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Ecriture et vie professionnelle.

Par Le 10/11/2018

Cette fois, c'est terminé pour "TOUS, SAUF ELLE." En dehors des demandes éventuelles de mon éditrice ;) 

Le manuscrit part en lecture...

J'ai écrit la première phrase en décembre 2017. Il ne s'est sans doute jamais écoulé plus d'une semaine sans que je travaille sur le texte. Et même si je n'étais pas en "écriture", je restais en réflexion. C'est très envahissant l'écriture. Mais c'est une invasion que j'aime infiniment.

 

Mille mercis à Philippe Renaissance-neo pour son aide, un fabuleux travail de correction, un limier digne de Sherlock Holmes. J'ai été élève d'un très bon professeur pendant une quinzaine de jours.

C'est la première fois que je termine un roman par le titre du roman suivant. J'aime bien l'idée de cette "passerelle". Par contre, l'écriture du tome 3, ça sera pour fêter le premier jour de ma troisième vie : écolier, salarié, RETRAITÉ. 


Le sujet est trop complexe pour que je puisse mêler ça avec l'enseignement du français, des maths, des sciences, de l'histoire, de la géo, du sport, du dessin, du travail manuel, de l'éducation civique, de la musique, de l'anglais, de la technologie. Et les réunions du soir, les rencontres avec les parents, la formation professionnelle ( 1500 heures de ma vie qui n'auront servi absolument à rien.), les corrections de copies, les bulletins scolaires, les recherches de documents, les préparations de classe, le cahier du jour (bon, le mien tient dans un cahier de dix pages maximum) et patati et patata...Le quotidien d'un enseignant.

On peut y ajouter les milliers d'heures, hors classe, pendant lesquelles je pense à mes élèves, n'importe quand, n'importe où, juste parce qu'ils tiennent une place considérablement importante dans ma vie et que je sais à quel point ces neuf mois de vie commune peuvent les meurtrir ou les aider à éclore... Je n'arriverai pas à gérer les deux correctement et ça serait impardonnable, pour les enfants et pour les mots.

"CHAPITRE 60

Elle répéta intérieurement la supplique, comme une antienne salvatrice, avec en arrière-plan les images chaotiques de la fin d'un monde.
« Il faudra beaucoup d'amour... Il faudra beaucoup d'amour... Il faudra beaucoup d'amour... »

 

 

LES HÉROS SONT TOUS MORTS : Commentaire (2)

Par Le 09/11/2018

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-Les héros sont tous morts 
-Thierry Ledru 
-Éditions du 38, 2018 
-192 pages 
-Thriller, roman noir, aventure 

*Je tiens à remercier les Éditions du 38 pour ce service de presse. *

ÉDITIONS DU 38: ICI
AMAZON FRANCE: ICI AMAZON CANADA: ICI

Le commentaire de Martine : 
L’histoire tourne autour d’une mallette remplie d’argent, et l’urgence d’agir vite et de faire des choix éclairés afin de bien dépenser cet argent. Plusieurs personnages avec une narration totalement différente, des personnages hauts en couleur qui vont avoir près d’eux cette mallette qui les fait bousculer d’un côté obscur de leur personnalité. 
Thierry Ledru a un talent hors du commun pour manier le verbe, il a aussi une immense imagination pour nous créer des personnages marquants. Une intrigue captivante qui est superbement rythmée qui ne laisse pas la chance au lecteur de vouloir arrêter sa lecture. Il nous présente une fine analyse de la noirceur de l’humain pour le péché de l’avarice. 
J’ai aimé ma lecture qui fut enivrante et très attrayante. 

Résumé : 
Un lendemain de beuverie, pour s’aérer la tête et se vider des miasmes de l’alcool, Gaston, chasseur invétéré, part pister le sanglier. Des coups de feu retentissent, venant du cul-de-sac de la route forestière du Sappey. L’homme s’approche, et découvre trois corps. Une mallette est attachée au poignet d’une des victimes. Pleine de billets. Un million quatre cent mille euros. Gaston s’empare de son couteau de chasse, découpe le poignet du mort et s’enfuit avec l’argent. 
Lucas, Lucie, Thomas, Laure, Fabien, Mathieu... chacun de ceux qui vont croiser la route de la mallette maudite va sombrer du côté le plus noir de sa personnalité. Envolée l’empathie, effacée la morale, oubliés les préceptes de respect des autres. Cet argent sale semble contaminer irrémédiablement tous ceux qui le touchent. Y a-t-il une rédemption possible ? Dans un registre plus noir que d’habitude, et sur fond de polar, on retrouve l’excellente écriture de Thierry Ledru, qui nous livre une analyse en miroir de l’âme humaine, et nous pousse à nous interroger : qu’aurions-nous fait avec cette mallette ?

Tag(s) : #THRILLER#ROMAN NOIR#AVENTURE

Des hernies en montagne.

Par Le 07/11/2018

"Remaniements discaux dégénératifs étagés, prédominant sur les deux derniers étages, arthrose zygapophysaire postérieure prédominant en L4/L5, signes de souffrance radiculaire L4 et L5 gauche par des protrusions disco-ostéophysiques." IRM du 27 septembre.

 

Sommet des "grands moulins", dimanche 4 novembre.

Les massages aimants de Nathalie, les soins de Cathie Marchan, ostéopathe, les étirements quotidiens de yoga, la gestion des pensées...

L'amour.

Il me suffit de lever les yeux pour être motivé : Nathalie devant moi, les montagnes.

Je ne cours pas encore, la jambe gauche ne revient pas assez vite, le mollet est encore "ankylosé" mais les appuis sont solides, même dans la caillasse et la neige. 

Je laisse le temps à ma jambe de se remettre, je ne force rien. Mais je sais aussi que c'est Là-Haut que tout est possible. Les jours douloureux ne sont pas des peines mais un défi : juste celui de la patience et de l'amour de la vie. 

J'ai déjà perdu temporairement le bonheur des montagnes. Deux fois. Deux fois où la médecine ne présageait pas d'un retour possible avant longtemps, voire jamais. 

Je suis toujours remonté.

 

 

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Marine, intra-terrestre.

Par Le 03/11/2018

 

Thierry Ledru

"Intra-terrestre". Voilà comment je définis notre fille, Marine. On trouve aussi tous les "terrestres", les individus qui aiment la nature mais vivent dans un cadre "hors-sol", c'est à dire une maison ou un appartement et se ressourcent à l'extérieur, en forêt, en montagne, en bord de mer. Et puis, il y a les "extra-terrestres", ceux qui vivent hors sol et s'y plaisent, ceux qui ont rompu tout lien avec cette nature. 
Marine vit dans la forêt, seule avec Yuka, Petit chat et Jojo le lapin. Elle a tiré plusieurs centaines de mètres de tuyau pour capter une source dans la forêt, un panneau solaire lui apporte le minimum d'électricité et un poêle à à bois assure le chauffage. Quand elle a commencé l'aménagement de ce lieu, ça n'était qu'une "jungle" totale d'aulnes, de ronces et de divers végétaux...Un défi hallucinant à la mesure de ses rêves. 
Machette, hache et tronçonneuse en action. Des semaines de travail et quand elle finit un endroit et qu'elle lève les yeux, elle découvre la suite...Puis, la suite...Et encore la suite...

Une fois la piste nettoyée, vu la raideur de la pente et l'étroitesse des virages, le camion a été tiré par une pelleteuse, puis la caravane a suivi. Pas d'effets spéciaux pour cette réalisation mais une journée très spéciale...
"C'est quasiment infaisable, c'est pour ça qu'il faut le faire."

Puis la construction de la "cabane". La mise en place du poêle à bois, les toilettes sèches, et toujours des murets à remonter, des terrasses à dégager, le bois de chauffage à tronçonner et à ranger...
La semaine dernière, Marine et moi, on a couvert les panneaux d'agglomérés par un bardage bien épais pendant que Nathalie continuait à remonter des murets de terrasses pour les "carrés" de potager, à retrouver les anciens sentiers, tous ces aménagements qui datent de cette époque où les hommes vivaient là-haut, avant d'être attirés par les sirènes du progrès et les mines de charbon...Tout a été abandonné lentement et maintenant, c'est un territoire qui appartient surtout aux sangliers, cerfs, biches, chevreuils, renards, blaireaux, hérissons, rapaces...
Le silence, les lumières, le ciel, les nuages, les buses qui tournoient... Parfois, on s'assoit et on ne fait rien. On écoute...
En mode "intra-terrestre."

Avec Marine. Force et honneur. Tout notre amour pour elle.

 

Il y a un an. Marine avait mis le camion et la caravane en place. 

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On débroussaillait, on construisait les escaliers avant de préparer toutes les terrasses pour le potager. 

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La cabane était montée quand on est arrivé la semaine dernière. Il restait à la couvrir avec le bardage.

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KUNDALINI : Yoga nu.

Par Le 03/11/2018

   
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Le yoga nu, nouvelle tendance bien-être pour accepter son corps et se sentir libre

 

Le yoga nu est la nouvelle tendance dont tout le monde parle sur Instagram. Des clichés de jeune fille nue sur internet ? Mais encore ? On trouve de tout et souvent n’importe quoi sur les réseaux sociaux, surtout lorsqu’on parle “beauté bien-être”. Certains sont d’ailleurs très ingénieux (ou pas) pour faire parler d’eux. Alors… le yoga nu est-il une mode passagère ou un réel mouvement

Le yoga nu est une tendance “body positive” lancée et médiatisée par l’instagrameuse Nude Yoga Girl. Photographe et mannequin, cette jeune femme au physique longiligne s’expose en posture de yoga dans son plus simple appareil. Elle est grande, blonde, belle. Les postures sont maîtrisées, les photos ressemblent à des oeuvres d’art, le concept plaît déjà à plus de 700.000 personnes. Des followers qui s’intéressent à la qualité des photos et au message véhiculé. À la suite de quoi s’est créé le hashtag #NYGyoga pour recenser les clichés toujours plus nombreux des nouveaux adeptes.

Accepter son corps et le trouver beau

pour reconquérir sa paix intérieure ?

Selon l’ambassadrice, l’avantage principal du yoga nu est d’inciter les pratiquants à s’accepter tels qu’ils sont. Au magazine américain The Cut,elle explique : “Grâce à ce compte, je veux inviter les gens à se rendre compte que leur corps est beau et qu’il est capable de faire des choses incroyables.”

Le yoga m’a appris que le plus important est ce que je ressens et non ce à quoi je ressemble. NYG

La jeune femme de 25 ans, qui souhaite rester anonyme, avoue suivre un régime strict à partir d’aliments sains qui lui permettent de s’accepter (en plus de la pratique quotidienne du yoga). “Le yoga m’a appris que le plus important est ce que je ressens et non ce à quoi je ressemble.” Elle avoue également que la nudité lui procure un sentiment intense de liberté. À vous de juger.

 

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KUNDALINI

"Elle reprit son avancée et se dirigea vers l’extrémité du bassin, en amont. Elle traversa le cours d’eau à son endroit le plus étroit et rejoignit un parterre de dalles qu’elle longea sur une centaine de mètres. L’eau était d’une clarté absolue et entre les roches, là où le courant s’était éteint, il était difficile de situer la surface sans y poser la main.

Une cascade d’une quinzaine de mètres de haut fermait les lieux, plusieurs ressauts accumulant des bassins. Un débit limité, nul vacarme liquide mais un chant de carillons qui ruisselait dans un couloir verdi par des mousses. Une imposante barrière rocheuse limitait la poursuite de l’exploration. Il aurait fallu un matériel d’escalade complet.

C’est en atteignant l’extrémité du bassin qu’elle le vit. Il était sur l’autre rive. Debout, dans une posture étrange. Un large bloc descendant jusqu’à l’eau l’avait caché jusque-là.

Un homme. Nu.

Une jambe pliée à angle droit, comme s’il était assis sur une chaise, l’autre posée sur la cuisse horizontale, les bras levés au-dessus de la tête. Elle n’aurait jamais imaginé une telle position.

Les yeux fermés semble-t-il. Parfaitement immobile. Les mains tournées vers le ciel, paumes ouvertes.

Le crâne chauve, lisse. Et pourtant un corps qui paraissait jeune. Elle devinait des muscles saillants, des reflets noueux.

Elle redescendit vers l’aval pour ne pas rester face à lui. Le bassin les séparait d’une vingtaine de mètres. Elle ne voulait pas paraître intrusive.

Séance de méditation. Une certitude. Elle ne pouvait affirmer qu’il l’avait vue.

Elle posa son sac, sans bruit et libéra ses cheveux.

Un instant d’hésitation.

Elle se déshabilla. Un adepte du naturisme, elle n’avait aucune raison de gâcher sa journée. Elle était venue là pour le soleil et l’eau sur son corps. Sur tout son corps.

Elle entra doucement dans le bain, mouilla sa nuque et ses épaules, puis avança. Elle s’allongea et fit quelques brasses. La fraîcheur la ravit, ce bonheur sensuel du contact sur sa peau. Elle ne comprenait pas les gens qui se privaient de cette étreinte.

Elle lança un regard rapide vers l’homme. Il n’avait toujours pas bougé… Elle en était fascinée. Elle connaissait pleinement la difficulté de l’épreuve. Cette immobilité totale, dans une telle posture, réclamait un effort physique redoutable.

Elle rejoignit la berge et sortit. La sensation délicieuse que sa peau s’était contractée sous l’effet du froid, comme un bain de jouvence. Elle se sécha rapidement et huila son corps avec attention. Personne pour s’occuper de son dos.

Elle ne comptait plus les situations qui lui rappelaient sa solitude. Même la plus insignifiante surgissait immanquablement. Les caresses des mains de Laurent sur son dos n’entraient pas dans le registre des choses insignifiantes mais de celles qui la faisaient désormais souffrir par leur absence. Elle sortit ses lunettes de soleil et s’allongea.

Cesser de penser à un temps fini. S’ancrer dans l’instant. Laisser la vie mener son existence.

L’expression la surprit. Ces pensées insolites qui jaillissaient depuis peu en elle, ces associations inhabituelles de mots, ces verbalisations percutantes, des observations intérieures qui ne lui ressemblaient pas.

Elle avait du mal à se les attribuer. Comme si les données émanaient de l’extérieur, qu’il ne s’agissait pas d’elle mais d’une compréhension nouvelle qui lui était proposée, comme si un élément récepteur s’était enclenché.

Elle ne comprenait même pas ce qu’elle imaginait.

Elle osa un regard discret.

L’homme avait changé de posture. En équilibre sur les mains, les jambes à la verticale. Parfaitement aligné, droit, immobilité absolue.

Les jambes descendirent doucement dans le dos et les deux pieds se posèrent sur l’arrière du crâne. Il bascula légèrement sur le côté et leva un bras.

Aucun tremblement visible, aucun vacillement. Une perfection totale dans l’exécution, une maîtrise qu’elle n’avait jamais vue. Une sculpture improbable et superbe.

Elle pensa soudainement à ce documentaire sur les moines Shaolin. Une soirée télévision pendant sa période sombre. Elle avait été subjuguée par la maîtrise physique et mentale de ses hommes. Uniquement des hommes d’ailleurs. Comme si cette perfection n’était pas accessible aux femmes.

Il lui plaisait de participer à sa mesure à une autre image de la femme mais elle devait bien admettre malgré tout que la maîtrise de son mental était dérisoire au regard de ces moines. Elle avait certainement atteint un haut niveau dans sa pratique physique mais elle ressentait maintenant un manque indéfinissable. Un vide en elle qui semblait l’aspirer.

Plusieurs jours que l’idée la tourmentait.

Sans qu’elle ne s’explique ce trouble.

Il s’était allongé. Sur le dos. Pas de serviette au sol. Il monta les jambes puis le bassin et suspendit une chandelle rectiligne. Il garda la position trois ou quatre minutes puis laissa ses jambes descendre et se replier en tailleur. Comme s’il était assis en lotus mais à l’envers. Chaque geste était exécuté avec une lenteur infinie et une précision remarquable.

Il enchaîna encore une succession de postures toutes aussi exigeantes.

Elle ne parvenait plus à le quitter des yeux sans se libérer pourtant d’une certaine gêne. Est-ce qu’il l’avait vue ? Est-ce qu’il lui reprochait de perturber sa séance ? Est-ce qu’il la trouvait incorrecte ?

Malgré les interrogations, elle ne pouvait se détacher de la beauté de ce corps et de ses arabesques. Elle aimait dans le yoga cette maîtrise physique et elle éprouvait en regardant cet homme une étrange plénitude, comme si le bien-être visuel coulait en elle, comme si une énergie invisible flottait dans les airs et la parfumait.

Il lui prit l’envie soudaine de s’asseoir en lotus et de poser les paumes sur les genoux, tournées vers le ciel, pouce et index joints.

Elle prit une longue inspiration en gonflant la poitrine et le ventre, cuisses ouvertes puis elle enchaîna plusieurs respirations abdominales, langue posée, mâchoires détendues.

Elle sentit vibrer dans son corps un flux inconnu, une source de chaleur qui la ravit, des ondes qu’elle ne reconnut pas.

Elle ne put s’empêcher d’ouvrir les yeux, persuadée de façon incompréhensible que quelqu’un effleurait sa peau.

Elle croisa son regard et devina un sourire. Il était assis comme elle, mains jointes devant son plexus. Il déplia les bras et dans un geste lent et appliqué dirigea ses paumes vers elle. Comme s’il envoyait un salut, une prise de contact.

Elle frissonna. De la tête aux pieds.

Il ramena les paumes contre sa poitrine, leva les bras au-dessus de la tête et ouvrit les mains. Un geste empli de respect, comme une offrande."

KUNDALINI : version papier

Par Le 02/11/2018

Les commandes en version papier sont ouvertes :)

https://www.editionsdu38.com/hors-collection/kundalini/

 

KUNDALINI, L'ÉTREINTE DES ÂMES

Maud, professeur de yoga, a cinquante-deux ans. Laurent, son mari, l’a quittée. Sans aucun signe précurseur. Une rupture destructrice. Des mois de détresse, de colère, de remords, d'interrogations sans fin.

Puis Maud décide de s'accorder un séjour dans une région perdue des Alpes. Besoin de nature et de paix intérieure.

Elle va rencontrer Sat, un homme plus jeune qu'elle. D'origine hindoue, il détient la clé de l'éveil de Maud. Elle va vivre avec lui une réelle métamorphose.

Naturisme, méditation, respect, silence, contemplation, libération, conscience… Sexualité sacrée vers le couple divin. Illumination.

Jusqu'à l'ultime révélation… Ce qui est au-delà du connu.

« Puisque nous pensons en fonction de nos expériences et des sensations éprouvées, qu'en est-il lorsque la sensation est irrationnelle ? À quelle objectivité peut-on prétendre ? Une émotion qui n'a pas de raison d'être et qui en vient à briser toutes les certitudes et les modèles intégrés doit-elle être rejetée ou pleinement explorée ? Quitte à prendre des risques au regard d'une vie formatée…  Je n'avais pas le choix. Il fallait que j'écrive ce roman… Je ne pouvais pas déposer simplement de telles questions dans un coin de ma tête au risque qu'elle se mette à pencher d'un côté. »

Le mot de l’éditeur : « Thierry Ledru signe ici un OVNI littéraire. Une fiction qui a des allures d’essai philosophique, et qui trace un cheminement spirituel tout en emportant le lecteur dans une histoire grandiose et poétique. Un roman qui éveille les consciences et les sens, le tout composé d’une écriture magnifique et envoûtante ».

Kundalini

Broché 152 x 229

438 pages

octobre 2018

22,00 €

  •  disponible
  •  8 à 12 jours de délai de livraison
Livre numérique Kundalini - L'étreinte des âmes
Thierry Ledru
Les éditions du 38
7,99 €

Thierry Ledru vit en Savoie. Après un BAC litté/philo, il est tout de suite entré à l’école Normale, en Bretagne. Passionné par l’escalade et l’alpinisme, il est allé vivre dans les Alpes.

« J’ai eu la chance immense d’avoir un prof de français et une prof de philo extraordinaires. J’adorais lire et écrire et peu à peu ils m’ont permis d’avoir avec eux une relation privilégiée, des échanges extrêmement enrichissants, non seulement d’un point de vue cognitif mais surtout sur le plan humain. Krishnamurti, Ouspensky, Platon, Gurdjieff, Camus, Sartre, Saint-Exupéry, Lanza del Vasto, Gandhi, Koestler, Conrad, Steinbeck, Heminghway, Prajnanpad, Vivekananda, Sri Aurobindo, London, Moitessier, Arséniev, tout ce qu’ils m’ont fait connaître ! Tout ce que je leur dois ! J’écrivais des nouvelles, ils les lisaient, les critiquaient, m’encourageaient. Ils disaient tous les deux qu’un jour je serai édité. »

Dans ses romans, Thierry Ledru pousse ses personnages à l’extrême d’eux-mêmes, il les confronte à des questionnements et à des événements qui les font avancer, leur ouvre un cheminement intérieur que le lecteur emprunte à leur suite avec un grand bonheur.

 

Son blog : Là-Haut


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Thierry Ledru

 

Sat et Maud...


On ne fait pas l'amour ; c'est l'amour qui nous fait.

 

"L'amour n'est pas une relation, l'amour est un état d'être.
Cela n'a rien à voir avec qui que soit d'autre.
On n'est pas "en amour", on est amour;
Mais c'est un résultat, un sous-produit, ce n'est pas la source..."

Osho

 

Aquarelle : Tina Maria Elena 

https://tinamariaelena.com/make-love-watercolor/

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Pour la classe

Par Le 01/11/2018

La semaine prochaine, en classe, on va parler de la guerre de 14-18 et je vais passer cette vidéo. Je tiens à montrer aux enfants que les hommes savent aussi être des humains. Ou l'inverse. Mais qu'en tout cas, dès qu'ils pensent avec leurs cœurs, ils en oublient les mots d'ordre.

Leur montrer la guerre autrement qu'avec des noms de généraux ou de batailles mais à travers l'histoire des soldats. De quelques soldats.

Augustin Trebuchon, dernier Poilu tombé au combat, quinze minutes avant la signature de l'armistice...

et leur lire des "Lettres de Verdun" pour qu'ils comprennent également à quel point les témoignages écrits sont puissants...

Lettres

Karl Fritz, caporal.

Argonne, le 16 Août 1916

Chers parents et chères soeurs,

Le 2, à Saint-Laurent, nous avons entendu le signal de l’alerte. On est venu nous chercher avec des véhicules, et on nous a amenés jusqu’à quelques kilomètres du front de Verdun. […]

Vous ne pouvez pas avoir idée de ce qu’on a vu là-bas. Nous nous trouvions à la sortie de Fleury, devant le fort de Souville. Nous avons passés trois jours couchés dans des trous d’obus à voir la mort de près, à l’attendre à chaque instant. Et cela, sans la moindre goutte d’eau à boire et dans une horrible puanteur de cadavres. Un obus recouvre les cadavres de terre, un autre les exhume à nouveau. Quand on veut se creuser un abris, on tombe tout de suite sur des morts. Je faisais partie d’un groupe de camarades, et pourtant chacun ne priait que pour soi. Le pire, c’est la relève, les allées et venues. A travers les feux de barrages continus. Puis nous avons traversé le fort de Douaumont, je n’avais encore jamais rien vu de semblable. Là, il n’y avait que des blessés graves, et ça respirait la mort de tous les côtés. En plus, nous étions continuellement sous le feu. Nous avions à peu près quarante hommes morts ou blessés. On nous a dit que c’était somme toute assez peu pour une compagnie. Tout le monde était pâle et avait le visage défait. Je ne vais pas vous en raconter davantage sur notre misère, je pense que ça suffit. Nous étions commandés par un certain adjudant Uffe. On ne l’a pas vu. Mais le Seigneur m’est venu en aide. Là-dessus, nous sommes repartis pour Spincourt où on nous a chargés sur des véhicules à destination de Grandpont, puis nous sommes revenus en deux jours à nos positions devant Chapelle, où nous sommes maintenant un peu mieux installés.

Je vais écrire à Guste. Je vous embrasse de tout coeur et vous recommande à Dieu.

Votre fils et frère reconnaissant.

Karl


Gaston Biron

6 septembre 1916

Mercredi soir,

Ma chère mère,

Je t’envoie quelques lignes de tranchées où nous sommes depuis dimanche soir. De la boue jusqu’à la ceinture, bombardement continuel, toutes les tranchées s’effondrent et c’est intenable, nous montons ce soir en 1 ére ligne mais je ne sais pas comment cela va se passer, c’est épouvantable. Nous avons déjà des tués et des blessés et nous avons encore deux jours à y rester. Je donnerais cher pour être loin d’ici. Enfin espérons quand même.

Adieu et une foule de baisers de ton fils qui te chérit.

Gaston


Roger B

Au front

Ce 31 décembre 1916

Cher maître,

Si vous saviez comme on s’ennuie par les jours noirs et les nuits blanches, comme au long des lignes téléphoniques la boue des boyaux colle aux semelles lourdes d’eau, si vous saviez comment est long ce troisième hiver d’interminable bataille, comme on est seul parfois, au milieu même des camarades, quand on redit toutes les paroles de la veille lorsqu’il ne faut pas dormir ou que le sommeil ne vient pas.

Si vous saviez qu’il nous manque des livres et si j’osais vous en demander ; peut-être parmi tous les chefs-d’oeuvre que vous avez écrits, trouveriez-vous, dans un coin, deux ou trois brochures fatiguées et ternies et, paternellement, me les enverriez-vous ?

S’il en est ainsi, pour moi et les amis à qui vous aurez fait oublier le fardeau de quelques heures grises, je vous remercie de tout mon coeur et vous prie d’accepter l’hommage de la lointaine poignée de main.

Roger B


Le 13 novembre 1916

Chers parents,

[…] Il y a beaucoup de poilus qui se font encore évacuer aujourd’hui pour pieds gelés. Quand aux miens, ils ne veulent pas geler malheureusement car je voudrais bien une évacuation aussi.

Il n’y fait pas bon ici en arrière : ce sont les avions qui font des ravages terribles et en avant c’est loin de marcher comme les journaux vous annoncent. Ceux-ci sont des bourreurs de crâne pour encourager la guerre d’usure en bonshommes, en tout. Je termine pour aujourd’hui en vous embrassant de grand coeur.

Votre fils dévoué.

Auxence


Dimanche 14 février 1915

Cher ami

Quand nous sommes arrivés par ici au mois de novembre, cette plaine était alors magnifique avec ses champs à perte de vue, pleins de betteraves, parsemés de riches fermes et jalonnés de meules de blé. Maintenant c’est la pays de la mort, tous ces champs sont boulversés, piétinés, les fermes sont brûlées ou en ruine et une autre végétation est née : ce sont les monticules surmontées d’une croix ou simplement d’une bouteille renversée dans laquelle on a placé les papiers de celui qui dort là. Que de fois la mort me frôle de son aile quand je galope le long des fossés ou des chemins creux pour éviter leurs « shrapnels » ou le tac-tac de leurs mitrailleuses. La nuit, j’ai couché longtemps dans un tombeau neuf, puis on n’a changé de cantonnement et je suis maintenant dans un trou que j’ai creusé après le talus. J’emporte ma couverture pendue à ma selle, ma marmite de l’autre coté et en route. J’étais l’autre jour dans les tranchées (des Joyeux). Je n’ai jamais rien vu de si horrible. Ils avaient étayé leurs tranchées avec des morts recouverts de terre, mais, avec la pluie, la terre s’éboule et tu vois sortir une main ou un pied, noirs et gonflés. Il y avait même deux grandes bottes qui sortaient dans la tranchée, la pointe en l’air, juste à hauteur, comme des portes manteaux. Et les joyeux y suspendaient leurs musettes, et on rigole de se servir d’un cadavre boche comme porte-manteau. Je ne te raconte que des choses que je vois, autrement je ne le croirais pas moi-même.

Je compte que tu m’enverras des nouvelles de là-bas et je te quitte en t’envoyant une formidable poignée de main.

Taupiac


Samedi 1er août

Mobilisation générale.
Au jour le jour!

Dimanche 2 août

Premier jour de la mobilisation générale. Hier matin j’ai pris la résolution d’agir en Français! Je rendais mes cartons à la Musique, quand. Je me suis retourné machinalement sur la ville, la cathédrale vivait, et elle disait: «Je suis belle de tout mon passé. Je suis la Gloire, je suis la Foi, je suis la France. Mes enfants qui m’ont donné la Vie, je les aime et je les garde. » Et les tours semblaient s’élever vers le ciel, soutenues seulement par un invisible aimant.
Et Meyer me dit: « Vois-tu des boulets dans la cathédrale ? » J’ai été à l’infirmerie, je serai du service armé et si on touche à la France, je me battrai. Toute la soirée, des mères, des femmes sont venues à la grille. Les malheureuses! Beaucoup pleuraient, mais beaucoup étaient fortes.
Maman sera forte, ma petite mère chérie, qui est bien française, elle aussi! J’ai reçu sa lettre ce matin, dimanche. Ici, je te confie un secret, carnet, elle contenait cette lettre, une lettre d’une jeune fille qui aurait peut-être pu remplacer Thérèse un jour. Si je pars et si je meurs, je prie ma petite mère de lui dire combien j’ai été sensible à sa lettre de Villers, combien je l’ai appréciée dans sa droiture, dans son courage, dans sa grâce; combien je la remercie des bonnes paroles que j’ai vraiment senties être d’une amie. Je suis sorti ce matin prendre du linge, poser mon violoncelle chez Barette. J’ai écrit à petite mère. Je ne peux pas écrire à tous, mais je pense pourtant à tous nos amis.

Maurice MARÉCHAL


Le 5 août 1914
Chère Sylvanie
Je suis sur le point de prendre un Pernod chez l’Espagnol à côté du marché couvert avec Berry. Je viens de voir Caliste.
Tout est très calme, on dirait qu’on part pour les manœu­vres. Ce ne sera pas la vérité, mais quand même, nous n’en sommes pas encore là.
Je ne suis pas encore habillé. Nous sommes libres. Je vais finir mon canard ce soir chez le frère de Berry. Nous avons bu le demi-litre gros dans la cour de la caserne à midi.
[…] Tout marche bien, des pancartes voyagent à Agen pour Berlin et la peau de Guillaume sera à vendre un jour. J’ai vu tous mes anciens copains, tout contents d’aller en Alle­magne.
Je reste quelques jours à Agen. Si tu reçois la lettre avant dimanche, tu pourras me faire réponse.

HUGON Léon


Neuf jours après avoir écrit cette lettre, Alphonse X a été tué
par un obus.

Mercredi 5 mai 1915
Chérie,
Voilà le baptême du feu, c’est chose tout à fait agréable, tu peux le croire, mais je préférerais être bien loin d’ici plutôt que de vivre dans un vacarme pareil. C’est un véritable enfer. L’air est sillonné d’obus, on n’en a pas peur pourtant:
nous arrivons dans un petit village, où se fait le ravitaille­ment; là, on trouve dans des casemates enfoncées dans la terre les gros canons de 155 ; il faudrait que tu les entendes cracher, ceux-là; ils sont à cinq kilomètres des lignes, ils tirent à 115 sur l’artillerie boche.
On sort du village à l’abri d’une petite crête, là commencent les boyaux de communication; ce sont de grands fossés de 1 mètre de large et de deux mètres de profondeur; nous faisons trois kilomètres dans ces fossés, après on arrive aux
tranchées qui sont assez confortables. De temps en temps, on entend siffler quelques balles, les Boches nous envoient quelques bombes peu redoutables; nous sommes à deux cents mètres des Boches, ils ne sont pas trop méchants. Je me suis promené à huit cents mètres sur une route, à peine si j’en ai entendu deux siffler; nous avons affaire à des Bavarois qui doivent en avoir assez de la guerre, ça va
changer d’ici quelques jours.
Nous faisons des préparatifs formidables en vue des pro­chaines attaques. Que se passera-t-il alors, je n’en sais rien,
mais ce sera terrible car à tout ce que nous faisons nous prévoyons une chaude affaire. J’al le cœur gros mais j’attends toujours confiant; nous prévoyons le coup prévu avant dimanche. Si tu n’avais pas de mes nouvelles après ce jour, c’est qu’il me sera arrivé quelque chose, d’ailleurs tu en seras avertie par un de mes camarades. Il ne faut pas se le dissimuler, nous sommes en danger et on peut prévoir la catastrophe; sois toujours confiante malgré cela parce que tous n’y restent pas.

Alphonse


Le 27 août 1916

Cher papa,
Dans la lettre que j’ai écrite à maman, je lui disais tout notre bonheur à nous retrouver « nous-mêmes» après s’être vus si peu de chose… à la merci d’un morceau de métal!… Pense donc que se retrouver ainsi à la vie c’est presque de la folie: être des heures sans entendre un sifflement d’obus au-dessus de sa tête… Pouvoir s’étendre tout son long, sur de la paille même… Avoir de l’eau propre à boire après s’être vus, comme des fauves, une dizaine autour d’un trou d’obus à nous disputer un quart d’eau croupie, vaseuse et sale pouvoir manger quelque chose de chaud à sa suffi­sance, quelque chose où il n’y a pas de terre dedans, quand encore nous avions quelque chose à manger…
Pou­voir se débarbouiller, pouvoir se déchausser, pouvoir dire bonjour à ceux qui restent… Comprends-tu, tout ce bon­heur d’un coup, c’est trop. J’ai été une journée complète­ment abruti. Naturellement toute relève se fait de nuit, alors comprends aussi cette impression d’avoir quitté un ancien petit bois où il ne reste pas un arbre vivant, pas un arbre qui ait encore trois branches, et le matin suivant après deux ou trois heures de repos tout enfiévré voir soudain une rangée de marronniers tout verts, pleins de vie, pleins de sève, voir enfin quelque chose qui crée au lieu de voir quelque chose qui détruit!
Pense que de chaque côté des lignes, sur une largeur de un kilomètre, il ne reste pas un brin de verdure; mais une terre grise de poudre, sans cesse retournée par les obus: des blocs de pierre cassés, émiettés, des troncs déchiquetés, des débris de maçonnerie qui laissent supposer qu’il y a eu là une construction, qu’il y a eu des «hommes »… Je croyais avoir tout vu à Neuville. Eh bien non, c’était une illusion. Là-bas, c’était encore de la guerre: on entendait des coups de fusil, des mitrailleuses, mais ici rien que des obus, des obus, rien que cela; Fuis des tranchées que l’on se bouleverse mutuellement, des lambeaux de chair qui volent en l’air, du sang qui éclabousse… Tu vas croire que j’exagère, non. C’est encore en dessous de la vérité. On se demande comment il se peut que l’on laisse se produire de pareilles choses. Je ne devrais peut-être pas décrire ces
atrocités, mais il faut qu’on sache, on ignore la vérité trop brutale. Et dire qu’il y a vingt siècles que Jésus-Christ prêchait sur la bonté des hommes! Qu’il y a des gens qui implorent la bonté divine! Mais qu’ils se rendent compte de sa puissance et qu’ils la comparent à la puissance d’un 380 boche ou d’un 270 français 1… Pauvres que nous som­mes! P.P.N.
Nous tenons cependant, c’est admirable. Mais ce qui dépasse l’imagination, c’est que les Boches attaquent encore. Il faut avouer que jamais on aura vu une pareille obstination dans le sacrifice inutile: quand par hasard ils gagnent un bout de terrain ils savent ce que ça leur coûte et encore ne le conservent-ils pas souvent.
J’espère aller bientôt vous revoir et on boira encore un beau coup de pinard à la santé de ton poilu qui t’embrasse bien fort.

René PIGEARD


24 juin 1915
Dans la tranchée, le pis, ce sont les torpilles. Le déchirement produit par ces 50 kg de mélinite en éclatant est effroyable. Quand une d’elles tombe en pleine tranchée, et ces accidents-là arrivent, elle tue carrément 15 à 20 types. L’une des nôtres étant tombée chez les Boches, des pieds de Boches ont été rejetés jusque sur nos deuxièmes lignes.

Michel LANSON


1914
Les canons et les fusils ne marchaient plus, il régnait un silence de mort. Il n’y avait que les blessés qui appelaient: Brancar­diers! Brancardiers! A moi, au secours, d’autres suppliaient qu’on les achève. C’était affreux à voir. […] le bombardement commençait et il fallait rester là, à attendre les obus, sans pou­voir bouger jusqu’au soir 8 heures où on venait nous relever. Chaque soir il y avait 100 ou 200 blessés sans compter les morts. Un jour, on y passait la journée, l’autre la nuit, avec cela coucher à la belle étoile, nous n’avions rien pour nous couvrir, je me demande comment nous avons résisté. A l’ordinaire on ne tou­chait pas grand-chose, et la viande que tu touchais, on te la donnait à 2 heures du matin, c’était l’heure de partir, il fallait la balancer, on mangeait du pain sec; il y a longtemps que nous n’avions plus de provisions de réserve.

Pierre CHAUSSON


Le 26 juillet 1915
J’ai vu de beaux spectacles! D’abord les tranchées de Boches défoncées par notre artillerie malgré le ciment et les centaines de sacs de terre empilés les uns au-dessus des autres; ça c’est intéressant.
Mais ce qui l’est moins, ce sont les cadavres à moitié enterrés montrant, qui un pied, qui une tête; d’autres, enterrés, sont découverts en creusant les boyaux. Que c’est intéressant la guerre! On peut être fier de la civilisation!

Pierre RULLIER


2 novembre 1914

[Mes hommes] trouvent mille petits moyens ingénieux pour se distraire; actuellement, la fabrication des bagues en aluminium fait fureur: ils les taillent dans des fusées d’obus, les Boches fournissant ainsi la matière première  » à l’œil  » Certains sont devenus très habiles et je porte moi-même une jolie bague par­faitement ciselée et gravée par un légionnaire.

Marcel PLANQUETIE


Juillet 1915
L’attaque du 9 a coûté (c’est le chiffre donné par les officiers) quatre-vingt-cinq mille hommes et un milliard cinq cents mil­lions de francs en munitions. Et à ce prix, on a gagné quatre kilomètres pour retrouver devant soi d’autres tranchées et d’autres redoutes.
Si nous voulons prolonger la guerre, il faudra renoncer à ces offensives partielles et coûteuses, et reprendre l’immobilité de cet hiver. Je crois que dans l’état de fatigue où sont les deux infanteries, c’est celle qui attaquera la première qui sera la pre­mière par ‘terre.
En effet, partout on se heurte aux machines. Ce n’est pas homme contre homme qu’on lutte, c’est homme contre machine. Un tir de barrage aux gaz asphyxiants et douze mitrailleuses, en voilà assez pour anéantir le régiment qui attaque. C’est comme cela qu’avec des effectifs réduits les Boches nous tiennent, somme toute, en échec. Car enfin nous n’obtenons pas le résultat désiré, qui est de percer. On enlève une, deux, trois tranchées, et on en trouve autant derrière.

Michel LANSON


D’origine auvergnate Marin Guillaumont était instituteur avant La guerre. IL y fut blessé et gazé et mourut huit ans après la guerre en 1926. Sa femme Marguerite venait de donner naissance à leur fille Lucie lorsqu’il lui écrivit cette lettre.

14 décembre 1914 8 heures du soir
Ma bien chérie
J’ai reçu ton télégramme. Que je suis content et inquiet!
Comment vas-tu, chérie, comment va notre fillette?
As-tu bien souffert ?
As-tu pu avoir un médecin?
Avais-tu trouvé une nourrice? Le télégramme est bien bref…
Que j’attends des détails
Je crains tant de choses. L’état d’esprit dans lequel tu vis depuis quatre mois et demi a pu avoir une influence malheureuse. Le souci peut lui nuire. Reste courageuse, ma chérie. Pense à notre fillette.
Comment l’appelles-tu?
Fais-moi vite savoir son nom. Qu’il me tarde de la voir, que je suis impatient de revenir. Mais mon retour est encore bien loin, plusieurs mois certaine­ment…
Cause-moi longuement d’elle dès que tu pourras le faire. Dis-moi tout. J’espère la voir. Je veux la voir. Que je regrette gu’elle ne soit pas née un an plus tôt! Fais-moi envoyer beaucoup de papier à lettres pour que je puisse t’écrire longuement.
Toutes les fois que la chose ne sera pas possible, embrasse-la pour moi. Je ne dormirai sans doute pas de cette nuit. Mais sois tranquille, je ne serai pas malheureux, pourtant je suis inquiet: s’il y avait des complications, il ne t’est pas commode d’avoir un médecin et il n’y a guère de pharmaciens.

Ce soir j’ai reçu deux lettres de toi, une carte, une lettre d’Yvonne et une carte de Jean. J’ai tout brouillé et ne m’y reconnais plus. Il me sera une distraction de les relire demain; elles me sembleront encore fraîches.
Dis-moi que notre enfant vivra, il me tarde de savoir.
C’est si frêle, ces pauvres petits. Il faut si peu. J’espère.
De quelle couleur sont ses yeux?
Comment sont ses menottes?
Sera-t-elle jolie?
Que je voudrais qu’elle te ressemble. Hélas, je ne pourrai pas la voir toute petite. Je l’aime, vois-tu, je l’aime autant gue je t’aime. Dis-moi, fais-moi dire beaucoup de choses d’elle.
Pleure-t-elle beaucoup?
Toi, tu souffres, chérie?
As-tu pu rédiger le télégramme toi-même; non, sans doute on l’a signé de toi pour me rassurer.
Mais pourquoi cela irait-il?
N’avons-nous pas assez d’épreuves sans cela?
Tout va bien, n’est-ce pas?
Tu me donneras de bonnes nouvelles. Dès que tu pourras m’écrire, tu le feras longuement.
Où serai-je alors? quelquepart sur le front; il y a loin de la Suisse à la mer du Nord. Chacun n’est qu’un atome. Mais si tout va bien je vivrai, j’ai confiance. Je garde tou­jours mon sang-froid; nous serons bien heureux, va, plus tard; dans quelques mois, nous en achetons bien le droit. Je n’ai pas vu notre enfant, je veux le voir et j’ai l’intime conviction que je le verrai. Il le faut bien, n’est-ce pas?
Garde mes lettres, si je ne revenais pas, elle pourra les lire plus tard, elle saura que son papa l’a bien aimée.
Fais que notre enfant soit digne de toi et de ses grands­ parents: elle n’aura pas à rougir de son nom, dis-lui bien que si j’ai pu tirer dans ces affreux moments c’était par nécessité mais que je n’ai jamais sacrifié une vie inutilement, que je réprouve ces meurtres collectifs, que je les considère comme pires que des assassinats, que je n’ai haï que ceux qui les ont voulus.
Enseigne-lui à être bonne et simple. Au fur et à mesure qu’elle grandira et pourra te comprendre, instruis-la en tout, ne crains pas de lui parler des laideurs de la vie, qu’elle ne soit pas désarmée et qu’elle ne fasse souffrir personne. Ne tolère jamais chez elle la médisance. Je voudrais qu’elle puisse faire de la musique et des langues étrangères, sans cela on n’est que des êtres incomplets. Mais pourquoi te dire tout cela, tu le sais aussi bien que moi et puis nous serons bien là tous les deux. En attendant mon retour, aime-la beaucoup, doublement pour toi et pour moi et fais­ moi vite savoir son nom. J’aimerais bien une Lucienne, Yvonne, Marguerite, Marcelle, Germaine…
Que sais-je, ou bien donne-lui un prénom anglais, il y en a de gentils.
Mais c’est déjà fait, je l’aime sous n’importe quel nom. Il me tarde de le savoir, c’est tout.
Que je voudrais être près de toi pour te soigner moi-même, pour la dorloter et dire qu’après mon retour il me faudra encore vivre loin d’elle, mais l’espoir de la conserver sera plus ferme. Je suis fou. Je m’arrête d’écrire pour dire que j’ai une fIlle. « J’ai une fille. » Que c’est bon à dire: je la
vois déjà grandelette, il me semble la voir lorsqu’elle revien­dra de classe avec toi.
Vois-tu, si je ne reviens pas, j’aurai vécu toute sa vie. Il me semble déjà la suivre dans la vie. Mais lorsque cette lettre t’arrivera, que sera-t-elle?
Si tu étais à Paris je me ferais porter pour la voir.
S’il était possible d’en avoir une photo…
Que je voudrais la voir toute, toute petite! Si tout va bien, tu dois être bienheureuse: donne-toi tout entière à elle;
c’est à elle que tu te dois désormais, si je te manquais, tu n’aurais plus qu’elle pour adoucir ta vie: une mère et sa
fIlle lorsqu’elles s’aiment ne doivent et ne peuvent jamais être malheureuses.    ,
Vous causerez de moi, mais je serai avec vous. Elle a bien besoin d’un petit frère pour la taquiner un .Reu. Je suis content que ce soit une fillette. Il est plus difficile de lui faire une situation; mais au moins elle n’est pas appelée à voir les horreurs qu’un homme peut voir. Je doute que les
nations soient assez sages pour aller après cette guerre, résolument au désarmement et à une paix durable. La pau­
vre enfant est née en des heures bien tragiques.
N’es-tu pas née à peu près à cette époque de l’année?
Quel jour est-elle née, ton télégramme ne le dit pas.
Que l’on m’écrive longuement, J’attends vois-tu…..
Va, si je reviens, tu ne manqueras de rien, toi et notre enfant. Devrais-je pour cela me priver de tout et me faire terrassier en dehors des heures de classe. Si la fatalité vou­lait que je meure sans te revoir, sans la voir, sois ferme: toutes les forces ont un fruit.
Tu n’y as jamais songé n’est-ce pas, mais lorsque je pense à tout ce que j’aurais pu faire pour toi et que je n’ai pas fait!
Ne parlons plus de cela, tu me tirerais la langue coquine… Tu as toujours la robe que tu as brodée l’hiver dernier: il te faudra la mettre l’été prochain.

Je te causerai encore longuement demain. Tu ne liras pas toute ma lettre à la fois, cela te fatiguerait. Jet’ écris allongé dans du foin, à la lumière d’une bougie. Je l’ai dit à Ferry, je l’ai dit au lieutenant. Joffre passerait je crois que je l’arrêterais pour le lui dire, mais il est loin quelque part vers le front, plus près des Boches que nous en ce moment.
Le 15 décembre.
Que devenez-vous à Laire ? Je n’ai pas dormi de la nuit, passant des plus vives inquiétudes aux espoirs les plus fous. Qu’il me tarde d’être à quelques jours d’ici pour avoir d’autres nouvelles, des détails. Je voudrais me figurer ce que vous faites en ce moment; je ne peux y arriver.
N’es-tu pas trop fatiguée? ne te laisse pas décourager.
Chez M… ont dû aller te voir; ne cause pas trop, éloigne les commè­res, on doit t’observer…
Fais-toi lire mes lettres, c’est trop pénible pour toi de les déchiffrer. J’écris mal, je suis mal installé pour cela.
Que je voudrais te faire de longues lettres si mes idées ne se brouillaient pas. Vois-tu, je vis en ce moment dans le même état d’esprit qu’en juillet, août et septembre 1910. Impossibilité de croire à un bonheur certain. Je t’ aimais bien à ce moment-là, je vous aime bien toutes les deux mais je suis loin de vous, je m’inquiète de vous deux. Je t’envie que tu aies pu la voir toi au moins… Je t’en veux presque. Il me faut fermer ma lettre. Embrasse notre chérie, embrasse nos familles pour moi.
Espère en mon retour.
A toi ma chérie, tout ce qu’un mari peut désirer de meilleur pour sa petite femme.

Marin GUILLAUMONT

Mourir à tous les niveaux...

Par Le 31/10/2018

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J'aurais pu mettre ce texte en préface de Kundalini...Parfaitement adapté.

 

"""Mourir, à tous les niveaux, c'est tout simplement abandonner de plein gré ce qui, en fait, ne nous appartient pas... le déguisement d'une fonction pétrifiante, les pouvoirs sur autrui, les peurs empruntées à une société, une culture, les croyances héritées ainsi que toutes les robotisations de l'âme et du corps.
La lumière vient plus souvent visiter ceux qui acceptent de mourir régulièrement à quelque chose que ceux qui se cachent dans le moule prédéfini et mécanique d'une existence. 
A chaque fois qu'un verrou tombe, une fleur s'épanouit quelque part... """

Daniel Meurois-Anne Givaudan

Pour sauver sa peau

Par Le 28/10/2018

Ils sont très nombreux aujourd'hui ces enseignants qui quittent l'enseignement. Pour sauver leur peau. 

Ce témoignage est un très bon état des lieux...Un de plus. 

Il arrivera dans quelques temps où l'éducation nationale n'aura plus assez de candidats pour pourvoir les postes, pas uniquement dans quelques matières délaissées mais dans l'ensemble du parcours scolaire, de la maternelle à l'université. 

Les structures privées ont de beaux jours devant elles. Je n'ai rien contre elles.

C'est juste le constat amer d'un instituteur de campagne qui voit mourir à petits feux l'école publique qu'il aimait.

 

CHARENTE

"POURQUOI JE VEUX QUITTER L'ÉCOLE": LE TÉMOIGNAGE POIGNANT D'UNE INSTIT AU BOUT DU ROULEAU

   

photo d'illustration

Majid Bouzzit

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Par charentelibre.fr, publié le .

Elle a 31 ans, elle est enseignante en Charente depuis huit ans, essentiellement dans des classes composées d'enfants souffrant de troubles de l'apprentissage. Elle nous a adressé son témoignage, qui raconte son quotidien dans une classe spécialisée, où elle côtoie des élèves violents qui n'ont pas dix ans. Elle explique également pourquoi elle a l'intention de quitter l’Éducation Nationale  La vague de témoignages et de dénonciations qui est née depuis quelques jours avec le #pasdevague l'encourage à parler à son tour.

Un rêve de gamine

 Après avoir passé presque 20 ans côté élèves, je suis passée en 2010 côté bureau. C’est moi qui écris désormais au tableau.

Depuis toute petite, je voulais être maîtresse (ou écrivain, ou pâtissière). Je faisais la classe à mes peluches ou à ma soeur, je faisais exprès d’écrire des exercices, et de me tromper, de faire des fautes, pour pouvoir corriger en rouge. Au cours de ma scolarité et de mes études, j’ai parfois envisagé de faire autre chose (notamment historienne), mais d’une part quand on est littéraire on ne nous suggère pas beaucoup d’autres débouchés que l’enseignement, et d’autre part je suis toujours revenue à l’idée que je voulais être maîtresse.

En tant que fille de prof (de français et latin au collège), entourée des amis de mes parents dont beaucoup étaient profs aussi, je pensais avoir une vision assez précise de la réalité de ce métier. De fait, je ne m’imaginais pas la classe comme un lieu tout beau, tout rose, où l’enseignant sort son savoir et le déverse passionnément dans la tête de ces petites têtes blondes avides d’apprendre, pleines de révérence et de gratitude (et l’enseignant, une fois sa classe terminée, ne rentrait pas tranquillement chez lui dès 16h30)… J’ai vu ma mère préparer ses cours, corriger ses copies, évoquer les difficultés du travail entre collègues, les relations parfois difficiles avec la hiérarchie, et les « cas » d’élèves difficiles qu’on ne sait pas comment toucher ou intéresser. Je n’étais donc pas complètement ignorante.
 Mais après presque 9 ans d’exercice (en primaire essentiellement), je sais que je ne veux surtout pas faire ce métier toute ma vie.

"Une première année en CLIS que j'ai adorée"


 Au début, malgré des moments difficiles, forcément, j’étais motivée et persuadée que je pouvais m’épanouir dans cette voie et aider des élèves. Je voulais « être utile », apporter ma pierre à la préparation de l’avenir et à l’éducation des futures générations, pouvoir tendre la main à ces enfants qui vivaient parfois des situations compliquées et essayer de leur offrir la possibilité d’une vie meilleure. Peut-on parler de vocation ? Peut-être, c’est un grand, beau et vaste mot pour désigner beaucoup de choses.
 Dès ma première année en tant que titulaire, j’ai été envoyée en remplacement en CLIS (des classes spécialisées pour des enfants présentant des troubles des apprentissages ; ces classes sont implantées au sein des écoles dites ordinaires car – en théorie – le handicap des enfants ne les empêche pas d’être mêlés aux autres élèves) pour plusieurs semaines, sans préparation particulière. J’étais terrifiée – rien dans ma formation ne m’avait préparée à ça ! Qu’est-ce que j’allais bien pouvoir leur dire ?
 Heureusement, ce remplacement de deux mois s’est très, très bien passé. Je suis revenue dans cette classe à plusieurs reprises cette année-là, et j’ai adoré. A tel point que j’ai demandé, à la fin de cette première année, à partir en formation pour me spécialiser et pouvoir enseigner en CLIS « pour de vrai ». Mais l’inspectrice de l’époque a estimé qu’il était préférable que j’apprenne d’abord à enseigner dans les classes ordinaires avant de me spécialiser. Et même si j’étais un peu déçue, je ne pouvais pas lui donner tort.

En Segpa: "j'ai fait de mon mieux"


Sauf que, grâce à la logique de l’administration, j’ai été envoyée l’année suivante en SEGPA dans un collège classé en ZEP (ou REP, ou…) – bref, des classes difficiles, avec des élèves en grande difficulté, proches du décrochage scolaire, à un âge où la parole de l’adulte doit surtout être rejetée, avec une majorité de garçons dont l’éducation et la culture ont tendance à valoriser le pouvoir masculin. Alors âgée de 24 ans, je n’étais pas tellement plus vieille qu’eux, je n’étais pas davantage formée que l’année précédente, j’étais à une heure de route de chez moi, et j’ai été prévenue trois jours avant la rentrée.
J’y ai passé un an, je ne sais pas trop ce que j’ai pu leur apprendre, mais j’ai fait de mon mieux. Tant que j’avais la tête dans le guidon, je n’étais pas trop sujette à l’angoisse ou au stress. Mais maintenant, avec le recul, quand je repense à cette période, j’ai un sentiment d’angoisse, la boule au ventre, je me sens oppressée… et je pense bien vite à autre chose.

Retour en Clis: "Nous faisions un très bon travail"

L’année suivante, j’ai enfin pu partir en formation pour enseigner en CLIS – il eût été malvenu de la part de ma hiérarchie de me refuser cette formation, de toute façon ! Cette année-là j’étais donc en poste dans une CLIS près de chez moi, dans une école que j’avais choisie, et je suis partie en formation par séries de plusieurs semaines. C’est aussi cette année-là que je suis tombée enceinte de mon premier enfant. J’ai passé l’examen final avec succès, et j’ai été titularisée sur ce poste. J’avais une super AVS, avec laquelle je m’entendais très bien, et nous faisions un très bon travail. Bien sûr il y avait des difficultés parfois, des élèves avec un comportement plus ou moins problématique, mais dans l’ensemble j’étais contente, motivée, heureuse de me lever le matin pour venir travailler.

Le premier gros incident


 L’année suivante, à mon retour de congé maternité, il y a eu un incident avec un de mes élèves : très violent, il a frappé, mordu, insulté, craché sur plusieurs de mes collègues et moi-même. Comme il était grand et costaud, nous devions nous mettre à quatre pour l’immobiliser à terre. L’inspecteur a fini par réagir seulement lorsque nous lui avons montré les photos de nos bleus et des marques de morsures, et que nous avons évoqué la possibilité de diffuser ces infos vers une audience plus large. L’élève en question a été orienté vers une structure plus adaptée et plus à même de l’aider – clairement dans un cas comme celui-ci, le scolaire n’est pas le point essentiel, il y a un gros travail éducatif et psychologique à faire avant, et ce n’est pas en CLIS que nous pouvons y arriver.


Un élève ingérable

L’année suivante, un autre élève est revenu dans ma classe. Je l’avais eu lors de ma première année, et je l’aimais bien. Mais là, il avait grandi, il était plus proche de l’adolescence, il était passé par un foyer pour jeunes, et il est apparu très vite que ce n’était plus le même enfant. Au bout de quelques semaines, il m’a donné des coups de pied, insultée, craché dessus. Il terrorisait les autres élèves (et en était très content). Il est arrivé que nous fermions la porte à clé pour l’empêcher de rentrer dans la classe alors qu’il avait décidé de semer la terreur chez les enfants. Heureusement que mon AVS et moi étions soudées, et que le reste de mes collègues était vigilant et prêt à intervenir. Lors d’une réunion, il a été convenu que cet élève ne serait scolarisé que le matin. Mais au cours de cette même réunion, alors que j’évoquais la difficulté que j’avais à gérer la classe lorsqu’il était là, et le fait qu’il y avait les autres élèves à accompagner, que je ne pouvais pas utiliser tout mon temps et toute mon énergie pour lui, l’inspectrice m’a fait comprendre, en gros, que je n’en avais que 12 et que j’étais formée pour ça, donc que je ne devais pas me plaindre (je schématise, mais c’est l’idée).
Je précise qu’il n’y a pas de cours d’arts martiaux dans la formation que j’ai suivie, qu’à aucun moment on ne nous a expliqué quoi faire face aux insultes et aux crachats, et qu’en CLIS les élèves ont des troubles des apprentissages – pas comportementaux.
 J’ai donc poursuivi l’année, la boule au ventre chaque matin lorsque je le voyais arriver, ne commençant à respirer que le midi lorsqu’il rentrait chez lui. Je redécouvrais ma classe et le plaisir de travailler avec mes élèves l’après-midi, et les élèves eux aussi étaient plus détendus et plus heureux lorsqu’il n’était pas là.

Menacée par un enfant de 7 ans

Il y a deux ans, c’est son petit frère qui est arrivé. Et qui semblait suivre le chemin de son grand frère, même s’il n’était pas encore violent. Provocateur, irrespectueux, perturbateur… Il regardait l’adulte (et en particulier la femme) avec mépris, il passait près de moi quotidiennement, plusieurs fois par jour, en me lançant « j’te tappe ! » avec un grand sourire, il m’a une fois tiré les cheveux… Il aurait eu les capacités d’être un très bon élève de CLIS, et aurait même pu suivre dans une classe ordinaire, mais le travail éducatif à faire avec lui était tellement important que le scolaire ne pouvait passer qu’après. Et en parallèle, un autre élève très difficile nous a été confié, dont la famille ne veut rien entendre quant à son comportement et ses difficultés sociales. Et bien sûr, ces deux élèves s’entendaient très bien.
 L’année dernière, un troisième est arrivé, dans la même lignée: 7 ans, mais déjà très violent, il vous regardait dans les yeux et levait son poing, prêt à vous frapper, et avec un grand sourire qui vous défiait et vous disait « alors, qu’est-ce que tu vas faire ? ». Sauf que cette année-là j’étais à nouveau enceinte, et qu’entre cet enfant prêt à frapper et moi il y avait mon ventre, avec mon bébé à l’intérieur. Lors d’une équipe de suivi pour évoquer la situation de ce garçon, la psychologue scolaire et les autres partenaires ont bien entendu la détresse de la maman, à la maison. Des propositions lui ont été faites pour lui venir en aide, à la maison. Pour l’école, par contre… Si, on m’a conseillé de lui donner moins de devoirs, ou pas du tout, parce que c’est une charge supplémentaire pour lui, une fatigue en plus (ce que je peux comprendre), et qu’à la maison la maman n’a pas à subir la colère de son fils contre l’école (ou quelque chose comme ça). On ne m’a en revanche pas dit quoi faire lorsqu’il frappe un adulte ou un autre enfant…

Une inspection difficile

Lors de mon inspection en 2017, l’inspectrice n’a pas aimé ma manière de travailler : je fonctionne énormément à l’intuition, à l’improvisation, j’ai très peu de documents de travail, j’ai tout dans la tête, et c’est vrai que du coup je n’avais pas grand chose à lui montrer. Or, dans l’Éducation Nationale, on est très paperasse. Vraiment beaucoup. Mais pas moi. Elle m’a donc reproché, si je raccourcis, de ne pas travailler assez. Le fait que mes élèves progressent, que deux d’entre eux réintègrent un cursus ordinaire (chose quand même plutôt rare), que des parents me disent avec un grand sourire que leur enfant aime venir à l’école et adore la maîtresse (alors qu’à cause de son handicap il était auparavant en souffrance), n’est pas suffisant. Il faudrait que je rédige des projets, des documents, des plans, des programmes, etc. alors même que ça ne me serait pas utile. Cette inspectrice m’a demandé ça, alors qu’elle n’avait pas su me soutenir face à un élève qui m’avait traitée de sale pute et m’avait dit d’aller me faire enculer avant de me cracher dessus.


Une agression très violente

Il y a quelques mois, alors que mon congé maternité s’approchait de la fin, j’ai vu réapparaître cette boule au ventre, cette angoisse, cette oppression dès que je pensais à ma classe. Ce qui est dommage, c’est que la plupart de mes élèves sont adorables. Mais à cause de trois d’entre eux, je ne voulais pas y retourner.

J’avais envie de pleurer rien que d’y penser. Dès que je passais devant mon école j’avais l’impression de ne plus pouvoir respirer. Lorsque je suis allée présenter ma fille à mes collègues, j’ai dû m’obliger à y aller, à me garer devant, à passer la porte. Je n’avais pas envie de rentrer dans mon école, et encore moins d’y amener mon bébé.
 En juin, soit deux mois après ma reprise, l’enfant de 7 ans (8 à ce moment-là) a « explosé » dans ma classe. Il y avait eu plusieurs crises auparavant, au cours desquelles nous devions nous mettre à deux pour l’emmener hors du groupe. Cette fois, il s’est mis à balancer ses affaires, à retourner sa table, à taper partout… Il m’a ensuite frappée avec une règle. A ce moment-là mon collègue et moi avons saisi chacun un bras, mais nous avons reçu de nombreux coups de pieds et griffures, dont je garde encore les marques plusieurs mois après. Puis l’élève m’a craché au visage à deux reprises. Mon réflexe de défense a été de le gifler. Je ne m’en suis pas cachée lorsque nous avons relaté l’incident à l’inspecteur et aux parents. Les parents ont compris, et l’inspecteur m’a conseillé de bien insister sur le fait que je ne fonctionnais pas comme ça d’habitude, que c’était un réflexe, etc. A la limite, j’aurais dû m’excuser. A quel moment a-t-on demandé à cet élève de s’excuser pour m’avoir craché dessus et frappée avec une règle ?


L'escalade

Cette année, et malgré le fait que l’un des trois élèves soit parti, nous étions arrivés à saturation à peine trois semaines après la rentrée. L’enfant de 8 ans, dès la première semaine, a fait de nouvelles crises. Mais il fallait attendre, que les aides demandées soient mises en place, que les réunions se fassent, que… Pendant ce temps, l’école se débrouille. Mes collègues ont la gentillesse de l’accueillir à certains moments dans la semaine. Il est déscolarisé à d’autres moments.

Mais cela ne suffit pas. En plus de sa violence, cet enfant semble avoir une obsession pour le domaine sexuel. Il n’hésite pas à toucher les fesses des adultes, il embrasse mon image sur la photo de classe, évoque quotidiennement la maîtresse en maillot de bain, le fait que je fasse des bisous avec mon mari, que nous dormions dans le même lit… Il m’a proposé de lui « sucer la bite ». Il a essayé de m’embrasser en me tenant les mains, a suggéré que nous allions faire l’amour dans les toilettes, et lorsque j’ai essayé de le repousser il a menacé de me frapper. Le même soir, je me faisais agresser par un parent d’élève – cet élève particulièrement perturbateur et épuisant, mais dont la famille ne veut rien entendre.


De moins en moins de moyens

Nous faisons des écrits, des rapports. Mais pour que la machine administrative se mette en route, il faut attendre. Les psychologues scolaires sont complètement débordés. Un autre poste a été supprimé sur notre secteur. Dans notre école une classe a été fermée, et les collègues peinent à accompagner tous les élèves comme ils en auraient besoin. Certains de mes élèves ne devraient pas être dans ma classe. Ils devraient être orientés vers les IME ou les ITEP – sauf qu’il n’y a pas assez de places, et qu’on en ferme encore. Du coup ces élèves restent chez moi, et ceux que je pourrais accueillir doivent rester en classes ordinaires. Tout le monde souffre, élèves et enseignants.

Car, soyons clairs, les enfants qui agissent comme cet élève violent sont en souffrance. Ils ne sont pas accompagnés comme ils en auraient besoin. Ils sont mal dans leur peau, ils ne se sentent pas à leur place, même dans une classe spécialisée comme la mienne. Mais sous prétexte d’inclure le handicap et de faire des économies, on détruit des structures (IME, ITEP, etc.) essentielles au développement de certains enfants. Et de fil en aiguille, cela met en péril la scolarisation de tous les élèves, même dans les classes ordinaires.


Des collègues débordés et sans soutien

Mon mari me dit que, plutôt que de quitter l’Éducation Nationale, je pourrais changer de poste, retourner dans les classes ordinaires ou en maternelle. Mais je n’en ai pas envie non plus. Mon dégoût de l’enseignement ne concerne pas seulement ma classe spécialisée.

Je les vois, mes collègues d’ordinaire, avec 25 ou 30 gamins par classe, à gérer du multi-niveaux, des élèves difficiles, des parents compliqués, des dossiers, des projets, des demandes de la hiérarchie qui ne fait rien pour les soutenir, des évaluations à n’en plus finir, des livrets, des réunions inutiles, des pseudo-formations qui font juste perdre du temps, des animations pédagogiques tellement éloignées de la réalité des classes, des programmes de plus en plus lourds, alors que les élèves ont de plus en plus de difficultés, des parcours et des éducations à… à mettre en place par-dessus, des réformes tous les 3 ans imposées par des personnes qui n’ont jamais mis les pieds dans les classes d’aujourd’hui, mais présentent la chose comme révolutionnaire et permettant de régler tous les maux de l’Éducation Nationale (ont-ils seulement consulté les premiers concernés?…

Je vois leur teint pâle et leurs yeux cernés dans les semaines avant les vacances (vacances que l’opinion publique nous reproche si souvent, tout comme nos horaires indécents, la stabilité de notre emploi de fonctionnaire, et notre salaire confortable qui tombe tous les mois ; mais vraiment, ces enseignants qui font tout le temps grève, de quoi se plaignent-ils ?)… Je les entends parler de mercredi, de samedi ou de dimanche matin, quand ils sont revenus travailler ; de la deuxième semaine des vacances où ils ont mis à jour leurs progressions, refait leurs séquences, mais quand même ils ont bien profité de la première semaine pour se reposer ; de lundi soir quand ils ont préparé le projet de littérature avec la collègue de CE1, et qu’ils ont quitté l’école à 20h, alors que le collègue de CM2 était encore là. Et je lis aussi ces témoignages, de plus en plus nombreux, de profs agressés, de profs en dépression, d’enseignants en burn-out…

Et je me dis que non, je ne veux pas retourner en ordinaire. Je veux me protéger, quelque part aussi protéger ma famille et mes enfants. Il vaut mieux que je parte tant que l’école ne m’a pas complètement rendue malade (j’éprouve déjà très souvent des angoisses inexplicables, que je n’avais jamais éprouvées auparavant), et tant que je suis encore convaincue que je peux faire autre chose de ma vie.

"J'admire ceux qui gardent la foi"

Beaucoup d’enseignants sont persuadés de ne rien savoir/pouvoir faire d’autre. C’est complètement faux, bien sûr, dans notre métier on a tellement de casquettes différentes, qu’on développe énormément de compétences qui nous seraient utiles dans d’autres voies. Mais nous sommes formatés, conditionnés à penser que lorsqu’on rentre dans « la grande famille de l’Education Nationale », c’est pour la vie. Et c’est vrai aussi que quitter le statut de fonctionnaire, c’est prendre un risque. Mais finalement, le risque pris en partant est-il plus grand que celui qu’on prend en restant ?
J’admire ceux qui gardent la foi, qui croient en l’avenir de l’Education Nationale. Quelque part, j’ai l’impression de déserter le front, de laisser les autres patauger seuls et faire ce qu’ils peuvent pour les générations futures, d’abandonner mes collègues et ces élèves que je pourrais aider. Je trouve aussi regrettable d’avoir laissé s’échapper ma motivation, je culpabilise pour tous ces enfants que je ne pourrai pas aider, parce que le système éducatif tel qu’il est ne m’en donne pas les moyens.

Je suis frustrée, de ne pas avoir réussi à aider ces élèves si difficiles, mais si mal dans leur peau. J’ai un sentiment d’échec et de lâcheté. Après tout, je suis bien contente que des enseignants fassent classe à mes propres enfants. Même si je me demande de plus en plus si je ne devrais pas chercher une alternative. Ai-je envie qu’elles suivent un système éducatif dans lequel moi-même je n’ai plus confiance ? Ai-je envie qu’elles soient confrontées à des élèves comme les miens ?
Mais je vis ma vie pour moi, aussi. C’est de ma santé mentale et physique qu’il s’agit. Je ne suis pas une sainte, ni une martyre, je ne recevrai pas de médaille pour mon sacrifice. Je ne veux pas continuer à assister au sabordage de l’École, et encore moins de risquer de sombrer avec elle.

CHARENTE EDUCATION NATIONALE ACTUALITÉ

KUNDALINI dans un concours.

Par Le 28/10/2018

Thierry Ledru a partagé une publication.

1 h · 

De retour d'une semaine en Lozère, je découvre les résultats du concours et je suis impressionné et comblé par le nombre de participants, le nombre de partages et de "like". 
Encore plus heureux quand "SpiriVie" me transfère le commentaire de la première lectrice sur ma boîte mail :

 

 

"Bonjour Gaëlle

Merci pour ce fabuleux cadeau !
J'ai téléchargé le logiciel pour la lecture de cet ouvrage ce matin et j'ai commencé à lire ce livre quelques pages.
Thierry LEDRU est extraordinaire.
Je suis totalement connectée à son âme qui exprime sa puissance divine.
Son récit me prend les tripes. La préface de Nathalie VIEYRA est exceptionnelle et d'une grande profondeur. Elle invite le lecteur à entrer dans ce récit bouleversant qui nous embarque tel un tsumani dans nos blessures d'âmes ! 
J'ai eu un très fort ressenti au niveau du plexus solaire et de la gorge qui se sont noués.
Ca ne m'étais jamais arrivé de manière aussi consciente et surprenante en une fraction de seconde.
Cela fait 40 ans que je n'ai pas lu de romans tellement ils ne correspondaient pas à ce que je pouvais ressentir.
Ce livre sera un best-seller à ne point en douter et je l'espère vivement.
Je l’achèterai en plusieurs exemplaires pour l'offrir pour Noël, c'est certains !
Encore un très très grand merci à vous et à Thierry LEDRU !
Merci pour ce magnifique partage et pour m'avoir sélectionnée !
Gratitude à la Vie, à l'Amour, à l'Univers, à Thierry LEDRU et à Vous !

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SpiriVie - les rendez-vous de la Vie Spirituelle

26 octobre, 16:00 · 

RÉSULTATS DU JEU CONCOURS
Merci à tous et toutes d'avoir été si nombreux à participer pour gagner l'ebook du nouveau roman de Thierry Ledru "Kundalini, l'étreinte des âmes". Nous aurions aimé pouvoir vous offrir à tous le livre mais ce n'est pas possible mais vous pouvez le commander en suivant ce lien : 
https://www.editionsdu38.com/hors-collection/kundalini/

VOICI LES 10 GAGNANTS ! 

...

"Au cœur de la Kundalini"

Par Le 20/10/2018

 

 

Ce documentaire a été mis en ligne le 10 octobre. Je le découvre ce soir.

Etrange coïncidence. 

Je suis heureux d'entendre certains témoignages en pensant à certains passages de "Kundalini"... Je pense que l'écrit est assez  proche de la réalité. Même si cette réalité dépasse l'entendement.

 

 

 

 

Yoann TV Conscience

10 octobre, 16:51 · 

AU COEUR DE LA KUNDALINI

C'est avec une grande joie que je vous présente le documentaire très attendu "Au cœur de la Kundalini" sur lequel je travaille depuis un an.

Face à cette manifestation particulièrement puissante, je me souviens avoir regretté le manque d'explications et de témoignages sur le sujet, rassemblés au cœur d'une même vidéo.

C'est à partir de ce constat que l'idée a émergé de me charger de la création du support que j'aurais voulu avoir à disposition pour m'éclairer. J'espère de tout cœur qu'il saura répondre au mieux à vos interrogations.

Le tournage et le montage ont été entièrement financés par mes fonds personnels. Il était néanmoins très important pour moi de vous le maintenir totalement gratuit, afin que chacun d'entre vous puisse y accéder, sans exception.

Il a simplement été décidé de mettre à disposition un espace pour ceux qui souhaiteraient exprimer leur gratitude :

https://www.paypal.me/ytvconscience

Votre soutien permet de maintenir le libre accès et la gratuité de ce type de documentaire.

Chaque don est une véritable bénédiction.

Un grand merci à tous.

Yoann

Avec la participation de :

- François Breton : http://holosynergie.com/
Holosynergie

- Caroline Gauthier : https://aunomducorps.fr/
Au Nom du Corps - Vivre sa Nature

- Diane Bellego : https://tantradianebellego.com/
Tantra Diane Bellego

- Jean-Luc Jeantieu : https://www.lavoieducoeur.fr/
Jean Luc Jeantieu

- Tiphaine Bonnet : tiphaine.bonnet45@gmail.com
Tiphaine Bonnet

- Yoann Chaulet : www.conscience-je-suis.com
Yoann Chaulet Yoann TV Conscience

Promenades interdites : chasse en cours

Par Le 17/10/2018

Depuis la mort du cycliste anglais la semaine dernière, je m'attendais à ça même si ça me semblait impossible légalement...

Eh, bien si, c'est fait :

 

La forêt d'Is-sur-Tille interdite aux promeneurs les dimanches jusqu'à la fin de la saison de chasse

Dimanche 26 novembre 2017 à 9:28Par Stéphanie PerenonFrance Bleu Bourgogne

Les promeneurs et autres cyclistes ou joggeurs interdits de forêt à Is-sur-Tille tous les dimanches jusqu'à la fin de la saison de la chasse ! La municipalité a pris un arrêté interdisant l'accès de la forêt à toute personne en dehors de la société de chasse. Motif invoqué par le maire, la sécurité.

Les affiches à l'entrée de la forêt d'Is-sur-Tille rappellent l'interdiction faite aux promeneurs et autres randonneurs les dimanches de chasse.
Les affiches à l'entrée de la forêt d'Is-sur-Tille rappellent l'interdiction faite aux promeneurs et autres randonneurs les dimanches de chasse. © Radio France - Stéphanie Pérenon

Is-sur-Tille, France

Depuis le 14 octobre, dernier, la forêt d'Is-sut-Tille est interdite d'accès aux promeneurs et autres sportifs du dimanche. Le maire a pris un arrêté qui interdit l'accès de la forêt à toute personne en dehors de la société de chasse de la commune. Un arrêté qui concerne tous les dimanches jusqu'à la fin de la saison de chasse, le 28 février.

Un arrêté pour protéger la population

Et la raison invoquée par le maire Thierry Darphin, c'est la sécurité avant tout. C'est à la demande de la société de chasse d'Is-sur-Tille que la ville a pris cet arrêté. La société de chasse qui paie un droit pour l'utilisation de ces parcelles de forêt, estime qu'il est plus prudent que l'accès soit réservé les dimanches aux seuls chasseurs car certains promeneurs ne sont pas prudents et pas assez visibles. "On ne voudrait pas qu'il y ait un accident " explique Marc Leyoudec, le trésorier de la société de chasse d'Is-sur-Tille.

22 dimanches concernés

Au total ce sont 22 dimanches qui sont concernés par cette interdiction. Des panneaux d'affichage le rappellent aux promeneurs à l'entrée de la forêt, mais un partage des lieux que les habitants apprécient diversement.

L'arrêté est en vigueur jusqu'à fin février.

 

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Action Anti Chasse

15 octobre, 10:03 · 

"Il s’appelait Marc Sutton, il avait 34 ans. Je dis - il avait - parce qu’il a été tué aujourd’hui dans les environs de Morzine par un chasseur alors qu’il circulait en VTT sur un sentier en lisière de forêt. Quelques grammes de métal tiré par un jeune inconscient écervelé a suffi à tuer une vie, à briser familles et amis.
Marc Sutton était un restaurateur Britannique, il s’était installé depuis 4 ans aux Gets pour son projet de vie, malheureusement cette région qu’il aimait tant lui aura été fatal.
Je viens de regarder sa page facebook, cette jeune personne aimait le sport et la nature. Il venait de créer 2 établissements concernant la restauration dont un ayant pour thématique la cuisine santé au naturel. Grand sportif, il aimait pratiquer ses nombreuses disciplines dans la magnifique région du Chablais qui était devenue sa seconde patrie. Il a été tué par balle au gros gibier par un soit disant amoureux de la nature qui prend plaisir à détruire une partie de la faune avec des munitions ayant un pouvoir létal quasi identique à un arme de guerre.
je n’arrive pas à comprendre que l’on puisse prendre du plaisir à tuer un être vivant pour le plaisir, fut il un animal sauvage.
Marc Sutton est le premier tué ( HOMME ) pour cette saison, il ne sera malheureusement pas le dernier.
Son meurtrier sera probablement condamné à trois ans d’emprisonnement dont deux avec sursis. Au bout de cette condamnation il retrouvera la liberté, et pourra jouir à nouveau de la vie.
Marc Suton, lui, a été condamné à ne plus vivre pour l’éternité.

Cet anathème, n’est pas contre ce jeune chasseur qui vient d’ôter une vie, mais contre la période de chasse. Ce soit disant « sport » devrait être interdit le weekend, c’est durant ces 2 jours que la plupart des non-chasseurs sont tués."

KUNDALINI : Pub

Par Le 16/10/2018

J'ai reçu deux visuels ce soir, envoyés par l'éditrice.

Je suis heureux.

Voilà pourquoi les auteurs écrivent : pour que les histoires n'existent pas seulement dans leurs têtes mais qu'elles soient partagées.

Est-ce que je suis un auteur ? C'est mon cinquième roman publié et je me pose toujours la question. Peut-être que c'est nécessaire d'ailleurs pour que l'exigence envers soi reste entière. Il ne serait certainement pas sain et bénéfique que je me considère "auteur" uniquement à travers la reconnaissance d'une éditrice. Je pense que c'est uniquement les lecteurs et lectrices qui peuvent attribuer ce terme à quelqu'un.

"Lui, c'est un auteur. Ces livres ne ressemblent à aucun autre."

Si un jour, j'entends les gens parler de moi et de mes livres de cette façon-là, je pourrai dire que je suis un auteur. 

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Pour la décroissance

Par Le 14/10/2018

Institut d'études économiques et sociales
pour la décroissance soutenable

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Recensions de Le Progrès m'a tuer

portrait de RoegenNicholas Georgescu-Roegen

 

« Pour tout habitant de la “maison commune”, des décisions concrètes doivent aussi s’imposer : s’interroger sur son mode de vie, choisir la sobriété, accepter un nouveau paradigme, celui de la décroissance. »

« La décroissance, seule réponse contre la hausse mondiale des températures ? »Vatican news, 9 octobre 2018.

Lire « Les pays les plus riches doivent passer d’un impératif de croissance à celui de décroissance et bâtir des communautés florissantes, basées sur le principe de suffisance. Notre vision est celle d’un bien-vivre pour tous, qui ne peut cependant être réalisée que par le partage. Notre responsabilité commune est de préserver la Création pour que les prochaines générations puissent vivre en paix et en harmonie avec la nature. » appel de19 organisations catholiques de développementIci en anglais.

« Les fossoyeurs de l'écologie », La Décroissance d'octobre en kiosque le mercredi 3 octobre 2018.

« Décroissance. Pourquoi l'idée avance en Europe. »

L'Humanité, entretien avec le député européen Philippe Lamberts (Verts-ALE), 2 octobre 2018.

  

« Vous aurez beau habiller votre croissance de tous les adjectifs du monde – verte, durable, soutenable… – à qui ferez-vous croire que l’on va produire plus et polluer moins ? (...) Les fous, c’est vous – les fous qui prônez une croissance infinie dans un monde fini, les fous qui menez l’humanité à son suicide. »

François Ruffin, Assemblée nationale, 26 septembre 2018

  

«  De toute façon c'est clair : sans décroissance on va dans le mur. On y est condamné, alors autant le faire bien. »

Benoît DelépineLa Dépêche, 26 septembre 2018

« Nos systèmes économiques sont fondés sur un choix énergétique – et idéologique – majeur : celui d’une accélération continue et sans limites. Cette accélération, sous le nom abusif de “progrès”, y est présentée comme une fatalité. »

Paul Virilio, (1932-10 sept. 2018) La Décroissance n°39, mai 2007.

« La mondialisation, seule la modération de nos besoins et la sobriété consentie peuvent nous en libérer. La décroissance soutenable, c’est opter pour la préférence aux filières courtes. »

Pierre Rabhi, L'Alsace, 18 septembre 2018.

« L’approche du solutionnisme technologique ne constitue-telle pas en réalité une fuite en avant et au final une stratégie de l’autruche ? (...) Des ingénieurs français estiment à l’inverse que le futur de l’humanité passe par les Low-Techs et la sobriété, et non par les High-Techs. »

Jean-Gabriel Marie, Techniques de l'ingénieur, 11 septembre 2018.

« Fondamentalement, l'écologie et le capitalisme sont antinomiques. Le premier est synonyme de décroissance, et l'autre de croissance. Ces ministres de l'Écologie sont des alibis grotesques. »

Thierry Ardisson, Le Point, 8 septembre 2018.

« Il n’empêche, comme prévu, ça sent la sortie pour Nicolas Ber... Hulot. […] Dur, en effet, pour un Brice de Nice de devenir ministre, même si ce qui définit un immature comme lui est de n’être soulagé que quand tout le monde le regarde. Et, pour cela, c’est vrai que la place est bonne. Comme nous l’avions, sans être de grands devins, envisagé, l’expérience tourne court. »

La Décroissance n° 150, juin 2018.

Le vrai scandale Hulot

Analyse de Vincent Cheynet, rédacteur en chef de La Décroissance, pour le journal des objecteurs de croissance belges Kairos.

« Un problème bien plus profond qui travaille la démocratie de marché occidentale : l'Etat y est tout entier dévolu à favoriser la croissance, et la société dans son ensemble attend de ses dirigeants qu'ils prennent les mesures nécessaires à l'élévation de cet indicateur. Celui-ci est placé hors du jeu démocratique, en surplomb de toutes les grandes formations politiques. Ainsi, les adversaires politiques de M. Macron, qui fustigent aujourd'hui son double discours sur le climat et l'environnement, lui feront bientôt, et avec la même vigueur, le procès inverse, celui de la croissance molle.

Rappelons que, sous sa forme actuelle, la croissance implique l'intensification des flux de matière et d'énergie, qui sont les moteurs du réchauffement. Tous les grands médias sont, d'ailleurs, également frappés par cette forme de dissonance cognitive : on déplore un jour le réchauffement galopant, pour saluer le lendemain les bonnes ventes d'Airbus. »

Stéphane Foucard, Le Monde, 1er septembre 2018.

« Le concept de décroissance - pourtant dû à un grand économiste mathématicien, Nicholas Georgescu-Roegen - n’a toujours pas droit de cité dans les manuels d’économie, et très rares sont les travaux de recherche entrepris pour en comprendre les mécanismes et la mise en œuvre. »

Jean-Joseph Boillot, économiste, Libération, 8 août 2018.

« Consommons, polluons, dépensons moins. La décroissance énergétique est la seule solution si nous voulons continuer à vivre dans de bonnes conditions climatiques. »

Antoine Balzeau, paléoanthropologue, Les Echos, 9 juillet 2018.

« un beau jour, en catastrophe et quand l'irrécupérable sera accompli, MM. Massé et Jérôme Monod planifieront la décroissance ; et le “birth control” irréparable succèdera enfin aux allocations familiales.

Mais l'un et l'autre auront en commun d'être obligatoires et de contrôler les individus jusque dans l'orgasme. Car si l'on veut le bien du peuple, il faut le rendre heureux ; et la science lui dira quand et comment il doit tirer son coup. Après la quantité, M. Mansholt se chargera d'organiser la qualité de la vie : demain comme hier vous n'y couperez pas. L'organisation de la défense de l'environnement, de la qualité (laquelle ?) de la vie et du freinage de l'expansion peut être l'occasion d'un renforcement du système scientifique et technocratique à base de vérités, de règlements et d'ordinateurs. »

Bernard Charbonneau, « Mansholt ou Mansholt ? La Gueule fermée (puis ouverte) », La Gueule ouverte n°3, février 1973

« On ne comprend pas la nécessité absolue de la décroissance. »

Nancy Huston, écrivain, Radio Canada, 4 mai 2018

« La Décroissance contre la “Méga machine Macron” »

« “On va continuer à se battre pour défendre nos valeurs et nos convictions” insiste Lionel Chambrot. En ce jour de 1er mai et dans un contexte social animé, la réunion mensuelle des Amis de la Décroissance de Nancy avait un goût particulier. »
L'Est républicain, 4 mai 2018

« Pas de transition énergétique sans décroissance »

« Pour de nombreux politiciens, de Justin Trudeau à Emmanuel Macron, la transition vers des énergies plus vertes se fera sans diminution du niveau de vie. Faux ! Répond Sarah Cacoub. Dans son mémoire de maîtrise à HEC, Montréal, celle qui est désormais devenue consultante, conclut que la physique nous imposera de décroître. »
Agence Science-Presse (Canada), 27 avril 2018

« La première manière de moins jeter, c’est d’acheter robuste, c’est-à-dire souvent français, voire européen. […] Une autre façon, c’est de consommer un peu moins ».

Edouard Philippe, Premier ministre, « Recycler et réparer : Edouard Philippe se la joue décroissant », Libération, 23 avril 2018.

« Pour le pape François, le libéralisme, la compétitivité et la “loi du plus fort” sont les causes de l'exclusion. Il prône l'écologie et la décroissance. »

Le Point, 9 avril 2018.

« Plusieurs scénarios sont possibles, mais tous indiquent que, sans une radicale prise de conscience collective passant par la décroissance, nous fonçons droit dans le mur. »

Bouli Lanners, réalisateur, Libération, 12 mars 2018

 
« J'ai commencé une série de portraits au fusain sur journal marouflé sur toile. C'est le journal de La Décroissance que j'adore au point de vue graphique et aussi ambiance ‘Rentre-dedans”. »

Hélène Py, artiste

« Tous les mois, Pierre Druilhe (qui lança Ferraille dans les années 90) publie (avec au scénario un certain Domi, alias Vincent Cheynet) deux pages de BD dans La Décroissance, le mensuel de la joie de vivre (meilleur journal en vente libre après Fluide). Les deux malfaisants s'en donnent à coeur joie avec la société de consommation et se payent les têtes (à claques) des prophètes du green washing. Voici donc enfin réuni en un seul volume tout ce qu'il faut savoir sur l'éco-tartufferie triomphante. »

Fluide glacial, n° 500, janvier 2018.

Bonne année 2018 
avec « La décroissance » !

Pour bien démarrer 2018, année que La Décroissancevous souhaite la meilleure, nous vous offrons en exclusivité mondiale le nouveau tube d’Adonis –  qui tient tous les mois la chronique de Nicolas Bertrand dans notre journal –, La décroissance.

« Suite à la demande d'une revue écologiste de Lyon le mot décroissance est apparu en 2002. Un mot provocateur pour lutter contre le terme de développement durable. »

Le Journal du centre, 6 décembre 2017. Lire l'interview de Serge Latouche en ouverture du numéro 145 de La Décroissance, en kiosque en France et dans 10 pays.

« Nous mettons en péril notre avenir en refusant de modérer notre consommation matérielle intense (…) [de] réévaluer le rôle d’une économie fondée sur la croissance »

Manifeste signé par 15 364 scientifiques de 184 pays, publié dans BioScience, revue de l'Institut américain des sciences biologiques (AIBS), traduit par Le Monde.

« Jacques Ellul, pionnier de la décroissance »

Patrick Chastenet, Le Point, 25 septembre 2017 (ici)

« Avec Total, EDF et Nicolas Hulot, l’écologie a enfin une chance d’être compatible avec la croissance »

Jean-Marc Sylvestre, Atlantico, 21 septembre 2017 (ici)

« Si cette vision de la croissance est juste [celle des économistes Stefano Bartolini et Luigi Bonatti], alors toute politique dont le but ultime est l'augmentation du produit intérieur brut est vouée à détruire l'environnement. »

Le Monde, 17 septembre 2017 (ici)

« Aux États-Unis plus de 20% de la population aurait déjà modifié son mode de vie au travers de divers mouvements de décroissance et plus de 10 millions d’européens en auraient fait autant. »

Arte, 16 septembre 2017 (ici)

« Alors, décroissance ? Résolument oui ! Mais pour qui ? Et pour quoi ? Faisons décroître les richesses obscènes et les gaspillages des riches. Chez nous aussi. »

Nicolas PluetL'Humanité, 17 août 2017

« Les extrémistes qui s’ignorent se trouvent plutôt du côté de la pensée dominante - de la religion dominante - basée sur la croyance que l’innovation technologique et un retour de la croissance résoudront les problèmes actuels. »

Yves Cochet, ancien ministre, Libération, 23 août 2017

« La sacro-sainte croissance érigée en dogme absolu par nos sociétés capitalistes est une course sans fin où l'objectif est de produire, vendre et consommer davantage que l'année précédente. »

« La décroissance, qu'est-ce que c'est ? », une vidéo de francetveducation à voir ici

« La décroissance n’est pas le déclinisme. La décroissance involontaire peut devenir volontaire. Elle peut justement devenir inventive, créatrice. »

Olivier Abel, La Croix, 8 août 2017

« La décroissance, ce n’est pas la caricature de l’inverse de la croissance. Mais une volonté de décroître en termes de consommation d’énergie, de matières premières et de production de déchets. »

Philippe Bihouix, Libération, 1er août 2017.

« Je pourrais terminer en vous citant La Décroissance, par exemple. J’adore ce journal. Son dossier pour déradicaliser les fanatiques de l’innovation, parle du choix, et c’est courageux, de continuer la presse papier, parce que le net pollue, nous disent-ils, beaucoup plus et nous met dans les mains des multinationales du numérique. »

Natacha Polony, dernière revue de presse sur Europe 1, 7 juillet 2017.

« La Décroissance. Tout se passe comme si les scénarios les plus loufoques envisagés par ce journal devenaient réalité : l’ex-présentateur de l’émission “Ushuaïa” (TF1) promu ministre d’État ; un partisan du technolibéralisme qui accède à l’Élysée et ambitionne d’ubériser la politique. »

Le Monde diplomatique, juillet 2017

« En premier, je compte défendre l’idée de RESPECTER LES LIMITES DE LA NATURE, car nous n'avons qu'une Terre. Le mythe de l'illimité est destructeur et surtout, anti-naturel. »

Lionel Chambrot, candidat des objecteurs de croissance dans la 2e circonscription de Meurthe-et-Moselle, ici-c-nancy, 8 juin 2017

« Être écologiste aujourd’hui c'est se préoccuper d’avoir une vraie croissance. [...] Je ne crois pas à la décroissance. »

Emmanuel Macron, 9 février 2017.

Des souvenirs.

Par Le 14/10/2018

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Quand on essaie d’oublier, on réactive inévitablement ce qu’on cherche à oublier et dès lors on le réinstalle… Fonctionnement d’humain… 

Nous ne pouvons pas oublier volontairement. Mais nous pouvons laisser l’oubli s’installer.

La Vie n’a pas de temps. Elle est. Lorsque nous nous accrochons à des souvenirs joyeux ou lorsque nous souffrons de souvenirs douloureux, nous falsifions l'existence.

Il me plaît de représenter cette existence avec une balance à plateau.

Dans un plateau viennent s’accumuler les événements favorables, ceux qui nous comblent de bonheur.

À l’opposé se concentrent les événements douloureux.

L’individu dépense une énergie considérable pour tenter de maintenir l’équilibre.

Il en va des événements qui se sont réellement produits mais également de ceux qui entrent dans la dimension du fantasme.

Parfois, seuls les fantasmes parviennent à remplir le plateau des événements positifs…

On entre alors dans le domaine de l’illusion et de l'addiction. 

L'instant n'est plus que la projection vers l'après. 

Tout ça ne signifie pas qu’on doive abandonner tout projet mais il convient de ne pas y apporter autre chose que la réalité.

Il en est de même avec les souvenirs.

Ils n’ont aucune autre existence que celle qu’on veut bien leur accorder.

Si on parvient à laisser l’oubli s’installer et non à vouloir qu’il s'installe, on entre dans la voie du Milieu. L’acceptation.  

Pas question de laisser-aller ou d’abandon. Il s’agit d’une voie éminemment difficile et qui réclame une totale exigence. En Occident, l’acceptation, ou le lâcher-prise, sont des notions négatives.

Totale incompréhension de ce qu’elles représentent.

L’individu qui souhaite se libérer de l’alternance des deux plateaux de la balance, de ce gaspillage énergétique constant, de cette accumulation d’illusions, se doit d’œuvrer en pleine conscience.

Il ne doit jamais l’oublier. C’est la seule chose existentielle qui mérite de ne pas l’être.

Qu’en est-il du pardon ?

Est-ce que je dois me pardonner d’avoir été inconscient de tout pendant si longtemps ? Il ne servirait à rien en tout cas que je me le reproche. Ça serait de nouveau un ancrage dans le Temps. Ce que j’ai été n’est plus, ce que je serai n’existe pas. Le pardon porte en lui une attache au passé. Étant donné que ce passé n’a aucune réalité dans l'instant, il m’est inutile de m’inquiéter sur un éventuel pardon à m’accorder. A vouloir pardonner, je réactive un événement comme quelque chose d'actuel.

De plus, les erreurs que j’ai commises m’ont amené là où je suis. Elles ont participé à mon chemin, elles l’ont balisé. Il serait injuste de les renier, de les maudire, de les conspuer ou de vouloir me pardonner mes fautes, tout comme il serait inutile d’honorer indéfiniment les réussites. Au risque d’entretenir de nouveau l'instabilité de la balance.

Il n'y a rien de faux, rien de juste, rien de mal, rien de bien. Pas dans la réalité des choses. Elles sont ce qu'elles sont. Ensuite, elles passent par le filtre de ma conscience (ou de mon inconscient) et deviennent autre chose que le réel. Elle deviennent simplement « humaines ».

J'ai oublié beaucoup de choses de ma vie, beaucoup de souvenirs ont disparu où sont tombés si loin qu'ils ne sauraient remonter à la lumière. Je n'ai rien essayé pour que ce processus se fasse. Je l'ai juste laissé faire. 

La dernière crise avec mes hernies discales m'a rappelé à quel point la réactivation des souvenirs peut devenir redoutablement néfaste.

De la même façon, la réactivation des souvenirs sereins peut devenir une force morale. Mais au risque de subir le contre-coup inverse. L'illusion de la pensée est éphémère et plus l'illusion a été nourrie, plus sa fin sera douloureuse.

Il ne s'agit donc pas de vouloir lutter contre l'émergence des souvenirs. Il s'agit d'être conscient de ce qu'ils sont et de leurs effets. Il s'agit d'observer ces effets et de les corriger par une pleine conscience bienveillante.

Oui, je peux avoir peur quand je repense aux opérations. Mais ce qui a été inévitable à un moment ne l'est pas nécessairement plus tard.

Oui, je peux être optimiste quand je repense à mes guérisons et mes retrouvailles avec la montagne. Mais ce qui a été possible à une époque ne l'est peut-être plus.

Ce qui existe est là, maintenant. Et il est vain et même néfaste de vouloir réguler l'instant par le filtre du passé, tout comme de vouloir projeter cet instant dans un avenir rêvé.

La vie ne se rêve pas.

Elle s'éprouve.

 

"Agir dans le non-agir".

J'ai mis très longtemps à réaliser pleinement ce que cette expression pouvait signifier pour moi. Je ne dis pas que mon interprétation est universelle. Elle me convient et c'est suffisant.

Il est par conséquent aussi essentiel d'examiner les pensées que les émotions. "Qu'est-ce qui se passe en moi en ce moment ? "

Il ne s'agit pas d'analyser avec méfiance mais juste d'observer. La méfiance créerait un état d'inquiétude et donc de résistance ce qui ajouterait à l'émotion une part néfaste, un système de parasites qui s'entretient et transforme l'émotion elle-même.

Il serait absurde que j'observe un phénomène que mon observation elle-même transforme...

Il convient juste de laisser s'étendre cette émotion comme si elle était un visiteur de passage. Elle n'est pas moi mais un élément rapporté, événementiel, provisoire. Si je m'identifie à elle, si je la considère comme une part de moi, je ne suis plus observateur mais dépendant d'elle. Je et elle se mêlent. Et je ne suis plus.

Le problème vient de la charge énergétique diffusée par cette émotion, par cette pensée corporelle, par ce ruissellement de colère ou de joie. La fréquence vibratoire de l'émotion lorsque celle-ci prend le pas sur l'observation amplifie la pensée et le phénomène interne se renforce.

Le mental adore ces situations. Il y trouve un terreau favorable à son expansion. Les pensées se nourrissent des émotions et les émotions fabriquent de nouvelles pensées. Le mental va même s'efforcer d'entretenir cette anarchie intérieure en multipliant les pensées, soit pour résister aux émotions, soit pour les amplifier.

La résistance aux émotions, lorsqu'elles se révèlent désagréables, n'est pas une issue. Elle génère de nouvelles pensées émotionnelles. Ce chaos interdit toute observation. L'individu n'est plus qu'un flot d'excroissances instrumentalisées. En luttant contre ces émotions mortifères, il en génère d’autres…

La paix est exclue de ce champ de bataille.

La pensée est d'ordre intellectuel et l'émotion d'ordre physique. Lorsque les deux entités agissent de concert, et que la conscience en est bannie, l'individu est en sommeil. Il rêve son existence et ne contrôle rien. À celui-là, tout arrive mais il ne fait rien. Il est sans cesse en réaction. Il réagit mais n'agit pas. Pour agir, il faut être dans le non-agir. C'est là tout le paradoxe.

Le non-agir est un état d'observation neutre. Le fait de ne pas générer de résistances conduira l'émotion à s'éteindre d'elle-même. Elle ne sera pas niée pour autant mais elle ne trouvera pas d'ancrage dans le mental. Parce que ça n'est pas le mental qui l'observe mais la conscience. Il ne s'agira dès lors qu'une bougie qui finira par épuiser sa réserve de cire...

Ce qui importe, c'est d'œuvrer au silence intérieur. Imaginez que la bougie s'est éteinte. Vous êtes dans le noir mais cette obscurité est une lumière intérieure. Vous décidez vous-mêmes des éblouissements et de leur durée.

Lorsque je suis ému par la beauté des montagnes, lorsque je suis dans ce silence intérieur, rien ne vient s'interposer. Je laisse l'émotion s'étendre et je l'honore. L'instant le plus beau n'est pas l'euphorie mais le retour à la paix. Car c'est dans le silence qui suit que la conscience se révèle. Je suis celui qui a rétabli l'obscurité lumineuse. Aucune lutte intestine, juste l'observation.

Si je cherchais à amplifier cette émotion réjouissante, si je cherchais à l'associer à des pensées discursives, à la prolonger par des raisonnements, des exagérations, des embrasements inventés, je me conditionnerais à vivre la même illusion lorsqu'une émotion néfaste jaillira dans une autre situation.

Il n'y a pas de choix à opérer. Ça serait l'établissement d'un mensonge. Si je m'abandonne à l'euphorie des émotions joyeuses, je m'abandonne symétriquement et simultanément au désastre des émotions douloureuses. 

On se retrouve de nouveau dans l'image de la balance et des deux plateaux. Je ne peux pas consciemment désirer remplir le plateau des bonheurs et vider celui des malheurs. C'est une tricherie irréalisable. 

Je peux par contre tenter de m'installer au milieu de la balance et apprendre à observer les déséquilibres, l'alternance des situations favorables ou défavorables, sans jamais mêler ma conscience aux pensées émotionnelles qui accompagnent ces troubles de l'existence. 

Et c’est là que naîtra la joie d’être soi, une joie bien plus vaste qu’une émotion éphémère.

 

 

 

 

Réunion de parents

Par Le 13/10/2018

Réunion de parents d'élèves

Vendredi soir, j'ai vécu ma dernière réunion de classe avec les parents d'élèves. Ils étaient nombreux d'ailleurs à s'être déplacés.

C'est toujours émouvant d'avoir en face de moi, non pas les enfants mais leurs parents, bien souvent assis à la même place.

J'ai donc expliqué ma façon de travailler. J'avais écrit au tableau les deux parties de la soirée : une présentation des supports de travail, classeurs, porte-vue et cahiers, puis la deuxième partie dans laquelle je décrivais ma vision de l'enseignement et les différents points que je souhaitais aborder :

L'enfant et l'élève / Le contenant et le contenu / La connaissance de soi / La gestion émotionnelle / « L'ascension » vers la connaissance / Le chemin balisé par les « lampadaires et la fierté du chemin parcouru.»/

L'enfant et l'élève : J'accueille des enfants et non pas des élèves. Ils ne sont pas élèves, ils sont enfants en situation d'élèves. Ce qui m'importe prioritairement, ça n'est pas de leur apporter des connaissances extérieures, scolaires, culturelles mais que le travail nécessaire pour acquérir cette connaissance leur serve d'exploration intérieure afin qu'ils se connaissent, en tant qu'individu et non uniquement comme élève. Cette observation sera le moteur des apprentissages et ces mêmes apprentissages joueront le rôle de carburant.

Le contenant et le contenu : Il ne sert à rien de vouloir verser du contenu dans un contenant ou du carburant dans un moteur incomplet. Il n'est pas prêt à le recevoir.

On peut imaginer une outre percée. L'outre n'est pas responsable de cet état. On lui demande d'être une outre alors qu'elle n'est encore qu'une peau qui n'est pas reliée, pas constituée, pas cousue.

Les difficultés que rencontrent certains enfants ne relèvent pas de leurs responsabilités mais de celles des adultes qui n'ont pas su accompagner l'enfant dans la constitution de son « étanchéité » et qui ont voulu le charger d'un contenu dont il ne peut pas encore supporter la charge.

Et l'enfant se verra ensuite propulser dans un enchaînement de « thérapies » multiples et diverses, menées par des adultes chargées de corriger les déficiences du monde adulte...Sans que ce monde adulte n'observe lui-même les causes réelles de la difficulté de l'enfant. Oh, bien sûr qu'il y aura plein de raisons « dys » et d'explications d'ordre familial ou culturel etc etc etc...Mais, la question du seul développement de l'enfant hors de son statut d'élève : qui se pose cette question ?

La connaissance de soi : Le travail scolaire n'est pas une finalité. La finalité, c'est la connaissance de soi. Le travail scolaire est un moyen. Les difficultés, tout comme les réussites, sont des expériences enrichissantes, non pas prioritairement, dans les savoirs acquis mais dans l'acquisition de l'être. Il ne s'agit donc pas de tourner exclusivement les enfants vers le monde extérieur de la connaissance mais de les amener à inverser ce regard, simultanément, afin d'observer l'espace intérieur et d'analyser les tourments, les joies ou la sérénité.

La gestion émotionnelle :

Cette gestion émotionnelle a pour finalité de donner les moyens aux enfants d’installer le calme en eux. Ce calme nécessaire aux apprentissages. On peut imaginer sinon un moteur qui refuse de démarrer ( enfant apathique) ou un moteur qui s’emballe (hyperactivité). C’est donc là, dans cette observation, que le contrôle des émotions peut se construire. Il ne sert à rien d’avoir peur devant un travail. Rien de bon ne peut en sortir. C’est un parasitage et une limitation de l’exploitation du potentiel. C’est comme un morceau de sucre dilué dans le carburant… Il n’est pas sain, non plus, d’aborder le travail dans une confiance excessive. Les erreurs d’inattention surviendront inévitablement parce que l’euphorie entrave la lucidité.

L’ascension vers la connaissance

On peut comparer le chemin de la connaissance à une ascension himalayenne. On a le camp de base, (le savoir acquis) puis les camps d’altitude. Le premier camp est atteint et du matériel est déposé avant un retour au camp de base. L’acclimatation se fait par des allers-retours qui demandent beaucoup de temps et d'énergie.

Lorsque l’individu se sent prêt, physiquement et moralement, il remonte au camp 1, s’y repose quelques heures puis monte jusqu’à un endroit favorable à l’installation du camp 2...Du matériel y est de nouveau déposé afin de faciliter le prochain retour et la montée vers le camp 3...Parfois, du camp 2, les individus redescendent jusqu’au camp de base pour s’y reposer profondément.

Il en est ainsi des apprentissages scolaires. Tout se fait par paliers et non pas de façon linéaire et il est sain et parfaitement justifié que chaque individu éprouve le besoin de se reposer dans un territoire déjà connu et accueillant. Il n’y a pas d’échec à prendre son temps, ni même à ne pas pouvoir monter au camp 4 quand les autres y parviennent. Peut-être que le camp 4 suffit au bonheur de celui-là…

Il y a un risque sournois dans cette ascension, c’est que l’individu soit irrémédiablement poussé vers l’instant à venir, vers le pas à faire, vers le mètre à gagner et que cette pression constante finisse par lui gâcher le bonheur d’être là… Comme un empoisonnement des nourritures spirituelles.

Il est primordial de ne jamais perdre de vue la joie profonde de la vie, là, dans l’instant, sans aucune autre intention que le saisissement de l’énergie en soi.

Le chemin balisé par les lampadaires et la fierté du chemin parcouru.

Il est utile de montrer aux enfants un schéma symbolique de leur cheminement et je l’appelle « la voie des lampadaires ».

L’individu est éclairé par une lumière diffuse, un lampadaire au-dessus de lui. Au loin, devant lui, il distingue une autre lumière, un autre lampadaire. Pour l’atteindre, il doit accepter de traverser un champ d’obscurité, une zone incertaine.

Il pourrait décider de rester sous le lampadaire d’origine mais plus il attend et plus la lumière s’étiole. Elle ne s'éteindra pas mais sa lueur faiblit. Plus celle-là diminue, plus celle qui est devant lui, là-bas, rayonne. Il doit absorber la lumière disponible, là où il se trouve, s’en charger et engager la traversée. C’est un moment fortement émotionnel. Tout comme l'est la traversée. 

Lorsque l’individu parvient sous le deuxième lampadaire, il s’accorde un temps de repos puis il dirige ses regards vers l’horizon, là-bas, où brille un autre lampadaire.

Il existera toujours un lampadaire devant soi.

Il tiendra à chacun de décider d’y aller ou pas.


Deux heures à parler. Je m’étais donné ça comme limite. Mais, j’aurais pu y passer deux heures de plus.

Je pense que ça intéressait les parents. De toute façon, j’ai toujours pensé qu’on ne pouvait intéresser un interlocuteur qu’au regard de sa propre implication. Il n’y a que les hommes et femmes politiques qui sont suffisamment pervers pour parvenir à faire croire qu’ils sont impliqués, compétents et intègres.

De Colbert à Mazarin : "Le diable rouge"

Par Le 13/10/2018

Il s'agit d'un texte de fiction mais le contenu est bien réel.

 

 

 

 

De Colbert à Mazarin: Les classes moyennes, ni pauvres ni riches

  

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Les classes moyennes, ni pauvres, ni riches

Colbert :  Pour trouver de l'argent, il arrive un moment où tripoter ne suffit plus. J'aimerais que Monsieur le Surintendant m'explique comment on s'y prend pour dépenser encore quand on est déjà endetté jusqu'au cou…

Mazarin: Quand on est un simple mortel, bien sûr, et qu'on est couvert de dettes, on va en prison. Mais l'État…, lui, c'est différent. On ne peut pas jeter l'État en prison. Alors, il continue, il creuse la dette ! Tous les États font ça.

Colbert :  Ah oui ? Vous croyez ? Cependant, il nous faut de l'argent. Et comment en trouver quand on a déjà créé tous les impôts imaginables

Mazarin :  On en crée d'autres.

Colbert : Nous ne pouvons pas taxer les pauvres plus qu'ils ne le sont déjà.

Mazarin :  Oui, c’est impossible.

Colbert:   Alors, les riches ?

Mazarin:  Les riches, non plus. Ils ne dépenseraient plus.Un riche qui dépense fait vivre des centaines de pauvres

Colbert :  Alors, comment fait-on ?

Mazarin: Colbert, tu raisonnes comme un pot de chambre sous
le derrière d'un malade ! il y a quantité de gens qui sont entre les deux, ni pauvres, ni riches… Des Français qui travaillent, rêvant d'être riches et redoutant d'être pauvres ! C'est ceux-là que nous devons taxer, encore plus, toujours plus ! Ceux là ! Plus tu leur prends, plus ils travaillent pour compenser…c'est un réservoir inépuisable.

Le Diable rouge est une pièce de théâtre écrite par Antoine Rault et mise en scène par Christophe Lidon. Cette pièce a reçu sept nominations aux mois Molière 2009.

 

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Argument

La pièce retrace les derniers mois de la vie de Mazarin, principal ministre du jeune roi Louis XIV dont il achève la formation de souverain. Assisté de Bernouin, son fidèle premier valet, le cardinal souhaite achever son œuvre en signant la paix avec l'Espagne, contre laquelle la France est en guerre depuis trente ans, et qui a ruiné les finances du royaume. La reine-mère Anne d'Autriche tente de convaincre le roi de choisir le mariage de raison avec l'infante d'Espagne, ce qui mettrait fin à la guerre, contre un mariage de passion avec Marie Mancini, la nièce de Mazarin. Colbert use de son influence pour préparer son accession à la surintendance des finances à la mort du cardinal.

Message rumeur

À partir de 2008 commence à se répandre sur le web un texte extrait de la pièce. La phrase finale de cet extrait est « Des Français qui travaillent, rêvant d'être riches et redoutant d'être pauvres ! c'est ceux-là que nous devons taxer, encore plus, toujours plus ! Ceux-là ! Plus tu leur prends, plus ils travaillent pour compenser…c'est un réservoir inépuisable. » Il a par exemple été relayé par le site web Contrepoints1.

Des personnes l'ayant reçu par email, ou lu sur des blogs cherchent à en savoir l'origine et en vérifier la véracité historique. En 2010 le site web Le Guichet du savoir (tenu par la Bibliothèque municipale de Lyon) y répond, extrait : « Est-ce que la conversation entre Mazarin et Colbert que vous nous rapportez est vraie ? — Incontestablement : non ! Il s’agit d’un extrait d’une œuvre de fiction2. » En 2013, ce texte est discuté sur le forum du site web HoaxBuster3.

Education nationale : handicap et AVS

Par Le 13/10/2018

Un témoignage pour commencer : c'était en 2016 et aujourd'hui, c'est encore pire.

Caroline Richardtrès en colère.

28 septembre 2016

28 septembre 2016

A mon tour aujourd’hui de crier ma colère et mon indignation.

Je suis Caroline Richard, maman de deux enfants « différents », deux jumeaux debientôt 6 ans, Arthur et Antoine qui souffrent du syndrome de Prader-Willi, une maladie extrêmement grave et complexe. La liste des symptômes est très longue et contient notamment des troubles du comportement, des retards d’apprentissage, des déficits hormonaux sévères et une absence totale de satiété.

Mais je ne suis pas là aujourd’hui pour vous parler de cette maladie rare.

Je suis là pour crier ma colère et mon indignation.

Chaque jour j’affiche la bonne humeur et le sourire de rigueur de la maman qui contrôle tout, qui assure et qui aide au mieux ses enfants « différents » envers et contre tout. Comme beaucoup.

Pourtant aujourd’hui, j’ai entendu la mauvaise nouvelle de trop.

Aujourd’hui, la maîtresse de mon Arthur m’annonce que son AVS (que nous avons eu tant de mal à avoir) ne sera plus là à partir du lundi 3 octobre. Elle part faire une formation pour trouver un bon boulot plus stable....

Nous sommes mercredi 28 septembre. Plus que deux jours d’école avec AVS, puis, plus rien.

Evidemment !

A leur recrutement les AVS savent qu’elles n’auront qu’un CDD de deux ans non renouvelable. On leur annonce d’ailleurs dès le départ : « Surtout, si vous trouvez un autre travail : prenez-le ! ». Comment espérer que nos enfants « différents » soient aidés et guidés dans de telles conditions ?

« Qu’à cela ne tienne ! », me direz-vous : « recrutons donc une nouvelle AVS ! ».

Ahhhhh, si seulement c’était aussi simple !!! Et bien non… L’inspection académique a décidé que les recrutements d’AVS seraient gelés jusqu’en janvier. Donc pas de recrutement, pas d’AVS pour aider Arthur à apprendre et à se sentir un peu moins « différent ».

Arthur a BESOIN de son AVS 20 heures par semaine.

Sans son AVS, Arthur ne tient pas en place, il ne travaille pas, il ne se concentre pas, il ne comprend pas les consignes, bref, il ne progresse pas.

Sans son AVS, Arthur reste des minutes entières dans la cour de récré à regarder à travers les grilles, dehors, sans rien faire.

Sans son AVS, Arthur n’arrive pas à aller vers les autres, à communiquer.

Sans son AVS, Arthur qui entame sa 4ème année de maternelle, ne pourra sûrement pas aller en CP dans un an car les acquis ne seront pas suffisamment solides.

« Et la maîtresse dans tout ça ? », me direz-vous ? Et bien la maîtresse gère tant bien que mal l’apprentissage des 29 autres élèves de la classe qui demandent eux aussi un peu d’attention…

Alors, me voilà repartie à l’assaut de Madame l’Administration.

- Mail à l’enseignant référent. 
- Appel à la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) qui me dit après 5 essais et 5 fois 5 minutes de musique de fond (c’est très long 5 mn quand on attend…) « Nous, on fait la notification, madame, mais ensuite on ne peut plus rien pour vous, appelez donc l’inspection académique ! »
- Appel à l’inspection qui sonne, sonne, sonne inlassablement jusqu’à vous raccrocher au nez puisque personne ne répond.

Une nouvelle bataille à affronter.

Ne jamais rien lâcher. Mais malheureusement, parfois, c’est le corps et le cœur qui lâchent.

Si seulement, ces personnes pouvaient se mettre un tout petit peu à notre place…

Je vous demande aujourd’hui une faveur : pouvez-vous partager ce message ?

Je ne sais pas si cela pourra nous aider en quoi que ce soit mais UN PETIT PARTAGE ce n’est rien à côté de la lutte acharnée que mon Arthur mène chaque jour pour avancer, grandir et apprendre, comme ses petits camarades d’école.

J’aimerais aussi que soit pointée du doigt la dure réalité que doivent affronter les enfants « différents » et leurs parents. Car même si la loi de 2005 a fait beaucoup avancer les choses, elle est encore bien loin de donner une aide satisfaisante dans nos situations si complexes et difficiles à gérer.

Merci à vous pour votre écoute et vos partages ❤

Nous dépendons de l'académie de "Paris-Creteil-Versailles"

 

Ce qui vient de se passer à l'Assemblée nationale à propos des AVS :

Elèves handicapés: une proposition de loi LR retoquée

  

  • Par  Le Figaro.fr avec AFP 
  • Mis à jour  
  • Publié 

L'Assemblée nationale a retoqué aujourd'hui une proposition de loi LR pour "l'inclusion des élèves en situation de handicap", le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer mettant en avant "le chemin" déjà pris par le gouvernement et une concertation à venir.

» LIRE AUSSI - Handicap : la galère de la rentrée scolaire

"Personne ne peut décemment regarder dans les yeux ces familles, ces enfants, ces adolescents, ces accompagnants et leur dire que l'urgence est ailleurs", a plaidé Aurélien Pradié, qui défendait ce texte dans le cadre d'une "niche parlementaire" LR. L'élu du Lot a rappelé que "le nombre d'élèves (en situation de handicap) accueillis est passé d'environ 100.000 en 2006 à (...) 340.000 en 2018", de nombreux élèves étant restés sans solution d'accompagnement à la rentrée. Sa proposition de loi prévoyait notamment un statut unique "d'accompagnant à l'inclusion scolaire", mieux rémunéré, pour les auxiliaires de vie scolaire (AVS) ou les accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH). Elle visait aussi à "décloisonner" l'accompagnement entre scolaire et périscolaire.

Anticipant le rejet de son texte, Aurélien Pradié a fustigé le "mépris" des députés LREM, le chef de file du groupe Christian Jacob dénonçant aussi la volonté de la majorité de "fermer le ban". Jean-Michel Blanquer a observé que le texte comportait "bien entendu des éléments intéressants" sur cette "priorité gouvernementale", mais a refusé d'être "caricaturé comme quelqu'un qui ne voit pas les difficultés actuelles et les pistes d'amélioration". Il a notamment souligné qu'à la rentrée 2018, "20.000 élèves de plus que l'an dernier" avaient été accueillis, observant aussi que le statut unique prôné par Aurélien Pradié est "très précisément la feuille de route que nous nous sommes fixée".

Les LR ont vu "une trahison" dans le rejet du texte avant l'examen de ses articles, par 70 voix contre 54. Des élus d'autres groupes se sont aussi dits "attristés", François Ruffin (LFI) lançant aux "marcheurs" que ce vote leur collerait "à la peau comme une infamie".

Souffrance animale

Par Le 10/10/2018

Aurélien Barrau : « Le combat animalier est frère des combats d’émancipation »

 


Entretien inédit pour le site de Ballast

L’anthropologue Claude Lévi-Strauss estimait que « l’homme a resserré trop près de lui-même les frontières de son humanité ». À ne plus appréhender le monde qui nous entoure autrement que par ce que nous pouvons y prendre, nous n’avons de cesse de surexploiter le milieu naturel et de menacer sa capacité de régénération. Aurélien Barrau, astrophysicien, chercheur et auteur de l’essai Des univers multiples, est de ceux qui regardent avec la même passion le très lointain — des trous noirs à la gravité quantique — comme ce que, juste à nos côtés, nous refusons trop souvent de voir : le sort infligé aux animaux afin qu’ils puissent régaler nos assiettes. C’est sur ce dernier sujet, très précisément, que nous avons tenu à l’interroger.


barrau6Vous avez la particularité de mêler rigueur scientifique sur des sujets particulièrement complexes pour le commun des mortels, goût prononcé pour la philosophie autant que pour la poésie et engagement pour la cause animale : quel est votre « fil rouge », l’expérience commune à tous ces univers, le « moteur fondamental » ?

Je crois que le fil rouge, ce serait l’absence de fil rouge. Je ne cherche pas la cohérence à tout prix. Au contraire. Le monde est complexe et multiple ; il est bigarré et foisonnant : abordons-le et arpentons-le d’une manière, elle aussi, complexe et multiple. C’est précisément parce que la poésie, la philosophie, la musique, la littérature et la physique (entre autres !) ne se réduisent pas les unes aux autres que je crois essentiel — ou au moins souhaitable — de s’y intéresser. Chacune construit un rapport-au(x)-monde(s)singulier et irremplaçable. Chacune invente une sinuosité qui lui est propre et révèle des volets spécifiques du matériau qu’elle affronte. Je ne veux pas de moteur fondamental. Je préfère des micro-engrenages qui échappent à une mécanique globale bien huilée. Le temps du Grand Ordre, de Cosmos ou de Mundus, est révolu. Ce qui m’intéresse, c’est de tenter de passer et de penser dans un désordre assumé. Je suis peut-être cosmologue de profession mais sans doute « chaologue » de confession ! Si pourtant je devais malgré tout définir une sorte de conducteur, je crois que ce serait une porosité à l’altérité. Disons, un désir, peut-être tout à fait illusoire, de ne pas voir ou aimer dans l’Univers que ce que nous y avons nous-même instillé. Et, surtout, pour le dire comme le philosophe Jacques Derrida, ce qui me semble vital aujourd’hui c’est la déconstruction du « carnophallogocentrisme », c’est-à-dire la remise en cause de cette terrible hégémonie de l’homme (blanc, faudrait-il ajouter), rationnel (c’est-à-dire ici sûr de son bon droit et ne doutant jamais), en érection (parce qu’il assujettit l’autre à son désir propre) et mangeur de viande (comme image archétypale de l’instrumentalisation des vivants non-humains).

L’anarchiste Louise Michel écrivit un jour : « Au fond de ma révolte contre les forts, je trouve du plus loin qu’il me souvienne l’horreur des tortures infligées aux bêtes. Depuis la grenouille que les paysans coupent en deux, laissant se traîner au soleil la moitié supérieure, les yeux horriblement sortis, les bras tremblants, cherchant à s’enfouir sous la terre, jusqu’à l’oie dont on cloue les pattes, jusqu’au cheval qu’on fait épuiser par les sangsues ou fouiller par les cornes des taureaux, la bête subit, lamentable, le supplice infligé par l’homme. Et plus l’homme est féroce envers la bête, plus il est rampant devant les hommes qui le dominent. » Pensez-vous qu’il faille politiser cette question, par ailleurs peu audible ? Comment faire en sorte qu’elle ait un impact sur la vie de la Cité ?

Cette très émouvante citation de Louise Michel me fait penser à ce bouleversant extrait de la grande militante socialiste Rosa Luxemburg : « Le chargement était si lourd et il y avait tant de sacs empilés que les buffles n’arrivaient pas à franchir le seuil du porche. Le soldat qui les accompagnait, un type brutal, se mit à les frapper si violemment du manche de son fouet que la gardienne de prison indignée lui demanda s’il n’avait pas pitié des bêtes. Et nous autres, qui donc a pitié de nous ? répondit-il, un sourire mauvais aux lèvres, sur quoi il se remit à taper de plus belle… Enfin les bêtes donnèrent un coup de collier et réussirent à franchir l’obstacle, mais l’une d’elles saignait… Sonitchka, chez le buffle l’épaisseur du cuir est devenue proverbiale, et pourtant la peau avait éclaté. Pendant qu’on déchargeait la voiture, les bêtes restaient immobiles, totalement épuisées, et l’un des buffles, celui qui saignait, regardait droit devant lui avec, sur son visage sombre et ses yeux noirs et doux, un air d’enfant en pleurs. C’était exactement l’expression d’un enfant qu’on vient de punir durement et qui ne sait pour quel motif et pourquoi, qui ne sait comment échapper à la souffrance et à cette force brutale… J’étais devant lui, l’animal me regardait, les larmes coulaient de mes yeux, c’étaient ses larmes. »

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Il est magnifique de constater que dans cette situation terrible, dans cette situation de guerre, Rosa Luxemburg conserve toute son empathie avec les animaux sans, naturellement, que cela ôte quoi que ce soit à son indignation face aux sorts des humains. Je crois que « ça ne veut pas rien dire », pour reprendre l’expression de Rimbaud. Faut-il politiser cette question ? Je ne sais pas. Il y a plusieurs sens à « politique ». Disons d’abord politikos— originellement, le vivre ensemble et l’organisation de la Cité —, puis politeia — la structure de fonctionnement, l’institution —, et enfin politikè — la pratique du pouvoir. Tout cela me semble encore terriblement anthropocentrique. Il n’était pas idiot de scander en Mai 68 « Tout est politique ». Cela a permis de mettre en lumière beaucoup d’interconnections entre les structures de domination. Mais je crois qu’il faut peut-être maintenant élargir le prisme. Certainement pas pour « tourner cette page », comme certains le souhaiteraient, mais au contraire pour l’élargir et l’approfondir. Il n’est aujourd’hui plus possible d’ignorer l’immensité sans précédent de la douleur que nous infligeons aux animaux alors même que nous savons de façon incontestable qu’ils souffrent essentiellement « comme nous », si tant est qu’on puisse utiliser la conjonction « comme » quand il s’agit de cette infinie déréliction. Il est urgent de faire face à cette question mais je crois qu’il faut le faire sur de nouveaux modes : elle est trop vaste, démesurée, pour entrer dans nos anciennes catégories.

Dans votre livre sur les univers multiples, vous parvenez à faire des parallèles entre la description ou l’interprétation de phénomènes physiques et des questions éthiques. Pourriez-vous nous redire ce que décrit « l’expérience du chat de Schrödinger » ? Pourquoi vous semble-t-elle témoigner de « notre rapport apathique à la souffrance et à la mort animale » ? De manière plus générale, croyez-vous que les progrès scientifiques amènent, au moins tendanciellement, vers un progrès éthique de l’humanité ?

« Il n’est aujourd’hui plus possible d’ignorer l’immensité sans précédent de la douleur que nous infligeons aux animaux alors même que nous savons de façon incontestable qu’ils souffrent essentiellement comme nous ».

L’expérience du chat de Schrödinger consiste à soumettre la vie d’un chat à l’état d’un objet quantique. Si l’objet est dans l’état physique A, le chat reste en vie ; s’il passe dans l’état B, un mécanisme libère du poison et tue le chat. Étant donné que les systèmes quantiques se trouvent simultanément dans plusieurs états, le chat devrait être à la fois mort et vivant ! Cette célèbre expérience de pensée a fait couler beaucoup d’encre et le paradoxe n’est aujourd’hui encore pas pleinement résolu. Il est vrai que je dis parfois qu’elle est un exemple de notre froideur à l’égard de la souffrance animale. C’est une boutade, naturellement, puisque l’expérience n’a jamais été réellement menée. Structurellement, progrès scientifiques et progrès éthiques ne peuvent pas être mécaniquement liés (il faudrait d’ailleurs interroger le sens même du mot « progrès », qui est tout sauf clairement défini dans ces circonstances…). C’est ce qu’on appelle en philosophie « la guillotine de Hume » : on ne peut jamais inférer d’un être un devoir-être. Néanmoins, il est incontestable que les avancées ou découvertes scientifiques devraient susciter de nouvelles questions éthiques. Or, le fait est que ce n’est pas du tout ce qui se passe ; bien au contraire ! Nous avons maintenant tous les éléments scientifiques requis pour affirmer que les animaux sont des êtres sensibles (pour beaucoup doués d’une conscience, au sens le plus fort de ce terme), mais nous les tuons et maltraitons avec une hargne toujours plus cinglante ou une indifférence toujours plus immense. Tout concourt à affirmer que notre régime carné excessif est très nuisible à notre propre santé, mais nous consommons toujours plus de viande. Tous les éléments pour affirmer que cette même alimentation carnée engendre un désastre écologique (10 000 litres d’eau par kilo de bœuf) et suscite une importante malnutrition humaine (on pourrait nourrir 4 milliards d’hommes supplémentaires si les cultures dédiées au bétail étaient utilisées directement pour nourrir les humains), mais les déforestations pour permettre toujours davantage d’élevages intensifs s’accélèrent. En l’état, non, je ne vois donc aucun signe tendanciel dans le sens que pourtant j’appelle de mes vœux.

Vous écrivez que le temps est venu d’agir sur la situation faite aux animaux, mais que « sans une violence faite à la violence elle-même, il n’y sera jamais fait face ». Que pensez-vous de l’action directe, à la manière du Front de libération animale ? Est-ce un moyen légitime, sinon légal, de déclencher une prise de conscience ?

Je pense en effet qu’il ne faut pas être phobique de toute forme de violence. S’il n’y avait pas eu d’actions violentes, les enfants travailleraient toujours à treize ans dans ces conditions très dures. Nous sommes aujourd’hui les acteurs d’un système qui comporte de nombreuses violences — souvent insidieuses et d’autant plus terribles — à l’égard des plus faibles. Une certaine violence à l’encontre de ces violences ne me semble pas devoir être écartée absolument. Je n’en demeure pas moins assez réservé sur les actions « choc » de libération animale. Ponctuellement, quand des animaux sont sur le point d’être tués, souvent dans des conditions atroces, et que cela peut être évité, je comprends que certains passent à l’action. C’est une réaction d’empathie rassurante et parfois salutaire. Mais à plus grande échelle, je ne pense pas que ces mouvements servent profondément la cause animale. Je penche davantage vers une information authentique et donc, finalement très violente pour nos consciences, qui s’évertuent à ne surtout pas voir les conséquences de nos actions (qu’il s’agisse des animaux massacrés comme des réfugiés mourants laissés agonisant devant nos frontières fermées) ! Les reportages télévisés, par exemple, parviennent à nous montrer les lieux les plus secrets de la planète. On pénètre dans les rouages des dictatures, dans les navires de guerre, dans les camps d’entraînement des commandos d’élite, etc. Mais, curieusement, nous n’avons jamais vu l’intérieur d’un abattoir ! Et pour cause… Ce serait proprement insoutenable. Voilà qui pose problème : l’immense majorité des consommateurs de viande ne pourrait soutenir 30 secondes d’images de ce que leur choix — parce qu’il s’agit bien d’un choix qu’il est tout à fait possible de ne pas faire sans rien perdre, tout au contraire, de notre qualité de vie — engendre de façon directe. On montre aux fumeurs les effets dévastateurs de la cigarette sur leurs tissus pulmonaires ; je pense qu’il serait temps de montrer aux bons citoyens que nous sommes les souffrances proprement incroyables que notre mode de vie — en particulier alimentaire — engendre sur les autres vivants sensibles.

« L’immense majorité des consommateurs de viande ne pourrait soutenir 30 secondes d’images de ce que leur choix engendre de façon directe. »

Dans le même ordre d’idées, je me demande quels parents pourraient assumer cela face à leurs enfants. Nous sommes enjoints à tenter de présenter le vrai visage du monde, autant que faire se peut, à ceux que nous éduquons. C’est une ligne de conduite raisonnable et assez unanimement acceptée. Sauf, naturellement, s’il s’agit d’alimentation carnée ! Qui serait prêt à expliquer à son enfant, sans pathos, de façon juste factuelle et précise, ce qu’a enduré l’agneau dont il lui propose de dévorer une côtelette ? Et quel enfant, sachant naturellement qu’il peut s’en passer sans la moindre carence (il n’est pas question de maltraiter nos enfants !), continuerait alors à s’en nourrir ? Je ne suis pas favorable aux actions violentes ; je suis juste favorable à divulguer la violence crue de la vérité. Mais, là encore, la tendance n’est pas celle-ci : on voit surgir des lois qui, tout à l’inverse, interdisent de montrer la souffrance animale ! C’est proprement hallucinant. Ce qui est considéré comme délictueux, ce n’est ni la mort donnée ni la douleur infligée, mais le fait d’exposer cette vérité qui pourrait choquer les âmes sensibles découvrant leur responsabilité…

Vous avez écrit que « c’est le rôle de la recherche, en particulier, et de la pensée, en général, de faire violence à ce qui constitue l’ordre établi », de réélaborer le monde, de ne pas accepter comme donné ce qui est construit. Notre rapport à l’animal est-il entièrement de l’ordre du construit et du culturel ? Ne subsiste-t-il pas un fond de nature dans notre propre animalité (y compris dans la dimension de l’homme omnivore… donc, aussi, carnivore) qui continuera longtemps de résister au végétarisme ?

Là, je serais assez deleuzien. Je crois qu’il faut sortir de cette vieille dichotomie usée entre nature et culture : elle ne fait plus sens. Si, néanmoins, on souhaite encore y recourir de manière approximative, il ne va pas de soi que l’alimentation carnée de l’homme est « naturelle ». Nombre de nos caractéristiques physiologiques plaident tout au contraire en faveur d’une constitution essentiellement végétarienne : notre intestin est beaucoup trop long pour être celui d’un carnivore, nos dents sont pratiquement semblables à celles des herbivores (qui ont souvent des canines), nous n’avons ni la puissance ni la morphologie des prédateurs, etc. Au-delà, l’argument souvent rencontré (parfois implicitement) suivant lequel parce que Cro-Magnon mangeait de la viande, nous sommes autorisés — voire contraints — à poursuivre la tradition sans l’interroger est absolument ahurissant. Y a-t-il un seul de nos autres choix éthiques que nous oserions justifier en référant à ce qu’il s’agissait d’une pratique usitée chez les hommes préhistoriques ? Évidemment et heureusement pas. Pourquoi notre alimentation serait-elle l’exception ? L’échappatoire courant consiste à évoquer le statu quo : « Chacun fait ce qu’il veut ! Les végétariens et autres végans ont bien le droit de ne pas consommer de viande, mais qu’ils ne nous disent pas ce que nous devons faire. » Or, précisément, ce n’est pas si simple. Ce n’est pas si simple parce que le choix n’est pas qu’un choix individuel. Il entraîne la souffrance et la mort d’autres vivants sensibles ; tout est là. C’est bien la raison pour laquelle nous ne décrétons pas « torturer ou non ses enfants, chacun fait ce qu’il veut ». Et nous ne le décrétons pas parce que les parents ne sont évidemment pas les seuls concernés par ce choix. Cette remarque est évidente, presque triviale ! Mais, curieusement, cette évidence est oubliée dès lors qu’il s’agit des animaux. C’est peut-être ici qu’il faut en effet politiser la question : jusqu’où notre société peut-elle considérer que ce qui entraîne l’agonie d’autrui est un pur choix individuel ? N’y a-t-il pas ici une contradiction manifeste ?

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Faire violence à l’ordre établi, comme vous l’évoquez, c’est ce que mon ami le philosophe Jean-Luc Nancy appellerait sans doute être de gauche. Après un rappel historique (lorsque les membres de l’Assemblée Constituante, en 1789, eurent à se prononcer sur le point décisif de l’octroi au Roi d’un droit de veto — qui de fait lui donnerait presque les pleins pouvoirs —, les partisans du veto vinrent se grouper du côté droit de l’estrade présidentielle et les autres se regroupèrent à gauche — à de rares exceptions près la noblesse et le clergé allèrent à droite et le tiers état à gauche), il analyse : « La droite implique une métaphysique — ou comme on voudra, une mythologie, une idéologie — de quelque chose de donné, d’absolument et primordialement donné et à quoi pour l’essentiel rien ou très peu ne peut être changé. La gauche implique l’inverse : que cela peut et doit être changé. » En ce sens, oui, je suis de gauche et je pense qu’il est urgent de l’être, en particulier du point de vue que nous abordons dans cet entretien.

Le philosophe Peter Singer, connu pour son ouvrage La Libération animale, a fait savoir qu’il n’entendait pas « entrer dans [la] controverse » des expérimentations scientifiques sur les animaux, quand bien même celles-ci tendraient à soigner certaines pathologies humaines. Quel est votre point de vue sur cette question ?

« Beaucoup d’animaux de laboratoire ont été sacrifiés pour rien. Alors laissons pour le moment la question délicate où quelques morts animaux sauveraient effectivement des vies humaines. »

J’ignorais que Peter Singer s’était ainsi positionné, mais c’est également mon choix. Cette question est complexe et délicate et je pense qu’il est un peu indécent de la présenter aujourd’hui comme une priorité. Nous tuons en ce moment 65 milliards d’animaux terrestres (et sans doute plusieurs milliers de milliards de poissons, crevettes, poulpes, etc.) par an, de façon essentiellement inutile. Voilà la priorité ! Voilà ce à quoi il est urgent de répondre. Alors, ne phagocytons pas le débat en le décalant vers les quelques circonstances particulières où, en effet, le choix n’est pas simple. Et si l’on veut parler des animaux « à usage scientifique », je vois par exemple que, dans ma propre université, des vivants sont sacrifiés en grand nombre pour des « besoins d’enseignement » (pas en dernière année de médecine mais dès la licence de biologie !), alors qu’un film bien conçu serait à mon sens bien plus pédagogue et infiniment plus acceptable… Et il est maintenant admis que des simulations sont très efficaces dans beaucoup de circonstances pour les usages thérapeutiques (et quand elles ne le sont pas, il est rare que les résultats sur la souris se transposent simplement à l’homme). Beaucoup d’animaux de laboratoire ont été « sacrifiés » pour rien. Alors laissons pour le moment la question délicate où quelques morts animaux sauveraient effectivement des vies humaines. Quand celle-ci deviendra pressante, c’est que l’immensité de l’horreur en cours, et sans le moindre lien avec cela, sera effectivement résolue !

Vous l’évoquiez : on sait en effet maintenant assez clairement que l’industrie de la viande a des conséquences profondément néfastes sur l’environnement. Êtes-vous convaincu que, de gré ou de force, un monde « sans viande » est inéluctable pour demain ?

Oui, on sait en effet que l’industrie de la viande est dramatique pour les animaux qui y sont décimés, mais aussi, comme vous le soulignez, pour la planète (et donc pour l’humanité) à l’échelle globale. Je ne vois pourtant aucune raison d’être optimiste. L’homme a démontré son extraordinaire capacité à « aller dans le mur ». Bien sûr, s’il s’agissait de penser un monde où tout homme pourrait se nourrir à sa faim et où les vivants non-humains ne se verraient pas réifiés alors, naturellement, un monde « sans viande » me semblerait inéluctable. Mais rien n’indique nous allions dans cette direction. Ce que je voudrais souligner ici d’essentiel, et de trop ignoré, est la chose suivante : le combat « animalier » est frère des combats d’émancipation et de libération. Il n’est pas opposé aux luttes libératrices pour les hommes : il leur est au contraire structurellement lié. C’est une même mouvance. C’est une même sensibilité à la douleur muette des opprimés. Je crois qu’il n’est pas possible aujourd’hui d’être libertaire, anarchiste ou progressiste (un mot que je n’emploierais qu’avec beaucoup de réserves), ou même simplement socialiste, en ignorant cette question centrale. Quiconque revendique penser le monde au-delà du seul prisme de son plaisir propre ne peut ignorer l’industrie de la mort terrifiante que nous avons mise en place. Nous tuons chaque mois plus d’animaux que la totalité des hommes ayant existé sur Terre depuis toujours… Je me souviens d’avoir, enfant, écouté Jean Ferrat chanter Aragon et déclarer aux femmes s’émancipant « votre lutte, à tous les niveaux, de la nôtre est indivisible » ; c’est exactement ce qu’il faut clamer aujourd’hui : il n’y a aucun sens à opposer la défense des humains (qui, stricto sensu, sont aussi des animaux) à celle des vivants non-humains. La dynamique est la même. Et cessons surtout de penser qu’il sera légitime de s’occuper des animaux quand les autres problèmes seront résolus : ils ne le seront jamais et nous le savons hélas trop bien…

« Quiconque revendique penser le monde au-delà du seul prisme de son plaisir propre ne peut ignorer l’industrie de la mort terrifiante que nous avons mise en place. »

Il y a peu, le lion Cecil a été tué au Zimbabwe par un riche américain s’offrant un peu d’adrénaline (dans un geste à la fois cruel envers l’animal et très colonialiste envers le pays hôte). Le monde entier s’en est ému. Puis, c’est cette émotion elle-même qui a suscité l’indignation. Bien sûr, il est incohérent de trouver ce safari scandaleux et de faire tourner les abattoirs à plein régime dans notre propre pays. Comme il est incohérent d’aimer les chats, les moineaux et les chevaux et de consommer sans arrière-pensée des agneaux, des poules et des vaches. Évidemment. Pourtant, je ne me range pas du côté de ceux qui s’indignèrent de cette indignation au motif que pendant ce temps un enfant était mort brulé vif et que tant d’autres horreurs furent perpétrées (qu’il faut naturellement évoquer et dénoncer). Mais ces révoltes ne sont pas mutuellement exclusives ! Elles se soutiennent les unes les autres. Et je trouve qu’il y a quelque chose ici d’un peu nauséabond : personne ne s’émeut de la météo quotidienne ou des résultats sportifs à outrance, mais dès qu’est évoquée — et c’est si rare ! — la souffrance animale — pourtant si omniprésente, quoique bien cachée à nos regards —, alors cela devient indécent, voire obscène, parce que des hommes souffrent aussi ! Cela n’a aucun sens. Cette mauvaise excuse pour ne pas penser l’immense question du calvaire animale est usée jusqu’à l’os. C’est le même paradoxe, d’ailleurs, qui fait que quiconque passe son week-end au café ou devant la télévision n’encourt aucun reproche tandis que s’il (ou elle) tente de sauver des animaux, l’argument cinglant ne tarde jamais : « Tu n’aimes donc pas les hommes ? » Il faut définitivement en finir avec cette pseudo-logique insensée.

Mais l’accès à la viande est, dans de nombreux pays du monde (pour des raisons géographiques ou économiques), la seule possibilité d’avoir accès à des protéines. N’est-ce pas une utopie d’Européen urbain d’imaginer un passage universel au végétarisme ?

Rien ne serait en effet plus détestable que de se placer, une fois encore, une fois de plus et une fois de trop, en position de donneurs de leçons arrogants, tentant d’infliger au monde entier notre nouvelle morale. Une évangélisation renouvelée, en somme ! Il me semble néanmoins que nous ne courons ici rien de ce risque, et ce pour plusieurs raisons. Premièrement, le fait est que les plus gros consommateurs de viande par habitant sont évidemment les pays occidentaux industrialisés. Prôner une extraction de cette industrie de la mort est donc bel et bien avant tout une adresse aux pays riches. Ils sont les premiers concernés et il n’est pas question de faire endosser prioritairement aux plus démunis la responsabilité de la situation actuelle. Deuxièmement, le fait est, également, que même dans les zones plus pauvres les animaux d’élevage doivent consommer des céréales ! L’argument demeure donc : puisqu’il faut 12 kilos de céréales par kilo de bœuf (que ce soit aux États-Unis ou au fond du quart-monde n’y change rien), l’utilisation des céréales pour nourrir directement les hommes est nettement plus efficace et rationnelle, même en ignorant le calvaire qu’endurent les animaux. Remarquer que les animaux souffrent partout et que leur élevage est partout essentiellement inefficace pour subvenir aux besoins biologiques des hommes n’est pas faire preuve de colonialisme intellectuel, c’est énoncer une vérité vérifiable par quiconque s’en donne les moyens. Troisièmement, je crois qu’il faut en effet penser l’alimentation à l’échelle planétaire, comme beaucoup d’autres questions, dans une optique de répartition des ressources. Tant qu’une très petite proportion des hommes détiendront une très grande majorité des richesses, il demeurera impossible de trouver un point d’équilibre acceptable.

« Je pense qu’il est essentiel de ne jamais recourir à l’argument fallacieux qui consiste à interdire toute action dans la mesure où sa réalisation parfaite est impossible. »

Quatrièmement, vous avez peut-être raison en déclarant qu’il s’agit d’une utopie et donc qu’un monde sans animaux tués pour notre seul plaisir n’existera jamais. De même, sans doute, qu’un monde sans viol, sans torture et sans homicide. Faut-il pour autant renoncer à cet horizon ? Il ne faut pas confondre, me semble-t-il, le normatif et le descriptif, l’impossible de fait de le non-souhaitable en droit. Cinquièmement, je pense qu’il est essentiel de ne jamais recourir à l’argument fallacieux qui consiste à interdire toute action dans la mesure où sa réalisation parfaite est impossible. Il est indéniable que vivre entraîne la mort d’autres vivants. Je n’ai jamais écrasé délibérément un insecte et je continuerai toute ma vie à infléchir mes pas pour éviter les fourmis. Pour autant, il est évident que j’ai involontairement écrasé des insectes. Cette indiscutable vérité n’a aucune légitimité à dénier toute pertinence à ma démarche d’évitement. De même : qu’une certaine douleur soit consubstantielle à toute existence n’interdit évidemment (et heureusement !) pas de tenter de minimiser cette douleur. Qu’une certain nombre d’erreurs soient consubstantielles à la recherche d’une vérité et que le sens même de cette vérité — par exemple, scientifique, pour référer à ce que je connais bien — ne soit pas évident, n’entrave d’aucune manière l’intérêt de la démarche d’exploration. La dimension culturelle — et parfois cultuelle — du rapport à la mort et à la viande est effectivement très importante. Elle convoque histoire, traditions, croyances, phobies, angoisses, symboles et pulsions… Il n’est pas question de la balayer d’un revers de la main. Il est au contraire question d’y faire face. Il est question de s’atteler à ce chantier immense parce que rien ne serait pire que de continuer à ignorer ce dont l’abyssale urgence me semble aujourd’hui avérée. C’est d’abord une question de simple cohérence : presque aucun homme ne cautionne réellement ce que son comportement induit de violences et de souffrances chez les autres vivants. Qui se réjouit réellement des deux milliards de cochons tués chaque année, sachant que la sensibilité et l’acuité affective des porcs sont aujourd’hui connues comme étant parmi les plus développées ? Commençons par le voir, seulement le voir. Le temps des conséquences viendra…

La consommation d’insectes semble gagner du terrain, même si nous n’en sommes pas familiers en Occident et que le sujet fait volontiers sourire. Est-ce un substitut plus « moral » ?

Je ne pense pas du tout qu’ils soient une solution. Pour au moins deux raisons. D’abord, parce que, du point de vue de l’humain, ce n’est pas forcément très attrayant ! D’autant plus que la diversité et la qualité de l’alimentation végétarienne est tout simplement étonnante. Je crois pouvoir dire sans erreur que la totalité, sans exception, de mes amis carnivores ayant gouté un « hamburger végétarien » reconnaissent que ce dernier est tout simplement meilleur ! Finissons-en avec l’image grotesque des carottes vapeur perdues dans une assiette presque vide : on peut être végétarien et très gourmand. Nombre de propositions gustatives sont fort copieuses. Et il y a plus de protéines par calorie dans le brocoli que dans le steak… Les mythes erronés sur les carences ont la vie dure… Ensuite, parce que cette solution demeure encore extrêmement spéciste ! Elle sous-entendrait que les insectes « ne comptent pas ». Ce qui est doublement injuste : d’une part, parce qu’en termes de complexité organisationnelle, ils sont sans aucun doute parmi les vivants les plus évolués et les plus achevés, et ensuite parce que le rien n’indique que le « droit » à exister doive être assujetti à une quelconque hauteur intellectuelle ou physique (personne ne soutient d’ailleurs sérieusement cela pour les hommes : les personnes déficientes mentale ne sont heureusement pas considérées comme moins dignes de vivre). Hauteur qui, de plus, demeure très relative : rien n’est plus stupidement anthropo-grotesque que la fameuse « échelle des êtres » classant les vivants par valeur avec, naturellement, l’homme au sommet ! Comme l’a montré le génial Von Uexküll, le monde de la tique — pour prendre un exemple que beaucoup considéreront comme peu attrayant — est tout à fait parfait, délicat et foisonnant du point de vue de la tique !

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Certains estiment que l’universalisation du véganisme mettrait, à terme, gravement en danger l’espèce humaine puisqu’elle déboucherait sur le réensauvagement incontrôlé des animaux domestiques. L’interdiction de la chasse aurait, selon eux, les mêmes conséquences (prolifération des renards, sangliers, etc.). Qu’en pensez-vous ?

C’est, au mieux, amusant ; au pire, pathétique. Que dire de plus ? Pour se rendre compte de l’énormité rageusement immonde de telles assertions, rien n’est sans doute plus parlant que de les transposer dans la sphère humaine. C’est un peu comme si, face à l’esclavage colonialiste, on déclarait qu’y mettre fin serait un grand danger… Remarquez, ces arguments ont été effectivement entendus ! Comme je le disais précédemment, il y a bel et bien une alliance entre toutes ces luttes contre les dominations et l’asservissement. Mais enfin, qu’un homme sain d’esprit puisse aujourd’hui, face à l’immensité proprement vertigineuse des souffrances infligées aux vivants non-humains (et à beaucoup trop d’humains, rappelons-le), considérer que le danger soit du coté d’un relâchement du système oppressif, me laisse essentiellement sans voix… Il est aujourd’hui scientifiquement « acté » que la sixième extinction de masse est en cours. Son origine anthropique est incontestable. Tenter, comme certains s’y évertuent, de faire croire à un débat dans la communauté scientifique, par exemple sur l’existence ou sur la cause humaine du réchauffement climatique, ne peut relever que de la malhonnêteté intellectuelle. Les conclusions ne s’imposent-elles pas ?

L’essayiste antispéciste américain Charles Patterson (il écrivit notamment Eternal Treblinka : Our Treatment of the Animals and the Holocaust) estime que l’abattage industriel a inspiré les autorités nationales-socialistes dans leur manière de gérer les déportés et les détenus. Poussez-vous aussi ces parallèles, entre la façon dont les animaux et les hommes sont traités, administrés et dirigés ?

« Les cochons peuvent être maintenus dans des cages qui serrent leurs corps et empêchent le moindre mouvement. Les veaux sont arrachés à leur mère à la seconde même de leur naissance. Les poussins mâles sont broyés vivants. »

Je veux être très prudent et très décent sur ce point. Il est vrai que par beaucoup d’aspects la comparaison serait signifiante. Il faut bien comprendre qu’avant d’être abattus, souvent de manière lente et douloureuse, les animaux des élevages n’ont aucune existence. Les cochons peuvent être maintenus dans des cages qui serrent leurs corps et empêchent le moindre mouvement. Les veaux sont arrachés à leur mère à la seconde même de leur naissance. Les poussins mâles sont broyés vivants. Les exemples sont innombrables et le niveau d’horreur est étonnamment poussé et étonnamment bien dissimulé au regard du consommateur qui s’emploie à ne surtout pas voir ce qu’il cautionne. Les parallèles avec les camps de la mort seraient donc aisés à plus d’un titre. Mais je ne me risquerai pas sur ce terrain. Je ne m’y risquerai pas parce que je crois que c’est inutile et insultant. Toutes les immenses catastrophes sont incomparables et incommensurables. Laissons à la Shoah son unicité. Chaque tragédie est unique et singulière. Les comparaisons sont toujours des violences, elles n’apportent rien à aucun des termes comparés. Certains survivants des camps de la mort ont effectivement développé l’analogie. Ils étaient en droit de le faire. Je ne le suis pas.

Depuis quelques années, l’abattage rituel pour des raisons religieuses est au cœur de nombreuses polémiques (étourdissement, égorgement, etc.) : y voyez-vous une instrumentalisation politique ou est-il possible de parler de ce sujet sereinement ? Comment, plus généralement, concilier les « traditions », religieuses ou culturelles (on peut aussi penser à la tauromachie ou à l’abattage des dauphins dans les îles Féroe) et l’éthique animale ?

La question, en effet, charrie beaucoup — beaucoup trop — de confusion et d’affects. Il va sans dire que l’abattage rituel, généralement associé à de terribles souffrances animales, n’a guère ma sympathie. Évidemment. D’autant plus que quiconque étudie les textes originels comprend que l’erreur est drastique : ces méthodes d’abattage avaient souvent pour enjeu d’épargner les douleurs animales à un temps où nous ne connaissions rien de leur métabolisme réel. Les perpétrer aujourd’hui à l’identique, sachant que leur effet est la plupart du temps exactement inverse, est donc un non-sens absolu. Mais il faut être ici encore prudent. Comme vous le suggérez, l’instrumentalisation guette. Je ne ferai certainement pas de la lutte contre la fête de l’Aïd ou la nourriture hallal une de mes priorités. On voit bien ce qui peut se cacher ici et je ne veux pas de cela… Il est par exemple étonnant — voire consternant — de remarquer que bon nombre de conservateurs pour qui le féminisme et la laïcité n’étaient, c’est le moins qu’on puisse dire, pas une priorité se voient maintenant rallier ces causes dans le seul but de s’opposer à un Islam en grande partie fantasmé. Rien n’est pire que de voir de grandes idées libératrices dévoyées en outils de domination ou d’humiliation. Et je crois que c’est ce qui se passe avec le concept de laïcité en ce moment, en France. Ne prenons pas ce risque avec la cause animale.

Quant au patrimoine culturel que constituerait la chasse ou la tauromachie, ce n’est qu’une question de choix. Toute activité ayant eu lieu et ayant participé aux us d’une société peut être considérée comme partie de son patrimoine culturel. C’est un fait. La question n’est donc pas de savoir s’il s’agit d’un patrimoine mais de savoir si nous sommes fiers de cet héritage et si nous souhaitons le perpétrer. Sans entrer dans un sentimentalisme larmoyant trop aisé, je dirais juste qu’il suffit de contempler un taureau dans l’arène, totalement perdu, absolument paniqué, immobilisé par la peur, presque tétanisé par une angoisse palpable, entouré de ces pantins cambrés et arrogants agitant leurs banderilles de mort devant une foule en liesse, pour comprendre que ce « patrimoine » est une dette et non un bien !

Quand on pense ainsi que vous le faites la complexité des vivants et du réel, qu’on va jusqu’à envisager l’hypothèse d’univers multiples, dans lesquels toutes les configurations seraient en fait possibles à l’infini, comment fait-on la part de « l’artefact mathématique » (de l’abstraction logique dans le champ des possibles) et du réel ? À quand l’écriture d’une uchronie ?

Le jeu de la pensée est un contrepoint subtil entre audace et humilité. Dans mon domaine, en cosmologie, en gravitation quantique, il faut faire preuve de courage. Nous manipulons des concepts abstraits parfois vertigineux et je crois en effet qu’il ne faut jamais s’interdire de leur donner du sens. De leur donner corps, fut-ce un « corps sans organe » pour le dire comme Artaud. Mais il faut aussi demeurer prudent et naturellement garder à l’esprit que ce vertige mathématique n’est pas nécessairement instancié dans la concrétude du réel. L’idée d’univers multiples — ou de Multivers — est intéressante parce qu’elle pousse la physique dans ses retranchements. Elle crée des ponts presque inévitables avec la métaphysique. Entre utopie et uchronie, je milite plutôt pour une pensée de l’hétérotopie, comme l’écrivait Foucault. Des lieux autres, radicalement autres. Des navires dans la mer des concepts saturés d’histoire. Mais, oui, il est tout à fait possible que d’autres mondes existent et exhibent des rapports de force inversés. Mais cette diversité ne doit d’aucune manière amoindrir notre capacité de révolte et notre désir d’action au sein de ce monde-ci. Choisissons Épicure, Lucrèce, Montaigne et Nietzsche : pensons d’abord dans l’ici de ce maintenant.


Toutes les photos sont de Sebastião Salgado et Jean-Pierre Collin ; le portrait d’Aurélien Barrau est de Lucile Bienvenu.


REBONDS 

☰ Lire notre entretien avec Normand Baillargeon : « Le statut moral des animaux est impossible à ignorer », novembre 2014

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Chemins d'école.

Par Le 10/10/2018

Pour la séance de géographie demain. Pour leur apprendre le monde, je me sers des différences de vie à travers les continents et les pays. Bien entendu, après la géographie, on passe aux discussions...Et il y a beaucoup à en dire...

 

Chemins d'écoles, chemins de tous les dangers
Le Mexique

43 min

Disponible du 06/10/2018 au 12/10/2018

Disponible en direct : oui

Prochaine diffusion le vendredi 19 octobre à 11h20

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Sur la route semée d'embûches de vaillants écoliers aux quatre coins du monde. Dans le nord du Mexique, les enfants sont habitués à escalader les parois des gorges pour se rendre à l'école, située tout en haut, sur un plateau. Ils réussissent à gravir 1 950 mètres en seulement une heure et demie...

Dans le nord du Mexique, dans les Barrancas del cobre ("les ravins du cuivre"), une merveille de la nature, vivent les Tarahumara, l'une des dernières tribus amérindiennes. Les enfants sont habitués à escalader les parois des gorges pour se rendre à l'école, située tout en haut, sur un plateau. Ils réussissent à gravir 1 950 mètres en seulement une heure et demie, alors qu'un randonneur met souvent deux fois plus de temps. Lorsqu'il pleut, les pentes deviennent glissantes et il faut traverser un torrent déchaîné. Dans ces cas-là, les élèves préfèrent marcher pieds nus ou avec des sandales découpées dans des bouts de pneus. 

Réalisation :

Marc Kosak

Pays :

Allemagne

Année :

2014

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