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Terrorisme d'Etat.

Par Le 07/09/2015

Éducation : gare à ceux qui osent critiquer la réforme !

Le président d'une association de professeurs qui s'est indigné publiquement contre la réforme du latin a été menacé par sa hiérarchie. Hallucinant !

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Publié le  | Le Point.fr

Le président de l'Association des professeurs de lettres s'est vu reprocher  la « violence outrancière » de ses propos par le directeur académique des services de l’Éducation nationale en charge des collèges au rectorat de Paris.

Le président de l'Association des professeurs de lettres s'est vu reprocher  la « violence outrancière » de ses propos par le directeur académique des services de l’Éducation nationale en charge des collèges au rectorat de Paris.Maxppp©Xavier de Torres

 

Le dimanche 22 mars 2015, Romain Vignest, président de l'Association des professeurs de lettres (APL), publie une déclaration cinglante contre la réforme des langues anciennes défendue par Najat Vallaud-Belkacem. Son texte commence ainsi : « En décembre 2012, à Tombouctou, perle du désert, des barbares détruisaient les mausolées des saints du soufisme. En février 2015, à Mossoul enIrak, d'autres barbares ont saccagé les statues assyriennes du musée archéologique. À Paris, en mars 2015, d'autres barbares encore suppriment l'enseignement du latin et du grec des collèges de France. Pour être d'aspect plus policé, les barbares n'en sont pas moins aveugles, leur oeuvre n'en est pas moins ténébreuse. »

Puis il déroule ses arguments : « La ministre de l'Éducation nationale a répété que la maîtrise de la langue était une priorité absolue ; ignore-t-elle que le latin est la matrice, non seulement originelle, mais continue et ininterrompue des mots du français, du sens de ce qui jusqu'à aujourd'hui s'est écrit en français ? » Enfin, il conclut ainsi : « L'Association des professeurs de lettres met solennellement en garde la ministre de l'Éducation nationale, le gouvernement et le président de la République contre ce qui apparaîtra à nos successeurs comme une aberration politique, un suicide national, un crime contre l'esprit. »

Le soir même, le directeur académique des services de l'Éducation nationale en charge des collèges au rectorat de Paris tient à l'auteur de ce texte, par courriel, des propos pour le moins étonnants. Il s'indigne de « la violence outrancière des propos qui sont tenus à l'égard d'une politique issue de la représentation nationale », et retire le soutien du rectorat à une conférence littéraire sur Voltaire organisée par l'APL qui doit se tenir – et qui se tiendra malgré tout – au lycée Henri-IV. Censurer Voltaire, il fallait y penser !

Amalgame

Mais surtout, ce haut fonctionnaire, l'un des principaux représentants de la ministre pour l'académie de Paris, s'en prend sans aucun motif aux qualités professionnelles de Romain Vignest, dont il est par ailleurs le supérieur hiérarchique : « Je suis inquiet pour les élèves que vous formez si vous vous situez dans le registre de l'outrance en usant de termes qui sont implicitement vecteurs de violence. »  Il confond ainsi le représentant d'une association et le professeur dans un amalgame inédit.

Dans un second courriel, il déplore enfin que la déclaration hostile à la suppression du latin et du grec comme disciplines à part entière à partir de la rentrée 2016 ait pu être tenue… un jour d'élection. Ce dimanche 22 mars avait lieu le premier tour des élections départementales. Où est passée la neutralité de la fonction publique ?

L'usage républicain veut que l'administration fasse la différence entre un militant associatif et un fonctionnaire, et qu'elle ne prenne pas ombrage des activités du premier pour s'en prendre au second. Dans ce cas précis, concernant la controverse sur les langues anciennes, cet usage n'a pas été respecté. C'est une grande première dans l'histoire des relations entre les associations de professeurs et le ministère de l'Éducation nationale. Il reste à espérer qu'il s'agit d'un dérapage isolé.

KUNDALINI (16)

Par Le 06/09/2015

 

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Elle ferma les yeux et se concentra quelques secondes sur son équilibre. Stabilité du bassin, abdominaux légèrement serrés, elle visualisa l’alternance de sa respiration, les mouvements de sa poitrine, le trajet de l’air dans son nez.

« Je vais me placer derrière vous, Maud et je vais utiliser ma voix, juste ma voix mais sur des notes bien précises. Aucune parole, juste des sons particuliers. Recevez-les, laissez-les vous envahir, sans chercher à comprendre le but. Laissez-vous emporter, souvenez-vous, n’ayez pas peur des vagues. »

 

Elle imagina en elle un océan agité, des houles écumeuses dansant sous les cieux et elle eut envie de sourire.

La première note la surprit. Dans son dos, au niveau des chevilles. Un son guttural, très long, régulier, une espèce de rauquement de bête, un souffle qui n’avait rien d’inquiétant mais dont la sonorité résonnait comme un tonnerre très lointain, un grondement sombre et prolongé de cieux enflammés. 

Elle pensa soudainement à ces chants tibétains qu’elle avait entendus dans un documentaire télévisé. Ce « Om » si reconnaissable. Oui, c’était cela, un chant tibétain, une mélopée très simple, un balancement hypnotique nourri de variations infimes.

Puis, elle observa la respiration en elle pour couper le fil de ces pensées intrusives dont elle ne voulait pas.

Elle s’habitua rapidement à ce chant étrange et ne le trouva plus aussi animal. Il émanait de ces notes une gravité délicieuse, envahissante, totalement inattendue…

Qu’avait-il dit ? De se laisser aller, de ne pas chercher à comprendre le but, à identifier le protocole ou quelque chose de connu… Se laisser aller…

La voix remontait le long de sa jambe. L’impression que les vibrations pénétraient sous sa peau, qu’elles agissaient comme des mains sur son corps, comme un massage sonore.

 

Il avait placé ses mains en porte-voix et il s’appliquait à moduler les notes en maintenant le flux. De longues inspirations et des mélopées régulières, des changements modérés, des courants d’énergie remontés des entrailles. Contractions abdominales, le ventre rentré, comme une bouée dégonflée puis une nouvelle goulée d’air, un remplissage complet des alvéoles pulmonaires, l’extension ultime de sa capacité respiratoire.

Il remontait le long de sa jambe gauche, les yeux fixés sur la zone visée, toute son attention concentrée sur la portée de sa voix. Il dépassa le creux du genou et explora les tissus tendus de sa cuisse. Il devinait la musculature. Le grain bruni de la peau.

Une vision qui le troublait…

Maud…

Il percevait en elle une tendresse étrange, comme une reconnaissance qu’il fallait valider, des retrouvailles inespérées. Une incompréhension qui le perturba.

Il s’arrêta à l’orée des fesses, juste sous le pli qui marquait le haut de la cuisse. Il suspendit la mélopée et redescendit au niveau de la cheville droite. Il reprit aussitôt le même cheminement.

Avec un trouble identique. Des crépitements dans le creux de ses mains, comme si les vibrations de sa voix revenaient en écho et se diluaient en lui.

Une intensité qu’il n’avait jamais éprouvée auparavant. Avec aucune femme. 

 

Le galbe rond de ses fesses.

À quelques centimètres de sa bouche...

Maintenir le protocole lui devenait presque douloureux. Une envie irrépressible de caresser l’offrande.

Maud…

C’est elle qu’il avait senti approcher quand il méditait, avant même qu’il ne la voit, c’est son aura qui l’avait contactée, attirée, aimantée, électrisée.

Il avait bien dû reconnaître que l’apparition de Maud l’avait ému, troublé, réjoui même… Au-delà du prévisible.

Il n’en connaissait pas les raisons mais il en possédait désormais la confirmation physique, émotionnelle, énergétique, vibratoire.

Il émanait de cette femme quelque chose qui le pénétrait.

Il s’appliqua à poser sa voix entre les deux demies lunes hâlées et il vit les muscles se relâcher, la gêne s’évanouir, la frontière entre les deux territoires se détendre, légèrement, comme enchantée et conquise, curieuse et rassurée, un frissonnement infime, délicieux tremblement qui le réjouit. Et il en fut surpris.

Il n’avait jamais senti un tel égarement en lui, une telle difficulté à préserver l’attention nécessaire.

Un désir puissant qui irradia dans sa verge, son ventre, son périnée…

Il dût se forcer à retourner son regard, à observer en lui l’intention bénéfique qu’il souhaitait diffuser, à oublier ce tourment impromptu. Des années de travail qui l’abandonnaient subitement, follement, comme s’il n’était plus qu’un mâle séduit, qu’un flux sexuel déluré et immature.

Inconcevable. Il ne voulait pas de cette insignifiance.

Pas lui. Il ne pouvait se trahir de la sorte.

 

Il remonta le long de la colonne vertébrale, inondant chaque palier des sons prolongés.

L’aura. Il l’avait ressentie bien avant que Maud ne lui soit visible. Il avait aimé cette couleur orange dominante, pure, pétillante, primordiale. Il en connaissait la signification. Vitalité, courage, créativité, dynamisme, endurance…

Une palpitation presque imperceptible, des ondes circulaires qui enveloppaient le corps. Une auréole éthérée au-dessus du chakra couronne. Violette.

Il n’avait jamais perçu cette couleur auparavant. De toutes les personnes qu’il avait eu à soigner. Jamais, ce violet ne s’était montré ainsi.

Qui donc était-elle ?

Pourquoi son individu social ne reconnaissait-il pas encore l’être spirituel qui vivait caché ? Pourquoi cette distance néfaste en elle ? Il comprenait désormais l’indéfinissable contradiction qu’il avait devinée. Un refus spirituel sous les fardeaux du mental. Est-ce que des épreuves passées, autres que le départ de son mari, pouvaient expliquer cette inertie ?

Il s’en voulait de se laisser déborder ainsi par une curiosité inadéquate. Il n’avait pas le droit de gâcher ce moment. Pour elle.

Et pour lui aussi, cette fois. Cette impression inexplicable qu’il était pleinement concerné, que cette femme portait en elle une exploration à vivre, qu’il ne s’agissait pas uniquement d’initier une nouvelle personne à son espace intérieur, de la projeter dans cette dimension délaissée de la spiritualité sacrée, de mener au mieux la mission qu’il s’était forgée… Pas cette fois. Il y avait autre chose. 

Une incompréhension tenace, des interrogations indociles…

Haut du crâne. Des sons profonds, à quelques millimètres des cheveux. Il sentait dans ses mains des résistances, des champs vibratoires qui ne se laissaient pas traverser. Comme si l’aura de Maud avait élaboré une citadelle invisible, un territoire fermé, un espace interdit.

Il ferma les yeux et tenta d’ouvrir l’enceinte.

Il sentit rapidement en lui un point douloureux entre les deux yeux. Chakra du troisième œil. Une symbolique évidente. Il ne pourrait pas voir ce qui était caché.

Jamais, il n’avait éprouvé contre son don une telle barrière. Jamais, il ne s’était senti aussi impuissant.

Il y avait chez cette femme une énergie qui dépassait son savoir, ses connaissances, ses expériences, ses certitudes…

Respiration perturbée.

Il avait bien songé que cette rencontre fortuite portait un message. Il ne s’attendait pas à cette découverte.

Une énergie contre laquelle sa médiumnité ne pouvait rien. Et c’était un constat auquel il ne s’attendait pas.  

Il dût produire des efforts soutenus pour réactiver la respiration consciente et retrouver la vision intérieure.

Silence. Il bougea prudemment, en restant au plus près de son corps. Il ne fallait pas rompre le lien.

Une certaine appréhension lorsqu’il se plaça face à elle.

Il regarda son visage. Un léger sourire, une esquisse bienheureuse. Les yeux fermés. Totalement abandonnée, réceptive, aimante de l’instant.

 

 

Il s’accroupit et reprit sa mélopée aux pieds et aux chevilles. Impatient de remonter… Et contrarié par cette impatience.

Pas lui. Ce désir ne lui ressemblait pas, ne répondait pas à ses exigences envers lui-même. Comme si cette femme avait le pouvoir de l’extraire de lui-même.

Un mélange de colère et de joie. Une joie physique qu’il n’avait pas partagée avec un être humain depuis bien longtemps… Lison…

Une douleur si profonde qu’il avait tout fait pour qu’elle ne remonte jamais des abysses où il l’avait immergée. Dans une mémoire fossilisée, une geôle hermétique.

Et puis, là…

Maud.

Incompréhensible. Ce désir de la serrer dans ses bras.

Il se demanda pendant un battement de paupières s’il parviendrait à la fin du protocole.

Il avait cru qu’il ne serait jamais perturbé dans la perception des fréquences vibratoires et il découvrait dans le mystère de cette femme une dimension qu’il ne pouvait parcourir, un espace qu’il ne pouvait atteindre.

Pourquoi elle ?

Il n’avait rien perçu d’exceptionnel ou de paranormal. Se pourrait-il qu’elle ne soit pas consciente de ce qu’elle porte ? Se pourrait-il qu’il y ait chez cette femme une entité plus puissante que tout ce qu’il avait rencontré jusque-là ? Dix ans maintenant qu’il soignait la population locale et sa réputation s’étendait. Treize ans qu’il étudiait. Treize ans que Lison était partie…

Il ne voulait pas de ce désir et de ce trouble, il ne voulait pas de cette rupture dans sa maîtrise, il ne voulait pas se perdre. Il ne voulait plus souffrir.

Maud… Qui était-elle ?

Cuisse gauche. Il sentit une contracture. Une vieille blessure, un claquage sur le vaste latéral. Il restait une cicatrice. Rien d’invalidant. Il faudra lui dire de toujours bien s’étirer.

Jambe droite. Des échos permanents, comme dans l’ensemble de son corps. Il visualisait intérieurement des crépitements dorés et ses mains réagissaient avec une vigueur inconnue. L’impression qu’elles réclamaient un contact réel, une étreinte, une caresse qui les libèrerait de cette pression inhabituelle.

Remonter encore un peu et recentrer la mélopée.

Le triangle blond de son sexe. Il ne pouvait le contourner. Comme une aimantation. Un besoin impérieux de lui chanter les plus belles notes, de trouver l’harmonie la plus intense.

 

Elle savait qu’il était là. Juste devant. Là où elle n’aurait jamais imaginé que son visage se trouverait aujourd’hui. Ni moins encore qu’elle n’en serait nullement gênée. Les sons vibraient dans son ventre. L’impression que sa matrice utérine les absorbait, qu’ils la pénétraient dans un rayonnement calorique. Des pétillements de bulles agitées, des cascades cristallines, comme des torrents juvéniles, des brises tièdes dans ses fibres, un délicieux courant qu’elle accueillait avec bonheur. Un simple abandon. Sat le lui avait dit. « N’ayez pas peur des vagues. »

 Les yeux fermés. Un sourire sur son visage. Elle buvait le chant de Sat. Elle s’en imprégnait par tous les pores de sa peau, elle l’accueillait à cœur ouvert et elle devinait l’allégresse de ses fibres, comme un courant de joie dans ses veines, un air épuré dans ses poumons, des pensées apaisées qui contemplaient un bien-être inespéré.

 

Il avait le visage à quelques centimètres de la toison pubienne. Des chaleurs moites qui crépitaient dans ses mains, des bouffées tièdes qui l’envahissaient. Les plis rosés des lèvres, le liseré fermé comme une gorge secrète, un canyon si étroit qu’il était impossible d’en voir la profondeur…

Il ferma les yeux. Le trouble était trop fort.

Les vibrations du chakra racine. Il en ressentait les effluves comme autant de risées énergétiques, des parfums magnétiques…Cette pensée que la fréquence vibratoire de Maud était plus puissante que la sienne, que c’est lui qui était visité, parcouru, cartographié, ému, réjoui, troublé… Ces picotements délicieux dans son bas-ventre. Il ne pouvait les nier.

Chakra Sacré…remonter encore… Chakra du Plexus solaire…

L’arrondi de ses seins. Il passait de l’un à l’autre dans une lente contemplation. L’auréole et le téton comme autant d’appels au désir. Il aimait leur tenue et ce léger redressement de la pointe, comme deux êtres conscients de leur beauté, aucune fierté malsaine, juste deux regards curieux dirigés vers le monde, ses tétons comme des sentinelles observant les horizons, le grain satiné de la peau, un voile de soie tendue. Il lui était impossible de ne pas s’attarder et de rejeter cette envie de les prendre dans ses mains, de les soupeser délicatement, de les envelopper, de sentir leurs frissons sous ses caresses.

Des vibrations ininterrompues. Il sentait bien que l’ascension délivrait des flux de plus en plus puissants, soutenus, profonds, lumineux.

Jamais, il n’avait éprouvé un tel bien-être pendant ce protocole, jamais il ne s’était senti lui-même envahi par ces ondes qui l’enveloppaient et glissaient en lui. Il se sentait pénétré par des rayonnements bienveillants.

« Om…… mmmmmm…. »

Ne jamais abandonner le lien sonore. Il le savait et s’y appliquait autant que possible.

Les mains à quelques millimètres de la gorge de Maud.

Ses paumes irradiaient des soleils et il recevait en retour des galaxies étoilées.

Il ferma les yeux en arrivant devant son visage. C’est là qu’il ne parvint plus soudainement à visualiser son propre corps. Ce fut comme un éclair aveuglant. Il aurait voulu appuyer ses pieds au sol pour calmer son vertige mais il en fut incapable, comme s’il flottait en l’air sans qu’il n’y ait rien de suspendu, comme s’il ne s’agissait que d’une pensée dans l’Univers puis il eut peur que cette pensée ne disparaisse et que l’Univers s’effondre.

Il ouvrit les yeux.

Le visage de Maud. Un sourire qu’il ne lui connaissait pas encore, quelque chose d’énigmatique, comme une pièce rapportée, un sourire qui n’était pas à elle.

Il se trouva ridicule et reprit sa tâche. 

Chakra couronne.   

C’est lorsqu’il plaça ses mains à quelques millimètres du front de Maud qu’il sentit cascader dans son corps des fleuves enflammés.

Il ne put s’empêcher de regarder sa verge. Il aurait été incapable de dire sans cela s’il avait une érection ou pas tant l’embrasement dans la totalité de ses fibres le privait de la moindre perception détaillée.

Il n’était qu’une érection. Intégralement. Une érection vibratoire.

Il s’arrêta de chanter. Totalement stupéfait, interloqué, subjugué, fasciné.

Il passa dans le dos de Maud et posa ses mains sur ses épaules.

Elle frissonna.

Il descendit les doigts le long de la colonne vertébrale et il devina les torrents d’énergie qui ruisselaient.

Des frissons qui l’enflammèrent de la tête aux pieds. Jamais, elle n’avait senti cela, jamais avec cette dimension intégrale, l’impression que ses pores s’ouvraient pour laisser s’échapper un trop plein de chaleur. Et de plaisir. Comme un début d’orgasme, une première vague, une brise chaude… Elle s’étonna de ne rien percevoir de sexuel. Son sexe ne flambait pas et elle n’éprouvait aucun désir de contact. Tout était partout. Et même au-delà de son corps. Sans comprendre l’image qui l’émouvait, elle devinait autour d’elle une enveloppe lumineuse qui crépitait de bonheur. Intégralement.

Il passa sur les fesses sans suspendre le contact puis il continua jusqu’aux pieds.

 

Les vagues dans son corps. De la tête aux pieds, jusqu’au bout des ongles, dans les boucles de sa chevelure, dans son palais, sur sa langue, sous ses paupières, dans ses rétines… Elle en percevait l’écume et le parfum iodé. La voix de Sat résonnait toujours en elle comme dans une grotte marine, une houle lente qui venait baigner des parois phosphorescentes et humides, un écho prolongé qui ne veut pas s'éteindre.. Un envahissement bienheureux dans tout son bassin, comme des particules agitées par des vents solaires, des zéphyrs tièdes qui agitaient les senteurs. Elle voyait tomber dans une surface immobile des ricochets de frissons et des risées lumineuses ondulaient follement. Elle eut l’impression de s’écouler, de ruisseler comme une glace fondue, de se répandre comme une marée solaire dans une nuit de lune, son ventre n’était plus qu’un lac volcanique et elle imaginait son sexe comme une cheminée libératrice. C’est là qu’elle s’entendit gémir et le murmure la réjouit. Ne pas avoir peur des vagues. Elle glissait dans un cocon tiède qui pétillait, une eau gazeuse qui l’emplissait et l’emportait vers des altitudes étoilées.

Elle ne comprenait même pas les images qui surgissaient. L’impression que ces flashs visuels venaient prolonger des émotions inconnues, comme s’il fallait que ces paroles insensées verbalisent des ressentis archaïques, comme si elle devait les penser pour ne pas se croire folle…

Non, là, maintenant, abandonnée dans la danse des vagues, elle n’était pas folle.

Mais elle l’avait sans doute été. Pendant très longtemps. Folle de se croire sage, apaisée, folle de se croire lucide, folle de se penser consciente.

De quoi avait-elle été consciente ?

Ni de la vie de son mari, ni de sa propre vie.

Peut-on être plus fou que ça ?

 

Rupture. Elle n’aurait pas dû se soumettre à toutes ces pensées fugaces. Comme si quelqu’un venait d’appuyer sur un interrupteur et que le courant ne passait plus.

 

Sat…

Cette voix si proche. Elle avait envie d’ouvrir les yeux et de lire dans son regard. Que pourrait-elle y voir ? Du désir, de la concentration, un détachement complet ? Que pensait-il de cette expérience ? Avait-il déjà entraîné d’autres femmes ici ? Leur avait-il proposé le même voyage intérieur ?

 

Elle se fustigea intérieurement puis s’accorda aussitôt un regard bienveillant. Accepter les errances. Respirer, calmement, respirer calmement. Ne pas laisser les pensées intrusives briser le lien…

Laisser les émotions s’étendre et les images se délivrer. Juste des images sensorielles, ne rien attendre du mental, ne pas se laisser emporter dans des élucubrations invalidantes.

 

Sat…

Elle ne savait plus où il était. Silence. Aucun contact.

Elle ouvrit les yeux.

Il était devant elle. À portée de bras…

« Quand j’ai fini, je laisse toujours les gens décider du moment où ils ouvriront les yeux, » murmura-t-il.

Elle aurait voulu parler mais les sons ne remontaient pas, comme si l’expérience les avait projetés dans un gouffre immense.

Elle décida de s’asseoir. En pliant les jambes, elle crut voir des étincelles.

« Non, je ne suis pas folle, lâcha-t-elle, la voix ténue et éraillée.

-Non, vous n’êtes pas folle, Maud, je vous assure. Ce que vous découvrez en ce moment relève d’un processus très puissant et vous n’avez aucun savoir, ni même aucune connaissance pour vous repérer dans cette dimension. Mais vous possédez malgré tout, et peut-être malgré vous, un potentiel gigantesque. 

-Pardon ? Que voulez-vous dire ? »

Il la regarda intensément et elle en eut peur. Un regard différent. Comme s’il cherchait quelque chose en elle, comme s’il voyait ce qu’elle ne connaissait pas.

« Qu’y a-t-il Sat. Répondez-moi s’il vous plaît. »

L’éclat de ses yeux noirs était moins aveuglant que son silence. Le ventre serré.

« Je ne sais pas, Maud. Je ne sais pas comment vous l’expliquer.

-Mais c’est quelque chose de grave ? Une maladie ?

-Non, Maud, absolument pas, n’ayez aucune inquiétude. C’est juste très troublant pour moi.

-Mais pourquoi ? »

Il tourna la tête vers la cascade.

Elle n’aima pas ce mouvement de tête. Comme une dérobade.

 

« Il y a en vous, Maud, une énergie spirituelle très puissante. Vraiment très puissante. »

Il la regarda de nouveau et elle en fut soulagée.

« Une énergie ? Quelle énergie ? C’est vrai que je me sens bien, physiquement. Mais il ne s’agit pas de ça je suppose.

-Non, Maud, c’est votre chakra couronne qui est très… Intense. Comme une barrière protectrice, un rempart, avec une épaisseur que je n’ai jamais ressentie auparavant.

-Le chakra couronne ?

-Vous connaissez le schéma des chakras, Maud ?

-Disons que j’en ai entendu parler mais je ne m’y suis jamais vraiment intéressée. Ce sont des zones de notre corps et elles symbolisent des énergies particulières. C’est ça ?

-C’est plus complexe que ça mais c’est effectivement lié à nos énergies. Nous avons sept chakras et ils ont chacun une fonction de régulation du comportement humain et de sa santé. Il faut imaginer un rayonnement magnétique matérialisé par des couleurs différentes et des passerelles de communication entre chaque zone. Votre chakra racine, votre chakra sacré et surtout votre chakra couronne dégagent un magnétisme très puissant mais autant, les deux premiers sont accessibles et lisibles, autant votre chakra couronne est hermétique. En fait, vos six chakras, de la base vers la tête sont très actifs, ils rayonnent considérablement, au point que j’avais l’impression que mes mains recevaient davantage d’énergie qu’elles n’en émettaient mais une fois au niveau de votre chakra couronne, le septième, j’ai ressenti des résistances inconnues, comme si je ne savais pas lire ce qui était inscrit.

-Expliquez-moi, Sat, les différentes symboliques de ces chakras que je comprenne un peu. C’est un peu perturbant de réaliser que vous lisez en moi des informations dont j’ignore la portée.

-Oui, je comprends Maud. Mais je vous assure qu’il n’y a rien d’intrusif dans mon intention. Je ne cherche pas à vous voler quoi que ce soit.

-Je n’en doute pas un seul instant, Sat. Mais j’aimerais tout de même comprendre pourquoi vous avez été aussi troublé. »

 

…

Il lui avait proposé de prendre le volant. Elle avait accepté. Nullement envie de se concentrer sur la route. Tellement de phrases qui se percutaient en elle, tellement d’interrogations qui tournaient en boucle. Toutes les paroles de Sat, toutes ses explications, ses développements, cette prise de conscience qu’elle portait en elle un monde dont elle ignorait l’essentiel, cette révélation qu’elle n’était qu’un ectoplasme vide au regard de ce qu’elle découvrait, que tous ses ancrages la clouaient au sol, l’empêchaient de s’envoler.

Elle l’avait questionné durant des heures. Il avait répondu sans rien rejeter mais elle gardait pourtant en elle l’impression qu’un mystère se tenait, là, à portée de mains, que tout n’avait pas été énoncé. Dans son ventre, entre ses seins, jusqu’au bout des mains, elle sentait vibrer des flux inconnus. Plus étrangement encore autour d’elle, dans une enveloppe qu’elle ne pouvait identifier, elle devinait une présence…

Il lui semblait que Sat avait déclenché une libération, l’effondrement d’une enceinte mais qu’elle était incapable de visualiser pleinement les horizons découverts, comme si sa vue était flouée, une myopie spirituelle, un manque de discernement, un voile sur sa conscience. Et simultanément, cette incompréhension nourrissait le rétablissement des zones sombres, l’enfoncement réactivé dans la boue épaisse des questions insolubles, des inquiétudes insoumises, un envasement auquel elle s’était toujours abandonnée et qui désormais la révoltait et l’enflammait. Une peur viscérale de cette fange. Depuis le départ de Laurent, elle ne goûtait plus son existence qu’à travers cette nausée des faiblesses acquises, cette habitude douceâtre de l’abandon, de l’incompréhension, de l’errance. Et là, elle découvrait subitement que cette nausée n’était rien qu’un avant-goût, juste un faible mouvement du rideau épais qui couvrait sa conscience, un infime dérangement alors qu’elle avait imaginé un cataclysme... Elle n’avait encore pas dévoilé l’essentiel. C’était intolérable et elle aurait voulu le crier.

Ce désir impérieux, brûlant, ce besoin vital, viscéral, cette impatience qui occupait toute la place, comme un nouveau-né réclamant son lait maternel, une bouche avide cherchant le téton nourricier.

Une faim insatiable, l’impression d’être délivrée d’un jeûne spirituel qu’elle n’avait même pas décidé, dont elle ignorait même le point initial. Depuis combien de temps s’était-elle perdue ?

« Sat, j’ai besoin de vos paroles, j’ai besoin d’apprendre, ça me brûle. Vous comprenez ? C’est comme si vous aviez allumé en moi un brasier qui ne doit plus s’éteindre. »

Elle avait croisé les bras sur sa poitrine. L’illusion d’un apaisement.

« Je vous ai dit tout ce que je savais, Maud. Tout ce que j’avais entraperçu du moins.

-Et bien, ça ne me suffit pas, Sat parce que les interrogations que ça soulève me deviennent insupportables. Vous vous rendez compte que ce que j’ai vécu tout à l’heure est totalement incompréhensible, totalement déraisonnable, comme si j’avais perdu la tête, comme si j’avais été emportée dans un délire.

-Non, Maud, je vous l’ai déjà dit. Il n’y a rien de fou là-dedans. C’est uniquement une autre dimension, un autre monde, loin de la réalité quotidienne. Ce que j’appelle le Réel, avec un R majuscule.

-Ce Réel, je veux le connaître, je veux l’explorer ou alors il ne fallait pas m’en donner un aperçu. Je vous rappelle que ce que j’ai ressenti ressemblait à un orgasme. Un orgasme asexué et je n’avais jamais imaginé que ça puisse exister.

-Bien sûr que ça existe, Maud. Ce qui est particulièrement étonnant dans votre cas, c’est que vous n’avez suivi aucune formation, aucune méthode pour y parvenir. Et ça n’est pas ce que j’ai pratiqué sur vous qui peut déclencher ça. En tout cas, je ne l’avais jamais vu.

-Rien que ça, c’est insupportable, Sat. Je devrais peut-être me contenter de ce bonheur mais je sens bien que ça serait un pur gâchis. Il faut que je comprenne, que je sache si c’est quelque chose que je possède, qui est en moi et que je peux retrouver ou si c’est quelque chose qui ne reviendra jamais. Vous comprenez, Sat. C’est comme un Croyant qui apercevrait Dieu, dans une vision éphémère, spontanée, fulgurante. Comment voulez-vous que je me contente de cette joie ? Là, maintenant, c’est un bonheur qui me ronge."

Les sept chakras

Par Le 06/09/2015

Les 7 Chakras

Définition : Chakra signifie roue ou disque en sanskrit langue très ancienne et sacrée de l'inde. 

http://www.horizon-tantra.com/fr/definition-7-chakras.php

Kundalini 3

Les Chakras
Qu’est-ce qu’un chakra ? 
C’est un centre énergétique localisé dans le corps, sans que ce soit un organe ou un viscère. Cette zone d’énergie se situe autour d’un plexus nerveux, comme pourrait le faire un champ magnétique autour d’un réseau de fils électriques . Cette notion est présente dans de nombreuses traditions yogiques et spirituelles. Nous avons 7 chakras répartis dans le corps. Pour les traditions ésotériques et quelquefois spirituelles, les chakras dégagent chacun une couleur : rouge pour le premier, orange pour le second, jaune, vert, bleu, indigo et blanc. Chaque chakra a un rôle, une fonction de régulation ou de gestion du comportement humain. Des sentiments et des émotions spécifiques sont également rattachés à chacun d’eux.

Le Muladhara Chakra : 1er chakra, encore appelé chakra-racine Situé au niveau du périnée, il est protégé par le sacrum et le coccyx. C’est le chakra de base sur lequel s’appuie l’énergie.

Ce lieu est la zone instinctive, celle de nos pulsions, de nos désirs inexpliqués (qui naissent hors de la raison), de nos élans premiers : l’énergie primale, l’impulsion vitale.

Accepter de ressentir ce chakra, la zone périnéale, permet d’accepter notre sexualité instinctuelle et ensuite de la canaliser. Chez l’homme, l’instinctuel est vécu souvent comme une gêne. Il ne veut pourtant pas se priver de certaines sensations sexuelles très agréables, par exemple : l’utilisation de sa puissance, de sa force dans la sexualité. Pour la femme, l’animalité est son point faible. Apprendre à ressentir son plaisir dans sa puissance va à l’encontre de la culture patriarcale qui réserve ce style de sexualité aux femmes « de mauvaise vie » mais surtout pas à la mère de leurs enfants.

L’éveil de cette zone et l’acceptation de cette énergie permettent de commencer la route vers la transcendance, suite du yoga tantrique.

Le Swadisthana Chakra : 2ème chakra. Il est situé en dessous du nombril. C’est un centre énergétique yin plutôt récepteur. Ce chakra est le lieu de nos peurs, de la vulnérabilité et, parallèlement, de notre force. Le lieu de la vie et de la mort, de la possessivité, de l’avoir et de la sécurité. Les orientaux situent à ce niveau le hara ou le centre de force vitale.

Etre totalement dans son « Hara », c’est être dans une confiance vis-à-vis de ses capacités face à la vie.

Les femmes qui manifestent souvent des douleurs aux ovaires devraient se sentir concernées par un travail sur ce chakra. Les peurs s’enfouissent dans cette partie du corps et vont jusqu’à résonner au niveau des reins, du sacrum, de l’anus et du bas du dos. Ces parties sont sacrées. Elles sont représentées comme étant le siège de la Kundalini (nom donné à l’énergie sexuelle, en Inde).

Travailler sur ce chakra apporte le sentiment de puissance et aide à l’acceptation du séparé, de l’autre qui n’est pas moi.

Manipura chakra ou plexus solaire : 3ème chakra. Il est le siège du Moi émotionnel, de l’affirmation de Soi. Ce centre énergétique est également celui du choix. 

Nous ressentons souvent ce point noué ou simplement comme un creux à cet endroit lors d’émotions refoulées, bloquées ou mal exprimées. Quelquefois un stress intense et répété peut nouer cette zone de façon chronique. 

La bonne circulation de l’énergie à ce niveau est nécessaire afin de bien communiquer, de bien digérer, au sens propre comme au sens figuré. Le rayonnement personnel concerne ce chakra. Certains l’investissent à l’excès, cela peut frôler le narcissisme et le fonctionnement égocentrique. A l’inverse, ce chakra négligé provoque dévalorisation et dépréciation de soi.

Le 3ème chakra demande un juste équilibre entre le yin et le yang, l’introverti et l’extraverti en nous. 

Travailler le 3ème chakra, c’est oser faire un choix, bon ou moins bon, sans s’accrocher à la réponse, au résultat. Le lâcher-prise et l’abandon de la volonté ou de la maîtrise sont alors perçus. Et un tel lâcher-prise est nécessaire pour relier le 2ème au 4ème chakra.

Anâhata-chakra ou Chakra du cœur : 4ème chakra celui de l’ouverture, du don gratuit, le chakra de l’amour. On dit traditionnellement que ce chakra est celui de la femme, car pour le féminin, tout est relationnel alors que l’homme a parfois quelques difficultés à accéder librement à l’ouverture du cœur. Le travail sur le chakra du cœur touche la vulnérabilité et le besoin profond d’être aimé. L’homme craint d’être possédé quand il montre sa vulnérabilité. Bien sûr, les enjeux de la relation à la mère sont réactivés. Pourtant, quelle douceur de reconnaître ce besoin et d’accepter de le combler ! C’est libérateur.

Van Lysbeth dit : « la méditation n’exclut pas le sentiment, bien au contraire. C’est le moteur même de la méditation ». Et nous pensons en effet, qu’un des secrets de la reliance sexe-spiritualité se découvre dans l’ouverture du cœur et l’acceptation pleine et entière de nos sentiments.

Le chakra de la gorge ou Vishudda Chakra : 5ème chakra On dit habituellement que ce chakra concerne la différenciation et l’expression ; mettre des mots sur le ressenti, l’exprimer par la parole ou par le biais des différentes formes d’expression, jusqu’à la créativité et l’expression artistique.

Le chakra de la gorge fait le lien entre l’intérieur et l’extérieur. Par exemple, chanter sans se juger, procure une sensation agréable et une meilleure perception de soi. La gorge relie la tête au reste du corps. Le chant ou les exercices sur les sons ouvrent à la plénitude car il est possible de vider tout ce qui nous encombre : tristesse, colère etc. jusqu’à ressentir la paix.

Nos échanges avec l’environnement impliquent ce chakra : « sortir de soi » (expire, parler, chanter, crier...), mais aussi « rentrer en soi » (inspirer, manger, avaler). Les méditations proposent toujours de se connecter à la respiration, de sentir l’air qui entre par le nez, qui coule dans la gorge et descend plus bas. C’est une manière fabuleuse pour conscientiser le chakra de la gorge. Très naturellement, si on pratique la méditation régulièrement, la bouche, la gorge, le nez, le haut de la poitrine se réveillent et s’ouvrent au subtil. Ceux qui méditent régulièrement sont vigilants à leur nourriture.

Le bon fonctionnement de ce centre énergétique aide aussi à bien se situer au sein de la société, à dire oui ou non, à parler de soi et poser ses limites, à prendre sa place, à parler avec une voix posée.

Ajna Chakra : 6ème chakra. On l’appelle encore le 3ème œil. C’est le chakra de la clairvoyance, de la claire-audience, des perceptions justes et aussi de la contemplation, de la conception et de la représentation.

C’est un chakra très utile pour « aller de l’avant ». Cependant, il est conseillé de toujours relier ce 6ème chakra aux autres chakras. En effet, le risque, quand ce chakra est surinvesti, est de devenir trop cérébral, trop dans sa tête, dans son mental, déconnecté de son corps, de son ressenti, incapable d’accepter l’imprévisible. La spiritualité ne s’appréhende pas exclusivement dans les deux derniers chakras. Ni d’ailleurs dans aucun autre en particulier mais dans la bonne circulation de l’énergie au travers de la chaîne de tous ces centres d’énergie. C’est un état et une intention. 

Ce chakra concerne notre vision de nous-mêmes, des autres, de la vie, du monde. Il nous aide à devenir conscient de nos parts d’ombre. La lumière intérieure, quand elle est perçue nous permet d’accepter le fait que nous ne changerons jamais radicalement. Mais les yeux grands ouverts « à l’intérieur », sur Soi et sur l’Autre, on découvre les demi-teintes, les clairs-obscurs, toute une gamme de nuances de soi, de l’autre et de la vie qui nous est offerte. 

Ce qui change, c’est notre regard sur le monde et sur l’autre. Il est possible alors de faire des choix nouveaux en toute humanité.

Avec le sixième chakra, nous introduisons le sens du sacré. C’est une représentation d’un tiers commun à tous.

Sahasrara Chakra : 7ème chakra. Il est encore appelé chakra de l’éveil. C’est celui de la réalisation de soi, de la libre pensée, de la libération des croyances. A ce palier, il y a remise en question des fondements de l’éducation, des transmissions. C’est un chakra qui donne accès à notre part divine et créatrice.

Nous avons la liberté de créer nos existences lorsque nous sommes conscients des liens hérités de nos ancêtres. Alors, il devient possible de rejeter ceux qui nous gênent et de garder ceux que nous jugeons bons. Nos comportements et nos choix deviennent vraiment les nôtres. Nous ne sommes plus agis mais acteurs, créateurs. Dans cette étape, il n’est pas besoin de vraiment pratiquer, mais d’être bien avec soi-même…

Il est notre enracinement vers le haut, le cosmos, comme l’est le Muladhara Chakra vers le bas, la terre, la matière.

Nous sommes persuadés aujourd’hui que plus nous sommes enracinés sur cette terre, plus nous sommes dans la matière et plus nous avons accès au divin, à la transcendance.

La relation est vitale, vivante. C’est elle qui nous rend humain et nous donne accès au divin. Nous sommes inter-reliés, que nous en soyons conscients ou pas. Dans la relation naissent beaucoup de sentiments. Et ce peut être une méditation que d’être à l’écoute de soi en restant relié à l’autre dans la perception tantrique.

 

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Enseignement existentiel.

Par Le 05/09/2015

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Fin de journée d’école. Les parents récupèrent les enfants.

Bien souvent, la question qui survient est la suivante :

« Alors, qu’est-ce que tu as appris aujourd’hui ? »

Ou

« Alors, qu’est-ce que tu as fait aujourd’hui ? »

Je vois dans ces deux questions récurrentes la mise en évidence que l’école n’est perçue qu’à travers sa dimension cognitive, intellectuelle. Il s’agit pour les parents d’identifier ce que l’entonnoir de l’école a déversé dans la tête de leurs enfants.

Cette habitude se transmet de génération en génération.

Mes parents m’ont posé ces questions. J’en ai fait de même avec mes enfants…

Et c’est finalement non seulement très réducteur mais également trompeur car si l’école n’est qu’un entonnoir à connaissances, c’est qu’elle a oublié de s’intéresser au contenant… Si l’école ne prend en considération que le contenu qu’elle propose, c’est éminemment insuffisant.

Lorsque je cherche à transporter de l’eau, je m’intéresse en premier lieu au contenant qui peut servir à ce transport. Je ne prendrai pas une bouteille percée, ni une bouteille cabossée qui risque d’éclater, ni une bouteille trop grande, ni une bouteille trop petite…Je vais me concentrer sur la qualité du contenant avant de verser le contenu…

L’école, à mes yeux, n’a toujours pas compris qu’elle travaille à l’envers et ces deux sempiternelles questions que les enfants entendent durant leur scolarité en est le reflet.

Ne rien attendre des instances hiérarchiques. Elles ne comprennent rien à rien. Et c’est normal puisqu’elles fonctionnent toujours avec le paradigme ancien de l’école et qu’elles s’obstinent à le rafistoler, à le détricoter, à le rénover, à le rebâtir, à le renforcer, à le changer en surface, à se battre autour pour imposer les nouvelles Réformes… Depuis le temps que ça dure….

« Alors, qu’est-ce que tu as appris sur toi aujourd’hui ?

Ou

« Alors, qu’est-ce que tu as été aujourd’hui ? »

Voilà, les deux questions qui ouvriraient la dimension existentielle et c’est totalement différent.

La priorité n’est pas le contenu mais le contenant.

Comment le contenant s’est-il analysé, observé, critiqué, aimé, compris, durant le déversement des connaissances par l’entonnoir scolaire ?

Comment le contenant s’est-il comporté, qu’a-t-il été, humainement parlant ?

Le fait de renvoyer l’enfant à lui-même par le biais de l’apprentissage cognitif instaure, peu à peu dans son esprit cette priorité essentielle de l’individu et non celle des données intellectuelles.

Un enfant dans la cour de l’école s’en prend à un autre enfant et lui fait mal.

Il ne s’agit pas de le réprimander en lui disant :

« Tu as vu ce que tu as fait ?

« Pourquoi tu lui as fait ça ?

Toutes ces questions habituelles sont orientées vers l’acte alors qu’elles devraient principalement être tournées vers l’individu, l’enfant, sa conscience.

« Tu as vu ce que tu as été ?

- Pourquoi as-tu été comme ça ?

- Comment tu te vois, qu'est-ce que tu ressens maintenant ?

- Qu'est-ce qui s'est passé en toi ?"

Le nécessaire rappel de l’individu à lui-même, non pas en se focalisant sur les faits mais sur l’être.

Lorsqu’un enfant me disait :

« Ma règle s’est cassée »…. je lui répondais que je trouvais étonnant que sa règle ait décidé de se casser.

Et de là, je l’amenais à reformuler sa phrase jusqu’à ce que l’observation entière de la situation l’amène à exprimer SA responsabilité.

Dans chaque situation de classe, la priorité, c’est l’être.

« Qu’est-ce que je suis ?

Avant

« Qu’est-ce que je fais ? »

La conséquence de ce fonctionnement, c’est que l’enfant, jour après jour, année après année, va construire un regard de plus en plus affiné sur son être, non pas dans une dimension intellectuelle mais bien dans la dimension existentielle.

L’avantage de ce fonctionnement, c’est qu’il apporte à la dimension intellectuelle un énorme intérêt, plus élevé encore que la connaissance elle-même qu’elle contient : « Je m’apprends en apprenant. »

La finalité, au regard de la dimension cognitive, c’est d’amener l’enfant à éprouver de l’intérêt même pour les matières qu’il n’apprécie pas ou peu, puisque sa propre observation dans l’apprentissage le conduit à s’enseigner lui-même, à se connaître, à se corriger, à se renforcer.

 

« Pourquoi est-ce que je n’aime pas les mathématiques ?

-Pourquoi est-ce que j’ai toujours peur de me tromper ?

-Pourquoi est-ce que je préfère tricher que d’avoir faux ?

-Pourquoi est-ce que je ne suis pas plus volontaire pour apprendre ma leçon ?

-Pourquoi est-ce que cette fois, je suis resté calme pendant l'évaluation ? »

Ces questions sont innombrables et s’adaptent à chaque évènement, du plus simple au plus complexe.

 

« Alors, qu’est-ce que tu as appris sur toi aujourd’hui ? »

Lorsque des parents accueilleront leur enfant au retour d’école avec cette question, c’est que la société elle-même, sera en cours de transformation…

Le contenant avant le contenu….

« Tu as eu des notes aujourd’hui ? »

On est toujours dans « l’Avoir »

« Tu as été content de toi aujourd’hui ?

L’Être avant l’Avoir.

L’individu avant les faits.

 

 

C'est dans le cadre de la méditation que cette observation doit être amenée. Une observation silencieuse et intime.

"Qu'est-ce que je suis ?" 

Ne pas avoir peur de poser la question.

Les inviter à fermer les yeux puis à "se voir".

Puis, les inviter à s'enlacer. Sans effusion de joie. Calmement, avec tendresse, avec amour.

Puis leur demander de saisir l'émotion de paix qui est en eux, de l'imaginer comme un refuge, un abri, une source. 

Les laisser tranquille pendant un moment.

Le reste leur appartient. 

 

 

Je ne mourrai pas en ....

Par Le 04/09/2015

 

Jusqu

 

Il se présenta à la grille du parc à quatorze heures. Il sonna. Une soubrette à la plastique splendide vint lui ouvrir. Il donna son nom et celui du sex-shop. Aussitôt, la jeune fille lui ouvrit. Il gara le fourgon sous les arbres et suivit la demoiselle. Il pensa que si toutes les actrices avaient cette allure, il pourrait aligner dix heures d’érection.

Ils gravirent un escalier extérieur et en suivant le perron en granit rose, contournèrent le manoir. L’argent suintait de tous les murs. Par les fenêtres immenses, il aperçut des intérieurs rutilants.

« Baiser dans des lits à baldaquins ou des fauteuils Renaissance devrait avoir un certain charme. »

 

Des arbres centenaires encadraient la totalité du parc. Il n’en voyait même pas les limites. Quand ils franchirent l’angle de la bâtisse, le spectacle qui s’offrit à ses yeux le cloua sur place. Sous une immense verrière recouvrant une piscine rectangulaire, une dizaine de personnes forniquaient, nues, installées sur de grands matelas de toile bleue. Par deux, trois ou davantage, les corps étaient mêlés dans toutes les positions. Certains participants portaient un masque. Deux caméramans et un photographe circulaient alternant les prises rapprochées avec des plans plus larges. Quatre jeunes hommes imbriqués attiraient pour l’instant toutes leurs attentions.

« Avec ou sans masque ? interrogea la jeune fille imperturbable.

- Pardon ?

- Vous pouvez mettre un masque si vous voulez rester anonyme. Ce film est destiné à être vendu. Des personnes de votre entourage pourraient vous reconnaître.

- Ça m’étonnerait beaucoup que parmi mes connaissances, il y ait des amateurs de films pornos.

- Détrompez-vous monsieur. Vous pourriez être très étonné. Certains de nos anciens acteurs ont connu, parfois, quelques sérieuses difficultés. Dans leur travail notamment et parmi tous les gens que vous rencontrez dans votre vie professionnelle, je peux vous assurer qu’il y a beaucoup de monde à avoir une sexualité très débridée mais secrète ! 

- Oui, c’est possible… Avec masque alors », finit-il par dire sans quitter des yeux les corps agités.

 

Elle le guida vers un coffre en bois sculpté et lui proposa de choisir. Il trouva un visage de chimpanzé rieur qui l’amusa.

« La verrière est chauffée, si vous voulez participer aujourd’hui, vous vous déshabillez et vous rentrez dans le champ des caméras, c’est tout. Vous n’avez pas à vous présenter aux autres participants. Tous les gens admis ici sont immédiatement acceptés par les groupes. Vous n’avez qu’à faire part de vos préférences pour trouver vos partenaires. Personne ne vous posera aucune question sur votre vie privée. C’est la règle établie par les propriétaires. Je vous sers une boisson ?

- Un jus de fruits, s’il vous plaît. Merci. »

Le ton de la fille était resté identique du début à la fin. Poli et impersonnel. Une hôtesse de hall de gare.

Elle revint avec un verre immense. Il regardait un couple très actif et bruyant. La femme à la poitrine abondante l’attirait particulièrement. Les seins lourds dansaient à chaque coup de boutoir.

Il vida son verre rapidement et se déshabilla. Il coiffa son masque de singe et descendit dans la mêlée.

 

 

Il quitta le manoir vers vingt-deux heures. Personne n’était autorisé à dormir sur les lieux.

Il ne l’avait pas remarqué en arrivant mais, légèrement à l’écart des groupes, un homme d’une quarantaine d’années avait tenu les comptes. Il notait le temps « d’action réelle » sur le tournage.

Il fut crédité de cinq heures avec l’étiquette « bisexuel. » Le rôle avait l’avantage de laisser deux possibilités à l’acteur. C’était plus rentable. Il avait d’ailleurs appris par cet homme que les propriétaires avaient grandement apprécié ses doubles prestations et qu’il serait contacté pour le prochain tournage. Celui-ci aurait lieu lorsque toutes les cassettes auraient été vendues et les bénéfices comptabilisés.

Il avait donc reçu deux mille francs mais il en avait dépensé la moitié pour l’achat de résine de cannabis. Le joint qu’on lui avait proposé pendant une pause en contenait et il avait trouvé les effets foudroyants et particulièrement puissants. Un des acteurs lui avait expliqué que l’usage de stupéfiants était fréquent pendant les tournages. Il n’avait jamais senti une telle chaleur dans son sexe. Il avait eu l’impression de labourer sa partenaire aux gros seins avec un tisonnier ! Depuis quelques temps, les simples joints de cannabis ne lui procuraient plus le même plaisir. La découverte de la résine l’avait enthousiasmé. Il avait par contre été incapable de conduire. Il s’était installé dans un chemin à deux kilomètres du manoir.

 

Avant de s’endormir, il compta le nombre de soirées nécessaires au paiement d’un séjour au Canada. Il s’avoua néanmoins que même sans un tel projet, il y retournerait avec plaisir.

Il pensa à Anne et se dit qu’elle le traiterait certainement de putain ou de n’importe quel autre nom du même genre si elle apprenait quelque chose. Venant d’elle, il sut que ça ne le toucherait pas et que ça serait même un très bon moyen pour la décider à le quitter.

C’est elle, d’ailleurs, qui jouait la pute pour l’éducation nationale, pensa-t-il, amusé. Elle vendait son esprit et son énergie, se couchait devant les programmes et les directives ministérielles et elle jouissait, pour une fois, quand l’inspecteur lui attribuait une bonne note ! Et avec un salaire en plus ! Pute fonctionnaire, quel beau titre ! Elle acceptait cela en défendant des idées sur lesquelles elle n‘avait jamais réfléchi, des dogmes qui s’étaient infiltrés en elle à travers des années d’école, des concepts moraux et religieux qui l’avaient pénétrée insidieusement, avec de délicates caresses, de longs préliminaires et de multiples partenaires. Jusqu’à ce qu’elle finisse par s’offrir langoureusement, sans aucune résistance, avec le sentiment du devoir accompli, heureuse du rôle qu’on lui proposait, de la confiance qu’on lui accordait, laissant ruisseler en elle la semence intellectuelle et perverse de ses formateurs, persuadée de tenir sa vie entre ses mains, épanouie par des années de soumission passive et rémunérée. Et non seulement, elle se faisait prendre mais elle entraînait les enfants avec elle. C’était de la pédophilie ! Et maquée avec un ministre ! Cotisation retraite et sécurité sociale ! De toute façon, toute cette vie en société était une vie de pute. On passait son temps à se coucher. Enfant, on se couchait devant ses parents pour obtenir un câlin, un bonbon ou un jouet, puis devant ses enseignants pour une bonne note, un bon carnet scolaire et devant ses patrons pour un bon salaire et une promotion.

Il n’y a que devant la mort qu’on se couchait pour rien… Là, c’était l’arnaque totale !

Ou peut-être le seul moment où on arrêtait d’être une pute. Le premier et le dernier combat vraiment gratuit !

« Moi, au moins, je regarde la prison dans laquelle je survis. Je l’observe, je la scrute, je cherche ses faiblesses. Je prends du recul au maximum, je m’appuie contre un des murs et j’observe ce qui se passe dans les trois autres parties de la pièce. Je connais les autres prisonniers, je connais les règles, les techniques d’embrigadement et je sais que la seule porte de sortie, c’est la mort. Mais les gardiens ne contrôlent pas mon esprit. J’ai des échappatoires. La nature, le sport, le cannabis et le sexe. Les enfants représentent ma mission. Eux seuls peuvent me permettre d’atteindre la porte de sortie, fier, droit et libre. Et j’y parviendrai. Je ne mourrai pas en pute soumise. » 

Dialogues de parents.

Par Le 04/09/2015

Jusqu

 

Dès qu’ils furent sur la route, Cloarec fit part de ses craintes à son ami.

« Moi, je te dis qu’il est capable de faire une connerie avec son fusil. Il faudra faire attention quand on les retrouvera. Il est assez fou pour tirer, même avec les gosses autour. Il ne peut pas encaisser le coup que l’instit a fait, c’est comme s’il n’y avait que lui de concerné. Il en a fait une histoire d’honneur et ça, à la fin, c’est toujours des conneries. »

 Miossec roulait comme le demeuré qu’il était. Cloarec avait un mal de chien à suivre.

« J’espère qu’il n’a pas pris sa bouteille de rouge, sinon il va finir dans un arbre, s’inquiéta Le Renard. Fais gaffe, hein ? C’est pas la peine de se tuer pour ce malade, moi aussi, je veux retrouver Rémi et Fabrice mais je veux y arriver en entier et pas sur un brancard. Tu crois que l’instit, il leur a fait du mal aux gosses ?

- Sûrement pas. Tu vois Jean, je vais te dire franchement, si ma femme n’avait pas insisté pour que j’aille chercher Marine, j’aurais pas bougé, je crains rien du tout. Marine, elle est vachement heureuse d’avoir eu cet instit et tu peux pas savoir comme elle a changé pendant l’année. Et tout en bien. Elle a grandi dans sa tête, incroyable ! Elle était déjà vachement mûre pour son âge, c’est Florence qui disait ça, mais alors maintenant on dirait presque une petite femme. Tu peux pas imaginer les discussions qu’on a avec elle, parfois, j’ai du mal à suivre. Ce qui m’emmerde le plus c’est que c’est pas moi qui l’ai emmenée en vacances. Tu vois, la ferme, j’en ai plein le cul ! Quand je pense qu’on n’a même pas le temps de s’occuper de nos enfants, ils grandissent et on ne voit rien. On compte les litres de lait, les tonnes de patates, les hectares de maïs et on ne voit pas nos enfants, ça me fait chier, tu vois, vraiment ça me fait chier. L’instit, j’ai presque envie de le remercier. Bien sûr, j’aurais préféré qu’il m’en parle de son idée et j’aurais accepté tout de suite mais on n’a jamais pris le temps d’aller discuter avec lui. On a vraiment dû passer pour des tarés, on est vraiment trop cons ! Je l’ai même suspecté d’être un pédophile ! Tu vois un peu. C’est Miossec qui m’avait filé cette idée à la con alors que Marine, elle a jamais été aussi heureuse. Quand je l’ai questionnée un peu pour voir comment ça se passait dans la classe, j’ai bien vu que tout ce qu’il faisait, c’était pour leur bien. Si ça avait été un tordu, Marine, elle me l’aurait dit. Je lui ai fait comprendre ce qui me faisait peur et je peux t’assurer que ça ne lui a pas plu du tout que je puisse douter de son maître. C’est elle qui m’a dit que c’était pas parce qu’il était différent des autres qu’il était dangereux. Elle m’a même dit que c’était les autres instits qui étaient dangereux parce qu’ils n’aimaient pas les enfants comme lui il les aime ! J’étais pas fier, tu vois et j’ai arrêté de dire des conneries. Non, j’y crois pas du tout qu’il pourrait leur faire du mal. Tu te rends compte des risques qu’il prend pour emmener nos gamins en vacances ! Et nous, on n’a même pas été foutu de voir que ce mec-là, il fallait juste qu’on l’écoute un peu. Faut croire que le boulot, ça te bouche toute la tête comme un paquet de merde dans le cul. Ce gars, moi je pense que c’est quelqu’un de bien et ce qui est sûr c’est qu’il aime les enfants. Nos enfants ! Alors, je peux pas lui en vouloir. Tu comprends ? Lui, au moins, il s’en occupe. Moi, par contre, ça me fout la honte. Tu vois, après cette histoire, j’ai décidé que je m’occuperai davantage de mes filles. J’ai déjà loupé beaucoup de choses avec Marine, il faut pas que je fasse la même connerie avec Morgane. Je suis déjà bien content que Marine continue à me parler. Peut-être même qu’elle m’aime encore. Et pourtant j’ai pas fait grand-chose pour elle. T’as vu tout ce que l’instit a fait découvrir à nos gamins. C’est la honte pour nous. C’est la honte.

- Ouais, moi aussi, ça me fait ça. C’est vrai que Rémi et Fabrice, ils ont sacrément changé. Tu vois Fabrice, tu le connais un peu. Il était vachement timide, il manquait de confiance. J’avais beau me dire qu’en grandissant ça s’arrangerait et ben que dalle, il s’améliorait pas le gamin. Et là, en un an, c’est dingue comme il a changé. Il parle avec un adulte, même s’il le connaît pas, il prend des initiatives, il rigole vachement plus qu’avant, tu vois, plein de trucs comme ça. Il est beaucoup plus heureux. Et c’est vrai que c’est pas grâce à moi. Le séjour au camping à Camaret, ça l’a transformé. Et Rémi, je t’en parle pas, je le reconnais plus, d’ailleurs, j’ai l’impression que lui non plus me reconnaît plus. Tu vois ce que je veux dire, comme si je l’intéressais moins qu’avant et ça me fout vachement la trouille…T’as raison, c’est vraiment nul que ça soit pas avec nous qu’ils aient vécu tout ça. D’ailleurs, ma femme, elle me l’a dit y a pas longtemps. –Quand t’as le temps, au lieu d’aller à la chasse avec tes copains, tu ferais mieux de passer la journée avec tes deux garçons. L’instituteur, il s’en occupe mieux que toi. Je me demande même lequel de vous deux aime le plus les garçons.- Ça m’a fait mal quand elle m’a dit ça, on s’est même engueulé. Je lui ai dit que je bossais pour qu’ils manquent de rien et que je pouvais bien  passer un peu de temps avec les copains. C’était vraiment des conneries. Et puis, après avec le boulot, j’y ai plus pensé.

- Ah ouais, toujours ce boulot, ça, tu vois, c’est une excuse de merde. On se dit ça juste parce qu’on est trop con pour réfléchir un peu. Marine, un soir, elle m’a lu une phrase que l’instit leur a donnée en classe. La vache, ça m’a marqué. Attends que je la retrouve…Ah oui, ça dit à peu près ça -On rencontre beaucoup d’hommes qui parlent de liberté mais ils passent leur vie à se fabriquer des chaînes.- J’y ai même pas compris quand Marine elle m’a lu ça, c’est elle qui m’a expliqué que ça voulait dire qu’on travaillait pour avoir du pognon et s’acheter plein de trucs mais qu’en fait, au lieu d’être libre, on était prisonnier de tout ce qu’on désirait, tu vois le truc ? En fait, on croit qu’on va bien parce qu’on gagne du fric mais en vrai on voit pas nos gosses grandir parce qu’on en veut toujours plus. Enfin, c’est pas simple mais c’est quelque chose comme ça. J’ai passé des heures à réfléchir à ce truc. Parfois, j’étais sur mon tracteur et je pensais à ça. Non, mais tu vois la situation, le demeuré de paysan, le cul sur son tracteur, qui réfléchit à la vie qu’il mène parce que sa fille lui a lu une phrase, un vrai truc de fou !

- Ouais je vois bien… Enfin, je vois surtout que c’est pas facile de tout réussir. Son boulot, élever des gosses, aimer sa femme, pas foutre sa santé en l’air, s’occuper des gens qu’on aime, le boulot, les machines, les bêtes et les gosses et les impôts et puis comme ça pendant des années et ça passe à toute vitesse… T’as l’impression de tout faire comme il faut toi ?

- Sûrement pas pour mes deux filles et sans doute pas non plus pour ma femme. Tu vois l’instit, il le sait sûrement pas mais il m’aura fait comprendre ça. Enfin, c’est Marine qui l’aura fait mais je sais que c’est lui aussi. Tu vois par exemple, il a prêté des livres à Marine et elle m’a demandé d’en lire certains. Tu vois le problème ! J’ai jamais rien lu que le Ouest France et L’équipe. Je te dis pas comme ça m’a emmerdé au début puis finalement j’ai découvert que j’aimais ça. C’est dingue hein ? Saint-Exupéry par exemple, c’est vachement bien ce qu’il a écrit ce gars-là. Jack London, j’aime bien aussi. Avec les chiens au Canada dans la neige et les chercheurs d’or, ça fait comme les westerns. J’aime bien, ça fait voyager des trucs comme ça. Et puis, j’aime bien le nom du mec, ça sonne bien ! Jack London ! Ça a de la gueule hein ? Et il y en a plein d’autres des écrivains ! Mais alors moi, les noms, je les retiens pas. Alors Marine, elle me fait des fiches avec le titre du livre et le nom de l’écrivain, elle dit qu’il faut que je m’en souvienne, c’est un boulot dis donc ! Mais bon, j’essaie quand même, c’est tellement bien ce qu’ils ont écrit tous ces gars !

- Oh la vache ! je connais rien de tout ça moi. J’ai bien vu que Rémi et Fabrice, ils lisaient vachement mais ça m’a pas intéressé. Je sais même pas ce qu’ils lisent.

- Et tu sais que c’est l’instit qui a prêté ses propres livres aux enfants. Tu te rends compte ? Il leur fait vachement confiance. D’ailleurs Marine, ça l’a embêtée quand elle a vu le temps que je mettais à lire. Elle a voulu ramener le bouquin pour les autres gamins de la classe mais moi, je voulais connaître la fin. C’était Terre des hommes, de Saint-Exupéry. Celui-là je l’adore ! Le mec avec son copain, il avait posé son avion dans le désert, ils étaient en panne, ils étaient en train de crever de soif. Et c’est une histoire vraie ! Moi, je voulais savoir la fin alors je suis allé dans une librairie à Loudéac et j’ai acheté le bouquin. Tu me vois dans une librairie ! Je te dis pas tous les bouquins qu’il y avait sur les étagères, c’est dingue, j’y ai pas cru et en plus, c’est pas deux fois le même ! Que des bouquins différents. Incroyable je te dis ! Il a fallu que je demande à la patronne sinon je serais mort de vieillesse avant de trouver celui que je voulais! Et le soir quand Marine, elle m’a vu avec le bouquin dans la banquette, elle m’a fait une de ces bises sur la joue ! Un truc, tu vois, c’était plein d’amour, tu peux pas savoir le bien que ça m’a fait. C’est elle qui m’a lu le passage quand ils ont trouvé une orange dans la cabine de l’avion, c’est tout ce qui leur restait. Je peux te dire que maintenant une orange, je la vois plus de la même façon, c’est incroyable, ces écrivains comme ils savent bien raconter, t’as l’impression que c’est eux qui t’ouvrent les yeux. Comme si avant, t’avais que de la merde dedans, comme si t’avais jamais vu la vie. Tu vois, tu crois que tu sais ce que tu fais, que tu sais où tu vas mais en fait, tu sais rien, que dalle. Y a que ces mecs-là qui peuvent te montrer ce qui est vraiment important. Y a des soirs, tu vois, tu gardes ça pour toi hein, et ben j’en aurais pleuré. Ouais, je te jure. Y a un marin aussi, Montessier ou Moitessier, je sais plus bien, Marine, elle a ramené le bouquin, quand il a fait son tour du monde sur son bateau, il était tout seul, il a découvert des trucs en lui, c’était fou. Avec l’océan, c’était une sacrée histoire d’amour. Nous aussi, on pourrait vivre ça avec la terre mais on la regarde pas comme il faut. Ouais, je sais ce que tu penses, me regarde pas comme ça, tu te dis que j’ai un peu reçu, et que je déconne mais moi aujourd’hui, je dis que c’était avant que je déconnais. Maintenant, je commence à y voir un peu plus clair. C’est con que ça m’ait pris autant de temps. Il faudra que j’arrive à le dire à l’instit, ça m’emmerderait qu’il parte comme ça, sans qu’on ait le temps de parler. On s’est rencontré une fois dans la librairie à Loudéac et je suis resté comme un vrai con. J’ai rien trouvé à dire…J’espère que j’y arriverai maintenant. Je suis pas habitué à parler comme ça moi. Les sentiments et tous ces trucs là, ça me dépasse un peu. Enfin, avec les bouquins j’ai fait des progrès… Et la musique, ah bon dieu la musique ! J’y connaissais rien non plus et l’instit leur a prêté des cassettes. Y a une musique de film, « le mépris » ça s’appelle, j’écoute ça sans arrêt à la maison. Attends, je te jure, tu peux pas écouter ça sans que ça te prenne aux tripes, t’as l’impression que les violons ils sont entrain de t’ouvrir le bide ! Et j’aime bien la tête du mec qu’a fait ça, tu vois que c’est la tête d’un mec bien. Y a la rue dans son nom. Tiens, cherche la cassette, elle est là. Regarde comment il s’appelle… Georges Delerue, ah ouais, c’est ça ! Alors lui, c’est un champion ! Et Marine, elle nous a fait écouter d’autres trucs, des musiques incroyables. Ma femme, presque à chaque fois, elle pleure comme une chasse d’eau qui fuit et puis tu vois l’instit, il leur passe de tout, c’est ça qu’est bien. Du Mozart, du jazz, de la chanson française, Alan Stivell. Tu vois même celui-là, il est Breton et ben pourtant je connaissais rien. La symphonie celtique, si tu connais pas ça, tu sais pas ce que tu perds. Tu vois ça nous change de Rika Zaraï et des nullités qu’on entend à la télé. La télé, j’en ai plus rien à foutre maintenant, c’est vraiment de la merde en boîte. Ils nous prennent pour des cons parce qu’on est des cons ! C’est de notre faute tout ça. On a qu’à les envoyer chier ! C’est tout ce qu’ils méritent. Maintenant, le soir on parle des bouquins. En ce moment, Marine, elle lit un bouquin de Tolkien. Ouais, je te jure c’est son nom au mec ! C’est tellement bizarre comme nom que je m’en souviens, ça a l’air vachement bien. J’ai hâte qu’elle me le passe. Parfois, dans la journée, j’ai envie de m’arrêter de bosser pour aller lire !

- Non, je te crois pas !

- Si je te jure. Moi aussi, au début, ça m’a fait drôle, j’ai même cru que j’étais malade ! Mais c’est plutôt parce qu’on s’arrête jamais qu’on est des malades ! Alors quand je vois l’autre fou devant, avec son fusil dans le coffre, je me dis qu’on a intérêt à faire gaffe. L’instit, même s’il a fait une connerie en partant comme ça, il mérite pas qu’on l’emmerde. Pour une fois qu’on tombe sur un mec bien. Tu te rends compte tout ce qu’il a fait changer en un an...J’étais en train de perdre ma grande fille et j’aurais sans doute fait pareil avec Morgane et puis voilà qu’on se parle maintenant. Et pas du boulot en classe ou du métier qu’elle veut faire plus tard. Tout ça, c’est que dalle, ça n’a aucune importance, c’est pas ça qui compte. Non, on se parle de la vie, tu vois, je sais même pas comment te l’expliquer tellement ça me dépasse encore. C’est que quand je suis avec Marine que ça vient. C’est comme si tous les mots, ils étaient coincés quelque part et puis d’un coup ça ressort. Et même avec ma Florence ça va beaucoup mieux. Tu vois, on parlait de la ferme, des impôts, du prix du lait. Vraiment on était con ! Tu sais ce qu’elle m’a dit la semaine dernière ? -Alain je t’aime- Tu te rends compte, ça faisait des années que c’était pas arrivé, je sais pas comment c’est pour toi mais chez moi c’était pas terrible. Pourtant, on s’entend bien mais c’est comme si on passait à côté de quelque chose et qu’on savait pas quoi et ben, maintenant, je sais ce que c’est. C’est l’amour. Et te fous pas de ma gueule, je sais que ça a l’air con mais je te jure que c’est ce qu’il y a de plus beau.

- Je me fous pas de ta gueule Alain. Je me dis même que t’as de la chance, ça me touche vachement que tu me parles comme ça, c’est vrai je te jure, ça me fait vachement plaisir et je me dis que t’as de la chance…J’ai vraiment hâte de retrouver mes deux garçons et de les serrer dans mes bras et qu’on rentre à la maison. Je comprends mieux tout ce que je sentais depuis quelques temps. Toi, t’as déjà compris beaucoup plus de choses que moi et ça va m’aider tout ce que tu viens de me dire…Merci Alain. Merci de m’avoir expliqué tout ça, moi j’aurais jamais osé et je sais que c’est une connerie, c’est toi qui as raison…Dis, tu me prêteras des bouquins ?

- Ouais, bien sûr, tu viendras à la maison, je te montrerai tout ce que j’ai acheté. La librairie de Loudéac, maintenant je m’y retrouve sans problème et je connais bien la patronne, c’est elle qui me conseille aussi. On s’entend bien, elle est sympa. Et tout ce qu’elle connaît ! La vache c’est impressionnant ! Et puis, je vois qu’elle aime bien Marine, ça me fait plaisir. Quand je vois ma fille, comme ça, dans les bouquins je me dis que l’instit, il lui a vraiment montré un trésor incroyable, tu vois ce que je veux dire, un trésor qu’arrête pas de s’agrandir ! C’est pas un coffre qui est fermé avec des vieilles choses pourries dedans. Non, là, le coffre, il est ouvert et ça n’arrête pas de tomber dedans, des belles choses et toutes celles qui sont là depuis des années et des années, elles vieillissent pas. C’est fou hein ? Putain, tu te rends compte comme je parle bien maintenant, ça, c’est une vraie image d’écrivain que je viens de dire. Faudra que je la répète à Marine, ça va lui plaire. Tu sais, tu vas pas me croire mais samedi dernier on y est resté trois heures dans la librairie et on est parti parce que ça fermait sinon on n’aurait pas bougé ! Et Morgane aussi, elle veut ses bouquins ! On était tous les trois sur le trottoir avec chacun notre sac et nos bouquins dedans. C’était vachement beau et puis Marine, elle a pris mon sac pour me donner la main. Je vais te dire, j’étais vachement fier comme ça sur le trottoir avec ma jolie grande fille qui me donnait la main et Morgane qui trottinait comme un poulain devant nous avec ses petites gambettes. J’ai rigolé comme ça pour rien. Enfin non, c’était pas pour rien, c’était du bonheur…Oh ! tu dis plus rien ?

- Non je t’écoute. C’est vachement beau ce que tu racontes, je te voyais pas comme ça et je me dis que je suis vraiment con. J’ai rien vu moi. Rémi, bon sang c’est un petit gars formidable et j’ai l’impression que je l’ai pas vu depuis des années. Parfois, je me dis comme ça, fais gaffe à lui, écoute- le, prends ton temps. Tu vois, je m’inquiète toujours pour Fabrice parce qu’il est vachement renfermé, enfin plus maintenant, et du coup je voyais pas Rémi. Je me disais toujours qu’il grandissait sans problème, qu’il avait moins besoin d’un coup de main que son petit frère. C’est con hein ? Comme si un gamin pouvait se passer de l’amour de son père ! »

Il tourna la tête vers la vitre, une boule dans la gorge, les yeux piquants.

« T’inquiète pas, c’est jamais trop tard. Regarde ce voyage comme il nous fait du bien, ça sera plus jamais pareil après. C’est ça qui est important. Ne pas laisser passer les bonnes occasions quand elles se présentent. Même si on en a loupé un bon paquet depuis des années, ce qui compte maintenant, c’est qu’on a les yeux ouverts. 

- Bon dieu, j’ai vraiment envie de les serrer dans mes bras mes garçons et je vais leur dire que je les aime. Oh oui ! je vais leur dire ça et je sais que j’aurai pas l’air d’un con.

- Oh non ! ça c’est sûr t’auras pas l’air d’un con, celui qui est con, c’est Miossec, le pauvre David, il me fait peine ce gamin, il a l’air tellement triste. Olivier, il a l’air de s’en sortir un peu mieux mais le petit il  souffre vachement, ça c’est sûr et ce grand con de Miossec, il voit rien et il ne verra jamais rien…Tiens, allez, on va s’écouter la musique de Delerue. Tu sais, ce mec là, ça se voit sur sa figure qu’il en sait plus que nous. J’explique pas pourquoi, c’est comme ça. Et quand t‘entends sa musique, tu sais que c’est vrai. Quand tu inventes des musiques comme ça, c’est que dedans, tu as senti des choses que les autres, ils ont pas encore trouvées, c’est comme si c’était l’amour mis en musique. Tu vois, quand j’entends ça, c’est comme si je revoyais Marine ou Morgane, tout bébé, dans leurs petits lits, toutes fragiles, j’ai envie de les prendre dans mes bras, de sentir leurs petits corps, de les embrasser, de leur dire des gentils mots, tout plein d’amour, de les protéger, de sentir le parfum de leur peau. Maintenant, je vais les réveiller le matin, je peux plus m’en passer, je leur fais des petits câlins tout doucement, je leur parle gentiment, tu vois, je faisais jamais fait ça avant. Je rentrais, j’ouvrais les volets, je gueulais, allez debout là-dedans ! et je me barrais au boulot à toute vitesse comme si ma vie en dépendait. Mais le plus important de toute ma vie, il était là, devant moi, dans les petits lits bien chauds, et j’y voyais rien, je sentais rien. Je crois que mes deux filles, je les regardais jamais dans les yeux, je les regardais, c’est tout mais je ne les voyais pas vraiment. C’est dur à expliquer tout ça. Les mots, ça peut pas tout dire. Les émotions, c’est bien plus fort. Y a que les écrivains qui savent en parler. Moi je suis qu’un paysan, alors tu vois, c’est pas facile.

- Et ben moi, je peux te dire que t’en parles vachement bien, ça me serre les tripes tout ce que tu dis. Je suis vachement content d’être venu avec toi. Ouais, bon dieu de bon dieu, moi aussi cet instit faut que je le remercie. C’est une sacrée baffe qu’il nous a mise et il était temps qu’on se la prenne. Bon allez mets-nous cette musique. »

 

 

Miossec ne disait rien. Quintin avait bien essayé de lancer quelques discussions mais il s’était fait rabrouer sèchement. Miossec voulait seulement qu’il lui indique les directions, qu’il lise les panneaux, qu’il étudie la carte routière. Quintin se taisait. Et puis, il ne voyait vraiment plus de quoi parler. Il avait épuisé tous les sujets, sans succès. La météo, les plantations, le prix des engrais, les dindes malades, les impôts, les subventions, son tracteur en panne, les assurances pour l’incendie chez Miossec, sa Peugeot volée…

A chaque fois, Miossec l’avait envoyé promener.

Il se disait que le voyage allait être long.

Alors, il avait essayé de compter combien il allait gagner avec les patates cette année. Au prix où était la tonne, ça paierait peut-être une nouvelle bagnole. La Mercedes, ça c’était une belle bagnole. Il se verrait bien rouler là-dedans, ça en jetterait dans le pays. Ou la CX Citroën, ça aussi ça avait de la gueule et c’était encore plus long que la Mercedes. Mais Miossec, il apprécierait peut-être pas. C’était risqué, ça le fâcherait. Non, il fallait une voiture plus courte…Il trouverait bien, c’était pas ça qui manquait les bagnoles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dès qu’ils furent sur la route, Cloarec fit part de ses craintes à son ami.

« Moi, je te dis qu’il est capable de faire une connerie avec son fusil. Il faudra faire attention quand on les retrouvera. Il est assez fou pour tirer, même avec les gosses autour. Il ne peut pas encaisser le coup que l’instit a fait, c’est comme s’il n’y avait que lui de concerné. Il en a fait une histoire d’honneur et ça, à la fin, c’est toujours des conneries. »

 Miossec roulait comme le demeuré qu’il était. Cloarec avait un mal de chien à suivre.

« J’espère qu’il n’a pas pris sa bouteille de rouge, sinon il va finir dans un arbre, s’inquiéta Le Renard. Fais gaffe, hein ? C’est pas la peine de se tuer pour ce malade, moi aussi, je veux retrouver Rémi et Fabrice mais je veux y arriver en entier et pas sur un brancard. Tu crois que l’instit, il leur a fait du mal aux gosses ?

- Sûrement pas. Tu vois Jean, je vais te dire franchement, si ma femme n’avait pas insisté pour que j’aille chercher Marine, j’aurais pas bougé, je crains rien du tout. Marine, elle est vachement heureuse d’avoir eu cet instit et tu peux pas savoir comme elle a changé pendant l’année. Et tout en bien. Elle a grandi dans sa tête, incroyable ! Elle était déjà vachement mûre pour son âge, c’est Florence qui disait ça, mais alors maintenant on dirait presque une petite femme. Tu peux pas imaginer les discussions qu’on a avec elle, parfois, j’ai du mal à suivre. Ce qui m’emmerde le plus c’est que c’est pas moi qui l’ai emmenée en vacances. Tu vois, la ferme, j’en ai plein le cul ! Quand je pense qu’on n’a même pas le temps de s’occuper de nos enfants, ils grandissent et on ne voit rien. On compte les litres de lait, les tonnes de patates, les hectares de maïs et on ne voit pas nos enfants, ça me fait chier, tu vois, vraiment ça me fait chier. L’instit, j’ai presque envie de le remercier. Bien sûr, j’aurais préféré qu’il m’en parle de son idée et j’aurais accepté tout de suite mais on n’a jamais pris le temps d’aller discuter avec lui. On a vraiment dû passer pour des tarés, on est vraiment trop cons ! Je l’ai même suspecté d’être un pédophile ! Tu vois un peu. C’est Miossec qui m’avait filé cette idée à la con alors que Marine, elle a jamais été aussi heureuse. Quand je l’ai questionnée un peu pour voir comment ça se passait dans la classe, j’ai bien vu que tout ce qu’il faisait, c’était pour leur bien. Si ça avait été un tordu, Marine, elle me l’aurait dit. Je lui ai fait comprendre ce qui me faisait peur et je peux t’assurer que ça ne lui a pas plu du tout que je puisse douter de son maître. C’est elle qui m’a dit que c’était pas parce qu’il était différent des autres qu’il était dangereux. Elle m’a même dit que c’était les autres instits qui étaient dangereux parce qu’ils n’aimaient pas les enfants comme lui il les aime ! J’étais pas fier, tu vois et j’ai arrêté de dire des conneries. Non, j’y crois pas du tout qu’il pourrait leur faire du mal. Tu te rends compte des risques qu’il prend pour emmener nos gamins en vacances ! Et nous, on n’a même pas été foutu de voir que ce mec-là, il fallait juste qu’on l’écoute un peu. Faut croire que le boulot, ça te bouche toute la tête comme un paquet de merde dans le cul. Ce gars, moi je pense que c’est quelqu’un de bien et ce qui est sûr c’est qu’il aime les enfants. Nos enfants ! Alors, je peux pas lui en vouloir. Tu comprends ? Lui, au moins, il s’en occupe. Moi, par contre, ça me fout la honte. Tu vois, après cette histoire, j’ai décidé que je m’occuperai davantage de mes filles. J’ai déjà loupé beaucoup de choses avec Marine, il faut pas que je fasse la même connerie avec Morgane. Je suis déjà bien content que Marine continue à me parler. Peut-être même qu’elle m’aime encore. Et pourtant j’ai pas fait grand-chose pour elle. T’as vu tout ce que l’instit a fait découvrir à nos gamins. C’est la honte pour nous. C’est la honte.

- Ouais, moi aussi, ça me fait ça. C’est vrai que Rémi et Fabrice, ils ont sacrément changé. Tu vois Fabrice, tu le connais un peu. Il était vachement timide, il manquait de confiance. J’avais beau me dire qu’en grandissant ça s’arrangerait et ben que dalle, il s’améliorait pas le gamin. Et là, en un an, c’est dingue comme il a changé. Il parle avec un adulte, même s’il le connaît pas, il prend des initiatives, il rigole vachement plus qu’avant, tu vois, plein de trucs comme ça. Il est beaucoup plus heureux. Et c’est vrai que c’est pas grâce à moi. Le séjour au camping à Camaret, ça l’a transformé. Et Rémi, je t’en parle pas, je le reconnais plus, d’ailleurs, j’ai l’impression que lui non plus me reconnaît plus. Tu vois ce que je veux dire, comme si je l’intéressais moins qu’avant et ça me fout vachement la trouille…T’as raison, c’est vraiment nul que ça soit pas avec nous qu’ils aient vécu tout ça. D’ailleurs, ma femme, elle me l’a dit y a pas longtemps. –Quand t’as le temps, au lieu d’aller à la chasse avec tes copains, tu ferais mieux de passer la journée avec tes deux garçons. L’instituteur, il s’en occupe mieux que toi. Je me demande même lequel de vous deux aime le plus les garçons.- Ça m’a fait mal quand elle m’a dit ça, on s’est même engueulé. Je lui ai dit que je bossais pour qu’ils manquent de rien et que je pouvais bien  passer un peu de temps avec les copains. C’était vraiment des conneries. Et puis, après avec le boulot, j’y ai plus pensé.

- Ah ouais, toujours ce boulot, ça, tu vois, c’est une excuse de merde. On se dit ça juste parce qu’on est trop con pour réfléchir un peu. Marine, un soir, elle m’a lu une phrase que l’instit leur a donnée en classe. La vache, ça m’a marqué. Attends que je la retrouve…Ah oui, ça dit à peu près ça -On rencontre beaucoup d’hommes qui parlent de liberté mais ils passent leur vie à se fabriquer des chaînes.- J’y ai même pas compris quand Marine elle m’a lu ça, c’est elle qui m’a expliqué que ça voulait dire qu’on travaillait pour avoir du pognon et s’acheter plein de trucs mais qu’en fait, au lieu d’être libre, on était prisonnier de tout ce qu’on désirait, tu vois le truc ? En fait, on croit qu’on va bien parce qu’on gagne du fric mais en vrai on voit pas nos gosses grandir parce qu’on en veut toujours plus. Enfin, c’est pas simple mais c’est quelque chose comme ça. J’ai passé des heures à réfléchir à ce truc. Parfois, j’étais sur mon tracteur et je pensais à ça. Non, mais tu vois la situation, le demeuré de paysan, le cul sur son tracteur, qui réfléchit à la vie qu’il mène parce que sa fille lui a lu une phrase, un vrai truc de fou !

- Ouais je vois bien… Enfin, je vois surtout que c’est pas facile de tout réussir. Son boulot, élever des gosses, aimer sa femme, pas foutre sa santé en l’air, s’occuper des gens qu’on aime, le boulot, les machines, les bêtes et les gosses et les impôts et puis comme ça pendant des années et ça passe à toute vitesse… T’as l’impression de tout faire comme il faut toi ?

- Sûrement pas pour mes deux filles et sans doute pas non plus pour ma femme. Tu vois l’instit, il le sait sûrement pas mais il m’aura fait comprendre ça. Enfin, c’est Marine qui l’aura fait mais je sais que c’est lui aussi. Tu vois par exemple, il a prêté des livres à Marine et elle m’a demandé d’en lire certains. Tu vois le problème ! J’ai jamais rien lu que le Ouest France et L’équipe. Je te dis pas comme ça m’a emmerdé au début puis finalement j’ai découvert que j’aimais ça. C’est dingue hein ? Saint-Exupéry par exemple, c’est vachement bien ce qu’il a écrit ce gars-là. Jack London, j’aime bien aussi. Avec les chiens au Canada dans la neige et les chercheurs d’or, ça fait comme les westerns. J’aime bien, ça fait voyager des trucs comme ça. Et puis, j’aime bien le nom du mec, ça sonne bien ! Jack London ! Ça a de la gueule hein ? Et il y en a plein d’autres des écrivains ! Mais alors moi, les noms, je les retiens pas. Alors Marine, elle me fait des fiches avec le titre du livre et le nom de l’écrivain, elle dit qu’il faut que je m’en souvienne, c’est un boulot dis donc ! Mais bon, j’essaie quand même, c’est tellement bien ce qu’ils ont écrit tous ces gars !

- Oh la vache ! je connais rien de tout ça moi. J’ai bien vu que Rémi et Fabrice, ils lisaient vachement mais ça m’a pas intéressé. Je sais même pas ce qu’ils lisent.

- Et tu sais que c’est l’instit qui a prêté ses propres livres aux enfants. Tu te rends compte ? Il leur fait vachement confiance. D’ailleurs Marine, ça l’a embêtée quand elle a vu le temps que je mettais à lire. Elle a voulu ramener le bouquin pour les autres gamins de la classe mais moi, je voulais connaître la fin. C’était Terre des hommes, de Saint-Exupéry. Celui-là je l’adore ! Le mec avec son copain, il avait posé son avion dans le désert, ils étaient en panne, ils étaient en train de crever de soif. Et c’est une histoire vraie ! Moi, je voulais savoir la fin alors je suis allé dans une librairie à Loudéac et j’ai acheté le bouquin. Tu me vois dans une librairie ! Je te dis pas tous les bouquins qu’il y avait sur les étagères, c’est dingue, j’y ai pas cru et en plus, c’est pas deux fois le même ! Que des bouquins différents. Incroyable je te dis ! Il a fallu que je demande à la patronne sinon je serais mort de vieillesse avant de trouver celui que je voulais! Et le soir quand Marine, elle m’a vu avec le bouquin dans la banquette, elle m’a fait une de ces bises sur la joue ! Un truc, tu vois, c’était plein d’amour, tu peux pas savoir le bien que ça m’a fait. C’est elle qui m’a lu le passage quand ils ont trouvé une orange dans la cabine de l’avion, c’est tout ce qui leur restait. Je peux te dire que maintenant une orange, je la vois plus de la même façon, c’est incroyable, ces écrivains comme ils savent bien raconter, t’as l’impression que c’est eux qui t’ouvrent les yeux. Comme si avant, t’avais que de la merde dedans, comme si t’avais jamais vu la vie. Tu vois, tu crois que tu sais ce que tu fais, que tu sais où tu vas mais en fait, tu sais rien, que dalle. Y a que ces mecs-là qui peuvent te montrer ce qui est vraiment important. Y a des soirs, tu vois, tu gardes ça pour toi hein, et ben j’en aurais pleuré. Ouais, je te jure. Y a un marin aussi, Montessier ou Moitessier, je sais plus bien, Marine, elle a ramené le bouquin, quand il a fait son tour du monde sur son bateau, il était tout seul, il a découvert des trucs en lui, c’était fou. Avec l’océan, c’était une sacrée histoire d’amour. Nous aussi, on pourrait vivre ça avec la terre mais on la regarde pas comme il faut. Ouais, je sais ce que tu penses, me regarde pas comme ça, tu te dis que j’ai un peu reçu, et que je déconne mais moi aujourd’hui, je dis que c’était avant que je déconnais. Maintenant, je commence à y voir un peu plus clair. C’est con que ça m’ait pris autant de temps. Il faudra que j’arrive à le dire à l’instit, ça m’emmerderait qu’il parte comme ça, sans qu’on ait le temps de parler. On s’est rencontré une fois dans la librairie à Loudéac et je suis resté comme un vrai con. J’ai rien trouvé à dire…J’espère que j’y arriverai maintenant. Je suis pas habitué à parler comme ça moi. Les sentiments et tous ces trucs là, ça me dépasse un peu. Enfin, avec les bouquins j’ai fait des progrès… Et la musique, ah bon dieu la musique ! J’y connaissais rien non plus et l’instit leur a prêté des cassettes. Y a une musique de film, « le mépris » ça s’appelle, j’écoute ça sans arrêt à la maison. Attends, je te jure, tu peux pas écouter ça sans que ça te prenne aux tripes, t’as l’impression que les violons ils sont entrain de t’ouvrir le bide ! Et j’aime bien la tête du mec qu’a fait ça, tu vois que c’est la tête d’un mec bien. Y a la rue dans son nom. Tiens, cherche la cassette, elle est là. Regarde comment il s’appelle… Georges Delerue, ah ouais, c’est ça ! Alors lui, c’est un champion ! Et Marine, elle nous a fait écouter d’autres trucs, des musiques incroyables. Ma femme, presque à chaque fois, elle pleure comme une chasse d’eau qui fuit et puis tu vois l’instit, il leur passe de tout, c’est ça qu’est bien. Du Mozart, du jazz, de la chanson française, Alan Stivell. Tu vois même celui-là, il est Breton et ben pourtant je connaissais rien. La symphonie celtique, si tu connais pas ça, tu sais pas ce que tu perds. Tu vois ça nous change de Rika Zaraï et des nullités qu’on entend à la télé. La télé, j’en ai plus rien à foutre maintenant, c’est vraiment de la merde en boîte. Ils nous prennent pour des cons parce qu’on est des cons ! C’est de notre faute tout ça. On a qu’à les envoyer chier ! C’est tout ce qu’ils méritent. Maintenant, le soir on parle des bouquins. En ce moment, Marine, elle lit un bouquin de Tolkien. Ouais, je te jure c’est son nom au mec ! C’est tellement bizarre comme nom que je m’en souviens, ça a l’air vachement bien. J’ai hâte qu’elle me le passe. Parfois, dans la journée, j’ai envie de m’arrêter de bosser pour aller lire !

- Non, je te crois pas !

- Si je te jure. Moi aussi, au début, ça m’a fait drôle, j’ai même cru que j’étais malade ! Mais c’est plutôt parce qu’on s’arrête jamais qu’on est des malades ! Alors quand je vois l’autre fou devant, avec son fusil dans le coffre, je me dis qu’on a intérêt à faire gaffe. L’instit, même s’il a fait une connerie en partant comme ça, il mérite pas qu’on l’emmerde. Pour une fois qu’on tombe sur un mec bien. Tu te rends compte tout ce qu’il a fait changer en un an...J’étais en train de perdre ma grande fille et j’aurais sans doute fait pareil avec Morgane et puis voilà qu’on se parle maintenant. Et pas du boulot en classe ou du métier qu’elle veut faire plus tard. Tout ça, c’est que dalle, ça n’a aucune importance, c’est pas ça qui compte. Non, on se parle de la vie, tu vois, je sais même pas comment te l’expliquer tellement ça me dépasse encore. C’est que quand je suis avec Marine que ça vient. C’est comme si tous les mots, ils étaient coincés quelque part et puis d’un coup ça ressort. Et même avec ma Florence ça va beaucoup mieux. Tu vois, on parlait de la ferme, des impôts, du prix du lait. Vraiment on était con ! Tu sais ce qu’elle m’a dit la semaine dernière ? -Alain je t’aime- Tu te rends compte, ça faisait des années que c’était pas arrivé, je sais pas comment c’est pour toi mais chez moi c’était pas terrible. Pourtant, on s’entend bien mais c’est comme si on passait à côté de quelque chose et qu’on savait pas quoi et ben, maintenant, je sais ce que c’est. C’est l’amour. Et te fous pas de ma gueule, je sais que ça a l’air con mais je te jure que c’est ce qu’il y a de plus beau.

- Je me fous pas de ta gueule Alain. Je me dis même que t’as de la chance, ça me touche vachement que tu me parles comme ça, c’est vrai je te jure, ça me fait vachement plaisir et je me dis que t’as de la chance…J’ai vraiment hâte de retrouver mes deux garçons et de les serrer dans mes bras et qu’on rentre à la maison. Je comprends mieux tout ce que je sentais depuis quelques temps. Toi, t’as déjà compris beaucoup plus de choses que moi et ça va m’aider tout ce que tu viens de me dire…Merci Alain. Merci de m’avoir expliqué tout ça, moi j’aurais jamais osé et je sais que c’est une connerie, c’est toi qui as raison…Dis, tu me prêteras des bouquins ?

- Ouais, bien sûr, tu viendras à la maison, je te montrerai tout ce que j’ai acheté. La librairie de Loudéac, maintenant je m’y retrouve sans problème et je connais bien la patronne, c’est elle qui me conseille aussi. On s’entend bien, elle est sympa. Et tout ce qu’elle connaît ! La vache c’est impressionnant ! Et puis, je vois qu’elle aime bien Marine, ça me fait plaisir. Quand je vois ma fille, comme ça, dans les bouquins je me dis que l’instit, il lui a vraiment montré un trésor incroyable, tu vois ce que je veux dire, un trésor qu’arrête pas de s’agrandir ! C’est pas un coffre qui est fermé avec des vieilles choses pourries dedans. Non, là, le coffre, il est ouvert et ça n’arrête pas de tomber dedans, des belles choses et toutes celles qui sont là depuis des années et des années, elles vieillissent pas. C’est fou hein ? Putain, tu te rends compte comme je parle bien maintenant, ça, c’est une vraie image d’écrivain que je viens de dire. Faudra que je la répète à Marine, ça va lui plaire. Tu sais, tu vas pas me croire mais samedi dernier on y est resté trois heures dans la librairie et on est parti parce que ça fermait sinon on n’aurait pas bougé ! Et Morgane aussi, elle veut ses bouquins ! On était tous les trois sur le trottoir avec chacun notre sac et nos bouquins dedans. C’était vachement beau et puis Marine, elle a pris mon sac pour me donner la main. Je vais te dire, j’étais vachement fier comme ça sur le trottoir avec ma jolie grande fille qui me donnait la main et Morgane qui trottinait comme un poulain devant nous avec ses petites gambettes. J’ai rigolé comme ça pour rien. Enfin non, c’était pas pour rien, c’était du bonheur…Oh ! tu dis plus rien ?

- Non je t’écoute. C’est vachement beau ce que tu racontes, je te voyais pas comme ça et je me dis que je suis vraiment con. J’ai rien vu moi. Rémi, bon sang c’est un petit gars formidable et j’ai l’impression que je l’ai pas vu depuis des années. Parfois, je me dis comme ça, fais gaffe à lui, écoute- le, prends ton temps. Tu vois, je m’inquiète toujours pour Fabrice parce qu’il est vachement renfermé, enfin plus maintenant, et du coup je voyais pas Rémi. Je me disais toujours qu’il grandissait sans problème, qu’il avait moins besoin d’un coup de main que son petit frère. C’est con hein ? Comme si un gamin pouvait se passer de l’amour de son père ! »

Il tourna la tête vers la vitre, une boule dans la gorge, les yeux piquants.

« T’inquiète pas, c’est jamais trop tard. Regarde ce voyage comme il nous fait du bien, ça sera plus jamais pareil après. C’est ça qui est important. Ne pas laisser passer les bonnes occasions quand elles se présentent. Même si on en a loupé un bon paquet depuis des années, ce qui compte maintenant, c’est qu’on a les yeux ouverts. 

- Bon dieu, j’ai vraiment envie de les serrer dans mes bras mes garçons et je vais leur dire que je les aime. Oh oui ! je vais leur dire ça et je sais que j’aurai pas l’air d’un con.

- Oh non ! ça c’est sûr t’auras pas l’air d’un con, celui qui est con, c’est Miossec, le pauvre David, il me fait peine ce gamin, il a l’air tellement triste. Olivier, il a l’air de s’en sortir un peu mieux mais le petit il  souffre vachement, ça c’est sûr et ce grand con de Miossec, il voit rien et il ne verra jamais rien…Tiens, allez, on va s’écouter la musique de Delerue. Tu sais, ce mec là, ça se voit sur sa figure qu’il en sait plus que nous. J’explique pas pourquoi, c’est comme ça. Et quand t‘entends sa musique, tu sais que c’est vrai. Quand tu inventes des musiques comme ça, c’est que dedans, tu as senti des choses que les autres, ils ont pas encore trouvées, c’est comme si c’était l’amour mis en musique. Tu vois, quand j’entends ça, c’est comme si je revoyais Marine ou Morgane, tout bébé, dans leurs petits lits, toutes fragiles, j’ai envie de les prendre dans mes bras, de sentir leurs petits corps, de les embrasser, de leur dire des gentils mots, tout plein d’amour, de les protéger, de sentir le parfum de leur peau. Maintenant, je vais les réveiller le matin, je peux plus m’en passer, je leur fais des petits câlins tout doucement, je leur parle gentiment, tu vois, je faisais jamais fait ça avant. Je rentrais, j’ouvrais les volets, je gueulais, allez debout là-dedans ! et je me barrais au boulot à toute vitesse comme si ma vie en dépendait. Mais le plus important de toute ma vie, il était là, devant moi, dans les petits lits bien chauds, et j’y voyais rien, je sentais rien. Je crois que mes deux filles, je les regardais jamais dans les yeux, je les regardais, c’est tout mais je ne les voyais pas vraiment. C’est dur à expliquer tout ça. Les mots, ça peut pas tout dire. Les émotions, c’est bien plus fort. Y a que les écrivains qui savent en parler. Moi je suis qu’un paysan, alors tu vois, c’est pas facile.

- Et ben moi, je peux te dire que t’en parles vachement bien, ça me serre les tripes tout ce que tu dis. Je suis vachement content d’être venu avec toi. Ouais, bon dieu de bon dieu, moi aussi cet instit faut que je le remercie. C’est une sacrée baffe qu’il nous a mise et il était temps qu’on se la prenne. Bon allez mets-nous cette musique. »

 

 

Miossec ne disait rien. Quintin avait bien essayé de lancer quelques discussions mais il s’était fait rabrouer sèchement. Miossec voulait seulement qu’il lui indique les directions, qu’il lise les panneaux, qu’il étudie la carte routière. Quintin se taisait. Et puis, il ne voyait vraiment plus de quoi parler. Il avait épuisé tous les sujets, sans succès. La météo, les plantations, le prix des engrais, les dindes malades, les impôts, les subventions, son tracteur en panne, les assurances pour l’incendie chez Miossec, sa Peugeot volée…

A chaque fois, Miossec l’avait envoyé promener.

Il se disait que le voyage allait être long.

Alors, il avait essayé de compter combien il allait gagner avec les patates cette année. Au prix où était la tonne, ça paierait peut-être une nouvelle bagnole. La Mercedes, ça c’était une belle bagnole. Il se verrait bien rouler là-dedans, ça en jetterait dans le pays. Ou la CX Citroën, ça aussi ça avait de la gueule et c’était encore plus long que la Mercedes. Mais Miossec, il apprécierait peut-être pas. C’était risqué, ça le fâcherait. Non, il fallait une voiture plus courte…Il trouverait bien, c’était pas ça qui manquait les bagnoles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur le savoir

Par Le 04/09/2015

 
La vérité est inévitablement partielle. Les imbrications entre les situations et les gens concernés, les effets, les conséquences, tout est bien plus complexe qu'au premier abord. Si on s'en tient aux "versions officielles" et aux intentions des "décideurs", la vérité sera tronquée. Elle ne sera que la version qu'ils en donnent.
L'école devrait apprendre aux enfants à ne pas avoir confiance, à priori, mais uniquement à avoir confiance, après toutes les recherches possibles et toutes les contradictions les plus folles. Celui-là est fou qui se contente d'accuser celui qui doute d'être un complotiste. Et pour ne pas regarder en lui-même, la terreur que représente la prise de conscience que les "Décideurs" sont fous eux aussi, l'anti-complotiste, adopte la parole commune. Pure folie. 
 

"Il y a deux vérités; L'histoire officielle, menteuse, puis l'Histoire secrète où sont les véritables causes des évènements. "

Honoré de Balzac.

 
 
Voilà ce que se contente de faire nos écoles. Des citernes gonflées de connaissances. Et plus les études seront longues, plus l'individu se spécialisera dans un domaine mais cela ne signifiera pas pour autant que l'individu aura évolué spirituellement...Il sera peut-être un individu totalement intégré au système de valeurs qui lui auront été inculquées. Compétition, ego, mental, puissance financière ou hiérarchique....Juste l'élaboration de castes qui contribuent à la violence parce que les valeurs associées sont celles de la "lutte"....La lutte des classes....L'expression est bien choisie.
Nos élèves ne savent rien s'ils se contentent d'être des citernes. Et si cela leur suffit, c'est que les enseignants n'ont pas été ce qu'ils auraient dû être. Des éveilleurs de conscience.
 
 
Voilà ce que nos élèves devraient entendre. "Tes connaissances ne sont nullement un savoir. Ne t'enorgueillis pas de tes diplômes. Ou alors, vraiment, c'est que tu ne sais rien."
 
J'ai connu, quand j'étais au collège, un ancien Poilu de 14-18. J'en ai déjà parlé sur ce blog. Il s'appelait François. Il ne lisait pas, n'avait pas la télé, juste une radio mais il pensait beaucoup, par lui-même. Et je pouvais l'écouter parler une journée entière. Et lorsque je me couchais le soir, je réfléchissais à tout ce qu'il m'avait expliqué, raconté, détaillé, analysé....Sur les hommes, 'lamitié, l'amour, la passion, la folie, la curiosité, l'amour de la Nature. Il n'avait aucun diplôme et je me souviens de tout encore aujourd'hui. Je serais par contre incapable d'énumérer tout ce que j'ai oublié de ce que j'ai "appris" dans mes années d'école.... C'était juste des nourritures qui finissaient en excréments. Parce que les enseignants censés m'éveiller était tout aussi endormi que moi, qu'il n'y avait aucune vie en eux, aucune passion, aucune amour....Surtout ça. Aucun amour. 
 
 
Voilà ce que l'amour déclenche. La révélation de l'être réel, le Soi, celui qui existe, profondément, celui qui a besoin, absolument besoin, de s'exprimer avant de mourir étouffé sous les excréments intellectuels. 
 
L'école prônée par les gouvernements ne veut pas d'individus éveillés. Elle veut des ouvriers ou des ingénieurs. Elle veut juste des individus intégrés dans un systéme économique. 
C'est d'ailleurs bien pour ça que le "revenu universel" a autant de mal à faire son chemin dans la tête des gens.
"Ne pas travailler et toucher de l'argent ? " Mais, c'est scandaleux ça ! 
Non, ce qui est scandaleux, c'est que l'école martèle ce message pendant des années....
Elle n'a pas à se prostituer de la sorte.
 
Elle est là pour l'éveil spirituel de chacun et que chaque individu, en pleine conscience, en pleine liberté de penser, sans qu'aucune pression ne soit exercée, puisse construire sa vie sur SES PROPRES VALEURS. Des valeurs essentiellement tournées vers le Bien. 
L'établissement de castes n'est pas tournée vers le Bien mais vers la lutte. "La lutte des classes". L'expression parle d'elle-même.  
Pour la majorité des gens, il y a les diplômés et les autres, il y a les instruits et les incultes, il y a les travailleurs et les fainéants. 
Oui, alors, juste une question : "Qui et depuis quand ont été établis les critères qui permettent d'établir un tel classement ? "
 
Une fois que la réponse aura été trouvée, on pourra continuer à discuter. Sinon, c'est inutile. Ca ne sert à rien de parler avec quelqu'un qui dort.....
 
 
 
 

Dostoïevski

Par Le 04/09/2015

"Je ne comprends décidément pas pourquoi il est plus glorieux de bombarder de projectiles une ville assiégée que d’assassiner quelqu’un à coups de hache... Le respect de l’esthétique est le premier signe d’impuissance..." Dostoïevski

 

Aujourd'hui, les GVTS ne disent pas "glorieux" mais "respectable".....Ils ne parlent pas "d'esthétisme" mais "de Droits de l'homme"......Et ensuite, ils s'offusquent devant la presse de la mort d'un enfant sur une plage et ils culpabilisent l'ensemble d'un continent en omettant de dire que pendant ce temps-là, ils continuent à vendre des armes.......et à fomenter tous les coups-fourrés possibles en fonction de leurs intérêts...

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L'invisible

Par Le 04/09/2015

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 Notre utilisation du terme "invisible" est incorrect. Ce qui est considéré comme invisible par certains a nécessairement été identifié par d'autres et donc son emploi n'est pas justifié dans des termes généraux, comme si cela était vrai pour tous. 

Exemple : les atomes nous sont "invisibles" mais il existe bien et ont été vus, analysés, exploités. Ce qui est invisible pour moi n'est que le reflet de mon incapacité (ponctuelle, peut-être) à voir ce qui existe. Les magnétiseurs, par exemple, voient l'énergie et la ressentent alors que je ne vois et ne ressens rien. Même chose avec l'Aura. Cet invisible n'existe donc que pour moi mais dans la réalité, il n'en est rien. Ce terme "d'invisible", s'il devait désigner quelque chose qui n'est absolument pas identifié, PAR PERSONNE, devrait donc être remplacé par "l'Innommé", c'est à dire quelque chose qui est du domaine du possible mais qui ne peut être vécu, connu, expérimenté par qui que ce soit.

Les fantômes ne sont pas invisibles puisqu'ils ont été vus. Ils me sont invisibles, ce qui n'est pas du tout pareil.

Dieu, lui-même, n'est pas invisible au regard des textes de certains mystiques. Sauf que ce qu'ils ont vu n'est pas transmissible en l'état, aucun mot n'y parvient. Ni Maître Eckhart, ni Thérèse d'Avilla ne se sont avancés à le décrire. Il ne s'agit pour eux que d'un ressenti, particulièrement puissant.

"Le nuage d'Inconnaissance", texte majeur, mettait en avant que seul le fait d'être dans une contemplation mystique permettait de ressentir Dieu.

Le Tao, par contre, entre dans la dimension de l'Innommé dès lors que celui qui s'engage à le décrire s'en éloigne inévitablement.... Il est et restera donc invisible à tous...Il a pourtant été nommé et c'est le seul cas que je connaisse.

Les Kogis considèrent par ailleurs que rien n'est invisible puisque nous portons, comme toutes choses créées, la même énergie, puisque nous sommes issus de la même source. Ils "voient" dons la conscience des arbres et de toute la Nature. Au même titre que leur conscience leur est "visible". . . Celui qui parlerait de quelque chose d'invisible serait tout simplement considéré comme un individu incomplet et qui doit encore travailler pour ouvrir son âme à l'Esprit. Ils le font constamment, dans tous leurs actes, dans toutes leurs paroles, dans toutes leurs pensées. Ils sont essentiellement tournés vers ce qui nous est invisible, nous Occidentaux. Notre positionnement, face à l'invisible, leur est totalement étranger. Rien de connu n'est invisible en soi. Ce qui est par contre visible, c'est notre incomplétude à saisir cet invisible pour cesser de le juger comme tel... 

Une lettre particulière...

Par Le 03/09/2015

Lettre à une croissance que nous n’attendons plus

Publié le juillet 7, 2015 par @_ï

 

 

« Le Monde » publie un texte de Manon Dervin (Etudiante à Science Po Rennes), choisi par le Cercle des économistes dans le cadre du concours  » Imaginez votre travail demain – La parole aux étudiants « , organisé à l’occasion des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence. Ce texte s’inspire d’ « Un Projet de Décroissance« . Merci Manon.

Texte intégral ici : clic

Ô très chère Croissance. Ma bien-aimée. Ton retour s’est fait attendre. Ton dogme fondé sur la valeur centrale du  » travail  » conditionne encore aujourd’hui toute la vitalité du système économique. Tu fabriques l’Emploi et en tires ta force. Les médias, les politiques et tous les travailleurs retiennent leur souffle. Te chercher a plongé le monde occidental dans une torpeur sans précédent. Une gueule de bois post-crise financière de 2008 soignée à coups de jéroboams de mesures économiques afin de te faire revenir.

Mais aujourd’hui je ne t’attends plus, Croissance. L’âge d’or des  » trente glorieuses  » est terminé, le réveil est difficile et la situation pas si facile que ça à accepter. Je pensais te connaître. Qui es-tu vraiment, Croissance ? Je te prie de m’excuser pour les mots qui vont suivre. Il me fallait te conter mes désillusions.

En réalité, tu es un indice mathématique. Tu es l’augmentation continuelle de la production de biens de services et d’échanges dans une économie. Tu es une somme de valeurs ajoutées. Mais tu n’as pas tenu compte de mes remarques sur la qualité de tes productions. Tu continues à la fois de construire/détruire des écoles et de faire travailler des enfants dans les usines, de manière arbitraire en fonction des pays.

En réalité, tu es tout un imaginaire. Pour les néolibéraux, tu incarnes le progrès, la modernité, le positif. Une plante qui croît, un enfant qui grandit. Pour beaucoup, tu es la solution au plein-emploi. Tu nous as été imposée comme la condition du bien-être des populations, mais tu n’apportes le bonheur qu’à 1 % de la population mondiale, c’est-à-dire si peu d’entre nous.

 

En réalité, tu fais partie intégrante d’un système productiviste. Au meilleur de ta forme, tu as fait croître le PIB de plusieurs pour-cent. Tu te fondes depuis toujours sur le faux techno-scientisme, l’esprit de concurrence, le devoir de compétitivité, le travail comme valeur centrale et fondatrice. Mais j’ai découvert que tes moteurs sont la dette, l’obsolescence programmée et la publicité. Je suis au regret de te dire que tu n’as fait qu’accroître les inégalités. En somme, tu es une illusion. Tu étais pour moi et pour nombre d’entre nous la promesse du bonheur, une croyance, une pensée magique. J’ai juré sur ton nom, et j’ai fait l’erreur de l’amalgame entre l’indice, l’imaginaire et le système.

des  » utopistes  » de transition

Je voudrais te dire, Croissance, que j’aspire désormais à la vision cohérente d’une société non violente, sans exploitation de l’homme par l’homme, respectueuse de son environnement, sans obéissance aveugle à la croyance économique, une société de partage qui prône l’économie participative.

En l’occurrence, ma chère Croissance, je ne peux plus supporter que la quête perpétuelle de ton épanouissement nuise à mon bien-être et à celui de ceux qui m’entourent. Il n’y a qu’à remarquer le taux de pauvreté record de ta plus fidèle disciple, l’Allemagne. Il suffit de constater que les chiffres du chômage atteignent de jour en jour des taux record. Personne ne viendra contredire le fait qu’une transition trop radicale ne serait pas efficiente. Il s’agit de maintenir l’argent comme moyen d’échange, de commerce et d’accès à un minimum vital nécessaire. Pour autant, faut-il nécessairement occuper un emploi pour avoir le droit de (sur) vivre ? Eh bien non, Croissance. Et je voudrais te le prouver. Je souhaiterais te proposer des  » uto-pistes  » de transition vers des sociétés soutenables et souhaitables, en redéfinissant la notion d’emploi et sa valeur au sein même de la société.

J’ai suivi les règles du jeu, je persévère un peu plus chaque jour au cœur du système pour me faire ma place. J’ose espérer que tu me seras reconnaissante un jour d’avoir su accepter si longtemps tes conditions malgré nos désaccords. Je ne t’écris pas dans l’espoir d’arranger notre situation en cédant à tes requêtes, mais pour rompre avec toi et tes belles promesses. Je t’écris pour tous ceux pour qui travailler rime avec nécessité. Je t’écris pour tous ceux qui ont cru à l’adage  » tout travail mérite salaire  » sans savoir que pour nombre d’entre eux le salaire ne serait pas proportionnel au mérite. Je t’écris au nom de tous ceux que tu as réduits à la survie à coups de théories économiques, pour ceux que tu as enchaînés et parfois même rendus amoureux de leur propre servitude. Je t’écris au nom de tous les exclus de ta bienveillance et de ta générosité. Au nom de tous ceux qui courent après le  » plus  » dans l’espoir d’atteindre le  » mieux « .

Je refuse à présent ce besoin vital d’amasser de l’argent qui caractérise la société que tu as engendrée. Je refuse d’accepter que le travail, cette valeur d’intégration sociale qui a forgé ta réputation, devienne aujourd’hui un facteur d’exclusion pour des millions d’entre nous. Croissance, je ne m’attends plus à ce que tu reviennes. Plutôt que de persévérer dans des schémas dépassés, plutôt que d’user encore et toujours de rustines économiques, j’ai décidé d’ôter mes œillères.

Est-il normal de conditionner la survie à un emploi ? Est-il décent de faire du travail une condition indivisible du droit à la vie ? Il est de notre responsabilité de tirer la sonnette d’alarme et de réclamer un monde qui œuvre pour le mieux et non pour le plus. Il est de notre devoir de refuser tes avances, Croissance, toi qui prends des vies et les ressources limitées de notre planète pour asseoir ta pérennité. Il est de notre devoir de refuser tes référentiels et tes paradigmes qui n’ont aucun sens. Il est de notre devoir de redéfinir la notion d’emploi. Il est temps de décoloniser les imaginaires.

Quand certains de tes grands patrons gagnent au bas mot 508 fois le smic, quand on dépense chaque jour 2 milliards de dollars à des fins militaires à travers le monde ; quand tes actionnaires deviennent rentiers par la spéculation sur les produits alimentaires de base en affamant les enfants ; quand en France, en 2014, 60 % des bénéfices des entreprises ont été accaparés par les actionnaires en appauvrissant plus encore les travailleurs, est-il indécent de réclamer pour chacun de quoi se nourrir, de quoi se loger, et l’accès gratuit à des services publics ?

un revenu universel accordé à chacun

Je souhaite l’instauration d’un revenu universel accordé à chacun, sans condition d’emploi, de la naissance à la mort, afin de garantir à tous un minimum vital et une vie décente. Il ne s’agit pas uniquement d’un revenu d’existence, mais bien d’un moyen de décentraliser la valeur travail afin d’amener un outil de transition progressive. Il s’agit d’instaurer un outil économique et social capable de nous faire sortir de l’impasse vers laquelle nous entraîne toujours plus vite cette société aux mécanismes de séduction et de contraintes. Il s’agit de questionner le sens de nos consommations et donc de nos productions en participant à la création de gratuités d’usage et de tirage ainsi qu’à une réappropriation de la création monétaire en dehors des logiques de marché. Moins de besoins, moins de travail et plus de temps pour aimer et vivre.

Je réclame ainsi la création d’une  » dotation inconditionnelle d’autonomie « , couplée à un revenu maximum acceptable. Cet outil s’articulerait autour de trois piliers. Un droit d’usage donnant accès à chacun à un logement, au transport, à une parcelle de terre. Un droit de tirage autorisant l’utilisation prédéfinie d’une certaine quantité de ressources telles que l’eau ou l’électricité. Enfin, des versements en monnaie locale fondante qui permettraient l’achat de produit locaux et soutenables, promouvant ainsi une relocalisation ouverte et une économie sociale et solidaire. Ces propositions se fondent sur la gratuité des besoins de base couplée à une forte progressivité des prix pour la consommation supplémentaire. Le redéveloppement des services publics et la création de monnaies locales complémentaires, alliées à un revenu maximum autorisé, constitueraient un outil pour refuser le travail aliénant et redéfinir nos besoins, nos usages et les conditions pour les assouvir.

Je souhaite que, demain, bonheur rime avec temps libre. Je souhaite que, demain, travail rime avec épanouissement et non pas avec contrainte. Je souhaite que demain soit l’avènement d’un monde qualitatif et non quantitatif. Je souhaite que demain voie la réappropriation de la démocratie à travers une société autonome, garantissant la sérénité. Je souhaite que demain soit un autre rapport à l’autre et au temps, un  » travailler moins pour vivre mieux « , pour un meilleur vivre-ensemble. Il est temps de mettre le travail au service de l’homme et non de l’économie. Il est temps de nous affranchir de la centralité de cette valeur travail qui nous déshumanise et fait de nous de simples agents économiques. Il est temps de faire du travail en tant qu’activité, un outil de repolitisation de la société, incitant le citoyen à s’approprier démocratiquement et de manière participative son contenu : qu’est-ce qu’une vie décente ? Qu’est-ce que la sobriété ? Qu’est-ce que le bon usage et le mésusage d’une même ressource ? Comment organiser la société pour permettre à toutes et à tous de vivre dignement ? Comment se répartir les tâches difficiles ? Nous nous devons de répondre à ces questions collectivement. Après avoir fait du  » travail  » un pivot central, pourquoi refuser d’en faire le tremplin vers la définition d’une nouvelle société ?

Chère Croissance, je suis au regret de te prier d’accepter ces mots comme une lettre de rupture. Aujourd’hui je reprends ma liberté par la conscience. Aujourd’hui je n’ai plus peur ni du lendemain ni des autres. Je te remercie pour ce bout de chemin partagé, mais il est inutile de poursuivre notre relation. Nous n’avons plus la même vision de ce qu’est la vie.

par Manon Dervin

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Protectionnisme

Par Le 03/09/2015

Protectionnisme et Décroissance ? Pour une relocalisation ouverte – Les Z’indigné(e)s

Publié le août 5, 2014 par Vincze

 

 

Publié dans Les Z’indigné(e)s n° 16, Juin 2014.
Les Z'indigné(e)s n° 16
Le « protectionnisme » est une notion qui revient très souvent quand il s’agit d’imaginer des solutions pour faire face aux affres du libéralisme. Nos amis de gauche le mettent souvent en avant, et même si nous comprenons et partageons leur démarche, nous émettons quelques réserves. En effet, en tant qu’objectrices et objecteurs de croissance, nous restons prudents, pas uniquement avec le diagnostique et les propositions, mais avec le terme en lui même et ce, pour plusieurs raisons :

 

– Le protectionnisme fait écho à la société de la peur… il faut nous libérer de cette domination qui fait le jeu des oligarques et des extrêmes droites :

Nos sociétés, qui plus est avec l’intensification des plans d’austérité imposés par l’imposture des dettes publiques, sont dominées par des peurs économiques légitimes : peurs du déclassement, de perdre son emploi, du non remboursement d’un prêt, pour l’avenir de ses enfants, etc. La réponse à ces peurs ne doit pas s’inscrire dans une réaction simpliste : se protéger. De qui, de quoi ? Tout le monde subit les désastres sociaux, humains et écologiques de ce système productiviste oligarchique aberrant. Ce n’est pas en s’inscrivant dans une réaction au problème que l’on peut s’en sortir. Ce qui nous dérange est que le terme de protectionnisme peut s’avérer en adéquation avec les discours simplificateurs et démagogiques des extrêmes-droites et ainsi éluder les vrais débats de fond : la crise anthropologique.

– L’enjeu n’est pas tant de réguler l’économie que de sortir de la religion de l’économie :

Nous vivons dans des sociétés culturellement dominées par l’argent, la concurrence, la compétitivité et des imaginaires colonisés par l’homo-economicus. Or, le problème n’est pas de trouver des palliatifs pour adoucir la tyrannie de l’économie mais bien d’en sortir et de nous libérer de ces addictions, de faire des « pas-de-côté » et de questionner le sens de nos productions bien plus que d’en protéger leur localisation. L’enjeu est de revenir à de vraies questions : celles du sens de nos vies, de nos productions, de nos consommations et de nos échanges.

– Ne plus être sur la défensive, ce que véhicule le terme de protectionnisme, mais au contraire, construire et se réapproprier l’espoir en se tournant vers de nouveaux paradigmes :

L’enjeu n’est pas tant de grignoter des miettes ici ou là pour sauver de l’emploi. L’enjeu est encore moins de réindustrialiser nos sociétés dites développées. Il ne s’agit donc pas, à l’image de ce que propose le développement durable pour les enjeux écologiques, de « polluer moins pour polluer plus longtemps », de « protéger plus pour produire plus longtemps dans des conditions indignes, des saloperies inutiles ». L’enjeu est d’initier des transitions vers de nouveaux modèles de sociétés à la fois écologiquement soutenables et socialement juste, des sociétés conviviales et autonomes.

Pour ces trois raisons, nous sommes critiques et prudents avec le terme « protectionnisme », trop sur la défensive et dans la logique du système. Nous préférons parler de « relocalisation ouverte ».

La proposition de relocaliser les productions ne se fait pas pour se protéger « d’autres » ou contre « d’autres » mais bien pour redonner du sens à nos sociétés :

– Un sens énergétique et environnemental ou écologique :

Nos sociétés se sont développées sans se soucier des distances : automobiles, avions, cargos mais aussi télécommunications semblent les avoir réduites. Pourtant, le gâchis énergétique est terrible, le temps de travail perdu et l’intelligence humaine gâchée également. Cette organisation provoque des pollutions, des encombrements malsains, des accidents et des mal-êtres. Cet aménagement des territoires ne les ménage pas. Prendre en compte l’enjeu écologique nous contraint à nous questionner sur le sens de ce que nous produisons et à relocaliser les productions qui peuvent l’être.

– Un sens humain : entre convivialité et décroissance des inégalités et des dominations :

Produire, échanger et consommer local c’est changer son rapport à l’autre, à l’outil et à l’environnement. Nous vivons dans une illusion de toute puissance, une illusion de liberté de consommer et d’individualisme : le monde est organisé d’une telle manière que nous ne sommes jamais confrontés aux conséquences ni environnementales ni humaines de nos actes de consommation. Cette banalité du mal entretenue par le déni nous fait accepter, loin de chez nous, l’exploitation dans des conditions de travail indignes, des conséquences environnementales terribles que nous refuserions si elles concerneraient nos enfants, nos proches, nos voisins ou nos territoires.

– Pour une relocalisation mais ouverte, car l’ouverture c’est la solidarité, le partage, l’hospitalité, les échanges interculturels :

Nous sommes dans un monde globalisé d’une complexité sans précédent nécessitant des interdépendances techniques, en ressources et en productions monstrueuses. Dans une logique de transition démocratique et sereine comme soutenue par la Décroissance, nous aurons besoin de solidarités et de concertations, donc d’ouvertures, de mains tendues.

Des sociétés relocalisées refermées sur elles-mêmes ne peuvent être ni souhaitables ni des options d’avenir. Au contraire, nous avons besoin de nous ouvrir aux autres pour profiter de la richesse culturelle, des échanges d’expériences, de savoir-faire et de savoir-être… C’est le « buen vivir » que promeut la Décroissance. C’est comme cela que nous nous protégerons collectivement de toutes formes de dominations, que nous pourrons nous libérer de l’économie et des peurs qu’elle entretient.

Là où le terme « protectionnisme » risque d’éluder les vrais problèmes, et d’entretenir l’illusion de fausses solutions simplistes comme le repli sur soi, sur la nation, nous préférons la relocalisation ouverte de nos productions et de nos vies, signes de convivialité, de justices sociales et environnementales sur fond de solidarités.

Vincent Liegey, Christophe Ondet, Stéphane Madelaine et Thomas Avenel
Pour le collectif « Un Projet de Décroissance« .

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2 réponses à Protectionnisme et Décroissance ? Pour une relocalisation ouverte – Les Z’indigné(e)s

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Le revenu universel

Par Le 03/09/2015

Prônée aussi bien par les libéraux que par l'extrême-gauche, l'idée de mettre en place un revenu de base distribué également à tous pour assurer la survie de chacun peine encore à se faire entendre dans le débat public. Décryptage.

Un tabou est-il en passe d'être levé? La promesse du Premier ministre finlandais d'expérimenter le revenu universel en donnant 1.000 euros à chaque citoyen à la place de toutes les allocations sociales déjà existantes, relance un débat qui n'a malheureusement pas encore lieu en France. Pourtant, cette mesure traverse les clivages partisans. C'est peut-être aussi une partie du problème...

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«Il n'est rien au monde d'aussi puissant qu'une idée dont l'heure est venue.» Sur leur sitevantant ses mérites, les défenseurs du revenu de base –aussi appelé revenu d'existence (par André Gorz) ou revenu universel– se plaisent à citer Victor Hugo. Rappelons pour l'anecdote que l'écrivain et intellectuel engagé, un jour confident du roi, un autre défenseur de l'ordre bourgeois, participa à la répression de l'insurrection ouvrière de 1848. Ça n'est que bien plus tard qu'Hugo se laissera convaincre par les bienfaits des combats révolutionnaires, non sans avoir renvoyé dos à dos les Communards et Adolphe Thiers, qui ordonna des bains de sang pour que finissent les combats. Comme s'il avait fallu du temps au poète et dramaturge pour prendre conscience d'une idée qui ne s'était pas encore imposée dans les faits...

Quelques siècles plus tard, c'est une autre révolution qui pourrait avoir lieu dans les pays développés, où l'idée d'un revenu universel fait son chemin parmi les intellectuels et certains politiques. Mais l'idée n'a pas seulement germé dans le cénacle étroit des élites: la société française semble s'y être convertie. Ainsi, 60% des Français seraient désormais favorables à l’idée d’un revenu de base, selon un sondage Ifop publié en mai 2015. L'Aquitaine a même déjà voté une mention pour mettre en place une première expérimentation en ce sens autour du RSA. Tout comme, de manière plus approfondie, la ville d'Utrecht aux Pays-Bas à compter de janvier 2016.

1.De quoi s'agit-il?

 

Si les versions et les méthodes d'application divergent, l'idée est toujours la même: verser un revenu individuel, sans conditions de ressources, ni contrepartie, à tous les citoyens (très souvent, dès 18 ans et jusqu'à leur mort), pour leur permettre de vivre décemment bien que modestement du point de vue matériel. 

«Ce revenu de base se substituerait à la plupart des aides sociales comme le RSA, certaines bourses, les allocations familiales, les niches fiscale, etc. On conserverait, en revanche, les retraites, les aides au logement et à la santé. Selon le montant du revenu de base, les allocations chômages seraient conservées ou non», détaillait à 20 Minutes Stanislas Jourdan, coordinateur national du Mouvement français pour un revenu de base.

Cette somme est variable selon les économistes et les partisans de la mesure, mais la fourchette est souvent comprise entre 450 et 1.000 euros par personne. 

«Deux courants se différencient dans notre mouvement transpartisan, poursuit Jourdan. Certains défendent un revenu universel peu élevé mais rapide à mettre en place. D’autres souhaitent un revenu qui permette de vivre sans avoir d'emploi, donc plutôt autour de 800 euros.»

2.Qui est pour?

En Finlande, un sondage nous a appris que 79% de la population approuvait cette idée. Elle est défendue par le gouvernement de centre-droit de Juha Spilä, tandis que les Verts finlandais la souhaitent... depuis plus de dix ans! Encore une fois, là où les deux formations se distinguent, c'est sur le montant de ce revenu universel : 440 euros par mois pour les Verts, 620 pour l'Alliance de gauche et entre 850 et 1.000 euros pour le libéral Björn Wahlroos.

 En versant uniformément un revenu, sans conditions, on «responsabilise» les citoyens en leur permettant de choisir leur voie

Et c'est ici que le sujet devient très intéressant. Car, en économie, les mesures proposées par les politiques sont issues d'une famille de pensée ou d'une ligne idéologique dont les retombées se diffusent à la société entière. L'idée du revenu universel, elle, est défendue à la fois par des théoriciens libéraux comme par des militants d'extrême-gauche, dePodemos en Espagne à Dominique de Villepin en France, pour faire simple. C'est ce qui rend son objectif différent selon le camp qui la met en avant.

3.Quel est le but de cette mesure?

Éradiquer la misère, simplifier le système social français, permettre à des jeunes de s'engager autrement, transformer la vision du travail qui domine aujourd'hui dans notre société... Les vertus sont nombreuses mais elles ne sont pas partagées par tous. Pour les libéraux, l'objectif est que chacun devienne maître de son destin. En versant uniformément un revenu, sans conditions, on «responsabilise» les citoyens en leur permettant de choisir leur voie: si certains veulent travailler pour compléter ce revenu, libre à eux. S'ils préfèrent se contenter de cette somme qui permet d'acheter le strict nécessaire pour subvenir à leurs besoins vitaux, c'est aussi leur droit.

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Ainsi par voie de conséquence, le travail salarié, par exemple, ne sera plus une obligation. On pourra choisir de travailler car on aime son travail ou parce que l'argent est un moteur de satisfaction personne, ou encore pour satisfaire des besoins matériels qui nous semblent importants (n'ayez crainte, chacun aura le droit d'épargner son «revenu» pour acheter une Porsche, s'il en a envie...) Le salaire viendra alors se cumuler au revenu universel. D'autres, au contraire, opteront alors pour une vie plus modeste, écologiquement responsable, tout en s'engageant différemment, par le biais d'associations par exemple.

«C’est le monopole du travail comme source d’utilité sociale, de reconnaissance sociale et d’estime de soi que nous pourrions briser en défendant l’instauration d’un revenu inconditionnel», défend  l'économiste et philosophe Baptiste Mylondo, dans son ouvrage Un revenu pour tous !, cité par Libération en août 2015. 

En ligne de mire: favoriser la liberté des individus qui, débarassés de ces contraintes sociales, pourraient lire, flâner ou s'adonner à des activités plus créatives et déconnectées de l'économie marchande, alors que certains jeunes, par exemple, sont obligés pour des contraintes financières évidentes de prendre un emploi qu'ils ne désirent pas.

L'idée est d'en terminer avec la stigmatisation de ceux qui perçoivent des prestations sociales

Pour ceux qui, à gauche, défendent ce système, l'idée est également de transformer l'État «redistributeur» en État «émancipateur». Et d'en terminer avec la stigmatisation de ceux qui perçoivent des prestations sociales. Ce guichet unique permettrait en outre de favoriser une justice totale entre les citoyens, qui percevraient tous de façon équivalente un revenu d'existence. D'autres partisans de ce revenu, enfin, affirment carrément que cette mesure est normale, dans un pays développé dont les ressources économiques sont importantes et mal redistribuées.

4.Pourquoi (presque) personne n'en parle?

Le verrou est d'abord psychologique. La mesure paraît impopulaire, quand certains ouvriers, artisans ou salariés du tertiaire se tuent à la tâche pour ne toucher qu'un Smic. Si les politiques se laissent aussi facilement convaincre que les Français sont contre la distribution d'argent sans conditions, il y a peu de chances pour qu'ils prennent ce type de décisions. Sauf que les choses sont plus compliquées, comme toujours.

En France, l'idée a surgi sans faire beaucoup de bruit dans le débat public par l'intermédiaire de l'économiste Marc de Basquiat et du philosophe libéral Gaspard Koenig.Dans leur essai Liber, un revenu de liberté pour tous, ils proposaient un revenu universel en complément d'un maintien des cotisations déjà existantes. Pour eux, l'arrière-pensée est claire: faire du travail un choix pour obtenir des revenus supplémentaires. Et redonner du souffle à l'économie française. Mais pas seulement. Citée par Le Figaro, la chercheuse au Crédoc Isa Aldeghi avançait une autre explication pour favoriser le travail: 

«Dans les études que l'on a réalisé, on se rend compte que travailler ne sert pas seulement à gagner de l'argent mais est également un facteur d'identité, de sociabilité. Cette réaction est même surtout présente dans les familles ayant une bonne situation.»

Le revenu universel reviendrait à aplanir les différences de patrimoine, afin que les richesses du pays soient, au moins au départ, mieux réparties

Une vision du travail avec laquelle n'est pas d'accord le philosophe Baptiste Mylondo, qui explique le fondement de sa démarche intellectuelle: 

«Je suis parti d’une critique de la valeur travail, et de la vision de l’utilité sociale que l’on peut avoir dans une société où tout passe par l’emploi: la reconnaissance sociale, l’estime de soi, le lien social, déclarait-il à Slate.fr en 2012. Alors qu’à l’évidence, il y a d’autres activités qui peuvent être source de reconnaissance sociale. J’en suis donc venu à l’idée qu’il fallait reconnaître l’utilité sociale de toutes les activités et que la vie ne devait pas tourner uniquement autour de l’emploi.» 

Dans cet esprit, on peut facilement avancer qu'avant d'être un facteur de sociabilité, le travail peut aussi et surtout être considéré comme une aliénation quand on n'a pas la chance de faire une activité choisie, aimée et respectée.

5.Quel serait l'impact?

Un détour par la théorie économique est nécessaire, car le revenu universel part d'un postulat de base: ce n'est pas nous, contemporains, qui sommes à l'origine des richesses de notre pays, mais celles-ci sont avant tout le produit de notre histoire, de notre système économique, de notre monnaie, bref, de tous ceux qui nous ont précédés. Or, personne n'est plus responsable qu'un autre de ces succès: c'est pourquoi nous sommes tous égaux face à la richesse de notre pays. Pourtant dans les faits, ça n'est pas le cas. L'héritage est discriminant selon l'origine sociale de la famille dans laquelle nous naissons, par exemple. Le revenu universel reviendrait à aplanir tout cela, afin que les richesses du pays soient, au moins au départ, mieux réparties.

Le travail sera un choix. Et ceux qui choisiront de ne pas travailler n'en seront pas pénalisés

L'impact, également, serait visible sur le chômage. Notre époque vit au rythme des déclarations sur l'augmentation ou la baisse du chômage, ce fléau moderne. Mais force est de constater qu'en quarante ans, les recettes appliquées par les politiques n'ont pas eu beaucoup d'effets, ou alors à la marge: au chômage conjoncturel s'ajoute un chômage structurel. Sauf que pendant ce temps, la société a changé. La révolution technologique, l'arrivée des machines, ont rendu obsolètes certains emplois, tandis que d'autres sont financés par l'État pour garantir un ordre social. Nous pensons le monde en termes de plein-emploi, comme si celui-ci était la règle, tandis que l'inactivité est montrée du doigt, alors qu'elle est de plus en plus fréquente (et constitue presque un passage obligé) chez les jeunes générations. Le temps où Coluche pouvait imiter un père s'enorgueillir d'avoir fait carrière toute sa vie dans la même fromagerie est définitivement terminé.

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C'est ainsi qu'il faut comprendre le débat sur les 35 heures, qui fut une réponse à ce chômage exponentiel: pour le réduire, pensèrent les socialistes, il fallait diviser le travail! Le revenu universel, lui, propose une lecture plus subtile: le travail sera un choix. Et ceux qui choisiront de ne pas travailler n'en seront pas pénalisés. Ils ne pèseront pas non plus sur le travail des autres. Mais pourront mettre leur temps libre à profit pour mener des activités associatives, créatives, humanitaires.

6.Mais alors pourquoi ça coince?

Justement parce que cette mesure est proposée et à gauche et à droite de l'échiquier politique. Christine Boutin ou le parti Alternative libérale l'ayant défendu, une omerta s'est formée autour d'un sujet qui, justement, rassemble des familles intellectuels différentes (ce qui en soi n'est pas un problème). Seulement voilà, les deux camps mettent les mêmes mots sur deux solutions différentes. En réalité, le revenu de base n'est ni d'extrême-gauche, ni libéral, mais il est défendu par les uns comme par les autres. Et par certains qui voient là une aubaine intelectuelle pour faire passer des pilules plus amères.

 «Certains libéraux intelligents ont compris que si la société versait un revenu d’existence, c’était autant en moins pour les entreprises à prendre en charge au niveau du coût salarial», soulignait sur Slate.fr l’économiste Jean-Marie Harribey, membre de l’association altermondialiste Attac, qui s'oppose fortement à la mesure.

Déjà, en 1960, l'économiste libéral Milton Friedman conditionnait ce revenu de base en échange d'une suppression du salaire minimum. Si l'on suit sa logique, ce serait alors la porte ouverte à toutes les dérives et le détricotage de certains droits sociaux existants. Sauf que bien ficelée, la proposition d'un revenu de base s'intégrerait dans un système économique qu'il faudrait refonder. Et il aurait pour conséquence une redéfinition des textes de lois sur la sécurité sociale, le droit du travail, l'assurance chômage ou les allocations logement. Une utopie, vraiment?

Jérémy Collado

http://www.slate.fr/story/105937/revenu-universel-tabou-fran%C3%A7ais

 


 

Juste pour rappel... (politique)

Par Le 03/09/2015

Il existe des "plages" où les enfants et autre population civile meurent....Mais sous les bombes....

Plus personne n'en parle....


 

 

Jamais coupable : Israël clôt le dossier sur la mort de quatre enfants sur une plage de Gaza

 

 

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L’armée israélienne a annoncé jeudi qu’elle abandonnait les poursuites dans l’enquête sur la mort de quatre enfants de 9 à 11 ans sur une plage de Gaza en plein conflit l’été dernier, et que le dossier était clos sans que personne ne soit condamné.

"Le dossier a été clos après une enquête criminelle complète", selon un communiqué militaire, qui ajoute que deux autres cas portant sur la mort de Palestiniens dans des combats avaient aussi été clos. Une enquête criminelle sur une attaque contre un café dans laquelle 9 personnes avaient perdu la vie a en revanche été ouverte.

Fin avril, la justice militaire israélienne avait inculpé trois soldats pour pillage, les premiers à être poursuivis pour des agissements de l’armée lors de la dernière guerre de Gaza, qui a fait rage à l’été 2014 dans l’enclave palestiniennes.

Le conflit a tué environ 2 200 Palestiniens, dont 1 500 civils selon l’ONU, et détruit de larges pans du territoire. Côté israélien, 73 personnes ont trouvé la mort, dont 67 soldats. La conduite de cette guerre par Israël fait l’objet de différentes enquêtes internationales, qu’Israël juge partiales, assurant être capable de rendre la justice lui-même.

Les dirigeants palestiniens eux veulent faire juger les dirigeants israéliens par la justice internationale pour crimes de guerre.

Morts à la plage

Par Le 03/09/2015

Quand j'étais petit, ça me mettait en colère de voir tous les déchets qui arrivaient sur les plages à chaque tempête ou grosse marée. Des bouteilles, du plastique, des bidons....

 

Je ne suis jamais tombé sur un enfant mort.

Ni aucun noyé.

Voilà les plages du monde "moderne"....

 

Il n'est plus temps de critiquer les gouvernements occidentaux qui ont contribué volontairement au chaos du Moyen Orient.

Il est juste temps de sauver ces gens...Ces femmes, ces enfants, ces anciens...Il est juste temps d'essayer de réaliser qu'ils préfèrent prendre le risque de mourir noyés que de rester dans leur pays. Ce qui donne une idée de la situation quotidienne de ceux et celles qui tentent d'y survivre...

Mourir sous les bombes ou mourir noyés....Et peut-être survivre...De l'autre côté....

Essayons d'imaginer un de nos enfants découvrir un jour sur une plage le corps sans vie d'un enfant de son âge. Mort noyé. 

Essayons d'imaginer nos enfants, morts noyés sur une plage...

Certains sont morts cet été, en se baignant, tout simplement....Et c'est déjà effroyable. 

 

Triste à pleurer des journées entières....


Réfugiés : une photo pour ouvrir les yeux

LE MONDE |  • Mis à jour le  |Par Jérôme Fenoglio

 

 

 

EditoriaI du « Monde ». Il s’appelle Aylan Kurdi, il est âgé de 3 ou 4 ans. Un petit corps sans vie échoué sur une plage turque. C’est un enfant syrien qui fuyait la guerre, avec sa famille. Ils voulaient gagner l’Europe, en l’espèce la Grèce, par la Turquie. Leur embarcation comptait au moins onze personnes à bord. Elle a sombré quelque part au large de l’île de Kos. Le mer a rejeté certains des corps sur une plage turque. Et, un peu à part, tout seul, celui de ce petit bonhomme en tee-shirt rouge et pantalon de survêtement bleu, qui restera comme l’emblème de cet afflux migratoire sans précédent que nous ne voulons pas voir. Ou pas assez.

Lire : Le choc de la mort d'un enfant migrant à la "une" de la presse européenne

Le Monde a déjà publié des photos d’enfants morts, notamment lors de l’attaque chimique d’un quartier de Damas par la soldatesque de Bachar Al-Assad (Le Monde du 23 août 2013). Nul voyeurisme, nul sensationnalisme, ici. Mais la seule volonté de capter une part de la réalité du moment.

Cette photo, celle de l’enfant, témoigne très exactement de qui se passe. Une partie du Proche-Orient s’effondre à nos portes. Des Etats qui étaient des piliers de la région se décomposent – la Syrie et l’Irak, notamment. Les pays voisins immédiats croulent sous une masse de réfugiés qui représentent souvent près du quart de leur population – en Jordanie et au Liban. Ces Etats-là, si l’on n’y prend garde, vont commencer à vaciller à leur tour.

Lire aussi : Réfugiés syriens : la Turquie, le Liban et la Jordanie en première ligne

L’exode ne fait que commencer

Par dizaines de milliers, chaque mois, chaque semaine, Syriens, Irakiens, mais aussi des Afghans et d’autres, fuient. Nos querelles juridiques sur l’exacte nature de ces migrants ont quelque chose de ubuesque. Aux termes de conventions datant de l’immédiat après-guerre, il y aurait les migrants économiques et les migrants politiques : les premiers fuient la misère, les autres les persécutions politique et la guerre. Ils n’ont pas les mêmes droits.

Lire aussi : « Migrant » ou « réfugié » : quelles différences ?

Mais l’enfant, lui, l’enfant de la plage, le petit Aylan, où faut-il le ranger ? La vérité est que ce ne sont plus seulement des hommes jeunes en quête d’emploi et d’un avenir meilleur qui forment le flux migratoire de l’heure ; ce sont des familles entières, femmes et enfants compris, qui fuient et la misère et les combats. Il faudra encore des années avant que le mélange de guerres civiles, religieuses et régionales nourrissant le chaos proche-oriental ne s’apaise. L’exode ne fait que commencer, il ne s’arrêtera pas de sitôt. Et l’Union européenne est sa destination naturelle.

Lire aussi : Guy Sorman : « Les réfugiés d’aujourd’hui me rappellent mon père fuyant le nazisme »

Ni angélisme ni leçon de morale

Peut-être faudra-t-il cette photo pour que l’Europe ouvre les yeux. Et comprenne un peu ce qui arrive. Pas d’angélisme : on ne fait pas de bonne politique sur de l’émotion. Pas de leçon de morale : nos Etats-providence, encore malmenés par la crise de 2008, lourdement endettés, faisant souvent face à un chômage massif, en proie, pour certains, à un malaise identitaire sérieux, sont désemparés face à l’afflux des migrants. Nos démocraties sont naturellement perméables aux mouvances protestataires les plus démagogiques – championnes du « y a qu’à » et autres solutions toutes faites.

Lire aussi : Les migrants ? Une chance pour l’économie européenne

Tout cela est vrai, comme il est exact que l’accueil de populations étrangères pose effectivement nombre de difficultés, qu’il est irresponsable de nier. Mais, enfin, l’Europe est déjà passée par là. La seule France a su, dans les années 1920, alors qu’elle comptait 37 millions d’habitants, recevoir quelque 140 000 Arméniens. On trouvera d’autres exemples. Tellement décriée, ici et là, notre Union européenne nous a tout de même appris à gérer ensemble des politiques complexes et difficiles. Nos Etats-providence savent faire face à des situations d’urgence. Nos sociétés civiles sont tissées de liens associatifs qui ont fait leur preuve, dès lors que l’opinion était convaincue de la justesse de telle ou telle cause.

Lire : En Europe, une politique d'asile en ordre dispersé

Il ne faut pas se tromper. Dans quelques années, les historiens jugeront les Européens sur la façon dont ils ont accueilli ceux qui fuyaient la mort sous les bombes, l’esclavage sexuel, les persécutions religieuses, les barils de TNT sur leurs quartiers, l’épuration ethnique. Dans les livres d’histoire, le chapitre consacré à ce moment-là s’ouvrira sur une photo : celle du corps d’un petit Syrien, Aylan Kurdi, noyé, rejeté par la mer, un sinistre matin de septembre 2015.

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Pour la Vanoise

Par Le 03/09/2015

Merci d'avoir signé ma pétition: Appel pour la Vanoise! 

Chaque personne qui signe renforce notre mobilisation. Merci de prendre une minute pour partager ce lien avec tous vos contacts: 

https://secure.avaaz.org/fr/petition/Appel_pour_la_Vanoise/?tyrqSbb

Ensemble, provoquons le changement,
Olivier

--- 
Voici la pétition à envoyer à vos amis: 

Appel pour la Vanoise 
Yves Paccalet
Philosophe, écologiste, conseiller régional Rhône-Alpes :

La Vanoise, sa centaine de sommets de plus de 3 000 mètres, ses glaciers bleus sublimes (même s’ils régressent), sa flore de l’extrême, sa faune étonnante (bouquetins et chamois, lagopèdes et gypaètes, aigles et papillons apollons)… La Vanoise des merveilles ! La montagne de mes ancêtres, de mes balades et de mes rêves d’enfant ! Le « jardin vertical » (disait Samivel) des amoureux de la nature…

La Vanoise est à nouveau menacée…

Une loi nous demande de rédiger une Charte qui fixe les objectifs et les règles de l’aire protégée, composée désormais d’un « cœur de parc » (l’ancienne « zone centrale ») et d’une « zone optimale d’adhésion » (l’ex-« zone périphérique »). À cette Charte, nous devons joindre une carte des vocations des territoires dans la zone d’adhésion. Nous avons travaillé deux ans à la réalisation de ce document. Nous sommes parvenus à un compromis entre les divers groupes ou personnalités concernés.

 

Chacun des organismes concernés doit d’abord donner son « avis ». Nombre de structures (la Région, etc.) ont répondu : « favorable ». Le Conseil général de la Savoie, présidé par Hervé Gaymard, a pondu un texte particulièrement ambigu et inquiétant.

Tout dérape avec les conseils municipaux.

Ces « responsables » si peu responsables rêvent de « développement économique », mais confondent « bétonnage » et « progrès », « projets immobiliers » et « tourisme durable ». Ils représentent les habitants de la montagne, mais ils n’aiment pas la montagne. Certains d’entre eux (les maires de Val d’Isère et de Bonneval-sur-Arc, par exemple) réclament encore et toujours qu’on ampute une partie du cœur du parc pour y construire des remontées mécaniques.

 

Amis (vrais amis !) du parc de la Vanoise, anciens ou nouveaux écolos, randonneurs, alpinistes, naturalistes, paysans, défenseurs du patrimoine, bergers des alpages, amoureux de la splendeur des hautes terres et de l’intégrité d’un territoire béni par la géologie et l’évolution, nous devons une fois encore nous mobiliser ! Le parc de la Vanoise a besoin de nos énergies. L’enquête d’utilité publique sera bientôt ouverte. Chacun devra prendre ses responsabilités.

Nous sommes nombreux à penser que la Vanoise appartient à ceux qui y vivent, comme moi-même ; mais pas uniquement ! Elle fait partie du patrimoine commun des Alpins, des Français, des Européens, des citoyens du monde, notamment de ceux qui sont encore à naître.

Nous exigeons que la Vanoise reste à jamais un symbole de la grandeur de l’Alpe, de la générosité de la vie, de la variété des espèces, de la musique du vent, de la poésie des cimes.



Pour en savoir plus: www.yves-paccalet.fr


https://secure.avaaz.org/fr/petition/Appel_pour_la_Vanoise/?tyrqSbb

Envoyé par Avaaz à partir de la pétition de Olivier

L'énergie sexuelle dans le Tao (sexualité sacrée)

Par Le 02/09/2015

Les organes sexuels sont des centres d’énergie puissants

 

PORTÉ À VOTRE CONSCIENCE PAR ARCTURIUS,
LE 29 JUIN 2015

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Certaines façons de faire l’amour aideraient non seulement à accroître notre force vitale, mais aussi à conserver jeunesse et santé. Les explications du maître taoïste Mantak Chia.

Initié dès l’âge de 6 ans aux pratiques de méditation des moines bouddhistes, il a étudié le tai-chi-chuan, l’aïkido et le kundalini yoga, avant de recevoir du maître Yi Eng l’enseignement taoïste qu’il transmet aujourd’hui. Il a créé le Tao Garden, centre d’enseignement du tao universel, à Chang Maï, en Thaïlande (www.tao-garden.com).

 Il y a plus de deux mille ans, dans la Chine antique, un groupe de chercheurs – parmi lesquels un certain Lao Tseu – se mit à chercher la vérité sur l’ordre de l’univers. Rassemblé dans le fameux “Tao Te King”, le livre sacré de la voie et de la vertu, leur savoir mi-médical, mi-spirituel a donné lieu à un ensemble de pratiques dont l’Occident découvre depuis peu les mérites (le tai-chi, le qi gong ou encore le feng shui). Ces pratiques reposent sur la croyance en un principe vital fondateur, le « qi » (prononcer « tchi »), terme qui en chinois désigne aussi la vapeur.

 En Occident, ceux qui en reconnaissent l’existence parlent de « force bio-électro-magnétique ». Quoi qu’il en soit, selon le tao, le qi circule dans le corps mais aussi dans la nature et dans l’univers. Il est le souffle qui permet de se relier aux forces cosmiques. Selon la médecine chinoise, la maladie surgit lorsque le qi vient à manquer dans un organe. De longue date, elle préconise un puissant remède qui ne lasse pas de surprendre les esprits les plus cartésiens : faire l’amour. Les explications d’un maître taoïste, Mantak Chia.

Psychologies : Certaines disciplines chinoises, comme l’acupuncture, visent à favoriser la circulation du qi dans l’organisme. Vous enseignez plus spécifiquement comment utiliser l’énergie sexuelle pour augmenter la vitalité. Pourquoi ?

Mantak Chia : La zone génitale est le centre d’énergie le plus puissant du corps humain. Dans le tao, on distingue trois principaux centres d’énergie (ou « tan tien ») : le cerveau, le cœur et les organes sexuels. Chacun de ces tan tien canalise l’énergie et la redistribue à l’ensemble de l’organisme. Mais ils n’ont pas tous la même capacité de production et de stockage. Le cerveau, par exemple, ne fait circuler le qi que lorsqu’il est sollicité – lorsqu’il s’instruit ou se divertit. Le reste du temps, il en produit très peu. Or la plupart des gens apprennent à faire fonctionner leur cerveau en négligeant leur cœur ou leur sexualité.

Pourtant, le cœur génère une énergie plus durable. Lorsqu’il éprouve de la joie, de la compassion ou de l’amour, il démultiplie l’énergie qu’il reçoit et l’envoie à toutes les cellules du corps. Etre heureux ou amoureux accroît ainsi nettement la vitalité. Quant à l’énergie sexuelle, elle est si puissante et bénéfique que la médecine chinoise recommande depuis des millénaires, pour guérir telle affection, de faire l’amour dans telle position et pendant tant de temps, afin de guider la force vitale vers l’organe défaillant.

Pour être en bonne santé, il faudrait prendre soin à la fois de sa vie intellectuelle, de sa vie affective et de sa sexualité ?

Exactement. Quand le cœur est heureux, les pensées sont plus gaies. A l’inverse – l’Occident est en train de le découvrir avec la maladie d’Alzheimer –, l’appauvrissement de l’énergie sexuelle, avec la ménopause par exemple, entraîne des dysfonctionnements cérébraux. Donc les tan tien s’alimentent mutuellement. Mais leurs énergies, même si elles sont de même nature, ne procurent pas les mêmes effets. Le cœur génère de l’amour tandis que les organes sexuels produisent de l’excitation et des orgasmes.

Quand ces forces se combinent, quand on éprouve l’amour et l’orgasme à la fois, l’énergie vitale est à son comble. C’est ce processus qui permet le mieux aux cellules de se diviser pour en créer de nouvelles.

Quelles sont les principales clés du tao sexuel ?

Pour l’homme, la règle majeure est de retenir son éjaculation. Le tao considère en effet que le sperme véhicule de l’énergie sexuelle. Le gros souci, c’est que cette énergie ne demande qu’à s’échapper par les organes génitaux. Pour les hommes jeunes, cela n’est pas trop préoccupant, dans la mesure où ils produisent suffisamment de sperme pour se permettre d’en dépenser une partie. Mais passé un certain âge, cette déperdition devient plus problématique. L’éjaculation laisse l’homme épuisé. Il a du mal à reconstituer ses forces entre deux rapports et manque de vitalité. C’est pourquoi un homme de 20 ans ne devrait éjaculer qu’une fois tous les quatre jours, un homme de 40 ans tous les dix jours, et plus du tout à partir de 60 ans. Il existe différentes techniques pour retenir l’émission de sperme et rediriger l’énergie sexuelle (ou « kundalini ») via le coccyx, le sacrum et la colonne vertébrale vers le cerveau ou un organe en particulier, afin de stimuler son fonctionnement.

Qu’en est-il du plaisir dans cette approche plutôt hygiéniste ?

Il n’est pas absent, car ces pratiques reposent sur la dissociation de l’éjaculation et de l’orgasme. En Occident, les hommes n’apprennent pas à retenir leur plaisir. Les relations sexuelles s’arrêtent bien souvent à la première éjaculation, quand les femmes ont à peine eu le temps de sentir l’excitation monter. Dans le tao, non seulement il est vivement recommandé de faire l’amour pour garder sa jeunesse, mais en plus il s’agit de multiplier les orgasmes au cours d’un même rapport pour augmenter l’énergie sexuelle. A chaque fois que l’on s’approche de l’orgasme, il faut le faire remonter vers le cerveau, et ce quatre, cinq, voire dix fois au cours de l’échange. La jouissance est chaque fois plus intense, tandis que l’organisme est régénéré en profondeur. On peut alors enfin éjaculer ou conserver l’énergie accumulée jusqu’au prochain rapport.

L’énergie sexuelle de la femme est-elle de même nature que celle de l’homme ?

Non. Nous croyons que l’énergie de l’homme est yang tandis que celle de la femme est yin. Ces deux énergies primordiales, masculine et féminine, régissent l’univers dans son ensemble. Elles sont toutes deux présentes chez l’homme et chez la femme, mais l’homme a davantage de yang et la femme, davantage de yin. Faire l’amour permet de faire circuler les deux énergies entre l’homme et la femme, pour parvenir à un meilleur équilibre du yin et du yang chez chacun. Dans le tao, le plaisir des deux partenaires a autant d’importance, et la multiorgasmie leur permet d’atteindre un niveau d’intimité de plus en plus élevé. Mais les techniques qui permettent d’augmenter son énergie sexuelle diffèrent pour chacun. Par exemple, alors que l’homme doit conserver son sperme, la femme doit au contraire éjaculer plusieurs fois pour augmenter son yin qui, dans la médecine énergétique chinoise, est une énergie d’eau. On le voit bien quand les femmes éprouvent de l’excitation : elles transpirent davantage que les hommes. En Occident, très peu de gens savent que la femme peut éjaculer. Mais dans le tao, on préconise de stimuler son clitoris et son point G (1), et de ne pas la pénétrer avant qu’elle ait émis de l’eau par trois fois.

 1- Nommé d’après l’initiale patronymique du médecin Ernest Grafenberg qui l’a décrit dans les années 1950, le point G se trouverait environ à quatre centimètres à l’intérieur du vagin, sur la paroi antérieure, juste derrière l’os pubien.

Les organes sexuels sont des centres d’énergie puissants dans TAO et sexualité The_Death_of_HyacinthosL’énergie sexuelle est-elle disponible en dehors des relations sexuelles ?

Absolument. Et elle se révèle très utile lorsque l’on doit, par exemple, gérer un surcroît de travail. Pour convoquer l’excitation sexuelle, c’est très simple : il suffit de contempler une belle femme ou un homme séduisant, dans la réalité ou dans un magazine, ou encore de se perdre dans ses fantasmes. Ensuite, on calme son esprit et on s’attache à contenir l’excitation pour la renvoyer au cerveau et doper son activité. Beaucoup d’entreprises se plaignent que leurs salariés consultent des sites de charme sur Internet. Elles ont tort. Ce qui passe d’abord pour une perte de temps et d’argent augmente en réalité la capacité de travail. L’Occident s’est longtemps offusqué de l’intérêt porté par le tao à la sexualité. Il a concentré ses efforts sur les productions de l’esprit et nous avons beaucoup profité de ses inventions technologiques. Peu à peu, il prend conscience de la valeur de notre savoir, qui est plus ésotérique. Je crois que l’on se porte mieux lorsque l’on peut profiter des deux.

Hommes : l’orgasme sans éjaculation

Le « kung-fu » sexuel (littéralement, la « pratique » sexuelle) enseigne comment entretenir sa santé en devenant multiorgasmique. Pour les hommes, il s’agit de réprimer l’éjaculation pour diffuser la sensation de plaisir de la zone génitale vers le cerveau puis vers l’organe fragilisé. La réalisation nécessite un peu d’entraînement…

L’homme doit renforcer son muscle pubo-coccygien (PC), en le contractant plusieurs fois par jour ou en essayant de soulever une serviette de toilette posée sur son pénis. Lors de la relation sexuelle, la contraction de ce muscle lui permettra d’empêcher l’éjaculation. Il s’attachera alors à faire remonter l’énergie sexuelle ainsi conservée vers le coccyx puis le sacrum, jusqu’à la base et le sommet du crâne.

Comment ? Mentalement, en visualisant le flux d’énergie le long de la colonne vertébrale, jusqu’à ressentir des picotements. Lorsque le canal arrière sera maîtrisé, il pourra tenter de faire redescendre l’énergie par le canal avant, entre les sourcils, le long du nez et de la gorge, vers le plexus solaire et l’organe défaillant.

Femmes : le plaisir démultiplié

Dans la Chine taoïste, on appelait « Tigresse blanche » la femme initiée aux pratiques sexuelles qui lui permettraient d’atteindre l’immortalité. Mantak Chia recommande aux femmes d’aujourd’hui de rechercher leur plaisir. Point fort : la (re)découverte de leur « carte digitale orgastique », c’est-à-dire de leurs points sensibles, variables de l’une à l’autre.

Lors de la relation sexuelle, il leur conseille d’encourager leur partenaire à stimuler leur clitoris (le pénis ne l’atteignant pas dans la pénétration) et de préférer les positions dans lesquelles le pénis entre en contact avec leur point G (allongée sur le ventre ou assise sur l’homme). Afin d’augmenter la fréquence et l’intensité des orgasmes et aspirer leur énergie sexuelle du clitoris vers le coccyx, la colonne, le cerveau puis le reste du corps, elles entraîneront leur muscle pubo-coccygien (PC).

Elles apprendront à produire des mouvements de contraction autour du sexe de leur partenaire en introduisant un œuf de jade dans leur vagin et en le faisant monter et redescendre. L’exercice ultime consiste en une « grande aspiration » à deux, homme et femme enlacés face à face, contractant ensemble leur muscle PC pour échanger leur énergie sexuelle.

A lire

De Mantak Chia, trois ouvrages parus chez Guy Trédaniel Editeur

• L’Homme multiorgasmique avec Douglas A. Arava.
Les secrets taoïstes, exercices et graphiques à l’appui, pour atteindre, grâce à l’orgasme, jeunesse éternelle et paix intérieure (1997).

• Dynamique interne du tai-chi avec Juan Li.
Un manuel du tai-chi tel qu’enseigné par le maître taoïste, dans la tradition yang (1997).

• Eveillez l’énergie curative du taoavec Maneewan Chia.
Comment se soigner en faisant circuler le qi, selon les principes du tao curatif (1994).

http://livreblogdujeudutao.unblog.fr/

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L'engagement de toute une vie.

Par Le 02/09/2015

Henry D. Thoreau et les transcendantalistes

 

1850: Henry David Thoreau, alors en visite dans la ville de Québec, cherche désespérément un restaurant servant des mets végétariens, car il a besoin de  « surveiller sa sauvagerie par son alimentation ». A cette époque, un tel endroit semble rare et il demande à un aubergiste : « Avez-vous des tartes ou des poudings? » – « Non, monsieur nous avons de bonnes côtelettes de mouton, du boeuf rôti et du steak de boeuf». Un client attablé, la bouche pleine de viande, lui fait remarquer  « qu’il ne trouvera ni tartes ni poudings à Québec, ils n’en font nul part.» Affamé mais résigné, Thoreau finira par s’acheter au marché, des pommes, des pêches, des cerises et du sucre d’érable avec des tranches de gâteau.

Celui qui deviendra célèbre suite à ses expériences décrites dans  Walden, ou la vie dans les bois  fait partie d’un groupe d’intellectuels de la Nouvelle-Angleterre – philosophes, mystiques, poètes, enseignants, féministes – ayant formé le Transcendantalisme. Ce mouvement, dont le nom provient d’un ouvrage de l’allemand Emmanuel Kant (1724-1804), révolutionna la philosophie et la littérature américaines. En quête de vérité, idéalistes, optimistes, les Transcendantalistes rejettent la soumission à l’autorité et à la hiérarchie. Ils croient en la supériorité de l’intuition sur la raison et militent pour la liberté de penser, d’être et d’agir. Lisant, étudiant les textes nouvellement traduits du bouddhisme,  de l’hindouisme, du taoisme, de Pythagore et des néo-platoniciens, les Transcendantalistes y puiseront leurs inspirations tout comme le feront dans les années 50 la Beat generation ou dans les années 60 le mouvement hippie. (Les milieux de la contre-culture seront  d’avides lecteurs de Thoreau).

Emerson

Pour Ralph Waldo Emerson (1803-1882), le Transcendantalisme est lié aux plus  «anciennes vérités comme le bouddhisme « et  Thoreau fera de la Bhagavad Gita son livre de chevet. Les Transcendentalistes deviendront avant tout des rebelles, des insoumis à l’ordre établi, à la recherche de leur propre vérité, célébrant les beautés de la Nature et de la vie.

Pour le poète Emerson, considéré par plusieurs comme le noyau central du mouvement – et qui aidera financièrement nombre de Transcendantalistes -l’intuition prend une grande place dans notre expérience directe avec le monde car elle permet d’ignorer toutes autorités ou dépendances extérieures, qu’elles soient scientifiques, religieuses ou politiques. Il faut écouter nos voix intérieures, suivre ce que notre conscience nous dicte. Pour entrer en communion avec notre propre vérité, nul besoin d’intermédiaires, d’Eglises. En chaman de l’esprit, notre ouverture vers d’autres niveaux de la réalité se fait par une connexion mystique avec la Nature, véritable réservoir mystérieux de symboles et de signes. Les expériences d’éveil spirituel peuvent venir d’un grain de sable, du regard d’un loup ou de l’étoile scintillante. Dans notre perception d’une cohérence derrière le chaos et l’illusion matérielle, l’interdépendance de toutes les formes d’existences et de vies apparaît. «Une feuille, une goutte, un cristal, un moment dans le temps est relié au Tout et fait partie de la perfection du Tout», soutient Emerson.

 Aux yeux d’ Emerson, cette perception individuelle de l’Univers fait  «qu’il n’y a rien de plus sacré que l’intégrité de votre esprit » et afin d’incarner cette vision personnelle de la réalité », tout en recommandant de «créer notre propre monde ».  

Plusieurs Transcendantalistes répondront à cet appel d ‘incarner leur propre utopie en militant pour la cause des Noirs, des femmes, des pauvres,  en fondant des communautés végétaliennes ou en s’isolant dans une cabane dans le fond des bois comme le fit Thoreau.

« Simplifiez, simplifiez » (H.D.T – 1817-1862)

Pour Thoreau, son utopie de vivre intensément connecté à la Nature se fera dans la solitude d’une forêt de pins, près d’un étang – Walden Pond – situé à proximité de la petite ville Concord , non loin de Boston et de ses universités. En 1845, sur cette parcelle de terre donnée par son ami Emerson, Thoreau s’y construit une cabane. Ses journées se passent à cultiver ses fèves, lire, écrire , marcher dans les bois, observer les plantes et les animaux.

Philosophe, poète, professeur, herboriste et objecteur de conscience, Thoreau l’écolo croit que l’humain fait partie entièrement de la Nature et qu’il est plus en harmonie avec la communauté entière des êtres vivants lorsque conscient de ce fait:  «Vivez dans chaque saison qui passe, respirez l’air, goûtez au breuvage, mordez le fruit, soumettez-vous aux influences de chaque chose. Que les saisons soient votre fortifiant et vos remèdes. En août, nourrissez-vous de baies et non de viandes sèches et de pemmican . Laissez-vous porter par tous les vents. Ouvrez bien tous vos pores et baignez-vous dans toutes les marées de la Nature, ses cours d’eau, ses océans, en toutes saisons. Buvez le vin que la Nature a tiré pour vous et non celui que vous avez mis en bouteille; buvez ce vin qui n’a pas séjourné dans des outres en peau de bouc ou de porc, mais sous la peau de myriades de beaux fruits (…) Puissé-je avoir des expériences intérieures telles que la Nature devienne un symbole pour moi.»

Pour un temps, il abandonne l’alimentation carnivore qui est pour lui « un procédé cruel et horrible de tuer et de nettoyer des carcasses. » Il écrit dans son Journa, devenu célèbre bien des années après sa mort  «qu’ il sera considéré comme un bienfaiteur de sa race celui qui enseignera à l’homme une alimentation plus innocente et plus saine. Je n’ai aucun doute que c’est la destinée des humains de s’améliorer graduellement jusqu’à ne plus manger d’animaux de la même façon que les tribus sauvages ont cessé de se manger les unes les autres lorsqu’elles ont rencontré des êtres plus civilisés.»

A un fermier qui lui déclare «on ne peut pas vivre uniquement de végétaux, car ce n’est pas cela qui vous fait des os»,Thoreau s’étonne : « Le voici qui religieusement consacre une partie de sa journée à soutenir sa thèse avec la matière première des os; marchant tout le temps qu’il parle, derrière ses boeufs, qui grâce à des os faits de végétaux, vont le cahotant, lui et sa lourde charrue, à travers tous les obstacles.»

Malgré son adhésion intellectuelle aux méfaits de l’alimentation carnée et à l’idée «qu’aucun être vivant n’assassinera une créature qui détient sa vie de la même source que lui. Toutes les créatures sont meilleures vivantes que mortes – hommes, élans, pins – et celui qui comprend s’acharnera à préserver la vie et non à la détruire », Thoreau ne sera végétarien que pendant certaines périodes de sa vie .

«Marcher au son d’un tambour différent.»(Thoreau)

En juillet 1846, alors qu’il est venu de Walden à Concord pour chercher des chaussures en réparation, Thoreau est arrêté pour refus de payer ses impôts. Fidèle à ses idées, il ne donnera pas son argent à un gouvernement injuste qui tolère l’esclavage au Sud et soutient une guerre contre le Mexique. Il se retrouve en prison. Emerson vient le voir et lui demande  «Henry , pourquoi êtes-vous en prison? » ce à quoi Thoreau rétorque «Mais pourquoi , n’y êtes-vous pas? »

Ne restant qu’une nuit en cellule, cette expérience lui inspira Résistance au gouvernement civil (1849) réédité sous le titre désormais plus connu de la Désobéissance civile. Thoreau s’interroge sur le fait d’agir en désaccord avec sa conscience et sur l’obéissance, «la seule obligation que j’aie le droit d’accepter c’est de faire à chaque instant ce que je crois juste. Agir justement est plus honorable qu’obéir à la loi. »

«Que votre vie soit une friction contraire qui arrête la machine.»(Thoreau)

Cette Désobéissance civile de Thoreau va devenir au fil des années une référence pour les combattants non-violents et les révolutionnaires pacifistes. En 1907, la féministe et anarchiste Emma Goldman est arrêtée pour l’avoir lu en public tout comme le romancier Upton Sinclair, en 1930. Pendant la guerre du Vietnam, des américains expédiaient à l’Etat une copie du texte à la place de leur rapport d’impôt. Le message de Thoreau touche aussi le Mahatma Gandhi. On raconte qu’il ne se séparait jamais de l’ouvrage dont il connaissait par coeur certains passages sur lesquels il méditait lors de ses séjours en prison.

Thoreau exercera de plus une influence sur Lanza de Vasto, Leon Tolstoi qui appelait Gandhi  «son gourou » ou Martin Luther King pour qui  «le livre de la désobéissance civile fut le premier contact intellectuel avec le thème de la non-violence.» 

Désobéissance civile en ligne : http://www.livres-et-ebooks.fr/ebooks/La_D%C3%A9sob%C3%A9issance_civile-4298/

Thoreau ne sera pas qu’un rêveur solitaire. Pour protester contre son gouvernement il s’abstient de voter car pour lui «votre existence au quotidien ne dépend pas du type de bulletin que vous glissez dans l’urne tous les cinq ans, mais du type d’individu que vous glissez chaque matin hors de chez vous.»

Il plonge dans l’action directe – «si je ne suis pas moi, qui le sera? »- et prend une part active dans l’Underground Railroad (Chemin de fer souterrain) , une organisation clandestine convoyant en train les esclaves noirs en fuite du sud des Etats-Unis vers le Canada où ils peuvent vivre libres.

 

"Si tu n'es pas toi-même, qui pourrait l'être à ta place."

 

 

Etre au clair.

Par Le 02/09/2015

En juillet 1846, alors qu’il est venu de Walden à Concord pour chercher des chaussures en réparation, Henry David Thoreau est arrêté pour refus de payer ses impôts. Fidèle à ses idées, il ne donnera pas son argent à un gouvernement injuste qui tolère l’esclavage au Sud et soutient une guerre contre le Mexique. Il se retrouve en prison. Emerson vient le voir et lui demande «Henry , pourquoi êtes-vous en prison? » ce à quoi Thoreau rétorque «Mais pourquoi , n’y êtes-vous pas? »

Ne restant qu’une nuit en cellule, cette expérience lui inspira "Résistance au gouvernement civil" (1849) réédité sous le titre désormais plus connu de la "Désobéissance civile". Thoreau s’interroge sur le fait d’agir en désaccord avec sa conscience et sur l’obéissance, «la seule obligation que j’aie le droit d’accepter c’est de faire à chaque instant ce que je crois juste. Agir justement est plus honorable qu’obéir à la loi. »

Aux enseignants qui se demandent pourquoi je ne suis pas dans une classe, je leur réponds simplement : "Comment se fait-il que vous y soyez encore ? "
S'ils parviennent à éclairer leur positionnement, de façon irréfutable et qu'ils me démontrent que leurs actes ont un effet bénéfique, alors je leur dirai qu'ils font le bon choix. C'est ce que je souhaite au plus haut point parce que l'inverse signifierait qu'ils ne sont là que pour leur sécurité personnelle. A chacun et chacune de s'interroger. En pleine conscience. Je ne porte aucun jugement. Il est évident que la sécurité personnelle est incontournable dans bien des cas. Il faut juste que chaque individu soit au clair avec ses propres justifications. C'est tout. Je sais ce que je fais et je sais pourquoi. Je ne sais pas si mon choix est le bon mais c'est celui qui répond à mes convictions.

Céline Alvarez

Par Le 02/09/2015

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EDUCATION

Rentrée scolaire : la pédagogue qui voulait révolutionner le système éducatif français

PAR SIMON GOUIN

Des enfants épanouis et solidaires, qui commencent à lire, multiplier ou diviser dès la maternelle. Ce sont les résultats étonnants d’une expérimentation menée entre 2011 et 2014 dans une classe de Gennevilliers, en banlieue parisienne, en zone prioritaire d’enseignement. Pendant trois ans, Céline Alvarez a tenté de mettre en pratique dans une école publique les principes de la pédagogue Maria Montessori, enrichis avec les neurosciences et la linguistique française. Un bouleversement des pratiques traditionnelles des enseignants, pour repenser l’école sur la base de la confiance. Malheureusement, le ministère de l’Education nationale ne lui a pas permis de poursuivre cette expérimentation. Entretien et vidéos.

Basta ! : Quelles compétences ont été développées par les enfants de votre classe de Maternelles, à Gennevilliers, entre 2011 et 2014 ?

Céline Alvarez [1] : Dès la première année, tous les enfants, suivis par le CNRS, ont progressé plus vite que la norme, sauf un qui était l’enfant le plus absent. Ils sont entrés très facilement dans la lecture, ont fait des mathématiques, des divisions, des soustractions. Dans certains domaines, en conscience phonologique, c’est-à-dire la capacité d’entendre les sons dans les mots, en mémoire de travail [notre capacité à retenir sur du court terme], ils étaient très au dessus de la norme. Une petite fille, à quatre ans, avait 28 mois de retard par rapport à la norme en mémoire de travail. En six mois, elle a non seulement rattrapé ces 28 mois de retard, mais elle a eu 8 mois d’avance !

Un développement social s’est aussi mis en place. Les enfants étaient capables d’avoir des relations sociales plus harmonieuses. Ils ont fait preuve d’une grande capacité de résolution de conflits et développé plus d’empathie. Ils contrôlaient mieux leurs émotions. D’après les témoignages des parents, ces enfants étaient heureux, épanouis, généreux, enthousiastes, solidaires.

Ces résultats ne sont pas là parce que je suis une enseignante merveilleuse ou parce que les enfants sont extraordinaires ou à haut potentiels. Non, on a testé leur QI : ils n’étaient pas plus élevés que la normale. Ce sont simplement des êtres humains qui ont été replacés dans un contexte favorable où on marchait dans le sens des lois de la vie, plutôt que dans un contexte où l’on lutte contre.

En vidéo : du côté des enfants

Comment a démarré cette expérience d’enseignement ?

Je n’ai jamais souhaité être enseignante. Ma démarche était de mettre un coup de pied dans la fourmilière et de dire : avec 40% d’échec scolaire chaque année à la sortie du CM2, on s’est trompés, ça suffit ! J’étais profondément indignée par le système scolaire français. Ses mauvais résultats s’expliquaient parce qu’il n’a jamais été fondé sur la connaissance des mécanismes d’apprentissage et d’épanouissement de l’être humain. Et si nous repensions la classe en fonction de ces mécanismes, que se passerait-il ? On verrait les enfants épanouir des compétences cognitives et non cognitives extraordinaires ! C’était le postulat deMaria Montessori. J’ai naturellement repris ses travaux que j’ai enrichis avec les neurosciences et la linguistique française.

J’ai souhaité mener ce travail de recherche au sein de l’éducation nationale. J’ai donc passé le concours de l’éducation nationale. C’était simplement pour moi la meilleure façon d’infiltrer le système. Une fois le concours en poche, je suis allée taper aux portes des ministères pour leur demander de me laisser une carte blanche pédagogique. En 2011, le conseiller éducation de Nicolas Sarkozy puis le cabinet de Luc Chatel et la Direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO), à l’époque, ont été très attentifs à ma posture : la seule voie pour l’éducation de demain, c’est la voie scientifique, c’est comprendre quels sont les besoins de l’être humain. Il faut qu’on construise l’environnement scolaire autour de ça. La classe s’est ouverte en quelques mois.

Sur quels grands principes repose votre enseignement ?

J’ai repris les travaux de Maria Montessori, ses grands principes et je les ai traduits et enrichis à la lumière des neurosciences cognitives, affectives et sociales. Le premier de ces grands principes, c’est la plasticité cérébrale. Entre 0 et 5 ans, l’être humain possède une capacité cérébrale extraordinaire. Cela ne signifie absolument pas qu’il faille trop stimuler les enfants. Mais plutôt que leur environnement doit être riche, avec de grandes opportunités d’interactions langagières, soutenues et d’une grande variété. Ainsi, dans une même classe, il ne faut pas qu’un enseignant parle à 30 enfants du même âge. Mais plutôt des enfants d’âges différents, plus âgés, qui vont pouvoir parler à d’autres enfants. A la verticalité, il faut préférer l’horizontalité. Les enfants sont autonomes et peuvent parler ensemble toute la journée. Ce qui permet aux petits de développer beaucoup plus rapidement leur langage. Mais c’est aussi leur offrir une grande diversité culturelle : de la géographie, de la géométrie, des mathématiques, des occasions d’apprendre à lire et à écrire. Mais tout ça en suivant le moment où ils ont décidé de le faire et en le faisant de façon sensorielle.

C’est le deuxième grand principe : l’enfant est dans une période sensorielle. Cela ne sert à rien de lui dire : il faut faire ci, il faut faire ça. Il doit l’expérimenter lui-même. C’est ainsi que son cerveau va pouvoir se câbler. La lecture, les mathématiques, sont exercés par un biais sensoriel. L’enfant doit être actif. La classe lui offre des activités qui engagent leur concentration profonde et une répétition.

Le troisième principe, c’est que le cerveau humain apprend avec l’autre. L’apprentissage doit être horizontal : les enfants peuvent apprendre les uns des autres. Mais uniquement quand il y a une relation positive et bienveillante, pas dans une situation de stress, de compétition, ou de comparaison. Le climat doit être celui de la coopération, extrêmement bienveillant et aimant, et non jugeant. Il ne s’agit pas de juger positivement les enfants, mais de ne pas les juger tout court. C’est ni bien, ni mal, c’est ce que c’est. L’important est que l’enfant prenne du plaisir. Et l’instituteur doit encourager ce plaisir.

Concrètement, dans vos classes, comment étaient mis en œuvre ces grands principes ?

Tout d’abord, il n’y avait pas un seul niveau d’âge, mais deux ans de différence d’âges. C’est ce qui motivait les enfants. Certains « petits » se disaient : « whaou ; moi-aussi je vais être capable de faire ça, apprends moi ». Il va rester près du grand, le grand va être intéressé pour le montrer au petit. Cela crée une émulation sociale autour des apprentissages avec laquelle aucun enseignant ne peut entrer en compétition. Ensuite, les enfants étaient autonomes. De 8h30 à 16h00 le soir, ils choisissaient librement leur travail dans un cadre très structuré où les règles étaient très explicites. Ils pouvaient répéter ces activités autant de fois qu’ils le souhaitaient. Ils prenaient confiance en eux. Un enfant à Gennevilliers pouvait faire 4/5/6 activités. Ou alors une seule ou deux, parce qu’il était passionné par ce qu’il faisait.

Dans une classe traditionnelle, les enfants ne choisissent pas leur travail. C’est une activité le matin puis ils changent de groupe. Puisque l’activité est imposée, la plupart du temps les enfants ne sont pas motivés. Ils vont faire leur affaire le plus vite possible pour rejoindre le coin bibliothèque, ou le coin construction. A l’inverse, quand ils choisissent ce qu’ils veulent faire, les enfants sont passionnés, ils prennent confiance en eux... Cela leur donne des ailes !

Un autre paramètre pratique mis en place est l’accompagnement individuel : l’adulte va avoir tout son temps pour les enfants qui vont le demander. Les autres sont actifs. Dans une classe traditionnelle, on ne peut pas individualiser. Les enfants ont besoin de l’adulte en même temps. C’est épuisant ! Une autre chose, c’est la disponibilité, la bienveillance rendue possible par l’enseignant qui est moins dans une posture de stress. Ces conditions lui permettent à lui aussi de prendre plus de plaisir, et de faire réellement son travail d’accompagnement auprès des enfants.

Vous estimez que dans une classe traditionnelle, le plus souvent, le modèle d’enseignement proposé par l’ institution entrave les potentialités de l’enfant. Pourquoi ?

Par exemple, le problème de illettrisme est un non sujet. C’est juste que la plupart des outils que l’on donne aux enseignants entravent l’élan spontané d’écriture et de lecture des enfants, les enseignants s’épuisent et les enfants aussi. On ne connait, ni n’utilise les leviers de l’intelligence humaine. Par exemple, il faut permettre à l’enfant de faire ses propres expériences, en confiance, au moment où l’envie surgit, et toujours dans une relation à dimension humaine, plutôt qu’une relation à dimension didactique.

Pourquoi votre expérience a-t-elle pris fin ?

En 2012, lorsque le gouvernement est passé à gauche, le ministère de l’Éducation nationale n’était plus favorable à cette démarche. Il avait plutôt tendance à dire que quand on fait des expérimentations, on prend les enfants pour des cobayes. C’est aberrant : actuellement, tous les enfants de France sont des cobayes de méthodes qui n’ont ni été scientifiquement fondées, ni scientifiquement validées. J’ai passé les deux dernières années à me battre contre l’Institution. Les tests que je faisais passer en classe m’ont été interdits. Donc j’ai dû désobéir et les faire passer sur le temps scolaire avec la complicité des parents et d’un psychologue. Ce qui m’a valu de passer à côté de blâmes, de conseils disciplinaires. J’ai reçu de nombreuses des menaces et des humiliations...

Mais j’ai souhaité tenir pour arriver à la fin d’un cycle complet et pour accumuler de la matière à exploiter ensuite. La 3ème année, on m’a annoncé que mon matériel allait être retiré à la rentrée 2014. On m’a dit que je devais faire comme tout le monde, enseigner de façon traditionnelle si je souhaitais rester. Cela n’avait aucun sens pour moi, j’ai donc démissionné. Dans ma fiche d’inspection, il était écrit qu’il était très clair que les enfants de cette classe étaient en très grande réussite scolaire. « Tout ce qui est attendu de la maternelle est là, voire plus que là ». Mais c’est justement ce qui pose problème pour leur intégration, pour la suite de leur parcours scolaire ! m’a-t-on dit.

En vidéo : du côté des parents

Si les méthodes que vous décrivez sont si fructueuses pour le développement et l’épanouissement de l’enfant, pourquoi ne sont-elles pas plus mises en œuvre par le corps enseignant ?

La première raison tient au fait que les enseignants ne connaissent pas forcément ce genre de démarche qui vise à autonomiser les enfants. La formation initiale est d’une pauvreté affligeante. On devrait pouvoir donner aux enseignants les grands invariants théoriques des mécanismes d’apprentissages humains et leur permettre de trouver des axes pratiques les plus cohérents en fonction de leurs moyens de terrain. L’un de ces invariants est par exemple que l’être humain apprend dans l’amour et la confiance, pas dans le stress. Cela parait simple mais cela remet en cause de nombreux paramètres traditionnels d’enseignement. L’école n’est tout bonnement pas pensée sur la base de la confiance.

Mais pour mener votre expérience, vous avez bénéficié de matériels Montessori importants. Est-ce que ces moyens ne limitent pas la reproductibilité de votre démarche dans l’ensemble du système éducatif ?

Absolument pas. Comme je l’explique sur le blog, il ne s’agit pas d’avoir du matériel spécifique. Un matériel didactique plus spécifique peut entrer progressivement et dans un second temps. Le plus important est le changement de posture de l’adulte vers l’enfant et le réaménagement de l’environnement de la classe pour permettre l’autonomie des enfants. Les enseignants peuvent commencer avec le matériel dont ils disposent déjà. Je viens d’accompagner 220 enseignants de maternelles publiques, certains accompagnés de leur Atsem, pour mettre en place un tel dispositif sans ou avec peu de moyens. Je crois qu’ils sont repartis enthousiastes et motivés. Ils sont décidés à changer leur pratique pour une démarche pédagogique plus "physiologique" et donc plus respectueuse. Ce sont des pionniers, ils vont ouvrir un nouveau chemin pour l’école dès cette rentrée. Je suis certaine qu’ils seront suivis par de nombreux autres à la rentrée suivante.

Propos recueillis par Simon Gouin

Photos et vidéos : copyright Céline Alvarez

Pour aller plus loin :

Une autre école

Par Le 02/09/2015

En Argentine, l’école La Cecilia forme ses élèves à la liberté et au respect de l’autre

PAR EDITH WUSTEFELD, JOHAN VERHOEVEN

Pas de cours obligatoire, pas d’examens, pas de sanctions… Mais un véritable suivi de chaque élève afin qu’il découvre ses potentiels. En Argentine, à 500km au nord de Buenos Aires, l’école de La Cecilia propose depuis 23 ans de « faire l’école » autrement, avec la liberté et le respect de l’autre comme maîtres mots. Reportage vidéo extrait du webdocumentaire « Poder sin poder (pouvoir sans le pouvoir), l’autogestion au quotidien ».

Quand un parent vient inscrire son enfant à la Cecilia pour qu’il y fasse ses études secondaires, Gines del Castillo, fondateur et directeur officiel de l’école, est clair :« En théorie, votre enfant pourrait rester pendant ces cinq années sous un arbre et quand même ressortir avec son diplôme sous le bras... ». Gines est conscient qu’il n’y a pas grand risque que ce soit le cas. N’empêche que lorsqu’il raconte cela, lors d’un après-midi de cours, il fait grand soleil et presque tous les élèves sont dehors.

A la Cecilia, dès le secondaire, plus aucun cours n’est obligatoire. Le principe de base, c’est la liberté. « A partir de là, tout le reste se construit, explique Gines. On veut que les jeunes puissent vivre leur vie future en liberté, comme une décision personnelle. Mais pour qu’ils sortent libres de l’école, cela doit se pratiquer à l’école. »

 

La Cecilia : video principale from Collectif Engrenages on Vimeo.

Les élèves ne sont pourtant pas livrés à eux-mêmes. Pour Gines, il s’agit de trouver le bon équilibre entre ne pas cloisonner et ne pas les abandonner non plus. Ainsi, les enseignants tiennent des feuilles de présence. Le but n’est pas de contrôler, mais plutôt d’avoir des informations utiles pour pouvoir aider. « Grâce aux présences, nous pouvons voir si un élève ne va à aucune activité et se poser la question : à quoi ne va-t-il pas où il irait peut-être si on lui proposait ? » La dynamique au sein de l’école est donc de sans cesse proposer.

« Ça ressemblait encore trop à une école »

Tous les matins, la journée commence par le quart d’heure de silence. Les chaussures restent dehors, tout le monde s’assoit ensemble dans la grande salle et le silence se fait. L’objectif ? S’arrêter quelques minutes, être au diapason chacun dans ses pensées… Jusqu’il y a peu, le silence était obligatoire. L’assemblée des élèves a décidé que ce ne serait plus le cas, mais a maintenu le principe de ce rassemblement. Gian Luca, 16 ans, explique : « Sinon on ne pourrait pas bien fonctionner, certains seraient complètement déconnectés. »

Au sein de l’école, la parole est très importante. Les conflits se résolvent en discutant, par petits ou grands groupes ; il existe des cours de connaissance de soi, où Gines discute avec un ou plusieurs élèves de différents sujets qui, directement ou indirectement, permettent aux jeunes d’y voir plus clair...

Ce qui est sûr, c’est que les idées ne manquent pas et que les valeurs – avec au premier rang la liberté et le respect de l’autre – sont le fil rouge de l’école. Ce qui n’empêche pas sa centaine d’élèves de partir de l’école avec un diplôme officiel, reconnu par l’État argentin. Par un heureux hasard ou un petit miracle, la Cecilia est en effet passée un jour entre les gouttes et a pu décrocher la reconnaissance officielle qui était pour les fondateurs une condition indispensable au maintien de l’école, afin qu’une fois dehors les élèves soient réellement libres de faire ce qu’ils veulent.


« Poder sin poder, l’autogestion au quotidien »

La présentation de cette initiative est extraite du webdocumentaire « Poder sin poder (pouvoir sans le pouvoir), l’autogestion au quotidien ». Ce webdoc présente douze initiatives qui cherchent à mettre en place un agir radicalement démocratique, un fonctionnement horizontal ou encore qui se revendiquent de l’autogestion, en Espagne, en Argentine et au Venezuela. Réalisé par deux Belges, Johan Verhoeven et Edith Wustefeld, le webdoc se base sur un voyage d’un an en Espagne et en Amérique latine entre 2012 et 2013, à la rencontre de plus d’une vingtaine d’initiatives autogérées. Les lieux présentés sont multiples : entreprises récupérées, coopératives, d’écoles, centres cultures, mouvements sociaux, villages… Mais tous ont en commun de fonctionner sans chefs et sans hiérarchie, en expérimentant d’autres manières de fonctionner ensemble.

L’idée du voyage est née en 2011, au moment des campements des indignés en Espagne. À la Puerta del Sol à Madrid, l’organisation horizontale des milliers de personnes qui participaient au mouvement du 15M achèvent de les convaincre. L’autogestion peut amener des réponses à certaines limites intrinsèques au système actuel. Les hommes et les femmes peuvent se réapproprier leurs vies, participer aux décisions qui les concernent, s’organiser ensemble pour s’attaquer aux problèmes qui les touchent.

Au même moment, ils entendent parler de Marinaleda, un petit village espagnol qui « résiste au capitalisme » (lire notre article). Le chemin est vite fait : s’il existe un lieu comme ça, il en existe certainement d’autres ! Sac au dos et caméra en main, ils partent à la découverte d’autres lieux autogérés afin de s’inspirer de leurs fonctionnements différents et montrer que de tels lieux existent et fonctionnent déjà.

Les facettes de l’autogestion présentées dans le webdocumentaire sont nombreuses. Il n’y a pas une recette, une réponse, mais beaucoup d’inspirations et de potentiel dans ces fonctionnements opposés au système hiérarchique omniprésent. Libre alors au visiteur de suivre le chemin qui l’intéresse dans ce documentaire transmedia organisé en cinq grands thèmes : culture, travail, résistance, éducation et autogestion.

A découvrir ici.

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