demanda-t-il.

« C’est beau tout ça, murmura Birgitt. C’est si beau…On pensait plus c’est possible, avoua-t-elle. C’est beaucoup de toi on a parlé ce matin avec Birgitt. C’est beau tout ça. On va marcher tous les trois ?

- Pas trois, répondit Yolanda. Tous. »

Ils se sourirent encore, du sourire de la lumière. La lumière. Il sut qu’il ne la perdrait plus jamais. Il aurait peut-être du mal à la retrouver mais elle serait là, en lui, au cœur de l’amour et de s’en savoir habité diffusait déjà une immense sérénité.

Ils avancèrent sur la terre et la terre bougea dans l’univers. Mouvements communs dans le même apaisement, dans la même unité. Ils échangèrent leurs paroles comme on échange des nourritures, ils s’en délectèrent, jamais rassasiés, toujours curieux d’une nouvelle saveur.

Ils dépassèrent les endroits connus, alternant les grandes étendues désertes avec des plages fréquentées. Sans y penser, ils abandonnèrent les séances d’habillage déshabillage et restèrent nus.

Ils atteignirent un lieu étrange, vaste courbure de la côte les isolant de toute vision humaine.

Birgitt demanda à s’asseoir. Elle semblait bouleversée.

« Je voudrais vivre dans un endroit comme celui-là, murmura-t-elle. Je verrais pas les hommes, que ceux ils feraient l’effort de venir ici. Je serais sûre de rencontrer des gens comme moi et comme vous deux. On serait bien ici, ça serait vraiment la paix. »

Ils ne répondirent pas mais lui sourirent. Elle s’allongea directement sur le sable.

Il scruta l’horizon en pensant aux enfants.

Comment leur montrer tout cela, comment leur prouver que la vie est là et nulle part ailleurs ?

Comment leur faire ressentir la lumière sans les immerger au creux de cet amour ?

Est-ce que quelques jours à Pen Hir seraient suffisants ? L’importance de sa mission, un serment à vivre, pour se supporter, pour grandir et rejeter l’hébétude de la vie quotidienne.

Il suivit longuement les vagues du large et leurs grandes ondulations, élégantes et répétitives, comme une respiration profonde. Il crut discerner dans ces soulèvements majestueux des regards d’enfants curieux. Il se sentit observé. Le monde nous étudiait, il en était certain désormais, c’était évident. Nous étions regardés comme le monde regardait les insectes éphémères et les arbres majestueux, les brins d’herbe légers et les baleines bleues, les oiseaux pélagiques et les enfants rieurs. Et toutes les choses du monde se regardaient les unes les autres.

Yolanda posa une main sur son épaule. Il tourna la tête. Des yeux, elle lui désigna Birgitt.

Elle avait posé les mains sur son ventre, elle avait fermé les yeux, sa poitrine montait et descendait doucement. Rien d’autre ne bougeait.

« Elle est dans le calme, murmura Yolanda penchée sur son épaule. Tu veux faire aussi ?

- Oui, indiqua-t-il de la tête.

- Allonge-toi, je vais t’expliquer. »

Elle colla sa bouche à son oreille, il suivit ses indications. Sa voix, comme des souffles câlins, glissait en lui et l’envahissait. Elle parlait par phrases courtes lui permettant de s’installer dans chaque période, d’abandonner peu à peu les sournoises résistances, les pudeurs éducatives. Nu, les yeux fermés, allongé sur une plage, aux côtés d’une jeune fille dévêtue, il se laissa pleinement guider, sans aucun autre intérêt que la délicieuse petite voix dans son oreille.

Elle lui avait dit de poser les mains le long de son corps. Elle lui avait appris à respirer. Il n’y parvint pas tout de suite mais elle l’avait prévenu, il ne devait pas s’en inquiéter. Il lui obéit et ne s’en affola pas. Il continua comme elle le disait, avec la même patience. Quand il ne ressentit plus le moindre désir d’y parvenir, ni la moindre volonté de réussir, quand il atteignit l’oubli de tout sauf de son souffle, et que la petite voix s’était retirée en toute confiance, en lui conseillant une dernière fois de « laisser partir », alors il put suivre dans son être le souffle de la vie. Une présence inconnue. C’était partout et impossible à placer, ni dedans, ni dehors. Partout.

Puis ça disparut.

Il pensa à la petite voix et recommença à compter, comme elle le lui avait appris. Premier souffle, un, deuxième souffle, deux, troisième souffle, trois, quatrième souffle, quatre. Il recommença encore puis de nouveau, puis ne sut plus quand il recommençait, puis ne pensa plus qu’il comptait, puis ne reconnut que le souffle répété. Longtemps répété. Et la présence réapparut. C’était comme une lumière qui ne cessait de s’étendre dans un espace clos, tout était déjà rempli mais la lumière continuait à s’éloigner et faisant cela elle semblait toujours plus proche. Simultanément, elle gagnait en densité. Cette densité étrangement légère le suspendit à l’intérieur de lui-même, ni dans son crâne, ni dans son corps. Elle le maintenait hors de tout contact et à la fois il ressentait la lumière comme si elle le touchait, s’étendait sur lui comme une eau apaisante. Il pensa qu’il s’agissait peut être de sa conscience…Sa conscience seule, sans les apparats habituels, les camouflages grotesques, les substitutions ordinaires, les déviances quotidiennes…

Ce rappel brutal de la faiblesse des hommes effaça tout et la présence disparut.

Il n’aurait pas dû laisser la colère revenir. Il le comprit immédiatement. Oui, il y avait des mensonges, il ne fallait plus s’en préoccuper, c’était le mal, il devait penser au bien, uniquement au bien.

Il ramena les yeux à la lumière extérieure. Ébloui, il posa une main en visière. Il tourna la tête. Birgitt était toujours allongée, les yeux fermés. De l’autre côté, Yolanda le regardait.

« C’est bien, très bien, murmura-t-elle ravie. Tu es resté longtemps. C’est beaucoup pour une première fois.

- Tu n’as pas fait comme nous ?

- Non, je t’ai regardé tout le temps, j’ai pensé à ton calme, pour t’aider à le trouver. On ne sait pas si ça fait quelque chose mais on fait ça avec Birgitt. Tu as vu comment c’était ?

- J’ai perdu le contact une fois et puis en comptant c’est revenu. Je ne saurais même pas dire ce que c’était. J’ai pensé à ma conscience et là tout est parti.

- Il ne faut rien se dire, juste compter et puis après vivre sa respiration. Si tu fais venir une pensée, même si c’est une bonne pensée, tu perds tout. » 

Birgitt avait ouvert les yeux et les regardait murmurer.

« J’avais besoin de ça », dit-elle au bout d’un moment.

Pierre tourna la tête.

« J’ai fait comme toi tu sais ! dit-t-il enthousiaste. Yolanda m’a expliqué et j’ai trouvé quelque chose de calme, une sensation étrange, comme du vide mais ce n’était pas vide. Je voyais par-dedans, ça grandissait tout le temps. »

Birgitt sourit à son amie.

« Tu apprends vraiment vite, affirma-t-elle.

- Je suis certaine que tu as déjà vécu des moments comme ça mais tu ne contrôlais rien alors c’était moins fort, ajouta Yolanda. Tu es rapidement resté calme. »

Il pensa à ces séances de cannabis pendant lesquelles il tombait dans une absence étrange. Ça n’avait été qu’une fuite, une dérive de plus. Maintenant, il allait apprendre à maîtriser ce voyage.

Il ferma la porte de la geôle et n’en dit rien.

Ils échangèrent encore leurs idées, longtemps, sur la conscience, la méditation, l’univers, la philosophie…La chaleur du soleil les invita finalement à la baignade. Ils jouèrent dans les rouleaux. Birgitt, surprise par une vague puissante s’accrocha à la taille de Pierre qui s’efforça de la retenir. Il la serra totalement contre lui, sans penser à autre chose qu’au jeu. Quand la vague se retira, elle les laissa enlacés, ventre contre ventre, peau contre peau, les bras joints dans le dos. Yolanda les regarda. Ils sourirent et se séparèrent.

« Vous étiez très beaux tous les deux », dit-elle, gentiment.

Il baissa la tête et remonta sur la plage.

Elles échangèrent un regard étonné. Elles le rejoignirent. Il s’était assis et laissait couler du sable entre ses doigts.

« C’est quoi le problème, Pierre ? demanda Yolanda. Tu as l’air triste. C’est quand tu as serré Birgitt ? C’est pas un problème pour moi. C’est pas la jalousie entre nous deux si tu serres Birgitt. C’est bien avec toi et rien peut casser ça. C’est personne qui pense faire l’amour. Toi non plus, on le sait bien, ça se voit. »

Il releva les yeux.

« C’est bien comme ça nous trois, il faut pas mettre des choses qui font du mal… Il faut pas aller vite avec l’amour. On le sait, c’est important prendre le temps. Nous deux, on veut plus avoir du mal comme avant, c’était beaucoup, beaucoup de douleurs, c’est heureux comme ça pour nous trois. On veut pas penser faire l’amour et on veut continuer à t’aimer. »

Ces mots incendièrent son ventre mais la chaleur, trop forte, ne forma aucun mot. Il la regarda intensément. Puis il se tourna vers Birgitt. Il tendit les mains en avant, paumes vers le ciel. Elles les saisirent et les serrèrent.

«C’est vrai, c’est mieux comme ça. Il ne faut rien casser… Je vous aime toutes les deux. »

Et disant cela, il comprit que ce n’était pas l’amour qu’il avait connu avec Nolwenn. Cet amour-là était humain. Il était à un autre degré maintenant, ni supérieur, ni inférieur. Autre chose. Il pensa aux ondes circulaires formées par une pierre jetée dans l’eau. Il était parti du centre, il avait atteint par des efforts constants le premier cercle, puis le deuxième et un autre, avançant avec une volonté tenace et une curiosité sans cesse renforcée, abandonnant sa lourdeur humaine pour une évanescence plus favorable à une progression régulière. Rien ne le ramènerait vers le centre. Il continuerait à tendre sa conscience vers les ondes sans cesse éloignées, en expansion constante, tel un univers. Cette image qu’il aimait tant éveilla un prolongement qui le surprit. Il tenta de l’expliquer.

« Si notre conscience a la possibilité de grandir à l’intérieur de notre espace clos, c’est sans doute que nous ne l’avions pas développée auparavant et qu’il reste de la place mais se pourrait-il aussi que cette conscience soit extérieure à nous-mêmes, comme une conscience commune dans l’Univers et qu’il s’agisse simplement de la saisir pour l’inviter à occuper notre espace intérieur et que cet espace intérieur soit à la dimension de l’Univers ou l’Univers lui-même ? La plupart des hommes vivrait sans conscience, ce qui pourrait expliquer aussi les déviances de l’humanité. À la place de cette conscience universelle jamais rappelée, l’esprit s’emplirait de valeurs intrinsèquement humaines, totalement détachées de la source commune et ces valeurs, nombreuses et variées, incessamment renforcées pour le maintien du mensonge, donneraient l’impression à l’humanité entière qu’elle est sur la bonne voie…La manipulation de la masse par la masse elle-même nous a entraînés sur une fausse route. Nous ne sommes pas sur la voie de l’univers. Nous ne sommes plus en expansion avec lui. Nous sommes perdus parce que nous vivons dans une enveloppe de chair à laquelle nous sommes identifiés alors qu’il s’agit de l’Univers. »

Il s’aperçut à travers le silence retombé qu’il n’avait pas parlé aux filles mais à lui-même.

Il tourna la tête vers Birgitt.

« J’ai pas tout bien compris. C’est des mots difficiles, il faut tu apprends le hollandais !

- Ouh la ! Je suis déjà nul en anglais alors le hollandais, ça va me prendre vingt ans.

- Je veux bien t’apprendre pendant vingt ans, » continua Birgitt sérieusement.

Il lui sourit. Autant d’années que celles déjà vécues. Elle s’imaginait dans vingt ans toujours à ses côtés. Il aurait quarante-deux ans. La situation importait peu, il s’en apercevait pleinement. Il ne s’agissait pas, nécessairement, de constituer un couple et une vie sociale mais de continuer sur la voie de la connaissance, le reste, si ça devenait bon pour eux, se ferait naturellement. Ce n’était pas la finalité, ce serait juste une étape.

Il tenait toujours leurs mains. Sans les lâcher, il se leva et les invita à le suivre.

Quand ils rencontrèrent un tronc, lisse et blanc, échoué sur le sable, rejeté à mi-hauteur par une grande marée, ils posèrent les sacs et mangèrent.

Pour la première fois, c’est Birgitt qui étala la crème solaire dans le dos de Pierre. Jusqu’ici, il s’était débrouillé. Il proposa ensuite de lui en faire autant. Il passa doucement ses mains sur la peau bronzée et n’en ressentit aucune excitation, juste le plaisir d’une volupté partagée. Il sentit combien cette pression des corps et cette retenue pour éviter des gestes apparemment suspicieux limitaient les relations humaines. On revenait à cette sexualité omniprésente quant il ne s’agissait que d’attention et de partage, on pouvait être accusé de perversité ou d’obsession maladive quand on désirait ce simple apaisement de l’autre, l’éveil joyeux de son sourire. C’était ridicule. Les hommes, encore une fois, s’étaient fourvoyés dans une impasse. À considérer que l’acte sexuel était la finalité d’une rencontre, le passage obligé, on attribuait à tous les gestes attentionnés une connotation sexuelle. Les enfants perdaient la grâce et la simplicité de leurs relations en imitant un monde adulte dénaturé et tortueux. Il songea aux difficultés qu’il avait rencontrées pour que les enfants acceptent de s’allonger dans la classe pour écouter tranquillement de la musique. C’était pourtant si simple, être ensemble, se laisser aller, s’abandonner et vivre…Tout simplement. Et si pour partager les moments de bonheur, si pour aider l’autre à le goûter pleinement, les contacts physiques s’avéraient utiles, pour quelle raison devrions-nous retenir nos gestes ? Seule la morale était perverse, c’est elle qui véhiculait ces dérives. L’amour était bien au-delà d’un seuil physique, à ce stade, on n’entrevoyait qu’à peine le bord de l’espace à découvrir, il le savait maintenant, il ne désirait pas faire l’amour avec Birgitt, ni avec Yolanda. Ils étaient déjà dans l’amour, ils avaient dépassé le seuil et avançaient dans des horizons lumineux.

Il continua à masser le dos de Birgitt en s’attardant sur la nuque.

Il revit en flashs rapides des périodes de l’année et la multiplicité des rencontres… Comme s’il était possible d’y trouver un équilibre, une plénitude permanente, c’était juste un égarement supplémentaire, une fuite inhérente aux images véhiculées par le monde adulte, la sexualité comme une fin en soi, l’aboutissement d’une relation. Ridicule. Il ne ressentait ni honte, ni colère envers lui-même mais une infinie tristesse. Tant de relations égarées dès le départ, tant de prolongements possibles, de complicités profondes arrêtées dans leurs élans par des objectifs sexuels à atteindre.

Il ferait peut-être l’amour un jour avec Birgitt ou avec Yolanda mais il se laisserait simplement guider par le bonheur. Pour l’instant, le but était ailleurs. Les événements à venir parleraient pour eux.

Ce fut une nouvelle journée de calme, de jeux, d’échanges, de regards et de sourires. Une journée heureuse, toute simple.

Alors qu’ils rejoignaient le bungalow en fin d’après-midi, le propriétaire du centre leur annonça que la météo pour le lendemain n’était pas très optimiste.

« Et si je vous emmenais en balade ? Vous êtes déjà allé à la dune du Pilat ?

- C’est tous les ans quand on était petite, avec nos parents, s’exclama Birgitt en riant.

- On connaît tous les grains de sable ! » ajouta Yolanda.

Il n’insista pas.

« Et faire de la voile, ça vous plairait ?

- Avec un bateau et des voiles ? interrogea Birgitt incertaine d’avoir compris.

- Oui, ça s’appelle un dériveur. Vers Arcachon, il doit bien y avoir moyen d’en louer un.

- On n’a jamais fait ça ! dit Yolanda.

- C’est pas grave, moi je connais. Je peux très bien mener le bateau tout seul mais je suis certain que ça va vous plaire. Et autour du banc d’Arguin, ça doit être magnifique.

- Moi, c’est d’accord, confirma Birgitt.

- Moi aussi !

- Super, on va aller demander si le patron du camp connaît un loueur de bateau. »

 

Douze symptômes

Par Le 17/12/2018

Je ne commente pas. Chacun et chacune le fera pour soi :) 

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Une militante déterminée.

Par Le 15/12/2018

Atteinte du syndrome d'Asperger, une jeune Suédoise de 15 ans appelle les enfants à la grève pour militer contre le réchauffement climatique et devient l’une des adolescentes les plus influentes de 2018 du Time Magazine.

© Instagram Greta Thunberg

© Instagram Greta Thunberg

Dans une vidéo postée sur son compte Instagram alors qu’elle participait à la COP 24 en Pologne, Greta Thunberg, une Suédoise de 15 ans, appelle à la mobilisation générale pour le sauvetage de la planète. « Qui que vous soyez, où que vous soyez, on a besoin de vous maintenant », lance-t-elle dans sa capsule vidéo.

Avec cet appel général à la grève, elle s’adresse à la population mondiale incluant les enfants qui sont, eux aussi, invités à se joindre aux militants en manquant les cours de ce vendredi. Si elle n’a pas encore le droit de vote, la jeune fille compte bien faire entendre sa voix. « Vous parlez seulement de cette éternelle croissance verte, parce que vous avez trop peur d’être impopulaires », dénonce Greta devant les délégués internationaux de la tribune de l’ONU.

« Vous êtes trop immatures pour dire les choses telles qu’elles sont, mais moi je n’en ai rien à faire d’être impopulaire. Moi je me préoccupe seulement de garder une planète vivante », s’était également exprimée l’adolescente sur Franceinfo.

 

En 1992, une autre jeune fille avait fait sensation.

On pourrait penser que ça n'a servi à rien au niveau politique quand on voit la situation actuelle, 26 ans plus tard. Mais on peut constater pourtant que le nombre d'individus conscients augmente jour après jour. Il viendra le moment où le pouvoir de la masse s'imposera. 

 

Vivre dans un écovillage

Par Le 15/12/2018

 

Image associée

Si je pousse la réflexion un peu plus loin dans le temps, je pense que ces éco-villages seront les "noeuds vivants et solidaires" d'une probable époque très tourmentée. 

Autonomes, intégrés à la nature et non aux zones urbaines et regroupant tous les talents nécessaires. 

 

 

Je veux vivre dans un écovillage où l’on respecte l’humain et la planète

 Fabrice Renault

 

 

Les écovillages sont-ils les communautés du futur ? C’est une question que je me pose depuis quelques années. Il faudra bien que j’aille vérifier ça un jour ! Mais au delà de la réponse qu’il me reste à trouver, je constate que ce concept est encore très peu connu de la majorité des gens. Pourtant, les écovillages sont  apparus dès le début du 20ème siècle. Depuis, ils se sont développés un peu partout à travers le monde. La France n’en compte que quelques dizaines seulement. Je pense que les communautés qui font vivre ces écovillages sont exemplaires à bien des égards.

vivre dans un écovillage

Je veux vivre dans un écovillage où l’on respecte l’humain et la planète

Les écovillages se sont construits avec le souci d’incarner une solution d’avenir. Ça tombe bien : c’est ma préoccupation majeure l’avenir !

Laissez-moi vous présenter ce que sont les écovillages, quels concepts ils mettent en pratique. Peut-être que vous aussi serez séduit(e) ? J’espère vous donner l’envie, sinon de vous y installer demain, mais au moins d’y regarder de plus près et de vous poser certaines questions.

Un écovillage, c’est quoi au juste ?

Premier constat : des communautés de taille raisonnable

Un écovillage rassemble une communauté de gens dans un lieu à taille humaine, ne dépassant généralement pas les quelques centaines d’habitants. La plupart des écovillages se sont créés de manière spontanée. Ils se sont développés au fur et à mesure des rencontres avec d’autres personnes, au gré des capacités des uns, puis des autres. Ça tombe bien, j’ai moi-même quelques aptitudes que j’aimerais faire profiter à d’autres… pas vous ?

vivre dans un écovillage

Plusieurs points communs réunissent les membres de la communauté. À commencer par leur intérêt pour des valeurs éthiques. C’est, fondamentalement, ce qui les amènent à développer des modes de vie différents, ou alternatifs diront certains. En effet, bien des différences existent entre les écovillages et les villes, petites ou plus grandes, dans lesquelles vivent une grande majorité de la population. L’éthique, quand il n’est pas galvaudé, ce terme est bien trop souvent absent du mode de vie en société qui nous est proposé. C’est bien là que le bas blesse pour ce qui me concerne.

Préserver la Terre pour les générations futures

J’ai un enfant. Je sais que je ne suis pas le seul. Je sais aussi que je ne suis pas seul à m’interroger sur l’état du monde de demain. Dans bien des écovillages, l’objectif commun s’articule autour d’une envie profonde partagée : celle de léguer aux générations futures un monde riche et intact. Transmettre un monde que les hommes n’auront pas détruit, un monde qui aura encore une nature entière à offrir.

C’est bien cela que je veux, et rien n’y personne ne m’empêchera de le faire !

L’idée est simple : ne pas considérer notre planète Terre comme un puits sans fond duquel on pourrait soustraire tout ce que l’on veut sans jamais devoir le lui rendre. Au contraire, toutes les ressources prises à la Terre doivent pouvoir lui être rendues. Il s’agit ainsi de vivre sans laisser de traces néfastes. Je suis parfaitement d’accord pour passer d’une vie de consommateur effréné à celle d’un artisan de la nature préservée, responsable de mes actes, fier de ce que je lègue aux autres.

L’humain au centre des préoccupations

Mais au delà de la seule question environnementale, l’écovillage attache aussi beaucoup d’importance à l’humain. Un écovillage s’emploie à recréer une mini-société qui n’est pas individualiste. La convivialité y a une importance capitale, au même titre que le respect et la solidarité. Les habitants bâtissent des liens forts les uns avec les autres, pour favoriser l’épanouissement de chacun tel qu’il est.

La concurrence et la compétition n’ont pas leur place dans les écovillages. Alors que chez nous, ces notions sont développées dès la scolarité… Je ne souhaite pas posséder plus qu’un autre. J’aimerais que chacun dispose du nécessaire, et je suis près à investir de mon temps pour cela. Ça tombe bien, car dans un écovillage, on se concentre plutôt sur ce que l’on peut construire ensemble, pour chacun des membres de la communauté. On cherche à répondre collectivement aux besoins particuliers de chacun, ni plus, ni moins.

Quand le respect n’est pas un vain mot

Respect de chacun. La vie en communauté dans un écovillage consiste aussi à respecter les différentes croyances, notamment religieuses et politiques, des autres habitants. Arrêtons donc de stigmatiser « les autres », ceux qui n’ont pas fait les mêmes choix que nous.

Respect de tous. Les gens sont libres de décider par eux même. Le pouvoir n’est pas confisqué par quelques uns. Les décisions se prennent en communauté, sur les principes de la démocratie participative. La seule vrai démocratie en fait. Car, force est de constater que notre société d’aujourd’hui est axées autour d’un pouvoir décisionnaire qu’il n’est pas possible de contester.

Respect des générations futures. Enfin, le concept de durabilité est également fondamental dans les écovillages. La durabilité est au centre de toutes les décisions prises par la communauté, qu’elles soient liées à l’environnement, à l’humain ou à n’importe quel autre domaine. L’impact de chaque décision est donc pris en compte, pour s’assurer qu’il ne soit pas négatif. L’idée, ici, est d’utiliser le présent pour construire le futur, et veiller à ce qu’aucune action mise en oeuvre ne le détruise. Qui peut souhaiter « détruire l’avenir » ? Toutefois… qui ne le détruit pas, bien malgré lui ?

Centrer la vie de l’écovillage autour de l’environnement

Vous le savez maintenant : l’environnement et sa protection est un point essentiel dans les écovillages. Les habitants visent tous à réduire leur empreinte écologique autant que possible. Pour cela, ils utilisent un grand nombre de techniques qui les différencient souvent fortement des pratiques de la société actuelle.

Tout d’abord, ils créent des maisons durables qui s’intègrent à leur environnement. Il est question ici, de construire des maisons avec des matériaux écologiques, mais aussi de créer des maisons passives. L’énergie renouvelable fait évidemment partie intégrante de ces habitats, qui tendent vers l’autonomie énergétique.

Ensuite, les écovillages font la part belle à la permaculture, qui leur permet de cultiver fruits et légumes tout en respectant le sol et la nature. Au niveau alimentaire, l’un des objectifs de ces communautés est l’autosuffisance. Au moins, plus besoin de se demander ce qu’il y a dans notre assiette, sachant que la réponse n’est jamais très rassurante…

L’environnement est aussi respecté par le désir de ne gaspiller aucune de ses ressources. Nourriture et eau sont ainsi utilisées avec le plus grand soin.

Enfin, les écovillages donnent beaucoup d’importance à la gestion des déchets. Sans surprise, il n’est évidemment pas question de produire un nombre infini de déchets qui mettront l’environnement à mal. Le recyclage occupe donc également une place de choix au sein des décisions prises par les membres de la communauté.

Vivre ensemble et penser « communauté »

Les écovillages mettent de nombreuses initiatives en place pour favoriser les interactions sociales favorisant le développement personnel de chacun(e). L’harmonie entre les habitants est précieusement mise en oeuvre et préservée dans les écovillages. En comparaison avec ce qu’est la vie en communauté dans la plupart des villes grandes ou moyennes, c’est le jour et la nuit.

vivre dans un ecovillage

Coupés du monde les écovillages ? Pas sûr…

De nombreuses activités culturelles et sociales sont notamment organisées, mêlant enfants et adultes. Dès lors, adieu les émissions télévisées quotidiennes qui ont une incidences si néfaste sur les individus.

On trouve aussi un grand nombre d’initiatives économiques, telles que la mise en place de petites entreprises locales qui créent de l’emploi au sein de la communauté en utilisant les forces et qualités de chacun de ses habitants. L’accent est également fortement mis sur l’entraide et l’échange. Non, l’argent ne régit pas tout !

Au final, l’objectif est de créer une communauté dans laquelle il fait bon vivre. Dans un écovillage on ne vit pas entouré de voisins à qui l’on n’adresse pas la parole. C’est une communauté ou chacun trouve sa place, ou chacun à de la valeur et des compétence reconnues.

Plusieurs formes autour d’un même concept

Les écovillages peuvent prendre plusieurs formes selon le lieu dans lequel ils sont installés, mais aussi selon leurs habitants et leur dynamique. Si certains écovillages se trouvent à la campagne, d’autres se trouvent aux abords des villes, ou même dans certains quartiers urbains. Cela permet aux habitants de continuer à travailler en ville. En effet, le but n’est pas de vivre en rejet de tout ce qui compose la société actuelle.

C’est pourtant une idée facilement véhiculée par ceux qui ne connaissent pas la vie d’un écovillage. Cette idée selon laquelle «des sectes fermées», voire dangereuses, constituent les écovillages est bien-sûr fausse. Probablement est-il rassurant pour ceux qui n’osent pas s’en rapprocher, de coller une étiquette négative aux écovillages.

C’est une façon rapide et pratique de se dédouaner d’un possible rapprochement, et/ou de s’abstenir de faire le bilan d’une vie de travailleur-consommateur-pollueur.

C’est bien de cette vie là dont je veux m’éloigner, pour aller vivre un jour prochain, dans un écovillage où l’humain et la planète sont respectés. Je suis persuadé que cette envie est partagée par plus d’une personne. Et vous, y avez-vous déjà songé ?

Pour en savoir davantage :

Consultez l’annuaire des écolieux, écovillages et écohameaux en France : toitsalternatifs.fr

Site du réseau mondial des écovillages (en Anglais) : GEN.ecovillage.org

 

 

 

"Kung fu"

Par Le 13/12/2018

"Kung Fu".....Cette série-là, je pense que c'est ma première rencontre télévisuelle avec la spiritualité. Je peux retrouver la musique du générique en quelques secondes et je me souviens même qu'à la plage, je m'amusais à imiter la démarche du héros dans le sable :) J'adorais les insertions de souvenirs avec l'image qui se flouait parfois pour les annoncer. J'adorais la sérénité du personnage et les phases d'éveil dans son enfance. J'en étais très touché...C'est certainement aussi la première fois que je découvrais les philosophies orientales...Je ne m'en suis jamais éloigné par la suite...J'entendais des paroles qui me semblaient étranges et m'interpelaient, cette vie intérieure, tout ce qui ne se dit pas, toutes les questions insolubles... Je suis allé vers la philosophie pour répondre sans doute aux questions de cet enfant.

Mon écriture porte quelque chose de cette série. J'ai toujours voulu que la nature soit le lieu d'éveil des personnages de mes romans. Qu'elle soit même l'instigatrice, la facilitatrice, le calice, le seul endroit pouvant générer ce genre de transformation ultime. Dans KUNDALINI, la nature est donc un personnage à part entière. Il y a Sat, Maud et la montagne, la forêt, les rochers, les plantes, les torrents, les cascades, les canyons lumineux, les lacs aux eaux pures, les nuages, le vent, le silence.... Et deux personnes qui parlent, se découvrent, se révèlent, se dénudent, s'explorent.

KUNDALINI :" un pur bijou"

Par Le 12/12/2018

Thierry Ledru

1 min · 

Il doit y avoir un alignement de planètes, je ne vois que ça :) 
Deux messages enthousiastes le même soir, par deux femmes que j'estime au regard de leur engagement dans le développement personnel, c'est un bonheur immense.

 

 

"J'ai la joie de vous partager un pur bijou : le livre Kundalini de Thierry Ledru, 435 pages parcourues avec délice et émotion en 3 jours ! Un régal pour l'âme et le cœur... C'est simple, je n'ai jamais rien lu d'aussi beau sur la sexualité sacrée... Et maintenant je saurai quoi conseiller à mes clients comme lecture pour aborder ce thème. Mon corps a réagi aussi en lisant ce livre (larmes de reconnaissance, frissons, pfff...), enfin un livre d'une justesse incroyable et au style époustouflant qui résume parfaitement bien le processus que je vis depuis plusieurs années ! A diffuser.

Je ne résiste pas à l'envie de vous en partager quelques pages."

Aucun texte alternatif disponible.

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‎Valérie-Anne Jouinot‎ à Bien-être, spiritualité, relations conscientes & sexualité sacrée

55 min

J'ai la joie de vous partager un pur bijou : le livre Kundalini de Thierry Ledru, 435 pages parcourues avec délice et émotion en 3 jours ! Un régal pour l'âme et le coeur... C'est simple, je n'ai jamais rien lu d'aussi beau sur la sexualité sacrée... Et maintenant je saurai quoi conseiller à mes clients comme lecture pour aborder ce thème. Je ne résiste pas à l'envie de vous en partager quelques pages

Voici déjà la 4e de couverture : 
Maud, professeur de yoga, a cinquante-deux ans. Laurent, son mari, l’a quittée. Sans aucun signe précurseur. Une rupture destructrice. Des mois de détresse, de colère, de remords, d'interrogations sans fin.
Puis Maud décide de s'accorder un séjour dans une région perdue des Alpes. Besoin de nature et de paix intérieure.
Elle va rencontrer Sat, un homme plus jeune qu'elle. D'origine hindoue, il détient la clé de l'éveil de Maud. Elle va vivre avec lui une réelle métamorphose.
Naturisme, méditation, respect, silence, contemplation, libération, conscience… Sexualité sacrée vers le couple divin. Illumination.
Jusqu'à l'ultime révélation… Ce qui est au-delà du connu.

« Puisque nous pensons en fonction de nos expériences et des sensations éprouvées, qu'en est-il lorsque la sensation est irrationnelle ? À quelle objectivité peut-on prétendre ? Une émotion qui n'a pas de raison d'être et qui en vient à briser toutes les certitudes et les modèles intégrés doit-elle être rejetée ou pleinement explorée ? Quitte à prendre des risques au regard d'une vie formatée… Je n'avais pas le choix. Il fallait que j'écrive ce roman… Je ne pouvais pas déposer simplement de telles questions dans un coin de ma tête au risque qu'elle se mette à pencher d'un côté. »

Le mot de l’éditeur : « Thierry Ledru signe ici un OVNI littéraire. Une fiction qui a des allures d’essai philosophique, et qui trace un cheminement spirituel tout en emportant le lecteur dans une histoire grandiose et poétique. Un roman qui éveille les consciences et les sens, le tout composé d’une écriture magnifique et envoûtante ».


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KUNDALINI : "roman initiatique"

Par Le 12/12/2018

Reçu aujourd'hui sur ma page Facebook.

Je rayonne de bonheur.

L'expression "roman initiatique" m'émeut considérablement. C'était effectivement mon objectif.

Ce genre de romans est, à mes yeux, au-delà de la lecture habituelle. Il n'est pas destiné à transformer les gens mais à insérer en eux le désir de la transformation, de l'éveil à soi.

J'ai écrit ce roman en ressentant quelque peu les émotions que j'avais éprouvées à lire, adolescent, le livre "Citadelle" d'Antoine de Saint-Exupéry, le livre qui m'a décidé à écrire à mon tour...Le roman initiatique de ma vie. Non pas avec la prétention d'en comparer les écritures mais juste cette conscience que ce livre agirait peut-être de la sorte.

Si cela est le cas, j'en suis immensément heureux.  

SpiriVie - les rendez-vous de la Vie Spirituelle

2 h · 

"Voici un de mes livres préférés écrit par Thierry Ledru. Ce livre est un roman initiatique de nos dimensions sacrées et énergétiques. C'est aussi une histoire d'amour comme vous n'en avez encore jamais lue ...

Pour commander le livre ou l'offrir à Noël : https://www.editionsdu38.com/hors-collection/kundalini/"

 

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