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Harcèlement sexuel et prison

Par Le 31/08/2017

4 mois de prison pour une main aux fesses, on fait moins les malins hein ?

 

Par Mymy |  | 55 Commentaires

Un homme ayant claqué les fesses d'une inconnue sans son consentement a été condamné à 4 mois de prison ferme. Ce verdict fort indique que peu à peu, la lutte contre le sexisme avance.

4 mois de prison pour une main aux fesses, on fait moins les malins hein ?

Même si l’égalité hommes-femmes est inscrite dans la loi, elle n’est pas toujours respectée dans la vie en société.

Le droit des femmes à disposer de leur corps n’est pas toujours une réalité.

Harcèlement de rue, harcèlement sexuel, agressions sexuelles, attouchements… en France, en 2017, ce sont des actes courants, quasi-quotidiens, trop souvent impunis.

Mais un verdict rendu à Strasbourg donne de l’espoir : dans le futur, espérons-le, ces gestes seront inacceptables et sévèrement punis.

Un agresseur condamné à 4 mois de prison pour une main aux fesses

C’est 20 minutes qui relaie l’affaire.

Ce jeudi 24 août 2017, une jeune femme de 19 ans a été agressée par un homme d’environ 50 ans, ivre. Il lui a marmonné quelque chose avant de lui frapper la fesse droite.

La police, prévenue par un passant, l’a interpellé. Déjà titulaire d’un lourd casier judiciaire, l’homme a été condamné à 4 mois de prison ferme et 500€ de dommages et intérêts.

À lire aussi : Agression sexuelle et dépôt de plainte : les conseils d’un policier

L’agresseur, encore une fois, n’était pas un fou

La victime de cette agression s’exprime dans les Dernières Nouvelles d’Alsace.

« Son geste était voulu. […] Pour lui, c’est un geste normal. »

À lire aussi : J’ai pris un coup par un harceleur de rue (et il l’a payé cher) — Témoignage

Quant à l’agresseur, il a déclaré :

« C’est vrai j’ai fait une erreur. C’est la honte. […] C’est comme ça, pour rigoler. »

Son avocat indique qu’« il n’a pas vraiment de déviance sexuelle ».

Et ça ne me surprend pas, en réalité. Car si tous les mecs qui se permettent de s’approprier le corps des femmes souffraient de déviances sexuelles, imaginez le nombre de personnes à traiter !

Non, tous ces hommes qui sifflent, commentent, insultent, malmènent, tripotent, agressent, violent les femmes ne sont pas des malades. Ils sont le produit d’une société sexiste.

Leur attitude est « normale » à leurs yeux. « C’est pour rigoler ».

Un verdict lourd de sens

Ce verdict me ravit — et je dois dire que je n’ai pas été surprise d’apprendre que c’est une femme, la procureur Valérie Iltis, qui a requis de la prison ferme, indiquant « partager le ressenti de la victime ».

Si ça peut faire réfléchir certains malotrus aux mains baladeuses, alors oui, collons en taule les frotteurs, les pinceurs, fesseurs et autres agresseurs.

À lire aussi : France, 2017 : des femmes refusent les avances d’un homme, il leur tire dessus

Mais ne faisons pas que ça. Éduquons-les, éduquons-nous, les enfants comme les adultes.

Parlons de l’égalité, du sexisme « ordinaire », de la culture du viol, du droit à disposer librement de son corps qui devrait être inaliénable pour chacun•e.

Un pas en avant contre le sexisme, sur un long chemin

Bon, bien sûr, j’ai déconné : j’ai été voir les commentaires faisant suite à l’article de 20 minutes. Connaissez-vous la loi de Lewis ? Selon elle :

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Helen Lewis ✔@helenlewis

As I've just told @alicetiara, the comments on any article about feminism justify feminism. That is Lewis's Law.

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« Les commentaires sous chaque article parlant du féminisme suffisent à justifier l’existence du féminisme. »

Et celui-ci ne fait pas exception à la règle.

Voyons voir…

Spoiler, Roubignolles : tu n’en as jamais eu le droit ! Pas sans le consentementde la personne rattaché aux dites fesses. C’est fou hein.

Alors là champion.

Mais attendez si on réfléchit bien à mon avis c’était un tour de magie !!!! Voyez : il lui a touché le cul et hop, la femme a gagné 500€ !

C’est encore mieux que Now You See Me…

Bon, trêve de plaisanteries : en vérité, je suis assez agréablement surprise car il y a beaucoup, BEAUCOUP de commentaires disant que c’est bien de sanctionner cet acte, qu’il ne faut pas agresser si on ne veut pas être puni•e, etc.

La preuve qu’à force d’en parler, les choses avancent, et dans le bon sens !

Le clitoris

Par Le 31/08/2017

C'est effrayant en fait... En 2017... Et personnellement, je vois cela comme un déni de "la femme".

 

 

"Prof de SVT depuis dix-huit ans, j’ai découvert cette année ce qu’était vraiment le clitoris"

 

"Il faut faire la promotion du clitoris."

"Prof de SVT depuis dix-huit ans, j’ai découvert cette année ce qu’était vraiment le clitoris"
Premier schéma représentant le clitoris dans un manuel scolaire. Il s'agit d'une initiative des éditions Magnard. (Magnard)

A 44 ans, quand Jérôme apprend ce qu’est vraiment le clitoris, il constate le même manque d’information auprès de ses élèves. Ce professeur de SVT se réjouit de la parution cette année du premier schéma détaillé du clitoris dans un manuel scolaire.

Floriane Valdayron Floriane Valdayron 
  •  

Depuis douze ans, Jérôme est professeur de Sciences et Vie de la Terre (SVT) dans un lycée mulhousien. Avant cela, il avait enseigné dans divers collèges pendant six ans. Pourtant, ce n’est que cette année, à 44 ans, qu’il a appris ce qu’était réellement le clitoris.

L’enseignant est loin d’être un cas isolé : d’après un rapport du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes paru en juin 2016, une adolescente de 15 ans sur quatre n’a pas conscience d’avoir un clitoris. 84% des filles de moins de 13 ans ne savent pas comment représenter leur sexe alors qu’elles sont capables, à 53%, de dessiner le sexe masculin.

Pour la rentrée 2017, les éditions Magnard publient le premier manuel scolaire représentant en détails le schéma du clitoris. Jérôme s’en réjouit. Pour lui, informer les jeunes sur leur corps est une nécessité :

"Je suis professeur de SVT depuis dix-huit ans dans l’enseignement secondaire. A côté de ça, je suis papa ; j’ai deux jumelles de 4 ans et demi. Ça me paraît évident et essentiel qu’on les informe sur le clitoris quand elles seront au collège.

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Comme les garçons, c’est important que les filles se connaissent, qu’elles sachent et comprennent comment elles sont faites. C’est par l’information que l’on peut découvrir son corps et le plaisir.

L’éducation que l’on fait en SVT est principalement fondée sur l’anatomie, la biologie et les hormones. On aborde les choses de manière très mécanique ; on ne parle pas beaucoup de ce qui touche au plaisir. Même si des sages-femmes et des infirmières interviennent pour aborder l’éducation sexuelle autrement qu’à travers les aspects anatomique et mécanique, cela reste insuffisant.

Quand j’étais étudiant, le clitoris était déjà réduit à un petit bouton

Dans le courant de l’année, j’ai vu passer un tweet avec l’image d’un clitoris imprimé en 3D. Il s’agissait de l’œuvre de la chercheuse Odile Fillod, qui avait créé en 2016 un modèle de cet organe à taille réelle. J’ai cliqué sur le lien qui accompagnait la photo. En plus de trouver l’article très intéressant, j’ai réalisé que je n’étais pas au courant de l’immensité du clitoris. J’ai pourtant une maîtrise en SVT.

Au cours de ma formation, j’ai étudié l’embryologie, la manière dont se forment les organes reproducteurs, et l’influence du cerveau sur la reproduction. Le plaisir était absent des programmes.

C’était déjà tabou quand j’étais élève dans le secondaire. Au collège, on avait étudié l’anatomie, mais on ne savait rien. Comme aujourd’hui, les manuels scolaires réduisaient le clitoris à un petit bouton, c’était tout. Il était nommé mais il ne s’agissait que d’un point minuscule, quasiment invisible. Au lycée, on étudiait seulement les hormones. On n’est jamais revenu sur le clitoris.

Plus largement, en société, on ne parlait jamais de ça. Seules des idées préconçues très simples circulaient, avec notamment les clichés sur les femmes vaginales et clitoridiennes.

Les années 1990 ont changé la donne, quand des Rwandaises ont immigré en France à cause de la guerre qui sévissait dans leur pays. Certaines étaient excisées ; ce sujet a donc fait surface. On disait que cette mutilation était atroce, qu’on enlevait aux femmes l’organe du plaisir. Moi je ne savais pas exactement en quoi cela consistait.

Mes lycéens connaissent très bien l’anatomie masculine mais pas féminine

Cette année, quand j’ai lu l’article sur le clitoris, je travaillais sur le thème féminin/masculin avec des élèves de première ES. J’ai décidé que j’allais leur en parler au prochain cours.

En général, ils connaissent tous très bien l’anatomie masculine, car elle est visible de l’extérieur. Mais je me suis dit qu’ils ne devaient pas savoir grand-chose de l’anatomie féminine puisque les manuels ne montrent que des coupes internes avec les organes vus de l’intérieur. Alors j’ai demandé à mes élèves ce qu’ils connaissaient du clitoris.

Ils m’ont dit qu’il mesurait un ou deux centimètres au maximum, que le clitoris était l’organe du plaisir féminin et qu’il était visible de l’extérieur. Ils ne savaient pas que le clitoris avait plus de terminaisons nerveuses que le pénis par exemple. Ni qu’il était constitué d’un gland et d’un prépuce, certes visibles de l’extérieur, mais que le gland se prolongeait à l’intérieur du corps.

L’anatomie est étudiée au collège ; techniquement, les lycéens devraient savoir tout ça. Mais ce n’est pas de leur faute si les manuels ne transmettent pas ces informations.

J'étais stupéfait en voyant le schéma du clitoris

Quand je leur ai montré le schéma du clitoris, j’ai senti que mes élèves étaient gênés. Les garçons étaient un peu rigolards. Les filles ne disaient pas grand-chose. Elles observaient, elles écoutaient. Dans son ensemble, la classe était très attentive.

Bien qu’ils ne l’aient pas exprimé verbalement, j’ai surtout remarqué la surprise des adolescents ; ça se voyait sur leur visage et quand ils chuchotaient entre eux. Je pense qu’ils étaient aussi stupéfaits que moi quand j’ai découvert ce qu’était réellement le clitoris.

Ça ne sert à rien de se vanter d’avoir un pénis.

Pendant nos cours de SVT, nous avions précédemment parlé de la notion de plaisir chez les hommes et les femmes, en faisant le rapprochement avec les animaux puisque nous avons le même mécanisme qu’eux. Nous avions insisté sur une différence de taille : le cortex cérébral, qui est très développé chez les humains.

Le jour où j’ai montré à la classe ce qu’était le clitoris, le sujet est revenu : des filles disaient qu’elles avaient l’impression que certains garçons se comportaient comme des bêtes qui voulaient leur sauter dessus. On a entamé un dialogue autour de la nécessité du dialogue et des caresses.

On est parti du clitoris pour parler du comportement entre les êtres humains ; c’était très constructif. J’ai dit aux garçons qu’ils devaient relativiser l’importance qu’ils apportaient à la taille de leur sexe et que ça ne servait à rien de se vanter d’avoir un pénis qui dépasse, puisque les filles ont la même chose. On en a parlé librement, de manière légère.

Parler du clitoris pourrait faire évoluer les mentalités

Dans notre société, il y a une différence de traitement entre les garçons et les filles, c’est indéniable. Les jeunes hommes se targuent de leurs attributs, alors que le clitoris a été occulté pendant longtemps. Les adolescentes aussi devraient pouvoir être fières de leur anatomie. Je pense que parler du clitoris et éduquer les jeunes à cet organe pourrait vraiment faire évoluer les mentalités ; et avec un peu de chance, les comportements.

Après avoir fait le cours sur le sujet, j’ai raconté à mes collègues la réaction des élèves. Je leur ai dit que ce serait génial que l’on se procure une imprimante 3D pour imprimer le modèle d’Odile Fillod. On ne peut décemment pas se contenter de la maquette de l’école – qui est récente, elle a deux ans – où le clitoris n’est pas représenté dans sa totalité.

Je trouve cela très bien que les éditions Magnard publient un manuel avec un véritable schéma. Cependant, les livres ne sont qu’un des supports à notre disposition. Nous devons aussi exploiter les ressources internet. Dans l’établissement dans lequel j’enseigne, nous avons ainsi prévu de mettre à jour ce que nous allons transmettre aux élèves à la rentrée. Il faut que les savoirs soient actualisés.

Un pas tardif vers l’égalité femmes-hommes

L’initiative de Magnard est très positive, mais c’est le seul éditeur de manuels à l’avoir prise. C’est trop peu. Il faut faire la promotion du clitoris. Quand j’ai découvert l’étendue du sujet, j’en ai parlé à des amis. Je vois bien que c’est quelque chose qui intrigue car je retrouve souvent la même surprise chez les gens. Je ne suis pas le seul qui ne connaissait pas cet organe dans sa globalité.

Je ne sais pas à quoi est dû le retard de la France ; peut-être à des tabous, à une méconnaissance. J’ai l’impression qu’une sorte d’inertie s’est transmise. C’est hallucinant que la première reproduction d’un clitoris dans un manuel scolaire n’arrive qu’en 2017, mais je préfère voir ça comme un pas tardif vers l’égalité femmes-hommes.

Je suis plein d’espoir. Je pense que les gens vont très rapidement mettre leurs connaissances à jour. Les consciences vont s’éveiller à travers l’éduction au collège et au lycée. Bientôt, le clitoris invisible, ce sera fini !

 Propos recueillis par Floriane Valdayron


 

"On commence à peine à en parler" : la lente évolution de la représentation du clitoris

L'organe est, pour la première fois, représenté en détail dans un manuel scolaire pour la rentrée 2017.

 

 

La chercheuse française Odile Fillod a permis, en 2016, l\'impression en 3D d\'un clitoris.
La chercheuse française Odile Fillod a permis, en 2016, l'impression en 3D d'un clitoris. (FRANCEINFO)

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Camille AdaoustFrance Télévisions

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Le clitoris débarque dans les manuels scolaires. A la rentrée, les élèves de collège et lycée, en cours de Sciences de la vie et de la Terre (SVT), vont pouvoir découvrir la forme, la vraie, d’un clitoris. Enfin, seulement ceux qui consulteront le manuel des éditions Magnard. Car la lente évolution de la représentation de l’organe du plaisir féminin n’a pas encore atteint tous les livres scolaires.

L’organe est en effet passé par plusieurs phases, d’une période de progrès scientifiques à une véritable omerta. Franceinfo a demandé au sexologue Jean-Claude Piquard, auteur de La Fabuleuse Histoire du clitoris (éditions H&O), de retracer l’histoire de l’organe du plaisir féminin.

Au XVIe siècle, la découverte

En 1558, c’est la grande découverte. L’anatomiste italien Colombo parle, pour la première fois, du clitoris. Il décrit essentiellement sa fonction érogène. "Il faut attendre 1600 pour la première représentation graphique. C’était déjà très proche de la réalité. On voyait le gland, le corps et les deux piliers, raconte Jean-Claude Piquard. L’époque a assisté à de grands progrès sur l’organe féminin."

 

En 1600, une première illsutration du clitoris est publiée.
En 1600, une première illsutration du clitoris est publiée. (JEAN-CLAUDE PIQUARD)

 

1850, la grande étape

En 1850, les études de l’anatomiste allemand Georg Ludwig Kobelt sont publiées en français. Il y fait de grandes découvertes sur le clitoris : les bulbes vestibulaires, par exemple, que l'on voit sur l'illustration ci-dessous. "Il a également compris, en suivant les nerfs, que le clitoris regroupait une très grande terminaison nerveuse", ajoute Claude Piquard .

 

En 1850, l’anatomiste allemand Georg Ludwig Kobelt illustre les bulbes vestibulaires du clitoris.
En 1850, l’anatomiste allemand Georg Ludwig Kobelt illustre les bulbes vestibulaires du clitoris. (JEAN-CLAUDE PIQUARD)

 

Dans les écrits médicaux publiés au XIXe siècle, le sexologue salue une grande connaissance de l’organe. "Il était connu et reconnu en tant qu’organe du plaisir féminin." A l’époque, "les spasmes sexuels" féminins sont considérés comme nécessaires pour l’augmentation de la fertilité. "De 1750 à 1880, la masturbation était conseillée en couple", relate Jean-Claude Piquard.

1880, la dégringolade

"Seulement vers 1880, la médecine découvre que la procréation est liée à la rencontre entre le spermatozoïde et l’ovule, et que l’ovule dépend du cycle menstruel, plus du tout du plaisir féminin", poursuit Jean-Claude Piquard. De nécessaire, le clitoris devient rapidement dangereux. "La masturbation en couple, à l’époque, était vue comme un moyen de contraception. Et pour la pensée nataliste, elle était un vrai problème", précise-t-il. Cette image, qui veut démontrer les méfaits de la masturbation, illustre son propos :

 

Un livre publié au XIXe siècle veut prouver les méfaits de la masturbation.
Un livre publié au XIXe siècle veut prouver les méfaits de la masturbation. (JEAN-CLAUDE PIQUARD)
Un livre publié au XIXe siècle veut prouver les méfaits de la masturbation.
Un livre publié au XIXe siècle veut prouver les méfaits de la masturbation. (JEAN-CLAUDE PIQUARD)

 

Freud, que Jean-Claude Piquard surnomme "le grand exciseur", vient alors empirer la situation. Il répand l’idée qu’une fois pubère, une jeune fille ne doit"investir que son vagin, et non plus son clitoris, pour devenir une femme", rapporte Jean-Claude Piquard.

L’omerta des années 1960

Le silence sur le clitoris atteint son apogée dans les années 1960 d’après le spécialiste. "Le clitoris a peu à peu reculé." Dans les traités anatomiques, les Gray's Anatomy, qui sont mis à jour tous les dix ans environ, seules quatre lignes sont consacrées au clitoris pendant la période. Sur les illustrations, il disparaît peu à peu, comme le montre l'image ci-dessous. "Quand on pense qu’avant ça, quatre pages détaillaient l’organe, expliquaient sa neurologie, etc", regrette le sexologue, qui parle d’une "mise à nuit". Il a pu consulter les dictionnaires de l’époque, dans lesquels le mot "clitoris" n’est même plus défini. "La science a reculé devant une idéologie nataliste", déplore-t-il.

 

Dans l\'édition de 1948 des traités anatomiques, le clitoris a disparu.
Dans l'édition de 1948 des traités anatomiques, le clitoris a disparu. (JEAN-CLAUDE PIQUARD)

 

Le sexologue tient à rappeler un épisode qu'il juge significatif : "Le clitoris et la vulve ont fait une petite apparition dans les manuels de sciences naturelles dans les années 1980, mais ils ont été rapidement supprimés après une attaque en justice de groupes religieux."

La lente prise de conscience, jusqu'à 2017

C’est l'urologue australienne Helen O'Connell qui vient briser l’omerta, en 1998. Elle décide de publier un dessin détaillé du clitoris, que l'on peut observer ici. "Mais la médecine sexologique a pris beaucoup de retard", note Jean-Claude Piquard.

 

L\'urologue australienne Helen O\'Connell publie en 1998 un dessin détaillé du clitoris.
L'urologue australienne Helen O'Connell publie en 1998 un dessin détaillé du clitoris. (JEAN-CLAUDE PIQUARD)

 

Dans les classes, le clitoris est rarement abordé. Dans le cadre de son mémoire, Annie Sautivet a réalisé une étude (publiée sur le site de Jean-Claude Piquard) en 2009 dans un collège de Montpellier (Hérault). Elle y explique que seules 16% des jeunes filles de 4e interrogées et 35% des élèves de 3e connaissent les fonctions du clitoris. Les professeurs racontent, en effet, que l'organe n'est que rarement évoqué pendant les études de médecine. "Au cours de ma formation, j’ai étudié l’embryologie, la manière dont se forment les organes reproducteurs, et l’influence du cerveau sur la reproduction. Le plaisir était absent des programmes", confirme un professeur de SVT de Mulhouse (Haut-Rhin) à L'Obs.

 

FRANCEINFO

 

"Dans les manuels, il faut attendre 2017 pour que le clitoris revienne. Et un seul a franchi le pas", note Jean-Claude Piquard. Pour cette rentrée en effet, seule l’édition Magnard a illustré l’organe dans sa totalité, comme le montre ce montage publié sur Facebook.

"On commence à peine à en parler, il y a des initiatives", se réjouit Jean-Claude Piquard, qui évoque l’impression en 3D d’un clitoris par la chercheuse Odile Fillod, en 2016. Pour le sexologue, le clitoris a pourtant encore beaucoup de chemin à faire. Et pour accélérer les choses, Jean-Claude Piquard n’hésite pas à dessiner l’organe grandeur maximale dans des champs : 120 mètres, comme le décrit France Bleu, pour dénoncer le silence autour de cet organe.

Tao Te King

Par Le 30/08/2017

L’image contient peut-être : ciel, montagne, nuage, plein air, nature et eau

 

C'est ça peut-être ça, cette impression délicieuse du "vide" originel, de la présence la plus essentielle, lorsque je monte là-haut. Je me souviens de mes premiers séjours en montagne, je courais pour gravir les sommets comme si ma vie en dépendait mais c'est l'élaboration de l'image qui me convenait, que je cherchais en réalité, une forme de reconnaissance sociale et d'estime de moi-même...Je n'aimais pas réellement les montagnes mais bien davantage ce qu'elles me permettaient de devenir. 
Il faut vieillir pour apprendre à se regarder sans œillères. Il m'a fallu très longtemps pour comprendre le vide intérieur. 
C'est le non-être qui m'émeut désormais. Et je vais en montagne pour le retrouver.

 

" Nous joignons des rayons pour en faire une roue,
mais c 'est le vide du moyeu
qui permet au chariot d 'avancer.
Nous modelons de l 'argile pour en faire un vase ,
mais c 'est le vide du dedans
qui retient ce que nous y versons.
Nous clouons du bois pour en faire une maison
mais c 'est l 'espace intérieur
qui la rend habitable.
Nous travaillons avec l 'être,
mais c 'est du non-être dont nous avons l 'usage."
LAO TSEU
TAO TE KING

L’image contient peut-être : montagne, ciel, plein air, nature et eau

En amour.

Par Le 30/08/2017

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On ne fait pas l'amour, c'est l'Amour qui nous fait. On ne fait pas l'amour, on est dans l'Amour. Et quand "on naît" dans l'Amour, il apparaît un état particulier, un état de conscience modifiée. Non pas comme lors d'un voyage vers "l'au-delà" mais un voyage vers "l'en-dedans". 
"Cet amour que je ressens me remplit d'allégresse mais qui reçoit cet amour ? Qui est là pour aimer et être aimé ?"
L'état de conscience amoureux est un état spirituel qui ramène incessamment de l'autre vers soi, non pas dans une dimension rationnelle, sinon, ça ne serait pas de l'amour, mais dans une dimension holistique. 
Il ne s'agit pas, a priori, de l'intégralité de l'individu, car qui pourrait affirmer se connaître intégralement, mais en tout cas de l'intégralité de que l'individu sait de lui à travers l'exploration amoureuse. 
L'aventure amoureuse est un état de conscience modifiée puisqu'il s'agit de deux consciences associées vers le même horizon, un état de conscience supérieure. Mais cet état de consciences associées ouvrant des espaces inconnus ne peut prendre forme qu'à partir du moment où chaque individu peut répondre aux questions essentielles : "Qui est là pour aimer et être aimé ?" Qui suis-je quand j'aime ?"
Car qui pourrait aimer sans se connaître ?

Etre "en amour" comme on serait "en voyage", explorer le soi pour parvenir au nous.  

KUNDALINI (25)

Par Le 28/08/2017

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"L’Indien était debout, face à elle. Elle se voyait dans ses regards. Des lumières qui tremblaient et diffusaient des parfums de clarté éphémères. Elle sentait dans son corps des frissons tièdes, des caresses intérieures, des aurores de désirs. Une bulle d’amour qui les enveloppait, un cristal lumineux, comme au cœur d’une étoile cotonneuse.

Les cheveux noirs de l’Indien tombaient sur ses épaules. Des muscles saillants aussi tendus que sa verge. Son ventre portait des reliefs figés de vagues, des sangles noueuses comme des cordes étirées. Ses jambes le soutenaient avec l’assise des montagnes. Des coulées d’huile scintillantes amplifiaient les reliefs.

C’est elle qui initia l’invitation, les bras ouverts, les mains tendues, les seins érigés, le dos cambré. L’Indien avança lentement. Il buvait son corps. L’éclat jaune de ses yeux fouillait en elle. Elle sentait déjà son sexe, une lumière qui irradiait dans son ventre et se répandait comme une vague, une reptation de serpent autour de sa colonne, la pression de ses mains sur sa poitrine et sur ses fesses, des caresses appliquées qui l’enflammaient.

Elle vit sur le sol des pierres rondes couvertes de dessins.

…

 

Elle ouvrit les yeux comme on repousse des volets. Des nuées laiteuses de lune pâle embaumaient la chambre.

Elle sentit sur ses doigts l’humidité chaude de son sexe. Les mains en coquille sur sa vulve, le bout des doigts légèrement glissés entre les plis luisants des lèvres. Les tétons irradiés.

Une sidération délicieuse, l’envie de rester immobile et de ne rien perdre de cette extase.

Comment était-ce possible ? Jamais, elle n’avait connu de rêves érotiques de cette ampleur, avec de tels ressentis, avec un impact aussi puissant, jamais elle ne s’était réveillée dans un tel état.

L’Indien.

Un manque douloureux, comme une déchirure, comme si l’étreinte perdue s’était changée en torture. Ce désir d’être comblée, d’être emplie, de s’abandonner. Et soudainement, ce vide insupportable.

Cette impression étrange qu’elle était l’initiatrice. Que l’Indien apprenait, qu’il était à son écoute.

Pourquoi est-ce que tout s’arrêtait ainsi ? Pourquoi ne pouvait-elle voyager plus loin ? Il l’avait déjà pénétrée et elle rêvait de le revivre.

Qu’avait-elle vu juste avant de se réveiller ? Elle ne savait plus. Et déjà s’effaçaient des détails, des sensations, comme des ondes circulaires sur une surface liquide, ces risées qui s’évanouissent lorsque le calme revient. Elle imaginait le rêve réintégrer les profondeurs du lac.

Elle ouvrit légèrement les cuisses et libéra ses mains. Avec un soupir de dépit.

 

Elle n’avait jamais rêvé de Laurent. Ni de Romain, ni d’aucun homme. Jamais au point de s’en souvenir. Elle avait pourtant bien eu quelques fantasmes d’étreintes, des scénarios qui lui plaisaient. Elle n’en avait jamais parlé. Ou si peut-être mais sans que rien ne se produise. Elle ne savait plus. Sinon que ses rêves n’étaient pas ceux de Laurent.

Et de réaliser qu’autant de souvenirs avaient déjà disparu, elle sentit monter une vague de honte, comme si elle-même s’étiolait dans le puits sombre de la mémoire, comme si cette femme trompée n’avait plus aucune raison d’être, que d’avoir été brisée, les morceaux épars tombaient en poussière.

Elle se leva. Un verre d’eau fraîche, manger une pomme. Sentir son corps pour réintégrer le réel.

Le réel.

Vivait-elle dans la réalité ou dans une interprétation constante ? Vivait-elle dans une illusion quotidienne ? Et ce rêve exprimait-il une réalité vécue ou des fantasmes inconnus ?

Le chaos des questions reprenait la main.

Elle était venue se reposer, retrouver la paix intérieure. Elle n’imaginait pas s’être trompée. Peut-être que cette paix qu’elle envisageait n’était qu’une illusion supplémentaire, un refuge carcéral enluminé de belles images collées sur les murs.

Peut-être que l’obtention de la paix passait par l’élimination définitive des carapaces, l’acceptation intégrale des ressentis les plus irrationnels, l’accueil bienveillant des intuitions, de l’abandon, de l’acceptation.

Qui était-elle ?

 

Jamais, elle ne s’était posé cette question.

 

 

Elle sortit sur la terrasse et contempla le ciel. Bleu d’océan, aucun nuage, aucune risée, pas le moindre souffle d’air, rien, le silence. La lumière s’étendait sur les horizons immobiles comme un regard aimant.

Elle imagina un nouveau-né contre les seins de sa mère, repu, protégé, aimé, câliné, contemplé. Nous étions tous des nouveau-nés, à chaque lever du jour mais nous avions oublié d’en goûter les délices dans l’effervescence matérielle des existences. Cette conscience qui s’éveillait, elle ne voulait pas la couvrir de dépit. Elle ressentait une urgence à saisir les mots qui jaillissaient en elle, l’impression d’une source libérée. Un barrage rompu.

Sat.

Elle allait le retrouver. L’échéance l’électrisa et elle accueillit les frissons avec un délice prolongé, comme si soudainement tout l’amour du monde coulait en elle, comme si cette paix qui l’environnait la nourrissait d’une euphorie joyeuse et libre.

La réalité. Qu’était-ce donc sinon l’accumulation de nos connaissances. Mais de quelles connaissances s’agissait-il ? Celles qui offrent le bonheur d’être ce que nous pouvons devenir et qui est en nous ou celles qui consistent à abandonner ce qu’elles dévorent de nous-mêmes ? Se remplir d’éléments néfastes au point de se vider de l’essentiel, comme une invasion programmée qui repousserait hors des frontières l’individu impuissant, soumis, abandonné, démuni. Jusqu’à se réfugier dans le soutien dérisoire d’individus tout aussi égarés et se contenter follement des nuisances adorées... Elle vit les humains, arrachés à eux-mêmes, tous ces individus amputés qui cherchaient fébrilement à combler le vide en eux par des attachements extérieurs. Elle appartenait à cette masse et elle en découvrait l’abominable dépendance.

D’où venaient ces réflexions ? Comme un puits vertical qui s’élançait vers le haut, un canal qui l’absorbait et l’emportait dans des cieux inexplorés.

Dans quelle dimension était-elle donc entrée ? Et comment prolonger un cheminement quand on a l’impression de ne pas savoir marcher ?

Sat.

Il avait parlé d’amour. Il avait dit que c’était la clé pour accéder …

Elle ne savait plus. Il avait utilisé des termes insolites.

La dimension céleste ou quelque chose du même ordre. Incompréhensible. Elle n’en avait aucune image."

Fanatisme religieux à l'école.

Par Le 27/08/2017

Fanatisme religieux : le coup de gueule d'un principal de collège

  • Par Marie-Estelle Pech
  • Mis à jour 
  •  
  • Publié 
Le collège Izzo à Marseille.

 

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Parce qu'il n'est plus soumis au devoir de réserve des fonctionnaires, Bernard Ravet s'est décidé à raconter sa vie de principal dans trois collèges difficiles de Marseille. Il décrit la violence, la montée de l'islamisme, la solitude des chefs d'établissements et des enseignants.

Retraité depuis 2015, Bernard Ravet, principal pendant quinze ans dans «trois des collèges marseillais les plus difficiles» livre un témoignage de première main (1) sur la montée progressive du fanatisme religieux musulman dans certains établissements scolaires. Et sur la réponse peu efficace voire fuyante de l'institution: «Il faut en finir avec la loi du silence qui pèse sur l'impact du religieux dans certains établissements», écrit cet ex-principal. Le fanatisme «frappe à la porte de dizaines d'établissements, (...)imposant ses signes et ses normes dans l'espace scolaire, dans les cours de récréation, les cantines, les piscines. Longtemps, je me suis tu. Par respect du devoir de réserve. Par crainte de stigmatiser les établissements que je dirigeais et d'en aggraver la réputation peu flatteuse (...). Par souci de protéger les élèves et les familles alors majoritaires qui résistaient aux coups de boutoir du fanatisme. Par peur d'être accusé d'islamophobie ou de racisme rampant». Essentiellement confronté à des problèmes de violence dans son collège des quartiers nord de Marseille, il doit vite faire face à un autre adversaire au début des années 2000: Dieu.

Lieu d'observation idéale, la cantine

Cela commence avec ces enseignantes et ces élèves qui, à la sortie du collège, se font bombarder de canettes de coca aux cris de «putes! salopes!». Leur point commun? Elles avaient mis une jupe. Ce sont ces jeunes dealers, des barbus en sweat et tee-shirt qui viennent lui expliquer que le fait de vendre de la drogue ne pose pas de problème en dépit de leur croyance religieuse car «les consommateurs ne sont pas musulmans. Si la drogue tue, elle ne tue que des mécréants. Ce n'est pas contraire à notre religion».

Emplacement d'observation idéal, la cantine se situe «à l'exact point d'intersection entre ma fonction de directeur d'ONG pédagogique et cette fonction que je devine alors sans me la formuler, imam de la République». Pour beaucoup d'enfants, le repas de midi est le seul de la journée. Il était hors de question de proposer de la viande halal mais «nous composions nos menus en fonction de cette contrainte. (...) Lorsque nous servions de la viande, nous prévoyions donc des œufs, du poisson, un deuxième légume ou des féculents... De quoi composer une assiette nourrissante qui n'allait pas finir à la poubelle». Marginal en 2000, lorsqu'il prend son premier poste dans les quartiers nord, «le refus de manger de la viande qui n'était pas halal était devenu la norme en 2013, lorsque j'ai quitté le collège Izzo». De même que la pratique du ramadan. Si en 2000, la moitié de ses élèves le respectaient, «en 2013 nous étions à 90% ou 95%».

Fracture grandissante entre garçons et filles

La fracture entre garçons et filles est quant à elle grandissante: ils se mélangent «très peu» en cours de sport. Les activités sportives et les sorties sont distinctes, les relations amoureuses et amicales très rares. Les garçons ne s'assoient pas à côté des filles et sont un peu moqueurs. Les garçons trouvent normal de prendre part à l'éducation de leurs sœurs, de vouloir se marier avec une jeune fille chaste tandis qu'eux-mêmes ne consentent pas au même sacrifice. «Certains élèves que j'ai eus avaient du mal à accepter les remarques d'un professeur femme», note le principal.

Il énumère aussi le cas de ces élèves, qui, le matin sont soudain plus nombreuses à arriver voilées devant l'établissement. «La plupart se découvrent avant d'arriver à la porte. Mais certaines tentent de forcer le passage, de retarder au maximum le moment d'enlever leur voile, de pénétrer d'un mètre, de deux mètres, dans l'enceinte du collège. Toujours grignoter du territoire. C'est une bataille pied à pied». Comme avec cette petite Djamila, dont les parents sont injoignables. Bernard Ravet finit par coincer la mère, à l'heure de la Prière du vendredi grâce à une assistante sociale. Le père finira par lâcher du lest après un entretien au forceps.

«Il est normal de lapider une femme adultère»

Un jour, une jeune professeure d'histoire-géographie déboule dans son bureau, fébrile. «Monsieur le Principal, pardon de vous déranger, je viens de vivre quelque chose de grave. C'était pendant le cours d'instruction civique des cinquièmes. Le cours sur les droits de l'homme. Mustapha a pris la parole. . . - Mustapha. Celui qui est plutôt bon? - Oui. Et là, il explique, soutient et argumente que l'homme et la femme ne sont pas égaux, qu'il est normal de lapider une femme adultère, tout comme de couper la main d'un voleur. - J'imagine que vous avez réagi. - Bien sûr! Il a continué. «Mais si, c'est vrai, c'est comme ça qu'on fait, c'est dans le petit livre qu'on m'a donné à la mosquée.» - Quel petit livre? - Je l'ignore.» Quelques jours plus tard, Bernard Ravet récupère ce livret d'une vingtaine de pages qui détaille les crimes des «mécréants»: croire que «les régimes et les législations établies par les hommes sont mieux que la législation de l'islam» ; dire que «l'application de la législation islamique concernant les peines légales, telles que l'amputation de la main du voleur ou la lapidation de l'adultère mariée, n'est pas conforme aux mœurs actuelles modernes». Il apprend que ce livre vient de la mosquée d'Abdel, un surveillant du collège. «Abdel. Toujours propre sur lui. Habillé à l'occidentale. Physique sec. Petite barbiche bien taillée. Extrêmement poli. Je n'ai qu'à m'en féliciter. Bien que d'un tempérament solitaire, il s'est imposé parmi le petit groupe de surveillants sur lesquels je m'appuie dans les circonstances les plus délicates. Il sait «tenir» une permanence avec 50 élèves sans que cela bronche. Est toujours partant pour remplacer un collègue absent. Pour tout dire, c'est mon meilleur surveillant.» À cet instant, jaillit néanmoins de sa mémoire qu'il n'embrassait pas ses collègues de sexe féminin...

«Merci de nous avoir informés, répondra le rectorat après un rapport circonstancié du principal, mais ce monsieur a signé un contrat pour six ans on ne peut rien faire». Les RG, eux, lui révéleront que l'individu est sous surveillance depuis six mois, «classé S en quelque sorte». Méfiant, le surveillant finira par partir de lui-même grâce à la débrouillardise du principal. Une fois de plus.

Ses seuls vrais soutiens, pendant toutes ces années, se résument aux commissariats avec lesquels il entretient d'excellents rapports, à ses collègues dirigeants d'établissements locaux et à Jean-Pierre Obin, son ami inspecteur général, auteur d'un rapport détonnant en 2004 sur «les signes et manifestations d'appartenance religieuse dans les établissements scolaires» qui décrivait la progression du fanatisme religieux dans les établissements. «C'est lui, qui en couchant sur le papier une réalité sur laquelle je n'avais plus prise, m'a donné l'espoir qu'il restait un peu de lumière dans la maison, qu'on ne pouvait pas ne pas désespérer complètement de l'institution».

(1) «Principal de collège ou Imam de la République?». Bernard Ravet avec Emmanuel Davidenkoff. Éditions Kero. Parution le 23 août 2017.

Sur le jeûne.

Par Le 27/08/2017

PUBLIÉ LE PAR DQMVO

Un neuroscientifique montre ce que le jeûne fait pour votre cerveau et pourquoi big pharma ne va pas l’étudier

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Vous trouverez ci-dessous une conférence TEDx donnée par Mark Mattson, l’actuel chef du laboratoire de neurosciences au National Institute on Aging. Il est également professeur de neurosciences à l’université Johns Hopkins, et l’un des plus éminents chercheurs dans le domaine des mécanismes cellulaires et moléculaires qui sous-tendent plusieurs maladies neurodégénératives, comme la maladie de Parkinson et la maladie d’Alzheimer.

 

J’ai choisi d’inclure « Big Pharma » dans le titre parce que c’est exactement ce qu’il en est. Il y a eu d’innombrables exemples de manipulation de la recherche publiée de la part des sociétés pharmaceutiques au cours des dernières années. C’est la raison pour laquelle le professeur de médecine de Harvard Arnold Seymour Relman a dit au monde que la profession médicale a été achetée par l’industrie pharmaceutique. C’est la raison pour laquelle le Dr Richard Horton, rédacteur en chef du Lancet, a récemment déclaré qu’une grande partie de la littérature scientifique publiée aujourd’hui est tout simplement fausse. C’est la raison pour laquelle la Dr Marcia Angell, ancienne rédactrice en chef du New England Journal of Medicine, a déclaré que « l’industrie pharmaceutique aime à se présenter comme une industrie fondée sur la recherche, comme source de médicaments innovants. Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. » Et c’est pourquoi John Loannidis, épidémiologiste à la faculté de médecine de l’université de Stanford, a publié un article intitulé « Pourquoi la plupart des résultats de la recherche publiée sont faux » qui est devenu par la suite l’article le plus largement consulté dans l’histoire de la Public Library of Science (PLoS).

J’ai aussi choisi de mentionner « Big Pharma » en raison des commentaires du Dr Mattson vers la fin de la vidéo.

« Pourquoi est-ce que le régime normal est de trois repas par jour plus des collations? Ce ne sont pas les meilleures habitudes alimentaires, maintenant c’est mon opinion, mais je pense qu’il y a beaucoup de preuves à l’appui. Il y a beaucoup de pressions pour qu’il y ait ces habitudes alimentaires, il y a beaucoup d’argent en jeu. L’industrie alimentaire – vont-ils gagner de l’argent si on saute le petit déjeuner comme je l’ai fait aujourd’hui? Non, ils vont perdre de l’argent. Si les gens jeûnent, l’industrie alimentaire perd de l’argent. Qu’en est-il de l’industrie pharmaceutique? Et si les gens pratiquaient le jeûne intermittent, faisaient de l’exercice régulièrement et étaient en très bonne santé, est-ce-que l’industrie pharmaceutique gagnerait de l’argent avec des gens en bonne santé? »

Pour les sous-titres en français, cliquez sur lecture puis sur le bouton des sous-titres. Cliquez ensuite sur le bouton Paramètres, puis sur Sous-titres et Traduire automatiquement.

Principaux points de la conférence ci-dessus et la science qui va avec

Mark et son équipe ont publié plusieurs articles qui expliquent comment jeûner deux fois par semaine pourrait réduire de manière significative le risque de développer à la fois la maladie de Parkinson et d’Alzheimer.

« Les changements alimentaires ont longtemps été connus pour avoir un effet sur le cerveau. Les enfants qui souffrent de crises d’épilepsie en ont moins lorsqu’on leur fait pratiquer la restriction calorique ou des jeûnes. On croit que le jeûne relance les mesures de protection qui aident à contrebalancer les signaux surexcités que les cerveaux des épileptiques reçoivent souvent. (Certains enfants épileptiques ont également tiré profit d’un régime spécifique: élevé en gras et faible en glucides.) Les cerveaux normaux, quand ils sont trop nourris, peuvent déjà expérimenter une autre sorte d’excitation incontrôlée qui altère les fonctions cérébrales » , ont reporté Mattson et un autre chercheur en janvier dans la revue Nature Reviews Neuroscience. (source)

Fondamentalement, quand vous jetez un coup d’œil aux études sur la restriction calorique, nombreuses sont celles qui montrent une espérance de vie prolongée ainsi qu’une capacité améliorée pour combattre les maladies chroniques.

« La restriction calorique (RC) prolonge la vie et retarde les maladies chroniques liées à l’âge chez une grande variété d’espèces incluant les rats, les souris, les poissons, les mouches, les vers de terre et les levures. Le mécanisme ou les mécanismes par lesquels cela se passe sont flous. »

La citation ci-dessus est tirée d’un examen de la littérature scientifique qui a plus de 10 ans. Le travail présenté ici nous montre maintenant quels sont ces mécanismes qui étaient auparavant incertains.

Le jeûne fait de bonnes choses pour le cerveau, et c’est évident avec tous les changements neurochimiques bénéfiques qui se produisent dans le cerveau quand nous jeûnons. Cela améliore également les fonctions cognitives, augmente les facteurs neurotrophiques, augmente la résistance au stress et réduit l’inflammation.

Le jeûne est un défi pour votre cerveau, et le cerveau répond à ce défi en adaptant les voies de réponse au stress qui aident votre cerveau à mieux faire face au stress et aux maladies. Les mêmes changements qui se produisent dans le cerveau durant le jeûne imitent les changements qui arrivent avec un exercice physique régulier. Ils améliorent tous les deux la production de protéines dans le cerveau (facteurs neurotrophiques), ce qui a pour résultat de promouvoir la croissance des neurones, la connexion entre les neurones, et la force des synapses.

« Les défis pour votre cerveau, que ce soit le jeûne intermittent ou l’exercice vigoureux (…) sont des défis cognitifs. Quand ça arrive les circuits neuronaux sont activés, les niveaux de facteurs neurotrophiques augmentent, ce qui favorise la croissance des neurones et la formation et le renforcement des synapses (…) »

Le jeûne peut également stimuler la production de nouvelles cellules nerveuses depuis les cellules souches de l’hypothalamus. Il mentionne également les cétones (une source d’énergie pour les neurones), et indique comment le jeûne stimule leur production et augmente également le nombre de mitochondries dans les neurones et dans les cellules nerveuses.

En augmentant le nombre de mitochondries dans les neurones, la capacité des neurones à se former et à maintenir les connexions entre eux s’améliore également, améliorant ainsi l’apprentissage et la mémoire.

« Le jeûne intermittent améliore la capacité des cellules nerveuses à réparer l’ADN. »

Il développe également les aspects évolutionnistes de cette théorie – comment nos ancêtres s’adaptaient et étaient construits pour de longues périodes de temps sans nourriture?

Une étude publiée dans le numéro du 5 juin de Cell Stem Cell par des chercheurs de l’université de Californie du Sud a montré que des cycles de jeûnes prolongés protégeaient le système nerveux des dégénérescences et, de plus, provoquait la régénération du système nerveux. Ils en ont conclu que le jeûne faisait passer les cellules souches d’un état latent à un état d’auto-régénération. Il déclenche la régénération des cellules souches d’un organe ou d’un système. (source)

Les essais sur l’humain ont été menés en utilisant des patients qui recevaient une chimiothérapie. Pendant de longues périodes de temps, les patients n’ont pas mangé, ce qui a diminué significativement le nombre de leurs globules blancs. Pour les souris, les cycles de jeûne « ont entraîné une régénération, changeant les voies de signalisation des cellules souches hématopoïétiques, qui sont responsables de la production du sang et du système immunitaire. »

Cela signifie que le jeûne éradique les cellules immunitaires quand elles sont vieilles et abîmées. Ensuite quand le corps s’adapte, il utilise les cellules souches pour créer de nouvelles cellules complètement saines.

« On ne pouvait pas prédire qu’un jeûne prolongé aurait un effet aussi remarquable pour favoriser la régénération des cellules souches du système hématopoïétique (…) Quand vous avez faim, le système essaie d’économiser de l’énergie, et une des choses qu’il peut faire pour économiser de l’énergie est de recycler beaucoup de cellules du système immunitaire qui ne sont pas nécessaires, spécialement celles qui sont endommagées. Ce que nous commençons à remarquer à la fois dans notre travail sur les humains et les animaux est que le compte de globules blancs diminue avec le jeûne prolongé. Alors quand vous vous re-nourrissez, les cellules sanguines reviennent. » – Valter Longo, auteur correspondant (source)

Un examen scientifique regroupant de nombreuses études scientifiques concernant le jeûne a été publié dans The American Journal of Clinical Nutrition en 2007. Il a examiné une multitude d’études à la fois sur des humains et des animaux et a déterminé que le jeûne est une manière efficace de réduire le risque de maladies cardiovasculaires et de cancer. Il a également montré un fort potentiel dans le traitement du diabète. (source)

Avant de jeûner

Avant de jeûner, soyez sûr de faire vos recherches. Personnellement je pratique le jeûne depuis des années, donc c’est quelque chose de facile pour moi.

Une manière de jeûner que je vous recommande, et qui s’appelle « le régime 5/2 » a été testé par le présentateur de la BBC, Michael Mosley, afin de guérir son diabète, son fort taux de cholestérol, et tous les problèmes qui étaient associés à son obésité. D’après le programme 5/2, vous ne mangez plus que 1/4 des quantités habituelles les jours de jeûne (600 calories pour les hommes, 500 pour les femmes), tout en buvant beaucoup d’eau et de tisanes. Les 5 autres jours de la semaine, vous pouvez manger normalement.

Une autre manière de faire est de restreindre votre prise de nourriture aux heures situées entre 11h et 19h tous les jours, et de ne pas manger en dehors de ces heures là.

Dernière chose, votre façon de penser à votre régime alimentaire est, à mon avis, l’un des plus, sinon le plus important élément pour rester en bonne santé. Votre façon de penser à ce que vous mettez dans votre corps est important, et je crois que cela finira par être fermement établi dans la littérature médicale intacte, impartiale et non influencée du futur.

Ci-dessous une vidéo du Dr Joseph Mercola expliquant les avantages du jeûne intermittent.
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Léo sur "L'échappée belle"

Par Le 27/08/2017

Léo était sur l'épreuve intégrale de "L'échappée belle", 144 kilomètres de course et de marche, d'ascensions de cols et de pentes interminables, descentes caillouteuses, hors sentier, puis un nouveau col, puis une descente, un col, une descente... Tenir, s'alimenter, s'hydrater, rester concentré, très concentré... . Il a stoppé à 35 km de l'arrivée après avoir parcouru 110 km, 10 000 mètres de dénivelée, en 40 heures, à travers la chaîne de Belledonne, parfois sur sentiers, parfois dans la caillasse, dans les pentes raides, de jour, de nuit, à la lampe frontale... Les genoux ne pouvaient plus plier. 
Plus de 250 abandons sur le grand parcours. 
Pour avoir été témoins et accompagnateurs sur les ravitaillements et les derniers kilomètres de nuit, on est très, très impressionné... On sait ce que ça veut dire de marcher dix heures en montagne, à enfiler des montées dans la caillasse et des descentes tout aussi ardues. Mais enchaîner de tels efforts, sur une telle durée, c'est une épreuve physique tout autant que mentale. Il arrive un moment où la tête porte le corps mais si les douleurs deviennent articulaires , ne lâchent plus leur emprise, interdisent une marche normale et efficace et mettent en péril l'intégrité physique pour les mois à venir, il est très dur de prendre la décision de tout stopper alors que l'énergie disponible permet encore d'avancer... Et pourtant, ça fait partie de l'expérience, de la connaissance de soi....
"L'échappée belle" fait partie des quatre parcours les plus difficiles des Alpes et le vainqueur de l'année est le champion du monde en titre. Léo est un "jeune" dans ce type d'épreuve, un des plus jeunes d'ailleurs. Les "Ultras trail" sont plutôt parcourus par des gens plus âgés. Je sais qu'on le reverra là-haut :) Chapeau bas, Fils.

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A CŒUR OUVERT : le voyage intérieur

Par Le 27/08/2017

Coeurouvertwhite

 

« Monsieur et Madame Boulard ont déjà une maison dans le village et ils n’ont pas les moyens d’investir davantage. Par contre, ils connaissent un jeune couple qui souhaite faire un gîte d’étape. Ils sont déjà passés et ils sont décidés à s’installer mais ils doivent vendre leur habitation pour boucler leur budget. Ça ne se fera peut-être pas tout de suite. Et moi, j’ai déjà trouvé la demeure de mes vieux jours, annonça-t-elle en riant. Je vous la montrerai si vous voulez.

-Avec plaisir. »

Le rayonnement intérieur des jours à venir. Il refusa de s’y égarer et rejeta l’illusion temporelle. Être là.

« Un gîte d’étape par ici, c’est un peu risqué financièrement, non ? Il n’y a quand même pas grand-monde.

-Ces jeunes-là ne courent pas après l’argent. Ils savent très bien que ça sera insuffisant. Après, il est possible d’avoir d’autres activités. La jeune fille est une remarquable artiste, elle fait des bijoux, de la couture, des sculptures en résine, c’est magnifique et elle a déjà des acheteurs réguliers, une amie lui vend ses créations dans un magasin de Clermont et son homme connaît la terre et l’agriculture. Il y a dix hectares vendus avec la maison, ici, la terre ne vaut pas chère, le prix d’un appartement parisien vous octroie un territoire de châtelain, ce qui d’ailleurs est totalement absurde. Il aura du bois de chauffage, pour lui et pour vendre, des parcelles à cultiver, des pâtures à louer, des bêtes à élever, on a beaucoup parlé de simplicité volontaire, c’est un couple adorable et passionnant.

-Simplicité volontaire ?

-Vous n’en avez jamais entendu parler ?

-Je n’ai connu que la complexité involontaire, répondit-il avec amertume. C’est en tout cas l’image que j’en aie aujourd’hui.

-Pour moi, la simplicité volontaire est la seule issue. C'est-à-dire l’élimination du superflu, non pas sous les effets dévastateurs d’une crise mais de façon anticipée afin justement d’éviter que la crise l’emporte. C’est juste du bon sens en fait. Mais ce monde moderne a renié le bon sens. Il n’use que de sa logique. Nous ne parvenons même plus à élaborer en nous une vision globale, un inventaire du désastre, nous les percevons chacun séparément, nous nous en occupons et délaissons dès lors tous les autres, c’est un piège sans fin. Il n’y a plus qu’une seule solution : aller consciemment vers la simplicité volontaire afin que les problèmes disparaissent d’eux-mêmes, par effacement, juste parce qu’ils ne seront plus activés. 

-Mais sans ce monde moderne, je serais déjà mort aujourd’hui, contesta-t-il avec gêne.

-Je le sais bien et loin de moi l’idée de rejeter les progrès technologiques. Ce ne sont pas les améliorations qui sont contestables mais l’usage qui en est fait. Dès lors que les progrès ne sont pas précédés d’une réflexion existentielle sur ce qu’ils vont apporter ou les risques qu’ils contiennent, ils deviennent l’étendard de la croissance. Il ne s’agit pas simplement de faire mieux mais surtout de faire plus. Sans se préoccuper le moins du monde d’être. Mais dans ce cas-là, l’individu est la proie du progrès au lieu d’être son Maître. Le gaspillage des ressources naturelles est le symbole le plus terrifiant de ce fonctionnement. On court à l’épuisement.

-Est-ce qu’il reste un avenir ?

-L'avenir de l'humanité ? C'est bien simple, elle l'a déjà tellement rogné qu'il ne reste plus que l'os. On entend souvent parler du « pic de pétrole » mais "le pic de survie" finira par s’imposer. C’est inéluctable. Soit on continue à procréer pour préserver la fameuse croissance et on fonce la tête dans le mur, soit on abandonne ce fonctionnement et on inverse la courbe démographique. Mais le choc, dans un cas comme dans l'autre, est inimaginable. La seule différence, c'est la possibilité du choix ou l'abandon. Il arrivera un jour où mettre au monde un enfant relèvera d'un crime prémédité.

-Personne ne parviendra à limiter la population. C’est impossible.

-C’est à chaque individu de le décider. Les décideurs politiques, quels qu’ils soient, ne sont que les bras armés de la croissance.

-Pourquoi dites-vous que l’humanité continue à procréer pour préserver la croissance ? Ça n’est pas l’idée que les gens se font lorsqu’ils décident d’avoir un enfant.

-Non, bien sûr, ils ne pensent pas à la conséquence planétaire de leurs actes et si je n’avais pas été stérile, j’aurais certainement aimé avoir un enfant avec Tyler. Mais les choses évoluent terriblement vite et il est plus que temps de réfléchir à cet acte de procréation au-delà de l’amour parental. C’est à l’amour pour la planète que nous devons penser. L’amour de la vie. Et l’humanité en est devenue l’ennemie. Elle est la seule espèce vivante à mettre en danger l’ensemble du monde vivant. Nous n’avons plus le droit de vivre en vase clos dans nos egos. Ce temps-là est fini. Regardez maintenant le conditionnement phénoménal que nous absorbons au regard de cette idée d’enfantement. Les petites filles sont de futures mères, les petits garçons sont de futurs pères de famille mais ils sont tous, avant tout, de futurs consommateurs. Et une famille nombreuse consomme beaucoup plus qu’un contingent de célibataires. Les deux jeunes qui vont acheter la maison ne veulent pas d’enfants. Cela aussi fait partie, pour eux, du concept de simplicité volontaire. Ne pas renforcer le poids que supporte la planète.

-On pourrait aussi penser que c’est égoïste. Si nos parents avaient pensé de cette façon, nous ne serions pas là.

-Ils n’avaient pas à le faire mais le temps d’apprendre à vivre en osmose avec le phénomène vivant est venu. Et cette osmose passera nécessairement par une diminution énorme de notre impact. Dans ce processus d’inversion de la population, la mondialisation s’effondrera. Il n’y aura plus assez de consommateurs. Les économies régionales prendront le pas. Des échanges à échelle humaine et non à échelle financière. Comme cela existait il y a un siècle. Cela ne signifie pas pour autant une régression. Les technologies ne disparaîtront pas. C’est juste le nombre de personnes à en bénéficier qui rétablira l’équilibre. Il serait fou et criminel d’attendre des conflits mondiaux ou des épidémies planétaires ou d‘autres catastrophes pour limiter cet impact du nombre. C’est aux humains de le décider.

-Vous avez l’air d’avoir grandement réfléchi à tout ça. Et c’est vrai que si je pense à mon activité au sein de mon entreprise, je n’envisageais que la croissance du chiffre d’affaire. Je ne me suis jamais soucié des effets sur la planète.

-Votre cœur a bien fait de vous lâcher alors ! lança-t-elle avec un sourire radieux.

-Vous êtes bien la première personne à voir les choses comme ça.

-Non, vous m’avez devancé. »

Il plissa le front, cherchant à comprendre.

« Vous ne seriez pas là. Vous auriez tenté à tout prix de reprendre votre vie.

-Oui, effectivement, on peut voir les choses de cette façon mais malgré tout, je n’ai pas le souvenir d’avoir pris beaucoup de décisions volontaires depuis que j’ai retrouvé mon autonomie. L’impression même que je suis embarqué dans un courant que je ne contrôle pas.

-Et cela vous inquiète ?

-Non.

-Alors tout va bien. »

Elle avait sorti deux assiettes et des couverts. Elle lui avait demandé de couper du pain. Elle posa un pichet d’eau du robinet sur la table.

Il s’installa face à elle. Elle servit.

« Poivrons, aubergines, échalotes, épices et légumineuses, pain bio cuit au four, fromage du pays, eau de source.

- Je me suis mis à la cuisine dernièrement mais je ne suis pas aussi imaginatif. Et sûrement pas aussi doué dans mes choix de produits. »

Il goûta.

« Délicieux.

-Merci. J’ai passé les années parisiennes et les heures dans les hôtels, les halls de gare ou d’aéroport à manger des produits infâmes. Je n’y faisais pas attention. Trop de stress. C’est absurde étant donné que je me détruisais encore plus en y ajoutant la malbouffe.

-Pas mieux pour moi. Et le stress, j’en ai mangé jusqu’à la nausée.

-Racontez-moi. »

Il la regarda, but un grand verre d’eau.

« Aujourd’hui, quand je pense à ce que j’ai vécu, j’en arrive à éprouver de la honte. Non pas, pour ce que j’ai fait, pas pour le mal que j’ai causé, les erreurs stratégiques ou l’inattention envers mes proches, pas pour tout ce que j’ai oublié de vivre mais bien plus profondément pour cette impression de gâchis par rapport à la vie. Je ne sais pas trop comment l’expliquer en fait. Dans une vie, on peut regretter des décisions, des choix, des actes, mais tout ça reste au niveau des événements et il est bien souvent possible de corriger le tir. Moi, ce que je ressens, c’est bien au-delà de ces événements. C’est comme si j’avais trahi l’existence, cette vie qui m’a été donnée. Vous comprenez ? »

Cette chaleur dans son ventre, ces frissonnements qui coulaient en elle comme un délice infini. Elle aimait sa voix, ses yeux, la largeur de ses mains, elle se surprenait à lui porter un regard d’adolescente et s’en amusait. Ce plaisir immense d’échanger avec lui, cette impression de l’avoir attendu pendant très longtemps.

« Oui, tout à fait. Vous n’êtes pas simplement dans l’observation des conséquences de vos actes mais dans l’observation de votre indifférence au regard du phénomène vivant. Chacun de nos actes devraient se référer à ce phénomène. Nous devrions nous interroger sur ce que la vie penserait de ce que nous pensons, de ce que nous projetons de faire ou de ce que nous accomplissons. Mais ça ne me dit pas ce que vous avez vécu. »

 

Il raconta en détail son parcours d’entrepreneur, de financier, sa vie avec Alice, la naissance de Chloé, les dernières années, la lutte pour s’imposer sur le marché.

« Et puis, j’ai eu cet infarctus, aucun signe précurseur. C’est Philippe, mon associé, qui m’a sauvé.

-Vous n’aviez jamais eu de problèmes avant ?

-Non, rien, absolument rien.

-C’est impressionnant alors. Personne n’est à l’abri en fait.

-Il faut croire. Mais pas grand monde n’y pense. Ou alors, c’est l’angoisse qui l’emporte, ce qui ne vaut guère mieux.

-Et ensuite ?

-J’ai vendu l’entreprise à Philippe. Il le méritait amplement pour son travail de toute façon. Les cardiologues m’ont dit à l’hôpital que mon cœur était fichu. Et puis, après l’implantation de la prothèse, c’est le basculement total, foudroyant, incompréhensible. Je me souviens très bien des premières heures. Pas de douleurs insupportables, j’étais sous morphine, je suppose. Je n’ai rien demandé. Le chirurgien est passé, tout allait bien, ils étaient très satisfaits et je m’en moquais. Sans comprendre pourquoi. Un détachement totalement fou. J’ai d’ailleurs pensé que j’étais fou ou que mon cerveau n’avait pas été oxygéné. J’avais pourtant imaginé le pire, je savais que ça pouvait mal se terminer. Et puis, là, peu à peu, dans la solitude de ma chambre, je me suis aperçu qu’il n’y avait aucune joie en moi, même pas l’once d’un soulagement, rien. Absolument rien. Aucun désir de reprendre le travail, aucune projection sur l’avenir, c’était comme si je découvrais le fait de vivre et que je devais me contenter d’enregistrer tout ce que je percevais dans l’instant.

-Rien d’étonnant pour moi. L’effleurement avec la mort révèle la vie de l’instant.

-Oui, c’est exactement ça. La vie de l’instant. D’ailleurs, la première fois qu’on m’a laissé sortir dans le parc, je me suis assis sur un banc et j’ai regardé des pigeons. Ça n’a l’air de rien mais vous n’imaginez pas à quel point c’était stupéfiant pour moi. Je regardais le balancement de leur cou quand ils marchent, j’essayais de les reconnaître, d’identifier leurs différences de plumage, de voir si certains restaient proches, si des couples étaient constitués, comment ils repéraient leur nourriture et puis j’ai fini par ne plus penser à rien, à ne plus vouloir intégrer des données précises, je les ai juste regardés. À un moment, je suis sorti de cette observation, comme si j’avais quitté une pièce, l’impression d’être projeté dans un vacarme épouvantable, j’entendais le bruit de la ville, des discussions autour de moi, des ambulances, j’ai vu passer des gens, j’ai vu tous les bâtiments, ces milliers de fenêtres comme autant de souffrances cachées, des traînées d’avions dans le ciel, et puis l’herbe piétinée autour des bancs, des papiers abandonnés à côté de poubelles vides et la première idée qui a surgi, c’est que dans l’observation des pigeons, je n’étais pas en train de rêver comme on dit, les yeux dans le vague mais que c’était maintenant que j’étais tombé dans le rêve. Je ne sais pas comment l’expliquer en fait. C’est tellement étrange. Vous savez, souvent les adultes disent aux enfants quand ils ont les yeux dans le vide, « arrête de rêver et écoute-moi », et bien, moi, j’avais l’impression que c’était l’inverse. Ça m’a fait un mal de chien, à en pleurer, là, tout seul, sur mon banc, comme si j’avais quitté la vie pour tomber dans un cauchemar immonde. Vous voyez, j’ai passé tellement d’années à vouloir tout contrôler, à me battre pour atteindre les objectifs que je visais, à valider matériellement l’idée que je me faisais de l’existence, j’aurais dû reprendre tout ça, j’étais sauvé après tout, j’aurais pu retourner au boulot, doucement bien sûr, mais en tout cas, relancer la machine. Et c’est cette expression qui a tout déclenché. Relancer la machine. Mais, c’était moi la machine.

-On se voit toujours comme un individu menant des activités multiples et trouvant des compensations diverses, intervint-elle, avec même parfois des satisfactions personnelles, des occasions de fierté ou d’estime de soi, mais c’est complètement fou finalement puisque nous sommes effectivement des machines et que nous répétons mécaniquement les activités pour lesquelles nous avons été programmés dès notre enfance. »

Ce bonheur pour lui d’entendre en écho les éclaircissements indispensables, les validations partagées de tous ses tourments.

« Oui, je n’avais pas été programmé à regarder béatement des pigeons et à en éprouver étonnamment un sentiment de bien-être. C’est comme si quelqu’un avait appuyé sur le bouton off. Fin du vacarme, suspension des pensées intentionnelles, abolition des objectifs, disparition de toute identification projective, de notion de rentabilité, d’utilité, comme l’effacement du disque dur. Un ordinateur sans disque dur n’a aucune utilité. Je n’étais donc plus un ordinateur et je découvrais la liberté. Un mélange d’angoisse et d’euphorie. Vous voyez ? Comme si je décrochais de mes dépendances, je ne touchais plus à ma dope, je me purifiais mais c’était douloureux. De regarder ainsi toute l’agitation comme un rêve a fait de moi un marginal, un dérangé, un individu inquiétant. C’est pour ça qu’Alice est partie, c’est pour ça que Chloé ne veut plus me voir, que mon associé ne voyait en moi qu’un illuminé qu’il fallait sauver. Je n’ai même pas essayé de leur expliquer quoi que ce soit. Je n’en avais pas la force, ni même l’envie d’ailleurs. Comme si j’étais tombé dans une bulle sans contact avec le monde extérieur. On ne parlait plus le même langage. Pas pour autant que je me voyais comme un être pur et sauvé du néant, un élu des cieux ou je ne sais quelle fumisterie. J’étais juste devenu un paumé sans repère, un errant, un exilé bourré de pognon qui avait juste envie de regarder des pigeons. Alors, j’ai cherché un endroit perdu et j’ai atterri ici. C’est sans doute ce que j’ai fait de mieux en trente ans. »

Elle observait le visage défait, l’errance intérieure.

« Je ne pense pas que ça soit utile de rejeter votre ancienne vie. Vous fabriquez de l’amertume et elle ne sert à rien. L’argent que vous avez gagné vous permet d’être autonome et libre de toute obligation professionnelle. Ça faisait sans doute partie de ce que vous deviez réaliser pour passer à l’étape suivante. Ce que vous jugez comme une accumulation d’erreurs contient en germe la croissance du changement. On étale bien du fumier pour avoir de belles plantes. »

Il sourit à l’image.

« Il est important d’être indulgent envers soi-même, ajouta-t-elle et de ne pas affubler les expériences de vie de connotations négatives étant donné que vous n’avez pas de recul pour juger à long terme de leurs effets. Et le projet de la vie ne vous est pas accessible. Pas dans cette dimension en tout cas.

-Et où puis-je saisir ce projet alors ?

-Le voyage intérieur.

-C’est le titre d’un de vos livres, non ?

-Effectivement.

-Et ça consiste en quoi ?

-Vous y êtes déjà. »

Il ferma les yeux, la tête penchée, une main posée sur le front puis il la regarda en souriant.

« Merci Diane. »

 

Marche afghane

Par Le 27/08/2017

La marche afghane pour se vider la tête

 

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  • La marche afghane allie exercice physique et méditation.

    La marche afghane allie exercice physique et méditation. | Fotolia

Caroline Henry.

Cet été, je décroche. Cap sur les activités qui aident à déconnecter. Cette semaine, on s’inspire des marcheurs du désert.

C’est quoi. Basée sur la synchronisation entre la respiration et le rythme des pas, la marche afghane (ou marche respiratoire) est une marche technique dont l’objectif est de faire avancer plus vite et plus loin, tout en déployant moins d’efforts. Ainsi permettrait-elle aux hommes du désert d’effectuer plus de 700 km en douze jours… sans être fatigués !

Tout le travail est axé sur le mental et la respiration. L’exercice de base, sur huit temps, consiste, sur terrain plat, à inspirer par le nez sur les trois premiers pas, à garder l’air dans les poumons au quatrième, à expirer sur les trois suivants, puis à rester les poumons vides sur le pas suivant, et ainsi de suite… Il faut être concentré, compter et, pour ceux qui le désirent, se répéter en boucle des pensées positives pour se motiver ! Au fur et à mesure, l’allure devient plus tonique et plus rapide, sans fatigue.

C’est bon pour mon corps. Comme la marche classique, la version afghane est excellente pour renforcer en douceur tous les muscles du corps, en particulier ceux des membres inférieurs et de la sangle abdominale. C’est également l’activité phare pour renforcer son système cardio-vasculaire, gagner en souffle et en endurance et améliorer sa capacité à gérer un effort.

Elle entraîne aussi une bonne dépense calorique (300 à 500 calories/heure selon le rythme), booste le métabolisme et favorise la mobilisation des réserves de graisses. En plus de ces bienfaits classiques, par son rythme particulier, elle régule les pulsations cardiaques, améliore l’oxygénation des cellules et stimule la circulation sanguine.

C’est bon pour ma tête. À mi-chemin entre exercice physique et méditation, cette marche impose par son travail respiratoire de se concentrer sur l’instant présent, sur ses sensations et sur son environnement. Dans l’instant, la suroxygénation qu’elle apporte procure un profond bien-être et une relaxation, mais aussi de l’euphorie et un grand dynamisme. Le soir venu au contraire, elle favorise l’endormissement et un sommeil de qualité. Au quotidien, elle permet une meilleure gestion du stress, notamment par le travail de la respiration.

Je me lance. Si la marche afghane se pratique sur tout terrain, même en ville, mieux vaut choisir un environnement naturel, calme et non pollué. Prévoir une tenue confortable et respirante, ainsi que de bonnes chaussures (type running ou randonnée à tige basse). Pour débuter, on s’entraîne sur des séquences de dix à quinze minutes avant d’allonger progressivement la durée. On s’étire doucement après, et on n’oublie pas de bien s’hydrater. Pour plus de conseils, il existe des vidéos de démo sur YouTube, des sites dédiés (marche-consciente.com...), des stages et des livres (la référence : Régénération par la marche afghane, Edouard G. Stiegler, éditions Trédaniel).

 


 

 

Marche afghane, le troisième souffle

 

En synchronisant nos pas sur notre souffle, la marche afghane promet de nous faire avancer plus vite, plus loin, tout en déployant moins d’efforts. A la croisée de l’exercice physique et de la méditation, cette discipline ouverte à tous offre surtout une autre vision de la marche et du pouvoir de la respiration.

Elyane Vignau

 

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Sommaire



 

Sommets abrupts, déserts hostiles… Les peuples nomades du monde entier ont depuis toujours développé des méthodes pour parcourir de très longues distances, dans des conditions extrêmes. Parmi eux, les caravaniers afghans dont l’endurance était un mystère jusqu’à ce qu’un Occidental, Edouard Stiegler, remarque dans les années 80 qu’ils respiraient et calaient leurs pas sur leur souffle de manière singulière. Etonné du potentiel énergisant de cette marche qu’il qualifiera lui-même d’afghane, il en consignera les rythmes et les règles dans un livre devenu depuis la référence de la discipline (Régénération par la marche afghane, Guy Trédaniel Editeur).

Une marche consciente

A l’origine de la marche afghane est… le rythme. Il en existe trois principaux, qu’il convient d’adopter selon la personne, le lieu ou le moment. L’enchaînement de base - celui qui respecte le plus la respiration naturelle - se décline sur huit temps : l’inspiration se fait par le nez sur les trois premiers pas, puis on suspend la respiration poumons pleins sur le quatrième, puis on expire par la bouche sur les trois pas suivants avant de suspendre son souffle poumons vides sur le huitième et dernier temps.

L’exercice se répète en nécessitant à chaque instant toute notre concentration pour compter sans cesse les pas ou, pour ceux qui le souhaitent, se répéter des pensées positives à chaque foulée. « La marche afghane nous plonge dans un état de conscience modifiée, à l’instar de la sophrologie, qui nous rend perméables aux pensées, explique Daniel Zanin, accompagnateur en montagne et sophrologue diplômé. D’où l’intérêt de lui associer des pensées positives et de les répéter, comme un mantra ».

Revitaliser le corps, apaiser l’esprit

A DÉCOUVRIR

 

Comment vous ressourcez-vous ? Faites le test.

Moins d’effort pour plus d’endurance, plus de vitalité aussi… la marche afghane est aujourd’hui reconnue pour ses vertus régénératrices. Son secret ? La suroxygénation, dynamisante et euphorisante. « Portés par le rythme, nous ressentons très vite un bien-être intense, explique Daniel Zanin. D’autant que le comptage se révèle très apaisant au niveau mental ».

 

Sur le plan physique, la marche afghane est réputée agir sur le métabolisme, le fonctionnement cardio-vasculaire et la sensation de fatigue. Elle peut également apporter une réponse aux troubles du sommeil, à condition toutefois de ne pas la pratiquer après 17 h, heure à laquelle le corps se prépare au sommeil.

Redécouvrir le souffle

Mais comment un acte aussi banal que la marche peut-il être si immédiatement bénéfique ? Pour Daniel Zanin, la marche afghane nous démontre simplement « que notre corps fonctionne mieux quand on respire mieux. » Et contrairement à toute attente, respirer n’est pas si évident. « Les Occidentaux respirent mal. Après des siècles de tabous autour du corps, nous avons perdu l’habitude de travailler notre respiration comme cela se fait traditionnellement en Inde, au Tibet ou au Japon. Or c’est justement ce travail qui nous permet de découvrir non pas un second, mais un troisième souffle insoupçonné. »

Une philosophie de l’instant présent

Derrière l’activité physique perce également une véritable philosophie, que Daniel Zanin décrit volontiers comme la rencontre « d’un Carpe Diem et d’un Connais-toi toi-même ». « Contrairement à la course qui peut nous faire faire le tour de la Terre sans jamais nous permettre de réaliser un pas vers soi, la marche afghane nous ancre dans le sol à chacun de nos pas. Et en nous obligeant à compter, à ne pas nous échapper, elle nous apprend aussi à vivre pleinement l’instant présent ».

J’ai testé la marche afghane… en ville

Marcher, respirer. Des actes simples qu’il suffirait de synchroniser pour retrouver plus d’énergie ? Les promesses de la marche afghane peuvent sembler aussi alléchantes qu’intrigantes. Je m’y suis donc essayée, dans des conditions extrêmes qui plus est : une demie-heure montre en main et en banlieue parisienne.

 

Mon objectif personnel ? Réussir à me ressourcer sur mon trajet quotidien travail-domicile. En tant que débutante, je me concentre sur le rythme de base que je mémorise avant le départ: j’inspire par le nez sur les trois premiers pas, je garde l’air dans mes poumons sur le 4ème, puis j’expire par la bouche sur les trois pas suivants avant de rester poumons vides sur le 8ème et dernier pas. Moi qui ai longtemps pratiqué le yoga, l’exercice ne me semble a priori pas trop compliqué.

Mais quelques pas suffisent à me faire déchanter. La principale difficulté pour moi qui suis habituée à des exercices de relaxation immobiles, consiste à gérer la synchronisation du mouvement et de la respiration. Sans compter que dans la rue, faire abstraction des trottoirs étroits et encombrés, des feux rouges et du bruit, afin de se concentrer un minimum, s’avère une véritable gageure.

 

Au bout d’une dizaine de minutes, malgré tout, j’ai trouvé mon rythme de croisière. Je me sens bien, un peu trop peut-être car je dois empêcher mon esprit de vagabonder et continuer à compter. La fin de mon trajet s’achève dans un parc et c’est sur ces derniers mètres que l’exercice prend tout son sens : je me sens bien, ni essoufflée ni lasse, les couleurs et les odeurs me semblent plus fortes, j’ai une conscience accrue des éléments autour de moi. Si je ne ressens pas encore la sérénité annoncée - la faute sans doute au contexte urbain –je découvre que, portée par la respiration et le rythme, je n’ai strictement aucune envie de m’arrêter. Pas de doute dans mon cas : malgré les conditions, l’énergie annoncée est bien là !

Pour profiter au maximum de ses premiers pas de marche afghane

A DÉCOUVRIR

Pour plus d'infos

Régénération par la marche afghane, d’Edouard Stiegler, Guy Trédaniel Editeur, 2004 réédité en 2009
Le site de Daniel Zanin :
http://www.marche-consciente.com/

- Elle se pratique sur tout terrain (montagne, ville, terrain plat), même si un environnement naturel se révèle plus approprié pour la concentration

- La durée minimum conseillée est de 30 mn pour en ressentir les effets positifs

- L’exercice repose avant tout sur la respiration et sa synchronisation avec les pas, une marcheur villephase d’entraînement de 10 à 15 minutes est parfois nécessaire pour assimiler le rythme

- Il existe trois rythmes de base, à choisir selon le terrain ou l’objectif recherché

- Rien ne vous empêche de la pratiquer en groupe. Mais ce sera en silence pour ne pas troubler le comptage des pas et la concentration nécessaire à cette marche consciente.

- Comme pour tout exercice physique, boire régulièrement est indispensable pour éliminer fatigue et toxines


                 
   
   

La synchronisation de la marche et de la respiration est faite de la manière suivante :

- inspirer, par le nez, sur les 4 premiers pas,

- aucune pause à poumons pleins

- expirer aussitôt sur les 6 pas suivants,

- aucune pause à poumons vides,

- recommencer le cycle de la même manière,

- compter mentalement durant tout le processus.

 

Le rythme de base est noté 4/6 mais il est à adapter pour chaque personne. Pour certains, ce pourra être 3/5, d'autres 5/7, 6/8, 7/9 et plus suivant la capacité respiratoire de chacun.

Ce rythme procure une suroxygénation plus intense que les précédents. Il s'ensuit un état souvent euphorique, le paysage défile, la douce sensation de marcher sans effort avec plaisir s'installe en nous.

Car cette fa

Pour compléter encore les effets positifs, je propose de mettre de la tendresse dans chaque pas, marchant en douceur sur la Terre. En bref, la marche afghane permet d'envisager n'importe quelle randonnée le cœur léger et cela pendant longtemps, les années n'ont plus de prise sur nous. Pratiquée de manière consciente, elle est probablement l'acte le plus régénérateur, la pratique corporelle la plus aboutie qui soit et une voie de connaissance de soi. C'est aussi une thérapeutique très puissante, la respiration consciente produit une véritable douche intérieure, un nettoyage cellulaire salutaire.

Le comptage des pas peut être remplacé par des mots positifs et, là encore, Edouard Stiegler nous fait part de résultats intéressants, notamment avec des personnes dépressives.

Je préconise aussi de mettre des mots sur les pas de temps en temps, lorsque le besoin s'en fait sentir. Sur 3/3, plutôt que de se dire que tout va mal, on peut dire que tout va bien.

En marchant ainsi le niveau de conscience change, le conscient s'efface et laisse passer les messages directement sans jugement au passage. Sur 4 pas, à l'inspiration et à l'expiration, il est possible d'augmenter la confiance en soi en se disant intérieurement, ou à haute voix : j'ai confiance, j'ai confiance…

Je propose souvent, lorsque le terrain monte et que nous utilisons un rythme 2/2, ou bien sur le plat en rythme 4/4, le mantra tout à fait occidental suivant : " instant présent ", ou bien " je suis ici ". Lorsque le mental a tendance à nous emmener loin d'où nous sommes, manifester ainsi son désir de rester présent est une aide précieuse. La présence à l'air qui entre et sort des narines est pour moi l'ancrage le plus direct pour rester dans le présent : personne n'a jamais respiré au passé ou dans le futur. En prenant conscience de ma respiration, je renoue le contact avec l'instant présent.

La présence à ce que nous faisons est source d'énergie. L'obligation douce mais ferme de suivre ses respirations et le nombre de pas est un moyen habile pour vivre cette présence à ce qui est, à la Présence tout court de ce que nous sommes. Il est tout à fait possible de marcher ainsi simplement pour être moins fatigué, pour mieux respirer, pour être plus détendu. Simplement, il ne faudrait pas ramener l'association marche afghane / marche consciente à une technique pour se calmer, se régénérer ou marcher un peu plus consciemment, alors qu'elle est bien plus que cela. Je suis conscient de l'enjeu qui est de faire un pas de plus vers la part éternelle de nous-mêmes ! Cette réalité est notre essence mais nous en sommes exilés et, par la pleine conscience dans la marche, nous revenons à notre origine.

 

En dehors de la marche afghane, j'ai exploré d'autres rythmes eux aussi très intéressants, puisque grâce à un cardio-fréquencemètre j'ai pu en mesurer toute l'efficacité. Le rythme 4/2/6/2 par exemple est celui que de nombreuses personnes préfèrent, il m'est venu lors d'une randonnée saharienne et il donne une énergie incroyable ! D'autres rythmes avec expiration active sont difficiles à expliquer avec des mots et sont des rythmes pour personnes ayant déjà une bonne maîtrise des rythmes de base.

 

C'est donc avant tout pour moi une forme de méditation à part entière. Certaines personnes m'ont dit que pour elles c'est une forme de méditation tout à fait adaptée aux Occidentaux, peu habitués à une assise immobile. Cela nous permet d'aller à la rencontre de ce que nous sommes vraiment, au-delà de toute identification erronée à un personnage sans cesse changeant. Partant de la marche, nous arrivons très vite dans un autre lieu qui est l'immobilité intérieure. Marcher ainsi nous met en contact avec cette partie de nous immobile, éternelle, non née, le Soi. Le double regard extérieur/intérieur tranche alors comme l'épée de Manjusri, l'illusion suprême, cause de toutes les souffrances, le sentiment de séparation. Nous avons traversé le désert et le désert nous a traversés ! La transparence de l'être s'est révélée et à chaque pas nous marchons comme une feuille morte tombée de l'arbre et que le vent emporte sans savoir si c'est le vent qui nous porte ou si nous portons le vent !

 

Je suis toujours étonné par la force de la simplicité : pas de techniques compliquées, simplement l'attention au présent, à la Vie, libre du passé et du futur.

Cette simplicité vécue dans la marche se diffuse dans le quotidien, la vaisselle devient vaisselle consciente et apporte la même Présence, le même Amour de l'action unifiée, la même Joie. Le souffle devient Souffle nspirant le nouveau, rejetant l'ancien comme disent les taoïstes.

Alors marchez sur la Terre, sous le Feu du soleil ou l'Eau de la pluie, vous vous sentirez vivre Ether-nellement !

Daniel Zanin.

Réchauffement climatique en Corse

Par Le 25/08/2017

Le changement climatique a-t-il déjà commencé en Corse ?

L'augmentation des températures provoque de plus en plus de périodes de sécheresse dévastatrices. Faut-il s’en inquiéter ? La réponse est oui. Tout le monde doit en prendre conscience, au-delà des frontières de notre île

Corse-Matin

« Il y a urgence. » C’est la conclusion des recherches menées en Corse par les deux hydrobiologistes Antoine Orsini et Christophe Mori, respectivement président du conseil scientifique du PNRC et président du conseil scientifique régional du patrimoine naturel de la Corse, sur le changement climatique.

Comme ces deux spécialistes, Patrick Rebillout, chef du centre météorologique régional Corse, pour Météo France, à Ajaccio partage une certaine inquiétude. Loin de se vouloir pessimistes, le trio se dit réaliste.

Comme ici à Corte, la sécheresse des cours d’eau provoque la stagnation des eaux restantes, entraînant la dégradation de tout un écosystème. Photo Jeannot Filippi

« Il faut arrêter de parler de vigilance, appuie Antoine Orsini. On est vigilant dans un appartement pour empêcher un bébé de boire de l’eau de javel. Lorsqu’il l’a déjà bue, il faut l’emmener à l’hôpital, sinon il meurt. » 

Pour les deux scientifi ques : « A la question, est-ce que les épisodes de sécheresse et de crues que l’on vit en Corse sont conjoncturels ? Nous sommes obligés de répondre : non, c’est structurel. Le changement climatique est là, on y est. » 

Et le phénomène prend de l’ampleur. Pour étayer leurs dires, les trois experts s’appuient sur de nombreux relevés.

Le climat de Tunis en Corse d’ici 2050

D’une part, l’évolution des températures de l’air.

De l’autre, celles de l’eau. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la montagne souffre d’avantage du réchauffement que le littoral et la plaine.

« Nous avons analysé des relevés de températures réalisés entre 1950 et 2016, développent les maîtres de conférences. Ajaccio augmente en moyenne de 0,5 C° tous les 20 ans. Corte a vu sa température s’élever en moyenne de 1,1 C° tous les 20 ans. Et la ville se trouve à une altitude moyenne de 500 mètres. »

 

Depuis des années, Antoine Orsini, le président du conseil scientifique du PNRC, tente de sensibiliser public et personnel politique aux risques liés au changement climatique. Photo Jeannot Filippi

Par ailleurs, le nombre de jours chauds – avec plus de 30C° à l’ombre – augmente chaque année. 
 

« Ajaccio compte cinq jours chauds de plus chaque année. En 2050, nous aurons le climat de Tunis »

Car là est le paradoxe : la période de sécheresse ne cesse de s’étendre, six mois contre les deux auxquels tout le monde était habitué.

100 C’est le nombre d’années nécessaire pour faire disparaître 90% des gaz à effet de serre à condition de stopper immédiatement et totalement toute production. Pour les 10% restant, il faut competr environ 1000 ans. Si l’on arrête la production, Patrick Rebillout estime qu’il faudra 100 à 200 ans pour que la totalité des gaz à effet de serre puisse se résorber.

Et si les volumes d’eau tombés restent les mêmes, ils n’hydratent plus la terre comme par le passé pour plusieurs raisons.

D’abord à cause de la chaleur : « Plus il fait chaud, plus les arbres évaporent d’eau, détaille Christophe Mori. Ce phénomène s’appelle l’évapotranspiration. En résumé : la plante évapore – transpire – plus d’eau que ce qui est stocké dans le sol. »

Record : 27C° dans l’eau du lac de Ninu

A cela s’ajoute un autre phénomène : le débit et la température de l’eau.

« Plus le débit baisse, plus la température augmente. Ce phénomène entraîne une baisse de la qualité de l’eau au niveau physico-chimique et bactériologique. Au lac de Ninu, en 2015, nous avons enregistré un pic de la température de l’eau à 27,1 C° ! »

“La terre n’a pas connu un tel climat depuis 3 millions d’années”  

L’impact est évident sur la biodiversité. Avec la baisse d’oxygène et les modifications de la qualité de l’eau, de nombreuses espèces d’invertébrés meurent ou remontent vers les sommets en quête de fraîcheur.

Les anguilles – qui vivent dans les eaux chaudes – remontent de plus en plus les cours d’eau. Ces deux phénomènes empêchent le développement des alevins et entraînent la disparition des truites.

Et si par chance, certains arrivent à survivre, les crues qui suivent la sécheresse – surtout si elles sont répétitives et espacées de moins de deux mois – détruisent la faune qui se maintient.

De plus en plus violentes et sur des périodes de plus en plus courtes, les précipitations anormales observées ces dernières années emportent leur lot de conséquences: inondations, destructions de bâtiments, de routes, de ponts.

Patrick Rebillout, chef du centre météorologique régional Corse, pour Météo France.

Sécheresse, pénurie de fourrage pour les animaux, canicule, disparition des écosystèmes, moustiques et maladies (dengue, Zika, chikungunya...), insectes tropicaux, maladies des plantes: même le corail de Scandola serait aujourd’hui en train de disparaître. 
 

« Ce que nous vivons n’est pas une année exceptionnelle, c’est tous les ans, insiste Patrick Rebillout. Cette année encore, nous avons de la chance : les barrages sont pleins. 
 

Mais les ressources souterraines sont vides. Et paradoxalement, on consomme plus d’eau.Avec les données que nous avons, dans les 4, 5 ans à venir, il faudra donner des bouteilles d’eau aux gens pour qu’ils puissent boire. On en est là. 

Mais curieusement, personne ne semble réellement croire au changement climatique. Pourtant, les relevés sont formels : il pleut en deux jours la quantité habituelle d’un mois. »

L’ingénieur de Météo France ajoute : « Depuis 1976, il n’y a pas eu une année en dessous de la moyenne de température du XXe siècle. A l’échelle de la planète, on observe que la couverture neigeuse de l’hémisphère nord perd l’équivalent de la taille de la France chaque année. Actuellement, nous avons un taux de concentration de CO2 de 400 ppm (partie par million, ndlr), au maximum des ères interglaciaires, on ne dépassait jamais les 280 ppm. 
 

65C’est le nombre de jours consécutifs pendant lesquels dureront les vagues de chaleur.

C’est simple : il n’a jamais fait un tel climat depuis 3 millions d’années. L’humanité n’a jamais connu ça. Le pire c’est qu’on rejette toujours autant de gaz à effet de serre dans l’atmosphère et que ça va continuer à se réchauffer. »

Plus 8C° en Corse dans le pire des scenarii

Selon les trois spécialistes, la Méditerranée est particulièrement sensible au changement climatique. Une hausse de 4 à 5 C° sur la planète correspond à + 7 voire 8 C° en Corse.

Avec, parmi les nombreuses conséquences, la réduction progressive de la couche neigeuse, jusqu’à sa disparition aux alentours de 2100. Agriculture, isolation thermique, moyens de captages d’eau...

+2°C C’est l’augmentation de la température de l’eau chaque fois que celle de l’air croît de 1°C.

Ces problématiques devraient déjà être sérieusement étudiées pour faire face aux les changements à venir, qui s’annoncent brutaux.

« Plusieurs scenarii sont envisagés, détaille Patrick Rebillout. Mais même si l’on suit le scénario le plus vertueux, on aura des précipitations intenses comme celles d’octobre dernier. 
 

 

Prise il y a quelques jours, cette photo montre que les célèbres pozzini du lac du Ninu sont asséchés. Une situation devient inquiétante alors que les fortes chaleurs ne font que commencer... Photo X.Grimaldi

Pour rester sous les 2C° au niveau mondial, il ne faut absolument pas dépasser les 790 milliards de tonnes de carbone dans l’atmosphère. Actuellement, on en émet 10 milliards par an. A ce rythmelà, dans 25 ans on va dépasser les 2C°. En Corse, ce sera bien plus. » 

Aujourd’hui, ce changement est là, et, selon les scientifiques, ne peut plus être arrêté.

« Il faut gérer l’inévitable. Qu’est-ce qu’on attend pour mettre en place du triple vitrage, axer sur de l’isolement local comme du tissu, du liège ? », interroge Christophe Mori.

« Aujourd’hui, les scientifiques prêchent dans le désert, au sens figuré, termine Antoine Orsini. Bientôt, ils y prêcheront au sens propre. » Peut-on encore faire quelque chose ?

« C’est urgent !, répondent les scientifiques. Mais c’est possible. »

"Nous avons besoin d'aide en urgence !"

AGRICULTURE

Ils sont agriculteurs depuis quatre générations. On peut dire que les Leonelli ont l’élevage dans le sang. Aujourd’hui, dans leur exploitation située à Corte, la famille observe les aléas climatiques de ces dernières années - et principalement de celle en cours - avec beaucoup d’appréhension.

Aujourd’hui, ils travaillent à perte.

« On a commencé à donner à manger aux animaux dès le 15 juin, précise Pierre-Jean Leonelli. Le printemps et l’automne derniers ont été très mauvais, il n’y avait pas d’eau. Pour que l’herbe pousse, il faut qu’il pleuve. Jusqu’à il y a 10, 12 ans, il pleuvait de mars à mai. On coupait la luzerne entre le 20 mai et le 5 juin et elle repoussait une nouvelle fois derrière, sans irrigation. 

Aujourd’hui, nous n’avons pas pu faire une seule coupe. Il n’y a pas d’herbe qui pousse pour les animaux, constate l’éleveur avant d’ajouter avec la politesse du désespoir : Il faut acheter des lunettes vertes aux brebis pour qu’elles voient un peu de verdure ! »

 

Photo Jeannot Filippi

Actuellement, la ferme-auberge des Leonelli compte environ 130 vaches, 250 cochons, 160 brebis et 150 chèvres.

« D’habitude, les vaches transhument en altitude à une hauteur de 1200 mètres, pour trouver de l’herbe verte ajoute Jean-Max Leonelli, son fils. 

Cette année, elles sont montées mais elles n’ont rien trouvé à manger, alors elles sont redescendues. Il a fait trop froid et la nature est passée de très mouillée à très sèche. La seule solution est de les nourrir. »

 

« Aujourd’hui, c’est vache maigre »

Auparavant, les éleveurs nourrissaient les bêtes du 15 décembre au 8 avril, soit durant quatre mois. Aujourd’hui, ils sont obligés de les alimenter 10 mois sur 12.

« Avant, en juin, on les engraissait, c’était la période de vache grasse, reprend Pierre-Jean Leonelli. Aujourd’hui on les nourrit pour qu’elles se maintiennent. C’est vache maigre. »

Et comme si cela ne suffisait pas, avec la chaleur viennent aussi deux ennemis : les insectes et les maladies.

Photo Jeannot Filippi

« Les tiques sont très agressives en ce moment, je n’en avais jamais vu autant, remarque sa belle-fille, Nathalie Leonelli. On est obligé de traiter les animaux tous les jours. »

Les bêtes sont aussi attaquées par des mouches et des moustiques depuis le mois de mai. Alors que, d’ordinaire, ces insectes n’arrivaient pas avant juillet.

Sans compter les maladies « de plaine » qui arrivent désormais aussi dans le Cortenais - comme la fièvre catarrhale - contre lesquelles les animaux doivent être vaccinés.

L’achat de fourrage, les frais vétérinaires, les traitements... Sans compter l’eau pour arroser l’herbe - histoire que les bêtes voient un peu de verdure dans l’année - et pour alimenter les abreuvoirs vidées à vitesse grand V - les frais des éleveurs sont exponentiels.

Parallèlement, les prix de leurs produits - viande, charcuterie, fromages - eux, n’augmentent pas.

Une situation qui n’est pas tenable dans le temps.

« Nous avons de la chance, note Pierre-Jean Leonelli. Depuis que mon père a débuté l’élevage, avec mon petit-fils, cela fait maintenant quatre générations qui se succèdent, nous sommes bien installés, c’est un atout. Mais pour un jeune qui vient de commencer, il sera découragé, c’est sûr ! »

 

Photo Jeannot Filippi

Malgré tout, les Leonelli ne pourront pas tenir indéfiniment ce rythme.

« On a besoin en urgence d’aide au transport pour l’alimentation des bêtes », appuient-ils.

Pour les apiculteurs aussi, la période est dramatique : quasiment plus de fleurs, ou, lorsqu’il y en a, avec la sécheresse, elles n’ont presque plus de nectar.

Un autre danger plane au-dessus des agriculteurs : « D’habitude, une telle sécheresse ne se voyait que fin août. Et si l’on n’avait pas les gros orages de Sainte Marie - le 15 août - on avait de gros incendies en septembre, rappelle Pierre-Jean Leonelli.

Actuellement, le temps est aussi sec que fin août il y a quelques années. Et il y a régulièrement du vent. S’il n’y a pas très vite des petits orages tous les jours, avec de la pluie qui diffuse lentement dans la terre, pendant longtemps, on risque d’avoir très vite de violents incendies. » 

Des orages oui. Mais pas les derniers. Pas ceux qui provoquent des crues et dévastent tout. Des orages qui hydratent la terre. Des orages d’avant.

 

Incendies et inondations, les risques majeurs s’intensifient

 

Inondation, catastrophe naturelle, mouvements de terrain, sismicité, feux de forêt, risques technologiques : la Corse est soumise à l’ensemble de ces risques majeurs, « à l’exception du volcanisme », souligne-t-on du côté de la préfecture. 

S’il ne fallait en retenir que deux : le risque incendie et les inondations. Deux phénomènes naturels qui frappent régulièrement l’île et sont particulièrement liés au réchauffement climatique.

« La Méditerranée, en général, est soumise aux feux de forêt. Et ce depuis toujours. Néanmoins, la sécheresse, récurrente dans l’île, que l’on peut imputer au réchauffement climatique, devient un facteur aggravant », souligne Romain Delmon, directeur de cabinet du préfet de la Corse.

Les incendies dûs à la sécheresse et les inondations après les fortes pluies sont des catastrophes naturelles étroitement liées. Photos archives CM

Cela se traduit par une « éclosion » plus significative des incendies mais surtout « une importante vitesse de propagation ».

Pour autant, la catastrophe la plus redoutée en Corse reste l’inondation. 

« Le lien avec le réchauffement climatique est ici beaucoup plus clair. Le principal phénomène intervient généralement à l’automne, même si on a connu à Ajaccio les inondations de mai 2008. »

Pour ne rester que sur la saison automnale, l’explication est simple pour les services préfectoraux : « En cette saison, la mer Méditerranée est très chaude. En parallèle, des masses d’air plus frais arrivent sur les massifs de l’île.

Lorsque les deux masses d’air se rencontrent, cela crée de violents orages. Et, de plus, à cause des reliefs, ceuxci sont très souvent ultra-localisés. Il peut ainsi tomber l’équivalent de six mois de pluie en un temps très court. »

Les services de l’État - Dreal, DDTM, Sdis - proposent diverses campagnes de sensibilisation afin de prévenir ces risques.

Mais difficile d’anticiper les caprices de la nature. Aussi, la préfecture tient à pointer une notion importante au moment de la gestion des événements.

« Lorsqu’ils sont localisés sur une commune, le directeur des opérations de secours, c’est le maire. Il doit travailler avec le commandant de ces opérations, un pompier. Pour cela, il est important que l’édile se dote du Plan communal de sauvegarde, qui est une sorte de mini-plan Orsec et destiné à organiser les secours », insiste Romain Delmon. Et pour cause : seulement 40 % des communes du département ont réalisé ce document.

« C’est assez complexe et généralement, nous aidons les maires à le faire car c’est très important », livre-t-il. Comme une main tendue ?

« La moitié des chênes-lièges sont morts en moins de 10 ans »

 

Il a passé sa vie à s’occuper des forêts. À les connaître, en prendre soin. Et surtout à partager son expérience avec les jeunes générations en espérant qu’elles seront suffisamment sensibilisées pour prendre soin de leur planète. Avant qu’il n’y ait plus rien à préserver.

Avec 48 ans de service - « une vie » - Pierre-Jean Straboni est la référence en Corse de l’Office national des forêts (ONF).

Et le constat qu’il tire de ses observations est alarmant : « Quand on était jeunes, à Ponte-Leccia, on connaissait des chaleurs comme aujourd’hui - peut-être même plus élevées encore - mais l’hiver, il faisait froid, très froid. Il y avait des stalactites aux fenêtres. Le Golu était même gelé ! Il y avait beaucoup de neige. »

La différence de température est, pour lui, plus flagrante en hiver : « Depuis une dizaine d’années, il ne fait plus aussi froid qu’avant. Il n’y a presque plus de neige. Cette hiver, pourtant, elle est bien tombée. Et on se disait que cette année, on n’allait pas manquer d’eau. Mais en juin déjà, il n’y en a plus. Le Monte d’Oru n’a plus de neige. Avant, il en avait jusqu’à mi-août. »

Conséquence ? « Il n’y a plus d’eau dans les rivières. Ni même dans les fontaines. Dans le village, on en a quatre, cinq. Elles sont toutes taries alors que l’eau provient de sources souterraines de montagne. On n’avait jamais vu ça. Dans les rivières, les truites n’arrivent plus à survivre. »

D’autant que les crues répétées ont élargi les cours d’eau, qui ont de plus en plus de mal à suivre leur chemin. Le filet d’eau qui arrive à passer monte davantage en température et s’évapore de plus en plus vite.

La chaleur et la sécheresse ont des conséquences terribles sur les forêts.

D’une part, le responsable de l’ONF explique que la hausse des températures modifie le climat et perturbe les arbres, dont l’environnement n’est plus adapté à leur développement et leur bonne santé.

« Depuis une dizaine d’années, beaucoup d’arbres meurent de maladie, ils pourrissent de l’intérieur, détaille-t-il. Le hêtre, le pin maritime, le tremble sont malades. Sans compter les insectes et parasites. La moitié des suberaies de Corse - les forêts de chênes-lièges - a disparu en dix ans par manque d’eau. Y compris en montagne. Même le chêne de Marie-Antoinette, à Versailles, est mort de la canicule. »

Il avait 324 ans. Et a été abattu en 2005.

« Économiser le peu d’eau qu’il nous reste »

Outre le fait que les arbres ne sont plus adaptés au climat dans lequel ils vivent, un autre paramètre vient malheureusement accentuer le phénomène : « Les forêts ont un rôle de régulateur. Elles permettent d’absorber le CO2 dans l’atmosphère et de retenir l’eau dans les sols, rappelle Pierre-Jean Straboni. Le problème, c’est qu’avec la chaleur, de plus en plus d’arbres meurent. Avec moins d’arbres, l’eau est moins bien gardée dans la terre, il fait plus sec. Les arbres qui restent ont plus chaud et doivent évaporer - transpirer - davantage pour tenir. Ce qu’ils évaporent en plus, ils le puisent - quand ils peuvent ! - dans la terre. »

Un cercle vicieux qui accentue la sécheresse.« Il y a aussi beaucoup plus de vent, ajoute le spécialiste des forêts. Avant, à Ponte-Leccia par exemple, il n’y avait jamais de vent. Maintenant il y en a très souvent. Ça assèche encore plus la nature. »

Et augmente d’autant le risque feu de forêts. Avec une végétation brûlée dès le mois de juin comme elle l’était autrefois à la fin août, et du vent chaud, tous les ingrédients sont réunis pour menacer ce qu’il reste de forêts.

Pour le chargé de la communication en Corse de l’ONF, il y a deux priorités : « Enseigner aux enfants à être responsable face au changement climatique, à respecter la nature, puisqu’ ils sont l’avenir. Et apprendre à économiser l’eau qu’il nous reste. » 

Patrimoine de l'humanité

Par Le 24/08/2017

Est-il acceptable que le président brésilien s'abroge le droit de porter atteinte à une forêt capitale pour l'humanité toute entière ?

N'est-il pas possible d'instaurer une protection de l'ordre du patrimoine de l'humanité comme cela se fait pour des monuments architecturaux ou autres créations humaines ? 

N'y a-t-il pas là une aberration totale ? 

 


Le président brésien met ainsi fin à cette réserve créée en 1984, dont le sous-sol ne pouvait être exploité que par des compagnies publiques.

Un pécheur dans la région de l\'Amapa, au Brésil. 
Un pécheur dans la région de l'Amapa, au Brésil.  (ANTOINE BOUREAU / PHOTONONSTOP / AFP)

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

Mis à jour le 
publié le 

 

Le président brésilien Michel Temer a abrogé, mercredi 23 août, le statut de réserve naturelle de près de quatre millions d'hectares de forêt amazonienne, qui pourront être exploités à l'avenir par des entreprises minières privées. Le décret met fin à cette réserve créée en 1984, durant la dictature militaire, dont l'exploitation minière était cantonnée aux compagnies publiques.

Temer accusé de brader la forêt amazonienne

Le texte stipule néanmoins que le changement de statut "ne remet pas en cause l'application de la loi concernant la protection de la flore et des territoires autochtones". De nombreuses tribus indiennes vivent en effet dans cette zone située dans les Etats du Para et de l'Amapa (nord du pays).

Mais le gouvernement Temer a été régulièrement accusé par des ONG de brader la forêt amazonienne sous la pression du puissant lobby de l'agro-business et des intérêts des compagnies minières. Depuis le mois d'avril, le WWF dénonce cette nouvelle exploitation d'une forêt qui ne cesse déjà de perdre chaque année du terrain.

Les coûts irrécupérables

Par Le 24/08/2017

 

"Dans la problématique des "coûts irrécupérables", on dépense toujours plus pour rentabiliser les investissements passés et on a donc une escalade des coûts même quand on sait que le projet à la fin n'est pas rentable."
Voilà ce qui se passe avec la filière du nucléaire....
Est-ce acceptable quand on sait que la sécurité n'est pas intégralement assurée et que cela se prolonge non pas sur dix ou vingt ans mais sur plus d'un siècle ? Est-ce acceptable lorsqu'on sait que l'Etat est majoritaire et que les coûts seront donc supportés par l'ensemble de la population ? Est-ce acceptable lorsqu'on sait que la situation financière de l'opérateur ne peut pas être ignorée puisque cela reviendrait à rendre possible un "black out" électrique et que les conséquences dépassent l'entendement ?.... L'EPR de Flamanville est l'exemple critique du fonctionnement...EDF n'a pas les moyens ni la faisabilité technique pour démanteler les anciens réacteurs mais l'entreprise s'endette encore et encore pour tenter de mettre au point un réacteur plus gigantesque encore...

On va où là ?...

On est entré dans une spirale infernale et il faut absolument que tout le monde en prenne conscience....

La vérité

Par Le 24/08/2017

Imaginons que vous appreniez soudainement que les matériaux utilisés pour votre maison ou appartement ne sont pas conformes aux règles de solidité, sécurité, santé (amiante par exemple)... Imaginons que vous appreniez que la voiture que vous avez achetée n'est pas conforme aux règles de sécurité, pollution, fiabilité ou "obéit" à des règles d'obsolescence programmée qui vous ont été cachées. Imaginons que vous appreniez que les aliments que vous consommez contiennent divers poisons autorisés, imaginons que l'air que vous respirez dans les villes contribuent à la mort de milliers de personnes tous les ans, imaginons que vous appreniez que la médecine est inféodée aux lobbys pharmaceutiques et que les informations diffusées sont incomplètes voire fausses...

Comment réagiriez-vous ? Vous seriez en colère, dégoûtés, affolés. Bien. Moi aussi.

Maintenant, il nous est toujours possible de changer nos modes de vie... C'est compliqué mais ça reste possible.

Par contre, il existe un problème pour lequel je n'ai aucun pouvoir. En dehors de ne pas gaspiller l'énergie dont je dispose chez moi : c'est l'électricité. Alors, comment devons-nous réagir lorsque nous apprenons que les centrales nucléaires dont nous dépendons et qui représentent un risque majeur pour l'intégralité de la population (selon la direction des vents...) comportent des anomalies, des dysfonctionnements, des protocoles de fabrication inaptes à une sécurité réelle et durable ?.....

Ça vient de sortir à l'instant : 
 

PARIS (Reuters) - EDF a fourni à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) des informations sur des anomalies non répertoriées jusqu'ici dans les dossiers de fabrication de composants d'équipements nucléaires de l'usine Creusot Forge d'Areva NP, a déclaré mercredi une porte-parole de l'ASN.

Confirmant une information de l'agence Platts, la porte-parole a dit à Reuters qu'aucun détail n'était disponible à ce stade sur ces anomalies.

EDF n'a pu commenter l'information dans l'immédiat.

L'ASN a demandé à EDF de passer en revue d'ici fin 2018 l'ensemble des composants d'équipements nucléaires fabriqués au Creusot.

(Geert De Clercq, Dominique Rodriguez pour le service français, édité par Marc Joanny)


 

Que pouvons-nous exiger ? La vérité.

Comment ? 

Voilà tout le problème. A qui pouvons-nous réclamer cette vérité ?

Aux journalistes ?

Est-ce normal que la sphère politique ne soit pas clairement et sans aucun doute possible engagée dans cette mise en lumière (sans jeu de mots) de façon constante, sans aucune pression citoyenne.

J'ai trouvé un long document émanant de l'Assemblée nationale qui traite du problème nucléaire. Pourquoi n'est-il pas mis sur le devant de la scène, pourquoi ces questions vitales ne sont-elles pas débattues au grand jour, pourquoi faut-il aller fouiller sur la Toile pour en trouver le contenu ? 

Quels ont été les effets de ce débat, quelles réponses ont été données, quelles décisions ont été prises ?

C'est un document trop volumineux pour être intégralement diffusé ici :

http://www.assemblee-nationale.fr/14/rap-info/i4428.asp#P319_50887

En voici quelques conclusions :

"Mme Barbara Romagnan, rapporteure. Au cours de ses travaux, la mission a auditionné environ soixante-dix personnes. Nous nous sommes déplacés non seulement en France, mais aussi aux États-Unis, car ce pays possède le parc nucléaire le plus important au monde, et les réacteurs américains sont comparables aux nôtres. L’objet de notre mission était, je le rappelle, de faire le point sur la faisabilité technique et financière du démantèlement des infrastructures nucléaires. Ces questions se posent précisément maintenant pour deux raisons essentielles : d’une part, 80 % du parc nucléaire français arrive au terme de sa durée d’exploitation initialement prévue, soit quarante ans ; d’autre part, nous avons voté en 2015 la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte, qui prévoit une réduction de 75 à 50 % de la part de l’énergie nucléaire dans la production d’électricité en France d’ici à 2025.

Ainsi que le président de la mission l’a rappelé, il a souvent été difficile d’obtenir des informations certaines. Il n’y a qu’une seule certitude : le démantèlement aura forcément lieu ; il s’impose à tous, que l’on soit favorable ou non à la poursuite d’une filière nucléaire en France, question qui n’était d’ailleurs pas l’objet de notre mission. Nous devons donc montrer dans tous les cas que nous sommes en mesure de réaliser ce démantèlement. Or il apparaît que la filière nucléaire française n’avait pas anticipé ce démantèlement ou l’avait très mal fait, en tout cas en ce qui concerne le premier parc.

J’aborderai successivement la faisabilité technique et la faisabilité financière.

S’agissant de la faisabilité technique, il convient de distinguer les deux parcs d’EDF. Le premier parc, le plus ancien, est composé de neuf réacteurs, tous à l’arrêt. Il s’agit des six réacteurs UNGG, du réacteur à eau lourde de Brennilis, en Bretagne, de Superphénix et du réacteur de Chooz A, petit REP souterrain de 300 mégawatts. Le deuxième parc, plus récent, assez homogène, comprend cinquante-huit REP, construits pour la plupart entre 1977 et 1987, tous en fonctionnement. L’EPR de Flamanville, seul réacteur en construction actuellement, n’est pas inclus dans ce deuxième parc.

En ce qui concerne le premier parc, rien ne s’est passé comme prévu ou, du moins, comme il aurait fallu, sauf pour le réacteur de Chooz A, dont le démantèlement est presque terminé. Les réacteurs UNGG sont tous à l’arrêt depuis la fin des années 1990. En 2016, EDF a annoncé qu’elle reportait la fin prévue de leur démantèlement de 2041 à 2100 en raison de difficultés techniques, reconnues d’ailleurs en termes très simples par M. Sylvain Granger, responsable du démantèlement chez EDF : « Nous sommes face à une difficulté technique non résolue à l’échelle industrielle. »

Nous avons tous été un peu intrigués, voire interloqués, par le fait que ce problème de faisabilité n’a été découvert que très récemment : alors même que le dernier réacteur de la filière a été arrêté il y a déjà vingt ans, que le réacteur américain de Fort Saint-Vrain, qui présente des caractéristiques assez semblables à celles de nos UNGG, a été démantelé il y a déjà dix-neuf ans, qu’EDF a réalisé des études sur cette question pendant quinze ans et que sa stratégie de démantèlement a été validée par l’Agence de sûreté nucléaire (ASN), on s’est rendu compte qu’il ne serait pas possible de réaliser le démantèlement dans les conditions prévues et qu’il allait falloir le reporter « au début du XXIIe siècle », pour reprendre les termes de l’ASN. Autrement dit, il faudra plus d’un siècle pour démanteler ces réacteurs !

Selon les prévisions d’EDF, le démantèlement de la vieille centrale de Brennilis, constituée d’un petit réacteur à eau lourde de 70 mégawatts, devrait être achevé, si tout se passe bien, en 2032. Il aura donc fallu, si tout se passe bien, quarante-sept ans pour démanteler un réacteur exploité pendant dix-huit ans.

Enfin, Superphénix, qui a été arrêté il y a vingt ans, en 1997, pose des problèmes particuliers en raison des difficultés qu’il y a à évacuer le sodium : à l’état liquide, celui-ci explose au contact de l’eau et prend feu au contact de l’air.

Rappelons que les installations du premier parc ne sont pas standardisées : chacune d’entre elles présente des particularités qui peuvent entraîner des surcoûts difficiles à anticiper. EDF n’a pas été en mesure de nous fournir – ou n’a pas souhaité le faire – le montant déjà dépensé ou prévu pour leur démantèlement. Nous ne disposons que d’une seule donnée : en 2006, la Cour des comptes a évalué le coût de démantèlement de la centrale de Brennilis à 482 millions d’euros, soit vingt fois le coût initialement prévu.

En ce qui concerne le deuxième parc, à savoir les cinquante-huit REP actuellement en fonctionnement, au vu des réponses de la plupart de nos interlocuteurs, nous n’avons pas de raison de douter a priori qu’EDF sera bien en mesure de réaliser leur démantèlement du point de vue technique. Restent les difficultés liées au travail dans un milieu radioactif : si EDF a anticipé, en mettant au point des robots évitant aux individus d’aller eux-mêmes dans des zones trop fortement radioactives, les centrales n’ont pas vraiment été conçues, au moment de leur construction, pour être démantelées. Il faut pouvoir introduire ces robots dans les endroits à démanteler, et il faut qu’ils disposent de suffisamment d’espace pour évoluer.

La standardisation du deuxième parc est généralement invoquée comme un avantage. Celui-ci est réel : dans la mesure où ces réacteurs sont sensiblement les mêmes, l’expérience acquise lors du démantèlement de l’un d’entre eux servira lors du démantèlement des autres. Cependant, dans la mesure où ils ont été construits pour l’essentiel à peu près au même moment, entre 1977 et 1987, on peut supposer que leur démantelèrent interviendra au cours de la même période. Dès lors, disposera-t-on du personnel et du matériel suffisants pour réaliser simultanément tous ces démantèlements ? En outre, si l’on est confronté à une difficulté sur un réacteur, ne risque-t-on pas de la rencontrer sur les autres réacteurs du parc ?

À ces difficultés s’ajoutent l’engorgement des lieux de stockage et l’absence, à ce stade, de filière adaptée pour le graphite usagé. Ces éléments étaient en marge de notre travail, mais il faut en tenir compte pour la faisabilité technique.

En définitive, nous considérons que la faisabilité technique du démantèlement n’est pas entièrement assurée.

S’agissant de la faisabilité financière, même si nous sommes d’accord sur l’essentiel, le président de la mission et moi-même ne faisons pas tout à fait la même interprétation : pour ma part, je considère que les charges de démantèlement sont vraisemblablement sous-évaluées et, par conséquent, sous-provisionnées.

Je vous donne d’abord quelques chiffres. Le coût global final du démantèlement est estimé par EDF à 75,5 milliards d’euros. Cette somme sera décaissée progressivement, au fur et à mesure des démantèlements. La somme qui doit être provisionnée s’élève à 36,1 milliards ; il s’agit d’une simple écriture comptable. Conformément à une spécificité de la loi française, heureuse à notre sens, les deux tiers de ces provisions, soit 23,5 milliards, doivent être couverts par des actifs dédiés.

Nous avons essayé de comparer ces estimations de coûts avec celles qui ont été faites dans d’autres pays. Les exploitants étrangers ont tous prévu des provisions supérieures à celles d’EDF. Ainsi que le président de la mission l’a relevé, deux facteurs peuvent l’expliquer : d’une part, les exploitants ne prennent pas forcément en compte les mêmes opérations ; d’autre part, l’importance et la standardisation du parc d’EDF peuvent laisser espérer un certain nombre d’économies d’échelle, qui ne sont pas envisageables dans les mêmes proportions ailleurs.

Toutefois, les chiffres annoncés par d’autres pays, notamment par le Royaume-Uni et les États-Unis, sont vraisemblablement plus proches de la réalité, car ils se basent sur des démantèlements qui ont été effectivement réalisés. Rappelons que, à ce stade, EDF n’a mené aucun démantèlement jusqu’à son terme.

À mon sens, un certain nombre de charges sont objectivement non provisionnées.

Ainsi, les taxes et assurances ne sont pas prises en compte. Le président de la mission a indiqué tout à l’heure que l’État pourrait finalement décider de ne pas demander le paiement de la taxe sur les installations nucléaires de base pour les opérations de démantèlement. Certes, cette taxe a été abaissée dans le cadre du dernier collectif budgétaire, mais elle existe toujours, et il faut donc la budgéter.

L’évacuation des combustibles usagés n’est pas prise en compte non plus, par principe, car elle est considérée non pas comme un coût de démantèlement, mais comme un coût d’exploitation. Reste qu’il faudra bien la financer à un moment donné.

La remise en état des sols n’est pas prévue, car EDF envisage la plupart du temps de construire de nouveaux réacteurs sur les sites concernés.

De plus, EDF mise sur une mutualisation qui repose sur l’hypothèse, à mon sens optimiste, de la construction de nouveaux réacteurs sur ces sites. Dans le cas de deux réacteurs situés côte à côte, si l’on en démantèle un pendant que l’autre reste en fonctionnement, un certain nombre de dépenses – gardiennage, utilisation des machines, etc. – peuvent servir pour les deux. En revanche, pour que cette mutualisation fonctionne pour le deuxième réacteur, cela suppose qu’un nouveau réacteur soit en construction. Certes, ce n’est pas exclu, mais il s’agit d’une vision optimiste de l’avenir du point de vue du financeur, car, à ce stade, les décisions en ce sens n’ont pas été prises.

Enfin, le taux d’actualisation retenu – c’est-à-dire, grosso modo, le taux d’intérêt appliqué aux provisions – est le plus élevé d’Europe, donc le plus favorable, ce qui nous paraît optimiste.

En outre, nous ne disposons pas de données précises – sans doute n’est-il pas possible d’en produire – sur le gain résultant de l’effet de série.

À mon sens, la méthode de calcul du coût global, appelée « Dampierre 2009 », donne elle aussi matière à discussion. Elle a consisté à estimer, en 2009, le coût du démantèlement d’un réacteur type de 900 mégawatts, celui de Dampierre, et à le multiplier par cinquante-huit. Or il y a deux limites à cette façon d’évaluer le coût global. Premièrement, on ne prend pas en compte l’historique de chacun des réacteurs ; certes, ils sont sensiblement identiques, notamment en termes de conception, mais ils ont connu des événements différents. Deuxièmement, entre 2009 et 2017, les exigences de sécurité ont été renforcées à la suite de l’accident de Fukushima. EDF, que nous avons interrogée à ce propos, indique en avoir tenu compte et affirme que cela ne modifie pas les coûts de manière sensible. Je suis disposée, le cas échéant, à adhérer à cette idée, mais, à ce jour, nous n’avons pas reçu les éléments chiffrés qu’EDF devait nous envoyer.

Autre coût qu’EDF n’envisage pas : le coût social. Aujourd’hui, on estime qu’une centrale nucléaire équivaut en moyenne à 1 000 emplois directs. EDF, que nous avons interrogée, a indiqué que, compte tenu de l’importance de son parc, des salariés qui ne pourraient plus travailler sur un site pourraient être embauchés sur un autre. Cette hypothèse n’est pas invraisemblable, mais il existe, à un moment donné, une limite, car il n’est pas absolument certain que chaque réacteur soit remplacé par un autre réacteur. Et, quand bien même on s’engagerait dans la construction de nouveaux réacteurs, ceux-ci seront plus puissants que ceux qui sont en service actuellement. Il n’y aurait donc vraisemblablement pas autant de réacteurs qu’aujourd’hui.

Enfin, une dernière interrogation porte sur la nature des actifs dédiés aux provisions et sur leur caractère liquide. EDF a notamment inscrit, au titre de ces actifs, sa filiale Réseau de transport d’électricité (RTE). Nous avons donc demandé aux responsables d’EDF si cela signifiait qu’ils envisageaient de vendre RTE si besoin en était. Ils nous ont répondu que non. Soit, mais alors, un problème de liquidité peut se poser. Si tel était le cas, comment s’y prendrait-on ?

Pour faire face à ces montants importants, la stratégie qu’EDF semble avoir retenue est de parier sur un allongement de la durée de vie des centrales nucléaires grâce au programme de « grand carénage ». Le montant de cet investissement est évalué à 74 milliards d’euros, ce qui équivaut au coût total du démantèlement estimé par EDF. Cette stratégie aurait trois conséquences favorables pour l’électricien : permettre aux provisions d’augmenter avec le temps ; étaler le démantèlement pour éviter l’ « effet falaise », c’est-à-dire le fait de devoir réaliser simultanément un grand nombre de démantèlements ; ralentir l’engorgement des exutoires. Cela pose cependant un problème réel au regard des citoyens que nous représentons : c’est une façon de s’asseoir sur la loi relative à la transition énergétique que nous venons de voter !

Ce pari nous semble d’autant plus surprenant et audacieux que, pour l’instant, l’électricien n’a pas reçu l’aval technique de l’ASN pour le prolongement de la durée de vie de la plupart de ses centrales.

Donc, nous concluons, dans notre rapport, qu’il est nécessaire de discuter beaucoup plus largement de cette stratégie de démantèlement. Les enjeux économiques, financiers, mais aussi, potentiellement, sanitaires sont extrêmement importants. D’autant que, si EDF n’est pas en mesure de financer le démantèlement dans les conditions prévues, cela signifie que l’État, c’est-à-dire, in fine, le contribuable, devra se substituer à elle.

Le nucléaire s’inscrit dans le temps long. D’où une difficulté à se projeter, y compris pour les opérateurs : il peut s’écouler un siècle, voire davantage, entre le moment où l’on pose la première pierre d’une centrale et celui où le site est totalement démantelé et assaini. Cela nous conduit à nous interroger sur le rôle de l’État actionnaire, qui détient 85 % du capital de l’électricien. Car si la République exerce sa tutelle sur EDF au travers du ministère de l’environnement, de l’énergie et de la mer, d’une part, et effectue un contrôle par le biais de l’ASN, d’autre part, c’est aussi la République et, donc, nous tous qui sommes censés définir la politique de l’entreprise via la participation détenue par l’État.

Je souligne l’intérêt et le plaisir que j’ai eus à réaliser ce travail, avec l’assistance de nos collaborateurs et des administrateurs de l’Assemblée nationale. Je remercie les membres de la mission d’information, en particulier Guy Bailliart, qui a été particulièrement présent. J’ai le sentiment, avec toutes les limites que cela comporte, d’avoir contribué à la réflexion et d’avoir fait œuvre utile. Je remercie le président Jean-Paul Chanteguet d’avoir permis le déroulement de cette mission.

Pour conclure, on peut s’étonner qu’on ne s’intéresse à cette question que maintenant, alors même que les réacteurs atteignent tous le terme de leur durée de vie initialement prévue, à savoir quarante ans – ce qui ne signifie pas que celle-ci ne peut pas être prolongée."

 

"Capitalisme et écologie"

Par Le 23/08/2017

INTERVIEW

Image tirée de "There Will Be Blood" de Paul Thomas Anderson, 2007

« Capitalisme et écologie sont incompatibles » – un entretien avec Pierre Madelin

Ludivine  Bénard

LUDIVINE BÉNARD

Aug 10 2017, 7:00am

Cet essayiste français, qui vit au Chiapas depuis 2012, revient pour nous sur l'impossibilité d'une « croissance verte ».

En mai 2017, Le Comptoir, blog socialiste, décroissant et écologiste dont je suis membre depuis ses débuts, accueillait un nouveau contributeur : Pierre Madelin. Traducteur spécialisé dans les « humanités environnementales », Pierre a la particularité de vivre, depuis 2012, dans l'État mexicain du Chiapas, bien connu pour l'expérience autogestionnaire qui y est mise en place depuis la révolution zapatiste du début des années 1990 – une expérience dont il a tiré son premier essai, Carnet d'estives, des Alpes au Chiapas. Le même mois, mon mensuel préféré, La Décroissance, faisait paraître une recension élogieuse du dernier livre de Pierre, Après le capitalisme, essai d'écologie politique. Dans le microcosme de la mouvance décroissante, nos chemins étaient donc amenés à se croiser.

En moins de 150 pages, Après le capitalisme dresse le constat d'une crise écologique mondiale, « une crise de l'humanité ou, pour le dire autrement, de la civilisation », principalement liée à la dynamique du capitalisme, « phénomène social total » qui a colonisé nos façons de penser, d'acheter, de manger, d'habiter. Mais l'ouvrage ne s'arrête pas là : parce que le capitalisme « doit être désigné comme l'ennemi à abattre » – et parce qu'il « ne mourra pas de mort naturelle », selon la formule de Walter Benjamin – il convient d'imaginer comment terrasser l'hydre moderne, cent fois annoncée au crépuscule de sa vie, cent fois revenue plus fort que jamais.

Non, on ne résoudra pas la crise écologique par de la « croissance verte » ou du « développement durable ». Non, le « capitalisme vert », comme le « capitalisme à visage humain », n'existe pas. Oui, il est nécessaire de concilier politique sociale et écologique pour sortir du marasme ambiant. « C'est donc avant tout à l'examen des possibilités "révolutionnaires" (au sens politique du terme) du présent et des différentes stratégies et scénarios qui s'offrent à nous » que l'ouvrage est consacré. Et, en bon libertaire, Pierre Madelin n'y va pas par quatre chemins : la solution ne viendra pas de l'État ou de politiques redistributives, mais plutôt de l'auto-organisation de sociétés en marge, dont les initiatives se diffuseraient. J'ai souhaité en savoir plus.

VICE : Bonjour Pierre. Dans le premier chapitre d'Après le capitalisme , tu estimes que seule la conjonction d'une révolution paradigmatique – en rupture avec l'imaginaire de domination rationnelle du monde, la toute-puissance de la technique et l'idéologie de la croissance – et d'une révolution politique et sociale pourrait nous sortir de l'impasse. Un mouvement comme Nuit debout correspond-il à cette conjonction ? Pourquoi a-t-il échoué ?
Pierre Madelin : Je vis au Mexique depuis plus de cinq ans désormais et je n'étais pas en France au moment de Nuit debout, aussi ne suis-je pas nécessairement la personne la mieux placée pour faire une analyse de ce mouvement. Je l'ai néanmoins suivi avec intérêt, et je pense effectivement que les pratiques de démocratie directe qui y ont été mises en place, ainsi que 
l'importance primordiale accordée aux enjeux écologiques, sont une voie à suivre. Le mouvement a essayé d'articuler une rupture proprement politique – la réappropriation d'une certaine souveraineté populaire à travers des assemblées – et une rupture « civilisationnelle », en insistant sur la nécessité d'une transformation en profondeur de notre rapport au monde.

On ne peut prendre soin que des lieux auxquels on est attachés, et l'on ne s'attache qu'aux lieux dans lesquels l'on vit durablement.

Quant aux raisons de son échec, ou tout au moins de son inachèvement, elles sont sans doute nombreuses. Tout d'abord, il me semble que les revendications portées par le mouvement demeurent marginales au sein de la population : nous ne vivons en aucun cas une situation prérévolutionnaire. D'autre part, Nuit debout a eu du mal à s'inscrire dans la durée. Pourquoi ? Peut-être parce que l'exercice d'une souveraineté proprement politique, formelle, finit au bout d'un certain temps par tourner à vide lorsqu'il ne peut pas s'appuyer sur des formes concrètes d'autonomie, dans des lieux partagés dans la durée et dans des espaces de travail et de vie. C'est notamment pour cela que j'insiste dans mon livre non seulement sur la nécessité de s'appuyer sur des formes de souveraineté pratiques, au niveau énergétique et alimentaire par exemple, qui offriraient ainsi une base matérielle à l'exercice de l'autonomie politique, mais aussi sur lareterritorialisation de la pratique politique. On ne peut prendre soin que des lieux auxquels on est attachés, et l'on ne s'attache qu'aux lieux dans lesquels l'on vit durablement. De même, une pratique politique commune peut difficilement être pérenne si elle ne réunit que des individus volatiles quant à leur lieu de vie.

Tu expliques que « nous assistons aujourd'hui à une nouvelle offensive du capital », qui prend d'assaut les ressources génétiques (brevetage du vivant), la connaissance et même la reproduction (marché des mères porteuses). Existe-t-il encore un seul pan de la vie quotidienne qui échappe à l'empire du marché ?
Nous assistons en effet aujourd'hui à une tentative de colonisation des moindres aspects de nos vies par la logique marchande. Toute la question est de savoir si cette agressivité sans bornes du capital est un signe de bonne santé ou si elle trahit au contraire un système en crise, qui cherche à se sauver désespérément en étendant son règne à des domaines de la vie qui n'avaient jusqu'alors pas été des sources de profit. La question demeure ouverte, et si certains théoriciens comme Immanuel Wallerstein ou Anselm Jappe pensent que le capitalisme est entré dans une phase de crise terminale, d'autres pensent en revanche que l'avènement d'une nouvelle phase d'accumulation aux conséquences désastreuses n'est pas exclu.

En France, Nicolas Hulot, personnalité politique préférée des Français, a été nommé « ministre de la transition écologique et solidaire ». De son côté, Emmanuel Macron s'est taillé une réputation mondiale d'écologiste en répondant « Make our Planet great again » à un Donald Trump qui souhaitait ne pas appliquer les accords de Paris. Que disent ces attitudes et ces slogans de la vision française de l'écologie ?
Je pense qu'il est préférable que nous soyons gouvernés par Macron, qui reconnaît l'existence et la gravité du changement climatique, plutôt que par Trump, personnage sinistre et ridicule. De même, quelles que soient les réserves que je peux avoir à son égard, je préfère Nicolas Hulot, écologiste sincère, plutôt que Scott Pruitt, nommé par Trump à la tête de l'Agence de protection de l'environnement américaine alors qu'il est lui aussi climatosceptique. Néanmoins, il faut bien reconnaître que la nomination de Nicolas Hulot, indépendamment du fait que celui-ci incarne une version très consensuelle de l'écologie politique qu'il me semble indispensable de critiquer, relève d'une stratégie politique opportuniste venant d'un président qui n'a accordé qu'une place minime à l'écologie dans son programme, et qui a en outre nommé à des postes clefs de son gouvernement des individus liés aux lobbies des énergies fossiles et du nucléaire.

Rappelons tout d'abord que pour Serge Latouche, il suffirait d'en revenir à l'impact écologique d'un Français moyen dans les années 1960 pour que notre mode de vie soit universalisable dans les limites écologiques de la Terre. En matière de retour à « l'âge de pierre », on a vu pire !

Sur le fond, et malgré les belles intentions affichées ces dernières semaines (fermeture de 17 réacteurs nucléaires, respect des accords de Paris), le fait est que capitalisme et écologie sont incompatibles : il n'y aura pas de développement durable. On ne voit donc pas comment il serait possible de respecter une feuille de route exigeante en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre tout en signant des traités de libre-échange à tout bout de champ, puisque l'intensification des flux de marchandises est une des principales sources d'émissions de gaz à effet de serre !

Selon toi, la dynamique du capitalisme est « aujourd'hui le principal facteur de dévastation de la Terre. D'un point de vue politique, […] c'est le capitalisme qui doit être désigné comme l'ennemi à abattre. » Comment peut-on le mener à sa perte ? 
Comme ne cessent de le répéter à juste titre les partisans de la décroissance, « une croissance infinie est impossible dans un monde fini ». En sus de cette limite écologique, je mets en avant deux autres limites : une limite interne (la baisse tendancielle du taux de profit) et une limite que j'appelle anthropologique.

Après, aussi intéressante et pertinente soit-elle, la réflexion sur les limites du capitalisme semble néanmoins problématique. En effet, ces limites, qui n'ont pas encore été atteintes, pourraient de l'être qu'au prix d'une destruction des fondements socioécologiques de la vie. La fin du capitalisme n'aurait alors rien de réjouissant, puisqu'elle impliquerait simultanément, dans le meilleur des cas, un appauvrissement considérable de l'existence ; les hommes seraient en effet condamnés à survivre dans un environnement hostile et dévasté.

Partant de ce constat, je consacre une grande partie du livre à explorer différents « scénarios » de sortie du capitalisme. Sceptique quant à la possibilité d'une sortie « par le haut », mise en place par l'État au terme de processus électoraux (pour ne rien dire d'un improbable processus révolutionnaire de prise du pouvoir), je défends pour ma part la nécessité d'une sortie « par le bas », qui prendrait la forme d'une auto-organisation généralisée des sociétés en marge de l'État. Il s'agirait, par exemple, d'instituer des pratiques d'autonomie énergétique et alimentaire à l'échelle de municipalités ou de régions, afin de « briser » la dépendance à l'égard du marché et de s'engager sur la voie d'une indispensable décroissance.

Les partisans de la décroissance le savent bien : à l'heure où la moindre baisse du PIB fait dresser les cheveux sur la tête de n'importe quel présentateur de BFMTV, les termes « décroissance » et « décroître » font peur et renvoient automatiquement à l'idée d'un retour vers « l'âge de pierre ». Soyons donc précis : de quelle décroissance parlons-nous ?
Rappelons tout d'abord que pour Serge Latouche, il suffirait d'en revenir à l'impact écologique d'un Français moyen dans les années 1960 pour que notre mode de vie soit universalisable dans les limites écologiques de la Terre. En matière de retour à « l'âge de pierre », on a vu pire ! Or, toute la question est là : les modes de vie engendrés par la croissance économique sont-ils universalisables dans les limites de la planète Terre ?

La dynamique de la croissance économique et celle de la démocratie, avec ses exigences d'égalité, ne peuvent aller de pair indéfiniment dans un monde aux ressources limitées et à la population croissante.

Il faut néanmoins souligner, toujours en accord avec Serge Latouche, que la « dynamique de la croissance économique » qui détruit l'environnement « n'est pas animée seulement par l'esprit de lucre, mais plus fondamentalement par la dynamique de la démocratie elle-même, qui refuse par principe que les plus démunis n'aient pas le droit d'obtenir ce que possèdent les plus riches ». Si chaque famille des classes supérieures d'un pays possède deux voitures, trois téléviseurs, prend l'avion quatre fois dans l'année et mange des produits surgelés six fois par semaine, pourquoi les pauvres n'auraient-ils pas le droit d'accéder à ces mêmes privilèges ? Le problème, c'est que sept milliards d'individus ne peuvent exercer ce droit et adopter ce mode de vie sans compromettre les capacités d'auto-régénération de la biosphère. La dynamique de la croissance économique et celle de la démocratie, avec ses exigences d'égalité, ne peuvent aller de pair indéfiniment dans un monde aux ressources limitées et à la population croissante. Deux possibilités se présentent alors : sacrifier l'égalité sur l'autel de la croissance économique et du « progrès », ce qui est finalement la logique profonde du capitalisme depuis ses origines, ou réorienter la démocratie en tenant compte des limites écologiques de la terre.

Dans le premier cas de figure, l'on considère que le mode de vie des nations et des classes sociales les plus favorisées n'est pas négociable. Mais comme il n'est pas non plus universalisable, il implique nécessairement la permanence ou la croissance des inégalités mondiales. Il peut même tendre à favoriser des épidémies, des guerres ou des pratiques eugéniques destinées à éliminer les populations les plus pauvres. Dans le second cas de figure, celui que nous défendons bien sûr ici, on admet la nécessité de la décroissance des pays et des classes les plus riches, et l'on reconnaît que la question des modes de vie doit être un élément déterminant de toute démocratie authentique à l'âge de l'écologie, que l'exigence d'égalité doit imposer certaines limites à l'exercice de la liberté.

Pour remplacer le capitalisme, tu sembles donc vouloir opter pour une « écologie politique libertaire », qui s'accomplirait sans l'action de l'État. À l'heure où le capitalisme s'empare de toutes les sphères de la vie quotidienne, où le covoiturage devient Blablacar, où le lien social entre le facteur et ma grand-mère est monétisé, l'espoir d'un changement « par le bas » est-il encore permis ?
Mais les transformations que tu évoques ne sont pas le fait d'une absence ou d'une démission de l'État ! Le capitalisme a toujours eu besoin de l'État pour bénéficier d'infrastructures, d'un cadre juridique et, lorsque cela est nécessaire, d'institutions répressives comme la police ou l'armée. Aujourd'hui encore, c'est une grave erreur d'analyser le néolibéralisme comme une phase de retrait de l'État. « Ce qui caractérise l'économie politique du néolibéralisme, nous disent Pierre Dardot et Christian Laval, n'est pas la passivité de la sphère politique, son caractère minimal, son rétrécissement ; c'est, bien au contraire, la permanence d'un interventionnisme gouvernemental producteur d'un ordre nouveau », et, ajouterai-je, un recentrage de l'État sur sa fonction répressive au détriment de ses fonctions redistributives. C'est la raison pour laquelle je retournerais ta question : l'espoir d'un changement « par le haut » est-il encore permis ?

Ceci dit, je n'ignore pas toutes les questions et les difficultés posées par la perspective d'un dépassement « libertaire » du capitalisme. L'imaginaire techniciste, mercantile et consumériste imprègne encore une majorité d'esprits, et nous continuons pour la plupart d'entre nous à tirer des bénéfices matériels non négligeables de cet ordre capitaliste que nous critiquons. D'autre part, même si nous étions à l'aube d'une révolution, il faut bien reconnaître que la possibilité de voir advenir un jour une société écologiste libertaire pose tout de même d'immenses difficultés (une bonne partie de mon livre est consacrée à en élucider la nature).

Je ne nourris effectivement aucune illusion sur les vertus écologiques du peuple, et je suis persuadé que les antagonismes entre la dynamique mortifère du capital et les groupes humains qui y résistent sont et seront irréductibles à des antagonismes de classe.

Pour l'instant, soyons plus modestes dans nos attentes, pour ne pas vivre de cruelles désillusions. Admettons que les États du monde entier n'auront pas l'initiative des transformations socioécologiques dont nous avons besoin, mais reconnaissons également que l'abolition de l'État n'est pas pour demain, ni ici ni ailleurs. Mobilisons-nous donc avant tout pour limiter la puissance meurtrière et écocide de l'État, et pour l'obliger, à travers nos luttes, à prendre des mesures contraires à sa nature et à offrir une assise institutionnelle et juridique à des changements dont l'origine sera toujours non-étatique.

Si tu considères que le changement viendra « d'en bas », tu ne nourris cependant aucune illusion quant aux croyances et convictions actuelles du peuple, « qui a intériorisé les injonctions productivistes et consuméristes du capitalisme, et qui participe donc pleinement d'un modèle civilisationnel écocide ». Quel rôle doit jouer l'école dans les changements de mentalité ?
Je ne nourris effectivement aucune illusion sur les vertus écologiques du peuple, et je suis persuadé que les antagonismes entre la dynamique mortifère du capital et les groupes humains qui y résistent sont et seront irréductibles à des antagonismes de classe, contrairement à ce que soutiennent certains auteurs qui persistent à y voir l'opposition entre la « common decency » des classes populaires et la rapacité des élites, que l'on associe aujourd'hui généralement à la sphère du capitalisme financier. Ce populisme écologique, qui renouvelle d'une certaine façon le thème de la lutte des classes (quoique sous une forme plus « diluée » : on ne parle plus de classe ouvrière ou de prolétariat, mais, dans un flou sociologique total, de « classes » ou de « milieux » populaires), constitue d'après moi une critique tronquée du capitalisme, dans la mesure où elle persiste à présenter celui-ci comme la domination d'un groupe spécifique (les banquiers, les Juifs, les multinationales, etc.) sur l'ensemble de la société et de la nature, et non, comme je le pense, comme un mécanisme de domination impersonnel, qui conduit chacun à intérioriser, comme tu le rappelles dans ta question, les injonctions productivistes et consuméristes du capitalisme, et donc à participer pleinement d'un modèle civilisationnel écocide.

C'est tout le problème de l'émancipation dans une société où les dominants et les dominés partagent un même imaginaire et des valeurs similaires, et où aliénation et servitude sont non seulement perçues comme « naturelles », mais plus encore comme désirables.

Merci beaucoup, Pierre.

Ludivine est sur Twitter.

Ecole privée / publique

Par Le 22/08/2017

Il y a trois ans, lorsque j'ai dit à l'institution que je refusais de collaborer au démantèlement de l'école publique au profit de l'école privée, je me suis retrouvé banni.

J'avais pourtant raison.

J'ajoute qu'il ne s'agit nullement d'une conséquence inattendue mais bien du projet initial du gouvernement et de ses sbires.

Même si aussitôt, je passe aux yeux de certains comme un complotiste paranoïaque. 

J'invite les sceptiques à lire le cahier numéro 13 de l'OCDE...

Cahier numéro 13 de l'OCDE

OCDE, c'est du long terme...

 


 

 

L’école hors-contrat du Blanc-Mesnil rencontre toujours plus de succès

 

Au nombre de 25 lors de la création de l’école en 2010, 300 élèves feront leur rentrée en septembre. L’école du Blanc-Mesnil a dû recruter plusieurs professeurs pour répondre à la hausse des effectifs.

Par Hassina Dris | 

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Fin juin, l’école du Blanc-Mesnil était à la recherche de plusieurs professeurs, de français, d’espagnol et d’allemand, pour ses classes de collège. À l’approche de la rentrée, l’école hors-contrat a quasiment bouclé ses effectifs, il ne resterait plus qu’un professeur d’allemand à dénicher. L’établissement compte 43 personnels à ce jour.

La preuve d’un succès pour cette école qui a démarré en 2010 avec à peine 25 élèves et qui accueille désormais les écoliers de la maternelle à la troisième. En 2014, année de la mise en place de la réforme des rythmes scolaires, le nombre d’inscrits a explosé avec 200 élèves scolarisés. Trois ans et une réforme des collèges plus tard, ce sont 300 élèves qui seront sur les bancs de l’école du Blanc-Mesnil à la rentrée.

« Les enfants sont devenus de la chair à canon. En une quinzaine d’années, j’ai observé une chute vertigineuse. »

Si cette hausse des effectifs devrait ravir la créatrice de l’école, Françoise Candelier, il n’en est rien. Pour elle, ce phénomène est avant tout dû «  à un système qui tombe en ruines  ». Celle qui a enseigné pendant 30 ans au sein de l’Éducation nationale en est fortement déçue : «  Les enfants sont devenus de la chair à canon. En une quinzaine d’années, j’ai observé une chute vertigineuse dans l’Éducation nationale. Que ce soit Vincent Peillon ou Najat Vallaud-Belkacem, ce qu’ils ont fait à l’école publique est épouvantable. Ce n’est pas normal que les parents soient obligés d’inscrire leurs enfants dans les écoles hors-contrat pour avoir une instruction adaptée.  »

Instruction classique et règle stricte

À l’école du Blanc-Mesnil, c’est avant tout une instruction classique et approfondie, avec des règles strictes, qui en font le succès. «  Ici, interdiction d’entrer avec le téléphone portable. On récupère tous les téléphones avant l’entrée en classe et l’élève le récupère à la fin de la journée. S’il est pris une fois avec, c’est deux jours de mise à pied, au bout de la troisième fois, c’est l’exclusion définitive. Et il n’y a jamais eu de problèmes.  »

Françoise Candelier est intransigeante sur la discipline et a confiance en certaines méthodes d’apprentissage bannies depuis longtemps de l’Education nationale : «  En CP, on apprend la méthode alphabétique. C’est affolant le nombre d’enfants qui ne savent pas écrire en sortant de la primaire. Ici, à leur entrée au collège, les élèves connaissent déjà tous les auteurs classiques, que l’on approfondit jusqu’en 3e.  »

Et pour les élèves en difficulté ? Là encore, l’école croisienne s’adapte à chaque enfant en proposant des classes à plusieurs niveaux. Pour la rentrée, au collège, il y aura donc deux classes pour les 6e, pour les 5e et pour les 4e et une pour les 3e. «  Ce n’est jamais pareil d’une année sur l’autre. À l’école du Blanc-Mesnil, on s’adapte toujours.  »

Bientôt des cours d’italien et de grec

À l’école du Blanc-Mesnil, on propose pour l’instant l’apprentissage de trois langues vivantes : l’anglais, l’espagnol et l’allemand. L’établissement envisage de proposer de l’italien prochainement. Il pourrait aussi y avoir du grec, mais seulement en cours du soir, en fonction de la demande. En sachant que le latin y est déjà enseigné.

 

Poursuivez votre lecture sur ce(s) sujet(s) :Collège|Enseignants|Enfants|Croix (59170, Nord)

 

Le moustique tigre

Par Le 21/08/2017

Enervement à la lecture de l'article sur l'invasion de moustique tigre dans la région grenobloise...

On explique comment traiter les eaux stagnantes, c'est à dire comment l'homme doit s'y prendre pour réduire la prolifération des larves.

Mais le premier problème n'est pas là.

L'origine du mal remonte à l'impact de l'homme sur les prédateurs du moustique et en premier lieu, les oiseaux.

Depuis 25 ans qu'on habite en Savoie, on a vu diminuer de façon effarante la population de petits oiseaux, moineaux, mésanges, hirondelles, bouvreuils, et passereaux en tous genres. Je peux ajouter l'affaiblissement considérable des batraciens. Ici, on a un lac qui sert de zone de reproduction aux grenouilles et depuis plusieurs années, on les récupère quand ils descendent des collines pour éviter qu'elles soient écrasées par les voitures. On les met dans des paniers et on les libère à l'eau. Là aussi, les populations péréclitent de façon alarmante. 

Quelles sont les raisons ? Pesticides, agriculture intensive, remembrement et urbanisation, circulation routière, pollutions des cours d'eau etc etc...

Alors, avant de demander aux jardiniers et adeptes de potager et donc récupérateurs d'eau de pluie de "nettoyer" les eaux des bassins, il faudrait dans un premier temps et de façon urgente s'intéresser à la survie des prédateurs...Encore une fois, on travaille à l'envers...

 

Le moustique-tigre a envahi l'agglomération grenobloise

 

© France 3 Rhône-Alpes © France 3 Rhône-Alpes

 

Le moustique-tigre sévit plus que jamais autour de Grenoble. Plusieurs communes de l'agglomération ont dû faire appel aux experts de l'Entente Interdépartementale Rhône-Alpes de Démoustication pour venir à bout du petit insecte tigré.

Par LC 

ZZzzzZZ... Il est partout, le moustique-tigre. Et notamment près des berges de l'Isère, à l'Ile Verte à Grenoble. Les habitants n'en peuvent plus, mais les pharmacies se frottent les mains: les ventes de répulsif battent des records. 
 

Prolifération du moustique-tigre
Intervenants: Catherine Zitouni, préparatrice en pharmacie - Stéphane Serrano, technicien EID, Entente Interdépartementale de Démoustication - Stéphane Campos, technicien EID - Michel Chamel, habitant de Saint-Martin-d'Hères Equipe: Jean-Christophe Pain - Jérôme Ducrot


Certaines communes, dont Saint-Martin-d'Hères, ont pris le problème à bras-le-corps. Elles ont dû faire appel aux experts de l'Entente Interdépartementale de Démoustication. Traitement et prévention... Ces experts font aussi du porte-à-porte pour informer les habitants sur les bonnes habitudes à prendre.

 

© ARS

Le moustique

Le moustique, ses oeufs, ses larves et sa nymphe

Sous le terme 'moustique' se cache toute une panoplie de diptères plus ou moins agressifs pour l'Homme. Qui est-il ? Comment se reproduit-il, pourquoi nous pique-t-il et comment l'éloigner ? Apprenons à mieux connaître cet insecte ailé.

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Moustique communOeufs, larves et nymphes de moustiquesLa moindre soucoupe remplie d'eau et les larves de moustiques se développentLe moustique tigre, Aedes albopictus

Le moustique, un insecte méconnu

 

Bien que la plupart des personnes ait eu à faire à un moustique un jour, bien peu connaissent cet insecte dans le détail. Il existe en fait plusieurs espèces de moustiques (3500 au niveau mondial) dont une quarantaine qui sévit sous nos latitudes. Les Aedes, Ochlerotatus et Culexsont les espèces les plus fréquemment rencontrées.

La piqûre de la femelle, car seule celle-ci pique, peut causer des démangeaisons très gênantes.

Le 'moustique tigre' Aedes albopictus, zébré de blanc fait beaucoup parler de lui à cause de son installation sur notre territoire et du risque de transmission de maladies comme le chikungunya et de la dengue. A noter que certaines espèces autochtones peuvent aussi transmettre le virus West Nile dont quelques cas d’infection humaine et équine ont été signalés en Camargue et dans le Var en 2003-2004.

Autrefois en Corse et dans le Var, l’Anophèle était le vecteur du paludisme mais un traitement massif en est venu à bout. Il sévit encore malheureusement de part le monde contaminant chaque année de nombreuses personnes.

Cycle de vie du moustique

Selon l'espèce, le cycle de vie du moustique peut varier de 3 semaines à plusieurs mois, certaines d'entre-elles ayant la capacité d'hiverner. Dans leurs premiers jours de vie, les adultes se nourrissent de nectar puis vient le temps de se reproduire. L'accouplement se déroule soit en vol soit sur un support. Le sperme est alors stocké par la femelle qui devra prendre un premier repas sanguin afin d'assurer la maturation des œufs grâce à cet apport protéiné.

Selon les espèces, les femelles piqueront des batraciens (Culex hortensis, Culex impudicus), des oiseaux (Culiseta longiareolata) et bien sûr des humains (Culex caspius, Aedes detritus, Culex pipens, Aedes albopictus...). Une fois le repas pris, la femelle attend dans un endroit abrité que les œufs soient arrivés à maturité pour pondre. La ponte se fera dans de l'eau stagnante de préférence, voire dans une flaque boueuse car les œufs peuvent rester viables malgré une longue période de sécheresse. Chaque ponte donnera naissance à 100 voire 400 œufs qui se transformeront en larves aquatiques durant 7 à 12 jours. Ces dernières deviendront ensuite des nymphes en 2 à 4 jours pour devenir adultes et prendre leur envol.

Les repas, qu'ils soient faits de nectar ou de sang, se prennent souvent au crépuscule. S'adaptant particulièrement bien, le moustique hiverne à un stade bien précis de son développement selon l'espèce si la région présente un hiver trop rigoureux. Certains hivernent au stade d’œufs, d'autres de larves, d'autres encore au stade adulte. Il trouvent alors un abri mais ne se reproduiront pas avant que les jours aient rallongés et que les températures soient plus clémentes.

Les prédateurs du moustique

Conserver une belle biodiversité au jardin permet de lutter contre les moustiques de façon naturelle. Les oiseaux sont de grands amateurs de ces insectes, tout comme les batraciens, les reptiles ou même les chauves-souris.

Les poissons assurent aussi une part du travail d'élimination s'attaquant directement aux œufs, larves et nymphes !

L'Homme est bien sûr un des plus gros tueur de moustiques puisque sa durée de vie passe de 6 mois à 6 semaines en période estivale tant il est chassé à cause des désagréments qu'il cause.

Certaines plantes peuvent aider à les repousser sans pour autant les tuer, il s'agit de Pelargonium citrosa (Géranium odorant), Cymbopogon citratus (Citronelle), mais aussi de la melisse, du basilic à petites feuilles ou du thym citron.


 

Handicap et scolarité

Par Le 20/08/2017

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« Lettre d’une AVS… Une quoi ? »

 

 

aeshjob 

J’éprouve un besoin, une obsession, mieux une obligation. Témoigner.
Je suis auxiliaire de vie scolaire. Ce que j’éprouve n’est pas de l’aigreur ou de la fatigue mais plutôt un sentiment d’impuissance et d’injustice.
Je suis une femme, j’ai 40 ans, je vis en couple et j’ai deux enfants.
Je possède une maîtrise d’arts plastiques.
J’ai travaillé dans le domaine du social tout en étant bénévole dans une association d’arts plastiques et en ayant passé un certificat d’art thérapie.

Depuis 8 ans je travaille en tant qu’auxiliaire de vie scolaire.
Vous savez ces personnes sans qui les enfants handicapés ne pourraient ou auraient de grandes difficultés à être scolarisés.
Vous connaissez ? Ces personnes qui sont embauchées avec un baccalauréat minimum, qui tentent d’adapter la pédagogie des professeurs au handicap de l’enfant qu’ils accompagnent, qui assistent aux réunions pluridisciplinaires pour mettre en place un projet d’accueil de l’élève dans l’école.
Vous savez ces personnes qui s’informent, se documentent sur le handicap spécifique de l’enfant dont ils s’occupent.
Ces personnes qui aident l’enfant à la bonne mise en œuvre de son intégration sociale avec ses camarades, avec le personnel de l’école, celles qui font le lien entre les parents et l’école, celles qui dialoguent, qui écoutent, qui essaient de comprendre, d’expliquer.
Celles qui aident l’enfant à aller aux toilettes, qui le nettoient, qui le recoiffent, qui le rhabillent, qui l’accompagnent dans toutes les activités scolaires extérieures à l’école.
Ces personnes payées une misère auxquelles aucun CDI ou titularisation ne peuvent être promis, auxquelles aucune certitude de reconduction de CDD ne peut être garantie.

Et bien, ces personnes c’est moi et quelques milliers d’autres qui aiment leur travail, qui se sentent utiles et qui réfléchissent à leurs rôles professionnels dans leur établissement, qui s’adaptent aux différents enfants qu’ils suivent, qui sont surdiplômés par rapport à la fiche de poste qu’ils ont ou par rapport au dernier « diplôme » niveau CAP pondu par on ne sait qui .
Ce sont ces personnes qui depuis des années ont réfléchi et ont créé le métier d’auxiliaire de vie scolaire (AVS) maintenant accompagnant d’élève en situation de handicap (AESH)
,oui les acronymes sont importants dans l’Education Nationale.

Après 6 ans de contrat d’un an, renouvelé tous les ans, je suis virée, non pas que je travaille mal, que j’ai commis une faute grave, non il s’agit de la fin de ce système de renouvellement qui mettrait l’éducation nationale en infraction si elle me proposait un autre contrat.
Deux ans de chômage où je vous passerai les détails pour trouver un emploi ou prétendre à une formation professionnelle.
Puis un autre contrat, privé, en CAE-CUI. Qu’est- ce donc ? Mon salaire est subventionné à 70% par pôle emploi pour permettre à un autre établissement
de me recruter. Il s’agit à la base d’un contrat pour aider les plus démunis, les plus mal diplômés à être embauchés.
J’ai droit à ce contrat car cela fait 2 ans que je suis au chômage. Quelle aubaine pour les principaux d’établissement qui peuvent embaucher à 20h, pas plus, au smic (675€ par mois) des personnes soit diplômées en psychologie, soit avec une expérience de plusieurs années dans le monde du handicap, soit ayant un master I, II etc.
Ce contrat est valable 2 ans et ne peut être renouvelé. Me voilà en fin de contrat, j’ai 40 ans, une famille, une expérience professionnelle qui n’est
absolument pas reconnue, et quoi ? Il faut que je refasse 2 ans de chômage pour pouvoir être à nouveau rembauchée ? 675€ de chômage ça fait… Oups, à peu près 400€ par mois pendant 2 ans. Quelle aubaine !

J’avais envie d’expliquer ma situation qui est semblable à beaucoup d’autre et encore, je peux prétendre avoir de la chance d’avoir un compagnon qui travaille. ( Bonjour l’indépendance financière ! au revoir féminisme !)
Une collègue doit aller au resto du cœur pour nourrir son enfant. Elle rentre dans les statistiques des travailleurs pauvres surdiplômés.
J’en deviendrais cynique si ce n’était pas à pleurer ! Comment être disponible et à l’écoute de tous ces enfants emprisonnés dans leur handicap lorsque l’on ne sait pas si son propre enfant mangera à la fin du mois ? Et pourtant, elle parle de son métier comme d’une passion.

Mais voilà que mes deux ans de contrat se terminent, et voilà que j’ose demander un CDI. Qu’ai-je fait, quoi ! Non, mais moi petite AVS demander un CDI, alors que j’ai raté tous mes concours, alors que l’inspection académique n’a aucune trace de mes recherches d’emploi pérenne…
Non, vous ne rêvez pas, c’est exactement ce que m’a répondu mon administration.
Après de nombreuses turpitudes et combats, j’ai décroché…un nouveau CDD renouvelable tous les ans pendant 6ans à 600€ par mois !
Me voici repartie dans les méandres de contrat précaire, de CDD qui n’en finissent plus, de quotité horaire dérisoire.
Allez tiens bon après 14 ans de CDD tu pourras peut-être bénéficier de l’aumône d’un CDI à 20h.
L’AESH est très souvent femme, très souvent considérée comme dévote, prédisposée au bien être des autres, au « care », tout ce qui peut être dans notre schéma de société patriarcale dévolu à la féminité.
Pourtant accompagner un élève handicapé n’est pas que du soin et de la douceur. Parfois il s’agit aussi d’une relation conflictuelle, d’une réflexion psychologique et pédagogique, d’une observation, d’une posture professionnelle et non compassionnelle, il s’agit de comprendre le fonctionnement de l’enfant de l’intégrer dans un projet de progression dans ses apprentissages, il s’agit d’un travail d’adaptation, un travail de groupe, d’équipe, il s’agit d’inclusion scolaire.

C’est un métier passionnant que beaucoup laissent tomber à contre cœur au vue du salaire misérable.
Mais de plus en plus de collectifs d’AVS et d’AESH se créent un peu partout en France qui ne murmurent plus mais crient, grondent et commencent à se faire entendre.
Impuissance, injustice, dégoût, voilà mes sentiments, mes sensations face à l’immobilisme des pouvoirs publics.
J’écris cette lettre pour tous les parents d’enfants en situation de handicap qui sont épuisés de devoir combattre, revendiquer, tomber, se relever, se remettre prêt au combat pour leur enfant.
Je l’écris pour tous les accompagnants qui sont injustement maltraités par l’administration, qui ne sont « rien » (c’est à la mode, je crois) face aux hauts fonctionnaires de l’éducation nationale et qui font un travail remarquable.
Ceci est une réponse à un besoin, une obsession, une obligation. »


Agathe.

 
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15 commentaires sur “« Lettre d’une AVS… Une quoi ? »”

  1. Bonjour, vous ne pouvez pas mieux résumer !! Je suis dans la situation de votre amie, maman de 53 ans solo avec une fille de 18 ans qui doit entrée a la faculté en septembre prochain et Ouiii avec 687 € par moi et un emploi précaire , comment peut-on exploiter encore un peu plus ces pauvres AVS nous sommes juste un pion pour ces petits qui ont besoins de gens comme nous!!! Parents aidés nous .

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  2. oui AGATHE, oui, mille fois oui. Je te rejoins et me reconnais dans ta lettre et suis approximativement dans le mème cas de figure sauf que je suis plus âgée, et avec une longue expérience dans l’éducation spécialisé. J’ai eu le malheur de changer de région pour suivre mon conjoint, et là fini, plus d’expérience, plus de reconnaissance et cela fait 11 ans que je fais des CDD, payés au SMIC. J’ai de plus commis la pire des choses, avoir un enfant à 40 ans ……Alors depuis 4 années, j’exerce la fonction d’AVS en CUI, puisque éducatrice spécialisée, ce n’est plus possible…. J’aime ce que je fais mais la différence de salaire à été très difficile a accepter ainsi que le niveau de reconnaissance, je m’accroche et essaie là ou je suis de faire bouger les lignes …..

    Aimé par 1 personne

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  3. Merci pour ta colère qui me fait du bien.Cette précarité permanente est très difficile et pourtant c est un métier qui a du sens!Je suis en cdd aesh et c est très difficile de ne pas savoir si contrat renouvelle ou pas et cet espèce de salaire miséreux qui ne permet pas de vivre même si les enfants restent optimistes dans ce monde d adultes!!!!!

    Aimé par 1 personne

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  4. J’ai lu.
    Je me suis reconnue.
    Les larmes montent
    La gorge se serre
    La passion est
    Pourquoi tant de méprise et de braderie
    Pourquoi ça semble figé dans le marbre des vieille rues institutionnelles
    Pourquoi rien ne concorde….

    Pourquoi ? L’argent, cette erreur créée par l’Homme contre lui même.

    Val. Aesh.

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  5. bonjour!
    je suis un homme et aesh (et oui, il y en a, mais maintenant je suis habitué et accepte, toujours avec un sourire, la féminisation de ce métier, même quand on parle « d’une avs « , en ma présence en équipe de suivi…)
    rien à redire sur tes propos, car certes c’est un métier passionnant….mais tellement peu reconnu (et je ne parles pas que du salaire!)
    en tout cas je suis de tout coeur avec toi, et je pense que l’on est nombreux(ses) à partager ton avis, à en avoir marre de cette précarité, pour soi et pour les autres
    personnellement, j’ai eu beaucoup de chance dans mon parcours d’aesh (je suis en cdi à 27h mensuel), à défaut de mon parcours professionnel (bac+3), mais suis dépité par la situation de nombres de mes collègues, et quand je vois le type de diplôme qu’ils nous pondent!
    je sens , et j’espères que l’ensemble de nos collègues vont réagir et ne plus accepter d’être traité(e)s de la sorte
    je suis du 44 (nantes) et dois avouer que dans notre département, on ne voit pas forcément beaucoup de collègues pour se rassembler ou assister à des réunions syndicales, mais j’ai bon espoir quand je vois que dans beaucoup de coin dans la france, les gens commencent à se réveiller
    bon courage à tous et à toutes
    nicolas

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  6. euh ok, pas de souci
    moi je tiens juste à être solidaire avec tout mes collègues
    et tant que les uns peuvent apporter aux autres!
    bonne journée à vous
    nicolas, alias pitou

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  7. Bravo Agathe, quel courage, moi je l’ai un peu perdu !! Dans 2 ans, j’en aurai 50 !! j’ai un BAC + 3 et je me me dis : quelle cata !! alors c’est sûr c’est un métier passionnant, mais difficile, non seulement nous n’avons pas de salaire décent mais en plus nous n’avons même pas des formations intéressantes et utiles !! Je ne sais pas si c’est pareil dans toute la France, mais dans le 86 à Poitiers, c’est la catastrophe, on ne répond pas à nos questions, à nos demandes, le rectorat balance des personnes qui viennent de n’importe quel horizon sans formation sur le terrain et elles se retrouvent face à des enfants, des ados, des handicaps, des situations aussi différentes les unes que les autres, et aucunes aides pour s’adapter, pour débuter, pour savoir ce qu’il faut faire !! Alors moi j’ai eu la chance de tomber dans un Lycée extra, avec une CPE extra, qui à pris le temps de m’expliquer ce qu’il fallait faire et comment, et qui laisse sa porte ouverte en permanence en cas de besoin … mais Il ne faut surtout pas compter sur le rectorat, il faut aller sur internet pour se former, fouiller, aller dans les bibliothèques pour trouver des ouvrages appropriés au handicap de votre élève… bref c’était juste pour compléter un peu ton propos, car il y a tout ce que tu as dit qui est totalement vrai et qu’il faut dénoncer, tu as complètement raison, mais je crois qu’il est important que les parents savent que ce n’est pas un petit CAP qui va changer grand chose, surtout si le rectorat n’est pas capable de mettre un contenu utile dans cette formation !!
    bonne journée à tous
    Lo

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    • Lo, tu ne dois pas te décourager ! J’ai 55 ans, 2 années d’AVS et je démarre à la rentrée en tant qu’AESH, CDD d’un an.
      Le plus difficile pour moi est la non-reconnaissance des équipes avec lesquelles nous travaillons, et je l’attribue au manque de professionnalisation, donc avant tout de formation. Et aussi critiquable que soit le DEAES nouvellement créé, j’y vois quand même une avancée. Je compte le préparer en VAE.
      Je ressens ce besoin d’un diplôme pour être reconnue comme une professionnelle – j’ai vu trop d’AVS en CUI en manque total de motivation, je n’ose dire de « vocation ». Je suis d’accord avec Agathe, je marche comme beaucoup sur la même route qu’elle, mais les choses bougent, oui des collectifs se créent, il nous manque une représentation syndicale digne de ce nom, distincte des syndicats d’enseignants auprès desquels il est parfois très difficile de faire sa place.

      Aimé par 1 personne

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  8. Autisme Pyrénées Hélas, le combat est des deux côtés….AVS et Parents vs Administration qui n’a pas encore pris la mesure et l’ampleur du problème de l’inclusion des enfants handicapés. Il y aurait peut-être une action conjointe AVS-Assocations enfants handicapés à mener…

    Aimé par 1 personne

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  9. Beau résumé, que je vais partager, Agathe… Il y a 9 ans, je voyais la fin des six ans contractuels arriver (perso, j’avais bénéficié de contrats de 2 ans, gros privilège!). J’étais ultra formée (essentiellement par expériences successives et assez peu par les formations proposées qui venaient toujours « après la guerre ») j’avais une excellente réputation et j’avais fait partie de ceux qui ont essuyé les plâtres, quasi inconnus au bataillon, mais en vous lisant, je réalise que ça n’a quasiment pas changé, les AVS se débrouillent et trouvent en eux des trésors d’inventivité pour accompagner les élèves.

    Lors d’une réunion, une dame très haut perchée dans l’académie déclarait aux 400 AVS présents que leur fonction n’était pas un métier. Texto. Avec, en gros sous-entendu, « une fois que vous aurez fini vos 6 ans, faites une validation d’acquis, bougez vous les fesses et trouvez ENFIN un vrai métier » le tout assené sur un ton de mépris qui m’a mise dans une telle colère que je l’ai mouchée sur son terrain, sans m’énerver, avec acclamations finales (au temps pour ces bourrins d’AVS)

    Je ne sais pas ce qui est pire, ce salaire indigne ou le mépris que montre l’EN pour les pauvres petites fourmis travailleuses, en comptant toujours sur le « ils se débrouilleront ». Quoiqu’en fait c’est la même chose. A salaire indigne/statut inexistant/considération minimum.

    Mais l’indignité, elle est chez ceux qui décident que l’humain est moins important que des économies de moyens et de personnes, pourvu que la Machine fonctionne.

    Aimé par 1 personne

    Réponse

 

Communication non violente

Par Le 20/08/2017

Les 4 clés de la communication non violente (CNV)

 

PAR  · PUBLICATION  · MIS À JOUR 

communication non violente

Selon son instigateur et créateur, Marshall Rosenberg,

« La Communication Non Violente, c’est la combinaison d’un langage, d’une façon de penser, d’un savoir-faire en communication et de moyens d’influence qui servent mon désir de faire trois choses :

  • me libérer du conditionnement culturel qui est en discordance avec la manière dont je veux vivre ma vie ;
  • acquérir le pouvoir de me mettre en lien avec moi-même et autrui d’une façon qui me permette de donner naturellement à partir de mon cœur ;
  • acquérir le pouvoir de créer des structures qui soutiennent cette façon de donner. » (via)

 

 

Retrouvez la suite de cette vidéo ici (merci à Cedric Eulliot pour son excellent travail de traduction).

 

Marshall Rosenberg a construit la communication non violente (CNV) sur 4 bases :

OSBD

O comme Observation

Observez mais ne faites pas de jugement de valeur et ne généralisez pas.

A éviter :  » Tu es tout le temps en retard/désagréable/triste ».

Préférez plutôt : « Nous avions rendez-vous à 18H. Il est 18H15. J’aurais aimé être averti de ton retard. »
« Je vois que les habits ne sont pas rangés dans l’armoire. »

 

S comme Sentiment

Exprimez ce que vous ressentez, partagez vos émotions.

 

Par exemple : « Quand j’entends ces mots, je me sens rabaissé et triste. » « Je suis triste,… »

Retrouvez le vocabulaire des émotions dans cet article.

 

B comme Besoin

Derrière chaque émotion, se cache un besoin satisfait (sentiment positif) ou insatisfait (sentiment négatif).

Les besoins sont à la base de la CNV car « les jugements portés sur autrui sont des expressions détournées de nos propres besoins inassouvis ».

Les identifier, c’est s’inscrire dans une action réparatrice.

La liste des besoins est ici.

 

D comme Demande

C’est la dernière étape de CNV. Il s’agit d’exprimer une demande. N’attendons pas que les autres devinent nos besoins, exprimons-les. Ainsi nous évitons de porter des jugements hâtifs autant que faux sur ceux qui nous entourent.

 

 

Je vous conseille la lecture de « Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) » (disponible sur Fnac.com et Amazon.fr)

 

 

Conclusion :

la communication non violente mériterait d’être enseignée à l’école, à la maison et dans les entreprises.

  • En tant que parents, commençons par en inculquer les principes à nos enfants. Rien que le fait d’apprendre à exprimer ses émotions et de ne pas porter de jugements de valeur est gage d’une épanouissement certain.
  • Dans notre vie professionnelle, engageons-nous dans cette voie, véritable philosophie de vie pour améliorer les conditions de travail et réinstaurer du respect.
  • Dans notre quotidien, au sein de notre famille ou en couple, ces 4 clés assureront des relations sereines et positives.

 

 

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Triangle de Karpman

Par Le 20/08/2017

Sortir du triangle Persécuteur-Victime-Sauveur (triangle de Karpman)

 

PAR  · PUBLICATION  · MIS À JOUR 

Le triangle de Karpman, connu également sous le nom de triangle dramatique, est un triangle représentant les relations entre trois rôles d’un jeu psychologique dangereux : le Persécuteur – le Sauveur – la Victime.

victime bourreau sauveur sortir du cercle

Comme le résume parfaitement Christel Petitcolin dans son livre « Victime, bourreau ou sauveur : comment sortir du piège ? » :

Le Persécuteur/Bourreau attaque, brime, humilie, donne des ordres et provoque la rancune. Il considère la victime comme inférieure.

Le Sauveur étouffe, apporte une aide inefficace, crée la passivité par l’assistanat. Il considère aussi la victime comme inférieure et lui propose son aide, à partir de sa position supérieure.

La Victime apitoie, attire, énerve, excite. Elle se positionne comme inférieure et cherche un Sauveur ou un Persécuteur pour conforter sa croyance.

Triangle de Karpman

Extrait de « boostez votre parcours professionnel avec le mind mapping »

Notons que ces rôles ne sont pas figés, ils sont interchangeables, parfois plusieurs fois dans une même journée.

Ce type de jeu est néfaste pour les individus et les relations. Il est donc important :

  1. d’en prendre conscience

  2. d’en sortir

  3. de refuser toute proposition de rentrer dans ce type de relation

L’impact de l’éducation et le rôle des parents

Notons que ces jeux sont fort répandus dans notre société occidentale et trouvent leurs racines dans notre enfance.

Exemple de scénario : l’enfant est une Victime évidente (car il est dépendant) et les parents jouent tour à tour le rôle de bourreau et de sauveur (via les compliments, les menaces, le chantage, les comparaisons, les jugements, les récompenses, punitions, etc.).

C’est comme cela que le schéma de ce jeu psychologique se met en place et se perpétue.

Mais il y a d’autres configurations possibles :

Le parent Persécuteur a peut-être été lui-même persécuté. Il reproduit donc ce qu’il a vécu en se montrant trop exigeant, anxieux, intolérant, répressif,… L’enfant sera donc privé de liberté, ne pourra pas montrer ses émotions, sera stressé et aura tendance à développer des complexes (notamment d’infériorité).

 

Le parent Sauveur sera trop laxiste et tentera sans cesse de plaire à son enfant. L’enfant deviendra capricieux, manipulateur et peu volontaire. Il ne développera pas son autonomie.

 

Le parent Victime est un parent infantile. Il ira même jusqu’à réclamer de se faire materner par ses propres enfants. Cette situation ne contribue pas au développement des enfants qui endosseront le rôle de Sauveur, négligeant leurs besoins au profit de la satisfaction et de la reconnaissance d’autrui.

 

Sortir du triangle

Pour sortir de ce jeu psychologique, il est essentiel de se recentrer sur nos propres besoins. Puis de s’exprimer de telle manière que les autres ne ressentent pas de culpabilité, de peur, de honte,…

Pour cela, une discipline s’impose : la communication non-violente de Marshall B. Rosenberg.

En ce qui concerne la parentalité, la CNV se complète parfaitement avec l’éducation bienveillante. Cette dernière ne permet pas au triangle de Karpman de se mettre en place.

Vous trouverez des lectures conseillées pour vous former à la parentalité bienveillante dans cet article.

 

Références :

Victime, bourreau ou sauveur : comment sortir du piège ? de Christel Petitcolin

« Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) » de Marshall B. Rosenberg

« Boostez votre parcours professionnel avec le mind mapping »

« Êtes-vous ce que vous voulez êtres ? » de Camille Lagrenaudie et Alexandre Bernhardt.

 

« Des jeux et des hommes » d’Eric Berne

 

 

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