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Libérer la parole

Par Le 10/09/2015

LIBERER LA PAROLE

 

Lorsque Raymond Moody, célèbre cardiologue américain, a révélé les premiers cas de NDE dans son hôpital, un flot de témoignages a déferlé dans le pays, repris ensuite par d’autres chirurgiens, anesthésistes, cardiologues, infirmières, personnels de chambre etc etc…

Cette peur d’être considéré comme un « fou » et cette interdiction de parler, parfois même à ses plus proches, avaient été brisées par cette prise de paroles de la part de quelqu’un de considéré comme « crédible ».

 

Cet exemple est représentatif de la nécessité de « libérer la parole » et de permettre aux carcans sociaux d’être brisés.

Lorsque je vois le matraquage effectué sur les gens accusés d’être des « complotistes », je réalise qu’encore une fois, la parole est bridée, contenue jusqu’à faire passer ces esprits contradicteurs pour des malades mentaux.

Cette fameuse liberté d’expression n’a pas droit de parole dès lors qu’elle s’oppose à la version officielle, celle des gens « biens pensants », sains d’esprit…

 

Il est donc impérieux de ne pas craindre le rejet.

Il me suffit de regarder d’ailleurs l’isolement intégral qui est le mien au regard de la profession enseignante que j’ai côtoyée. Je n’existe plus. Banni, pestiféré, exclu. Oublié.

Très bien finalement. Je sais que mon positionnement correspond parfaitement à mes convictions puisque ce positionnement est rejeté par la masse et que je n'adhère pas aux choix actuels de la masse enseignante. 

Et j’entends déjà certains esprits m’accuser de paranoïa…

On "médicalise" toujours les gens qui pensent autrement.

 

Cette série de vidéos montre le cheminement intellectuel d‘un individu « lambda » qui peu à peu prend conscience que la vérité est une fille de joie qui s’offre au plus offrant, au plus percutant, à celui ou ceux qui disposent d’une force de frappe considérable.

La minorité opposante sera d’autant plus facilement ridiculisée qu’elle ne bénéficiera pas des réseaux de diffusion les plus vus. On dira évidemment que les sites de contestation, de par leur faible audience, sont tenus par des « extrémistes illuminés, des sectes, des malades mentaux, des originaux, des marginaux » etc etc….

 

La question qui se pose est par conséquent la suivante : Qui pense ?

Une masse pour l’adhésion des individus ou des individus qui se dressent devant la masse ?

 

Il est connu que dans l’Histoire de l’Humanité, les idées les plus « révolutionnaires » ont toujours été à l’origine totalement décriées, dès lors qu’elles s’opposaient à des dogmes intangibles. Puis, ces idées finissaient par être entendues, répercutées, dès lors que la « parole était suffisamment libérée ». Il arrivait parfois que ces idées « révolutionnaires » deviennent même les nouveaux dogmes. Ce qui impliquait nécessairement qu’elles soient de nouveau remises à plat.

C’est toute l’idée du « progrès » qui prend sa source dans ce procédé.

Dès lors qu’un Etat et les canaux gouvernementaux d’informations établissent une « morale bien-pensante », une mise au pilori de tous les trublions, il est inévitable que cette société périclite.     

C’est ce qui se produit actuellement.

« Bienheureux les fêlés, car ils laissent passer la Lumière ».

Merci à Monsieur Audiard.

 

Il ne s’agira pas nécessairement d’une lumière durable ou crédible ou objective ou recevable mais ce qui importe, c’est que la lumière commune ne soit plus dans le plein pouvoir de l’aveuglement….

 

Il est probable que certain(e)s spectateurs ou spectatrices rejettent d'emblée ces vidéos parce qu'elles parlent de Dieudonné, des attentats du WTC, de la guerre en Irak, de la main mise des "Faucons" de Washington, etc etc....

A chacun alors d'analyser clairement les raisons de ce rejet. 

J'ai eu beaucoup de mal avec Dieudonné lorsque mes ados sont venus me proposer de regarder ses sketchs. Et il a bien fallu que j'aille chercher pourquoi. 

Ca m'a pris du temps...

Il fallait que je libère en moi mes propres paroles et non plus les paroles apprises, les paroles communes, les paroles partagées par la majorité.

C'est effrayant d'ailleurs de réaliser la quantité de fardeaux qu'on transporte en soi...

Je bénis par contre mes adolescents d'avoir fait voler en éclat mes enceintes.

Non pas que je gobe, béat et admiratif, tout ce qui se dit dans la mouvance contestataire mais je sais, qu'au moins, j'ai appris à ne pas avoir confiance d'emblée. Envers personne en fait. 

Je commets de multiples erreurs d'appréciation, je me trompe dans mes conclusions, je m'égare, j'erre, je fais demi-tour, je m'enlise, je m'évade, je cherche, je cherche, je cherche.....

 

Ces vidéos sont longues et complexes parfois. L'avantage, c'est qu'on peut réécouter plusieurs fois le même passage....Et ça en vaut vraiment, vraiment, la peine.....

 
 
 

 

Le loup et les éleveurs...

Par Le 09/09/2015

Qu'ils ne comptent pas sur moi pour les soutenir les éleveurs...En montagne, on rencontre régulièrement des troupeaux de moutons sans aucune surveillance, avec un berger qui monte en alpage tous les trois jours....Qu'ils reprennent un peu l'histoire de l'élevage de montagne, qu'ils regardent les Anciens...Ou qu'ils se taisent à tout jamais. 

 

 

 

Une association pour la protection du loup dénonce "l'impunité" des éleveurs après la

 

séquestration en Savoie

L'association Ferus pour la conservation du loup a dénoncé, ce jeudi 3 septembre, "l'impunité" dont bénéficient les éleveurs, qui ont obtenu l'abattage de six loups en Savoie, après avoir séquestré notamment le président du Parc National de la Vanoise.

  • AFP
  • Publié le 03/09/2015 | 15:53, mis à jour le 04/09/2015 | 09:43

 

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"Les éleveurs obtiennent l'éradication du loup en Savoie avec des méthodes anti-démocratiques", condamne dans un communiqué l'association qui estime que "l'Etat se couche devant les preneurs d'otages".

Le préfet de la Savoie a annoncé qu'il allait autoriser l'abattage de six loups à la suite de la séquestration de trois membres du parc national de la Vanoise par des éleveurs qui réclamaient des mesures concrètes contre les attaques de loups.

Interview de Yves Paccalet, vice-pdt de FERUS


L'association Ferus affirme à cet égard que les éleveurs mentent quand ils parlent d'attaques de loups en augmentation: "les dégâts ont chuté de 30% en Savoie par rapport à l'année 2014". Entre le 1er janvier et le 31 août 2015, 316 ovins sont morts en Savoie suite à des attaques de loup, contre 452 sur la même période de 2014, soit une baisse de 30%, selon les chiffres publiés par la Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement (DREAL) Rhône-Alpes, coordinatrice nationale du plan loup.

"En accordant le tir de 6 loups, c'est l'éradication pure et simple du loup en Savoie que le préfet programme, et ce pour quelques troupeaux non-protégés. En effet, à l'issue de l'hiver 2014-2015, la population minimale de loups en Savoie détectée par l'ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage) est de 7 loups, et un loup a déjà été tué en Maurienne le 13 juillet 2015", souligne l'association.

Ferus condamne enfin l'éventualité, qui doit être évoquée lors du prochain conseil d'administration du parc de la Vanoise, d'autoriser l'abattage de loups dans la zone coeur du parc. "Après les tentatives de déclassement du loup auprès de la Commission européenne, la destruction d'une espèce protégée dans un espace protégé est devenu le nouvel objectif de la ministre de l'Écologie ! Lâcheté, injustice, incompétence et irresponsabilité sont donc devenus les maîtres-mots de nos autorités", conclut l'association.

 

Parc de la Vanoise: la séquestration par des éleveurs fait grand bruit

Quelques jours après la séquestration du président, du directeur et d'un agent du Parc de la Vanoise par des éleveurs de Savoie, une pluie de critiques s'abat. D'autant que l'épisode s'est terminé avec l'attribution de 6 tirs de loups par le préfet.  

  • FG avec communiqués
  • Publié le 07/09/2015 | 15:03, mis à jour le 07/09/2015 | 17:45

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Lors de l'entrevue entre les éleveurs et le préfet, le représentant de l'Etat a fait comprendre que des poursuites seraient engagées contre les preneurs d'otages. Finalement, le préfet comptait surtout sur des dépôts de plaintes de la part des personnes séquestrées. Le directeur du Parc a fait le nécessaire en son nom et en celui du Parc.  

En attendant des suites, des associations montent au créneau. Il y a d'abord eu les protecteurs du loup de l'association FERUS qui ont fait remarquer que les éleveurs ont obtenu "l'éradication du loup en Savoie avec des méthodes anti-démocratiques". 

De son côté, Mountain Wilderness dit condamner "fermement ces agissements, et est forcé de noter que sur le loup comme sur d'autres sujets, certains syndicats agricoles sont dans le coup de force permanent". Et l'association de protection de la montagne se questionnant "sur l'absence de courage politique, de sens de l'Etat de "décideurs" qui cèdent devant une voie de fait inacceptable".

Mountain Wilderness considère que "le retour naturel des loups issus des populations italiennes dans tout l'arc alpin participe à la restauration de la biodiversité montagnarde. Sans nier pour autant les difficultés que cela crée tout particulièrement pour le pastoralisme (...) Toutefois, si avant ce coup de force il n'a pas été question de tir de destruction du loup en zone coeur du Parc, c'est peut-être aussi que ce territoire, largement au-dessus de 2.000m d'altitude, n'est pas l'habitat du loup. Il passe dans ces zones mais n'y reste pas. Son habitat sont les vallées et les forêts autour du coeur."
 

Le loup n'est dans les Alpes qu'un révélateur"

La Commission Internationale pour la Protection des Alpes s'indigne aussi des agissements des éleveurs. "Face à une prise d'otage inacceptable des représentants du Parc de la Vanoise, l'Etat répond par des mesures court-termistes et par la faiblesse. Le loup n'est dans les Alpes qu'un révélateur des difficultés que connaît la filière agricole dans l'ensemble de la France notamment celle de l’élevage. Il n'en n'est pas l’initiateur. Les mesures de court-terme, en réaction à l’actualité, ne sauront répondre à ces enjeux. C'est bien le modèle agricole qui est malade et doit être repensé pour faciliter la cohabitation des hommes et de la nature."
 

Une "infraction grave"

Enfin, la section Vanoise du Syndicat National de l'Environnement (SNE-FSU) condamne aussi "ces pratiques inacceptables". Dans un communiqué, les syndicalistes écrivent: "la banalisation de tels agissements à l'encontre d'agents de la fonction publique en service, reviendrait à encourager une escalade de la violence susceptible de faire peser, à court terme, de réelles menaces sur l'intégrité physique des agents du Parc national de la Vanoise. Pour éviter cette dérive, il est essentiel que la puissance publique ne ferme pas les yeux sur des actes qui n'ont pas leur place dans un état de droit."

Le SNE demande donc au Ministère Public de poursuivre en justice les auteurs de cette séquestration "qui constitue une infraction grave au code pénal et qui est passible de lourdes peines d'emprisonnement et d'amende."
 

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"Unus Mundus"

Par Le 08/09/2015

 

Unus mundus, du latin « Monde un », renvoie à la notion d'une réalité unifiée sous-jacente, de laquelle tout émerge et à laquelle tout retourne. Elle a été popularisée par le psychiatre suisse Carl Gustav Jung. Ce terme apparaît pour la première fois au XVIe siècle chez Gerhard Dorn, un étudiant de Paracelse.

Les concepts jungiens d'archétype et de synchronicité sont liés à l'unus mundus, les archétypes étant des manifestations de l'unus mundus et la synchronicité, ou « coïncidence significative », étant dépendante de l'union de l'observateur et du phénomène via l'unus mundus.

Synchronicité et Hasard

par Hans Primäs


http://www.metapsychique.org/synchronicite-et-hasard.html

Les phénomènes synchronistiques sont caractérisés selon Carl Gustav Jung par la coïncidence significative d’un phénomène physique objectif avec un phénomène psychique sans qu’on puisse imaginer une raison ou un mécanisme de causalité évident. A partir de la correspondance maintenant disponible de Jung avec le théoricien de la physique Wolfgang Pauli, on constate que Pauli a eu une participation décisive pour la préparation finale de cette idée. On évoquera les questions qu’ils se sont posées dans leurs discussions sur la causalité, la reproductibilité, le hasard, la probabilité et l’évolution biologique.

Le problème de la complémentarité entre psyché et matière, signalé plusieurs fois par Pauli, est aujourd’hui reformulé par la vision de la physique quantique moderne. Comme la partie matérielle de l’unus mundus est décrite correctement par la mécanique quantique, il est concevable de supposer que les structures les plus fondamentales de cette théorie puissent avoir une validité en dehors du domaine matériel. On montrera que, selon cette supposition, des corrélations holistiques entre la psyché et la matière sont possibles si, et seulement si, il existe des propriétés incompatibles non seulement dans le domaine matériel mais aussi dans le domaine psychique.

(Par Hans Primäs) [1]

En 1992 est apparue dans les éditions Springer la correspondance entre le psychiatre Carl Gustav Jung et le physicien théorique Wolfgang Pauli - un document de premier ordre relatif à l’histoire des idées [2]. A côté de beaucoup d’informations personnelles - qui ne nous intéressent ici que de façon secondaire - il s’agit surtout de discussions sur la relation entre la psyché et la matière. En partant de leurs domaines professionnels respectifs, le psychologue Jung et le physicien Pauli sont parvenus tous les deux avec une concordance remarquable à la supposition de "l’existence d’un seul monde, dans lequel la psyché et la matière seraient une seule et même chose, que nous distinguons uniquement pour mieux les connaître en eux-mêmes" [3]. Jung a écrit dans une lettre datée de 1956 :

"Je ne doute pas que la psyché objective contienne des images qui éclaircissent le secret de la matière. On peut se rendre compte de telles relations dans les phénomènes synchronistiques et leur a-causalité. Aujourd’hui, ces phénomènes ne sont encore que de vagues idées, et c’est à l’avenir qu’est réservé le travail de regroupement des expériences qui éclaircissent un peu cette incertitude" [4].

A première vue on pourrait s’étonner que ce soit Pauli qui se soit occupé intensivement de façon théorique de la psychologie des profondeurs de Jung. Pauli - le rationaliste et l’inexorable physicien à l’esprit critique, surnommé par ses collègues "la conscience vivante de la physique théorique" ou encore "le terrible Pauli". Cependant le "problème psychophysique" a toujours été parmi ses principaux centres d’intérêt. Dans une lettre à Markus Fierz en novembre 1949 Pauli a écrit :

" ... la possibilité des lois de la nature m’a toujours paru fondée sur la coïncidence archétypique de nos attentes (psychique) avec un phénomène naturel extérieur (physique). Pour l’organisateur abstrait, la distinction "physique-psychique" n’existe justement pas. Sur ce point il me semblerait que la "pensée scientifique" serait seulement un cas particulier parmi des possibilités plus générales [5].

1. Premières idées de Jung sur la synchronicité

Les études de Jung sur des "phénomènes inexplicables" ont commencé en 1902 avec sa thèse "Psychopathologie des phénomènes dits occultes" [6] et ont abouti à l’interprétation archétypique de la synchronicité. Selon cette interprétation, l’archétype à la base des phénomènes de synchronicité serait un coordinateur de la réalité psychique et matérielle où la coordination se déroule selon leur signification commune. Jung considère la psyché et la matière comme deux aspects d’une "unité" non divisée qui est inaccessible par voie directe :

"De même que la psyché et la matière sont contenues dans un seul et même monde, elles sont en outre en contact permanent et reposent finalement sur des facteurs transcendants incompréhensibles ; De fait, il est possible et même très probable que la matière et la psyché soient deux aspects différents d’une seule et même chose. Les phénomènes synchronistiques me semblent incliner dans ce sens : du non-psychique pourrait se comporter comme du psychique, et inversement, sans qu’il y ait de relation causale entre eux." [7]

Les conceptions de Jung se distinguent par principe de celles de Freud, en particulier par rapport à l’autonomie de l’inconscient, qu’il a nommé plus tard la "réalité de l’âme". Contrairement à Freud, Jung s’intéressait surtout aux "grands rêves" qui ont une signification numineuse et dans lesquels se trouveny des contenus symboliques qu’on rencontre souvent dans l’histoire de l’humanité, comme des motifs mythologiques ou des images primordiales que Jung qualifiait d’"archétypes" dans ses premières oeuvres.

Le concept de "principe synchronistique" apparaît très discrètement par la première fois dans un éloge funèbre pour Richard Wilhelm dans le Neuen Zürcher Zeitung du 6 mars 1930 :

"La science du "Yi King" n’est pas basée sur le principe de causalité mais sur un principe qui n’est pas nommé jusqu’ici - car il n’apparaît pas chez nous - que j’appelle à titre d’essai le principe synchronistique. Mon occupation avec la psychologie des phénomènes inconscients m’a contraint, il y a plusieurs années déjà, à chercher un autre principe explicatif car le principe de causalité m’est apparu insuffisant pour expliquer certains phénomènes étranges de la psychologie de l’inconscient. [8]"

Dans ses Tavistock Lectures en 1935 Jung a répondu à une question sur le parallélisme psychophysique :

"Le corps et l’esprit sont deux aspects de l’être humain, et cela est tout ce que nous savons. Pour cette raison je préfère dire que les deux choses surviennent ensemble d’une façon mystérieuse et en rester là, car on ne peut pas s’imaginer les deux choses comme étant une seule. Pour mon usage personnel, j’ai conçu un principe qui doit montrer ce fait d’être "ensemble", j’affirme que l’étrange principe de la synchronicité agit dans le monde lorsque certaines choses se produisent d’une façon plus ou moins simultanée et se comportent comme si elles étaient la même chose, tout en ne l’étant pas de notre point de vue. [9]"

"L’Orient fonde sa pensée et son évaluation des faits sur un autre principe. On n’a même pas de mot pour rendre compte de ce principe. L’Orient a bien sûr un mot pour cela mais nous ne le comprenons pas. Le mot oriental est Tao... J’utilise un autre mot pour le nommer mais c’est assez pauvre. Je l’appelle synchronicité. [10]"

La synchronicité selon Jung se réfère à des événements où il se passe des choses dans la réalité extérieure qui sont en correspondance significative avec une expérience interne. Les phénomènes synchronistiques sont des coïncidences significatives où l’espace et le temps apparaissent comme des grandeurs relatives. "Synchronicité" ne veut pas dire "en même temps" mais "avec le même sens". La partie du phénomène synchronistique qui se produit dans la réalité extérieure est perçue par nos sens naturels. L’objet de la perception est un événement objectif. Cependant Jung écrit :

"Il demeure pourtant un événement inexpliqué, car dans les conditions de nos présupposés physiques, on ne pouvait pas s’attendre à sa réalisation. [11]"

Bien entendu, la synchronicité n’est pas une explication, c’est en premier lieu le fait de donner un nom aux faits empiriques suggérant l’existence des coïncidences significatives. Jung a souligné qu’"en ce que concerne la synchronicité, la principale difficulté réside dans le fait de voir sa cause dans le sujet tandis que, selon ma conception, elle se trouve dans la nature des processus objectifs" [12] . Les phénomènes synchronistiques remettent en question le concept physique d’objet tout comme les concepts classiques d’espace et du temps et ils concernent donc également les physiciens intéressés aux questions philosophiques.

Jung traîna avec lui ses idées sur des "coïncidences significatives" pendant des années, sans leur donner leur forme définitive. Il a longtemps hésité avant de les présenter au grand public. Après une conversation avec Pauli, en novembre 1948, ils ont commencé une correspondance intensive [13], dans laquelle Pauli a encouragé Jung à rédiger ses pensées sur la synchronicité. En juin 1949 Jung a envoyé à Pauli un brouillon "entouré partout de signes d’interrogations" [14] pour qu’il l’examine en détail. Pauli a pris vivement part à la mise au point ultérieure du concept de la synchronicité de Jung. Dans leur correspondance (partiellement) publiée, il ressort que la critique constructive de Pauli a été essentielle. La version définitive de Jung a été le résultat de beaucoup de révisions - inspirées par les commentaires critiques de Pauli - et elle est apparue en 1952 sous le titre La synchronicité comme principe des relations acausales [15] dans un volume publié conjointement avec Pauli et intituléExplication de la nature et de la psyché [16]. Ici, il ne s’agit "pas du tout d’un travail complet de description et d’élucidation de ces faits complexes", comme Jung l’a souligné dans son préambule, "mais uniquement d’un essai afin de... soulever le problème."

Les phénomènes synchronistiques se comportent selon Jung comme des hasards gorgés de sens. Ils sont caractérisés par la coïncidence porteuse d’une signification d’un phénomène objectif physique avec un événement psychique sans qu’on puisse imaginer une raison ou un mécanisme causal. Jung a listé parmi les exemples de coïncidences significatives la télépathie, des pratiques divinatoires comme le Yi King ou encore la technique d’interprétation de l’astrologie, mais aussi les effets secondaires souvent observés en cas de décès : une horloge s’arrête, une photo tombe du mur, un verre se brise. L’existence des événements synchronistiques est souvent mise en doute car ils sont rares voire exceptionnels. L’argument le plus convaincant de leur réalité est une tradition millénaire et - en dernière instance, la seule valable - l’expérience personnelle propre.

Les phénomènes synchronistiques perdent beaucoup de leur force de conviction quand on les raconte simplement. Ils ont une qualité d’expérience numineuse et on doit l’expérimenter soi-même. La seule chose qui compte est le saisissement personnel. Une discussion de tels phénomènes subjectifs fait sauter le cadre de la science traditionnelle, dite "objective" mais jamais le cadre d’un examen sérieux. Des véritables événements synchronistiques ont un caractère numineux, tel qu’on ne les crie pas sur les toits. Pour ne pas délayer complètement le concept de synchronicité, on pourrait envisager de le restreindre aux événements qui sont inouïs et bouleversants.

2. Wolfgang Pauli et la synchronicité

Pauli était réceptif aux idées de Jung sur les "coïncidences significatives" principalement pour deux raisons : d’abord, il était bien préparé philosophiquement parlant. L’essai de Schopenhauer Le sens du destin : spéculation transcendante sur l’intentionnalité apparente dans le destin de l’individu a eu sur Pauli "un effet fascinant et très durable et il semble avoir préparé Pauli pour un changement futur dans les sciences physiques et naturelles" [17]. Dans son article important publié en 1956, La science et la pensée occidentale, Pauli a écrit : "L’ancienne question de savoir si, sous certaines conditions, l’état psychique de l’observateur pourrait influencer le déroulement de la nature matérielle extérieure n’a pas de place dans la physique d’aujourd’hui. La réponse était évidemment affirmative pour les anciens alchimistes. Dans le siècle dernier, un esprit critique tel que le philosophe Arthur Schopenhauer, excellent connaisseur et admirateur de Kant, a considéré dans son essai Magnétisme animal et magie que les effets dits magiques étaient largement possibles et il les a interprétés dans sa terminologie particulière comme des "influences directes de la volonté qui vont au delà des limites de l’espace et du temps". Sous cet angle on ne peut pas dire que des raisons philosophiques a priori soient suffisantes pour refuser immédiatement de telles possibilités" [18].

Mais l’intérêt que portait Pauli aux "coïncidences significatives" n’était pas purement académique. Dans sa jeunesse Pauli avait été marqué par une mentalité rationnelle extrêmement spécialisée, avec laquelle il a eu des sérieuses difficultés à l’âge de trente ans. En août 1934, il a écrit à son collègue et ami Ralph Kronig :

"Après être tombé en dépression durant l’hiver 1931/32, j’ai commencé lentement à remonter la pente. J’ai rencontré alors des événements psychiques que je ne connaissais pas auparavant et que je nommerai ici simplement l’activité propre de l’âme. Il ne fait pour moi aucun doute qu’il y a ici des choses qui se sont développées spontanément et qui peuvent être désignées comme des symboles ; une chose à la fois psychique et objective qui ne peut s’expliquer par des causes matérielles. [19]"

Sa crise psychologique a conduit Pauli à prendre contact avec Jung en 1930, lequel l’a confié au jeune médecin Erna Rosenbaum, une débutante dans ce domaine. Pendant cette analyse de cinq mois et durant les trois années qui suivirent, Pauli a produit sans aucune influence directe de Jung environ 1500 grands rêves avec des contenus archétypiques surprenants.

On peut glaner quelques informations sur cette activité propre de l’âme, comme disait Pauli, dans la monumentale oeuvre de Jung, Psychologie et alchimie [20].

Pauli a souvent fait l’expérience - comme toute personne ayant une activité créatrice - de la relation mystérieuse entre son travail sur des problèmes de physique théorique et l’activité animique inconsciente. Ajoutons à ceci que Pauli a été hanté pendant toute sa vie par des phénomènes très étranges - c’est ce que l’on a surnommé "L’effet Pauli". Il s’agit ici du fait - attesté de source sûre - que les instruments de mesure avaient de temps en temps des perturbations ou ne fonctionnaient pas lorsque Pauli faisait irruption dans un laboratoire.

On pourrait considérer ces effets comme la manifestation du revers de la médaille chez Pauli. Pauli n’avait pas de bonne relation avec les sciences de l’ingénieur ; il n’avait pas de bonnes aptitudes manuelles et il ressentait notre monde technique comme inquiétant et menaçant. Cet état de tension était bien perceptible pour ses collègues et tout le monde était convaincu que des effets "mystérieux et inquiétants" émanaient de Pauli [21]. Son collègue Markus Fierz raconte :

"Même des spécialistes de la physique expérimentale, des savants objectifs et réalistes partageaient l’opinion selon laquelle c’était bien de Pauli qu’émanaient ces effets étranges. On croyait par exemple que sa simple présence dans un laboratoire générait pas mal d’ennuis dans la conduite des expériences, elle réveillait pour ainsi dire la malignité des choses. C’était cela, "l’effet Pauli". Pour cette raison, son ami Otto Stern, l’artiste renommé des jets moléculaires, ne l’a jamais laissé entrer dans son institut. Ce n’est guère une légende, je connaissais très bien Stern tout comme Pauli ! Même Pauli croyait absolument en son effet. Il m’a raconté qu’il ressentait le malheur à l’avance sous la forme d’une tension désagréable et que si ensuite l’ennui pressenti se produisait véritablement, alors il se sentait bizarrement libéré et soulagé. On peut tout à fait considérer "l’effet Pauli" comme un phénomène synchronistique. [22]"

3. La synchronicité comme une relation de signification

Dans ses premières oeuvres, Jung parlait de "synchronistique" en général voulant dire "simultanément". Plus tard il était devenu évident que, par "synchronistique", il fallait plutôt comprendre "avec une même signification". L’essentiel pour la synchronicité est donc le lien de sens entre les événements et non pas leur simultanéité [23]. Pauli a écrit à Jung en 1949 :

"Le mot "synchron" me paraît ... en quelque sorte illogique, sauf si vous voulez qu’il ait un rapport avec un "chronos" qui soit essentiellement différent du temps ordinaire... A priori ce n’est pas évident de voir pourquoi des événements qui "expriment la présence d’une même image et/ou d’une même signification" devraient être simultanés : le concept du temps me donne plus de difficultés que le concept desens.

Quel est le rapport entre Sens et Temps ? A titre d’essai j’interprète votre conception à peu près comme ceci : d’abord, les événements qui partagent un même sens peuvent être perçus plus facilements’ils sont simultanés. Ensuite, la simultanéité est aussi la qualité qui constitue l’unité des contenus de la conscience. [24]"

Pauli préférait parler uniquement d’une relation du sens, et il le souligna dans une lettre à Fierz (octobre 1949) :

"Pour moi la nouveauté dans cette façon de voir les choses c’est qu’en utilisant le concept de "relation de sens", je ne perçois pas de distinction trop nette entre le reproductible et le cas individuel, comme on avait pu le supposer auparavant. Est-ce vraiment très différent de la mécanique quantique lorsque Jung suppose une relation de sens entre la situation psychique ("état de conscience") de l’observateur et ce qui se passe à l’extérieur ?" [25]

Jung et Pauli croyaient que les coïncidences significatives pourraient être un apport essentiel à l’explication des relations entre la psyché et la matière. Ils estimaient qu’en supplément du principe d’action causale dans le cadre de la description spatio-temporelle, une correspondance entre la psyché et la matière à travers un sens préexistant était nécessaire pour une compréhension plus vaste de la nature. Jung a même proposé de détacher le facteur de la signification de l’avis subjectif de l’être humain, et de l’élever jusqu’à en faire un principe métaphysique général :

"La synchronicité présuppose un sens a priori par rapport à la conscience humaine, un sens qui en apparence se trouve à l’extérieur de l’être humain." [26]

Mais un sens autonome n’a pas de place dans notre vision scientifique actuelle du monde. Jung déclare :

"On est habitué à considérer que le concept de "sens" implique un phénomène ou un contenu physique dont on ne suppose pas qu’il puisse exister également à l’extérieur de notre psyché... Lorsque l’on considère l’hypothèse qu’un même sens (transcendant) peut se dévoiler à la fois dans la psyché humaine et dans l’arrangement d’un événement simultané extérieur et indépendant, alors on entre en conflit avec nos idées scientifiques et épistémologiques traditionnelles." [27]

Déjà en 1934, Jung insistait, lors de sa conférence d’Eranos, sur l’idée que le « sens » est un archétype [28] . Cette conception platonique d’un sens préexistant donne naturellement lieu à de grandes difficultés qui n’ont nullement échappées à Jung. Dans une correspondance révélatrice avec Erich Neumann, Jung écrivait en 1959 :

"Le sens semble toujours être d’abord inconscient et ne peut donc être découvert que post hoc ; c’est pourquoi on risque toujours de voir un sens là où il n’y a rien de ce genre. On a besoin des expériences synchronistiques pour pouvoir justifier l’hypothèse d’un sens latent, qui est indépendant de la conscience. Tout comme une création n’a pas de sens discernable sans la conscience humaine qui la reflète, l’hypothèse du sens latent attribue à l’être humain une signification cosmogonique, une véritable "raison d’être"(*En français dans le texte) [29].

Sous l’influence de Pauli, Jung a considéré plus tard le concept de synchronicité caractérisé à travers un sens préexistant, comme un cas particulier d’un arrangement plus général appelé l’ordre acausal [30]. L’acausalité de la mécanique quantique, réglée par des lois statistiques strictes est - selon Pauli - également un cas particulier de cet "ordre acausal" :

"Pour moi, il n’y a pas de doute que la "correspondance statistique" de la mécanique quantique soit plus proche de l’ancien déterminisme que des phénomènes synchronistiques. Du point de vue de ces derniers, la mécanique quantique doit apparaître comme une généralisation très faible de l’ancienne causalité. Cependant, la mécanique quantique semble également pointer vers l’autre direction, où l’on ne peut plus parler de reproduction à volonté des résultats. La mécanique quantique prendrait une sorte de position intermédiaire." [31]

4. Synchronicité et acausalité

Même si Pauli a considéré l’idée de la synchronicité de Jung comme un pas génial dans la bonne direction et qu’il a eu une influence essentielle dans les réflexions de Jung, il ne faut pas supposer que Pauli était entièrement satisfait des formulations faites par Jung.

En effet la caractérisation de Jung de la synchronicité comme "la simultanéité de deux phénomènes partageant un sens, mais liés de façon acausale" [32] n’est pas opportune. Bien entendu, Pauli a critiqué dès le début l’utilisation particulière de l’expression "acausal" par Jung :

"Il me semble que le concept "acausal" et l’utilisation particulière du concept du temps ont besoin d’être éclaircis plus en détail. Selon votre conception du phénomène "synchronistique"... celui-ci se produit à travers la duplication ou multiplication d’un "organisateur abstrait" dont l’aspect extérieur est justement double ou multiple. Dans ce sens on pourrait qualifier également cet "organisateur" comme étant lacause du phénomène synchronistique. Cette cause ne serai plus alors dans l’espace-temps." [33]

On peut donc voir, d’après les lettres de Pauli, que lui et Jung avaient des opinions considérablement différentes en ce qui concerne le concept de causalité. Jung ne précisait jamais ce qu’il entendait par "causal" et "acausal". Dans une lettre à Fierz, Pauli parle d’une conversation avec Jung :

"Jung souligna comme particulièrement important l’application du concept de "causalité" uniquement aux causes "concrètes" ou "mesurables" se trouvant dans le temps et l’espace (pour exclure de la causalité les causes "magiques" ou "symboliques" qui sont en dehors de l’espace-temps). Ceci est bien entendu un point décisif car c’est uniquement dans ce sens que les "liens transversaux" des événements simultanés de Schopenhauer sont "acausals" [34].

Même en limitant le concept de causalité aux événements spatio-temporels, l’absence d’un lien causal ne peut jamais être prouvé empiriquement car une liaison de causalité peut être tellement complexe qu’elle échappera à nos méthodes de recherche. Le point essentiel, selon Jung, c’est le fait que, pour comprendre les coïncidences significatives, l’impensabilité du lien causal localisable dans l’espace et dans le temps doit contraindre l’esprit à renoncer à toute discussion d’un tel lien. Jung a découvert des concepts précurseurs à son idée de synchronicité dans des textes anciens comme la théorie de la "sympathie universelle" et dans la "correspondentia" des descriptions de la nature du Moyen-Âge. En résumé on peut par conséquent affirmer que, dans les phénomènes synchronistiques, le lien du sens est évident tandis qu’un éventuel lien causal spatio-temporel est sans importance et en général indiscernable. Mais il faut souligner qu’un lien de causalité dans les phénomènes synchronistiques n’est pas à priori exclu.

5. Les phénomènes synchronistiques et le principe Verum-Factum

Dans la science moderne, les faits dits "scientifiques" sont seulement créés à travers la réplication. Une caractéristique de la science moderne est le fait que ses objets peuvent être fabriqués. Dans la pratique scientifique actuelle, le "critère de vérité" effectivement réalisé est le principe Verum-Factum de Giovanni Battista Vico : "Verum et factum convertuntur" [35], c’est-à-dire que c’est le fait d’être réalisable ou non qui est décisif pour la pensée scientifique moderne. Si un phénomène n’est pas réalisable, alors, selon la conception de la plupart des scientifiques modernes, il y a un objectif essentiel de recherche qui n’est pas encore atteint. Le coeur de l’exigence de la possibilité de répétition est donc la question de la possibilité de réalisation et du statut de l’objet.

Les événements synchronistiques ne sont pas une qualité régulière de la psyché. Ils apparaissent spontanément et ne peuvent pas être déclenchés par un acte conscient de la volonté, voilà pourquoi ils ne sont pas "réalisables" - ils se produisent purement et simplement de temps à autre [36]. Si on accepte le principe Verum-Factum de Vico comme constitutif de la science, alors les effets synchronistiques sont exclus d’elle, car ils ne sont pas "réalisables". Bien entendu, on se demande si une science ne se limite pas d’une façon artificielle quand elle se base essentiellement sur le critère de la possibilité de réalisation.

Quand les événements sont reproductibles, cela aide beaucoup à obtenir des renseignements sur la nature des phénomènes impliqués, toutefois cette qualité ne peut être indispensable pour décider si un examen est scientifique ou non - dans le cas contraire beaucoup de sciences établies (comme par exemple les sciences sociales) devraient perdre leur statut de science.

Si on se restreint à la reproductibilité statistique, c’est-à-dire si on veut fonder la connaissance scientifique sur des données statistiques, alors on présuppose tacitement la validité conceptuelle de la théorie mathématique de la probabilité - ce qui ne va pas de soi. En outre il faut souligner que le postulat de la reproductibilité seulement exige qu’il se produise toujours les mêmes événements quand on a les mêmes conditions initiales. Dans des systèmes complexes les conditions initiales identiques ne sont jamais réalisables, on doit donc se satisfaire d’une reproductibilité statistique. Celle-ci demande alors uniquement la possibilité de réalisation d’une distribution de probabilité des conditions initiales essentielles. Souvent on n’a besoin que de très peu de paramètres (comme par exemple la température) pour décrire de façon reproductible le comportement statistique de systèmes à grand nombre de particules en physique - et ceci est une singularité remarquable.

Cependant, rien n’indique qu’il faille attendre, de façon générale, qu’une distribution de probabilité des conditions initiales essentielles soit réalisable en pratique. La science expérimentale exclut les événements non reproductibles statistiquement bien qu’évidemment la réalité d’un phénomène ne dépende pas de sa reproductibilité statistique.

Pauli a toujours souligné - et plus tard Jung a adopté cette idée [37] - que la méthode statistique de la science est en relation de complémentarité avec la synchronicité. Dans une lettre à Fierz, Pauli écrivait en octobre 1949 :

"Je crois que les coïncidences synchronistiques sont détruites lorsqu’on élimine tous les facteurs incontrôlables et inconscients afin d’obtenir des conditions expérimentales reproductibles (Complémentarité)." [38]

6. Le hasard, la probabilité et la complexité

Dans les sciences physiques et naturelles on parle d’un événement dû au hasard, quand il peut se produire sous certaines conditions mais pas avec certitude. Un tel événement est caractérisé par lafréquence relative avec laquelle il se produit parmi les événements possibles d’une totalité de conditions données. Dans un premier temps, on ne précise pas si un événement dû au hasard est soumis ou non à la causalité. Dans les sciences de l’ingénieur, les phénomènes ou processus aléatoires sont caractérisés par des changements dans le temps, ce qui rend imprévisible le cas particulier.

La théorie de la probabilité empirique-statistique se réfère toujours à la discussion de la fréquence relative d’un événement durant une longue série d’observations. On suppose tacitement qu’en prolongeant indéfiniment cette série statistique, la fréquence relative convergera vers une valeur limite et on nomme cette limite la probabilité de cet événement.

Beaucoup de mathématiciens et de scientifiques pensent que tous les problèmes de la théorie de la probabilité sont en principe résolus à travers les axiomes de Kolmogoroff [39] de 1933, c’est-à-dire qu’ils sont réduits à des problèmes purement mathématiques. En effet on considère que la théorie mathématique de la probabilité moderne a commencé lorsque Kolmogoroff créa la formulation basée sur la théorie de la mesure. Il est cependant important d’observer qu’avec ceci, ses problèmes conceptuels n’ont pratiquement pas été abordés. Dit plus cyniquement, la théorie de la probabilité basée sur les axiomes mathématiques de Kolmogoroff n’est rien d’autre qu’un chapitre de la plus générale théorie de la mesure, mais avec une sélection particulière des problèmes et avec une terminologie étrange. Jusqu’à présent, on ne connaît pas d’arguments solides qui suggéreraient que les axiomes de Kolmogoroff seraient pertinents pour toute sorte de recherche empirique.

Kolmogoroff lui-même était conscient de ce problème et il est revenu là-dessus 30 ans plus tard dans le cadre de ses approches avec ses concepts d"information" et de "complexité" pour mieux éclaircir la définition conceptuelle de la probabilité [40]. Schnorr a pu montrer ultérieurement que la formulation algorithmique de la théorie mathématique de la probabilité est mathématiquement équivalente à sa version constructive de la théorie de mesure [41]. D’un point de vue conceptuel la version algorithmique est largement préférable. Dans cette version on peut voir en particulier que chaque définition de la complexité, de l’information ou de la probabilité est nécessairement dépendante du contexte. Ce qui dans une description est considéré comme aléatoire peut tout à fait être régulier dans une autre description.

Pour pouvoir appliquer la théorie mathématique de la probabilité à des problèmes concrets, on a besoin d’une interprétation du système formel. L’interprétation subjective considère le degré de probabilité comme un critère pour la sensation de certitude ou d’incertitude attribuée à des déclarations ou suppositions spécifiques. Ce qu’on appelle l’interprétation objective considère chaque énoncé de probabilité numérique comme une prédiction d’une fréquence relative. Mais cette interprétation de la fréquence, populaire en physique, implique des difficultés encore plus grandes.

Pour évaluer si la distribution empirique de valeurs se différencie seulement un peu de la distribution de valeurs asymptotique, on a besoin non seulement de la loi mathématique des grands nombres mais aussi de la contestable règle suivante [42] : Si la probabilité d’un événement est suffisamment petite, alors on peut être pratiquement sûr qu’en réalisant une seule fois les conditions, l’événement n’apparaîtra pas.

Mais la théorie ne donne aucun critère pour décider quand une quantité de répétitions serait "suffisamment grande", ni non plus de critère pour savoir ce qu’on entend par "suffisamment petite". Comme l’a montré Rudolf Carnap, l’interprétation de la probabilité comme équivalente à une fréquence est adéquate ("probabilité n°1 de Carnap ou "fréquence relative pour le long terme") à condition de l’utiliser avec un "degré de crédibilité" ("probabilité n°2" de Carnap ou "degré de confirmation") [43]. De ce fait, il faut toujours tenir compte d’un facteur subjectif dans l’interprétation de la probabilité, considérée habituellement comme objective. Dans les mots de Pauli :

"... même la réalisation unique d’un événement très improbable est considérée à partir d’un certain point de vue comme pratiquement impossible... Ici, on est confronté à la limite fondamentale de la viabilité de l’ancien programme de l’objectivisation rationnelle de l’attente subjective unique." [44]

De temps en temps, le "hasard" est opposé - par Jung également - à la "causalité", comme s’il était son antonyme. Ici, il semble y avoir une confusion conceptuelle. Dans la physique classique, des systèmes crypto-déterministes [45], dynamiques, instables et complexes peuvent générer des événements aléatoires [46]. Antoine Augustine Cournot (1801-1877) et John Venn (1834-1923) ont clairement remarqué que la dynamique dans des systèmes suffisamment complexes peut être extrêmement sensible aux conditions initiales et aux conditions aux limites. La dynamique chaotique qui en résulte peut générer objectivement des événements aléatoires qui peuvent être décrits par des fréquences relatives [47].

Par exemple, on peut décrire des expériences avec une planche de Galton grâce à la dynamique d’un système mécanique crypto-déterministe. Notre manque de connaissance des conditions initiales et aux limites précises nous empêche de prédire un événement isolé. Cependant, la distribution observable dans les expériences avec une planche de Galton ne dépend pas du tout de nos connaissances. Dans ce cas, on peut parler de hasard objectif. Pourtant, ce serait une grossière erreur de supposer que des événements "aléatoires" obéissent toujours aux lois de la théorie mathématique de la probabilité [48]. Par exemple, les coïncidences synchronistiques ne sont pas calculables à partir de la théorie de la probabilité de Kolmogoroff. Pauli a écrit dans une lettre à Fierz :

"Les phénomènes synchronistiques observés par Jung... échappent aux "lois" naturelles, car ils ne peuvent pas être reproduits, c’est-à-dire qu’ils sont uniques et qu’ils s’estompent à travers le traitement statistique appliqué aux grands nombres. Par contre, les "acausalités" sont justement saisissables en physique grâce aux lois statistiques (des grands nombres)." [49]

7. Le hasard et l’évolution

Le hasard joue un grand rôle dans la théorie de l’évolution. Comme l’ont par exemple toujours souligné Walter Elsasser, Jacques Monod et Manfred Eigen [50], le hasard est constitutif pour la compréhension de la théorie de l’évolution et de l’apparition des formes de vie. Francis Crick résume : "La seule source des véritables innovations est le hasard" [51]. Cependant ce qu’il faut entendre par hasard n’est pas clair. Manque de causes ou manque de connaissances ? Monod parle du "hasard essentiel" qui serait caractérisé par "l’indépendance totale de deux séries d’expériences" . Mais des raisonnements quantiques nous poussent à douter de l’existence d’une telle "indépendance totale" [52] .

Pauli a remarqué que l’idée de la synchronicité pouvait avoir de l’importance pour la théorie biologique de l’évolution. Il a surtout discuté des arguments scientifiques théoriques contre la théorie de l’évolution de Darwin et il souligna la possibilité de synchronicités dans l’évolution :

"Le modèle de l’évolution de Darwin est un essai afin d’éliminer entièrement toute finalité par une nouvelle théorie. La finalité a donc dû être remplacée par l’introduction du "hasard" (chance)." [53]

Pauli a souligné que des événements rares ou même uniques sont particulièrement importants pour l’évolution biologique, contrairement aux lois statistiques vérifiables empiriquement [54]. Ensuite, il a admis la possibilité des processus physiques finaux. Il écrivit à un ami, le biologiste Delbrück :

"Probablement que la solution est complexe, et qu’à côté du hasard sacré, il existe aussi des processus avec un but dirigé et des influences causales de l’environnement..." [55]

Officiellement, les considérations finales sont mal vues dans la biologie moderne mais elles ne sont pas superflues. Comme le dit le généticien J.S.B. Haldane dans un de ses bons mots :

"La téléologie est comme une maîtresse pour le biologiste : il ne peut pas vivre sans elle, mais il ne veut pas être vu avec elle en public." [56]

Un thème central dans les rêves de Pauli des années cinquante était la question d’une nouvelle physique. A plusieurs reprises, il y a dans ses rêves la question d’une nomination de professeur de physique théorique. Pauli commente ceci avec la remarque qu’il ne s’agit pas de la chaire universitaire conventionnelle, vu que Pauli, lauréat du prix Nobel, était déjà professeur de physique théorique à l’ETH Zurich depuis plusieurs années. Il s’agit de la nouvelle physique, de la nouvelle science. Et l’université en question ne se trouve pas dans la fameuse ville de Zurich mais à Esslingen - connue par les habitants de Zurich pour n’être que le terminus d’un train régional. Dans ce lieu inconnu de la science traditionnelle serait cultivée la nouvelle science. Et si Pauli veut se décider pour Esslingen, sa démarche n’est absolument pas assurée. En tout cas, Pauli doit y aller pour donner des cours à titre d’essai devant des inconnus.

Fort heureusement, il existe un manuscrit de quatre pages sous le titre Le cours devant les inconnus qui décrit cette situation [57]. Le point de départ du cours fictif de Pauli est le "hasard aveugle et sans but" de la mécanique quantique avec ses probabilités primaires associées. La deuxième sorte de lois naturelles est essentiellement liée au fait que l’observateur peut intervenir dans les événements à travers le libre choix du dispositif expérimental. D’après Pauli, la nouvelle science doit se consacrer surtout à la troisième sorte de lois naturelles. Après une discussion critique sur les conceptions traditionnelles de la biologie et du hasard, les concepts de l’évolution de Lamarck et Darwin, Pauli a écrit :

"Selon cette hypothèse, différente de la conception de Darwin et de celle de Lamarck, on rencontre justement ici la troisième sorte de lois naturelles, qui consiste en la correction des fluctuations aléatoires à travers des coïncidences significatives ou finales d’événements reliés de façon acausale. ... en rapport avec ceci, je voudrais maintenant soumettre à la discussion l’hypothèse que cette apparitionglobale de coïncidences porteuses de signification dans l’évolution biologique met en évidence un facteur psychique qui va de pair avec elles et qui apparaît comme émotion ou excitation portée à son degré le plus élevé." [58]

Le cours fictif se termine avec une indication sur la synchronicité dans le sens de Jung :

"En outre, je pense ici aux coïncidences significatives non déclenchables par l’intention et qui se produisent uniquement dans des conditions particulières, auxquelles C.G. Jung a fait référence à plusieurs reprises. En appelant ces coïncidences des "synchronicités", il a établi une relation étrange entre ces phénomènes et le concept du temps. Dans la mesure où les phénomènes d’adaptation de l’évolution biologique distinguent visiblement une direction de la flèche du temps, il devrait sembler naturel de considérer tous les phénomènes présentés ici, ces phénomènes non-causaux liés à un sens ou à un but, comme de nature analogue." [59]

Une conception du monde qui inclut des correspondances significatives conduit à une nouvelle évaluation du problème psychophysique. Les tentatives prudentes de Jung et Pauli indiquent quel chemin pourrait être emprunté. Il me semble qu’il n’est pas a priori impossible que ces idées soient intégrables dans une science de la nature élargie, dont la concrétisation reste pour le moment une question ouverte. Pauli a remarqué dans sa conférence La science et la pensée occidentale :

"Je n’oserai pas faire des prévisions sur l’avenir, averti que je suis par les échecs de tous les efforts prématurés d’unification de l’histoire de l’esprit. Je remarque seulement que, depuis le XVIIème siècle, les activités de l’esprit humain ont été divisées de façon stricte, mais que je conçois qu’une victoire des contraires, comprenant également la synthèse de la compréhension rationnelle et de l’expérience mystique de l’unité, est le mythe - déclaré ou non - de notre époque." [60]

8. La relation globale entre la psyché et la matière

La mécanique quantique est une théorie de la matière et, en tant que telle, elle ne donne pas de renseignements directs sur le problème de la relation entre la psyché et la matière. Mais le fait que la mécanique quantique soit une théorie holistique, cohérente et qui rassemble des concepts opposés, nous pousse à penser que les rapports de complémentarité intervenant ici puissent avoir une validité qui aille au-delà de la physique. Dans une lettre à Fierz du 10 août 1954, Pauli spécule :

 

Méditation et nudité. (20)

Par Le 08/09/2015

Pourquoi méditer nu ? Avez-vous déjà tenté l’expérience ?

Ecrit par ​

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Méditer nu inquiète ou pousse à rire, pourtant, quelle expérience ! Avouez-le, vous n’êtes pas à l’aise avec votre corps, avec certaines parties de lui. L’idée de méditer nu chez vous fait vous poser des questions, alors qu’il n’y a rien d’étrange à cela. Il ne s’agit pas de s’offrir au regard de quiconque mais bien au vôtre seulement. Pourquoi cela vous met-il mal à l’aise ?

Méditer nu

Méditer nu, pourquoi donc ?

Dans son roman Ferdydurke, Witold Gombrowicz parle, entre autre, d’un jeune homme qui observe une jeune fille à son insu et découvre qu’elle se conduit au sein de sa chambre comme en société. Il est étonné de ce qu’elle ait à ce point intégré les codes sociaux qu’elle ne soit plus capable de les dépasser. Il s’attend à chaque instant à ce qu’elle conduise naturellement, mais non, elle semble en parade permanente, même lorsqu’elle n’est pas censée être vue. Le malaise qui naît de l’idée de méditer nu relève en grande partie de cela. On se sent mal à l’aise à l’idée de méditer nu parce qu’il est mal accepté d’être nu. Mais si vous êtes seul, dans votre salon ou dans votre chambre, pourquoi devriez-vous être mal à l’aise ? Méditer nu vous permettra de prendre conscience de l’influence de ces codes sur votre vie, sur votre manière de la diriger, sur votre manière d’envisager les choses. Vous les découvrirez d’une manière très claire parce qu’il vous apparaîtront alors comme autant de censeurs tout d’abord. À mesure que vous réaliserez qu’il n’y a rien de condamnable à méditer nu, ces censeurs vous paraîtront parfaitement déplacés et vous retrouverez alors un peu d’innocence, de naïveté. Vous pourrez alors envisager votre corps comme quelque chose de beau, vous verrez qu’il est tout sauf cet être sale auquel l’on veut vous faire croire.

Dialoguez avec votre corps

En méditant nu, vous retrouverez aussi le contact avec vos sens, d’une manière entière. Que vous soyez ou non à l’aise avec votre corps, certaines zones de celui-ci sont condamnées au silence parce qu’elles sont étouffées en permanence sous des couches de tissus imposées par la société. En méditant nu, vous réapprendrez à les écouter, vous sentirez plus intensément chaque chose parce que vous ne serez plus engoncé dans une armure de vêtements. Vous vous mettez à nu physiquement, bien sûr, mais pas seulement. Votre méditation se fera littéralement à fleur de peau. Vous serez dans un état de sensibilité extrêmement intense. Chaque information vous semblera plus forte, parce que vous vous livrez totalement, sans retenue. Chaque centimètre carré de votre peau pourra vous envoyer des informations et ne se privera pas pour le faire. Vous serez assailli par tout ce que votre corps a envie de vous dire. Être nu est très agréable et vous en retrouverez le plaisir, d’une manière déculpabilisé. Vous vous offrez l’occasion de méditer pleinement, sans faire abstraction de ces parties de votre corps que vous cachez habituellement au regard des autres et au vôtre : vos fesses, votre sexe, vos seins n’ont pas à être cachés, ils ne sont pas chargés négativement, c’est ce dont on les investit qui peut l’être. Méditez nu et vous retrouverez une unité perdue. Comment se sentir uni lorsque l’on passe du coup au nombril pour sauter aux genoux ? D’autres parties de votre corps existent, pourquoi ne pas les intégrer dans votre pratique méditative ?

Méditer nu est une expérience troublante. Vous allez tout d’abord devoir faire fi des convenances sociales. Tant mieux, si vous méditez dans votre chambre ou dans votre salon, que vient faire la société dans votre pratique ? Vous verrez aussi que ces parties de votre corps que vous cachez en permanence n’ont pas qu’un rôle sexuel mais qu’elles sont simplement des composantes de votre personne, avec des informations importantes. L’énergie qu’elles recèlent n’est pas moins pure que les autres parties de votre personne, il vous faut simplement, encore une fois, vous débarrasser des préjugés imposés par la société. Retrouvez le plaisir de découvrir votre corps, sans tabou, sans pensées mal placées. Pour cela, une seule chose à faire : méditer nu.

http://www.techniquesdemeditation.com/mediter-nu/#more-2527

 

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Conscience cosmique (spiritualité)

Par Le 08/09/2015

Magazine » Enquêtes INREES

CONSCIENCE

Haut consciencecosmique

 

http://www.inrees.com/articles/Notre-conscience-cosmique/

Notre conscience est-elle cosmique ?

Dans ce texte inédit, le philosophe Ervin László se penche sur la conscience. En postulant l’existence d’un champ de mémoire dans la nature, au-delà de l’espace et du temps, il nous montre comment celle-ci est reliée au cosmos.

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Qu’est-ce que la conscience ? Estelle produite par le cerveau ? S’y limite-t-elle ? Jusqu’à récemment, seul quelqu’un de profondément spirituel ou religieux aurait osé fournir une définition alternative. Aujourd’hui cependant, nombreux sont ceux pour qui une nouvelle approche est nécessaire ; et, parmi les scientifiques d’avantgarde, les penseurs et toutes les personnes à l’écoute de leur intuition, une idée se fait jour : la conscience pourrait se situer au-delà du non local et s’avérer cosmique...

Qu’est-ce que la conscience ? Est-elle produite par le cerveau ? S’y limite-t-elle ? Jusqu’à récemment, seul quelqu’un de profondément spirituel ou religieux aurait osé fournir une définition alternative. Aujourd’hui cependant, nombreux sont ceux pour qui une nouvelle approche est nécessaire ; et, parmi les scientifiques d’avantgarde, les penseurs et toutes les personnes à l’écoute de leur intuition, une idée se fait jour : la conscience pourrait se situer au-delà du non local et s’avérer cosmique. 

 

La conscience, produit du cerveau


En Occident, la conception la plus répandue veut que le flot d’expériences que nous appelons « conscience » soit produit par un cerveau vivant, à la manière dont une turbine en marche produit un courant d’électrons. Tant que la turbine fonctionne, elle produit un flux d’électrons : l’électricité. Tant que le cerveau fonctionne, il produit une profusion de sensations : la conscience. Quand ils s’arrêtent, leurs flots disparaissent : il n’y a pas plus de conscience dans un cerveau mort que de charge électrique dans une turbine à l’arrêt. 

L’image de la turbine fournit une métaphore valable car elle fait référence à un objet tangible produisant quelque chose d’intangible. Nous ne voyons ni n’entendons l’électricité ; nous savons seulement qu’elle existe par les effets qu’elle produit. C’est tout à fait proche de ce qui se passe avec la conscience. Nous faisons l’expérience d’une multitude de sensations, de sentiments, d’actes de volonté et d’intuitions que nous appelons conscience, mais nous ne percevons pas la conscience en elle-même. Aucun examen minutieux du cerveau ni de son fonctionnement ne pourra isoler ce que nous pourrions désigner comme un élément de la conscience : tout ce que nous observons, c’est de la matière grise et des réseaux de neurones s’agençant de façon complexe. Autant de processus qui régissent l’organisme vivant, coordonnant d’innombrables réactions lui permettant de se maintenir en vie. En produisant cela, le cerveau engendre aussi une onde de sensations, de sentiments, d’intuitions et d’actes de volonté. Quand ses fonctions de coordination et de régulation diminuent, le flot se réduit ou s’altère. Quand le cerveau arrête de fonctionner, le flux cesse. La présence de la conscience chez l’homme n’a donc rien de mystérieux : ce flot que nous appelons conscience est une conséquence indirecte de notre fonctionnement cérébral. 

Cette conception rencontre un épineux problème : comment quelque chose d’aussi tangible qu’un ensemble de neurones peut-il produire des choses aussi intangibles que des émotions, des sensations, des intuitions et des actes de volonté ? Ce problème peut cependant être dépassé en supposant que les phénomènes dans l’espace et le temps ont un double aspect : l’un physique et l’autre psychique. Le dernier n’est pas produit par le premier : il s’agit d’une caractéristique de l’univers tout aussi fondamentale. Un principe similaire apparaît dans le nouveau paradigme du concept de conscience selon lequel la conscience appartient à la dimension profonde du cosmos, à la différence du cerveau qui appartient, lui, à la dimension visible. La conscience ne se limite cependant pas au cerveau humain. Car si je ne peux faire que l’expérience directe de ma propre conscience, je n’ai aucune raison de nier que d’autres cerveaux peuvent en faire autant. Les hommes produisent des formes humaines de conscience tandis que d’autres espèces peuvent générer, en fonction de leur niveau d’évolution, des formes mineures. De simples organismes en font peut-être aussi l’expérience : celle d’une « sensation » rudimentaire du monde qui les entoure. Ceci découle logiquement d’une vision du monde dans laquelle des « systèmes » – à savoir des groupes d’éléments contenus dans des ensembles qui s’auto-entretiennent et évoluent – émergent dans l’espace et le temps. 

La thèse selon laquelle la conscience est produite dans la nature à tous les niveaux d’échelle et de complexité est décisive d’un point de vue logique. Il n’existe ainsi aucun point d’arrêt qui puisse me faire dire : au-delà de ce stade, il y a de la conscience et en deçà, il n’y en a pas. Cependant, indépendamment du caractère universel du phénomène de la conscience, si l’on s’en tient à l’image de la turbine, il s’agit toujours d’un phénomène local. La conscience survient dans les systèmes qui la génèrent, et s’y confine. 

 

Une fausse piste…


L’exemple de la turbine est pertinent tant que les faits correspondent aux présupposés. L’instant où le cerveau arrête de fonctionner et où la conscience se volatilise – de même que lorsqu’une turbine ne marche plus, le courant électrique disparaît –, est à ce titre crucial. A première vue, cela relève de l’évidence : lorsque les fonctions cérébrales stoppent, la conscience cesse. Impossible à observer directement, soit, mais nous pouvons raisonnablement tirer cette conclusion en observant des personnes victimes de mort cérébrale ou bel et bien mortes : elles ne se comportent pas comme celles dont la conscience fonctionne. 

Cette vérité ne devrait pas souffrir d’exception : nous ne pouvons pas constater la présence d’une conscience dans un cerveau mort tout comme il est impossible d’observer la présence d’une charge électrique dans une turbine à l’arrêt. La preuve du contraire remettrait en cause les affirmations de la science moderne. Mais c’est exactement ce qui s’est produit récemment, et ce dans un cadre clinique contrôlé où un protocole rigoureux a été suivi. On sait aujourd’hui que, dans certains cas, le dysfonctionnement du cerveau ne met pas fin à l’expérience consciente. 

Les preuves en ont été fournies grâce à l’étude de personnes ayant atteint le seuil de la mort mais qui en sont revenues. Placés sous contrôle clinique, certains individus affichaient, l’espace d’un instant, des fonctions cérébrales : ils souffraient de mort cérébrale. Cependant, ils pouvaient se rappeler, après coup, avoir connu des épisodes conscients durant cette phase critique. C’est ce que l’on appelle une EMI : une expérience de mort imminente. Si ceux qui ont effleuré la mort n’ont pas tous vécu d’EMI, cette dernière se manifeste dans un nombre de cas suffisant (autour de 25 %) pour considérer ce phénomène comme significatif. 

L’EMI apporte un démenti cinglant au concept basé sur l’image de la turbine qui considère la conscience comme la manifestation locale d’un phénomène local ne pouvant se produire sans le cerveau qui la génère. A ce stade, il est légitime de s’interroger : ces témoignages d’EMI se basent-ils sur d’authentiques souvenirs ou s’agit-il de simples chimères ? Nous penchons pour la première hypothèse. L’EMI provoque des questionnements qui vont bien au-delà de la remise en cause de la conception de la turbine. Car des signes indiquent que l’expérience consciente peut se poursuivre, sous certaines formes, non seulement quand les fonctions cérébrales stoppent mais aussi en leur totale absence, lorsque la personne est irréversiblement morte. 

Prenons le cas des médiums : ils semblent capables de communiquer avec des défunts qui leur rapportent leurs expériences post mortem. Ces messages ont fait l’objet de nombreuses critiques : on a dit que les médiums pouvaient les inventer ou les collecter auprès de personnes vivantes grâce à leurs facultés psi. Dans plusieurs cas cependant, ces objections ont été clairement écartées. Les messages transmis par les médiums semblaient émaner d’entités détenant des informations que ni ces premiers, ni des personnes qui auraient pu les contacter, ne possédaient. 

Les informations transmises par les médiums ne sont pas les seules preuves de la présence d’une forme de conscience après la mort. Des messages émanant de personnes décédées ont également été interceptés par voie musicale, par le biais de voix inattendues, parfois d’images, via des magnétophones, des radios, des postes de télévision et même des téléphones classiques. Citons également ces expériences de transcommunication instrumentale qui ont été menées, dont beaucoup dans des conditions rigoureusement contrôlées. 

De telles informations contredisent la théorie de la turbine. Et si cette dernière fait partie intégrante de la conception que la science se fait du monde, il convient alors d’interroger celle-ci. 

 

La conscience, version « non locale »


La conscience persistant indépendamment du cerveau qui l’a générée coïncide avec une expérience que beaucoup d’entre nous font au quotidien : celle d’entrer des informations dans un ordinateur fonctionnant en réseau. 

Si l’on applique l’image de l’ordinateur à la conscience, alors chaque acte conscient constitue un élément d’information. Si l’on entre cet élément dans un vieil ordinateur dépourvu de mémoire intégrée et sans lien à d’autres machines, nous revenons au mode de fonctionnement de la turbine : les données entrées restent locales. Elles sont contenues dans le seul ordinateur et, quand celui-ci s’éteint, elles sont perdues. Mais nous pouvons tout à fait nous servir d’une machine dotée d’une mémoire et reliée à d’autres ordinateurs ou systèmes d’information. Ce que nous entrons dans notre ordinateur peut alors être « sauvegardé ». Notre machine peut être endommagée, voire même détruite, l’information demeure. Et bien qu’il ne soit pas possible de retrouver cette information sur notre ordinateur, nous pouvons le faire grâce à n’importe quel autre machine en état de marche pour peu que nous ayons le code ayant permis de sauvegarder ledit renseignement. 

L’ordinateur programmé pour sauvegarder de manière automatique tout ce qui entre dans le système de stockage de sa mémoire constitue une métaphore adéquate pour une conception non locale de la conscience. L’information entrée est ici présente dans un système de données accessible universellement, comme c’est le cas sur Internet pour lecloud par exemple. Le système range et intègre tous les éléments d’information, quelle que soit leur origine, et peut les retrouver. Ce type de fonction mémorielle intégrale est aussi à l’œuvre dans la pratique des psychiatres transpersonnels. En plongeant leurs patients dans des états modifiés de conscience, les psychiatres ont pu constater que la conscience de certains d’entre eux pouvait s’étendre dans l’espace et le temps. On peut remarquer la même chose chez des personnes ayant des liens de parenté directs ou des relations très fortes entre elles : mères, jumeaux, amoureux semblent ainsi « branchés » sur la conscience de l’autre. Les médiums possèdent la même capacité. 

La conscience ne serait donc pas un phénomène individuel et local mais bien plutôt transpersonnel et non local. Cette théorie suppose que les traces de conscience présentes dans le cerveau le soient également indépendamment de lui. Elle ne conteste pas le fait que la conscience soit générée par le cerveau mais le fait qu’elle soit limitée à celui qui la produit. 

 

Vers l’existence d’un champ akashique


La théorie de l’ordinateur en réseau suppose l’existence d’un champ de mémoire dans la nature. Ce dernier fait référence à l’idée bien connue du « champ akashique » : une mémoire naturelle universelle qui conserve la trace de toutes les choses qui se produisent dans l’espace et le temps. Une telle conception constitue une véritable avancée pour la théorie de la conscience mais elle n’épuise cependant pas l’étendue des récentes découvertes. Car certains éléments conscients qui persistent indépendamment du cerveau ne sont pas de simples traces ni des copies d’éléments surgissant dans le champ de la conscience normale : ils apparaissent comme autant de consciences vivantes. C’est le cas lorsque quelqu’un ne se souvient pas seulement d’un défunt mais entre en communication avec lui. Ce dernier point constitue une sérieuse objection pour la théorie de l’ordinateur en réseau. 

Dans un champ normal d’information, l’élément rappelé devrait posséder la même forme que l’original : le champ conserve et transmet l’information mais ne l’élabore pas. Dans certains cas cependant, un sujet humain peut communiquer avec « quelque chose » qui ressemble à une conscience vivante sans pour autant être la conscience d’une personne vivante. C’est ainsi le cas dans la « communication après la mort ». Ici, dans un état de conscience légèrement modifié, le sujet entre en communication avec des personnes proches décédées. Celles-ci se comportent comme des êtres vivants doués d’intelligence, capables de répondre aux questions et de fournir des informations. Ces expériences n’ont rien d’exceptionnel : Raymond Moody, spécialisé dans la recherche sur l’après-vie, a ainsi signalé des milliers de cas de contacts se produisant spontanément après la disparition d’individus ; le thérapeute Allan Botkin a affirmé, pour sa part, avoir provoqué des milliers de fois des communications après la mort. Dans leurs transes, certains médiums expérimentent de tels échanges au cours d’un « channeling ». Des consciences désincarnées semblent donc pouvoir se remémorer ce qui leur est arrivé juste avant et après leur disparition. 

Nous avons affaire ici à des intelligences actives fonctionnant sans être reliées à un quelconque cerveau. Elles font preuve d’une conscience d’elles-mêmes et possèdent des souvenirs d’une existence physique. Dans certains cas, elles indiquent clairement vouloir entrer en communication avec des personnes existantes. Cette « transcommunication » dépasse de loin tout ce que l’on peut envisager comme propriétés d’un champ de mémoire dans la nature. 

 

La conscience cosmique, l’image de la matrice


Rendre compte des expériences de transcommunication nécessite une théorie qui admette la possibilité que la conscience demeure active indépendamment de l’organisme auquel elle a été associée. Une telle théorie exige une vision totalement inédite de la nature du monde. 

Dans la conception de la turbine, la conscience est générée au sein d’organismes vivants et de systèmes qui s’auto-alimentent et se développent dans l’espace et le temps. Dans le concept du champ akashique, les traces d’une conscience vivante sont conservées au sein d’un champ d’information universel. Les récentes découvertes évoquées ici indiquent cependant que la conscience est non seulement conservée indépendamment du cerveau mais qu’elle existe comme une intelligence dynamique et créative en soi. La conscience, dans cet état désincarné, ne peut être expliquée ni par la théorie de la turbine ni par celle du champ d’information. Elle réclame une vision du monde dans laquelle elle n’est pas un phénomène temporaire mais bien une caractéristique permanente. 

La vision du cosmos s’actualisant à partir d’une dimension profonde et invisible permet d’élaborer un tel concept de la conscience. Cette dernière n’est plus ici un phénomène local limité à un organisme vivant ; elle n’est pas non plus un phénomène non local provoqué par la conservation et l’intégration des consciences produites par les organismes vivants. La conscience dont nous faisons l’expérience – ce flot de sensations, de sentiments, d’intuitions et d’actes de volonté – fait partie intégrante de la conscience qui se propage dans tout le cosmos. Il n’y a qu’une seule conscience dans l’univers et celle qui apparaît en nous en fait partie intégrante. 

Erwin Schrödinger déclarait : « Le nombre total des esprits se ramène à un… En vérité, il n’y a qu’un seul esprit. » La conscience n’existe pas au pluriel. Dans ses dernières années, Carl Gustav Jung parvint à la même conclusion : la psyché n’est pas un produit du cerveau et n’est pas localisée dans la boîte crânienne. Elle fait partie intégrante du principe générateur et créatif du cosmos, l’unus mundus. 

La conscience individualisée que nous connaissons est un élément de la conscience présente de façon continue au sein de la dimension profonde du monde. Il s’agit d’une conscience qui reçoit, élabore et retransmet un système traitant de l’information. Et cette information qu’elle traite n’est rien d’autre que la conscience qui imprègne le cosmos. 

La conscience indépendante du cerveau n’est donc ni une anomalie, ni un phénomène inexplicable et inexpliqué : il s’agit bien d’une manifestation de la présence de la conscience dans le cosmos. Une présence que la mort du cerveau auquel elle a été associée ne dissout pas.

 

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LES LIVRES INCONTOURNABLESà découvrir

Editions Véga

L'expérience akashique

Ervin Laszlo

Depuis des temps immémoriaux, les hommes se savent reliés au cosmos. Les peuples indigènes traditionnels étaient conscients de l'invisible et l'intégraient dans leur quotidien. Mais le monde moderne continue... En savoir plus »

Cheminer vers la pleine conscience. (spiritualité)

Par Le 08/09/2015

 

Medite

CONSCIENCE

 

http://www.inrees.com/articles/quand-la-conscience-nous-transforme/

Quand la conscience nous transforme

Des individus, toujours plus nombreux, vivent de profonds changements et expérimentent de nouveaux ressentis. Ces sauts de conscience témoigneraient-ils d’un phénomène planétaire ?

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Nous sommes de plus en plus nombreux à percevoir l’existence de l’invisible, à ressentir l’énergie sous-jacente à toute chose, à voir grandir notre intuition, notre connexion aux plans supérieurs et parfois même nos perceptions extrasensorielles. Une énergie puissante semble actuellement nous pousser au-delà de nos peurs et de nos limites pour oser être plus vrais et plus entiers, et accèder à une dimension plus vaste de l’existence. Qu’en est-il vraiment ?

 

Passer de la dualité à l’unité


Selon Liliane Van der Velde, fondatrice de l’Approche chamanique de la thérapie (ACT), « l’univers est actuellement en expansion et nous sommes poussés à grandir en même temps que lui. Les expériences vécues depuis la nuit des temps ont enrichi la matrice de toutes les mémoires. De plus en plus d’informations circulent sur le plan vibratoire, nous permettant d’accéder à la connaissance universelle et à un élargissement de conscience. »
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Nous sommes de plus en plus nombreux à percevoir l’existence de l’invisible, à ressentir l’énergie sous-jacente à toute chose, à voir grandir notre intuition, notre connexion aux plans supérieurs et parfois même nos perceptions extrasensorielles. Une énergie puissante semble actuellement nous pousser au-delà de nos peurs et de nos limites pour oser être plus vrais et plus entiers, et accèder à une dimension plus vaste de l’existence. Qu’en est-il vraiment ?

 

Passer de la dualité à l’unité


Selon Liliane Van der Velde, fondatrice de l’Approche chamanique de la thérapie (ACT), « l’univers est actuellement en expansion et nous sommes poussés à grandir en même temps que lui. Les expériences vécues depuis la nuit des temps ont enrichi la matrice de toutes les mémoires. De plus en plus d’informations circulent sur le plan vibratoire, nous permettant d’accéder à la connaissance universelle et à un élargissement de conscience. »
Les astrologues quant à eux expliquent le phénomène d’éveil actuel par la tension entre Uranus et Pluton débutée en 2010 et toujours à l’oeuvre aujourd’hui. « Pluton en Capricorne nous exhorte à guérir le passé et à transformer nos structures intérieures et extérieures. Il joue le rôle de nettoyeur et fait remonter de notre inconscient notre part d’ombre. Ce qui est inédit aujourd’hui, c’est que, grâce à Uranus le visionnaire, nous pouvons en prendre conscience, les transmuter, créer notre nouvelle réalité et nous propulser vers une nouvelle ère », explique Michel Tabet, docteur en psychologie et astrologue. Parallèlement, l’entrée en 2012 de Neptune dans le signe du Poisson, là où il est « en maîtrise », annoncerait une ouverture aux plans spirituels les plus élevés. « Nous sommes actuellement entre 2 mondes. L’ère du Verseau nous demande de passer de la dualité à l’unité, de vivre non plus seulement en tant qu’individus mais en tant qu’âmes reliées entre elles, en phase avec l’intelligence de la vie » poursuit le professeur, également fondateur et formateur au rêve d’éveil.

 

Gérer l’afflux d’énergie


Si l’époque est inédite et l’expérience palpitante, elles n’en demeurent pas moins inconfortables et parfois chaotiques. « Notre société moderne s’est bâtie sur une vision matérielle et fragmentaire de la réalité. Il y a eu une telle rupture de lien avec le monde invisible et l’intelligence universelle que quand ils se présentent à nous avec vigueur, nous n’avons pas forcément les moyens de les comprendre ni de les gérer », poursuit Liliane Van der Velde. D’après son expérience, les effets induits par cette expansion de conscience sont très variables d’une personne à l’autre, en fonction du terrain sur lequel se manifeste cette ouverture. « Il s’agit de la rencontre entre 2 champs, le flux de conscience universelle et le propre champ énergétique de la personne, et cela crée une réaction chaque fois différente. » Pour certains d’entre nous, notamment ceux qui ont déjà amorcé un cheminement spirituel tout en étant bien ancrés, l’ouverture peut se faire graduellement et se révéler être une grande source d’inspiration créative. 

Mais pour d’autres personnes plus vulnérables, le cap à passer peut être douloureux, entraînant selon les cas divers troubles physiques et émotionnels, une alternance entre des sensations d’exaltation et de grand vide, un sommeil perturbé, des maux de tête, de l’épuisement, une déminéralisation, ainsi qu’une perte de repères et d’identité. Alors que la médecine conventionnelle est démunie pour gérer ces symptômes de plus en plus fréquents et volontiers relégués au rang de pathologies, ils sont perçus au contraire par divers thérapeutes holistiques comme des poussées d’évolution. « Il y a vraiment besoin de venir en aide à un certain nombre de personnes qui ne peuvent être comprises ni par la psychologie classique ni par les classifications habituelles de la psychiatrie, explique le psychiatre Olivier Chambon. Ces personnes font l’expérience d’une ouverture ou expansion de la conscience, qui les met en contact avec “plus grand qu’elles”, au-delà de l’identification aux barrières étroites de l’ego et de la personnalité. » Le cas d’Aude, 33 ans, ancienne chef de produit pour une grande multinationale, est éloquent. Priant pour son père dans le coma, elle se connecte pour la première fois à une force qui la dépasse. Emplie d’une énergie démesurée lorsqu’il revient à la vie, elle tire sur ses ressources et finit par faire un burn-out. « J’avais l’impression d’être à côté de moi-même, comme sortie de mon corps. Je me sentais faible et désaxée et j’avais très mal à la tête. Je perdais la mémoire immédiate, j’avais beaucoup de mal à me concentrer et entendais en moi les discussions lointaines et les bavardages mentaux des gens qui m’entouraient. C’était invivable ! On m’a prescrit 2 semaines d’arrêt et des antidépresseurs. J’ai eu réellement peur de devenir folle. J’ai partagé mon expérience avec quelques proches et n’aurais peutêtre pas dû. L’existence de l’invisible était trop dérangeante à concevoir pour eux et une amie m’a d’emblée conseillé de reprendre des médicaments. »

Pour Liliane Van der Velde, si cette expansion de conscience peut être si difficile à intégrer, c’est qu’elle met en lumière les parties subtiles de notre être et notre relation au « Grand Tout », oubliées depuis des générations de par notre éducation et notre formatage. « Si cette énergie monte brutalement sans être transformée et assimilée au fur et à mesure, cela crée une surchauffe qui peut donner l’impression de “disjoncter”. C’est effectivement comme si l’on recevait directement l’énergie d’une centrale nucléaire sans pouvoir la filtrer ! Et plus nos filtres sont abîmés, plus cette défaillance va apparaître avec l’expansion de conscience. »L’afflux d’énergie va ainsi réveiller les failles et faire sauter ce qui ne peut plus tenir. Il n’est pas rare que des burn-out, accidents, ruptures et chocs émotionnels de toutes sortes viennent secouer la personne comme des appels de l’âme à être entendue, et que ce soit sur ce terrain fragilisé que l’ouverture spirituelle apparaisse ou ressurgisse. Telle fut l’expérience de Françoise, chargée de communication âgée de 30 ans. Après une enfance difficile, elle développe un terrain stressé et un tempérament très à l’écoute des autres mais peu de ses propres besoins et émotions. À plusieurs accidents de la route et une situation de harcèlement professionnel succède une période d’hypersensibilité et d’angoisse qui la pousse à chercher de l’aide. « Je voyais des entités dans ma maison et vivais dans un grand inconfort avec des douleurs au dos, des névralgies, des migraines... Ma sensibilité était telle que je me sentais comme une éponge et ne captais malheureusement que des souffrances. J’avais peur d’être happée dans un trou noir et je traversais régulièrement des crises de panique pendant la nuit. »

 

Transformer notre part d’ombre


Selon Michel Tabet, l’élévation de conscience et l’entrée dans une nouvelle ère ne peuvent s’accomplir sans avoir d’abord rangé en nous-mêmes les fardeaux de notre passé. Loin des courants New Age qui prônaient uniquement la pensée positive, nous aurions aujourd’hui la possibilité et le devoir d’accueillir notre part d’ombre et de les transmuter avec amour. « Le centre du coeur est vraiment le pont entre les 2 mondes, là où tous les conflits, les maladies, les mémoires karmiques, les vieux schémas cloisonnants et les visions erronées peuvent se transformer. Le rêve d’éveil est l’un des outils qui permet de faire, dans un état modifié de conscience, ce travail d’accueil et de transmutation. Ce qui est magnifique, c’est que toute part d’ombre accueillie comme une partie de soi en demande d’attention finit par devenir une grande force. »
Il semblerait que l’intelligence universelle nous pousse actuellement à ce travail de nettoyage et de guérison. Chez de nombreuses personnes, le voile de l’inconscient se soulève et permet aux traumatismes passés de ressurgir pour mieux guérir. Sophie, 51 ans, cadre dans l’Administration, témoigne ainsi : « Il y a 8 ans, mes perceptions se sont exacerbées. Je ressentais des énergies obscures me tirer vers le bas dans le bus, dans la rue ou au bureau. C’était si intense que je ne pouvais même plus aller au restaurant ou dans d’autres lieux collectifs. J’ai commencé un travail sur moi et ai ramené à ma conscience le souvenir de l’inceste. L’an dernier, mon mal-être s’est accentué. J’avais beaucoup de nausées et le simple fait de mettre mes mains sur mon corps réveillait des souvenirs des abus passés. »

Pour Ingrid, psychosomatothérapeute de 44 ans, l’ouverture s’est manifestée par le biais d’une paralysie soudaine, somatisation de la souffrance d’une vie antérieure. « Dès l’enfance, je pouvais voir dans l’invisible des formes, des ondes, des lumières, etc., auxquelles mon entourage n’avait pas accès. Après avoir mis ces perceptions de côté en grandissant, j’ai eu une vie mouvementée avec de nombreux chocs, dont une maladie auto-immune et un cancer, suivis d’une paralysie faciale apparue soudainement l’an dernier. J’ai été complètement bloquée pendant des mois, et les médecins n’y comprenaient rien. Parallèlement, beaucoup de perceptions subtiles revenaient en moi, des messages, des visions. Un beau jour, j’ai rencontré lors d’un congrès une guérisseuse russe. Elle a posé 5 minutes ses mains sur ma joue et m’a appris que j’avais été chamane dans une autre vie dans laquelle j’avais reçu un coup au visage. À peine avais-je passé la porte que je ne ressentais plus aucun blocage ! J’ai ensuite poursuivi ce travail de guérison avec Liliane Van der Velde. Depuis, je n’ai plus de douleur ni de malaise physique. J’ai décidé de laisser vivre mes perceptions du monde invisible, d’apprendre à collaborer avec elles. J’ai compris que le fait de les avoir réprimées m’avait rendue malade. »

 

Ancrer la transformation dans la matière


L’un des risques inhérents à l’ouverture rapide de conscience est celui d’une réelle « cassure » sur le chemin de vie de la personne. Il se peut que sa soif de spiritualité, non étanchée depuis si longtemps, se réveille si fortement qu’elle balaie tout le reste sur son passage. Certains peuvent alors décider de changer intégralement leur vie, oublier l’importance de garder les pieds sur terre et se retrouver davantage déstabilisés, sans aucune structure stable, ni intérieure ni extérieure, sur laquelle s’appuyer. Pour Liliane Van der Velde, le « bon changement » serait davantage une progression permettant d’alchimiser le passé pour en faire quelque chose de plus vrai, de mieux aligné avec notre être profond. « Certains recherchent des sensations ou des connexions toujours plus fortes avec l’invisible. La tendance consumériste de notre société moderne s’est ainsi déplacée vers le monde spirituel. Il n’est pourtant pas nécessaire d’avoir affaire à du spectaculaire ou du sensationnel pour nous rapprocher de nos véritables dimensions. »

Enfin, certaines personnes tombent dans le délire mystique ou le piège égotique, se sentant « élues » ou « supérieures ». Or, « l’énergie universelle n’est pas élitiste », précise Liliane Van der Velde. Tous les spécialistes interrogés s’accordent donc sur la nécessité de l’ancrage. Le défi actuel serait alors celui de parvenir à nous élever tout en ayant de meilleures racines. « Nous sommes appelés à renforcer notre connexion à notre âme sans nous désincarner », précise Michel Tabet. Pour y parvenir, certaines pratiques corporelles peuvent être de très bons outils. « Le yoga et le dahara m’aident à conserver mon axe, mon centre, mon filtre entre moi et les autres, explique Aude. Au fil du temps, j’habite davantage mon corps et j’ai appris à faire circuler l’énergie en lui quand je sens que mes sensations et perceptions pourraient me submerger. » Sophie, quant à elle, après avoir été aidée par divers thérapeutes qui lui ont permis de récupérer ses forces et le « pouvoir qui [lui] avait été volé » dans son enfance, a introduit le qi gong et la méditation dans son quotidien. « Ils m’aident à me réapproprier mon corps, à reconstruire mes limites, mon amour-propre et ma confiance. »

 

Aller vers une réunification de notre être


Devant la nouveauté et l’intensité des expériences qui se présentent à nous en cette période de grande transition, une aide extérieure est parfois nécessaire. Comme le dit Olivier Chambon, « au départ, l’état psychique de ces personnes est, dans la grande majorité des cas, tout à fait sain, mais l’émergence de cet éveil spirituel les oblige à réviser complètement leur vision du monde. Au-delà de l’apparition d’émotions intenses, voire des symptômes physiques, un déséquilibre psychique secondaire temporaire pourrait perdurer sans un accompagnement qualifié par un psychothérapeute transpersonnel compétent. Celui-ci devra avoir lui-même vécu l’expérience d’états modifiés de conscience et de phénomènes spirituels, et posséder les outils conceptuels et pratiques pour aider à transformer l’émergence spirituelle en un véritable épanouissement intégré de la personnalité. » 

Se réunifier, retrouver son axe, tout en établissant un lien harmonieux entre soi et le Tout, serait donc le cadeau qui nous est aujourd’hui proposé par l’univers. Pour cela, toute notre discipline de vie méritera dans certains cas d’être revisitée. Une nourriture de qualité, une médecine naturelle, de l’activité physique, un environnement sain, un rythme quotidien à l’écoute de nos besoins et ressentis, etc., seront certainement nécessaires. La connexion à la nature sera également une aide précieuse. « Je ne pouvais plus supporter les vibrations de la ville et de la foule et suis allée trouver refuge quelque temps à la campagne, ajoute Aude. La rivière, les arbres, les pierres, le soleil, m’ont profondément ressourcée. Aujourd’hui encore, je veille à aller régulièrement en pleine nature où je peux m’emplir d’énergie en toute confiance. »

Finalement, c’est un gain de sens et de sérénité qui est acquis au fil du chemin, la joie de nous sentir à notre juste place, bien ancrés en nous-mêmes et profondément reliés à l’intelligence universelle. « Que nous soyons tous connectés à une puissante source d’énergie, c’est certain, nous dit Ingrid. Mais l’important est de savoir ce que l’on va en faire concrètement dans notre vie, en quoi elle peut améliorer notre bien-être et notre impact sur le monde. » Aude conclut : « Que mes actions aient un sens est devenu fondamental. J’ai quitté mon poste pour m’installer en indépendante et créer ma vie en accord avec ce que je suis. Je parviens bien plus qu’avant à être, tout simplement. »

 

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Ton reflet dans le miroir

Par Le 07/09/2015

Je ne suis que ton reflet dans le miroir

Il y avait une fois un jeune prince qui trouvait les gens autour de lui méchants et égoïstes. Il en parla un jour à son précepteur qui était un homme sage et avisé et qui confia une bague au prince.

- « Cette bague est magique. Si tu la tournes trois fois sur elle-même, un génie t’apparaîtra. Toi seul le verras. Chaque fois que tu seras insatisfait des gens, appelle-le. Il te conseillera. Mais fais attention : ce génie ne dit la vérité que si on ne le croit pas. Il cherchera sans cesse à te tromper. »

Un jour, le prince entra dans une violente colère contre un dignitaire de la cour qui avait agi contre ses intérêts. Il fit tourner trois fois la bague. Aussitôt, le génie apparut :

- « Donne-moi ton avis sur les agissements de cet homme » dit le prince.

- « S’il a fait quelque chose contre toi, il est indigne de te servir. Tu dois l’écarter ou le soumettre. » À ce moment, le prince se souvint des paroles étranges de son précepteur.

- « Je doute que tu me dises la vérité », dit le prince.

- « Tu as raison », dit le génie, « je cherchais à te tromper. Tu peux bien sûr asservir cet homme, mais tu peux aussi profiter de ce désaccord pour apprendre à négocier, à traiter avec lui et trouver des solutions qui vous satisfassent tous deux. »

Parcourant un jour la ville avec quelques compagnons, le prince vit une immense foule entourer un prédicateur populaire. Il écouta un instant le prêche de cet homme et fut profondément choqué par des paroles qui contrastaient violemment avec ses propres convictions. Il appela le génie.

- « Que dois-je faire ? »

- « Fais-le taire ou rends-le inoffensif », dit le génie. « Cet homme défend des idées subversives. Il est dangereux pour toi et pour tes sujets. » Cela me paraît juste, pensa le prince. Mais il mit néanmoins en doute ce que le génie avait dit.

-« Tu as raison", dit le génie, « je mentais. Tu peux neutraliser cet homme. Mais tu peux aussi examiner ses croyances, remettre en cause tes propres certitudes et t’enrichir de vos différences. »

Pour l’anniversaire du prince, le roi fit donner un grand bal où furent conviés rois, reines, princes et princesses. Le prince s’éprit d’une belle princesse qu’il ne quitta plus des yeux et qu’il invita maintes fois à danser sans jamais oser lui déclarer sa flamme. Un autre prince invita à son tour la princesse. Notre prince sentit monter en lui une jalousie profonde. Il appela alors son génie.

- « Que dois-je faire, selon toi ? »

- « C’est une crapule », répondit le génie. « Il veut te la prendre. Provoque-le en duel et tue-le. » Sachant que son génie le trompait toujours, le prince ne le crut pas.

- « Tu as raison », dit le génie, « je cherchais à te tromper. Ce n’est pas cet homme que tu ne supportes pas, ce sont les démons de tes propres peurs qui se sont éveillés quand tu as vu ce prince danser avec la princesse. Tu as peur d’être délaissé, abandonné, rejeté. Tu as peur de ne pas être à la hauteur. Ce qui se réveille en toi dans ces moments pénibles te révèle quelque chose sur toi-même. »

À l’occasion de la réunion du grand conseil du royaume, un jeune noble téméraire critiqua à plusieurs reprises le prince et lui reprocha sa façon de gérer certaines affaires du royaume. Le prince resta cloué sur place face à de telles attaques et ne sut que répondre. L’autre continua de plus belle et à nouveau le prince se tut, la rage au cœur. Il fit venir le génie et l’interrogea.

- « Ôte-lui ses titres de noblesse et dépouille-le de ses terres », répondit le génie. « Cet homme cherche à te rabaisser devant les conseillers royaux. »

- « Tu as raison », dit le prince. Mais il se ravisa et se souvint que le génie mentait.

- « Dis-moi la vérité » continua le prince.

- « Je vais te la dire », rétorqua le génie. « Même si cela ne te plaît pas. Ce ne sont pas les attaques de cet homme qui t’ont déplu, mais l’impuissance dans laquelle tu t’es retrouvé et ton incapacité à te défendre. »

Un jour, dans une auberge, le prince vit un homme se mettre dans une colère terrible et briser tables et chaises. Il voulut punir cet homme. Mais il demanda d’abord conseil au génie.

- « Punis-le », dit le génie. « Cet homme est violent et dangereux. »

- « Tu me trompes encore », dit le prince.

- « C’est vrai. Cet homme a mal agi. Mais si tu ne supportes pas sa colère, c’est avant tout parce que tu es toi-même colérique et que tu n’aimes pas te mettre dans cet état. Cet homme est ton miroir. »

Une autre fois, le prince vit un marchand qui voulait fouetter un jeune garçon qui lui avait volé un fruit. Le prince avait vu filer le vrai voleur. Il arracha le fouet des mains du marchand et était sur le point de le battre lorsqu’il se ravisa.

- « Que m’arrive-t-il ? », dit-il au génie. « Pourquoi cette scène m’a-t-elle mis dans cet état ? »

- « Cet homme mérite le fouet pour ce qu’il a fait », répondit le génie.

- « Me dis-tu la vérité ? »

- « Non », dit le génie. « Tu as réagi si fortement parce que l’injustice subie par ce garçon t’a rappelé une injustice semblable subie autrefois. Cela a réveillé en toi une vieille blessure. »

Alors le prince réfléchit à tout ce que le génie lui avait dit.

- « Si j’ai bien compris », dit-il au génie, « personne ne peut m’énerver, me blesser ou me déstabiliser. »

- « Tu as bien compris », dit le génie. « Ce ne sont pas les paroles ou les actes des autres qui te dérangent ou que tu n’aimes pas, mais les vieux démons qui se réveillent en toi à cette occasion : tes peurs, tes souffrances, tes failles, tes frustrations.

Si tu jettes une mèche allumée dans une jarre d’huile, celle-ci s’enflammera. Mais si la jarre est vide ou qu’elle contient de l’eau, la mèche s’éteindra d’elle-même.

Ton agacement face aux autres est comme un feu qui s’allume en toi et qui peut te brûler, te consumer, te détruire. Mais il peut aussi t’illuminer, te forger, te façonner et faire de l’autre un allié sur le chemin de ta transformation. Toute rencontre difficile devient alors une confrontation avec toi-même, une épreuve, une initiation. »

- « J’ai besoin de savoir encore une chose », dit le prince. « Qui es-tu ? »

- « Je suis, moi aussi, ton reflet dans le miroir. »

Charles Brulhart

L'altruisme enseigné à l'école

Par Le 07/09/2015

Plaidoyer pour l'altruisme : l'interview de Matthieu Ricard

Publication: Mis à jour: 

MATTHIEU RICARD ALTRUISME

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ALTRUISME - Oubliez tout ce qu'on vous a appris, c'est à une nouvelle manière de penser l'homme que Matthieu Ricard appelle. Moine, bouddhiste et disciple du dalaï lama, il est l'auteur de ce Plaidoyer pour l'altruisme, en librairie depuis le 19 septembre. Un ouvrage à l'ambition encyclopédique, mais aussi laïque, qui déborde de pertinence en période de crise.

Les preuves sont là. Non, nous sommes pas des êtres égoïstes mus par le seul désir de maximiser notre intérêt. Non, la société n'est pas plus violente aujourd'hui qu'hier. Oui nous pouvons changer notre manière d'être et donc coopérer davantage, pas seulement à un niveau individuel mais aussi à un niveau collectif.

Qu'il s'agisse de l'économie, de l'environnement, de notre bien-être et de nos relations aux autres, nous gagnerions tous à reconnaître et à cultiver l'altruisme.

Ce n'est pas uniquement le moine qui le dit, c'est surtout la science. De l'évolutionnisme à la neurologie en passant par la psychologie, mais aussi l'analyse de données concernant les conflits, tout concourt à montrer que l'altruisme est non seulement inné chez l'homme, mais qu'il peut aussi être créé. Devenir meilleur est littéralement à portée de main, à condition d'accepter ces évidences que nous avons oubliées.

Le HuffPost: La science le montre, l'altruisme est partout, inné chez les enfants, présents chez les animaux... Alors pourquoi avoir écrit ce livre?

MR: Parce que tout le monde ne pense pas comme ça. Il y a souvent cette idée que nous sommes tous des égoïstes. Quand j'ai travaillé sur le sujet je pensais que l'altruisme existait, que ce n'était pas la peine de le prouver, mais je ne m'attendais pas à ces courants de pensée très forts, les philosophes à partir du XVIIè siècle comme Hobbes, des psychologues du début du XXè siècle et les économistes néoclassiques pour lesquels l'altruisme est inconnu au bataillon. L'altruisme, ils n'y croient tout simplement pas. En résumé, ils disent: "gratter à la surface d'un altruiste et c'est l'égoïste qui va saigner". Autrement dit, si on est bien malin et perspicace, on trouvera toujours une motivation égoïste à un acte altruiste.

Et vous contestez cette idée...

Cette théorie de l'égoïsme universelle, c'est vraiment un a priori. Il n'y a aucune étude scientifique qui donne la moindre crédibilité à cette idée. Mais comme cette idée demeurait dans l'ère du temps, il y a des scientifiques qui se sont dit : il faut montrer que l'altruisme existe grâce à des expériences. Quelqu'un comme Daniel Batson, un grand psychologue américain, a travaillé là-dessus pendant 25 ans avec tout son labo. Il a mis au point une trentaine de stratagèmes pour distinguer les comportements égoïstes des autres, et notamment de la détresse empathique, l'idée qu'on ne supporte pas voir souffrir les autres et qu'on leur vient en aide pour soulager notre détresse. Finalement, ils se sont rendus compte que certaines personnes se comportaient de manière authentiquement altruiste quelles que soient les circonstances. Rien ne confirmait la thèse que dans tous les cas, on était égoïste. Pour moi, ça revient à enfoncer des portes ouvertes, mais avec l'appui de la science cette fois-ci.

Qu'est-ce qui nous empêche d'être altruiste?

Il y a plusieurs choses. D'abord l'idée que nous sommes tous égoïstes, que ce n'est pas la peine d'essayer. Or, si vous analysez les actes des individus tout au long de la journée on remarque qu'en moyenne 70% de ceux-ci sont des actes qu'on pourrait qualifier d'entraide comme tenir la porte ouverte à quelqu'un, des petits gestes. La banalité du bien est beaucoup plus présente dans notre existence qu'on le croit, donc déjà c'est encourageant. Deuxièmement, il faut se dire voilà, je sais qu'il faut faire un minimum d'efforts pour apprendre à lire, à écrire, à jouer aux échecs, donc comment se pourrait-il que d'autres aspects de nos existences comme l'attention ou l'altruisme seraient déjà à leur optimum dès le départ? Ca n'a pas de sens. Toutes nos capacités ont été entraînées jusqu'à un certain point. Donc cultiver l'altruisme, c'est l'idée qu'être exposé régulièrement à une idée ou à une manière de penser va changer votre cerveau.

Et pour cultiver l'altruisme, vous dites qu'il y a une technique de plus en plus populaire, c'est la méditation...

La méditation c'est un terme un peu mystique, exotique, mais la signification du mot méditation c'est cultiver, se familiariser avec une nouvelle manière d'être et cultiver ces qualités. Donc prenons l'altruisme. Il est évident que dans notre vie on connaît des moments d'amour inconditionnel vis à vis d'un enfant, vis-à-vis de quelqu'un, d'un animal que sais-je, et on n'a pas besoin de faire d'effort pour être altruistes à leur égard, souhaiter qu'ils soient en bonne santé, s'épanouissent dans l'existence. Le problème, c'est que ça ne dure pas. Cultiver, cela veut donc dire essayer de passer un peu plus de temps, par exemple dix minutes par jour, à emplir notre paysage mental d'amour altruiste, et si on est distrait d'y revenir, s'il s'évanouit de le raviver, c'est ça la méditation.

En quoi méditer peut-il nous faire changer?

L'expérience montre que sur le plan personnel on voit une différence. C'est prouvé scientifiquement, validé par nos connaissances sur la neuroplasticité. Le cerveau change lorsqu'il est soumis à un entraînement quelconque, qu'il s'agisse de jongler ou de méditer. C'est le cas chez des méditants qui totalisent 50.000 heures de méditation, mais aussi chez des personnes qui en ont fait 20 minutes par jour pendant un mois. Après quatre semaines de méditation quotidienne, on a observé des modifications fonctionnelles du cerveau, des modifications dans le comportement – plus de coopération, de comportements prosociaux, d'entraide – et même structurelles. On a par exemple remarqué que des zones du cerveau qui ont à voir avec l'empathie, avec l'amour maternel, avec des émotions positives étaient déjà légèrement plus volumineuse, donc il y a quelque chose qui s'est vraiment passé.

Est-ce que ça veut dire qu'il faudrait enseigner la méditation à l'école, au collège, au lycée ou à l'université?

Il faudrait enseigner la méditation, sous un autre nom, dès la maternelle et de manière totalement laïque et enlever totalement le label bouddhiste. La méditation, c'est vraiment une technique. Depuis 30 ans, le médecin John Kabat Zinn enseigne la réduction du stress grâce à la méditation de pleine conscience dans 300 hôpitaux aux États-Unis. C'est venu du bouddhisme, c'est maintenant totalement laïc. Autre exemple, celui de Richard Davidson à l'Université du Wisconsin et de son programme d'entraînement à la compassion et aux comportements pro-sociaux chez des enfants âgés de 4 et 5 ans. En dix semaines, grâce à trois séances de 30 minutes de méditation par semaine, on a réussi à stimuler les comportements pro-sociaux et altruistes chez les enfants. Les résultats sont incroyables.

Vous montrez d'ailleurs que les comportements altruistes existent déjà chez les animaux

Le fait qu'on ait mis en évidence des comportements comme celui de jeunes chimpanzés qui aident une vieille mère de leur espèce à s'hydrater parce qu'elle a du mal à se déplacer prouve que l'altruisme existe chez les animaux aussi, n'est-ce pas ? Si les bonobos sont capables d'avoir ce genre de comportements, pourquoi pas nous ? Il y a des centaines d'exemples de ce type impliquant des animaux, aussi bien dans la nature qu'à travers des expériences réalisées en laboratoire. Darwin lui même parlait de l'évolution des émotions et les reconnaissait tout à fait chez les animaux.

Reconsidérer notre relation aux animaux serait d'ailleurs une porte vers l'altruisme...

L'humain souffre d'une sorte de schizophrénie : nous sommes capables de manifester une certaine dose d'empathie et d'altruisme avec nos enfants, nos proches ou vis à vis d'autres êtres humains au travers de l'action humanitaire. Cependant, dès qu'il s'agit des animaux, l'être humain a une réticence à penser que ce sont des êtres sensibles à part entière. Bien sûr qu'ils ne vont pas aller manifester contre leur exploitation, ils n'ont pas une capacité d'engagement politique comparable à la notre... Mais ce serait absurde que les émotions, l'altruisme, l'empathie soient tombées du ciel uniquement pour et envers l'espèce humaine sans qu'il n'y ait eu des millions d'années qui ont préparé cela. Il n'y a aucune césure entre les différentes étapes de l'évolution.

Que faut-il faire dans ce cas?

Il faut revoir notre copie. Aujourd'hui nous éloignons tous les abattoirs hors de notre vue : loin des yeux, loin du coeur. En réalité, on ne veut pas voir qu'un milliard et demi d'animaux terrestres sont tués par an pour notre consommation. Or, ces animaux ne sont pas des machines. C'est aberrant d'en faire des objets, ça n'a pas de sens. Gandhi disait que l'on peut mesurer le degré de civilisation à la façon dont les hommes traitent les animaux. Évidemment ils n'ont pas de plans à long terme, mais le manque d'empathie à leur égard menace le monde d'une psychopathie collective. Kafka disait "La guerre est un prodigieux manque d'imagination". Il est devenu végétarien d'ailleurs, un jour en regardant un aquarium, il a dit "maintenant, je peux vous regarder en paix, je ne vous mange plus." (rires)

Mais en quoi être végétarien peut-il avoir un impact altruiste qui dépasserait le cadre de notre alimentation personnelle?

Je suis végétarien par choix car c'est beaucoup mieux pour les animaux mais aussi pour la santé et l'environnement. 775 millions de tonnes de maïs et de soja sont cultivées dans les pays en voie de développement afin d'être envoyés dans les pays développés nourrir les élevages industriels. Le rendement est nul! Il faut 10 kilos de protéines végétales pour produire 1 kilo de protéine animale. C'est le monde à l'envers...

Ensuite il y a un coût humain, parce que ces légumes sont enlevées aux populations qui ont besoin de nourriture, mais il y a également un coût environnemental puisque les excréments des grands élevages bovins sécrètent du méthane, une des premières causes du réchauffement climatique.

Enfin, il y a une question éthique vis à vis des animaux, une question vis à vis de la santé humaine, une question vis à vis de la pauvreté et une autre vis à vis de l'environnement. Selon les Nations Unies, manger beaucoup moins de viande serait une des meilleures façons de réduire les inégalités et les problèmes environnementaux... Il ne s'agit pas de devenir des végétariens fanatiques, mais de se réguler pour arrêter ce massacre permanent.

Il y a aussi l'économie tournée vers les profits, en quoi une pensée comme l'altruisme peut-elle être compatible avec elle?

La théorie de l'homo economicus est que l'homme est raisonnable et cherche à maximiser ses intérêts. C'est une caricature réductionniste de l'être humain. Nombre d'économistes savent désormais que l'être humain ne se résume pas à ça, mais c'est vrai on a construit beaucoup de modèles économiques sur cette base. Néanmoins, il y a beaucoup d'économistes comme Amartya Sen, Joseph Stiglitz ou Dennis Snower qui mettent en avant le problème des biens communs: la qualité de l'air, les réserves d'eau douce, la démocratie et ça, ça concerne tout le monde.

Effectivement, si vous calculez uniquement votre intérêt personnel, vous n'avez aucune raison de vous en occuper. Donc avec la voix de la raison, la seule valable pour les économistes, il faut la voie du care, un terme peut-être encore meilleur que l'altruisme ou la compassion parce que si des gens disent I don't care, je m'en fiche, ça la fout mal. Le care c'est donc la sollicitude, le fait d'être concerné par autrui. Et ça de plus en plus d'économistes y croient et essayent d'imaginer un système qui ne soit pas fondé uniquement sur la maximisation des intérêts égoïstes. La société fonctionnerait beaucoup mieux et ça correspondrait davantage à la réalité parce que les gens ne sont pas tous des égoïstes forcenés!

L'altruisme, ce serait donc la pensée du XXIe siècle?

Absolument! C'est le fil d'Ariane qui relie le court terme de l'économie, le moyen terme de la qualité de vie et le long terme de l'environnement. Sans l'altruisme, il n'y a aucun système intellectuel capable de prendre en compte les trois. Un économiste pur et dur vit au jour le jour, sans penser à l'avenir. Mais s'il a une considération pour autrui, il fera en sorte d'améliorer la qualité de vie des autres. S'il y a davantage de considération pour autrui, détruire la planète est inenvisageable.

Pourtant, il y a toujours des conflits, de la violence...

Il y a des causes aux violences. C'est la déshumanisation de l'autre. On dit que c'est des vermines, des pestes, des rats, on en fait des animaux. Il faut comprendre ces causes pour mieux lutter contre. Mais il y a aussi des forces qui créent une fausse idée de la réalité. Il suffit de regarder les actualités, il y a de la violence partout, la Syrie, le Soudan, les kalachnikovs à Marseille... Or c'est complètement faux.

Si vous regardez l'évolution de la violence au cours des siècle, la violence n'a cessé de diminuer au cours de l'Histoire. En Angleterre au XIVè siècle, il y avait 100 homicides par an pour 100.000 habitants, maintenant c'est 0,7. En Europe, le taux a baissé de 100 à 50 fois par rapport à il y a trois siècles. Le nombre moyen de victimes par conflit dans le monde était de 30.000 en 1950. Il est de 900 aujourd'hui. Alors bien sûr qu'il y a encore des conflits, mais si vous prenez l'ensemble global ça a diminué. La violence contre les enfants a diminué, la violence contre les femmes a diminué. Certes, il y a encore beaucoup à faire, mais beaucoup a déjà été fait.

On peut encourager la diminution de la violence...

On sait qu'il y a des facteurs de réduction de la violence et qu'on peut les encourager. Le statut des femmes, la démocratie... Prenons l'exemple de l'Europe. Au XIVè siècle il y avait 5000 entités politiques en Europe, à l'époque de Napoléon environ 250, et aujourd'hui une cinquantaine, qui sont démocrates, qui font du commerce les uns avec les autres... Il n'y a aucune chance que la Belgique entre en guerre avec l'Italie, zéro. Les pays qui entrent en guerre ont une démocratie dysfonctionnelle. Il y a donc un progrès indubitable, il faut le reconnaître car c'est encourageant.

Qu'est-ce qui vous semble le plus encourageant dans la société contemporaine ?

Ce qui fait le plus espérer, c'est de constater cette évolution dans l'humanité. La bonté est bien plus présente dans nos vies que ce que nous imaginons. On peut la cultiver au niveau individuel, mais aussi au niveau sociétal... Victor Hugo disait "Rien n'est plus puissant qu'une idée dont le temps est venu", je crois que l'âge de l'altruisme est venu.

plaidoyer pour l altruisme

 

Terrorisme d'Etat.

Par Le 07/09/2015

Éducation : gare à ceux qui osent critiquer la réforme !

Le président d'une association de professeurs qui s'est indigné publiquement contre la réforme du latin a été menacé par sa hiérarchie. Hallucinant !

PAR 

Publié le  | Le Point.fr

Le président de l'Association des professeurs de lettres s'est vu reprocher  la « violence outrancière » de ses propos par le directeur académique des services de l’Éducation nationale en charge des collèges au rectorat de Paris.

Le président de l'Association des professeurs de lettres s'est vu reprocher  la « violence outrancière » de ses propos par le directeur académique des services de l’Éducation nationale en charge des collèges au rectorat de Paris.Maxppp©Xavier de Torres

 

Le dimanche 22 mars 2015, Romain Vignest, président de l'Association des professeurs de lettres (APL), publie une déclaration cinglante contre la réforme des langues anciennes défendue par Najat Vallaud-Belkacem. Son texte commence ainsi : « En décembre 2012, à Tombouctou, perle du désert, des barbares détruisaient les mausolées des saints du soufisme. En février 2015, à Mossoul enIrak, d'autres barbares ont saccagé les statues assyriennes du musée archéologique. À Paris, en mars 2015, d'autres barbares encore suppriment l'enseignement du latin et du grec des collèges de France. Pour être d'aspect plus policé, les barbares n'en sont pas moins aveugles, leur oeuvre n'en est pas moins ténébreuse. »

Puis il déroule ses arguments : « La ministre de l'Éducation nationale a répété que la maîtrise de la langue était une priorité absolue ; ignore-t-elle que le latin est la matrice, non seulement originelle, mais continue et ininterrompue des mots du français, du sens de ce qui jusqu'à aujourd'hui s'est écrit en français ? » Enfin, il conclut ainsi : « L'Association des professeurs de lettres met solennellement en garde la ministre de l'Éducation nationale, le gouvernement et le président de la République contre ce qui apparaîtra à nos successeurs comme une aberration politique, un suicide national, un crime contre l'esprit. »

Le soir même, le directeur académique des services de l'Éducation nationale en charge des collèges au rectorat de Paris tient à l'auteur de ce texte, par courriel, des propos pour le moins étonnants. Il s'indigne de « la violence outrancière des propos qui sont tenus à l'égard d'une politique issue de la représentation nationale », et retire le soutien du rectorat à une conférence littéraire sur Voltaire organisée par l'APL qui doit se tenir – et qui se tiendra malgré tout – au lycée Henri-IV. Censurer Voltaire, il fallait y penser !

Amalgame

Mais surtout, ce haut fonctionnaire, l'un des principaux représentants de la ministre pour l'académie de Paris, s'en prend sans aucun motif aux qualités professionnelles de Romain Vignest, dont il est par ailleurs le supérieur hiérarchique : « Je suis inquiet pour les élèves que vous formez si vous vous situez dans le registre de l'outrance en usant de termes qui sont implicitement vecteurs de violence. »  Il confond ainsi le représentant d'une association et le professeur dans un amalgame inédit.

Dans un second courriel, il déplore enfin que la déclaration hostile à la suppression du latin et du grec comme disciplines à part entière à partir de la rentrée 2016 ait pu être tenue… un jour d'élection. Ce dimanche 22 mars avait lieu le premier tour des élections départementales. Où est passée la neutralité de la fonction publique ?

L'usage républicain veut que l'administration fasse la différence entre un militant associatif et un fonctionnaire, et qu'elle ne prenne pas ombrage des activités du premier pour s'en prendre au second. Dans ce cas précis, concernant la controverse sur les langues anciennes, cet usage n'a pas été respecté. C'est une grande première dans l'histoire des relations entre les associations de professeurs et le ministère de l'Éducation nationale. Il reste à espérer qu'il s'agit d'un dérapage isolé.

KUNDALINI (16)

Par Le 06/09/2015

 

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Elle ferma les yeux et se concentra quelques secondes sur son équilibre. Stabilité du bassin, abdominaux légèrement serrés, elle visualisa l’alternance de sa respiration, les mouvements de sa poitrine, le trajet de l’air dans son nez.

« Je vais me placer derrière vous, Maud et je vais utiliser ma voix, juste ma voix mais sur des notes bien précises. Aucune parole, juste des sons particuliers. Recevez-les, laissez-les vous envahir, sans chercher à comprendre le but. Laissez-vous emporter, souvenez-vous, n’ayez pas peur des vagues. »

 

Elle imagina en elle un océan agité, des houles écumeuses dansant sous les cieux et elle eut envie de sourire.

La première note la surprit. Dans son dos, au niveau des chevilles. Un son guttural, très long, régulier, une espèce de rauquement de bête, un souffle qui n’avait rien d’inquiétant mais dont la sonorité résonnait comme un tonnerre très lointain, un grondement sombre et prolongé de cieux enflammés. 

Elle pensa soudainement à ces chants tibétains qu’elle avait entendus dans un documentaire télévisé. Ce « Om » si reconnaissable. Oui, c’était cela, un chant tibétain, une mélopée très simple, un balancement hypnotique nourri de variations infimes.

Puis, elle observa la respiration en elle pour couper le fil de ces pensées intrusives dont elle ne voulait pas.

Elle s’habitua rapidement à ce chant étrange et ne le trouva plus aussi animal. Il émanait de ces notes une gravité délicieuse, envahissante, totalement inattendue…

Qu’avait-il dit ? De se laisser aller, de ne pas chercher à comprendre le but, à identifier le protocole ou quelque chose de connu… Se laisser aller…

La voix remontait le long de sa jambe. L’impression que les vibrations pénétraient sous sa peau, qu’elles agissaient comme des mains sur son corps, comme un massage sonore.

 

Il avait placé ses mains en porte-voix et il s’appliquait à moduler les notes en maintenant le flux. De longues inspirations et des mélopées régulières, des changements modérés, des courants d’énergie remontés des entrailles. Contractions abdominales, le ventre rentré, comme une bouée dégonflée puis une nouvelle goulée d’air, un remplissage complet des alvéoles pulmonaires, l’extension ultime de sa capacité respiratoire.

Il remontait le long de sa jambe gauche, les yeux fixés sur la zone visée, toute son attention concentrée sur la portée de sa voix. Il dépassa le creux du genou et explora les tissus tendus de sa cuisse. Il devinait la musculature. Le grain bruni de la peau.

Une vision qui le troublait…

Maud…

Il percevait en elle une tendresse étrange, comme une reconnaissance qu’il fallait valider, des retrouvailles inespérées. Une incompréhension qui le perturba.

Il s’arrêta à l’orée des fesses, juste sous le pli qui marquait le haut de la cuisse. Il suspendit la mélopée et redescendit au niveau de la cheville droite. Il reprit aussitôt le même cheminement.

Avec un trouble identique. Des crépitements dans le creux de ses mains, comme si les vibrations de sa voix revenaient en écho et se diluaient en lui.

Une intensité qu’il n’avait jamais éprouvée auparavant. Avec aucune femme. 

 

Le galbe rond de ses fesses.

À quelques centimètres de sa bouche...

Maintenir le protocole lui devenait presque douloureux. Une envie irrépressible de caresser l’offrande.

Maud…

C’est elle qu’il avait senti approcher quand il méditait, avant même qu’il ne la voit, c’est son aura qui l’avait contactée, attirée, aimantée, électrisée.

Il avait bien dû reconnaître que l’apparition de Maud l’avait ému, troublé, réjoui même… Au-delà du prévisible.

Il n’en connaissait pas les raisons mais il en possédait désormais la confirmation physique, émotionnelle, énergétique, vibratoire.

Il émanait de cette femme quelque chose qui le pénétrait.

Il s’appliqua à poser sa voix entre les deux demies lunes hâlées et il vit les muscles se relâcher, la gêne s’évanouir, la frontière entre les deux territoires se détendre, légèrement, comme enchantée et conquise, curieuse et rassurée, un frissonnement infime, délicieux tremblement qui le réjouit. Et il en fut surpris.

Il n’avait jamais senti un tel égarement en lui, une telle difficulté à préserver l’attention nécessaire.

Un désir puissant qui irradia dans sa verge, son ventre, son périnée…

Il dût se forcer à retourner son regard, à observer en lui l’intention bénéfique qu’il souhaitait diffuser, à oublier ce tourment impromptu. Des années de travail qui l’abandonnaient subitement, follement, comme s’il n’était plus qu’un mâle séduit, qu’un flux sexuel déluré et immature.

Inconcevable. Il ne voulait pas de cette insignifiance.

Pas lui. Il ne pouvait se trahir de la sorte.

 

Il remonta le long de la colonne vertébrale, inondant chaque palier des sons prolongés.

L’aura. Il l’avait ressentie bien avant que Maud ne lui soit visible. Il avait aimé cette couleur orange dominante, pure, pétillante, primordiale. Il en connaissait la signification. Vitalité, courage, créativité, dynamisme, endurance…

Une palpitation presque imperceptible, des ondes circulaires qui enveloppaient le corps. Une auréole éthérée au-dessus du chakra couronne. Violette.

Il n’avait jamais perçu cette couleur auparavant. De toutes les personnes qu’il avait eu à soigner. Jamais, ce violet ne s’était montré ainsi.

Qui donc était-elle ?

Pourquoi son individu social ne reconnaissait-il pas encore l’être spirituel qui vivait caché ? Pourquoi cette distance néfaste en elle ? Il comprenait désormais l’indéfinissable contradiction qu’il avait devinée. Un refus spirituel sous les fardeaux du mental. Est-ce que des épreuves passées, autres que le départ de son mari, pouvaient expliquer cette inertie ?

Il s’en voulait de se laisser déborder ainsi par une curiosité inadéquate. Il n’avait pas le droit de gâcher ce moment. Pour elle.

Et pour lui aussi, cette fois. Cette impression inexplicable qu’il était pleinement concerné, que cette femme portait en elle une exploration à vivre, qu’il ne s’agissait pas uniquement d’initier une nouvelle personne à son espace intérieur, de la projeter dans cette dimension délaissée de la spiritualité sacrée, de mener au mieux la mission qu’il s’était forgée… Pas cette fois. Il y avait autre chose. 

Une incompréhension tenace, des interrogations indociles…

Haut du crâne. Des sons profonds, à quelques millimètres des cheveux. Il sentait dans ses mains des résistances, des champs vibratoires qui ne se laissaient pas traverser. Comme si l’aura de Maud avait élaboré une citadelle invisible, un territoire fermé, un espace interdit.

Il ferma les yeux et tenta d’ouvrir l’enceinte.

Il sentit rapidement en lui un point douloureux entre les deux yeux. Chakra du troisième œil. Une symbolique évidente. Il ne pourrait pas voir ce qui était caché.

Jamais, il n’avait éprouvé contre son don une telle barrière. Jamais, il ne s’était senti aussi impuissant.

Il y avait chez cette femme une énergie qui dépassait son savoir, ses connaissances, ses expériences, ses certitudes…

Respiration perturbée.

Il avait bien songé que cette rencontre fortuite portait un message. Il ne s’attendait pas à cette découverte.

Une énergie contre laquelle sa médiumnité ne pouvait rien. Et c’était un constat auquel il ne s’attendait pas.  

Il dût produire des efforts soutenus pour réactiver la respiration consciente et retrouver la vision intérieure.

Silence. Il bougea prudemment, en restant au plus près de son corps. Il ne fallait pas rompre le lien.

Une certaine appréhension lorsqu’il se plaça face à elle.

Il regarda son visage. Un léger sourire, une esquisse bienheureuse. Les yeux fermés. Totalement abandonnée, réceptive, aimante de l’instant.

 

 

Il s’accroupit et reprit sa mélopée aux pieds et aux chevilles. Impatient de remonter… Et contrarié par cette impatience.

Pas lui. Ce désir ne lui ressemblait pas, ne répondait pas à ses exigences envers lui-même. Comme si cette femme avait le pouvoir de l’extraire de lui-même.

Un mélange de colère et de joie. Une joie physique qu’il n’avait pas partagée avec un être humain depuis bien longtemps… Lison…

Une douleur si profonde qu’il avait tout fait pour qu’elle ne remonte jamais des abysses où il l’avait immergée. Dans une mémoire fossilisée, une geôle hermétique.

Et puis, là…

Maud.

Incompréhensible. Ce désir de la serrer dans ses bras.

Il se demanda pendant un battement de paupières s’il parviendrait à la fin du protocole.

Il avait cru qu’il ne serait jamais perturbé dans la perception des fréquences vibratoires et il découvrait dans le mystère de cette femme une dimension qu’il ne pouvait parcourir, un espace qu’il ne pouvait atteindre.

Pourquoi elle ?

Il n’avait rien perçu d’exceptionnel ou de paranormal. Se pourrait-il qu’elle ne soit pas consciente de ce qu’elle porte ? Se pourrait-il qu’il y ait chez cette femme une entité plus puissante que tout ce qu’il avait rencontré jusque-là ? Dix ans maintenant qu’il soignait la population locale et sa réputation s’étendait. Treize ans qu’il étudiait. Treize ans que Lison était partie…

Il ne voulait pas de ce désir et de ce trouble, il ne voulait pas de cette rupture dans sa maîtrise, il ne voulait pas se perdre. Il ne voulait plus souffrir.

Maud… Qui était-elle ?

Cuisse gauche. Il sentit une contracture. Une vieille blessure, un claquage sur le vaste latéral. Il restait une cicatrice. Rien d’invalidant. Il faudra lui dire de toujours bien s’étirer.

Jambe droite. Des échos permanents, comme dans l’ensemble de son corps. Il visualisait intérieurement des crépitements dorés et ses mains réagissaient avec une vigueur inconnue. L’impression qu’elles réclamaient un contact réel, une étreinte, une caresse qui les libèrerait de cette pression inhabituelle.

Remonter encore un peu et recentrer la mélopée.

Le triangle blond de son sexe. Il ne pouvait le contourner. Comme une aimantation. Un besoin impérieux de lui chanter les plus belles notes, de trouver l’harmonie la plus intense.

 

Elle savait qu’il était là. Juste devant. Là où elle n’aurait jamais imaginé que son visage se trouverait aujourd’hui. Ni moins encore qu’elle n’en serait nullement gênée. Les sons vibraient dans son ventre. L’impression que sa matrice utérine les absorbait, qu’ils la pénétraient dans un rayonnement calorique. Des pétillements de bulles agitées, des cascades cristallines, comme des torrents juvéniles, des brises tièdes dans ses fibres, un délicieux courant qu’elle accueillait avec bonheur. Un simple abandon. Sat le lui avait dit. « N’ayez pas peur des vagues. »

 Les yeux fermés. Un sourire sur son visage. Elle buvait le chant de Sat. Elle s’en imprégnait par tous les pores de sa peau, elle l’accueillait à cœur ouvert et elle devinait l’allégresse de ses fibres, comme un courant de joie dans ses veines, un air épuré dans ses poumons, des pensées apaisées qui contemplaient un bien-être inespéré.

 

Il avait le visage à quelques centimètres de la toison pubienne. Des chaleurs moites qui crépitaient dans ses mains, des bouffées tièdes qui l’envahissaient. Les plis rosés des lèvres, le liseré fermé comme une gorge secrète, un canyon si étroit qu’il était impossible d’en voir la profondeur…

Il ferma les yeux. Le trouble était trop fort.

Les vibrations du chakra racine. Il en ressentait les effluves comme autant de risées énergétiques, des parfums magnétiques…Cette pensée que la fréquence vibratoire de Maud était plus puissante que la sienne, que c’est lui qui était visité, parcouru, cartographié, ému, réjoui, troublé… Ces picotements délicieux dans son bas-ventre. Il ne pouvait les nier.

Chakra Sacré…remonter encore… Chakra du Plexus solaire…

L’arrondi de ses seins. Il passait de l’un à l’autre dans une lente contemplation. L’auréole et le téton comme autant d’appels au désir. Il aimait leur tenue et ce léger redressement de la pointe, comme deux êtres conscients de leur beauté, aucune fierté malsaine, juste deux regards curieux dirigés vers le monde, ses tétons comme des sentinelles observant les horizons, le grain satiné de la peau, un voile de soie tendue. Il lui était impossible de ne pas s’attarder et de rejeter cette envie de les prendre dans ses mains, de les soupeser délicatement, de les envelopper, de sentir leurs frissons sous ses caresses.

Des vibrations ininterrompues. Il sentait bien que l’ascension délivrait des flux de plus en plus puissants, soutenus, profonds, lumineux.

Jamais, il n’avait éprouvé un tel bien-être pendant ce protocole, jamais il ne s’était senti lui-même envahi par ces ondes qui l’enveloppaient et glissaient en lui. Il se sentait pénétré par des rayonnements bienveillants.

« Om…… mmmmmm…. »

Ne jamais abandonner le lien sonore. Il le savait et s’y appliquait autant que possible.

Les mains à quelques millimètres de la gorge de Maud.

Ses paumes irradiaient des soleils et il recevait en retour des galaxies étoilées.

Il ferma les yeux en arrivant devant son visage. C’est là qu’il ne parvint plus soudainement à visualiser son propre corps. Ce fut comme un éclair aveuglant. Il aurait voulu appuyer ses pieds au sol pour calmer son vertige mais il en fut incapable, comme s’il flottait en l’air sans qu’il n’y ait rien de suspendu, comme s’il ne s’agissait que d’une pensée dans l’Univers puis il eut peur que cette pensée ne disparaisse et que l’Univers s’effondre.

Il ouvrit les yeux.

Le visage de Maud. Un sourire qu’il ne lui connaissait pas encore, quelque chose d’énigmatique, comme une pièce rapportée, un sourire qui n’était pas à elle.

Il se trouva ridicule et reprit sa tâche. 

Chakra couronne.   

C’est lorsqu’il plaça ses mains à quelques millimètres du front de Maud qu’il sentit cascader dans son corps des fleuves enflammés.

Il ne put s’empêcher de regarder sa verge. Il aurait été incapable de dire sans cela s’il avait une érection ou pas tant l’embrasement dans la totalité de ses fibres le privait de la moindre perception détaillée.

Il n’était qu’une érection. Intégralement. Une érection vibratoire.

Il s’arrêta de chanter. Totalement stupéfait, interloqué, subjugué, fasciné.

Il passa dans le dos de Maud et posa ses mains sur ses épaules.

Elle frissonna.

Il descendit les doigts le long de la colonne vertébrale et il devina les torrents d’énergie qui ruisselaient.

Des frissons qui l’enflammèrent de la tête aux pieds. Jamais, elle n’avait senti cela, jamais avec cette dimension intégrale, l’impression que ses pores s’ouvraient pour laisser s’échapper un trop plein de chaleur. Et de plaisir. Comme un début d’orgasme, une première vague, une brise chaude… Elle s’étonna de ne rien percevoir de sexuel. Son sexe ne flambait pas et elle n’éprouvait aucun désir de contact. Tout était partout. Et même au-delà de son corps. Sans comprendre l’image qui l’émouvait, elle devinait autour d’elle une enveloppe lumineuse qui crépitait de bonheur. Intégralement.

Il passa sur les fesses sans suspendre le contact puis il continua jusqu’aux pieds.

 

Les vagues dans son corps. De la tête aux pieds, jusqu’au bout des ongles, dans les boucles de sa chevelure, dans son palais, sur sa langue, sous ses paupières, dans ses rétines… Elle en percevait l’écume et le parfum iodé. La voix de Sat résonnait toujours en elle comme dans une grotte marine, une houle lente qui venait baigner des parois phosphorescentes et humides, un écho prolongé qui ne veut pas s'éteindre.. Un envahissement bienheureux dans tout son bassin, comme des particules agitées par des vents solaires, des zéphyrs tièdes qui agitaient les senteurs. Elle voyait tomber dans une surface immobile des ricochets de frissons et des risées lumineuses ondulaient follement. Elle eut l’impression de s’écouler, de ruisseler comme une glace fondue, de se répandre comme une marée solaire dans une nuit de lune, son ventre n’était plus qu’un lac volcanique et elle imaginait son sexe comme une cheminée libératrice. C’est là qu’elle s’entendit gémir et le murmure la réjouit. Ne pas avoir peur des vagues. Elle glissait dans un cocon tiède qui pétillait, une eau gazeuse qui l’emplissait et l’emportait vers des altitudes étoilées.

Elle ne comprenait même pas les images qui surgissaient. L’impression que ces flashs visuels venaient prolonger des émotions inconnues, comme s’il fallait que ces paroles insensées verbalisent des ressentis archaïques, comme si elle devait les penser pour ne pas se croire folle…

Non, là, maintenant, abandonnée dans la danse des vagues, elle n’était pas folle.

Mais elle l’avait sans doute été. Pendant très longtemps. Folle de se croire sage, apaisée, folle de se croire lucide, folle de se penser consciente.

De quoi avait-elle été consciente ?

Ni de la vie de son mari, ni de sa propre vie.

Peut-on être plus fou que ça ?

 

Rupture. Elle n’aurait pas dû se soumettre à toutes ces pensées fugaces. Comme si quelqu’un venait d’appuyer sur un interrupteur et que le courant ne passait plus.

 

Sat…

Cette voix si proche. Elle avait envie d’ouvrir les yeux et de lire dans son regard. Que pourrait-elle y voir ? Du désir, de la concentration, un détachement complet ? Que pensait-il de cette expérience ? Avait-il déjà entraîné d’autres femmes ici ? Leur avait-il proposé le même voyage intérieur ?

 

Elle se fustigea intérieurement puis s’accorda aussitôt un regard bienveillant. Accepter les errances. Respirer, calmement, respirer calmement. Ne pas laisser les pensées intrusives briser le lien…

Laisser les émotions s’étendre et les images se délivrer. Juste des images sensorielles, ne rien attendre du mental, ne pas se laisser emporter dans des élucubrations invalidantes.

 

Sat…

Elle ne savait plus où il était. Silence. Aucun contact.

Elle ouvrit les yeux.

Il était devant elle. À portée de bras…

« Quand j’ai fini, je laisse toujours les gens décider du moment où ils ouvriront les yeux, » murmura-t-il.

Elle aurait voulu parler mais les sons ne remontaient pas, comme si l’expérience les avait projetés dans un gouffre immense.

Elle décida de s’asseoir. En pliant les jambes, elle crut voir des étincelles.

« Non, je ne suis pas folle, lâcha-t-elle, la voix ténue et éraillée.

-Non, vous n’êtes pas folle, Maud, je vous assure. Ce que vous découvrez en ce moment relève d’un processus très puissant et vous n’avez aucun savoir, ni même aucune connaissance pour vous repérer dans cette dimension. Mais vous possédez malgré tout, et peut-être malgré vous, un potentiel gigantesque. 

-Pardon ? Que voulez-vous dire ? »

Il la regarda intensément et elle en eut peur. Un regard différent. Comme s’il cherchait quelque chose en elle, comme s’il voyait ce qu’elle ne connaissait pas.

« Qu’y a-t-il Sat. Répondez-moi s’il vous plaît. »

L’éclat de ses yeux noirs était moins aveuglant que son silence. Le ventre serré.

« Je ne sais pas, Maud. Je ne sais pas comment vous l’expliquer.

-Mais c’est quelque chose de grave ? Une maladie ?

-Non, Maud, absolument pas, n’ayez aucune inquiétude. C’est juste très troublant pour moi.

-Mais pourquoi ? »

Il tourna la tête vers la cascade.

Elle n’aima pas ce mouvement de tête. Comme une dérobade.

 

« Il y a en vous, Maud, une énergie spirituelle très puissante. Vraiment très puissante. »

Il la regarda de nouveau et elle en fut soulagée.

« Une énergie ? Quelle énergie ? C’est vrai que je me sens bien, physiquement. Mais il ne s’agit pas de ça je suppose.

-Non, Maud, c’est votre chakra couronne qui est très… Intense. Comme une barrière protectrice, un rempart, avec une épaisseur que je n’ai jamais ressentie auparavant.

-Le chakra couronne ?

-Vous connaissez le schéma des chakras, Maud ?

-Disons que j’en ai entendu parler mais je ne m’y suis jamais vraiment intéressée. Ce sont des zones de notre corps et elles symbolisent des énergies particulières. C’est ça ?

-C’est plus complexe que ça mais c’est effectivement lié à nos énergies. Nous avons sept chakras et ils ont chacun une fonction de régulation du comportement humain et de sa santé. Il faut imaginer un rayonnement magnétique matérialisé par des couleurs différentes et des passerelles de communication entre chaque zone. Votre chakra racine, votre chakra sacré et surtout votre chakra couronne dégagent un magnétisme très puissant mais autant, les deux premiers sont accessibles et lisibles, autant votre chakra couronne est hermétique. En fait, vos six chakras, de la base vers la tête sont très actifs, ils rayonnent considérablement, au point que j’avais l’impression que mes mains recevaient davantage d’énergie qu’elles n’en émettaient mais une fois au niveau de votre chakra couronne, le septième, j’ai ressenti des résistances inconnues, comme si je ne savais pas lire ce qui était inscrit.

-Expliquez-moi, Sat, les différentes symboliques de ces chakras que je comprenne un peu. C’est un peu perturbant de réaliser que vous lisez en moi des informations dont j’ignore la portée.

-Oui, je comprends Maud. Mais je vous assure qu’il n’y a rien d’intrusif dans mon intention. Je ne cherche pas à vous voler quoi que ce soit.

-Je n’en doute pas un seul instant, Sat. Mais j’aimerais tout de même comprendre pourquoi vous avez été aussi troublé. »

 

…

Il lui avait proposé de prendre le volant. Elle avait accepté. Nullement envie de se concentrer sur la route. Tellement de phrases qui se percutaient en elle, tellement d’interrogations qui tournaient en boucle. Toutes les paroles de Sat, toutes ses explications, ses développements, cette prise de conscience qu’elle portait en elle un monde dont elle ignorait l’essentiel, cette révélation qu’elle n’était qu’un ectoplasme vide au regard de ce qu’elle découvrait, que tous ses ancrages la clouaient au sol, l’empêchaient de s’envoler.

Elle l’avait questionné durant des heures. Il avait répondu sans rien rejeter mais elle gardait pourtant en elle l’impression qu’un mystère se tenait, là, à portée de mains, que tout n’avait pas été énoncé. Dans son ventre, entre ses seins, jusqu’au bout des mains, elle sentait vibrer des flux inconnus. Plus étrangement encore autour d’elle, dans une enveloppe qu’elle ne pouvait identifier, elle devinait une présence…

Il lui semblait que Sat avait déclenché une libération, l’effondrement d’une enceinte mais qu’elle était incapable de visualiser pleinement les horizons découverts, comme si sa vue était flouée, une myopie spirituelle, un manque de discernement, un voile sur sa conscience. Et simultanément, cette incompréhension nourrissait le rétablissement des zones sombres, l’enfoncement réactivé dans la boue épaisse des questions insolubles, des inquiétudes insoumises, un envasement auquel elle s’était toujours abandonnée et qui désormais la révoltait et l’enflammait. Une peur viscérale de cette fange. Depuis le départ de Laurent, elle ne goûtait plus son existence qu’à travers cette nausée des faiblesses acquises, cette habitude douceâtre de l’abandon, de l’incompréhension, de l’errance. Et là, elle découvrait subitement que cette nausée n’était rien qu’un avant-goût, juste un faible mouvement du rideau épais qui couvrait sa conscience, un infime dérangement alors qu’elle avait imaginé un cataclysme... Elle n’avait encore pas dévoilé l’essentiel. C’était intolérable et elle aurait voulu le crier.

Ce désir impérieux, brûlant, ce besoin vital, viscéral, cette impatience qui occupait toute la place, comme un nouveau-né réclamant son lait maternel, une bouche avide cherchant le téton nourricier.

Une faim insatiable, l’impression d’être délivrée d’un jeûne spirituel qu’elle n’avait même pas décidé, dont elle ignorait même le point initial. Depuis combien de temps s’était-elle perdue ?

« Sat, j’ai besoin de vos paroles, j’ai besoin d’apprendre, ça me brûle. Vous comprenez ? C’est comme si vous aviez allumé en moi un brasier qui ne doit plus s’éteindre. »

Elle avait croisé les bras sur sa poitrine. L’illusion d’un apaisement.

« Je vous ai dit tout ce que je savais, Maud. Tout ce que j’avais entraperçu du moins.

-Et bien, ça ne me suffit pas, Sat parce que les interrogations que ça soulève me deviennent insupportables. Vous vous rendez compte que ce que j’ai vécu tout à l’heure est totalement incompréhensible, totalement déraisonnable, comme si j’avais perdu la tête, comme si j’avais été emportée dans un délire.

-Non, Maud, je vous l’ai déjà dit. Il n’y a rien de fou là-dedans. C’est uniquement une autre dimension, un autre monde, loin de la réalité quotidienne. Ce que j’appelle le Réel, avec un R majuscule.

-Ce Réel, je veux le connaître, je veux l’explorer ou alors il ne fallait pas m’en donner un aperçu. Je vous rappelle que ce que j’ai ressenti ressemblait à un orgasme. Un orgasme asexué et je n’avais jamais imaginé que ça puisse exister.

-Bien sûr que ça existe, Maud. Ce qui est particulièrement étonnant dans votre cas, c’est que vous n’avez suivi aucune formation, aucune méthode pour y parvenir. Et ça n’est pas ce que j’ai pratiqué sur vous qui peut déclencher ça. En tout cas, je ne l’avais jamais vu.

-Rien que ça, c’est insupportable, Sat. Je devrais peut-être me contenter de ce bonheur mais je sens bien que ça serait un pur gâchis. Il faut que je comprenne, que je sache si c’est quelque chose que je possède, qui est en moi et que je peux retrouver ou si c’est quelque chose qui ne reviendra jamais. Vous comprenez, Sat. C’est comme un Croyant qui apercevrait Dieu, dans une vision éphémère, spontanée, fulgurante. Comment voulez-vous que je me contente de cette joie ? Là, maintenant, c’est un bonheur qui me ronge."

Les sept chakras

Par Le 06/09/2015

Les 7 Chakras

Définition : Chakra signifie roue ou disque en sanskrit langue très ancienne et sacrée de l'inde. 

http://www.horizon-tantra.com/fr/definition-7-chakras.php

Kundalini 3

Les Chakras
Qu’est-ce qu’un chakra ? 
C’est un centre énergétique localisé dans le corps, sans que ce soit un organe ou un viscère. Cette zone d’énergie se situe autour d’un plexus nerveux, comme pourrait le faire un champ magnétique autour d’un réseau de fils électriques . Cette notion est présente dans de nombreuses traditions yogiques et spirituelles. Nous avons 7 chakras répartis dans le corps. Pour les traditions ésotériques et quelquefois spirituelles, les chakras dégagent chacun une couleur : rouge pour le premier, orange pour le second, jaune, vert, bleu, indigo et blanc. Chaque chakra a un rôle, une fonction de régulation ou de gestion du comportement humain. Des sentiments et des émotions spécifiques sont également rattachés à chacun d’eux.

Le Muladhara Chakra : 1er chakra, encore appelé chakra-racine Situé au niveau du périnée, il est protégé par le sacrum et le coccyx. C’est le chakra de base sur lequel s’appuie l’énergie.

Ce lieu est la zone instinctive, celle de nos pulsions, de nos désirs inexpliqués (qui naissent hors de la raison), de nos élans premiers : l’énergie primale, l’impulsion vitale.

Accepter de ressentir ce chakra, la zone périnéale, permet d’accepter notre sexualité instinctuelle et ensuite de la canaliser. Chez l’homme, l’instinctuel est vécu souvent comme une gêne. Il ne veut pourtant pas se priver de certaines sensations sexuelles très agréables, par exemple : l’utilisation de sa puissance, de sa force dans la sexualité. Pour la femme, l’animalité est son point faible. Apprendre à ressentir son plaisir dans sa puissance va à l’encontre de la culture patriarcale qui réserve ce style de sexualité aux femmes « de mauvaise vie » mais surtout pas à la mère de leurs enfants.

L’éveil de cette zone et l’acceptation de cette énergie permettent de commencer la route vers la transcendance, suite du yoga tantrique.

Le Swadisthana Chakra : 2ème chakra. Il est situé en dessous du nombril. C’est un centre énergétique yin plutôt récepteur. Ce chakra est le lieu de nos peurs, de la vulnérabilité et, parallèlement, de notre force. Le lieu de la vie et de la mort, de la possessivité, de l’avoir et de la sécurité. Les orientaux situent à ce niveau le hara ou le centre de force vitale.

Etre totalement dans son « Hara », c’est être dans une confiance vis-à-vis de ses capacités face à la vie.

Les femmes qui manifestent souvent des douleurs aux ovaires devraient se sentir concernées par un travail sur ce chakra. Les peurs s’enfouissent dans cette partie du corps et vont jusqu’à résonner au niveau des reins, du sacrum, de l’anus et du bas du dos. Ces parties sont sacrées. Elles sont représentées comme étant le siège de la Kundalini (nom donné à l’énergie sexuelle, en Inde).

Travailler sur ce chakra apporte le sentiment de puissance et aide à l’acceptation du séparé, de l’autre qui n’est pas moi.

Manipura chakra ou plexus solaire : 3ème chakra. Il est le siège du Moi émotionnel, de l’affirmation de Soi. Ce centre énergétique est également celui du choix. 

Nous ressentons souvent ce point noué ou simplement comme un creux à cet endroit lors d’émotions refoulées, bloquées ou mal exprimées. Quelquefois un stress intense et répété peut nouer cette zone de façon chronique. 

La bonne circulation de l’énergie à ce niveau est nécessaire afin de bien communiquer, de bien digérer, au sens propre comme au sens figuré. Le rayonnement personnel concerne ce chakra. Certains l’investissent à l’excès, cela peut frôler le narcissisme et le fonctionnement égocentrique. A l’inverse, ce chakra négligé provoque dévalorisation et dépréciation de soi.

Le 3ème chakra demande un juste équilibre entre le yin et le yang, l’introverti et l’extraverti en nous. 

Travailler le 3ème chakra, c’est oser faire un choix, bon ou moins bon, sans s’accrocher à la réponse, au résultat. Le lâcher-prise et l’abandon de la volonté ou de la maîtrise sont alors perçus. Et un tel lâcher-prise est nécessaire pour relier le 2ème au 4ème chakra.

Anâhata-chakra ou Chakra du cœur : 4ème chakra celui de l’ouverture, du don gratuit, le chakra de l’amour. On dit traditionnellement que ce chakra est celui de la femme, car pour le féminin, tout est relationnel alors que l’homme a parfois quelques difficultés à accéder librement à l’ouverture du cœur. Le travail sur le chakra du cœur touche la vulnérabilité et le besoin profond d’être aimé. L’homme craint d’être possédé quand il montre sa vulnérabilité. Bien sûr, les enjeux de la relation à la mère sont réactivés. Pourtant, quelle douceur de reconnaître ce besoin et d’accepter de le combler ! C’est libérateur.

Van Lysbeth dit : « la méditation n’exclut pas le sentiment, bien au contraire. C’est le moteur même de la méditation ». Et nous pensons en effet, qu’un des secrets de la reliance sexe-spiritualité se découvre dans l’ouverture du cœur et l’acceptation pleine et entière de nos sentiments.

Le chakra de la gorge ou Vishudda Chakra : 5ème chakra On dit habituellement que ce chakra concerne la différenciation et l’expression ; mettre des mots sur le ressenti, l’exprimer par la parole ou par le biais des différentes formes d’expression, jusqu’à la créativité et l’expression artistique.

Le chakra de la gorge fait le lien entre l’intérieur et l’extérieur. Par exemple, chanter sans se juger, procure une sensation agréable et une meilleure perception de soi. La gorge relie la tête au reste du corps. Le chant ou les exercices sur les sons ouvrent à la plénitude car il est possible de vider tout ce qui nous encombre : tristesse, colère etc. jusqu’à ressentir la paix.

Nos échanges avec l’environnement impliquent ce chakra : « sortir de soi » (expire, parler, chanter, crier...), mais aussi « rentrer en soi » (inspirer, manger, avaler). Les méditations proposent toujours de se connecter à la respiration, de sentir l’air qui entre par le nez, qui coule dans la gorge et descend plus bas. C’est une manière fabuleuse pour conscientiser le chakra de la gorge. Très naturellement, si on pratique la méditation régulièrement, la bouche, la gorge, le nez, le haut de la poitrine se réveillent et s’ouvrent au subtil. Ceux qui méditent régulièrement sont vigilants à leur nourriture.

Le bon fonctionnement de ce centre énergétique aide aussi à bien se situer au sein de la société, à dire oui ou non, à parler de soi et poser ses limites, à prendre sa place, à parler avec une voix posée.

Ajna Chakra : 6ème chakra. On l’appelle encore le 3ème œil. C’est le chakra de la clairvoyance, de la claire-audience, des perceptions justes et aussi de la contemplation, de la conception et de la représentation.

C’est un chakra très utile pour « aller de l’avant ». Cependant, il est conseillé de toujours relier ce 6ème chakra aux autres chakras. En effet, le risque, quand ce chakra est surinvesti, est de devenir trop cérébral, trop dans sa tête, dans son mental, déconnecté de son corps, de son ressenti, incapable d’accepter l’imprévisible. La spiritualité ne s’appréhende pas exclusivement dans les deux derniers chakras. Ni d’ailleurs dans aucun autre en particulier mais dans la bonne circulation de l’énergie au travers de la chaîne de tous ces centres d’énergie. C’est un état et une intention. 

Ce chakra concerne notre vision de nous-mêmes, des autres, de la vie, du monde. Il nous aide à devenir conscient de nos parts d’ombre. La lumière intérieure, quand elle est perçue nous permet d’accepter le fait que nous ne changerons jamais radicalement. Mais les yeux grands ouverts « à l’intérieur », sur Soi et sur l’Autre, on découvre les demi-teintes, les clairs-obscurs, toute une gamme de nuances de soi, de l’autre et de la vie qui nous est offerte. 

Ce qui change, c’est notre regard sur le monde et sur l’autre. Il est possible alors de faire des choix nouveaux en toute humanité.

Avec le sixième chakra, nous introduisons le sens du sacré. C’est une représentation d’un tiers commun à tous.

Sahasrara Chakra : 7ème chakra. Il est encore appelé chakra de l’éveil. C’est celui de la réalisation de soi, de la libre pensée, de la libération des croyances. A ce palier, il y a remise en question des fondements de l’éducation, des transmissions. C’est un chakra qui donne accès à notre part divine et créatrice.

Nous avons la liberté de créer nos existences lorsque nous sommes conscients des liens hérités de nos ancêtres. Alors, il devient possible de rejeter ceux qui nous gênent et de garder ceux que nous jugeons bons. Nos comportements et nos choix deviennent vraiment les nôtres. Nous ne sommes plus agis mais acteurs, créateurs. Dans cette étape, il n’est pas besoin de vraiment pratiquer, mais d’être bien avec soi-même…

Il est notre enracinement vers le haut, le cosmos, comme l’est le Muladhara Chakra vers le bas, la terre, la matière.

Nous sommes persuadés aujourd’hui que plus nous sommes enracinés sur cette terre, plus nous sommes dans la matière et plus nous avons accès au divin, à la transcendance.

La relation est vitale, vivante. C’est elle qui nous rend humain et nous donne accès au divin. Nous sommes inter-reliés, que nous en soyons conscients ou pas. Dans la relation naissent beaucoup de sentiments. Et ce peut être une méditation que d’être à l’écoute de soi en restant relié à l’autre dans la perception tantrique.

 

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Enseignement existentiel.

Par Le 05/09/2015

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Fin de journée d’école. Les parents récupèrent les enfants.

Bien souvent, la question qui survient est la suivante :

« Alors, qu’est-ce que tu as appris aujourd’hui ? »

Ou

« Alors, qu’est-ce que tu as fait aujourd’hui ? »

Je vois dans ces deux questions récurrentes la mise en évidence que l’école n’est perçue qu’à travers sa dimension cognitive, intellectuelle. Il s’agit pour les parents d’identifier ce que l’entonnoir de l’école a déversé dans la tête de leurs enfants.

Cette habitude se transmet de génération en génération.

Mes parents m’ont posé ces questions. J’en ai fait de même avec mes enfants…

Et c’est finalement non seulement très réducteur mais également trompeur car si l’école n’est qu’un entonnoir à connaissances, c’est qu’elle a oublié de s’intéresser au contenant… Si l’école ne prend en considération que le contenu qu’elle propose, c’est éminemment insuffisant.

Lorsque je cherche à transporter de l’eau, je m’intéresse en premier lieu au contenant qui peut servir à ce transport. Je ne prendrai pas une bouteille percée, ni une bouteille cabossée qui risque d’éclater, ni une bouteille trop grande, ni une bouteille trop petite…Je vais me concentrer sur la qualité du contenant avant de verser le contenu…

L’école, à mes yeux, n’a toujours pas compris qu’elle travaille à l’envers et ces deux sempiternelles questions que les enfants entendent durant leur scolarité en est le reflet.

Ne rien attendre des instances hiérarchiques. Elles ne comprennent rien à rien. Et c’est normal puisqu’elles fonctionnent toujours avec le paradigme ancien de l’école et qu’elles s’obstinent à le rafistoler, à le détricoter, à le rénover, à le rebâtir, à le renforcer, à le changer en surface, à se battre autour pour imposer les nouvelles Réformes… Depuis le temps que ça dure….

« Alors, qu’est-ce que tu as appris sur toi aujourd’hui ?

Ou

« Alors, qu’est-ce que tu as été aujourd’hui ? »

Voilà, les deux questions qui ouvriraient la dimension existentielle et c’est totalement différent.

La priorité n’est pas le contenu mais le contenant.

Comment le contenant s’est-il analysé, observé, critiqué, aimé, compris, durant le déversement des connaissances par l’entonnoir scolaire ?

Comment le contenant s’est-il comporté, qu’a-t-il été, humainement parlant ?

Le fait de renvoyer l’enfant à lui-même par le biais de l’apprentissage cognitif instaure, peu à peu dans son esprit cette priorité essentielle de l’individu et non celle des données intellectuelles.

Un enfant dans la cour de l’école s’en prend à un autre enfant et lui fait mal.

Il ne s’agit pas de le réprimander en lui disant :

« Tu as vu ce que tu as fait ?

« Pourquoi tu lui as fait ça ?

Toutes ces questions habituelles sont orientées vers l’acte alors qu’elles devraient principalement être tournées vers l’individu, l’enfant, sa conscience.

« Tu as vu ce que tu as été ?

- Pourquoi as-tu été comme ça ?

- Comment tu te vois, qu'est-ce que tu ressens maintenant ?

- Qu'est-ce qui s'est passé en toi ?"

Le nécessaire rappel de l’individu à lui-même, non pas en se focalisant sur les faits mais sur l’être.

Lorsqu’un enfant me disait :

« Ma règle s’est cassée »…. je lui répondais que je trouvais étonnant que sa règle ait décidé de se casser.

Et de là, je l’amenais à reformuler sa phrase jusqu’à ce que l’observation entière de la situation l’amène à exprimer SA responsabilité.

Dans chaque situation de classe, la priorité, c’est l’être.

« Qu’est-ce que je suis ?

Avant

« Qu’est-ce que je fais ? »

La conséquence de ce fonctionnement, c’est que l’enfant, jour après jour, année après année, va construire un regard de plus en plus affiné sur son être, non pas dans une dimension intellectuelle mais bien dans la dimension existentielle.

L’avantage de ce fonctionnement, c’est qu’il apporte à la dimension intellectuelle un énorme intérêt, plus élevé encore que la connaissance elle-même qu’elle contient : « Je m’apprends en apprenant. »

La finalité, au regard de la dimension cognitive, c’est d’amener l’enfant à éprouver de l’intérêt même pour les matières qu’il n’apprécie pas ou peu, puisque sa propre observation dans l’apprentissage le conduit à s’enseigner lui-même, à se connaître, à se corriger, à se renforcer.

 

« Pourquoi est-ce que je n’aime pas les mathématiques ?

-Pourquoi est-ce que j’ai toujours peur de me tromper ?

-Pourquoi est-ce que je préfère tricher que d’avoir faux ?

-Pourquoi est-ce que je ne suis pas plus volontaire pour apprendre ma leçon ?

-Pourquoi est-ce que cette fois, je suis resté calme pendant l'évaluation ? »

Ces questions sont innombrables et s’adaptent à chaque évènement, du plus simple au plus complexe.

 

« Alors, qu’est-ce que tu as appris sur toi aujourd’hui ? »

Lorsque des parents accueilleront leur enfant au retour d’école avec cette question, c’est que la société elle-même, sera en cours de transformation…

Le contenant avant le contenu….

« Tu as eu des notes aujourd’hui ? »

On est toujours dans « l’Avoir »

« Tu as été content de toi aujourd’hui ?

L’Être avant l’Avoir.

L’individu avant les faits.

 

 

C'est dans le cadre de la méditation que cette observation doit être amenée. Une observation silencieuse et intime.

"Qu'est-ce que je suis ?" 

Ne pas avoir peur de poser la question.

Les inviter à fermer les yeux puis à "se voir".

Puis, les inviter à s'enlacer. Sans effusion de joie. Calmement, avec tendresse, avec amour.

Puis leur demander de saisir l'émotion de paix qui est en eux, de l'imaginer comme un refuge, un abri, une source. 

Les laisser tranquille pendant un moment.

Le reste leur appartient. 

 

 

Je ne mourrai pas en ....

Par Le 04/09/2015

 

Jusqu

 

Il se présenta à la grille du parc à quatorze heures. Il sonna. Une soubrette à la plastique splendide vint lui ouvrir. Il donna son nom et celui du sex-shop. Aussitôt, la jeune fille lui ouvrit. Il gara le fourgon sous les arbres et suivit la demoiselle. Il pensa que si toutes les actrices avaient cette allure, il pourrait aligner dix heures d’érection.

Ils gravirent un escalier extérieur et en suivant le perron en granit rose, contournèrent le manoir. L’argent suintait de tous les murs. Par les fenêtres immenses, il aperçut des intérieurs rutilants.

« Baiser dans des lits à baldaquins ou des fauteuils Renaissance devrait avoir un certain charme. »

 

Des arbres centenaires encadraient la totalité du parc. Il n’en voyait même pas les limites. Quand ils franchirent l’angle de la bâtisse, le spectacle qui s’offrit à ses yeux le cloua sur place. Sous une immense verrière recouvrant une piscine rectangulaire, une dizaine de personnes forniquaient, nues, installées sur de grands matelas de toile bleue. Par deux, trois ou davantage, les corps étaient mêlés dans toutes les positions. Certains participants portaient un masque. Deux caméramans et un photographe circulaient alternant les prises rapprochées avec des plans plus larges. Quatre jeunes hommes imbriqués attiraient pour l’instant toutes leurs attentions.

« Avec ou sans masque ? interrogea la jeune fille imperturbable.

- Pardon ?

- Vous pouvez mettre un masque si vous voulez rester anonyme. Ce film est destiné à être vendu. Des personnes de votre entourage pourraient vous reconnaître.

- Ça m’étonnerait beaucoup que parmi mes connaissances, il y ait des amateurs de films pornos.

- Détrompez-vous monsieur. Vous pourriez être très étonné. Certains de nos anciens acteurs ont connu, parfois, quelques sérieuses difficultés. Dans leur travail notamment et parmi tous les gens que vous rencontrez dans votre vie professionnelle, je peux vous assurer qu’il y a beaucoup de monde à avoir une sexualité très débridée mais secrète ! 

- Oui, c’est possible… Avec masque alors », finit-il par dire sans quitter des yeux les corps agités.

 

Elle le guida vers un coffre en bois sculpté et lui proposa de choisir. Il trouva un visage de chimpanzé rieur qui l’amusa.

« La verrière est chauffée, si vous voulez participer aujourd’hui, vous vous déshabillez et vous rentrez dans le champ des caméras, c’est tout. Vous n’avez pas à vous présenter aux autres participants. Tous les gens admis ici sont immédiatement acceptés par les groupes. Vous n’avez qu’à faire part de vos préférences pour trouver vos partenaires. Personne ne vous posera aucune question sur votre vie privée. C’est la règle établie par les propriétaires. Je vous sers une boisson ?

- Un jus de fruits, s’il vous plaît. Merci. »

Le ton de la fille était resté identique du début à la fin. Poli et impersonnel. Une hôtesse de hall de gare.

Elle revint avec un verre immense. Il regardait un couple très actif et bruyant. La femme à la poitrine abondante l’attirait particulièrement. Les seins lourds dansaient à chaque coup de boutoir.

Il vida son verre rapidement et se déshabilla. Il coiffa son masque de singe et descendit dans la mêlée.

 

 

Il quitta le manoir vers vingt-deux heures. Personne n’était autorisé à dormir sur les lieux.

Il ne l’avait pas remarqué en arrivant mais, légèrement à l’écart des groupes, un homme d’une quarantaine d’années avait tenu les comptes. Il notait le temps « d’action réelle » sur le tournage.

Il fut crédité de cinq heures avec l’étiquette « bisexuel. » Le rôle avait l’avantage de laisser deux possibilités à l’acteur. C’était plus rentable. Il avait d’ailleurs appris par cet homme que les propriétaires avaient grandement apprécié ses doubles prestations et qu’il serait contacté pour le prochain tournage. Celui-ci aurait lieu lorsque toutes les cassettes auraient été vendues et les bénéfices comptabilisés.

Il avait donc reçu deux mille francs mais il en avait dépensé la moitié pour l’achat de résine de cannabis. Le joint qu’on lui avait proposé pendant une pause en contenait et il avait trouvé les effets foudroyants et particulièrement puissants. Un des acteurs lui avait expliqué que l’usage de stupéfiants était fréquent pendant les tournages. Il n’avait jamais senti une telle chaleur dans son sexe. Il avait eu l’impression de labourer sa partenaire aux gros seins avec un tisonnier ! Depuis quelques temps, les simples joints de cannabis ne lui procuraient plus le même plaisir. La découverte de la résine l’avait enthousiasmé. Il avait par contre été incapable de conduire. Il s’était installé dans un chemin à deux kilomètres du manoir.

 

Avant de s’endormir, il compta le nombre de soirées nécessaires au paiement d’un séjour au Canada. Il s’avoua néanmoins que même sans un tel projet, il y retournerait avec plaisir.

Il pensa à Anne et se dit qu’elle le traiterait certainement de putain ou de n’importe quel autre nom du même genre si elle apprenait quelque chose. Venant d’elle, il sut que ça ne le toucherait pas et que ça serait même un très bon moyen pour la décider à le quitter.

C’est elle, d’ailleurs, qui jouait la pute pour l’éducation nationale, pensa-t-il, amusé. Elle vendait son esprit et son énergie, se couchait devant les programmes et les directives ministérielles et elle jouissait, pour une fois, quand l’inspecteur lui attribuait une bonne note ! Et avec un salaire en plus ! Pute fonctionnaire, quel beau titre ! Elle acceptait cela en défendant des idées sur lesquelles elle n‘avait jamais réfléchi, des dogmes qui s’étaient infiltrés en elle à travers des années d’école, des concepts moraux et religieux qui l’avaient pénétrée insidieusement, avec de délicates caresses, de longs préliminaires et de multiples partenaires. Jusqu’à ce qu’elle finisse par s’offrir langoureusement, sans aucune résistance, avec le sentiment du devoir accompli, heureuse du rôle qu’on lui proposait, de la confiance qu’on lui accordait, laissant ruisseler en elle la semence intellectuelle et perverse de ses formateurs, persuadée de tenir sa vie entre ses mains, épanouie par des années de soumission passive et rémunérée. Et non seulement, elle se faisait prendre mais elle entraînait les enfants avec elle. C’était de la pédophilie ! Et maquée avec un ministre ! Cotisation retraite et sécurité sociale ! De toute façon, toute cette vie en société était une vie de pute. On passait son temps à se coucher. Enfant, on se couchait devant ses parents pour obtenir un câlin, un bonbon ou un jouet, puis devant ses enseignants pour une bonne note, un bon carnet scolaire et devant ses patrons pour un bon salaire et une promotion.

Il n’y a que devant la mort qu’on se couchait pour rien… Là, c’était l’arnaque totale !

Ou peut-être le seul moment où on arrêtait d’être une pute. Le premier et le dernier combat vraiment gratuit !

« Moi, au moins, je regarde la prison dans laquelle je survis. Je l’observe, je la scrute, je cherche ses faiblesses. Je prends du recul au maximum, je m’appuie contre un des murs et j’observe ce qui se passe dans les trois autres parties de la pièce. Je connais les autres prisonniers, je connais les règles, les techniques d’embrigadement et je sais que la seule porte de sortie, c’est la mort. Mais les gardiens ne contrôlent pas mon esprit. J’ai des échappatoires. La nature, le sport, le cannabis et le sexe. Les enfants représentent ma mission. Eux seuls peuvent me permettre d’atteindre la porte de sortie, fier, droit et libre. Et j’y parviendrai. Je ne mourrai pas en pute soumise. » 

Dialogues de parents.

Par Le 04/09/2015

Jusqu

 

Dès qu’ils furent sur la route, Cloarec fit part de ses craintes à son ami.

« Moi, je te dis qu’il est capable de faire une connerie avec son fusil. Il faudra faire attention quand on les retrouvera. Il est assez fou pour tirer, même avec les gosses autour. Il ne peut pas encaisser le coup que l’instit a fait, c’est comme s’il n’y avait que lui de concerné. Il en a fait une histoire d’honneur et ça, à la fin, c’est toujours des conneries. »

 Miossec roulait comme le demeuré qu’il était. Cloarec avait un mal de chien à suivre.

« J’espère qu’il n’a pas pris sa bouteille de rouge, sinon il va finir dans un arbre, s’inquiéta Le Renard. Fais gaffe, hein ? C’est pas la peine de se tuer pour ce malade, moi aussi, je veux retrouver Rémi et Fabrice mais je veux y arriver en entier et pas sur un brancard. Tu crois que l’instit, il leur a fait du mal aux gosses ?

- Sûrement pas. Tu vois Jean, je vais te dire franchement, si ma femme n’avait pas insisté pour que j’aille chercher Marine, j’aurais pas bougé, je crains rien du tout. Marine, elle est vachement heureuse d’avoir eu cet instit et tu peux pas savoir comme elle a changé pendant l’année. Et tout en bien. Elle a grandi dans sa tête, incroyable ! Elle était déjà vachement mûre pour son âge, c’est Florence qui disait ça, mais alors maintenant on dirait presque une petite femme. Tu peux pas imaginer les discussions qu’on a avec elle, parfois, j’ai du mal à suivre. Ce qui m’emmerde le plus c’est que c’est pas moi qui l’ai emmenée en vacances. Tu vois, la ferme, j’en ai plein le cul ! Quand je pense qu’on n’a même pas le temps de s’occuper de nos enfants, ils grandissent et on ne voit rien. On compte les litres de lait, les tonnes de patates, les hectares de maïs et on ne voit pas nos enfants, ça me fait chier, tu vois, vraiment ça me fait chier. L’instit, j’ai presque envie de le remercier. Bien sûr, j’aurais préféré qu’il m’en parle de son idée et j’aurais accepté tout de suite mais on n’a jamais pris le temps d’aller discuter avec lui. On a vraiment dû passer pour des tarés, on est vraiment trop cons ! Je l’ai même suspecté d’être un pédophile ! Tu vois un peu. C’est Miossec qui m’avait filé cette idée à la con alors que Marine, elle a jamais été aussi heureuse. Quand je l’ai questionnée un peu pour voir comment ça se passait dans la classe, j’ai bien vu que tout ce qu’il faisait, c’était pour leur bien. Si ça avait été un tordu, Marine, elle me l’aurait dit. Je lui ai fait comprendre ce qui me faisait peur et je peux t’assurer que ça ne lui a pas plu du tout que je puisse douter de son maître. C’est elle qui m’a dit que c’était pas parce qu’il était différent des autres qu’il était dangereux. Elle m’a même dit que c’était les autres instits qui étaient dangereux parce qu’ils n’aimaient pas les enfants comme lui il les aime ! J’étais pas fier, tu vois et j’ai arrêté de dire des conneries. Non, j’y crois pas du tout qu’il pourrait leur faire du mal. Tu te rends compte des risques qu’il prend pour emmener nos gamins en vacances ! Et nous, on n’a même pas été foutu de voir que ce mec-là, il fallait juste qu’on l’écoute un peu. Faut croire que le boulot, ça te bouche toute la tête comme un paquet de merde dans le cul. Ce gars, moi je pense que c’est quelqu’un de bien et ce qui est sûr c’est qu’il aime les enfants. Nos enfants ! Alors, je peux pas lui en vouloir. Tu comprends ? Lui, au moins, il s’en occupe. Moi, par contre, ça me fout la honte. Tu vois, après cette histoire, j’ai décidé que je m’occuperai davantage de mes filles. J’ai déjà loupé beaucoup de choses avec Marine, il faut pas que je fasse la même connerie avec Morgane. Je suis déjà bien content que Marine continue à me parler. Peut-être même qu’elle m’aime encore. Et pourtant j’ai pas fait grand-chose pour elle. T’as vu tout ce que l’instit a fait découvrir à nos gamins. C’est la honte pour nous. C’est la honte.

- Ouais, moi aussi, ça me fait ça. C’est vrai que Rémi et Fabrice, ils ont sacrément changé. Tu vois Fabrice, tu le connais un peu. Il était vachement timide, il manquait de confiance. J’avais beau me dire qu’en grandissant ça s’arrangerait et ben que dalle, il s’améliorait pas le gamin. Et là, en un an, c’est dingue comme il a changé. Il parle avec un adulte, même s’il le connaît pas, il prend des initiatives, il rigole vachement plus qu’avant, tu vois, plein de trucs comme ça. Il est beaucoup plus heureux. Et c’est vrai que c’est pas grâce à moi. Le séjour au camping à Camaret, ça l’a transformé. Et Rémi, je t’en parle pas, je le reconnais plus, d’ailleurs, j’ai l’impression que lui non plus me reconnaît plus. Tu vois ce que je veux dire, comme si je l’intéressais moins qu’avant et ça me fout vachement la trouille…T’as raison, c’est vraiment nul que ça soit pas avec nous qu’ils aient vécu tout ça. D’ailleurs, ma femme, elle me l’a dit y a pas longtemps. –Quand t’as le temps, au lieu d’aller à la chasse avec tes copains, tu ferais mieux de passer la journée avec tes deux garçons. L’instituteur, il s’en occupe mieux que toi. Je me demande même lequel de vous deux aime le plus les garçons.- Ça m’a fait mal quand elle m’a dit ça, on s’est même engueulé. Je lui ai dit que je bossais pour qu’ils manquent de rien et que je pouvais bien  passer un peu de temps avec les copains. C’était vraiment des conneries. Et puis, après avec le boulot, j’y ai plus pensé.

- Ah ouais, toujours ce boulot, ça, tu vois, c’est une excuse de merde. On se dit ça juste parce qu’on est trop con pour réfléchir un peu. Marine, un soir, elle m’a lu une phrase que l’instit leur a donnée en classe. La vache, ça m’a marqué. Attends que je la retrouve…Ah oui, ça dit à peu près ça -On rencontre beaucoup d’hommes qui parlent de liberté mais ils passent leur vie à se fabriquer des chaînes.- J’y ai même pas compris quand Marine elle m’a lu ça, c’est elle qui m’a expliqué que ça voulait dire qu’on travaillait pour avoir du pognon et s’acheter plein de trucs mais qu’en fait, au lieu d’être libre, on était prisonnier de tout ce qu’on désirait, tu vois le truc ? En fait, on croit qu’on va bien parce qu’on gagne du fric mais en vrai on voit pas nos gosses grandir parce qu’on en veut toujours plus. Enfin, c’est pas simple mais c’est quelque chose comme ça. J’ai passé des heures à réfléchir à ce truc. Parfois, j’étais sur mon tracteur et je pensais à ça. Non, mais tu vois la situation, le demeuré de paysan, le cul sur son tracteur, qui réfléchit à la vie qu’il mène parce que sa fille lui a lu une phrase, un vrai truc de fou !

- Ouais je vois bien… Enfin, je vois surtout que c’est pas facile de tout réussir. Son boulot, élever des gosses, aimer sa femme, pas foutre sa santé en l’air, s’occuper des gens qu’on aime, le boulot, les machines, les bêtes et les gosses et les impôts et puis comme ça pendant des années et ça passe à toute vitesse… T’as l’impression de tout faire comme il faut toi ?

- Sûrement pas pour mes deux filles et sans doute pas non plus pour ma femme. Tu vois l’instit, il le sait sûrement pas mais il m’aura fait comprendre ça. Enfin, c’est Marine qui l’aura fait mais je sais que c’est lui aussi. Tu vois par exemple, il a prêté des livres à Marine et elle m’a demandé d’en lire certains. Tu vois le problème ! J’ai jamais rien lu que le Ouest France et L’équipe. Je te dis pas comme ça m’a emmerdé au début puis finalement j’ai découvert que j’aimais ça. C’est dingue hein ? Saint-Exupéry par exemple, c’est vachement bien ce qu’il a écrit ce gars-là. Jack London, j’aime bien aussi. Avec les chiens au Canada dans la neige et les chercheurs d’or, ça fait comme les westerns. J’aime bien, ça fait voyager des trucs comme ça. Et puis, j’aime bien le nom du mec, ça sonne bien ! Jack London ! Ça a de la gueule hein ? Et il y en a plein d’autres des écrivains ! Mais alors moi, les noms, je les retiens pas. Alors Marine, elle me fait des fiches avec le titre du livre et le nom de l’écrivain, elle dit qu’il faut que je m’en souvienne, c’est un boulot dis donc ! Mais bon, j’essaie quand même, c’est tellement bien ce qu’ils ont écrit tous ces gars !

- Oh la vache ! je connais rien de tout ça moi. J’ai bien vu que Rémi et Fabrice, ils lisaient vachement mais ça m’a pas intéressé. Je sais même pas ce qu’ils lisent.

- Et tu sais que c’est l’instit qui a prêté ses propres livres aux enfants. Tu te rends compte ? Il leur fait vachement confiance. D’ailleurs Marine, ça l’a embêtée quand elle a vu le temps que je mettais à lire. Elle a voulu ramener le bouquin pour les autres gamins de la classe mais moi, je voulais connaître la fin. C’était Terre des hommes, de Saint-Exupéry. Celui-là je l’adore ! Le mec avec son copain, il avait posé son avion dans le désert, ils étaient en panne, ils étaient en train de crever de soif. Et c’est une histoire vraie ! Moi, je voulais savoir la fin alors je suis allé dans une librairie à Loudéac et j’ai acheté le bouquin. Tu me vois dans une librairie ! Je te dis pas tous les bouquins qu’il y avait sur les étagères, c’est dingue, j’y ai pas cru et en plus, c’est pas deux fois le même ! Que des bouquins différents. Incroyable je te dis ! Il a fallu que je demande à la patronne sinon je serais mort de vieillesse avant de trouver celui que je voulais! Et le soir quand Marine, elle m’a vu avec le bouquin dans la banquette, elle m’a fait une de ces bises sur la joue ! Un truc, tu vois, c’était plein d’amour, tu peux pas savoir le bien que ça m’a fait. C’est elle qui m’a lu le passage quand ils ont trouvé une orange dans la cabine de l’avion, c’est tout ce qui leur restait. Je peux te dire que maintenant une orange, je la vois plus de la même façon, c’est incroyable, ces écrivains comme ils savent bien raconter, t’as l’impression que c’est eux qui t’ouvrent les yeux. Comme si avant, t’avais que de la merde dedans, comme si t’avais jamais vu la vie. Tu vois, tu crois que tu sais ce que tu fais, que tu sais où tu vas mais en fait, tu sais rien, que dalle. Y a que ces mecs-là qui peuvent te montrer ce qui est vraiment important. Y a des soirs, tu vois, tu gardes ça pour toi hein, et ben j’en aurais pleuré. Ouais, je te jure. Y a un marin aussi, Montessier ou Moitessier, je sais plus bien, Marine, elle a ramené le bouquin, quand il a fait son tour du monde sur son bateau, il était tout seul, il a découvert des trucs en lui, c’était fou. Avec l’océan, c’était une sacrée histoire d’amour. Nous aussi, on pourrait vivre ça avec la terre mais on la regarde pas comme il faut. Ouais, je sais ce que tu penses, me regarde pas comme ça, tu te dis que j’ai un peu reçu, et que je déconne mais moi aujourd’hui, je dis que c’était avant que je déconnais. Maintenant, je commence à y voir un peu plus clair. C’est con que ça m’ait pris autant de temps. Il faudra que j’arrive à le dire à l’instit, ça m’emmerderait qu’il parte comme ça, sans qu’on ait le temps de parler. On s’est rencontré une fois dans la librairie à Loudéac et je suis resté comme un vrai con. J’ai rien trouvé à dire…J’espère que j’y arriverai maintenant. Je suis pas habitué à parler comme ça moi. Les sentiments et tous ces trucs là, ça me dépasse un peu. Enfin, avec les bouquins j’ai fait des progrès… Et la musique, ah bon dieu la musique ! J’y connaissais rien non plus et l’instit leur a prêté des cassettes. Y a une musique de film, « le mépris » ça s’appelle, j’écoute ça sans arrêt à la maison. Attends, je te jure, tu peux pas écouter ça sans que ça te prenne aux tripes, t’as l’impression que les violons ils sont entrain de t’ouvrir le bide ! Et j’aime bien la tête du mec qu’a fait ça, tu vois que c’est la tête d’un mec bien. Y a la rue dans son nom. Tiens, cherche la cassette, elle est là. Regarde comment il s’appelle… Georges Delerue, ah ouais, c’est ça ! Alors lui, c’est un champion ! Et Marine, elle nous a fait écouter d’autres trucs, des musiques incroyables. Ma femme, presque à chaque fois, elle pleure comme une chasse d’eau qui fuit et puis tu vois l’instit, il leur passe de tout, c’est ça qu’est bien. Du Mozart, du jazz, de la chanson française, Alan Stivell. Tu vois même celui-là, il est Breton et ben pourtant je connaissais rien. La symphonie celtique, si tu connais pas ça, tu sais pas ce que tu perds. Tu vois ça nous change de Rika Zaraï et des nullités qu’on entend à la télé. La télé, j’en ai plus rien à foutre maintenant, c’est vraiment de la merde en boîte. Ils nous prennent pour des cons parce qu’on est des cons ! C’est de notre faute tout ça. On a qu’à les envoyer chier ! C’est tout ce qu’ils méritent. Maintenant, le soir on parle des bouquins. En ce moment, Marine, elle lit un bouquin de Tolkien. Ouais, je te jure c’est son nom au mec ! C’est tellement bizarre comme nom que je m’en souviens, ça a l’air vachement bien. J’ai hâte qu’elle me le passe. Parfois, dans la journée, j’ai envie de m’arrêter de bosser pour aller lire !

- Non, je te crois pas !

- Si je te jure. Moi aussi, au début, ça m’a fait drôle, j’ai même cru que j’étais malade ! Mais c’est plutôt parce qu’on s’arrête jamais qu’on est des malades ! Alors quand je vois l’autre fou devant, avec son fusil dans le coffre, je me dis qu’on a intérêt à faire gaffe. L’instit, même s’il a fait une connerie en partant comme ça, il mérite pas qu’on l’emmerde. Pour une fois qu’on tombe sur un mec bien. Tu te rends compte tout ce qu’il a fait changer en un an...J’étais en train de perdre ma grande fille et j’aurais sans doute fait pareil avec Morgane et puis voilà qu’on se parle maintenant. Et pas du boulot en classe ou du métier qu’elle veut faire plus tard. Tout ça, c’est que dalle, ça n’a aucune importance, c’est pas ça qui compte. Non, on se parle de la vie, tu vois, je sais même pas comment te l’expliquer tellement ça me dépasse encore. C’est que quand je suis avec Marine que ça vient. C’est comme si tous les mots, ils étaient coincés quelque part et puis d’un coup ça ressort. Et même avec ma Florence ça va beaucoup mieux. Tu vois, on parlait de la ferme, des impôts, du prix du lait. Vraiment on était con ! Tu sais ce qu’elle m’a dit la semaine dernière ? -Alain je t’aime- Tu te rends compte, ça faisait des années que c’était pas arrivé, je sais pas comment c’est pour toi mais chez moi c’était pas terrible. Pourtant, on s’entend bien mais c’est comme si on passait à côté de quelque chose et qu’on savait pas quoi et ben, maintenant, je sais ce que c’est. C’est l’amour. Et te fous pas de ma gueule, je sais que ça a l’air con mais je te jure que c’est ce qu’il y a de plus beau.

- Je me fous pas de ta gueule Alain. Je me dis même que t’as de la chance, ça me touche vachement que tu me parles comme ça, c’est vrai je te jure, ça me fait vachement plaisir et je me dis que t’as de la chance…J’ai vraiment hâte de retrouver mes deux garçons et de les serrer dans mes bras et qu’on rentre à la maison. Je comprends mieux tout ce que je sentais depuis quelques temps. Toi, t’as déjà compris beaucoup plus de choses que moi et ça va m’aider tout ce que tu viens de me dire…Merci Alain. Merci de m’avoir expliqué tout ça, moi j’aurais jamais osé et je sais que c’est une connerie, c’est toi qui as raison…Dis, tu me prêteras des bouquins ?

- Ouais, bien sûr, tu viendras à la maison, je te montrerai tout ce que j’ai acheté. La librairie de Loudéac, maintenant je m’y retrouve sans problème et je connais bien la patronne, c’est elle qui me conseille aussi. On s’entend bien, elle est sympa. Et tout ce qu’elle connaît ! La vache c’est impressionnant ! Et puis, je vois qu’elle aime bien Marine, ça me fait plaisir. Quand je vois ma fille, comme ça, dans les bouquins je me dis que l’instit, il lui a vraiment montré un trésor incroyable, tu vois ce que je veux dire, un trésor qu’arrête pas de s’agrandir ! C’est pas un coffre qui est fermé avec des vieilles choses pourries dedans. Non, là, le coffre, il est ouvert et ça n’arrête pas de tomber dedans, des belles choses et toutes celles qui sont là depuis des années et des années, elles vieillissent pas. C’est fou hein ? Putain, tu te rends compte comme je parle bien maintenant, ça, c’est une vraie image d’écrivain que je viens de dire. Faudra que je la répète à Marine, ça va lui plaire. Tu sais, tu vas pas me croire mais samedi dernier on y est resté trois heures dans la librairie et on est parti parce que ça fermait sinon on n’aurait pas bougé ! Et Morgane aussi, elle veut ses bouquins ! On était tous les trois sur le trottoir avec chacun notre sac et nos bouquins dedans. C’était vachement beau et puis Marine, elle a pris mon sac pour me donner la main. Je vais te dire, j’étais vachement fier comme ça sur le trottoir avec ma jolie grande fille qui me donnait la main et Morgane qui trottinait comme un poulain devant nous avec ses petites gambettes. J’ai rigolé comme ça pour rien. Enfin non, c’était pas pour rien, c’était du bonheur…Oh ! tu dis plus rien ?

- Non je t’écoute. C’est vachement beau ce que tu racontes, je te voyais pas comme ça et je me dis que je suis vraiment con. J’ai rien vu moi. Rémi, bon sang c’est un petit gars formidable et j’ai l’impression que je l’ai pas vu depuis des années. Parfois, je me dis comme ça, fais gaffe à lui, écoute- le, prends ton temps. Tu vois, je m’inquiète toujours pour Fabrice parce qu’il est vachement renfermé, enfin plus maintenant, et du coup je voyais pas Rémi. Je me disais toujours qu’il grandissait sans problème, qu’il avait moins besoin d’un coup de main que son petit frère. C’est con hein ? Comme si un gamin pouvait se passer de l’amour de son père ! »

Il tourna la tête vers la vitre, une boule dans la gorge, les yeux piquants.

« T’inquiète pas, c’est jamais trop tard. Regarde ce voyage comme il nous fait du bien, ça sera plus jamais pareil après. C’est ça qui est important. Ne pas laisser passer les bonnes occasions quand elles se présentent. Même si on en a loupé un bon paquet depuis des années, ce qui compte maintenant, c’est qu’on a les yeux ouverts. 

- Bon dieu, j’ai vraiment envie de les serrer dans mes bras mes garçons et je vais leur dire que je les aime. Oh oui ! je vais leur dire ça et je sais que j’aurai pas l’air d’un con.

- Oh non ! ça c’est sûr t’auras pas l’air d’un con, celui qui est con, c’est Miossec, le pauvre David, il me fait peine ce gamin, il a l’air tellement triste. Olivier, il a l’air de s’en sortir un peu mieux mais le petit il  souffre vachement, ça c’est sûr et ce grand con de Miossec, il voit rien et il ne verra jamais rien…Tiens, allez, on va s’écouter la musique de Delerue. Tu sais, ce mec là, ça se voit sur sa figure qu’il en sait plus que nous. J’explique pas pourquoi, c’est comme ça. Et quand t‘entends sa musique, tu sais que c’est vrai. Quand tu inventes des musiques comme ça, c’est que dedans, tu as senti des choses que les autres, ils ont pas encore trouvées, c’est comme si c’était l’amour mis en musique. Tu vois, quand j’entends ça, c’est comme si je revoyais Marine ou Morgane, tout bébé, dans leurs petits lits, toutes fragiles, j’ai envie de les prendre dans mes bras, de sentir leurs petits corps, de les embrasser, de leur dire des gentils mots, tout plein d’amour, de les protéger, de sentir le parfum de leur peau. Maintenant, je vais les réveiller le matin, je peux plus m’en passer, je leur fais des petits câlins tout doucement, je leur parle gentiment, tu vois, je faisais jamais fait ça avant. Je rentrais, j’ouvrais les volets, je gueulais, allez debout là-dedans ! et je me barrais au boulot à toute vitesse comme si ma vie en dépendait. Mais le plus important de toute ma vie, il était là, devant moi, dans les petits lits bien chauds, et j’y voyais rien, je sentais rien. Je crois que mes deux filles, je les regardais jamais dans les yeux, je les regardais, c’est tout mais je ne les voyais pas vraiment. C’est dur à expliquer tout ça. Les mots, ça peut pas tout dire. Les émotions, c’est bien plus fort. Y a que les écrivains qui savent en parler. Moi je suis qu’un paysan, alors tu vois, c’est pas facile.

- Et ben moi, je peux te dire que t’en parles vachement bien, ça me serre les tripes tout ce que tu dis. Je suis vachement content d’être venu avec toi. Ouais, bon dieu de bon dieu, moi aussi cet instit faut que je le remercie. C’est une sacrée baffe qu’il nous a mise et il était temps qu’on se la prenne. Bon allez mets-nous cette musique. »

 

 

Miossec ne disait rien. Quintin avait bien essayé de lancer quelques discussions mais il s’était fait rabrouer sèchement. Miossec voulait seulement qu’il lui indique les directions, qu’il lise les panneaux, qu’il étudie la carte routière. Quintin se taisait. Et puis, il ne voyait vraiment plus de quoi parler. Il avait épuisé tous les sujets, sans succès. La météo, les plantations, le prix des engrais, les dindes malades, les impôts, les subventions, son tracteur en panne, les assurances pour l’incendie chez Miossec, sa Peugeot volée…

A chaque fois, Miossec l’avait envoyé promener.

Il se disait que le voyage allait être long.

Alors, il avait essayé de compter combien il allait gagner avec les patates cette année. Au prix où était la tonne, ça paierait peut-être une nouvelle bagnole. La Mercedes, ça c’était une belle bagnole. Il se verrait bien rouler là-dedans, ça en jetterait dans le pays. Ou la CX Citroën, ça aussi ça avait de la gueule et c’était encore plus long que la Mercedes. Mais Miossec, il apprécierait peut-être pas. C’était risqué, ça le fâcherait. Non, il fallait une voiture plus courte…Il trouverait bien, c’était pas ça qui manquait les bagnoles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dès qu’ils furent sur la route, Cloarec fit part de ses craintes à son ami.

« Moi, je te dis qu’il est capable de faire une connerie avec son fusil. Il faudra faire attention quand on les retrouvera. Il est assez fou pour tirer, même avec les gosses autour. Il ne peut pas encaisser le coup que l’instit a fait, c’est comme s’il n’y avait que lui de concerné. Il en a fait une histoire d’honneur et ça, à la fin, c’est toujours des conneries. »

 Miossec roulait comme le demeuré qu’il était. Cloarec avait un mal de chien à suivre.

« J’espère qu’il n’a pas pris sa bouteille de rouge, sinon il va finir dans un arbre, s’inquiéta Le Renard. Fais gaffe, hein ? C’est pas la peine de se tuer pour ce malade, moi aussi, je veux retrouver Rémi et Fabrice mais je veux y arriver en entier et pas sur un brancard. Tu crois que l’instit, il leur a fait du mal aux gosses ?

- Sûrement pas. Tu vois Jean, je vais te dire franchement, si ma femme n’avait pas insisté pour que j’aille chercher Marine, j’aurais pas bougé, je crains rien du tout. Marine, elle est vachement heureuse d’avoir eu cet instit et tu peux pas savoir comme elle a changé pendant l’année. Et tout en bien. Elle a grandi dans sa tête, incroyable ! Elle était déjà vachement mûre pour son âge, c’est Florence qui disait ça, mais alors maintenant on dirait presque une petite femme. Tu peux pas imaginer les discussions qu’on a avec elle, parfois, j’ai du mal à suivre. Ce qui m’emmerde le plus c’est que c’est pas moi qui l’ai emmenée en vacances. Tu vois, la ferme, j’en ai plein le cul ! Quand je pense qu’on n’a même pas le temps de s’occuper de nos enfants, ils grandissent et on ne voit rien. On compte les litres de lait, les tonnes de patates, les hectares de maïs et on ne voit pas nos enfants, ça me fait chier, tu vois, vraiment ça me fait chier. L’instit, j’ai presque envie de le remercier. Bien sûr, j’aurais préféré qu’il m’en parle de son idée et j’aurais accepté tout de suite mais on n’a jamais pris le temps d’aller discuter avec lui. On a vraiment dû passer pour des tarés, on est vraiment trop cons ! Je l’ai même suspecté d’être un pédophile ! Tu vois un peu. C’est Miossec qui m’avait filé cette idée à la con alors que Marine, elle a jamais été aussi heureuse. Quand je l’ai questionnée un peu pour voir comment ça se passait dans la classe, j’ai bien vu que tout ce qu’il faisait, c’était pour leur bien. Si ça avait été un tordu, Marine, elle me l’aurait dit. Je lui ai fait comprendre ce qui me faisait peur et je peux t’assurer que ça ne lui a pas plu du tout que je puisse douter de son maître. C’est elle qui m’a dit que c’était pas parce qu’il était différent des autres qu’il était dangereux. Elle m’a même dit que c’était les autres instits qui étaient dangereux parce qu’ils n’aimaient pas les enfants comme lui il les aime ! J’étais pas fier, tu vois et j’ai arrêté de dire des conneries. Non, j’y crois pas du tout qu’il pourrait leur faire du mal. Tu te rends compte des risques qu’il prend pour emmener nos gamins en vacances ! Et nous, on n’a même pas été foutu de voir que ce mec-là, il fallait juste qu’on l’écoute un peu. Faut croire que le boulot, ça te bouche toute la tête comme un paquet de merde dans le cul. Ce gars, moi je pense que c’est quelqu’un de bien et ce qui est sûr c’est qu’il aime les enfants. Nos enfants ! Alors, je peux pas lui en vouloir. Tu comprends ? Lui, au moins, il s’en occupe. Moi, par contre, ça me fout la honte. Tu vois, après cette histoire, j’ai décidé que je m’occuperai davantage de mes filles. J’ai déjà loupé beaucoup de choses avec Marine, il faut pas que je fasse la même connerie avec Morgane. Je suis déjà bien content que Marine continue à me parler. Peut-être même qu’elle m’aime encore. Et pourtant j’ai pas fait grand-chose pour elle. T’as vu tout ce que l’instit a fait découvrir à nos gamins. C’est la honte pour nous. C’est la honte.

- Ouais, moi aussi, ça me fait ça. C’est vrai que Rémi et Fabrice, ils ont sacrément changé. Tu vois Fabrice, tu le connais un peu. Il était vachement timide, il manquait de confiance. J’avais beau me dire qu’en grandissant ça s’arrangerait et ben que dalle, il s’améliorait pas le gamin. Et là, en un an, c’est dingue comme il a changé. Il parle avec un adulte, même s’il le connaît pas, il prend des initiatives, il rigole vachement plus qu’avant, tu vois, plein de trucs comme ça. Il est beaucoup plus heureux. Et c’est vrai que c’est pas grâce à moi. Le séjour au camping à Camaret, ça l’a transformé. Et Rémi, je t’en parle pas, je le reconnais plus, d’ailleurs, j’ai l’impression que lui non plus me reconnaît plus. Tu vois ce que je veux dire, comme si je l’intéressais moins qu’avant et ça me fout vachement la trouille…T’as raison, c’est vraiment nul que ça soit pas avec nous qu’ils aient vécu tout ça. D’ailleurs, ma femme, elle me l’a dit y a pas longtemps. –Quand t’as le temps, au lieu d’aller à la chasse avec tes copains, tu ferais mieux de passer la journée avec tes deux garçons. L’instituteur, il s’en occupe mieux que toi. Je me demande même lequel de vous deux aime le plus les garçons.- Ça m’a fait mal quand elle m’a dit ça, on s’est même engueulé. Je lui ai dit que je bossais pour qu’ils manquent de rien et que je pouvais bien  passer un peu de temps avec les copains. C’était vraiment des conneries. Et puis, après avec le boulot, j’y ai plus pensé.

- Ah ouais, toujours ce boulot, ça, tu vois, c’est une excuse de merde. On se dit ça juste parce qu’on est trop con pour réfléchir un peu. Marine, un soir, elle m’a lu une phrase que l’instit leur a donnée en classe. La vache, ça m’a marqué. Attends que je la retrouve…Ah oui, ça dit à peu près ça -On rencontre beaucoup d’hommes qui parlent de liberté mais ils passent leur vie à se fabriquer des chaînes.- J’y ai même pas compris quand Marine elle m’a lu ça, c’est elle qui m’a expliqué que ça voulait dire qu’on travaillait pour avoir du pognon et s’acheter plein de trucs mais qu’en fait, au lieu d’être libre, on était prisonnier de tout ce qu’on désirait, tu vois le truc ? En fait, on croit qu’on va bien parce qu’on gagne du fric mais en vrai on voit pas nos gosses grandir parce qu’on en veut toujours plus. Enfin, c’est pas simple mais c’est quelque chose comme ça. J’ai passé des heures à réfléchir à ce truc. Parfois, j’étais sur mon tracteur et je pensais à ça. Non, mais tu vois la situation, le demeuré de paysan, le cul sur son tracteur, qui réfléchit à la vie qu’il mène parce que sa fille lui a lu une phrase, un vrai truc de fou !

- Ouais je vois bien… Enfin, je vois surtout que c’est pas facile de tout réussir. Son boulot, élever des gosses, aimer sa femme, pas foutre sa santé en l’air, s’occuper des gens qu’on aime, le boulot, les machines, les bêtes et les gosses et les impôts et puis comme ça pendant des années et ça passe à toute vitesse… T’as l’impression de tout faire comme il faut toi ?

- Sûrement pas pour mes deux filles et sans doute pas non plus pour ma femme. Tu vois l’instit, il le sait sûrement pas mais il m’aura fait comprendre ça. Enfin, c’est Marine qui l’aura fait mais je sais que c’est lui aussi. Tu vois par exemple, il a prêté des livres à Marine et elle m’a demandé d’en lire certains. Tu vois le problème ! J’ai jamais rien lu que le Ouest France et L’équipe. Je te dis pas comme ça m’a emmerdé au début puis finalement j’ai découvert que j’aimais ça. C’est dingue hein ? Saint-Exupéry par exemple, c’est vachement bien ce qu’il a écrit ce gars-là. Jack London, j’aime bien aussi. Avec les chiens au Canada dans la neige et les chercheurs d’or, ça fait comme les westerns. J’aime bien, ça fait voyager des trucs comme ça. Et puis, j’aime bien le nom du mec, ça sonne bien ! Jack London ! Ça a de la gueule hein ? Et il y en a plein d’autres des écrivains ! Mais alors moi, les noms, je les retiens pas. Alors Marine, elle me fait des fiches avec le titre du livre et le nom de l’écrivain, elle dit qu’il faut que je m’en souvienne, c’est un boulot dis donc ! Mais bon, j’essaie quand même, c’est tellement bien ce qu’ils ont écrit tous ces gars !

- Oh la vache ! je connais rien de tout ça moi. J’ai bien vu que Rémi et Fabrice, ils lisaient vachement mais ça m’a pas intéressé. Je sais même pas ce qu’ils lisent.

- Et tu sais que c’est l’instit qui a prêté ses propres livres aux enfants. Tu te rends compte ? Il leur fait vachement confiance. D’ailleurs Marine, ça l’a embêtée quand elle a vu le temps que je mettais à lire. Elle a voulu ramener le bouquin pour les autres gamins de la classe mais moi, je voulais connaître la fin. C’était Terre des hommes, de Saint-Exupéry. Celui-là je l’adore ! Le mec avec son copain, il avait posé son avion dans le désert, ils étaient en panne, ils étaient en train de crever de soif. Et c’est une histoire vraie ! Moi, je voulais savoir la fin alors je suis allé dans une librairie à Loudéac et j’ai acheté le bouquin. Tu me vois dans une librairie ! Je te dis pas tous les bouquins qu’il y avait sur les étagères, c’est dingue, j’y ai pas cru et en plus, c’est pas deux fois le même ! Que des bouquins différents. Incroyable je te dis ! Il a fallu que je demande à la patronne sinon je serais mort de vieillesse avant de trouver celui que je voulais! Et le soir quand Marine, elle m’a vu avec le bouquin dans la banquette, elle m’a fait une de ces bises sur la joue ! Un truc, tu vois, c’était plein d’amour, tu peux pas savoir le bien que ça m’a fait. C’est elle qui m’a lu le passage quand ils ont trouvé une orange dans la cabine de l’avion, c’est tout ce qui leur restait. Je peux te dire que maintenant une orange, je la vois plus de la même façon, c’est incroyable, ces écrivains comme ils savent bien raconter, t’as l’impression que c’est eux qui t’ouvrent les yeux. Comme si avant, t’avais que de la merde dedans, comme si t’avais jamais vu la vie. Tu vois, tu crois que tu sais ce que tu fais, que tu sais où tu vas mais en fait, tu sais rien, que dalle. Y a que ces mecs-là qui peuvent te montrer ce qui est vraiment important. Y a des soirs, tu vois, tu gardes ça pour toi hein, et ben j’en aurais pleuré. Ouais, je te jure. Y a un marin aussi, Montessier ou Moitessier, je sais plus bien, Marine, elle a ramené le bouquin, quand il a fait son tour du monde sur son bateau, il était tout seul, il a découvert des trucs en lui, c’était fou. Avec l’océan, c’était une sacrée histoire d’amour. Nous aussi, on pourrait vivre ça avec la terre mais on la regarde pas comme il faut. Ouais, je sais ce que tu penses, me regarde pas comme ça, tu te dis que j’ai un peu reçu, et que je déconne mais moi aujourd’hui, je dis que c’était avant que je déconnais. Maintenant, je commence à y voir un peu plus clair. C’est con que ça m’ait pris autant de temps. Il faudra que j’arrive à le dire à l’instit, ça m’emmerderait qu’il parte comme ça, sans qu’on ait le temps de parler. On s’est rencontré une fois dans la librairie à Loudéac et je suis resté comme un vrai con. J’ai rien trouvé à dire…J’espère que j’y arriverai maintenant. Je suis pas habitué à parler comme ça moi. Les sentiments et tous ces trucs là, ça me dépasse un peu. Enfin, avec les bouquins j’ai fait des progrès… Et la musique, ah bon dieu la musique ! J’y connaissais rien non plus et l’instit leur a prêté des cassettes. Y a une musique de film, « le mépris » ça s’appelle, j’écoute ça sans arrêt à la maison. Attends, je te jure, tu peux pas écouter ça sans que ça te prenne aux tripes, t’as l’impression que les violons ils sont entrain de t’ouvrir le bide ! Et j’aime bien la tête du mec qu’a fait ça, tu vois que c’est la tête d’un mec bien. Y a la rue dans son nom. Tiens, cherche la cassette, elle est là. Regarde comment il s’appelle… Georges Delerue, ah ouais, c’est ça ! Alors lui, c’est un champion ! Et Marine, elle nous a fait écouter d’autres trucs, des musiques incroyables. Ma femme, presque à chaque fois, elle pleure comme une chasse d’eau qui fuit et puis tu vois l’instit, il leur passe de tout, c’est ça qu’est bien. Du Mozart, du jazz, de la chanson française, Alan Stivell. Tu vois même celui-là, il est Breton et ben pourtant je connaissais rien. La symphonie celtique, si tu connais pas ça, tu sais pas ce que tu perds. Tu vois ça nous change de Rika Zaraï et des nullités qu’on entend à la télé. La télé, j’en ai plus rien à foutre maintenant, c’est vraiment de la merde en boîte. Ils nous prennent pour des cons parce qu’on est des cons ! C’est de notre faute tout ça. On a qu’à les envoyer chier ! C’est tout ce qu’ils méritent. Maintenant, le soir on parle des bouquins. En ce moment, Marine, elle lit un bouquin de Tolkien. Ouais, je te jure c’est son nom au mec ! C’est tellement bizarre comme nom que je m’en souviens, ça a l’air vachement bien. J’ai hâte qu’elle me le passe. Parfois, dans la journée, j’ai envie de m’arrêter de bosser pour aller lire !

- Non, je te crois pas !

- Si je te jure. Moi aussi, au début, ça m’a fait drôle, j’ai même cru que j’étais malade ! Mais c’est plutôt parce qu’on s’arrête jamais qu’on est des malades ! Alors quand je vois l’autre fou devant, avec son fusil dans le coffre, je me dis qu’on a intérêt à faire gaffe. L’instit, même s’il a fait une connerie en partant comme ça, il mérite pas qu’on l’emmerde. Pour une fois qu’on tombe sur un mec bien. Tu te rends compte tout ce qu’il a fait changer en un an...J’étais en train de perdre ma grande fille et j’aurais sans doute fait pareil avec Morgane et puis voilà qu’on se parle maintenant. Et pas du boulot en classe ou du métier qu’elle veut faire plus tard. Tout ça, c’est que dalle, ça n’a aucune importance, c’est pas ça qui compte. Non, on se parle de la vie, tu vois, je sais même pas comment te l’expliquer tellement ça me dépasse encore. C’est que quand je suis avec Marine que ça vient. C’est comme si tous les mots, ils étaient coincés quelque part et puis d’un coup ça ressort. Et même avec ma Florence ça va beaucoup mieux. Tu vois, on parlait de la ferme, des impôts, du prix du lait. Vraiment on était con ! Tu sais ce qu’elle m’a dit la semaine dernière ? -Alain je t’aime- Tu te rends compte, ça faisait des années que c’était pas arrivé, je sais pas comment c’est pour toi mais chez moi c’était pas terrible. Pourtant, on s’entend bien mais c’est comme si on passait à côté de quelque chose et qu’on savait pas quoi et ben, maintenant, je sais ce que c’est. C’est l’amour. Et te fous pas de ma gueule, je sais que ça a l’air con mais je te jure que c’est ce qu’il y a de plus beau.

- Je me fous pas de ta gueule Alain. Je me dis même que t’as de la chance, ça me touche vachement que tu me parles comme ça, c’est vrai je te jure, ça me fait vachement plaisir et je me dis que t’as de la chance…J’ai vraiment hâte de retrouver mes deux garçons et de les serrer dans mes bras et qu’on rentre à la maison. Je comprends mieux tout ce que je sentais depuis quelques temps. Toi, t’as déjà compris beaucoup plus de choses que moi et ça va m’aider tout ce que tu viens de me dire…Merci Alain. Merci de m’avoir expliqué tout ça, moi j’aurais jamais osé et je sais que c’est une connerie, c’est toi qui as raison…Dis, tu me prêteras des bouquins ?

- Ouais, bien sûr, tu viendras à la maison, je te montrerai tout ce que j’ai acheté. La librairie de Loudéac, maintenant je m’y retrouve sans problème et je connais bien la patronne, c’est elle qui me conseille aussi. On s’entend bien, elle est sympa. Et tout ce qu’elle connaît ! La vache c’est impressionnant ! Et puis, je vois qu’elle aime bien Marine, ça me fait plaisir. Quand je vois ma fille, comme ça, dans les bouquins je me dis que l’instit, il lui a vraiment montré un trésor incroyable, tu vois ce que je veux dire, un trésor qu’arrête pas de s’agrandir ! C’est pas un coffre qui est fermé avec des vieilles choses pourries dedans. Non, là, le coffre, il est ouvert et ça n’arrête pas de tomber dedans, des belles choses et toutes celles qui sont là depuis des années et des années, elles vieillissent pas. C’est fou hein ? Putain, tu te rends compte comme je parle bien maintenant, ça, c’est une vraie image d’écrivain que je viens de dire. Faudra que je la répète à Marine, ça va lui plaire. Tu sais, tu vas pas me croire mais samedi dernier on y est resté trois heures dans la librairie et on est parti parce que ça fermait sinon on n’aurait pas bougé ! Et Morgane aussi, elle veut ses bouquins ! On était tous les trois sur le trottoir avec chacun notre sac et nos bouquins dedans. C’était vachement beau et puis Marine, elle a pris mon sac pour me donner la main. Je vais te dire, j’étais vachement fier comme ça sur le trottoir avec ma jolie grande fille qui me donnait la main et Morgane qui trottinait comme un poulain devant nous avec ses petites gambettes. J’ai rigolé comme ça pour rien. Enfin non, c’était pas pour rien, c’était du bonheur…Oh ! tu dis plus rien ?

- Non je t’écoute. C’est vachement beau ce que tu racontes, je te voyais pas comme ça et je me dis que je suis vraiment con. J’ai rien vu moi. Rémi, bon sang c’est un petit gars formidable et j’ai l’impression que je l’ai pas vu depuis des années. Parfois, je me dis comme ça, fais gaffe à lui, écoute- le, prends ton temps. Tu vois, je m’inquiète toujours pour Fabrice parce qu’il est vachement renfermé, enfin plus maintenant, et du coup je voyais pas Rémi. Je me disais toujours qu’il grandissait sans problème, qu’il avait moins besoin d’un coup de main que son petit frère. C’est con hein ? Comme si un gamin pouvait se passer de l’amour de son père ! »

Il tourna la tête vers la vitre, une boule dans la gorge, les yeux piquants.

« T’inquiète pas, c’est jamais trop tard. Regarde ce voyage comme il nous fait du bien, ça sera plus jamais pareil après. C’est ça qui est important. Ne pas laisser passer les bonnes occasions quand elles se présentent. Même si on en a loupé un bon paquet depuis des années, ce qui compte maintenant, c’est qu’on a les yeux ouverts. 

- Bon dieu, j’ai vraiment envie de les serrer dans mes bras mes garçons et je vais leur dire que je les aime. Oh oui ! je vais leur dire ça et je sais que j’aurai pas l’air d’un con.

- Oh non ! ça c’est sûr t’auras pas l’air d’un con, celui qui est con, c’est Miossec, le pauvre David, il me fait peine ce gamin, il a l’air tellement triste. Olivier, il a l’air de s’en sortir un peu mieux mais le petit il  souffre vachement, ça c’est sûr et ce grand con de Miossec, il voit rien et il ne verra jamais rien…Tiens, allez, on va s’écouter la musique de Delerue. Tu sais, ce mec là, ça se voit sur sa figure qu’il en sait plus que nous. J’explique pas pourquoi, c’est comme ça. Et quand t‘entends sa musique, tu sais que c’est vrai. Quand tu inventes des musiques comme ça, c’est que dedans, tu as senti des choses que les autres, ils ont pas encore trouvées, c’est comme si c’était l’amour mis en musique. Tu vois, quand j’entends ça, c’est comme si je revoyais Marine ou Morgane, tout bébé, dans leurs petits lits, toutes fragiles, j’ai envie de les prendre dans mes bras, de sentir leurs petits corps, de les embrasser, de leur dire des gentils mots, tout plein d’amour, de les protéger, de sentir le parfum de leur peau. Maintenant, je vais les réveiller le matin, je peux plus m’en passer, je leur fais des petits câlins tout doucement, je leur parle gentiment, tu vois, je faisais jamais fait ça avant. Je rentrais, j’ouvrais les volets, je gueulais, allez debout là-dedans ! et je me barrais au boulot à toute vitesse comme si ma vie en dépendait. Mais le plus important de toute ma vie, il était là, devant moi, dans les petits lits bien chauds, et j’y voyais rien, je sentais rien. Je crois que mes deux filles, je les regardais jamais dans les yeux, je les regardais, c’est tout mais je ne les voyais pas vraiment. C’est dur à expliquer tout ça. Les mots, ça peut pas tout dire. Les émotions, c’est bien plus fort. Y a que les écrivains qui savent en parler. Moi je suis qu’un paysan, alors tu vois, c’est pas facile.

- Et ben moi, je peux te dire que t’en parles vachement bien, ça me serre les tripes tout ce que tu dis. Je suis vachement content d’être venu avec toi. Ouais, bon dieu de bon dieu, moi aussi cet instit faut que je le remercie. C’est une sacrée baffe qu’il nous a mise et il était temps qu’on se la prenne. Bon allez mets-nous cette musique. »

 

 

Miossec ne disait rien. Quintin avait bien essayé de lancer quelques discussions mais il s’était fait rabrouer sèchement. Miossec voulait seulement qu’il lui indique les directions, qu’il lise les panneaux, qu’il étudie la carte routière. Quintin se taisait. Et puis, il ne voyait vraiment plus de quoi parler. Il avait épuisé tous les sujets, sans succès. La météo, les plantations, le prix des engrais, les dindes malades, les impôts, les subventions, son tracteur en panne, les assurances pour l’incendie chez Miossec, sa Peugeot volée…

A chaque fois, Miossec l’avait envoyé promener.

Il se disait que le voyage allait être long.

Alors, il avait essayé de compter combien il allait gagner avec les patates cette année. Au prix où était la tonne, ça paierait peut-être une nouvelle bagnole. La Mercedes, ça c’était une belle bagnole. Il se verrait bien rouler là-dedans, ça en jetterait dans le pays. Ou la CX Citroën, ça aussi ça avait de la gueule et c’était encore plus long que la Mercedes. Mais Miossec, il apprécierait peut-être pas. C’était risqué, ça le fâcherait. Non, il fallait une voiture plus courte…Il trouverait bien, c’était pas ça qui manquait les bagnoles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur le savoir

Par Le 04/09/2015

 
La vérité est inévitablement partielle. Les imbrications entre les situations et les gens concernés, les effets, les conséquences, tout est bien plus complexe qu'au premier abord. Si on s'en tient aux "versions officielles" et aux intentions des "décideurs", la vérité sera tronquée. Elle ne sera que la version qu'ils en donnent.
L'école devrait apprendre aux enfants à ne pas avoir confiance, à priori, mais uniquement à avoir confiance, après toutes les recherches possibles et toutes les contradictions les plus folles. Celui-là est fou qui se contente d'accuser celui qui doute d'être un complotiste. Et pour ne pas regarder en lui-même, la terreur que représente la prise de conscience que les "Décideurs" sont fous eux aussi, l'anti-complotiste, adopte la parole commune. Pure folie. 
 

"Il y a deux vérités; L'histoire officielle, menteuse, puis l'Histoire secrète où sont les véritables causes des évènements. "

Honoré de Balzac.

 
 
Voilà ce que se contente de faire nos écoles. Des citernes gonflées de connaissances. Et plus les études seront longues, plus l'individu se spécialisera dans un domaine mais cela ne signifiera pas pour autant que l'individu aura évolué spirituellement...Il sera peut-être un individu totalement intégré au système de valeurs qui lui auront été inculquées. Compétition, ego, mental, puissance financière ou hiérarchique....Juste l'élaboration de castes qui contribuent à la violence parce que les valeurs associées sont celles de la "lutte"....La lutte des classes....L'expression est bien choisie.
Nos élèves ne savent rien s'ils se contentent d'être des citernes. Et si cela leur suffit, c'est que les enseignants n'ont pas été ce qu'ils auraient dû être. Des éveilleurs de conscience.
 
 
Voilà ce que nos élèves devraient entendre. "Tes connaissances ne sont nullement un savoir. Ne t'enorgueillis pas de tes diplômes. Ou alors, vraiment, c'est que tu ne sais rien."
 
J'ai connu, quand j'étais au collège, un ancien Poilu de 14-18. J'en ai déjà parlé sur ce blog. Il s'appelait François. Il ne lisait pas, n'avait pas la télé, juste une radio mais il pensait beaucoup, par lui-même. Et je pouvais l'écouter parler une journée entière. Et lorsque je me couchais le soir, je réfléchissais à tout ce qu'il m'avait expliqué, raconté, détaillé, analysé....Sur les hommes, 'lamitié, l'amour, la passion, la folie, la curiosité, l'amour de la Nature. Il n'avait aucun diplôme et je me souviens de tout encore aujourd'hui. Je serais par contre incapable d'énumérer tout ce que j'ai oublié de ce que j'ai "appris" dans mes années d'école.... C'était juste des nourritures qui finissaient en excréments. Parce que les enseignants censés m'éveiller était tout aussi endormi que moi, qu'il n'y avait aucune vie en eux, aucune passion, aucune amour....Surtout ça. Aucun amour. 
 
 
Voilà ce que l'amour déclenche. La révélation de l'être réel, le Soi, celui qui existe, profondément, celui qui a besoin, absolument besoin, de s'exprimer avant de mourir étouffé sous les excréments intellectuels. 
 
L'école prônée par les gouvernements ne veut pas d'individus éveillés. Elle veut des ouvriers ou des ingénieurs. Elle veut juste des individus intégrés dans un systéme économique. 
C'est d'ailleurs bien pour ça que le "revenu universel" a autant de mal à faire son chemin dans la tête des gens.
"Ne pas travailler et toucher de l'argent ? " Mais, c'est scandaleux ça ! 
Non, ce qui est scandaleux, c'est que l'école martèle ce message pendant des années....
Elle n'a pas à se prostituer de la sorte.
 
Elle est là pour l'éveil spirituel de chacun et que chaque individu, en pleine conscience, en pleine liberté de penser, sans qu'aucune pression ne soit exercée, puisse construire sa vie sur SES PROPRES VALEURS. Des valeurs essentiellement tournées vers le Bien. 
L'établissement de castes n'est pas tournée vers le Bien mais vers la lutte. "La lutte des classes". L'expression parle d'elle-même.  
Pour la majorité des gens, il y a les diplômés et les autres, il y a les instruits et les incultes, il y a les travailleurs et les fainéants. 
Oui, alors, juste une question : "Qui et depuis quand ont été établis les critères qui permettent d'établir un tel classement ? "
 
Une fois que la réponse aura été trouvée, on pourra continuer à discuter. Sinon, c'est inutile. Ca ne sert à rien de parler avec quelqu'un qui dort.....
 
 
 
 

Dostoïevski

Par Le 04/09/2015

"Je ne comprends décidément pas pourquoi il est plus glorieux de bombarder de projectiles une ville assiégée que d’assassiner quelqu’un à coups de hache... Le respect de l’esthétique est le premier signe d’impuissance..." Dostoïevski

 

Aujourd'hui, les GVTS ne disent pas "glorieux" mais "respectable".....Ils ne parlent pas "d'esthétisme" mais "de Droits de l'homme"......Et ensuite, ils s'offusquent devant la presse de la mort d'un enfant sur une plage et ils culpabilisent l'ensemble d'un continent en omettant de dire que pendant ce temps-là, ils continuent à vendre des armes.......et à fomenter tous les coups-fourrés possibles en fonction de leurs intérêts...

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L'invisible

Par Le 04/09/2015

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 Notre utilisation du terme "invisible" est incorrect. Ce qui est considéré comme invisible par certains a nécessairement été identifié par d'autres et donc son emploi n'est pas justifié dans des termes généraux, comme si cela était vrai pour tous. 

Exemple : les atomes nous sont "invisibles" mais il existe bien et ont été vus, analysés, exploités. Ce qui est invisible pour moi n'est que le reflet de mon incapacité (ponctuelle, peut-être) à voir ce qui existe. Les magnétiseurs, par exemple, voient l'énergie et la ressentent alors que je ne vois et ne ressens rien. Même chose avec l'Aura. Cet invisible n'existe donc que pour moi mais dans la réalité, il n'en est rien. Ce terme "d'invisible", s'il devait désigner quelque chose qui n'est absolument pas identifié, PAR PERSONNE, devrait donc être remplacé par "l'Innommé", c'est à dire quelque chose qui est du domaine du possible mais qui ne peut être vécu, connu, expérimenté par qui que ce soit.

Les fantômes ne sont pas invisibles puisqu'ils ont été vus. Ils me sont invisibles, ce qui n'est pas du tout pareil.

Dieu, lui-même, n'est pas invisible au regard des textes de certains mystiques. Sauf que ce qu'ils ont vu n'est pas transmissible en l'état, aucun mot n'y parvient. Ni Maître Eckhart, ni Thérèse d'Avilla ne se sont avancés à le décrire. Il ne s'agit pour eux que d'un ressenti, particulièrement puissant.

"Le nuage d'Inconnaissance", texte majeur, mettait en avant que seul le fait d'être dans une contemplation mystique permettait de ressentir Dieu.

Le Tao, par contre, entre dans la dimension de l'Innommé dès lors que celui qui s'engage à le décrire s'en éloigne inévitablement.... Il est et restera donc invisible à tous...Il a pourtant été nommé et c'est le seul cas que je connaisse.

Les Kogis considèrent par ailleurs que rien n'est invisible puisque nous portons, comme toutes choses créées, la même énergie, puisque nous sommes issus de la même source. Ils "voient" dons la conscience des arbres et de toute la Nature. Au même titre que leur conscience leur est "visible". . . Celui qui parlerait de quelque chose d'invisible serait tout simplement considéré comme un individu incomplet et qui doit encore travailler pour ouvrir son âme à l'Esprit. Ils le font constamment, dans tous leurs actes, dans toutes leurs paroles, dans toutes leurs pensées. Ils sont essentiellement tournés vers ce qui nous est invisible, nous Occidentaux. Notre positionnement, face à l'invisible, leur est totalement étranger. Rien de connu n'est invisible en soi. Ce qui est par contre visible, c'est notre incomplétude à saisir cet invisible pour cesser de le juger comme tel... 

Une lettre particulière...

Par Le 03/09/2015

Lettre à une croissance que nous n’attendons plus

Publié le juillet 7, 2015 par @_ï

 

 

« Le Monde » publie un texte de Manon Dervin (Etudiante à Science Po Rennes), choisi par le Cercle des économistes dans le cadre du concours  » Imaginez votre travail demain – La parole aux étudiants « , organisé à l’occasion des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence. Ce texte s’inspire d’ « Un Projet de Décroissance« . Merci Manon.

Texte intégral ici : clic

Ô très chère Croissance. Ma bien-aimée. Ton retour s’est fait attendre. Ton dogme fondé sur la valeur centrale du  » travail  » conditionne encore aujourd’hui toute la vitalité du système économique. Tu fabriques l’Emploi et en tires ta force. Les médias, les politiques et tous les travailleurs retiennent leur souffle. Te chercher a plongé le monde occidental dans une torpeur sans précédent. Une gueule de bois post-crise financière de 2008 soignée à coups de jéroboams de mesures économiques afin de te faire revenir.

Mais aujourd’hui je ne t’attends plus, Croissance. L’âge d’or des  » trente glorieuses  » est terminé, le réveil est difficile et la situation pas si facile que ça à accepter. Je pensais te connaître. Qui es-tu vraiment, Croissance ? Je te prie de m’excuser pour les mots qui vont suivre. Il me fallait te conter mes désillusions.

En réalité, tu es un indice mathématique. Tu es l’augmentation continuelle de la production de biens de services et d’échanges dans une économie. Tu es une somme de valeurs ajoutées. Mais tu n’as pas tenu compte de mes remarques sur la qualité de tes productions. Tu continues à la fois de construire/détruire des écoles et de faire travailler des enfants dans les usines, de manière arbitraire en fonction des pays.

En réalité, tu es tout un imaginaire. Pour les néolibéraux, tu incarnes le progrès, la modernité, le positif. Une plante qui croît, un enfant qui grandit. Pour beaucoup, tu es la solution au plein-emploi. Tu nous as été imposée comme la condition du bien-être des populations, mais tu n’apportes le bonheur qu’à 1 % de la population mondiale, c’est-à-dire si peu d’entre nous.

 

En réalité, tu fais partie intégrante d’un système productiviste. Au meilleur de ta forme, tu as fait croître le PIB de plusieurs pour-cent. Tu te fondes depuis toujours sur le faux techno-scientisme, l’esprit de concurrence, le devoir de compétitivité, le travail comme valeur centrale et fondatrice. Mais j’ai découvert que tes moteurs sont la dette, l’obsolescence programmée et la publicité. Je suis au regret de te dire que tu n’as fait qu’accroître les inégalités. En somme, tu es une illusion. Tu étais pour moi et pour nombre d’entre nous la promesse du bonheur, une croyance, une pensée magique. J’ai juré sur ton nom, et j’ai fait l’erreur de l’amalgame entre l’indice, l’imaginaire et le système.

des  » utopistes  » de transition

Je voudrais te dire, Croissance, que j’aspire désormais à la vision cohérente d’une société non violente, sans exploitation de l’homme par l’homme, respectueuse de son environnement, sans obéissance aveugle à la croyance économique, une société de partage qui prône l’économie participative.

En l’occurrence, ma chère Croissance, je ne peux plus supporter que la quête perpétuelle de ton épanouissement nuise à mon bien-être et à celui de ceux qui m’entourent. Il n’y a qu’à remarquer le taux de pauvreté record de ta plus fidèle disciple, l’Allemagne. Il suffit de constater que les chiffres du chômage atteignent de jour en jour des taux record. Personne ne viendra contredire le fait qu’une transition trop radicale ne serait pas efficiente. Il s’agit de maintenir l’argent comme moyen d’échange, de commerce et d’accès à un minimum vital nécessaire. Pour autant, faut-il nécessairement occuper un emploi pour avoir le droit de (sur) vivre ? Eh bien non, Croissance. Et je voudrais te le prouver. Je souhaiterais te proposer des  » uto-pistes  » de transition vers des sociétés soutenables et souhaitables, en redéfinissant la notion d’emploi et sa valeur au sein même de la société.

J’ai suivi les règles du jeu, je persévère un peu plus chaque jour au cœur du système pour me faire ma place. J’ose espérer que tu me seras reconnaissante un jour d’avoir su accepter si longtemps tes conditions malgré nos désaccords. Je ne t’écris pas dans l’espoir d’arranger notre situation en cédant à tes requêtes, mais pour rompre avec toi et tes belles promesses. Je t’écris pour tous ceux pour qui travailler rime avec nécessité. Je t’écris pour tous ceux qui ont cru à l’adage  » tout travail mérite salaire  » sans savoir que pour nombre d’entre eux le salaire ne serait pas proportionnel au mérite. Je t’écris au nom de tous ceux que tu as réduits à la survie à coups de théories économiques, pour ceux que tu as enchaînés et parfois même rendus amoureux de leur propre servitude. Je t’écris au nom de tous les exclus de ta bienveillance et de ta générosité. Au nom de tous ceux qui courent après le  » plus  » dans l’espoir d’atteindre le  » mieux « .

Je refuse à présent ce besoin vital d’amasser de l’argent qui caractérise la société que tu as engendrée. Je refuse d’accepter que le travail, cette valeur d’intégration sociale qui a forgé ta réputation, devienne aujourd’hui un facteur d’exclusion pour des millions d’entre nous. Croissance, je ne m’attends plus à ce que tu reviennes. Plutôt que de persévérer dans des schémas dépassés, plutôt que d’user encore et toujours de rustines économiques, j’ai décidé d’ôter mes œillères.

Est-il normal de conditionner la survie à un emploi ? Est-il décent de faire du travail une condition indivisible du droit à la vie ? Il est de notre responsabilité de tirer la sonnette d’alarme et de réclamer un monde qui œuvre pour le mieux et non pour le plus. Il est de notre devoir de refuser tes avances, Croissance, toi qui prends des vies et les ressources limitées de notre planète pour asseoir ta pérennité. Il est de notre devoir de refuser tes référentiels et tes paradigmes qui n’ont aucun sens. Il est de notre devoir de redéfinir la notion d’emploi. Il est temps de décoloniser les imaginaires.

Quand certains de tes grands patrons gagnent au bas mot 508 fois le smic, quand on dépense chaque jour 2 milliards de dollars à des fins militaires à travers le monde ; quand tes actionnaires deviennent rentiers par la spéculation sur les produits alimentaires de base en affamant les enfants ; quand en France, en 2014, 60 % des bénéfices des entreprises ont été accaparés par les actionnaires en appauvrissant plus encore les travailleurs, est-il indécent de réclamer pour chacun de quoi se nourrir, de quoi se loger, et l’accès gratuit à des services publics ?

un revenu universel accordé à chacun

Je souhaite l’instauration d’un revenu universel accordé à chacun, sans condition d’emploi, de la naissance à la mort, afin de garantir à tous un minimum vital et une vie décente. Il ne s’agit pas uniquement d’un revenu d’existence, mais bien d’un moyen de décentraliser la valeur travail afin d’amener un outil de transition progressive. Il s’agit d’instaurer un outil économique et social capable de nous faire sortir de l’impasse vers laquelle nous entraîne toujours plus vite cette société aux mécanismes de séduction et de contraintes. Il s’agit de questionner le sens de nos consommations et donc de nos productions en participant à la création de gratuités d’usage et de tirage ainsi qu’à une réappropriation de la création monétaire en dehors des logiques de marché. Moins de besoins, moins de travail et plus de temps pour aimer et vivre.

Je réclame ainsi la création d’une  » dotation inconditionnelle d’autonomie « , couplée à un revenu maximum acceptable. Cet outil s’articulerait autour de trois piliers. Un droit d’usage donnant accès à chacun à un logement, au transport, à une parcelle de terre. Un droit de tirage autorisant l’utilisation prédéfinie d’une certaine quantité de ressources telles que l’eau ou l’électricité. Enfin, des versements en monnaie locale fondante qui permettraient l’achat de produit locaux et soutenables, promouvant ainsi une relocalisation ouverte et une économie sociale et solidaire. Ces propositions se fondent sur la gratuité des besoins de base couplée à une forte progressivité des prix pour la consommation supplémentaire. Le redéveloppement des services publics et la création de monnaies locales complémentaires, alliées à un revenu maximum autorisé, constitueraient un outil pour refuser le travail aliénant et redéfinir nos besoins, nos usages et les conditions pour les assouvir.

Je souhaite que, demain, bonheur rime avec temps libre. Je souhaite que, demain, travail rime avec épanouissement et non pas avec contrainte. Je souhaite que demain soit l’avènement d’un monde qualitatif et non quantitatif. Je souhaite que demain voie la réappropriation de la démocratie à travers une société autonome, garantissant la sérénité. Je souhaite que demain soit un autre rapport à l’autre et au temps, un  » travailler moins pour vivre mieux « , pour un meilleur vivre-ensemble. Il est temps de mettre le travail au service de l’homme et non de l’économie. Il est temps de nous affranchir de la centralité de cette valeur travail qui nous déshumanise et fait de nous de simples agents économiques. Il est temps de faire du travail en tant qu’activité, un outil de repolitisation de la société, incitant le citoyen à s’approprier démocratiquement et de manière participative son contenu : qu’est-ce qu’une vie décente ? Qu’est-ce que la sobriété ? Qu’est-ce que le bon usage et le mésusage d’une même ressource ? Comment organiser la société pour permettre à toutes et à tous de vivre dignement ? Comment se répartir les tâches difficiles ? Nous nous devons de répondre à ces questions collectivement. Après avoir fait du  » travail  » un pivot central, pourquoi refuser d’en faire le tremplin vers la définition d’une nouvelle société ?

Chère Croissance, je suis au regret de te prier d’accepter ces mots comme une lettre de rupture. Aujourd’hui je reprends ma liberté par la conscience. Aujourd’hui je n’ai plus peur ni du lendemain ni des autres. Je te remercie pour ce bout de chemin partagé, mais il est inutile de poursuivre notre relation. Nous n’avons plus la même vision de ce qu’est la vie.

par Manon Dervin

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Protectionnisme

Par Le 03/09/2015

Protectionnisme et Décroissance ? Pour une relocalisation ouverte – Les Z’indigné(e)s

Publié le août 5, 2014 par Vincze

 

 

Publié dans Les Z’indigné(e)s n° 16, Juin 2014.
Les Z'indigné(e)s n° 16
Le « protectionnisme » est une notion qui revient très souvent quand il s’agit d’imaginer des solutions pour faire face aux affres du libéralisme. Nos amis de gauche le mettent souvent en avant, et même si nous comprenons et partageons leur démarche, nous émettons quelques réserves. En effet, en tant qu’objectrices et objecteurs de croissance, nous restons prudents, pas uniquement avec le diagnostique et les propositions, mais avec le terme en lui même et ce, pour plusieurs raisons :

 

– Le protectionnisme fait écho à la société de la peur… il faut nous libérer de cette domination qui fait le jeu des oligarques et des extrêmes droites :

Nos sociétés, qui plus est avec l’intensification des plans d’austérité imposés par l’imposture des dettes publiques, sont dominées par des peurs économiques légitimes : peurs du déclassement, de perdre son emploi, du non remboursement d’un prêt, pour l’avenir de ses enfants, etc. La réponse à ces peurs ne doit pas s’inscrire dans une réaction simpliste : se protéger. De qui, de quoi ? Tout le monde subit les désastres sociaux, humains et écologiques de ce système productiviste oligarchique aberrant. Ce n’est pas en s’inscrivant dans une réaction au problème que l’on peut s’en sortir. Ce qui nous dérange est que le terme de protectionnisme peut s’avérer en adéquation avec les discours simplificateurs et démagogiques des extrêmes-droites et ainsi éluder les vrais débats de fond : la crise anthropologique.

– L’enjeu n’est pas tant de réguler l’économie que de sortir de la religion de l’économie :

Nous vivons dans des sociétés culturellement dominées par l’argent, la concurrence, la compétitivité et des imaginaires colonisés par l’homo-economicus. Or, le problème n’est pas de trouver des palliatifs pour adoucir la tyrannie de l’économie mais bien d’en sortir et de nous libérer de ces addictions, de faire des « pas-de-côté » et de questionner le sens de nos productions bien plus que d’en protéger leur localisation. L’enjeu est de revenir à de vraies questions : celles du sens de nos vies, de nos productions, de nos consommations et de nos échanges.

– Ne plus être sur la défensive, ce que véhicule le terme de protectionnisme, mais au contraire, construire et se réapproprier l’espoir en se tournant vers de nouveaux paradigmes :

L’enjeu n’est pas tant de grignoter des miettes ici ou là pour sauver de l’emploi. L’enjeu est encore moins de réindustrialiser nos sociétés dites développées. Il ne s’agit donc pas, à l’image de ce que propose le développement durable pour les enjeux écologiques, de « polluer moins pour polluer plus longtemps », de « protéger plus pour produire plus longtemps dans des conditions indignes, des saloperies inutiles ». L’enjeu est d’initier des transitions vers de nouveaux modèles de sociétés à la fois écologiquement soutenables et socialement juste, des sociétés conviviales et autonomes.

Pour ces trois raisons, nous sommes critiques et prudents avec le terme « protectionnisme », trop sur la défensive et dans la logique du système. Nous préférons parler de « relocalisation ouverte ».

La proposition de relocaliser les productions ne se fait pas pour se protéger « d’autres » ou contre « d’autres » mais bien pour redonner du sens à nos sociétés :

– Un sens énergétique et environnemental ou écologique :

Nos sociétés se sont développées sans se soucier des distances : automobiles, avions, cargos mais aussi télécommunications semblent les avoir réduites. Pourtant, le gâchis énergétique est terrible, le temps de travail perdu et l’intelligence humaine gâchée également. Cette organisation provoque des pollutions, des encombrements malsains, des accidents et des mal-êtres. Cet aménagement des territoires ne les ménage pas. Prendre en compte l’enjeu écologique nous contraint à nous questionner sur le sens de ce que nous produisons et à relocaliser les productions qui peuvent l’être.

– Un sens humain : entre convivialité et décroissance des inégalités et des dominations :

Produire, échanger et consommer local c’est changer son rapport à l’autre, à l’outil et à l’environnement. Nous vivons dans une illusion de toute puissance, une illusion de liberté de consommer et d’individualisme : le monde est organisé d’une telle manière que nous ne sommes jamais confrontés aux conséquences ni environnementales ni humaines de nos actes de consommation. Cette banalité du mal entretenue par le déni nous fait accepter, loin de chez nous, l’exploitation dans des conditions de travail indignes, des conséquences environnementales terribles que nous refuserions si elles concerneraient nos enfants, nos proches, nos voisins ou nos territoires.

– Pour une relocalisation mais ouverte, car l’ouverture c’est la solidarité, le partage, l’hospitalité, les échanges interculturels :

Nous sommes dans un monde globalisé d’une complexité sans précédent nécessitant des interdépendances techniques, en ressources et en productions monstrueuses. Dans une logique de transition démocratique et sereine comme soutenue par la Décroissance, nous aurons besoin de solidarités et de concertations, donc d’ouvertures, de mains tendues.

Des sociétés relocalisées refermées sur elles-mêmes ne peuvent être ni souhaitables ni des options d’avenir. Au contraire, nous avons besoin de nous ouvrir aux autres pour profiter de la richesse culturelle, des échanges d’expériences, de savoir-faire et de savoir-être… C’est le « buen vivir » que promeut la Décroissance. C’est comme cela que nous nous protégerons collectivement de toutes formes de dominations, que nous pourrons nous libérer de l’économie et des peurs qu’elle entretient.

Là où le terme « protectionnisme » risque d’éluder les vrais problèmes, et d’entretenir l’illusion de fausses solutions simplistes comme le repli sur soi, sur la nation, nous préférons la relocalisation ouverte de nos productions et de nos vies, signes de convivialité, de justices sociales et environnementales sur fond de solidarités.

Vincent Liegey, Christophe Ondet, Stéphane Madelaine et Thomas Avenel
Pour le collectif « Un Projet de Décroissance« .

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2 réponses à Protectionnisme et Décroissance ? Pour une relocalisation ouverte – Les Z’indigné(e)s

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Le revenu universel

Par Le 03/09/2015

Prônée aussi bien par les libéraux que par l'extrême-gauche, l'idée de mettre en place un revenu de base distribué également à tous pour assurer la survie de chacun peine encore à se faire entendre dans le débat public. Décryptage.

Un tabou est-il en passe d'être levé? La promesse du Premier ministre finlandais d'expérimenter le revenu universel en donnant 1.000 euros à chaque citoyen à la place de toutes les allocations sociales déjà existantes, relance un débat qui n'a malheureusement pas encore lieu en France. Pourtant, cette mesure traverse les clivages partisans. C'est peut-être aussi une partie du problème...

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«Il n'est rien au monde d'aussi puissant qu'une idée dont l'heure est venue.» Sur leur sitevantant ses mérites, les défenseurs du revenu de base –aussi appelé revenu d'existence (par André Gorz) ou revenu universel– se plaisent à citer Victor Hugo. Rappelons pour l'anecdote que l'écrivain et intellectuel engagé, un jour confident du roi, un autre défenseur de l'ordre bourgeois, participa à la répression de l'insurrection ouvrière de 1848. Ça n'est que bien plus tard qu'Hugo se laissera convaincre par les bienfaits des combats révolutionnaires, non sans avoir renvoyé dos à dos les Communards et Adolphe Thiers, qui ordonna des bains de sang pour que finissent les combats. Comme s'il avait fallu du temps au poète et dramaturge pour prendre conscience d'une idée qui ne s'était pas encore imposée dans les faits...

Quelques siècles plus tard, c'est une autre révolution qui pourrait avoir lieu dans les pays développés, où l'idée d'un revenu universel fait son chemin parmi les intellectuels et certains politiques. Mais l'idée n'a pas seulement germé dans le cénacle étroit des élites: la société française semble s'y être convertie. Ainsi, 60% des Français seraient désormais favorables à l’idée d’un revenu de base, selon un sondage Ifop publié en mai 2015. L'Aquitaine a même déjà voté une mention pour mettre en place une première expérimentation en ce sens autour du RSA. Tout comme, de manière plus approfondie, la ville d'Utrecht aux Pays-Bas à compter de janvier 2016.

1.De quoi s'agit-il?

 

Si les versions et les méthodes d'application divergent, l'idée est toujours la même: verser un revenu individuel, sans conditions de ressources, ni contrepartie, à tous les citoyens (très souvent, dès 18 ans et jusqu'à leur mort), pour leur permettre de vivre décemment bien que modestement du point de vue matériel. 

«Ce revenu de base se substituerait à la plupart des aides sociales comme le RSA, certaines bourses, les allocations familiales, les niches fiscale, etc. On conserverait, en revanche, les retraites, les aides au logement et à la santé. Selon le montant du revenu de base, les allocations chômages seraient conservées ou non», détaillait à 20 Minutes Stanislas Jourdan, coordinateur national du Mouvement français pour un revenu de base.

Cette somme est variable selon les économistes et les partisans de la mesure, mais la fourchette est souvent comprise entre 450 et 1.000 euros par personne. 

«Deux courants se différencient dans notre mouvement transpartisan, poursuit Jourdan. Certains défendent un revenu universel peu élevé mais rapide à mettre en place. D’autres souhaitent un revenu qui permette de vivre sans avoir d'emploi, donc plutôt autour de 800 euros.»

2.Qui est pour?

En Finlande, un sondage nous a appris que 79% de la population approuvait cette idée. Elle est défendue par le gouvernement de centre-droit de Juha Spilä, tandis que les Verts finlandais la souhaitent... depuis plus de dix ans! Encore une fois, là où les deux formations se distinguent, c'est sur le montant de ce revenu universel : 440 euros par mois pour les Verts, 620 pour l'Alliance de gauche et entre 850 et 1.000 euros pour le libéral Björn Wahlroos.

 En versant uniformément un revenu, sans conditions, on «responsabilise» les citoyens en leur permettant de choisir leur voie

Et c'est ici que le sujet devient très intéressant. Car, en économie, les mesures proposées par les politiques sont issues d'une famille de pensée ou d'une ligne idéologique dont les retombées se diffusent à la société entière. L'idée du revenu universel, elle, est défendue à la fois par des théoriciens libéraux comme par des militants d'extrême-gauche, dePodemos en Espagne à Dominique de Villepin en France, pour faire simple. C'est ce qui rend son objectif différent selon le camp qui la met en avant.

3.Quel est le but de cette mesure?

Éradiquer la misère, simplifier le système social français, permettre à des jeunes de s'engager autrement, transformer la vision du travail qui domine aujourd'hui dans notre société... Les vertus sont nombreuses mais elles ne sont pas partagées par tous. Pour les libéraux, l'objectif est que chacun devienne maître de son destin. En versant uniformément un revenu, sans conditions, on «responsabilise» les citoyens en leur permettant de choisir leur voie: si certains veulent travailler pour compléter ce revenu, libre à eux. S'ils préfèrent se contenter de cette somme qui permet d'acheter le strict nécessaire pour subvenir à leurs besoins vitaux, c'est aussi leur droit.

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Ainsi par voie de conséquence, le travail salarié, par exemple, ne sera plus une obligation. On pourra choisir de travailler car on aime son travail ou parce que l'argent est un moteur de satisfaction personne, ou encore pour satisfaire des besoins matériels qui nous semblent importants (n'ayez crainte, chacun aura le droit d'épargner son «revenu» pour acheter une Porsche, s'il en a envie...) Le salaire viendra alors se cumuler au revenu universel. D'autres, au contraire, opteront alors pour une vie plus modeste, écologiquement responsable, tout en s'engageant différemment, par le biais d'associations par exemple.

«C’est le monopole du travail comme source d’utilité sociale, de reconnaissance sociale et d’estime de soi que nous pourrions briser en défendant l’instauration d’un revenu inconditionnel», défend  l'économiste et philosophe Baptiste Mylondo, dans son ouvrage Un revenu pour tous !, cité par Libération en août 2015. 

En ligne de mire: favoriser la liberté des individus qui, débarassés de ces contraintes sociales, pourraient lire, flâner ou s'adonner à des activités plus créatives et déconnectées de l'économie marchande, alors que certains jeunes, par exemple, sont obligés pour des contraintes financières évidentes de prendre un emploi qu'ils ne désirent pas.

L'idée est d'en terminer avec la stigmatisation de ceux qui perçoivent des prestations sociales

Pour ceux qui, à gauche, défendent ce système, l'idée est également de transformer l'État «redistributeur» en État «émancipateur». Et d'en terminer avec la stigmatisation de ceux qui perçoivent des prestations sociales. Ce guichet unique permettrait en outre de favoriser une justice totale entre les citoyens, qui percevraient tous de façon équivalente un revenu d'existence. D'autres partisans de ce revenu, enfin, affirment carrément que cette mesure est normale, dans un pays développé dont les ressources économiques sont importantes et mal redistribuées.

4.Pourquoi (presque) personne n'en parle?

Le verrou est d'abord psychologique. La mesure paraît impopulaire, quand certains ouvriers, artisans ou salariés du tertiaire se tuent à la tâche pour ne toucher qu'un Smic. Si les politiques se laissent aussi facilement convaincre que les Français sont contre la distribution d'argent sans conditions, il y a peu de chances pour qu'ils prennent ce type de décisions. Sauf que les choses sont plus compliquées, comme toujours.

En France, l'idée a surgi sans faire beaucoup de bruit dans le débat public par l'intermédiaire de l'économiste Marc de Basquiat et du philosophe libéral Gaspard Koenig.Dans leur essai Liber, un revenu de liberté pour tous, ils proposaient un revenu universel en complément d'un maintien des cotisations déjà existantes. Pour eux, l'arrière-pensée est claire: faire du travail un choix pour obtenir des revenus supplémentaires. Et redonner du souffle à l'économie française. Mais pas seulement. Citée par Le Figaro, la chercheuse au Crédoc Isa Aldeghi avançait une autre explication pour favoriser le travail: 

«Dans les études que l'on a réalisé, on se rend compte que travailler ne sert pas seulement à gagner de l'argent mais est également un facteur d'identité, de sociabilité. Cette réaction est même surtout présente dans les familles ayant une bonne situation.»

Le revenu universel reviendrait à aplanir les différences de patrimoine, afin que les richesses du pays soient, au moins au départ, mieux réparties

Une vision du travail avec laquelle n'est pas d'accord le philosophe Baptiste Mylondo, qui explique le fondement de sa démarche intellectuelle: 

«Je suis parti d’une critique de la valeur travail, et de la vision de l’utilité sociale que l’on peut avoir dans une société où tout passe par l’emploi: la reconnaissance sociale, l’estime de soi, le lien social, déclarait-il à Slate.fr en 2012. Alors qu’à l’évidence, il y a d’autres activités qui peuvent être source de reconnaissance sociale. J’en suis donc venu à l’idée qu’il fallait reconnaître l’utilité sociale de toutes les activités et que la vie ne devait pas tourner uniquement autour de l’emploi.» 

Dans cet esprit, on peut facilement avancer qu'avant d'être un facteur de sociabilité, le travail peut aussi et surtout être considéré comme une aliénation quand on n'a pas la chance de faire une activité choisie, aimée et respectée.

5.Quel serait l'impact?

Un détour par la théorie économique est nécessaire, car le revenu universel part d'un postulat de base: ce n'est pas nous, contemporains, qui sommes à l'origine des richesses de notre pays, mais celles-ci sont avant tout le produit de notre histoire, de notre système économique, de notre monnaie, bref, de tous ceux qui nous ont précédés. Or, personne n'est plus responsable qu'un autre de ces succès: c'est pourquoi nous sommes tous égaux face à la richesse de notre pays. Pourtant dans les faits, ça n'est pas le cas. L'héritage est discriminant selon l'origine sociale de la famille dans laquelle nous naissons, par exemple. Le revenu universel reviendrait à aplanir tout cela, afin que les richesses du pays soient, au moins au départ, mieux réparties.

Le travail sera un choix. Et ceux qui choisiront de ne pas travailler n'en seront pas pénalisés

L'impact, également, serait visible sur le chômage. Notre époque vit au rythme des déclarations sur l'augmentation ou la baisse du chômage, ce fléau moderne. Mais force est de constater qu'en quarante ans, les recettes appliquées par les politiques n'ont pas eu beaucoup d'effets, ou alors à la marge: au chômage conjoncturel s'ajoute un chômage structurel. Sauf que pendant ce temps, la société a changé. La révolution technologique, l'arrivée des machines, ont rendu obsolètes certains emplois, tandis que d'autres sont financés par l'État pour garantir un ordre social. Nous pensons le monde en termes de plein-emploi, comme si celui-ci était la règle, tandis que l'inactivité est montrée du doigt, alors qu'elle est de plus en plus fréquente (et constitue presque un passage obligé) chez les jeunes générations. Le temps où Coluche pouvait imiter un père s'enorgueillir d'avoir fait carrière toute sa vie dans la même fromagerie est définitivement terminé.

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C'est ainsi qu'il faut comprendre le débat sur les 35 heures, qui fut une réponse à ce chômage exponentiel: pour le réduire, pensèrent les socialistes, il fallait diviser le travail! Le revenu universel, lui, propose une lecture plus subtile: le travail sera un choix. Et ceux qui choisiront de ne pas travailler n'en seront pas pénalisés. Ils ne pèseront pas non plus sur le travail des autres. Mais pourront mettre leur temps libre à profit pour mener des activités associatives, créatives, humanitaires.

6.Mais alors pourquoi ça coince?

Justement parce que cette mesure est proposée et à gauche et à droite de l'échiquier politique. Christine Boutin ou le parti Alternative libérale l'ayant défendu, une omerta s'est formée autour d'un sujet qui, justement, rassemble des familles intellectuels différentes (ce qui en soi n'est pas un problème). Seulement voilà, les deux camps mettent les mêmes mots sur deux solutions différentes. En réalité, le revenu de base n'est ni d'extrême-gauche, ni libéral, mais il est défendu par les uns comme par les autres. Et par certains qui voient là une aubaine intelectuelle pour faire passer des pilules plus amères.

 «Certains libéraux intelligents ont compris que si la société versait un revenu d’existence, c’était autant en moins pour les entreprises à prendre en charge au niveau du coût salarial», soulignait sur Slate.fr l’économiste Jean-Marie Harribey, membre de l’association altermondialiste Attac, qui s'oppose fortement à la mesure.

Déjà, en 1960, l'économiste libéral Milton Friedman conditionnait ce revenu de base en échange d'une suppression du salaire minimum. Si l'on suit sa logique, ce serait alors la porte ouverte à toutes les dérives et le détricotage de certains droits sociaux existants. Sauf que bien ficelée, la proposition d'un revenu de base s'intégrerait dans un système économique qu'il faudrait refonder. Et il aurait pour conséquence une redéfinition des textes de lois sur la sécurité sociale, le droit du travail, l'assurance chômage ou les allocations logement. Une utopie, vraiment?

Jérémy Collado

http://www.slate.fr/story/105937/revenu-universel-tabou-fran%C3%A7ais

 


 

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