Articles de la-haut
L'intelligence du ventre (INREES)
Magazine » Enquêtes
L’intelligence du ventre
Digérer une émotion qui nous est restée sur l’estomac, écouter son instinct viscéral et faire confiance à ses tripes… tant d’expressions populaires qui pourraient s’avérer ne pas être que des métaphores. Enquête au cœur de notre ventre où un deuxième cerveau serait doté de capacités véritablement surprenantes.
Tout le monde le sait, nous avons un cerveau dans la tête - bien que parfois c’est à se demander s’il est bien là. Logé à l’abri de la boîte crânienne, il est souvent considéré comme étant l’organe le plus précieux que nous ayons. Son rôle serait alors de centraliser, par le biais d’un large réseau neuronal, les informations majeures de l’organisme pour en gérer toutes les fonctions vitales. Mais ce système nerveux central est-il réellement tout-puissant ?
La science a récemment découvert que nous avons d’autres cerveaux dans le corps. Voilà qui est plutôt inattendu. Déjà, une nébuleuse neuronale incroyablement performante, composée de plus de 40 000 neurones, est localisée au niveau de notre cœur, comme nous le décrit l’article « Le cœur, notre maître émotionnel » (Inexploré n°21). Mais de surcroît, un autre complexe, riche au grand minimum de 100 millions de neurones, fait office au creux de nos intestins. Nous avons donc aussi un cerveau dans le ventre, et pas des moindres. C’est étonnant. A quoi sert-il ? Cela veut-il dire que nous avons d’autres sortes d’intelligences ? L’heure semble être en tout cas à la délocalisation car il ne serait même pas évident, dans certains cas, de savoir quel cerveau possède un ascendant sur quel autre.
Une anatomie insoupçonnée et autonome
C’est relativement tard, au 19ème siècle, qu’une présence neuronale à été détectée dans nos intestins par Léopold Auerbach, un anatomiste allemand. Depuis, de nombreux scientifiques se sont penchés sur ce complexe nerveux surprenant. Non seulement un énorme réseau possédant seulement mille fois moins de neurones que le cerveau central serait logé au cœur de notre ventre, mais la connexion entre ces deux cerveaux serait étonnamment sommaire. « En comparaison avec le nombre de cellules nerveuses dans le ventre, le nombre de neurones moteurs qui connectent les deux cerveaux est incroyablement petit », explique le Dr Gershon, un grand spécialiste de la neuro-gastroentérologie, dans son livre The Second Brain (Le deuxième cerveau).
Autonomie d’action, voilà ce que cela veut dire. Les deux cerveaux seraient capables de poursuivre leur train-train chacun de leur coté sans se mélanger les pinceaux, car justement, ils ont trop peu de pinceaux en commun. Si, sans avoir besoin de l’aval du cerveau crânien, le cerveau ventral pourrait alors procéder à des actions de son propre chef, il pourrait aussi faire carrément de la rétention d’information. « Contrairement au reste du système nerveux, le système entérique ne suit pas nécessairement les commandes qu’il reçoit du cerveau ou de la moelle épinière. Et il ne leur envoie pas forcément non plus les informations qu’il collecte. Le système nerveux entérique peut, quand il le choisit, gérer des données que ces récepteurs ont relevées par eux-mêmes, et agir sur la base de ces données pour activer un ensemble d’effecteurs qu’il est le seul à contrôler. Le système entérique n’est donc pas un esclave du système nerveux central, mais un opposant doté d’un esprit libre », poursuit Michael Gershon. Qu’on se le dise.
La décentralisation a le vent en poupe
Visez bien, le diagramme figurant le cerveau crânien en train de centraliser toutes les données pour gérer le reste de l’organisme, part à la poubelle. Page blanche. Ebauche d’une nouvelle vision systémique et élaboration de nouveaux organigrammes. « Ces dernières années, un ensemble de nouveaux modèles et métaphores s’est répandu à travers la communauté scientifique, et progressivement dans la culture populaire. Beaucoup de ces nouvelles idées ne viennent pas de la physique, mais de la biologie. (…) Il y a un glissement général vers des modèles décentralisés, dont les actions ne sont pas déterminées par une autorité centrale, mais par des interactions locales avec des composants décentralisés », explique Mitchel Resnick du Massachusetts Institute of Technology.
La délocalisation ne serait pas juste une nouvelle idée politique, mais une réalité de terrain. Plus économique, plus écologique et plus efficace, tout simplement. « Au delà de la digestion et de l’absorption des nutriments, les intestins doivent aussi nous défendre contre l’invasion de bactéries hostiles. (…) Il est alors logique que l’évolution ait placé un cerveau nécessaire à ces performances primordiales à notre survie à cet endroit-là. Il faut tellement de cellules nerveuses pour accomplir toutes ces tâches, que si elles étaient contrôlées depuis la tête, l’épaisseur des câbles neuronaux pour toutes ces connexions serait intolérable. Il est plus sûr et plus effectif de laisser les intestins s’occuper de ces affaires », poursuit le Dr Gershon.
Visiblement, nos intestins ont du pain sur la planche et un deuxième cerveau ne semble pas de trop pour les soutenir dans leurs tâches. Car ce qu’il faut comprendre c’est que le tube digestif qui nous traverse de part en part, est en quelque sorte un canal extérieur à l’intérieur de nous-mêmes. Donc au delà de la gestion de notre digestion, qui est déjà une mission très complexe, administrer cette barrière fondamentale, par laquelle nous avons des échanges intimes mais potentiellement létaux avec le monde, est véritablement une histoire de survie.
Un ventre intelligent ?
Le système nerveux entérique gère donc des fonctions physiologiques vitales. Mais quand nous parlons de cerveau, ne parlons-nous pas généralement de capacités intelligentes ? Si nous trouvons dans le cerveau ventral les mêmes neurones et les mêmes neurotransmetteurs nécessaires à la communication nerveuse, que dans le cerveau crânien, est-ce que cela veut dire que notre ventre est capable de penser ? « Le système nerveux entérique est une véritable usine chimique dans laquelle on retrouve toutes les sortes de neurotransmetteurs trouvées dans le système nerveux central », souligne le Dr Gershon. Il serait notamment un grand fournisseur de dopamine, une hormone du bien-être, et de 95% de la sérotonine du corps, dont la variabilité joue un grand rôle dans l’apparition d’états dépressifs.
En réalité, il ne suffit pas d’avoir des neurones et des neurotransmetteurs pour élaborer des pensées conscientes. Ces dernières se produiraient grâce à la partie la plus récente du système nerveux central, le néocortex. Impliqué dans les fonctions cognitives considérées comme supérieures, le néocortex permettrait notamment : la prise de conscience, le raisonnement spatial, le langage, et les commandes volontaires. En revanche, par définition, tout cerveau serait capable d’élaborer des activités psychiques non conscientes. En effet, ces complexes neuronaux sont chargés de recevoir des signaux sensoriels, d’élaborer des sensations distinctes, de les comparer à des mémoires déjà acquises, et de produire des réponses cohérentes et dites intelligentes, sous forme de messages parfois subtils et/ou complexes. Si cela peut paraître étrange d’imaginer le ventre en train de produire des représentations, d’avoir des préoccupations à partir desquelles il adopte des positionnements, le fait qu’il est doté d’une intelligence qui lui est propre semble pourtant incontournable.
Des désordres psychiques du ventre ?
« Puisque le système nerveux entérique peut fonctionner tout seul, nous devons considérer qu’il est probable qu’il ait aussi ses propres névroses », nous dit Michael Gershon. Est-ce pour cela que nos intestins réagissent parfois si fortement au moment de grands stress ? Crampes, ballonnements, diarrhée, constipation... « Les réactions entériques face aux grandes émotions ne sont pas un concept théorique ou ésotérique pour la plupart des gens, ils peuvent voir que le lien est bien réel », souligne le Dr Gershon. Nos réactions instinctives - d’ailleurs souvent appelées viscérales - pourraient selon les circonstances nous tordre le ventre. Le cerveau ventral serait alors le gestionnaire d’une base de données instinctives et fondamentales, composée de milliards de mini-réactions à notre environnement et d’autant de variations dans nos ressentis, sans laquelle nous ne serions tout simplement pas vivants. Traduisant en signaux neuronaux cette source d’informations incommensurable sur le monde, le cerveau entérique serait aussi l’un des fournisseurs de données majeurs pour notre inconscient. Et quand nous voyons, avec les recherches du neurologue Benjamin Libet, que ce sont surtout des processus inconscients qui sont aux commandes de notre vie – parce que la conscience a toujours une demie seconde de retard sur notre réalité (voir « Cerveau, qui décide ? » Inexploré n°18) - nous pouvons entrevoir l’importance que prend cet instinct dans notre quotidien.
Alors, si le système entérique peut produire des pathologies, aurait-il aussi des aptitudes à les résoudre ? « Nous pensons que le système digestif a la fonction de dissoudre les tensions émotionnelles, en déchargeant à travers la paroi intestinale les résidus et la pression liés au stress. Ainsi, nos intestins et le système nerveux entérique ont une capacité d’auto-régulation des émotions par la digestion des impacts du stress », nous explique François Lewin, auteur du livre La Psychologie Biodynamique, une thérapie qui donne la parole au corps. Car si nous pensons aux intestins plutôt en termes d’absorption d’aliments, nous oublions souvent qu’il est aussi un organe d’élimination très important. Par des techniques de massage et de relaxation, il serait alors possible de soutenir cette capacité de gestion des états psychiques de notre ventre, pour mieux nous occuper de ce qui nous est resté sur l’estomac et générer un mieux être.
Des capacités psychiques surprenantes
Gestionnaire de notre instinct, fournisseur d’informations inconscientes, et régulateur d’états d’âme ? Notre cerveau ventral semble avoir des activités surprenantes. Et nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Deux chercheurs, Dean Radin et Marylin Schlitz, se sont penchés sur les capacités de perception du cerveau entérique. Utilisant un électrogastrogramme (EGG) - un appareil capable de détecter les activités électriques des neurones dans le ventre, ainsi qu’un appareil mesurant la résistance galvanique de la peau, qui s’apparente habituellement aux contractions de l’estomac - ils ont mesuré les réactions du cerveau ventral dans une situation pour le moins… originale. Ayant réuni 26 volontaires, ils les ont regroupés par paires en décidant que l’un des deux serait l’émetteur et l’autre le receveur. L’émetteur est alors parti dans une pièce et le receveur dans une autre. Il a alors été demandé à l’émetteur de visionner sur un écran des images sélectionnées pour leur capacité à provoquer des réactions fortes – tristesse, dégoût, révolte, désir, tendresse... tout en visionnant de temps en temps le receveur sur un autre écran. Après un total de 206 tests les chercheurs ont pu constater que « les lectures de l’EGG du sujet récepteur étaient notamment plus élevées et correspondaient à celles du sujet émetteur lorsque celui-ci éprouvait d’intenses émotions, positives ou négatives », rapporte Lynne McTaggart dans son livre La science de l’intention. C’est incroyable. Le cerveau que nous avons dans le ventre serait capable de capter, à distance, l’état psychique d’une personne avec qui nous sommes en lien. Il semblerait que les aptitudes du système nerveux entérique n’aient pas fini de nous surprendre.
Vous aimez cet article ?
Partagez-le...Portugal et économie
- "Le Portugal, par contre, applique lui, des politiques économiques et sociales connues, et ce, au sein de la zone de la monnaie unique, l'euro... Pour l'instant, aux vues de ses résultats et de la vitesse à laquelle ils ont été acquis, il semble que le Portugal ait surtout un seul défaut : il ne suit pas la ligne dictée par la Commission européenne."
Portugal : un redressement économique et social qui prend Bruxelles à contre-pied

Des clients sur le toit du bar-restaurant le Rio Maravilha à Lisbonne le 30 août 2017. Les toits de Lisbonne sont en pleine renaissance, utilisés autant en terrasses de cafés que pour des cours de yoga, la projection de films ou comme piscines.
(Photo Patricia de Melo Moreira / AFP)
Le Portugal n'a presque plus de déficit budgétaire, bénéficie d'une des meilleures croissances de la zone euro, a fait baisser son chômage et attire les investisseurs. Le petit miracle économique et social portugais s'est réalisé en moins de 2 ans avec une politique pourtant opposée aux demandes de la Commission européenne. Doit-on parler désormais du modèle portugais plutôt que du modèle allemand ou suédois ?
11 SEP 2017
Mise à jour 13.09.2017 à 13:57
par
Il y a un an, en juillet 2016, la Commission européenne entamait une procédure pour "déficit excessif" contre le gouvernement de Lisbonne. Le Portugal risquait une amende, selon Bruxelles, puisque il était censé ramener son déficit à 2,5 % de son PIB en 2015 au lieu des 4,4 % annoncés. La procédure a été abandonnée un mois plus tard. Etonnement, la France n'était pas soumise à la même pression, alors qu'elle n'avait pas — elle non plus — tenu ses engagements : 3,4% de déficit au lieu des 3% requis. Depuis, le phénomène s'est radicalement inversé : le Portugal a réduit son déficit à 2,1% en 2016 et devrait le ramener à 1,5% cette année. La France, elle, a abaissé péniblement son déficit à 3,3% en 2016 et table sur 3,2% cette année quand elle s'est engagée à atteindre... 2,8%. L'Espagne est encore à 4,5%.
Mais l'économie portugaise n'a pas réussi à réduire ses déficits par la baisse des dépenses publiques, des réformes structurelles du travail visant à "assouplir" les droits des salariés, ou en abaissant les protections sociales, comme le préconise la Commission européenne. C'est même l'inverse qui a été pratiquée au Portugal depuis un an et demi. Un choix qui explique certainement l'irritation très nettement affichée par Bruxelles au printemps 2016, lors des annonces de Lisbonne.
> Portugal : les audaces de la gauche irritent à Bruxelles
Mesures socio-économiques
Depuis novembre 2015, c’est un gouvernement socialiste qui est au pouvoir au Portugal, soutenu et poussé par une union des gauches, composée du Parti communiste portugais, des écologistes, et du "Bloco de esquerda", le bloc de gauche (gauche radicale).
>Ni austérité, ni populisme : le Portugal suit sa voie de gauche
Les choix économiques et sociaux de ce gouvernement se sont portés sur une politique clairement anti-austéritaire et antinomique avec celle pratiquée par le gouvernement précédent, de droite, qui avait gelé le salaire minimum et les pensions de retraites, augmenté les impôts, et réduit les aides publiques. Ce qui n'avait pas permis de réduire le déficit budgétaire ni le chômage significativement, mais avait fait exploser la précarité et la pauvreté dans le pays.
Le gouvernement du nouveau premier ministre, António Costa, depuis 2 ans, a donc appliqué des réformes qui avaient été déclarées dans son programme de coalition, en parfaite opposition avec la politique précédemment menée, comme le souligne cet extrait : "La politique d’austérité suivie ces dernières années a eu pour conséquence une augmentation sans précédent du chômage avec des effets sociaux dévastateurs sur les jeunes et les citoyens les moins qualifiés, ainsi que les familles et les milliers de Portugais au chômage. Elle a été aussi associée à une dévalorisation de la dignité du travail et des droits des travailleurs."
Le salaire minimum a été augmenté en 2016 puis de nouveau en 2017, en échange de baisses de cotisations pour les employeurs, de 23% à 22%. Ces deux augmentations du SMIC portugais ont passé le salaire minimum de 505€ à 557 €. Puis des mesures économiques à vocation sociale — mais aussi de relance du pouvoir d'achat — ont été prises : augmentation des retraites et des allocations familiales, renforcements du droit du travail, baisses des impôts pour les salariés les plus modestes, arrêt des privatisations de services et d'infrastructures publics, programme de lutte contre la précarité. Il est aussi prévu de supprimer les coupes dans les revenus des fonctionnaires et de ramener leur temps de travail à 35 heures par semaine. Sur le plan purement économique, la stratégie portugaise n'a pas été non plus en accord avec les demandes de la Commission, et se sont pourtant avérées payantes.
Politique anti-austéritaire de relance par la demande
Le chômage se situait à 14,4% en 2014, après une année noire à plus de 16% en 2013, puis s'était stabilisé en 2015 — mais toujours à un niveau élevé — à 12,2%. En 2016, une nouvelle décrue l'a fait parvenir à 11,1%, et en 2017, le chômage est à 8,8% au deuxième trimestre, ce qui laisse envisager, selon les spécialistes, un taux pour de 9,4% pour l'année entière. Un chômage potentiellement inférieur à celui de la France. Les projections actuelles des instituts tablent sur un chômage portugais à 7% en 2019, le plus bas depuis 2004.
Le virage actuel des politiques économiques du pays n'est pas étranger à cette nette amélioration des créations d'emplois sur deux années consécutives avec pour conséquence la progression de la croissance du PIB, évaluée pour 2017 à 2,5%, contre 1,9% pour la zone euro et seulement 1,5% pour la France. Le commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici a confirmé ces bons résultats en juillet à Lisbonne, indiquant que "la réduction du déficit au Portugal est durable" et que "la croissance sera probablement supérieure à 2,5% en 2017". Malgré tout, l'ancien ministre français de l'économie de François Hollande a tenu à dire au gouvernement portugais que "sur le plan du marché du travail, il faudra veiller à mieux intégrer les chômeurs de longue durée."
Le ministre de l'économie du Portugal, Caldeira Cabral, explique cette reprise économique par plusieur facteurs. Le premier est celui d'un renouveau d'industries orientées à l'export telles que l'automobile, les chaussures ou encore le textile qui avaient quasiment disparu du paysage. Les industriels, installés depuis des années dans les pays de l'Est pour la main d'oeuvre très bon marché, sont en train de revenir vers le Portugal, à la recherche d'une meilleure qualité professionnelle tout en conservant des coûts salariaux avantageux. Les investissements sont effectivement en hausse depuis deux ans, particulièrement dans l'industrie automobile. Caldeira Cabral pense que la hausse des revenus joue aussi, en redonnant confiance aux investisseurs, aux entreprises, avec une demande interne qui augmente et une progression de la consommation vers des produits de meilleure qualité.
Cette politique de relance par la demande, confortée par une politique sociale du mieux-disant est dans le même temps tirée par une revitalisation du tourisme grâce — entre autres — à des projets immobiliers haut de gamme. Plutôt miser sur la qualité, donc que sur les prix bas. Pierre Moscovici, sur ce plan, a tenu à souligner, toujours lors de sa visite de juillet dernier, "Le retour de l’investissement à la fois externe et interne, les bons résultats des exportations ainsi que le boom du tourisme". Mais sur le plan budgétaire, le Commissaire français a étrangement déclaré que "les efforts doivent être poursuivis pour réduire le déficit structurel", alors que le pays est devenu l'un des meilleurs élèves de la classe sur ce sujet, tandis que la France ou l'Espagne ne le sont toujours pas...
Nouveau modèle portugais très discret
Depuis la crise financière de 2008 et celle des dettes souveraines de 2010, la plupart des pays du sud de l'Europe n'ont pas réussi à sortir la tête de l'eau : les déficits budgétaires sont souvent supérieurs aux critères européens, le chômage y est toujours très élevé, les problèmes sociaux causés par la précarité persistent. Les prêts concédés par le FMI, sous l'égide de la BCE et de la Commission européenne pour aider ces pays à retrouver un peu de vigueur et payer leurs dettes ont été tous accompagnés d'obligations de réductions des déficits, par une baisse des dépenses publiques et des demandes précises, comme le gel des salaires des fonctionnaires, des pensions de retraite, la baisse des prestations sociales.
Ces politiques dites d'austérité ont été doublées de réformes structurelles du marché du travail visant à assouplir les droits des salariés pour améliorer la compétitivité des entreprises. Ces réformes du marché du travail sont elles aussi une demande de Bruxelles. La Grèce, l'Italie ou l'Espagne ont effectué ces politiques d'austérité et ces réformes sans succès concret. Tout comme le Portugal jusqu'en 2015. L'Italie, si elle a baissé ses dépenses et a atteint un déficit inférieur à 3% en 2016, n'arrive pas à faire baisser son chômage qui est supérieur à 11%. En Espagne, le chômage est à 18,7% au premier trimestre 2017, et le déficit public ne colle toujours pas aux critères de Bruxelles : 3,6% en 2016. L'échec des politiques de rigueur budgétaire accompagnés des "assouplissements du marché du travail" ne permettent visiblement pas de faire repartir ces économies.
Le Portugal a démontré depuis 2 ans, qu'une politique — inverse aux politiques austéritaires, et donc basée sur une relance par la demande et l'amélioration des protections sociales — pouvait fonctionner. Ce que le FMI avait déjà confirmé en 2016 en annonçant à propos de la Grèce que "l'austérité ne fonctionnait pas". De là à préconiser une politique sociale de relance en Europe, le pas est un peu grand pour l'institution internationale qui a toujours été favorable au désengagement financier social des Etats et à la privatisation de leurs infracstructures et services.
Malgré tout, si l'exemple portugais était mis en avant, il pourrait être une piste intéressante de redressement "par le haut" des Etats de la zone euro encore affectés par la crise. Une sorte d'espoir de changement économique et social permettant une sortie de crise. A moins que le modèle économique allemand, de plus en plus contesté pour ses effets sociaux négatifs, ne cède la place au modèle suédois qui semble attirer des dirigeants politiques, dont Emmanuel Macron ?
>Suivre le modèle allemand ? Chiche ! (Article de février 2012)
Le modèle suédois reste malgré tout difficile "à vendre", bien que sa réussite économique soit réelle : ce pays n'est pas dans la zone euro, possède depuis longtemps l'un des niveaux de vie les plus élevés du monde, et surtout, ses salariés sont syndiqués à 80%.
Il n'est donc pas certain qu'appliquer les méthodes sociales et économiques en cours en Suède soit possible si facilement pour des pays de la zone euro. Le Portugal, par contre, applique lui, des politiques économiques et sociales connues, et ce, au sein de la zone de la monnaie unique, l'euro... Pour l'instant, aux vues de ses résultats et de la vitesse à laquelle ils ont été acquis, il semble que le Portugal ait surtout un seul défaut : il ne suit pas la ligne dictée par la Commission européenne.
"Christian"
Avec Nathalie, on a décidé de ne plus pratiquer le yoga uniquement à la maison mais de prendre des cours avec une enseignante.
Hier soir, c'était la deuxième séance et la professeure a demandé de refaire les présentations pour l'ensemble du groupe.
Lorsque mon tour est arrivé, j'ai expliqué qu'à la première séance, j'étais venu avec une bonne sciatique. Je la traînais depuis une bonne semaine. J'ai donc détaillé un peu mon dossier médical et mes cinq hernies discales en 30 ans...J'ai expliqué que le lendemain de cette première séance, je n'avais plus aucune douleur et que ce soir, j'allais très bien. Je n'ai rien dit de cette "présence" que j'ai ressentie pendant cette première séance, la présence de mon frère qui me disait : "C'est bien que tu prennes soin de toi."
Et puis, la séance a commencé...
Lors d'une posture, la professeure s'est approchée et s'est adressée à moi en m'appellant : "Christian".
J'ai eu un frisson et Nathalie qui était à côté de moi, sur son tapis, a été très surprise également...
Christian était le prénom de mon frère et il est décédé il y a 19 ans...
Comment est-il possible qu'au vu du nombre de prénoms masculins existants, c'est celui-là que l'enseignante a utilisé ?
Hasard ?
Il faudrait qu'un mathématicien en calcule la probabilité...
Je n'y crois pas un seul instant.
Je n'avais évidemment pas parlé de mon frère et je ne connais pas cette enseignante. A part, Nathalie, personne ne connaît mon histoire dans ce groupe.
Il est donc impossible que cette enseignante ait pu me confondre avec mon frère en inversant les prénoms.
Alors ? Quelle explication ?
Est-ce que le fait d'avoir évoqué mes hernies et par conséquent une partie de mon histoire a pu "activer" l'âme de mon frère ?
Est-ce que cette éventuelle "présence" a pu influencer ensuite l'enseignante au point qu'elle en utilise le prénom "terrestre" pour se faire "entendre" ?
La magnétiseuse qui est intervenue lorsque j'ai eu trois hernies d'un coup, à 44 ans, a dit que "je portais l'âme de mon frère", que nous étions "enchaînés" et que je devais abandonner ma culpabilité et tous les souvenirs associés à notre vécu commun lorsque je le veillais, sur son lit d'hôpital, lorsque j'avais 16 ans et lui 19. Que son âme souffrait, elle aussi, de ma souffrance intérieure.
Je n'ai plus d'hernie discale et même si le nerf sciatique connaît quelques épisodes douloureux, je ne me sens plus en "danger" de récidive.
Que s'est-il donc passé hier soir ?
L'explication que j'en retire, c'est que l'âme de Christian est intervenue pour me signifier que j'avais raison d'être là, que c'était bien que je prenne soin de moi, qu'elle/il en était heureuse/x, que le fait de pratiquer le yoga pour entretenir mon corps et mon âme marquait l'ultime "délivrance" pour elle/lui...
Il me plaît de le penser et je m'en réjouis infiniment.
A la fin de la séance, alors que nous étions en phase de "relaxation", j'ai senti dans la paume de mes mains tournées vers le ciel, un rayon chaud, comme une lumière translucide qui montait vers les cieux. Une sensation très précise qui a duré plusieurs secondes.
...
Christian.
Je suis allé raconter ce qui s'était passé à la professeure, l'inversion des prénoms et la présence de mon frère.
Elle a mis la main devant sa bouche, les yeux écarquillés.
Sûreté nucléaire...
Si l'ASN n'arrive même pas à avoir de réponses, c'est inutile que j'en attende une...
L'ASN alerte sur le niveau de sûreté de deux centrales nucléaires en France
L'Autorité de sûreté nucléaire a placé sous surveillance renforcée la centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire (Cher). L'ASN estime également que la "protection" de l'usine Areva de la Hague contre le risque d'explosion est "insuffisante".
![]()
franceinfoFrance Télévisions
Mis à jour le
publié le
42PARTAGES
PartagerTwitterPartagerEnvoyer
LA NEWSLETTER ACTUNous la préparons pour vous chaque matin
L'Autorité de sécurité nucléaire (ASN) annonce avoir mis sous surveillance renforcée la centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire (Cher), mercredi 13 septembre. L'ASN explique avoir pris cette décision en raison de la dégradation du niveau de sûreté qu'elle constate depuis 2016 sur ce site. Le directeur de la centrale a été convoqué par la direction générale de l'ASN le 7 septembre 2017, afin qu'elle lui présente son plan d'action. Un nouveau contrôle de l'ASN sera effectué en avril 2018 afin de vérifier sa mise en œuvre.
Dans le détail, l'autorité a constaté en 2016 une hausse significative du nombre d'événements concernant la surveillance dans la conduite des réacteurs. Elle a observé "une dégradation dans la qualité des réponses qui lui sont fournies, ainsi qu'une réactivité insuffisante de l'exploitant", écrit-elle. Puis, en avril 2017, une inspection a révélé des carences dans "la surveillance et l'entretien de ses installations".
"Dès avril 2016, on a présenté à l'ASN un plan de rigueur pour renforcer la culture de sûreté dans la centrale, se défend EDF auprès de franceinfo. On a mis en place des moyens pour éviter les erreurs humaines, avec des formations supplémentaires et une présence renforcée de managers sur le terrain. Depuis, on a eu moins d’événements significatifs 'sûreté' déclarés."
"Une situation extrêmement grave au niveau financier"
La réduction des coûts de fonctionnement est remise en cause. Pour Martial Chateau, administrateur du réseau Sortir du nucléaire, "cette mise sous surveillance montre qu'il y a dans les centrales et dans tout le nucléaire, aujourd'hui, une situation extrêmement grave au niveau financier. Il y a des volontés de la part de la direction de réduire les frais de fonctionnement".
Sortir du nucléaire avait alerté, il y a quatre ans sur l'état de cette centrale. Elle "a collectionné beaucoup de problèmes depuis qu'elle est en service",déplore Martial Chateau. Pourtant EDF investit plus de 2 milliards d'euros pour prolonger la durée de vie de cette centrale qui a déjà 30 ans. "Je pense que c'est une mauvaise idée de prolonger la durée de vie des centrales,estime le responsable associatif. En prolongeant la durée de vie de ces centrales, on prend un risque énorme d'accidents majeurs quel que soit le lieu."
La Hague "insuffisamment protégée contre le risque d'explosion"
Cette annonce est consécutive de la publication, mardi, par l'ASN d'un document daté du 31 juillet jugeant "insuffisante" la "protection contre le risque d'explosion" de l'usine de retraitement Areva de la Hague, rappelle France 3. "Areva n'a pas été en mesure de mettre en œuvre l'air de balayage de sauvegarde", prévu en cas d'indisponibilité du système principal, dans le temps prévu dans les documents de sûreté, écrit l'ASN.
En pleine restructuration, Areva a expliqué qu'une "analyse a été lancée en vue de mettre en œuvre des actions d'amélioration".
Gestion de crise
Très intéressant de lire l'avis gouvernemental sur la gestion de crise. Je ne demande qu'à les croire mais il y a une donnée qui m'interpelle, c'est celle de la difficulté de loger et nourrir des forces armées envoyées sur les lieux... Je trouve ça particulièrement surprenant que des militaires ne soient pas préparés à s'adapter à des conditions de vie difficiles, abris sous tentes, rations militaires, désalinasateur, ravitaillement par hélicoptères (pas besoin de pistes d'avions en état)...La légion étrangère est bien capable de ça, non ?....
D'autre part, j'ai cherché le coût journalier de la présence militaire française au Moyen Orient et l'adaptation très rapide des forces armées aux difficultés des lieux... Je ne pense pas que l'envoi de forces armées pour protéger les populations des bandes de pillards représenteraient un coût aussi conséquent...Serait-ce que "l'intérêt financier" serait moindre ?...
Ouragan Irma : quatre questions sur la gestion de la crise par l'Etat français
Face à l'ampleur des destructions sur les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, le gouvernement est accusé d'avoir mal réagi. Le procès fait à l'exécutif français est-il fondé ? Eléments de réponse.
Benoît ZagdounFrance Télévisions
Mis à jour le
publié le
536PARTAGES
PartagerTwitterPartagerEnvoyer
LA NEWSLETTER ACTUNous la préparons pour vous chaque matin
Un "défaut d'anticipation", une "absence de coordination", des "retards", de "graves dysfonctionnements", des moyens "tout à fait insuffisants"... Bref, une "défaillance de l'Etat". A droite comme à gauche, les critiquesfusent contre le gouvernement. Il lui est reproché sa gestion de l'ouragan Irma, qui a dévasté les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Lundi 11 septembre, le Premier ministre, Edouard Philippe, a dénoncé une "polémique politicienne". Le procès fait à l'exécutif français est-il fondé ? Franceinfo apporte des éléments de réponse.
>> Ouragan Irma : suivez les dernières informations dans notre direct
La catastrophe aurait-elle pu être mieux anticipée ?
La trajectoire des ouragans reste "très difficile" à prévoir, déplore Robert Vautard, directeur de recherches au CNRS et expert du climat, interrogé par LCI. "Aujourd'hui, on peut en effet prévoir un cyclone, mais avec un risque d'erreur moyenne sur sa trajectoire. Le problème, c'est qu'une erreur de prévisions de quelques kilomètres change tout, notamment du point de vue des impacts entre zone épargnée et zone touchée." "D'après les premières prévisions, l'ouragan Irma devait passer sur la Guadeloupe. On avait donc adapté notre dispositif en fonction de ces informations", explique un responsable de la Sécurité civile, contacté par franceinfo. Mais Irma a changé de route, épargnant la Guadeloupe et la Martinique, initialement placées en alerte rouge.
En outre, "le dispositif avait été dimensionné pour un ouragan de catégorie 4 et une alerte rouge. Une section de la Sécurité civile avait été projetée sur Saint-Martin en prévision d'un ouragan de niveau 4. Elle ne s'attendait donc à faire que de la coupe de branches, du dégagement de voies, du bâchage de toitures et de la remise en état. Finalement, on a eu un ouragan de catégorie 5 et une alerte violette."
Irma est passé en catégorie 5, 48 heures seulement avant de toucher les îles. On n'avait donc plus que 36 heures pour agir, avant que les conditions météo ne rendent toute opération impossible par la mer et par les airs.
Un responsable de la Sécurité civileà franceinfo
"Personne n'avait prévu qu'Irma passe en catégorie 5 aussi vite", assure-t-il encore. Pourquoi ? "Parce qu'on ne dispose pas de flotteurs en mer, placés tous les 20 km, pour mesurer la température de l'eau", déplore-t-il. Des outils de mesure qui permettent de déterminer la chaleur de l'eau de mer dans laquelle les cyclones puisent leur force.
L'île aurait-elle pu être évacuée à temps ?
"Il était impossible d'évacuer l'île de Saint-Martin en moins de 36 heures", affirme le responsable de la Sécurité civile. "On aurait été incapables, en si peu de temps, d'envoyer assez de bateaux et d'avions" pour embarquer les 35 000 habitants français de Saint-Martin et les 9 000 de Saint-Barthélemy. Et contrairement à l'archipel américain des Keys et à la Floride, qui ont été massivement évacués à l'approche d'Irma, "aucun pont ni aucune autoroute ne permettent une évacuation massive de la population des deux îles". "D'autant que, si les autorités françaises avaient décidé l'évacuation du côté français de Saint-Martin, les 40 000 habitants du côté néerlandais se seraient précipités pour être eux aussi évacués. On aurait eu une situation de crise très dangereuse à gérer, avec peut-être des morts et des blessés à la clé", fait valoir ce spécialiste des situations d'urgence.
Un ordre d'évacuation comme aux Etats-Unis était inenvisageable, assure ce responsable de la Sécurité civile, car "en France, la loi n'autorise pas les évacuations par la force". Les habitants peuvent ainsi refuser de quitter leur maison, malgré les recommandations des autorités. Et c'est ce que certains ont fait. Avant l'arrivée d'Irma, 7 000 habitants de Saint-Martin et Saint-Barthélemy ont ainsi refusé de quitter leur maison pour se mettre à l'abri, selon l'entourage de la ministre des Outre-mer, cité par la 1ère. "On a eu beaucoup de mal à faire respecter la consigne d'évacuer les zones submersibles situées en dessous des 2 mètres de surcote, reconnaît ce membre de la Sécurité civile. Pour les habitants nés sur l'île, partir c'était comme déserter. D'autant que dans ces zones inondables, beaucoup d'habitants refusent de perdre le peu qu'ils ont."
Le bilan aurait-il pu être moins lourd ?
"Saint-Martin a été frappée par un phénomène exceptionnel. Pourtant, en dépit de l'habitat très vulnérable de l'île, il y a eu très peu de victimes", relève pour franceinfo Didier Le Bret, ancien responsable du Centre de crise du ministère des Affaires étrangères et ex-ambassadeur de France en Haïti au moment du séisme dévastateur de 2010. Selon le dernier bilan officiel provisoire, l'ouragan Irma a fait au moins dix morts et sept disparus dans les îles françaises de Saint-Martin et Saint-Barthélemy.
Il aurait pu y avoir beaucoup plus de morts. C'est la preuve que les mesures de confinement et de protection ont été efficaces.
Didier Le Bretà franceinfo
Après le passage d'Irma, 60% des maisons de Saint-Martin sont désormais inhabitables, selon des évaluations de responsables locaux. De telles destructions auraient-elles pu être évitées ? Sans doute, mais à quel prix, argue Didier Le Bret. "Dans ces régions du monde, il y a une accoutumance à ce type de phénomène naturel. Les populations ne construisent ni trop dur, en prévision du risque sismique, ni trop léger, en prévision du risque cyclonique. Sans compter qu'il y a toujours un habitat sauvage précaire", justifie le diplomate.
"Si vous voulez tout anticiper, il faut changer radicalement la vie des gens : les forcer à vivre dans des bunkers", poursuit cet habitué de la gestion des crises. Mais, tranche-t-il, "l'ouragan était tellement puissant que, même si les normes de construction avaient été respectées, il y aurait eu des dégâts".
Le dispositif de secours était-il sous-dimensionné ?
Les spécialistes interrogés par franceinfo défendent tous les actions menées sur place. "L'équipe envoyée à Saint-Martin a mené une opération de reconnaissance, dès qu'elle a pu quitter son abri", assure le responsable de la Sécurité civile. "Une fois Irma passé, on a envoyé huit médecins sur l'île. Et six spécialistes ont été projetés pour remettre en état les pistes de l'aérodrome côté français et aider les Néerlandais à rendre l'aéroport à nouveau opérationnel pour qu'un A400M puisse se poser avec sa cargaison", détaille-t-il. "Et pendant que l'ouragan José approchait, on a continué d'envoyer des moyens et du matériel autant qu'on a pu, jusqu'à ce que les conditions en mer deviennent trop difficiles pour les bateaux, et jusqu'à ce que les hélicoptères, puis les avions ne puissent plus voler."
"Il y a actuellement plus de 600 secouristes sur place, sans compter les forces de l'ordre. On distribue plus de 3 600 litres d'eau par jour, on a acheminé plus de 100 000 rations alimentaires. On a réquisitionné des bateaux, des avions, les soutes des appareils des compagnies aériennes..."
D'énormes moyens ont été engagés. Une opération logistique de secours de cette ampleur n'a jamais été faite en France.
Un expert de la Sécurité civileà franceinfo
"Pour prépositionner des soldats, encore fallait-il avoir les troupes à disposition et pouvoir les déplacer et savoir les loger au bon endroit", tempère également Yves Jégo, secrétaire d'Etat chargé de l'Outre-Mer dans le gouvernement Fillon de 2008 à 2009.
Et le dispositif continue de monter en puissance. Après le passage de l'ouragan José plus au large que prévu, la préfecture de Guadeloupe a annoncé, dès dimanche soir, la reprise des liaisons maritimes et aériennes entre la Guadeloupe, la Martinique et Saint-Martin. La reprise des ponts aériens et maritimes a permis d'évacuer les plus vulnérables dans un sens, et d'acheminer du fret et des vivres dans l'autre. Quelque 85 tonnes de nourriture, un million de litres d'eau et 2 200 kg de médicaments ont été transportés, selon la préfecture de région. A l'aéroport de Grand-Case, dans le nord de Saint-Martin, le ballet d'hélicoptères et d'avions est incessant.
Les effectifs des secours, militaires et forces de l'ordre dépêchés sur Saint-Martin atteignent désormais 1 500 personnes et passeront bientôt à 2 000. EDF a indiqué que 140 tonnes d'équipements électriques étaient acheminées en bateau depuis la Guadeloupe. Et dès mardi, le Bâtiment de projection et de commandement (BCP) Tonnerre appareillera depuis Toulon et acheminera sur zone quatre hélicoptères supplémentaires et, surtout, des moyens lourds du Génie pour participer aux travaux de reconstruction, du matériel et des véhicules de la Sécurité civile et de la gendarmerie ainsi que 1 000 tonnes de fret et de vivres. Le navire dispose aussi d'un hôpital embarqué, doté de 69 lits médicalisés, de deux blocs opératoires et de plusieurs salles de soins intensifs. Ce bâtiment, l'un des plus gros de la Marine nationale, mettra environ une dizaine de jours pour rejoindre la zone.
Aux Pays-Bas, certains ont estimé ouvertement que la réaction de La Haye était plus lente que celle de la France et que le bilan de quatre morts dans la partie néerlandaise de Saint-Martin avait mis trois jours de plus à être tiré que le bilan pour la partie française. L'impossibilité pour les autorités néerlandaises de communiquer avec l’île dans les 24 heures qui ont suivi l’ouragan a été aussi vivement critiquée et comparée défavorablement avec l’action de la France.
Les pillages auraient-ils pu être évités ?
C'est une des critiques les plus virulentes adressées à l'exécutif français. De nombreux habitants des deux îles estiment qu'ils n'ont pas été suffisamment protégés des pillards. "Aux Pays-Bas aussi, des critiques se sont aussi fait entendre très tôt", relève Eveline Bijlsma, correspondante à Paris du quotidien néerlandais De Telegraaf, contactée par franceinfo. "Les habitants de la partie néerlandaise de Saint-Martin se sont surtout plaints des pillages et du manque de forces de l'ordre pour les protéger."
Mais en cas de catastrophe naturelle, la lutte contre les pillards n'est pas la priorité. "Entre la protection des boutiques et la recherche des disparus, il y a sans doute eu des choix drastiques faits", concède Yves Jégo. "Si vous faites débarquer un millier d'hommes pour éviter les pillages et les troubles à l'ordre public, il faut aussi leur trouver un abri, leur fournir des vivres et de l'eau potable. Vous vous créez des contraintes et des difficultés supplémentaires dans une situation de crise déjà difficile à gérer", ajoute le diplomate Didier Le Bret.
"Face aux pillages, on a envoyé des renforts dès qu'on a pu", évalue le "Monsieur Crises" du Quai d'Orsay. Un état-major et trois compagnies, soit 415 militaires, sont désormais déployés à Saint-Martin afin d'assurer la sécurité et de rétablir l'ordre sur l'île, en lien avec les forces de sécurité déjà présentes depuis le passage de l'ouragan Irma. "Mais le problème majeur, ce ne sont pas les pillages, (eh bien, pourtant, en psychologie, on appelle ça le "surtraumatisme" et il a des conséquences très dures à gérer pour les personnes concernées) ce sont les destructions. Il faut aider les populations à reconstruire leur habitation, à reconstituer leur outil de travail et à relancer leurs activités, détaille Didier Le Bret. Y compris pour celles qui n'avaient pas d'assurances."
Le responsable de la Sécurité civile est catégorique : "La crise n'a pas été mal anticipée et il n'y a pas eu un manque de préparation." Quant au diplomate, il l'assure : "Dans les centres de crise, des retours d'expérience sont faits systématiquement a posteriori pour tirer les enseignements et corriger les éventuels loupés." Et Yves Jégo d'appuyer : "Il faudra tirer les leçons des éventuels dysfonctionnements, mais il est trop tôt pour le faire.La commission d'enquête parlementaire [portée par La France insoumise et approuvée par le ministre de l'Intérieur] est une proposition saine, car elle prendra le recul et le temps nécessaire."
Anticipation du déclin.
« Le déclin de notre civilisation est inéluctable » et c’est une bonne nouvelle… (Interview)
Quel est l’avenir de notre civilisation telle que nous la connaissons ? L’association Adrastia, qui « a pour objectif d’anticiper et préparer le déclin de la civilisation thermo-industrielle de façon honnête, responsable et digne », interroge les évolutions du monde moderne à la lumière de la science et des recherches anthropologiques sur la disparition des sociétés passées. Nous avons échangé avec son Président, Vincent Mignerot*. Interview.
L’association Adrastia estime qu’un déclin de notre civilisation est inévitable. Sur quels éléments vous appuyez-vous pour défendre cette thèse ?
L’humanité n’est pas différente de toute autre espèce en ce qui concerne ses besoins essentiels : c’est sa capacité à capturer l’énergie disponible dans l’environnement qui lui permet d’assurer ses besoins élémentaires et de se reproduire. Les végétaux captent l’énergie solaire, les animaux mangent des végétaux ou d’autres animaux qui ont mangé des végétaux. L’humanité, omnivore, est capable de satisfaire ses besoins en cueillant, chassant, mais elle a acquis au cours d’une évolution singulière la capacité à s’affranchir de certaines contraintes dans cette capture d’énergie.
Petit à petit, parce que son corps et son cerveau ont évolué, elle a appris à subtiliser à l’environnement d’abord un peu plus, puis progressivement beaucoup plus d’énergie par rapport aux autres espèces. Grâce à la maîtrise d’outils complexes (pierre taillée, sagaie, arc…) elle a notamment appris à chasser plus que ce que les écosystèmes pouvaient assumer pour maintenir leur propre richesse. L’anthropologie contemporaine montre que notre espèce Homo Sapiens aurait provoqué l’extinction de nombreuses espèces animales pour son propre intérêt adaptatif depuis des dizaines ou centaines de milliers d’années. Ce processus d’extinction pourrait même remonter à 2,5 ou 3 millions d’années, lors de l’apparition de notre grande famille ancestrale : le genre Homo (Homo Habilis, Rudolfensis, Ergaster, Erectus… lire : Cataclysmes de Laurent Testot, et écouter les conférences de Jean-Jacques Hublin au Collège de France, en particulier : L’aube de l’Anthropocène). Nous avons également appliqué aux végétaux cette « capture d’énergie dérégulée ». Il est acquis par exemple désormais que la forêt amazonienne n’est en rien une forêt primaire et qu’elle a été transformée depuis plusieurs milliers d’années pour nos besoins, par de nombreuses communautés de fourrageurs : l’Amazonie est constituée aujourd’hui d’une grande proportion de plantes favorablement comestibles pour nous, ainsi que d’essences d’arbres qui sont plus adaptées à la construction d’habitat ou de moyens de navigation (Philippe Descola, vidéo CNRS : Amazonie, une forêt façonnée par l’homme).
Le développement de l’agriculture s’est par ailleurs fait à la suite d’un long travail de défrichement opéré par les chasseurs cueilleurs qui ont libéré, par le feu, de grandes surfaces terrestres de tout couvert forestier (le feu : une grande optimisation de la capture d’énergie, que seul l’humain maîtrise !). Nos ancêtres ont également exterminé de nombreuses espèces animales incompatibles avec nos cultures de blé, de riz, de maïs, que nous ne souhaitions pas voir piétinées ou tout simplement consommées à notre place. L’agriculture, qui s’est accompagnée de nouveaux problèmes à gérer (carences, maladies inédites, caries, structures sociétales en classes avec des privilégiés et des esclaves), a pourtant permis d’augmenter encore l’apport énergétique global, et c’est à la suite de son développement que la démographie a augmenté de façon notable.
Toujours dans ce même processus croissant de développement des techniques, nous avons multiplié nos sources d’approvisionnements et leur qualité : sélection poussée des espèces végétales et animales en vue de leur domestication, moulin à vent ou à eau pour faire de la farine etc… jusqu’à une révolution de très grande ampleur : l’exploitation des hydrocarbures, charbon, pétrole et gaz à partir du 19ème siècle principalement.
Il faut retenir deux choses à propos de ce processus évolutif lié à l’augmentation de la capture d’énergie. Il s’est tout d’abord toujours fait dans la soustraction des ressources nécessaires aux écosystèmes pour leur propre équilibre. C’est ce qui peut mener à leur affaiblissement au point de mettre en péril les communautés humaines elles-mêmes. Le nomadisme est une réponse active afin de retrouver des lieux fertiles ou riches en proies animales, l’effondrement démographique des populations est une conséquence non souhaitée de l’atteinte aux équilibres naturels. Par ailleurs, le surplus d’énergie consommé par les humains démultiplie lui-même les forces destructrices, ce qui crée un phénomène d’emballement. Plus nous détruisons l’environnement, plus nos sociétés en bénéficient pour se développer, ce qui augmente nos besoins et notre empreinte environnementale, que nous compensons en exploitant plus encore l’environnement, etc. Ce phénomène est appelé « Syndrome de la Reine Rouge » (François Roddier, texte sur la « Reine Rouge » rédigé pour l’Institut Momentum).
Nous considérons dans l’association Adrastia que le déclin de notre civilisation est inéluctable, au même titre que des tribus dans les temps anciens ou de grandes cités complexes se sont effondrées, parce qu’il est impossible de soustraire de l’énergie aux écosystèmes, ni de les transformer indéfiniment sans que ceux-ci finissent par ne plus pouvoir assumer nos besoins. Aujourd’hui nous savons que les ressources en hydrocarbure vont se réduire drastiquement au cours de ce siècle, et les dégâts que nous provoquons sont massifs et planétaires. Le changement climatique va atteindre directement aux rendements agricoles (c’est déjà le cas), augmenter la fréquence et l’intensité des feux de forêts (nous le voyons déjà), détruire des territoires habités de centaines de millions d’humains à cause de l’augmentation de la puissance et de la fréquence des tempêtes ou par submersion à cause de la hausse du niveau des océans.
Selon les scientifiques, nous sommes entrés dans une ère très singulière, celle de l’Anthropocène et, en même temps, nous sortons du paradigme économique entièrement construit sur une disponibilité immédiate et peu chère des ressources énergétiques. Est-ce la fin d’un mythe, celui de la croissance infinie ?
Nous avons le sentiment dans notre culture d’être les premiers à avoir fantasmé une croissance infinie. Mais historiquement de nombreuses communautés, de nombreux empires et civilisations ont cru également, un temps, à la croissance infinie (Sapiens, de Yuval Noah Harari). Il faut noter aussi que par le passé certaines grandes civilisations, à la culture et aux techniques pourtant très complexes, ont choisi de ne pas suivre un développement perpétuel.
Lorsque par exemple la Chine a compris, avant même les explorations de Christophe Colomb, qu’il n’était pas dans son intérêt de conquérir le monde, alors que sa flotte était considérablement plus puissante que la flotte des pays européens, elle a choisi de se replier sur ses territoires intérieurs et de mener une politique économique qui ne soit pas orientée sur la croissance par la domination (à l’époque). De même, le Japon, alors qu’il maîtrisait l’arme à feu, a choisi d’abandonner totalement cette technique au profit des armes traditionnelles, adoptant une politique par ailleurs totalement isolationniste, sans croissance. La période a duré… 250 ans (Sakoku : politique isolationniste entre 1641 et 1853).
Mais aujourd’hui la situation est différente, et inédite. Le fait que l’économie soit mondialisée empêche tout pays d’évoluer indépendamment des autres, et la compétition économique est telle que le premier pays qui déciderait de ralentir volontairement sa croissance se verrait absorbé économiquement par les autres, perdrait de sa souveraineté, ce que les peuples n’accepteraient pas.
Alors que l’histoire montre que la « décroissance » ou le statu quo évolutif sont possibles, la croissance infinie est devenue une mythologie sociétale irrévocable, érigée au niveau de propagande nécessaire et d’ailleurs sollicitée par toutes les strates de la société. Le risque est bien sûr que notre mythologie nous porte au-delà des capacités de la Terre à supporter notre développement, ce qui stoppera la croissance et entraînera l’effondrement.
Malgré les nombreuses alertes, on peut avoir le sentiment que l’élite politique ainsi que les techniciens n’ont pas intégré la rapidité et la gravité des changements auxquels nous assistons ! Nos représentants sont-ils aveugles ?
Les élites de nos pays ont une connaissance assez précise des limites de l’environnement depuis le début du 19ème siècle. C’est en particulier l’Empire Britannique qui a initié le traitement scientifique de la question de la fin des ressources, pour la gestion de ses forêts et, bien sûr, de son charbon (L’Événement Anthropocène, C. Bonneuil, J.B. Fressoz).
Après une centaine d’années lors desquelles la grande disponibilité de l’énergie (charbon, pétrole) a fait mettre de côté la question des limites, paraît en 1972 le rapport Halte à la croissance ?, une étude d’anticipation effectuée par le MIT (Massachussetts Institute of Technology) pour le Club de Rome. L’étude envisageait un effondrement économique dès 2030 si le monde continuait son développement selon la cadence de l’époque. Peu connu du grand public, ce rapport a été débattu dans l’ensemble de la classe politique internationale. Le président Ronald Reagan y a répondu lors d’un discours : « Il n’y a pas de limite à la croissance, car il n’y a pas de limite à l’intelligence humaine, à son imagination et à ses prodiges » (source Wikipédia : Théories sur les risques d’effondrement de la civilisation industrielle).
Le président Emmanuel Macron, s’adressant au G20 le 8 juillet dernier a déclaré : « On ne peut pas lutter contre le terrorisme sans action résolue contre le réchauffement climatique ». Ce lien entre climat et terrorisme en a surpris plus d’un, mais il est connu des experts qui ont une compréhension systémique du lien qu’établit l’humain avec son environnement. Il est désormais admis que des variations environnementales peuvent influencer l’équilibre politique des sociétés, et nous savons que notre président en est informé.
Le Premier Ministre Édouard Philippe, dans son discours de politique générale devant l’Assemblée a cité le livre Effondrement, de Jared Diamond. Voici ce qu’il dit de son sentiment après la lecture de ce livre :
« J’ai une vraie révérence pour Diamond. J’ai appris et compris des choses en lisant ce qu’il a écrit. Effondrement est un livre que certains disent noir et pessimiste sur l’avenir des sociétés humaines, à cause de la consommation des ressources. En même temps, ce que je trouve extraordinaire dans ce livre c’est qu’il montre que les sociétés humaines quelles qu’elles soient, ont la possibilité de prendre des décisions qui permettent de sauver l’affaire ou pas. C’est pour ça que je n’ai jamais pensé qu’Effondrement est un livre pessimiste : je pense que c’est un livre sur la liberté collective de prendre les bonnes décisions. »
Il n’est plus possible aujourd’hui de dire que les politiques n’ont pas les données. Ils ne sont pas aveugles, les politiques « savent », et depuis longtemps. La question reste de ce qui est fait de ces données et des risques d’effondrement qu’elles indiquent. Il revient aussi aux citoyens – aux électeurs – de s’adresser à leurs représentants afin qu’ils cessent de balayer d’un revers de la main les textes et les études qu’ils connaissent parfaitement.
Mais cette prise de conscience ne se traduit pas vraiment par des politiques cohérentes…
La seule « solution » pour que nous minimisions le risque ou l’ampleur d’un effondrement serait que l’ensemble des pays, de façon concertée, réduise leur dépendance aux ressources, en particulier à l’énergie. Mais un verrou majeur les en empêche : la compétition économique. Nous ne sommes plus dans la situation de la Chine ou du Japon. Aujourd’hui, le premier pays qui choisirait de réduire son PIB par anticipation serait doublé économiquement par tout autre paysqui ne ferait pas ce choix. Nous l’observons concernant la COP21, les pays signataires sont tous dans une position attentiste, aucun ne baisse son exploitation de ressources par anticipation (le développement des « énergies vertes » est d’ailleurs tout le contraire d’une réduction de l’exploitation des ressources).
Nous sommes dans une situation particulièrement délicate, peut-être un piège : si nous ralentissons économiquement, notre environnement s’en portera mieux, mais le pays qui le fait en premier se portera moins bien. Si nous accélérons notre emprise pour rester performants, nous augmentons les dégâts environnementaux, et le monde entier s’en portera moins bien à terme. Nos gouvernants entretiennent donc la mythologie de la croissance, et utilisent désormais une autre mythologie, celle de la « croissance verte ».
Vous doutez également que les énergies renouvelables puissent à elles seules permettre de résoudre l’équation qui se pose à nous. Selon vous, repenser la société autour du tryptique proposé par l’association NégaWatt – Sobriété, Efficacité, Renouvelable -, qui intègre les limites matérielles sur lesquelles nous butons, est-il raisonnable ?
Aujourd’hui encore nous nous appuyons parfois politiquement, scientifiquement et industriellement sur des présupposés infondés. En toute rigueur, étant donnée la complexité du système économique et compte tenu du constat que toutes les énergies se sont toujours toutes additionnées historiquement (J-B. Fressoz, Pour une histoire désorientée de l’énergie), personne ne peut en 2017 affirmer que les énergies renouvelables (ou le nucléaire) pourraient limiter nos émissions de CO2. Il faut se rappeler tout d’abord que tout le débat sur les énergies renouvelables ne concerne que 20 pourcents de nos besoins énergétiques. Les 80 autres pourcents sont entièrement dépendants du pétrole, du gaz et du charbon. Il est alors envisageable, parce que le déploiement des énergies renouvelables participera à alléger la demande en hydrocarbures pour les 20 pourcents de production d’électricité, et parce que leur déploiement pourra prolonger le fonctionnement de nos économies et produire de la richesse, que celles-ci favorisent l’exploitation des hydrocarbures pour les 80 autres pourcents de nos besoins ! Cette « hypothèse du renforcement synergique des énergies » pourra être discutée, elle semble en tout cas parfaitement correspondre aux données sur le mix énergétique mondial : l’humanité n’a jamais autant exploité d’hydrocarbures, et l’humanité n’a jamais émis autant de CO2 qu’aujourd’hui (l’hypothèse du renforcement synergique des énergies est développée dans ce texte).
Il faut aussi s’inquiéter du fait que les sociétés capables de financer le déploiement des énergies dites de substitution, nucléaires et renouvelables, resteront toujours dépendantes d’un approvisionnement sûr, et assez important, en hydrocarbures. Aucune de ces énergies ne peut produire par elle-même l’énergie qui permettrait de les maintenir en fonctionnement. Cela serait l’équivalent… d’un mouvement perpétuel. Si la planète ne peut approvisionner éternellement l’humanité en pétrole, ni le nucléaire ni les énergies renouvelables ne sont éternels, même si ils pourront fonctionner un temps. À terme, nous aurons la sobriété, forcément, mais pas celle à laquelle nous croyons…
Selon vos propres propos, vous vous « gardez de proposer des « solutions » au déclin, considérées illusoires ». Pourtant il faut bien que les sociétés humaines puissent se préparer aux bouleversements à venir ?
Nous l’évoquions précédemment. Nous considérons dans l’association Adrastia que la situation est potentiellement inextricable, à cause de l’état général de la planète et de la compétition économique, existentielle, dans laquelle nous sommes tous pris. Il n’y a pas de « solution » contre la fin des ressources, le climat suit déjà une trajectoire proche d’un emballement immaîtrisable et la décroissance par anticipation ne répond pas aux exigences de l’économie mondialisée, dont aucun pays ne peut s’affranchir sans risque immédiat pour son propre peuple.
Alors le défi est immensément grand : il n’y a pas de solution, mais nous devons minimiser notre impact malgré tout et, surtout, nous adapter à un monde totalement nouveau. Mettre en œuvre des aménagements, ou une adaptation ça ne veut pas dire des décisions moins ambitieuses. Au contraire. Cela signifie l’arrêt des grands projets industriels inutiles et coûteux au profit d’initiatives de moins grande envergure et rendant plus directement service aux peuples plutôt qu’aux privilégiés, également une réforme fondamentale de nos modèles agricoles. Le maintien d’une cohésion sociale, malgré les difficultés économiques, sera primordial (aides sociales), en particulier parce que la fragilisation de la partie de la population qui subit déjà les effets du ralentissement économique est en soi un risque de destruction politique et morale de la société.
Le désintérêt des privilégiés pour les classes populaires et leurs difficultés entraîne déjà, nous le voyons bien, aux États-Unis en particulier mais dans le monde entier désormais, des révoltes, une radicalisation de la pensée, de l’obscurantisme religieux ou politique. Nous observons aussi une émergence de croyances totalement déconnectées de la réalité et qui se substituent aux connaissances scientifiques. Les pseudo-sciences (et la théorie du complot !) sont de plus en plus populaires, qu’elles soient volontairement induites par les Etats eux-mêmes (Donald Trump a officialisé le déni climatique par exemple) ou que les médias s’en fassent le relais par souci du sensationnel, par laxisme, par complaisance. Il est compréhensible aussi, mais déplorable pour l’avenir, que les peuples s’y raccrochent spontanément afin de répondre par eux-mêmes aux difficultés qu’ils vivent concrètement et que les mythologies et les discours trompeurs de leurs représentants ne peuvent plus dissimuler.
Aujourd’hui nos élites ne mesurent pas à quel point entretenir des illusions est en soi un risque d’effondrement sociétal. La croissance verte est bien impossible, et c’est à la réalité d’une crise de longue durée, avec des ruptures parfois brutales (la crise de 2008 pourra paraître dérisoire demain) que nous devrons nous adapter. C’est ce message de lucidité, face à l’immense défi que l’humanité doit relever, que l’association Adrastia souhaite transmettre.
*Vincent Mignerot est auteur et chercheur indépendant en Sciences Humaines. Il se questionne sur la singularité de l’espèce humaine parmi l’ensemble des autres êtres vivants et développe notamment une « théorie écologique de l’esprit ». Il est depuis 2014 Président de l’association Adrastia.
Source : Propos recueillis par l’équipe de Mr Mondialisation
Article gratuit, rédigé de manière 100% indépendante, sans subvention ni partenaires privés. Soutenez-nous aujourd’hui par un petit café
De la fiction à la réalité
J'ai lu ces derniers mois beaucoup de romans et visionné pas mal de documents vidéos sur les situations de crises majeures et leurs conséquences sur la population. Il est clair qu'on imagine assez mal tout ce que les ruptures d'approvisionnement alimentaire peuvent engendrer comme problèmes, dans la production et la distribution électrique, rupture dans l'approvisionnement en carburant, en eau potable, disparition partielle ou totale de l'autorité des forces de l'ordre, des soins aux blessés ou autres situations médicales etc etc...
On pourrait même penser que les auteurs de ces romans ou documents d'anticipation exagèrent dans leurs développements.
Il suffit aujourd'hui de regarder le chaos à Saint Martin et Saint Barthélémy pour prendre conscience que les situations de crise génèrent des comportements particulièrement anxiogènes, voire dangereux pour la population.
On peut juger aussi de l'incompétence des structures politiques dans l'anticipation des situations de crise. On ne pourrait que leur conseiller de lire davantage d'ailleurs et se souvenir que les romans de Georges Orwell par exemple ne sont plus des livres d'anticipation mais d'une réalité actuelle...
"Voler pour survivre", le dernier recours des rescapés d'Irma réfugiés dans une école
Une soixantaine d'habitants de l'île de Saint-Martin sont réfugiés dans un établissement scolaire depuis le passage de l'ouragan Irma. Ils doivent se débrouiller pour survivre, cinq jours après les intempéries.
![]()
Thibault LefèvreRadio France
Mis à jour le
publié le
PARTAGER
PartagerTwitterPartagerEnvoyer
LA NEWSLETTER ACTUNous la préparons pour vous chaque matin
"Voler pour survivre", le dernier recours des rescapés d'Irma réfugiés dans une école
Moins d'une semaine après le passage de l'ouragan Irma sur les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, les habitants tentent de s'organiser pour survivre. Les îles sont ravagées, les secours sont insuffisants pour pallier toutes les urgences et les populations manquent de tout. À Saint-Martin, une soixantaine d'habitants campent depuis plusieurs jours dans un établissement scolaire.
Pas de médicaments pour se soigner
À La Savane, à une rue seulement du centre de commandement opérationnel de la gendarmerie, une cinquantaine de personnes dorment sur des lits de camp dans des salles de classe. Deux espaces sont réservés aux blessés. Parmi eux, Christine, qui souffre de deux fractures, au fémur et à la cheville, à cause d'un accident de quad survenu avant l'ouragan. "J'ai été opérée il y a quelques jours, raconte-elle. Il y a un traitement que je ne peux pas suivre parce que je n'ai pas de médicaments." Pas d'antidouleurs ni d'antidépresseurs pour elle, puisque "tout a été emporté par le cyclone". Elle est arrivée quelques heures après le passage d'Irma et, depuis, dort sur un matelas sale.
Comme Christine, une dizaine de malades souffrent de ce manque de soins et de médicaments. "On a passé notre temps à installer des lits et prendre en charge les plus grands malades. On passe d'une dame âgée de 90 ans à deux personnes en fauteuil ou une personne paraplégique", explique Jennyfer, une Française en vacances à Saint-Martin. Cette manager de restaurant change les malades, leur prodigue les soins et s'occupe des enfants. Jennyfer, tout comme la directrice de l'établissement scolaire, dénonce le manque d'anticipation de l'État.
Deux maîtres-mots : débrouille et solidarité
Pour survivre, les réfugiés dans cet établissement scolaire s'organisent avec les moyens du bord. Débrouille et solidarité sont les maîtres-mots. Sur une grande table, dans une pièce qui abritait encore il y a une semaine des bureaux administratifs, des salades de fruits, des bouteilles d'eau et de la nourriture sont disposés en libre-service. Ces vivres ont été récupérés, pour l'essentiel, dans des magasins après le passage d'Irma.
Voler pour survivre, je ne peux pas dire que c'est bien mais il y a un moment, quand il n'y a rien d'autre à faire, il faut trouver une solution
Mireille, en charge de la logistiqueà franceinfo
Mireille ne cautionne cependant pas les pillages qui se déroulent depuis le passage d'Irma. "Après, aller voler des télévisions chez les gens, je ne suis pas d'accord." Elle a notamment piloté l'approvisionnement dans une pharmacie ouverte par l'ouragan. Cela a permis de récupérer des boissons hypercaloriques et hyperprotéinées.
Murielle et les plus jeunes ont aussi récupéré des batteries dans les épaves de voiture. Elles servent désormais à Eugène, qui désosse un ordinateur posé à ses pieds. "Je fabrique un ventilo à partir du moteur d'un ordinateur. Ça fonctionne mais il n'y a pas beaucoup de moteurs pour en faire assez."Eugène n'est pourtant pas un sinistré en tant que tel. "Ma maison n'est pas vraiment détruite, explique-t-il. Parfois, tu dois faire des sacrifices pour aider les gens. Quand tu aides, tu reçois de l'aide en retour." Alors chacun aide comme il le peut avec son savoir-faire. Ainsi, Richard, trompettiste, joue de la musique "pour empêcher le retour des ouragans".
Témoignages des rescapés.
Je viens de lire un appel du gouvernement français à ne pas relayer les informations, "fausses et imaginaires" venant de Saint Martin... Sauf que les réseaux sociaux qui fonctionnent encore se chargent de décrire la réalité. J'avais écrit ici il y a quelques temps que les situations de crises majeures dépasseraient toutes les anticipations du gouvernement et que les exemples de Katrina et de la Nouvelle Orléans devaient servir de repères quant aux conséquences sur la population. Je ne me réjouis pas d'avoir eu raison sur les mouvements de pillages et de déliquescence de l'autorité.
La seule autorité dans ce genre de catastrophes, c'est celle des armes. On peut imaginer par contre facilement que les plans de protection de l'Elysée sont bien affûtés...
Je pose encore une fois la même question : qu'en sera-t-il en métropole, le jour où nous aurons un accident nucléaire majeur ?... J'ai demandé des réponses à divers organismes gouvernementaux. Je n'ai jamais eu la moindre réponse. Pourquoi ? Je n'ai pas le droit d'être informé en tant que citoyen ou est-ce que rien n'est prévu ?... J'ai découvert après moult recherches qu'il existe un groupe d'intervention en cas d'accident nucléaire, la FARN (Force d’Action Rapide Nucléaire). "Chaque colonne est composée de 14 personnes qui sont des professionnels du nucléaire : 1 chef de colonne, 6 personnes spécialisées dans la conduite de l’installation, 5 personnes dédiées aux interventions et 2 personnes chargées de la logistique. Chaque colonne est dotée de matériels et d’une logistique adaptés aux situations que la FARN peut rencontrer."
http://www.sfen.org/fr/rgn/la-farn-constitue-une-ligne-de-defense-ultime-de-la-surete-nucleaire-en-cas-daccident-philippe
Rien sur un plan d'évacuation des populations concernées, absolument rien et ce n'est pas faute d'avoir cherché...Je rappelle que le gouvernement français a convoqué une cellule de crise cinq jours après le passage de l'ouragan...... Gestion de crise ?...
Personnellement, je n'attends rien de leur part et j'anticipe...
SAINT-MARTIN LES HALLUCINANTS TÉMOIGNAGES DES RESCAPÉS : "C'EST LA GUERRE CIVILE"

Alors que le Premier ministre a pris la parole pour rassurer les populations sur la présence et l'intervention de l'Etat dans les îles dévastées par l'ouragan Irma, les sinistrés, eux, laissent entendre une tout autre voix. Pillages, braquages, terreur : leurs récits sont hallucinants...
Le Premier ministre a pris la parole au nom du gouvernement, samedi 9 septembre au soir, au sortir d'une réunion de crise. Il a tenu à assurer les populations sinistrées de "la mobilisation totale de l'Etat" pour leur venir en aide, martelant ainsi les propos déjà tenus par Nicolas Hulot la veille. Fustigeant ceux qui "voudraient faire vivre telle ou telle polémique", il a mis en avant les "très importants moyens déjà sur place" et annoncé l'envoi de forces supplémentaires, au secours des habitants.
#Irma Une habitante de Saint-Martin témoigne des scènes de pillages après l'ouragan, elle "craint" pour sa sécurité http://www.francetvinfo.fr/meteo/cyclone-ouragan/ouragan-irma/des-bagarres-pour-une-tele-un-ventilateur-une-habitante-de-saint-martin-temoigne-des-scenes-de-pillages-apres-l-ouragan-irma_2362937.html#xtor=RSS-3-[lestitres …
"Des moyens continueront à être acheminés sur place", a-t-il annoncé, notamment des hommes du GIGN et du GIPN. Edouard Philippe s'est dit conscient "de la peur, de l'épuisement et de l'angoisse que suscite sur place et pour les familles des Antilles et de métropole la situation actuelle". Il a surtout défendu l'action de l'Etat, qui a su, selon lui, proposer des "réponses adaptées et rapides" à la catastrophe sanitaire et sociale engendrée par ce phénomène naturel d'une "intensité jamais égalée." Des termes qui semblent soigneusement choisis pour "excuser" ce que vivent les habitants.
Sécurité et reconstruction : c'est l'obsession du Premier ministre, si l'on en croit ses déclarations, mais ce n'est pas l'impression qu'ont les sinistrés sur place... Et à côté des flux de messages paniqués, en provenance des îles, les tentatives lénifiantes du gouvernement pour rassurer font bien pâle figure...
"Ici, c'est la guerre civile", s'écrie, sur les réseaux sociaux, un homme désespéré. Réussissant à capter des connections internet au nord de l'île, certains ont attendu de savoir qu'ils seraient finalement épargnés par l'ouragan José pour témoigner. "Ca ne va pas du tout", témoigne une sinistrée sur Facebook. Venez nous sortir de la merde !"
"On entend des coups de feu toute la nuit. On tue, on vole !" Terrifiée, cette femme attend désespérément les secours et fustigent les moyens humains déployés. "Ils sont mal formés vos gendarmes, ils sont même pas foutus de prendre une pelle et un râteau pour nous aider".
"Il y a plus de mille morts!"
Au sein des sinistrés, la panique gagne. Nombreux sont ceux qui se plaignent de censure sur les réseaux sociaux et de manipulation sur les grands médias. "La vérité des choses est loin de ce qu'on nous dit, les gens ont peur, les gens sont armés. Il y a plus de mille morts, la marée redescend et les corps remontent à la surface. On va aller partout dire la vérité", témoigne un homme dans un message vocal. La jeune femme qui le relaie explique lors d'un direct sur les réseaux sociaux que nombre de messages ont été censurés, afin de cacher à la population l'horreur de la situation.
" C’est la mort ici. On est enfermé dans la résidence, plus de logement, ça pue la pisse, la merde, l’horreur. On peut pas sortir dehors : coups de feu, coups de machette. Heureusement dans la résidence on est solidaire, mais on commence à devenir dingue ".
Après le passage de l'ouragan Irma, Saint-Martin fait face aux pillages
Ce que dénoncent surtout les sinistrés, c'est le manque de gestion et d'anticipation de la crise côté français, alors que sur la partie néerlandaise de l'île, la situation semble bien mieux maîtrisée. L'armée sécurise les lieux, des unités spéciales ont été déployées et les secours n'ont pas traîné...
"On n'a pas été fichus de sécuriser la seule armurerie de Saint-Martin. 250 détenus se sont échappés, on n'aurait pas pu anticiper de tels dangers?", s'indigne un habitant de l'île, lui-même armé pour protéger sa famille. Pour l'instant, la question reste en suspens. L'urgence est ailleurs. Mais le gouvernement d'Edouard Philippe le sait. Après la tempête, il faudra rendre des comptes sur la gestion et surtout la prévention de la crise...
Le chaos humain
Le roman en cours est une projection sur le chaos humain lorsque tous les garde-fous sont tombés. Il n'est pas nécessaire que je cherche à imaginer ce qui est de l'ordre de l'envisageable. Il me suffit de lire les actualités.
Irma. Pillages, agressions et bandes armées : tensions à Saint-Martin
Modifié le | Publié le-
Sur l'île dévastée de Saint-Martin, règne maintenant la loi du plus fort. | AFP
Hervé HILLARD
Sur l’île française de Saint-Martin, Irma a fait parler sa violence, l’homme laisse maintenant éclater la sienne. Au sein même des décombres et des ruines prolifèrent bandes armées, pillages, agressions. Le chaos. La loi du plus fort. Les autorités tentent de reprendre la situation en main, mais les témoignages glaçants se succèdent.
« C’est la mort ici. On est enfermé dans la résidence, plus de logement, ça pue la pisse, la merde, l’horreur. On peut pas sortir dehors : coups de feu, coups de machette. Heureusement dans la résidence on est solidaire, mais on commence à devenir dingue ».
« À Saint-Martin, ce n’est plus la force de la nature, mais la loi du plus fort. Mon père ne peut plus sortir, car dans les rues, les gens se baladent avec des armes et tirent sur la population pour récupérer des biens et des denrées alimentaires. Il dit également qu’il y a énormément de morts et non pas 8, puis 4. »
Pillages, agressions, bandes organisées qui sillonnent l’île, cambriolent les maisons et fracturent les magasins, machettes et revolvers dans les rues : depuis mercredi et le passage de l’ouragan Irma sur l’île de Saint-Martin, les témoignages de ce genre se multiplient sur les réseaux sociaux.
> Suivez notre direct sur Irma
Une évasion de détenus démentie
Le chaos et la violence ont pris racine dans les décombres mêmes de l’ouragan. Plusieurs médias français, citant une femme capitaine de gendarmerie de la partie française de Saint-Martin, ont annoncé samedi que 250 détenus s’étaient évadés de la prison partiellement détruite de Pointe Blanche de Sint Maarten (partie néerlandaise), affirmant que des détenus auraient fracturé l’armurerie de la prison et se seraient emparés d’armes.
Édouard Philippe a démenti l’information, affirmant qu’elle n’était « pas avérée par les autorités néerlandaises ». Ajoutant qu’il était en contact permanent avec le Premier ministre néerlandais Mark Rutte.
Lequel a averti les auteurs de pillages dans la partie néerlandaise de l’île de Saint-Martin dévastée par l’ouragan Irma que la police et l’armée étaient « prêtes à agir pour réprimer ces actes ». Mais a aussi reconnu que les pillages n’étaient toujours pas « sous contrôle », soulignant que les circonstances étaient « compliquées ». Presque un aveu de faiblesse, d’impuissance.
Des soldats en nombre suffisant ?
Quelque 230 soldats néerlandais se trouvent sur l’île, et une centaine d’autres doivent y arriver d’ici lundi. Si nécessaire, 150 militaires supplémentaires seront déployés dans les Caraïbes, a indiqué M. Rutte.
De son côté, Édouard Philippe a lui aussi annoncé samedi soir l’envoi à Saint-Barth et Saint-Martin de 240 gendarmes supplémentaires.
Suffisant ? À Grand-Case, sur l’île de Saint-Martin, les habitants expriment autant leur colère que leur désarroi. Nicolas, un fonctionnaire installé là depuis six ans, s’est rendu près d’une galerie marchande qui sert désormais de caserne aux secours. « On n’a ni information, ni adresse quant aux solutions pour les sans-abri. Je suis en colère après Paris et sa gestion de crise », répète-t-il, en pointant quelques militaires qui sont là mais « sans matériel ».
Confusion et manque d’information
Depuis qu’Irma a quasiment tout ravagé sur l’île, la confusion est partout : aux abords de l’aéroport de Grand-Case - en fait, une sommaire piste en bout de plage d’à peine deux kilomètres -, une centaine de personnes aux visages tendus et fatigués s’agrippent aux grilles dans l’espoir de partir, mais sont retenues par les militaires.
« Après Irma, la population est dans un état psychologique médiocre. La moindre rumeur fait qu’ils se pointent tous à un endroit en espérant être évacués », déclare un capitaine de la Sécurité civile.
À l’est de l’île, dans le quartier pauvre d’Orléans, le cyclone a complètement dévasté les baraques aux toits de tôle, alors que les collines qui entourent cette cuvette n’ont épargné que quelques rares habitations.
État de tension permanent et panique
L’état de tension permanente mâtinée de panique s’accentue brusquement lorsqu’au moins deux cents personnes attroupées bloquent les routes et se battent entre elles, parfois armées de machettes. Si l’origine du différend est inconnue, la rumeur évoque « une histoire de voiture ».
À moins de 200 mètres, le désarroi gagne une longue file d’attente aux abords de l’ancienne gendarmerie. Le regard vide, les bras ballants trahissant un état de fatigue extrême, les habitants cherchent à se ravitailler en vivres et en eau.
Résignée, souriante mais fataliste, Sidonie Jasaron, 67 ans, a pu rester dans sa modeste maison au toit en tôle, où elle est désormais réfugiée avec ses six enfants et petits-enfants. Mais Irma a fissuré l’habitation et la porte vitrée du rez-de-chaussée brinquebale.
« Même si je voulais me déplacer, il n’y a pas de téléphone, il n’y a rien, je ne saurais pas où aller », fait observer celle qui habite Saint-Martin depuis plus de cinquante ans, et qui n’avait jamais vu un ouragan « aussi fort ».
« Maintenant, l’école va se faire piller »
Sur le front de mer, une femme, assise sur un banc pleure au téléphone. « On a tout perdu, tu sais, on n’a plus rien », dit-elle à son interlocuteur.
Près d’une école où la Sécurité civile donne discrètement à manger, à boire à environ 70 personnes, principalement des enfants et des femmes, le monde se masse autour du bâtiment « pour savoir ce qu’il se passe ».
C’est le concierge de l’établissement qui a ouvert les portes pour protéger les plus nécessiteux à l’intérieur du bâtiment, qui s’est retrouvé rapidement saturé.
Alors que les militaires tentent de garder l’école, l’un d’entre eux désespère : « Putain, tout le monde a vu ce qu’on a livré… Maintenant, l’école va se faire piller ».
Le parfum des mots

Hier, je suis resté très tard devant mon écran... Tentative d'écriture sur le roman en cours.
Je sais ce que je veux raconter mais je n'ai pas trouvé les mots.
Alors, je me suis arrêté et j'ai tenté d'analyser la situation.
Qu'est-ce qui m'empêchait de développer les images que je portais, d'avancer l'intrigue, de placer les personnages, de leur donner vie ?
Comme souvent, j'ai lancé le dialogue intérieur, un dédoublement entre l'auteur et moi...
"Pourquoi tu arrêtes d'écrire ?
-L'écriture, justement. Tu sais bien que c'est l'écriture.
-Quoi, l'écriture ? Tu sais construire une phrase pourtant ! Raconte, raconte et ne t'arrête pas à un mot ouà une tournure !
-Non, c'est impossible, tu le sais bien. Je n'ai pas le droit de me contenter de raconter une histoire.
-Pas le droit ? Et qui t'en empêche ? C'est idiot comme réponse.
-L'auteur, c'est l'auteur qui ne le veut pas. L'auteur doit prendre de la hauteur par rapport à son histoire sinon, il n'est qu'un raconteur.
-Qu'est-ce que tu as contre les raconteurs ? C'est bien de raconter des histoires et plein de gens sont heureux qu'il y ait des raconteurs.
-Je ne dis pas le contraire mais quand j'écris, je ne m'adresse pas prioritairement aux gens.
-Ah bon, et à qui alors ?
-À moi. À celui qui a lu et aimé, passionnément, tous les auteurs éternels qui voguent dans les airs, comme des parfums. Le Clézio, Saint Exupéry, Hémingway, Conrad, Camus, Steinbeck, Hesse, Sartre, Buzzati, Schoendoerffer, Raspail, Proust, Yourcenar, Dostoïevski, Kafka, Faulkner, Gide, Malraux...Ils n'ont pas raconté des histoires, ils n'ont pas lancé des parfums éphémères, dispersés par les souffles du temps qui passe. Non, ils ont diffusé des senteurs qui ne s'effaceront jamais.
-Et tu te mets à leur niveau quand tu écris ? Eh bien, tu ne manques pas d'air ! Quelle prétention !
-Non, justement. Je n'ai aucune prétention envers eux. C'est juste envers moi. Me contenter de raconter des histoires, c'est comme si je lançais des pelletées de purin dans les délices de leurs parfums. Je n'ai pas le droit. Je serais prétentieux si je me satisfaisais simplement de formuler l'histoire que j'ai en tête. Tu vois, pour moi, les gens qui coupent les fleurs dans un pré pour égayer leur intérieur, c'est comme un écrivain qui arrache des mots pour se réjouir lui-même. C'est juste un assassin, un tueur de la beauté littéraire, tout comme le cueilleur des fleurs est un assassin de la beauté du monde.
-Et donc, tu préfères ne rien écrire ?
-Oui, c'est ça.
-Mais tu sais qu'un jour, les fleurs fânent, naturellement. Ton histoire va disparaître comme une fleur desséchée si tu ne l'écris pas.
-Non, elle restera simplement en terre.
-Et personne n'en profitera, même pas toi d'ailleurs.
-Il ne s'agit pas de profiter mais d'honorer. Quand je contemple une fleur, je ne profite pas juste de sa beauté. Je la bénis, je la remercie, je l'enlace de ma tendresse, je respire son parfum tout autant que ses couleurs, la douceur de ses pétales, la perfection de ses formes. Comme je le fais envers Nathalie.
-Et donc, tu voudrais que les gens bénissent ton écriture de la même façon que tu contemples une fleur ou Nathalie ?
-Tu ne m'écoutes pas ! Je viens de te dire que je n'écris pas, prioritairement, pour les gens. C'est à ma propre exigence que je m'adresse et cette exigence doit se nourrir de la beauté de la littérature immortelle. Je suis immensément heureux bien entendu que des lecteurs ou lectrices aiment ce que j'écris, sinon je n'aurais jamais cherché à être édité mais je pense que tout cela ne doit pas changer mon écriture au risque que ça ne soit plus moi qui écris mais les lecteurs à travers ma plume...
-Eh bien alors, pourquoi tu partages tes écrits si c'est pour toi ?
-La nature ne fait pas pousser les fleurs à l'envers.
-Quoi ? Je n'ai rien compris.
-Le ciel n'est pas dans les racines.
-Tu peux être plus clair ?
-La beauté du monde n'est un secret pour personne dès lors que quelqu'un la regarde mais les regards humains ne constituent pas la beauté elle-même.
-Tu veux dire que tu écris comme si tu étais la nature et que tu cherches juste la beauté ? Même si personne ne te lit ?
-C'est ça. Ce qui importe, c'est la beauté de la création. Toutes les créations de la nature sont visibles quand elles sont achevées.
-Mais comment peux-tu juger de la beauté de ta création si personne ne la contemple et ne te dit ce qu'il en pense ?
-Si je ne sens pas les parfums des mots me remplir, c'est qu'il n'est pas temps d'éclore. Quand j'ai écrit "Kundalini", j'avais en moi le désir d'une littérature sexuellement transmissible.
-C'est à dire ?
-Le parfum de l'amour. Je voulais diffuser des phéromones, des senteurs de corps aimantés, je voulais sur mes lèvres le goût de la peau, je voulais dans mes mots des étreintes qui emportent, des accouplements d'âmes et des coeurs en jouissance. Et quand je l'écrivais, j'avais des érections littéraires qui me remplissaient de bonheur, comme des poussées de sève, des ruissellements de nectars délicieux dans mes veines. Nathalie est une fleur divine pour mon âme, tu le sais. Je n'aurais pas pu me contenter de raconter ce parfum. Il fallait que je le sente, qu'il m'enivre, qu'il m'élève, comme la lumière solaire étire les fleurs des champs vers le ciel. C'est dans les vagues de ce parfum que je pouvais naviguer.
-Et celui que tu écris maintenant ?
-Je cherche à saisir le parfum de l'esprit des hommes quand ils découvrent leurs errances, ce goût amer de l'insignifiance quand soudainement leur apparaît l'essentiel. Alors, je ne peux pas me contenter de raconter des faits. Les faits ne sont que le terreau. C'est le parfum des fleurs écloses qui m'importe. Et le temps que ça prendra n'a aucune importance.
-Tu sais que tu peux mourir avant que les parfums ne s'envolent ?
-Oui, et alors ? Je préfère mourir sans avoir saisi le parfum que de couper les fleurs pour m'en approprier follement les effluves de leur mort.
-Tu veux dire que les raconteurs d'histoires sont des assasins des parfums des mots.
-Oui, parfois. Ce qu'ils aiment, c'est l'odeur de leur statut d'écrivain.
-Et toi, tu n'es pas un écrivain ?
-Non, je suis un amoureux des parfums mais je sais qu'ils n'ont pas besoin de moi pour exister. Je peux chercher à constituer des bouquets de senteurs mais ce travail intérieur ne contribue pas à l'existence du parfum. Tout est là, dans les molécules, dans les atomes, dans le flux vital qui se nourrit de la lumière du monde. Le jardinier qui se glorifie de la beauté des roses n'aime pas les roses ; il n'aime que son travail sur les roses. Je ne peux pas être heureux de mon travail sur les mots si ce labeur n'a pas de parfum. Imagine une fleur qu'un jardinier aurait gavé d'intrants artificiels. Quel serait son parfum ? Imagine une histoire qu'un auteur se serait forcé à écrire, comme si l'image du livre dans ses mains avait plus d'importance que le parfum ?
-Oui, je comprends.
-Bon, alors, on est en paix toi et moi ?
-Oui.
-Alors, l'émergence du parfum devient possible. C'est le plus important."
L'école de l'auto-suffisance
Si j'avais 20 ans aujourd'hui, je ne bosserai pas dans l'enseignement public mais dans le privé et dans ce type de structure, quitte à la créer. Mais le problème, c'est que je dis ça avec 35 ans d'enseignement derrière moi... A 20 ans, je n'étais pas l'enseignant que je suis aujourd'hui. Il faudrait vivre à l'envers en fait : Être ancien, rempli de milliers d'expériences et de savoirs et passer le reste de sa vie à les appliquer jusqu'à être assez jeune et plein d'énergie pour se lancer dans sa propre structure...
NI CLASSE, NI DEVOIRS : DANS CETTE ÉCOLE LES ENFANTS ÉTUDIENT LA NATURE
En Nouvelle-Zélande, les élèves de la Deep Green Bush school apprennent à survivre en pleine nature pour se préparer au défi climatique.
Par
Victoria Ouicher-
Pas de leçons, ni de devoirs, à quoi peut bien ressembler la vie dans cette école de Nouvelle-Zélande ? Les élèves de Deep Green Bush school, comprenez « l’école des buissons verts foncés » passent la majeure partie de leur temps en extérieur. Ils explorent la nature, apprennent à pêcher, à chasser, à fabriquer des pièges et à allumer des feux… Le but : leur offrir la possibilité de vivre en auto-suffisance.

Dans cette école, idéalement située dans une forêt de kauris, des conifères endémiques du nord de la Nouvelle-Zélande, près d’Auckland, les devoirs, les récitations et les salles de classe ont été totalement bannis. Leur credo : enseigner aux enfants l’école de la vie. Car ici, l’expérimentation personnelle prime sur les savoirs abstraits, comme l’explique Joey Moncarz, cofondateur des lieux, au Guardian :
« On nous appelle ‘école’, mais rien ne ressemble à une école ici. On ne fait pas des trucs comme dire aux enfants que c’est l’heure d’écrire ou d’apprendre les maths. Quand ça les intéresse de le faire, ils le font. »

Joey Moncarz a enseigné pendant cinq ans dans une école traditionnelle, avant de se décider à monter sa propre structure inspirée de certaines écoles expérimentales scandinaves ou américaines. Sa volonté est de préparer les enfants aux défis de demain, et en particulier au changement climatique. Ainsi, l’étude de la nature prime sur tout le reste. Pour autant, pas question de faire l’impasse sur l’écriture, la lecture ou l’arithmétique. Les enfants sont invités à les apprendre à leur propre rythme, sans suivre nécessairement le programme imposé par l’éducation nationale. Et ils sont bien plus épanouis de cette façon.
« Ces parents voyaient leurs enfants malheureux et stressés dans le système éducatif classique et ils ont commencé à s’interroger : est-ce normal ou juste pour des enfants de rentrer à la maison stressés et malheureux ? Pour avoir enseigné dans une école classique, je dois dire que la plupart des enfants sont stressés et malheureux. »

Cette école indépendante n’a pas rempli tous les critères pour être reconnue par le Ministère de l’Éducation. Mais ce dernier se réserve un droit de regard afin de s’assurer que les enfants soient armés pour s’intégrer à la société moderne. Pour Joey Moncarz, l’objectif est très clair : « Nous ne voulons pas être un genre d’école, nous voulons remplacer les écoles mainstream » .
Cette volonté n’est pas totalement dénuée de sens. Car, « pour réussir dans la société moderne, il y a tout un champ de compétences à développer, mais seulement quelques-unes peuvent être déployées à l’extérieur » rappelle David Berg, chercheur en éducation à l’université d’Otago (Nouvelle-Zélande) au Guardian. En réalité, les individus souffrent d’être totalement déconnectés de la nature et de la vie en extérieur de manière générale.
Et si cette école peut sembler extrême pour certains, elle tente d’apporter une solution au problème de déconnexion avec l’environnement et cela reste une bonne chose.
"Une idée folle" (film)
Le film « Une idée folle » diffusé sur le site du « Monde »
Du jeudi 7 septembre 17 heures au dimanche 10 septembre minuit, découvrez le film documentaire de Judith Grumbach, en exclusivité et en diffusion gratuite sur le Monde.fr
LE MONDE | • Mis à jour le
Abonnez vous à partir de 1 € Réagir Ajouter
Partager (6 464)Tweeter
image: http://img.lemde.fr/2017/08/30/0/0/1077/629/534/0/60/0/fa8de9b_11868-w2c5dc.8c2zftuik9.png
Le Monde, Horizons productions et Ashoka ont noué un partenariat pour diffuser gratuitement sur le Monde.fr Une idée folle, un film documentaire de Judith Grumbach qui pose la question du rôle de l’école au XXIe siècle.
Tournée dans neuf établissements scolaires, publics et privés, de la maternelle au collège, Une idée folle interroge le rôle de l’école aujourd’hui à travers le témoignage d’enseignants, d’enfants, de parents ainsi que d’experts de l’éducation.
A quels défis les citoyens de demain devront-ils faire face et comment les y préparer ? En cultivant l’empathie, la créativité, la coopération, la confiance en soi chez les élèves, en parallèle des savoirs fondamentaux, répondent ces enseignants qui ont à cœur d’essayer de former une future génération de citoyens peut-être plus épanouis et responsables…
Ce film sur la capacité de l’école à mettre en œuvre de nouvelles solutions face aux défis d’aujourd’hui, Le Monde a eu l’envie de le faire connaître, non seulement pour le diffuser auprès de ses lecteurs, mais aussi pour ouvrir le débat sur le rôle de l’éducation et de l’école au XXIe siècle.
En marge de cette projection gratuite sur le site, Le Monde organise un tchat avec la réalisatrice pour échanger avec les internautes le 8 septembre, et un débat en ligne le 9 septembre.
Dans le cadre du Monde Festival un débat sur le thème « Peut-on apprendre à être créatif ? » aura lieu dimanche 24 septembre, de 11 h 30 à 13 heures, à l’amphithéâtre de l’Opéra Bastille.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/education/article/2017/08/30/le-film-une-idee-folle-diffuse-sur-le-site-du-monde_5178437_1473685.html#M7o4yjCIzjR7CcYh.99
De l'attention à la concentration

Avec ces deux termes, on est face à un problème majeur dans une classe, avec de jeunes enfants.
La concentration et la capacité de s'extraire de l'attention lorsqu'elle n'est pas nécessaire et même néfaste est un enjeu crucial pour la qualité du travail.
« Si vous faites attention, vous ne pouvez pas être concentrés. »
Un travail en classe sur cette idée que l’attention est une nécessité mais pas le chemin unique vers la performance.
« Fais attention quand tu écris, quand tu calcules, quand tu apprends ta leçon…! »
Non justement.
Lorsque nous faisons attention, nous sommes à l’écoute de tout ce qui nous environne, dans un florilège de perceptions liées à nos sens, attentifs justement à ne rien laisser passer, une discussion, un bruit, un mouvement, tout ce qui peut nous remplir de cette activité ambiante, une espèce de « caméra sensorielle », capable de distinguer le moindre déplacement, le moindre son, la moindre odeur, le moindre frôlement. Il faut imaginer un réseau routier sur lequel notre attention bifurquerait et souvent de façon anarchique. Il est très long et ardu d'apprendre à "conduire".
La concentration implique au contraire l’établissement d’un horizon limité, une interdiction de changer de chemin, comme si une voie unique était tracée et qu’elle devait être empruntée sans aucune interférence, dans le refus de toutes perceptions étrangères, une camisole sensorielle, uniquement attachée à la validation du travail entamé. Il n’y a qu’un objectif et rien ne doit s’y greffer.
Le silence et la solitude sont des alliés de choix. On peut dès lors se demander comment 28 enfants dans une classe peuvent y parvenir…Quand je vois d’ailleurs la difficulté pour un groupe d’adultes à rester « concentré », il y a une certaine aberration à en attendre davantage d’un groupe d’enfants.
Cette fameuse attention est d'ailleurs très représentative de cette dispersion ambiante. Les marchands, les médias, les autres, les contraintes sociétales, sont des éléments perturbateurs.
Les marchands sont d’ailleurs passés maîtres dans l’art d’entretenir l’attention.
« Attention, ce nouveau smartphone va révolutionner votre vie, attention cette nouvelle voiture sera une compagne fidèle, attention cette nouvelle série télé est un évènement, cette télé réalité va vous bouleverser, attention, attention, attention, ne manquez pas tout cela, vous le regretteriez. Soyez dans le coup ! Restez avec nous, ne nous quittez pas, il n'y a rien de mieux ailleurs.»
La dialectique utilisée par ces entités extérieures est de plus en plus injonctive et même culpabilisante.
"N'oubliez pas d'aller voter..."
"N'oubliez pas d'allumer votre télé à 21h, mardi soir..."
"N'oubliez pas de réserver vos places pour le prochain PSG-OM"....
Oui, merci, mais je peux aussi ne pas oublier de ne pas y aller. Il ne s'agit pas d'un oubli mais d'un choix volontaire.
L'attitude qui consiste à considérer que "l'autre" n'est pas capable de prendre une décision raisonnée m'énerve au plus haut point.
....
L’attention est un phénomène tourné vers l’extérieur quand la concentration est une plongée intérieure. Dès lors, la concentration est un ennemi de la consommation.
Un ermite silencieux est un citoyen économiquement sans intérêt.
La concentration implique une observation de soi afin de ne pas quitter la voie intérieure. Alors que ce monde moderne est une ouverture constante sur l’extérieur.
Bien sûr qu’il est profitable de faire attention lorsqu’on marche en forêt. Il n’est pas question de le nier ou de rejeter ces bonheurs multiples. On peut par contre y adjoindre une certaine concentration dans la plénitude qu’on y trouve. Comme si la nature ramenait immanquablement l’individu vers soi. Une boucle en quelque sorte. Marcher en montagne est autant une ouverture aux sens qu’un état de méditation dans l’intériorisation que l’activité déclenche. Encore faut-il aller marcher avec des personnes oeuvrant à l’exploration intérieure et non aux commentaires des dernières nouveautés technologiques ou de la campagne présidentielle…Il y a des sujets de discussion qui sont des insultes aux arbres.
Cette attention pourrait être visualisée sur un plan horizontal, une espèce d'extension destinée à capter tous les éléments générés par les esprits engagés dans le même fonctionnement. Il y a bien entendu la satisfaction d'être intégré à une activité commune, une reconnaissance, le phénomène de l'identification etc etc...
La concentration implique au contraire un mouvement vers le centre. Une plongée verticale déclenchant simultanément une élévation du même ordre. Les perceptions environnementales ne sont plus des interférences dispersives, ce que je nomme en classe "les parasites" mais des phénomènes aléatoires qui s'estompent naturellement.
Juste des risées sur l'Océan intérieur.
Ce matin, je leur ai fait écouter la radio mais avec un réglage insuffisant et par conséquent, des "parasites" qui empêchent une réception idéale. Et je leur ai expliqué.
Il en est de même lorsqu'ils travaillent et qu'ils restent dans un état "d'attention" et non de "concentration".
L'agitation, l'observation des autres, les bavardages, l'alternance de mise au travail et d'arrêt, pour X raisons, tout cela contribue à une qualité moindre dans la résolution de la tâche.
Il est très difficile pour un jeune enfant de parvenir à lier un état d'attention et un état de concentration et c'est systématiquement la concentration qui en pâtira.
Il y a longtemps déjà, une dizaine d'années, que j'ai constaté une baisse dans la concentration et une "agitation chronique" chez beaucoup d'enfants, une incapacité à s'astreindre à un travail qui dure sans sortir de l'état de concentration, comme si l'agitation intérieure de l'esprit ne pouvait être réduite.
Ils sont comme "possédés" par une absence personnelle de possession...
Ils ne sont pas en eux mais constamment "à l'extérieur d'eux-mêmes."
Au tennis, j'ai pu constater avec précision la difficulté de la tâche lorsqu'il s'agit de lier l'attention à la concentration et la maîtrise intérieure que cela nécessite. Lorsque je joue avec Nathalie, je dois observer son positionnement pour déterminer la trajectoire de la balle que je vais frapper. Je suis donc dans un état d'attention mais lorsque je vais frapper la balle, je dois basculer dans un état de concentration absolu et ne pas quitter la balle des yeux au moment où je la frappe. Sitôt que la balle part de ma raquette, je dois de nouveau entrer dans l'attention puisque la suite dépend du déplacement de Nathalie.
Il faut imaginer la tension que cela représente dans un match opposant des joueurs professionnels... C'est hallucinant.
Il est impossible de considérer que de jeunes enfants ont la capacité à gérer les deux états dans une situation donnée.
Il faut donc qu'ils prennent conscience que la concentration est un état intérieur qu'ils ne connaissent pas réellement et leur permettre de le saisir, de le ressentir, d'en explorer l'immensité.
Si je leur propose de colorier un mandala mais que je n'explique pas la finalité de ce travail, ils vont passer leur temps à demander aux autres de leur montrer leur feuille afin qu'ils puissent en faire autant... Ils seront dans l'attention et lorsqu'ils reprendront leur coloriage, ça sera durant trente secondes et au maximum pour deux minutes.
J'ai déjà fait le test avec ma montre... C'est terrifiant...
C'est même à se demander s'ils ont conscience de ce que signifie l'expression "être en soi"...
"Ça se trouve où ?" ....
Bon, on va reprendre tout ça, lentement...
Ce matin, je leur ai donc expliqué la pratique de "la pensée jaune fluo".
Dans le cas d'un mandala, il s'agira "d'écrire intérieurement" sur un écran imaginaire, en soi, la phrase : "Je me concentre pour colorier".
Cette phrase est peinte en jaune fluo. Si une autre phrase survient, elle n'est pas coloriée et n'a donc aucune raison de rester affichée sur "l'écran." La phrase jaune fluo est un rappel à l'ordre intérieur.
Si l'enfant a besoin de tailler son crayon, il doit le faire en silence, sans une agitation inutile et perturbatrice pour les voisins et voisines. Toutes les phrases prononcées qui n'ont aucune nécessité sont tues.
"Tiens, je vais continuer en vert.
Où est-ce que j'ai mis ma gomme ?
Tu en penses quoi si je mets du bleu ici ?"
...
L'objectif intérieur, c'est de ne pas quitter l'observation de sa propre concentration. Et c'est éminemment difficile quand déjà, on ne parvient pas à identifier l'état de concentration.
On va donc démarrer la méditation.
C'est indispensable pour tout le reste.
Ils doivent explorer "l'invisible" en eux et s'extraire du "visible" qui les aimantent... Je vais d'ailleurs utiliser un aimant et une boîte de punaises pour leur montrer l'effet de masse générée par l'attention...
"L'attention agit sur vous comme un aimant qui vous attire et si vous ne développez pas en vous la force de la concentration, vous ne serez, toute votre vie, que des punaises collées, les unes aux autres, sans plus aucune liberté..."
Aujourd'hui
Dans un échange sur Facebook, j'ai écrit ça hier : "Quand tu entames une année scolaire, tu acceptes l'idée que la journée ne s'arrêtera pas à la sonnerie de 16h30 mais qu'elle continuera toute la nuit et que le lendemain, cette nouvelle journée viendra s'ajouter à la première et après quelques temps, tu t'apercevras que tu as trente journées qui tournent dans ta tête, non stop, jours et nuits et que chacune des trente journées contient vingt, trente ou cinquante éléments très importants qu'il ne faut pas oublier alors cette première journée de classe n'était que le début d'un prochain capharnaüm
:) 28 enfants finalement, un a déménagé et on a l'appris ce matin...Eh bien, quand je me suis assis face à eux, j'ai eu l'impression de n'avoir jamais arrêté ce métier...J'étais là comme si ces trois années passées n'avaient pas existé. Et ça a été un très beau cadeau."
Ce soir, Nathalie et moi, on avait décidé de commencer des cours de yoga avec une enseignante diplômée. Après quelques minutes, je me suis aperçu que je pensais à mes élèves....
"Ah, tiens, c'est bien ça, il faudra que je le fasse avec la classe.
Oui, très bien ça aussi mais il faudra que je change la consigne, il faut qu'ils visualisent davantage, je leur dirai de fermer les yeux et de les retourner à l'intérieur.
On finira la séance avec de la musique douce pour leur montrer l'intérêt de ce genre de musique. Musique relaxante
et patati et patata..."
Bon, j'ai souri intérieurement parce qu'en fait, ça me faisait très plaisir. J'ai toujours été comme ça et même après trois années "d'absence", tout est toujours là, cet engagement permanent pour leur apporter ce qui peut contribuer à leur bien être alors qu'ils ont parfois de l'école l'image d'un calvaire...
Je me suis quand même dit à un moment que j'étais là d'abord pour moi et je me suis concentré en retournant les yeux à l'intérieur :)

Concours photo
Une de mes très nombreuses photos de montagne est en finale dans un concours.
CONCOURS PHOTO FINALE.
A vous de choisir notre dernier gagnant parmi ces finalistes !
La photo qui aura reçu le plus de like samedi à midi, sera la dernière photo gagnante.
Cliquez sur les photos pour les voir et les liker individuellement.
Bonne sélection !
Vous pouvez trouver la page facebook en cliquant sur une photo ci-dessous, vous serez redigiré vers la page du concours. Il y a d'ailleurs de très belles photos : Merci :)
https://www.facebook.com/BanffFrance/photos/a.254746981400621.1073741829.215702725305047/762728927269088/?type=3&hc_location=ufi

Demain
Demain, je retourne à l'école.
J'ai 29 enfants de CM2.
Je sais ce que je vais leur dire dès les premiers instants.
"L'homme se découvre dans les situations extrêmes" Carl Jaspers
Une situation extrême, c'est celle dans laquelle l'individu risque sa vie. Vous n'êtes pas dans une situation extrême. Vous êtes nourris, habillés, protégés, soignés, instruits. Par contre, vous pouvez faire de votre situation d'élèves, une situation extrêmement intéressante. C'est à dire que vous allez y consacrer toute votre énergie comme si votre vie en dépendait. Prenons votre alimentation comme exemple : Vos parents vous demandent à juste raison d'avoir une alimentation équilibrée, ou en tout cas ce qu'ils pensent être bon pour vous. Imaginons que vous décidiez de ne manger que du chocolat parce que vous adorez ça. Votre organisme va considérablement en souffrir. Imaginez qu'il en est de même avec votre intellect. Il a besoin de manger, une alimentation riche, variée, de qualité. C'est là qu'il peut croître favorablement. Il ne s'agira pas d'être le plus beau, le plus grand, le plus intelligent mais juste d'atteindre l'altitude la plus élevée qu'il vous est possible d'atteindre. Mon rôle est de vous donner la meilleure nourriture possible, la plus enthousiasmante pour que vous ayez envie de manger et manger encore, de dévorer même et je considère que c'est une mission de la plus haute importance. Je lui accorderai par conséquent toute mon énergie. Vous, votre rôle, c'est d'entretenir votre désir de grandir, intérieurement, intellectuellement, émotionnellement, en pleine conscience. Votre croissance corporelle est déjà inscrite en vous, vous n'y pouvez rien. Mais pour ce qui est de votre croissance intellectuelle, vous avez un rôle à jouer, un rôle considérablement important. Vous êtes responsables de votre croissance intérieure. Vous deviendrez ce que vous voulez être. "
Entre discours et réalités
L’étrange méthode du ministre Blanquer
Publié le / 0 commentaire
Partager :
-
A quelques jours de la rentrée et après 100 jours d’exercice du ministère, on commence à avoir un peu de recul sur le discours et l’action du nouveau ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer. Omniprésent dans les médias, habile communiquant aux éléments de langage parfaitement rodés (on l'a encore vu toute la semaine et hier soir chez Ruquier), JM Blanquer s’est montré très actif et volontariste durant ses premiers mois rue de Grenelle, récoltant une certaine popularité auprès du grand public. Mais quand on connait les dossiers de l'école dans le détail, certains aspects de sa méthode et de sa communication laissent perplexe.
Double discours et classes à 12
Au ministère, on a vite compris que financer la grande promesse de campagne du candidat Macron, les fameuses « classes à 12 » en CP et en CE1 en éducation prioritaire, n’allait pas être une mince affaire. Très rapidement le dispositif « Plus de maitres que de classes » (PDMQDC) mis en place sous le précédent quinquennat, plébiscité sur le terrain (lire ce post que nous avons consacré au sujet) s’est retrouvé sur la sellette : les maitres +, qui interviennent auprès de petits groupes d’élèves ou dans la classe en fonction des besoins et de l’équipe enseignante, ont vite senti qu’ils seraient les premiers à être « redéployés ». Devant la levée de bouclier venue du terrain, le ministre se veut rassurant : « J’ai entendu les craintes », « il ne faut pas considérer qu’on déshabille Pierre pour habiller Paul ».
Pourtant de nombreux maitres + témoignent, au même moment, du redéploiement sur le terrain.

Quand on lui demande si les classes à 12 se feront au détriment d’autres classes, le ministre répond : « Non, car nous avons des créations de postes à la rentrée. Sur 4000 créations de postes, nous en consacrons 2500 en dédoublement des CP en REP+ ». Là aussi le discours se veut rassurant, mais se heurte à la réalité : les 4000 postes ne sont pas des créations, puisqu’ils ont été budgétés par le précédent gouvernement. 2500 ont déjà été attribués, et 1500 laissés vacants pour être notamment affectés aux remplacements, au renforcement du dispositif PDMQDC et à la formation des enseignants. S’il utilise ces 1500 postes pour les classes à 12, le ministre devra encore en trouver 1000. Alors que la presse commence à titrer sur « l’équation insoluble du dédoublement des CP en REP », le ministre modifie ses éléments de langage et reconnait qu’il va utiliser le dispositif PDMQDC mais réfute l’idée de suppression : « Nous concentrerons une partie de ce dispositif sur les classes de CP en réseau prioritaire, nous ne le supprimons pas : 50 % des maitres + sont maintenus ». Le ministère lie ce redéploiement à la protection des postes de remplaçants : «l’objectif de maintien du potentiel de remplacement et de prise en compte de la démographie appelle à réorienter une partie des postes PDMQDC déjà implantés pour les centrer sur le niveau CP et ainsi assurer la mise en œuvre du dédoublement » comme le reconnait le ministère. Sauf que, d’après Le café Pédagogique, « selon certains hauts fonctionnaires de l'Education nationale, 1 700 PDM seront réaffectés en CP. Les 800 postes restants seront pris sur les remplaçants ».
A la fin de cette longue séquence, le dispositif PDMQDC est bel et bien amputé, le corps de remplaçants ponctionné. Ce ne sont pas les seuls effets collatéraux du financement des classes à 12 : seuls les REP+ étant pour le moment concernés par les classes à 12, certains REP voisins se retrouvent parfois à… 27 par classe.
Double discours, liberté, confiance
Cette tendance à communiquer dans un sens tout en agissant dans l’autre frappe certains observateurs. Stéphane Crochet, instit et secrétaire général du SE-UNSA : « Nous avons l’impression d’être en présence d’un ministre à deux visages. Le ministre a une vision personnelle de ce qui devrait être fait dans chacune des classes de chaque niveau, du primaire au lycée. On pourrait le comparer à un ministre de la santé désireux de prescrire lui-même les protocoles de soins. En éducation, il n’a pas encore dévoilé ni imposé de protocoles, mais on sent bien qu’il a des idées précises. Nous sommes en accord avec lui lorsqu’il répète qu’il faut faire confiance aux enseignants et que l’essentiel se joue dans la classe. Mais, là où nous pensons qu’il faut apporter aux équipes éducatives des éléments de réflexion pour qu’elles décident de la meilleure façon de s’y prendre, le ministre donne l’impression qu’il détient déjà la réponse, quitte à se trouver en contradiction avec le pragmatisme dont il se réclame. (…) Nous sommes toujours, avec lui, à la frontière entre ce pragmatisme revendiqué, la promesse de faire confiance aux équipes et la tentation d’imposer ses prescriptions tout en cultivant une certaine image vis-à-vis de l’opinion publique. »
Partout, le ministre parle de donner « de la liberté aux acteurs », notamment sur le sujet des rythmes scolaires, quand il donne la possibilité de revenir à la semaine de 4 jours : « Les principes sont clairs : donner la possibilité de choisir à l’échelle de chaque territoire, quand existe un consensus local entre les communes et les communautés éducatives. L’inspecteur d’académie pourra donner son feu vert en fonction de la qualité du projet. Notre but n’est pas d’inciter à aller vers des semaines de quatre jours. Il est d’ouvrir une liberté. Il s’agit d’une philosophie que nous appliquons sur beaucoup de sujets : il est important de responsabiliser les acteurs, de laisser les communautés définir ce qui est bon pour elles ».
Voilà pour le discours, mais côté terrain, la réalité tend à montrer que la liberté et le pouvoir ne sont pas dans les mains de l’école, mais des communes et de la hiérarchie – surtout s’il s’agit de rester à 4,5 jours :

A ces professeurs dépités on ne proposera pas de relire ces mots du ministre : « Mon message aux professeurs, c'est celui-là : vous avez en vous les solutions, car vous êtes au plus près des réalités. L'institution ne va pas vous empêcher de les réaliser. Au contraire, elle va vous aider dès lors que cela va dans la bonne direction, à savoir la réussite de l'enfant ».
Des parents d’élèves favorables eux-aussi au maintien de la semaine de 4,5 jours, témoignent dans le même sens : « La communauté de communes a engagé un recours contre la décision de maintenir la semaine de quatre jours et demi contre l’avis du conseil d’école qui était unanime pour protéger l’intérêt des enfants et en accord avec le corps enseignant. L’académie a fait droit au recours de la CDC en validant le retour à la semaine de quatre jours ». A ces parents, on ne proposera pas non plus de lire ces propos du ministre : « Un tiers des communes, en accord avec les conseils d’école, souhaitent revenir à quatre jours de classe dès cette rentrée. Ce mouvement montre que la possibilité que nous avons offerte correspondait bien à une réalité du terrain ».
Pour terminer le chapitre du double discours et de la confiance, un terme encore au cœur de la lettre aux enseignants envoyée quelques jours plus tôt, le ministre déclare sur France Culture début juillet : « Les professeurs sont mal payés, et cela contribue à un manque de vocations, mais aussi de plaisir. Cela pose la question plus générale de la dignité des professeurs. Je me considère comme le ministre des professeurs. (…) Je parle souvent d'une école de la confiance pour une société de la confiance. Cela passe par le pouvoir d'achat des professeurs ». Dans cette interview le ministre parle aussi de « considération de la part du ministère », de « fluidité dans l'évolution des carrières ».
A ce beau discours sur la considération et le pouvoir d'achat, il faut opposer les faits : en quelques semaines, le salaire des fonctionnaires a été gelé, le jour de carence rétabli, l’accord sur l’évolution de carrière des enseignants (PPCR) est menacé, la hausse de la CSG n'a pas été compensée (contrairement au privé) et on n'entend plus parler de la fameuse prime de 3000 € pour les profs d'éducation prioritaire, promesse du candidat Macron. Difficile de construire la confiance là-dessus.
Pragmatique et scientiste… quand ça l’arrange
Avec la confiance, l’autre mot-clé du ministre Blanquer est pragmatisme. Pas une interview sans qu’il vante le « pragmatisme au service du progrès », la volonté de tirer les leçons de la science et des comparaisons internationales et de « regarder avec lucidité ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas ». Mais là aussi, la gestion de plusieurs dossiers vient montrer que ces déclarations d’intention ne trouvent pas toujours de prolongement dans les faits, loin de là.
- dans l’affaire des classes à 12 et du dispositif PDMQDC, le ministre en appelle très rapidement à la recherche : « Nous faisons coexister les deux dispositifs pour pouvoir les évaluer et avancer. Jusqu’à présent les études nationales et internationales ont montré une efficacité des dispositifs de dédoublement. En revanche les dispositifs comparables à “plus de maîtres que de classes” n’ont pour l’instant pas fait preuve de leur efficacité. Mais nous allons évaluer ces dispositifs. A la fin, ce qui compte n’est pas d’être pour ou contre tel ou tel dispositif mais d’atteindre 100% de réussite en CP. Il faut donc être d’un grand pragmatisme ». Pragmatisme peut-être, mais on sent bien que le ministre a déjà choisi son camp ! Une évaluation du PDMQDC était pourtant en cours mais le ministre n’a pas attendu les résultats (prévu pour fin 2017) pour l’amputer sans concertation, en fonction des besoins pour les classes à 12 qui elles non plus n’ont pas été expérimentées et évaluées avant mise en place à grande échelle. Certes, les deux dispositifs vont être évalués, mais l’un est soutenu par le ministre et l’autre non… Comme le notait Libération, « on voudrait affaiblir un dispositif juste avant de l’évaluer qu’on ne s’y prendrait pas mieux ».
- plus étonnant encore, sur les rythmes scolaires. Le ministre, qui propose aujourd’hui le retour à la semaine de 4 jours, était auparavant très opposé à celle-ci : on rappelle qu’en 2010, auditionné pour un rapport parlementaire, JM Blanquer, alors Directeur général de l’enseignement scolaire, avait déploré les journées de 6 heures « trop remplies » avant de dire qu’avec la semaine de 4 jours, « le monde des adultes s’est entendu sur le monde des enfants », avec ce talent de la formule qu’on lui reconnait volontiers. Pour justifier aujourd’hui le retour à 4 jours, le ministre déclare : « Nous devons avoir une approche pragmatique : aucune étude ne montre la supériorité d’une formule sur l’autre », entre la semaine de 4 jours et celle de 4,5. Chez Louise Tourret, dans Rue des écoles sur France Culture, il ira même jusqu’à dire : « Pour tout vous dire, les études qui existent prouvent même une légère supériorité de 4 jours à 4,5 jours ». On est très curieux de lire ces études et de découvrir cette « légère supériorité » ! Car s’il y a bien un dossier qui fait consensus dans le monde scientifique, c’est celui-ci ! Tous les chronobiologistes condamnent ce format de 4 jours, reconnu comme le pire pour les apprentissages des enfants : « La semaine de 4 jours non seulement ne respecte pas les rythmes journaliers de l’activité psychologique et physiologique de l’élève, mais surtout, elle génère une baisse de la vigilance, voire des comportements d’inadaptation à l’école ». L’Académie de médecine est également très claire sur ce sujet : « Les semaines de quatre jours, quatre jours et demi ou cinq jours de classe ont fait l’objet de recherches qui montrent que l’aménagement hebdomadaire en quatre jours n’est pas favorable à l’enfant ».
Que le ministre souhaite justifier une mesure qu’il sait populaire chez les parents et même chez les enseignants, c’est une chose, mais qu’il fasse ainsi un déni de recherche scientifique, lui qui s’en réclame tant, en dit long sur sa vision du pragmatisme et de la science… qu’il sait utiliser quand ça l’arrange et comme ça l’arrange. Comme le résume Luc Cédelle dans La lettre de l’éducation : « S’appuyer sur la recherche se résume souvent, dans tous les camps du débat éducatif, à choisir « ses » chercheurs en fonction d’affinités intellectuelles et/ou politiques fort peu scientifiques ». De fait, quand il parle de s’appuyer sur les sciences, le ministre parle essentiellement des neurosciences. S’appuyer sur celles-ci, pourquoi pas, mais négliger les autres dans les faits, voilà qui est bien peu scientifique.
- autre dossier : le redoublement. Là aussi, la littérature scientifique nationale et internationale est abondante et unanime. On renverra au rapport très complet du Cnesco (Conseil national d’évaluation du système scolaire) : « La recherche internationale montre que le redoublement, au mieux n’a pas d’effet, ou peut s’avérer nocif pour la réussite scolaire des élèves et pour le développement de leur estime de soi ». Un consensus scientifique qui n’empêche pas le ministre de juger « absurde » d’interdire le redoublement. Là aussi, le ministre sait qu’il peut s’appuyer sur l’opinion majoritaire, dans un pays très attaché au redoublement, enseignants compris, un paradoxe relevé par le Cnesco.
- enfin, quelques jours avant la rentrée, le ministre relance la stérile et éculée guéguerre des méthodes de lecture, syllabique vs globale épisode 467, qui n’intéresse plus grand monde dans la profession puisque soyons clairs : la méthode globale (ce monstre du Loch Ness), n’existe plus dans les faits depuis à peu près 30 ans, tout ce qui se fait est de type mixte, un mélange comportant davantage de syllabique que de globale, soit dit en passant. Une sortie très « com’ » de la part du ministre, une fois de plus, ce qui compte ici encore, ce sont les mots : « Pour la lecture, on s’appuiera sur les découvertes des neurosciences, donc sur une pédagogie explicite, de type syllabique, et non pas sur la méthode globale, dont tout le monde admet aujourd’hui qu’elle a eu des résultats tout sauf probants » (dis donc, au passage, en voilà de « la liberté donnée aux acteurs » !, cela faisait longtemps qu’on n’avait pas eu un ministre aussi prescriptif !). Derrière les mots, l’éternel recours aux neurosciences et le discours très marqué idéologiquement, le ministre défend un programme promu par la fondation Agir pour l’école (accointée au think tank libéral Institut Montaigne, proche du Président Macron), le programme PARLER. Le problème, c’est que ce programme a fait l’objet d’un rapport d’expertise pour le moins critique en 2013. Peu importe, le ministre a choisi de s’appuyer sur la recherche qui l’arrange, ici encore.
Annoncer des mesures existant déjà
On a été particulièrement étonné quand le ministre, début juin, a déclaré : « Dès cette année, nous allons donner aux élèves de CM2 la possibilité de bénéficier de soutien gratuit, avant l’entrée en 6e ».

Il se trouve qu’au même moment, je préparais les documents administratifs et pédagogiques destinés à accompagner mes élèves de CM2 auxquels j’avais proposé une semaine de soutien fin août, avant l’entrée en 6ème ! On comprend qu’une telle annonce sonne bien dans les médias et auprès du grand public qui n’ont pas connaissance d’un tel dispositif (qui existe aussi durant les autres vacances), mais personnellement, le coup de com’ m’a laissé baba… Et pourtant, la mesure est fièrement annoncée sur le site du ministère, à partir de 2017 ! Le nom a changé, on parle désormais de "stages de réussite", mais pour le reste, c'est exactement comme avant !...

Quelques jours plus tard le ministre faisait une autre sortie médiatique où il abordait la question du redoublement : « Il n’est pas normal d’interdire le redoublement ». Étonnement, là encore, car le redoublement n’est pas interdit, les textes stipulent qu’il doit « être mis en œuvre à titre exceptionnel ». Plus tard le ministre précise sa pensée sur le sujet : « Je n’ai pas dit que le redoublement était souhaitable. La seule chose que j’ai dite est qu’il est absurde de vouloir l’interdire. On doit éviter les redoublements en proposant du soutien, de l’accompagnement. Mais, dans certains cas qui doivent rester rares, il peut être bénéfique pour des enfants qui ont besoin de plus de temps que les autres pour leurs apprentissages ».
Au jeu du dictionnaire des synonymes, on passe donc de « redoublement à titre exceptionnel » à « redoublement dans certains cas qui doivent rester rares ». Pas de quoi faire la Une des journaux en fanfare.

Marotte
JM Blanquer est un passionné de musique, parait-il. Toujours début juin, le ministre annonce : « Quand on se compare aux autres pays, on voit que la musique occupe une place insuffisante en France (…). Et je vous l’annonce, on fera la rentrée en musique, dans un maximum d’endroits dès cette année, en mobilisant les élèves de l’année précédente ou des orchestres extérieurs. L’idée est de montrer que la rentrée est un jour à vivre non pas avec inquiétude mais avec joie et confiance ».
Au détour d’un article, on comprend d’où vient cette idée : dans son livre « L’Ecole de la vie », le ministre « rend ainsi hommage à "cette directrice d'école maternelle à Cayenne" qui, alors qu'il était recteur en Guyane, "avait eu l'excellente idée de commencer l'année en musique en faisant chanter les enfants les plus grands pour accueillir les plus petits. Il n'y avait presque pas eu de larmes ce jour-là." » Que le ministre ait été touché par cette belle initiative peut se comprendre, elle est tout à fait originale et intéressante, bravo à la directrice pour avoir trouvé cette façon d’accueillir les nouveaux élèves. Mais de ce souvenir charmant, fallait-il faire une injonction ministérielle ? Car c’est bien ainsi que la chose se présente, les recteurs ont reçu une « information » (en fait, circulaire qui ne dit pas son nom) sur « La rentrée en musique », où il est dit que « les équipes éducatives évalueront la forme et le moment les plus adaptés pour cet événement qui interviendra le lundi 4 septembre 2017 ». Des ressources d’accompagnement sont mises en ligne et des répertoires à chanter sont proposés.
Outre la difficulté à organiser techniquement une telle chorale (le ministre sait-il le temps de répétition nécessaire ?) ce qui a le plus surpris sur le terrain est le côté très vertical de la mesure, venant de quelqu’un qui prône officiellement la liberté des équipes éducatives et l’esprit d’initiative des enseignants. Et puis, que diable, nous n’avons pas attendu « la rentrée en musique » pour accueillir chaque année dans nos écoles et dans nos classes les nouveaux élèves avec le plus de bienveillance possible ! Il y a mille manière de le faire, pourquoi nous imposer celle-ci !

Un ancien inspecteur d’académie s’étonne de ces instructions « peu compatibles avec la volonté affichée par le ministre d’élargir l’autonomie des établissements scolaires en faisant confiance aux enseignants. (…) On peut de demander si cette information-invitation-instruction ne traduit pas une nouvelle fois l’écart entre le dire et le faire, le dire valorisant l’autonomie des acteurs, le faire prenant des moyens détournés pour maintenir un régime d’injonction bureaucratique « allégé », descendant du sommet vers la base. Autrement dit, certains discours ministériels pourraient n’être que "de la poudre de perlimpinpin" ». Peut-être bien, en effet.
Suivez l'instit'humeurs sur Facebook et sur Twitter @LucienMarboeuf.
De la dépendance à l'entraide
![]()
Les hommes dépendent les uns des autres. Chaque humain dispose de qualités, de talents, d'intelligence, de volonté et ces éléments et d'autres encore l'amènent à oeuvrer à des tâches précises, par choix ou par obligation, avec bonheur ou résignation.
Notre nourriture est produite par d'autres personnes, nos habits sont fabriqués par d'autres personnes, plusieurs artisans ont travaillé à la construction de notre maison ou de notre appartement, même chose pour la voiture, les médicaments, les livres, les meubles, les jouets, les appareils électroniques, les outils, il a fallu des milliers d'ouvriers pour construire les éléments des usines assemblées par d'autres milliers d'ouvriers, pour que d'autres milliers d'ouvriers fabriquent tous les produits consommables achetés par des milliers d'humains dépendants. Fourmilière humaine...
Il a donc fallu des inventeurs, des concepteurs, des architectes, des ingénieurs, des ouvriers. N’oublions pas les financiers qui tireront les plus gros bénéfices de tout ça, sans avoir jamais été confrontés physiquement à la réalité quotidienne de la fourmilière. Il existe dans le monde humain des castes qui vivent « hors sol », dans un espace où la réalité n’est que monétaire.
Les hommes dépendent les uns des autres sur un plan matériel mais également sur un plan affectif. Nous avons besoin d'aimer et d'être aimé. La solitude, qui ne serait pas un choix volontaire, est une épreuve. Nous avons besoin du bonheur partagé.
Nous avons donc sous les yeux un système qui encourage chaque individu, dès l'école, à trouver en quoi il saura se rendre si possible indispensable et au pire corvéable pour obtenir un salaire suffisant pour préserver la dépendance envers tous ses semblables. Il suffira de « cacher » cette dépendance sous des accumulations matérielles pour la rendre supportable. La course à « l’avoir » est le moteur des sociétés modernes.
Ce salaire, pour être obtenu, impose des contraintes horaires et une dépense d'énergie considérable, au point que chaque individu, à la fin de son temps de travail, n'a plus la moindre envie ni la force physique de chercher à s'extraire de cette dépendance systémique. Il cherchera par contre à augmenter son salaire afin de se consoler au regard du temps qui passe et de « l’importance » plus ou moins grande de ses capacités à profiter du système. On verra des individus se payer des séjours paradisiaques ou accumuler des biens matériels et d’autres s’enivrer émotionnellement de spectacles divers et variés ou se réjouir du dernier smartphone qui rend obsolète le précédent bien qu’il ait été considéré comme « absolument parfait » à sa mise sur le marché. L'achat supplémentaire compulsif qui viendra récompenser le salarié de son labeur est la continuation d’un système éducatif, familial tout autant que scolaire.
Il faut accumuler ce qui contribue à la reconnaissance sociale. Qu’il s’agisse d’un classement scolaire ou du niveau de salaire.
Il s'agit également d'accumuler pour compenser tout ce qui est spirituellement perdu. Il s'agit de s'enrichir pour cacher la misère intérieure des existences. Et s'il n'est pas possible de s'enrichir, l'individu se contentera de pis-aller. La société marchande regorge de trouvailles pour que chacun trouve son "bonheur"...
Il est clair que si le temps nécessaire à une quête spirituelle œuvrant à la résolution de certaines dépendances n'est pas disponible, alors rien de nouveau n'est envisageable.
Les individus qui ont réussi à libérer du temps et de l'énergie à l'exploitation d'un potager, à la construction de meubles, à la confection d'habits, à la découverte de la mécanique, à la disparition volontaire de dépendances matérielles ou comportementales insignifiantes mais hallucinogènes, ces individus découvrent la plupart du temps un nouvel élan vers l'autre, non pas dans le domaine de la dépendance reproduite mais dans celle de l'entraide.
On voit dans les éco-villages ou toute communauté solidaire, un retour vers des valeurs de partage et non de rentabilité.
Qu'en est-il dès lors de ce que l'enseignement doit procurer et dispenser, encourager et développer ?
La dépendance ou l'entraide ?
Les enfants dépendent de l'enseignant dont le rôle est de donner aux enfants tous les éléments nécessaires à leur développement jusqu'au jour où ils pourront se passer de l'enseignant lui-même et continuer pourtant à apprendre.
On peut dans une classe instaurer un climat de compétition et de comparaison, on peut instiller dans l’esprit des enfants les fondements mêmes du système matérialiste en encourageant la hiérarchie de l’avoir. « J’ai une meilleure note que toi. »
Le système salarial prend sa source dans ce fonctionnement.
L’enfant « performant » est reconnaissant envers l’enseignant puisque celui-ci contribue à son statut, à sa mise en valeur, puisque le « Maître » est le garant d’un système dans lequel l’enfant dispose d’une place privilégiée. Celui-là prend donc le chemin d’un cadre salarié, voire même d’un chef d’entreprise ou pire encore d’une voie politicienne.
L’enfant « en difficulté » est soit soumis, éteint, désabusé, dépressif même, soit il entre en rébellion à travers des comportements inadaptés, des formes détournées d’existence, des mises en valeur hors cadre. Celui-là prend le chemin de l’ouvrier malléable ou du syndicaliste contestataire.
Tout ça relève évidemment un peu de la caricature mais si on pouvait analyser le parcours scolaire des salariés, on trouverait certainement du vrai là-dedans.
Le problème, à mes yeux, relève du sens donné à l’enseignement et de la méthode appliquée selon l’objectif initial.
L’éducation scolaire doit-elle contribuer à pérenniser un système sociétal basé sur la hiérarchie et la dépendance ou doit-elle œuvrer à l’émergence d’une voie solidaire et communautaire, vers l’allègement des dépendances et l’effacement des normes hiérarchiques ?
Dans une classe, on peut instaurer un système d’entraide. C’est même le lieu et la situation la plus appropriée.
Il ne s’agit pas, prioritairement, de trouver individuellement la résolution d’un problème, quel qu’il soit, mais d’œuvrer, conjointement, à l’élaboration d’une solution, en usant de l’énergie et des dispositions de chacun. Il ne s’agit pas d’établir un classement du « meilleur participant » mais de lister les réponses les plus performantes. L’essentiel n’est pas d’identifier l’individu le plus actif mais de promouvoir l’activité de tous. Les compétences de tous au service d’une cause.
Qu’en est-il de l’enfant qui ne dispose pas des outils cognitifs nécessaires à une implication efficace ? Il lui revient la responsabilité de son engagement pour renforcer au mieux cette implication. Le maintien de sa motivation se nourrira de la bienveillance de tous, celle de l’enseignant comme celle des autres enfants. De toute façon, l’émergence de son potentiel ne peut être activée s’il est sous le coup de sa mésestime, de ses peurs, de ses désespoirs.
On pourrait opposer à cette volonté d’entraide le risque de brider les esprits les plus actifs ou les plus performants en termes cognitifs mais je pense que si les intelligences diverses étaient mises en commun, les menaces de déviances technocratiques seraient bien moindres et les mises en valeur exagérées des esprits intellectuels seraient atténuées par le bon sens des esprits manuels, de ceux qui œuvrent à l’application des pensées dans un registre de bon sens pour le bien général et non de reconnaissance individuelle.
Hiérarchiser les dispositions par un système de valeurs matérielles, c’est se priver des talents de l’ensemble.
Si on analyse aujourd’hui les métiers les plus fortement « récompensés », on n’y trouvera pas les éléments essentiels à la vie de la société, dans une optique d’équilibre mais des prises de pouvoir par des individus très bien organisés qui considèrent que seule la « pyramide sociale » doit être encouragée.
Si on enlève aux chirurgiens la présence active et attentive des infirmiers et infirmières, le patient meurt. Si on enlève le brancardier, le patient n’arrivera même pas au bloc. Si on enlève le pompier ou le SAMU, il mourra sur place.
Imaginons un chirurgien pris dans un accident de la circulation… Ses connaissances ne le sauveront pas si personne ne vient le chercher.
La valeur de l’acte n’est pas reconnue à sa juste valeur. C’est là tout le problème.
Il suffit d’ailleurs de s’informer sur les conditions de travail des pompiers …Et pourtant, le financier qui s’est enrichi sur les marchés boursiers aura besoin d’eux pour sauver sa luxueuse villa des flammes.
Il existe dans nos sociétés modernes des aberrations incompréhensibles.
Je suis convaincu que l’apparition d’une autre organisation est indispensable. Je suis convaincu que l’essoufflement des sociétés consuméristes et matérialistes est le signe précurseur d’une autre application des intelligences.
L’entraide en sera le pilier.
L’éducation scolaire en sera un des ciments.
La tâche est immense au regard des conditionnements.
"Vis ma vie d'instit"
"Vis ma vie d'instit" : la presse en parle

Publié le / 9 commentaires
Partager :
LA PRESSE A AIME LE LIVRE
« Rares, et d’autant plus précieux, apparaissent ainsi les témoignages de l’intérieur qui éclairent le fonctionnement quotidien de l’institution éducative de manière à la fois détaillée et nuancée. D’où le prix de l’essai de Lucien Marboeuf. Au-delà des batailles doctrinales, il dévoile la réalité la plus concrète des « préaux de la République ». Rien, vraiment, de la réalité scolaire et de ses innombrables défis actuels n’échappe à l’attention et à la lucidité de cet instit écrivain… » Marianne
« Il y a là réunis tous les ingrédients d’un joli livre sur l’école. Un plaidoyer sans prétention, mais plein d’humanité, beaucoup de joie, de plaisir d’enseigner. Aucun signe de renoncement dans ce petit ouvrage mais un rappel, utile en cette période de rentrée, que l’école ne dispose pas de recette miracle… si ce n’est l’engagement, quotidien et souvent exemplaire, de l’enseignant ». Le Monde
« Pas de doute, Lucien Marboeuf sait y faire, il sait nous faire entrer à pas de loup dans sa classe, nous faire découvrir ce que vivent nos enfants... et ceux qui ont fait le choix de les aider à grandir. » Le Dauphiné Libéré
« La rentrée c'est aussi le moment où fleurissent les livres sur l'Ecole. Tout le monde a un avis à donner, une expérience à imposer comme une réponse aux problèmes scolaires. Le livre de Lucien Marboeuf se détache très nettement de ces livres. Pas de leçons. Pas de grandes phrases. Du vécu bien compris. Du respect pour les maîtres qui au quotidien font leur maximum pour que l'école fonctionne avec leur savoir et leur cœur d'homme. Finalement "Vis ma vie d'instit" c'est aussi le livre qu'on aimerait offrir à tous "ses" parents pour qu'ils comprennent ce qu'est l'Ecole. » Le Café Pédagogique
Il y a aussi eu les interviews du Figaro, de ce cher J.J. Bourdin sur RMC / BFMTV, et ma préférée, celle de France Info...
LES PROFS ONT AIME AUSSI !
« Je viens de lire ce livre et je vais le recommander à mes étudiants de l'ESPé Clermont Auvergne. On y trouve de bonnes raisons de s'engager dans ce métier. Bravo Lucien et merci. » Roland Goigoux
« La sortie du livre écrit par l'instituteur blogueur Lucien Marboeuf est un événement de la rentrée 2015. À l'encontre de la production éditoriale usuelle dans ce domaine, ce n'est pas un livre de déploration décliniste. Au contraire, c'est un livre qui cherche d'abord à rendre compte de la réalité d'un enseignant ordinaire de l'école primaire, avec ses plaisirs professionnels, ses doutes et ses regrets. C'est un livre de vie, parce qu'il rend compte à sa manière d'une réalité indépassable : pour les enfants, l'école, c'est la vie. » Dominique Momiron, inspecteur de l’EN
« Offrez-le vous, il vaut le coup. Offrez-le à vos proches. Vous pourrez leur dire sans mentir que ce que raconte Lucien, vous l'avez vécu dans votre classe. On ressort de cette lecture fiers de faire notre métier et heureux qu'il soit si bien révélé. » Charivari, enseignante, sur son blog.
« Lucien Marboeuf a su retranscrire l'exacte réalité de ces instits qui, soucieux de leurs élèves, s'interrogent sur leur pratique quotidienne. Livre drôle et touchant, il peut être lu comme un dialogue avec un collègue, si on est enseignant, ou comme la découverte d'un métier loin des clichés pour les autres. Une sorte de "phénoménologie" du métier d'instit que certains philosophes pourraient lire. » Sébastien Rome, enseignant.
« Lucien a branché pour vous une caméra dans son école 24h/24, mais avec le filtre bien particulier de sa perception très humaine de son métier d’enseignant. L’amour de ses élèves transparaît de ce bouquin. « Vis ma vie d’instit » est le genre d’écrit que je pourrais me relire les veilles de rentrées, juste pour me souvenir que mon métier, c’est avant tout des enfants, et que c’est pour eux que je me lèverai chaque matin ! » Jean Roch Masson, enseignant, sur son blog
« Non seulement Lucien Marbœuf parle avec passion de notre métier qu'il connait intimement, mais il le fait avec un talent d'écriture certain, et souvent avec un humour qui réjouit l'âme. Le "Vis ma vie d'instit" de Lucien Marbœuf est un livre salutaire. Il est drôle mais il est réfléchi, il détend et soulage car il nous démontre qu'aucun d'entre nous n'est seul dans sa mission, et ça fait beaucoup de bien. » Le Confort Intellectuel, enseignant, sur son blog.
« Quelle joie de voir, sous une plume plaisante à lire car fluide et pleine d'humour, surgir mon quotidien... Merci à Lucien Marboeuf pour ces quelques heures pendant lesquelles j'ai souri, ri parfois. Pendant lesquelles je me suis émue pour des élèves et des enseignants inconnus mais si proches de ceux que je côtoie. Un livre à faire lire aux parents pour qu'ils comprennent les difficultés de notre métier au lieu de ne voir que les longues vacances scolaires et les grèves qui les embêtent. Un livre dont la lecture pourrait également ouvrir les yeux de nos politiques avec leurs réformes ineptes qui se succèdent. » Babouilla, enseignante, sur son blog.
CG Jung et l'inconscient collectif
Quand on pense qu'un certain nombre d'individus considèrent qu'ils sont "libres"... Nous sommes justes libres de prendre conscience de nos enfermements et à partir de là, tenter de nous en extraire, si nécessaire.
Carl Gustav Jung - L'inconscient collectif
26.08.2017, 10:002 commentaires
http://www.hypnose-deconditionnement.com/blog/2017/08/26/jung-linconscient-collectif-hypnose-marseille-13

Carl Gustav Jung - L'inconscient collectif
L'inconscient collectif est un concept de la psychologie analytique s'attachant à désigner les fonctionnements humains liés à l'imaginaire, communs ou partagés, quels que soient les périodes et les lieux, et qui influencent et conditionnent les représentations individuelles et collectives.
Selon le psychiatre suisse Carl Gustav Jung ,créateur du concept, l'inconscient collectif constitue « une condition ou une base de la psyché en soi, condition omniprésente, immuable, identique à elle-même en tous lieux » Toujours selon lui, « Les instincts et les archétypes constituent l'ensemble de l’inconscient collectif. Je l’appelle "collectif" parce que, au contraire de l’inconscient personnel, il n’est pas fait de contenus individuels plus ou moins uniques ne se reproduisant pas, mais de contenus qui sont universels et qui apparaissent régulièrement. »
La notion d'inconscient collectif chez Carl Gustav Jung est basée sur son travail avec des individus schizophrènes.
Pour Jung, reconnaître l'existence et l'influence de l'inconscient collectif, c'est reconnaître que « Nous ne sommes pas d'aujourd'hui ni d'hier ; nous sommes d'un âge immense. »
Inconscient individuel et collectif : Jung Vs Freud
Bien qu’initialement Jung ait repris la théorie de Freud sur l’inconscient (couches psychiques formées par de multiples désirs refoulés), il a ensuite critiqué la notion d’inconscient de Sigmund Freud dans la mesure où Freud, selon Jung, a manqué la plus grande partie de l’inconscient en le réduisant à une profondeur individuelle.
Les valeurs étalons constituent la structure de l’inconscient collectif – ils sont des dispositions psychiques issues de l’expérience et représentent la base du comportement humain. Ainsi la relation mère-enfant est régie par le modèle de la mère. La naissance et la mort, le pouvoir et l’échec sont contrôlés par des modèles d'archétypes. L’expérience religieuse et mystique sont également régies par des archétypes modélisés.
En d'autres termes, un enfant issue d'un environnement familial monothéiste qu'il soit catholique, juif ou musulman à de fortes chance de reproduire le paradigme spirituel de sa mère.
Mais le plus important de tous est le Soi, qui est l’archétype central de la personne psychique.
Les archétypes se manifestent à travers des images modélisés (dans toutes les cultures et les doctrines religieuses), dans les rêves et les visions.
Par conséquent, Jung se concentre sur l’interprétation des rêves et des symboles afin de découvrir la signification induite par les archétypes comme des marques de la transformation de la psyché.
L’inconscient collectif est une donnée universelle, qui est, chaque être humain est doté de cette couche archétype psychique depuis sa naissance. On ne peut pas acquérir cette strate par l’éducation ou par d’autres efforts conscients, car il est inné.
Jung a déclaré que l’expérience religieuse doit être liée à l’expérience des archétypes de l’inconscient collectif.
Dans Dialectique du moi et de l’inconscient, Jung parle des archétypes comme d’images virtuelles : "La forme et la nature du monde dans lequel l’être naît et grandit sont innées et préfigurées en lui sous forme d’images virtuelles". Ainsi donc les parents, la femme, les enfants, la naissance et la mort sont innés pour l'individu sous forme de disponibilités psychiques préexistantes, sous des formes d’images virtuelles, qui "sont comme le sédiment de toutes les expériences vécues par la lignée ancestrale ; elles en sont le résidu structurel, non les expériences elles-mêmes". "Tant que ces couches d'images … Ne sont pas meublées de contenus conditionnés par le vécu, il faut les penser comme des cadres vides ; à cause de cela elles demeurent invisibles et inconscientes. " Elles n’acquièrent teneur et par conséquent influence sur le sujet ... qu’en tombant en concordance avec une donnée vécue"
Qu’est-ce que l’inconscient collectif ? La définition de Gustav Carl Jung :
« Ma thèse est donc la suivante: en plus de notre conscience immédiate, il existe un second système psychique de nature collective, universelle et impersonnelle qui est identique chez tous les individus. Cet inconscient collectif ne se développe pas individuellement, mais est hérité. Il se compose de formes préexistantes, les archétypes, lesquels donnent un sens aux contenus psychiques »
il y a 6 minutes
franceinfo
BFMTV 

