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Jules Ferry : lettre aux instituteurs

Par Le 16/10/2017

 

Jules Ferry

Lettre aux instituteurs, 1883

 

Paris, le 17 novembre 1883

 

Monsieur l’Instituteur,

 

L’année scolaire qui vient de s’ouvrir sera la seconde année d’application de la loi du 28 mars 1882. Je ne veux pas la laisser commencer sans vous adresser personnellement quelques recommandations qui sans doute ne vous paraîtront pas superflues après la première année d’expérience que vous venez de faire du régime nouveau. Des diverses obligations qu’il vous impose, celle assurément qui vous tient le plus à cœur, celle qui vous apporte le plus lourd surcroît de travail et de souci, c’est la mission qui vous est confiée de donner à vos élèves l’éducation morale et l’instruction civique : vous me saurez gré de répondre à vos préoccupations en essayant de bien fixer le caractère et l’objet de ce nouvel enseignement ; et, pour y mieux réussir, vous me permettrez de me mettre un instant à votre place, afin de vous montrer, par des exemples empruntés au détail même de vos fonctions, comment vous pourrez remplir à cet égard tout votre devoir et rien que votre devoir.

La loi du 28 mars se caractérise par deux dispositions qui se complètent sans se contredire : d’une part, elle met en dehors du programme obligatoire l’enseignement de tout dogme particulier, d’autre part elle y place au premier rang l’enseignement moral et civique. L’instruction religieuse appartient aux familles et à l’église, l’instruction morale à l’école.

Le législateur n’a donc pas entendu faire une œuvre purement négative. Sans doute il a eu pour premier objet de séparer l’école de l’église, d’assurer la liberté de conscience et des maîtres et des élèves, de distinguer enfin deux domaines trop longtemps confondus, celui des croyances qui sont personnelles, libres et variables, et celui des connaissances qui sont communes et indispensables à tous. Mais il y a autre chose dans la loi du 28 mars : elle affirme la volonté de fonder chez nous une éducation nationale et de la fonder sur des notions du devoir et du droit que le législateur n’hésite pas à inscrire au nombre des premières vérités que nul ne peut ignorer.

Pour cette partie capitale de l’éducation, c’est sur vous, Monsieur, que les pouvoirs publics ont compté. En vous dispensant de l’enseignement religieux, on n’a pas songé à vous décharger de l’enseignement moral : c’eût été vous enlever ce qui fait la dignité de votre profession. Au contraire, il a paru tout naturel que l’instituteur, en même temps qu’il apprend aux enfants à lire et à écrire, leur enseigne aussi ces règles élémentaires de la vie morale qui ne sont pas moins universellement acceptées que celles du langage et du calcul.

En vous conférant de telles fonctions, le Parlement s’est-il trompé ? A-t-il trop présumé de vos forces, de votre bon vouloir, de votre compétence ? Assurément il eût encouru ce reproche s’il avait imaginé de charger tout à coup quatre-vingt mille instituteurs et institutrices d’une sorte de cours ex professo sur les principes, les origines et les fins dernières de la morale. Mais qui jamais a conçu rien de semblable ? Au lendemain même du vote de la loi, le Conseil supérieur de l’instruction publique a pris soin de vous expliquer ce qu’on attendait de vous, et il l’a fait en des termes qui défient toute équivoque. Vous trouverez ci-inclus un exemplaire des programmes qu’il a approuvés et qui sont pour vous le plus précieux commentaire de la loi : je ne saurais trop vous recommander de les relire et de vous en inspirer. Vous y puiserez la réponse aux deux critiques opposées qui vous parviennent. Les uns vous disent : Votre tâche d’éducateur moral est impossible à remplir. Les autres : Elle est banale et insignifiante. C’est placer le but ou trop haut ou trop bas. Laissez-moi vous expliquer que la tâche n’est ni au-dessus de vos forces ni au-dessous de votre estime, qu’elle est très limitée et pourtant d’une très grande importance, — extrêmement simple, mais extrêmement difficile.

J’ai dit que votre rôle en matière d’éducation morale est très limité. Vous n’avez à enseigner à proprement parler rien de nouveau, rien qui ne vous soit familier comme à tous les honnêtes gens. Et quand on vous parle de mission et d’apostolat, vous n’allez pas vous y méprendre : vous n’êtes point l’apôtre d’un nouvel évangile ; le législateur n’a voulu faire de vous ni un philosophe, ni un théologien improvisé. Il ne vous demande rien qu’on ne puisse demander à tout homme de cœur et de sens. Il est impossible que vous voyiez chaque jour tous ces enfants qui se pressent autour de vous, écoutant vos leçons, observant votre conduite, s’inspirant de vos exemples, à l’âge où l’esprit s’éveille, où le cœur s’ouvre, où la mémoire s’enrichit, sans que l’idée vous vienne aussitôt de profiter de cette docilité, de cette confiance, pour leur transmettre, avec les connaissances scolaires proprement dites, les principes mêmes de la morale, j’entends simplement de cette bonne et antique morale que nous avons reçue de nos pères et que nous nous honorons tous de suivre dans les relations de la vie sans nous mettre en peine d’en discuter les bases philosophiques.

Vous êtes l’auxiliaire et, à certains égards, le suppléant du père de famille ; parlez donc à son enfant comme vous voudriez que l’on parlât au vôtre ; avec force et autorité, toutes les fois qu’il s’agit d’une vérité incontestée, d’un précepte de la morale commune ; avec la plus grande réserve, dès que vous risquez d’effleurer un sentiment religieux dont vous n’êtes pas juge.

Si parfois vous étiez embarrassé pour savoir jusqu’où il vous est permis d’aller dans votre enseignement moral, voici une règle pratique à laquelle vous pourrez vous tenir : avant de proposer à vos élèves un précepte, une maxime quelconque, demandez-vous s’il se trouve, à votre connaissance, un seul honnête homme qui puisse être froissé de ce que vous allez dire. Demandez-vous si un père de famille, je dis un seul, présent à votre classe et vous écoutant, pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu’il vous entendrait dire. Si oui, abstenez-vous de le dire ; sinon, parlez hardiment, car ce que vous allez communiquer à l’enfant, ce n’est pas votre propre sagesse, c’est la sagesse du genre humain, c’est une de ces idées d’ordre universel que plusieurs siècles de civilisation ont fait entrer dans le patrimoine de l’humanité. Si étroit que vous semble, peut-être, un cercle d’action ainsi tracé, faites-vous un devoir d’honneur de n’en jamais sortir, restez en deçà de cette limite plutôt que de vous exposer à la franchir : vous ne toucherez jamais avec trop de scrupule à cette chose délicate et sacrée, qui est la conscience de l’enfant. Mais une fois que vous vous êtes ainsi loyalement enfermé dans l’humble et sûre région de la morale usuelle, que vous demande-t-on ? Des discours ? Des dissertations savantes ? De brillants exposés, un docte enseignement ? Non, la famille et la société vous demandent de les aider à bien élever leurs enfants, à en faire des honnêtes gens. C’est dire qu’elles attendent de vous non des paroles, mais des actes, non pas un enseignement de plus à inscrire au programme, mais un service tout pratique que vous pourrez rendre au pays plutôt encore comme homme que comme professeur.

Il ne s’agit plus là d’une série de vérités à démontrer mais, ce qui est tout autrement laborieux, d’une longue suite d’influences morales à exercer sur de jeunes êtres, à force de patience, de fermeté, de douceur, d’élévation dans le caractère et de puissance persuasive. On a compté sur vous pour leur apprendre à bien vivre par la manière même dont vous vivez avec eux et devant eux. On a osé prétendre pour vous à ce que d’ici quelques générations les habitudes et les idées des populations au milieu desquelles vous aurez exercé attestent les bons effets de vos leçons de morale. Ce sera dans l’histoire un honneur particulier pour notre corps enseignant d’avoir mérité d’inspirer aux Chambres françaises cette opinion, qu’il y a dans chaque instituteur, dans chaque institutrice, un auxiliaire naturel du progrès moral et social, une personne dont l’influence ne peut manquer en quelque sorte d’élever autour d’elle le niveau des mœurs. Ce rôle est assez beau pour que vous n’éprouviez nul besoin de l’agrandir. D’autres se chargeront plus tard d’achever l’œuvre que vous ébauchez dans l’enfant et d’ajouter à l’enseignement primaire de la morale un complément de culture philosophique ou religieuse. Pour vous, bornez-vous à l’office que la société vous assigne et qui a aussi sa noblesse : poser dans l’âme des enfants les premiers et solides fondements de la simple moralité. Dans une telle œuvre, vous le savez, Monsieur, ce n’est pas avec des difficultés de théorie et de haute spéculation que vous avez à vous mesurer ; c’est avec des défauts, des vices, des préjugés grossiers. Ces défauts, il ne s’agit pas de les condamner — tout le monde ne les condamne-t-il pas ? — mais de les faire disparaître par une succession de petites victoires obscurément remportées. Il ne suffit donc pas que vos élèves aient compris et retenu vos leçons, il faut surtout que leur caractère s’en ressente : ce n’est pas dans l’école, c’est surtout hors de l’école qu’on pourra juger ce qu’a valu votre enseignement.

Au reste, voulez-vous en juger vous-même dès à présent et voir si votre enseignement est bien engagé dans cette voie, la seule bonne : examinez s’il a déjà conduit vos élèves à quelques réformes pratiques. Vous leur avez parlé, par exemple, du respect dû à la loi : si cette leçon ne les empêche pas, au sortir de la classe, de commettre une fraude, un acte, fût-il léger, de contrebande ou de braconnage, vous n’avez rien fait encore ; la leçon de morale n’a pas porté.

Ou bien vous leur avez expliqué ce que c’est que la justice et que la vérité : en sont-ils assez profondément pénétrés pour aimer mieux avouer une faute que de la dissimuler par un mensonge, pour se refuser à une indélicatesse ou à un passe-droit en leur faveur ?

Vous avez flétri l’égoïsme et fait l’éloge du dévouement : ont-ils, le moment d’après, abandonné un camarade en péril pour ne songer qu’à eux-mêmes ? Votre leçon est à recommencer.

Et que ces rechutes ne vous découragent pas. Ce n’est pas l’œuvre d’un jour de former ou de réformer une âme libre. Il y faut beaucoup de leçons sans doute, des lectures, des maximes écrites, copiées, lues et relues ; mais il y faut surtout des exercices pratiques, des efforts, des actes, des habitudes. Les enfants ont en morale un apprentissage à faire, absolument comme pour la lecture ou le calcul. L’enfant qui sait reconnaître et assembler des lettres ne sait pas encore lire ; celui qui sait les tracer l’une après l’autre ne sait pas écrire. Que manque-t-il à l’un et à l’autre ? La pratique, l’habitude, la facilité, la rapidité et la sûreté de l’exécution. De même, l’enfant qui répète les premiers préceptes de la morale ne sait pas encore se conduire : il faut qu’on l’exerce à les appliquer couramment, ordinairement, presque d’instinct ; alors seulement la morale aura passé de son esprit dans son cœur, et elle passera de là dans sa vie ; il ne pourra plus la désapprendre.

De ce caractère tout pratique de l’éducation morale à l’école primaire, il me semble facile de tirer les règles qui doivent vous guider dans le choix de vos moyens d’enseignement.

Une seule méthode vous permettra d’obtenir les résultats que nous souhaitons. C’est celle que le Conseil supérieur vous a recommandée : peu de formules, peu d’abstractions, beaucoup d’exemples et surtout d’exemples pris sur le vif de la réalité. Ces leçons veulent un autre ton, une autre allure que tout le reste de la classe, je ne sais quoi de plus personnel, de plus intime, de plus grave. Ce n’est pas le livre qui parle, ce n’est même plus le fonctionnaire, c’est pour ainsi dire le père de famille dans toute la sincérité de sa conviction et de son sentiment.

Est-ce à dire qu’on puisse vous demander de vous répandre en une sorte d’improvisation perpétuelle sans aliment et sans appui du dehors ? Personne n’y a songé, et, bien loin de vous manquer, les secours extérieurs qui vous sont offerts ne peuvent vous embarrasser que par leur richesse et leur diversité. Des philosophes et des publicistes, dont quelques-uns comptent parmi les plus autorisés de notre temps et de notre pays, ont tenu à honneur de se faire vos collaborateurs, ils ont mis à votre disposition ce que leur doctrine a de plus pur et de plus élevé. Depuis quelques mois, nous voyons grossir presque de semaine en semaine le nombre des manuels d’instruction morale et civique. Rien ne prouve mieux le prix que l’opinion publique attache à l’établissement d’une forte culture morale par l’école primaire. L’enseignement laïque de la morale n’est donc estimé ni impossible, ni inutile, puisque la mesure décrétée par le législateur a éveillé aussitôt un si puissant écho dans le pays.

C’est ici cependant qu’il importe de distinguer de plus près entre l’essentiel et l’accessoire, entre l’enseignement moral qui est obligatoire, et les moyens d’enseignement qui ne le sont pas. Si quelques personnes, peu au courant de la pédagogie moderne, ont pu croire que nos livres scolaires d’instruction morale et civique allaient être une sorte de catéchisme nouveau, c’est là une erreur que ni vous, ni vos collègues, n’avez pu commettre. Vous savez trop bien que, sous le régime de libre examen et de libre concurrence qui est le droit commun en matière de librairie classique, aucun livre ne vous arrive imposé par l’autorité universitaire. Comme tous les ouvrages que vous employez, et plus encore que tous les autres, le livre de morale est entre vos mains un auxiliaire et rien de plus, un instrument dont vous vous servez sans vous y asservir.

Les familles se méprendraient sur le caractère de votre enseignement moral si elles pouvaient croire qu’il réside surtout dans l’usage exclusif d’un livre même excellent. C’est à vous de mettre la vérité morale à la portée de toutes les intelligences, même de celles qui n’auraient pour suivre vos leçons le secours d’aucun manuel ; et ce sera le cas tout d’abord dans le cours élémentaire. Avec de tout jeunes enfants qui commencent seulement à lire, un manuel spécial de morale et d’instruction civique serait manifestement inutile. À ce premier degré, le Conseil supérieur vous recommande, de préférence à l’étude prématurée d’un traité quelconque, ces causeries familières dans la forme, substantielles au fond, ces explications à la suite des lectures et des leçons diverses, ces mille prétextes que vous offrent la classe et la vie de tous les jours pour exercer le sens moral de l’enfant.

Dans le cours moyen, le manuel n’est autre chose qu’un livre de lectures qui s’ajoute à ceux que vous possédez déjà. Là encore, le Conseil, loin de vous prescrire un enchaînement rigoureux de doctrines, a tenu à vous laisser libre de varier vos procédés d’enseignement : le livre n’intervient que pour vous fournir un choix tout fait de bons exemples, de sages maximes et de récits qui mettent la morale en action.

Enfin, dans le cours supérieur, le livre devient surtout un utile moyen de réviser, de fixer et de coordonner ; c’est comme le recueil méthodique des principales idées qui doivent se graver dans l’esprit du jeune homme.

Mais, vous le voyez, à ces trois degrés, ce qui importe, ce n’est pas l’action du livre, c’est la vôtre. Il ne faudrait pas que le livre vînt en quelque sorte s’interposer entre vos élèves et vous, refroidir votre parole, en émousser l’impression sur l’âme de vos élèves, vous réduire au rôle de simple répétiteur de la morale. Le livre est fait pour vous, non vous pour le livre. Il est votre conseiller et votre guide, mais c’est vous qui devez rester le guide et le conseiller par excellence de vos élèves.

Pour vous donner tous les moyens de nourrir votre enseignement personnel de la substance des meilleurs ouvrages, sans que le hasard des circonstances vous enchaîne exclusivement à tel ou tel manuel, je vous envoie la liste complète des traités d’instruction morale et civique qui ont été, cette année, adoptés par les instituteurs dans les diverses académies ; la bibliothèque pédagogique du chef-lieu de canton les recevra du ministère, si elle ne les possède déjà, et les mettra à votre disposition. Cet examen fait, vous restez libre ou de prendre un de ces ouvrages pour en faire un des livres de lecture habituelle de la classe ; ou bien d’en employer concurremment plusieurs, tous pris, bien entendu, dans la liste générale ci-incluse ; ou bien encore, vous pouvez vous réserver de choisir vous-même, dans différents auteurs, des extraits destinés à être lus, dictés, appris. Il est juste que vous ayez à cet égard autant de liberté que vous avez de responsabilité. Mais quelque solution que vous préfériez, je ne saurais trop vous le redire, faites toujours bien comprendre que vous mettez votre amour-propre, ou plutôt votre honneur, non pas à faire adopter tel ou tel livre, mais à faire pénétrer profondément dans les jeunes générations l’enseignement pratique des bonnes règles et des bons sentiments.

Il dépend de vous, Monsieur, j’en ai la certitude, de hâter par votre manière d’agir le moment où cet enseignement sera partout non seulement accepté, mais apprécié, honoré, aimé, comme il mérite de l’être. Les populations mêmes dont on a cherché à exciter les inquiétudes ne résisteront pas longtemps à l’expérience qui se fera sous leurs yeux. Quand elles vous auront vu à l’œuvre, quand elles reconnaîtront que vous n’avez d’autre arrière-pensée que de leur rendre leurs enfants plus instruits et meilleurs, quand elles remarqueront que vos leçons de morale commencent à produire de l’effet, que leurs enfants rapportent de votre classe de meilleures habitudes, des manières plus douces et plus respectueuses, plus de droiture, plus d’obéissance, plus de goût pour le travail, plus de soumission au devoir, enfin tous les signes d’une incessante amélioration morale, alors la cause de l’école laïque sera gagnée, le bon sens du père et le cœur de la mère ne s’y tromperont pas, et ils n’auront pas besoin qu’on leur apprenne ce qu’ils vous doivent d’estime, de confiance et de gratitude.

J’ai essayé de vous donner, Monsieur, une idée aussi précise que possible d’une partie de votre tâche qui est, à certains égards, nouvelle, qui de toutes est la plus délicate ; permettez-moi d’ajouter que c’est aussi celle qui vous laissera les plus intimes et les plus durables satisfactions. Je serais heureux si j’avais contribué par cette lettre à vous montrer toute l’importance qu’y attache le gouvernement de la République et si je vous avais décidé à redoubler d’efforts pour préparer à notre pays une génération de bons citoyens.

Recevez, Monsieur l’instituteur, l’expression de ma considération distinguée.

 

Le Président du Conseil,
Ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts,
Jules Ferry

Nucléaire / Diesel

Par Le 16/10/2017

Dans le cas de panne sur le réseau électrique national et l'impossibilité d'alimenter en courant les centrales nucléaires qui le produisent...EDF a l'obligation de maintenir en état des moteurs diesel chargés de produire l'électricité nécessaire au refroidissement du combustible des réacteurs. Si ces moteurs de secours venaient à être inopérants, les réacteurs entreraient en fusion.

Eh bien, depuis le mois de juin 2017, EDF doit intervenir sur huit installations défectueuses et aujourd'hui, deux autres centrales ont été déclarées également en situation risquée (niveau 2 sur 8).

 


 

PARIS (Reuters) - EDF a annoncé lundi avoir étendu à deux autres centrales nucléaires son enquête sur l'indisponibilité potentielle de sources électriques en cas de séisme, dans le cadre d'un événement de sécurité signalé en juin à l'Autorité de sûreté nucléaire.

L'électricien public ajoute que les travaux nécessaires de mise en conformité ont déjà été lancés et que l'extension de l'enquête n'affectera pas la production.

"Les analyses ont mis en évidence que la robustesse des ancrages de certains matériels auxiliaires des diesels (de secours) ne pouvait être démontrée sur les unités de production n°1 et 2 de Fessenheim et n°2 et 5 de Bugey, en cas de séisme (...), tandis que la caractérisation des unités de production n°3 et 4 de Bugey est en cours", précise EDF.

"Par conséquent, EDF a déclaré à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) (...) une mise à jour de l'événement significatif de sûreté 'générique' de niveau 2 du 20 juin 2017, afin d'y intégrer les centrales de 900 MWe de Bugey et Fessenheim."

Cet événement est classé au niveau deux sur l'échelle INES (échelle internationale de classement des événements nucléaires) qui en compte sept.

(Benoit Van Overstraeten, édité par Dominique Rodriguez)


 

ARTICLE DE JUIN

LEAD 2-EDF alerte l'ASN sur huit centrales nucléaires, travaux en cours

Rédaction Reuters

3 MINUTES DE LECTURE

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(Actualisé avec communiqué de l‘ASN)

PARIS, 20 juin (Reuters) - EDF a signalé mardi à l‘Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un “événement significatif de sûreté” lié à des risques en cas de séisme pour huit de ses centrales nucléaires françaises, pour lequel le groupe a d‘ores et déjà réalisé ou entrepris des travaux.

Cet événement est classé au niveau deux sur l’échelle INES (échelle internationale de classement des événements nucléaires) qui en compte sept, a précisé l’électricien public dans un communiqué.

“Les défauts à l‘origine de cette déclaration n‘ont eu aucun impact sur la sécurité des salariés ni sur l‘environnement”, a également fait savoir EDF.

Dans quatre centrales - Paluel (Seine-Maritime), Penly (Seine-Maritime), Flamanville (Manche) et Golfech (Tarn-et-Garonne)-, EDF explique que, dans le cas d‘un séisme d‘une ampleur exceptionnelle, la robustesse de certaines structures métalliques n‘a pu être démontrée.

Pour ces centrales, le groupe ajoute avoir d‘ores et déjà effectué les travaux nécessaires, qui concernent des diesel de secours devant permettre de fournir de l’électricité aux réacteurs en cas de coupure de courant sur le réseau électrique national, garantissant ainsi un refroidissement du combustible.

EDF a également identifié des défauts sur des ancrages de matériels dits “auxiliaires” assurant le fonctionnement des diesel de secours de l‘unité de production n°3 de la centrale de Paluel.

En conséquence, il a étendu la déclaration d’événement “significatif” de sûreté des quatre premières centrales à l‘ensemble des vingt réacteurs de 1.300 mégawatts (MW) du parc français, que les défauts soient avérés ou non, et a engagé un programme de renforcement des équipements concernés, censés assurer la tenue des installations aux séismes.

Les centrales de Belleville-sur-Loire (Cher), Cattenom (Lorraine), Nogent-sur-Seine (Aube) et Saint-Alban (Isère) sont donc elles aussi concernées par le risque dit “générique”, c‘est-à-dire commun à plusieurs sites.

L’ASN, dans un communiqué séparé, a confirmé qu‘elle demandait à EDF de renforcer les ancrages de tous les systèmes auxiliaires des diesel de secours des 20 réacteurs concernés, sous trois semaines pour au moins l‘un des deux diesel et sous un mois et demi pour les deux diesel.

Fin avril, EDF avait déjà déclaré un “événement significatif de sûreté générique” de niveau 1 concernant les ancrages de certaines structures métalliques des diesels de secours de douze réacteurs.

Fin 2016 et début 2017, le groupe avait dû procéder aux contrôles d‘une douzaine de réacteurs dont les générateurs de vapeur présentaient des concentrations en carbone trop importante, une anomalie là aussi “générique” qui aurait pu le contraindre à arrêter simultanément une dizaine d‘unités au moment où la consommation d’électricité était au plus haut.

La note d‘information d‘EDF :

bit.ly/2sms9a9 (Benjamin Mallet, édité par Dominique Rodriguez)

Sur la chasse (suite 5)

Par Le 15/10/2017

A la lecture de l'article, on peut en déduire deux choses :

le maire de la ville est chasseur ou son fils est président de l'association de chasseurs. En tout cas, il est capable de dire une absurdité totale : la haie était trop épaisse et gênait la visibilité du chasseur...

Alors, donc, il faudrait qu'on abatte nos haies pour ne pas se faire descendre dans son jardin, pendant la période de l'année où des gars, sous couvert de l'autorisation de l'état, se baladent tranquillement dans des zones habitées pour tirer sans visibilité...

Tout va bien dans ce monde de fous.


Aveyron : la victime était dans son jardin quand elle a été tuée par un chasseur

 il y a 6 heures  86 MIDI LIBRE

Aveyron : la victime était dans son jardin quand elle a été tuée par un chasseur 
Ce type d’accident touchant une personne non-chasseur est très rare en France.

ILLUSTRATION

 

Dans les colonnes de Centre Presse ce dimanche, le maire de Taussac, dans l'Aveyron, revient sur l'accident de chasse qui a coûté la vie à une sexagénaire non-chasseuse samedi.

“C'est la première fois qu'un drame de ce genre arrive sur ma commune. La société de chasse est une association très bien cadrée et structurée.”

Dans les colonnes de Centre Presse ce dimanche, René Pagès, le maire de Taussac dans l'Aveyron, revient sur l'accident qui a endeuillé sa commune samedi : un femme de 69 ans a été tuée par un chasseur qui participait à une battue. La victime se trouvait tranquillement dans son jardin lorsqu'elle a reçu le projectile. D'après l'élu, “une haie opaque et touffue de buis nuisait à la visibilité”.

Accident très rare

Nos confrères précisent que “ce type d'accident touchant une personne non-chasseur est très rare en France. En effet, 21 personnes meurent en moyenne chaque année lors de parties de chasse, 18 l'an dernier et toutes étaient des chasseurs et personnes prenant part à la chasse”.

Le tireur était samedi soir entendu par les gendarmes. L'enquête doit désormais déterminer les circonstances précises du drame. Une information judiciaire devrait également être ouverte.

Une ancienne réflexion

Par Le 12/10/2017

Dans les abysses de mon ordinateur, je suis tombé là-dessus.

C'était il y a quelques années.

 

"Prendre en considération l’enfant avant de juger le niveau de l’élève. Si on délaisse ce regard empathique, on entre dans le conflictuel. Si l’enseignant n’est qu’un technicien, il n’aura jamais aucune crédibilité dans l’éducation et son enseignement lui-même sera inévitablement déficient. Il n’aura aucune chance de devenir « un père spirituel ».


Je suis assez sidéré de voir que cette attitude respectueuse puisse parfois être considérée comme favorisant l’élaboration d’un « enfant-roi ». Il n’y a dans ma classe aucun « enfant-roi » et je ne suis pas non plus un « maître-roi ». Il y a un équilibre relationnel qui se nourrit d’un respect mutuel. Nous sommes les « sujets » de la connaissance. Aucun détournement de la règle n’est admis, aucune contestation de l’autorité, aucun refus de l’exigence, aucun déni de la performance. Il ne s’agit pas pour autant d’autoritarisme étant donné que les enfants savent que la justice est le pilier. Le fondement de cette justice est construite sur un principe très simple : « Tu n’es pas ce que tu fais. »

Cette distinction essentielle, vitale, entre la difficulté épisodique de l’enfant dans son travail et ce qu’il est lui-même, en tant qu’être humain.

Son niveau scolaire peut être évalué mais il n’aura aucune incidence sur le respect que je lui porte. Je continuerai à faire appel à ce souci constant de l’exigence, à le renvoyer à une observation de ses propres fonctionnements. Je suis celui qui a pour rôle de maintenir la qualité du miroir. Que l’enfant puisse avoir une vision claire de ses dysfonctionnements, tout autant que de ses performances. De la même façon qu’il n’aura à subir aucune parole blessante : « Tu es vraiment nul », il ne pourra se glorifier de paroles pompeuses : « Tu es vraiment excellent. »
« C’est un travail insuffisant » ou « c’est un très bon travail » sont des paroles qui ne concernent que l’élève. L’humain, quant à lui, sera systématiquement renvoyé à l’analyse minutieuse des phénomènes internes qui ont conduit à cette appréciation. 
Il est donc primordial de garder à l’esprit que la technique ne fait pas l’humain. Mais que l’humain s’observant peut améliorer l’acquisition des techniques.
C’est là que je me place, ni « maternant », ni « autoritaire ». Juste celui qui favorise l’observation interne. 
Il ne s’agit pas pour autant « d’un cocon fusionnel » qui les protègerait de toute difficulté, de toute frustration, de toute remise en question, avec une acceptation bienveillante des faiblesses, de l’abandon, du désintérêt, de la démotivation. 
Mais comment pourrait-on motiver des enfants à travailler s’il ne leur est jamais permis d’établir cette observation macroscopique de ce qu’ils vivent ? L’enseignant a pour rôle de les élever, non pas seulement dans des acquisitions cognitives mais bien davantage, et de façon prioritaire, dans cette quête de Soi. Il ne s’agit donc pas de nier ou de cacher les faiblesses mais de les combattre dans une lucidité permanente au regard des mouvements de pensées, de la gestion des émotions, des dérèglements ponctuels de l’intellect. 
« Pourquoi est-ce que tu t’es trompé dans cet exercice alors que tu en connais tous les tenants ? »
Ni autoritarisme, ni cocon fusionnel mais cet effet miroir qui se doit d’être constant.

L’enseignant essuie la buée sur le miroir de la conscience. 

 

Toute technique qui est perçue comme la finalité aura besoin d’autoritarisme.

Toute technique qui devient le ferment d’une connaissance de soi à travers une connaissance universelle devient une motivation suprême.

Pourquoi est-ce que les enfants aiment majoritairement les séances de sport ? Parce qu’ils apprennent une technique à travers le « jeu physique » (et le « je physique») et que ce jeu les conduit à une meilleure connaissance et usage de leur potentiel. Il ne reste qu’à appliquer ce principe à l’ensemble des apprentissages. Ah, j’entends déjà les contestataires s’écrier qu’à l’école, on ne joue pas, on travaille ! Ce qui revient à dire qu’il faut habituer les enfants à leur future vie d’adulte… 
« Mon enfant, tu ne travailleras pas pour le bonheur de travailler et de mieux te connaître mais juste pour gagner ta vie. Et tu seras aussi déprimé et aigri que moi. C’est la vie ; tu dois apprendre à être frustré. »

 

Merci pour ce cadeau… 

Il ne s’agit pas à mes yeux de constituer de nouvelles réformes. Trente ans que je vois passer des « sinistres » (non, ça n’est pas une coquille) et leurs nouvelles méthodes. Qu’ils aillent donc lire Krishnamurti et on pourra commencer à parler de choses sérieuses. René Barbier, chercheur contemporain, aurait beaucoup de choses à leur apprendre également. 

Il n’y a jamais eu une seule réflexion réelle dans ce milieu parce qu'elles sont toutes fondées sur la technique et que les enseignants ont été appelés à rester des techniciens de surface. Ceux que beaucoup apprécient finalement.



Il ne s’agit pas de se demander quelles sont les conséquences de la démotivation de certains enfants sur les autres mais des raisons de cette démotivation.

Dans les épidémies, les médecins ont pour rôle de soigner les malades et de protéger autant que possible les bien-portants.

Les chercheurs, pour leur part, travaillent à comprendre l’apparition de l’épidémie.


Je n’attends pas que des chercheurs m’apportent une réponse. Je vis constamment avec une population dont la diversité est considérable. Si je n’étais pas capable d’être chercheur et par conséquent observateur, je ne mériterais pas l’honneur de porter cette mission d’enseigner. Je n’attends donc rien des réformes parce que les réformateurs n’ont aucune empathie pour l’humain. Ils travaillent au conditionnement des citoyens et des contingents de futurs frustrés. 

Comment pourrait-il en être autrement pour ces enfants alourdis de données techniques que d’en voir autant « décrocher » quand ces données ne sont pas destinées à les porter vers un meilleur d’eux-mêmes ? Formatés, conditionnés, humiliés, comparés, hiérarchisés, poussés à la compétition. 
« Le professeur a toujours raison, même quand il a tort. » 
Comment les enfants pourraient-ils être motivés par ce « Maître-roi » ? 

 

Si les enseignants s’obstinent à ignorer les différences éducatives, sociales, historiques, culturelles et à travailler comme s’ils avaient affaire à un contingent d’individus identiques ou susceptibles de se conformer à une pratique unilatérale, ils n’ont pas le droit de se plaindre. Ils ont choisi la voie frontale de celui qui a raison même quand il a tort. Qu’ils en assument les conséquences. 
D’autre part, telle qu’elle est conçue, l’école n’a pas vocation « à élever » les individus mais juste à user de leurs compétences pour maintenir la croissance et y participer, soit comme consommateur, soit comme concepteur. Ce sont juste des instruments. Et tant que la part existentielle des individus sera bafouée, il n’en sera pas autrement. 

C’est aux enseignants de montrer que les techniques ne représentent pas à elles seules la citadelle mais uniquement des pierres assemblées. L’individu est la citadelle et les techniques ne représenteront jamais l’objectif. Si on en vient à honorer les pierres, on reste les yeux collés à l’édifice et on n’en voit plus la dimension réelle. 
Si on considère que la citadelle représente le groupe humain et que chaque pierre est un individu, que des pierres soient ébréchées ou partiellement disjointes n’affaiblit l’ensemble que si le groupe humain est amené à focaliser son attention sur ces éléments. Mais il est connu depuis bien longtemps qu’on ne combat les faiblesses qu’en leur opposant la plénitude des forces acquises et non la concentration des pensées sur les effets néfastes de ces faiblesses. A vouloir lutter contre des éléments disparates, on leur donne vie, on les gave d’importance jusqu’à en perdre de vue l’adhésion des pierres.

Il est inutile de poser des questions si on n’identifie pas la raison première de la question elle-même. 

Alors, il faudrait donc renforcer encore davantage le formatage, l’atelier de poteries pour les esprits, nier avec une force décuplée, cette diversité ?...Puisqu’on a échoué à aimer les différences et à contribuer à enrichir le groupe humain en développant les potentiels, réduisons intégralement ces différences. Accusons les formateurs qui prônent l’individualisation et la reconnaissance des existences de contribuer à une société d’enfants rois, punissons-les de cet outrage puisqu’ils mettent en péril la cohésion sociale !


Il y a une question essentielle qui revient constamment dans ma classe : « Qui est responsable ? » Il s’agit de remonter à la source du problème.

Les enfants apprennent ce cheminement dans chaque situation et ne subissent dès lors aucune frustration. La frustration, pour elle-même, une soumission totale, sans aucune parole signifiante, une frustration autoritaire, n’est nullement éducative. Ce qui l’est, c’est d’identifier la cause des émotions qui surviennent. Ou alors, c’est à l’armée qu’il faut s’adresser pour enseigner nos enfants.

Considérer que de renvoyer l’enfant à une observation lucide de ses actes, de ses pensées, de ses fonctionnements contribuent à l’élever à un statut d’enfant-roi témoigne à mon sens d’une peur d’adulte qui ne veut pas perdre sa prédominance sur de jeunes esprits. Et là, c’est à l’enseignant d’apprendre à s’observer. Mais combien acceptent-ils ainsi d’inverser les rôles ? 
Vendredi, en classe, je circulais dans les allées, les enfants font un exposé personnel, un sujet libre. Ils ont chacun un grand carton posé sur la table. Je demande à l’enfant : « Alors, sur quoi fais-tu ton exposé ? »
L’enfant lève les yeux, une incompréhension totale dans ses yeux. Un instant suspendu, comme une réponse qui n’ose se dire.
« Ben, je le fais sur mon carton… »
Eh oui, ma question était absurde et j’ai éclaté de rire, j’ai remercié cet enfant de m’avoir montré mon erreur. Il a répondu avec sa logique d’enfant mais avec également une incompréhension totale quant à l’absurdité de ma question.

« Comment le maître peut-il me poser une question aussi bête ? » 
 

Le maître a toujours raison même quand il a tort.

Eh bien, non, dix mille fois non. J’avais tort et je me suis excusé de l’avoir troublé. J’ai reformulé ma question. 
 

Apprendre dans un rapport respectueux et sans aucune peur. 
 

Les accompagner dans un respect constant et simultanément exigeant quant aux objectifs à atteindre.

Réussir à être aimé de ses élèves tout en les portant vers le haut, intellectuellement et d'un point de vue existentiel, c’est le fondement même de ce métier. Et cela signifie que l’enseignant est lui-même l’élève de ces élèves, qu’il se doit d’établir en lui une observation constante de ses propres fonctionnements et que l’exigence qu’il réclame de ses élèves, il se l’impose également.
Tout le reste, les réformes politiques, les interférences sociales, éducatives, historiques, les pressions hiérarchiques, les rythmes scolaires, et tout le magasin de casseroles ce sont des phénomènes environnementaux. Ils créent des influences mais il appartient aux enseignants de ne pas les laisser recouvrir la citadelle. 


La dimension existentielle contribue à une éducation réussie. 
Une éducation réussie contribue à l’instruction. 


En France, on travaille à l’envers. D’abord, on s’acharne à maltraiter les individus et ensuite on se plaint de leur rébellion. 
Lorsque j’entendrai parler de réforme philosophique, j’écouterai attentivement. Pas avant."

Robotisation et économie.

Par Le 12/10/2017

Ce dont je parlais il y a quelques jours : l'Intelligence artificielle va effacer du secteur salarié une masse considérable d'ouvriers. Le revenu universel de base deviendra la norme...

 

TV : « Un monde sans travail »

Notre choix du soir. Dans son documentaire, Philippe Borrel tenter de cerner les contours de nos sociétés en proie à une robotisation accrue des tâches (sur France 5 à 20 h 50).

LE MONDE |  | Par Alain Constant

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DOCUMENTAIRE SUR FRANCE 5 À 20 H 50

De la Bretagne à ­Pittsburgh en passant par Bruxelles, San Francisco, le Tarn ou la Suisse, cet instructif documentaire à travers la planète, coécrit par Noël Mamère et Philippe ­Borrel, a de quoi inquiéter des ­millions de travailleurs.

On savait les moins qualifiés déjà durement touchés par le chômage de masse en raison de la robotisation et des machines « intelligentes », plus fiables et moins coûteuses que les ­humains. En faisant témoigner des manutentionnaires, les auteurs mettent des mots sur les maux du travail d’aujourd’hui.

image: http://s2.lemde.fr/image/2017/10/11/534x0/5199543_6_63ad_2017-10-09-157e834-10510-i8zap-5uhu34ygb9_c1386647249b9a57a81893ce532bcd8e.jpg

Le robot « émotionnel » Matilda est testé pour des recrutements DRH en Australie.
Le robot « émotionnel » Matilda est testé pour des recrutements DRH en Australie. CINÉTÉVÉ

L’exemple du secteur de la logistique, qui emploie 700 000 personnes en France, est éclairant. Les robots ont envahi les entrepôts. Comment faire cohabiter ces machines et les hommes ? Il est bon de rappeler qu’un salarié français sur cinq est un ouvrier. Quel avenir peut-on imaginer pour ces­ ­millions de travailleurs ? ­

Avec l’automatisation accélérée des entreprises, le pire est peut-être à craindre. Le problème étant d’ailleurs similaire de l’autre côté de l’Atlantique où des millions d’ouvriers américains, peu ou moyennement qualifiés, perdent leur emploi. Celles et ceux qui subissent le nouveau monde technologique sans pouvoir s’y insérer semblent condamnés.

« Variable d’ajustement »

Le danger de perdre son travail commence à toucher les cols blancs, cœur de la classe moyenne. Même dans le secteur tertiaire, l’emploi humain est menacé comme le montre l’intérêt de plus en plus marqué des banques et des sociétés d’assurances pour les machines du type « chargé de compte virtuel ». Selon plusieurs instituts internationaux, 40 % à 50 % des ­emplois auront disparu dans les vingt prochaines années !

« L’humain est devenu une variable d’ajustement parmi d’autres. Un facteur toujours moins important, parce que les machines sont toujours plus prépondérantes dans le système de production du ­capital. L’humain finit même par êtreperçu comme le grain de sable qui fait que le système pourrait ­dysfonctionner », estime Daniela Cerqui, anthropologue des sciences à l’université de Lausanne. Une vision trop pessimiste ?

A quelques milliers de kilomètres de là, Fred Turner, professeur des sciences de la communication à l’université de Stanford, en ­Californie, se veut un peu plus confiant en l’avenir : « Notre plus grand défi est de faire comprendre que l’innovation technologique n’entraîne pas nécessairement ­l’accroissement des inégalités et l’appauvrissement des gens. Ce n’est pas une fatalité. Pour cela, il faudrait imposer des règles à des sociétés qui n’en veulent plus, comme le partage des bénéfices… Cela fait partie du boulot de ceux qui nous gouvernent. »

image: http://s1.lemde.fr/image/2017/10/11/534x0/5199545_6_11a0_la-co-botique-experimentee-au-laas-cnrs-de_a3434e9e76fdd1c5dc572b2cbabfadb8.jpg

La co-botique expérimentée au Laas-CNRS de Toulouse cible aussi les services à la personne.

En attendant de trouver une ­solution à la raréfaction a priori inéluctable de l’emploi salarié, certains tentent d’imaginer une nouvelle société où le plein-emploi serait remplacé par la pleine activité et où un revenu ­universel versé à tout le monde deviendrait une évidence.

Selon l’économiste britannique Guy ­Standing : « Si on avait un ­revenu de base, vous verriez qu’on se détournerait de l’emploi au ­bénéfice du temps consacré à la solidarité, au bénévolat, au ­travail en commun, au développement de toutes ses capacités. Avec un sentiment de meilleure ­maîtrise de notre temps. Les ­travailleurs les plus précaires n’auraient, par exemple, plus ­besoin de travailler soixante ­heures par semaine pour un ­salaire de misère. »

Depuis quelques mois, des ­expérimentations concernant le versement d’un revenu universel ont cours aux Pays-Bas et en Finlande. Le début d’une ­nouvelle société ?


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2017/10/11/tv-un-monde-sans-travail_5199546_1655027.html#2x65AxsbikUxkcsC.99

Terrorisme et centrales nucléaires

Par Le 10/10/2017

Je me demande en fait si je vais avoir le temps de finir le roman d'anticipation en cours avant qu'il ne devienne un roman historique...

J'ai réussi à entrer en contact avec un ingénieur de chez EDF, qui bien évidemment souhaite rester anonyme, et tout ce qui est dit dans cet article est confirmé.

Je pourrais parler également de la vétusté de certaines centrales et de la non qualification de certains intervenants chargés de "l'entretien"...Quand EDF fait de la sous-traitance avec des sociétés qui n'ont aucun techncien réellement formé, personnellement, ça me fige...

Mais, bon, EDF a dit que "tout va bien. "

Tepco aussi a toujours affirmé que tout allait bien. Avant que ça ne saute. Oui, bien sûr, on ne risque pas de tsunami sur les centrales françaises ("normalement"..). Par contre des inondations, c'est parfaitement possible.

Quant au terrorisme, là, on sait que tout et n'importe quoi reste du domaine de l'envisageable. 

 

La centrale nucléaire de Chooz, dans les Ardennes, le 10 mai 2017

La centrale nucléaire de Chooz, dans les Ardennes, le 10 mai 2017

afp.com/FRANCOIS LO PRESTI

Paris - Les centrales nucléaires françaises sont vulnérables à des attaques extérieures, ont assuré mardi des experts mandatés par Greenpeace, réclamant en particulier une meilleure sécurisation des piscines de stockage du combustible usé.

EDF a immédiatement rejeté ces accusations, assurant que les centrales françaises étaient "sûres, bien surveillées et très bien protégées". 

Dans un rapport dont les extraits les moins sensibles ont été publiés mardi, sept experts mandatés par l'ONG se sont penchés en particulier sur la capacité de résistance des piscines d'entreposage des combustibles nucléaires usés, en France et dans les centrales belges de Doel et Tihange. 

Ils pointent du doigt le fait que ces piscines, qui peuvent contenir plus de combustibles que les coeurs des réacteurs, ne sont pas protégées comme ces derniers par des enceintes de confinement renforcées. 

Or en cas d'évaporation de l'eau, le combustible peut "s'échauffer et relâcher dans l'environnement une grande partie de sa radioactivité", a expliqué lors d'une conférence de presse Yves Marignac, directeur de l'agence d'étude sur le nucléaire Wise-Paris. 

Les conséquences d'une attaque frappant une piscine seraient "potentiellement supérieures à celle d'un accident majeur survenant sur un réacteur", a-t-il mis en garde. 

Les experts n'ont pas voulu faire de distinction entre les centrales sur ce point. "Toutes les piscines sont les mêmes", a commenté Yannick Rousselet, chargé de campagne nucléaire pour Greenpeace France. 

Avec une exception, l'EPR de Flammanville, où la piscine est protégée comme le réacteur "par une coque-avion, ce qui par là même disqualifie toutes les autres piscines", a-t-il insisté, regrettant qu'en France, les questions de sécurité (actes malveillants) et de sûreté (conception, fonctionnement, prévention des accidents) ne dépendent pas des mêmes autorités. 

- détails confidentiels - 

Le rapport basé sur des éléments publics (publication des opérateurs industriels ou des autorités, articles, observations sur le terrain) étudie plusieurs scénarios d'attaques, notamment le crash volontaire d'un avion ou d'un hélicoptère, et le tir d'arme antichar. 

Mais les détails de ces scénarios, qui devaient être remis mardi aux autorités françaises, n'ont pas été rendus publics pour ne pas inspirer de potentiels terroristes. 

Le but était "de décrire des scénarios d'attaque pour lesquels des mesures d'intervention pour stopper l'émission de radioactivité seraient impossibles", a expliqué la physicienne Oda Becker. 

"Aucun pays européen n'est prêt à faire face à une telle catastrophe", a mis en garde un autre des experts, David Boilley, notant que pour certaines centrales comme Bugey, Fessenheim ou Gravelines, cela pourrait entraîner l'évacuation de "millions de personnes". 

Greenpeace, dénonçant "l'omerta" sur ces risques nucléaires, s'en est pris à EDF, accusé de n'avoir "pas procédé aux renforcements nécessaires" malgré d'autres rapports mais aussi le survol de centrales, à répétition et toujours inexpliqué, par des drones. 

Des militants de Greenpeace avaient réussi en 2014 à s'introduire dans la centrale de Fessenheim et à monter sur le toit d'un des bâtiments réacteurs.  

EDF "doit impérativement prendre en main ce problème de sécurité en effectuant les travaux nécessaires", a insisté M. Rousselet. 

"Le bâtiment réacteur et le bâtiment contenant le combustible ont été conçus pour résister tous les deux aux risques de séisme, d'inondation et d'actes de malveillance comme le terrorisme", s'est défendu EDF dans un communiqué. 

"Plusieurs centaines de millions d'euros ont été dépensés ces trente dernières années pour améliorer la sécurité. Entre 2015 et 2023, EDF investira encore 720 millions d'euros supplémentaires", a ajouté l'exploitant. 

Mais en incluant le coût des travaux et celui de l'arrêt du réacteur, la "bunkérisation" est estimée entre 500 millions et 1,5 milliard d'euros par piscine, a noté M. Marignac. 

Et en comptant La Hague et Creys-Malville, la France compte un total de 63 piscines de combustible usé. 

"La France a les mécanismes les plus robustes et les plus performants au monde en matière de sécurité, et de sûreté", a assuré de son côté sur RTL Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, qui n'avait pas encore eu connaissance du contenu du rapport.

Emploi du temps

Par Le 08/10/2017

Le Ministère me demande d'avoir un emploi du temps parfaitement formalisé dans ma classe.

Je m'y oppose. 

Je l'ai fait et je ne le fais plus. Si je ne tenais pas compte après 35 ans de carrière de ce que j'ai vu, expérimenté, ressenti auprès des enfants, je ne serais qu'un fonctionnaire. Mais je suis enseignant. Et un enseignant se doit d'être enseigné par son expérience, non par des injonctions hiérarchiques.

J'ai longtemps réfléchi au pourquoi du comment, aux raisons qui poussent le Ministère à vouloir nous imposer un emploi du temps rigide et cadenassé. La chronobiologie, les rythmes d'apprentissage, les heures favorables etc etc... J'ai pu juger à quel point tout cela n'était que des prétextes pour imposer le pédagogisme, l'intellectualisme et par dessus tout, des intentions inavouées. Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai combattu pendant trois ans, ça serait trop long. 

La première conclusion sur les intentions de l'Etat concerne l'avenir des enfants au regard de leur situation professionnelle future : il est primordial d'insérer dans leurs esprits, oh combien malléables, l'exigence d'un travail salarié régi par des horaires. Un élève est un futur salarié. Le conditionnement démarre en maternelle.

"Ils vont à l'école pour avoir un métier, pour participer à l'écolomie du pays, pour utiliser leurs compétences à la croissance."

Ils sont nombreux les politiciens à ne même pas couvrir cette ignominie par un silence mensonger. Non, non, ils sont heureux de voir ces petits écoliers apprendre leur rôle de "citoyen"...

Mais je ne suis pas un chef d'entreprise. Je suis enseignant et ce qui m'importe avant tout, c'est l'enthousiasme, le désir, le besoin même pour mes élèves de venir à l'école et rien de rigide ne peut contribuer à cela, rien qui ne soit autre que la pure connaissance ne me sert d'objectif. 

Imaginons que tous les lundis matins, je décide de faire une dictée. Cela signifie que pour les enfants en difficulté dans la maîtrise de la langue, le lundi matin devient un cauchemar. Il y en a beaucoup des lundis dans une année scolaire et on n'imagine pas dès lors la taille du cauchemar...Rien n'est plus anxiogène qu'un cauchemar qui se répète. 

Imaginons par contre que les exercices d'orthographe, néccessaires bien évidemment, arrivent n'importe quand, à n'importe quel jour, à n'importe quelle heure de la journée, la difficulté sera toujours présente pour ces enfants mais elle ne sera pas anticipée et par conséquent les peurs inhérentes à cette activité ne porteront pas atteinte,a priori, au potentiel de l'enfant. 

Toutes les peurs sont des barrages à la connaissance et lorsqu'elles sont anticipées, elles en deviennent redoutables.

Il m'arrive donc d'ouvir des "parenthèses", dans n'importe quelle matière, pour saisir au vol le renforcement d'un apprentissage. Une phrase, dans un texte de géographie, peut très bien servir à l'analyse grammaticale, au rappel d'une règle d'orthographe, à pointer un verbe irrégulier dans la conjugaison etc etc...

L'objectif est de montrer, à chaque occasion, que la connaissance est un puzzle, que chaque pièce a une place précise et que les emboîtements contribuent à l'image finale. La transversalité contribue à rendre l'image de la connaissance, non pas comme une "menace" mais comme un "jeu". On peut passer une vie entière à apprendre. Et pas nécessairement à heures fixes. 

Une image seule, dans un puzzle, n'a aucun sens. Elle ne devient utile qu'une fois associée à ses congénères. 

La conjugaison, pour elle-même, n'a aucun sens. L'orthographe, pas davantage.

Les apprentissages cognitifs de la langue n'ont d'ailleurs aucun sens s'ils ne sont pas utilisées dans la production d'écrits et la lecture. Sinon, cela reviendrait à apprendre aux enfants le mécanisme du dérailleur d'un vélo, les dimensions des pignons, le fonctionnement des câbles, la démultiplication des forces mais sans jamais leur proposer d'aller faire du vélo...

En géographie, les grands nombres seront donc utilisés avec la longueur des fleuves français et comparés avec ceux du monde, les altitudes des montagnes serviront aux conversions. En histoire, l'étude de l'évolution de la population servira de nouveau à l'usage des grands nombres etc etc...

Chaque matière apporte son lot de lectures et de renforcement de la langue. La dictée n'est qu'un exercice parmi tous les autres. 

Mais rien n'est inscrit dans un emploi du temps. On n'apprend pas selon un horaire mais selon l'enthousiasme et l'enthousiasme est bridé par tout ce qui est rigide. Rien ne vaut la surprise. 

Lorsque mes élèves entrent en classe, ils ne savent pas ce qu'ils vont y vivre sur un plan cognitif. 

Le salarié, pour sa part, connaît bien souvent, et malheureusement pour lui, l'intégralité de la journée à venir. En est-il heureux, soulagé, apaisé, rassuré ou plutôt dépité ? 

Combien sont-ils ces adultes salariés qui se lèvent le matin avec le désappointement d'une journée robotique ? Et il faudrait que j'impose ce rythme de vie à mes élèves ? 

Bien sûr, qu'un médecin urgentiste, se réjouit d'une journée calme, nullement marquée par de multiples imprévus et le stress des situations chaotiques. Mais la différence entre sa tâche et celle de mes élèves, c'est que lui, il a choisi d'être là...

Il ne s'agit pas pour autant d'instaurer dans la classe un désordre intellectuel, une cacophonie d'informations disparates. Il ne faut jamais perdre le fil... C'est là que l'expérience prend toute sa saveur.

Mais pour l'institution, il faudrait pourtant que j'étouffe cette expérience pour m'astreindre à un cadre temporel. 

Et tant pis pour les enfants qui le dimanche soir se coucheraient en craignant la dictée du lundi matin, à 8h30. 

Ce soir, aucun enfant de ma classe ne sait de quoi demain sera fait. 

Et tant mieux.  

NOIRCEUR DES CIMES : L'exploration intérieure

Par Le 08/10/2017

Mon frère était mort quand j'ai écrit "Noirceur des cimes. " J'avais déjà connu les douleurs morales.

J'avais connu également les souffrances physiques. Une hernie discale, une paralysie de la jambe gauche, une opération ratée, une longue rééducation.

Tout avait volé en éclat... Et ce que j'avais vécu, intérieurement, restait du domaine de l'indicible.

Alors, j'ai écrit. Pour sortir de moi ce fardeau immense et cesser de regarder des ruines.

J'ai réalisé peu à peu tout ce que ce livre contenait.

Je suis immensément fasciné par la force de cet inconscient. Il ne m'était pas possible encore de mettre clairement en forme les traumatismes passés. Je les ai romancés sans même en avoir conscience. Tous les personnages sont une part de mon vécu. Cette situation bloquée en altitude, ce survivant qui découvre une réalité ignorée et se demande s'il est justifié de redescendre, combien de fois je me suis posé ces questions...

Quel était donc le sens profond de cette vie "horizontale", celle des hommes, en bas, celle qui n'a pour finalité que le gain d'un salaire, la participation effrénée à une vie matérielle, le maintien d'un lien social qui n'est rien d'autre qu'une série de circonstances, où était dans ce fatras et ces conditionnements la source du bonheur ?

J'ai souvent regardé les files de voitures au petit matin, tous ces individus inconnus qui roulaient vers les villes, comme aimantés par des forces puissantes. Je faisais partie du flot et il remontait parfois en moi un dégoût profond. J'avais juste pour supporter l'absurdité de la chose, l'idée bienheureuse que ma tâche d'enseignant pouvait avoir une quelconque importance chez les petits d'hommes qui m'étaient confiés... Est-ce que cela leur serait réellement utile pour au moins chercher à explorer en eux l'essentielle quête de soi ?

J'ai eu la chance d'être "nourri" par quelques lectures flamboyantes, des éclairs lumineux qui rayonneront en moi jusqu'à ma mort. C'est sans doute avec l'objectif de rendre ce qui m'a été ainsi donné que je me suis mis à écrire. 

 


NOIRCEUR DES CIMES.

Noirceur des cimes 4

 

"Il tremble. Il vient de se réveiller. Il s’était affaissé contre le pan de neige sur son côté droit. L’air glacé lance sur la peau de son visage des armées de piqûres. Il sort les bras du duvet, allume la lampe frontale et entreprend de faire chauffer de l’eau. Les mouvements déchirent le cocon fragile de tiédeurs qui l’enveloppait et les assauts du froid redoublent. Il connaît bien ce dilemme accablant qui oblige l’homme au bivouac à quitter l’immobilité dans laquelle il s’enfonce alors que le moindre geste est une douleur qui réveille l’inconfort de l’agitation. Il faut ancrer son esprit sur l’eau qui frémit, sur le courant brûlant qui va se répandre, sur les chaleurs à venir et refuser les tentations du repli sur soi. Accepter les luttes immédiates pour construire les futurs apaisements. Il a toujours vu dans cette situation délicate le parallèle à l’existence.    

Il réalise soudainement à quel point l’acceptation de ce cheminement contient en lui-même les satisfactions essentielles. L’objectif a peu d’importance, ce n’est pas lui qu’il convient de viser car l’esprit se soumet dès lors à la menace de l’éventuelle déception, à la désillusion de l’intention manquée. Seule, la lutte a de l’importance. Car elle s’inscrit dans l’instant présent et ne comporte aucune projection mentale. Il conçoit à cette idée ne pas avoir vécu chaque pas comme un but atteint mais comme un passage et de s’être privé d’une bonne partie des bonheurs à vivre.

C’est d’avoir rejeté l’engourdissement de l’esprit qui le réchauffe, la soupe ne sera qu’un supplément. Il admet également que l’objectif du camp de base n’est qu’un leurre et qu’il ne doit pas focaliser son attention sur cette issue totalement incertaine et se condamner dès lors à ne rien saisir. Ce qui le maintient en vie n’est pas la vision fabriquée de ce rivage habité mais la nage immédiate dans l’océan de compréhensions où il évolue.

Tout ce qu’il perçoit le nourrit.

Tout ce qu’il espère l’épuise.

Il veut rejeter définitivement de son esprit l’horizon mouvant qui le trompe et se concentrer sur les paysages intérieurs.

Le bien-être de son esprit dans le bain lumineux de l’aura ne le quitte pas malgré les tremblements de son corps. Il aimerait comprendre et réalise encore une fois, avec une force puissante, une lucidité totale qu’il ne s’agit pas d’une perception analysable par les critères habituels de la raison. S’il s’en tient à une vision réfléchie, il ne peut s’empêcher de limiter ce voyage à une hallucination nourrie par son épuisement mais simultanément lui reste le goût étrange et apaisant d’une autre version de la réalité, une porte entrouverte sur une conscience surhumaine. L’expression prétentieuse l’indispose dans un premier temps puis il accepte l’idée que dans notre état habituel nous n’exploitons pas le summum de notre potentiel. Limités par la dictature impitoyable de l’égo, nous renonçons à l’éveil de l’esprit et à la perception de l’Ame. Perdant aussitôt notre dimension réelle. Rien de surhumain dans cette conscience, juste la complète étendue des possibilités qui nous échappent. Nous ne sommes pas des humains mais des esquisses fragiles, des ébauches inabouties. Il perçoit dans cette idée toute la raison de ce passage terrestre.

Nous devons apprendre à être ce qui est en nous.   

L’envie puissante d’appeler Sandra le saisit. Il voudrait lui décrire l’espace dans lequel il est plongé, lui transmettre l’allégresse qui l’a envahi et ne le quitte plus. Il sent qu’il ne s’agit pas d’une prétention mais bien d’un don à émettre, d’un partage qui le tente. Pour une fois, il peut proposer à Sandra un voyage spirituel. Lui qui a toujours refusé de l’accompagner dans les mystères de l’âme, il serait cette fois un guide réel.

Il prend la radio dans sa veste. Des chaleurs soudaines ruissellent dans son corps immobile. Aucune crainte ne se lève.

 

« Allo, Sandra, ici, c’est Luc. A toi.»

Grésillements…

« Allo, Sandra, ici, c’est Luc. A toi.»

 

Quelques secondes lui ont été nécessaires pour comprendre qu’il ne s’agissait pas d’un rêve mais bien de la voix de Luc. Envahie de frissons, elle a cherché fébrilement la radio dans la nuit, le souffle affolé, assaillie par la nausée d’un réveil brutal. Elle tremble en allumant la lampe.

« Allo, Luc, c’est Sandra. A toi.»

Elle a crié dans l’appareil en le serrant fermement des deux mains, les lèvres effleurant le métal froid.

« Où es-tu ? A toi.

-Je ne sais pas mais c’est beau. Je n’ai même pas froid. Je suis bien ici. »

Elle ne lui connaît pas ces intonations de voix et ce débit trop lent. Elle a peur. Elle regarde rapidement le cadran de sa montre. Quatre heures cinq.

« Comment c’est là-haut ? Quand est-ce que vous pensez arriver ? Est-ce que vous avez besoin d’aide ? A toi.»

Un flot de questions l’assaille. Elle tente de se calmer mais cette voix étrange, détachée et presque réjouie l’inquiète. La clarté de la réception lui donne l’impression qu’il est tout près, qu’en sortant de la tente, elle pourrait le voir.

 

« Je suis déjà arrivé. »

Elle ne comprend rien à la réponse. Elle attend une suite mais il a relâché le bouton d’envoi sans le « à toi » d’usage. Elle sait qu’il n’est pas dans un état normal.

« Luc, est-ce que ça va ? Et les autres ? A toi.

-Moi, ça va. Les autres sont morts. »

Silence.

Si elle avait été debout, elle sait qu’elle serait tombée. Elle espère avoir mal compris.

« Morts ?...Axel, Tanguy et Etienne sont morts ? A toi.

 -Oui, ils sont morts mais je ne suis pas seul, tu sais. Il y a du monde ici. »

Silence. 

« Qui est avec toi ? Que s’est-il passé ? A toi.»

Elle ne parvient pas à y croire, des frissons glacés la révulsent, coulent dans son dos, cette voix presque inconnue la terrorise.

« Je ne sais pas qui c’est mais ils m’ont parlé. C’était beau. Plein de lumière. »

Elle voudrait qu’il explique ce qui est arrivé mais elle ne veut pas le torturer avec des récits insupportables, elle ne veut pas ajouter à sa détresse, ne pas l’enfoncer dans les délires qu’elle devine. Elle pense à Thomas, elle voudrait l’appeler, qu’il lance immédiatement des secours. Elle revoit Léa sur le quai de la gare.

« Luc, il faut que tu descendes. Est-ce que tu peux le faire ? Il y a des grimpeurs ici qui peuvent monter vers toi.»

Silence.

Elle réalise qu’elle, non plus, n’a pas usé de l’expression habituelle annonçant la fin du message.

« Je n’ai pas vraiment envie de descendre. »

Silence.

Elle sait qu’il n’a plus toute sa raison, qu’il a besoin d’aide. L’urgence de la situation l’affole, elle espérait un retour rapide en France, un dénouement heureux, une rupture sans heurts. Et il est en train de mourir. Elle cherche ses mots mais dans le tourbillon des pensées qui l’enivre aucune phrase ne lui vient.

« Je suis bien ici. Les paysages sont magnifiques. »

Quels paysages ? Il fait nuit, pense-t-elle. Elle serre la radio comme si elle tenait sa tête entre ses mains, elle voudrait l’arracher à sa folie, lui offrir ses regards comme des bouées salutaires, ranimer dans sa mémoire des souvenirs humains et le soustraire à l’emprise des illusions létales.

« Luc, le jour va se lever, tu ne peux pas rester là-haut, tu vas mourir toi aussi si tu ne redescends pas. »

Silence.

« Et qu’est-ce que tu sais de la mort, Sandra ? Ce n’est pas ce que tu crois. En bas, je ne trouverai rien de plus beau qu’ici. »

Elle cherche à comprendre ce qu’il a pu découvrir et l’idée surgit que la carapace est brisée, que le noyau est à l’air libre…Elle rejette cette vision d’un mouvement de tête. Elle se répète les derniers mots et la panique la saisit.

« Luc, je ne sais pas ce que tu as vécu là-haut mais tu pourras continuer à y penser une fois redescendu. Si tu meurs, tout s’arrêtera. »

Silence.

« Arrête de croire, Sandra, que la mort est une fin. Pense à tout ce que tu as lu, à tout ce que tu m’as raconté. »

Un amalgame de discussions interrompues surgit, des phrases sans réponses, des tentatives avortées de dialogues, des rejets méprisants. Qu’a-t-il pu y trouver ? Comment des mots ont-ils pu le mettre dans un tel état ?  

« Luc, je vais prévenir des grimpeurs pour qu’ils viennent te chercher. Est-ce que tu sais un peu où tu es ? »

Silence.

« Oh, oui, je le sais… A l’intérieur. »

Silence.

« Et je n’ai pas envie d’en sortir. Je n’ai besoin de personne. »

Elle ne sait plus quoi dire. La voix est si posée, si sereine, si fluide et si déterminée.

« Et moi, Luc, qu’est-ce que je fais ? Je te laisse mourir sans rien faire. Comment je pourrais vivre avec ça ? C’est impossible. »

Silence.

« Je sais Sandra tout le mal que je t’ai fait et je te demande pardon. Tu n’as rien à te reprocher. Même si je redescendais, je ne m’imposerais plus à toi. Il faut que tu comprennes que nous ne sommes plus liés. Ne t’inquiète pas pour moi. Je vais très bien. Je te demande juste de reprendre ta liberté. De toute façon, ici, il neige encore et surtout le risque d’avalanche est énorme. Il ne faut pas que quelqu’un monte. Ce serait suicidaire. Et je ne le veux pas. A toi. »

Elle sent finalement qu’il n’est pas fou. Il n’a même sans doute jamais été aussi lucide. Il maîtrise ses paroles et ses pensées. Il a dit « à toi. »

« Je pensais te dire que je voulais te quitter, lance-t-elle. J’ai beaucoup réfléchi ici. »

Silence.

Les mots ont jailli sans qu’elle y pense, comme si la pression était devenue trop forte, comme si les paroles étaient animées d’une volonté insoumise, d’un désir irrépressible de s’échapper, qu’elles étaient cachées dans sa gorge attendant une faille pour surgir. Elle s’en veut  d’avoir été si directe. Dans un tel moment.

« C’est très bien Sandra, j’en suis très heureux pour toi. Moi aussi, j’ai beaucoup pensé…Ou plutôt, j’ai enfin commencé à penser. Ca ne m’était jamais arrivé. Pas de cette façon. Je voulais te dire à quel point toutes tes paroles m’ont aidé. Tu m’as guidé. Je t’en remercie. A toi. »

Elle est rassurée par sa réponse. La voix n’a pas varié. Le ton est toujours aussi doux, détaché, éthéré. Elle n’en revient pas. Elle a l’impression d’entendre un homme qu’elle ne connaît pas.

«  Je ne sais pas Luc ce que tu as découvert mais je ne pense pas y avoir été pour grand-chose. J’ai toujours pensé que tu portais beaucoup plus que ce que tu voulais bien montrer.»

Cette révélation le réjouit.

« Luc, il faut que tu descendes. Pour toi. Tu ne dois pas disparaître maintenant. Je ne te poursuivrai pas. Tu seras libre. Tu ne dois pas gâcher ce que tu as découvert. Fais-le pour toi. »

Silence.

« Je n’ai pas envie de quitter Axel, Tanguy et Etienne. Ils sont ici. Je ne comprends pas encore ce qui est arrivé. Ni surtout pour quelles raisons. »  

Silence.

« Tu veux en parler ? »

Silence.

« Est-ce qu’il est possible que la destinée d’un être soit de favoriser l’éveil d’un autre, même au prix de sa vie ? »

Silence.

Jamais, il ne lui a posé une telle question. Elle se corrige immédiatement en pensant que c’est à lui qu’il se la pose. Qu’elle est simplement le réceptacle occasionnel d’un écho immense, un tonnerre assourdissant qui ne peut plus s’éteindre. Elle connaît ce tumulte intérieur, elle sait que rien n’est transmissible, que les énergies contenues sont au-delà de toute forme de communication. L’éveillé se parle en s’adressant aux autres. C’est son chemin qu’il emprunte, son esprit qu’il défriche.

« Je ne sais pas Luc, c’est une question délicate. »

Silence.

« Tu les as toujours aimées ces interrogations déconcertantes. »

Silence.

Cette remarque la bouleverse. Elle sent dans sa voix une attention particulière. Un regard tendre et respectueux. Nulle trace de l’ironie habituelle.

« Luc, il faut que tu descendes, tu ne peux pas abandonner, tu ne l’as jamais fait. »

Silence.

« Je me fiche de mes exploits passés, c’est totalement insignifiant. J’aurais aimé en prendre conscience avant, c’est tout. Mais ça n’était peut-être pas possible. »

Elle repense à sa question précédente et devine la culpabilité qui s’y cache.  

« Tu sais, je n’ai rien pu faire pour Axel, Tanguy et Etienne. On a été complètement dépassé. Il ne fallait pas venir ici. Ca n’était pas pour nous. »

Elle n’ose toujours pas demander ce qui est arrivé. Elle n’est pas certaine d’ailleurs d’en supporter les détails. Le simple rappel des visages lui tord les entrailles. Morts. Ils sont morts. Elle ne parvient pas à y croire.

« Luc, tu dois redescendre aussi pour eux. Vous ne devez pas disparaître tous les quatre. Il faut que quelqu’un entretienne les mémoires. »

Silence.

« Je ne veux pas de ce rôle. »

Silence.

La phrase est tombée comme une sentence.

Elle sait désormais ce qui le retient en altitude. Elle comprend son erreur. Le retour dans les vallées, parmi les hommes, est un projet qu’il rejette car il le condamne à être le porteur d’un message immonde, une horreur insupportable, la source de tous les pleurs.  

« Mais ce n’est pas ça qui me retient ici, en tout cas, ce n’est pas le plus important. Tanguy, Etienne et Axel baignent de nouveau dans l’Ame de l’Univers parce qu’ils sont morts mais moi, je vis et pourtant, on m’a donné la chance, le privilège immense de goûter à cet ultime bonheur. »

Qui est-il devenu ? se demande-t-elle. Qu’a-t-il donc connu pour libérer désormais de telles paroles, avec une telle déconcertante facilité, ce complet détachement, comme si tout cela était parfaitement naturel ?

« Qui t’a donné ce bonheur, Luc ? »

Silence.

« Je ne sais pas réellement, l’Univers, je crois. Ce n’était pas mes pensées, quelque chose s’est insinuée en moi, c’est une certitude mais je ne peux pas l’expliquer. Tu sais, je n’avais plus de corps, ni d’esprit et pourtant tout est là, en moi, ça n’en partira plus jamais. Et je voudrais tant que ça revienne. »

Silence.

Elle comprend que la mort ne l’inquiète pas puisqu’il y devine une plénitude similaire. Elle ne trouve aucun argument pour l’inciter à vivre.

« C’est pour ça que tu ne veux pas descendre ?

Silence.

« Pour vouloir aller quelque part, répond-il d’une voix résolue, il faut qu’il y ait un projet, un objectif, un espoir. Mais tout est ici, je n’ai rien de mieux à trouver en bas. Je crains surtout qu’en descendant, tout cela disparaisse totalement. Et je m’en voudrais infiniment. »

Silence.

« Mais ce que tu as connu ou que tu connais encore, tu peux continuer peut-être à l’éprouver en restant vivant alors que tu ne peux pas savoir avec certitude que la mort te le proposera. »

Silence.

Il sait qu’elle a raison. Il n’a aucune certitude, simplement une hypothèse. La mort est-elle une fin ? Ou le complément délicieux des expériences proposées lors de ce passage terrestre ? Et pourquoi pas la suite du chemin pour devenir un humain? Il cherche une réponse dans les images du « rêve. » Il n’y trouve qu’un appel à la vie…Rien sur la mort de ses compagnons, rien sur le mystère qui s’y cache.

« Oui, Sandra, c’est possible que tu aies raison. »

La vie divine de l’instant présent.

L’expression a jailli. Les sensations l’accompagnent. Une douce félicité. Il ne peut toujours pas reconnaître dans ce ressenti un vécu passé. Rien n’y ressemble. C’est au-delà de sa vie, hors de toute mémoire. Il a peur brutalement d’insérer dans ce voyage intérieur des fantasmes menteurs, de perdre la vérité qui lui était proposée en l’entachant de prolongements rassurants, de mirages idylliques, de paradis tentateurs. Il devine des pressions éducatives, les traces fossilisées de paroles religieuses. Sa mère l’emmenait à la messe. Il avait dû subir les traditions familiales jusqu’à la communion. Il sait à quel point tout cela n’était qu’une vaste supercherie, un lien social insignifiant. Dans l’ombre froide de l’église, il n’a jamais vécu la moindre rencontre, la plus petite parcelle de joie, le début d’une plénitude. Rien d’autre que des paroles incomprises récitées docilement sous le regard inquisiteur du prêtre et de l’homme sur la croix. Enfermé dans son costume du dimanche, emprisonné derrière des murs sombres et glacés, encerclé par d’autres esprits enchaînés, il ne rêvait que d’habits usés contre les roches, de montagnes lumineuses, d’amis attentifs et rieurs, de défis relevés, de sommets vaincus.

Il sent bien qu’ici, tout est différent. On ne lui a pas parlé de la mort mais de la vie, du lien, de l’appartenance, de la communion cellulaire avec l’Univers du Vivant. Rien sur un paradis à gagner, rien sur la mort.

Il s’est égaré dans une vision apaisante, imaginant ses trois amis baignés par l’aura lumineuse. Ultime tentative de l’égo qui perd pied. Dernier baroud d’honneur. L’image le fait sourire. Il sait qu’il doit tout abandonner.

Tout.

 

Elle pense soudainement aux piles pour la radio. En a-t-il encore ? Ils n’ont jamais maintenu le contact aussi longtemps. Elle n’ose rien demander. Elle a trop peur de l’entendre répondre qu’un des trois amis a disparu avec les réserves. Elle ne parvient pas non plus à couper le contact. Elle l’imagine dans sa solitude glacée et cette vision la raidit, coule en elle comme une boue invalidante.

Elle étire ses jambes engourdies. Comment fait-il pour tenir ? L’humidité froide de la tente glisse en elle depuis si longtemps qu’elle a l’impression de moisir intérieurement. Elle ne sait même pas s’il a un abri.

« Luc, est-ce que tu as une tente ? »

Silence.

« Non, je n’ai rien. Juste un réchaud et mon duvet. »

Silence.

Comment est-il encore vivant ? Elle repense à ce doute qui l’avait envahi. Elle craignait qu’il ne porte pas en lui une raison indéfectible pour rester en vie. Elle conçoit à quel point elle s’est trompée. Mais ce qu’il a découvert a-t-il brisé cette force intérieure ou l’a-t-elle intensifiée ?

« Luc, il faut que tu descendes, tu ne pourras pas tenir une autre nuit. Je vais prévenir les autres grimpeurs, ils viendront te chercher. »

Silence.

« Je te l’ai dit, Sandra, c’est impossible de monter, il y a trop de neige. Axel est parti dans une avalanche. »

Une avalanche. Elle imagine le corps qui disparaît dans la masse titanesque. L’avalanche que les Polonais ont entendue. Le corps d’Axel est quelque part dans le déversoir. Sous des tonnes de neige. Une immense tristesse la submerge, elle sent les larmes qui montent. Comment Luc y a-t-il échappé ? Elle ne comprend pas. Ils devaient être séparés. C’est la seule hypothèse plausible. Des flots de questions surgissent. Elle ne comprend pas.

« Que comptes-tu faire, Luc, est-ce que tu as à manger ? »

Silence.

« Des soupes, quelques paquets de lyophilisés et des abricots secs. Mais j’ai pas beaucoup de gaz. J’avais partagé les réserves avec Axel. Avec le lever du jour, je verrai bien la suite. Mais il faudrait que j’attende que la neige se tasse un peu. »

Silence.

Elle est rassurée qu’il envisage la descente. Elle se dit que ce contact prolongé le ramène peu à peu à la réalité de sa situation et que sa raison reprend le dessus.

« Tu as réussi à dormir ? A toi. »

Elle ne veut plus de cette coupure silencieuse dans leur échange. Elle espère qu’il va reprendre la procédure habituelle. Elle veut retrouver l’homme déterminé qu’elle connaît, celui qui peut se sauver, qui en a les moyens. Elle veut l’arracher définitivement aux mystères qu’il a évoqués.  

« Oui, j’ai dormi un peu. Et c’est ce que j’ai connu de plus beau depuis que je suis sur cette montagne. »

Silence.

Elle s’en veut, il ne fallait pas poser cette question. Elle l’a ramené vers les images qu’elle maudit, vers les gouffres qu’elle entrevoit.

« Tu n’es pas trop fatigué ? A toi. »

Elle a insisté sur la procédure en renforçant sa voix.

« Je ne sais pas. Je n’y ai pas pensé en fait. Ca fait un moment que je n’ai pas bougé. J’ai l’impression d’avoir été nourri. Non, en fait, j’en suis certain. Il ne m’est jamais rien arrivé d’aussi merveilleux. »

Silence.

Elle sait qu’elle a échoué. Elle ne peut pas le ramener. Elle n’a plus aucune emprise sur lui. Il est ailleurs. Il a perdu ses trois amis et il parle d’instants merveilleux.

 

« Il faut que je te laisse, Sandra, je n’ai plus que deux piles. »

Silence.

« Tu me rappelles dès que tu en as envie, à n’importe quelle heure, tu me dis ce que tu fais, je vais aller prévenir les grimpeurs qui sont ici », lance-t-elle rapidement. 

Il sent dans sa voix une angoisse redoutable et il s’en veut.

« Ne t’inquiète pas, Sandra, je vais bien et je ne veux pas que d’autres grimpeurs prennent des risques pour moi. Il y a déjà trois morts en moi, je ne veux pas en rajouter. »

L’expression la terrifie. Elle perçoit l’immense détresse qui l’étreint, l’enserre dans un étau sombre, le cloisonne dans un cercueil. Il est enfermé dans le tombeau où gisent les souvenirs. Le survivant ne peut pas être libre, sa situation n’est pas enviable. Elle réalise avec une infinie tristesse à quel point il doit souffrir. Et elle craint que cette torture morale ne soit un précipice dans lequel il finisse par plonger.

« A bientôt, Luc, je pense à toi. Tu n’es pas seul, s’efforce-t-elle de prononcer en détachant clairement chaque mot. A toi.

-Non, je ne suis pas seul. Je le sais maintenant. A bientôt. »

 

Il a coupé.

Elle garde la radio dans ses mains comme si c’était lui qu’elle serrait. Elle réalise que ce n’est pas d’elle seule dont il parlait, ni même uniquement de Tanguy, d’Etienne et d’Axel. Ce qu’il a découvert est en lui, occupe une place gigantesque, le remplit d’une certitude inébranlable, au-delà de la raison humaine. Mais elle ne peut pas le nommer. Elle n’en a aucune image."

 

Ecrire pour philosopher

Par Le 08/10/2017

"On ne pense que par images. Si tu veux être philosophe, écris des romans". Albert Camus.


Des éditeurs et parfois des lecteurs m'ont dit que je ne devrais pas m'obstiner à écrire dans le registre du roman mais que je devrais m'atteler à écrire des essais.

Mais si je ne m'y résouds pas, c'est parce que je tiens à ce que mes écrits ne soient pas associés à des réflexions intellectuelles mais bien davantage à ce qu'ils représentent la vie dans toute sa dimension : intellectuelle, spirituelle, philosophique, évènementielle, quotidienne, passionnelle...

Le roman est un miroir de l'existence alors que l'essai en est son commentaire. 

Je ne veux pas commenter.

L'autre raison s'oppose à l'idée que le roman n'est qu'un divertissement et qu'il n'est pas destiné à conduire l'individu à un questionnement existentiel. Je pense au contraire que le roman a une force immense quant à l'identification possible du lecteur aux personnages alors que l'essai ne favorisera pas ce transfert et par conséquent la perception profonde des idées. L'essai s'en tiendra à la raison, le roman y ajoutera l'émotion.

Si le roman parvient à transcrire une démarche intellectuelle en la nourrissant des émotions, son absorption en sera renforcée.

Je n'oublierai jamais ma première lecture de "Citadelle" de Saint-Exupéry. Les pensées philosophiques de toute une vie.

 

Aucun essai philosophique n'aura à mes yeux cette puissance parce que s'y ajoutent la beauté incommensurable de la musique, de la poésie, des images, des dialogues, des paysages, des odeurs, des messages, des enseignements vivants. De tout ce qui fait la vie.

 

Alors, sans doute que je prends un risque en voulant mêler cette construction romanesque avec une démarche existentielle mais je ne peux pas trahir l'enfant qui vit en moi et qui posait sur sa poitrine le livre de Saint-Exupéry, après des heures de lecture, au fond de son lit. 

L'enfant est là. 

Tout ça remonte à si loin que je ne saurais continuer en le perdant. 

Sans la moindre prétention, il me plaît de penser que Saint Exupéry et tous les autres se réjouissent de l'amour que je leur porte encore, après tant de temps. 

Même si mes écrits n'auront jamais la puissance de leurs textes, ce qui m'importe, c'est de ne jamais délaisser l'amour des mots qu'ils m'ont transmis.

L'IA, intelligence artificielle

Par Le 08/10/2017

C'est là que l'on voit que le revenu universel de base est incontournable.

Qu'en est-il maintenant de l'avenir du développement personnel ?

Il est clair que la disparition de la situation salariale que nous connaissons encore va être sacrément déstabilisante.

Que feront ces individus de leurs existences dès lors qu'ils ne seront plus employés à une tâche professionnelle, comment évoluera cette société, vers quoi l'intelligence humaine va-t-elle se tourner, quels seront les objectifs de vie de ces milliards d'êtres humains ?...

Personnellement, je pourrais cesser de travailler dès aujourd'hui et mes journées seraient considérablement bien remplies...

 

Des robots du film «I, robot»

Des robots du film «I, robot» — 20TH CENTURY FOX

  • La guerre des intelligences est paru chez JC Lattès ce mercredi.
  • Pour son auteur, Laurent Alexandre, l’école ne prépare pas les enfants à lutter contre l’Intelligence Artificielle.
  • Seuls les gens très intelligents seront complémentaires de l’IA.

L’intelligence artificielle (IA) va nous manger tout cru. Pour Laurent Alexandre, chirurgien, énarque et spécialiste des nouvelles technologies, les progrès de l’IA risquent de creuser les inégalités sociales si le système éducatif n’évolue pas très vite. La guerre des intelligences, paru chez JC Lattès mercredi dernier, dessine un futur où les enfants pourraient s’implanter des circuits intégrés dans le cerveau pour rester compétitifs face à la machine. Avec 20 Minutes, l’auteur effleure les grandes questions que pose ce « tsunami technologique ».

Dans « La guerre des intelligences », vous critiquez le système éducatif. Pour vous, l’école ne donne pas les bonnes armes aux enfants pour affronter l’intelligence artificielle. Quels sont les risques liés à l’IA ?

Il existe un risque à long terme, celui qui a fait l’objet des disputes entre Elon Musk et Mark Zuckerberg cet été : le risque d’une intelligence artificielle hostile qui tuerait l’humanité. A mes yeux, le principal problème, c’est plutôt l’augmentation des écarts sociaux. Comme l’IA va être quasi gratuite et va faire de mieux en mieux des tâches humaines, nous risquons d’être dans une société où seuls les gens très intelligents, très innovants, très doués pourront trouver du travail. L’école aujourd’hui ne prépare pas les enfants, notamment des milieux défavorisés, à résister à l’IA.

>> A lire aussi : L'intelligence artificielle de Deepmind (Google) apprend en se souvenant

Comment l’école devrait-elle se préparer à l’intelligence artificielle, selon vous ?

En faisant le contraire de ce qu’elle fait depuis trente ans. Il faut déprofessionnaliser. Tout ce qui est professionnel, technique, va être balayé par l’intelligence artificielle. Un comptable n’a pas sa place en 2030. Sans parler du cas des chauffeurs routiers avec des camions qui sauront conduire seuls dans les vingt prochaines années. Tout ce qui est "savoirs techniques" va poser un problème. Aujourd’hui, on forme les enfants à des métiers qui ne leur permettront pas d’être compétitifs face à l’intelligence artificielle. Il faut les éloigner des secteurs où l’IA sera forte.

Sur quoi faut-il miser dans le futur ?

Les humanités, l’esprit critique, tout ce qui est multidisciplinaire. L’IA ne sait pas faire du transfer learning [utiliser un savoir pour faire autre chose], analyser transversalement un sujet. En réalité, il faudrait donner aux gamins des savoir-faire transversaux, de la multi-disciplinarité, des objets à lire. Leur apprendre à travailler en groupe. Il faudrait mettre des Montessori à la place des ZEP. Une bonne partie des patrons de la Silicon Valley ont été formés dans des écoles Montessori.

>> A lire aussi : Ecoles publiques, hors contrat, Montessori, Freinet...Comment se repérer entre les différentes écoles alternatives

Ne croyez-vous pas qu’une forme de technicité restera nécessaire, rien que pour l’entretien des machines ?

Si vous pensez que c’est un bac -2 qui va débugger l’intelligence artificielle, vous vous trompez. C’est comme penser qu’un cantonnier va faire fonctionner une centrale nucléaire. Effectivement, il restera des métiers techniques qui seront d’une complexité extraordinaire. Dans la société de demain, qui va être ultra-complexe et avec une Intelligence artificielle quasi gratuite, seuls les gens très intelligents seront complémentaires de l’IA. Vérifier qu’on n’est pas en train de créer une IA hostile, ce n’est pas un bac -3 qui en sera capable. En réalité, l’idée selon laquelle on aura besoin de plein de technicités, de développeurs bas de gamme est une idée fausse. A partir du moment où l’IA va gérer des fonctions vitales, nous opérer avec des robots chirurgicaux, gérer le trafic routier, c’est naïf de penser qu’on confiera ces tâches de monitoring à des gens qui ont une formation limitée.

Selon vous, l’IA va laminer des professions, que voulez-vous dire exactement ?

Aux Etats-Unis, le chauffeur-livreur-camionneur représente plus de 3 millions de personnes. La reconversion d’un camionneur de 50 ans n’ayant pas de culture générale, ne sachant rien faire d’autre, qui a quitté l’école à 16 ans, ne va pas être une mince affaire. On ne va pas reconvertir les 3 millions de chauffeurs routiers américains d’un claquement de doigts. La reconversion des comptables ne va pas être simple non plus. Une minorité d’entre eux deviendra expert comptable, et les autres ? Il existe des logiciels d’IA qui remplacent intégralement un comptable. La radiologie sera faite par l’IA dans pas longtemps mais je n’ai aucun souci pour les radiologues qui sont bac + 10, je suis plus inquiet pour les camionneurs.

>> A lire aussi : Les robots vont-ils vraiment voler nos emplois?

Quand vous voyez qu’un spécialiste de deep learning est payé 100 fois mieux que le professeur de collège le mieux payé au monde, c’est dément. On paye cent fois plus les gens qui éduquent le cerveau en silicium que ceux qui éduquent le cerveau biologique. Si on veut créer de la complémentarité, il faudrait faire le contraire.

Vous semblez décrire une intelligence artificielle qui va creuser les inégalités…

On va vers une crise sociale si on n’améliore pas considérablement le système scolaire. La bourgeoisie met déjà ses enfants dans des écoles d’exception. Le souci, ce sont les enfants défavorisés que le système encourage à aller là où l’IA va les dévorer. Notre système scolaire est construit en dépit du bon sens. Il y a même des métiers sophistiqués qui vont être challengés. Rockefeller Institute, à New York, l’un des plus grands centres médicaux au monde, a publié une étude cet été selon laquelle l’IA est 1.000 fois plus rapide que leurs meilleurs généticiens du cancer. Quand vous en êtes là, ça veut dire que vous serez bientôt à un million, un milliard de fois plus rapide qu’un généticien du cancer. Vous imaginez pour un comptable ou un petit employé de back-office ?

>> A lire aussi : Quand les machines battent l’Homme

Vous décrivez un futur qui se laisse séduire par l’eugénisme, ne peut-on pas imaginer un autre chemin, moins catastrophiste ?

Quand on voit les chiffres que je cite : 50 % des jeunes chinois souhaitent augmenter le QI de leur bébé par des méthodes biotechnologiques. Dans certaines régions du monde, on va aller vers de l’eugénisme positif. On a déjà commencé à faire de l’eugénisme négatif. Je vous rappelle qu’en France, la pratique de l’IVG est très répandue dans le cas d’un dépistage d’une trisomie 21. L’eugénisme n’est pas une perspective, c’est une réalité. On a déjà mis un doigt dans l’eugénisme, des zones vont pratiquer l’eugénisme positif. Est-ce que ce sera possible dans un pays comme la France ? Est-ce qu’il sera possible de résister ? Il est probable, et je ne m’en félicite pas, qu’on entre dans un engrenage, neurotechnologique avec les technologies d’eugénisme. En 2030, on pourra mettre des circuits intégrés dans le cerveau des enfants d’une façon ou d’une autre et on le fera.

En somme, en déléguant les tâches, ne risque-t-on pas de devenir moins intelligent ?

A partir du moment où on a un tsunami de datas et une puissance informatique forte pour les traiter, le neurone abandonne forcément le traitement de la data. Dans le livre, je cite des études qui ont été faites par des neurologues à Londres sur les chauffeurs de taxi, la zone de mémorisation spatiale, l’hippocampe, s’atrophie.

Ne peut-on pas imaginer une cohabitation pacifique plutôt qu’un affrontement ?

C’est le but mais n’oubliez pas que l’inertie des cerveaux humains est terrible. Les enfants qu’on forme aujourd’hui seront encore vivants à la fin du siècle. Imaginez l’IA entre 2050 et 2100. Notre cerveau ne bouge pas, sauf avec les techniques de neuroenhancement [de renforcement], alors que l’IA galope. Il y a dix ans, on pensait que jamais une voiture ne se conduirait seule. Regardez les progrès actuels. Parmi les enfants qu’on forme aujourd’hui dans les écoles populaires, il n’y en a pas un qui sera compétitif contre l’IA en 2070.

Courir

Par Le 07/10/2017

 

Aujourd'hui, à la descente du sommet du jour, j'avais cette musique qui tournait en boucle dans les écouteurs du MP3 et c'est à "l'image" de ces instants là-haut. 

J'ai dansé sur les chemins de pierre, j'ai crié mon bonheur, j'ai lancé mes jambes, j'ai posé mes pieds là où ils devaient être pour ne pas tomber, j'ai posé les pointes de mes bâtons là où ils devaient être pour ne pas tomber, j'ai scruté chaque pierre pour ne pas tomber, j'ai sué et soufflé, une heure trente sans aucune pause, la puissance, juste le bonheur de la puissance.

Oh, bien sûr, des milliers de coureurs iraient plus vite que moi mais ça n'a absolument aucune importance. Je vais à la vitesse qui me réjouit.

Ce plaisir du corps en action, encore une fois, pour la millième fois, je pense qu'il est impossible de vivre pleinement tant que cette jouissance n'est pas éprouvée, tant que le corps n'existe pas pour autre chose qu'une activité quotidienne, répétitive, intentionnelle et bien souvent pour des objectifs matériels. 

Que faisons-nous de nos corps ? À quels moments vivons-nous réellement en lui, avec lui, au plus profond ? Juste pour lui, sans aucun objectif autre que cette rencontre intime. Lui et nous.

Combien de fois sur une semaine, un mois, un an, éprouvons-nous sa puissance, ce miracle de la force, le souffle des poumons, la brûlure des muscles, les battements cardiaques, l'intensité de cette complexité vivante ?

Combien de gens mourront sans connaître d'eux autre chose que les dysfonctionnements physiques et ce regard méfiant, inquiet ou même détestable sur ce corps qui les empêche d'exister comme ils le souhaitent ? 

J'ai une sciatique, des douleurs permanentes dans les orteils du pied gauche, comme s'ils étaient brûlés de l'intérieur, une excroissance osseuse sur la colonne vertébrale, la maladie de Dupuytren, une vésicule biliaire qui ne fonctionne plus et lance, comme un point de côté incessant, des organes emplis de nodules, des pathologies qu'il faut chercher dans les annexes du Vidal... etc etc etc... mais tout le reste fonctionne, mes jambes peuvent pousser à la montée et absorber les chocs à la descente, mon souffle est bon, mon coeur est un piston infatigable, mon plaisir à suer est un carburant inépuisable, je peux rester concentré pour analyser le terrain à chaque seconde et savoir où poser mes pieds, mes bras jouent avec les bâtons de randonnée, mes abdominaux tendus protègent mon dos et je ris tout seul quand cette force m'anime et ruisselle, je ris et je bénis ce corps.

Courir n'a aucun sens, courir ne sert à rien. Et encore moins en montagne. Il n'y a aucune urgence, pas de rendez-vous, pas de raison professionnelle, pas de compétition, rien à "gagner" mais tout à perdre si ça n'est pas fait. 

Qu'est-ce que ce "tout" ?

Là : 

JUSQU'AU BOUT

EXTRAIT

Il écrivit toutes ses réflexions puis il décida d’aller courir. Il devait entretenir son corps désormais. Avec attention et rigueur. Se muscler, gagner en endurance, en puissance, en résistance, supporter la douleur, le froid, la faim, la soif. Le bonheur absolu des samouraïs. Il deviendrait comme eux. L’esprit et le corps unis dans une même lutte. La joie qui montait en lui, comme un magma brûlant, dense, vigoureux, une fièvre élévatrice. Il se sentit presque grandir. C’était fabuleux. Il fallait courir pour libérer cette puissance.

Il sortit et reçut la lumière du soleil comme un don.

 

Il quitta son sous-pull. Son torse devait se nourrir des ondes divines. Il aurait aimé courir nu mais les esprits pervers n’auraient pas compris.

Il partit sur la route.

Dès les premières minutes, il chercha à se concentrer sur le rythme de ses foulées, la musique de son souffle et de ses pas, le tempo de son cœur, se coupant du monde extérieur, n’acceptant que les rayons solaires et la brise fraîche, sans objectif précis, il s’enfonça dans les forêts, traversa le plateau granitique de la Pierre Levée, suivit un temps le ruisseau du Ninian, rejoignit une route qu’il ne chercha pas à reconnaître, refusant de construire un parcours, limitant le travail de son esprit à la précision de ses gestes et quand il sentit que les muscles des jambes durcissaient, que le ventre et le dos supportaient de plus en plus difficilement les chocs répétés, il s’interdit de penser à un probable retour et, peu à peu, il sentit s’installer en lui la mécanique hypnotique de la course, s’engloutissant à l’intérieur de lui-même, insensible à toutes les sensations extérieures, ne vivant que dans l’infini profondeur de son propre abîme, il ne distingua de son corps que le passage rapide devant ses yeux d’un pied puis d’un autre, le premier disparaissant, immédiatement remplacé par le second et cela sans fin, et il trouva magnifique la mélodie répétitive de ses pas sur le corps de la Terre, comme des étreintes répétées, un don d’énergie partagée, il buvait à la source de vie et s’enivrait de jouissance, cette alternance rapide et saccadée et cette absence de volonté, le corps agissant indépendamment de tout contrôle, sans crainte et donc sans fatigue, le cerveau, submergé de douleurs ayant abandonné l’habitacle, s’évaporant dans un ailleurs sans nom, il la trouva magnifique cette musique en lui, chaque foulée se répercutant dans l’inextricable fouillis de ses fibres musculaires, dans les souffles puissants jaillissant de ses poumons vivants, comme une alarme infinie qui retentit, un appel à la vie, un cri de nouveau-né qui emplirait le ciel et gonflerait les nuages, ses perles de sueur comme des semences inondant la Terre, les râles de sa gorge comme des mots d’amour et il comprit pleinement, par-delà les pensées, que les poumons, le cœur, le sang et les cellules n’existaient que dans ces instants d’extrême exploitation, que les jours calmes étaient des jours morts, des jours sans éveil, des jours d’abandon et de faiblesse, des heures disparues dans le néant de la mort, des pourritures rongeant l’extase, des impuissances de verge éteinte, des mollesses de cadavres agités dans l’attente des vers, c’était inacceptable et il ne l’accepterait jamais, sa vie devait être comme cette course, sans cassure, sans déchet, sans seconde évaporée, un cri de vie dans le silence des cimetières, une rage aimante comme un hommage, il plongerait son âme dans le calice du monde jusqu’à noyer les derniers résidus des morales apprises, il couvrirait la Terre de son corps embrasé, il emplirait le vide de son amour enflammé, il sentit les larmes couler, c’était si beau ce moment de vie, enfin la vie.

Il courut si longtemps qu’il ne sut pas quand il rentra.

 

COURIR, COURIR, encore et encore

Les habits de l'automne

Par Le 07/10/2017

La montagne me comble de bonheur.

J'y trouve l'effort physique et la contemplation.

 

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L'école et le loisir de penser

Par Le 03/10/2017

 

L'école ou le loisir de penser

 

Publié le 

Écouter

  • Yvan Droumaguet, agrégé de philosophie, participant aux ateliers de la Société bretonne de philosophie et auteur aux Editions Apogée
    Yvan Droumaguet, agrégé de philosophie, participant aux ateliers de la Société bretonne de philosophie et auteur aux Editions Apogée | DR

Yvan Droumaguet (1)

Écrire sur l'école en pleine période de vacances paraîtra peut-être intempestif et davantage encore en défendant l'école comme loisir. Ce retour au sens originaire grec du mot, celui du loisir d'étudier que seul motive le désir de s'instruire, n'est-ce pas en effet la nostalgie d'un temps à jamais disparu ?

Au moment où les résultats du baccalauréat montraient un nouveau record du pourcentage de reçus, à la satisfaction des autorités qui voient là sans plus s'interroger un signe de réussite, je relisais quelques-uns des articles de Jacques Muglioni, doyen de l'Inspection générale de philosophie de 1971 à 1983, précisément regroupés sous ce titre : L'école ou le loisir de penser(2).

Que nous disait-il ? D'abord, que la plus grande des menaces pour l'école était qu'elle perde son sens. L'art d'enseigner, c'est-à-dire d'éveiller la pensée et de la guider sur les chemins du savoir, a laissé la place à des procédures techniques, à l'application de consignes produisant des comportements pouvant faire l'objet de contrôles. Certes, il est utile d'acquérir des compétences, mais on perd l'essentiel quand l'enseignement ne vise plus à développer l'humain en l'enfant, ce qui est proprement l'élever.

Élever à l'humanité n'est pas adapter à la société telle qu'elle est, mais permettre de devenir un sujet autonome capable de penser et d'agir dans un avenir que nul ne connaît ni ne peut prévoir. Se servir de sa propre raison, être responsable de ses pensées et de ses actes, à cela se résumait la devise des Lumières. Cela s'appelle la liberté et donne à l'acte d'enseigner son sens et son unité.

Une école qui libère

La liberté est tout entière dans cet effort de penser sans lequel les connaissances se dégradent en informations et les valeurs en préjugés. Il n'est pas de savoir sans réflexion. Je ne connais que ce que je fais l'effort de penser.

Dans un monde complexe et dangereux, nous avons grand besoin de cette éducation à la liberté. Loin de se confondre avec la spontanéité des désirs, la liberté s'acquiert par l'apprentissage de la réflexion, ce qui signifie d'abord prendre de la distance à l'égard de nos émotions et de nos croyances. Nos certitudes et nos valeurs ont elles-mêmes besoin d'être pensées, mises en question si nous voulons éviter l'enfermement qui mène au rejet de l'autre et au fanatisme. C'est là le rôle d'une école qui libère et élève.

Retrouver le lien essentiel de l'école à la liberté, c'est aussi redonner à la culture son véritable sens. La culture est cette construction de soi toujours inachevée qui exige une réflexion sur les croyances, habitudes et valeurs reçues afin de ne pas leur être asservis. Ne pas être enfermé dans une culture particulière, ce n'est pas la rejeter. C'est en comprendre le sens et pouvoir en juger librement, ce qui exige de s'ouvrir à l'universel, particulièrement par l'étude des grandes œuvres du passé.

Enfin, si nul ne doit être empêché de s'instruire, ce qui est le sens vrai de l'égalité de l'école, cette égalité devant l'instruction n'est pas égalité des élèves en lettres ou en mathématiques, comme le disait justement Jacques Muglioni. Contre la dégradation de l'égalité en égalitarisme, il faut dire que l'égalité des conditions et des chances n'est pas celle des intelligences ni des talents.

Oui, ces considérations sont bien intempestives au regard de l'évolution de l'enseignement depuis des décennies. Mais sans éducation à la réflexion, sans relation à l'universel de la vérité, sans ce que l'on nomme de ce beau mot d'humanités, l'école peut-elle encore être libératrice ?

(1) Yvan Droumaguet, agrégé de philosophie.

(2) Jacques Muglioni, L'école ou le loisir de penser, CNDP, Paris 1 993.

Sur la chasse (suite 4)

Par Le 03/10/2017

On est "bien" parti pour battre des records...

Si vous allez vous promener pour profiter des bienfaits de la nature, accrochez une grosse cloche à votre sac à dos (quoique certains chasseurs sont "bouchés"...ou "bouchers"...)

 

Illustration.

Illustration. Photo doc C. Czernecki

Un trentenaire aurait tiré à trois reprises sur un sexagénaire lors d'une partie de chasse, lundi 2 octobre, à Seillons-Source-d'Argens. Il a été placé en garde à vue.

Le suspect participait à une partie de chasse avec un ami lorsqu'il a cru apercevoir un sanglier entre les buissons. Après avoir tiré à trois reprises, il a pris conscience de sa fatale erreur. Sa cible était un homme. 

Interpellé, il a été placé en garde à vue, informe 20 minutes. Le test de dépistage d'alcool s'est révélé négatif. L'enquête a été confiée à la brigade de Brignoles. 

Déjà 143 accidents de chasse ont été recensés pour la saison 2016-2017, a indiqué l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). Parmi les 18 cas mortels, un homme de 57 ans, qui a perdu la vie à Clans dans les Alpes-Maritimes, samedi 16 septembre. 

>> LIRE AUSSI. Un mort dans les Alpes-Maritimes et deux blessés dans le Var dans des accidents de chasse

La lecture qui délivre la paix.

Par Le 02/10/2017

Le collège de Banon maintient ses 20 minutes de lecture obligatoire pour tous

Par David Aussillou, France Bleu ProvenceJeudi 28 septembre 2017 à 18:28

20 minutes de lecture dans le silence pour les élèves et les profs du collège de Banon
20 minutes de lecture dans le silence pour les élèves et les profs du collège de Banon © Maxppp - David Aussillou

Comme l'an dernier, chaque jour, après l'heure du déjeuner, tous les élèves et le personnel du collège de Banon (Alpes-de-Haute-Provence) se mettent à lire dans le silence. Un rituel qui rend tout le monde plus paisible.

Il est 13h40. Une mélodie retentit dans le collège de Banon (Alpes-de-Haute-Provence). Les 150 élèves sortent tous un livre de leur sac. Et comme par magie, ils s'installent et se mettent à lire. Seuls ou à côté d'un camarade. Un roman ou une BD. Rien n'est imposé. Sauf le silence.

Ce rituel existe depuis plus d'un an dans cet établissement sans histoire. La principale a voulu ainsi mieux utiliser la pause de la mi-journée. Au départ, certains étaient septiques de reprendre l'idée venue d'un lycée d'Istanbul en Turquie. "Quand j'ai vu que les enfants y prenaient du plaisir, je me suis dit que c'était gagné" raconte Marianne Lew, la principale.

Stephen King ou Lucky Luke

D'autant que dans le collège, tout le monde joue le jeu. À 13h40, comme tous les élèves, les adultes ouvrent eux aussi un livre. Les enseignants comme la cantinière. Parfois, ils se sont remis à lire. "Ça fait du bien"confie l'adjoint de direction.

Depuis l'instauration de la lecture obligatoire, les exclusions de classe ont été divisées par trois l’après midi. En refermant un Stephen King, Arthur, 15 ans, dit lire aujourd'hui chaque jour : "C'est comme quand je me lave les dents". Enzo lui se contente de lire des Lucky Luke : "Ça passe vite le midi".

Et pourquoi pas dans les quartiers nord de Marseille ?

Au début de cette nouvelle année scolaire, tous les élèves ont été consultés sur la reconduction ou non de l'opération. 88% ont réclamé la poursuite du rituel. Aujourd'hui, d'autres collèges en France ont repris l'idée. Dans l'Académie du Grand Est, une vingtaine d'établissement sont prêts à le faire.

À Banon, la principale est persuadée qu'elle pourrait aussi le faire dans un établissement sensiblecomme ceux des quartiers Nord de Marseille. "Ça marcherait, dit-elle. S'il faut adapter la durée ou la façon de se procurer les livres, c'est possible. Mais le silence est universel. Et contre la violence, la lecture est absolument indiquée.

Réalité de la voiture électrique.

Par Le 02/10/2017

Émissions de CO2  : l’impasse de la voiture électrique

TRIBUNE

PAR STÉPHANE LHOMME

Directeur de l’Observatoire du nucléaire

Le cycle de vie d’un véhicule électrique le rend aussi polluant qu’un véhicule thermique. Le subventionner n’a pas de sens, explique le directeur de l’Observatoire du nucléaire, Stéphane Lhomme.

Temps de lecture : 2 min

La fabrication des batteries est tellement émettrice de CO2 qu’il faut avoir parcouru de 50 000 à 100 000 km en voiture électrique pour commencer à être moins producteur de CO2 qu’une voiture thermique. Soit 15 à 30 km par jour, 365 jours par an, pendant 10 ans ! AFP/DANIEL ROLAND

Al’approche de la COP21, le gouvernement français intensifie sa croisade en faveur de la voiture électrique, probablement parce qu’il s’agit de la seule action pouvant faire croire que le pays hôte se préoccupe du climat…

Or, contrairement à ce que croient la plupart des gens, soumis à une propagande continuelle des politiques et des industriels, la voiture électrique n’est pas plus vertueuse pour le climat que la voiture thermique, essence ou diesel.

LA SUITE APRÈS CETTE PUBLICITÉ

Ce sont là les conclusions d’une étude, déjà ancienne, de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), ignorées délibérément par le gouvernement (Elaboration selon les principes des ACV des bilans énergétiques, des émissions de gaz à effet de serre et des autres impacts environnementaux induits par l’ensemble des filières de véhicules électriques et de véhicules thermiques à l’horizon 2012 et 2020, novembre 2013).

La donnée la plus cruciale est que la fabrication des batteries est tellement émettrice de CO2 qu’il faut avoir parcouru de 50 000 à 100 000 km en voiture électrique pour commencer à être moins producteur de CO2qu’une voiture thermique. Soit 15 à 30 km par jour, 365 jours par an, pendant 10 ans !

Sachant que ces voitures servent essentiellement à des trajets courts, il est probable que le kilométrage nécessaire pour s’estimer « vertueux » ne sera jamais atteint. De plus, tout le CO2 émis par une voiture électrique est envoyé dans l’atmosphère avant même que ne soit parcouru le moindre kilomètre, alors que la voiture thermique émet son CO2 au fil des ans…

Par ailleurs, il est partout prétendu que la voiture électrique n’émet pas de particules fines. Mais comme le signale le magazine Science et Vie(janvier 2015), « les pneus, les freins et l’usure des routes émettent presque autant de microparticules que le diesel ». La voiture électrique émet certes moins de particules que la voiture thermique, puisqu’elle ne dispose pas d’un pot d’échappement, mais elle possède bien des freins, des pneus, et roule sur le goudron !

A 80 % nucléaire

Au final, la voiture électrique n’est pas plus écologique que la voiture thermique. L’argent public consacré à son développement est donc totalement injustifié. Or, il s’agit de sommes astronomiques :

– le gouvernement a lancé un plan d’installation de 7 millions de bornes de rechargement à environ 10 000 euros pièce, soit un coût d’environ 70 milliards d’euros. Il est d’ailleurs poignant de voir les élus de petites communes, croyant faire un geste pour l’environnement, casser la tirelire municipale pour s’offrir une borne ;

– le bonus « écologique » à l’achat d’une voiture électrique dépasse 10 000 euros par véhicule, souvent complété par une prime de la région. La quasi-totalité des acheteurs sont des ménages aisés : une fois de plus, l’argent de tous est offert aux plus privilégiés.

En réalité, au pays de l’atome, tous les moyens sont bons pour « booster » la consommation d’électricité, en baisse continue depuis des années. Car la voiture électrique en France peut être considérée comme une « voiture nucléaire » : la quasi-totalité des bornes de rechargement installées sont branchées sur le réseau électrique ordinaire, à 80 % nucléaire.

Il ne faut pas se laisser abuser par les certificats mis en avant par M. Bolloré et ses Autolib (Paris), Bluecub (Bordeaux) et Bluely (Lyon), assurant qu’elles sont rechargées aux énergies renouvelables : il ne s’agit que de jeux d’écriture ; l’électricité utilisée est la même qu’ailleurs.

Nous ne faisons pas ici la promotion de la voiture thermique, elle-même une calamité environnementale. Mais, justement, personne n’aurait l’idée d’offrir 10 000 euros à l’achat d’une voiture diesel, de lui réserver des places de stationnement et de remplir son réservoir à prix cassé…

Par STÉPHANE LHOMME Directeur de l’Observatoire du nucléaire

"Peut-on penser l'origine de l'Univers?"

Par Le 30/09/2017

Nous n'avons pas la preuve de l'existence du néant.......

Comment le néant, c'est à dire l'absence de toute chose, peut devenir quelque chose ? Il faudrait que ce néant contienne les propriétés lui permettant de devenir quelque chose. Il faudrait  au coeur du néant une espèce "d'oeuf" capable d'engendrer autre chose que le néant mais l'existence de cet oeuf lui-même rendrait caduque la notion de néant. Et d'ailleurs, où pourrait-on situer le coeur du néant ? 

L'idée en cours est par conséquent que le néant n'a jamais existé, que l'instant zéro du big bang n'a jamais existé et qu'il existerait un univers précédent le nôtre, que celui-ci se serait contracté jusqu'à cet instant zéro et ayant atteint la dimension du point ultime aurait rebondi... Et depuis, il s'étend...

 

Où est-ce que j'ai rangé ce fichu tube d'aspirine? :)

 

Le désir métaphysique

Par Le 30/09/2017

"Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?" Leibniz

 

« Que l’esprit humain renonce une fois pour toutes aux recherches métaphysiques, on doit tout aussi peu s’y attendre qu’à nous voir, pour ne pas respirer un air impur, préférer suspendre totalement notre respiration. » Emmanuel Kant.

 

Cette métaphysique est pourtant bien souvent perçue comme une pure spéculation, une vue de l’esprit ne tenant pas compte de la réalité, cette fameuse « réalité » qui sert de fondement à tout esprit cartésien et logique. Kant s’est évertué à montrer, à juste titre, que le domaine de la métaphysique se situe hors de portée de la raison, que les procédures scientifiques de vérifications y sont inopérantes. Pour lui, « il est nécessaire d’abolir le savoir pour laisser place à la croyance. »

Cette croyance ne peut pas devenir une vérité ou une connaissance étant donné que les inquiétudes fondamentales qui la constituent sont individuelles dans leurs développements. Il n’y a pas d’universalité dans la métaphysique.

Alors que les scientifiques y voient la raison même de sa subjectivité et donc de son incapacité à devenir une vérité fondamentale, j’y vois l’opportunité d’une liberté. C’est parce que la métaphysique n’entre pas dans le champ de la connaissance scientifique qu’elle préserve son indépendance. 

Bien entendu, elle reste du coup sous l’emprise des plus farfelus…Mais la science, elle-même, n’est pas à l’abri des développements les plus néfastes…Inutile d’en faire la liste. La raison n’a pas mis l’humanité à l’abri de la folie humaine.

La métaphysique s’attache aux intérêts théoriques les plus hauts de la raison sans répondre pour autant aux critères rigoristes de la science. Est-ce pour autant qu’elle ne mérite pas d’attention ? Doit-elle être considérée comme une illusion ou un cheminement vers une vision macroscopique du phénomène vital.

 

« Qui suis-je, où vais-je, dans quel état j’erre ? »

 

Tournure humoristique mais qui reflète quelque peu l’image associée à ce genre d’interrogations. Evidemment qu’aucune expérience scientifique ne pourra résoudre l’énigme. Certains se demanderont d’ailleurs le sens et l’intérêt de cette énigme, entrant par là même dans le champ de la métaphysique en s’imaginant la critiquer…

 

« Les lois de la physique n’existent aucunement dans l’espace et dans le temps. Tout comme les mathématiques, elles ont une existence abstraite. Elles décrivent le monde mais elles ne sont pas « dedans ». Néanmoins, cela ne signifie pas pour autant que les lois de la physique sont nées avec l’Univers. Si tel était le cas, si l’ensemble de l’Univers physique et des lois étaient issues de rien, nous ne pourrions alors pas recourir à ces lois pour expliquer l’origine de l’Univers. Aussi, pour avoir quelque chance de comprendre scientifiquement comment l’Univers est apparu, nous devons admettre que les lois elles-mêmes ont un caractère abstrait, intemporel, éternel. » Paul Davies.

 

Ce que je comprends dans ce texte, c’est que le fait d’avoir identifié les lois qui régissent l’Univers n’explique pas pour autant l’établissement antérieur de ces lois.

C’est comme si on s’appliquait à décrire les ingrédients d’un repas et les phénomènes expliquant leur croissance dans la Nature mais sans jamais s’interroger sur le fait que ces ingrédients existent « à priori » avant même d’être insérés dans la Nature. Ou alors, c'est qu'ils auraient la capacité à jaillir de "rien", spontanément.

Est-ce que la Vie jaillit "spontanément" ? 

Y a-t-il une « pensée » élaborant le principe de Vie avant même que les mulitudes de formes de vie ne prennent forme ?

Y a-t-il une « intention » antérieure à la création de l’Univers ?

Comment pourrait-on concevoir que quelque chose d’aussi incommensurable dans sa complexité puisse être issu de rien ?.....

Mais alors, si cela s’avère exact, qu’y a-t-il avant la Création ?

 

« Toute la philosophie est comme un arbre, dont les racines sont la métaphysique. » René Descartes.

Il est curieux de constater à quel point les scientifiques ont fini par effacer cet intérêt primordial du discours cartésien…

 

Il convient au contraire de ne pas étouffer ce désir d’horizon.

Enfant indigo / autiste asperger.

Par Le 30/09/2017

Enfant indigo et autiste asperger.

Une vidéo et un site à connaître.

Mouton Lucide

 

18 h · 

C'est quoi un adulte indigo? Si vous vous reconnaissez dans les 10 signes de cette vidéo, c'est que vous en êtes probablement un.

SUGGESTIONS
- LIVRE : Etre indigo sans avoir le blues / Petit manuel joyeux de survie pour des êtres en avance sur leur époque - 
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- Chaîne YouTube d'un indigo (en anglais) Infinite waters : https://lc.cx/GAo2
- http://www.sceptiques.qc.ca/dictionnaire/indigo.html

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L'école, cible première.

Par Le 30/09/2017

 

Le problème des personnels manquants est bien évidemment crucial mais ce qu'il faut analyser également, ce sont les causes originelles de cette situation, non pas les causes financières puisqu'on sait très bien que le "budget" reste la priorité des gouvernements successifs mais le fait qu'il existe une telle violence et insécurité dans les enceintes mêmes des structures scolaires et celle-ci n'est pas un cas unique.

Ce que j'en retire comme conclusion, c'est bien que la société civile est de plus en plus anxiogène et que la confrontation des individus est à l'image de la société extérieure à l'école. 

L'école n'est bien souvent que le réceptacle chaotique des conflits d'une société éminemment déséquilibrée dans ses fondements.  Les enseignants, aussi bienveillants et rigoureux soient-ils, deviennent les symboles d'un "enfermement existentiel" et attirent vers eux toutes les révoltes. Les enseignants représentent bien souvent les premières cibles dans le rejet de cette société anxiogène. Ensuite viendront les policiers, les politiciens ou même les pompiers, les services de santé et les biens publics. 

Il existe une solution immédiate à ce terreau des violences : les petites structures scolaires.

"Les hommes sont comme des pommes ; plus on les entasse, plus elles pourrissent vite". Mirabeau

J'ai connu des petites écoles rurales dans lesquelles l'espace vital était préservé. Aujourd'hui, les structures scolaires ressemblent à des entassements délétères. 

C'est une évidence que la séparation des conflits les apaisent.

Oui, mais la multiplication des structures a un coût financier que les gouvernements ne veulent pas assumer. Je rappelle que le personnage Belkacem ( le "Madame" ne lui sied pas) a toujours considéré que le nombre élevé d'enfants par classe et par établissement n'était nullement un problème.

Il suffit pourtant de regarder le foutoir de l'Assemblée nationale pour comprendre que lorsqu'on entasse dans le même endroit des egos qui s'opposent, rien de bon n'est possible...

 


A Grenoble, un collège entame sa troisième semaine de grève

 

Par François Carrel, Grenoble, de notre correspondant. — 

Le ministre de l'Education, Jean-Michel Blanquer, à l'Elysée le 18 mai. Les grévistes ont fait appel à lui, ainsi qu'au président LR du conseil départemental de l’Isère, Jean-Pierre Barbier et au député LREM de la circonscription Olivier Véran.
Le ministre de l'Education, Jean-Michel Blanquer, à l'Elysée le 18 mai. Les grévistes ont fait appel à lui, ainsi qu'au président LR du conseil départemental de l’Isère, Jean-Pierre Barbier et au député LREM de la circonscription Olivier Véran. Photo Stéphane de Sakutin. AFP

 

Les personnels de l'établissement, classé en réseau d'éducation prioritaire, s'élèvent contre la suppression de contrats aidés, qui leur assurait auparavant 6 postes pleins de surveillants pour 425 élèves, «le strict minimum».

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     A Grenoble, un collège entame sa troisième semaine de grève

«Nous refusons de voir les élèves de notre collège, situé dans le secteur le plus précarisé de Grenoble, pâtir de décisions irréfléchies qui vont accentuer les inégalités» : les personnels du collège Vercors n’acceptent pas le recul du nombre de surveillants dont ils disposent cette année pour encadrer leurs 425 élèves : ils ont entamé ce lundi leur troisième semaine de grève. Le collège, classé en réseau d’éducation prioritaire (REP), est celui d’un quartier populaire du sud de Grenoble, Jouhaux, lourdement impacté par les trafics de drogue, avec la forte insécurité et les incivilités qui les accompagnent.

L’équipe du collège, motivée et unie – elle avait décroché en mai 2016 un prix de l’Education prioritaire qui lui avait été remis par Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre de l’Education nationale – avait réussi l’an dernier, au prix d’une grève déjà, à faire passer son personnel surveillant de 4,5 à 6 équivalents temps plein, grâce à l’embauche de 3 surveillants, ou assistants d’éducation (AED), en contrats aidés. L’équipe pensait alors que ce taux d’encadrement était acquis.

Le répit n’aura duré qu’un an : la suppression récente des contrats aidés du collège, en accord avec la politique gouvernementale, a fait retomber le nombre d’assistants d’éducation à 4,5 équivalents temps plein et provoqué une grève massive des personnels, enseignants compris, en dehors de tout cadre syndical. Le rectorat de Grenoble a vite réagi en réattribuant un demi-poste d’assistant d’éducation au collège et annonçant le recrutement de deux jeunes en service civique en renfort… sans effet sur la mobilisation des personnels, soutenus par les délégués des parents d’élèves, mobilisés chaque matin ces deux dernières semaines devant le rectorat, avec leur pancartes.

Les services civiques ne peuvent en effet participer «qu’à l’accompagnement scolaire, comme l’aide aux devoirs, mais ne sont pas habilités à faire de la surveillance, dans la cour par exemple, et ne peuvent avoir seul la responsabilité d’un groupe», alertent les grévistes. «Dans ce quartier qui a une réelle capacité d’embrasement, ces 6 postes pleins de surveillants pour 425 élèves c’est le strict minimum. C’est indispensable pour que nous puissions continuer à pacifier, à désamorcer les situations explosives qui peuvent régner à l’extérieur du collège», précise l’une d’entre eux.

Ce mardi, au 13e jour de grève, 75% des personnels, dont 25 des 37 profs, resteront en grève. Une douzaine d’enseignants ont repris le travail lundi, permettant à quelque 130 collégiens sur les 425 inscrits d’avoir leurs premiers cours de l’année, sur un «emploi du temps-gruyère», expliquent les grévistes. Le soutien d’une partie des parents d’élèves s’effritant, le rectorat assurant avoir déjà fait ce qu’il pouvait, les grévistes font désormais appel au président LR du conseil départemental de l’Isère, Jean-Pierre Barbier, au député LREM de la circonscription Olivier Véran, et au ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer : «Messieurs, pour une école de la confiance, rétablissez les moyens supprimés !»

François Carrel Grenoble,

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