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Une épreuve révélatrice.

Par Le 15/08/2017

Dans ce reportage, on suit la progression de duos engagés dans une course mythique qui allie sur son parcours les passages de natation et ceux de course à pied. C'est terriblement éprouvant.

Ce qui émane des commentaires au fil de l'épreuve relève de "l'intime", des profondeurs de chacun.

Il y a une compétition interne à l'épreuve entre les duos les plus performants mais également une compétition qui concerne chacun, une compétition qui tient davantage d'une "confrontation" contre les pensées néfastes, les doutes, les douleurs et pourtant, pourtant, cette irrépressible soif d'aller jusqu'au bout.  

Le duo crée une énergie communicative, un renfort, un soutien. On court et on nage avec et pour l'autre. On puise des forces dans l'énergie du partenaire et s'il n'en a plus, on fusionne les forces restantes de chacun et on avance encore.

Quant aux quelques duos formés par des couples, l'histoire partagée est un ciment empli d'amour et de respect. Une aventure qui élève. 

Juste magnifique. 

 

Incendies et climat.

Par Le 15/08/2017

Quand j'ai lu qu'un incendie gigantesque frappait le Groenland, je ne l'ai pas cru... Et pourtant... Est-ce que dans notre imaginaire d'adultes la possibilité d'une telle situation existait ? Pas dans ma tête en tout cas. Pour moi, le Groenland ne peut pas être en flammes... Mais alors, si c'était impensable au Groenland, est-ce que ça devient possible n'importe où ? Un très grand nombre de climatologues et autres scientifiques considèrent que les phénomènes de canicule et de sécheresse vont devenir la norme et s'amplifier année après année.

La population d'Athènes, c'est à dire urbaine et non au fin fond des montagnes de Corse ou de zones montagneuses désertifiées, découvrent la gravité de la situation. Marseille et d'autres villes méditérannéennes luttent tous les ans.

Les pompiers se plaignent du manque de matériel et de sa vétusté.

En observant toutes les situations d'incendies en Europe, il sera impossible en tout cas de dire qu'on ne pouvait pas prévoir...

 



L’île du Groenland elle aussi touchée par un énorme incendie visible depuis l’espace

par 6k vues

Photo satellite prise le 3 août 2017 Crédits : Landsat USGS © NASA

Bien que l’île du Groenland soit proche du Pôle Nord, celle-ci connaît une augmentation spectaculaire des feux ravageant ses terres. Les scientifiques s’inquiètent de cette situation que l’on impute pleinement au réchauffement climatique.

Les feux de brousse sont généralement associés aux zones sèches et chaudes, mais les inquiétudes concernant le Groenland se font de plus en plus sentir. Un incendie ayant débuté le 31 juillet 2017 a ravagé quinze kilomètres carrés de terre et les panaches de fumée ont été visibles depuis l’espace grâce aux satellites de la NASA, à environ 150 kilomètres au nord-est de Sisimiut (5 500 habitants) située sur la côte ouest de l’île. 500 hectares sont d’ailleurs toujours en flammes, menaçant la santé des habitants et les activités de l’aéroport Kangerlussuaq situé non loin.

Photo satellite prise le 3 août 2017
Crédits : Landsat USGS © NASA

Le nombre de feux de brousse touchant la plus grande île du monde a été multiplié depuis 2010 et plus fortement depuis 2015 avec un pic inédit atteint cette année. Cet été, la température tourne autour de 12 °C, des températures anormalement élevées à cette période et dans cette région du globe. Stef Lhermitte, professeur au Delft University of Technology, estime qu’il s’agit ici du « plus grand (feu) jamais enregistré par les satellites depuis 2000 ».

Alors que les causes du départ de feu restent encore à déterminer, les scientifiques estiment que le réchauffement climatique favorise ce type de catastrophe, car le Groenland est plus connu pour sa calotte polaire ! La fonte de la glace et du pergélisol ont mis à nu la végétation et permis un assèchement de la région. Bien que la végétation du Groenland soit en grande partie composée de toundra (herbes et mousses), de nombreuses zones sont dotées d’une végétation arbustive(bouleaux nains) parfois très dense.

Par ailleurs, les scientifiques indiquent que ces feux libèrent des quantités importantes de CO2 ainsi que des microparticules noires qui se déposent sur la couche de glace couvrant la région, ce qui a pour effet d’accélérer sa fonte.

Enfin, le réchauffement climatique apporte chaque année son lot de nouveautés, notamment quelques records atteints récemment dans la vallée de la Mort en Californie (États-Unis) comme l’indique ConsoGlobe. En juillet 2017, la moyenne des températures était de 41,89 °C, ce qui représente le mois le plus chaud jamais enregistré aux États-Unis et dans l’hémisphère nord-occidental.

 

 

Sources : Le Monde – ConsoGlobe – DN



Climat : 2050, l'alerte rouge

Les incendies, la sécheresse et la canicule de cet été pourraient devenir notre quotidien dans les années qui viennent.

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Et si cet été caniculaire devenait la norme ? C'est ce que prédisent certains climatologues si rien n'est fait pour stopper le réchauffement climatique. Depuis le XIXe siècle, la courbe de la chaleur n'a jamais cessé de grimper. Si cela continue, les records de températures pourraient exploser. Des températures dignes des déserts africains en France.

Pour que la planète reste vivable

"Si on réussit à maintenir le réchauffement climatique à deux degrés, on pourra s'y adapter. (...) Si on veut réussir, c'est aujourd'hui qu'il faut agir", déclare le climatologue Jean Jouzel. Dès 2050, les conséquences pourraient être dramatiques. Le niveau de la mer devrait monter de 40 centimètres à un mètre avec, dans ses premières victimes, l'île de Sein en Bretagne. L'intensification des sécheresses frapperait l'agriculture. Pour que le réchauffement climatique ne dépasse pas les deux degrés, il doit diminuer dès 2020. Un ralentissement indispensable pour que la planète reste vivable.

 



De violents feux de forêt ravagent le sud de l’Europe

De violents incendies de forêt font rage depuis plusieurs jours dans le sud de l’Europe, notamment au Portugal, en France, en Italie et en Croatie où les flammes ont atteint la banlieue de Split, la deuxième ville du pays.

Par Afp | 

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La côte de l’Afriatique (Croatie) en proie aux flammes. De violents incendies de forêt font rage depuis plusieurs jours dans le sud de l’Europe, notamment au Portugal, en France, en Italie et en Croatie. PHOTO AFP

La côte de l’Afriatique (Croatie) en proie aux flammes. De violents incendies de forêt font rage depuis plusieurs jours dans le sud de l’Europe, notamment au Portugal, en France, en Italie et en Croatie. PHOTO AFP

En Croatie, plusieurs dizaines de feux de forêt se sont déclarés depuis dimanche dans la région de Split, sur la côte de l’Adriatique, détruisant environ 4.500 hectares de pinède, de broussailles et d’oliviers, selon les services de secours. Environ 80 personnes, principalement des pompiers, ont été légèrement blessées et plusieurs maisons ont brûlé. Environ 400 pompiers et 100 militaires sont mobilisés.

Lundi soir, l’incendie a atteint la banlieue de Split, détruisant plusieurs voitures et entraînant l’évacuation d’un centre commercial. Une décharge publique a pris feu et la ville était noyée sous une épaisse fumée noire. Les pompiers ont toutefois réussi à prendre le contrôle de l’incendie dans la nuit de lundi à mardi.

 

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Le sud de l’Europe en flammes

Au Monténégro voisin, plusieurs autres incendies de forêt ont notamment entraîné l’évacuation d’une centaine de campeurs sur la péninsule de Lustica, dans l’ouest du pays, mais la situation s’améliorait mardi grâce à une accalmie des vents, selon les autorités. Le Monténégro avait lancé lundi un appel à l’aide internationale pour lutter contre les incendies. Ces derniers étaient tous sous contrôle mardi matin, selon les services de secours locaux.

Au Portugal, où l’incendie de forêt le plus meurtrier de l’histoire récente du pays avait fait 64 morts et 254 blessés fin juin dans la région centrale de Pedrogao Grande, trois incendies majeurs dans le nord mobilisaient à eux seuls mardi près de 1.400 pompiers et une douzaine d’avions ou hélicoptères bombardiers d’eau.

Celui qui faisait rage depuis dimanche dans la commune d’Alijo, dans le district de Vila Real, était maîtrisé sur 80% de son périmètre mardi matin par près de 600 pompiers, a annoncé la Protection civile. La veille, les flammes avaient redoublé d’intensité et menacé plusieurs habitations. Plusieurs centaines de pompiers luttaient également contre les flammes à Mangualde, près de Viseu, et dans la région de Guarda. Ces régions connaissaient mardi une météo plus clémente, avec des températures maximales qui devaient rester en-dessous des 30°C contre plus de 35°C les jours précédents.

En Italie, les incendies continuent avec quelque 1.030 interventions des pompiers lundi sur tout le territoire. Une des régions les plus concernées est celle du Latium, autour de Rome, avec notamment l’incendie d’une pinède sur le littoral, un parc naturel très connu des Romains, où un pyromane présumé a été arrêté. Les feux ont été éteints ou maîtrisés après intervention notamment de moyens aériens, hélicoptères ou Canadairs, mais d’autres foyers étaient signalés mardi en Calabre dans la province de Cosenza (sud).

Le feu a également repris lundi aux abords de Naples, près du quartier résidentiel de Posillipo, qui n’a toutefois pas été évacué. Une personne est morte lundi en tombant de son toit dans la région de Naples après l’avoir escaladé pour se rendre compte de la progression d’un incendie de forêt non loin de son habitation.

La France n’est pas épargnée

 

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Les feux se multiplient aussi dans le sud de la France en raison de vents, de la chaleur et de la sécheresse, notamment au nord de la ville de Nice et en Corse. Mardi matin, plus de 450 pompiers luttaient toujours contre un violent feu de forêt au nord de Nice, (sud-est), qui a ravagé 100 hectares mais ne progressait plus.

Lundi, quelque 200 hectares de maquis ont été détruits à proximité de Bonifacio, en Corse du Sud. Et le week-end dernier, 800 hectares sont partis en fumée près d’Aix-en-Provence (sud-est), un incendie probablement causé par un mégot mal éteint.

 

Poursuivez votre lecture sur ce(s) sujet(s) :Incendie




Nouvel incendie en Corse-du-Sud : déjà 130 hectares détruits

Un incendie est en cours mardi après-midi entre Loretto di Tallano et Fozzano, en Corse-du-Sud. Le feu a déjà détruit 130 hectares.

Un bombardier d\'eau au Cap Corse, entre Sisco et Corbara, le 12 août 2017.
Un bombardier d'eau au Cap Corse, entre Sisco et Corbara, le 12 août 2017. (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)

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Un incendie s'est déclaré mardi 15 août dans l'après-midi entre Loreto-di-Tallano, et Fozzano, deux communes de Corse-du-Sud situées à une vingtaine de kilomètres à l'est de Propriano.

Le feu, survenu à 11h45, a déjà détruit 130 hectares, selon le Sdis (Service départemental d'incendie et de secours) de Corse-du-Sud. Les flammes ravagent une zone à fort relief, dont l'accès est difficile et ne se fait que par une route départementale.

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 Loretto di Tallano, 130 ha parcourus, 4 canadairs, 3 trackers et une centaine d'hommes à pied d'oeuvre @sdis2a

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Deux canadairs attendus en renfort

Les pompiers - une centaine sur place - estiment que le feu ne sera pas maîtrisé avant la nuit. Ils sont aidés par des bombardiers d'eau, des avions de la sécurité civile, et deux canadairs sont attendus. Les renforts envoyés par le continent lors des précédents incendies sont également venus leur prêter main forte. 

L'île de beauté est particulièrement touchée par les incendies depuis le début de l'été : le Sdis de Haute-Corse a estimé la surface brûlée entre le premier juillet et le 15 août à 4 345 hectares. Pour comparaison, en 2016, à la même période, 900 hectares étaient partis en fumée, soit presque cinq fois moins. Les deux plus gros feux de l'été 2017, déclenchés dans le Cap Corse, près de Sisco et de Pietracorbara, ont dévasté 2 000 hectares à eux seuls en quatre jours. 

 

 

Grèce : le feu aux portes d’Athènes

En Grèce, les incendies mobilisent les pompiers et les secours. Un feu se propage aux alentours d’Athènes, la capitale, dans une zone très urbanisée.

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Impossible à maîtriser depuis 48 heures, un incendie se rapproche d’Athènes. Il est ce lundi 14 août au soir à une quarantaine de kilomètres de la capitale de la Grèce. Plus de 150 pompiers sont mobilisés, appuyés par des avions bombardiers d’eau. Des dizaines de maisons ont déjà été ravagées par des flammes. Ce lundi matin, un village entier de 900 habitants a même été évacué. "C’était un désordre terrible, on pouvait voir des maisons en feu, des gens qui courraient, des gens qui étaient désespérés, c’était le chaos", raconte une habitante.

Aucun blessé à déplorer

Depuis dimanche 13 août, la Grèce est le théâtre de 91 feux de forêt. De nouveaux foyers d’incendie se sont déclarés cet après-midi dans le Péloponnèse, et près de Thessalonique. Aucun blessé n’est à déplorer pour l’instant, mais la Grèce vit dans la hantise d’un scénario meurtrier, comme en 2007, lorsque 77 personnes avaient péri.

 



Incendies: le Portugal demande l'aide de l'Europe

  • Par Le Figaro.fr avec Reuters
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Le Portugal a sollicité l'aide de ses partenaires européens alors que des milliers de pompiers sont mobilisés pour lutter contre les feux de forêt qui risquent de s'aggraver dans les prochains jours.

Le temps exceptionnellement chaud et sec depuis le début de l'été a déjà provoqué fin juin l'incendie le plus grave de l'histoire du pays, qui a entraîné la mort de 64 personnes.

» Lire aussi - Incendie au Portugal: après les larmes, la colère

La ministre portugaise de l'Intérieur, Constança Urbana de Sousa, a annoncé dimanche avoir demandé "par prudence" l'aide de l'Europe, samedi soir, en raison des prévisions météorologiques défavorables - vent fort et températures élevées - pour les prochains jours.

Selon les services d'urgence, pas moins de 268 foyers ont démarré samedi, le nombre le plus élevé en une seule journée cette année, et 6.500 pompiers ont été mobilisés pour tenter de les contrôler.

L'état d'urgence a été décrété dans la région de Coïmbra, dans le centre du pays, alors que le vent devrait s'intensifier dès la fin de la journée de dimanche.

Plus de 140.000 hectares de forêt ont déjà brûlé cet été au Portugal, plus de trois fois la moyenne annuelle des dix années écoulées, selon les données de l'Union européenne.



 

 

Les dernières longueurs.

Par Le 13/08/2017

 

Un reportage qui me touche beaucoup pour la personnalité et les propos très profonds de la sportive, Aurélie Muller, des émotions très fortes, des analyses pertinentes malgré leurs douleurs,  la nécessité de la reconstruction et le rôle essentiel d'un coach charismatique. 

Aurélie Muller était médaillée d'or aux JO de Rio sur le 10 kilomètres en eau libre (natation) puis soudainement, elle apprend qu'elle est disqualifiée.

L'effondrement...

S'ensuit une longue période de doutes puis la reconstruction sur un projet totalement hors norme : participer à la course en eau libre Santa Fé-Coronda en Argentine, la course la plus longue et la plus difficile au monde....

En le visionnant, j'ai soudainement eu un flash quant à ma situation personnelle.

Il me reste deux ans à enseigner. Il y a quelques mois je n'en avais aucunement envie. Aujourd'hui, je sais que ce que je vais faire dans ma classe dépassera tout ce que j'ai fait jusqu'ici. Et là, ça me porte...

Je pars pour les dernières longueurs et je ne veux rien regretter.

 

 

Intelligence émotionnelle

Par Le 13/08/2017

La roue des émotions : un outil d’intelligence émotionnelle et de non violence pour les enfants

 

Connaître et accueillir ses émotions est un pilier de la non violence et du bonheur.

Tant que le cerveau n’a pas atteint sa pleine maturité (pas avant 20 ans, certains chercheurs affirmant même vers 30 ans), les processus de gestion des émotions ne sont pas totalement fonctionnels.

L’enfant a alors des difficultés à contrôler et maîtriser ses réactions émotionnelles. L’enfant n’est pas en mesure de gérer l’ensemble des émotions qui affluent en lui du fait de l’incomplétude de ses réseaux neuronaux. Le cortex préfrontal est incapable de jouer son rôle de régulateur des émotions fortes.

L’apprentissage du langage des émotions aura alors sur l’enfant un impact sur son comportement social, et notamment sa capacité à surmonter le stress, à gérer son agressivité et à exprimer ses affects.

Par ailleurs, un enfant qui enfouit ses émotions, ses peurs, qui ne peut pas manifester sa joie ou sa colère, n’apprend pas à tenir compte de ce que lui ou les autres ressentent. Il ne développe pas d’empathie, pas de bienveillance : ni pour lui-même, ni pour les autres.

Quand un enfant apprend à repérer ses émotions et à repérer le message envoyé par son corps, il arrive mieux à s’adapter et à comprendre ce qui compte pour lui mais aussi pour les autres.

La roue des émotions que je vous propose permet de gagner en intelligence émotionnelle. Elle peut servir de boussole interne aux enfants pour mettre des mots sur ce qu’ils ressentent en identifiant les sensations qui accompagnent les émotions et les besoins insatisfaits qui en sont à l’origine. Dans cette roue des émotions, des suggestions sont faites pour combler ces besoins sur lesquels les émotions attirent l’attention.

roue des émotions enfant

Cette roue peut être utilisée en classe, à la maison, dans tout groupe d’enfants (centre aéré, périscolaire…) et par toute personne travaillant avec des enfants (orthophonistes, psychomotriciens…). Elle est accessible aux enfants dès 6 ans.

On peut la proposer sous la forme de jeu et, une fois que les enfants se sont approprié cet outil, on pourra les inviter à l’utiliser en autonomie en cas de tension, de mauvaise humeur, de découragement ou de conflit.

Ainsi, on pourra introduire cet outil en posant des questions sur les émotions en général, en dehors des moments de « crise » :

  • te souviens-tu d’un moment où tu as ressenti de la colère ? qu’as-tu ressenti dans ton corps ? de quoi aurais-tu eu besoin ? qui peut écouter ta colère ?
  • te souviens-tu d’un moment où tu as ressenti de la peur ? qu’as-tu ressenti dans ton corps ? de quoi aurais-tu eu besoin ? qui peut t’aider et te protéger ?
  • te souviens-tu d’un moment où tu as ressenti de la tristesse ? qu’as-tu ressenti dans ton corps ? qu’est-ce qui t’a rendu.e triste ? de quoi aurais-tu eu besoin ? qui peut te réconforter ?
  • te souviens-tu d’un moment où tu as ressenti de la honte ? qu’as-tu ressenti dans ton corps ? de quoi aurais-tu eu besoin ?
  • te souviens-tu d’un moment où tu as ressenti du dégoût ? qu’as-tu ressenti dans ton corps ? de quoi aurais-tu eu besoin ?
  • te souviens-tu d’un moment où tu as ressenti de la joie ? qu’as-tu ressenti dans ton corps ? de quoi aurais-tu eu besoin ? avec qui peux-tu partager ta joie ? comment peux-tu la maintenir ?

La roue des émotions pour les enfants en téléchargement gratuit pour impression :  roue des émotions

la roue des émotions pour enfants

 

Résilience locale

Par Le 13/08/2017

http://www.institutmomentum.org/breves/visages-de-la-resilience/

Petit traité de résilience locale

 

 

Dans les années à venir, nous devrons faire face aux impacts du réchauffement climatique, à la dégradation accélérée de notre environnement, et à la raréfaction des ressources qui maintiennent notre civilisation en vie, trois bouleversements qui vont s’accompagner de profonds changements sociétaux.

Désormais, il s’agit de s’y préparer, car il est possible qu’il soit trop tard pour infléchir les trajectoires. Comment ? En développant notre résilience, cette capacité des êtres et des systèmes socio-écologiques à absorber les chocs et à se transformer.

Mot d’ordre du mouvement des villes en transition, mobilisateur pour certains, synonyme de résignation pour d’autres, la résilience a plusieurs facettes. Elle s’adresse aux individus, aux collectivités et aux élus locaux qui se trouvent en première ligne pour maintenir les fondamentaux de notre société – santé, alimentation, transport, ressources vitales, énergie, habitat.

Loin de prôner le repli sur soi, les stratégies de résilience encouragent le partage, la coopération, l’autonomie créatrice et l’imagination de tous les acteurs locaux. Les auteurs nous offrent une boussole qui pourrait bien s’avérer utile pour traverser ce siècle sans chavirer.

Agnès Sinaï est fondatrice en de l’Institut Momentum, journaliste indépendante (Le Monde diplomatique, La Revue durable,Actu-environnement) et auteure. Raphaël Stevens est chercheur indépendant, formateur, auteur, spécialisé en résilience des systèmes socio-écologiques. Hugo Carton est ingénieur centralien, diplômé de Sciences Po. Pablo Servigne est ingénieur agronome et docteur en biologie. Il est chercheur indépendant, formateur, auteur et conférencier. Tous sont chercheurs associés à l’Institut Momentum.

Editions Charles Léopold Mayer, septembre 2015

110 pages, 9 €

 


Philippe Bihouix : Inventer un monde de post-croissance

 

Entretien paru dans Libération le 1er août 2017

 

A l’occasion du jour du dépassement de l’empreinte écologique terrestre, le 1er août, Libération a interrogé Philippe Bihouix, membre de l’Institut Momentum, sur les voies d’un autre système économique et social.

 

Le jour du dépassement arrive chaque année un peu plus tôt. N’a-t-on pas déjà atteint un point de non-retour ?

Le point de non-retour a déjà été franchi dans plusieurs domaines. Le problème, c’est que nous ne mesurons pas l’ampleur de la catastrophe. C’est le syndrome du décalage du point de référence (ou shifting baselines), théorisé par le biologiste Daniel Pauly. Nous échouons à transmettre d’une génération à l’autre la dégradation de notre environnement, la perte de biodiversité. Mon fils s’extasie quand il voit une grenouille, grenouille que je pouvais encore disséquer en cours de science naturelle, quand mon père, lui, en voyait des centaines. La dégradation de la planète peut encore s’accentuer, via l’exploitation des ressources. Nous pouvons continuer à aller chercher du pétrole, du gaz naturel ou des minerais, moins concentrés et moins accessibles, avec des rendements inférieurs et des conséquences environnementales accrues. La question subsidiaire étant : peut-on inverser la vapeur ? La bonne nouvelle, c’est que nous avons une forte capacité d’adaptation et d’innovation. Mais comment orienter cette incroyable capacité à inventer dans le bon sens et à la bonne vitesse ?

Les innovations et la haute technologie peuvent-elles nous sauver ?

Il y a de nombreuses promesses technologiques. Le problème, c’est que le numérique nous a donné l’impression que les hautes technologies pouvaient nous sauver. Or, nous ne pouvons pas réaliser dans le monde physique les progrès phénoménaux que nous avons connus avec le numérique. Nous nous heurtons d’abord à la question des ressources non renouvelables, de certains métaux comme le néodyme pour les éoliennes ou le lithium dans les voitures électriques. Et puis il y a une seconde contrainte, celle liée à la vitesse de généralisation. On espère ainsi que toute nouvelle technologie va pouvoir être déployée à l’échelle planétaire sur une période de dix ou vingt ans, de la même manière que les réseaux internet. Là encore, c’est un très mauvais calcul. On peut rajouter un macrosystème technique sur un autre, en installant par exemple des antennes pour créer un réseau internet sur un réseau électrique et de transport déjà existant. Et ça fonctionne. Mais quand il s’agit de remplacer un macrosystème par un autre, par exemple de remplacer le moteur thermique par un électrique, on se heurte là à la capacité industrielle de déploiement du réseau énergétique nécessaire.

L’économie collaborative paraît être une bonne solution pour diminuer notre consommation…

Oui, mais elle produit un effet pervers appelé « l’effet rebond ». Si trois passagers relient Paris à Strasbourg en covoiturage par exemple, on est tenté de dire que l’on divise par trois la quantité consommée de carburant. Mais dans cette voiture, il y a qui ? Un étudiant qui a saisi l’opportunité de faire Paris-Strasbourg pour aller voir un copain et qui n’aurait pas forcément fait le trajet si le service n’avait pas existé. On a une autre personne qui aurait pris le train mais a préféré la voiture parce que c’était moins cher et c’est difficile de lui en vouloir. Le chauffeur, lui, fait Paris-Strasbourg plus souvent parce que la contribution économique des deux autres lui permet de payer le péage et le carburant. A l’échelle du pays, la consommation de carburant ne baisse pas.

Finalement, sans sobriété, il n’existe pas de solution technologique ?

La croissance n’est plus possible. Elle ne reviendra pas à la hauteur des fantasmes de nos dirigeants. Et elle n’est pas souhaitable, puisqu’on ne sait pas à la fois diviser nos émissions de gaz à effet de serre par quatre et faire de la croissance. La décroissance, ce n’est pas la caricature de l’inverse de la croissance. Mais une volonté de décroître en termes de consommation d’énergie, de matières premières et de production de déchets. D’inventer un autre système économique, social, fiscal, culturel, un monde de post-croissance de plein-emploi, plutôt que continuer à croire au miracle de l’ouragan schumpetérien de la destruction créatrice – alors que toujours plus de gens perdent leur travail.

Comment faire ?

Il n’y a pas d’un côté le décroissant qui fait ses confitures et son compost, et de l’autre l’espoir d’une organisation mondiale de l’environnement. Entre les deux, il y a une gamme incroyable d’actions possibles, au niveau territorial et surtout national, qui permettraient de donner une vraie impulsion à une réelle transition énergétique et écologique.

Comment expliquer le manque d’actions malgré l’urgence ?

On est dans l’injonction contradictoire permanente, dans la dissonance cognitive : d’un côté les mauvaises annonces sur la dégradation de l’état de la planète ; de l’autre des annonces de solutions miracles. Nos dirigeants sont dans une rivalité mimétique – Nantes a un «fablab», Rennes veut le sien – et tentent toujours les vieilles recettes néokeynésiennes : les grands travaux et la relance de la consommation créent les emplois. Cela a bien fonctionné pendant les Trente Glorieuses. Mais désormais la consommation de produits manufacturés ailleurs crée moins d’emplois. Reste alors la politique de grands travaux : il faut faire des aéroports, des LGV, etc. Cela donne des éléphants blancs, qui sont des aberrations dans la forêt économique et environnementale.

Entretien paru dans Libération le 1er août 2017. Propos recueillis par Estelle Pattée.

Philippe Bihouix est ingénieur et auteur de L’Age des low tech, vers une civilisation techniquement soutenable, aux éditions du Seuil.

Lien vers l’interview

 

Auteur: Philippe Bihouix

 

Black out électrique

Par Le 13/08/2017

J'aime bien dans l'écriture d'un roman la phase de recherches d'informations... Pour l'écriture de "Là-Haut", j'avais rencontré des médecins spécialisés dans les prothèses et je m'étais entretenu avec des personnes amputées qui m’avaient expliqué la problématique de la rééducation sur le plan physique mais surtout dans la dimension psychologique. Une grande leçon...

Quand je décide d'écrire un roman, il est essentiel pour moi d'être au plus près de la réalité. Pour "Là-Haut", je tenais absolument à être crédible et à ne pas raconter n'importe quoi sur la situation des personnes amputées. C'est d'ailleurs ce qui m'a fait le plus plaisir lorsque le roman a été sélectionné par l'association handisport pour le prix littéraire.

Je me souviens d'un guide de hautes montagnes qui après la lecture de "Noirceur des cimes" m'avait demandé à quelle date j'avais gravi le K2 par la "magic line" et je lui avais répondu que je n'y étais jamais allé. Il avait du mal à le croire tellement il avait été plongé dans la description de l'ascension. Il reconnaissait les passages qu'il avait franchis et ne s’expliquait pas la "qualité descriptive" pour quelqu'un qui n'y était jamais allé :) Ça, pour moi, c'est le plus beau compliment.
 

Pour le roman en cours, je travaille donc à lire et à compiler divers documents, articles, études scientifiques, documentaires vidéos... Je lis, je lis, je lis...Et je découvre, effaré, l'extrême dépendance des sociétés "modernes" à l'électricité et au pétrole. Et les études qui étudient l'impact d'un dysfonctionnement dans l'exploitation de ces deux piliers de nos sociétés sont absolument sidérantes... La méconnaissance des populations face à de tels enjeux relèvent d'ailleurs du principe des œillères... 
"Regardons droit devant et avançons tous ensemble. D'ailleurs, si tout le monde marche dans la même direction, c'est nécessairement la bonne..." 

Un responsable des pompiers en Corse expliquait que seule la conscience du risque pouvait conduire à des anticipations salvatrices.
Je le pense également.
Mais dans le domaine de la dépendance énergétique, on est très loin de la vérité. 
Ce document, issu de l'administration suisse, explique quelque peu les effets d'un "black out", (arrêt de l'alimentation électrique). 
Achetez des bougies et creusez un puits...
Autonomie de 2 à 4 heures d'eau potable pour la ville de Genève en cas de "black out"....
......"arrêts des stations de filtration/pompage d’eau potable et d’eau usée (pollution des rivières), et arrêt plus
ou moins rapide de la distribution de l’eau (ex. 2 à 4 heures pour Genève), selon l’existence ou non de
réservoirs à gravitation et de leurs capacités....."......... 
Et en France ?.... Malgré des heures à chercher des informations, je ne trouve rien, aucune étude détaillée....Et ça n'a rien de rassurant. J'ai pourtant trouvé des études dans d'autres pays : Italie, Equateur, Colombie, Canada, USA (suite à l'ouragan Katrina), Japon (suite au tremblement de terre et au tsunami qui a détruit entre autre Fukushima) etc etc...

C'est d'ailleurs étrange de ne trouver des études qu'après des périodes critiques... Ici, en France, j'ai un peu l'impression que tout le monde imagine que nous sommes protégés des Dieux et si les gens pensent que l'Etat a un pouvoir divin et sauvera tout le monde, c'est juste risible....


https://www.strom.ch/fileadmin/user_upload/Dokumente_Bilder_neu/010_Downloads/Basiswissen-Dokumente/29_Blackout_electrique_fr.pdf

Blackout électrique

Document connaissances de base, état: novembre 2015

1. Synthèse Le blackout est une panne d’électricité de grande envergure touchant un très grand nombre de personnes. Il n’y a jamais eu de blackout total en Suisse. Pourtant, c’est un risque que les autorités fédérales et la branche électrique ne doivent pas sous-estimer. Histoire d’anticiper à temps les mesures à prendre. Les conséquences négatives y relatives, directes et indirectes, peuvent parfois être dramatiques. D’une manière générale, les causes directes d’un blackout sont celles engendrant une rupture d’équilibre entre la consommation et la production d’électricité par manque de production (perte/insuffisance) ou manque de capacité de transport (surcharge), avec des problèmes de synchronisme (production), d’écroulements de fréquence ou de tension. Leurs origines peuvent être regroupées dans différentes caté- gories, comme : ‒ des accidents/incidents (par ex. court-circuites provoqués par une tempête, négligences, malveillances, attentats, etc.) ‒ des aléas météorologiques (coups de foudre, tempêtes, gel, inondations, etc.) ‒ des déclenchements ou défaillances d’équipements (lignes, centrales, automatismes de protection, etc.) ‒ des erreurs humaines (concepts de sécurité inadéquats, prévisions de charge erronées, manque de communication ou de coordination, manque d’expérience, fausses manœuvres, etc.) Les risques particuliers de blackouts liés à la production et aux réseaux peuvent être un manque de production régionale, un manque d'investissement dans le domaine des réseaux électriques, la volatilité de certaines productions décentralisées d'énergie renouvelable ou des blackouts externes. Sur le plan financier, on peut estimer au minimum entre 2 à 4 milliards de CHF par jour le coût d’un blackout total de la Suisse, sans prendre en compte des dédommagements de divers préjudices immatériels ou indirects.

2. Historique et principales pannes en Suisse Depuis l'interconnexion des réseaux exploités en très haute tension de la Suisse avec la France et l’Allemagne survenue en 1958 à Laufenburg, la Suisse n'a plus connue de panne généralisée d'approvisionnement ou de blackout. Les pannes les plus importantes ont concerné la région zurichoise (un 24 décembre dans les années 1960) et l'arc lémanique en 2005. Suite à la panne zurichoise, un programme de construction de centrales au fioul avait été mis en place. Seule la centrale de Chavalon a été réalisée. Les autres centrales prévues ont été remplacées par la construction des centrales nucléaires de Beznau et Mühleberg. 2/6

3. Impact d'un blackout Les exercices de simulation de panne généralisée de l'approvisionnement mettent en évidence une durée minimale d'un blackout de 4 à 8 heures. Ces durées courtes ne peuvent être atteintes que si l'on dispose d'une source de fréquence et de tension d'un pays voisin (interconnexion). Dans le cas contraire, il faut pré- voir un temps de reconstitution de la fourniture (Black start) d'un jour au minimum, pour autant que de grandes centrales soient disponibles. Quelques scénarios montrent des durées pouvant atteindre 2 à 3 jours. L’électricité est le vecteur d’énergie le plus pratique et le plus répandu dans les sociétés modernes. Elle est donc un bien de consommation de première nécessité. De ce fait, les conséquences économiques, sociales et humaines d’un blackout peuvent être extrêmement nombreuses et graves, et sont étroitement liées au degré d’évolution, de technicité et d’urbanisation du pays ou de la région. Elles sont en grande partie immé- diates, mais elles entraînent aussi diverses répercussions qui s’aggravent avec le temps.

On peut citer notamment comme exemples de conséquences :

‒ extinction des éclairages (routes, tunnels, bâtiments, caves, voies publiques, etc.)

‒ arrêts des systèmes de télécommunication (après 2h pour les portables et 4h pour les téléphones fixes) et des systèmes informatiques (blocage des processus y relatifs, pertes de données, etc.)

‒ arrêts des automates et régulations diverses, arrêt des systèmes de protection et sécurité pour les personnes, objets et processus (ex. alarmes incendie, antivols, etc.), avec notamment des risques d’incendie accrus

‒ arrêts des feux de circulation (bouchons, accidents, blocage des ambulances, etc.),

‒ arrêts des ascenseurs (personnes bloquées dans les ascenseurs, problèmes pour accéder aux étages élevés particulièrement pour les personnes âgées ou handicapées ou avec des enfants en bas âge ou autres)

‒ arrêts de toutes sortes de machines électriques et de la quasi-totalité des entreprises, sociétés, commerces et services publics (arrêts ou détériorations de processus divers: productions, expériences scientifiques, élevages intensifs, transactions commerciales, bancomats, etc.),

‒ arrêts des stations de filtration/pompage d’eau potable et d’eau usée (pollution des rivières), et arrêt plus ou moins rapide de la distribution de l’eau (ex. 2 à 4 heures pour Genève), selon l’existence ou non de réservoirs à gravitation et de leurs capacités

‒ arrêts des trams et trolleybus, des stations d’essence, des gares et des trains, des aéroports, etc.

‒ soins impossibles ou service minimum dans les homes pour personnes âgées (hygiène, climatisations, repas chauds, dialyses, etc.),

‒ arrêts des systèmes de chauffage (y compris chaudières à combustibles fossiles et autres applications) ou de réfrigération / refroidissement (dégradation et pertes au niveau des aliments, médicaments et autres produits ou processus) etc.

Mais les conséquences d’un blackout ne se limitent pas à sa durée technique. Il peut y avoir des effets à moyen et long terme, notamment aux niveaux mécanique, physique, chimique, financier, physiologique et psychique. 3/6

Quelques grands blackouts internationaux ‒ novembre 1965, USA et Canada, avec 25 millions de personnes affectées ; ‒ juillet 1977, USA (New York), avec 7.5 millions de personnes affectées ; ‒ décembre 1978, France, avec 45 millions de personnes affectées ; ‒ mars 1989, Canada (Québec), avec 6 millions de personnes affectées ; ‒ décembre 1995, USA (Oregon), avec 2 millions de personnes affectées ; ‒ décembre 1999, France, avec 3.4 millions de personnes affectées ; ‒ janvier 2001, Inde (New Dehli), avec 200 millions de personnes affectées ; ‒ juin 2003, Italie, avec 6 millions de personnes affectées ; ‒ août 2003, USA/Canada, avec 30 à 50 millions de personnes affectées ; ‒ septembre 2003, Italie, avec 56 millions de personnes affectées ; ‒ septembre 2003, Suède et Danemark, avec 4 millions de personnes affectées ; ‒ novembre 2004, Espagne, avec 2 millions de personnes affectées ; ‒ mai 2005, Russie (Moscou), avec 2 millions de personnes affectées ; ‒ novembre 2006, Allemagne et Nord-Ouest Europe, avec 10 millions de personnes affectées ; ‒ février 2008, USA (Floride), avec 6 millions de personnes affectées.

4. Evaluation des coûts d'un blackout en Suisse Les coûts d'un blackout sont extrêmement difficiles à calculer et dépendent de multiples facteurs. On a pu néanmoins estimer des ordres de grandeurs selon diverses méthodes donnant des résultats souvent comparables et permettant ainsi de valider la plausibilité d’une fourchette minimum de coûts. Prenons le coût du blackout de New York en 2003 et ramenons-le à une journée. Actualisé pour 2011 et extrapolé à la population suisse. Cela donne 5 à 6 milliards de CHF par jour. L’OFEN a mené en 2008 une enquête auprès de 200 entreprises suisses – échantillon non garanti repré- sentatif – en leur demandant d’évaluer leurs pertes financières en cas de coupure de courant. En extrapolant la valeur moyenne horaire à une journée de travail et à l’ensemble des 300'000 entreprises suisses existantes, on obtient le coût d’un blackout de 3 à 7 milliards de CHF par jour. Les valeurs annuelles du PIB et des salaires suisses ramenées à un jour de travail permettent d’établir facilement une image des ordres de grandeur minimum de base en jeu : ‒ PIB d’un jour d’œuvre: 2,4 milliards de CHF. ‒ Salaire d'un jour d’œuvre: 1,3 milliards de CHF. Sur cette base, le coût minimum d'un blackout en Suisse peut être estimé entre 2 à 4 milliards de CHF par jour. En outre, diverses conséquences immatérielles ou indirectes d'une telle interruption de la fourniture d'électricité n’ont pas été prises en considération et devraient être encore rajoutées. 4/6

5. Manque de production romande Une production régionale ou nationale insuffisante conduit à des transports de l'énergie électrique sur de plus longues distances, ce qui charge de plus grandes portions de lignes et réduit en conséquence leurs capacités. Les marges de sécurité d’exploitation sont ainsi réduites entraînant une augmentation des risques de congestions et de blackouts par déclenchements en cascade. Au niveau suisse, la région nord-ouest, y compris l'arc lémanique, est fortement concernée par ce risque, notamment en cas d’indisponibilité d’une grande centrale de la région. D’une manière générale, ce risque est à surveiller de très près suite au projet d’abandon progressif de la production nucléaire et des capacités limitées des réseaux THT (voir ci-dessous). Il faut également tenir compte des difficultés générales pour construire de nouvelles centrales (délais divers et oppositions).

6. Peu d'investissements Les réseaux THT actuels sont relativement anciens et surtout, en partie, proches de leurs capacités maximum, car ils n'ont pas pu être adaptés à l'accroissement constant de la demande d’électricité par manque d'autorisation de construire (oppositions systématiques). En Suisse, le déficit d’investissement atteint aujourd’hui quelque 6 milliards de CHF. Les surcharges des lignes qui en résulteront peuvent conduire à des déclenchements en cascades et ainsi au blackout. L’ouverture des marchés de l’électricité et les besoins de transits internationaux accroissent encore le problème. Les très fortes variations de production liées à un recours massif aux productions instables telles que l’éolien ou le photovoltaïque, et l'absence de moyens de production aptes à compenser localement leur intermittence, peuvent conduire à des flux de puissance oscillants imprévus qui, par défaillance de puissance ou surcharge de lignes, peuvent provoquer des délestages ou des déclenchements en cascade conduisant à un blackout. Tous les risques précités concernent également bon nombre de pays voisins et pourraient à l’avenir augmenter les risques de blackout en Europe, réduisant ainsi la sécurité partielle apportée par l’interconnexion des réseaux européens (UCTE) et augmentant les risques de propagation de blackout d’un pays à l’autre. Dans ce contexte, il serait prudent que la Suisse conserve une capacité de production suffisante (puissance et énergie) lui permettant de pouvoir fonctionner en autonomie le cas échéant.

7. Développement 2035 / 2050 Compte tenu de la vétusté grandissante et du dimensionnement limite de certaines lignes de transport THT, de l’accroissement continuel de la consommation d’électricité, de la volonté ou de la nécessité d’augmenter les transactions et échanges internationaux d’énergie électrique, des difficultés pour réaliser de nouvelles lignes de transport, des projets d’abandon du nucléaire en Suisse et dans d’autres pays, du développement croissant des productions décentralisées instables (éolien, photovoltaïque, etc.), du manque d’intérêts des investisseurs et des délais nécessaires pour construire de nouvelles lignes et centrales électriques, etc. les risques de blackouts deviennent croissants et il devient de plus en plus urgent de prendre des mesures pour les réduire. 5/6

L'évolution des coûts et risques de blackouts peut être influencée, directement et indirectement par de nombreux facteurs, tant au niveau suisse, qu'au niveau européen, voir mondial. Certains points sont difficilement prévisibles, comme par exemple: les crises financières ou économiques, les conflits internationaux, l'avènement de nouvelles technologies, les orientations concrètes des différentes facettes de la politique énergé- tique et des paramètres les influençant Néanmoins, si l'on prend l'hypothèse relativement raisonnable que les coûts d'un blackout augmentent approximativement dans les mêmes proportions que le PIB, soit environ +30% pour 2035 et +50% pour 2050, alors l'estimation du coût d'un blackout suisse passerait de 2-4 milliards de CHF par jour actuellement à 3 à 6 milliards de CHF par jour pour 2050. Au niveau de l'évolution des risques, il est objectivement impossible de faire une prévision fiable pour 2035 / 2050. Mais logiquement, les risques devraient augmenter à court et moyen terme, compte tenu des projets de réduction / d’abandon du nucléaire, de l'évolution (probablement) croissante de la consommation de l'électricité, compte tenu des diverses inerties liées aux coûts, au manque de prise de conscience des risques et des délais importants pour construire de nouvelles centrales et renforcer les réseaux de transports."

La déconsommation

Par Le 09/08/2017

Miracle : les Français seraient entrés dans l'ère de la "déconsommation"

 

par  | 

 

Les Français seraient de plus en plus sobres dans leurs achats de produits de grande consommation. Un véritable choix plus qu'une crise du pouvoir d'achat. Certains observateurs s'inquiètent, mais nous on se réjouit. 

CAPTAIN FANTASTIC

(© Mars Distribution)

Le 12 janvier, Les Échos signaient un article intitulé "La France sur le chemin de la déconsommation", qui analyse les chiffres de la consommation des ménages français en montrant que la consommation de masse était de moins en moins plébiscitée. Selon l'étude, les grandes surfaces comme les supers et les hypers ont moins la cote, et plusieurs produits alimentaires et du quotidien dits "de grande consommation" ne font plus l'unanimité. C'est le cas en particulier de la viande rouge, du lait, des sodas, des surgelés, ou encore de certains produits d'hygiène et de beauté.

Une observation qui pourrait de prime abord être un mauvais signe et refléter une crise économique affectant le pouvoir d'achat ou l'augmentation de la précarité. Sauf que selon les indications de l'Insee, la croissance a pourtant été d'environ 1,3 % en 2016 et la consommation elle-même a crû de 1,6 %. Autrement dit, la consommation tient la route depuis la crise financière mais la consommation de masse commence à décroître. Ainsi, les experts commencent à parler d'un début de mouvement de "déconsommmation" pour certaines catégories de produits et évoquent même l'ère de "l'éconologie" : l'économie de l'écologie.

Les "millenials hipsters" consommeraient autrement

Plusieurs facteurs entrent en compte : en premier lieu, le food bashing du lait et de la viande rouge (d'ailleurs les fléxitariens représentent désormais 25 % de la population), mais aussi un désir de plus de naturel. Les millenials et les hipsters seraient des catégories au premier plan de cette déconsommation. C'est en tous cas ce qu'affirme Gaëlle Le Floch, directrice des études stratégiques chez le panéliste Kantar Worldpanel :

"Le marché de l'hygiène-beauté est confronté à un enjeu de volume avec des acheteurs moins fréquents. Ses produits sont de moins en moins prioritaires pour les Français, qui vont vers moins de sophistication, plus de naturel [...] Des femmes qui ont les cheveux plus longs et les lavent moins souvent ou encore la tendance hipster chez les millenials avec des garçons qui se rasent moins..."

De là à nous accuser d'être sales, il n'y a qu'un pas mais passons. La jeune génération ne ferait plus des produits de beauté et d'hygiène sa priorité. Le naturel avant tout comme étendard d'authenticité et de sobriété, plutôt que la sophistication comme gage de superficialité et de dépenses inutiles. En gros, nous réalisons doucement, après avoir grandi baignés dans la publicité, qu'un seul savon suffit pour être propre et qu'en posséder cinquante pour différentes parties du corps ne serait qu'une invention du marketing pour nous encourager à consommer plus.

Du coup, nous devrions nous réjouir de consommer "utile", au lieu d'acheter bêtement par réflexe en répondant à l'injonction de la société de consommation de masse. Ainsi, nous avons été un peu surpris par BFM TV qui relaye l'information sous ce titre : "Pourquoi la France emprunte l'inquiétant chemin de la déconsommation". Si le contenu de l'article reste pourtant factuel, on peut s’interroger sur l'usage du mot "inquiétant" qui, du coup, fait un peu peur pour rien. Comme si cette rupture de la consommation était dramatique, alors que les experts évoquent justement une évolution sociétale plus qu'un problème économique.

L'ère grimpante de l'éconologie

Cette situation inédite se situe donc en rupture par rapport aux habitudes de consommation des Français ces dix dernières années. Les Échos notent ainsi que nous faisons une part de plus en plus belle au bio et au local, quitte à dépenser plus pour consommer mieux :

"[Ils] mangent mieux, et achètent donc des produits plus chers. C'est le bio, les produits locaux issus des PME. Les produits de distribution dits alternatifs, comme les petites épiceries ou les marchés en plein air progressent aussi."

"On gaspille moins, on privilégie la qualité", résume le quotidien. Tous ces éléments réunis conduisent les experts à parler d'une nouvelle tendance : l'éconologie, c'est-à-dire le mariage de l'écologie et de l'économie. Autrement dit, vivre dans une société plus écologique n'est pas un renoncement à toute forme de consommation, mais serait plutôt une façon plus réfléchie et durable de consommer. Et bonne nouvelle : consommer moins mais mieux ne revient donc pas forcément plus cher que de consommer en masse des produits au rabais. Espérons que le XXIe siècle voie grandir cette tendance sociétale, qui reflète aussi bien une philosophie de vie qu'une forme d'engagement au-delà des formes traditionnelles de politisation.

À lire -> Docu : le minimalisme, consommer moins pour vivre mieux

L'observation de soi.

Par Le 09/08/2017

J'imagine un peu que la tournure prise par ce blog depuis quelques mois a fini par déplaire au vu de la baisse de fréquence des visiteurs.

Il est clair que les articles ne sont plus les mêmes. J'écrivais beaucoup plus d'articles personnels il y a quelques années. J'aurais pourtant beaucoup à écrire sur moi...J'ai passé trois ans à refuser d'appliquer la Réforme des rythmes scolaires et j'en ai beaucoup parlé ici.

Pendant les deux premières années, j'ai vu mon corps fabriquer diverses pathologies avec une vitesse inquiétante. Certaines de ces pathologies ne disparaîtront plus. Je suis déjà bien content quand elles se sont stabilisées. Pour les autres, celles qui évoluent encore, je ne sais pas où on va...

J'ai donc eu "tout à loisir" et encore aujourd'hui d'étudier l'impact des pensées sur l'organisme. Il est clair que la somatisation est d'une puissance redoutable. Le fait, par exemple, que ma vésicule biliaire soit désormais totalement hors service, s'explique, dans la médecine chinoise, par "une colère immense qui ne peut être libérée..."

La dépression est un vaste chantier intérieur qui ne concerne pas que la dimension psychologique mais bien aussi la dimension corporelle, organique, viscérale...Les émotions sont des rayons de soleil ou des poisons. Et le corps dépérit s'il est abandonné par l'esprit, trop préoccupé par des éléments extérieurs, pour penser à son convoyeur...

Je pourrais donc écrire de longs articles mais tout cela ne concerne que ma petite personne et les problèmes de la planète sont d'une autre ampleur. 

Il est clair, au regard des milliers de pages lues ou de films et documentaires visionnés, que mes projections sur l'avenir proche ne sont pas des plus plaisantes. Il est clair également que mon engagement actuel dans des voies de décroissance, de survivalisme, de transition, d'anticipation, de préparation, ne concerne pas que moi mais que j'oeuvre à ma mesure à la protection de mes proches et plus largement à celle de l'humanité. En cherchant par tous les moyens à m'extraire d'une société consumériste et immature et en appliquant consciencieusement mes valeurs, je peux dire que j'agis pour le bien de la planète et donc de l'humanité.

Voilà ce qui m'importe.

Autant je suis fondamentalement solitaire, autant j'ai un attachement viscéral aux enfants. Je dis bien : aux enfants. J'ai beaucoup plus de mal avec le monde adulte.

Les articles, depuis quelques mois, tournent donc principalement autour de problèmes planétaires mais qui concernent chaque individu. Il s'agit pour moi de définir les problèmes, de les identifier, de les présenter et si possible, de proposer un début de solution ou au moins une réflexion personnelle. C'est à dire que le plus important à mes yeux est d'interpeller les lecteurs et lectrices pour susciter une analyse personnelle.

Que chacun en vienne à s'observer dans ses propres comportements. Puisque seule, cette attitude, contient les germes d'une évolution positive.

 


 

 

 

 

"Tout va s'effondrer...Alors, préparons la suite"

Par Le 09/08/2017

« Tout va s’effondrer. Alors... préparons la suite »

 

7 mai 2015 / Entretien avec Pablo Servigne 
 

  

   
 

«<small class="fine"> </small>Tout va s'effondrer. Alors... préparons la suite<small class="fine"> </small>»

Le pic pétrolier, le climat qui se dérègle, la biodiversité qui disparaît… Les scientifiques nous bombardent de nouvelles alarmistes, mais que faire ? Prenons-les enfin au sérieux, préconise Pablo Servigne, co-auteur de « Comment tout peut s’effondrer ». Mais pas de panique : même si le chemin n’est pas facile, il faut l’accepter, pour commencer à préparer le monde d’après.

Sur quels faits vous appuyez-vous pour affirmer que l’effondrement est possible ?

Nous avons rassemblé un faisceau de preuves qui viennent des publications scientifiques. Les plus évidentes sont liées au fait que notre civilisation est basée à la fois sur les énergies fossiles et sur le système-dette.

Le pic de pétrole conventionnel a eu lieu en 2006-2007, on est entrés dans la phase où l’on exploite le pétrole non conventionnel : sables bitumineux, gaz de schiste, pétroles de schiste, etc. Déjà, c’est un signe qui ne trompe pas.

Ensuite, il y a un siècle, on investissait un baril de pétrole et on en retirait cent. On avait quatre-vingt-dix-neuf barils de surplus, on nageait dans le pétrole. Un siècle après, ce taux de retour est descendu à dix ou vingt, et cette diminution s’accélère. Or, en-dessous d’un certain seuil, entre quinze et vingt, c’est dangereux pour une civilisation. Pour fonctionner, notre société a besoin de toujours plus d’énergie. Or il y en a toujours moins. Donc à un moment, il y a un effet ciseaux.

En même temps, pour fonctionner, notre société a besoin de toujours plus de croissance. Pendant les Trente glorieuses, les deux-tiers de notre croissance faramineuse venaient des énergies fossiles. Sans énergies fossiles il n’y a plus de croissance. Donc toutes les dettes ne seront jamais remboursées, et c’est tout notre système économique qui va s’effondrer comme un château de cartes.

Dans ce schéma, quelle place a la crise écologique ?

Dans notre livre, on prend la métaphore de la voiture. Il y a la question du réservoir d’essence : à un moment il sera vide. C’est ce que je viens d’expliquer. Et il y a un autre problème : la voiture va de plus en plus vite et sort de la route. La science s’est rendue compte que le climat s’est emballé, que la biodiversité s’effondre littéralement. On dépasse des seuils qu’il ne faudrait pas dépasser sous peine de déstabiliser les écosystèmes qui nous maintiennent en vie. La voiture risque de se prendre des arbres. Si on va au bout, certaines études montrent que l’on peut vraiment éliminer presque toute vie sur Terre. On en est à ce point là.

Pablo Servigne

Donc la crise écologique est beaucoup plus grave que les crises économiques. Certaines civilisations anciennes se sont effondrées économiquement et politiquement. Quelques siècles après, ça renaît. Et puis il y a des civilisations qui se sont effondrées pour des cause écologiques. L’effondrement de l’environnement provoque l’effondrement de la civilisation. Là, en revanche, la civilisation ne repart pas parce que le milieu est épuisé, mort.

Parmi toutes ces catastrophes, quelle est celle qui risque de déclencher les autres ?

Ce qui est important, pour l’étincelle qui déclenchera les autres, c’est la rapidité. Et là, c’est le système financier qui est le plus fragile. Les effondrements financiers sont très rapides, même s’ils sont moins graves. Le problème, c’est qu’ils peuvent déclencher un effondrement économique, donc du commerce physique, qui peut déclencher un effondrement politique, et plus tard un effondrement des institutions sociales, de la foi en l’humanité, de la culture, etc.

On utilise plutôt les mots « crise » ou « catastrophe » : pourquoi avoir choisi de parler d’« effondrement » ?

On a quand même utilisé les mots catastrophe et crise. Catastrophe, on l’aime bien parce qu’il est provocateur. En fait nous sommes devenus catastrophistes. Cela ne veut pas dire qu’on souhaite les catastrophes ou qu’on arrête de lutter contre. Cela veut juste dire qu’on est lucides et qu’on les accepte.

Le mot crise, lui, ne convient pas parce qu’il sous-entend que l’on peut revenir à l’état de normalité qu’on avait avant la crise. Or ce n’est pas le cas. Donc parler de crise est un abus de langage, même si on l’a quand même un peu utilisé dans le livre.

Effondrement est un mot qui nous plaît bien parce qu’il est très large. Il permet d’être aussi bien du côté de la raison, de parler des rapports scientifiques, que de toucher l’imaginaire. Quand on parle d’effondrement, les gens voient Mel Gibson avec un fusil à pompe, ou des films de zombies. Mais il y a beaucoup d’autres choses qui peuvent émerger. Donc notre travail, c’est de donner chair à ce mot d’effondrement. D’arriver à décrire ce à quoi il pourrait correspondre dans notre société, pour la génération présente, en-dehors des mythes hollywoodiens.

Et cela permet aussi de se rendre compte que c’est un processus.

Oui. Dans notre imaginaire, on a la notion d’apocalypse. Du jour au lendemain, il n’y a plus rien et c’est la barbarie. En fait non. Quand on parle d’effondrement, on parle aussi bien d’une catastrophe financière qui arrive en quelques heures, que d’une catastrophe climatique qui arrive en quelques décennies voire en quelques siècles. Toutes les grandes civilisations qui se sont effondrées ont mis des dizaines voire des centaines d’années à le faire.

Si ça s’effondre, qu’est-ce qui s’effondre exactement ?

On a creusé cette question en partant de ce qui était vulnérable. Aujourd’hui dans nos sociétés, on a une économie, des lignes d’approvisionnement, un système financier, des structures de flux – tout ce qui est système alimentaire, système d’approvisionnement en eau, système médical. Tout cela est devenu extrêmement fragile parce que complexe, inter-connecté. Donc ce qui va s’effondrer, c’est tout ce qui dépend des énergies fossiles. Cela inclut les énergies renouvelables et le nucléaire, car pour les fabriquer, il faut des énergies fossiles. Quand on se rend compte que quasiment toute notre nourriture dépend du pétrole, qu’est-ce qu’on va manger ? Ce qui va s’effondrer est absolument gigantesque.

Des maisons au Hameau des buis

Une autre manière de répondre est que plus un pays est riche et industrialisé, et hors sol, plus il va tomber de haut. Aux périphéries, cela va être beaucoup moins grave et il va y avoir des jeunes pousses qui vont pouvoir relancer une civilisation. Par exemple, pendant la crise des subprimes de 2008, il y a eu trente-cinq pays qui sont entrés en émeutes de la faim, juste à cause d’une fluctuation des matières premières. Au Mozambique, ils n’étaient pas connectés au système mondial économique, et ils n’ont pas subi cette crise.

Est-il possible d’éviter cet effondrement ?

Non, c’est un des grands messages du livre. L’éviter voudrait dire qu’on continue notre trajectoire de croissance. Or non seulement ce n’est plus possible (on l’a montré avec la fin des énergies fossiles), mais si on continue de croître, le réchauffement climatique et la destruction de la biodiversité provoqueront un effondrement de notre civilisation. L’autre voie pour éviter un effondrement serait de bâtir une économie qui n’ait pas besoin de croissance. Mais sans croissance, la civilisation industrielle actuelle s’effondre. Donc de tous les côtés, ça s’effondre. On est cernés.

La posture du livre est de l’accepter. Il y a un effondrement, d’accord, on respire. On apprend à gérer sa raison, à gérer ses émotions, à gérer son rapport avec les autres, avec l’avenir. J’ai dû renoncer à des rêves que j’avais pour moi, mais j’ai dû renoncer à des rêves que j’avais pour mes enfants. C’est très douloureux. Une piste de sortie, c’est que l’effondrement peut être vu comme une opportunité incroyable d’aller vers quelque chose qu’on peut commencer à construire dès maintenant.

Est-ce qu’on le saura, quand l’effondrement arrivera ?

Vous connaissez la fable de la grenouille ? Quand on met une grenouille dans l’eau bouillante, elle saute. Quand on la met dans l’eau froide et qu’on fait peu à peu monter la température, elle reste jusqu’à en mourir parce qu’elle ne se rend pas compte que l’eau devient bouillante… Notre intuition est que peut-être, en Grèce, en Espagne, en Syrie, l’effondrement a déjà commencé. Nous, on n’est pas encore touchés parce qu’on est riches.

Comment êtes-vous arrivé à concentrer vos recherches sur l’effondrement ?

Un spécialiste du pic pétrolier, dans un colloque, a un jour parlé de ce qu’il appelle des « Oh my God points » [des points « oh mon Dieu » - NDLR]. Ce n’est pas un choc de la tête, c’est un choc du ventre et du cœur et après, plus rien n’est pareil.

Mon premier, c’était le pic pétrolier. J’ai vu un documentaire sur comment Cuba a survécu au pic pétrolier, et ça m’a tellement bouleversé que j’y suis allé pendant deux mois. Un autre grand « Oh my god point » est ma rencontre avec Dennis Meadows, le co-auteur du rapport du club de Rome [Rapport sur les limites de la croissance, 1972 - NDLR]. Son message est clair : il est trop tard pour le développement durable, il faut se préparer au choc, et construire des petits systèmes résilients parce que l’effondrement est là. Cela fait quarante ans qu’il dit cela, personne ne l’écoute. Le rapport prévoit un effondrement pour le début du 21e siècle et c’est ce qu’on est en train de vivre.

Pourtant, la grande majorité des gens ne voient pas l’effondrement.

Ils sont dans le déni, parce que c’est trop violent.

Après plein de gens savent. C’est le grand problème de notre époque : on sait mais on ne croit pas. Les mythes sont toujours plus forts que les faits. Notre mythe, c’est la croissance infinie, la techno-science qui domine la nature. Si on trouve un fait qui ne colle pas avec ces mythes, on le déforme pour le faire rentrer. On dit qu’on trouvera de nouvelles énergies, par exemple.

C’est pour cela qu’avec ce livre on est sur le terrain de l’imaginaire, qui est beaucoup plus fort que les faits, et structure la manière de donner sens au monde. On dit que l’utopie a changé de sens : les utopistes sont aujourd’hui ceux qui croient qu’on peut encore continuer comme avant.

Accepter l’effondrement, c’est comme accepter la mort d’un proche. Il faut dépasser les phases du deuil : le déni, le marchandage, la colère, la tristesse et l’acceptation. Beaucoup de gens sont encore dans le déni, mais il y en a aussi dans la tristesse, dans la colère. Et il y en a qui sont dans la joie, parce qu’ils sont déjà dans l’acceptation.

A la fin de l’année se déroulera une grande conférence sur le climat à Paris. N’est-ce pas la preuve que nos élites politiques ne nient plus l’effondrement et cherchent des solutions ?

Non, je pense que les politiques n’y croient pas. C’est bien que des gens se mettent autour de la table pour parler de climat, cela a au moins une vertu pédagogique. Mais parler de solutions, c’est tordu. Cela laisse la porte ouverte à tous les techno-béats qui sont là à trépigner avec la géo-ingénierie. Et cela empêche de se rendre compte que le changement climatique, même si tout s’arrête d’un coup, c’est déjà trop tard, il s’est emballé.

Mais on peut limiter les dégâts, c’est pour cela que c’est bien de mener des négociations. Et surtout on doit le faire parce qu’aujourd’hui, il n’y a aucun grand conflit international. C’est le moment idéal pour des négociations.

Que peut-on faire d’autre au niveau politique pour faire face à l’effondrement ?

On est dans des paradoxes, car si quelqu’un au niveau politique commence à parler d’effondrement cela va créer une panique des marchés financiers, qui va provoquer l’auto-réalisation de l’effondrement. Il va provoquer ce qu’il voulait éviter.

En revanche, on peut agir au niveau micro-politique. Avec l’effondrement, les macro-structures vont souffrir. On va retourner à des sociétés beaucoup plus locales. Le mouvement de la transition est en train de redonner du pouvoir aux gens au niveau municipal. C’est cette échelle qui permet de passer à l’action rapidement.

Vous dites que pour décrire l’effondrement, les faits scientifiques ne suffisent pas. Il faut aussi avoir l’intuition qu’il arrive. Ceux qui portent des alternatives sont-ils ceux qui ont cette intuition ?

Pour beaucoup, oui. Il y a des millions d’individus dans le monde qui sont déjà dans le monde post-pétrole, post-effondrement : le monde d’après.

Le problème est que si on n’a pas encore mis les lunettes de la transition, on ne voit pas ces initiatives. On ne comprend pas pourquoi tel paysan a développé la traction animale. Or dans vingt ans, l’agriculture industrielle se sera effondrée et tout le monde sera à la traction animale.

Il faut se mettre en transition, c’est une opportunité de changer le monde. Cela veut dire construire des « réseaux des temps difficiles ». C’est retrouver le lien aux autres, à la nature, avec nous-mêmes. C’est accepter l’interdépendance de tous les êtres. Quand une civilisation s’effondre, les bâtiments peuvent s’effondrer, il reste les liens humains.

Les yourtes de l’école du Hameau des buis

A quoi ressemblerait ce monde d’après, ce monde en transition ?

Ce n’est pas à moi de répondre à cette question. Ce qu’on donne dans ce livre, ce sont des outils pour qu’avec votre imaginaire, vous forgiez votre monde d’après. Il sera différent d’un pays à l’autre, d’une personne à l’autre, c’est la mosaïque de l’effondrement. Je ne sais pas si on arrivera dans un grand sursaut collectif à en atténuer les effets, ou si on ira vers plus de guerres, de famines, de catastrophes. Mais je sais qu’il y a un grand chemin intérieur à faire, qu’on a déjà commencé et qu’on est nombreux.

Ici nous sommes au Hameau des buis, une communauté installée dans la campagne ardéchoise. Avoir fait le choix d’habiter ici, est-ce une façon d’anticiper l’effondrement ?

J’aimerais dire non, mais en fait je dois avouer qu’au fond de moi, j’ai fait cela pour quitter la ville parce que je sens qu’à ville, cela va être de plus en plus difficile. Un grand exode urbain a commencé. Plein de jeunes, de néoruraux, de « nimaculteurs » - non issus du monde agricole - y participent.

Et la transition, comment l’amorcez-vous ici ?

Ici, au Hameau des buis, on n’est pas du tout autonomes en énergie, en alimentation, etc. Quand je suis arrivé, j’ai fait ma conférence et cela a provoqué des « Oh my god points ». On a entamé des travaux pour être autonomes en eau et en alimentation. On se dit qu’il va falloir qu’on ait des chevaux pour se débrancher de la voiture.

Pour moi, la transition c’est l’histoire d’un grand débranchement du système industriel. Se débrancher avant qu’il ne s’effondre et nous emporte avec. Car pour l’instant, si tout s’effondre on est mort : je ne sais pas vivre sans voiture et sans supermarché.

- Propos recueillis par Marie Astier


- Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Ed. Le Seuil, 304 p., 19 €


 


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Source et photos : Marie Astier pour Reporterre

Mystification de la "croissance verte".

Par Le 09/08/2017

« La “croissance verte” est une mystification absolue »

16 juin 2015 / Entretien avec Philippe Bihouix 

  

   
 

«<small class="fine"> </small>La “croissance verte” est une mystification absolue<small class="fine"> </small>»

Auteur de L’âge des Low Tech. Vers une civilisation techniquement soutenable, l’ingénieur Philippe Bihouix alerte sur l’épuisement croissant des ressources de métaux. Et souligne que, en raison de leur besoin de métaux rares, les énergies nouvelles ne sont pas la panacée : une énergie illimitée et propre est un mythe, il faut... économiser, recycler, relocaliser. Un entretien énergisant.


Reporterre - Cinq ans après la sortie de votre livre Quel futur pour les métaux ?, votre diagnostic reste-t-il d’actualité ?

Philippe Bihouix - Mon diagnostic concernant la raréfaction des métaux reste vrai. Il ne peut pas changer, parce que la partie accessible et exploitable des ressources minérales et métalliques est limitée. Ces ressources peuvent être très importantes mais elles sont finies, comme peuvent l’être les ressources d’énergie fossile – pétrole, charbon, gaz – non renouvelables, ou les ressources forestières, halieutiques, et autres, si on les exploite à une vitesse excédant leur taux de renouvellement. Avec une quantité de ressources finie, un pic de production, suivi d’une baisse, est incontournable. C’est mathématique. Comme il y a un pic pétrolier, il y aura un pic énergétique puis, comme production d’énergie et exploitation des ressources sont liées, il y aura au final un pic de tout.

Cela semble inadmissible pour certains, qui s’accrochent au fait que l’énergie solaire incidente est plusieurs milliers de fois supérieure aux besoins énergétiques de l’humanité. Il n’y aurait donc qu’à développer les panneaux photovoltaïques, les centrales solaires à concentration, l’éolien et d’autres énergies renouvelables. Ce ne serait qu’une question de volonté politique, de moyens financiers à mobiliser, de lobbies pétroliers et nucléaires à combattre. Idem pour les métaux. Les géologues nous expliquent que les ressources métalliques sont abondantes, et s’ils reconnaissent que leur qualité et leur accessibilité est en baisse, c’est pour mieux proposer de nouvelles solutions techniques pour les exploiter. On a donc l’impression qu’il n’y a aucun problème.

Or, il y a interaction entre la production énergétique et l’exploitation des ressources. Il faut toujours plus d’énergie pour exploiter des métaux de plus en plus difficiles à extraire : la teneur en métal des minerais tend à diminuer et les mines qui ouvrent aujourd’hui sont moins concentrées que celles qui ferment après épuisement... Il faut aussi toujours plus de métaux pour produire de l’énergie : il faut multiplier les puits pour exploiter le gaz de schiste, par exemple.

Pour appréhender le problème, il est donc nécessaire, comme Dennis Meadows, un des auteurs du rapport au Club de Rome sur la croissance, l’a fait dans les années 1970, d’avoir une approche systémique de ces questions. Et pour moi, le système se tend de plus en plus : la cage à hamster énergético-géologique et minière tourne de plus en plus vite, avec une quantité toujours plus grande de matières et d’énergies englouties pour maintenir la production. Ce processus « extractiviste » devrait encore durer quelques décennies, malheureusement, avec des conséquences environnementales multipliées et aggravées.

Pourquoi la demande mondiale en métaux explose-t-elle ?

L’explosion, relativement récente, de la demande en métaux est due pour l’essentiel à deux phénomènes. D’une part, pour les « grands » métaux industriels (fer, aluminium, cuivre, zinc, plomb…), à l’industrialisation, à l’urbanisation et à la motorisation des pays émergents, Chine et Inde en particulier. D’autre part, pour les « petits » métaux de spécialité, à l’essor des nouvelles technologies. Il y a quarante ans, moins d’une trentaine de métaux étaient utilisés à l’échelle industrielle pour fabriquer les produits du quotidien. D’autres étaient également utilisés, mais en quantités moindres, dans des filières ultra-spécialisées, comme le nucléaire, l’armement, etc.

Aujourd’hui, une soixantaine de métaux sont couramment exploités : le gallium est utilisé dans les diodes électroluminescentes (LED), l’indium dans les écrans plats, le cobalt dans les batteries au lithium, etc. En réalité, tous ces « nouveaux » métaux existaient auparavant, ce sont d’ailleurs souvent des sous-produits issus de l’exploitation industrielle des grands métaux historiques – l’indium est un sous-produit du zinc, le gallium de l’aluminium –, mais ils n’étaient pas raffinés, ou étaient considérés comme des impuretés.

Aujourd’hui, l’industrie leur a trouvé des débouchés. Nous avons « électronicisé » nos vies, alors qu’auparavant nous étions essentiellement entourés d’appareils électriques, ce qui est très différent. Avec l’électronique, et ensuite la micro-informatique, sont apparus de nouveaux besoins et donc de nouvelles contraintes de production : les produits sont plus complexes, doivent être plus petits, plus légers, plus résistants, plus transportables, etc.

Par exemple, il faut utiliser du tantale, assez rare, pour fabriquer des condensateurs plus petits qu’avec l’aluminium, qui est bien plus abondant. Le germanium, lui aussi sous-produit du zinc, est employé pour « doper » la conductivité des fibres optiques. On les retrouve également dans les énergies renouvelables : le néodyme, par exemple, qui présente des caractéristiques magnétiques par unité de poids intéressantes, est souvent préféré à d’autres métaux pour les aimants des générateurs d’éoliennes de forte puissance.

Quand on étudie en profondeur le contenu des produits manufacturés, comme leur procédé de fabrication, il y a toujours, en bout de chaîne, l’exploitation de ressources minérales et métalliques, et tout particulièrement pour les télécoms et l’informatique. L’économie n’est jamais immatérielle.

Que pensez-vous des énergies renouvelables et des technologies dites « vertes » ?

Je ne suis pas contre les énergies renouvelables dans l’absolu. En revanche, je suis contre le mythe d’une énergie qui serait illimitée et propre. Les « technologies vertes » sont, elles aussi, consommatrices de ressources, font appel à des métaux plus rares, et sont en général moins bien recyclables. Dans les énergies renouvelables, on peut trouver le meilleur comme le pire. Les panneaux photovoltaïques au silicium – un métal qui compose 27 % de la croûte terrestre – sont a priori plus vertueux que les panneaux multicouches à haut rendement. Mais même un panneau au silicium contient d’autres métaux, comme du cuivre ou de l’argent pour les contacteurs, par exemple. Idem pour les éoliennes, dont le contenu métallique dépend de la conception, de la puissance, etc. Une solution consisterait à orienter la recherche scientifique en prenant en compte les ressources, plutôt que le seul rendement, physique ou économique.

Mais le problème est plus profond. En France, par exemple, on développe un programme éolien offshore d’un côté, mais de l’autre on multiplie les panneaux publicitaires et les écrans plats énergivores, et on se réjouit du développement des big data et des centres de données ! En réalité, le développement des énergies renouvelables ne permet pas, et ne permettra pas, de maintenir notre niveau effarant de dépense énergétique et d’absorber la croissance continue de notre consommation matérielle.

Il est insensé de croire que l’on peut réduire les émissions de gaz à effet de serre significativement sans réduire massivement notre consommation énergétique. De ce point de vue, la « croissance verte », qui élude la question de nos modes de vie, est une mystification absolue. Les chiffres le montrent aisément.

Votre dernier livre portait sur les « low tech ». De quoi s’agit-il ?

Cette expression est avant tout un pied-de-nez à la « high tech », au mirage des technologies salvatrices. Dans ce livre, je pose les questions fondamentales suivantes : pourquoi produit-on ? Que produit-on ? Et comment produit-on ? Mon propos est de dire que l’on pourrait d’ores et déjà produire moins sans que notre qualité de vie en pâtisse, bien au contraire. Par exemple, on pourrait supprimer le million de tonnes de prospectus publicitaires qui sont distribués chaque année. On pourrait étendre le rechapage des pneus à tous les véhicules, comme cela se fait déjà pour les avions et les camions. On pourrait rétablir la consigne pour les emballages et favoriser la vente en vrac. On pourrait progressivement limiter la vitesse maximale, brider les moteurs, interdire les voitures trop puissantes. La voiture « propre » n’existe pas, mais en attendant de tous enfourcher un vélo, la voiture à 1 litre au 100 km est à portée de main. Simplement, elle fait 500 kg et ne dépasse pas les 80 km/h, ce qui suffirait pour une large part des besoins de déplacement.

En même temps, il faut pousser l’éco-conception au maximum. Il faut que les produits que l’on utilise tous les jours soient plus facilement réparables, réutilisables, modulaires, à plus longue durée de vie, constitués d’un seul matériau plutôt que de matériaux composites, etc. Il faut accepter d’avoir des produits un peu moins performants, légers, esthétiques.

Enfin, la façon dont on produit ces biens est également cruciale. Aujourd’hui, l’organisation industrielle mondiale est telle que quelques usines fabriquent des quantités phénoménales de produits. La part du travail humain se réduit toujours plus, au profit de la mécanisation, des robots et bientôt des drones. Au contraire, il faut relocaliser une partie de cette production, retrouver l’échelle du territoire, des petites entreprises, des ateliers, de l’artisanat, d’un tissu industriel et commercial à l’échelle de l’Homme.

Se pose alors inévitablement la question – épineuse mais inévitable – du protectionnisme et de l’échelle des territoires à protéger. Soyons là aussi réalistes : comment une industrie chimique locale, nationale ou même européenne, aux normes environnementales élevées et intégrant pleinement un coût du carbone, pourrait-elle résister à l’industrie des gaz de schiste américains, ou au gaz « gratuit » du Qatar ? Comment des élevages de taille moyenne pourraient-ils concurrencer la production brésilienne et les poulets trempés dans le chlore ? La logique du « consomm’acteur »ne suffira pas, il faut se donner les moyens réglementaires et normatifs de faire émerger et prospérer des solutions plus vertueuses.

Comment la civilisation occidentale peut-elle devenir « techniquement soutenable » ?

En travaillant sur la sobriété avant tout, et en déployant des solutions intelligentes en parallèle. Il est nécessaire de réduire notre consommation énergétique – et pas seulement électrique – de 75 à 80 %. On a également besoin de mettre en œuvre un mix pertinent d’énergies renouvelables décentralisées avec, par exemple, du solaire thermique pour l’eau chaude, une part de photovoltaïque, d’éolien, de micro-hydraulique et de biogaz.

Il faut surtout que l’on accepte les contraintes d’une production énergétique intermittente pour renouer avec les rythmes de la nature, car sinon il faudra installer des surcapacités énormes, et le système de stockage qui va avec, et surtout les faire durer dans le temps. Compte tenu de la consommation de ressources non renouvelables, pour partie non recyclables, que cela engendrerait, un tel scénario industriel ne serait effectivement pas soutenable, et absolument pas généralisable au monde entier.

L’économie circulaire a le vent en poupe. Qu’en pensez-vous ?

L’économie circulaire me rappelle furieusement le développement durable. Comme lui, ça va faire « pschitt ! ». L’économie circulaire est un concept très vague, tellement vague que tout le monde s’y retrouve, à la fois les citoyens, les associations, les industriels, les multinationales, les politiques, etc. C’est pour cela que l’économie circulaire est à la mode : il n’y a pas de définition stabilisée, chacun y met ce qu’il y veut et on peut même y « recycler » quelques bon vieux concepts : écologie industrielle, économie de la fonctionnalité, économie du partage...

Selon la définition de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), l’économie circulaire est un système économique qui vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources à tous les stades du cycle de vie des produits. Il s’agit de « faire plus avec moins ». C’est beau, mais utopique, car on ne sait pas découpler de manière absolue croissance du PIB et décroissance de la consommation matérielle et pollution.

Philippe Bihouix

Il faudrait plutôt « faire un peu moins avec beaucoup moins » ! Comme les taux de prélèvement des ressources naturelles et le volume d’émission des gaz à effet de serre atteignent des niveaux hallucinants, il faut plutôt écraser la pédale de frein le plus vite possible, mais le plus intelligemment possible, en essayant de maintenir l’essentiel de notre « confort ».

Quelles sont, selon vous, les limites du recyclage ?

Le recyclage présente trois limites, une mineure (à court terme) et deux majeures. La mineure, comme l’a justement perçu l’économiste Nicholas Georgescu-Roegen, c’est l’usure liée au deuxième principe de la thermodynamique : on ne recycle jamais à 100 %, il y a toujours des pertes.

La première limite majeure, c’est l’existence des alliages. Les métaux ne sont pas utilisés dans leur forme pure, mais de petites quantités de métal sont généralement mélangées à un ou deux « grands » métaux : par exemple, dans l’acier pour améliorer ses qualités, mais aussi pour fabriquer des laitons, ou des alliages « high tech » en très petites quantités dans les appareils électroniques. Selon les mélanges, et en fonction des quantités, une partie de la ressource n’est pas récupérable en fin de vie. Souvent, les métaux non ferreux ou précieux sont physiquement récupérés, mais ils sont perdus fonctionnellement, il y a aussi une dégradation de l’usage : un acier recyclé ne retrouve pas son utilisation première et servira, par exemple, à fabriquer des ferraillages pour la construction.

La seconde limite majeure au recyclage, c’est l’usage dispersif. Les métaux ne sont pas toujours utilisés sous forme métallique, ils le sont aussi beaucoup sous forme chimique. Le cas le plus emblématique, c’est le titane, qui est employé à 95 % comme colorant blanc universel, dans les cosmétiques, les plastiques, etc. Le cobalt, lui, sert à faire du bleu, le chrome du vert ou du jaune, etc. Un autre exemple : l’antimoine est intégré dans les produits électroniques comme retardateur de flammes. L’étain et le cuivre sont présents dans les peintures anti-algues pour les bateaux, etc. Or, il est quasiment impossible de récupérer tous ces métaux dispersés.

Au final, les « grands » métaux industriels (comme l’aluminium, le cuivre, le nickel, etc.) sont recyclés au-delà de 50 % – et même jusqu’à 95 % au moins pour le plomb. Mais les métaux de spécialité, employés en très petites quantités ou dans des alliages – comme beaucoup de métaux utilisés dans l’électronique, ou les terres rares –, ont souvent des taux de recyclage qui se situent entre 1 et 10 %.

Si la fuite en avant énergético-minière se poursuit, quelles pourraient en être les conséquences géopolitiques et socio-politiques ?

Il faut regarder les choses en face, la situation va s’aggraver. Nos dirigeants font semblant d’appuyer sur le frein avec un discours lénifiant sur le développement durable, alors qu’ils appuient à fond sur l’accélérateur ! Il n’y a qu’à voir les appels à l’innovation, les subventions accordées, tous les projets qui sortent concernant les nanotechnologies, la biologie de synthèse, le numérique, les objets connectés, la robotique, etc. Tout le monde s’émerveille face à ces nouveautés, mais la voie que nous poursuivons est en réalité mortifère, tant du point de vue de la consommation de ressources et d’énergie que de la génération de déchets électroniques ingérables.

Quelles en seront les conséquences ? Les tensions géopolitiques autour des ressources minières sont moins prégnantes que celles concernant les ressources énergétiques. Toutefois, un nationalisme minier émerge en Chine, en Australie, en Russie. La France devra sans doute entretenir dans les années à venir de bonnes relations avec ces pays, comme avec le Brésil, l’Afrique du Sud. Mais on n’est pas à l’abri de nouvelles périodes de tension, comme dans les années 2006 à 2008, quand le prix du pétrole a flambé et avec lui le prix des métaux.

En France, de plus en plus de personnes ont conscience que les ressources mondiales sont limitées et qu’il faudra les partager au sein d’une population toujours plus nombreuse. D’un point de vue strictement socio-économique, cela ne peut mener qu’à une augmentation du prix de ces ressources, et donc à une inflation générale des prix, sans l’inflation équivalente des salaires et du pouvoir d’achat bien sûr, puisqu’en gros, il faudra payer toujours plus les matières premières essentiellement importées, alors que la concurrence de la main d’œuvre maintiendra la pression sur les revenus du travail.

Si nous ne savons pas nous passer de ces ressources énergétiques et minières – par la sobriété et un recyclage meilleur –, il y aura une paupérisation, progressive mais inéluctable, de la population. A voir les clivages et les tensions qui traversent la société française, et le sentiment d’appauvrissement partagé par de plus en plus de personnes, nous en prenons effectivement le chemin, et tenter de maintenir le statu quo industriel et économique actuel promet de grandes frustrations et une instabilité politique accrue.

- Propos recueillis par Anthony Laurent


 


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Lire aussi : « Tout va s’effondrer. Alors... préparons la suite »


Source : Anthony Laurent pour Reporterre

Dessin : Félix Blondel pour Reporterre

Photos : 
. Portraits : © Lucas Mascarello pour Reporterre
. Voiture : 
Flickr (bertknot/CC)
. Mine en Australie : 
Wikipedia (CC)

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Elevage et déforestation

Par Le 09/08/2017

Oui, je sais, encore un article qui met en avant le régime végétarien...Je sais que ça énerve parfois et que certains voient cela comme une atteinte à leur liberté... Pour ma part, ce qui est essentiel dans cette démarche, c'est qu'elle me permet d'agir à ma mesure et ne pas me contenter de lister les dégâts occasionnés par l'homme en simple observareur...Nous sommes les ouvriers du monde que nous désirons... Il faut donc analyser ses propres désirs, non pas à l'échelle individuelle mais universelle..."Qui est responsable ? Uniquement celui qui engendre les dégâts ou également celui qui y participe ?...

 


 

L’élevage accentue l’effet de serre et la déforestation

 

  • L'élevage est responsable de 14,5 % des émissions de gaz à effet de serre
  • Et de 80 % de la déforestation en Amazonie
  • Le 5e rapport du GIEC recommande une diminution importante de la consommation de viande : suivre les recommandations de la Harvard Medical School serait aussi efficace que de diviser par deux le parc automobile mondial.
  • Un végétalien émet 2,5 fois moins de GES par son alimentation qu'un omnivore occidental

icône viande.info représentant la faim dans le monde

L’élevage émet plus de gaz à effet de serre que les transports

En 2006, un rapport de la FAO, Livestock's long shadow, a révélé que l’élevage produisait une quantité importante de gaz à effet de serre (GES), environ 18 % des émissions d'origine humaine. Dans un rapport postérieur, Tackling climate change through livestock (FAO, 2013), des calculs fondés sur des données plus précises établissent à 14,5 % la contribution de l'élevage dans les émissions de gaz à effet de serre d'origine anthropique, dont 8,8 % pour les seuls bovins. C'est légèrement plus que les émissions directes du secteur des transports (IPCC, 2014).

Les émissions de GES dans le monde.

Livestock's Long Shadow

Chiffres clés

Le secteur de l'élevage produit 7,1 milliards de tonnes d'équivalent CO2, soit environ 1/7 de l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre.

Ces émissions de GES se répartissent comme suit. 45 % sont attribuables à la production et au transport des aliments (dont 9 % imputables à la déforestation liée à l'extension des cultures et des pâturages). 39 % proviennent de la fermentation gastrique des ruminants. 10 % résultent du stockage et de l'utilisation du lisier. 6 % sont causés par le transport, l'abattage des animaux et au stockage des produits animaux.

Les émissions sont dues majoritairement à l'élevage des ruminants. Produire 1 kg de protéines sous forme de viande de bœuf émet en moyenne 290 kg d'éq. C02, contre moins de 50 sous forme de viande de porc, de poulet ou d'oeufs.

Emissions de gaz à effet de serre en fonction des espèces
Source : GIEC.
NB : les "bovins laitiers" sont exploités pour leur lait mais aussi leur chair.

Les émissions de GES en France.

Un rapport de 2011 prévoit que, entre 2005 et 2050, la demande de viande augmentera de 73 % et celle de lait de 58 % (FAO, 2011).

L'élevage ne se fait pas en forêt

L’élevage extensif et le soja exporté comme aliment du bétail sont la première cause de la déforestation au Brésil (Margulis, 2004). Après une enquête de 3 ans publiée en juin 2009, Greenpeace affirme que l’élevage bovin est responsable à 80 % de la destruction de la forêt amazonienne (Greenpeace, 2009).

Avec une superficie de 5,5 millions de km², la forêt amazonienne est la plus grande zone de forêt primaire tropicale de la planète. Durant les quarante dernières années, près de 800 000 km2 de forêt amazonienne ont été détruits. Grâce aux efforts du gouvernement brésilien, le rythme de la déforestation s'est ralenti depuis le milieu des années 2000 et tourne aujourd'hui autour de 6000 km² par an au Brésil, ce qui reste très élevé.

La déforestation a causé 12 % des émissions mondiales de GES entre 2000 et 2005 (Congressional budget office, 2012), chiffre qui a légèrement diminué aujourd'hui. Elle perturbe le cycle de l’eau (la végétation et l’humus stockent et diffusent l’humidité) et réduit la biodiversité par la destruction de l’habitat de millions d’espèces végétales et animales. En outre, le compactage des sols, piétinés par le bétail, empêche les infiltrations d’eau et provoque des ruissellements qui érodent les sols et privent d’eau les derniers végétaux, rendant les terres inutilisables.

Les pâturages et les puits de carbone en France

La question du stockage de carbone par les prairies destinées à l’élevage est complexe et ne peut pas être tranchée en un simple paragraphe. Ce stockage dépend de nombreux facteurs : conditions climatiques, composition des sols, ancienneté des prairies, intensité du pâturage… Selon les cas, les prairies peuvent stocker moins, autant, ou plus de carbone que les forêts. Ce stockage de carbone peut compenser en partie les émissions de l’élevage dues à la fermentation entérique et aux déjections des animaux. Par ailleurs, l’utilisation des prairies ne concerne que l’élevage des ruminants, souvent nourris avec des céréales et tourteaux en complément de l’herbe.

L’élevage peut avoir un impact environnemental moindre grâce aux prairies, mais il ne faut pas oublier que son rendement par hectare est très faible : on élève en moyenne 1,5 grands bovins de 600 kg par hectare… (Agreste, 2006) Sachant que la viande consommable représente environ 37 % du poids d’une vache, on aurait une productivité de 333 kg par hectare. (Interbev, la-Viande.fr) À titre de comparaison, un hectare de culture en France produit 3 tonnes de soja (FAOstat, 2017) qui contient 50 % de protéines en plus que la viande de boeuf. (Anses Table Ciqual, 2016) Si l’utilisation des terres non arables en pâturage peut s’avérer avantageuse, il apparaît clairement que ce n’est pas une solution pour nourrir une population croissante.

Lutter contre le réchauffement climatique par l'alimentation

Le 5e rapport du GIEC (IPCC 2014, chapitre 11), reprenant les calculs de Stehfest et al. (2009), estime que la simple application des recommandations nutritionnelles de la Harvard Medical School, qui conseillent de limiter la consommation moyenne de viande de ruminants à 10g par jour et la consommation des autres viandes, du poisson et des œufs à 80g par jour, permettrait de réduire de 36 % les émissions de GES d’origine agricole, et de plus de 8,5 % les émissions totales. Cette simple mesure serait aussi efficace que de diviser par deux l’ensemble du trafic routier mondial.
Ne pas dépasser au 21e siècle le taux atmosphérique de 450 ppm d’équivalent carbone demandera une réduction importante des émissions de GES, ce qui aura un coût, estimé à 2,5 % du PIB mondial en 2050. Par rapport au scénario basé sur les tendances actuelles, réduire la consommation de viande selon les recommandations de la Harvard Medical School réduirait ce coût de 50 %.

Une étude britannique (Scarborough et al., 2014) a évalué que les végétaliens émettaient 2,5 fois moins de GES pour leur alimentation que les omnivores (consommant 100 g de viande par jour ou plus).

Bibiliographie

 

Fiches nutritionnelles

Réchauffement climatique

Par Le 07/08/2017

Réchauffement climatique. Les 8 dangers qui nous guettent

 

Modifié le  | Publié le  - 1

Écouter

  • Le réchauffement climatique se produit plus vite que prévu.
    Le réchauffement climatique se produit plus vite que prévu. | Reuters

 

Entre des ressources naturelles qui s’épuisent et le réchauffement climatique qui s’emballe, l’environnement est de plus en plus dégradé. Une enquête du "New York Times" énumère les cataclysmes potentiels qui nous menacent et conclut que la situation est plus sérieuse que nous le pensons.

Nombreux sont les scientifiques qui tirent la sonnette d’alarme : la situation climatique et environnementale devient urgente au fil des ans. Le 2 août, le « jour du dépassement », une sorte d’anniversaire un peu funeste, nous a rappelé que nous consommons plus que ce que la planète peut produire. Cette année, c’est l’équivalent des ressources de 1,7 fois notre planète qui ont été utilisées par l’humanité. En bref nous vivons à crédit.

Aussi, selon d’éminents climatologues, le réchauffement climatique se produit « beaucoup plus vite que prévu ». Dans une étude publiée le 1er août dans la revue Nature Climate Change,d’autres scientifiques sont arrivés à la conclusion que les chances de respecter l’accord de Paris ne sont que de 5 %.

Les mauvais signes sur le front du climat s’accumulent, mais quelles sont les conséquences ? Un article un brin alarmiste, du journaliste David Wallace-Wells publié dans le New York Times apporte quelques éléments de réponses. Dans cette enquête très fournie, le journaliste égrène les « 8 cataclysme potentiels » qui nous menacent.

Selon lui, la situation est bien plus grave et urgente que ce que nous pensons. Il tire ce constat du fait que les projections actuelles nous mènent déjà vers un réchauffement de 4 °C ; certaines hypothèses les plus pessimistes font même monter le thermomètre de plus de 8 °C.

1. Les grandes villes submergées

Le premier des « cataclysmes » que nous allons probablement devoir affronter sera la montée des eaux. Un phénomène causé à la fois par la fonte des glaciers et la dilatation thermiques des océans. « La plupart des gens parlent comme si Miami et le Bangladesh avaient une chance de survivre, écrit le journaliste en introduction. Des scientifiques avec qui j’ai parlé estiment que nous les perdrons d’ici la fin du siècle, même si nous arrêtons de consommer des énergies fossiles dans la décennie qui vient ».

Actuellement, un tiers des grandes villes sont sur la côte et 600 millions de personnes résident dans celles-ci. David Wallace-Wells enfonce le clou et rappelle que la dernière fois que la température a augmenté de 4 °C, le niveau des océans est monté de plusieurs dizaines de mètres.

2. Des vagues de chaleur meurtrières

« Même en respectant l’accord de Paris, des villes comme Karachi ou Calcutta deviendront inhabitables, à 4 °C la canicule de 2003, qui a tué 2 000 personnes par jour, deviendra la norme en Europe », avertit le journaliste. Si la hausse des températures se poursuit, certaines régions du monde deviendront vite inhabitables. Les pires scénarios envisagent de 11 à 12 °C de réchauffement. Dans ce cas, la moitié de la population telle qu’elle est actuellement répartie sur la planète mourrait directement de chaud.

Une nouvelle étude, publiée mercredi 2 août dans la revue Science Advances, confirme cette prédiction. Elle indique que la chaleur humide provoquée par le réchauffement climatique risque de rendre une partie de l’Asie du Sud inhabitable d’ici la fin du siècle si rien n’est fait pour réduire les gaz à effet de serre : « L’augmentation des températures et de l’humidité durant l’été pourrait atteindre des niveaux excédant la capacité de l’organisme humain à survivre sans protection. »

3. La famine partout

Selon les Nations unies, la population mondiale va grimper à 11,2 milliards de personnes d’ici à 2100 (actuellement la population est d’environ 7,5 milliards de personnes), augmentant encore la pression sur les ressources. Mais ce n’est pas tout, chaque degré de réchauffement supplémentaire diminue les rendements agricoles de 10 %. Avec un réchauffement de 5 °C à la fin du siècle, l’équation devient alors extrêmement parlante : il faudra nourrir une population 50 % plus nombreuse avec 50 % de céréales en moins.

La mauvaise nouvelle, c’est aussi que les terres qui seront libérées du gel par exemple au Canada ou en Russie sont peu fertiles, éloignant la possibilité d’un déplacement des cultures, explique l’auteur.

4. Des nouvelles maladies

Il s’agit un peu d’un scénario de science-fiction, mais qui devient de plus en plus plausible. En fondant, la glace libère non seulement du CO2 mais aussi des maladies endormies. Ces germes, qui ont décimé la population autrefois et aujourd’hui enfermés dans la glace, pourraient se réveiller.

Selon des scientifiques la peste bubonique attend, par exemple, le dégel en Sibérie. Le journaliste du New York Times prévient : « Notre système immunitaire, n’aurait absolument aucune idée decomment réagir pour se protéger de ces pestes ». Il tempère cependant son propos en expliquant que ces germes n’auraient que peu de chance de survivre après le dégel.

Cependant des maladies comme la malaria ou la dengue pourraient apparaître dans des endroits auparavant épargnés, à mesure que les moustiques tropicaux migreront vers le nord.

5. « L’Airpocalyspe » permanent

La hausse de la teneur de C02 dans l’atmosphère ne fait pas que réchauffer le climat, il détériore également la qualité de l’air, ce qui a des répercussions multiples sur la santé. Outre l’augmentation des maladies cardio-respiratoires et des cancers, la teneur en carbone a également un impact sur le cerveau. Si la teneur en CO2 monte à 1 000 ppm (partie par million) en 2100, « un tel air pourrait baisser les capacités cognitives humaines de 21 % », assure l’auteur. David Wallace-Wells rappelle qu’en 2013, année du fameux « Airpocalyspe » chinois, « le smog fut responsable du tiers de toutes les morts dans le pays ».

6. Des conflits généralisés

« On ne peut prétendre lutter efficacement contre le terrorisme si on n’a pas une action résolue contre le réchauffement climatique », c’était la phrase d’Emmanuel Macron au G20 le 8 juillet dernier qui mettait au jour le lien existant entre l’insécurité et réchauffement climatique. Et pour cause, de nombreux scientifiques estiment que la sécheresse de 2006 à 2009, entre autres causes, a favorisé l’émergence du conflit syrien en 2011. Provoquant le déplacement de près d’1,5 millions de Syriens vers des zones urbaines, cette sécheresse a provoqué la hausse des prix des denrées alimentaireset par la suite des tensions importantes.

David Wallace-Wells cite quant à lui une vaste étude de Marshall Burke et Solomon Hsiang qui relève une corrélation entre violence et température : pour chaque demi-degré supplémentaire, les sociétés verraient augmenter de 10 à 20 % la probabilité d’un conflit armé.

7. La fin de la croissance

C’est un peu la conséquence de toutes les autres calamités. Le journaliste américain s’appuie sur les travaux de Solomon Hsiang , pour établir que chaque degré de réchauffement climatique devrait coûter 1,2 point de PIB et qu’à la fin du siècle et que chaque personne devrait perdre 23 % de ses revenus. Cela est provoqué par la hausse de la mortalité, la diminution des rendements agricoles..etc.

De plus, la croissance économique que le monde a connu depuis l’ère industrielle est largement lié à l’exploitation des énergies fossiles « la fin des fossiles signifie le retour à un état de stabilité économique », prévoit-il.

8. La mort des océans

Les océans nous aident pour que le réchauffement climatique ne s’aggrave pas trop vite. Ils absorbent près de 30 % du CO2 que nous relâchons dans l’atmosphère. Mais ce phénomène salvateur contribue à les empoisonner. L’augmentation du taux de CO2 dans les océans a de graves conséquences, ces derniers s’acidifient et perdent leur oxygène. Dans les eaux profondes ce taux est si faible que l’on parle de « zone morte » dans lesquelles les poissons ne peuvent plus survivre. Au fil du temps, ces zones se rapprochent de plus en plus de la surface, menaçant ainsi les activités de pêches « qui nourrissent directement un demi-milliard de personnes », selon le journaliste.

KUNDALINI (23)

Par Le 05/08/2017

Kundalini

 

 

"KUNDALINI"

Il était assis au sommet du rocher lorsqu’elle revint.
« Reste là-haut, Sat. Ne fais pas de parade. Je n’en aurais pas besoin.
-Pourquoi ?
-Je veux monter vers toi et l’amour sera mon aimant. »

Une voix déterminée, un visage embrasé.
Kundalini. Une certitude pour lui. Des effets inexplicables. Extension du champ des possibles. Maîtrise de son corps, forces décuplées, clairvoyance, lucidité là où la raison habituelle parlerait d’inconscience.
« Juste une chose. Si tu sens que tu vas tomber, tourne en l’air pour tomber dos au rocher et pouvoir rouler au sol en vidant tes poumons. Repère bien la position de la grosse pierre anguleuse derrière toi, c’est elle surtout qu’il faut éviter en cas de chute. »
Elle observa le terrain, minutieusement et sans se l’expliquer, dans une acceptation immédiate du phénomène, sa vision se mua en un découpage instantané de chaque détail, un assemblage de photographies englobant chaque pierre, un assemblage précis des pièces du puzzle, chaque ondulation de la zone de réception, l’épaisseur variable du tapis herbeux, elle analysa dans le même instant l’impact éventuel de son corps au sol, le mouvement de roulade avant, l’exacte position dans laquelle elle devait se trouver avant d’atterrir, la rotation de son corps dans le vide, tout était là, inscrit comme si elle l’avait déjà vécu. 
Elle se tourna enfin vers la roche surplombante et scruta chaque aspérité, imagina chaque mouvement, anticipa chaque déplacement, dans une lecture qui relevait du décryptage, une radiographie géologique, la forme et la taille de chaque ancrage, la rugosité du grain, le positionnement idéal sur les divers appuis, tout était là, en elle, dans un saisissement fulgurant, une compréhension intuitive de chaque instant à venir. Elle ne savait pas où elle allait passer mais la roche le savait et elle l’écouterait.
Elle percevait distinctement l’énergie amoureuse de Sat, sa totale confiance. Elle le remercia intérieurement de ne pas l’alourdir par des pensées craintives et des émotions invalidantes.
Pourquoi choisissait-elle de compliquer l’épreuve, de refuser sa protection au sol, sa connaissance de la voie, tous les conseils qu’il pouvait prodiguer ?
Elle n’avait pas de réponse. 
Sinon celle de son intuition. C’est ainsi que ça devait se passer.
Il n’était pas temps de chercher à comprendre. 
La vie en elle bouillait d’énergie, un haut fourneau à plein régime et elle se réjouissait de pouvoir user de ce magma. 
Elle remercia la roche d’accepter sa présence.

Sat s’accroupit au sommet. Et il n’aurait su présager de la suite. 
Il ne la quitta pas des yeux, dans une sidération contemplative.
Un enchaînement parfait de mouvements aériens, fluides, souples, d’une efficacité totale. 
Elle joua de son corps avec une dextérité qui le subjugua, une concentration développée habituellement par des années de pratique assidue, une maîtrise mentale qui relevait de la perfection, il n’y eut aucune hésitation, aucune tension, pas la moindre marque de peur, pas le moindre trouble, juste une implication totale, libérée de toutes entraves, comme une évidence, il ne pouvait en être autrement. Les prises semblaient l’appeler et insuffler en elle le positionnement le plus favorable. 
Le jour où il avait découvert ce bloc, il se souvenait avoir effectué plusieurs tentatives avant d’en trouver le seul itinéraire possible.
Maud voyait immédiatement ce qu’il n’avait pas vu, analysait à la perfection ce qu’il avait longuement travaillé, sentait spontanément le geste idéal.
Ce qu’il avait dû travailler, elle le découvrait dans une résolution divine.
Elle se redressa à ses côtés et l’intensité lumineuse de son regard le transperça.
Elle n’était pas là. Inatteignable dans les altitudes intérieures.
Une émotion suprême en elle, il en devinait le bouleversement. 
Elle respira profondément comme si elle devait s’extraire d’une bulle et ses yeux redevinrent ceux de Maud.
Elle écarquilla les paupières, bougea le haut du visage, le tendit et le relâcha, plusieurs fois, puis elle frotta ses mains l’une contre l’autre, comme des rappels à soi, le retour d’une conscience mentale.

« Je ne sais pas si tu réalises vraiment ce que tu viens de faire, mon amour ? »
L’expression finale la combla de bonheur et elle ignora la question.

Institut Momentum : l'Anthropocène

Par Le 05/08/2017

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30 juin 2011

Le Manifeste

 

C’est à la veille du tremblement de terre qui a frappé le Japon et déclenché la catastrophe nucléaire de Fukushima que l’Institut Momentum s’est réuni pour la première fois, le 10 mars 2011. La double catastrophe qui frappe les habitants du nord de l’île de Honshu est aussi locale que planétaire. Elle manifeste la fragilité du système thermo-industriel. L’imbrication des éléments naturels avec les objets industriels fait de notre planète un laboratoire à ciel ouvert : aucun lieu de la Terre n’échappe plus à l’expérimentation. S’il y a bien un épicentre géologique naturel du tremblement de terre, la centrale de Fukushima, elle, représente l’épicentre symbolique de l’ère de l’Anthropocène. Cet accident convoque la réflexion et l’action. Fukushima marque la fin d’une ère, mais en inaugure une autre. Penser l’avenir par-delà les logiques de puissance qui ont dominé les Trente Glorieuses et la fin du XXème siècle, voilà le projet de l’Institut Momentum.

L’action tellurique de l’humanité sur la Terre caractérise une ère nouvelle : l’Anthropocène. Cette appellation désigne l’époque d’accélération liée à la combustion du charbon et du pétrole dans les machines thermiques, qui a entraîné en moins de deux siècles une croissance et un développement sans précédent dans l’histoire humaine. Depuis les débuts de l’époque industrielle, l’humanité, ou une partie de l’humanité, s’est érigée en force géologique centrale et toute-puissante. Au point qu’aujourd’hui, tous les cycles de la biosphère sont modifiés par les activités humaines – cycle du carbone, de l’eau, du phosphore. La nature se reconstitue par endroits, mais le taux de gaz carbonique n’a jamais été aussi élevé dans l’atmosphère et va causer au cours de ce siècle une hausse de la température d’une rapidité inconnue depuis 800 000 ans. Pourra-t-on en sortir de l’impasse de l’Anthropocène ?

L’Anthropocène, c’est aussi une ère d’exubérance qui abolit l’angoisse, où l’automobile et l’écran plat sont devenus des droits humains fondamentaux. Une ère d’addiction, où la production de moyens est devenue la fin de l’existence. Une ère d’accélération, où la croissance, qui repose sur le cycle sans fin de la production et de la consommation, doit produire toujours plus d’objets inutiles pour ceux qui en ont déjà trop. C’est la logique même du productivisme.

L’année 2008 a marqué un tournant dans l’histoire de l’ère industrielle. La hausse du prix du pétrole a été telle qu’elle a déclenché une réaction en chaîne. Pour la première fois, l’énergie est apparue comme un facteur de basculement de l’économie. La crise des prêts hypothécaires aux Etats-Unis a suivi la flambée des cours du brut : elle résulte d’un enchaînement qui n’est pas fortuit. Le prix de l’énergie conditionne l’économie. La hausse du prix de l’énergie se fait sentir sur les cours des matières premières agricoles. Le risque systémique d’un collapse financier reste d’actualité.

En même temps que ce vacillement de la finance mondiale se déroule une crise plus silencieuse, mais plus préoccupante, car il n’est pas possible de négocier avec celle-ci. Cette crise est celle de la nature et de l’ensemble des êtres vivants. L’emprise des sociétés industrielles sur les ressources naturelles épuise le sous-sol et les sols. Les rejets de ces sociétés dans les milieux excèdent la capacité des écosystèmes à se régénérer. Les stocks de poissons sont en diminution, ainsi que la biodiversité en général, les sols fertiles et les nappes aquifères.

Cette dégradation rapide de l’écosphère se déroule en relation avec la diminution des ressources énergétiques et la dislocation du système financier. Ces trois domaines interconnectés ont atteint leur point de non retour au cours de la première décennie du 21ème siècle.

Le pic pétrolier de brut conventionnel a été atteint en 2006, selon l’Agence internationale de l’énergie elle-même. Et le remplacement de cette énergie extraordinairement concentrée qu’est le pétrole demeure pour le moment un fantasme, sinon une illusion collective. La réponse ne sera pas technologique. Elle tiendra à l’organisation des sociétés elles-mêmes, au renforcement de leur résilience, au maintien de leur trame de sécurité.

Le 21ème siècle ressemble ainsi à la sortie d’une parenthèse. L’exubérance énergétique du 20ème siècle est terminée. La majeure partie du pétrole facile à extraire a été brûlée en 200 ans d’ère industrielle. La fête est finie.

Toutes les dettes accumulées, dette financière, dette énergétique et dette écologique nous reviennent aujourd’hui comme des bombes à retardement qui commencent à exploser. Les conséquences de la croissance exponentielle des économies industrielles avaient été annoncées dès 1972 dans le rapport Halte à la croissance ? : croissance démographique, industrialisation, pollution, production alimentaire et accélération de la dégradation des systèmes naturels.

Les générations de ce siècle héritent de la dette de la gabegie industrielle. Celles du XXIIème siècle n’en auront pas fini de démanteler nos centrales nucléaires. Les sociétés vont être profondément transformées. Elles doivent se préparer à ce changement en se rendant moins dépendantes des ressources non renouvelables, et en consolidant leurs réseaux de solidarités, au sein de communautés humaines renforcées.

Au stade actuel, les alertes lancées par les auteurs de Halte à la croissance ? en 1972 se confirment. Le temps des limites est notre temps. L’économie mondiale est entrée depuis 2008 en collision avec ces limites. La croissance voit aujourd’hui ses bienfaits menacés par les nuisances qu’elle engendre. Les coûts marginaux du développement productiviste dépassent désormais les bénéfices escomptés.

Depuis 200 ans, et plus encore depuis le début du 20ème siècle marqué par les premières découvertes de gisements de pétrole, le formidable foisonnement démographique et technologique, les progrès dans les domaines de la santé, des transports et des communications, résultent de l’accès à une énergie bon marché, abondante et concentrée. Plus l’énergie est disponible, plus elle est rapide à extraire, plus d’autres ressources sont exploitées, dont les produits entraînent à leur tour plus de demande énergétique. La boucle des causes et des effets tourne de plus en plus vite.

Le point de départ de l’Institut Momentum se fonde sur cette prise de conscience que nous vivons aujourd’hui la fin de la période de la plus grande abondance matérielle jamais connue au cours de l’histoire humaine – une abondance fondée sur des sources temporaires d’énergie concentrée et à bon marché qui a rendu possible tout le reste. A l’heure où les sources les plus nécessaires à cette abondance matérielle entrent dans un déclin inévitable et irréversible, nous abordons une période de contraction économique généralisée.

La crise globale des systèmes naturels, énergétiques et économiques forme l’étoffe de notre époque singulière.

Pour y réagir, nous sommes convaincus de la nécessité de contribuer à l’élaboration des transitions vers les sociétés de l’après-pétrole, les sociétés de sobriété.

Mobiliser un nouvel imaginaire social

Ces transitions ne se limitent pas à installer des éoliennes et des panneaux solaires, ou à réhabiliter les bâtiments. Développer les sources alternatives d’énergie et l’efficacité énergétique est important, mais cela ne suffira pas à constituer une transition pour deux raisons :

  • Aucune énergie alternative (renouvelable ou autre) n’est en mesure de fournir de l’énergie aussi bon marché et aussi concentrée que les énergies fossiles en temps et en heure, et dans le court délai qui reste.
  • Les infrastructures de transport, d’électricité, les bâtiments et les systèmes alimentaires ont été conçus en rapport avec les caractéristiques du pétrole, du gaz naturel et du charbon, et, en France, du nucléaire. Passer à des énergies différentes supposera de redessiner et reconfigurer la plupart de ces infrastructures.

En France, le Grenelle de l’environnement n’a pas favorisé un nouvel imaginaire social. Il ne permet pas d’opérer les changements nécessaires, même s’il encourage les énergies renouvelables et la réhabilitation des bâtiments. Le Grenelle n’a pas opté, par exemple, en faveur de la démocratisation et la déconcentration des systèmes énergétiques.

La transition post-pétrolière, post-nucléaire et post-carbonique s’attache à complètement redessiner et à repenser les infrastructures de la société mais aussi à œuvrer à un nouvel imaginaire social en se projetant dans un futur proche sans pétrole et sans énergies de stock.

De même que l’économie agraire de 1800 était complètement différente de l’ère des énergies fossiles actuelle, de même l’économie post-fossile et post-fissile de 2050 diffèrera profondément du paysage contemporain.

Cette différence se verra dans la conception urbaine, dans l’utilisation des terres, dans les systèmes alimentaires, dans la production manufacturière, les réseaux de distribution, les emplois, l’organisation des transports, les soins médicaux, le tourisme et autres. Cette transformation va également requérir de revisiter nos valeurs culturelles et économiques. Comme l’écrit le psychosociologue Harald Welzer, « la seule possibilité qui s’offre à nous, c’est de maintenir notre niveau de civilisation dans le domaine de la culture, de la santé, de la sécurité, de l’égalité, de la démocratie, et de freiner de façon radicale les aberrations du développement, et notamment une utilisation de l’énergie qui obère l’avenir, une mobilité tous azimuts et une culture de la disponibilité chronique »[1].

Le temps est venu d’établir un régime de production et de répartition de l’énergie équitable et favorable à l’appropriation par les localités et les citoyens. Le temps est venu de solidarités et de démocraties fondées sur le partage et la coopération. Le temps est venu de poser un nouveau cadre pour l’économie afin de l’encastrer dans notre écosystème local et global.

Le Moment de changer d’ère

Le vent du changement est là. Le consumérisme connaît ses derniers feux, non pas en raison d’une prise de conscience, mais parce que la crise limite le pouvoir d’achat de chacun. Le moment historique que nous vivons demande un mode de pensée différent, et il ouvre aussi sur de nouvelles opportunités de résoudre des problèmes très pratiques. Par exemple, la réduction des emballages, la relocalisation de l’économie, l’autosuffisance énergétique des bâtiments sont maintenant des questions prises au sérieux, alors que, pendant des décennies, économistes et politiciens se moquaient de ces idées issues des mouvements écologistes et environnementalistes.

Sans faire de bruit, un mouvement informel composé de citoyens engagés, de communautés, d’entreprises et d’élus a entamé la transition vers le monde post carbone. Ces acteurs précoces travaillent à réduire leur consommation, à produire localement nourriture et énergie, à investir dans l’économie locale, à réhabiliter des savoirs, à préserver les écosystèmes locaux. Pour certains citoyens, cet effort a principalement abouti à planter un jardin, à se rendre en vélo au travail, ou à cesser d’acheter dans les hypermarchés. Leurs motivations sont diverses : freiner le changement climatique, préserver l’environnement, la sécurité alimentaire, le développement économique local. L’essence de ces efforts est cependant la même : tous reconnaissent que le monde change, que la manière habituelle d’agir, fondée sur l’idée que la croissance de la consommation peut et doit continuer indéfiniment, ne fonctionne plus.

Pris isolément, tous ces efforts sont loin de suffire. Mais une fois rassemblés, ils peuvent orienter la nouvelle société.

Jusqu’à présent, la plupart de ces efforts ont été exprimés par des individus exceptionnels qui ont vite compris à quelle crise nous sommes confrontés. A mesure que le collapse va se dérouler, de plus en plus d’individus vont devoir subvenir à leur survie. Beaucoup d’entreprises multinationales, dont le chiffre d’affaires repose actuellement sur le prix relativement bas de l’énergie et des ressources naturelles, vont faire faillite, tandis que des entreprises locales et les coopératives vont se développer. Les gouvernements locaux, confrontés à la baisse des ressources fiscales, vont devoir trouver les sources d’énergie leur permettant de maintenir les systèmes de traitement de l’eau, les transports publics et les services d’urgence.

Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est de clarté, de mise en œuvre, de coopération et de coordination. A partir d’une vision commune et d’une compréhension des défis et des solutions, nous pouvons établir la transition vers un monde équitable, soutenable, le monde d’après qui s’annonce à l’issue de l’ère de l’énergie bon marché.

Reste que la transition est proposée depuis quatre décennies, sans résultats. A relire le rapport Meadows de 1972, les enjeux pressentis à l’époque sont aujourd’hui révélés. La société est plus réceptive qu’hier, fragilisée dans ses assises par la crise qui s’installe et va se révéler être une récession. Les stratégies de transition doivent aujourd’hui être pensées et proposées comme une alternative centrale et non marginale pour la société. Encore faut-il parvenir à établir des interconnexions entre les myriades d’initiatives et de réflexions qui, ici et là, forment une transition soutenable.

Quel rôle pour l’Institut Momentum ?

L’institut Momentum se consacre à répondre au défi de notre époque : comment organiser la transition vers un monde post-croissant, post-fossile et modifié par le climat ? Comment penser et agir les issues de l’Anthropocène ? Quelles sont les sorties de secours ? A quoi ressemblent des sociétés résilientes au temps de la triple crise, énergétique, économique et écologique ?

L’objet de notre démarche est de constituer une communauté de contributeurs, composée d’experts reconnus ou émergents dans les domaines majeurs de la transition. Les contributeurs de l’Institut Momentum interviennent dans leur domaine d’expertise, en relation avec la pensée de la transition. Ils produisent des diagnostics, des analyses, des scénarios et des propositions originales sur les stratégies de transition et de résilience. L’Institut Momentum est là pour les susciter et les faire connaître aux individus, aux collectivités, aux entreprises et aux gouvernements. L’ensemble des contributeurs publiera un Annuel du Momentum, couvrant chaque thème principal et les initiatives les plus récentes pour répondre à la crise, dans un esprit cohérent voire holistique.

Nous faisons une veille sur les thèmes tels que : restauration des écosystèmes, systèmes alimentaires, utilisation des terres, permaculture rurale et urbaine, énergie et autonomies énergétiques, économie coopérative, métiers de la résilience, solidarités pratiques, résolution de la dissonance cognitive, nouvelles formes de la démocratie.

Nous avons aussi le souci de donner de la visibilité aux solutions émergentes, déjà mises en œuvre par les villes en transition, les coopératives de l’énergie, les Amaps, les entreprises d’insertion, les collectivités dotées d’éco-quartiers.

La Revue durable est notre principal partenaire éditorial, en raison de la compatibilité évidente la vision de LRD, inlassablement dédiée depuis dix ans à la recherche de pistes originales et de foyers de création de résilience, et les thématiques portées par l’Institut Momentum. Nous sommes aussi en relation avec des publications tels que Silence, ou des revues telles qu’Entropia, avec le mouvement de la transition, avec l’Université populaire de permaculture et avec d’autres lieux de pensée tels que le Post Carbon Institute californien, la New Economics Foundation britannique, et, en France, avec l’association et l’institut Negawatt.

Appel

Tandis que les mauvaises nouvelles affluent de la centrale nucléaire de Fukushima, des scientifiques du climat, des géologues du pétrole et des économistes, la conscience se répand que les décisions que nous prenons aujourd’hui détermineront le visage du monde pour plusieurs générations voire plusieurs siècles. Ce moment historique de transition est une opportunité. Nous savons ce qui va arriver si les choses suivent leur cours.

Mais si nous parvenons à les diffuser, les initiatives et les contributions pour imaginer et créer le monde d’après pétrole se répandront globalement et localement. Elles deviendront majoritaires, et les efforts que nous déployons aujourd’hui seront demain des lieux communs qui feront que nos efforts ne seront plus nécessaires. Entre temps, nous avons une chance, et c’est peut-être la dernière, de nous écarter du précipice. Un défi, un moment singulier, une fenêtre d’opportunité : le Momentum. Rejoignez-nous.

www.institutmomentum.org


[1] Le Monde, 26 mars 2011.

Collapsologie: Pablo Servigne

Par Le 05/08/2017

 

"Dans les années 1960, pour chaque baril consommé, l'industrie pétrolière en découvrait six. Aujourd'hui, malgré une technologie de plus en plus performante, le monde consomme sept barils pour chaque baril découvert..."

 

 

 

Comment tout peut s'effondrer : Petit manuel de collapsologie à l'usage des générations présentes

 

INFOSCRITIQUES (5)CITATIONS (9)

 

 

Comment tout peut s'effondrer : Petit manuel de collapsologie à l'usage des générations présentes par Servigne
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ISBN : 2021223310 
Éditeur : 
SEUIL (09/04/2015)


Note moyenne : 4.21/5 (sur 34 notes)

Résumé :

Résumé :

Et si notre civilisation s'effondrait ? Non pas dans plusieurs siècles, mais de notre vivant. Loin des prédictions Maya et autres eschatologies millénaristes, un nombre croissant d'auteurs, de scientifiques et d'institutions annoncent la fin de la civilisation industrielle telle qu'elle s'est constituée depuis plus de deux siècles. Que faut-il penser de ces sombres prédictions ? Pourquoi est-il devenu si difficile d'éviter un tel scénario ?Dans ce livre, Pablo Servigne et Raphaël Stevens décortiquent les ressorts d'un possible effondrement et proposent un tour d'horizon interdisciplinaire de ce sujet - fort inconfortable - qu'ils nomment la "collapsologie". En mettant des mots sur des intuitions partagées par beaucoup d'entre nous, ce livre redonne de l'intelligibilité aux phénomènes de "crises" que nous vivons, et surtout, redonne du sens à notre époque. Car aujourd'hui, l'utopie a changé de camp : est utopiste celui qui croit que tout peut continuer comme avant. L'effondrement est l'horizon de notre génération, c'est le début de son avenir. Qu'y aura-t-il après ? Tout cela reste à penser, à imaginer, et à vivre?Pablo Servigne est ingénieur agronome et docteur en biologie. Spécialiste des questions d'effondrement, de transition, d'agroécologie et des mécanismes de l'entraide, il est l'auteur de Nourrir l'Europe en temps de crise (Nature & Progrès, 2014).Raphaël Stevens est éco-conseiller. Expert en résilience des systèmes socioécologiques, il est cofondateur du bureau de consultance Greenloop.Postface d'Yves Cochet, ancien ministre de l'Environnement et président de l'Institut Momentum.

 

 

CRITIQUES, ANALYSES & AVIS (5)AJOUTER UNE CRITIQUE

Mimimelie
Mimimelie30 décembre 2016

★★★★★

★★★★★

 

Inutile de se cacher derrière son petit doigt, nous allons à la catastrophe, droit dans le mur et l'effondrement prochain de nos sociétés est désormais une certitude. Tel est le message des auteurs de cet ouvrage qui le moins que l'on puisse dire fait froid dans le dos.
Les deux premières parties qui constituent en quelque sorte l'état des lieux, est très abondamment documentée d'analyses scientifiques, avec profusion de chiffres, schémas, graphiques… propres à nous convaincre que les auteurs ont fouillé leur sujet dans les moindres détails, mais peuvent aussi laisser perplexe lorsque, n'étant pas familiarisé avec ces sujets on n'a aucun moyen de les contredire. Cela m'a semblé un peu pesant à la lecture, sachant bien que je n'en retiendrai pas le dixième sauf à potasser le sujet pendant des semaines… et puis cette profusion gêne aussi il me semble pour l'incarnation du sujet, mais c'est très intéressant et puis, comment faire autrement ? 
Quoi qu'il en soit, on n'en ressort pas sans pousser un « Oh la vache ! »
Après donc tous ces arguments qui mènent à la conclusion que la croissance physique va inévitablement s'arrêter et que nous sommes dans un système de plus en plus complexe (interconnecté à la mondialisation) où la moindre petite perturbation peut faire basculer tout le système et donc nous confronter à un effondrement systémique global, les auteurs nous invitent en troisième partie à mieux comprendre ce qui arrive, comment en parler, et surtout comment le vivre, ce qu'ils ont défini sous le terme de collapsologie (du latin collapsus, « qui est tombé en un seul bloc »). 
Cet ouvrage n'est certes pas le plus réconfortant à lire pour terminer l'année, mais je me consolerai en songeant que ce peut être pire si c'est en la commençant. Quoi qu'il en soit, il nous montre à quel point nos sociétés sont fragiles et fallacieuse notre croyance en la toute-puissance humaine, et qu'en tout état de cause, nous ne sommes pas toujours en mesure d'imaginer les conséquences de ce tout que nous faisons.
Il faut signaler aussi l'excellente postface d'
Yves Cochet (ancien ministre de l'Environnement, président de l'Institut Momentum) qui considère qu'il s'agit là du plus important des sujets qui soit (« Y a-t-il matière plus importante que celle traitée dans ce livre ? Non. Y a-t-il matière plus négligée que celle-ci ? Non plus. »), et décortique nos comportements face à cette perspective d'effondrement, notamment en analysant avec une grande finesse les conditions qui pourraient déterminer nos attitudes face à un effondrement « Chacun étant placé dans la même situation que les autres, l'effondrement sera réduit non pas en fonction de la volonté de tous, mais de leurs représentations croisées, c'est-à-dire en fonction des anticipations que chacun effectuera sur la capacité effective de ceux qui l'entourent à changer leurs vies. »

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estellebd
estellebd30 septembre 2015

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Voici un livre qui présente une théorie de l'effondrement de notre société en s'appuyant sur des données scientifiques et une réflexion sociologique.
On ne peut pas dire que ce soit une lecture divertissante... Cependant, c'est une lecture intéressante et qui a le grand mérite (si toutefois elle est lue par un gand nombre) d'alerter et d'inquiéter au point que certains pourraient modifier quelques uns de leurs choix ou comportements.
En effet, l'ouvrage fait prendre conscience (assez violemment peut-être) de l'urgence qu'il y a à protéger notre planète, son écosystème. Son intérêt réside, nous semble-t-il dans sa démonstration des conséquences économiques, politiques et sociales de l'effondrement. 
Lien : 
HTTP://IXELCOCCINELLE.EKLABL..

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Juchelle
Juchelle30 décembre 2015

★★★★★

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c'est un livre qui tente d'exposer lucidement les faits, de poser des questions pertinentes, et de rassembler une boite à outils qui permette d'appréhender le sujet autrement que par les films catastrophe hollywoodiens, le calendrier maya ou la "techno-béatitude"

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dupuisjluc
dupuisjluc03 mai 2016

★★★★★

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Collapsologie, un terme qui désigne la capacité d'un système à s'effondrer et le système de notre civilisation industrielle actuelle est justement au bord de se collapser… Voilà la théorie qui est développée dans ce livre, bien écrit, bien documenté et bien étayé. On se rend vite compte que de la théorie à la pratique il n'y a qu'un pas et qu'il est pour bientôt, de notre vivant ou alors juste après…
Si la première partie montrant les mécanismes attestant de l'imminence de la catastrophe est bien faite, je suis resté sur ma faim dans la partie traitant des conséquences et surtout des solutions possibles à cette problématique. Je sors un peu effrayé et désorienté de cette lecture… Et maintenant je continue comment ? Voilà la question qui me reste et je n'ai pas de réponse pour le moment. Ce livre aura au moins eu le mérite de me faire réfléchir au problème quelques instants !

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Altutaravu
Altutaravu31 mai 2016

★★★★★

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Je suis intéressé par cette question et en tant que scientifique, j'apprécie grandement cet ouvrage : une bible, littéralement.

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CITATIONS & EXTRAITS (9) Voir plusAJOUTER UNE CITATION

Mimimelie Mimimelie29 décembre 2016

Plusieurs centaines de milliers de boulons, d’écrous et de rivets de tailles différentes, des dizaines de milliers de pièces métalliques pour les moteurs et la carrosserie, des pièces en caoutchouc, en plastique, en fibre de carbone, des polymères thermodurcissables, des tissus, du verre, des microprocesseurs... Au total, six millions de pièces sont nécessaires pour construire un Boeing 747.
Pour assembler ses avions, Boeing fait appel à près de 6 500 fournisseurs basés dans plus de 100 pays et effectue environ 360 000 transactions commerciales chaque mois. Telle est l’incroyable complexité de notre monde moderne.

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Mimimelie Mimimelie29 décembre 2016

L’histoire du carbone et de son complexe techno industriel est probablement le plus grand verrouillage de l’histoire. « Les “conditions initiales”, l’abondance de charbon ou de pétrole, mais aussi des décisions politiques encourageant une source d’énergie plutôt qu’une autre [ont déterminé] les trajectoires technologiques sur une très longue durée. » Aujourd’hui, si on retire le pétrole, le gaz et le charbon, il ne reste plus grand-chose de notre civilisation thermo-industrielle. Presque tout ce que nous connaissons en dépend : les transports, la nourriture, les vêtements, le chauffage, etc. La puissance économique et politique des majors du pétrole et du gaz est devenue démesurée, à tel point que 90 entreprises mondiales ont été à elles seules responsables de l’émission de 63 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre depuis 1751. 
Pire, les partisans de la transition énergétique (vers
les renouvelables) ont besoin de cette puissance thermique pour construire un système énergétique alternatif. Le paradoxe est alors plutôt cocasse : pour espérer survivre, notre civilisation doit lutter contre les sources de sa puissance et de sa stabilité, c’est-à-dire se tirer une balle dans le pied ! Quand la survie de la civilisation dépend totalement d’un système technique dominant, c’est le verrouillage ultime.

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LSH LSH04 septembre 2015

Certes, la possibilité d'un effondrement ferme des avenirs qui nous sont chers, et c'est violent, mais il en ouvre une infinité d'autres, dont certains étonnamment rieurs. Tout l'enjeu est donc d'apprivoiser ces nouveaux avenirs, et de les rendre vivables.

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Mimimelie Mimimelie27 décembre 2016

Dans l’univers d’un élevage de dindes, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes : l’éleveur vient tous les jours donner des grains et il fait toujours chaud. Les dindes vivent dans un monde de croissance et d’abondance... jusqu’à la veille de Noël ! S’il y avait une dinde statisticienne spécialiste de la gestion des risques, le 23 décembre, elle dirait à ses congénères qu’il n’y a aucun souci à se faire pour l’avenir...

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LSH LSH04 septembre 2015

(...) l'utopie a changé de camp : est aujourd'hui utopiste celui qui croit que tout peut continuer comme avant.

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VIDEOS DE PABLO SERVIGNE (3) Voir plusAJOUTER UNE VIDÉO

Vidéo de Pablo Servigne

Est-il trop tard pour sauver le climat (et notre civilisation avec) ? Conférencier : Pablo Servigne, chercheur et co-auteur de "Comment tout peut s'effondrer. Petit manuel de collapsologie à l'usage des générations présentes" Discutant : Yves Cochet, ancien député européen EELV

Enfance et écrans.

Par Le 01/08/2017

L'immense nocivité des écrans sur le développement des jeunes enfants

  • Par lefigaro.fr
  • Mis à jour 
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  • Publié 
L'immense nocivité des écrans sur le développement des jeunes enfants

 

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FIGAROVOX/TRIBUNE - Les parents et enseignants sont confrontés à un nouveau défi de santé publique : l'utilisation massive et déréglée des écrans de toute sorte, qui représente un grave danger pour les jeunes enfants.


Nathalie Vicarini, fondatrice-présidente de «Ensemble pour l'Éducation de la Petite Enfance», association d'Intérêt Général.

Caroline Fel, maire-adjointe à Angers en charge de l'enfance et de la famille.

Anne-Lise Ducanda, médecin de PMI dans l'Essonne, membre du collectif AS2E (Alerte Surexposition Enfants Ecrans).

Madeline da Silva, maire-adjointe aux Lilas en charge de la petite enfance.


L'éducation est la clé de la réussite individuelle, mais aussi de celle d'un pays tout entier.

La démocratie, et particulièrement le modèle français, repose sur un principe, celui d'une éducation qui permette à chacun, quelle que soit sa place dans la société, de ne dépendre de personne pour former son jugement et, partant, d'être un citoyen libre.

Tout ce qui vient remettre en cause l'éducation remet donc en cause les fondements même de notre modèle démocratique.

La France, où les enfants de moins de 6 ans représentent 7% de la population, soit près de 5 millions d'enfants, est confrontée aujourd'hui à un défi majeur en termes d'éducation, donc de citoyenneté. La capacité des responsables politiques à s'en saisir de manière urgente et à y répondre de manière efficace sera déterminante pour les décennies à venir.

Ce défi, c'est notre capacité collective à réguler l'utilisation des écrans par les très jeunes enfants, notamment les moins de 3 ans, en nous appuyant sur les parents pour y parvenir.

En effet, depuis plusieurs années maintenant, les indicateurs passent au rouge les uns après les autres: augmentation du nombre d'enfants présentant, très jeunes, des troubles du comportement et/ou de la communication, augmentation très forte du nombre d'enfants présentant, corrélativement, des difficultés de concentration et d'apprentissage.

Le phénomène est aussi visible dans les crèches que dans les écoles et lors des activités périscolaires. Le nombre de demandes pour inscrire les enfants en difficultés dans les dispositifs de soutien associant les familles, type PRE (Programme de Réussite Éducative), n'augmente pas: il explose.

Une génération d'enfants tout entière est en train d'être sacrifiée, laminée par une utilisation massive et anarchique des écrans de toutes sortes, et une génération de parents est désemparée devant ce phénomène, encore trop peu décrit et pour lequel les réponses, pourtant simples, manquent.

En effet, si les écrans ont des effets nocifs importants sur le développement cérébral, leurs effets, pour les enfants n'ayant aucun problème particulier d'apprentissage par ailleurs, disparaissent dans des délais assez courts, de l'ordre de quelques semaines, dès lors que les écrans sont supprimés et que l'enfant peut reprendre le cours normal de son développement, en jouant, en parlant avec les autres enfants et avec les adultes et en découvrant le monde qui l'entoure.

Si la simplicité de la réponse paraît déconcertante, c'est pourtant le plus grand défi de notre pays, comme de tous les pays développés, pour les 10 ans qui viennent.

Un défi en termes de santé publique, car les coûts associés au développement de ces troubles du comportement, qui peuvent ressembler à l'autisme, sont considérables (AVS à l'école, allocation enfant handicapé, services dédiés...)

Un défi de société, car les enfants qui n'auront pas pu terminer leur développement cérébral, empêchés par les écrans, verront leur capacité à recevoir une éducation, et donc à devenir pleinement citoyens, remise en cause.

Des observations sur le terrain prouvent qu'à 4 ans déjà, un enfant issu d'une famille d'un milieu moins favorisé a entendu 30 millions de mots de moins qu'un enfant issu d'une famille d'un milieu favorisé, ce qui entraîne des écarts importants puisqu'environ 500 mots parlés séparent déjà ces enfants à l'âge de 3 ans. Savoir exprimer ses émotions, ses besoins, c'est, dès le plus jeune âge s'inscrire dans la société comme futur citoyen, dans l'échange avec l'autre, prémisses à l'inclusion et à la réussite éducative et scolaire. Cet écart est encore renforcé par la présence des écrans dans la famille.

Un défi de civilisation, enfin, car si la révolution numérique, qui est largement entrée dans nos sociétés modernes, est un progrès pour les adultes que nous sommes, si elle simplifie et booste l'activité économique, elle représente un danger pour nos enfants si nous ne l'accompagnons pas de mesures très fortes.

La responsabilité politique est immense dans ce domaine.

C'est pourquoi il est indispensable que soient mis en œuvre, dès maintenant:

- Tout d'abord des études précises sur le taux de prévalence de ces troubles et leur augmentation exacte ces 10 dernières années, en s'appuyant sur l'expertise des médecins, des orthophonistes et des psychologues, notamment de PMI et réseau de médecins de ville, pour objectiver scientifiquement des constats partagés.

- Ensuite, la tenue, dès la rentrée, d'États Généraux des Familles, afin de mettre autour de la table l'ensemble des acteurs concernés, aujourd'hui éparpillés dans 4 ministères différents, et les parents, afin de déterminer les axes d'une politique familiale innovante, qui prenne en compte à la fois la réalité de la vie quotidienne des familles et ses évolutions, et les enjeux nouveaux, liés aux nouvelles technologies, évoqués dans ce texte.

- Enfin, un service public de soutien aux parents, en complément de l'école, qui permettra à l'Éducation Nationale de retrouver son rôle premier, celui de transmettre des savoirs, sans être saturée comme c'est aujourd'hui le cas, par les problèmes éducatifs et de comportement. Pour cela, il faudra s'autoriser des expérimentations, notamment en accompagnant les parents au quotidien dans le rapport aux écrans et en encadrant précisément leur usage dans les lieux dédiés à l'accueil des jeunes enfants et à l'éducation.

En conclusion, rappelons-nous simplement ces mots d'Abraham Lincoln: «Vous trouvez que l'éducation coûte cher? Essayez l'ignorance.», et réfléchissons bien à nos priorités.

Épuisement des ressources naturelles

Par Le 01/08/2017

L’ÉPUISEMENT DES RESSOURCES NATURELLES

 

Le grand calendrier de l’épuisement des ressources naturelles, avec un zoom matière par matière. D’ici la fin du XXIe siècle, on peut attendre la fin du pétrole, platine, gaz, hafnium, or, sable…

Rédigé par Jean-Marie, le 12 Jan 2011, à 16 h 16 min

L'épuisement des ressources naturelles

 

Avec l’explosion démographique et l’émergence de nouveaux géants économiques, l’impact de l’humanité sur l’environnement augmente régulièrement. À tel point qu’on entrevoit l’épuisement de certaines ressources naturelles, renouvelables et non renouvelables.

Lesquelles ? Quand ? Petite visite des ressources de notre bonne vieille planète. Une série d’articles qui va nous mener jusqu’en 2350… bon voyage !

Des ressources naturelles en voie de disparition annoncée

Quelles ressources sont menacées par la pression humaine ?

7 milliards d’habitants consomment la planète

temps-horloges-montres-fin-des-ressources-00-banLa démographie est implacable : plus nous sommes, plus la pression que nous mettons sur nos ressources naturelles augmente.

 

Croissance de la population mondiale (naissances - décès)

Chaque jour, on compte 227.000 nouvelles personnes de plus dans le monde, soit 2,6 personnes par seconde (compteur)... autrement dit, la population mondiale s’accroît chaque année de près de 83 millions d’habitants grâce à un nombre de naissances supérieures à celui des décès.

Depuis le 1er janvier

48 208 596

Depuis que vous êtes connecté

67

Cette statistique, et bien d’autres, vous est offerte par le Planetoscope


On prévoit 9 milliards d’habitants d’ici 2050 et déjà, en 2008, le rapport Planète vivante WWF indiquait que l’empreinte écologique de l’humanité sur la planète a plus que doublé au cours des 45 dernières années en raison de la croissance démographique et de la hausse de la consommation individuelle.

 

Une démographie dynamique

Si l’on prend pour référence l’année 1963, la production industrielle mondiale affiche une croissance clairement exponentielle, malgré certaines fluctuations dues aux chocs pétroliers et à des crises financières.

démographie galopante

Le taux de croissance au cours des 25 dernières années a été en moyenne de 2,9 % par an (il a doublé en 25 ans). Le taux de croissance par habitant a, en revanche, été plus lent à cause de l’accroissement démographique : seulement 1,3 % par an (il a doublé en 55 ans)(4).

L’empreinte écologique de l’humanité explose

La planète n’arrive tout simplement plus à suivre …. et à satisfaire la croissance de nos besoins matériels.

empreinte-ecologique-1961-2050

Lire la suite : L’épuisement des ressources du sol

Épuisement des ressources naturelles : les sols

L’extension des zones d’habitation, l’artificialisation rapide des sols et des surfaces agricoles due à l’urbanisation menace tout d’abord la biodiversité, c’est-à-dire les ressources végétales (déforestation) et les espèces animales (disparition d’espèces).

35 millions de km2, soit le 1/4 des terres émergées sont soumis à un phénomène de dégradation. Lors de la dernière mesure, en 1991, ce taux n’était que de 15 %.

desert-sol-sec-epuisement-ressourcesDésertification

On estime qu’un tiers environ de la superficie des terres émergées du globe, soit environ 4 milliards d’hectares sont menacés de désertification dont 600 millions d’hectares sont en voie de désertification dans le monde.

  • Près de 5 milliards d’hectares de terres sont fortement dégradés, ce qui correspond à 70 % des zones sèches de la Terre, d’après l’Unesco…
  • Au total, c’est l’équivalent de la surface agricole des États-Unis qui aurait été perdu(2), en 20 ans environ.

Près de 27 000 km2 perdus chaque année… du fait d’une mauvaise gestion des sols.

24 milliards de tonnes de sols fertiles disparaissent chaque année.

41 % des terres de la planète sont constitués de zones arides ou semi-arides

desert-epuisement-sols-ressourcesL’épuisement des végétaux

Croissance démographique aidant, l’humanité n’a jamais autant mis à contribution la nature : quand 1 tonne de végétaux pousse, l’homme en utilise 250 kg.

Un niveau record. Le pire taux de « prélèvement végétal » se passe en Inde (96,6 %), en Chine (89,7 %) et Europe occidentale (86,1 %)

disponibilité des produits alimentaires

empreinte-ecologique-biocapaciteLa production alimentaire face à la démographie

On semble atteindre un pic de production alimentaire dans le monde. Selon la FAO, pour pouvoir accroître la production agricole mondiale de 70 %, pour nourrir tout le monde d’ici 2050, il faudra augmenter les surfaces de terres arables de plus de 100 millions d’hectares.

démographie et ressources naturelles« La population mondiale augmente de façon exponentielle depuis le début de la révolution industrielle.

Notez la forme de la courbe et le changement qui s’accentue avec le temps : ils sont caractéristiques d’une croissance exponentielle. Cet accroissement démographique est cependant en train de ralentir ; la courbe devient donc moins verticale, mais c’est à peine visible. En 2001, le taux d’accroissement démographique mondial était de 1,3 % par an, ce qui signifie que la population double en 55 ans »(3).

L’abattage des animaux pour fournir de la viande représente plus de 1090 animaux par seconde soit 60 milliards d’animaux tués chaque année représentant 280 millions de tonnes (vs. 44 millons en 1950) selon la FAO.

Lire la suite : L’eau future ressource rare ?

L’eau, future ressource rare ?

Depuis le début du XXe siècle, la consommation d’eau douce a été multipliée par sept sur la planète.

  • Au cours des trente dernières années, les quantités d’eau disponibles sont passées d’une moyenne de 12 900 m3 à 6800 m3 par habitant et par an.
  • La consommation d’eau sur la planète atteint 4 milliards de m3, ce qui supérieur aux capacités de renouvellement des réserves. Au rythme de croissance actuel, cette consommation atteindrait 4,7 milliards de m3 par an d’ici 2020.
  • L’eau non potable est la première cause de mortalité dans le monde, et tue 10 fois plus que les guerres.

L’eau, renouvelable mais vulnérable

eau-epuisement-ressources

  • L’agriculture est avide d’eau, prélevant à elle seule environ 70 % de l’eau douce de la planète. De leur côté, les industriels consomment 20 % de l’eau douce de la planète et nous, les particuliers, 10 %.

Au global, les réserves d’eau par habitant et par an sont de 6.600 m3 en 2010, et les prévisions indiquent qu’en 2025 elles seront de 4.800 m3.

  • Inquiétant car elles étaient de 15.000 m3/an/hab en 1995. Le risque de pénurie existe quand ces réserves atteignent 1.700 m3/an/hab.

La croissance de la population mondiale augmente les besoins en eau de 64 milliards de mètres cubes chaque année, soit plus de 2 millions de litres chaque seconde… en plus !

Entre 1991 et 2000, les sécheresses ont entraîné la mort de plus de 280.000 personnes ; elles représentent 11 % de l’ensemble des catastrophes naturelles liées à l’eau. 

Lire la suite : La fin des ressources minières ?

Il n’y a pas que les sols ou l’eau qui se raréfient sous la pression démographique de l’humanité. Les ressources minières sont elles aussi en ligne de mire car elles n’ont jamais été autant consommées.

Merci à la mondialisation et à l’enrichissement des pays anciennement « en voie de développement ».

La fin des ressources minières, c’est maintenant

Contrairement à la flore, à l’eau, aux sols, à l’air, qui sont des ressources naturelles renouvelables, certaines ressources, une fois épuisées, le restent à jamais. C’est le cas des minéraux.

Les ressources non renouvelables

Ce sont principalement des matières premières minérales et les combustibles fossiles (pétrole, charbon), qui se trouvent dans des gisements issus de l’histoire géologique de la Terre et correspondant à un stock exploitable et épuisable.

fin-ressources-minièresLes ressources renouvelables se détériorent

Ces ressources se consomment sans s’épuiser car elles peuvent se régénérer en permanence. il s’agit notamment de l’air, de l’eau, des sols (terres cultivables) ou encore des ressources biologiques (flore, faune – forêts, pâturages, pêcheries maritimes, biodiversité animale et végétale). Pour autant, on peut les polluer et les endommager gravement, les rendre inutilisables.

L’explosion de la production et de la consommation de ressources

L'explosion de la production et de la consommation de ressourcesSource : Les limites à la croissance(dans un monde fini)s ur le rapport Meadows

La fin des métaux, c’est déjà commencé

Puisqu’on connait le stock de ressources naturelles à notre disposition ainsi que leur vitesse d’exploitation, on peut facilement en déduire la date d’épuisement théorique.

L’économie moderne et l’économie verte dépendent des métaux rares

À la base de notre économie moderne, des industries informatique, automobile, électronique, pétrochimique, etc, il y a les gisements métalliques et énergétiques

  • Il faut savoir qu’ils auront pour l’essentiel été consommés d’ici 2025, date de la fin de l’or, de l’indium et du zinc !

D’ici 2158, date de la fin du charbon, bien des matières premières auront disparues. Or d’elles dépendent la fabrication de nombre de produits écologiques comme les panneaux solaires entre autre.

Comment estimer les ressources disponibles

On considère 3 niveaux de ressources, 3 niveaux de réserves, “les 3P” :

  • Réserves prouvées (avérées) ;
  • Réserves probables (certitude de l’existence de la réserve mais incertitude quant à son étendue) ;
  • Réserves possibles (incertitude quant à l’existence de la ressource et pas encore de moyen technique pour vérifier l’hypothèse).

L’épuisement des ressources minières ne signifie pas pour autant la disparition des minerais, qu’on trouverait en quantités diffuses sur la planète, mais que leur exploitation à l’échelle industrielle n’est plus possible. Les estimations varient d’ailleurs au fil du temps en fonction des découvertes et des réévaluations des réserves, comme le montre l’exemple du zinc (voir ci-dessous) ou du pétrole.

  • Un métal est déjà épuisé depuis 1980 !
    Savez-vous lequel ?  Non ?

Lire la suite : Le calendrier de disparition des minerais entre 2012 et 2087

Parmi les ressources naturelles les plus menacées d’épuisement, il y a les ressources minérales. L’exploitation minière connaît un âge d’or dans le monde entier grâce à la forte croissance économiques des nouveaux géants que sont le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud et bien sûr la Chine.

fin des ressources naturelles épuisement terre argent métaux rares

Le calendrier de disparition des minerais

Un minéral a déjà disparu : il s’agit de la cryolithe, qu’aujourd’hui on doit élaborer artificiellement faute de gisement encore exploitable. Faisons un tour d’horizon des fins d’exploitation annoncées :

1980 : la fin de la cryolithe

La cryolithe est composée de fluorure double de sodium et d’aluminium, de formule NaAlF également noté 3NaF, AlF. La cryolithe est principalement utilisée pour la production d’aluminium et dans l’industrie des céramiques. La cryolithe a été découverte sur la cote ouest du Groenland. C’est un minéral rare arrivé au bout de ses réserves ; aussi, pour faire face aux besoins de l’industrie, la cryolithe est désormais produite artificiellement. La dernière mine de cryolithe en activité, située au Groenland, a fermé dans les années 80.

Le terbium en danger critique de disparition

Le terbium est un élément chimique, de symbole Tb et de numéro atomique 65. Activateur des phosphores verts pour tubes cathodiques sous forme d’oxyde Tb2O3, le terbium est utilisé dans les lampes à basse consommation dont les ventes vont exploser puisqu’elles deviennent obligatoires dans différents pays. Il n’y aurait pas d’ampoules à basse consommation sans terbium car le terbium permet de réduire de 80 % la consommation d’électricité. Une terre rare qui valait déjà la bagatelle de 40 dollars le gramme en 2015. Une publication du Centre national de la recherche scientifique français avait même prévu son épuisement pour 2012.

2018 : la fin du hafnium

Les gisements  de hafnium exploitables à un coût acceptable, seront épuisés en 2018. Le hafnium est utilisé pour les processeurs, comme isolant remplaçant le dioxyde de silicium SiO2. Le hafnium qui absorbe les neutrons 600 fois mieux que le zirconium est utilisé dans les centrales nucléaires et les sous-marins nucléaires.

Le hafnium a une résistance exceptionnelle à la corrosion, il possède également un grand pouvoir d’absorption des neutrons rapides. Le hafnium sert à contrôler la recristallisation des filaments de tungstène mais son application principale est comme barre de contrôle de réactivité dans les réacteurs nucléaires du fait de sa capacité à absorber les neutrons. En 2008, Intel affirme avoir réduit de 40 % la consommation électrique de ses puces en un an grâce à l’hafnium

A lire aussi : 

Bushcraft et preppers.

Par Le 31/07/2017

« La majorité de nos lecteurs sont des personnes qui s'interrogent sur l'avenir et qui n'ont pas spécialement confiance dans les solutions que nous propose le système actuel. Le lecteur de Survival n'est pas un excité paranoïaque, mais quelqu'un de prévoyant qui a peur que l'État ne puisse pas le protéger en toutes circonstances », décrit Berrafato.

 

SURVIVALISME

Photo : Franck Morin

Dans le cerveau des survivalistes français

Jul 19 2017, 9:41am

Avec les preppers qui prônent l’autonomie et le retour à la nature – et ceux qui en ont carrément fait un business.

« On n'a rien à voir avec les survivalistes américains qui se font construire des bunkers », clarifie un utilisateur anonyme qui se revendique preppers sur le forum France Survivalistes. Un autre décrit sa grand-mère comme un modèle à suivre. « Elle n'achetait rien de tout préparé, elle a tué et cuisiné des poules, des lapins et des cochons toute sa vie […] Maintenant, on achète du poulet pourri plastifié et les enfants n'imaginent même pas qu'un piaf puisse se manger ». Comme leur nom le suggère, les preppers se préparent aux crises du quotidien. Ils ne craignent pas une guerre apocalyptique ou l'arrivée imminente de zombies en quête de chair fraîche, et vous ne trouverez pas d'AK-47 accrochés au mur ou de masques à gaz chez eux. 

Cette communauté bien connue se regroupe sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook pour échanger des astuces ou se rencontrer. Les preppers se retrouvent sur des forums de survivalistes français regroupant des milliers de membres ou sur des groupes réservés à leur branche. De la 
Lorraine à la Guyaneen passant par l'Essonne, de nombreux survivalistes français se réunissent selon leur lieu d'habitation. Si cette mouvance est née dans les années 1990 au Canada, elle s'est très rapidement exportée en France. À rebours de leurs homologues américains, les preppers français prônent le plus souvent l'autosuffisance et la vie en parfaite harmonie avec la nature. 

Dans cette branche du survivalisme, les gens cherchent simplement à vivre et s'adapter à chaque situation qui perturbe son quotidien. Ils espèrent être prêts en se reprochant de la nature et des méthodes de nos aïeux. Bertrand Vidal, sociologue de l'imaginaire, s'est spécialisé dans le survivalisme. « Il y a une forme de nostalgie fondée sur l'idée que c'était mieux avant », nous a-t-il expliqué. Les preppers français s'inspirent de différentes solutions – comme la décroissance ou la permaculture – pour faire face à une société consumériste qui ne pourrait rien pour eux en cas de crise. 

Julien lors d'un entraînement en forêt. Photo publiée avec son aimable autorisation

À Orléans, Julien, 43 ans, en a fait son mode de vie. Sa queue-de-cheval et son bouc lui donnent des faux airs de hippie. Animateur nature depuis 20 ans, son métier colle parfaitement à son image décontractée. Il fait découvrir les milieux naturels aux enfants, et souhaite même monter une petite entreprise « pour apprendre aux personnes à mieux se préparer en cas de crise. Ils apprennent à se débrouiller sans électricité, à vivre dans la forêt avec le minimum d'outils ». Depuis une dizaine d'années, Julien se considère comme un prepper. C'est au Québec qu'il a découvert cette philosophie. D'abord en passant par le survivalisme avec des stages de survie, il a ensuite bifurqué vers le Bushcraft – à savoir le réapprentissage d'une vie avec la nature. Julien préfère passer le plus de temps possible dans la nature, généralement en forêt, pour se familiariser avec ce genre d'environnement. « L'Homme moderne s'est séparé de la nature et est devenu tellement anthropocentrique qu'il a voulu modifier son environnement. Je cherche à redevenir autonome, ce qui m'empêche d'avoir peur même s'il y a une instabilité grandissante dans le monde » assure-t-il.

Pour se préparer à une éventuelle crise économique, Julien revoit sa manière de consommer. « J'ai quinze poules, deux canards, un potager et une réserve d'eau de pluie de 5 000 litres ». À terme, son rêve est d'avoir une maison parfaitement autonome, sans le moindre objet électronique. « Je ne veux pas être esclave de notre système et des technologies, et me retrouver désespéré si je perds mon portable », insiste-t-il. Il apprend à se passer de Google Maps, et autres applications qui visent à simplifier notre quotidien. Régulièrement, il passe des journées et des nuits en forêt pour mettre en pratique son apprentissage. Il chasse, allume son feu et se crée un abri pour dormir à l'aide de branches en bois ou de bâches en plastique. 

Comme Julien, Nicolas aimerait que son fils suive sa voie dans le milieu du survivalisme. Âgé de 31 ans, ce chef d'entreprise très méfiant oscille entre la capitale et ses entrepôts dans le sud de la France. Il ne croit pas en la fin du monde – ou du moins « si ça arrive, on ne pourra pas l'éviter », selon ses termes. Nicolas aime se parer à toutes les difficultés du quotidien. « Chez les preppers, il faut savoir anticiper le lendemain. Lorsque j'ai vécu un divorce, ça m'a aidé à remonter la pente ».

Prepper depuis dix ans, l'élément déclencheur a été la naissance de son fils. « Je ne veux pas dépendre de qui que ce soit pour nourrir mon enfant. » Il est devenu autonome en nourriture pour huit mois. Dans sa cave s'entassent des bocaux de toutes sortes : pâtes, riz, haricots, pois chiches et autres aliments à longue conservation. Grâce à son métier, il a accès aux ventes de produits en gros et à l'alimentation sous vide. Nicolas possède également une réserve d'eau pour un mois et un appareil pour filtrer les liquides, y compris l'urine. Très lucide, il tient à redorer l'image des survivalistes. « On est tous différents mais on se retrouve sur un point : le côté un peu angoissé ». Au quotidien, il s'entretient mentalement mais aussi physiquement. Depuis plusieurs années, Nicolas pratique le Krav Maga, un art martial d'autodéfense israélien. L'homme d'affaires craint le lendemain et veut s'y préparer. La crue centennale à Paris l'interpelle, et il sait déjà où il ira lorsqu'elle arrivera : dans une maison secrète, quelque part en province.

Un prepper lors d'une séance d'entraînement. Photo : Franck Morin


Certains ont flairé le business autour de ce mode de vie. Le groupe Facebook Survivalisme en France compte par exemple près de 9 000 membres. Des potentiels lecteurs pour Laurent Berrafato, rédacteur en chef du magazineSurvival ou « le guide de survie en milieu hostile ». Dans ses unes, on retrouve des titres plus ou moins inquiétants : « Maîtriser la nature » avec sa liste indispensable d'accessoires pour vivre dans la nature, « Protéger sa famille » et les attitudes à adopter face aux dangers nucléaire ou terroriste, ou encore «Êtes-vous prêts ? » qui comprend un guide pour commencer son stockage alimentaire. Au fil des pages, le lecteur apprend à trouver une source d'eau, à s'équiper ou à faire BAD (Base Autonome Durable). Face à une forte demande, ce trimestriel né en février 2016 s'est vite transformé en bimestriel. 

Aujourd'hui, le magazine est tiré à plus de 30 000 exemplaires, à 7,50 euros l'unité. « La majorité de nos lecteurs sont des personnes qui s'interrogent sur l'avenir et qui n'ont pas spécialement confiance dans les solutions que nous propose le système actuel. Le lecteur de Survival n'est pas un excité paranoïaque, mais quelqu'un de prévoyant qui a peur que l'État ne puisse pas le protéger en toutes circonstances », décrit Berrafato. À son grand étonnement, il reçoit beaucoup de courrier en provenance de ses lectrices. « Dans mes abonnés, j'ai 30 % de femmes », fait-il remarquer.


Du haut de ses 30 ans, Alexandra, assistante maternelle, se revendique prepper. Cette jeune mère s'exprime avec assurance. Avant même de connaître le survivalisme, elle faisait preuve d'une grande prévoyance : « Je faisais attention à mon argent, je me donnais des objectifs quotidiens. C'est mon conjoint qui m'a donné les termes. » C'est dans la ville du Mans, dans la Sarthe, qu'elle élève ses deux filles de cinq ans et six mois. « La grande a toujours un sifflet et de secours sur elle, elle a une cachette dans la maison en cas de danger, et je commence à lui apprendre à amener des objets de première nécessité. »

Dans son cagibi se trouve sa réserve de conserves, de compotes pour ses enfants et d'eau pour deux mois. Ce n'est pas suffisant pour Alexandra, qui aimerait investir dans une BAD. Terme très utilisé chez les survivalistes, le but est d'avoir un logement de sécurité avec des vivres où se réfugier en cas de crise. « On aimerait un chalet pour pouvoir planter des légumes et avoir une réserve d'eau et un groupe électrogène » affirme-t-elle en caressant sa chevelure blonde. 

Loin de l'image des prédicateurs d'Apocalypse, les preppers représentent un survivaliste à la française soucieux de son avenir et à la recherche d'une autonomie perdue. Bertrand Vidal, sociologue de l'imaginaire et spécialiste du survivalisme, explique difficilement cet enthousiasme pour le mouvement dans l'hexagone. À l'ère des applications qui nous assistent au quotidien et de l'alimentation surgelée, les Français souhaitent peut-être renouer avec l'héritage rural qui a longtemps fait la fierté du pays.

TOUS, SAUF ELLE : Ecriture à tiroirs.

Par Le 31/07/2017

Dans le roman en cours, TOUS, SAUF ELLE ( la suite de l'histoire : "Les héros sont tous morts") il va y avoir une flopée de personnages et c'est vraiment un critère inconnu pour moi...

"Vertiges" : trois personnages 

"Là-Haut" une dizaine... 

"Noirceurs des cimes" une dizaine...

"Jusqu'au bout" une dizaine...

"A cœur ouvert", une dizaine. 

"Kundalini", une dizaine...

"Jarwal le lutin", une dizaine pour chaque tome


 

"Les héros sont tous morts" compte déjà plus de monde...Mais certains ne font qu'un bref passage :) 
 

Par contre, dans "Tous, sauf elle", après 22 pages d'écriture, je compte déjà 16 personnages !

J'en suis réduit à tenir un cahier et à prendre des notes...

 

Ce qui est complexe, c'est de construire un scénario à tiroirs dans un meuble immense... On peut penser que les tiroirs ne communiquent pas entre eux et que les éléments insérés n'ont aucun lien, aucun contact entre eux, d'un tiroir à un autre... Mais ce qui m'intéresse, c'est justement de créer une "brèche", un étroit passage par lequel, quelques éléments se retrouvent, parfois, dans une situation commune, de montrer qu'un événement apparemment particulier peut avoir de grandes incidences sur l'ensemble. C'est la théorie de "l'aile de papillon" et les battements effrénés de l'animal restent toujours susceptibles de déclencher une tornade, n'importe où...

Je m'intéresse aussi aux motivations de chacun. La vérité de l'un est le cauchemar de l'autre. Les incompréhensions s'élèvent lorsque l'intérêt de chacun est atteint. La notion de "bien et mal" est dès lors très fluctuante et particulièrement sujective. Tellement subjective que certains fomentent ce qui dépasse l'entendement sans aucun problème moral. Dès lors, quelle est la validité et la justesse de cette "morale"? Est-elle donc inévitablement contaminée par les intérêts ? Toute forme d'éducation, intellectuelle, religieuse, culturelle, porte en son sein une intention et la morale en est l'étendard. Les esprits sont fascinés par l'étendard ou le rejettent. C'est un paravent destiné à limiter les analyses...

Il suffit pour en avoir une idée de lire l'actualité avec un regard en biais, non pas frontalement au risque de rester figé sur l'annonce mais de chercher au-delà de l'événement ce qu'il contient d'intérêts, d'intentions, de programmations, d'objectifs...

Et là, il faut s'engager dans un recoupement très vaste, le plus vaste possible, tous les articles, tous les développements, tous les points de vue, toutes les analyses, sans jamais omettre l'origine de la source. 

Cette fois, j'ai décidé de ne pas limiter la taille du meuble, ni le nombre de tiroirs, ni le nombre d'éléments qui s'y trouvent...

Tout sera lié...

 

 

 

KUNDALINI (22)

Par Le 28/07/2017

Dans le film "21 nuits avec Pattie", le personnage de Karin Viard est une femme qui raconte ses expériences sexuelles avec une joie communicative :) Elle jouit, s'extasie, bénit le sexe et la fougue des hommes tout comme leurs fragilités. Il n'y a aucune scène de sexe mais tout est raconté avec une telle euphorie que les images nous sautent aux yeux et c'est une mise en scène totalement visuelle à travers la littérature, les mots et le jeu de l'actrice.

C'est remarquablement bien fait.

Ces échanges entre Karin Viard, amante libertine et insatiable et Isabelle Carré, mariée, mère au foyer et sans désir, conduisent peu à peu cette  femme, emplie de peurs et de retenue à se libérer de ses blocages. La nature, belle, sauvage, mystérieuse, induit des états de lâcher-prise, de confiance, d'exploration intérieure.

C'est là que je me suis retrouvé dans l'écriture de "KUNDALINI".

La nature génère la plénitude et cette plénitude est une invitation à l'exploration de l'espace intérieur. 

Je ne pense pas que la vie urbaine soit favorable à ce cheminement parce qu'il n'existe pas de silence dans l'espace urbain, ni le silence extérieur, ni celui nécessaire à l'émergence du travail spirituel. 

Le retour à la nature est un retour à soi et ce retour à soi est une invitation à la sensualité, à la sexualité, à la corporéité. Il existe dans la nature un "dénuement" social qui devient une invitation à la nudité, une nudité entière, non seulement physique mais émotionnelle, existentielle, spirituelle. 

Se baigner nu dans un lac de montagne totalement isolé après des heures de montée n'a rien d'une baignade à l'océan après quelques minutes de marche et entouré de milliers d'individus agités et bruyants...Pour être réellement "nu", il faut être seul sinon la présence des autres vous "habille" du lien social et vous détourne de l'exploration intérieure.

Je ne suis jamais seul puisque je vais Là-Haut avec Nathalie mais comme nous sommes engagés dans une voie personnelle, au coeur du couple, l'autre n'est pas une entrave mais un accompagnamement bienveillant. Et notre solitude partagée en devient lumineuse.

C'est vraiment cette dimension de "nudité entière" que j'ai cherché à décrire dans "KUNDALINI" et c'est ce rapport révélateur avec la nature qui en est le fil conducteur. 

Dans ce "dénuement extatique", l'individu découvre la liberté et c'est ce que raconte Karin Viard, avec ses mots, ses images, sa gouaille. Il n'y a plus rien de "cru" ou vulgaire, rien de pornographique mais simplement une totale liberté de paroles similaire à la liberté corporelle. Similaire également à cette sensation de bien-être générée par la nature. Il ne s'agit plus d'une nature "environnante" mais d'une nature intériorisée. 

Isabelle Carré quand elle s'allonge sur le tapis de mousse et s'endort retrouve ce contact intime avec le soi intérieur. Comme une matrice. 

La nature est un calice et s'y baigner est une bénédiction, un baptème sensuel, intégral, un produit révélateur dans une chambre close mais fabuleusement lumineuse. 

 

Kundalini

KUNDALINI

 

XVII

Une longue mélopée répétitive, un synthétiseur comme une houle, des carillons discrets, un violon, un leitmotiv au piano, des pas cristallins.

Elle le regarda évoluer. Des arabesques lentes. Il se déplaçait comme un félin, un Maître en arts amoureux, les yeux noirs scintillants de joie. Elle aimait son visage. Elle aimait son corps tout entier.

Et elle redécouvrait, là, dans une contemplation immobile, le bonheur de se sentir belle devant cet homme qui l’avait aimé si divinement.

Cette énergie qui palpitait dans son corps.

Incompréhensible.

Elle aurait déjà dû dormir, effondrée, vidée, abattue par les assauts orgasmiques et elle devinait pourtant en elle des forces inconnues, des éclosions permanentes.

Elle le contemplait. Des risées de clarté lunaire habillaient sa peau mate, des reflets qui dansaient avec lui.

Il avait fermé les yeux et ondulait dans une série de mouvements répétés, imperceptibles ou plus appuyés, des gestes gracieux, un équilibre mouvant. En accord avec la musique, totalement intégré en elle, absorbé.

La fluidité de ses gestes la fascinait. Elle eut peur un instant de lui paraître ridicule, de ne pas savoir bouger comme lui.

Peur d’elle-même.

Elle repensa aux étreintes qu’elle venait de vivre. Elle n’aurait jamais su les concevoir, ni même les imaginer, ni même penser qu’elles étaient possibles. Et puisqu’elle avait basculé dans cette dimension inconnue qui l’irradiait de bonheur, il aurait été absurde de présager de la suite.

Elle abandonna les peurs dans un rire intérieur et entra dans le cercle.

Premiers pas, incertains, le corps trop rigide.

Elle n’avait pas dansé depuis des années. Laurent n’aimait pas ça. Elle se fustigea intérieurement. Elle ne comprenait pas comment elle avait pu rester inerte et dépendante aussi longtemps. Combien de choses s’étaient-elles interdites ainsi ? Elle refusa le comptage et se concentra sur le rythme.

« Ne pas avoir peur des vagues. »

La voix de Sat en elle, comme un écho éternel.

Déplacements feutrés, hésitants, quelques instants d’incertitude, des regards vers son initiateur. Une gêne malgré ses yeux fermés, comme si sa présence suffisait à crisper son corps et elle sentait bien que c’était ridicule. Il avait vu d’elle ce qui ne se montre qu’aux gens qui vous aiment…C’était la femme ancienne qui se contractait, une femme bridée. Pas celle qui venait de jouir, pas celle qui avait goûté à ce plaisir ineffable de se découvrir. Elle savait ce qu’elle devait accomplir.

Se libérer des émotions anciennes.

Elle le savait. Entrer dans l’instant de l’équilibre des pierres. Le mental éteint, l’intuition aux manettes.

Laisser partir, ne rien attendre, ne rien vouloir, laisser partir.

Être là. Jusqu’à ne plus se regarder vivre soi-même mais devenir la vie en soi.

Danser, tourner, absorber la musique, elle aimait ces longues plages sonores, les battements lointains comme des cœurs apaisés.

Elle ouvrit la bouche quand son cœur accéléra. Danser, tourner, bouger, dans une totale absence aux autres, dans une totale présence à soi. Elle ferma les yeux.

Danser, danser…

Oublier les émotions figées, délaisser les entraves, se dénuder. Elle n’aurait jamais imaginé que la nudité puisse prendre une telle dimension. Elle se trouva ridicule d’avoir limité cette expérience à un scénario répété, limité, cartographié. Elle voulait désormais marcher nue dans les forêts, elle voulait jouir dans les tapis d’herbes, danser sous les étoiles, ouvrir son cœur, user de son corps, étendre son âme.

Elle voulait vivre, maintenant.

L’impression d’une âme ouvrant son cœur dans une gestuelle aimante.

Cœur, corps et âme. L’unité retrouvée, les trois Maîtres dans une danse commune.

L’impression d’une trinité divine, une présence.

Une présence déjà aperçue, effleurée, une vision éphémère.

Elle était là, tapie dans un recoin, un amour céleste, une énergie qui s’observe.

Laisser l’amour danser en elle.

Elle tourna sur elle-même dans une ronde hypnotique.

Le contact de l’air agité sur sa peau, entre ses cuisses, sur ses seins, dans son cou, sur ses mains, sur ses fesses, ce bonheur si doux du câlin, elle tournoya et fit jouer ses cheveux, les bras ouverts comme pour l’accueil d’un être aimé, un sourire à cœur déployé, paupières éteintes, les yeux retournés sur les espaces intérieurs, le pétillement de ses cellules, comme des bulles de limonade, le souffle affairé, respirations intensifiées, la musique dans sa tête, sous sa peau, dans ses fibres, un flux électrique qui l’irradiait et gonflait son énergie et le désir de tourner, de se cambrer, de se déhancher, de jouer avec son corps, de sentir poindre des chaleurs sensuelles, comme si l’air frissonnait contre sa peau, comme un amant invisible qui caresserait les territoires les plus secrets, elle s’efforça de se concentrer visuellement sur différentes zones, tous les sens affinés et en laissant le reste du corps s’étendre librement, mouvements d’épaules, flottements du bassin, les oscillations des fesses, les bascules latérales, rotations sur les chevilles, fléchissements des genoux, glissements des pieds sur la terre, des impulsions jaillissant de leurs antres, c’était comme une autopsie vivante, une capsule d’observation lancée dans les vaisseaux sanguins, une caméra mouvante reliée à son cerveau puis, peu à peu, elle se sentit réellement enlacée, enveloppée, comme insérée dans une matrice, enserrée dans les chaleurs, intégralement choyée, chaque fibre, la moindre parcelle de peau, caressée, effleurée, épanouie, ouverte, absorbant les tendresses sur son corps comme un air de jouvence, elle dansa à ne plus savoir qu’elle dansait, à ne plus être là sans jamais disparaître, et c’était comme une évaporation joyeuse dans un nuage stellaire, une dispersion moléculaire, la légèreté des rêves, une aura lumineuse qui vibrait sous les cieux, comme un parfum ondoyant, des volutes encensées de bonheur.

L’impression soudaine d’être un membre érigé dans un cocon féminin, de pénétrer l’air comme une verge dans un vagin, de caresser l’atmosphère comme une montagne en mouvance. L’image la stupéfia et elle l’accueillit comme un nectar, elle l’engloba sous ses paupières, l’ancra dans la mémoire de ses cellules, partout où elle devinait des points de contact, la douceur des parois utérines, la chaleur humide, le délice des frottements, elle effleurait l’air comme un pénis aimant.

Elle entendit dans l’obscurité de ses yeux fermés une accélération cardiaque, des percussions accompagnant la montée des violons, un synthétiseur s’amplifiant comme une érection sublime, une vague de plaisirs qui entraîna son corps dans des arabesques libres, l’impression d’une corolle ouverte buvant des lumières et les larmes coulèrent, les larmes chaudes des amours qui bouleversent, juste l’amour de tout, de là, de maintenant, de l’instant, l’amour des étoiles, l’amour de la Terre.

Les yeux fermés, il avait senti autour de lui des zébrures d’orages magnétiques, des ondes telluriques, des étincelles contre son enveloppe éthérique.

Il s’était arrêté.

Et maintenant, il la contemplait.

Elle dansait dans l’amour et son aura crépitait de plaisir.

Il ne dit rien.

Elle ondoyait lentement, le visage extasié, les bras soulevés par des courants intérieurs, bercés par les risées tièdes, envahie, envoûtée, libre dans l’air.

Il le savait. Elle était au-delà du connu. Au-delà des émotions antiques, projetée dans un instant suprême, une succession infinie de naissances, des mises à jour spirituelles, le déploiement intégral du réseau.

Il se sentit soudainement aspiré par le sillage idyllique qu’elle traçait dans l’espace, comme des foulards de soie qui l’invitaient aux caresses.

Il plongea dans le bain de particules.

À quelques centimètres de sa peau. Des effleurements suspendus, des frôlements sans matière, des haleines de cœur, des proximités d’auras. Il ouvrit ses mains et enlaça l’entité, sans aucun contact corporel, juste un accompagnement des bras autour du champ lumineux.

La musique s’apaisa comme une marée descendante, un retrait progressif, l’effacement des crêtes écumeuses.

Il l’accompagna sans révéler sa présence, attentif à ne même pas frôler ses bras, comme un reflet dansant dans un miroir.

Longuement, longuement…

Puis, il caressa l’entité invisible, cajolant amoureusement l’air de ses mains, lissant les creux et les arrondis, les doigts suivant les reliefs ondulés, comme des touches de piano, l’infime espace entre les peaux.

Il devinait dans le vide le satin moelleux de ses seins, la cambrure de ses reins, les arabesques lentes de ses mains, la plénitude de son visage. Elle frémissait contre lui sans le moindre contact.

Il en était stupéfait, encore une fois. Jamais, il n’avait rencontré un tel champ vibratoire, des fréquences aussi intenses.

Qui était-elle ? La question revenait en boucle.

Elle dansait comme une Déesse joyeuse, dans une liberté d’enfant.

Il ne la quittait pas des yeux.

C’est là qu’il sentit la poussée sanguine et son cœur battre plus fort que la musique. Une pression chaude dans sa verge, une montée de sève comme une avalanche inversée, des palpitations insoumises.

Gonflement.

Érection.

Stupéfaction.

Il se retira soudainement et sortit du cercle. Comme on s’éloigne d’un danger impalpable, d’une menace sans nom, la conscience soudaine que la maîtrise de la situation est une illusion.

Il n’était plus qu’un amas de limaille de fer capturée par un aimant improbable, une puissance inconnue, un trou noir sidéral.

Sa verge palpitait comme un cœur d’étoile.

Érection.

Stupéfaction.

Fascination.

Émerveillement.

Les désirs au-delà des savoirs, l’énergie de la vie comme un effaceur de mots, le chef d’orchestre qui pose sa baguette et enlace la musique avec son corps dénudé, l’âme envoûtée et le cœur en flammes.

Il la regarda danser.

Elle ouvrit les yeux enfin et tomba sur son visage. Elle devina dans la pénombre une fixité étrange.

Elle s’arrêta aussitôt.

« Qu’est-ce qu’il y a Sat ? Tu ne te sens pas bien ? »

Elle le rejoignit, une main sur le front, le corps fébrile, encore nourri de l’ivresse de l’absence.

Elle se posta devant lui et prit ses mains.

« Sat, qu’est-ce que tu as ?

-Rien de grave, j’ai dû tourner trop longtemps, j’ai eu un vertige mais c’est rien. Ne t’inquiète pas. »

Qui était-elle ?

La question revenait dans un mouvement perpétuel.

« Tu as aimé alors ?

-Oh, oui, j’ai adoré, je me sentais si bien.

-Qu’est-ce que tu as ressenti ?

-Comme si ça n’était plus moi. Oui, c’est ça, le plus fort. J’ai l’impression de découvrir une autre femme. »

Qui était-elle ?

Il ne pouvait s’en défaire. Elle ne se reconnaissait même pas. Il n’avait jamais perçu de telles vibrations, il ne pensait même pas cela possible.

« On va rentrer si tu veux bien. J’aimerais qu’on fasse un protocole précis, tous les deux.

-Je te suis. »

Il marcha devant elle et elle perçut dans son pas une étrange crispation, une raideur dans les fibres mais elle abandonna l’analyse sous les effets continus des arabesques de son corps dans le nuage d’étoiles, ce souvenir qui diffusait des parfums de rêves étranges, des instants de vie au-delà de l’existence, la divulgation inespérée d’une dimension aussi vaste que les cieux. Ce plaisir qui luisait en elle ne semblait plus pouvoir s’éteindre.

 

 

 

 

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