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"Ceci est un rectificatif"

Par Le 01/06/2018

URGENT : Ceci est un rectificatif au message précédent.

Comme tous les soirs, je m'étais installé pour reprendre l'écriture et lorsque j'ai ouvert le roman en cours, une nouvelle page était remplie.

Un message de la part de l'histoire elle-même.

Elle est très en colère contre moi à la suite de mon appel au boycott de mon dernier roman.

En représailles, si jamais ce fiasco devait avoir lieu, elle m'a menacé de transformer la trilogie en quadrilogie...

C'est un cauchemar, je ne tiendrai pas, j'ai besoin absolument de votre aide pour retrouver ma liberté.

Par conséquent, je vous supplie d'acheter ce roman, de l'offrir, de le perdre et de le racheter, de l'offrir encore, jusqu'à rupture des stocks de papier dans toute l'Europe !!!

Merci :)

L’image contient peut-être : texte

"Ceci est une alerte"

Par Le 01/06/2018

Thierry Ledru

1 h · 

"Ceci est une alerte. Le livre que je tiens dans les mains est une malédiction. C'est à cause de cette histoire que je suis enfermé ici, avec des endives pour seule nourriture. Du jour où cette histoire est entrée en moi, je suis devenu son esclave. Elle m'oblige à la raconter, encore et encore, et à l'écrire pendant des milliers d'heures. Elle m'a prévenu déjà que ce tome 1 n'est que le premier ouvrage d'une trilogie, une trilogie qui jettera sur le monde sa malédiction. Alors, par pitié, si vous voyez ce livre en vente, fuyez, partez, hurlez pour ne pas entendre ses chants maléfiques... Ma seule chance de sortir d'ici, c'est que ce premier tome ne se vende pas, que ça soit un échec planétaire et que cette histoire décide alors de me quitter. Si, par contre, cette trilogie est menée à son terme, l'humanité ne s'en relèvera pas."

Aucun texte alternatif disponible.

Je n'invente rien ; voilà mes endives :)

L’image contient peut-être : plante

Démocratie et fourvoiements.

Par Le 31/05/2018

Vu de l'intérieur, voilà ce qu'est notre "démocratie".

Qu'on ne vienne pas me dire que le glyphosate est un problème qui n'intéresse pas la population et qui peut être réglé entre deux baillements.

François Ruffin témoigne :

François Ruffin 

5 h · 

Glyphosate: de Rugy sabote son Assemblée

"Un seul député insoumis présent, sur 17, sur l'interdiction du glyphosate. Je suis trop déçue !" On a reçu un paquet de courriels comme ça, et des remarques sur Facebook.
Alors que répondre ? La vérité. Je vais parler pour moi, à la première personne : je suis un bleu à l'Assemblée, et ils m'ont blousé. Ils ont réussi, sur le glyphosate, un tour de force. Dans cette guérilla parlementaire, ils ont oeuvré pour bafouer la démocratie.
Qui ça, "ils"? C'est le président de Rugy, en première ligne.

Qu'on résume : depuis une semaine, sur le projet de loi agriculture, nous siégeons de 9 h 30 le matin à 1 h du matin suivant. Samedi et dimanche compris. Avec, en parallèle, les missions et les commissions. Dans ce tunnel continuel d'amendements, plus de deux mille au total, difficile de deviner quand vont passer les trucs importants. On fait le guet. On perd des centaines et des centaines de votes, à lever la main en cadence. Et après sept jours de cette guerre d'usure, ce mardi, à 1 h moins deux minutes, le président de Rugy décide, arbitrairement, de prolonger les débats. Comme si le glyphosate était un point anecdotique, ou justement parce qu'il ne l'est pas. Parce que, sinon, ça repoussait la discussion au mardi 16 h 30. Et alors, l'hémicycle serait plein, les débats animés sur cette promesse du président Macron, la passion soulèverait les rangs.
Et ça, il ne faudrait surtout pas.
Surtout pas.
Que la chambre d'enregistrement demeure froide et morte.
Que de Rugy veille sur elle comme un croque-mort sur un cadavre.

Oui, il faut accuser : le président de Rugy, qui organise lui-même le sabotage du parlement! Comment? Par ces prolongations nocturnes, certes, ces méthodes de cosaques. Mais au-delà: lui qui devrait nous protéger, lui qui devrait préserver le législatif contre l'exécutif, lui s'en fait le complice quotidien pour nous gaver de lois. Car, pour ce projet Agriculture, qui s'annonçait un marathon, de Rugy aurait pu bloquer deux semaines. On serait retournés chez nous le vendredi, en circo, les idées remises au clair. Mais non, il fallait faire vite. Au pas de charge. Parce que, derrière, arrive Elan, sur le logement, et là encore, on bouclera et bâclera en une semaine, samedi et dimanche compris. Et qu'on se souvienne, juste avant, du projet de loi "Asile et immigration", voté en catimini un dimanche soir ! C'est un dimanche, encore, ce dimanche dans la nuit, que fut rejetée la fin des poules en cages, autre engagement du candidat Macron.
Et qu'importe, ici, qu'on soit pour ou contre tout ça.
Qu'importe.
On voit bien que ces sujets mobilisent des citoyens, des pans de l'opinion.
Que les controverses et les décisions du Parlement sont attendues.
Le président de l'Assemblée fait tout, alors, non pour permettre le débat, mais au contraire, pour le miner, pour l'enterrer, pour l'amoindrir. Plutôt que de résister à la toute-puissance de l'Elysée, il agit en porte-flingue.

Répétons-le: c'est du sabotage législatif.
Conscient.
Volontaire.
De la maltraitance des députés. On s'en fiche, admettons.
De la maltraitance des salariés, aussi. Cette nuit, alors que les débats venaient de s'achever (à 3 h du matin!, la présidente de séance a d'ailleurs décidé, en dernière minute, de supprimer les "positions de vote" des députés), un copiste de l'Assemblée me chuchotait: "On en a marre. Ca fait onze jours sans pause, pour moi. Avec des horaires impossibles. On est épuisés. On n'a jamais vu ça."
Et surtout, de la maltraitance des citoyens, quand les lois sont ainsi passées, en vitesse, presque en clando, dans le dos de leurs représentants.

Alors, que Les Républicains soient plus aguerris à cet art du siège: on peut le dire. Qu'on manque d'expérience face à ces stratagèmes, et qu'il nous faille progresser: on peut le dire. Que le gouvernement, allié au président de l'Assemblée, nous ait efficacement dupés: on peut le dire.

On ne peut pas dire, en revanche, que les camarades Insoumis et moi-même soyons paresseux (matez les stats de nosdeputes.fr), ou qu'on s'en fiche du glyphosate (au contraire, c'est presque transformé en symbole identitaire), ou même, même, même, que l'amendement serait passé (un coup de sonnerie, une suspension de séance, et les presseurs de bouton de la majorité rappliquaient, bien plus plus nombreux que nous).

N'empêche que.
N'empêche que.
A ce jeu injuste, on va s'efforcer de progresser.

Musique intérieure

Par Le 29/05/2018

Thierry Ledru

1 min · 

Je suis étonné par l'évolution de mes goûts musicaux en quelques années, de cette distance surprenante au regard de ce que j'écoutais autrefois. Et si je repense à mon adolescence, là, c'est à des milliers de kilomètres. Pourquoi ? Qu'est-ce qui en nous déclenche parfois cette oreille nouvelle, cette perception qui se découvre, ces émotions jamais ressenties ? Qu'est-ce qui incite ainsi le cerveau à modifier sa réception ? Ce qui n'était pas écouté l'est soudainement et ce qui l'était tombe dans un certain oubli. 
Qu'est-ce qui a changé finalement en moi ? 
Pourquoi est-ce que j'aime autant, maintenant, ces musiques répétitives, douces, étranges parfois, ces longues mélodies comme des vagues qui vont et viennent, dans une rythmique qui m'hypnotise ? 
Je n'ai qu'une explication : l'état d'esprit. Ce ne sont pas mes goûts qui ont changé mais mon esprit et la musique qui convient à son état présent, c'est ce genre de musique. 
La musique qui nous convient correspond à des ondes vibratoires internes, un flux d'énergie particulier, individuel, mouvant, changeant... La musique est comme un son lancé dans les gouffres intérieurs et la connivence énergétique entretient l'écho, elle le nourrit de son énergie. 
Nous aimons en fait une musique qui est en nous et la musique extérieure qui vient l'accompagner est un amplificateur. 
Les musiques répétitives sont comme mes battements cardiaques, mes respirations, le tempo de mon sang, c'est une musique qui résonne conjointement avec l'attention que je porte à être en moi. Cette musique-là crée une brèche dans l'enveloppe parce que l'intérieur a besoin d'elle, de sa douceur, de son intensité, de tout ce qu'elle éveille. 
Il est clair en tout cas que ce que j'écoute est de plus en plus "minimaliste", un désir de légèreté, de plénitude, une sonorité dans laquelle je retrouve l'état intérieur dans lequel je suis quand j'écris.

"Plastisphère"

Par Le 27/05/2018

C'est si consternant que j'ai tenu à utiliser ce cauchemar dans le roman en cours.

Des "radeaux" de plastique dérivant partout sur les océans et quelques-uns d'entre eux potentiellement porteurs de virus mortels. 

Effarant.

Il n'y aura pas que les animaux marins à mourir par le plastique.

 

 

 

 

Les bactéries colonisent tous les déchets plastiques, quelle que soit leur taille – des macro-déchets aux microplastiques. Et ils sont nombreux ! Des bactéries pathogènes, notamment celles du genre Vibrio pourraient entraîner des maladies chez l’homme et les espèces aquatiques. Quels risques fait peser cette plastisphère?

http://www.natura-sciences.com/environnement/plastisphere-continent-de-plastique.html

  • Platisphere continent de plastique

 

Dans les océans, tout un écosystème se développe sur les plastiques. PHOTO//Expédition MED 2015

Dans l’eau, une faune diverse de bactéries et d’autres micro-organismes colonise les plastiques. Ces petits organismes vivant sur le plastique constituent la plastisphère. Et c’est la spécialité des chercheurs Linda Amaral-Zettler et Erik Zettler depuis leur découverte de la plastisphère en 2003 dans l’Océan Atlantique.

La chose est troublante : les communautés vivant sur ces « récifs » ne sont pas les mêmes que dans l’eau environnante. Le couple Zettler a déjà identifié plus de 1.000 bactéries qui prolifèrent sur le plastique dans le Pacifique et l’Atlantique. En fonction de la taille des supports, une vie diverse s’installe à leur surface. « Il peut y avoir de tout, des microbes aux invertébrés plus grands, comme de petits crustacés, explique Erik Zettler, chercheur NIOZ-Institut royal néerlandais pour la recherche sur la mer. La vie sur le plastique est une riche communauté de bactéries, de micro-animaux avec des producteurs primaires, des herbivores, des prédateurs, des organismes qui peuvent parasiter d’autres organismes et même des symbioses. » Un vrai micro-écosystème !

La plastisphère : des radeaux pour les microorganismes

Les plus de 5.250 milliards de fragments flottant à la surface des océans constituent autant d’embarcations potentielles pour les bactéries. Une fois colonisés, les plastiques continuent leur chemin dans la mer et les océans. Ils servent de radeau à cette faune qui peut être envahissante pour les écosystèmes marins et pathogènes pour l’homme ou les animaux. Ces radeaux permettraient la dispersion, la dissémination et le développement de certaines espèces. En devenant des espèces envahissantes dans des régions non originelles, elles pourraient perturber les fragiles équilibres marins et terrestres.

Les chercheurs s’intéressent tout particulièrement aux bactéries du genre « vibrio »présentes dans l’océan. Leur version la plus connue est vectrice du choléra et d’autres maladies gastro-intestinales chez l’homme. Elles peuvent aussi s’attaquer au système digestif des poissons. « Nous avons en effet découvert en 2013 que la communauté microbienne sur un morceau de plastique de l’Atlantique était constituée à près de 25 % de Vibrio », relate Erik Zettler. Il n’est pas encore établi que les Vibrio pathogènes sont transportées par le plastique. Toutefois, « cette éventualité est loin d’être négligeable », estime le chercheur.

Lire aussi : Les microplastiques contaminent fruits de mer, poissons et sels

Un risque de contamination planétaire ou la solution à la pollution ?

S’il s’avérait que les plastiques transportent bien des pathogènes, il se pourrait que les microplastiques et les microfibres les transmettent aux bactéries dans les stations d’épuration. Étant donné que ces usines dépolluent l’eau grâce à des bactéries bien définies, cela pourrait effectivement poser de graves problèmes localement. Les chercheurs craignent aussi le risque de contamination des poissons en pisciculture, vu que ces élevages utilisent beaucoup de plastique. Au regard des densités élevées, un bout de plastique transportant un pathogène qui se détacherait pourrait contaminer l’ensemble des poissons. En d’autres termes, un seul fragment de plastique contaminé pourrait engendrer un risque épidémique.

Selon d’autres chercheur, les microbes sur terre peuvent dégrader certaines résines de plastique. Par ailleurs, on sait que des microbes dégradent les hydrocarbures dans les océans. « Je pense qu’à long terme, presque tous les composés organiques, y compris le plastique, seront dégradés par les microbes, mais ce n’est pas une solution, insiste Erik Zettler. Car aux températures relativement basses et aux concentrations de nutriments faibles dans l’océan, la dégradation microbienne du plastique se produira très très lentement. » Selon le chercheur, il ne faut pas considérer les bactéries comme faisant partie de la solution à la pollution plastique dans l’environnement.

Auteur : Matthieu Combe, journaliste du webzine Natura-sciences.com

Pour quelques lignes de plus

Par Le 27/05/2018

Thierry Ledru

 

Levé à 5h20. Laure et le cerf, leur rencontre, tout était là, chaque image, la lumière et les ombres, le silence, le lever du jour... Quelques lignes de plus. Je pense depuis de longues années déjà que les mots qui me viennent doivent être écrits, que si leur émergence a eu lieu, il est de mon devoir de les saisir au vol.

Cinq heures pour quelques lignes. Maintenant, c'est posé, c'est là, ça ne sombrera plus dans une mémoire trop profonde. Certainement que je reprendrai tout ça, que je chercherai encore un peu plus la musique qui me comble. Plus tard. Il faut laisser les plantes grandir à leur rythme. 

L’image contient peut-être : arbre, plein air et nature

TOUS, SAUF ELLE
CHAPITRE 34

Laure avait décidé de s’occuper du potager. Elle avait besoin de la résonance et la présence joyeuse de Raymond ne lui permettait pas de communiquer pleinement avec les végétaux.
Un matin, alors que le soleil venait de répandre sa chaleur sur la terre endormie du potager, elle avait senti dans le corps d’une tomate des parfums d’énergie, comme une vibration moléculaire, une agitation euphorique. Elle l’avait détachée de sa tige avec une infinie reconnaissance. Elle avait posé ses lèvres sur la peau brillante, une bise tendre et aimante. 
Elle avait pensé alors à tous ces animaux abattus, chaque jour, à chaque instant et que personne ne remerciait. Il ne restait d’eux que le nom attribué aux diverses tranches dans leur présentoir.
Rien de l’animal n’existerait plus. 
Elle se réjouissait en observant le potager de ce flux de vie qui emplissait le lieu. Rien ici ne disparaîtrait jamais. La tomate était un élément du corps, une partie renouvelable, une offrande pour les soins prodigués. Elle aimait ce partage respectueux. 
Elle continua sa cueillette. Amoureusement.
Lorsqu’elle se leva pour rejoindre le carré d’oignons blancs, elle sentit un regard posé sur elle, un contact qu’elle n’identifia pas, une présence secrète. Elle balaya lentement des yeux le paysage proche : la maison, la grange, le terrain attenant, les blocs rocheux puis l’orée de la forêt.
Là, dans une immobilité totale, dans l’ombre des feuillages, elle reconnut un cerf. À vingt mètres. 
Elle devinait la puissance de sa masse, l’ampleur de ses bois. Les yeux la fixaient. 
Aucun mouvement, rien, pas même un frémissement d’oreille, pas un frisson, juste ce regard perçant, ces yeux en amande qui semblaient tracer dans les airs un invisible rayonnement.
Elle sentit battre dans sa poitrine le cœur aimant de l’animal. Une sonorité de tambour sur laquelle elle s’accorda, une cohérence cardiaque, une ligne constituée de pulsations rondes et de silences allongés, comme un chemin dessiné sur l’écran du monde. 
Elle n’esquissa aucun geste, elle en élimina même la moindre pensée, que rien d’inquiétant ne soit diffusé par cette passerelle, par ce mélange unifié de leur écho, qu’aucun trouble émotionnel ne vienne féconder les peurs irréelles, que l’humain s’efface et qu’il ne reste qu’une vie commune.
Elle ne chercha pas à exprimer clairement l’intensité des ressentis car elle connaissait désormais l’empoisonnement inévitable. 
Ne pas réfléchir, ne rien vouloir d’autre que le silence intérieur, ne pas s’étourdir, ne chercher que la paix de la disparition. 
Ne plus être là, comme une forme humaine, mais se diluer dans la marée de molécules agitées, dans la convergence rétablie des entités similaires.
Le cerf sortit du couvert des arbres, dans une série de petits pas majestueux. Le lacis de ses bois l’auréolait d’une couronne. Le soleil l’enflamma. 
Laure s’appliqua à maintenir en elle le calme de son cœur.
Le cerf avança de nouveau, quelques pas de plus puis il se figea, la tête haute, les yeux brillants. Une brillance de ténèbres, un noir piqueté d’étoiles.
Elle connaissait ce regard.
Oui, évidemment.
Il était là.
Figueras.

KUNDALINI : La Présence et la Grâce

Par Le 26/05/2018

Kundalini

 

KUNDALINI


"Tu veux dire que tout à l’heure, ce sentiment d’amour que j’éprouvais jusqu’à en ressentir un plaisir physique, c’est la vie en moi ?

-Je pense que la vie renforce dans la réalité ce que nous percevons d’elle. Et elle t’a offert en retour le plaisir que tu lui offrais en l’aimant.

-Effectivement, c’est bien au-delà d’un simple optimisme béat.

-C’est même une tâche très exigeante. Ce regard aimant sur la vie n’est pas une chose aisée. J’ai longtemps vécu ma maladie comme une sanction, une pénitence dont j’ignorais la raison. Et puis, j’ai appris, peu à peu, avec des hauts et des bas, à observer objectivement ce que je découvrais grâce à elle. Et il s’agit bien d’un état de grâce d’ailleurs. Je ne pense pas que l’état de grâce suscite du bonheur. C’est l’inverse. Le bonheur éveille en nous l’amour de la vie pour elle-même. C’est ce que j’appelle la Présence. Cette émotion immense qui nous submerge, elle n’est pas de notre ressort. Je pense que la création a multiplié les formes de vie pour prendre conscience d’elle-même et que rien n’est plus beau pour elle que de vibrer amoureusement en nous. Lorsque tu atteins cet état, lorsque la Présence te submerge, la grâce est en toi. »

Une belle personne

Par Le 23/05/2018

Il y a des chemins de vie qui revèlent le potentiel incommensurable de l'humain.

Philippe Ribière est ce que j'appelle "une belle personne".

"Mon handicap, c'est le plus beau cadeau que Dame Nature m'ait fait"

Sport et handicap

Par Le 23/05/2018

Image 2

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Extrait :

"C’est une journée magnifique, un ciel d’une pureté absolue, une neige étincelante. En altitude, les dépressions de la semaine passée ont déposé une extraordinaire poudreuse.

Cinquième descente. Aucune appréhension. La prothèse ne le limite pas. Il n’attaque pas encore totalement la pente, mais il sent que rien n’est impossible. Quelques sorties supplémentaires et les automatismes s’installeront de nouveau. Il a déjà remercié Lionel qui a insisté pour le filmer. Plusieurs personnes du groupe l’ont félicité pour son style et sa maîtrise. Lionel leur a révélé qu’il était guide. Il s’est raidi à cette phrase et une jeune fille a aussitôt rajouté.

« Vous allez pouvoir reprendre le métier. »

Il a répondu qu’il ne savait pas encore et son trouble, depuis, ne le quitte plus. Pour tous ces gens, rien ne l’empêche de parcourir de nouveau la montagne et d’y emmener des clients. Il ne laissait jamais l’idée lui effleurer l’esprit. Il en avait fait son deuil. Un de plus. Et là, sans aucune hésitation, cette jeune fille, Lionel et les autres gens du groupe se tournent vers lui et affirment qu’il est en pleine forme, que son style est impeccable, qu’on voit l’expérience du professionnel de la montagne. Il a la tête qui tourne.

Il descend la piste rouge des bosses sans aucune appréhension et sans même y penser réellement. Il est ailleurs, dans un univers lumineux de parois verticales. Bouleversé. Et c’est un nœud qui s’est délié dans son ventre.

Un peu plus tard, sur un télésiège, ses deux compagnons du moment, « rasta attitude » avec un débit de paroles étourdissant, lui demandent s’il a repris l’escalade, car ils aimeraient bien essayer. Amputés tibiaux tous les deux. Accident de moto. Ils en parlent avec une facilité qui le déconcerte et l’essentiel de leurs discussions se tourne vers de multiples projets. Rien ne semble les arrêter. Il répond qu’il doit d’abord s’y remettre avant de songer à emmener quelqu’un. Et un des deux skieurs, enthousiaste, ajoute : « Vu comment tu reprends le ski, ça posera aucun problème. » Et cet enthousiasme finit par le gonfler lui-même d’une certitude joyeuse. Il va tout recommencer, avec force et application. Il en sourit, tout seul, en tournant la tête vers les montagnes qui l’environnent.

« On a déjà fait une via ferrate à Aussois, avec Lionel, raconte le plus hirsute des deux. C’était génial. Le vide, ça nous plaît, mais l’escalade, ça doit être encore mieux. Dans la cité d’où on vient tous les deux, on n’a jamais eu l’occasion de faire des sports comme ça. Nous, c’était plutôt la course à pied avec les flics au cul. Mais alors depuis qu’on a perdu un bout de guibole qu’est-ce qu’on s’éclate ! »

Là, c’est trop. Ils en sont contents ! Il a du mal à y croire. Mais ils paraissent tellement naturels. Et hilares !

Lionel les attend au sommet de la piste.

« T’as fait la montée avec ces deux jobards ! Et ben, t’as pas dû t’ennuyer. C’est des fous furieux. Des comme ça, j’ai jamais vu. On leur ferait faire n’importe quoi pourvu que ça leur fiche la trouille. Des accros, je te dis. Si tu veux des mecs blindés pour aller en montagne, tu trouveras pas mieux. »

Les deux gars, à cet éloge, se tapent dans la main en remuant leurs dreadlocks et en gueulant un « yahou » à libérer toutes les avalanches du secteur.

Il ne peut s’empêcher de rire. Et les larmes aussitôt lui viennent aux yeux. Il refuse de dévoiler cette émotion incontrôlée et se lance dans la pente. Les deux joyeux lurons et Lionel se lancent à ses trousses. Il a les yeux embués et les essuie d’un geste rapide. Il sourit maintenant et s’amuse en entendant les efforts du trio qui le suit.

L’éclat de son rire. Comme une brèche dans un mur. Cette forteresse dans laquelle il s’était enfermé. Un prisonnier à l’air libre. Libre de rire et de se mêler à ses semblables, sans réticence ni crainte. Il ne saurait même plus expliquer les raisons de cet enfermement qu’il s’imposait. L’étourdissement du bonheur est un puissant antalgique. Un avenir totalement nouveau se dessine. Il peut approcher les êtres qui l’entourent. La solitude n’est plus une nécessité ni une pénitence, elle ne doit être qu’une occasion de repos et de retour vers soi. Toute sa perception de l’existence change. En quelques instants. Et l’image de la jeune fille surgit soudainement dans un éclair ébouriffant. Son visage auréolé d’une joie lumineuse. Il ne pue pas la mort comme il le craignait et avant d’être un amputé il est une personne dont la compagnie n’est pas rejetée. Il est aussi du monde des hommes. Et ses semblables sont toujours prêts à l’accueillir.

 

Ils mangent, tous réunis au soleil, assis sur des rochers dégagés par le vent et la douceur des derniers jours. Chacun profite du moment pour retirer sa prothèse et sécher la peau du moignon, affiner les réglages et la position de l’appareillage. L’étalage de jambe en matériaux composites dessine une étrange scène. Les dernières nouveautés techniques sont commentées, les expériences sportives des uns, les projets des autres. Il est très impressionné par le fait que rien ne semble les limiter. Ils sont tous à la recherche de solutions. Pas de regards attristés sur le passé, pas de nostalgie d’un temps lointain. La fusion du groupe et l’enthousiasme commun projettent les idées vers l’avant. Il se sent soulevé par cette ambiance joyeuse et positive, transporté vers les arêtes dentelées, gravissant des parois vertigineuses. C’est parce qu’il était seul qu’il ne pouvait imaginer autre chose que la marche vers des sommets arrondis. Tous ces compagnons du moment lui affirment qu’il n’y a pas d’autres limites que celles de l’esprit. L’un d’eux lui raconte l’histoire d’un alpiniste, un Polonais, amputé fémoral d’un côté et tibial de l’autre, qui a gravi le Mont Blanc l’été dernier. Lorsque lui tentait de gravir quelques marches.

« Et des cas comme celui-là, rajoute-t-il, il y en a tout de même pas mal. »

 Et chacun effectivement de raconter une histoire similaire dans le milieu du cyclisme, du ski, de l’escalade, de la voile, de la course à pied, du triathlon. Il est estomaqué. Bouleversé. Une jeune fille, à ses côtés, lui raconte le marathon de New York. Elle l’a couru l’an passé, vingt mois après son amputation. Elle était accompagnée par deux amis en fauteuil roulant. Tous les trois, ils ont fini l’épreuve.

Il sait que dans le centre de rééducation, il aurait pu rencontrer de telles personnes. Il n’a pas voulu les voir, il a rejeté toutes les approches. Il s’est enfermé dans son handicap. Sans jamais prendre en considération celui des autres. Il comprend à cet instant combien il s’est trompé et immédiatement se corrige en pensant que cette étape, pour lui, était peut-être nécessaire, qu’il n’aurait pas su profiter aussi pleinement de cette journée sans avoir connu auparavant cet état de solitude. Rien n’est à répudier, tout est à comprendre. Il veut tout du moins y croire."

 

"La Terre vue du cœur"

Par Le 23/05/2018

« La Terre vue du Cœur » : Hubert Reeves s’exprime dans un film poignant

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Une grande nouvelle pour ceux qui admirent le personnage. Astrophysicien et écologiste emblématique, Hubert Reeves est reconnu dans les cercles militants pour ses multiples interventions publiques en faveur de la protection de l’environnement et un changement de paradigme sociétal. Dans le film « Hubert Reeves – La Terre vue du Cœur », documentaire de Iolande Cadrin-Rossignol, il raconte de sa voix paisible et envoutante la manière dont il perçoit le monde d’aujourd’hui et le défi que doit relever l’humanité pour limiter la catastrophe en cours. À ses côtés, des acteurs mobilisés de la société civile s’expriment pour évoquer leur lutte pour la biodiversité.

Il est des paroles qui ne laissent que difficilement insensible. Il en est ainsi de celle du franco-canadien Hubert Reeves, connu du grand public pour ses essais de vulgarisation scientifique et son engagement pour la protection de l’environnement depuis les années 2000. Celui qui participe indéniablement à conscientiser les nouvelles générations se livre aujourd’hui dans le dernier documentaire de Iolande Cadrin-Rossignol qui sortira dans les salles françaises le 23 mai prochain. 

« La détérioration de la nature n’a jamais été aussi rapide que maintenant »

Du haut de ses 85 ans, dans le cadre enchanteur de sa ferme à Malicorne (Bourgogne), Hubert Reeves nous raconte comment il a vu changer le monde qui l’entoure. Assis sur les bords d’une marre, il confie avoir vu la biodiversité s’effondrer années après années de ses propres yeux. Le triste constat a été confirmé par les dernières publications scientifiques qui s’alarment en effet de la vitesse vertigineuse à laquelle les campagnes se vident de leur vie. Une étude d’octobre 2017 estimait que 80 % des insectes avait disparu en l’espace de 30 ans en Europe – ce qui s’apparente à un véritable effondrement. En France, en 15 ans, ce seraient 30 % des oiseaux qui auraient disparu.

Agir, malgré tout !

Faut-il céder face à ces constats alarmants ? Alors que bon nombre de personnes, que ce soit dans certaines régions côtières ou dans des territoires arides souffrent d’ores et déjà du changement climatique, que la forte mortalité des abeilles ou les zones mortes des mers ont une incidence catastrophique sur des populations de plus en plus importantes, des citoyens et des citoyennes se mobilisent pour encourager le changement et tenter de faire naître un nouveau modèle économique

C’est ainsi qu’Hubert Reeves nous présente des spécialistes de divers horizons qui ont observé, comme lui, les beautés en péril de notre planète et qui mettent tout en œuvre pour la sauvegarde de notre biodiversité. Inspiré et inspirant, ces grands vulgarisateurs, scientifiques et citoyens engagés nous proposent des pistes d’actions collectives concrètes et à notre portée. Le film met en relief cette lutte épique dans laquelle nous sommes tous impliqués, qu’on le veuille ou non : d’un côté la destruction de la planète et ses écosystèmes s’accélère et de l’autre les initiatives pour la protéger et la restaurer sont en plein essor.

Ligne 7, le distributeur du film, souhaite d’ailleurs que la projection du film permette d’accompagner les citoyens et les citoyennes vers l’action, au-delà des « constats alarmants ». Certaines projections organisées au Canada et en France se feront ainsi en présence d’associations et de structures locales qui présenteront aux spectateurs certaines pistes pour s’engager à l’échelle individuelle et collective.

Pour savoir où et quand le documentaire sera projeté : facebook.com/pg/laterrevueducoeur/events/ ou www.laterrevueducoeur.com


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Pour sauver un arbre

Par Le 22/05/2018

MOBILISATION POUR UN CÈDRE PLURICENTENAIRE MENACÉ D'ABATTAGE

Malgré son histoire et ses dimensions, cet arbre devrait être rasé pour laisser la place à un supermarché. Mais beaucoup se dressent contre cette issue.

Par

 Axel Leclercq

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Publié le 15 mai 2018 à 11:01 - Mis à jour le 16 mai 2018 à 8:59

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JE M'ABONNE

« Il m’a fallu deux siècles pour grandir. On m’abattra en deux jours. Prenons deux heures pour y réfléchir. » Voici résumée en une phrase la résistance qui s’organise autour d’un cèdre pluricentenaire bientôt abattu pour laisser place à un supermarché. Tout un symbole dont beaucoup ne veulent pas. Explications.

Gençay, 1 700 habitants dans la Vienne (86), compte un magnifique cèdre du Liban. Planté en 1800, il a grandi sur sur un terrain privé qui, malheureusement, devrait bientôt accueillir l’agrandissement du supermarché voisin. Résultat : malgré sa longue histoire, ses 30 m de haut, ses 20 m d’envergure et ses 5 m de circonférence, il devrait être abattu. Une issue à laquelle près de 40 000 personnes refusent de se soumettre, comme en atteste cette pétitionlancée il y a une semaine seulement.

Pour comprendre l’enjeu de cette mobilisation et faire connaissance avec cet arbre d’exception, voyez cette vidéo :

« Détruiriez-vous un château pour construire une grande surface ? »

Contacté par Positivr, le maire de Gençay, François Bock, rappelle que « la mairie de Gençay n’est pas propriétaire du terrain et ne peut pas interdire l’abattage d’un arbre sur un terrain privé. »

Une solution alors ? L’élu semble assez pessimiste :

« La mairie dispose d’un document d’urbanisme où plusieurs centaines d’arbres sont protégés dans un « espace boisé classé » (EBC). Les deux cèdres ne font malheureusement pas partie de ces EBC. Il est cependant possible de créer un EBC qui protègerait ces arbres. Cette opération nécessiterait la révision du « plan local d’urbanisme » (PLU).
Une révision du PLU est prévue prochainement dans le cadre du plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI) de la communauté de commune du Civraisien en Poitou (CCCP).
Les délais de mise en œuvre sont néanmoins longs, sont soumis à enquête publique et à une validation de la Préfète de la Vienne. »

Autrement dit, le temps court et ne joue pas en faveur du cèdre. La pétition, qui connaît un formidable succès, pèsera-t-elle suffisamment pour inverser le cours des choses ? On ne peut que le souhaiter.

Pour signer la pétition, c’est ici.

Discours de Philip Wollen : les nations animales

Par Le 22/05/2018

Philip Wollen, ex banquier, est aujourd'hui un des plus grands activistes pour le droit des animaux. Il est australien et a déjà reçu de nombreuses médailles, le récompensant de ses actes philanthropes, en faveur de l’humanité (au même titre que le Dr Jane Goodall, Capitaine Paul Watson, eux aussi connus mondialement pour leurs actions envers un changement considérable de notre rapport à l’animal).

 

En 2012, il a donné un discours de 10min qui est désormais célèbre à travers le monde. Ce discours est important à regarder car il résume tous les points importants à saisir en ce qui concerne l’industrie de la viande, des produits animaux et l’environnement.

 

 

La vidéo
sous titrage activable en bas de la vidéo (4eme icône en partant de la droite)


 

    Le discours :

Le roi Lear, tard dans la nuit sur la falaise,
demanda à Gloucester :

“Comment vois-tu le monde ?”
Et Gloucester, qui était aveugle, répondit :
« Je le vois parce que je ressens. »

Ne devrions-nous pas tous ?

Les animaux doivent être retirés des menus parce que ce soir, ils crient de terreur dans les abattoirs, les caisses et les cages, vils goulags ignobles de désespoir.
J’ai entendu les cris de mon père mourant, son corps ravagé par le cancer qui l’a tué,
et j’ai réalisé que j’avais déjà entendu ces cris avant.
Dans les abattoirs ;
les yeux arrachés et les tendons coupés,
sur les navires bétaillers en direction du Moyen-Orient
et chez la mère baleine mourante
quand un harpon explose dans son cerveau
alors qu’elle appelle son baleineau.
Ces cris étaient ceux de mon père.
J’ai alors découvert que dans la souffrance, nous sommes tous égaux,
et que dans notre capacité à souffrir,
un chien est un cochon, est un ours, … est un garçon.

La viande est le nouvel amiante – plus meurtrière que le tabac.
CO2, méthane et oxyde nitreux provenant du secteur de l’élevage tuent nos océans,
créant des zones mortes, acides, hypoxiques.
90% des poissons de petite taille sont broyés pour nourrir le bétail :
les vaches végétariennes sont aujourd’hui les plus grands prédateurs marins.
Les océans sont en train de mourir.
D’ici 2048 toutes nos pêcheries seront mortes :
les poumons et les artères de la terre.
Des milliards de petits poussins sautillants sont broyés vivants,
simplement parce qu’ils sont des mâles.

Seulement 100 milliards de personnes ont vécu sur terre.
7 milliards y vivent aujourd’hui.
Et nous torturons et tuons 2 MILLIARDS d’animaux chaque semaine.
10.000 espèces sont anéanties chaque année par les actions d’une seule.
Nous sommes maintenant face à la 6ème extinction de masse de l’histoire cosmologique.
Si un autre organisme agissait comme ça, les biologistes l’appelleraient – un virus,

et le bombarderaient jusqu’à l’âge de bronze.

C’est un crime contre l’humanité aux proportions inimaginables.

Mais heureusement, le monde est en train de changer.
Il y a 10 ans, Twitter n’était qu’un bruit d’oiseau,
www un clavier bloqué, Cloud (nuage) était dans le ciel,
4G une place de parking, Google un rot de bébé,
Skype une faute de frappe et Al Qaeda était mon plombier.

Victor Hugo a dit :
“Rien n’est plus fort qu’une idée dont l’heure est venue.”
Les droits des animaux sont aujourd’hui la plus importante question de justice sociale depuis l’abolition de l’esclavage.

Il y a plus de 600 MILLIONS de végétariens dans le monde.
C’est plus grand que la population des États-Unis, Angleterre, France, Allemagne, Espagne,
Italie, Canada, Australie et Nouvelle Zélande réunis.
Si nous étions une nation, nous serions plus grand que les 27 pays de l’Union Européenne réunis !

Malgré cette empreinte massive, nous sommes toujours étouffés par ces cartels tapageurs qui chassent, abattent et tuent, croyant que la violence est la réponse alors qu’elle ne devrait même pas être une question !

La viande est une industrie qui tue les animaux, qui nous tue nous, et qui tue notre économie.
Medicare (l’assistance médicale aux personnes âgées) a déjà ruiné les États-Unis.
Ils auront besoin de 8 milliards de dollars investis en bons du Trésor rien que pour payer les intérêts.
Et ils en ont exactement zéro !
Ils pourraient fermer toutes les écoles, l’armée, la marine, l’armée de l’air et les Marines, le FBI et la CIA – et ils ne seraient toujours pas en mesure de payer.
Les Universités de Cornell et d’Harvard l’affirment : la quantité optimale de viande pour une alimentation saine est précisément : ZERO.

L’eau est le nouveau pétrole.
Les nations partiront bientôt en guerre pour elle.
Les aquifères souterrains, qui ont pris des millions d’années pour se remplir, sont à sec.
Il faut 50.000 litres d’eau pour produire un kilo de viande de bœuf.
1 milliard de personnes aujourd’hui ont faim.
20 millions de personnes mourront de malnutrition.
Réduire la viande de seulement 10% nourrira 100 millions de personnes.
L’élimination de la viande mettra fin pour toujours à la famine.

Si tout le monde mangeait un régime alimentaire occidental,
nous aurions besoin de 2 planètes pour les nourrir.
Nous n’en avons qu’une seule et elle est en train de mourir.

Le gaz à effet de serre provenant du bétail est 50% plus élevé
que celui des transports… avions, trains, camions, voitures, et navires.
Les pays pauvres vendent leurs céréales à l’occident,
alors que leurs propres enfants meurent de faim dans leurs bras.
Et nous en nourrissons le bétail pour pouvoir manger un steak ?
Suis-je le seul à voir cela comme un crime ?

Chaque morceau de viande que nous mangeons
est une gifle au visage baigné de larmes d’un enfant affamé.
Quand je le regarde dans les yeux, dois-je rester silencieux ?

La terre peut produire assez pour les besoins de chacun,
mais pas assez pour la cupidité de tous.

Nous sommes face à la tempête parfaite.

Si une nation avait mis au point des armes pouvant causer de tels ravages à la planète,
nous lancerions une attaque militaire préventive et la bombarderions jusqu’à l’âge de bronze.
Mais il ne s’agit pas d’un État dévoyé. Il s’agit d’une – industrie.
La bonne nouvelle est que nous n’avons pas à la bombarder.
Nous pouvons tout simplement ne pas l’acheter.
George Bush avait tort.
L’axe du mal ne passe pas par l’Irak, l’Iran ou la Corée du Nord.
Il passe par nos tables. Les armes de destruction massive sont nos couteaux et fourchettes.

Notre proposition est le “couteau suisse de l’avenir” –
il résout nos problèmes environnementaux, de santé, d’eau
et met fin pour toujours à la cruauté.

L’âge de pierre n’a pas pris fin parce que nous n’avions plus de pierres.
Cette industrie cruelle prendra fin parce que nous finirons par manquer d’excuses.

La viande est comme les pièces de 1 et 2 centimes.
Elle coûte plus cher à faire que ce qu’elle vaut.
Et les agriculteurs sont ceux qui ont le plus à gagner.
Ce ne serait pas la fin de l’agriculture mais son essor.
Seule la ligne de produits changerait.
Les agriculteurs gagneraient tellement d’argent qu’ils ne prendraient même plus la peine de le compter.
Les gouvernements nous aimeront.
De nouvelles industries émergeraient et prospéreraient.
Les primes d’assurance santé seraient en chute libre.
Les listes d’attente des hôpitaux disparaîtraient.
On serait tellement en bonne santé qu’on devrait tuer quelqu’un juste pour commencer un cimetière !

Alors ce soir, j’ai 2 défis pour l’opposition:
1.) La viande provoque un large éventail de cancers et de maladies cardiaques.
Vont-ils nommer une maladie causée par un régime végétarien ?
2.) Je finance la trilogie Earthlings (“Terriens”).
Si l’opposition est si sûre de ses opinions,
je les mets au défi d’envoyer le DVD à tous leurs collègues et clients.
Allez, je vous mets au défi.

Les animaux ne sont pas seulement d’autres espèces,
ils sont d’autres nations.

Et nous les assassinons à nos risques et périls.
La carte de la paix se dessine sur un menu.
La paix n’est pas seulement l’absence de guerre.
C’est la présence de justice.

La justice doit être aveugle face à la race, la couleur, la religion ou l’espèce.
Si elle n’est pas aveugle, elle sera une arme de terreur.
Et il y a une terreur inimaginable dans ces horribles Guantánamo
que nous appelons “élevages industriels” ou “abattoirs”..
Si les abattoirs avaient des murs de verre, ce débat n’aurait pas lieu.

Je crois qu’un autre monde est possible.
Par une nuit tranquille, je peux l’entendre respirer.

Retirons les animaux du menu et de ces chambres de torture.
S’il vous plaît, votez ce soir pour ceux qui n’ont pas de voix.

Merci.

P.Wollen

Abeilles et produits chimiques

Par Le 21/05/2018

Ce matin, on s'est baladé pendant 3h30 dans le secteur, une bonne quinzaine de kilomètres. On a traversé des champs, des prairies, des sous-bois, avec un grand soleil. Des abeilles ? Non, rien. Pas une seule et pourtant on a cherché. Dans notre jardin potager, c'est le même constat. Cette année, on assiste à une véritable disparition. 

Un constat effroyable.


 

700 ruches mortes en Dordogne fin mars... 3 000 aujourd'hui. Une catastrophe naturelle annoncée

 

 Cadavres d'abeilles dans un rucher de Razés en Haute-Vienne Cadavres d'abeilles dans un rucher de Razés en Haute-Vienne

PARTAGES

L'Union européenne a voté la semaine dernière l'interdiction pour 2019 de trois pesticides néonicotinoïdes utilisés pour protéger les cultures agricoles. Des produits accusé de causer la disparition des abeilles... Nécessaire, mais sans doute loin d'être suffisant et sûrement trop tardif.

Par Pascal Faiseaux 

En trente ans, près de 80 % des insectes volants auraient disparu d'Europe. Et parmi les victimes les plus "visibles", les abeilles dont les hécatombes récentes ne cessent d'inquiéter les apiculteurs. Fin mars, les apiculteurs de Dordogne avaient dénombré 700 ruches désertées, vides de tout occupant. Aujourd'hui il y en aurait 3 000 !

Plus de 3 000 ruches détruites en Dordogne, probablement à cause des nouveaux produits chimiques
Après de précieuses années perdues en débats et batailles d'experts, l'interdiction de trois néonicotinoïdes reconnus dangereux pour la survie des précieux insectes a été prononcée par Bruxelles, mais n'entrera en vigueur qu'en 2019. L'Union Européenne s'appuie sur des évaluations négatives de l'Agence européenne pour la sécurité des aliments (Efsa), publiées en 2013 et confirmées en février dernier.

Surmortalité des abeilles, notre sujet de mai 2018Décision tardive, mais décision quand même. Que l'Union Européenne vienne d'interdire ces trois pesticides dangereux reste une bonne nouvelle pour les apiculteurs, désespérés de constater, impuissants, les disparitions vertigineuses de leurs ruches.

Ces pesticides néonicotinoïdes s'attaquent au système nerveuxdes abeilles au moment où celles-ci butinent des champs traités. Évidemment pas le but premier recherché par les agriculteurs qui apprécient en revanche la protection contre les parasites des récoltes, qu'ils proviennent du sol ou des airs. Un engouement bien sûr encouragé par les industriels...

Est-ce pour autant la fin du cauchemar pour les insectes ? C'est malheureusement loin d'être sûr.  D'autres molécules sortent régulièrement sur le marché, trop vite pour être testées. Et les autres néonicotinoïdes sont de toute façon encore autorisés et largement utilisés.

Et comme si ces produits ne suffisaient pas, le 15 avril dernier 
dans une tribune publiée dans Libération des scientifiques et des chercheurs du CNRS, INRA et de l'Inserm alertaient la population et les pouvoirs publics sur les risques potentiels de fongicides SDHI (inhibiteurs de la succinate déshydrogénase) utilisés "à grande échelle" en agriculture pour détruire les moisissures qui se développent sur les céréales ou les fruits et qui se retrouvent dans la nourriture. Une substance qui bloque une étape de la respiration des champignons, et qui pourrait affecter les cellules de tous les êtres vivants, voire modifier l'ADN humaine... Nous vivons une époque formidable... où le progrès fait rage...

 

► A lire l'article de Francetvinfo

Des animaux stars en voie d'extinction

Par Le 19/05/2018

 

Ces animaux stars menacés d’extinction

13.04.2018, par 

Saman Musacchio

 Zoo Portraits. All Rights Reserved. 2018

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Les espèces sauvages les plus populaires et les plus présentes dans le commerce ou les médias (cinéma, jouets, publicité…) sont fortement menacées d’extinction… ce que le public semble ignorer. Une étude internationale révèle cet étrange paradoxe, et propose de mettre en place un mécanisme de compensation – sorte de « droit à l’image » – pour financer la conservation de ces espèces. Entretien avec Franck Courchamp, qui pilote cette étude.

Vous venez de publier dans Plos Biology(link is external)1une étude selon laquelle, contrairement aux idées reçues, les espèces sauvages emblématiques, celles que l’on considère comme les plus charismatiques – le lion, le tigre, ou l’éléphant –, même si elles sont favorisées sur le plan des efforts de conservation, restent malgré tout très menacées, et ne sont pas perçues comme telles par le public. Selon vous, une des explications pourrait être que ces animaux sont justement surreprésentés dans notre quotidien – imaginaire, culture, publicité… Des populations « virtuelles », en quelque sorte, qui masqueraient la situation critique bien réelle de ces espèces. Comment se lance-t-on dans une telle étude ?
Franck Courchamp2 :  J’ai commencé il y a six ans ce travail, que je faisais en parallèle de mes recherches principales, lesquelles portent essentiellement sur les espèces envahissantes et le changement climatique. J’avais été frappé par l’affirmation maintes fois répétée que les espèces sauvages charismatiques étaient très privilégiées en biologie de la conservation, au détriment d’autres espèces. Je me suis donc demandé si cela était vrai, mais avant de commencer, il me fallait déterminer quelles étaient ces espèces charismatiques, au moins pour un public occidental. J’ai donc effectué parallèlement quatre études, à partir de sources différentes, pour obtenir cette liste.
 
De quel type d’études s’agit-il ?
F. C. : La première est un site Internet multilingue (français, anglais
, espagnol et italien) qui pose directement cette question aux internautes.

 

Nous connaissons mieux le nombre d’étoiles qu’il y a dans notre galaxie que le nombre d’espèces qui existent sur Terre.

Nous avons eu assez rapidement près de 5 000 réponses, ce qui est plutôt bien pour ce genre d’étude, car nous nous trouvons plus souvent devant des échantillons de dizaines ou de centaines de personnes. Nous avons complété cela avec des questionnaires similaires auprès d’enfants de dix ans dans des écoles en Espagne, en Angleterre et en France.

Ensuite, nous avons ajouté deux autres approches. La première consistait à répertorier tous les animaux sauvages qui étaient sur les affiches de tous les films d’animations de Disney, Pixar et Dreamworks, ainsi que tous les animaux figurant sur la première page des sites Web des zoos des cent plus grandes villes du monde. Dans les deux cas, l’idée de départ, c’est que ces espèces avaient été choisies parce qu’elles étaient charismatiques. D’ailleurs, les résultats de ces quatre études sont presque identiques.

 

Scène du film d’animation Madagascar 3. Selon l'étude de Franck Courchamp, le public semble ignorer que la girafe est menacée d’extinction.

 Pacific Data Images/COLLECTION CHRISTOPHEL

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Avec des différences par zones géographiques ?
F. C. : En effet, nous avons vu des choses assez intéressantes, et nous allons essayer de les publier dans un deuxième temps. Par exemple, les Espagnols aiment beaucoup le lynx ibérique et le taureau sauvage, alors que les Anglais préfèrent les animaux féroces, comme les requins-tigres ou les anacondas. À mon avis, cela pourrait refléter la forte présence de ces animaux dans les films de la BBC, comme les documentaires de Richard Attenborough. Un autre point intéressant est que les enfants avaient beaucoup plus d’imagination que les adultes et trouvaient beaucoup plus d’espèces.
 
En observant la liste finale de ces espèces sauvages charismatiques – donc, dans l’ordre : le tigre, le lion, l’éléphant, la girafe, le léopard, le panda, guépard, l’ours polaire, le loup gris et le gorille –, on est étonné par la présence du loup gris…
F. C. : Cela m’a en effet un peu surpris, car c’est le seul qui ne soit pas exotique, ni le plus menacé. En effet, bien qu’un tiers de son territoire ait été réduit et qu’il ait été décimé dans plusieurs pays, il n’est pas en danger d’extinction imminent comme les neuf autres. C’est aussi un animal qui a été historiquement et reste persécuté dans le monde, et il est donc étonnant qu’il soit en même temps jugé l’un des plus charismatiques.
 
Finalement, ce qui vous a le plus surpris, c’est que le public n’a pas toujours conscience qu’il s’agit d’espèces menacées ou en voie de disparition…
F. C. : Dans un premier temps, cette liste me paraissait tellement évidente que je ne trouvais pas cela très intéressant. Mais c’est en parlant autour de moi que je me suis rendu compte combien les gens avaient une faible connaissance de l’état réel de ces populations. Sur notre site Web initial, une deuxième page demandait aux internautes d’associer ces espèces à six caractéristiques : dangereux, mignon, magnifique, etc. Une de ces caractéristiques était « menacée », et une personne sur deux s’est trompée sur sa réponse. Lorsque j’étais à UCLA
3 il y a trois ans, j’ai aussi interviewé une centaine d’étudiants de plusieurs disciplines au sujet de cette liste et du statut de ces espèces. J’ai ainsi pu quantifier le degré d’erreur pour chacune de ces espèces.

Le panda, l’ours polaire et le tigre sont les plus évidents, car ils bénéficient de nombreuses campagnes d’information. Mais pour d’autres, comme la girafe, les résultats sont frappants. Le public ne semble pas savoir que la girafe est une espèce en voie de disparition, que la girafe Masaï a perdu 97% de ses effectifs en quelque 35 années, ce qui est quasiment un génocide lorsqu’on parle d’une espèce et de ses gènes. Le public interrogé ignorait que les lions pourraient disparaître dans vingt ans si rien n’était fait. C’était un résultat que je trouvais assez probant, surtout pour des espèces qui sont les préférées du public. Car si nous n’arrivons pas à sauver le lion, le roi des animaux et l’espèce emblématique que l’on retrouve sur tous les blasons, tous les drapeaux, tous les logos sportifs, quel espoir avons-nous de sauver un papillon des forêts tropicales d’Amérique du Sud, que personne n’a jamais vu ?
 

 

Le lion, «roi des animaux», est l’espèce emblématique par excellence, omniprésent sur les blasons, les drapeaux ou les logos sportifs (ici, opération publicitaire Wanagogo en Belgique, en mars 2016).

 Van den Meersschaut/Reporters-REA

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L’hypothèse avancée dans votre étude pour expliquer cette dissociation entre le réel et le perçu est que ces espèces charismatiques sont justement surreprésentées dans notre quotidien.
F. C. : Oui, nous pensons que c’est parce que l’on voit ces espèces partout que l’on ne pense pas qu’elles sont rares. Leur perception est biaisée. L’exemple de la girafe en France est frappant. Chaque année, il est vendu plus de jouets « Sophie la Girafe » qu’il n’y a de bébés qui naissent (plus de 700 000 en 2016) ; et évidemment bien plus que de girafes vivantes sur Terre. Nous avons aussi demandé à 48 volontaires français de noter le nombre de fois qu’ils voyaient une de ces espèces dans leur quotidien pendant une semaine. Ils en ont vu en moyenne une trentaine par jour.
 
Côté américain, vous notez que ces dix espèces charismatiques représentent 48 % des peluches vendues sur Amazon chaque année. Mais la deuxième partie de votre étude, presque la plus importante, porte sur la condition actuelle de ces espèces à l’échelle planétaire. Et là, les chiffres globaux de population cachent une fragilité souvent incomprise.
F. C. : C’est cela aussi qui nous a pris beaucoup de temps. Nous avons dû trouver le nombre de zones d’habitat de chaque population, les tailles de ces populations passées et présentes, et les tendances. Prenons par exemple les tigres. À l’échelle planétaire et en liberté, il en reste 3 500. Donc, nous pouvons nous dire qu’il s’agit d’une population significative. Mais si on retire ceux qui sont trop vieux ou trop jeunes pour se reproduire – car ce qui est important, c’est le potentiel de la population –, nous pensons qu’il reste aujourd’hui seulement mille tigresses en capacité de reproduction. De surcroît, il ne s’agit pas d’une seule population, mais de nombreuses petites populations totalement isolées à l’intérieur de petits territoires. Il est question d’une quarantaine de populations de moins de 100 tigres, ce qui est très peu pour que chacune de ces petites populations ait des chances de s’en sortir à long terme.

 

Il s’agit là de quelque chose d’assez surprenant : ce sont les espèces que nous préférons que nous tuons.

Pour toutes ces espèces, si l’on prend en compte ces deux éléments – reproduction et fragmentation de la population –, la perception est différente. Une de ces espèces a été récemment dans l’actualité : le dernier rhinocéros blanc d’Afrique du Nord. Cela faisait longtemps qu’il ne pouvait plus se reproduire, et les deux derniers spécimens – deux femelles – sont ses enfants. Cela montre bien que ce n’est pas parce qu’il reste des individus que la population peut s’en sortir.

Un rapport de l’Union internationale de conservation de la nature (IUCN), cité dans votre étude, indique que c’est la chasse qui menace bien souvent ces espèces.
F. C. : En effet, et il s’agit là de quelque chose d’assez surprenant, car ce sont les espèces que nous préférons que nous tuons. Les grands singes, par exemple, chassés pour être mangés, ne disparaissent pas uniquement à cause de la destruction de leur habitat. Pour les lions, il s’agit de chasse au trophée, l’éléphant pour ses défenses, les loups pour protéger nos troupeaux et les tigres sont abattus pour des préparations de médecine traditionnelle. Il y a là quelque chose d’assez paradoxal et de cynique.

 

Atelier de Taxidermie en Namibie. Les chasseurs des États-Unis et d'Allemagne y font naturaliser leurs trophées de chasse.

 Ton Koene / Visual and Written - Photo Collection / Biosphoto

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Quelle est la prochaine espèce qui va nous quitter, selon vos constats ?
F. C. : Plusieurs études montrent que d’ici 20 à 30 ans, les tigres auront tous disparu à l’état sauvage. Pour les éléphants, il s’agit d’une cinquantaine d’années, de même que pour les ours polaires. Cela reste bien sûr difficile à évaluer exactement, mais nous parlons bien de décennies. Si rien n’est fait, la plupart des personnes qui sont en train de lire cet entretien verront l’extinction de la plupart de ces espèces à l’état sauvage, ce qui, à l’échelle géologique, est pratiquement instantané.
 
Dans cette publication, vous lancez deux appels, le premier étant pour qu’il y ait davantage d’études à l’échelle globale sur ces espèces.
F. C. : Oui, car nous connaissons mieux le nombre d’étoiles qu’il y a dans notre galaxie que le nombre d’espèces qui existent sur Terre, ou encore la surface de la Lune que le fond de nos océans – et je dis cela en étant moi-même un amateur enthousiaste d’astronomie. Mais malheureusement, il n’y a pas assez d’investissements aujourd’hui pour préserver la plus grande richesse que nous ayons sur cette planète. Le problème n’est pas que les chercheurs ne s’intéressent pas assez à ce problème, mais qu’il manque des chercheurs dans les domaines de la conservation et de l’écologie.

 

Il n’y a pas assez d’investissements aujourd’hui pour préserver la plus grande richesse que nous ayons sur cette planète.

Nous avons beaucoup d’étudiants, mais il y a très peu de postes et de financements pour les projets de recherche, et nous avons peu de croisements possibles avec des fonds privés. C’est pour cela qu’un mécanisme de compensation pourrait permettre de générer des fonds afin d’aider à la conservation de ce patrimoine.

Et c’est là-dessus que nous allons conclure, sur ce deuxième appel, un mécanisme qui permettrait de financer la conservation de certaines espèces suite à l’utilisation de leur image : un « droit à l’image du lion », par exemple.
F. C. : Si une entreprise fait des bénéfices sur l’image du lion, par exemple, il serait en effet normal qu’une partie de ces bénéfices – rien du tout, un dixième de pourcent, par exemple –, aille soit à des campagnes d’information pour essayer d’annuler le « mal » qui est de contribuer à faire croire que le lion est omniprésent, soit tout simplement de faire des dons à des fonds de préservation des lions. Et pour ces entreprises, cela n’est pas étranger à leur culture de marketing, puisqu’elles payent des droits d’auteur pour toute image qu’elles utilisent. Quant à l’impact financier, cela ne représenterait pas grand-chose pour une entreprise qui utilisent l’image d’une espèce menacée, mais énormément pour les efforts de conservation de ces espèces. Ces entreprises auraient d’ailleurs tout à y gagner, car si elles étaient vues comme des acteurs de la préservation de l’espèce qui le représente, le message serait fort et attractif auprès de leurs consommateurs.
À l’inverse, si elles perdaient leur emblème, cela serait assez préjudiciable, car elles se verraient promouvoir fièrement le logo d’une espèce disparue…

 

Notes

  • 1.F. Courchamp et al., "The paradoxical extinction of the most charismatic animals,PLOS Biology, publié en ligne le 12 avril 2018. https://doi.org/10.1371/journal.pbio.2003997(link is external)
  • 2.Directeur de recherche au laboratoire Écologie, systématique et évolution (CNRS/Université Paris-Sud/AgroParisTech).
  • 3.Université de Californie à Los Angeles.

Où sont passés les oiseaux des champs ?

Par Le 19/05/2018

Où sont passés les oiseaux des champs?

20.03.2018, par 

Laurianne Geffroy

En France, le nombre de pipits farlouses, des passereaux qui se nourrissent d’invertébrés, a diminué de 68 % en 17 ans.

 S. BOUILLAND/BIOSPHOTO

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L’alouette des champs ou la linotte mélodieuse font traditionnellement résonner leur chant dans les campagnes françaises. Mais pour combien de temps encore ? Deux études récentes dressent un constat alarmant : les populations d’oiseaux vivant en milieu agricole ont perdu un tiers de leurs effectifs en 17 ans.

« Nous pulvérisons les ormes, et aux printemps suivants nul merle ne chante, s’alarmait l’écologiste américaine Rachel Carson en 1962 alors que le DDT, un puissant insecticide, décimait les populations d’oiseaux aux États-Unis, non qu’ils aient été touchés directement mais parce que le poison a fait son chemin, pas à pas, de la feuille de l’orme au ver, puis du ver au merle »1. Depuis, la responsabilité du DDT dans la mortalité accrue des oiseaux a été démontrée et le « poison » interdit dans de nombreux pays. Mais le problème est loin d’être réglé.

Toutes les espèces sont concernées

Les études pointant du doigt les effets de l’agriculture intensive et de l’utilisation massive de pesticides sur la biodiversité se multiplient. Deux d’entre elles, menées récemment par le Muséum national d’histoire naturelle sur tout le territoire français et par le CNRS à l’échelle locale, présentent à leur tour un bilan inquiétant : en 17 ans, un tiers des oiseaux ont disparu des campagnes françaises.
 

Nos campagnes sont en train de devenir de véritables déserts.

« La situation est catastrophique, se désole Benoît Fontaine, biologiste de la conservation au Centre d’écologie et des sciences de la conservation2 (Cesco) du Muséum national d’histoire naturelle. Nos campagnes sont en train de devenir de véritables déserts. » « Les populations d’oiseaux s’effondrent littéralement dans les plaines céréalières, et cela concerne toutes les espèces, renchérit Vincent Bretagnolle, écologue au Centre d’études biologiques de Chizé3 et directeur de la zone atelier « Plaine et val de Sèvre ». Les perdrix se sont presque éteintes de notre zone d’étude… »

Poussée par une tradition naturaliste particulièrement forte, la Grande-Bretagne commence à suivre les populations d’oiseaux selon des méthodes standardisées et rigoureuses à partir des années 1970. La France lui emboîte le pas. C’est dans cette tradition que le Muséum national d’histoire naturelle initie en 1989 un vaste programme, le Suivi temporel des oiseaux communs(link is external)4 (Stoc) sur tout le territoire français. Deux fois par an, au printemps, plusieurs centaines d’ornithologues bénévoles recensent les oiseaux qu’ils voient et entendent au petit matin dans des aires de 4 kilomètres carrés situés en ville, en forêt ou à la campagne. Alouette des champs, hirondelle de fenêtre, mésange noire, pigeon ramier… 175 espèces d’oiseaux communs sont inventoriées dans tous les milieux. « À partir de 2001, nous avons changé notre méthode d’échantillonnage avec un tirage aléatoire des sites à surveiller, ce qui permet d’obtenir une image plus fidèle de ce qui se passe sur le territoire français », indique Benoît Fontaine.
 

 

L’alouette des champs a vu ses effectifs diminuer d’un tiers en moins de 20 ans sur la zone atelier Plaine & Val de Sèvre.

 V. Bretagnolle, CEBC (CNRS/Université de La Rochelle)

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Un bilan plus lourd en zone agricole

Parallèlement, dans les Deux-Sèvres, un programme de suivi intensif de la faune et de la flore(link is external) se met en place dès 1993, dans la zone atelier « Plaine & val de Sèvre ». Mais cette fois-ci, les 450 kilomètres carrés de la zone étudiée sont entièrement agricoles. « Au départ, nous suivions des oiseaux des plaines céréalières menacés comme l’outarde canepetière et le busard cendré, raconte Vincent Bretagnolle. Mais à partir de 1995, nous nous sommes progressivement intéressés à l’ensemble des oiseaux car ils ont une position intermédiaire dans la chaîne trophique, étant quasiment tous prédateurs d’insectes mais aussi, pour certains, prédatés par des rapaces. » Au total, 160 zones de 10 hectares chacune sont soumises chaque année à l’expertise d’ornithologues chevronnés, selon un protocole spatial et temporel bien défini. Une centaine d’espèces y sont identifiées, à la vue et au chant. « Sur ces terres agricoles, nous suivons aussi les plantes, les mammifères et les insectes, ce qui nous permet d’avoir une vision de tous les compartiments de l’écosystème et de leurs interactions », précise le chercheur.
 
Les dernières données de ces programmes de recherche sont catastrophiques : de nombreuses espèces d’oiseaux sont en déclin dans tous les milieux, et clairement en chute libre dans le milieu agricole. Le programme Stoc révèle ainsi que les oiseaux communs des milieux agricoles ont perdu 33 % de leurs effectifs depuis 2001.

 

C’est la qualité globale de l’écosystème agricole qui se détériore.

Le pipit farlouse, par exemple, un passereau qui se nourrit d’invertébrés, a perdu 68 % de ses troupes en 17 ans, tandis que la linotte mélodieuse, friande d’invertébrés à la belle saison et de graines de plantes adventices en hiver, a vu disparaître 27 % de ses effectifs sur la même période. Du côté de la plaine céréalière des Deux-Sèvres, même constat. Les populations d’oiseaux familières des zones cultivées, comme l’alouette des champs ou la perdrix grise, s’effondrent littéralement, avec respectivement −50 % et −90 % de leurs effectifs en 25 ans.

« Ce qui est véritablement alarmant, c’est que tous les oiseaux du milieu agricole régressent à la même vitesse, même les plus généralistes ou les oiseaux des milieux boisés, qui ne diminuent pas ou peu dans leur milieu de prédilection, analyse Vincent Bretagnolle. Cela signifie que c’est la qualité globale de l’écosystème agricole qui se détériore. »
 

 

La Perdrix rouge, une espèce jusqu'ici présente dans les milieux agricoles, est également en déclin.

 F. JIGUET

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Les pesticides pointés du doigt

Les raisons de ce déclin sont en effet à chercher du côté de l’intensification de l’agriculture, les paysages devenant toujours plus homogènes – des champs de maïs et de blé à perte de vue – et toujours aussi massivement arrosés de pesticides, malgré le plan Écophyto qui vise à réduire de moitié leur utilisation en France d’ici à 2020. « Les surfaces dédiées à la monoculture n’ont cessé d’augmenter en France, conduisant à la destruction des milieux favorables aux oiseaux et aux insectes. Et en 2009, la Politique agricole commune a donné un coup d’arrêt aux jachères, ce qui est également néfaste pour la biodiversité, décrypte Benoît Fontaine. Dernier facteur nuisible : les pesticides. » Si, dans les années 1960, c’est le DDT qui fait parler de lui, ce sont aujourd’hui les néonicotinoïdes, des insecticides qui contaminent l’ensemble de l’écosystème, mais aussi le glyphosate (Roundup), l’herbicide le plus utilisé au monde, qui inquiètent. Tous les deux concourent à la disparition des plantes et des insectes et donc aux ressources alimentaires des oiseaux, surtout au printemps. « Il n’y a quasiment plus d’insectes, c’est ça le problème numéro un », martèle Vincent Bretagnolle. Et le constat est le même partout. Deux études récentes ont révélé que l’Allemagne et l’Europe auraient perdu 80 % d’insectes volants et 421 millions d’oiseaux en 30 ans5.

 

L'utilisation des pesticides et herbicides est incriminée dans le déclin des oiseaux.

 Claudius Thiriet / Biosphoto

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Aujourd’hui, il ne s’agit pas seulement d’interdire un pesticide, mais de changer de paradigme.

Alors que faire ? Pour Benoît Fontaine, « la diminution des pesticides va être aussi motivée par les préoccupations de santé humaine, mais la solution viendra du monde agricole ». Justement, dans la zone atelier « Plaine & Val de Sèvre », Vincent Bretagnolle s’est associé aux agriculteurs pour expérimenter des modèles agricoles alternatifs, basés sur l’agroécologie et les potentialités de la biodiversité.
« Profitant de la mise en place du plan Écophyto, en 2008, nous avons convaincu des exploitants de réduire d’un tiers ou de moitié les intrants chimiques sur certaines parcelles, rapporte le chercheur. Résultat : les rendements sont maintenus, ce qui augmente les revenus des agriculteurs et la biodiversité. »

D’autres études montrent que les subventions pour les prairies et les haies sont également favorables à la biodiversité et donc, là encore, au maintien de la productivité des parcelles. Désormais, les acteurs du monde agricole doivent se saisir de ces outils et changer leurs pratiques à grande échelle. « Le printemps silencieux annoncé par Rachel Carson pourrait devenir une réalité si nous ne réagissons pas très vite, conclut Vincent Bretagnolle. La situation est inquiétante, d’autant qu’aujourd’hui, il ne s’agit pas seulement d’interdire un pesticide, mais de changer de paradigme. » ♦

L'interview de Vincent Bretagnolle sur les pratiques agricoles : Quand le productivisme nuit à l'agriculture

Notes

  • 1.Extrait du livre Silent Spring (Printemps silencieux), de Rachel Carson, publié aux États-Unis en 1962.
  • 2.Unité CNRS/MNHN/UPMC.
  • 3.Unité CNRS/Université de La Rochelle/Inra.
  • 4.Ce programme est coordonné par le MNHN, dans le cadre du réseau Vigie-Nature.
  • 5.« More than 75 percent decline over 27 years in total flying insect biomass in protected areas », C. A Hallmann et al., PLoS One, publié en ligne le 18 octobre 2017. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0185809(link is external) ; « Common European birds are declining rapidly while less abundant species' numbers are rising », R. Inger et al., Ecology Letters, publié en ligne le 2 novembre 2014. Doi : 10.1111/ele.12387

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Biodiversité OiseauxOrnithologie CampagnesEnvironnement PesticidesNéonicotinoïdesAgriculture Intensive JachèresPAC Modèle AgricoleScience Participative

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Auteur

Laurianne Geffroy

Laurianne Geffroy est journaliste scientifique et auteur depuis 2000. Elle réalise, au sein de Ya+K productions, des reportages pour les sites Internet du Cnes, de l’Inserm et d’Universcience.tv, et collabore régulièrement à des ouvrages scientifiques édités par Le Cherche Midi.

En savoir plus sur l'auteur

Altitude news

Par Le 18/05/2018

 

ALTITUDE NEWS est, comme son nom l'indique, un site dédié à la montagne, qu'il s'agisse d'expéditions les plus engagées à une pratique plus accessible. Des articles de qualité qui parlent du bonheur d'être là-haut, de l'intensité des moments, de la richesse des découvertes, qu'il s'agisse de paysages ou de la part intérieure des individus qui parcourent ces lieux. 

J'ai le plaisir aujourd'hui d'y trouver un article consacré à mes romans.

Et j'en suis très touché. 

Accueil  Business  L’écriture et la montagne en guise de thérapie

L’écriture et la montagne en guise de thérapie

Par

 Arnaud P

 -

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Instituteur basé en Savoie, Thierry Ledru partage sa vie entre montagne et littérature. Alors qu’il n’est qu’adolescent, il écrit déjà des nouvelles que ses profs de lettres corrigent, encourageants. A 16 ans, son frère est victime d’un grave accident de la route. Ce dernier passe plusieurs mois entre la vie et la mort, Thierry est à ses côtés. Cette période dramatique va avoir un fort impact sur la suite de sa vie et sur son écriture.
Quelques années plus tard, alors que ses rêves de montagne se font plus forts, Thierry se fait opérer d’une hernie discale. L’opération rate et les sommets s’éloignent. S’en suivra une période de dépression que seule l’écriture saura guérir : « Faut-il donc avoir souffert pour savoir écrire ? Pour sortir de soi un écrit acceptable, faut-il donc être descendu dans les tréfonds de l’âme ? » se demande-t-il en ayant au fond de lui une petite idée de la réponse.

L’écriture en guise de thérapie

Ce n’est pourtant que bien plus tard qu’il met un point final à son premier livre. Après de longues années de dépression. Un premier roman, « Vertiges », histoire d’un drame en haute montagne. S’en suivront trois autres titres : « Là-haut », un guide de haute montagne qui perd sa femme et sa jambe dans un attentat, « Jusqu’au bout » un récit qui s’éloigne un peu de l’univers des montagnes ou encore « Noirceur des cîmes » où une auteure rédige un manuscrit dans la tente d’une expédition au K2. L’écriture le prend alors aux tripes. Pendant l’écriture de ce dernier titre, un des personnages « m’a appelé une nuit, dans un rêve, un appel déchirant, il allait mourir, il fallait que je vienne le sauver. Je me suis levé, j’ai allumé l’ordinateur, je lui ai dit que j’arrivais » explique-t-il.

Et après ces 4 romans, Thierry aura raison de ses hernies discales et il repartira enfin en montagne, son dos débarrassé d’un lourd poids. Depuis, il ne quitte plus la montagne et son stylo. Il en est à son douzième roman et ne compte pas s’arrêter de sitôt. Les cimes font partie intégrante de sa vie, et qu’il le veuille ou non, il transmet sa passion : ses deux fils « Rémi et Léo sont des mordus de ski de pentes raides » !

Quelques titres encore disponibles

Certains des romans sont édités et disponibles en librairie, comme ces trois-là :

 

4.6 (91.43%) 7 votes

"L'effondrement et la joie"

Par Le 15/05/2018

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Alexia Soyeux

L’effondrement et la joie

Il est temps. Il est temps d’articuler, de dire, d’écrire.

Depuis que j’ai découvert l’étude de l’effondrement de notre civilisation, qu’on appelle la collapsologie, je me sens beaucoup mieux. Disons, mieux.

Avoir mis un mot sur ce sentiment diffus et persistant que tout va s’effondrer m’a procuré un soulagement immense.

LiekeLand

La lecture de Comment tout peut s’effondrer m’a donné de la force. Le visionnage des premiers épisodes de la web série documentaire NEXT m’a réconfortée. Pouvoir tracer un lien entre les faits, les articles, les données, et les ressentis, m’a soulagée.

Tout peut s’effondrer. Voila, c’est dit. Je ne suis donc pas folle, ou pas seule à être folle.

Et cela fait naître des sentiments, des émotions, des peurs, des craintes, des doutes. Cela fait d’abord s’effondrer.

Les faits sont durs, solides et implacables.

Bien sur, il y a des initiatives, des petits pas, des inspirations, des mouvements, des aménagements ; des personnes, des projets, des communautés à soutenir absolument, qui préparent le monde d’après.
Alors ne faudrait-il pas être résolument optimiste et vivre l’instant présent avec foi dans l’avenir et l’humain ?

Rien ne nous invite à l’optimisme aveugle. Et, plus encore, optimisme ou pessimisme : là n’est pas la bonne question.

L’optimisme acharné est un frein à l’action. Tout comme le pessimisme résigné, qui immobilise toute tentative contre des puissances jugées omnipotentes.

Entre ces deux vues, il est nécessaire de regarder le monde en face, avec lucidité et clairvoyance, pour faire jaillir d’autres imaginaires de ce monde d’après, sans céder à la panique et la paralysie.

Pour reprendre la métaphore de la voiture de Pablo Servigne et Raphaël Stevens : nous avançons donc à toute vitesse, le réservoir est quasiment vide, nous dévalons la piste, la voiture va de plus en plus vite et sort de la route.

Nous avons dépassé des frontières et franchi des seuils de façon dramatique et irréversible, et, non, on ne peut pas rectifier le tir. Il n’y a pas de solution, car ce n’est pas une crise de plus, crise qui sous-entendrait un retour futur à la normale.

On ne parle pas ici de la ritournelle du “c’était mieux avant”. Encore moins d’un “ce sera mieux après”. Certains parleront de sirènes de mauvaise augure, d’oiseaux de malheur, de prophétie autoréalisatrice.

On parle ici de faits, de publications scientifiques, mais aussi d’émotions et d’intuition.

L’effondrement est causé par la chute massive de la biodiversité, l’épuisement des ressources fossiles, et les conséquences en chaîne qui s’en suivent : climat et catastrophes climatiques, pollution, crises économiques, financières, tensions géopolitiques et sociales.

La collapsologie étudie ainsi les processus d’effondrement des sociétés humaines, de façon systémique, contre la pensée en silo, et permet de tisser des liens entre les domaines.

Croissance, chômage, réchauffement, anthropocène, pétrole, biodiversité, ressources, consommation, famines, guerres : même combat.

L’effondrement qui vient, l’effondrement qui pourra advenir entre 2020 et 2030, c’est un déclin brutal et global de notre civilisation thermo industrielle. Ses causes sont multiples, et personne ne les ignore. Mais les stratégies d’évitement de la psyché humaine sont immenses et vont du déni pur à la dissonance cognitive, en passant par la mauvaise foi ou la simple inaction.

Pourquoi ne fait-on rien ? Parce qu’on tourne la tête, parce que le discours médiatique diffuse des raccourcis qu’on ne parvient pas à saisir, dont on ne parvient pas à prendre la mesure, et que l’esprit humain est ainsi fait qu’il ne peut craindre que des choses qu’il connaît déjà.

Parler de 2 degrés de réchauffement, cela ne fait peur à personne, en tout cas à pas grand monde. Même 5 degrés, qui a peur de 5 degrés ? Qui comprend que 5 degrés, c’est la différence entre une période glaciaire et la période dans laquelle on vit ? Quel impact de la vue d’un ours polaire famélique sur la vie des gens ? Est-ce que cela produit un électrochoc ?

Parler d’effondrement, c’est douloureux parfois, cela suscite de la colère, parce que cela implique de renoncer à une certaine vision de l’avenir et du progrès.

Comme tant d’autres, je suis usée d’entendre et de lire ces avertissements murmurés, ces formules sans force, les “si nous continuons comme ca”, “à ce rythme là”, “il sera bientôt trop tard”, “nos enfants nous accuseront”.

Il ne sera pas bientôt trop tard : il est trop tard. Mais trop tard pour quoi exactement ? Trop tard pour que les choses continuent comme si de rien n’était. Trop tard pour que la planète puisse continuer de nous abriter paisiblement.

La planète montre ses limites, tandis que l’on avait toujours voulu la voir comme une source infinie de ressources, dans laquelle on pourrait éternellement puiser, tranquillement.

Nous avons dépassé tous les seuils, et ce qui se profile n’est a priori pas vraiment une décroissance douce et choisie, une sobriété plus ou moins heureuse, une transition sympathique pleine de pâquerettes.

Nous allons vers un effondrement massif de nos sociétés telles qu’on les connait aujourd’hui ; il faut faire face à cette réalité, pour s’y préparer, rapidement, psychologiquement, concrètement. Pas pour se barricader avec des conserves de sardines et des packs d’eau. Mais pour commencer à mettre en place d’autres mécanismes sociaux que ceux de la compétition acharnée et de la lutte de tous contre tous.

Parler d’effondrement, c’est faire face au réel.

Bien que ce mot fourre-tout désigne plutôt la mosaïque d’effondrement qui commence à advenir, il est urgent de s’y confronter.

Collapsologie & courbe de deuil — Matthieu Van Niel

Faire entrer le mot d’effondrement dans le réel, c’est convoquer un ensemble d’imaginaires chargé de violence et de barbarie, des scénarios hollywoodiens dystopiques sans fondements. Il nous faut dépasser les images fantasmées pour se mettre en action.

Il est urgent de lire Pablo Servigne et Raphaël Stevens.

“En mettant des mots sur des intuitions partagées par beaucoup d’entre nous, ce livre redonne de l’intelligibilité aux phénomènes de “crises” que nous vivons, et surtout, redonne du sens à notre époque. Car aujourd’hui, l’utopie a changé de camp : est utopiste celui qui croit que tout peut continuer comme avant. L’effondrement est l’horizon de notre génération, c’est le début de son avenir. Qu’y aura-t-il après ? Tout cela reste à penser, à imaginer, et à vivre… “

Il est urgent de se documenter, de diffuser la prise de conscience, de regarder la web série NEXT de Clément Montfort, de lire ou regarder Yves Cochet, Gaël Giraud, Jean-Marc Jancovici (malgré sa délicate position sur le nucléaire), Vincent Mignerot, Dennis Meadows….

Puis, après la prise de conscience, faire face à soi : comment vivre avec l’effondrement ? Comment ne pas sombrer dans un puits d’angoisse infinie ? Comment ne pas considérer chaque chose de la vie comme vaine et futile ? Comment ne pas se rendre fou ?

Travailler la résilience, imaginer le monde d’après, tout en vivant avec force dans le présent.
Aller vers l’autre, commencer à vivre autrement, retrouver des réflexes d’entraide et de coopération. Se tourner vers le mouvement de la transition.
Retrouver des perspectives par la reconnexion à soi, aux autres, à la nature,
Etre à la hauteur de la bonté et de la beauté de l’humain et du monde, malgré tout.

Cultiver l’émerveillement, le lien, la vie, la joie.

— —

Quelques recommandations

A voir :

A lire :

  • Comment tout peut s’effondrer, Pablo Servigne et Raphaël Stevens
  • Les limites à la croissance (dans un monde fini), Dennis & Donella Meadows, Jorgen Rangers
  • L’âge des low tech ; vers une civilisation techniquement soutenable, Philippe Bihouix
  • Dormez tranquilles jusqu’en 2100 ; et autres malentendus sur le climat et l’énergie, Jean-Marc Jancovici
  • Ils changent le monde ; 1001 initiatives de transition écologique, Rob Hopkins
  • L’Entraide, l’autre loi de la jungle, Gauthier Chapelle & Pablo Servigne
  • Transition 2017, Vincent Mignerot
  • Ecopsychologie ; retrouver notre lien avec la Terre, Michel Maxime Egger

Krishnamurti : une crise de conscience

Par Le 14/05/2018

 

« Nous disions combien il était important de provoquer dans l’esprit humain la révolution radicale. La crise est une crise de conscience, une crise qui ne peut plus accepter, aucunement, les vieilles normes, les vieux modèles, les anciennes traditions et, en considérant ce que le monde est maintenant, avec toute la misère, les conflits, la brutalité destructrice, l’agression, et ainsi de suite… l’homme est resté tel qu’il était, il est toujours brutal, violent, agressif, cupide, compétitif, et il a construit une société sur ces bases.

Ce que nous essayons de faire dans toutes ces discussions, ces discours ici est de voir si nous pouvons radicalement apporter une transformation de l’esprit, ne pas accepter les choses telles qu’elles sont, mais de les comprendre, de les étudier, de les examiner. Donnez votre cœur et votre esprit dans tout ce que vous recherchez. Une façon de vivre autrement. Mais ça dépend de vous et de personne d’autre, car dans ceci, il n’y a pas d’enseignant, d’élève, il n’y a pas de chef, ni de gourou, il n’y a pas de maître, pas de sauveur, vous êtes vous-même le professeur, l’élève, vous êtes le maître, vous êtes le gourou, vous êtes le chef, vous êtes tout ! Comprendre, c’est transformer ce qui est. »

Jiddu Krishnamurti

Je suis en colère

Par Le 13/05/2018

Quand je relis tout ce que j'ai écrit sur ma page Facebook aujourd'hui, je me dis que j'aurais mieux fait, encore une fois, de fermer ma grande g... et de m'asseoir sur ma colère. 
Parce qu'au final, ça sert à quoi ? Je suis qui pour aller balancer mes certitudes à tout va ? Et en dehors de déclencher le zapping sur une autre page, quel effet ça aura ? 
Seulement, la semaine dernière, il y a une petite fille de ma classe que j'ai vue pleurer quand j'ai parlé des effets de la déforestation en Amazonie, pour remplacer la jungle par des prairies à bovins, des bovins pour les étals des bouchers et des champs de soja pour nourrir les bovins. Et j'ai vu qu'elle essuyait ses yeux, rapidement, pour que personne ne la voit. 
Alors, je fais quoi moi avec la détresse de cet enfant ? 
Je ferme ma gueule ? Ça n'a pas de valeur les larmes d'un enfant, ça ne mérite pas qu'on se mette en colère ? 
Mais alors, qu'est-ce qui peut faire bouger cette humanité ? 
Faudra-t-il attendre la mort des enfants ? 
Ah, mais c'est déjà le cas en fait... ça meurt à la chaîne... L'alimentation, la pollution de l'air, de l'eau, des plantes, le bonheur de vivre, tout ça, les bombes, les guerres des adultes, les famines, l'eau qui n'est plus potable, les épidémies, les enfants cancéreux...Quand j'étais enfant, jamais je n'entendais parler du cancer des enfants. Est-ce que ça existait mais que le sujet était tabou ou est-ce que leur nombre augmente sans cesse ? Je n'en sais rien mais je sais que ça existe et que c'est incompréhensible à mes yeux en dehors de déréglements exogènes. 
Et là, j'entends chaque parent prier pour que ça n'arrive pas au sien, à son cher enfant, à la chair de sa chair...Et il vient d'où cet enfant sinon de la vie sur Terre ? C'est pas la petite graine du papa dans la fleur de la maman, non, ça c'est juste un amusement pour donner envie, l'enfant il est le fruit de la vie sur Terre. 
Je suis en colère.

En colère aussi contre les gens qui s'émeuvent en regardant les informations à la télévision et qui attendent que les "dirigeants" prennent des décisions efficaces et qui pour patienter vont continuer leur petite vie en s'efforçant d'oublier voire même d'ignorer le désastre en cours. Alors, premièrement, pour les dirigeants, le monde est un business et rien d'autre et nous sommes, tous autant que nous sommes, le carburant de ce business. Les malades emplissent le tiroir caisse des laboratoires pharmaceutiques. Et aucun d'entre eux ne rêverait de l'éradication des maladies, du cancer comme du reste. Les industriels de l'agro-alimentaire répondent à la demande des consommateurs, rien de plus. Ils comptent l'argent et ils ne compteront jamais les morts puisque les vivants réclament leur dose quotidienne. 

Nous sommes les dirigeants de nos choix. Il suffit donc de ne plus choisir ce qui contribue à l'extension du désastre. 

Quand j'étais adolescent, j'ai vu ce film : Network

Plusieurs passages m'ont considérablement marqué et encore aujourd'hui, je réalise que dans l'écriture de la trilogie en cours, je reprends cette idée. 

Le monde est un business et tout le reste, c'est de l'enfumage, des évènements secondaires pour occuper les esprits. Et dans le registre de l'abêtissement de la masse, les dirigeants et leurs valets ont atteint un niveau remarquable, une réussite totale. Il n'y a rien à attendre des dirigeants, quels qu'ils soient pour une raison très simple, évidente, incontestable : ils n'existent qu'avec le soutien des financiers qui entretiennent le business du monde.

Alors, oui, parfois, j'en ai assez et je crie par la fenêtre de mon ordinateur.

La réalité de la "viande"

Par Le 13/05/2018

Mauricio Pereira, ancien employé des abattoirs de Limoges (Pascal LACHENAUD / AFP)

Dans un récit qui paraît ces jours-ci, cet ancien ouvrier d'abattoir retrace les étapes de sa prise de conscience sur l'inhumanité de la filière viande.

Par 

Il y a deux ans, Mauricio Garcia Pereira est devenu le lanceur d’alerte de sa profession. Cet ancien ouvrier des abattoirs de Limoges a dénoncé la mise à mort et la découpe de vaches alors même qu’elles sont à quelques jours de mettre bas – une pratique banale, quotidienne, légale. Intitulé "Ma vie toute crue" (1), le récit qui paraît ces jours-ci retrace les étapes de sa prise de conscience sur l'inhumanité de la filière viande.

Un soir de l’hiver 2013, Mauricio Garcia Pereira a pété les plombs,  sept ans après ses débuts sur la chaîne de production à "faire" (c’est ainsi qu’on dit dans les abattoirs)  chaque jour entre 250 et 300 bêtes pour une paye de 1.450 euros nets. "Des années gâchées", écrit-il aujourd’hui.

Dans sa quarante-deuxième année, Mauricio Pereira a embauché un matin dans un bâtiment de tôle grise à l’écart de la ville, là où une petite centaine de salariés travaillent à assommer, tuer, découper, vider les animaux dits "de boucherie"  (entre guillemets car un débat est en cours initié par les antispécistes qui réfutent ces catégories : pourquoi l’agneau et pas le chaton ?) et sans imaginer le coût moral à venir d’une telle activité.

C’est que dans la ferme parentale à Dusseldörf, Mauricio Pereira  a ressenti plus d’une fois cet amour instinctif de l’enfant qui  tient un animal dans ses bras. Plus tard, les spectacles de tauromachie l’ont fait pleurer et pourtant, pendant des années, il a pu se lever à l’heure où fleurit la campagne pour prendre le chemin de l’usine, mais en prenant soin de respirer par la bouche. Surtout ne pas sentir l’odeur de la mort portée par le vent à un kilomètre à la ronde.

La petite musique de l’auto-persuasion l’a aidé. Tenir bon, se dire que c’est un métier utile pour tous, que nourrir les gens est une noble tâche. Ne pas craquer, penser au CDI qui vient. Et puis un beau jour, ce fut la découverte de trop. Un de ces moments dans la vie où l’esprit et le corps se cabrent et que tout en soi dit non. Il faisait alors un remplacement à la boyauterie, là où arrivent les viscères et les panses sur un tapis roulant.

"Putain,  un fœtus !"

A ce poste, les gars doivent découper l’herbière (l’œsophage des ruminants), enlever la rate, retourner la panse pour séparer le petit estomac du gros. Les herbières d’un côté, les rates et la graisse de l’autre, les tripes dans une boîte en inox.

Soudain est arrivée sur la chaîne une grosse poche d’un rose irisé.  Mauricio a posé son couteau, palpé la chose toute chaude et s’est glacé : "Putain,  un fœtus !" Il a essuyé la sueur sur son front, attrapé son couteau pour fendre la poche et en sortir un veau. Un petit mâle marron de race limousine, entièrement formé, d’un bon mètre et d’une vingtaine de kilos, des mini sabots d’un jaune fluo couverts de placenta, qui tirait vers lui une minuscule langue rose. Là, c’est son cœur qui a saigné.

Il a délicatement posé l’animal sur le plan de travail et couru à toute allure chercher son chef pour lui dire qu’il y avait erreur, qu’il fallait tout arrêter, tout de suite, appeler les vétérinaires, vite ! Son chef, il a trouvé ça drôle comme scène.  Et il a bien ri,  ses mains sur les hanches :

"Ça, c’est pas un problème Mauricio, ça arrive tout le temps. Tu fais le tri comme d’habitude et, le fœtus, tu le jettes dans ce bac, là." 

Et il a poussé le veau inanimé dans la poubelle. Les heures suivantes, trois ou quatre fœtus sont encore passés. Ce qui n’était pas un problème pour son chef, en est devenu un immense pour Mauricio.

Un nouveau remplacement deux mois plus tard à la boyauterie a achevé de le dévaster. Ce jour-là, après avoir coupé un premier cordon ombilical et regardé rouler le fœtus jusque dans le bac à déchets, Mauricio, pris d’une impulsion, a sorti son portable pour faire des photos. Il prend alors conscience qu’on jette à la poubelle une quinzaine de veaux plus ou moins mort-nés tous les soirs. Et qu’entre ces murs, il n’y a ni éthique ni respect. Sa vision des choses, le sens de son travail : tout est alors remis en question. Une digue lâche.

Image extraite d'une vidéo de l'association L214 dénonçant la mauvaise manipulation des animaux dans deux abattoirs du Sud de la France. (Crédit : AFP PHOTO / L214)

Ne pas casser l’ambiance

En vérité, le  doute était là depuis longtemps, à voir tant de détresse et d’affolement dans le regard des bêtes qui vont mourir. Ces choses-là sont tues pour ne pas casser l’ambiance à l’heure des repas mais un animal sent que sa fin est proche et s’accroche à la vie.

Il y a des vaches qui avancent tête baissée et d’autres qui se cabrent. Celles qui se laissent tomber de tout leur poids et refusent d’aller plus loin dans l’étroit "couloir de la mort" malgré les coups de bâton et les décharges électriques. Les scènes de panique sont quotidiennes. Des vaches veulent fuir et se hissent par-dessus la rambarde ; à l’usine de Limoges on a vu une génisse de 700 kilos folle de peur galoper tout au long de la chaîne.

Il y a toutes celles qui se réveillent une fois suspendues par une patte, les yeux révulsés. Ces images se télescopent avec ce que la science et l’éthologie ont révélé sur l’esprit animal, son affectivité, sa sociabilité, et sur le système nerveux pareillement sensible à  la douleur des animaux humains  et des animaux non humains  – la distinction est de Darwin.

Un contresens biologique

Les séquences se superposent aussi avec ce que savent les chercheurs en alimentation. Avaler toute cette viande est un contresens biologique qui engendre les maladies les plus graves. Cette industrie aggrave par ailleurs, en important de quoi nourrir les bêtes d’élevage, le malheur des pays pauvres. Alors à quoi bon tout ça ?

Depuis son poste de travail, Mauricio concentré sur sa tâche s’est longtemps efforcé de ne pas penser. Ne pas voir dans sa  globalité ce qui se passait autour de lui. Il écrit :

"Le jour où tu comprends que tu n’es qu’un tout petit ouvrier de merde, un rien du tout qui patauge dans le sang et la merde animale, les larmes te viennent."

Tant de sentiments paradoxaux étaient refoulés par la nécessité qui fait loi. Séparé, deux enfants, une pension alimentaire. Par le souvenir de dix années d’intérims divers et de galères sans lendemains, de mois à vivre dans sa voiture. Par le découvert chronique et l’absence d'autre perspective de  travail. Certes. Mais tout de même.  Des vaches pleines. "Comment peut-on les tuer, nom de Dieu ?" La question l’a hanté.

L’affaire est rentable

Aucune loi ne l’interdit. Après l’émotion suscitée par les révélations de Mauricio et de L214, un amendement déposé pour mettre fin à cette pratique a été rejeté en décembre 2016. Lorsqu’ils achètent une vache pleine, les grossistes savent ce qu’ils font. Mais ils savent aussi qu’ainsi empesée la vache sera plus docile et facile à conduire à l’abattoir et surtout plus grasse.

Avec une vingtaine de kilos supplémentaires, l’affaire est bien rentable. Rentabilité. Le mot explique à lui seul toutes ces souffrances. Celles des hommes, celles des bêtes. N’aurait-on pas là, l’illustration de ce qu’un capitalisme obèse et jamais repu peut produire de plus inhumain ?

"Au fil des années, les indignations se sont accumulées. Je suis en colère contre l’abattage des vaches gestantes, sur lequel nous fermons tous les yeux. A l’abattoir les irrégularités sont partout."

Les irrégularités, ce sont les vétérinaires qui restent dans leur bureau et circulent le moins possible dans l’usine, les inspecteurs de la santé publique vétérinaire qui s’annoncent poliment une semaine avant tout contrôle. Les irrégularités, ce sont les égouts de la triperie régulièrement bouchés qui donnent "l’impression de travailler dans des piscines de merde" et  le matériel obsolète. Les irrégularités, ce sont les accidents du travail, nombreux et la cadence augmentée. A enchaîner trop vite les gestes avec de grands couteaux, on peut se blesser très grièvement. Qui se soucie des intérimaires sous-payés repartis estropiés ? Quant aux blessures psychiques, elles ne sont pas même inventoriées. Les plus sensibles picolent et fument des joints pour supporter tout ça.

"Les cadences sont au maximum, 170 ou 180 bêtes par heure ; on est à fond la caisse, tout le monde se gueule dessus, on fait plus d’erreurs et de mauvais gestes. On sait que si on veut avoir une chance de sortir du boulot pas trop tard, on ne doit pas arrêter la chaîne. S’il se présente moins de bêtes, la journée est un peu plus calme, et nous pouvons enfin travailler dans de bonnes conditions."

Il a tapé "L 214"

Et puis un soir en février 2016, chez lui, tandis qu’une télé débitait ses infos en continu, Mauricio Pereira a relevé la tête. On annonçait qu’un groupe militant  étrangement baptisée L 214  (2)  allait diffuser des images difficilement supportables, prises dans un abattoir. Il a regardé. Il a trouvé tout ça bien en deçà de sa réalité. Alors sur internet, il a tapé "L 214" et trouvé un numéro de téléphone. C’est Brigitte Gothière, cofondatrice de cette association créée en 2008, qui a décroché. Il lui a dit :

"– Je travaille à l’abattoir municipal de Limoges, le plus grand de France où l’on tue chaque jour sans exception des vaches gestantes. Parfois on attend exprès une vingtaine de minutes avant d’ouvrir la vache pour que le veau prêt à naître se noie dans le liquide amniotique. La mère est déjà morte depuis un bon moment mais on voit encore son ventre qui remue. Si on ouvrait la poche et qu’on secouait le veau, il pourrait vivre.

– On fait ça en France ?

– Tous les jours. Tout le monde est au courant et tout le monde ferme sa gueule. "

Tout est allé très vite ensuite. Mauricio Pereira a accepté de faire une série de films avec une caméra cachée, lesquels ont eu le retentissement qu’on sait. Mais par ce livre rigoureux, on en découvre davantage encore sur le revers glaçant du productivisme industriel et de l'animal ravalé au rang de matière première au même titre que le cacao ou le café, et pas plus. 

La liste est longue au fil de cette confession singulière, de ce qui déraille dans un milieu qui favorise l’expression d’une mauvaise virilité. " 'T’es un homme ou un pédé ?". Cette phrase est un refrain classique et l’écho d’un management  plein de violences.

"On ne se rend plus compte de rien" "Comme un ouvrier ne peut pas mettre un coup de bâton à son chef, c’est à l’animal qu’il le met. On assiste à des scènes épouvantables, auxquelles on s’habitue finalement très vite. La bête est arrivée à l’abattoir ; de toute façon elle s’apprête à mourir. Certains ouvriers ne comprennent donc pas vraiment pourquoi ils ne pourraient pas taper.Qu’est-ce que ça change au fond ? Parfois c’est même un jeu. Il faut dire qu’il y a tellement de tensions à évacuer, tellement de frustrations… A force d’entendre les chefs nous parler comme à des animaux, on devient complètement cinglé. On fait des selfies avec des carcasses pour se marrer un peu. On ne se rend plus compte de rien."

Bien sûr, après tout ce barouf, il a quitté son usine à l’issue d’une procédure de licenciement à l’amiable et son directeur a reconnu qu’il n’avait "pas tout à fait tort". Depuis, il ne mange plus du tout de veau, d’agneau, de cochon de lait. Il y a quelque temps, il se sentait souvent abattu malgré les petits mots manuscrits d’enfants et les messages de soutien venus de toute la France. Les cauchemars étaient toujours là et ses nuits difficiles. Il est allé voir une psychologue, ancien médecin du travail, qui a posé un diagnostic : état de choc post-traumatique. Tout comme l’ouvrier, dirait-on,  avec qui il entretient une correspondance par email. C’est un homme d’une trentaine d’années, dix ans d’usine au compteur dans une autre ville de France, affecté à l’assommage pendant six ans, à la triperie pendant trois, et le reste en arrêt maladie. Il lui a écrit ceci :

"Je voudrais bien raccrocher, je n’en peux plus. Mais j’ai des crédits, une famille à nourrir, je suis coincé. C’est un métier inhumain et traumatisant, je n’arrive même plus à me regarder dans une glace. Moi, je suis pour le travail bien fait, quand je vois toutes les bêtes se faire saigner alors qu’elles sont à demi conscientes, ces cochons qui se relèvent, ça me rend fou."

L’an dernier à l’occasion de la parution du livre d’Olivia Mokiejewski, "le Peuple des abattoirs" (3)  nous avions déjà publié un article sur ce même sujet. Un ouvrier contrarié par la tonalité de l’article nous avait écrit pour dire que cette vision sombre du métier n’est pas partagée par tous, tant s’en faut et que, lui, aime son travail et qu’il le fait avec fierté. Dont acte. Mais pour les hommes traversés par les tourments insondables de la souffrance éthique, Mauricio Garcia Pereira est un porte-parole digne et droit.

(1)   Plon, 173 p., 15,90 euros

(2)   L’article L 214 du Code rural stipule que " tout animal, étant un être sensible, doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce. "  

(3)   Grasset

 

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