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Indemnité de départ volontaire

Par Le 11/12/2014

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Seconde carrière : Quel impact pour la nouvelle circulaire ? 

Alors que des milliers d'enseignants souhaitent quitter l'Education nationale pour entamer un autre  métier, une "seconde carrière", la publication le 4 décembre d'une circulaire sur une indemnité de départ semble un bon signe. Mais répond-elle réellement aux attentes ? L'éducation nationale a-t-elle compris l'enjeu d'une prise en copté réelle des secondes carrières ? Rémi Boyer, fondateur d'Aide aux profs, une association qui accompagne les enseignants souhaitant quitter l'éducation nationale est le mieux placé pour répondre. Pour lui, " Cette circulaire diminue l’intérêt de demander à bénéficier d’une IDV et va créer de nombreuses frustrations chez les enseignants démissionnaires".

 

Que change cette circulaire par rapport au texte précédent ?

 

D’abord, permettez-moi un constat que l’on retrouve dans bon nombre de procédures administratives quelle que soit le Ministère en cause : c’est le manque de réactivité de l’administration, puisqu’il aura fallu plus de 6 mois entre le décret n°2014-507 du 19 mai 2014, très simple et clair sur les nouvelles modalités de l’Indemnité de Départ Volontaire (IDV) et cette circulaire n°2014-156 du juin  27 novembre 2014 bien plus complexe.  C’est exactement ce qu’a pointé le Président de la République lors de ses vœux 2014 : « l’Etat est jugé trop lourd, trop lent, trop cher ».  Thierry Mandon, Secrétaire d’Etat à la Réforme de l’Etat, appelle lui aussi pourtant à une simplification des procédures, et  à une accélération des décisions administratives pour les usagers et agents.

 

La lenteur du processus administratif : Elle se retrouve à plusieurs reprises dans cette circulaire, puisque la demande d’attribution d’IDV et la demande de démission se font en deux temps successifs, ce qui allonge les délais de procédure. Une manière de conduire les enseignants à démissionner seulement en fin d’année scolaire. Le fonctionnaire perçoit l’IDV à l’issue d’une demande de démission régulièrement acceptée. Le problème ces dernières années et notamment depuis 2012, est que des académies refusent les démissions pour «nécessité de service », traduisez en clair « en raison d’un manque d’enseignants dans votre discipline ». Il est regrettable que ne soit indiqué nulle part dans cette circulaire que le droit à la démission ne peut être refusé, même par manque d’enseignants. Effectivement, nous avons constaté depuis 2012-2013 que les académies qui acceptent les démissions font tout ce qu’elles peuvent pour reculer les démissions en fin d’année scolaire, et même quand elles ont lieu au 1er juillet, certaines académies attendent encore plusieurs mois (jusqu’à six mois) pour verser ladite indemnité.

 

Une tentative timide de simplification : La nouvelle circulaire a quand même le mérite d’abroger toutes les circulaires et notes de services successives nées du décret n°2008-368 du 17 avril 2008 qui instituait cette IDV pour  la première fois. Les services rectoraux s’y perdaient, aucune académie ne traitait les demandes de la même manière, certaines refusant l’IDV pour projet personnel, d’autres l’acceptant avec une IDV a minima, et d’autres avec générosité. (éducation nationale ou rectorale ?)

 

Un début de GRH de proximité ? La circulaire évoque à plusieurs reprises « l’autorité hiérarchique de proximité », sans la nommer. Cela signifierait qu’un chef d’établissement peut accepter ou refuser la démission d’un enseignant. Et pour quelles raisons pourrait-il la refuser ? Cela n’est indiqué nulle part.

 

Une volonté de faire des économies : Cette circulaire montre un recul de l’intention de l’Education nationale, et donc de l’Etat, de financer les reconversions des enseignants qui au bout de 10 ans d’ancienneté au moins, prenaient l’option de démissionner pour un projet personnel ou pour créer/reprendre une entreprise. Elle entre en droite ligne avec la politique du Gouvernement d’économiser 50 milliards d’euros d’ici 2017 puisque seule est conservée l’IDV pour création/reprise d’entreprise. L’IDV pour projet personnel est donc supprimée.

 

Un retour prochain à la politique de restructurations suivie par le quinquennat précédent ? La suppression de poste du fait d’une restructuration concerne tous les agents en détachement dans un Etablissement Public (comme le CNED ou CANOPE par exemple), qui décideraient de fermer certaines de ses implantations.

 

Une circulaire encore floue : La circulaire aborde un point important : l’IDV est attribuée seulement lorsque l’entreprise n’a pas été créée auparavant. Cependant rien n’est dit sur les auto-entreprises en cumul d’activité accessoire : l’administration les considère-t-elle comme des créations d’entreprise, ou pas ? Le texte évoque « certaines entreprises, en raison de leur statut juridique ou de la nature de leur activité ne font pas l'objet d'un K bis », sans oser spécifier l’expression « auto-entreprise » : pourquoi un tel oubli ?

 

Une complexité administrative pour les agents en détachement : Selon la durée du détachement, l’agent est souvent devenu un inconnu pour son académie d’origine. C’est pourtant auprès de ses services qu’il devra demander son IDV.  La disposition suivante ne manque pas d’interroger  sur la lenteur prévisible de la procédure : « En cas de réponse positive (négative plutôt ???) à la demande d'IDV, l'agent sera réintégré par le ministre dans son corps et dans son académie d'origine ». Il faudra dans ce type de demande s’attendre à des démarches de plus de 6 mois.

 

Montant de l’IDV : déconnecté de la réalité des besoins des entrepreneurs : Il ne change pas, toujours calculé dans la limite de 24/12e de la rémunération, traitement, indemnités et primes cumulés.  On note un net recul, puisque désormais, à plus de 10 ans d’ancienneté, le maximum de l’IDV est de 50% des 24/12e. Ce qui fait perdre à l’IDV son intérêt, puisque dans la majorité des cas, cette IDV ne permettra pas aux agents d’espérer financer leur entreprise et de vivre au moins une année sans revenu, puisque versée en deux fois aux créateurs/repreneurs d’entreprise (50% à la démission, 50% lors de la production du 1er exercice comptable). Pour un Gouvernement qui promettait le Redressement productif et dit vouloir « faire aimer l’entreprise dès l’Ecole », ce repli est difficile à comprendre.

 

Agents en disponibilité au moment de la demande, voilà du nouveau ! La circulaire est intéressante sur ce point, car elle précise bien : « Les agents en congé parental, les fonctionnaires en position de disponibilité et les agents non titulaires bénéficiant d'un congé non rémunéré peuvent n'avoir perçu aucune rémunération durant la totalité de l'année civile précédant celle du dépôt de leur demande de démission. Le plafond de l'IDV est alors calculé sur la base de la rémunération brute perçue au cours des 12 derniers mois au titre desquels ils ont été rémunérés par l'administration. »  

 

 

Est elle susceptible de favoriser les départs des enseignants qui veulent quitter l'éducation nationale ?

 

Cette circulaire diminue l’intérêt de demander à bénéficier d’une IDV et va créer de nombreuses frustrations chez les enseignants démissionnaires. Il devient presque plus intéressant pour un enseignant souhaitant créer son entreprise d’économiser quelques années avant de demander une disponibilité pour créer son activité et tester ainsi pendant 2 ans la validité, avant éventuellement de revenir enseigner si son projet a échoué. La circulaire, en l’état, limite le montant qui peut être attribué, ce qui permettra difficilement à un agent de créer une entreprise et de vivre plus de 6 mois sans salaire, contre le double auparavant. Les députés ont considéré en 2013-2014 que les enseignants avaient été les principaux consommateurs de l’IDV, mais si l’on considère les chiffres, c’était dérisoire : 436 IDV en 2009-2010, et 377 en 2011-2012 (150 pour les enseignants du 1er degré et 227 pour les enseignants du 2nd degré)

 

Avant cette circulaire, un professeur des écoles ou un professeur certifié pouvaient espérer entre 32.000 et 50.000 euros d’IDV, un professeur agrégé entre 35.000 et 70.000 euros. Il faudra désormais diviser ces sommes par deux dans la grande majorité des cas.

 

Sans doute, en diminuant le montant de l’IDV, l’EN cherche-t-elle à enrayer l’accroissement ces dernières années des démissions, qui atteignent depuis 2011-2012 un bon millier par an (titulaires et stagiaires confondus), dont plus de 45% pour les enseignants du 1er degré et plus de 56% pour les enseignants du 2nd degré avec IDV (entre 2009 et 2011 ; derniers chiffres connus).

 

Il y a un vrai problème de seconde carrière. Que devrait faire l'Education Nationale qu'elle ne fait pas ?

 

Oui, il y a un véritable problème au niveau de la « seconde carrière » dans l’Education Nationale. Toute la politique impulsée par Josette Théophile en la matière aura été en fait de créer la possibilité de demander un détachement dans une discipline différente de la sienne, ou vers un niveau différent (départ vers le 1er degré ou le 2nd degré).  Beaucoup d’enseignants ont fini par confondre ces détachements que l’on « demande », et les détachements vers des fonctions hors enseignement sur lesquelles on « postule ». De ce fait, l’Education nationale a montré qu’elle était très gênée par cette initiative du législateur d’avoir voulu lui tendre une perche dans la loi portant Réforme des Retraites en 2003 avec l’article 77, puisque l’Education nationale est confrontée à une pénurie d’enseignants compétents dans de nombreuses disciplines, et, même si le nombre de candidats ne désemplit pas aux concours, est contrainte de plus en plus à recruter sur les listes complémentaires des candidats dont le niveau de qualification diminue par rapport à la génération qui précède. Certaines académies recrutent même via Pôle Emploi pour assurer les remplacements en cours d’année scolaire. (C'est volontaire puisque clairement décrit dans le cahier  N 13 de l'OCDE publié en 1996)

Ocde 1

 

Depuis 2012-2013 le dispositif de Conseil en Mobilité Carrière (CMC), relancé par Josette Théophile entre avril 2010 et avril 2012, périclite. Le trio de pilotage a disparu, parti en retraite ou vers d’autres fonctions, et non remplacé. Les CMC ne sont plus réunis en séminaire annuel, ce qui était pourtant essentiel pour leur permettre d’échanger sur leurs pratiques respectives, les échanges numériques sur un intranet ne pouvant s’y substituer. Le nombre de CMC a diminué, certains recteurs ayant réduit leur nombre, voire les ayant supprimés. Les ministres qui se sont succédés se sont complètement désintéressés de cet aspect, alors que toutes les enquêtes conduites par les syndicats d’enseignants montrent que les enseignants sont de plus en plus en attente d’une forme de reconversion hors enseignement, après 10 à 30 ans de métier.

 

On comptait 9.700 demandes d’informations d’enseignants en matière de reconversion auprès des 30 académies en 2012-2013 contre 4.500 en 2011-2012. Cela signifie que les CMC actuels sont submergés de demandes, et qu’ils sont soit confrontés au burn-out, ce qui est incompatible avec la dimension humaine de leur fonction, très exigeante psychologiquement, soit conduits à rechercher rapidement une autre affectation, pour préserver leur santé. Dans l’académie d’Amiens, par exemple, il n’y a qu’une CMC pour les 37.000 agents de l’académie, enseignants ou non. Est-ce bien raisonnable, alors qu’un Conseiller de Pôle Emploi est déjà en surcharge au-delà de 200 personnes à accompagner chaque année ? Dans l’académie de Versailles, 3 CMC pour 80.000 personnels, ça ne suffit pas.

 

La formation des CMC actuel est très variable d’une académie à l’autre. Ici, on va placer un enseignant à temps incomplet sur une fonction de CMC, avec quelques jours de formation, sans vérifier s’il a les compétences psychologiques requises, et là, on va placer un professionnel du coaching, ce qui est fortement conseillé, étant donné la nature des demandes et du public qu’il faut souvent remotiver. De plus en plus d’académies mélangent les rôles, et les IEn et les IA-IPR ont aussi le rôle de CMC. La grande majorité n’y est pas formée. Et beaucoup d’enseignants craignent de parler de leur projet de reconversion à l’inspecteur chargé de les évaluer. Ils ont peur des représailles sur leur avancement d’échelon.

 

Il est regrettable que l’EN n’ait pas accentué la formation des CMC, et qu’elle ne l’ait pas limitée dans le temps. On considère par exemple au niveau des SGAR des Préfectures de Régions qu’un CMC ne devrait pas rester plus de 6 ans en poste, en raison de la charge de stress (écoute des personnes, qui ont souvent un discours très négatif et une perte d’estime d’eux-mêmes) et d’énergie positive qu’implique cette fonction. Le métier de CMC doit se professionnaliser, avec une formation continue indispensable. Le fait que le quinquennat précédent n’ait pas créé de concours de CMC prouve bien que cette avancée n’avait pas été conçue dans l’intérêt des agents, mais bien pour en pousser le plus possible vers la sortie, dans le cadre d’une politique de non renouvellement d’un fonctionnaire sur deux.

 

Il est clair que dans peu de temps, au rythme de l’accroissement des demandes, l’EN, qui souhaite faire des économies, devra externaliser le Conseil en Mobilité Carrière, soit pour le déléguer à des entreprises qu’elle reconnait d’intérêt général, soit vers des associations qui agissent déjà sur le front de l’insertion et de la réorientation. Je constate au niveau d’Aide aux Profs que de plus en plus de CMC, d’IEN et d’IA-IPR en charge du conseil en mobilité carrière conseillent aux enseignants qui les contactent, « de contacter Aide aux Profs », louant notre sérieux et la qualité de nos services. Une forme de reconnaissance de notre travail de précurseurs, en quelque sorte. Notre portail « aideauxprofs » enregistre autant de connexions par mois (20 à 25.000) que le portail mobilité de l’Education Nationale. Notre nouveau site « apres prof » lui, arrive en tête des résultats sur Google devant le portail mobilité de l’EN, une preuve d’un manque d’actualisation de ses données.

 

Ce qui manque cruellement actuellement, c’est un travail en profondeur, systématique, de l’analyse des compétences (savoirs, savoir-faire et savoir-être) communes entre les métiers de l’enseignement et les métiers de l’administration, dans l’Education Nationale et les autres ministères, et dans les deux autres fonctions publiques de l’Etat, et qui permettrait de concevoir de réelles passerelles entre eux. Il existe pourtant le RIME, mais pas d’outil cernant les passerelles et peu de choses facilitant. Bien que la loi instituant la seconde carrière ait déjà 12 ans d’existence. L’allongement de la durée de carrière de 4.5 années a, lui, été immédiat.

 

Les perspectives professionnelles qui s’offrent aux enseignants en cours de carrière n’ont quasiment pas changé depuis 2003 : devenir inspecteur, chef d’établissement. Changer de discipline ou de niveau quand on demande à ne plus enseigner, ce n’est guère enthousiasmant. Les viviers constitués par les CMC gonflent de plus en plus. Josette Théophile sur ma proposition avait introduit la possibilité qu’un enseignant devienne attaché d’administration par détachement. Mais cette passerelle demeure trop symbolique, à peine une vingtaine d’enseignants par an au niveau national en bénéficient. Quelques enseignants experts dans un domaine spécifique arrivent temporairement à devenir Chef de Bureau ou Chef de Bureau adjoint en administration centrale, mais cette voie est très étroite.

 

Pourtant, les carrières s’allongent de réforme des retraites en réforme des retraites, et nous avons le sentiment que l’administration de l’EN feint de ne pas s’en apercevoir, car elle craint surtout de manquer d’enseignants. Ce qui manque réellement dans ce système, c’est de l’audace, de la réactivité face aux grands défis des décennies à venir. Sans doute faudrait-il, comme le Secrétaire d’Etat Thierry Mandon le préconise, diversifier le mode de recrutement de la haute fonction publique pour que le mode de GRH et d’administration change en profondeur.

 

En 2012-2013, il n’y avait que 7% des enseignants du 1er et 2nd degré confondus à être encore en  activité à 60 ans et plus. Comment les enseignants vieilliront-ils face à leurs élèves quand il faudra massivement tenir le coup jusqu’à 65, voire 70 ans ? Quel sort réserve-t-on aux générations actuelles qui s’engagent dans le métier d’enseignant ? Il y a là un manque d’anticipation terrible, comme une fuite en avant, qui sera préjudiciable le moment venu aux individus.

 

Ce que je constate avec effroi depuis 2012-2013, c’est la diminution progressive des emplois en détachement que pouvaient occuper les enseignants. L’Education nationale est en train de saborder ses dernières réelles reconversions, en ouvrant désormais ces postes dans ses Etablissements Publics Administratifs (CIEP, CNED, CANOPE, ONISEP, CEREQ) aux agents contractuels. Le CNED a déjà vu son nombre d’enseignants détachés passer de 166 en 2006 à moins de 100 en 2013, et il y a lieu de croire qu’au rythme de la rotation des postes, les enseignants en détachement y auront disparu dans 10 ans. A CANOPE, même chose, alors que c’est actuellement le plus grand pourvoyeur d’emplois en détachement pour les enseignants (plus d’un millier).

 

De ce fait, si l’on considère ce qu’a tenté entre 2007 et 2014 l’Education nationale, on peut dire que la seconde carrière est un échec, et une grande dépense d’énergie et d’argent public pour peu de résultats probants. Les secondes carrières qu’espéraient les syndicats, et les enseignants, devaient porter sur des métiers hors enseignement.

 

De plus, et ce ne sont pas des secondes carrières durables, je déplore le manque de postes adaptés pour les enseignants en difficulté de santé, après un CLM ou un CLD. En 2012 il n’y avait que 1.257 enseignants en PACD (poste adapté de courte durée ) (26.8% de baisse par rapport à 2007), avec un ratio de 4 à 5 demandes pour une possibilité. Cela montre là aussi le manque d’anticipation de l’EN, et de l’Etat tout entier, en matière de santé au travail pour ses enseignants. Concernant les enseignants ayant obtenu un reclassement administratif, c’est symbolique : 166 en ont bénéficié en 2011, derniers chiffres connus. C’est dérisoire, par rapport aux attentes en la matière. Beaucoup trop d’enseignants sont conduits vers la retraite pour invalidité alors que d’autres voies auraient pu leur être proposées, en reconversion sur des fonctions administratives. Nous sommes entrés dans une période de gâchis des compétences des enseignants qui ne peuvent plus enseigner, faute d’investissement, de budget, de volonté constante, aussi.

 

Il me semble que si l’élève est au cœur des préoccupations des ministres qui se succèdent, la santé physique et psychique de ses enseignants devrait en faire partie.

 

Rémi Boyer

 

La circulaire du 27 novembre 2014

Les Schémas Précoces Inadaptés (SPI) (2)

Par Le 11/12/2014

http://bipolairemd2008.forum-actif.eu/t4796-pourquoi-est-il-si-difficile-de-changer-schemas-young-beck-traits-personnalite-inadaptes

Les schémas 


La définition de Young, des Schémas Précoces Inadaptés (SPI), est la suivante :

  1. . un modèle ou un thème important et envahissant,
  2. . constitué de souvenirs, d’émotions, de cognitions et de sensations corporelles,
  3. . concernant soi-même et ses relations avec les autres,
  4. . constitué au cours de l’enfance ou de l’adolescence,
  5. . enrichi tout au long de la vie de l’individu, et dysfonctionnel de façon significative. (2005, p.34).

Les Schémas Précoces Inadaptés (SPI), qui s’élaborent au cours de l’enfance et/ou de l’adolescence, continuent à s’enrichir tout au long des expériences de la vie, même s’ils sont inappropriés, s’ils ne servent plus à rien ou sont même nuisibles. 
En fait, la personne adulte qui fait l’expérience de l’activation d’un de ses schémas, vit cette expérience émotionnelle d’une façon semblable à ce qu’elle a vécu lors de l’élaboration de son schéma. 
Il est question ici de continuité cognitive, de vision stable de soi-même et du monde, même si celle-ci est en fait imprécise ou erronée. 
Notons que les schémas peuvent être positifs ou négatifs, adaptés ou inadaptés. La psychothérapie centrée sur les schémas s’intéresse aux schémas qui sont inadaptés. 
Ces schémas constituent le noyau des troubles de la personnalité, des problèmes caractérologiques et de nombreux troubles de l’Axe I du D.S.M. IV (2005, p.34).
Il est donc question d’interprétation distortionnée de la réalité que la personne a.

Caractéristiques des Schémas précoces inadaptés
Voici les 5 principales caractéristiques des Schémas Précoces Inadaptés : 

SPOILER:
  • 1) Les SPI ne sont pas tous d’origine traumatique (ex. surprotéger l’enfant) mais ils sont tous destructifs et sont principalement causés par des expériences nocives qui se sont répétées régulièrement, au cours de l’enfance et de l’adolescence.
  • 2) Les schémas sont élaborés pour se nourrir et perdurer tout au long de la vie de l’individu. On dit que les schémas se battent pour survivre. 
  • 3) Les schémas apparaissent au cours de l’enfance ou de l’adolescence en tant que représentations de l’environnement de l’enfant et sont basés sur la réalité.
  • 4) La nature dysfonctionnelle des schémas se manifeste plus tard au cours de la vie, au moment où les personnes commencent à perpétuer leurs schémas dans leurs interactions avec les autres, avec des perceptions qui ne sont plus exactes, ni adaptées.
  • 5) Les schémas sont dimensionnels, ce qui signifie qu’ils peuvent avoir différents niveaux d’envahissement et de gravité (2005, p. 35).

Événements menant aux Schémas Précoces Inadaptés 
Les expériences nocives de l’enfance sont à l’origine des SPI. Les schémas qui se développent le plus tôt et qui sont les plus forts trouvent leur origine dans la cellule familiale.
Dans une certaine mesure, la dynamique de la famille d’un enfant correspond, pour lui, à celle du vaste monde. Lorsque les patients se trouvent en tant qu’adultes dans des situations qui activent leurs SPI, ce qu’ils sont en train de vivre, correspond à un drame de leur enfance, mettant habituellement en jeu un parent.
Les schémas développés plus tard dans la vie sont généralement moins envahissants ou moins puissants.

SPOILER:
Young a observé quatre types d’expériences de vie précoces qui concourent à la constitution des schémas inadaptés :
  • 1. La frustration de besoins
    Par exemple, la frustration des besoins de stabilité, de compréhension ou d’amour contribue à la formation des schémas tels que le manque affectif ou l’abandon-instabilité.
  • 2. La traumatisation ou la victimisation
    L’enfant victimisé ou maltraité pourra développer des schémas de méfiance/abus, d’imperfection/honte ou de peur du danger ou de la maladie.
  • 3. L’excès de satisfaction des besoins
    La formation d’un schéma inadapté ne provient pas nécessairement d’un traumatisme ou de frustration de besoins. Elle peut provenir d’un excès de bonnes choses qu’il serait sain de recevoir de façon plus modérée. Par exemple, l’enfant gâté, choyé, pour qui les parents font tout ne verra pas ses besoins d’autonomie et de limites comblés et pourra développer un SPI de dépendance/incompétence ou de droits personnels exagérés/grandeur.
  • 4. L’internalisation ou l’identification sélective à des personnes importantes
    Par exemple l’enfant violenté par le parent, s’identifie à ce parent, internalise ses pensées, ses émotions et ses comportements et sera lui-même un adulte violent.

Le tempérament détermine en partie la façon dont un individu va procéder à l’identification et l’internalisation des caractéristiques d’une personne proche.
Young donne l’exemple d’un enfant au tempérament dysthymique qui ne va probablement pas internaliser le style optimiste d’un de ses parents. Le comportement du parent étant tellement contraire à la prédisposition de l’enfant, que l’enfant ne pourra l’assimiler.

Les besoins affectifs fondamentaux 
Les schémas sont la conséquence de besoins affectifs fondamentaux qui n’ont pas été comblés au cours de l’enfance et/ou de l’adolescence. Voici les cinq besoins affectifs fondamentaux de l’humain qui sont proposés :

  • 1. La sécurité liée à l’attachement aux autres (comprend la stabilité, la sécurité, l’éducation attentive et l’acceptation).
  • 2. L’autonomie, la compétence et le sens de l’identité.
  • 3. La liberté d’exprimer ses besoins et ses émotions.
  • 4. La spontanéité et le jeu.
  • 5. Les limites et l’autocontrôle.

Ces besoins sont universels et un individu sain, sur le plan psychologique, est une personne qui parvient à combler de façon adaptée ses besoins affectifs fondamentaux.
Le but de la Thérapie des Schémas est d’aider les personnes à trouver des moyens adaptés pour satisfaire leurs besoins affectifs fondamentaux. C’est la finalité de toutes nos interventions.

Le rôle du tempérament émotionnel 
Comme la plupart des parents le réalisent assez vite, chaque enfant a, de façon innée, un tempérament unique et distinctif. Certains enfants sont plus irritables, d’autres sont plus timides, d’autres plus agressifs, etc. 
Les recherches sur les traits du tempérament présents au cours de l’enfance ont montré qu’ils étaient remarquablement stables au cours du temps.
Young propose sept dimensions hypothétiques pour le tempérament émotionnel, dimensions innées et relativement non modifiables par la seule psychothérapie :
Émotif ----------------------------Aréactif
Dysthymique ---------------------Optimiste
Anxieux ---------------------------Calme
Obsessionnel ---------------------Distractif
Passif -----------------------------Agressif
Irritable --------------------------Jovial
Timide ----------------------------Social
Le tempérament émotionnel interagit avec les situations difficiles de l’enfance pour former les schémas.

LES DOMAINES DE SCHEMAS ET LES SCHEMAS PRECOCES INADAPTES 
Dans ce modèle, 18 schémas sont regroupés en 5 grandes catégories de besoins affectifs non comblés, les cinq « domaines de schémas».

A- Domaine de la séparation et du rejet 
Le patient est convaincu que ses attentes concernant les besoins de sécurité, de stabilité, d’empathie, d’expression des émotions, d’acceptation et de respect ne seront pas comblés. La famille d’origine typique de ce genre de schéma est caractérisée par le détachement, la froideur, le rejet, la solitude, les refus, l’explosion des émotions ainsi que par son caractère imprévisible et abusif.

SPOILER:
1) Schéma de l’abandon/instabilité
La personne perçoit une instabilité dans la relation aux personnes signifiantes. De plus, elle a l’impression que les gens importants de sa vie ne continueront pas à être là, car ils sont non prévisibles émotionnellement, ils ne sont présents que sporadiquement, ils vont mourir ou ils quitteront la personne pour une autre personne meilleure. Tels sont les a prioris qu’a la personne ayant un tel SPI.

2) Schéma de la méfiance et de l’abus
La personne ayant ce schéma a la conviction, que lorsqu’ils en auront l’occasion, les autres vont les utiliser à leurs fins égoïstes. Par exemple, ils vont abuser, heurter, humilier, tromper ou manipuler le patient. 

3) Schéma de la carence affective
La personne anticipe que ses propres désirs, dans une relation affective, ne seront jamais adéquatement comblés.
Il y a trois types de carences :
  • A) Manque de soin (absence d’affection)
  • B) Manque d’empathie (absence d’écoute et de compréhension)
  • C) Manque de protection (absence de guidance et de soutient par les autres).
La personne peut avoir souffert d’un, de deux ou de trois types de carences à la fois.

4) Schéma de l’imperfection et de la honte
Le patient a le sentiment qu’il est mauvais, inférieur, sans valeur, imparfait et non aimable. Le schéma augmente habituellement le sentiment de la honte en regard de ses perceptions auto-dépréciatrices. L’imperfection peut être privée (égoïsme, pulsions agressives, désirs sexuels inacceptables, manque de talent, d’intelligence, de créativité etc.), ou publique (non attirant physiquement, maladroit socialement). 

5) Schéma d’exclusion 
La personne a l’impression d’être différente des autres, ou de ne pas faire partie de la société ou du groupe. Typiquement, le patient ayant ce schéma ne sent pas qu’il peut appartenir à aucun groupe dans la communauté. 

B- Domaine de l’autonomie et des performances altérées 
L’autonomie est l’habileté à se séparer de sa famille et de fonctionner indépendamment d’une façon comparable aux gens de son groupe d’âge. Quand ces personnes étaient des enfants, leurs parents faisaient tout pour eux et les surprotégeaient, ou à l’opposé (mais c’est plus rare) s’occupaient à peine d’eux. Les deux extrêmes peuvent mener à des problèmes d’autonomie. Ces personnes n’arrivent pas à devenir des adultes dans la vie.

SPOILER:
6) Schéma de dépendance/incompétence
Les patients au prise avec ce schéma se sentent incapables d’assumer leurs responsabilités quotidiennes sans une aide substantielle des autres. Par exemple, ils n’arrivent pas à gérer leur argent, à résoudre des problèmes concrets, à user de bon jugement, à entreprendre de nouvelles tâches ou à prendre des décisions adéquates. Il n’est pas ici question de dépendance affective émanant de schémas d’abandon et/ou de carence affective mais plutôt de dépendance fonctionnelle.

7) Schéma de vulnérabilité (peur du danger ou de la maladie)
Ce schéma est caractérisé par une crainte excessive qu’une catastrophe ne survienne à n’importe quel moment et avec laquelle il ne pourrait pas « survivre ». 
Il y a trois types de peurs :
  • 1. Reliée à la santé : crise cardiaque, sida, etc.
  • 2. Reliée aux émotions : perdre la raison, perdre le contrôle, etc.
  • 3. Reliée aux catastrophes naturelles ou à des phobies (ascenseurs, crimes, avions, tremblements de terre, etc.)

8 ) Schéma de fusion/ soi peu développé
Ces patients étaient souvent surinvestis par leurs parents au détriment de leur individualisation et de leur développement social. Ces patients croient fréquemment que l’une des personnes de la relation fusionnelle ne peut vivre sans l’autre. 

9) Schéma d’échec
Ce schéma est caractérisé par la croyance que le patient échouera inévitablement dans des secteurs où il doit performer (études, profession, sport) et qu’il sera fondamentalement inadéquat comparativement à ses pairs. 

Nous pouvons faire ici un parallèle entre le schéma d’imperfection et le schéma d’échec : avec le schéma d’imperfection, il est question d’une imperfection de l’être (mauvais, inférieur, sans valeur, imparfait et non aimable), alors qu’avec le schéma d’échec, il est question d’une incompétence du faire (performance : études, travail, sport, etc.).

C- Le domaine des limites déficientes
Les patients avec ces schémas n’ont pas développé des limites internes adéquates au sujet de la réciprocité et de l’autodiscipline. Ils ont de la difficulté à respecter les droits des autres, à coopérer, à remplir leurs engagements ou à rencontrer leurs buts à long terme. Ces patients se présentent souvent comme égoïstes, gâtés, irresponsables ou narcissiques. Ils ont grandi typiquement dans des familles qui étaient très permissives et indulgentes. Comme adulte, ils manquent de capacité à restreindre leurs impulsions et à retarder les gratifications immédiates au nom de bénéfices futurs.

SPOILER:
10) Schémas des droits personnels exagérés / de grandeur (Tout m’est dû)
Schéma caractérisé par la croyance que le patient est supérieur aux autres et qu’il peut avoir des droits ou des privilèges particuliers.
Ces patients ne se sentent pas liés par les règles de réciprocité qui guident les interactions sociales normales. Ils insistent souvent sur le fait qu’ils devraient pouvoir faire ce qu’ils veulent, sans égard au prix que les autres auraient à payer pour leurs privilèges. Ces patients sont souvent exigeants envers les autres, dominants et manquant d’empathie. 
Ce schéma pourrait aussi être une forme de surcompensation à un autre schéma, tel carence affective.

11) Schéma de discipline personnelle et maîtrise de soi insuffisantes 
Ces patients n’arrivent pas à exercer un auto-contrôle suffisant et une tolérance à la frustration qui leur permettraient d’atteindre leurs buts. Ils n’arrivent pas à réguler l’expression de leurs émotions et de leurs impulsions. 

D- Domaine de la centration sur autrui 
Dans les schémas de ce domaine, les patients mettent une emphase excessive vers la satisfaction des besoins des autres, plutôt que vers leurs propres besoins et préférences. 
Ils font ça dans le but d’avoir l’approbation, de maintenir une relation ou pour éviter les représailles. Comme enfants, ils n’étaient pas libres de suivre leurs désirs naturels.
Comme adultes, plutôt que d’être guidés par eux-mêmes, ils se laissent guider par les désirs des autres.
La famille d’origine typique de ces patients est caractérisée par l’acceptation conditionnelle, c’est-à-dire que l’enfant doit restreindre d’importants aspects de lui-même pour obtenir de l’amour et de l’approbation. 

SPOILER:
12) Schéma d’assujettissement
Les patients victimes de ce schéma démontrent une excessive capitulation au contrôle des autres, car ils s’y sentent contraints. La fonction de l’assujettissement est habituellement d’éviter la rage, les représailles ou l’abandon. Les deux formes majeures sont l’assujettissement des besoins (suppression des préférences et des désirs personnels) et l’assujettissement des émotions (suppression de ses propres réponses émotives, principalement de la rage). L’assujettissement mène souvent à une accumulation de la rage qui se manifeste par différents symptômes tels que les comportements passifs-agressifs, les crises incontrôlables, les symptômes psychosomatiques et l’évitement de l’affection. 

13) Schéma de sacrifice de soi
Les patients ayant se schéma, tentent volontairement de satisfaire les besoins des autres au détriment de leurs propres besoins. Ils agissent ainsi dans le but d’épargner de la douleur aux autres, éviter la culpabilité, gagner de l’estime personnelle ou maintenir une relation émotive avec une personne qu’ils perçoivent significative. Ces patients expriment une sensibilité aiguë aux souffrances de l’autre. Ce schéma augmente la sensation que les besoins personnels ne sont pas rencontrés adéquatement, ce qui mène à l’amertume. 

14) Schéma de recherche d’approbation
Ce schéma est caractérisé par une valorisation dans l’obtention de l’approbation et de la reconnaissance des autres, au détriment du développement d’une identité sécure et authentique. L’estime personnelle dépend ici des autres plutôt que de sa propre évaluation. Ce schéma inclus souvent une préoccupation excessive du statut social, de l’apparence, de la richesse, et du succès dans l’optique d’obtenir l’approbation et la reconnaissance. 

E- Domaine de la vigilance à outrance et de l’inhibition 
Les patients ayant des schémas dans ce domaine suppriment leurs sentiments spontanés et leurs impulsions.
Ils s’efforcent souvent d’instaurer des règles rigides et internes au sujet de l’expression de leur joie, de l’expression de soi, de la relaxation, de leurs relations et de leur bonne santé.
L’origine de ces schémas vient d’une enfance sévère, réprimée, stricte où l’auto-contrôle et l’abnégation prédominaient sur la spontanéité et le plaisir. Dans l’enfance, les parents n’encourageaient pas les jeux et le plaisir. 

SPOILER:
15) Schéma négativisme / pessimisme
Ce schéma est caractérisé par une vision envahissante et constante des aspects négatifs de la vie (douleur, mort, pertes, désappointements, conflits, trahisons, catastrophes) tout en minimisant les aspects positifs.
Dû au fait que le patient exagère le potentiel négatif des événements, ce dernier est souvent caractérisé comme étant soucieux, inquiet, hypervigilant, plaignard et indécis.

16) Schéma d’inhibition émotionnelle
Le patient exerce ici un contrôle excessif sur ses actions, sentiments et affirmations. Il se restreint dans le but de prévenir la critique ou la perte de contrôle de ses impulsions. 
Les quatre secteurs les plus concernés sont :
  • . l’inhibition de la colère et de l’agressivité,
  • . le contrôle des impulsions positives (sentiments affectifs, sexualité, amusement, etc.),
  • . la difficulté à reconnaître ses faiblesses et sa vulnérabilité, la difficulté à exprimer ses sentiments ou besoins.
  • . l’importance excessive accordée à la raison par rapport aux émotions.

17) Schéma d’exigences élevées
Ce schéma est caractérisé par une préoccupation à correspondre à de hauts standards, habituellement dans le but d’éviter la désapprobation ou la honte.
Ce schéma résulte en une pression constante et une critique continue envers soi-même et les autres.
Pour être considérées comme un schéma, ces caractéristiques doivent créer une détérioration importante au sujet de la santé du patient, de son estime personnelle, de ses relations ou de ses expériences plaisantes. 
Ce schéma se manifeste typiquement par,
  • 1) du perfectionnisme (besoin de bien faire les choses, porter une attention excessive aux détails, sous-estimer son niveau de performance),
  • 2) des règles rigides (les « il faut » dans plusieurs secteurs de la vie, incluant des standards non réalistes de morale, de culture ou de religion) 
  • 3) une préoccupation au sujet du temps et de l’efficacité (il faut toujours faire vite et mieux).

Ce schéma peut aussi être, une stratégie de contre-attaque du schéma d’échec, d’imperfection ou d’exclusion, ou une réponse aux introjections parentales (mode du parent exigeant).

18) Schéma de punition
Ce schéma est caractérisé par une conviction que les gens peuvent être punis s’ils font des erreurs.
Ce schéma augmente la tendance à être exigeant et intolérant avec les gens (ainsi qu’avec soi-même), si les standards ne sont pas rencontrés.
Il inclut habituellement une difficulté à pardonner les erreurs, car le patient est peu enthousiaste à considérer les circonstances atténuantes à tolérer les imperfections humaines ou à considérer les intentions de l’autre.

LES STRATEGIES D’ADAPTATION DYSFONCTIONNELLES 
Les trois styles d’adaptation sont l’équivalent de la réaction de tout organisme devant une menace, soit la bataille, la fuite ou la capitulation (fight or flight or freeze).
En terme de styles d’adaptation, on parle de compensation (la bataille - fight), d’évitement (la fuite - flight) et de soumission (la capitulation - freeze).

Le mode de la soumission se traduit par « l’abdicataire conciliant ». Dans ce mode, la personne se soumet au schéma, se positionne dans la passivité, l’impuissance et la soumission. Elle accepte le schéma et ce qu’il porte comme étant vrai. Par exemple, la personne qui a un schéma de carence affective et qui s’y soumet pourra, une fois adulte, choisir un conjoint qui donne peu d’affection et ne comblera pas ses besoins. Dans cette relation, la personne carencée sera passive et accommodante. 
La stratégie de soumission (capitulation) va s’opérationnaliser par des comportements de soumission, de dépendance, de recherche d’affiliation, de passivité, de subordination, d’évitement des conflits et de tentatives incessantes de faire plaisir à l’autre. 

Le mode de l’évitement est « le protecteur détaché » (ou le « détachement protecteur »…): la personne qui utilise l’évitement du schéma comme style d’adaptation tente d’arranger sa vie de façon à ne jamais activer le schéma. Elle essaie de vivre sans avoir conscience du schéma, comme si celui-ci n’existait pas. Elle évite d’y penser. Elle évite de le ressentir. Par exemple, la même personne qui a un schéma de carence affective pourra, une fois adulte, éviter les relations intimes : pas de conjoint(e), pas ou peu d’amis. Elle n’a pas de difficultés relationnelles puisqu’elle n’est pas en relation. Elle évite les relations. L’évitement permet de ne pas ressentir le schéma et, par le fait même, en permet le maintien.

Le mode de la contre-attaque se traduit par le « surcompensateur » : la personne qui compense son schéma combat par des pensées, des émotions, des comportements et des styles relationnels qui correspondent à l’opposé du schéma.
Ainsi, la personne se bat contre son schéma, combat son schéma, agit sur son schéma comme pour prouver et se prouver le contraire des croyances et prévisions de son schéma, mais fait cela d’une façon qui peut être inadaptée.
Par exemple, la personne qui a un schéma de carence affective pourra, une fois adulte, avoir un conjoint et deux amants, un grand réseau social, être présidente de sa compagnie, avoir une immense maison, trois automobiles à la porte, etc. Elle pourra être affectivement exigeante avec ses proches et ses partenaires. Cette compensation ou cette contre-attaque permet à la personne de ne pas être en contact avec ses croyances personnelles, avec ses schémas, ce qui permet le maintien de ces croyances et schémas.
Plus spécifiquement, la stratégie d’adaptation de contre-attaque, la surcompensation, pourra s’opérationnaliser par des comportements d’agressivité, d’hostilité, de domination, d’affirmation de soi excessive, par de la recherche de reconnaissance, de la recherche de statut, par de la manipulation, par de l’exploitation des gens, par des comportements passif-agressifs, des attitudes rebelles et par des comportements obsessifs.

SPOILER:
Comme nous venons de le voir plus haut, les stratégies inconscientes sont la compensation (la bataille, la contre-attaque), l’évitement (la fuite) et la soumission (la capitulation). 
Une personne peut n’utiliser qu’une stratégie pour composer avec ses schémas. Mais, très souvent, la personne développera différentes stratégies pour les différents schémas réactivés dans différentes situations.
L’évitement et la contre-attaque permettent à la personne de ne pas ressentir et de ne pas faire l’expérience de son schéma et en permet ainsi la perpétuation.
Les stratégies font partie des « modes » que nous verrons plus loin, mais elles se personnifieront pour aider le client à s’y identifier plus facilement :
  • . pour la stratégie de compensation, nous parlerons du mode surcompensateur
  • . pour la stratégie d’évitement, du mode protecteur détaché
  • . pour la stratégie de soumission, du mode de l’abdicataire conciliant.

Cette manière de « personnifier » les stratégies en modes, permettra de travailler, avec, ou sur celles-ci, lors de visualisations. Par exemple, nous pourrons ainsi travailler sur la stratégie d’évitement, en aidant le client à rencontrer son « protecteur détaché ».

LES MODES DE SCHÉMAS
Les modes de schémas sont « les états émotionnels et les réponses d’adaptation instantanés – adaptés ou dysfonctionnels – dont nous faisons tous l’expérience » (Young, 2003). Ils sont l’opération des schémas.
Ces modes sont activés par différentes situations ou événements de la vie auxquels nous sommes particulièrement sensibles et qui « déclenchent » certains de nos schémas.

Young et ses collaborateurs ont identifié dix modes qui sont regroupés en quatre grandes catégories : les modes de l’enfant (quatre modes), les modes du parent dysfonctionnel (deux modes), le mode de l’adulte sain et les modes des styles d’adaptation dysfonctionnels. Comme nous venons de voir ces trois derniers modes dans la section « Les stratégies d’adaptation dysfonctionnelles », nous ne reprendrons donc pas inutilement leur présentation.

Les modes de l’enfant

SPOILER:
L’enfant vulnérable 
Ce mode est expérimenté dans la plupart des schémas centraux, soit ceux de l’enfant abandonné, de l’enfant abusé, de l’enfant privé d’affection et de l’enfant rejeté.
L’enfant en colère
Ce mode est déclenché lorsque les besoins émotionnels et/ou physiques de base ne sont pas satisfaits : la colère devient alors une réponse aux besoins non comblés.
L’enfant impulsif/indiscipliné 
Ce mode est caractérisé par l’expression sans retenue de la tendance naturelle des pulsions et des désirs du moment, sans souci des conséquences pour la personne ou pour les autres.
L’enfant heureux (spontané) 
Ce mode est l’expression des besoins affectifs fondamentaux, comblés.

Les modes du parent dysfonctionnel

SPOILER:
Le parent punitif 
Lorsqu’elle est dans ce mode la personne cherche à punir ou à se punir lorsque les choses ne se passent pas comme elles le devraient. Ce mode a été introjecté à partir d’un parent qui a été punitif.
Le parent exigeant
Ce mode pousse (« pushes and pressures ») continuellement la personne pour qu’elle atteigne des normes qui sont excessivement élevées. Il a également été introjecté à partir d'un parent réel qui a été exigeant.

Le mode de l’adulte sain

SPOILER:
L’objectif de la thérapie est de favoriser la croissance de ce mode, tout en apprenant au patient à modérer, à reconnaître ou à guérir les autres modes.

RÉSUMÉ ET CONCLUSION
Les Schémas Précoces Inadaptés (SPI) sont donc des thèmes envahissants qui sont issus du scénario de la personne, de son enfance et/ou de son adolescence.
Ils sont des représentations de soi en relation avec les autres.
Ils n’ont pas à être symbolisés, verbalisés ou conscients.
Les SPI sont souvent très primitifs, préverbaux (catégorisés avant d’être conscientisés). 
Ces SPI ont tendance à se perpétuer (besoin de cohérence du soi) et sont très difficiles à modifier. Plus ils seront élaborés tôt et plus ils seront difficiles à modifier. 
Les schémas du premier domaine, « séparation et rejet » (enjeux d’attachement) sont aussi généralement plus difficiles à modifier.
Ainsi, on pourra modifier certains SPI et on pourra gérer certains autres.
Lorsqu’ils sont réactivés, les SPI sont déclenchés avec l’univers émotionnel du patient, avec la structure cognitive du stade de développement dans lesquels ils ont été créés.
Le SPI structure et anticipe la situation.
Il est ici question des types d’interprétations de la réalité qu’a la personne et des prévisions que ses schémas l’amèneront à faire des événements de sa vie. À ce jour, J.Young a défini 18 schémas. 

Pour travailler sur les SPI, la Thérapie des Schémas a élaboré un protocole d’intervention qui est en deux étapes : une première étape de diagnostic et information et une deuxième étape de changement.
Au cours de ces étapes, le thérapeute utilisera des outils cognitifs, expérientiels, comportementaux et relationnels.

SPOILER:


En terminant, nous savons que nous ne pouvons réellement résumer complètement une approche en quelques pages.
Nous espérons quand même avoir pu intéresser quelques-un(e)s d’entre vous et souhaitons que vous continuiez à suivre l’évolution de cette approche en lisant les écrits qui sont maintenant disponibles (bibliographie plus bas) ou en suivant une des formations que Jeff Young (par exemple au New England Educational Institute) ou que Pierre Cousineau (Ph.D.) donnent régulièrement.
Aussi, la Thérapie des Schémas étant une jeune approche qui suscite un très grand intérêt, de plus en plus de recherches sont faites à partir de ces bases théoriques. Plusieurs lectures d’intérêt sont à venir…

n.b. Le présent texte est inspiré des notes de formation de M.Pierre Cousineau (PhD.) et de M.Jeffrey E.Young (PhD.) ainsi que des livres Je réinvente ma vie et La thérapie des schémas de Jeffrey E.Young.

BIBLIOGRAPHIE
Young, J., Klosko, J. (1993, 2003). Je réinvente ma vie. Les éditions de l’homme. La thérapie des schémas - Approche cognitive des troubles de la personnalité - Éd. Boeck.
Young, J., Klosko, J. (1993). Reinventing Your Life: The Breakthough Program to End Negative Behavior...and Feel Great Again. Published by PLUME, a member of penguin Putnam Inc. Previously published in a Dutton edition.
Young, J., , Weishaar, M., Klosko, J. (2003). Schema Therapy: A Practitioner's Guide. The Guilford press.
Young, J., , Weishaar, M., Klosko, J. (2003, 2005). La thérapie des schémas. Traduction de Bernard Pascal. Éditions de boeck.


© 2004-2012 Luc Sévigny & Josée Jobin. Tous droits réservés

 

Thérapie cognitive (5)

Par Le 11/12/2014

Annexe 3

La thérapie des schémas de Jeffrey Young. Pertinente pour les troubles de la personnalité, elle se propose d’identifier les schémas précoces (règles guidant les jugements sur soi-même et le monde), et d’effectuer une réparation des carences affectives. Lors d’une thérapie individuelle de face à face qui se déroule une ou deux fois par semaine, le thérapeute cherche tout d’abord à consolider une bonne alliance thérapeutique. Il va ensuite mettre au jour les schémas cognitifs, et les stratégies inadaptées que le sujet utilise pour leur faire face. SciencesHumaines.com - Grands Dossiers N° 15 - juin-juillet-août 2009 - Les psychothérapies


QUESTIONNAIRE DES SCHÉMAS DE YOUNG (YSQ – L3)
Jeffrey Young, Ph.D.
Nom Date :
Instructions
Vous allez trouver ci-dessous des affirmations pouvant être utilisées par une personne
pour se décrire elle-même. Nous vous prions de lire chaque affirmation et d’évaluer dans
quelle mesure elle constitue une bonne description de vous-même. Lorsque vous hésitez,
basez votre réponse sur ce que vous ressentez émotionnellement, et non pas sur ce que
vous pensez rationnellement être vrai pour vous.
Si vous le désirez, reformulez l’affirmation de telle sorte qu’elle vous corresponde encore
mieux. Choisissez ensuite entre 1 et 6 la cote la plus élevée vous décrivant le mieux et
inscrivez-la dans l’espace précédant chaque affirmation.



Échelle de cotation :
1. Cela est complètement faux pour moi.
2. Le plus souvent faux pour moi.
3. Plutôt vrai que faux pour moi.
4. Assez vrai pour moi.
5. Le plus souvent vrai pour moi.
6. Me décrit parfaitement.



1. _______ Les autres n’ont pas satisfait mes besoins affectifs.
2. _______ Je n’ai pas reçu suffisamment d’amour et d’attention.
3. _______ Dans l’ensemble, je n’ai eu personne sur qui compter pour recevoir des
conseils ou du soutien affectif.
4. _______ La plupart du temps, je n’ai eu personne pour m’aider à grandir, pour
partager son univers intérieur avec moi, ou qui se soucie profondément de
tout ce qui m’arrive.
5. _______ Pour la plus grande partie de ma vie, je n’ai eu personne qui veuille être près
de moi et passer beaucoup de temps avec moi.
6. _______ En général, les autres n’ont pas été présents pour me prendre dans leurs
bras, pour me donner de la chaleur et de l’affection.
7. _______ Pour la plus grande partie de ma vie, je n’ai jamais eu le sentiment que je
représentais quelqu’un d’important pour quelqu’un d’autre.
8. _______ En grande partie, je n’ai eu personne qui m’écoute réellement, me
comprenne et soit sensible à mes besoins et mes sentiments véritables.
9. _______ J’ai rarement eu une personne forte pour me donner de bons conseils
ou pour me guider lorsque je ne savais pas quoi faire.©2008 Les Éditions de la Chenelière La thérapie cognitivo-comportementale : théorie et pratique 4
*(ed)
10. ______ Je suis préoccupé(e) par le fait que les gens que j’aime vont mourir bientôt
même s’il y a peu de raisons médicales à ma préoccupation
11. ______ Je m’accroche aux gens dont je suis proche par peur qu’ils ne me quittent.
12. ______ Je crains que les gens dont je me sens proche ne me quittent ou ne
m’abandonnent.
13. ______ J’ai le sentiment de manquer d’une base stable qui me soutienne
affectivement.
14. ______ Je n’ai pas l’impression que les relations importantes dureront : je m’attends
à ce qu’elles finissent.
15. ______ Je me sens « accro » aux partenaires qui ne peuvent pas s’engager avec moi
de façon stable.
16. ______ Je finirai seul(e).
17. ______ Quand je sens que quelqu’un à qui je tiens s’éloigne de moi, je deviens
désespéré(e).
18. ______ Quelquefois j’ai tellement peur que les gens m’abandonnent que je les
repousse.
19. ______ Je deviens bouleversé(e) quand quelqu’un me laisse seul(e) même pour
une courte période.
20. ______ Je ne peux compter sur la présence régulière de ceux qui me soutiennent.
21. ______ Je ne peux me permettre d’être vraiment proche des autres car je ne
peux être sûr(e) qu’ils seront toujours là.
22. ______ Il me semble que les personnes importantes dans ma vie sont toujours
en train de venir et de repartir.
23. ______ J’ai très peur que les personnes que j’aime ne trouvent quelqu’un d’autre
qu’elles préfèrent et qu’elles m’abandonnent.
24. ______ Les gens qui me sont proches ont toujours été très imprévisibles : un
moment ils sont disponibles et gentils, puis, ils sont fâchés, contrariés,
querelleurs, préoccupés par eux-mêmes…
25. ______ J’ai tellement besoin des autres que j’ai peur de les perdre.
26. ______ Je ne peux être moi-même ou exprimer ce que je ressens véritablement,
sinon les autres vont me quitter.
*(ab)
27. ______ J’ai l’impression que les autres vont profiter de moi.
28. ______ J’ai souvent l’impression que je dois me protéger des autres.
29. ______ J’ai l’impression que je dois être sur mes gardes en présence des autres
sinon ils me blesseront intentionnellement.
30. ______ Si une personne est aimable avec moi, je suppose qu’elle cherche à
obtenir quelque chose.
31. ______ Ce n’est qu’une question de temps avant que quelqu’un me trahisse.
32. ______ La plupart des gens pensent uniquement à eux.
33. ______ J’ai la plus grande difficulté à faire confiance aux autres.
34. ______ Je suis très méfiant(e) quant aux motivations des autres.
35. ______ Les autres sont rarement honnêtes, ils ne sont pas en général ce qu’ils
paraissent.©2008 Les Éditions de la Chenelière La thérapie cognitivo-comportementale : théorie et pratique 5
36. ______ Je m’interroge habituellement sur les véritables intentions des autres.
37. ______ Si je pense que quelqu’un cherche à me blesser, je cherche à le
blesser en premier.
38. ______ Les autres habituellement doivent faire leurs preuves avant que je leur
accorde ma confiance.
39. ______ Je teste les autres pour voir s’ils me disent la vérité ou s’ils sont bien
intentionnés.
40. ______ Je souscris à la croyance : « Contrôle ou tu seras contrôlé(e).»
41. ______ Je me mets en colère quand je pense aux façons dont j’ai été maltraité(e)
par les autres tout au long de ma vie.
42. ______ Tout au long de ma vie, mes proches ont profité de moi et m’ont utilisé(e)
à leurs propres desseins.
43. ______ J’ai été physiquement, émotionnellement, ou sexuellement abusé(e) par
des personnes importantes de ma vie.
*(ma)
44. ______ Je ne suis pas adapté(e).
45. ______ Je suis fondamentalement différent(e) des autres.
46. ______ Je suis à part; je suis un(e) solitaire.
47. ______ Je me sens étranger(ère) aux autres.
48. ______ Je me sens isolé(e) et seul(e).
49. ______ Je me sens toujours à l’extérieur des groupes.
50. ______ Personne ne me comprend vraiment.
51. ______ Ma famille a toujours été différente des autres familles.
52. ______ J’ai parfois le sentiment d’être un étranger.
53. ______ Si je disparaissais demain, personne ne le remarquerait.
*(si)
54. ______ Aucun homme ou femme que je désire ne pourrait m’aimer une fois
qu’il(elle) aurait vu mes défauts.
55. ______ Aucune personne que je désire ne pourrait rester proche de moi si
elle savait qui je suis réellement.
56. ______ Je suis fondamentalement imparfait(e) et marqué(e) par un défaut.
57. ______ Même si je me donne le plus grand mal, je sens qu’il ne me sera pas
possible d’obtenir le respect d’un homme ou d’une femme important(e) et
de sentir que j’ai de la valeur.
58. ______ Je ne mérite pas l’amour, l’attention et le respect des autres.
59. ______ J’ai le sentiment d’être quelqu’un que l’on ne peut pas aimer.
60. ______ Je suis trop fondamentalement inacceptable pour me révéler aux autres.
61. ______ Je ne pourrais pas affronter les gens, s’ils découvraient mes défauts
fondamentaux.
62. ______ Lorsque les gens m’apprécient, j’ai l’impression de les duper.
63. ______ Je suis souvent attiré(e) par les gens qui sont très critiques envers moi ou
qui me rejettent.
64. ______ J’ai des secrets que je ne veux pas que mes proches découvrent.
65. ______ C’est de ma faute si mes parents n’ont pas pu m’aimer suffisamment.
66. ______ Je ne laisse pas les gens connaître ce que je suis réellement.©2008 Les Éditions de la Chenelière La thérapie cognitivo-comportementale : théorie et pratique 6
67. ______ Une de mes plus grandes peurs est que mes défauts deviennent publics.
68. ______ Je ne puis comprendre comment qui que ce soit pourrait m’aimer.
*(ds)
69. ______ Presque rien de ce que je fais au travail (ou à l’école) n’est aussi bon que
ce que font les autres.
70. ______ Je suis incompétent(e) quand il s’agit de réussir.
71. ______ La plupart des gens sont plus doués que moi en ce qui concerne le travail
(ou l’école) et la réussite.
72. ______ Je suis un(e) raté(e).
73. ______ Je n’ai pas autant de talent que les autres au travail (ou à l’école).
74. ______ Je ne suis pas aussi intelligent(e) que la plupart des gens quand il s’agit du
travail (ou de l’école).
75. ______ Je suis humilié(e) par mes échecs ou mes insuffisances dans le monde du
travail (ou de l’école).
76. ______ Je suis souvent mal à l’aise avec les autres, car je ne les vaux pas en
termes de réussites.
77. ______ Je compare souvent mes réalisations à celles des autres et je trouve qu’ils
réussissent beaucoup mieux.
*(fa)
78. ______ Je ne me sens pas capable de me débrouiller par moi-même dans la vie
de tous les jours.
79. ______ J’ai besoin des autres pour m’aider à m’en sortir.
80. ______ Je n’ai pas le sentiment que je puisse bien m’adapter par moi-même.
81. ______ Je crois que les autres peuvent prendre soin de moi mieux que je ne le
peux moi-même.
82. ______ J’ai des difficultés à prendre en charge de nouvelles tâches en dehors du
travail à moins que quelqu’un ne me guide.
83. ______ Je me considère comme une personne dépendante en ce qui concerne la
vie de tous les jours.
84. ______ Je bousille tout ce que j’entreprends, même à l’extérieur du travail (ou de
l’école).
85. ______ Je suis stupide dans la plupart des domaines de la vie.
86. ______ Si je me fie à mon jugement dans la vie de tous les jours, je vais prendre la
mauvaise décision.
87. ______ Je manque de bon sens.
88. ______ On ne peut se fier à mon jugement dans les situations quotidiennes.
89. ______ Je n’ai pas confiance dans ma capacité à résoudre les problèmes qui se
posent tous les jours.
90. _____ Je pense avoir besoin de quelqu’un sur qui je puisse compter pour me
donner des conseils sur les questions pratiques.
91. _____ Je me sens plus un(e) enfant qu’un(e) adulte quand il s’agit de prendre en
main les responsabilités quotidiennes.
92. _____ Je me sens dépassé(e) par les responsabilités de tous les jours.©2008 Les Éditions de la Chenelière La thérapie cognitivo-comportementale : théorie et pratique 7
*(di)
93. _____ Il ne me semble pas possible d’échapper au sentiment que quelque chose
de mauvais va bientôt se passer.
94. _____ J’ai l’impression qu’un désastre naturel, criminel, financier ou médical
pourrait frapper à tout moment.
95. _____ J’ai peur de devenir un(e) sans domicile fixe ou un(e) mendiant(e).
96. _____ J’ai peur d’être attaqué(e).
97. _____ Je prends de grandes précautions pour éviter de tomber malade ou d’être
blessé(e).
98. _____ J’ai peur d’avoir une maladie grave, même si rien de sérieux n’a été
diagnostiqué par un médecin.
99. _____ Je suis quelqu’un de peureux(se).
100. _____ Je me soucie beaucoup de ce qui va mal dans le monde : le crime,
la pollution, etc.
101. _____ J’ai souvent le sentiment que je pourrais devenir fou (folle).
102. _____ J’ai souvent l’impression que je vais avoir une crise d’angoisse.
103. _____ J’ai souvent peur d’avoir une crise cardiaque ou un cancer, même s’il y a peu
de raisons médicales de s’en soucier.
104. _____ Je pense que le monde est un endroit dangereux.
*(vu)
105. _____ Je n’ai pas pu me séparer de ma mère ou de mon père comme semblent
le faire les gens de mon âge.
106. _____ Mes parents et moi avons tendance à être sur-impliqués dans nos vies et
nos problèmes réciproques.
107. _____ Il est très difficile, pour mes parents et moi-même, de garder secrets,
chacun pour soi, certains détails intimes, sans nous sentir trahis ou
coupables.
108. _____ Mes parents et moi devons nous parler presque tous les jours, sinon l’un
de nous se sent coupable, blessé(e), déçu(e), ou seul(e).
109. _____ J’ai souvent l’impression de ne pas avoir une identité distincte de celle de
mes parents ou de mon partenaire.
110. _____ J’ai souvent l’impression que mes parents vivent à travers moi — je n’ai pas
une vie qui me soit propre.
111. _____ Il m’est vraiment ardu de maintenir une distance vis-à-vis des gens dont je
suis intime; il m’est difficile de me sentir une personne séparée.
112. _____ Je suis tellement lié(e) à mon partenaire ou à mes parents que je ne sais
pas vraiment qui je suis ou ce que je veux.
113. _____ J’éprouve des difficultés à distinguer mon point de vue ou mon opinion de
ceux de mes parents ou de mon partenaire.
114. _____ J’ai souvent l’impression de ne pas avoir d’intimité par rapport à mes
parents ou mon partenaire.
115. _____ Je sens que mes parents seraient vraiment peinés si je vivais seul(e), loin
d’eux.©2008 Les Éditions de la Chenelière La thérapie cognitivo-comportementale : théorie et pratique 8
*(eu)
116. _____ Je laisse les autres faire ce qu’ils veulent, car j’ai peur des conséquences.
117. _____ Je pense que si je fais ce que je veux, je cours après les problèmes.
118. _____ Je sens que je n’ai pas d’autre choix que de me soumettre aux souhaits
des autres, sinon ils exerceront des représailles ou me rejetteront d’une
façon ou d’une autre.
119. _____ Dans mes relations, je laisse l’autre avoir le dessus sur moi.
120. _____ Je laisse toujours les autres choisir à ma place, si bien que je ne sais pas
vraiment ce que je veux moi-même.
121. _____ J’ai le sentiment que les décisions importantes de ma vie n’étaient pas
vraiment les miennes.
122. _____ Je me soucie beaucoup de plaire aux autres, pour qu’ils ne me rejettent
pas.
123. _____ J’ai beaucoup de difficultés à exiger que mes droits soient respectés et que
mes sentiments soient pris en compte.
124. _____ Plutôt que manifester ouvertement ma colère, je me venge dans des
petites choses.
125. _____ Je vais tolérer beaucoup plus de choses que la plupart des gens afin
d’éviter une confrontation.
*(sb)
126. _____ Je fais passer les besoins des autres avant les miens, sinon je me sens
coupable.
127. _____ Je me sens coupable si je laisse tomber les autres ou si je les déçois.
128. _____ Je donne davantage aux autres que je ne reçois en retour.
129. _____ Je suis celui (celle) qui finit généralement par prendre soin des gens dont
je suis proche.
130. _____ Il n’y a presque rien que je ne puisse supporter lorsque j’aime quelqu’un.
131. _____ Je suis quelqu’un de bon car je pense aux autres plus qu’à moi-même.
132. _____ Au travail, je suis habituellement celui (celle) qui est volontaire pour faire
des heures ou des tâches supplémentaires.
133. _____ Même si je suis très occupé(e), je trouve toujours du temps pour les
autres.
134. _____ Je peux m’en sortir avec vraiment très peu car mes besoins sont minimes.
135. _____ Je ne suis heureux(se) que si les gens qui m’entourent le sont aussi.
136. _____ Je suis tellement occupé(e) à me dévouer pour les gens qui m’importent
que j’ai très peu de temps pour moi.
137. _____ J’ai toujours été celui (celle) qui écoute les problèmes des autres.
138. _____ Je me sens plus à l’aise pour donner un cadeau que pour en recevoir un.
139. _____ On me voit comme quelqu’un qui en fait trop pour les autres et
pas assez pour lui-même.
140. _____ Peu importe combien je donne, ce n’est jamais assez.
141. _____ Si je fais ce que je veux, je me sens vraiment mal à l’aise.
142. _____ Il m’est vraiment difficile de demander aux autres de se soucier de mes
besoins.©2008 Les Éditions de la Chenelière La thérapie cognitivo-comportementale : théorie et pratique 9
*(ss)
143. _____ J’ai peur de perdre le contrôle de mes actes.
144. _____ J’ai peur de faire du mal à quelqu’un, physiquement ou affectivement, si je
perds tout contrôle sur ma colère.
145. _____ Je sens que je dois contrôler mes émotions et mes impulsions, sinon
quelque chose de déplorable risque de se produire.
146. _____ J’en arrive à accumuler en moi beaucoup de colère et de ressentiment que
je n’exprime pas.
147. _____ Je suis trop gêné(e) pour exprimer des sentiments positifs aux autres (par
ex. de l’affection, de l’intérêt).
148. _____ Je trouve embarrassant d’exprimer mes sentiments aux autres.
149. _____ Il m’est difficile d’être chaleureux (se) et spontané(e).
150. _____ Je me contrôle tellement bien que les autres croient que je n’ai pas
d’émotions.
151. _____ Les gens me trouvent coincé(e) sur le plan émotionnel.
*(ei)
152. _____ Je dois être le (la) meilleur(e) dans presque tout ce que je fais, je ne peux
pas accepter d’être le (la) deuxième.
153. _____ Je m’efforce de tout maintenir parfaitement en ordre.
154. _____ Je dois apparaître sous mon meilleur aspect la plupart du temps.
155. _____ Je m’efforce de faire de mon mieux; je ne peux pas me contenter
d’être « assez bien ».
156. _____ J’ai tant de choses à faire qu’il ne me reste presque pas de temps pour me
détendre vraiment.
157. _____ Presque rien de ce que je fais n’est assez bien, je pourrais toujours
faire mieux.
158. _____ Je dois faire face à toutes mes responsabilités.
159. _____ Je ressens une pression constante qui me force à faire les choses et à les
réussir.
160. _____ Mes relations souffrent de ce que je m’impose trop de choses.
161. _____ Je m’impose une telle pression pour bien faire que ma santé en souffre.
162. _____ Souvent je sacrifie plaisir et bonheur pour atteindre mes idéaux.
163. _____ Lorsque je fais une erreur, je mérite une critique sévère.
164. _____ Je ne peux pas accepter de me dégager aisément d’une situation difficile ou
de présenter des excuses pour mes erreurs.
165. _____ Je suis quelqu’un de très compétitif.
166. _____ J’attache beaucoup d’importance à l’argent ou au statut social.
167. _____ Je tiens toujours à être le (la) meilleur(e) dans ce que j’accomplis.
*(us)
168. _____ Lorsque j’attends quelque chose des autres, j’ai beaucoup de difficulté à
accepter un refus.
169. _____ Je me mets souvent en colère ou je m’irrite quand je ne peux pas avoir ce
que je veux.
170. _____ Je suis quelqu’un de spécial et je ne devrais pas avoir à accepter les
restrictions auxquelles les autres doivent se soumettre.©2008 Les Éditions de la Chenelière La thérapie cognitivo-comportementale : théorie et pratique 10
171. _____ Je déteste être contraint(e) ou qu’on m’empêche de faire ce que je veux.
172. _____ Je crois que je n’ai pas à suivre les règles et les conventions comme les
autres.
173. _____ J’ai le sentiment que j’ai beaucoup plus à offrir que les autres.
174. _____ Habituellement, je fais passer mes besoins avant ceux des autres.
175. _____ Je remarque souvent que l’importance accordée à mes priorités
personnelles ne me laisse plus de temps pour les amis ou la famille.
176. _____ Les autres me disent souvent que je contrôle trop la façon dont les choses
sont faites.
177. _____ Je suis très irrité(e) lorsque les autres ne font pas ce que je leur demande.
178. _____ Je ne supporte pas que les autres me disent ce que je dois faire.
*(et)
179. _____ J’ai beaucoup de difficultés à m’arrêter de boire, de fumer, de trop manger
ou à cesser d’autres comportements problématiques.
180. _____ Il ne me semble pas possible de me discipliner pour terminer des tâches
routinières ou ennuyeuses.
181. _____ Souvent, je me laisse aller à mes impulsions ou à exprimer des émotions
qui me créent des difficultés ou blessent les autres.
182. _____ Si je ne peux pas atteindre un but, je suis facilement frustré(e) et
j’abandonne.
183. _____ Il m’est très difficile de sacrifier une gratification immédiate pour mener à bien
un projet à long terme.
184. _____ Quand je me mets en colère, il est fréquent que je ne puisse pas du tout
me contrôler.
185. _____ J’ai tendance à abuser de certaines choses, même si je sais que c’est
mauvais pour moi.
186. _____ Je m’ennuie très facilement.
187. _____ Quand les tâches deviennent difficiles, je ne peux souvent pas persévérer
pour les terminer.
188. _____ Je ne peux pas me concentrer longtemps sur quoi que ce soit.
189. _____ Je ne peux pas me forcer à faire des choses qui ne me plaisent pas même
quand je sais que c’est pour mon bien.
190. _____ Je me mets en colère à la moindre offense.
191. _____ J’ai rarement été capable de tenir mes engagements.
192. _____ Je ne peux presque jamais m’empêcher de montrer aux gens mes
véritables sentiments, même si cela doit me coûter cher.
193. _____ J’agis souvent impulsivement et je le regrette plus tard.
*(is)
194. _____ Il m’est important d’être aimé(e) par presque tous ceux que je connais.
195. _____ Je modifie mon comportement en fonction des gens avec qui je me trouve,
afin qu’ils puissent m’aimer davantage.
196. _____ Je fais tout mon possible pour m’adapter.
197. _____ Mon estime personnelle est principalement fondée sur la façon dont les
autres me voient.©2008 Les Éditions de la Chenelière La thérapie cognitivo-comportementale : théorie et pratique 11
198. _____ Posséder de l’argent et connaître des gens importants sont des choses qui
me donnent de la valeur.
199. _____ Je consacre beaucoup de temps à soigner mon apparence afin de gagner
l’estime des autres.
200. _____ Mes réussites ont plus de valeur à mes yeux si les autres les
remarquent.
201. _____ Je suis à ce point soucieux(e) de m’adapter aux autres qu’il m’arrive de
ne plus savoir qui je suis.
202. _____ Je trouve difficile de me fixer des objectifs propres, sans prendre en
compte ce que les autres vont penser de mes choix.
203. _____ Lorsque je considère les décisions que j’ai prises dans ma vie, je réalise que
la plupart d’entre elles reposaient sur le désir d’obtenir l’approbation des
autres.
204. _____ Même si je n’aime pas une personne, je tiens malgré tout à ce qu’elle
m’aime.
205. _____ À moins d’obtenir beaucoup d’attention des autres, je me sens peu
important(e).
206. _____ Si j’interviens lors d’une réunion ou si on me présente dans un groupe, je
cherche à être reconnu(e) et admiré(e).
207. _____ Lorsqu’on me fait beaucoup de compliments et d’éloges, je me sens une
personne de valeur.
*(as)
208. _____ Même lorsque tout va bien, j’ai l’impression que ce ne sera que temporaire.
209. _____ S’il se produit quelque chose de bien, j’ai peur qu’il n’arrive ensuite
quelque chose de mauvais.
210. _____ On n’est jamais assez prudent; il peut toujours se produire quelque chose
de mauvais.
211. _____ Même si je travaille beaucoup, j’ai peur de me retrouver un jour sans le
sou.
212. _____ J’ai peur qu’une mauvaise décision ne puisse conduire à un désastre.
213. _____ Je me tourmente souvent pour des décisions mineures, car les
conséquences d’une erreur m’apparaissent tellement graves.
214. _____ Je préfère considérer que les choses ne vont pas aller comme je le veux,
car ainsi je ne serai pas déçu(e) si ça se passe mal.
215. _____ Je pense plutôt aux aspects négatifs de la vie et des évènements qu’aux
côtés positifs.
216. _____ J’ai tendance à être pessimiste.
217. _____ Mes proches considèrent que je me fais trop de soucis.
218. _____ Si les gens s’enthousiasment trop, je me sens mal et j’éprouve le besoin de
les prévenir de ce qui pourrait mal se passer.
*(np)
219. _____ Si je fais une erreur, je mérite d’être puni(e).
220. _____ Si je ne donne pas le meilleur de moi-même, je dois m’attendre à échouer.
221. _____ Je n’ai aucune excuse si je fais une erreur.©2008 Les Éditions de la Chenelière La thérapie cognitivo-comportementale : théorie et pratique 12
222. _____ Les gens qui ne font pas leur part de travail à fond devraient être punis
d’une manière ou d’une autre.
223. _____ La plupart du temps, je n’accepte pas les excuses des autres : ils n’ont pas
pris leurs responsabilités et ils en paient les conséquences.
225. _____ Je pense souvent à mes erreurs passées et je me mets en colère contre
moi-même.
226. _____ Lorsque les gens font quelque chose de mal, j’ai du mal à appliquer la
phrase : « Pardonnez et oubliez.»
227. _____ Je garde de la rancune envers les gens, même s’ils se sont excusés.
228. _____ Je me sens énervé(e) à l’idée que quelqu’un s’est tiré trop facilement d’un
mauvais pas.
229. _____ Je me mets en colère lorsque des gens se trouvent des excuses, ou
lorsqu’ils accusent les autres pour des problèmes dont ils sont eux-mêmes
responsables.
230. _____ Peu importe les raisons, quand je fais une erreur, je devrais en payer le
prix.
231. _____ Je m’en veux énormément lorsque je bousille quelque chose.
232. _____ Je suis quelqu’un de mauvais qui mérite d’être puni.
*(pu)



© 2005, Jeffrey Young, Ph.D. Special thanks to Gary Brown, Ph.D., Scott Kellogg, Ph.D., Glenn Waller, Ph.D.,
and the many other therapists and researchers who have contributed items and feedback in the development of
the YSQ, 3rd edition. Unauthorized reproduction without written consent of the author is prohibited. For more
information, write : Schema Therapy Institute, 36 West 44th St., Ste. 1007, New York, NY 10036.
Reproduction interdite sans consentement des auteurs.
Traduction par Pierre Cousineau (Québec) et Bernard Pascal (France), 2005.
Traduction officielle autorisée par Jeffrey Young, Ph.D.

Les Schémas Précoces Inadaptés (SPI) (1)

Par Le 11/12/2014

ARTICLES
http://www.jobinsevigny.ca/articles_t.php?idt=36
Psychothérapie Centrée sur les Schémas
PRÉSENTATION DE LA THÉRAPIE CENTRÉE SUR LES SCHÉMAS
par Josée Jobin et Luc Sévigny
Une approche intégrée

C’est Jeffrey E. Young qui, avec le concours de ses collaborateurs, a élaboré et continue d’élaborer cette approche dite Centrée sur les schémas. Jeffrey E. Young enseigne au département de psychiatrie de l’Université de Columbia. Il est le fondateur et le directeur des Centres de thérapie cognitive de New York et du Connecticut, ainsi que de l’Institut de Schéma Thérapie de New York. Il publiait en 1993 un livre grand publique qui présentait cette nouvelle approche, Reinventing your life, qui fut traduit en français en 1995 par Pierre Cousineau (PhD-psy)(Je réinvente ma vie – Éd. de l’homme). Il publiait, en 2003, Schema therapy, a practicionner guide, qui fut traduit en français en 2005 par Bernard Pascal (Doc-Md)(La thérapie des schémas - Approche cognitive des troubles de la personnalité - Éd. Boeck). Ce deuxième ouvrage s’adresse plus spécifiquement aux intervenants.

La thérapie centrée sur les schémas est un modèle intégratif qui est issu des concepts et traitements cognitivo-comportementaux habituels (J.Young a étudié avec A.Beck, qui a signé la préface de la première édition de son premier livre, Je réinvente ma vie). Son apport majeur a été l’identification des Schémas Précoces Inadaptés (SPI), des modes et des stratégies d’adaptation (processus de perpétuation). De plus, cette approche intègre des façons de concevoir et de faire, provenant des trois courants théoriques majeurs, soit le courant cognitif-comportemental, le courant psycho-dynamique et le courant existentiel-humaniste. 

Cette approche 1) aide le thérapeute et le patient à clarifier les problèmes et à les organiser de façon compréhensible et 2) aide le patient à envisager ses difficultés et ses façons de fonctionner de façon egodystone. Pour ce faire, le thérapeute se fait l’allié du patient en utilisant des méthodes cognitives, expérientielles, comportementales et relationnelles, dépendamment des schémas, des modes et des défenses concernés ainsi que des étapes du cheminement de la personne. Cette approche intégrative combine une théorie de traitements à long terme et des techniques de traitement à court terme. Elle travaille sur les problématiques dites chroniques et présume que les problèmes originent de l’enfance et de l’adolescence. L’approche centrée sur les schémas vise à aider les patients à combler leurs besoins de base, d’une façon adaptée en changeant et/ou en gérant les schémas inadaptés, les stratégies d’adaptation et les modes inadéquats. 

Vous pouvez avoir un tableau synthèse en format .pdf en cliquant ici .

Les schémas 

La définition de Young, des Schémas Précoces Inadaptés (SPI), est la suivante :
. un modèle ou un thème important et envahissant,
. constitué de souvenirs, d’émotions, de cognitions et de sensations corporelles,
. concernant soi-même et ses relations avec les autres,
. constitué au cours de l’enfance ou de l’adolescence,
. enrichi tout au long de la vie de l’individu, et dysfonctionnel de façon significative. (2005, p.34).

Les Schémas Précoces Inadaptés (SPI), qui s’élaborent au cours de l’enfance et/ou de l’adolescence, continuent à s’enrichir tout au long des expériences de la vie, même s’ils sont inappropriés, s’ils ne servent plus à rien ou sont même nuisibles. En fait, la personne adulte qui fait l’expérience de l’activation d’un de ses schémas, vit cette expérience émotionnelle d’une façon semblable à ce qu’elle a vécu lors de l’élaboration de son schéma. Il est question ici de continuité cognitive, de vision stable de soi-même et du monde, même si celle-ci est en fait imprécise ou erronée. 

Notons que les schémas peuvent être positifs ou négatifs, adaptés ou inadaptés. La psychothérapie centrée sur les schémas s’intéresse aux schémas qui sont inadaptés. Ces schémas constituent le noyau des troubles de la personnalité, des problèmes caractérologiques et de nombreux troubles de l’Axe I du D.S.M. IV (2005, p.34).

Il est donc question d’interprétation distortionnée, de la réalité, qu’a la personne.

Caractéristiques des Schémas précoces inadaptés

Voici les 5 principales caractéristiques des Schémas Précoces Inadaptés : 

1) Les SPI ne sont pas tous d’origine traumatique (ex. surprotéger l’enfant) mais ils sont tous destructifs et sont principalement causés par des expériences nocives qui se sont répétées régulièrement, au cours de l’enfance et de l’adolescence.

2) Les schémas sont élaborés pour se nourrir et perdurer tout au long de la vie de l’individu. On dit que les schémas se battent pour survivre. 

3) Les schémas apparaissent au cours de l’enfance ou de l’adolescence en tant que représentations de l’environnement de l’enfant et sont basés sur la réalité.

4) La nature dysfonctionnelle des schémas se manifeste plus tard au cours de la vie, au moment où les personnes commencent à perpétuer leurs schémas dans leurs interactions avec les autres, avec des perceptions qui ne sont plus exactes, ni adaptées.

5) Les schémas sont dimensionnels, ce qui signifie qu’ils peuvent avoir différents niveaux d’envahissement et de gravité (2005, p. 35).


Événements menant aux Schémas Précoces Inadaptés 

Les expériences nocives de l’enfance sont à l’origine des SPI. Les schémas qui se développent le plus tôt et qui sont les plus forts trouvent leur origine dans la cellule familiale. Dans une certaine mesure, la dynamique de la famille d’un enfant correspond, pour lui, à celle du vaste monde. Lorsque les patients se trouvent en tant qu’adultes dans des situations qui activent leurs SPI, ce qu’ils sont en train de vivre, correspond à un drame de leur enfance, mettant habituellement en jeu un parent. Les schémas développés plus tard dans la vie sont généralement moins envahissants ou moins puissants.

Young a observé quatre types d’expériences de vie précoces qui concourent à la constitution des schémas inadaptés :

1. La frustration de besoins 
Par exemple, la frustration des besoins de stabilité, de compréhension ou d’amour contribue à la formation des schémas tels que le manque affectif ou l’abandon-instabilité.

2. La traumatisation ou la victimisation 
L’enfant victimisé ou maltraité pourra développer des schémas de méfiance/abus, d’imperfection/honte ou de peur du danger ou de la maladie.

3. L’excès de satisfaction des besoins
La formation d’un schéma inadapté ne provient pas nécessairement d’un traumatisme ou de frustration de besoins. Elle peut provenir d’un excès de bonnes choses qu’il serait sain de recevoir de façon plus modérée. Par exemple, l’enfant gâté, choyé, pour qui les parents font tout ne verra pas ses besoins d’autonomie et de limites comblés et pourra développer un SPI dedépendance/incompétence ou de droits personnels exagérés/grandeur.

4. L’internalisation ou l’identification sélective à des personnes importantes
Par exemple l’enfant violenté par le parent, s’identifie à ce parent, internalise ses pensées, ses émotions et ses comportements et sera lui-même un adulte violent.

Le tempérament détermine en partie la façon dont un individu va procéder à l’identification et l’internalisation des caractéristiques d’une personne proche. Young donne l’exemple d’un enfant au tempérament dysthymique qui ne va probablement pas internaliser le style optimiste d’un de ses parents. Le comportement du parent étant tellement contraire à la prédisposition de l’enfant, que l’enfant ne pourra l’assimiler.

Les besoins affectifs fondamentaux 

Les schémas sont la conséquence de besoins affectifs fondamentaux qui n’ont pas été comblés au cours de l’enfance et/ou de l’adolescence. Voici les cinq besoins affectifs fondamentaux de l’humain qui sont proposés :

1. La sécurité liée à l’attachement aux autres (comprend la stabilité, la sécurité, l’éducation attentive et l’acceptation).
2. L’autonomie, la compétence et le sens de l’identité.
3. La liberté d’exprimer ses besoins et ses émotions.
4. La spontanéité et le jeu.
5. Les limites et l’autocontrôle.

Ces besoins sont universels et un individu sain, sur le plan psychologique, est une personne qui parvient à combler de façon adaptée ses besoins affectifs fondamentaux. Le but de la Thérapie des Schémas est d’aider les personnes à trouver des moyens adaptés pour satisfaire leurs besoins affectifs fondamentaux. C’est la finalité de toutes nos interventions.

Le rôle du tempérament émotionnel 

Comme la plupart des parents le réalisent assez vite, chaque enfant a, de façon innée, un tempérament unique et distinctif. Certains enfants sont plus irritables, d’autres sont plus timides, d’autres plus agressifs, etc. Les recherches sur les traits du tempérament présents au cours de l’enfance ont montré qu’ils étaient remarquablement stables au cours du temps.

Young propose sept dimensions hypothétiques pour le tempérament émotionnel, dimensions innées et relativement non modifiables par la seule psychothérapie :


Émotif ----------------------------- Aréactif
Dysthymique -------------------- Optimiste
Anxieux -------------------------- Calme
Obsessionnel ------------------- Distractif
Passif ---------------------------- Agressif
Irritable ------------------------- Jovial
Timide --------------------------- Social

Le tempérament émotionnel interagit avec les situations difficiles de l’enfance pour former les schémas.


LES DOMAINES DE SCHEMAS ET LES SCHEMAS PRECOCES INADAPTES 

Dans ce modèle, 18 schémas sont regroupés en 5 grandes catégories de besoins affectifs non comblés, les cinq « domaines de schémas».

A- Domaine de la séparation et du rejet 

Le patient est convaincu que ses attentes concernant les besoins de sécurité, de stabilité, d’empathie, d’expression des émotions, d’acceptation et de respect ne seront pas comblés. La famille d’origine typique de ce genre de schéma est caractérisée par le détachement, la froideur, le rejet, la solitude, les refus, l’explosion des émotions ainsi que par son caractère imprévisible et abusif.

1) Schéma de l’abandon/instabilité

La personne perçoit une instabilité dans la relation aux personnes signifiantes. De plus, elle a l’impression que les gens importants de sa vie ne continueront pas à être là, car ils sont non prévisibles émotionnellement, ils ne sont présents que sporadiquement, ils vont mourir ou ils quitteront la personne pour une autre personne meilleure. Tels sont les a prioris qu’a la personne ayant un tel SPI.

2) Schéma de la méfiance et de l’abus

La personne ayant ce schéma a la conviction, que lorsqu’ils en auront l’occasion, les autres vont les utiliser à leurs fins égoïstes. Par exemple, ils vont abuser, heurter, humilier, tromper ou manipuler le patient. 


3) Schéma de la carence affective

La personne anticipe que ses propres désirs, dans une relation affective, ne seront jamais adéquatement comblés.

Il y a trois types de carences :
A) Manque de soin (absence d’affection)
B) Manque d’empathie (absence d’écoute et de compréhension)
C) Manque de protection (absence de guidance et de soutient par les autres).

La personne peut avoir souffert d’un, de deux ou de trois types de carences à la fois.

4) Schéma de l’imperfection et de la honte

Le patient a le sentiment qu’il est mauvais, inférieur, sans valeur, imparfait et non aimable. Le schéma augmente habituellement le sentiment de la honte en regard de ses perceptions auto-dépréciatrices. L’imperfection peut être privée (égoïsme, pulsions agressives, désirs sexuels inacceptables, manque de talent, d’intelligence, de créativité etc.), ou publique (non attirant physiquement, maladroit socialement). 

5) Schéma d’exclusion 

La personne a l’impression d’être différente des autres, ou de ne pas faire partie de la société ou du groupe. Typiquement, le patient ayant ce schéma ne sent pas qu’il peut appartenir à aucun groupe dans la communauté. 

B- Domaine de l’autonomie et des performances altérées 

L’autonomie est l’habileté à se séparer de sa famille et de fonctionner indépendamment d’une façon comparable aux gens de son groupe d’âge. Quand ces personnes étaient des enfants, leurs parents faisaient tout pour eux et les surprotégeaient, ou à l’opposé (mais c’est plus rare) s’occupaient à peine d’eux. Les deux extrêmes peuvent mener à des problèmes d’autonomie. Ces personnes n’arrivent pas à devenir des adultes dans la vie.

6) Schéma de dépendance/incompétence

Les patients au prise avec ce schéma se sentent incapables d’assumer leurs responsabilités quotidiennes sans une aide substantielle des autres. Par exemple, ils n’arrivent pas à gérer leur argent, à résoudre des problèmes concrets, à user de bon jugement, à entreprendre de nouvelles tâches ou à prendre des décisions adéquates. Il n’est pas ici question de dépendance affective émanant de schémas d’abandon et/ou de carence affective mais plutôt de dépendance fonctionnelle.

7) Schéma de vulnérabilité (peur du danger ou de la maladie)

Ce schéma est caractérisé par une crainte excessive qu’une catastrophe ne survienne à n’importe quel moment et avec laquelle il ne pourrait pas « survivre ». 

Il y a trois types de peurs :

1. Reliée à la santé : crise cardiaque, sida, etc.
2. Reliée aux émotions : perdre la raison, perdre le contrôle, etc.
3. Reliée aux catastrophes naturelles ou à des phobies (ascenseurs, crimes, avions, tremblements de terre, etc.)

8) Schéma de fusion/ soi peu développé

Ces patients étaient souvent surinvestis par leurs parents au détriment de leur individualisation et de leur développement social. Ces patients croient fréquemment que l’une des personnes de la relation fusionnelle ne peut vivre sans l’autre. 

9) Schéma d’échec

Ce schéma est caractérisé par la croyance que le patient échouera inévitablement dans des secteurs où il doit performer (études, profession, sport) et qu’il sera fondamentalement inadéquat comparativement à ses pairs. 

Nous pouvons faire ici un parallèle entre le schéma d’imperfection et le schéma d’échec : avec le schéma d’imperfection, il est question d’une imperfection de l’être (mauvais, inférieur, sans valeur, imparfait et non aimable), alors qu’avec le schéma d’échec, il est question d’une incompétence du faire (performance : études, travail, sport, etc.).

C- Le domaine des limites déficientes
Les patients avec ces schémas n’ont pas développé des limites internes adéquates au sujet de la réciprocité et de l’autodiscipline. Ils ont de la difficulté à respecter les droits des autres, à coopérer, à remplir leurs engagements ou à rencontrer leurs buts à long terme. Ces patients se présentent souvent comme égoïstes, gâtés, irresponsables ou narcissiques. Ils ont grandi typiquement dans des familles qui étaient très permissives et indulgentes. Comme adulte, ils manquent de capacité à restreindre leurs impulsions et à retarder les gratifications immédiates au nom de bénéfices futures.

10) Schémas des droits personnels exagérés / de grandeur (Tout m’est dû)
Schéma caractérisé par la croyance que le patient est supérieur aux autres et qu’il peut avoir des droits ou des privilèges particuliers. Ces patients ne se sentent pas liés par les règles de réciprocité qui guident les interactions sociales normales. Ils insistent souvent sur le fait qu’ils devraient pouvoir faire ce qu’ils veulent, sans égard au prix que les autres auraient à payer pour leurs privilèges. Ces patients sont souvent exigeants envers les autres, dominants et manquant d’empathie. 

Ce schéma pourrait aussi être une forme de surcompensation à un autre schéma, tel carence affective.

11) Schéma de discipline personnelle et maîtrise de soi insuffisantes 

Ces patients n’arrivent pas à exercer un auto-contrôle suffisant et une tolérance à la frustration qui leur permettraient d’atteindre leurs buts. Ils n’arrivent pas à réguler l’expression de leurs émotions et de leurs impulsions. 

D- Domaine de la centration sur autrui 

Dans les schémas de ce domaine, les patients mettent une emphase excessive vers la satisfaction des besoins des autres, plutôt que vers leurs propres besoins et préférences. Ils font ça dans le but d’avoir l’approbation, de maintenir une relation ou pour éviter les représailles. Comme enfants, ils n’étaient pas libres de suivre leurs désirs naturels. Comme adultes, plutôt que d’être guidés par eux-mêmes, ils se laissent guider par les désirs des autres. La famille d’origine typique de ces patients est caractérisée par l’acceptation conditionnelle, c’est-à-dire que l’enfant doit restreindre d’importants aspects de lui-même pour obtenir de l’amour et de l’approbation. 

12) Schéma d’assujettissement

Les patients victimes de ce schéma démontrent une excessive capitulation au contrôle des autres, car ils s’y sentent contraints. La fonction de l’assujettissement est habituellement d’éviter la rage, les représailles ou l’abandon. Les deux formes majeures sont l’assujettissement des besoins (suppression des préférences et des désirs personnels) et l’assujettissement des émotions (suppression de ses propres réponses émotives, principalement de la rage). L’assujettissement mène souvent à une accumulation de la rage qui se manifeste par différents symptômes tels que les comportements passifs-agressifs, les crises incontrôlables, les symptômes psychosomatiques et l’évitement de l’affection. 

13) Schéma de sacrifice de soi

Les patients ayant se schéma, tentent volontairement de satisfaire les besoins des autres au détriment de leurs propres besoins. Ils agissent ainsi dans le but d’épargner de la douleur aux autres, éviter la culpabilité, gagner de l’estime personnelle ou maintenir une relation émotive avec une personne qu’ils perçoivent significative. Ces patients expriment une sensibilité aiguë aux souffrances de l’autre. Ce schéma augmente la sensation que les besoins personnels ne sont pas rencontrés adéquatement, ce qui mène à l’amertume. 

14) Schéma de recherche d’approbation

Ce schéma est caractérisé par une valorisation dans l’obtention de l’approbation et de la reconnaissance des autres, au détriment du développement d’une identité sécure et authentique. L’estime personnelle dépend ici des autres plutôt que de sa propre évaluation. Ce schéma inclus souvent une préoccupation excessive du statut social, de l’apparence, de la richesse, et du succès dans l’optique d’obtenir l’approbation et la reconnaissance. 

E- Domaine de la vigilance à outrance et de l’inhibition 

Les patients ayant des schémas dans ce domaine suppriment leurs sentiments spontanés et leurs impulsions. Ils s’efforcent souvent d’instaurer des règles rigides et internes au sujet de l’expression de leur joie, de l’expression de soi, de la relaxation, de leurs relations et de leur bonne santé. L’origine de ces schémas vient d’une enfance sévère, réprimée, stricte où l’auto-contrôle et l’abnégation prédominaient sur la spontanéité et le plaisir. Dans l’enfance, les parents n’encourageaient pas les jeux et le plaisir. 

15) Schéma négativisme / pessimisme

Ce schéma est caractérisé par une vision envahissante et constante des aspects négatifs de la vie (douleur, mort, pertes, désappointements, conflits, trahisons, catastrophes) tout en minimisant les aspects positifs. Dû au fait que le patient exagère le potentiel négatif des événements, ce dernier est souvent caractérisé comme étant soucieux, inquiet, hypervigilant, plaignard et indécis.

16) Schéma d’inhibition émotionnelle

Le patient exerce ici un contrôle excessif sur ses actions, sentiments et affirmations. Il se restreint dans le but de prévenir la critique ou la perte de contrôle de ses impulsions. 

Les quatre secteurs les plus concernés sont :

. l’inhibition de la colère et de l’agressivité,
. le contrôle des impulsions positives (sentiments affectifs, sexualité, amusement, etc.),
. la difficulté à reconnaître ses faiblesses et sa vulnérabilité, la difficulté à exprimer ses sentiments ou besoins.
. l’importance excessive accordée à la raison par rapport aux émotions.

17) Schéma d’exigences élevées

Ce schéma est caractérisé par une préoccupation à correspondre à de hauts standards, habituellement dans le but d’éviter la désapprobation ou la honte. Ce schéma résulte en une pression constante et une critique continue envers soi-même et les autres. Pour être considérées comme un schéma, ces caractéristiques doivent créer une détérioration importante au sujet de la santé du patient, de son estime personnelle, de ses relations ou de ses expériences plaisantes. 

Ce schéma se manifeste typiquement par,

1) du perfectionnisme (besoin de bien faire les choses, porter une attention excessive aux détails, sous-estimer son niveau de performance),

2) des règles rigides (les « il faut » dans plusieurs secteurs de la vie, incluant des standards non réalistes de morale, de culture ou de religion) 

3) une préoccupation au sujet du temps et de l’efficacité (il faut toujours faire vite et mieux). 

Ce schéma peut aussi être, une stratégie de contre-attaque du schéma d’échec, d’imperfection ou d’exclusion, ou une réponse aux introjections parentales (mode du parent exigeant).

18) Schéma de punition

Ce schéma est caractérisé par une conviction que les gens peuvent être punis s’ils font des erreurs. Ce schéma augmente la tendance à être exigeant et intolérant avec les gens (ainsi qu’avec soi-même), si les standards ne sont pas rencontrés. Il inclut habituellement une difficulté à pardonner les erreurs, car le patient est peu enthousiaste à considérer les circonstances atténuantes à tolérer les imperfections humaines ou à considérer les intentions de l’autre.

LES STRATEGIES D’ADAPTATION DYSFONCTIONNELLES 

Les trois styles d’adaptation sont l’équivalent de la réaction de tout organisme devant une menace, soit la bataille, la fuite ou la capitulation (fight or flight or freeze). En terme de styles d’adaptation, on parle de compensation (la bataille - fight), d’évitement (la fuite - flight) et de soumission (la capitulation - freeze).


Le mode de la soumission se traduit par « l’abdicataire conciliant ». Dans ce mode, la personne se soumet au schéma, se positionne dans la passivité, l’impuissance et la soumission. Elle accepte le schéma et ce qu’il porte comme étant vrai. Par exemple, la personne qui a un schéma de carence affective et qui s’y soumet pourra, une fois adulte, choisir un conjoint qui donne peu d’affection et ne comblera pas ses besoins. Dans cette relation, la personne carencée sera passive et accommodante. 

La stratégie de soumission (capitulation) va s’opérationnaliser par des comportements de soumission, de dépendance, de recherche d’affiliation, de passivité, de subordination, d’évitement des conflits et de tentatives incessantes de faire plaisir à l’autre. 

Le mode de l’évitement est « le protecteur détaché » (ou le « détachement protecteur »…): la personne qui utilise l’évitement du schéma comme style d’adaptation tente d’arranger sa vie de façon à ne jamais activer le schéma. Elle essaie de vivre sans avoir conscience du schéma, comme si celui-ci n’existait pas. Elle évite d’y penser. Elle évite de le ressentir. Par exemple, la même personne qui a un schéma de carence affective pourra, une fois adulte, éviter les relations intimes : pas de conjoint(e), pas ou peu d’amis. Elle n’a pas de difficultés relationnelles puisqu’elle n’est pas en relation. Elle évite les relations. L’évitement permet de ne pas ressentir le schéma et, par le fait même, en permet le maintien.

Le mode de la contre-attaque se traduit par le « surcompensateur » : la personne qui compense son schéma combat par des pensées, des émotions, des comportements et des styles relationnels qui correspondent à l’opposé du schéma. Ainsi, la personne se bat contre son schéma, combat son schéma, agit sur son schéma comme pour prouver et se prouver le contraire des croyances et prévisions de son schéma, mais fait cela d’une façon qui peut être inadaptée. Par exemple, la personne qui a un schéma de carence affective pourra, une fois adulte, avoir un conjoint et deux amants, un grand réseau social, être présidente de sa compagnie, avoir une immense maison, trois automobiles à la porte, etc. Elle pourra être affectivement exigeante avec ses proches et ses partenaires. Cette compensation ou cette contre-attaque permet à la personne de ne pas être en contact avec ses croyances personnelles, avec ses schémas, ce qui permet le maintien de ces croyances et schémas. Plus spécifiquement, la stratégie d’adaptation de contre-attaque, la surcompensation, pourra s’opérationnaliser par des comportements d’agressivité, d’hostilité, de domination, d’affirmation de soi excessive, par de la recherche de reconnaissance, de la recherche de statut, par de la manipulation, par de l’exploitation des gens, par des comportements passif-agressifs, des attitudes rebelles et par des comportements obsessifs.

Comme nous venons de le voir plus haut, les stratégies inconscientes sont la compensation (la bataille, la contre-attaque), l’évitement (la fuite) et la soumission 
(la capitulation). Une personne peut n’utiliser qu’une stratégie pour composer avec ses schémas. Mais, très souvent, la personne développera différentes stratégies pour les différents schémas réactivés dans différentes situations. L’évitement et la contre-attaque permettent à la personne de ne pas ressentir et de ne pas faire l’expérience de son schéma et en permet ainsi la perpétuation. Les stratégies font partie des « modes » que nous verrons plus loin, mais elles se personnifierons pour aider le client à s’y identifier plus facilement :
. pour la stratégie de compensation, nous parlerons du mode surcompensateur
. pour la stratégie d’évitement, du mode protecteur détaché
. pour la stratégie de soumission, du mode de l’abdicataire conciliant.

Cette manière de « personnifier » les stratégies en modes, permettra de travailler, avec, ou sur celles-ci, lors de visualisations. Par exemple, nous pourrons ainsi travailler sur la stratégie d’évitement, en aidant le client à rencontrer son « protecteur détaché ».


LES MODES DE SCHÉMAS 

Les modes de schémas sont « les états émotionnels et les réponses d’adaptation instantanés – adaptés ou dysfonctionnels – dont nous faisons tous l’expérience » (Young, 2003). Ils sont l’opération des schémas. Ces modes sont activés par différentes situations ou événements de la vie auxquels nous sommes particulièrement sensibles et qui « déclenchent » certains de nos schémas.

Young et ses collaborateurs ont identifiés dix modes qui sont regroupés en quatre grandes catégories : les modes de l’enfant (quatre modes), les modes du parent dysfonctionnel (deux modes), le mode de l’adulte sain et les modes des styles d’adaptation dysfonctionnels. Comme nous venons de voir ces trois modes dans la section « Les stratégies d’adaptation dysfonctionnelles », nous ne reprendrons donc pas inutilement leur présentation.

Les modes de l’enfant

L’enfant vulnérable 

Ce mode est expérimenté dans la plupart des schémas centraux, soit ceux de l’enfant abandonné, de l’enfant abusé, de l’enfant privé d’affection et de l’enfant rejeté.

L’enfant en colère

Ce mode est déclenché lorsque les besoins émotionnels et/ou physiques de base ne sont pas satisfaits : la colère devient alors une réponse aux besoins non comblés.

L’enfant impulsif/indiscipliné 

Ce mode est caractérisé par l’expression sans retenue de la tendance naturelle des pulsions et des désirs du moment, sans souci des conséquences pour la personne ou pour les autres.

L’enfant heureux (spontané) 

Ce mode est l’expression des besoins affectifs fondamentaux, comblés.

Les modes du parent dysfonctionnel

Le parent punitif 

Lorsqu’elle est dans ce mode la personne cherche à punir ou à se punir lorsque les choses ne se passent pas comme elles le devraient. Ce mode a été introjecté à partir d’un parent qui a été punitif.

Le parent exigeant

Ce mode pousse (« pushes and pressures ») continuellement la personne pour qu’elle atteigne des normes qui sont excessivement élevées. Il a également été introjecté à partir d'un parent réel qui a été exigeant.

Le mode de l’adulte sain

L’objectif de la thérapie est de favoriser la croissance de ce mode, tout en apprenant au patient à modérer, à reconnaître ou à guérir les autres modes.


RÉSUMÉ ET CONCLUSION


Les Schémas Précoces Inadaptés (SPI) sont donc des thèmes envahissants qui sont issus du scénario de la personne, de son enfance et/ou de son adolescence. Ils sont des représentations de soi en relation avec les autres. Ils n’ont pas à être symbolisés, verbalisés ou conscients. Les SPI sont souvent très primitifs, préverbaux (catégorisés avant d’être conscientisés). Ces SPI ont tendance à se perpétuer (besoin de cohérence du soi) et sont très difficiles à modifier. Plus ils seront élaborés tôt et plus ils seront difficiles à modifier. Les schémas du premier domaine, « séparation et rejet » (enjeux d’attachement) sont aussi généralement plus difficiles à modifier. Ainsi, on pourra modifier certains SPI et on pourra gérer certains autres. Lorsqu’ils sont réactivés, les SPI sont déclenchés avec l’univers émotionnel du patient, avec la structure cognitive du stade de développement dans lesquels ils ont été créés. Le SPI structure et anticipe la situation. Il est ici question des types d’interprétations de la réalité qu’a la personne et des prévisions que ses schémas l’amèneront à faire des événements de sa vie. À ce jour, J.Young a défini 18 schémas. 


Pour travailler sur les SPI, la Thérapie des Schémas a élaboré un protocole d’intervention qui est en deux étapes : une première étape de diagnostic et information et une deuxième étape de changement. Au cours de ces étapes, le thérapeute utilisera des outils cognitifs, expérientiels, comportementaux et relationnels. Généralement, les outils cognitifs, travaillant au niveau symbolique (verbal), amèneront une compréhension et permettront à la personne de gérer son schéma. Les outils expérientiels (visualisation, chaise vide, etc.) quant à eux, travaillant au niveau sub-symbolique (émotionnel), permettront davantage à la personne de modifier son schéma. Les outils comportementaux permettent à la personne d’expérimenter une expansion de sa zone de confort dans la réalité. Ils permettent à l’Adulte sain d’enseigner à l’Enfant vulnérable de nouveau apprentissages lui permettant d’élaborer une autre perception de soi, des autres et de la vie. Les outils relationnels permettent, principalement par le reparentage partiel et la confrontation empathique, de redonner l’accueil et le support qui a manqué au patient (par ex. avec le schéma de carence affective) ou de lui apprendre à se mettre des limites (par ex. avec le schéma de Contrôle de soi & autodiscipline insuffisants) ou de confronter les schémas (outils cognitifs) tout en maintenant un haut niveau d’empathie. Globalement, nous pourrions dire que les outils relationnels permettent au patient de recevoir du thérapeute ce qu’il n’a pas pu recevoir de ses parents, le thérapeute jouant ici le rôle d’un parent sain et aimant qui met des limites claires. 

En terminant, nous savons que nous ne pouvons réellement résumer complètement une approche en quelques pages. Nous espérons quand même avoir pu intéresser quelques-un(e)s d’entre vous et souhaitons que vous continuiez à suivre l’évolution de cette approche en lisant les écrits qui sont maintenant disponibles (bibliographie plus bas) ou en suivant une des formations que Jeff Young (par exemple au New England Educational Institute) ou que Pierre Cousineau (Ph.D.) donnent régulièrement. Aussi, la Thérapie des Schémas étant une jeune approche qui suscite un très grand intérêt, de plus en plus de recherches sont faites à partir de ces bases théoriques. Plusieurs lectures d’intérêt sont à venir…

n.b. Le présent texte est inspiré des notes de formation de M.Pierre Cousineau (PhD.) et de M.Jeffrey E.Young (PhD.) ainsi que des livres Je réinvente ma vie et La thérapie des schémas de Jeffrey E.Young.



BIBLIOGRAPHIE

Young, J., Klosko, J. (1993, 2003). Je réinvente ma vie. Les éditions de l’homme. La thérapie des schémas - Approche cognitive des troubles de la personnalité - Éd. Boeck.

Young, J., Klosko, J. (1993). Reinventing Your Life: The Breakthough Program to End Negative Behavior...and Feel Great Again. Published by PLUME, a member of penguin Putnam Inc. Previously published in a Dutton edition.

Young, J., , Weishaar, M., Klosko, J. (2003). Schema Therapy: A Practitioner's Guide. The Guilford press.

Young, J., , Weishaar, M., Klosko, J. (2003, 2005). La thérapie des schémas. Traduction de Bernard Pascal. Éditions de boeck.

Thérapie cognitive (4)

Par Le 11/12/2014

TROUBLES DE LA PERSONNALITÉ

Antisociale


A. Mode général de mépris et de transgression des droits d'autrui qui survient depuis l'âge de 15 ans, comme en témoignent au moins trois des manifestations suivantes:

1. incapacité de se conformer aux normes sociales qui déterminent les comportements légaux, comme l'indique la répétition de comportements passibles d'arrestation.
2. tendance à tromper par profit ou par plaisir, indiquée par des mensonges répétés, l'utilisation de pseudonymes ou des escroqueries.
3. impulsivité ou incapacité à planifier à l'avance.
4. irritabilité ou agressivité, indiquées par la répétition de bagarres ou d'agressions.
5. mépris inconsidéré pour sa sécurité ou celle d'autrui.
6. irresponsabilité persistante, indiquée par l'incapacité répétée d'assumer un emploi stable ou d'honorer des obligations financières. 
7. absence de remords, indiquée par le fait d'être indifférent ou de se justifier après avoir blessé, maltraité ou volé autrui.

B. Âge au moins égal à 18 ans.

C. Manifestations d'un trouble des conduites débutant avant l'âge de 15 ans.

D. Les comportements antisociaux ne surviennent pas exclusivement pendant l'évolution d'une schizophrénie ou d'un épisode maniaque.

Référence: American Psychiatric association, DSM-IV, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. Traduction française, Paris, Masson, 1996.

 

Borderline


Mode général d'instabilité des relations interpersonnelles, de l'image de soi et des affects avec une impulsivité marquée, qui apparaît au début de l'âge adulte et est présent dans des contextes divers, comme en témoignent au moins cinq des manifestations suivantes:

1. efforts effrénés pour éviter les abandons réels ou imaginés.
2. mode de relations interpersonnelles instables et intenses caractérisées par l'alternance entre les positions extrêmes d'idéalisation excessive et de dévalorisation.
3. perturbation de l'identité: instabilité marquée et persistante de l'image ou de la notion de soi.
4. impulsivité dans au moins deux domaines potentiellement dommageables pour le sujet (p. ex.., dépenses, sexualité, toxicomanie, conduite automobile dangereuse, crises de boulimie).
5. répétition de comportements, de gestes ou de menaces suicidaires, ou d'automutilations.
6. instabilité affective due à une réactivité marquée de l'humeur (p. ex., dysphorie épisodique intense, irritabilité ou anxiété durant habituellement quelques heures et rarement plus de quelques jours).
7. sentiments chroniques de vide.
8. colères intenses et inappropriées ou difficulté à contrôler sa colère (p. ex., fréquentes manifestations de mauvaise humeur, colère constante ou bagarres répétées).
9. survenue transitoire dans des situations de stress d'une idéation persécutoire ou de symptômes dissociatifs sévères.

Référence: American Psychiatric association, DSM-IV, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. Traduction française, Paris, Masson, 1996.

 

 

Évitante

Il s'agit d'un mode général d'inhibition sociale, de sentiments de ne pas être à la hauteur et d'hypersensibilité au jugement négatif d'autrui qui apparaît au début de l'âge adulte et est présent dans des contextes divers, comme en témoignent au moins quatre des manifestations suivantes:

1. le sujet évite les activités sociales professionnelles qui impliquent des contacts importants avec autrui par crainte d'être critiqué, désapprouvé ou rejeté.
2. réticence à s'impliquer avec autrui à moins d'être certain d'être aimé.
3. est réservé dans les relations intimes par crainte d'être exposé à la honte et au ridicule.
4. craint d'être critiqué ou rejeté dans les situations sociales.
5. est inhibé dans les situations interpersonnelles nouvelles à cause d'un sentiment de ne pas être à la hauteur.
6. se perçoit comme socialement incompétent, sans attrait ou inférieur aux autres.
7. est particulièrement réticent à prendre des risques personnels ou à s'engager dans de nouvelles activités par crainte d'éprouver de l'embarras.

Référence: American Psychiatric association, DSM-IV, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. Traduction française, Paris, Masson, 1996.

 

 

Histrionique

Il s'agit d'un mode général de réponses émotionnelles excessives et de quête d'attention, qui apparaît au début de l'âge adulte et est présent dans des contextes divers, comme en témoignent au moins cinq des manifestations suivantes:

1. le sujet est mal à l'aise dans les situations où il n'est pas au centre de l'attention d'autrui.
2. l'interaction avec autrui est souvent caractérisée par un comportement de séduction sexuelle inadaptée ou une attitude provocante.
3. expression émotionnelle superficielle et rapidement changeante.
4. utilise régulièrement son aspect physique pour attirer l'attention sur soi.
5. manière de parler trop subjective mais pauvre en détails.
6. dramatisation, théâtralisme et exagération de l'expression émotionnelle.
7. suggestibilité, est facilement influencé par autrui ou par les circonstances.
8. considère que ses relations sont plus intimes qu'elles ne le sont en réalité.

Référence: American Psychiatric association, DSM-IV, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. Traduction française, Paris, Masson.

 

 

Narcissique


Il s'agit d'un mode général de fantaisies ou de comportements grandioses, de besoin d'être admiré et de manque d'empathie qui apparaissent au début de l'âge adulte et sont présents dans des contextes divers, comme en témoignent au moins cinq des manifestations suivantes:

1. le sujet a un sens grandiose de sa propre importance (p. ex., surestime ses réalisations et ses capacités, s'attend à être reconnu comme supérieur sans avoir accompli quelque chose en rapport).
2. est absorbé par des fantaisies de succès illimité, de pouvoir, de splendeur, de beauté ou d'amour idéal.
3. pense être "spécial" et unique et ne pouvoir être admis ou compris que par des institutions ou des gens spéciaux et de haut niveau.
4. besoin excessif d'être admiré.
5. pense que tout lui est dû: s'attend sans raison à bénéficier d'un traitement particulièrement favorable et à ce que ses désirs soient automatiquement satisfaits.
6. exploite l'autre dans les relations interpersonnelles: utilise autrui pour parvenir à ses propres fins.
7. manque d'empathie: n'est pas disposé à reconnaître ou à partager les sentiments et les besoins d'autrui.
8. envie souvent les autres, et croit que les autres l'envient.
9. fait preuve d'attitudes et de comportements arrogants et hautains.

Référence: American Psychiatric association, DSM-IV, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. Traduction française, Paris, Masson, 1996.

 

 

Obsessionnelle-compulsive

Il s'agit d'un mode général de préoccupation par l'ordre, le perfectionnisme et le contrôle mental et interpersonnel, aux dépens d'une souplesse, d'une ouverture et de l'efficacité qui apparaît au début de l'âge adulte et est présent dans des contextes divers, comme en témoignent au moins quatre des manifestations suivantes:

1. préoccupations par les détails, les règles, les inventaires, l'organisation ou les plans au point que le but principal de l'activité est perdu de vue.
2. perfectionnisme qui entrave l'achèvement des tâches (p. ex., incapacité d'achever un projet parce que des exigences personnelles trop strictes ne sont pas remplies).
3. dévotion excessive pour le travail et la productivité à l'exclusion des loisirs et des amitiés (sans que cela soit expliqué par des impératifs économiques évidents).
4. est trop consciencieux, scrupuleux et rigide sur des questions de morale, d'éthique ou de valeurs (sans que cela soit expliqué par une appartenance religieuse ou culturelle).
5. incapacité de jeter des objets usés ou sans utilité même si ceux-ci n'ont pas de valeur sentimentale.
6. réticence à déléguer des tâches ou à travailler avec autrui à moins que les autres se soumettent exactement à sa manière de faire les choses.
7. se montre avare avec l'argent pour soi-même et les autres; l'argent est perçu comme quelques chose qui doit être thésaurisé en vue de catastrophe futures.
8. se montre rigide et têtu.

Référence: American Psychiatric association, DSM-IV, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. Traduction française, Paris, Masson, 1996.

 

Paranoïaque


A. Méfiance soupçonneuse envahissante envers les autres dont les intentions sont interprétées comme malveillantes, qui apparaît au début de l'âge adulte et est présente dans divers contextes, comme en témoignent au moins quatre des manifestations suivantes:

1. le sujet s'attend sans raison suffisante à ce que les autres l'exploitent, lui nuisent ou le trompent.
2. est préoccupé par des doutes injustifiés concernant la loyauté ou la fidélité de ses amis ou associés.
3. est réticent à se confier à autrui en raison d'une crainte injustifiée que l'information soit utilisée de manière perfide contre lui.
4. discerne des significations cachées, humiliantes ou menaçantes dans des commentaires ou des événements anodins.
5. garde rancune, c'est-à-dire ne pardonne pas d'être blessé, insulté ou dédaigné.
6. perçoit des attaques contre sa personne ou sa réputation, alors que ce n'est pas apparent pour les autres, et est prompt à la contre-attaque ou réagit avec colère.
7. met en doute de manière répétée et sans justification la fidélité de son conjoint ou de son partenaire sexuel.

B. Ne survient pas exclusivement pendant l'évolution d'une schizophrénie, d'un trouble de l'humeur avec caractéristiques psychotiques ou d'un autre trouble psychotique et n'est pas dû aux effets physiologiques directs d'une affection médicale générale.

Référence: American Psychiatric association, DSM-IV, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. Traduction française, Paris, Masson, 1996.


 

 

Passive-agressive

Mode de comportement reposant sur une résistance passive face aux exigences sociales et professionnelles. Apparaît dès le début de l'age adulte et visible dans de nombreuses circonstances. Caractérisé par au moins cinq des facteurs suivants :

1. Repousse toujours à plus tard. Remet les choses aux lendemain de sorte que les échéances ne soient pas respectées.
2. Devient boudeur, irritable ou querelleur lorsqu'on lui demande quelque chose qu'il ne veut pas faire.
3. Semble travailler lentement délibérément, ou faire du mauvais travail sur des tâches qu'il ne veut pas faire.
4. Se plaint, sans justification, que les autres lui font des demandes déraisonnables.
5. Evite les responsabilités en prétendant qu'il a oublié.
6. Estime faire un bien meilleur travail que ce que les autres pensent.
7. Prend mal les suggestions que les autres lui font afin d'être plus productif.
8. Fait obstacle au travail des autres en échouant dans les tâches qui lui sont assignées.
9. Critique sans raison, ou fait preuve de mépris envers la hiérarchie.
 

Référence: American Psychiatric association, DSM-IV (traduction personnelle).

 

 

Schizoïde


A. Mode général de détachement par rapport aux relations sociales et restriction de la variété des expressions émotionnelles dans les rapports avec autrui, qui apparaît au début de l'âge adulte et est présent dans des contextes divers, comme en témoignent au moins quatre des manifestations suivantes:

1. le sujet ne recherche, ni n'apprécie, les relations proches y compris les relations intrafamiliales.
2. choisit presque toujours des activités solitaires.
3. n'a que peu ou pas d'intérêt pour les relations sexuelles avec d'autres personnes.
4. n'éprouve du plaisir que dans de rares activités, sinon dans aucune.
5. n'a pas d'amis proches ou de confidents, en dehors de ses parents du premier degré.
6. semble indifférent aux éloges et à la critique d'autrui.
7. fait preuve de froideur, de détachement, ou d'émoussement de l'affectivité.

B. Ne survient pas exclusivement pendant l'évolution d'une schizophrénie, d'un trouble de l'humeur avec caractéristiques psychotiques, d'un autre trouble psychotique ou d'un trouble envahissant du développement et n'est pas dû aux effets physiologiques directs d'une affection médicale générale.

Référence: American Psychiatric association, DSM-IV, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. Traduction française, Paris, Masson, 1996.

 

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Thérapie cognitive (3)

Par Le 11/12/2014

L'échelle des croyances dysfonctionnelles (DAS)

(d'après Arlene Weissman et David Burns)

 

Imprimer puis cocher une seule réponse pour chacune de ces 35 questions :

 

 

Accord total

Accord mitigé

Neutre

Désaccord mitigé

Désaccord total

1 – Une critique ennuiera forcément la personne qui la recevra

 

 

 

 

 

2 – Il vaut mieux abandonner ses propres intérêts pour plaire aux autres.

 

 

 

 

 

3 – J'ai besoin de l'approbation des autres pour être heureux.

 

 

 

 

 

4 – Si une personne importante à mes yeux attend quelque chose de moi, je dois le faire.

 

 

 

 

 

5 – Ma valeur, en tant que personne, dépend grandement de ce que les autres pensent de moi.

 

 

 

 

 

6 – Je ne peux pas être heureux si je ne suis pas aimé de quelqu'un d'autre.

 

 

 

 

 

7 – Si les autres ne nous aiment pas, on n'est forcément moins heureux.

 

 

 

 

 

8 – Si ceux que j'aime me rejettent, cela signifie que j'ai quelque chose qui ne va pas.

 

 

 

 

 

9 – Si une personne que j'aime ne m'aime pas, cela signifie que je ne suis pas digne d'amour.

 

 

 

 

 

10 – L'isolement rend forcément malheureux.

 

 

 

 

 

11 – Pour être une personne de valeur, je dois être véritablement exceptionnel dans au moins un domaine.

 

 

 

 

 

12 – Je dois être utile, productif et créatif, ou la vie ne vaut pas la peine d'être vécue.

 

 

 

 

 

13 – Les gens qui ont de bonnes idées ont plus de valeur que les autres.

 

 

 

 

 

14 – Si je ne réussis pas autant que les autres, cela veut dire que je suis inférieur.

 

 

 

 

 

15 – Si j'échoue dans mon travail, cela veut dire que je suis un raté.

 

 

 

 

 

16 – Si on ne peut pas faire une chose bien, mieux vaut ne pas la faire.

 

 

 

 

 

17 – Il est honteux d'afficher ses faiblesses.

 

 

 

 

 

18 – Il faut essayer d'être le meilleur dans ce que l'on entreprend.

 

 

 

 

 

19 – Si je fais une erreur, il est normal que cela me bouleverse.

 

 

 

 

 

20 – Si je ne me fixe pas les objectifs personnels les plus élevés, je finirai probablement par être une personne de second ordre.

 

 

 

 

 

21 – Si je pense mériter quelque chose, je dois m'attendre à l'obtenir.

 

 

 

 

 

22 – On se sent forcément frustré lorsque des obstacles nous empêchent de parvenir à nos fins.

 

 

 

 

 

23 – Si je fais passer les besoins des autres avant les miens, alors ils devraient m'aider lorsque j'ai besoin d'eux.

 

 

 

 

 

24 – Si je suis un bon mari (une bonne épouse), il est normal que mon conjoint m'aime.

 

 

 

 

 

25 – Si je rends service aux gens, ils me respecteront et me traiteront aussi bien que je les traite.

 

 

 

 

 

26 – Je suis responsable des sentiments et du comportement de mes proches.

 

 

 

 

 

27 – Si je critique la manière dont quelqu'un a fait quelque chose, et que cette personne se met en colère ou a du chagrin, cela veut dire que je l'ai blessée.

 

 

 

 

 

28 – Pour être une personne de valeur, je dois aider ceux qui en ont besoin.

 

 

 

 

 

29 – Si un enfant présente des troubles émotionnels, ou des troubles du comportement, cela veut dire que ses parents ont échoué dans un domaine important.

 

 

 

 

 

30 – Je devrais être capable de plaire à tout le monde

 

 

 

 

 

31 – Lorsqu'un événement grave se produit, on peut difficilement maîtriser ses sentiments.

 

 

 

 

 

32 – Il est inutile de vouloir modifier les émotions déplaisantes, car elles sont un élément normal et inévitable de la vie.

 

 

 

 

 

33 – Mon humeur dépend de facteurs qui échappent pour une large part à mon contrôle : mon passé, mes hormones, les biorythmes, le hasard, le destin…

 

 

 

 

 

34 – Mon bonheur dépend pour une large part de ce qui m'arrive.

 

 

 

 

 

35 – Les gens beaux, riches et célèbres sont forcément plus heureux que les autres.

 

 

 

 

 

FIN DU TEST

 Accord
total

Accord
mitigé

Neutre

Désaccord
mitigé

Désaccord
total

Noter les réponses avec le barème suivant :

 -2

-1

0

+1

+2

 

Les résultats sont ensuite groupés par séries de 5 questions :

Système de valeurs Questions Notes individuelles Note globale
I. Approbation 1 à 5            
II. Amour 6 à 10            
III. Réalisations 11 à 15            
IV. Perfectionnisme 16 à 20            
V. Conscience de son droit propre 21 à 25            
VI. Omnipotence 26 à 30            
VII. Autonomie 31 à 35            

 

 

 

 

 

 

Pour chaque système de valeur, on obtient ainsi une note comprise entre -10 et +10

Les notes positives correspondent à des forces psychologiques, alors que les notes négatives indiquent des vulnérabilités potentielles.

Interprétation des notes obtenues :

I. Approbation : Ce système de valeur sonde votre tendance à mesurer votre estime de soi en fonction de la manière dont les gens se comportent avec vous et de ce qu'ils pensent de vous. Une note positive indique que vous êtes indépendant, doté d'un sentiment parfaitement sain de votre valeur personnelle, même lorsque vous faites face à la critique et à la désapprobation d'autrui. 
Au contraire, une note négative indique que vous êtes trop dépendant et que vous vous évaluez à travers le regard des autres. Si quelqu'un vous critique ou vous insulte, vous commencez automatiquement à vous dénigrer. Votre équilibre émotionnel est très lié à ce que vous croyez que les autres pensent de vous. Vous êtes facilement manipulé et sujet à la dépression et l'anxiété lorsque les autres vous critiquent et sont en colère contre vous.

II. Amour : Ce système de valeur évalue votre tendance à faire reposer votre valeur personnelle sur l'amour que vous recevez. Un résultat positif indique que vous considérez  l'amour comme souhaitable, mais que vous avez un large éventail d'intérêts divers qui vont dans le sens de votre épanouissement et de votre enrichissement personnel. Ainsi, l'amour n'est pas une conditionsine qua non de votre bonheur, pas plus qu'il n'influe votre estime de soi. Les gens vous considèrent comme une personne attrayante parce que vous dégagez une aura d'estime de soi et que vous vous intéressez aux nombreux aspects de la vie.
Au contraire, un total négatif indique que vous êtes "esclave" de l'amour d'autrui. Selon vous, l'amour est un besoin qui, s'il n'est pas satisfait, vous empêche d'être heureux, voire de survivre. Plus votre résultat s'approche de -10, plus vous êtes esclave de l'amour d'autrui. Vous risquez de vous rabaisser dans vos relations avec les autres, notamment ceux que vous aimez, de crainte de les perdre. Malheureusement, cette attitude a l'effet inverse de l'effet désiré : les gens risquent de vous percevoir comme un fardeau puisque votre comportement leur donne l'impression que sans leur affection, vous vous effondreriez. Au fur et à mesure que vous les sentez s'éloigner de vous, vous êtes la proie d'un symptôme de sevrage douloureux et angoissant. Vous vous apercevez que vous êtes dépendant de votre dose quotidienne d'amour et d'attention. Vous êtes alors dévoré par le besoin compulsif d'obtenir cet amour à tout prix. Vous pouvez aller jusqu'à avoir recours à un comportement coercitif et manipulateur pour obtenir votre dose d'affection. Malheureusement, votre dépendance à l'égard de l'amour éloigne la majorité des gens, intensifiant ainsi votre solitude.

III. Réalisation : Il s'agit d'un type différent de dépendance. Un total négatif indique que vous êtes un drogué du travail. Le sentiment de votre propre humanité est atrophié car vous vous considérez plutôt comme une marchandise lancée sur un marché. Plus votre résultat est négatif, plus le sentiment de votre valeur et de votre capacité est dépendant de votre productivité. Si vous prenez des vacances, si votre entreprise se retrouve dans le creux de la vague, si vous prenez votre retraite ou tombez malade, vous risquez l'effondrement émotionnel total. Les termes "dépression économique" et "dépression émotionnelle" sont pour vous des synonymes. En revanche, un résultat positif indique que vous appréciez la créativité et la productivité mais ne les considérez pas comme la voie exclusive de la satisfaction et de l'amour propre.

IV. Perfectionnisme : Un résultat négatif révèle que vous êtes en quête du Graal. Vous exigez la perfection, les erreurs sont taboues, les échecs pires que la mort, les points négatifs sont des catastrophes. Vous êtes censé paraître, penser, vous sentir et vous comporter en permanence comme un être absolument parfait. Cependant, bien que vous viviez à un rythme épuisant, vos satisfactions sont minces. Dès que vous avez atteint un but, un autre, encore plus lointain le remplace. Vous êtes dans l'incapacité de connaître le sentiment exaltant d'avoir atteint le sommet de la montagne. Vous estimez que votre vie est routinière, ennuyeuse et sans joie. Vous vous fixez des objectifs personnels impossibles et irréalistes. 
En fait, votre problème ne se situe pas dans votre performance, mais dans la façon que vous avez de la mesurer. Si vous rapprochez votre attente de la réalité, vous serez plus régulièrement satisfait et récompensé au lieu d'être frustré.
Un total positif suggère que vous avez la capacité d'établir des objectifs sensés, souples et adaptés à votre cas. Vous retirez une grande satisfaction de vos réalisations et de vos expériences sans être obsédé par le résultat. Vous ne vous croyez pas obligé d'être exceptionnel dans tous les domaines ni d'essayer constamment de faire mieux. Vous ne craignez pas les erreurs que vous considérez plutôt comme des occasions de vous améliorer et d'assumer votre rôle d'être humain faillible. Paradoxalement, vous êtes sans doute plus productif que vos collègues perfectionnistes parce que vous n'êtes pas obsédé par les détails.

V. Conscience de son droit propre : Ce système de valeur mesure l'impression que vous avez "d'avoir droit" à certaines choses (réussite, bonheur, amour, reconnaissance, etc...). Un total négatif indique que vous avez effectivement l'impression d'avoir droit à tout cela. Vous vous attendez à ce que vos besoins soient satisfaits par les autres et par l'univers entier, en raison de votre bonté innée et de vos gros efforts. Lorsque ce n'est pas le cas (ce qui doit arriver souvent), vous êtes condamné à l'une de ces deux réactions : soit la dépression et le sentiment d'incapacité, soit la colère. Par conséquent, vous consommez d'énormes quantités d'énergie à être frustré, triste ou irrité. Vous percevez la vie comme une "vallée de larmes". A cause de votre comportement exigeant et amer, vous obtenez invariablement beaucoup moins que ce que vous attendez de la vie.
Un résultat positif révèle que vous ne considérez pas automatiquement que vous avez droit à tout, par conséquent, vous négociez pour parvenir à vos fins, souvent avec succès. Vous savez que les autres sont différents et que nous sommes tous uniques en notre genre. Vous ne voyez donc pas pourquoi tout le monde réagirait spontanément de manière à vous plaire. Un résultat négatif vous déçoit mais ne vous accable pas, parce que vous savez donner aux événement leurs justes proportions et n'attendez des autres ni réciprocité, ni "justice". Vous êtes patient, persistant et votre seuil de tolérance à la frustration est très élevé. Cela vous amène à vous retrouver souvent en tête.

VI. Omnipotence : Il s'agit de votre tendance à vous considérer comme le centre de votre univers personnel, et comme responsable de ce qui se passe autour de vous. Un total négatif indique que vous commettez souvent l'erreur de personnalisation. Vous vous blâmez à tort pour les actes ou les comportements  négatifs des autres, qui ne relèvent pourtant pas de votre autorité. En conséquence, les sentiments d'impuissance et de culpabilité vous accablent et vous vous condamnez continuellement. Paradoxalement, l'idée que vous êtes tout-puissant est un handicap qui fait de vous un être anxieux et inefficace.
Une note positive indique, au contraire, que vous connaissez le bonheur d'accepter de ne pas être le centre de l'univers. N'exerçant aucune autorité les autre personnes adultes, vous n'êtes pas responsable de ce qui leur arrive. Cette attitude ne vous isoles pas, bien au contraire. Vos relations avec les autres sont amicales et courtoises, vous ne vous sentez pas contrarié lorsqu'ils expriment leur désaccord ou négligent de suivre vos conseils. Etant donné que votre attitude donne aux autres un sentiment de liberté et de dignité, vous devenez paradoxalement un véritable aimant. Les autres se rapprochent de vous parce qu'ils sentent que vous n'essayerez pas de les dominer. Les gens vous écoutent et respectent vos idées parce que vous ne leur faites pas comprendre avec insistance qu'ils doivent absolument être d'accord avec vous. Paradoxalement, si vous abandonnez votre besoin de puissance les gens vous récompenseront en faisant de vous une personne d'influence. Vos relations avec vos enfants, vos amis, vos collègues sont caractérisées par un échange et non une dépendance. Puisque vous n'essayez pas de les dominer, ils vous admirent, vous aiment et vous respectent.

VII. Autonomie : Ce système de valeur mesure la capacité que vous avez à trouvez le bonheur en vous-même. Une note positive indique que votre humeur prend naissance dans vos pensées et votre comportement. Vous assumez la responsabilité de vos sentiments parce que vous reconnaissez que c'est vous qui les provoquez. Cette interprétation paraît peut-être suggérer que vous êtes solitaire et isolé puisque vous vous rendez compte que vos sentiments n'existent que dans votre tête. Cependant, cette autonomie vous élargit l'esprit et vous offre le monde entier, avec toutes les satisfactions, tout le mystère, toute l'aventure qu'il peut offrir..
Un total négatif suggère que vous êtes toujours prisonnier de l'idée que votre potentiel de bonheur et d'estime de soi dépend de l'extérieur. Cette conception de la vie vous place dans une situation de grande vulnérabilité puisque l'extérieur échappe à votre contrôle. Votre humeur est soumise à des facteurs externes. Est-ce vraiment ce que vous désirez ?

 

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Thérapie cognitive (2)

Par Le 11/12/2014

QUESTIONS DIVERSES LIÉES À LA THÉRAPIE COGNITIVE

 http://therapie.cognitive.free.fr/questions_diverses.html#DAS

Ce chapitre traite de diverses questions qui, sans être liées les unes aux autres, ont toutes trait au domaine de la thérapie cognitives.

• L'échelle des croyances dysfonctionnelles (DAS : Dysfonctionnal Attitude Scale) 
Le Dr. Arlene Weissman a beaucoup étudié les schémas cognitifs chez les patients dépressifs. Elle a pu distinguer 7 grands schémas cognitifs "classiques" que l'on peut retrouver fréquemment, à des degrés divers, chez les personnes dépressives ou ayant tendance à la dépression.

Voici la liste de ces postulats silencieux :

1. "Mon amour propre dépend de l'estime des autres".
2. "L'amour est nécessaire à mon bonheur".
3. "Ma valeur dépend de mon travail".
4. "Je dois être irréprochable".
5. "J'ai droit à un certain nombre de choses".
6. "Je suis à l'origine de ce qui se passe autour de moi".
7. "Mon bonheur ne dépend pas de moi, mais de paramètres extérieurs".

Elle a élaboré un test d'évaluation permettant de mettre en évidence chez une personne les postulats silencieux qui pourraient potentiellement induire une dépression. Même si la personne n'est pas dépressive, ce test lui permet de connaître ses points de vulnérabilité.

Faites le test (DAS)

 

• Pourquoi des personnes intelligentes peuvent avoir des pensées dysfonctionnelles ?

Si on peut aisément constater la nature irrationnelle des cognitions chez le personnes dépressives, et amener ces personnes à rationaliser leur pensée, il est, en revanche, difficile de trouver une explication claire sur les raisons qui ont amené ces personnes à adopter ce mode de pensée. Nous ne répondront pas non plus clairement à cette question.

Cependant, on peut peut-être entrevoir un élément de réponse en étudiant un cas un peu particulier : le choc culturel (culture shock, en anglais).

Le choc culturel est un phénomène qui peut parfois apparaître chez une personne qui est amenée à quitter son environnement habituel pour vivre temporairement ou définitivement dans une autre culture (autre pays, autre langue, autre religion, autres moeurs, etc...). L'individu qui perd alors ses repères, il peut manifester de l'anxiété et de la frustration. Certains symptômes similaires à ceux de la dépression sont parfois clairement identifiables après quelques semaines, ou plusieurs mois :

-le fait de se laver très souvent les mains.
-inquiétudes excessives concernant l'eau et la nourriture.
-jugements négatifs et stéréotypés sur les habitants du pays.
-rejet de l'environnement et isolement.
-troubles du sommeil.
-crises des larmes inexpliquées.

Pourquoi une personne extraite de son environnement habituel et placée dans un contexte qu'elle maîtrise mal, présente t'elle les symptômes d'une dépression ?
Cette question peut être liée à une autre : Pourquoi les personnes dépressives ont tendance à réduire leur monde à un environnement minimum (isolement, vision stéréotypée du monde) ?

Peut-être une réponse : Surgénéraliser, faire des prédictions négatives, stéréotyper, etc..., présente un avantage incroyable : il procure l'illusion de maîtriser son environnement.
Les pensées dysfonctionnelles offrent un pouvoir exceptionnel : celui de répondre à l'avance à toutes les questions. Le dépressif sait tout : il sait quelle est sa nature profonde, quelle sera sa vie, comment sont les gens et le monde.
En ce sens, la dépression offre un don unique : celui de clairvoyance, c'est à dire le fait de tout comprendre. N'est-ce pas là le but de l'intelligence ?...

 

• Les origines de la Thérapie Cognitive
 

S'il les travaux d'Aaron Beck sont très marqués par le stoïcisme antique, on pourra également noter l'influence plus contemporaine de théoriciens de l'apprentissage tels que Jean Piaget et George Kelly dans l'élaboration de la thérapie cognitive.

Jean Piaget et l'épistémologie génétique :


Biologiste, psychologue et philosophe, Jean Piaget (1896-1980), un des fondateurs des sciences cognitives, travailla dès les années 1920 sur la nature de la pensée, et en particulier sur le développement de la pensée chez l'enfant. Il nommera ce domaine de recherche : l'Epistémologie génétique (l'étude du développement de la connaissance).

Les travaux de Piaget ont marqué les grandes lignes des sciences cognitives.

 


 

Lors de ses études, Piaget a pu distinguer 4 étapes fondamentales dans le développement de l'intelligence chez l'être humain :

▪ La phase sensori-motrice (0-2 ans)
L'enfant perçoit directement le monde à travers ses impressions sensorielles, et il réagit par le biais de réactions motrices. Il ne fait pas la différence et objets stables et objets mobiles, il ne fait pas la différence entre lui et le reste du monde. 
Dès le début de sa vie, l'enfant développe des aptitudes par rapport à son environnement. Ce sont des aptitudes simples de type sensori-motrices (agripper les objets, les porter à la bouche, etc...). 
Ces aptitudes qu'il va employer pour acquérir plus de connaissances sur le monde, ainsi que les représentations mentales qui en découlent, sont appelées schémas.
L'enfant construit ses schémas par le mécanisme d'assimilation, qui consiste à tester ses anciens schémas avec de nouveaux objets (par exemple, il apprend ce qu'il peut sucer ou pas). Le mécanisme d'accommodation, quant à lui, lui permet de modifier ses schémas en fonction de ses nouvelles expériences.
L'assimilation et l'accommodation sont les processus qui vont permettre une diversification et une différentiation toujours croissantes des schémas. Elles forment les deux faces de ce que Piaget nomme l'adaptation (ce que nous appelons couramment l'apprentissage). 
 

 

La notion de permanence des objets :

Un enfant de 6 mois s'intéresse à un jouet. Quand le jouet est hors de sa vue, l'enfant n'y prête plus attention.
Selon Piaget, ceci est dû au fait que l'enfant n'a pas la notion de permanence des objets.
[illustration d'après Henry Gleitman]
 


L'enfant n'a pas la notion que l'objet que l'on retire de sa vue, continue à exister. Pour lui, ce qu'il ne peut pas toucher, voir, sentir, n'existe pas.


▪ La phase préopératoire (2-7 ans)
L'enfant commence à avoir une représentation du monde plus évoluée. Il peut, par exemple, vouloir un objet qu'il n'a pas sous les yeux. Cependant, les représentations ne sont pas encore corrélées de manière cohérente. 
En particulier, l'enfant n'a pas encore la notion de conservation des quantités et des nombres :

La notion de conservation des quantités :


A :on demande à un enfant de 4 ans si l'on a les mêmes quantités de jus de groseille dans les deux verres. L'enfant dit "oui".

 

 

 


B : on verse alors, sous les yeux de l'enfant, le contenu d'un des deux verres dans un verre plus large, et on demande à l'enfant quel verre contient maintenant le plus de jus de groseille. L'enfant indique le verre le plus étroit.
[illustration d'après Henry Gleitman]

 

 

 

La notion de conservation des nombres :

L'adulte montre à un enfant de 4 ans deux rangées de jetons. L'une appartient à l'adulte, l'autre à l'enfant. On demande à l'enfant s'ils ont autant de jetons. L'enfant acquiesce.

 

 

 

 


L'adulte écarte les jetons d'une des rangées, puis il demande à l'enfant s'ils ont encore autant de jetons. L'enfant dit "non", et indique la rangée des jetons écartés comme étant celle contenant le plus de jetons.

[illustration d'après Henry Gleitman]

 

 

 

 

 

 

L'égocentrisme : le test des 3 montagnes

On demande à l'enfant d'indiquer ce que la poupée voit. La fillette en phase préopératoire pense que la poupée voit la scène telle que elle la voit. Selon l'enfant, la poupée voit la petite maison (qui est bien sûr cachée).
[illustration d'après Henry Gleitman]

L'enfant en phase préopératoire n'a pas encore la notion qu'il est possible d'avoir un autre point de vue que le sien.

 

 

 

 


 

L'enfant au stade préopératoire est encore prisonnier de ses perceptions immédiates. Il n'est pas encore en mesure de faire la distinction entre ses perceptions du monde et la réalité.

Par exemple, un enfant de 8 ans sera amusé et en même temps troublé et intrigué de voir un spectacle où un magicien fait sortir des lapins d'un chapeau. En revanche, un enfant de 6 ans assistant au même numéro de magie, sera certes amusé de voir des lapins, mais il n'en sera aucunement troublé ni intrigué. Il n'a pas encore la notion qu'un chapeau ne peut pas contenir de lapins.

▪ La phase des opérations concrètes (7-11 ans)
L'enfant sait gérer les notions de nombres et de quantités. Il est en mesure de comprendre ce qu'il se passera quand on reversera le liquide dans le verre initiale. 
En revanche, il n'a pas encore la notion de pensée abstraite. Il ne sait manipuler mentalement que des notions concrètes.
Par exemple, un enfant de 9 ans peut facilement comprendre que 4 est un nombre pair et 4+1 est impair, que 6 est pair et 6+1 est impair, et de la même manière que 8 est pair et 8+1 est impair. Cependant, il n'est pas encore en mesure de comprendre le principe qu'additionner le chiffre 1 à tout nombre pair produit nécessairement un nombre impair.
La capacité de gérer des notions abstraites et formelles n'apparaît que vers l'age de 11 ans.


▪ La phase des opérations formelles (11 ans et plus)
A ce stade, l'enfant est en mesure d'élaborer des hypothèses, de concevoir des stratégies, et de résoudre des problèmes abstraits.
 

Si, comme tous les cogniticiens, Aaron Beck a été marqué par l'oeuvre de Piaget, il a sans doute été encore plus marqué par les théories d'un homme pratiquement inconnu en France : George Kelly.

George Kelly et la théorie des "personal constructs"

George Kelly (1905-1967), ne s'est jamais défini lui-même en tant que cogniticien. Mathématicien, sociologue et psychologue, il a décidé de consacré sa vie à soigner les paysans dans une clinique rurale du Kansas. Dans les années 1950, il a également élaboré une théorie totalement originale qui ne s'inscrit dans aucun mouvement ni aucune école : la psychologie des personal constructs.
Si George Kelly est inconnu en France (son oeuvre n'a jamais été traduite en français), ses théories on eu un impact certain dans le monde de la psychologie cognitive dans les pays anglo-saxons, ainsi qu'au Canada.

 

 


Remarque : dans cet exposé, nous avons fait le choix de conserver la terminologie anglaise car nous perdrions de son sens en voulant la traduire en français (les Canadiens francophones emploient volontiers le terme de "construits personnels"). 
En anglais, le mot "Construct" a deux sens, il décrit une chose qui a été construite, fabriquée de toute pièce. Il signifie également : concept, notion, modèle ou idée schématique. Kelly utilisait comme synonymes les termes de "concepts utiles" (useful concepts), "fictions pratiques" (convenient fictions) et "modèles transparents" (transparent templates).

L'homme le scientifique : pour décrire sa théorie des personal constructs, Kelly aimait employer ce qu'il appelait sa "métaphore fructueuse". Il partait du principe que tout homme, dans sa façon de voir le monde, et dans son comportement, avait fondamentalement une démarche de type scientifique. L'homme a une représentation de la réalité, là où le scientifique a des théories. L'homme anticipe les choses et les événements, là où le scientifique a des hypothèses. L'homme essaie, il agit en fonction de ses anticipations, là où le scientifique expérimente. L'homme ajuste et modifie sa représentation du monde en fonction de ses expériences, là où le scientifique est amené à ajuster ses théories pour s'accorder avec les faits.

Théorie des personal constructs = Un axiome et 11 corollaires

  • L'axiome fondamental : "les processus d'une personne sont psychologiquement canalisés par la façon dont elle anticipe les événements".
    Par "processus", Kelly comprend les expériences, les pensées, les sentiments et les comportements.

  • Le corollaire de construction : "Une personne anticipe les événements en élaborant leur répliques".

  • Le corollaire de l'expérience : "Le système de construction d'une personne varie lorsqu'elle élabore avec succès la réplique des événements".

 

Certains thérapeutes ont également inspiré l'oeuvre de Beck.

Albert Ellis : Thérapie Comportementale Rationnelle-Émotive

 

 

• La thérapie cognitive appliquée aux troubles de la personnalité

La thérapie cognitive a principalement été développé pour le traitement des troubles de l'humeur, comme la dépression ou l'anxiété. Elle peut également être utilisée pour des trouble de la personnalité. Généralement les traitements de ces troubles durent beaucoup plus longtemps que dans le cas des dépressions.
Arthur Freeman et Russell Leaf ont pu établir des schémas cognitifs types en traitant de nombreux patients souffrant de troubles de la personnalité. Voici une synthèse de ces schémas :

  • La personnalité paranoïaque :

Définition DSM-IV

Schémas type de la personnalité paranoïaque :
 1. "Les gens tenteront toujours de me faire du mal."
 2. "Je ne peux faire confiance à personne. Ils profiteront toujours de moi."
 3. "On tentera toujours de m'importuner."
 4. "Ne pas s'énerver, rester indifférent."
 5. "Toute offense envers moi, même minime, doit être sanctionnée."
 6. "Rester sur ses gardes. Être toujours préparé au pire."
 7. "Tout compromis est une capitulation."
 8. "Éviter l'intimité, si je suis proche d'une personne, elle peut trouver mes faiblesses."
 9. "Se méfier de toute personne qui a du pouvoir, elle peut me faire du mal."
 

  • La personnalité schizoïde :

Définition DSM-IV

Schémas type de la personnalité schizoïde :
 1. "Pourquoi est-ce que je devrais être proche des gens ?"
 2. "Être proche des autres n'est pas très important."
 3. "Je suis mon meilleur ami."
 4. "Rester calme. Afficher ses émotions est embarrassant et inutile."
 5. "Ce que les autres disent et pensent n'est ni intéressant, ni important."
 6. "Le sexe, d'accord, mais juste pour l'hygiène."
 

  • La personnalité antisociale :

Définition DSM-IV

Schémas type de la personnalité antisociale :
 1. "Les règles sont faites pour les autres."
 2. "Seuls les idiots obéissent aux règles."
 3. "Les règles sont là pour être transgressées."
 4. "Se méfier des gens de pouvoir."
 5. "Mon plaisir d'abord."
 6. "Si les autres son blessés par mon comportement, c'est leur problème."
 7. "Je le fais maintenant. Il est hors de question que je sois frustré."
 8. "Je ferai ce qu'il faudra pour obtenir ce que je veux."
 9. "Je suis beaucoup plus intelligent que la plupart des autres."

 

  • La personnalité borderline :

Définition DSM-IV

Schémas type de la personnalité borderline :
 1. Je ne sais pas vraiment qui je suis.
 2. Je finirai par être abandonné.
 3. Ma souffrance psychique est si intense que je ne peux pas le supporter.
 4. Je ne peux pas contrôler mon comportement. C'est ma colère qui me contrôle.
 5. Je suis dominé par mes sentiments, et je ne peux pas les modifier.
 6. Il (elle) est tellement extraordinaire, j'ai une chance incroyable ! / Il (elle) est tellement méprisable, je ne peux pas le (la) supporter ! [le jugement oscille d'un extrême à l'autre très rapidement].
 7. Quand je suis accablé, je dois obligatoirement m'échapper (départ, ou suicide).

 

  • La personnalité histrionique :

Définition DSM-IV

Schémas type de la personnalité histrionique :
 1. Les apparences sont importantes.
 2. Les gens sont jugés sur leur apparence extérieure.
 3. Je dois être remarqué.
 4. Je ne dois jamais être frustré.
 5. Je dois obtenir tout ce que je veux.
 6. Les émotions doivent toujours être exprimées directement et rapidement.
 7. La beauté est le facteur le plus important lorsqu'on juge une personne.

 

  • La personnalité narcissique :

Définition DSM-IV

Schémas type de la personnalité narcissique :
 1. Je dois obtenir ce que je veux lors de chacun de mes échanges.
 2. Je ne dois, en aucune manière, être frustré dans ma recherche de plaisir ou de reconnaissance.
 3. Je suis une personne hors du commun.
 4. Je ne devrais avoir à faire qu'avec des personnes hors du commun comme moi.
 5. Je dois être admiré.
 6. Personne ne devrait avoir plus que ce que j'ai.

 

  • La personnalité évitante :

Définition DSM-IV

Schémas type de la personnalité évitante :
 1. Je dois être apprécié.
 2. Je ne dois pas paraître idiot aux yeux des autres, à aucun moment.
 3. Le monde est dangereux.
 4. Les autres doivent prendre soin de moi.
 5. Mieux vaut être isolé que de risquer d'être blessé.
 6. Toute critique envers moi est une terrible condamnation. 
 7. Les gens doivent m'offrir des garanties inconditionnelles d'acceptation avant que je puisse établir des liens avec eux.

 

  • La personnalité obsessionnelle-compulsive :

Définition DSM-IV

Schémas type de la personnalité obsessionnelle-compulsive :
 1. Il faut obéir à des règles strictes dans la vie.
 2. En se concentrant sur les détails d'un problème, on réduit les risques de faire une erreur.
 3. Une personne est définie par ce qu'elle fait.
 4. On est quelqu'un de bien si l'on fait bien son travail.
 5. Tout se passera bien si les règles sont suivies à la lettre.
 6. Ne jamais jeter quelque chose qui pourrait avoir de la valeur.
 7. Les émotions doivent être maîtrisées.

  • La personnalité passive-agressive :

Définition DSM-IV

Schémas type de la personnalité passive-agressive :
 1. Je ne devrais avoir à faire que ce que j'ai envie de faire.
 2. Les gens ne devraient pas me demander quoi que ce soit.
 3. Les autres sous-estiment mon travail et ma valeur.
 4. Je dois me protéger en me faisant passer pour une victime.
 5. Les supérieurs hiérarchiques sont généralement injustes.
 6. On ne devrait pas me demander de travailler autant.
 7. Les échéances et la pression sont injustes. Il faut s'y opposer.
 8. La colère ne peut pas être exprimée ouvertement.
 9. La colère est dangereuse et doit être évitée.
10. Tout ce qui peut être remis au lendemain, doit l'être.
11. Partir avec le maximum de choses.
 

• Thérapie cognitive et psychoses

La thérapie cognitive de fait pas un distinguo de nature entre névrose, d'une part, et psychose, d'autre part. Beck considère les deux comme le résultat de distorsions cognitives. Le mécanisme est le même, avec simplement une intensité et une étendue plus ou moins large des distorsions. Ainsi, un patient névrosé aura une perception irrationnelle de la réalité dans quelques domaines seulement, alors qu'un patient psychotique aura une perception irrationnelle de la réalité dans presque tous les domaines. Pour être plus précis, on peut dire que les patients psychotiques ont malheureusement tendance à réduire le champ de leur activité mentale à ces seules distorsions. Les capacités de jugement des patients psychotiques étant alors fortement endommagées, il devient très difficile, voire impossible, au thérapeute d'amener l'individu à développer une approche métacognitive de ses problèmes.
C'est la raison pour laquelle la thérapie cognitive est habituellement réservée aux troubles de l'humeur (dépression, anxiété) au cours de thérapies courtes, et, dans une moindre mesure, aux troubles de la personnalité (thérapies plus longues, voir chapitre ci-dessus). Elle s'applique, en revanche, difficilement aux troubles psychotiques (type schizophrénie).
 

• La notion de Domaine personnel

Le Domaine personnel est une notion qui peut sembler triviale à priori. Cependant c'est un outil puissant qui permet souvent de mieux comprendre des sentiments tels que l'anxiété, la tristesse ou la colère.

Définition : Le domaine personnel est l'ensemble des choses, matérielles ou immatérielles, qui ont de la valeur aux yeux du sujet.

Au centre du domaine, on trouvera la représentation de soi, les caractéristiques personnelles, les buts, les valeurs fondamentales de l'individu. Autour de ce centre, on trouvera par exemple la famille, les amis, les biens matériels. Selon les individus, on pourra également trouver d'autres composants du domaines, comme par exemple : la nationalité, la classe socioculturelle, des concepts tels que la liberté, la justice, la moralité, la foi religieuse, le respect des règles, etc...

Le concept de domaine personnel aide à comprendre comment une personne peut être fortement affectée par des événement très éloignés géographiquement : par exemple, un individu peut devenir euphorique si un membre de son groupe social, ou de sa nationalité reçoit une récompense lors d'un championnat sportif. De même il peut être scandalisé si un membre de son groupe est victime de brutalités. Il réagira comme si c'était lui-même qui était l'objet de bons ou de mauvais traitements. D'autres personnes peuvent rester totalement indifférentes aux mêmes événements si elle n'ont pas les mêmes composants dans leur domaine personnel (celui de nationalité par exemple).

La nature de la réponse émotionnelle d'une personne à un événement donné, dépend selon que l'individu considère cet événement comme ajoutant, enlevant, mettant en danger, ou bien affectant son domaine personnel.

  • La tristesse : c'est le sentiment provoqué par la perception d'une perte pour le domaine personnel. Perte d'un être aimé, perte de capacités physiques, perte d'une fonction sociale (chômage).

  • L'euphorie et l'excitation : sentiments provoqués par la perception d'un gain pour le domaine personnel. Par exemple le fait de se faire de nouveaux amis, acquérir de nouveaux biens matériels, ou atteindre ses buts.

  • L'anxiété : c'est le sentiment provoqué par la perception d'une menace pour le domaine personnel. Menaces pour ses biens matériels, menace de la perte d'un proche (maladie, séparation géographique), menaces psychologiques (risques d'humiliation, de critiques) . Si l'individu a confiance dans sa capacité à faire face à la menace, son anxiété est grandement diminuée. L'anxiété augmente lorsque la menace est perçue comme imminente, hautement probable et très destructrice pour le domaine personnel.

  • La colère : c'est le sentiment provoqué par la perception d'une attaque (physique ou verbale) visant un ou plusieurs composants du domaine personnel, ou d'une frustration (lorsque l'on obtient pas un élément du domaine que l'on pense dû, par exemple le respect, la reconnaissance).

On peut retrouver les mécanismes cités précédemment chez toutes les personnes dites normales. Chez les personnes souffrant de troubles de l'humeur, les perceptions (de perte, de menace, d'attaque, ou de frustration) sont soumises à de fortes distorsions cognitives, dues à une évaluation très erronée de la situation réelle.
Travailler avec le patient pour mettre à jour les composants de son domaine personnel lui permettra de choisir ceux qu'il souhaite conserver, et éventuellement y adjoindre d'autres.
La thérapie permettra également au patient de rationaliser les perceptions qu'il a des événements en rapport avec les composants de son domaine personnel, et d'en corriger les distorsions.

• L'impuissance apprise, un modèle animal de la dépression

 

• Thérapie cognitive Versus Pensée positive et méthode Coué

Ceux à qui l'on présente pour la première fois les principes de la thérapie cognitive, font souvent le lien avec "le pouvoir de la pensée positive" (N. V. Peale), ou à la méthode Coué. Il est vrai qu'il y a des similarités apparentes entre la pensée positive et la thérapie cognitive, en particulier, l'idée que nos pensées influencent nos émotions et notre comportement. Cependant, la ressemblance s'arrête là. En effet, le problème majeur de la "pensée positive" vient du fait que les pensées positives ne sont pas nécessairement valides, ni exactes.
Remplacer des pensées irrationnelles négatives par des pensées irrationnelles positives ne résout pas, à terme, les problèmes du patient.
Si une personne peut s'exalter quelque temps en appliquant les principes de la pensées positive, il est probable que ces pensées ne résisteront pas longtemps à la réalité des faits. Or des pensées positives ne peuvent conduire à des sentiments positifs, que si le patient croit en leur validité.

De plus, "le pouvoir de la pensée positive" repose en partie sur les principes religieux de la foi chrétienne (amour, prière, aimer Dieux et son prochain). Ces concepts sont tout à fait hors de propos dans la thérapie cognitive.

Avec la "pensée positive", on vous amènera à voir un verre à moitié plein, plutôt qu'à moitié vide. 
L'approche rationnelle de la thérapie cognitive vous apprendra à neutraliser les distorsions, et à constater par vous-même que le verre est rempli à 50 %.

 

Thérapie cognitive (1)

Par Le 11/12/2014

LES GRANDS PRINCIPES


 

http://therapie.cognitive.free.fr/principes.html

• Une cognition, qu'est-ce que c'est ?

Le mot "Cognition" vient du latin "Cognito" signifiant : une pensée.

D'un point de vue formel, le terme "Cognition" comprend l'ensemble des connaissances, des croyances et des représentations mentales d'une personne ; Dans un sens plus large, cela inclut également les mécanismes par lesquels cette personne acquiert de l'information (démarches d'apprentissage), la traite, la conserve et l'exploite. 

Les cognitions sont liées à la perception, à l'éducation, à l'apprentissage, à la mémoire, à l'intelligence, à la fonction symbolique et au langage.

Plus simplement, on pourra retenir que nos "cognitions" sont nos croyances et nos pensées.

 

• Nos émotions sont le fruit de nos pensées.

"You feel the way you think." D. Burns.

C'est là le principe premier de la thérapie cognitive : ce n'est pas le monde extérieur qui est la cause de nos émotions et de notre humeur, mais seulement la représentation que l'on en a et les pensées qui nous traversent l'esprit.

Schéma d'après David Burns.

Cette idée est en fait très ancienne. Les philosophes stoïciens de l'antiquité l'avaient déjà clairement exprimée il y a deux millénaires (voir Stoïcisme et Thérapie Cognitive).
Les fondateurs de la thérapie cognitive, dans la deuxième moitié du 20ème siècle, ont d'ailleurs toujours ouvertement affiché l'influence de la philosophie stoïcienne sur leur théorie.

Si la dépression était la conséquence de conditions de vie difficiles, on devrait en théorie observer des vagues de cas de dépression en période de guerre, ou dans des pays touchés par la malnutrition. Or on constate plutôt le contraire (on se suicide moins en temps de guerre qu'en temps de paix, moins en Afrique qu'en Europe). En fait, il apparaît qu'une grande proportion des personnes souffrant de dépression ont une vie que d'autres pourraient considérer comme a priori satisfaisante, voire enviable : situation financière normale, famille aimante, pas de traumatisme particulier, pas de maladie organique, pas de pression ni de danger marquant.

En fait, la dépression n'est pas causée par l'environnement du sujet, mais par les pensées et les schémas mentaux qu'il emploie pour l'interpréter. C'est donc en apprenant à travailler sur ses cognitions qu'une personne pourra sortir de sa dépression. C'est précisément là le but d'une thérapie cognitive.

 

• Les distorsions cognitives.

Les cognitions étant par nature plus ou moins subjectives, elles peuvent conduire le sujet à une vision approximative, déformée, voire totalement inexacte du monde.

Chez le sujet dépressif, les distorsions cognitives, c'est à dire des interprétations et des représentations biaisées du monde privilégiant systématiquement une vision négative et pessimiste des choses, sont responsables de son incapacité à évaluer la réalité de manière positive ou neutre. Le patient ne semble plus capable d'objectivité.

Ces distorsions peuvent concerner des domaines plus ou moins importants de la vie d'une personne.

Aaron Beck a défini la dépression comme étant le résultat de distorsions dans trois domaines majeurs :

1.      Cognitions sur soi.

2.      Cognitions sur l'environnement (le monde et les autres).

3.      Cognitions sur l'avenir.

Ces 3 grands types de distorsions constituent ce que l'on appelle la triade de Beck. On peut les retrouver à des degrés divers chez tous les patients déprimés.


Exemples de distorsions cognitives chez un patient dépressif :

Cognition sur soi : "Je ne vaux rien", "Je ne suis pas à la hauteur".
Cognitions sur l'environnement : "Ce monde est pourri", "Les gens sont égoïstes".
Cognitions sur l'avenir : "Rien ne s'améliorera jamais", "C'est sans espoir".

Chez une personne dépressive, ces expressions ne sont pas de simples paroles en l'air destinées à attirer l'attention. Elle correspondent à la véritable représentation mentale qu'elle se fait du monde et d'elle-même.

Comme nous le verrons dans les paragraphes suivants, le rôle du thérapeute est de faire prendre conscience au patient de ces distorsions cognitives, et de l'amener à une représentation plus "normale" et plus rationnelle des choses. Pour cela, il va, dans un premier temps, devoir apprendre au patient à devenir métacognitif, c'est-à-dire l'amener à réfléchir à la manière dont il pense. (cette capacité à réfléchir à la manière dont on pense apparaît habituellement chez l'enfant vers l'age de 6 ans. Elle tend à disparaître chez les personnes souffrant de dépression).
 


• Les 10 pensées dysfonctionnelles types.

Les pensées dysfonctionnelles sont des distorsions cognitives très courantes chez les personnes dépressives. Ce sont des façons de penser stériles, souvent stéréotypées, qui s'appliquent de manière quasi-automatique (on parle également de "pensées automatiques"), et amènent le sujet à avoir une vision très sombre du monde.


Voici les 10 pensées dysfonctionnelles les plus répandues (liste d'après A. Beck & D. Burns) : 
 

Liste des pensées dysfonctionnelles

1- La pensée dichotomique (principe du tout ou rien). C'est le fait de penser que si une chose n'est pas exactement comme nous le souhaitons, alors il s'agit d'un échec. Il s'agit d'une perte totale des nuances. Ex. : "Si je n'ai pas été embauché, c'est que je ne vaux rien", "Si je n'ai pas 20 sur 20 à cet examen, c'est que je suis nul". Dans ces conditions, avoir 18 sur 20 à un examen, ou n'être "que" le second de sa promotion peuvent être perçus comme des échecs cuisants.

2- La surgénéralisation : on construit des règles pour son comportement futur à partir de quelques événements négatifs passés. Ex. : "Elle n'a pas voulu sortir avec moi ; je vois bien que je n'arriverai jamais à sortir avec une fille". Avec la surgénéralisation, un seul événement négatif peut influer tout le comportement à venir d'une personne qui se voit alors vouée à l'échec. On peut distinguer 2 grands types de surgénéralisation

2-a : La surgénéralisation verticale : un échec dans un domaine à un moment donné, et c'est tout le domaine en question (passé, présent et avenir) qui est perçu comme un échec et perdu d'avance. Ex : "Elle ne veut pas sortir avec moi. J'ai toujours tout raté en amour, je serai seul et malheureux toute ma vie".
2-b : La surgénéralisation horizontale : c'est le fait de lier entre eux des problèmes différents, là où ça n'a pas lieux d'être. Un échec dans un domaine va amener la personne à voir des échecs dans tous les domaines. Ex. : "J'ai été licencié de mon entreprise, ce n'est pas étonnant, je rate tout ce que je fais dans la vie".


3- L'abstraction sélective : c'est un filtre mental qui ne laisse percevoir que le côté négatif des choses. On se focalise sur les détails déplaisants, ce qui nous conduit à voir l'ensemble en négatif. Ex. : une personne passe une soirée avec des gens agréables et intéressants, elle s'amuse, elle danse, lorsque quelqu'un renverse du café sur sa chemise. A cause de cet incident, elle en conclut que la soirée est totalement gâchée. Autre exemple : un joueur de tennis gagne lors d'une rencontre sportive, mais au lieu de s'en réjouir, il passe plusieurs jours à ressasser les erreurs qu'il a commises pendant le match et à s'en faire le reproche.

4- La disqualification du positif : on transforme une expérience neutre ou positive en expérience négative. Ex. : on me fait un compliment, j'en déduis que "tout le monde sait que c'est faux, on me dit ça juste pour me faire plaisir", ou encore : "Le soutien des gens qui m'aiment ne compte pas. Ils ne connaissent pas ma vraie nature". C'est une sorte d'alchimie inversée où l'on transforme de l'or en plomb.

5- Les conclusions hâtives (ou principe de l'inférence arbitraire) : on imagine des scénarios noirs sans preuve et on y porte crédit. On peut en distinguer 2 sortes :

5-a : Les lectures des pensées d'autrui : C'est lorsque l'on croit connaître les pensées des autres en se fiant à de maigres indices. Ex: "Je lui ai laissé un message mais il ne m'a pas rappelé, il ne me considère plus comme son ami.", ou bien : "Mon patron m'a regardé de travers, il pense certainement me licencier".
5-b : Les erreurs de voyance : faire des prédictions pessimistes et les considérer comme vraies. Ex. : "Je vais devenir folle.", "Cette thérapie ne marchera pas, je suis incurable.", "Je vais rester seul toute ma vie."


6- Exagération (dramatisation) et minimalisation : on exagère ses erreurs et on minimise ses points forts. Exemple d'exagération : "J'ai fait une erreur au travail, tout le monde va le savoir et je serai complètement ridicule aux yeux de tous." ; Exemple de minimalisation : "J'ai trouvé la solution au problème, mais c'est simplement parce que j'ai eu un coup de chance".


7- Le raisonnement émotionnel : c'est se servir de ses sentiments comme s'il s'agissait de preuves. Ex. : "Je me sens désespéré, donc mes problèmes doivent être impossibles à résoudre." ; "Je ne me sens pas de taille à affronter une situation, donc je suis un looser." ; "Si je me sens dégoûté de ce monde, c'est parce qu'il n'a rien à m'offrir" ; "Si je suis angoissé tout le temps, c'est bien qu'il y a quelque chose qui ne va pas".

8- Les fausses obligations ("musturbation" en anglais) : Se fixer arbitrairement des buts à atteindre (je dois, je devrais…). Ex. : "Je dois absolument faire le ménage chez moi.". Résultats : si l'on n'atteint pas ses objectifs, on se sent coupable. On peut également appliquer cette règle pour les autres (on me doit…) : "Après tout ce que j'ai fait pour lui, il pourrait au moins être reconnaissant." Cela conduit à un sentiment d'amertume, de ressentiment, et à l'idée que l'on est la seule personne à se conduire convenablement.

9- L'étiquetage : ce sont des jugements définitifs et émotionnellement chargés que l'on porte sur les autres ou sur soi-même. Ex. : "Cette personne est un monstre." ; dire"Je suis complètement nul" au lieu de dire "J'ai fait une erreur".

10- La personnalisation : se sentir responsable du comportement des autres. Ex. : "Si mon fils ne travaille pas à l'école, c'est parce que je suis une mauvaise mère.","Ce qui arrive est ma faute." La personnalisation conduit à un sentiment de culpabilité. C'est l'erreur consistant à penser pouvoir gérer la vie des autres (alors qu'on ne peut que l'influencer).

Au commencement d'une thérapie cognitive, le patient devra étudier, comprendre et apprendre cette liste de pensées dysfonctionnelles. Avant toute forme d'introspection, le patient sera amené, grâce à des exercices, à repérer et mettre en évidence ces différentes pensées dysfonctionnelles sur des exemples types (exemples d'exercices).

 Une fois bien exercé, il pourra commencer à relever et mettre en évidence ces distorsions dans sa propre façon de penser. 
Pour cela, il pourra être amené à employer un outil très utile : les fiches d'autoévaluation de Beck.
 

• Les fiches d'autoévaluation de Beck

Il s'agit d'une technique très simple élaborée par Aaron Beck pour aider ses patients à mettre en évidence clairement leurs pensées dysfonctionnelles afin de mieux les analyser. Les patients disposent ainsi d'un outil qui leur permet par eux-mêmes d'avoir une approche plus rationnelle et moins stérile de leurs problèmes.
 

Il s'agit d'un formulaire constituée de 5 colonnes que l'on remplit de gauche à droite :

  • 1ère colonne : Situation : on y décrit rapidement l'événement ou la situation qui a déclenché la contrariété. On n'y inscrit aucune émotion, ni aucune pensée, mais uniquement des faits. (par exemple : j'ai laissé un message téléphonique à mon ami et il ne m'a pas rappelé)
  • 2ème colonne : Emotion : décrire et évaluer le plus précisément possible les émotions ressenties en pourcentages de 0 à 100. L'émotion globale est à décomposer en terme de : tristesse, colère et anxiété qui sont souvent les trois principales composantes d'une humeur négative. Le patient peut éventuellement en ajouter d'autres (frustration, dégoût, etc...).
  • 3ème colonne : Pensées automatiques : C'est la liste de toutes les pensées qui nous passent par la tête et qui nous rendent malheureux, anxieux, ou en colère. On indiquera le niveau de croyance global pour ces pensées automatiques. (on peut également préciser le niveau de croyance pour chaque pensée automatique).
  • 4ème colonne : Réponses rationnelles : il s'agit ici de prendre du recul par rapport aux pensées de la colonne précédente et de les analyser en mettant en évidence les pensées dysfonctionnelles exactement comme cela a été décrit dans les exercices du chapitre précédent (liste des pensées dysfonctionnelles). On fera enfin la liste des réponses rationnelles face à l'événement ou la situation. On indiquera le niveau de croyance global pour ces réponses rationnelles (on peut préciser également le niveau de croyance pour chaque réponse rationnelle).
  • 5ème colonne : Résultat : après avoir inscrit les pensées automatiques et les réponses rationnelles qui s'y rapportent, on évalue à nouveau les émotions ressenties en terme de tristesse, d'anxiété et de colère. On indiquera également l'intensité globale de l'émotion après analyse, que l'on pourra, bien sûr, comparer avec l'intensité globale de l'émotion avant analyse (colonne 2).

La fiche d'autoévaluation de Beck n'est pas un outil qui fait disparaître toutes les contrariétés de la vie. En revanche, elle permet de rationaliser l'approche que l'on peut en avoir. Très souvent, cette technique conduit à une nette amélioration de l'humeur du patient par rapport à une situation donnée.

Au début de la thérapie, le patient apprendra à remplir ces fiches avec l'aide de son thérapeute afin de bien en comprendre les principes. Il pourra ensuite très rapidement utiliser cette technique seul et acquérir de plus en plus d'autonomie dans la gestion de ses problèmes au quotidien.

Dans le cadre d'une thérapie cognitive, le patient est invité à remplir une fiche de Beck à chaque fois qu'il rencontre une contrariété, ou simplement lorsqu'il se sent mal (tristesse, anxiété, colère). Il peut ainsi être amené à en remplir plusieurs par jour.
Le patient pourra conserver ces fiches afin d'avoir un suivi de son travail. 
Même si une contrariété donnée a déjà fait l'objet d'une fiche dans le passé, le patient ne doit pas hésiter à en remplir une autre sur le même sujet.

La fiche d'autoévaluation est une technique à utiliser sans modération. En effet, si des distorsions cognitives répétées peuvent rapidement conduire à la dépression, la rationalisation ne peut, quand à elle, avoir que des effets bénéfiques sur l'humeur des patients et leur manière d'appréhender leurs problèmes. 

Nous avons jusqu'alors abordé des cognitions dont il était relativement facile de prendre conscience d'un point du vue métacognitif (c.à.d la capacité à analyser sa propre façon de penser). Nous allons maintenant aborder un niveau de cognition plus difficile à mettre à jour : les schémas cognitifs.
 


• Les schémas cognitifs.

Les schémas sont les grandes structures de base de l'organisation cognitive d'un individu. Ce sont des cognitions fondamentales stables et rarement exprimées directement. Les schémas s'appliquent de manière automatiques et commencent à se construire très tôt chez l'enfant. (voir Construction des schémas)
Ils sont ancrés profondément et ne sont pas toujours faciles à mettre à jour. Ces schémas nous amènent à avoir une représentation du monde partielle et très simplifiée. Ils tendent à nous aiguiller systématiquement vers des jugements et des comportements stéréotypés. A partir d'une situation ou d'un événement donné, ils nous fournissent une anticipation de l'avenir.

S'ils nous aident à appréhender notre environnement en nous permettant de ne pas avoir à tout réinventer lorsque nous faisons face à une situation déjà rencontrée, les schémas cognitifs peuvent également nous handicaper, car ils sont très réducteurs, déformant à outrance la réalité et agissant comme des œillères. D'une manière générale, les schémas cognitifs, sans nous laisser le choix, ferment beaucoup de portes, et en ouvrent peu. Chez les personnes dépressives, cela peut aboutir à une véritable vision tunnellaire du monde.

Les personnes dépressives ont souvent des avis très tranchés sur les sujets sensibles : l'amour, la vie, l'amitié, le monde, les autres, eux-mêmes. Ces opinions sont généralement le fruit de schémas cognitifs très forts qui laissent malheureusement peu de place à la nuance.

Le rôle du thérapeute est de permettre au patient de prendre conscience de ces schémas (par des techniques que nous verrons ensuite), et de l'amener à envisager d'autres options, d'autres façons de voir les choses, de manière plus rationnelle et moins stéréotypée.

Exemples de schémas :

  • "Ma valeur dépend de l'estime des autres".
  • "Je ne suis rien sans amour".
  • "Pour être heureux, je dois réussir tout ce que je fais".
  • "Je suis en danger si je n'anticipe pas tous les problèmes".
  • "Il faut toujours tirer les leçons de ses échecs".
  • "On ne peut pas être heureux si on n'a pas trouvé un sens à sa vie".

Nota Bene : Si les techniques type Fiches d'autoévaluation de Beck, permettent au patient de se sentir mieux dans sa vie quotidienne en l'amenant à rationaliser ses pensées conscientes, elles ne s'attaquent pas aux causes de la dépression. Mettre à jour les schémas cognitifs d'une personne, et l'amener à les analyser, permettra de traiter les causes, et pas simplement les symptômes de la dépression.
 

Les schémas étant généralement inconscients et rarement verbalisés (on parle de "postulats silencieux"), le thérapeute doit employer certaines techniques pour les mettre à jour lors de la thérapie. La plus utilisée se nomme la technique de la flèche descendante. 


• La technique de la flèche descendante (Bottom line)

Nous avons vu que la technique de la fiche de Beck consistait à partir d'une pensée dysfonctionnelle, et de l'analyser de manière rationnelle afin d'amener le patient à une vision plus réaliste, plus neutre, et moins émotionnelle des choses.

Dans le cas de la flèche descendante, nous allons faire exactement le contraire : Nous allons partir d'une pensée dysfonctionnelle (consciente) exprimée par le patient, et faire "comme si c'était vrai", afin de pouvoir descendre le plus profondément possible dans des niveaux cognitifs de plus en plus inconscients jusqu'à ce que l'on puisse accéder aux schémas cognitifs qui sont à l'origine de cette pensée. 
 

Le meilleur moyen de comprendre cette technique est de l'illustrer par un exemple :

-Patient : "Mon responsable m'a dit que le client était mécontent de mon travail".
-Thérapeute : "Oui, d'accord, et quel est le problème ?".
-P. : "Il pense sûrement que je suis un ingénieur très médiocre"
-Th. : "Si c'est vrai qu'il le pense, pourquoi est-ce que cela vous ennuie ?"
-P. : "Parce que cela veut dire que je suis effectivement un très mauvais ingénieur, il sait de quoi il parle !"
-Th. : "Peut-être, mais si c'est le cas, en quoi cela vous gêne ?"
-P. : "Ca veut dire que je suis un raté total, un bon à rien."
-Th. : "Bon, et si vous êtes un raté total et un bon à rien, en quoi est-ce que cela est gênant ?"
-P. : "Et bien tout le monde finirait pas s'en rendre compte. Plus personne ne me respecterait. Je serais licencié et je ne pourrais plus jamais trouver de travail dans mon domaine. Je serais obligé de changer de région."
-Th. : "D'accord, et cela signifierait quoi pour vous ?"
-P. : "Cela voudrait dire que je suis complètement nul et inutile. Je me sentirais si malheureux que je voudrais mourir."

Dans l'échange précédent, on peut ainsi mettre en évidence 3 schémas cognitifs chez le patient :

1. : si quelqu'un me critique, il a forcément raison.
2. : ma valeur dépend de mes réalisations.
3. : une erreur, et tout est gâché. Si je ne réussis pas tout le temps, je suis nul.

Une fois l'enchaînement des pensées automatiques établi, et une fois les postulats silencieux identifiés, le travail du patient, avec l'aide du thérapeute, est alors d'analyser l'échange précédent, et, pour chaque étape, d'en faire ressortir les pensées dysfonctionnelles afin de les remplacer par des réponses rationnelles. (analyse du cas précédent).

Le thérapeute amènera ensuite le patient à faire une analyse coût-bénéfice de ses schémas cognitifs à l'aide d'un tableau à deux colonnes.

On retrouve très souvent les mêmes types de schémas chez les personnes dépressives. Un test des croyances dysfonctionnelles peut aider à les mettre en évidence.


 

Hécatombe chez les banquiers

Par Le 10/12/2014

Depuis quelques jours, une liste de morts suspectes de banquiers tourne sur le net. 
Cette information très importante manquait de sources et de détails. Et vérifications faites, elle comporte quelques erreurs... Il me semblait intéressant de la fiabiliser: 

18 Nov 2014 – Shawn Miller, 42 ans, directeur général de Citigroup (une banque américaine) a été retrouvé mort dans une baignoire avec la gorge tranchée. Malgré les circonstances étranges (il a été retrouvé dans son bain, les poignets et le cous tranchés), malgré les doutes de la famille et de la police, l'enquête s'oriente vers un suicide...  
Sources: Wall Street journal - New York Post

24 Juillet 2014 - Robin Clark, un trader anglais, se fait tirer dessus par un homme cagoulé. Il survit à ses blessures
Source: Mirror

6 Juillet 2014 – Julian Knott, 45 ans, directeur général de JP Morgan Chase (une holding financière majeure) et de Global Technology network (un réseau mondial spécialisé dans les technologies de pointe), a été retrouvé mort. Il aurait tué sa femme avant de se suicider. Le coupe semblait pourtant très uni. 
Les journaux évoquent des circonstances étranges, mais auncune information n'est rendue publique (pas même les circonstances de la découverte des corps...)
Sources: Dailymail, International Buisness Times

24 Juin 2014 – Richard Gravino, 49 ans, chef d’équipe du développement d'applications, lui aussi employé par JP Morgan, est retrouvé mort. La cause de cette mort soudaine est à ce jour inconnue. 
Source: Wall Street on parade

24 Mai 2014 – Daniel Leaf, gestionnaire principal de la Banque d'Ecosse, est mort suite à une chute du haut une falaise
Source: STV News 

23 Mai 2014 – Nigel Sharvin, un banquier de Belfast, disparaît au cours d'une fête. Son corps sera retrouvé quelques heures plus tard. Il est mort noyé.
Source: Belfast Telegraph

8 Mai 2014 – Naseem Mubeen – vice-président adjoint de la Banque ZBTL (Islamabad, Pakistan) se suicide en sautant du 10e étage du building de son employeur.
Source: Pakistan Today  

7 Mai 2014 – Thomas Schenkman, 42 ans, directeur général de JP Morgan (que je ne présente plus), connu également pour ses précédentes carrières chez Microsoft et Goldman Sachs, est mort subitement, dans des circonstances mystérieuses... 
Source: Wall Street on parade

23 Avril 2014 – Li Jianhua, 49 ans, responsable d'une banque chinoise, meurt subitement d'une attaque cardiaque
Source: Buisness insider 

22 Avril 2014 – Une employée de la Banque Populaire de France, se suicide en sautant du 14e étage de la tour de son employeur. 
Source: Le parisien

21 Avril 2014 – Bruce A. Schaal, banquier d'affaire américain de 63 ans, est décédé subitement, dans des circonstances qui n'ont pas été dévoilées.  
Source: Legacy

20 Avril 2014 - Keith Barnish 58 ans, un banquier d'affaires américain, est décédé subitement dans des circonstances non révélées.
Source: Leveragedloan et LinkedIn

18 Avril 2014 – Benoît Philippens, un directeur de banque belge, a été exécuté avec sa femme et son filleul par un tireur caché derrière leur maison. Il avait pris la direction de cette banque récemment, il avait constaté de nombreuses anomalies et il semblait determiné à "faire du ménage"
Source: 7sur7.be

13 Avril 2014 – Tanji Dewberry – vice-présidente adjointe du Crédit Suisse, meurt avec son fils de 8 ans dans l'incendie de leur maison. 
Source: Dailymail

7 Avril 2014 – Juergen Frick, un directeur de banque du Liechtenstein, est exécuté par balle.
Source: The independant

5 Avril 2014 - Peter Schmittmann, ancien PDG de la Banque ABN, est retrouvé mort. IL aurait exécuté sa femme et sa fille de 22 ans avant de se suicider. 
Source: Dailymail

3 Avril 2014 - Amir Kess, directeur de Markstone, meurt dans un accident (il circulait à vélo et il a été renversé par une voiture)
Source: Haaretz

30 Mars 2014 - Andrew Jarzyk, gestionnaire de la PNC Financial Services Group, disparait mystérieusement pendant son jogging. Son corps a été retrouvé dans une rivière 1 mois plus tard. 
Source: Dailymail

28 Mars 2014 – Joseph Giampapa, ancien avocat de JP Morgan , meurt à vélo, heurté par un minibus.  
Source: Intellihub

24 Mars 2014 - Fang Fang de JP Morgan, démissionne suite à une affaire de corruption
Source: Bloomberg

12 Mars 2014 – Kenneth Bellandro, 28 ans, analyste chez JP Morgan (encore!!), se tue en sautant du 6e étage de sa banque
Source: New York Post

12 Mars 2014 - Jeffrey Corzine, 31 ans, le fils de l'ancien gouverneur du New Jersey et ancien trader de Goldman Sachs, a été retrouvé mort apparement suicidé.
Source: New YorkPost

11 Mars 2014 – Mohamed Hamwi, un homme d'affaire qui avait échappé aux attentats du 11 Septembre parce qu'il était en retard, a été tué par balles. Il s'agirait d'un vol qui a mal tourné (mais il a été retrouvé avec son argent et ses effets personnels)
Source: Dailymail

11 Mars 2014 – Edmund Reilly, 47ans, trader chez Vertical Group (New York) , s’est suicidé en se jetant sous un train à grande vitesse 
Source: Dailymail

5 Mars 2014 – Autumn Radtke, 25 ans, PDG de First Meta, une entreprise de change cyber-monnaie, se suicide en se jettant du haut du building de sa banque
Source: New York Post

20 Février 2014 – Li Junjie, employé chez JP Morgan, se suicide en se jetant du haut du building de sa banque (décidemment, c'est une mode...) 
Source: Dailymail

19 Février 2014 – James Stuart Jr, ancien responsable de National Bank of Commerce CEO, est mort dans des circonstances non dévoilées. 
Source: Intellihub

11 Février 2014 – Ryan Henry Crane, 37 ans, vice président chez JP Morgan, est retrouvé mort devant. La cause de sa mort est inconnue.
Source: New York Post

4 Février 2014 – Richard Talley, 57 ans, PDG d'une banque américaine, s'est suicidé en se tirant plusieurs fois dans la tête avec un pistolet à clous. 
Source: Dailymail

4 Février 2014 – John Ruiz , analyste chez Morgan Stanley Municipal Debt, est décédé subitement chez lui, dans des circonstances non dévoilées
Source: Bloomberg

29 Janvier 2014 – Mike Dueker, économiste en chef de Russell Investments, est retrouvé mort près d'une route. Il se serait suicidé.
Source: Bloomberg

28 Janvier 2014 – Tim Dickenson, directeur de communication d'une banque suisse, est mort subitement, dans des circonstances qui n'ont pas été dévoilées. 
Source: The Australian Buisness Revue

27 Janvier 2014 – Gabriel Magee, vice président de JP Morgan, se suicide en sautant du haut du building de sa tour (c'est pas possible, ils font un concours chez JP Morgan?)
Source: Dailymail

26 Janvier 2014 – William ‘Bill’ Broeksmit, ancien PDG (retraité) d'une banque allemande, se suicide par pendaison suite à l'ouverture d'une enquête concernant la banque. 
Source: Dailymail

26 Janvier 2014 – Carl Slym, directeur général de Tata Motors, chute du 33e étage d'un building à Bangkok, dans d'étranges circonstances. L'enquête tend vers le suicide. Tata Motors était sur le point de lancer la première voiture à air comprimé... 
Source: le Monde et Citizenpost

21 Janvier 2014 - La fille d'Igor Artamonov, buisnessman russe, a été retrouvée morte dans la chambre de son école, probablement suicidée (elle avait 17 ans)
Source: Telegraph 

16 Janvier 2014 - Hector Sants, de chez Barclays, a démissionné à cause du stress et de l’épuisement, après avoir été informé qu’il risquait des conséquences plus graves pour sa santé s’il continuait à travailler
Source: Télégraph

7 Janvier 2014 - Le fils de Nick Bagnall (Directeur à la Banque de Tokyo-Mitsubishi), 18 ans est décédé. Il se serait pendu accidentellement. 
Source: Dailymail

23 Décembre 2013 – Robert Wilson, un retraité et fondateur de fonds spéculatif , s’est suicidé en sautant du 16e étage.
Source: New York Times

23 Décembre 2013 – Susan Hewitt, ancienne vice présidente de la Deutsche Bank, est retrouvée morte. Elle se serait noyée dans un flux d'écoulement rapide en allant vérifier l'approvisionnement en eau pour les maisons voisines. 
Source: UK News

18 Décembre 2013 - Kevin Bespolka, un banquier de 51 ans, est grièvement blessé dans une avalanche, son fils meurt. 
Source: Telegraph 

15 Décembre 2013 – Jason Alan Salais, 34 ans, spécialiste de technologie de l’information chez JPMorgan, est retrouvé mort devant une pharmacie, apparemment d'une crise cardiaque
Source: Wall Street on parade

14 Décembre 2013 – Benjamin Idim, 25 ans, banquier à la Diamond Deutsche se tue dans un accident de voiture. Il transportait 2 millions dans sa voiture. Seuls 800 000 ont été retrouvés. 
Source: Naija

7 Décembre 2013 – Joseph Ambrosio, 34 ans, analyste financier chez JP Morgan, est décédé subitement d’un syndrome respiratoire aigu (une forme de pneumonie foudroyante)
Source: Bloomberg

13 Novembre 2013 – Venera Minakhmetova, 24 ans, ancienne analyste financier chez Bank of America Merrill Lynch, qu'elle avait quitté pour monter sa propre entreprise, est morte dans un accident de vélo. 
Source: BBC

9 Novembre 2013 – Patrick Sheehan, un directeur de Well Fargo & Co (et ancien de chez JP Morgan), est mort dans un accident de voiture.
Source: Bloomberg

Novembre 2013 – Michael Anthony Turner, carrière de banquier, mort de "cause inconnue". Je n'ai rien trouvé à ce sujet... 

31 Octobre 2013 – Michael Burdin, trader dune banque américaine, se suicide en se jettant sous un train.
Source: Dailymail

29 Octobre 2013 – Ezdehar Husainat, ancienne banquière chez JP Morgan, est morte écrasée par son propre 4x4. Elle serait descendue de sa voiture sans se rendre compte qu'elle était encore en marche, et aurait voulu l'arrêter. Elle est morte écrasée entre sa voture et le garage de sa maison.  
Source: Dailymail

5 Octobre 2013 - Nicholas Austin, 49 ans, un ancien directeur de la banque de Hersden, est mort après avoir bu de l’antigel (officiellement, pour “se défoncer”). 
Il a été retrouvé dans le coma par sa femme Lynn à leur domicile. Il est mort le même jour.
Source: Kent Online

9 Septembre 2013 – Guy Ratovondrahona, gouverneur par intérim de la banque centrale de Madagascar, est mort d'une crise cardiaque. Il était impliqué dans une affaire louche de cessions de parts qui impliquait les plus hautes sphères de l'Etat, il semble qu'il aurait été forçait à signé et qu'il était rongé de remords...  
Source: Tananews

29 Août 2013 – Pierre Wauthier, directeur financier de Zurich Insurance, se suicide par pendaison à son domicile. 
Source: Le nouvel observateur

15 Août 2013 – Moritz Erhardt, stagiaire dans une banque londonienne,  est mort après avoir travaillé 72 heures d'affilée. Rien d'inhabituel, les jeunes loups de la finance travaillent semble-t'il 100 heures par semaine... 
Source: Le nouvel observateur

30 Juillet 2013 - Hussain Najadi, un banquier du Barheïn, est assassiné, probablement exécuté par des tueurs à gage.
Source: Bloomberg

23 Juillet 2013 - Carsten Schloter, PDG de Swisscom, est retrouvé mort à son domicile, probablement d'un suicide. 
Source: Le Figaro

21 Juillet 2013 - Sascha Schornstein, un banquier Allemand qui travaillait pour la Royal Bank of Scotland, disparait dans le crash de l'avion qu'il pilotait. Son corps n'a pas été retrouvé, les enquêteurs n'excluent pas qu'il ait mis sa mort en scène pour disparaître.
Source: Dailymail

17 Avril 2013 - David William Waygood, banquier britannique de 62 ans, se suicide en se jettant sous un train.
Source: Dailymail

6 Mars 2013 – David Rossi, directeur de la communication de la banque italienne Monte dei Paschi di Siena (MPS), se suicide en se jetant de la fenêtre de son bureau.
Source: Huffington Post
 

2 anachronismes s'étaient glissés dans cette liste: 
* 
Keiran Toman, 39 ans, ancien banquier qui a cru qu’il était traqué par une équipe de télé-réalité est mort de faim dans une chambre d’hôtel, après s'y être enfermé 2 semaines. Cette histoire est vraie, mais elle date de 2010
Source: Dailymail

* James McDonald, PGD chez Rockefeller & Co, a effectivement été retrouvé mort d'une balle dans la tête dans sa voiture (l'enquête a conclu à un suicide), mais ces faits datent de 2009. 
Source: Huffington post

 

J'ai également enlevé de cette liste, Chris Latham, un banquier de Charleston, qui n'est pas mort. Il a été condamné à 10 ans de prison pour avoir engagé un tueur à gages pour assassiner sa femme. Il nie en bloc. 
Source: The Post and Courier

 

Sources intiales de la liste qui circule partout:  

http://pastebin.com/4KKgrHyd
http://pastebin.com/HtC0wms6


mardi 1 avril 2014

BANQUIERS MORTS : JP MORGAN 5 - GOLDMAN SACHS 0

Un avocat de l'Etat Major de la JP Morgan a été renversé par une camionnette qui a pris la fuite. Elle roulait si vite que Joseph Giampapa a été projeté dans les airs et projeté comme une fusée. 
Cela fait 5 morts rien que pour la banque de Blythe Masters, et 0 pour Goldman Sachs. Mieux: si vous prenez les 200 noms de banques installées à Wall Strett et que vous mettez cela dans un calcul statistique, eh bien le résultat de mortalité que vous aurez sera purement effrayant. 

images

Maintenant, beaucoup de gens au sein de la banque doivent se poser des questions et prendre des assurances-vies. 
  • Le Bilan de la JP Morgan, 4 suicides, 1 accident rien qu'en 90 jours sur 2014:
  • - Joseph Giampapa, directeur juridique
    - Gabriel Magee, vice-président du département investissement high-tech Europe.
    - Ryan Henry Crane, cadre supérieur trading.
    - Li Junjie, trader Forex.
    - Jason Alan Salais, informaticien avec plusieurs niveaux d'accreditation.

    Journaliste:

    David Bird, spécialiste des matières premières au Wall Street Journal n'a pas été retrouvé.

    Comme il y a beaucoup de morts en ce moment, j'en ai parlé à la radio mercredi, la banque pourrait même parier sur son propre personnel, elle gagnerait de l'argent, ha ha ha, lire ici Wall Street on Parade, merci à Andrew. "Ton employeur qui parie sur ta mort précoce ! Une assurance vie dont la banque est le bénéficiaire "And yet, somehow, banks are allowed to collect death benefits on terminated workers right under the nose of State insurance regulators. The explanation is likely the secrecy which surrounds these policies, limiting knowledge of death payments to just the bank and the insurance company." meme payé par les bailout et les compensations sont exempt d'impots"...

    Autres banques, sur les premiers 90 jours de 2014:

    - William Broeksmit, 58 ans, ex ponte de la Deutsche Bank, spécialiste du risque et des CDS
    - Mike Dueker, 50 ans, ex analyste Forex St Louis Fed, chef prévisionniste de Russell Investments
    - Tim Dickenson, directeur de communications Swiss Re UK, mort suspecte.
    - Richard Talley, American Title, avait une enquête de la SEC des assureurs sur le dos, mort suspecte.
    - James Stuart, Wells Fargo, Citi.
    - Adnan Sakli, banquier américain sulfureux

Revue de Presse par Pierre Jovanovic © www.jovanovic.com 2008-2014

Source : .jovanovic.com

Les banksters tuent leur employés pour récupérer leur assurance vie:Plus orwellien tu meurs!


Wall Street et ses méga banques a planté le système financier américain en 2008 et jeté au chômage des centaines de milliers d'employés. 

Puis, à partir la fin de l'année dernière, une éruption de morts suspectes a commencé à se produire chez les employés des banques "too big to fail" et particulièrement à la banque JP Morgan, qui connaît des difficultés de trésorerie.

Une rareté statistique, même au plus fort de la crise financière 2008.


Les enquêteurs de Wall Street On Parade (Pam et Russ Martens) ont voulu en avoir le cœur net. Ils ont notamment demandé aux services fédéraux chargés de ces questions des détails sur une assurance très particulière, dite Bank-Owned Life Insurance, ou BOLI, une "assurance-vie"  controversée qui paye la banque quand un de ses employés meurs, mais pas sa famille. Ils se sont entendus dire qu’il s’agissait d’un “trade secret” auquel ils ne pouvaient avoir accès. Ils ont tout de même mené leur enquête, qui fait l’objet de cette publication. 


Ainsi ont-ils appris que JP Morgan souscrivait un ensemble d’assurances BOLI pour $10,4 milliards, qui représentent au moins $100 milliards, et peut-être plusieurs centaines de $milliards en primes d’assurance... L’ensemble, fort bien documenté, suggère une explication de ces suicides (plus que jamais “suicides”) qu’on devine aisément, – évidemment extraordinaire, qu’on pourrait même juger, dans son caractère extraordinaire, comme au-delà de toutes les thèses énoncées jusqu’ici.



Ces suicides (“suicides” ?) ont donné lieu à nombre de spéculations, à des thèses diverses, liées bien entendu au climat du secteur financier et de Wall Street depuis 2008.

Dallas, ton univers impitoyable... A l'échelle de la planète financière...

Nomade

Par Le 10/12/2014

Il vit seul en pleine mer avec ses poules. Simplement inspirant.

8 décembre 2014 / Catégories: Articles / Tags: , , , , , , , ,  / 2 Commentaires
Il vit seul en pleine mer avec ses poules. Simplement inspirant.

On se croirait presque dans le film Waterworld. Corentin, un jeune français, se balade sur les mers en mode simplicité volontaire. Avec ses poules, son bateau auto-construit et un jardin portable, il vogue loin de la folie du monde moderne. Un rêve pour beaucoup, réalisé aujourd’hui par un individu intrépide.

LOW-TECH, c’est quoi ?

La « low technologie », Corentin la pratique sur son bateau depuis plusieurs années. Liée à la simplicité volontaire et la décroissance, cette philosophie veut utiliser des technologies simples, économiques pour répondre à ses besoins : manger, boire, vivre.

Naviguant sur l’océan Indien, cet ingénieur français construit ce qui lui est nécessaire pour répondre à des besoins primaires. Pour survivre, il trouve toujours un moyen pour construire des objets utiles avec peu de matériel. Après avoir fabriqué son voilier en fibre de jute, une plante répandue sur cette partie du globe, Corentin a réalisé des voyages extraordinaires avec ses constructions peu communes.

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Entre courage, folie et liberté

Avec son four solaire en canettes, sa colle en plastique fondu, son engrais à l’urine et ses poules matelots, Corentin a réussi à créer son propre écosystème flottable. Il nous offre un témoignage poignant et nous montre qu’il est possible de se passer de certaines choses superflues, non sans sacrifice. Un choix difficile cependant, car il laisse peu de solutions face à un accident de vie. Un choix qui est incroyablement courageux, insensé pour certains.

Le jeune ingénieur propose sur son site internet (nomadedesmers.org) 50 défis d’auto-construction. Le but étant de fabriquer un objet utile à son bateau. L’objet sera testé par lui-même sur son voilier.

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Confusion mentale ?...

Par Le 10/12/2014

Fiche emploi enseignant

Vous voyez ce qui manque sur cet appel à candidature ?...

Les orientations sexuelles ? Le régime alimentaire ? Les passe-temps préférés ? Les séries télé ? Les tenues vestimentaires ? 

Non, non, il manque juste la formation, le diplôme, le parcours professionnel, la motivation, la connaissance de l'enfant, le sens de la pédagogie, la connaissance des programmes. Une bagatelle en quelque sorte puisque tout ça va JUSTEMENT dans le sens des objectifs du gouvernement. C'est ce que je dis ici depuis un an. 

Il manque aussi l'extrait de casier judiciaire, celui qu'on m'a demandé quand j'ai passé le Concours,... il y a longtemps.

Repris de justice, ex pédophile ou  en cours, mari violent, anciennes condamnations, ?...Non, rien, tout va bien. C'est juste pour mettre devant des enfants...On s'en fout de tout ça. Ce qui compte, c'est que les familles soient soulagées qu'il y ait un "enseignant"...

Mais il est vrai que je suis paranoïaque et dans une grande confusion mentale...

Quand on veut se débarrasser de son chien, on l'accuse de propager la rage.

Et bien, oui, j'ai la rage...

JUSTE POUR RAPPEL

Le CAHIER N13 DE L'OCDE écrit en 1996 et parfaitement appliqué depuis.

Ocde 1

Ocde 2 

TOUT EST LÀ. 

Le démantèlement est déjà bien avancé. Maintenant, on va accélérer.

Mais tout ça, c'est le délire d'un fou. 

"Faut que vous preniez des antidépresseurs Mr Ledru, c'est indispensable. Vous n'êtes plus en état de réfléchir..."


En Seine-Saint-Denis, des chômeurs catapultés professeurs

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Sans aucune formation adaptée, Rachid M., 21 ans, a été recruté pour prendre en charge une classe de CE1 de Seine-Saint-Denis au pied levé (photo d'illustration).

Il est arrivé en milieu de matinée le vendredi 10 octobre à l’école Louis-Blériot, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), sur un simple coup de fil de l’académie de Créteil quelques heures plus tôt. C’est le troisième poste que Rachid M. (le prénom a été changé) enchaîne : après un CM2, une classe de grande section maternelle, c’est un CE1 qu’il doit prendre en charge au pied levé dans cette école classée REP + – appellation des nouvelles zones d’éducation prioritaires.

Sans aucune formation adaptée, le jeune homme de 21 ans a été « jeté dans la fosse aux lions » comme les quelques dizaines de contractuels que le rectorat continue de recruter, soit par le biais de son site, soit par Pôle emploi, pour boucher les trous en Seine-Saint-Denis.

Démarche chaloupée, look décontracté avec sa petite barbe, ses cheveux mi-longs coiffés en arrière et son chewing-gum dans la bouche, Rachid M. donne l’impression d’être tombé ici par hasard. Quand il est arrivé, il a trouvé les consignes que la maîtresse qu’il remplace avait laissées. Une chance, car le jeune débutant n’avait pas eu le temps de « préparer ». Par ce terme, il veut dire qu’il n’a pas pu consulter les programmes sur Internet. Car Rachid n’a jamais pensé devenir « instit » avant. Il cherchait plutôt « dans le commerce », un emploi de vendeur ou de chef de rayon. Sans succès. Sur les conseils d’un ami, il a postulé sur le site du rectorat.

« FAIRE AVEC »

Après un entretien, il a été jugé apte. Pourtant, avec son BTS de management des unités commerciales, Rachid M. n’a pas le d...

L’accès à la totalité de l’article est protégé


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/10/20/en-seine-saint-denis-des-chomeurs-catapultes-professeurs_4509126_3224.html#cCIoZltclmm4K2T6.99

Funeral March

Par Le 09/12/2014

Arrêtez les pendules, coupez le téléphone,

Pourvu qu'il n'aboie point, jetez un os au chien

Etouffez les pianos et qu'un tambour voilé

Au sortir du cercueil, accompagne le deuil.

 

Que les avions décrivent des cercles en gémissant

Et tracent dans le ciel ces trois mots : il est mort

Nouez un crêpe au cou des oiseaux blancs

Ajoutez des gants noirs aux tenues des agents



Cétait mon nord, mon sud, l'orient et l'occident

Mon travail en semaine, mon repos du dimanche

Mon midi, mon minuit, ma parole, mon chant

Je pensais que jamais l'amour ne finirait ; j'avais tort

 

Etoiles, disparaissez, qu'il n'en reste plus une

Démontez le soleil et remballez la lune

Asséchez l'océan, balayez les forêts

Car rien de bon ne peut advenir désormais."

William Auden "Funeral March"


Je sais qu'il me manquera à jamais un rituel. Celui que j'avais imaginé pour la fin de ma carrière. Je ne voulais pas d'un "pot de départ" dans l'enceinte de mon école mais une journée en montagne avec mes anciens élèves, toutes générations confondues. Ceux qui sont devenus adultes et qui ont leurs enfants, ceux qui entrent dans l'âge adulte et ceux qui quittent l'enfance, ceux qui sont entre deux mondes et cherchent encore une voie de passage, une passerelle vers l'avenir...J'aurais aimé qu'on se retrouve tous sur les pentes des montagnes, dans les paysages de nos sorties communes, sur les chemins qu'ils avaient découverts, j'aurais aimé retrouver tous ces visages, entendre leurs souvenirs, rire de nos "aventures", j'aurais aimé qu'ils me disent ce qu'ils gardaient en eux, ce que j'aurais réussi à leur transmettre et ce qu'ils en ont fait.

J'aurais pu fermer cet espace en moi, j'aurais pu déposer un regard bienveillant sur un parcours achevé, j'aurais pu, peut-être, éprouver le bonheur du travail accompli. 

Aucune fierté, aucune prétention, aucune glorification. Juste le sentiment d'un accompagnement qui se termine et la possibilité, désormais, d'oeuvrer à une autre vie. 

Je ne vois maintenant que le cadavre d'un Maître de classe qui est tombé dans un fossé et la pourriture qui le ronge. 

Il faudra que le temps fasse son oeuvre, que la viande se fonde, qu'elle disparaisse, que les pus coulent dans la terre, que les vers se partagent le festin. 

Rien de bon ne peut advenir désormais. Cet homme-là est mort.

Oui, mais je suis en vie, moi, celui qui n'a plus de statut, reclus comme un cadavre qui pue, isolé dans le caveau de son errance intérieure.

Je suis en vie. 

Entouré de ceux que j'aime, dominé par les sommets des montagnes qui m'appellent, respectueux de ce courant qui continue à agiter mon sang, amoureux de ce miracle qui bat dans ma poitrine.

Tout peut advenir désormais. 


"L’Amour n’est jamais triste. C’est juste des feuilles mortes qui le couvrent. Laisse passer l’hiver et tu verras la pourriture des feuilles nourrir la Vie.»
Jarwal le lutin


Dans l'indifférence totale

Par Le 08/12/2014

Indiens d’Amérique: un génocide tranquille et presqu'achevé

Rédigé par Stephane Trano le Jeudi 26 Avril 2012 à 18:42 commentaire(s)

Les Etats-Unis ne voient pas d'un bon oeil que le sort des Indiens d’Amérique soit pour la première fois à l'ordre du jour des Nations-Unies. Car il s'agit de se pencher sur le sort d'une population de 2,7 millions d'habitants ravagés par une multitude de fléaux et dans des proportions effroyables. Mais qu'en attendre? Car la parole de ces exterminés est inaudible.


Photo John Miles / Survival
Photo John Miles / Survival
Un jour d'avril 1973, un militant noir américain pour les droits civiques, Ray Robinson, qui a longtemps suivi Martin Luther King, débarque à Wounded Knee, dans le Dakota du Sud. Il souhaite apporter son soutien à la cause des "Native Americans", ainsi que l'on nomme les Indiens aux Etats-Unis, qui manifestent contre les injustices dont ils sont victimes dans le pays. Wounded Knee est un lieu emblématique et de sinistre mémoire. C'est là, en effet, que furent massacrés et jetés dans une fosse commune entre 150 et 300 hommes, femmes et enfants au matin du 29 décembre 1890, par le 7ème régiment de Cavalerie du Colonel James Forsyth. Sitôt arrivé dans ces lieux où résident toujours une petite communauté indienne, Ray Robinson appelle sa femme qui lui demande de rentrer à la maison, inquiète car elle sait que la situation sur place est explosive. Elle ne le reverra jamais. Après avoir reçue l'annonce de la mort de son époux, Cheryl n'a jamais pu savoir ce qui était arrivé à son mari ni où son corps avait été enterré.  

Voilà quelques jours, quarante ans plus tard, Cheryl a fait le voyage de Détroit à Sioux City pour témoigner de son histoire. Le gouvernement américain refuse toujours de communiquer sur le sort de son mari, officiellement parce que le cas est toujours en cours d'investigation par le bureau du FBI de Minneapolis. A Wounded Knee, plus personne ne se souvient de Ray Robinson. Une épisode parmi tant d'autres dans l'histoire des militants de la cause des Indiens d'Amérique, qui n'a jamais bénéficié d'un large soutien populaire et que beaucoup voudraientt voir s'éteindre. 

Et de fait, cynisme et indifférence se conjuguent pour ensevelir année après année la mémoire des peuples indiens presqu'entièrement anéantis en Amérique du Nord. 

On ne va pas le nier, les Apaches, les Cheyennes, les Iroquois, les Sioux ou les Esquimaux ne nous inspirent pas, la plupart du temps, un sentiment extrême de culpabilité. Mais ce n'est rien comparé au pays du Western et de la Country. Pas plus que le Jazz ou le Blues ne suscitent leur part de tristesse chez leurs amateurs et ne réveillent chez eux les souvenirs tragiques des lynchages des Noirs, ces genres populaires ne renvoient à la réalité d'un génocide toujours en cours dans l'indifférence générale. 

Lorsqu'un Américain de l'Illinois souhaite acheter ses cigarettes à bas prix (un paquet coûte ici actuellement 10 dollars), il prend la route du sud de l'Etat ou de l'Indiana voisin, pour s'approvisionner dans l'un des territoires octroyés aux tribus indiennes locales. Là, il paiera son paquet de cigarettes 4 dollars en moyenne. Dans un certain nombre de ces tribus, qui sont des milliers à travers les Etats-Unis, on peut également se procurer de l'alcool à bon marché, jouer au casino (dans 452 d'entre-elles) ou, si l'on se sent possédé par le mal (ce qui est très en vogue), consulter un shaman. Il est toujours très exotique de s'offrir une escapade dans ces drôles d'endroits. Pourtant, l'Américain moyen ne s'y risque pas trop. 

En effet, 2,1 millions de ces Indiens, soit l'écrasante majorité, vivent largement sous le seuil de la pauvreté. La vision offerte par bien des campements tient purement du bidonville. Et une fois passé ses limites, c'est un voyage en enfer qui commence. L'alcoolisme y prend des proportions catastrophiques. Le chômage y bat tous les records du pays. La maladie s'y propage et tue comme dans les pires zones de la planète. Le suicide, celui des jeunes en particulier, crève le plafond des statistiques. Les Indiens vivant à l'extérieur des tribus n'y reviennent eux-mêmes que pour se faire soigner lorsqu’ils n'ont pas, chose courante, accès au système de santé américain.  

Anthony B. Bradley est Professeur de Théologie au King's College de New York et Spécialiste des questions raciales aux Etats-Unis. « Si quiconque pense que le gouvernement fédéral sait ce qui est bon pour les communautés locales, explique t-il, il ferait bien de visiter une Réserve Indienne Américaine. Les Natifs Americains [Indiens d'Amérique, NDA] sont aujourd'hui plongés dans le cauchemar de la privation de soins et d'économie qui est la conséquence directe des problemes crées par le Gouvernement lequel, en imposant des solutions sensees résoudre les problemes, rend ceux-ci bien pires en retirant aux communautées leur autonomie. » 

Tel est le prix à payer pour les Indiens d'Amérique, afin de rester sur la terre de leurs ancêtres, grâce aux concessions faites par le gouvernement fédéral. Pourtant, les Etats abritant ces réserves n'ont de cesse de rogner ces droits et de tenter de récupérer par tous les moyens ces espaces. 

Pire, une certaine propagande laissant entendre que les Indiens d'Amérique auraient fait le choix de vivre dans ces conditions a fort bien fonctionné dans l'esprit collectif. Or, cela repose sur une contre-vérité historique.  

L'UNE DES PLUS GRAVES VIOLATIONS DES DROITS DE L'HOMME DANS LE MONDE

Photo Fiona Watson / Survival
Photo Fiona Watson / Survival
En effet, peu rappellent le grand mouvement de délocalisation qui fut la conséquence de l'Indian Removal Act [Loi sur le Retrait Indien, NDA] lequel, au milieu du XIXe siecle, contraint les Indiens à délaisser leurs terres historiques au gouvernement pour se concentrer dans les zones qui leur étaient réservées en échange. En 1890, il était devenu interdit aux Indiens de sortir hors de leurs réserves afin de s'approvisionner en nourriture. Une étude du Professeur Jeffrey E.Holm, de l'Université de Médecine du Nord Dakota, a mis en évidence que le changement de régime alimentaire imposé durant des décennies aux tribus indiennes a engendré une surmortalité aujourd'hui toujours existante, en raison des pathologies qu'elles ont engendrées pour des peuples qui ne pouvaient plus se nourrir comme ils l'avaient fait durant des millénaires. 

En 2010, les Etats-Unis, dans la foulée du Canada, fut le dernier pays au monde à ratifier la Déclaration des droits des Peuples indigènes aux Nations-Unies. Une des rares concessions faites par un pays qui place souvent l'Histoire au dernier rang de ses préoccupations, si ce n'est pour en offrir une version idéalisée. Mais en l'espèce, il est impossible d'idéaliser la réalité sur laquelle s'est construite l'Amérique. En effet, 90% des tribus amérindiennes ont disparu à la suite de l'arrivée des Européens en Amérique du Nord, la plus grande partie à cause des maladies, la partie restante par les armes. 

Mais ce n'est pas tant cette réalité historique qui rend ces jours-ci le rôle du Professeur James Anaya complexe, en tant que Rapporteur spécial des Nations-Unies sur les Peuples indigènes. Bien que, pour la première fois de leur histoire, l'organisation se penche, du 23 avril au 4 mai, sur le sort des Indiens d'Amérique, ce qui en soit est déjà un événement notable, c'est avant tout pour regarder en face une réalité qui n'est pas celle du passé mais celle du présent. 

Cette réalité concerne les 2,7 millions d'Indiens vivant actuellement sur le territoire des Etats-Unis, et qui constitue l’un des cas de violation des droits de l'homme a grande échelle le plus emblématique de toutes les nations développées. 

Les chiffres parlent d'eux-mêmes: 

  • Les Indiens d'Amérique vivent en moyenne 6 ans de moins que les autres Américains
  • Ils ont 770% de risques en plus de mourir d'alcoolisme
  • Ils ont 665% de risques en plus de mourir de Tuberculose
  • Ils ont 420% de risques en plus de mourir de Diabète
  • Ils ont 280% de risques en plus de mourir d'accidents
  • Ils ont 52% de risques en plus de mourir de Pneumonie et de Grippe
 
(Source: Commission des Etats-Unis sur les Droits Civils, 2004:8)

 

Sanctions aux familles

Par Le 08/12/2014

MENACE DE PEINE DE PRISON...

Sanction 1

Sanction 2

Un de plus.

Par Le 08/12/2014

J'ai rencontré un Psy aujourd'hui. C'est lui qui doit statuer sur ma mise en congé longue maladie et la restitution de l'intégralité de mon salaire. 

Un homme d'une soixantaine d'années. Un regard bienveillant. 

J'ai tout lâché, toute la tension de ces derniers mois, tout ce qui tourne en boucle, incessamment, tout ce qui me ronge, le dégoût de l'institution, la culpabilité au regard des enfants, l'abandon de ma classe, cette honte qui s'oppose constamment à mes convictions, ce refus de participer à ce que je considère comme un massacre existentiel, l'utilisation des enfants comme cobayes à des fins financières, politiques, égotiques. 

Beaucoup pleuré. 

"Vous êtes dans une grande souffrance morale M Ledru et je vous comprends. Vous êtes un idéaliste et vous ne pouvez plus lutter contre des forces qui vous dépassent. Les difficultés de votre métier qui s'accumulent au regard des troubles des enfants. Ils sont le miroir du monde adulte mais avec des effets qu'ils ne peuvent pas maîtriser. Un Ministère qui ne comprend rien à votre métier et qui se permet d'utiliser l'école à des fins misérables. 

-Je ne peux pas aller à l'encontre de tout ce que j'ai fait pendant toute ma carrière, je ne peux pas accepter l'idée que ma classe ne serait plus qu'un pansement sur des plaies. Je n'ai plus la force pour ça, ni même la foi. Je n'y crois plus, c'est au-delà de ce que je peux faire et si je devais continuer, je sais que j'y laisserai ma peau.

-C'est un deuil que vous vivez en ce moment et il est nécessaire d'en valider toutes les étapes..."


Oui, c'est exactement ça. C'est un deuil. Un de plus.  

Burn Out (4)

Par Le 06/12/2014

Burn out 1

Burn Out 2

Burn out...(suite)... 3

Des médecins du travail alertent sur la multiplication des cas de burn-out

C'EST MON BOULOT par Philippe Duport vendredi 28 novembre 2014
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multiplication des cas de Burn-out © Maxppp

Les médecins du travail se mobilisent. Ils voient de plus en plus de cas d'épuisement professionnel. Et ils lancent ce matin un appel et alertent le gouvernement.

C'est un appel que lancent aujourd'hui soixante dix-huit médecins du travail

Et une lettre d'alerte, qu'ils adressent aux ministres du Travail et de la Santé. Depuis quelques années, ces observateurs privilégiés de l'état de santé des salariés disent qu'ils constatent une montée du syndrôme d'épuisement professionnel. Le fameux burn out. Au début de l'année, une étude statistique publiée par le cabinet Technologia affirmait que plus de trois millions de travailleurs français étaient menacés de faire un burn out. Mais là, c'est du concret... Bernard Morat, médecin du travail à Tours.

"On a vu augmenter, ces dernières années, des cas de ce que l'on appelait auparavant de la souffrance au travail, du surmenage, pour ensuite s'apercevoir que les cas d'épuisement au travail allaient en augmentant. Rien que cette année je dois en être à trois cas, ce qui ne paraît pas énorme, mais nous sommes 25 médecins dans ma boîte, ça en ferait déjà 75 ; si vous multipliez ça par le nombre de médecins du travail en France, vous allez voir que le nombre de cas est quand même relativement important. Cet été encore j'ai une dame qui me racontait avoir été à sa voiture, les clés en mains,  "et là, docteur, j'ai pas pu monter dans la voiture". Et là dit : "maintenant c'est fini, j'arrête. Je suis remontée, j'ai enlevé mon manteau et mes chaussures, je me suis couché et j'ai dormi toute la journée"."

Dans cet appel qui parait ce matin dans l'hebdomadaire Marianne est clair, les médecins du travail posent la question :

"combien de burn out se terminent par un licenciement pour inaptitude ou par un passage à l'acte suicidaire ?"

Les chiffres manquent sur le burn out. Notamment parce que sa définition n'est pas encore claire. Les médecins réclament donc une clarification du tableau clinique de cette nouvelle maladie. Selon eux, de nombreux salariés sont traités pour de l'anxiété, pour une dépression ou des troubles du sommeil alors qu'ils relèvent en fait du burn out".

Le syndrome reconnu comme maladie professionnelle

Ce que demandent ces médecins, c'est la reconnaissance de ce syndrôme comme une véritable maladie professionnelle. Ils rejoignent ainsi une pétition qui a déjà recueilli plus de 8.000 signatures et qui circule sur internet.

La reconnaissance du burn out comme maladie professionnelle n'est pas un simple débat technique. Pour les victimes, elle entraînerait une meilleure prise en charge. Pour les entreprises dans lesquelles on recense de nombreux cas de burn out - marqueur d'un management pathogène - il y aurait une sanction financière. Mais imposer de nouvelles contraintes aux entreprises, en temps de crise économique, cest aussi un débat politique.

Ventres vides / Ventre plein

Par Le 06/12/2014

Deux articles qui se suivent. 

L'État de la France en résumé. 


Le procès des ventres vides

MARIE BARBIER
MERCREDI, 3 DÉCEMBRE, 2014
Photo : Manolo Mylonas/Divergence
Pour Me Stéphane Vallée : "cela paraît incroyable que le fait de prendre ces denrées, destinées au camoin-benne, soit considéré comme un vol".
Photo : Manolo Mylonas/Divergence
Trois jeunes sont cités à comparaître ce matin pour « soustraction frauduleuse » de produits périmés dans la poubelle d’un supermarché.

Tout commence par un frigo vide, un soir de printemps. Nous sommes le 27 mai, à Montpellier. Léa, Mike et Adrien, étudiante, chômeur et technicien du spectacle, vivent de récupérations et de débrouilles. Depuis trois ans, avec d’autres, ils squattent un immeuble du centre-ville qu’ils ont rebaptisé « le Kalaj ». Pour manger, ils ont pris l’habitude de faire les poubelles des supermarchés. Un mode de consommation parallèle basé sur les tonnes de produits consommables jetés chaque jour par la grande distribution. « Les produits sont périmés de la veille ou du jour même, mais ils sont toujours bons, assure Adrien, vingt-cinq ans. Ce soir-là, il y avait plein de foie gras et de saumon, c’était une bonne pêche. On avait de quoi nourrir huit personnes pendant deux semaines. »

Léa, Mike et Adrien arrivent vers 22 h 30 à l’Intermarché de Frontignan, à une vingtaine de kilomètres de Montpellier. Ils enjambent un muret pour pénétrer à l’endroit où sont entreposés les sacs-poubelle. Une fois arrivés derrière le supermarché, ils récupèrent les sacs-poubelle remplis de victuailles. « On trie, on se sert et on nettoie derrière nous, précise Adrien. Notre objectif n’est pas de faire chier le magasin, on veut revenir. » Mais quand les trois glaneurs reviennent au camion, ils sont cueillis par la brigade anticriminalité (BAC). « La totale, se souvient Adrien. Mains en l’air, fouille au corps et du véhicule… Ils étaient persuadés qu’on avait volé dans la réserve du magasin. Quand ils ont vu que c’étaient des sacs-poubelle qui puent avec des produits périmés, ils ont compris. »

Ils risquent jusqu’à sept ans de prison et 100 000 euros d’amende

Pourtant, les trois jeunes gens sont emmenés au poste où ils écopent de douze heures de garde à vue – avec prises d’empreintes, d’ADN – et d’une citation à comparaître, le parquet ayant décidé de poursuivre. « C’est n’importe quoi ! s’emporte Adrien. La pauvreté est criminalisée et la BAC protège le profit d’une entreprise, au lieu de garantir la sécurité des citoyens. » Les trois « délinquants » doivent comparaître ce matin devant le tribunal correctionnel de Montpellier (Hérault). On leur reproche la « soustraction frauduleuse de denrées périssables avec date dépassée », délit assimilé à un vol, et aggravé ici par trois circonstances : « De nuit, en réunion et par escalade. » Ils risquent jusqu’à sept ans de prison et 100 000 euros d’amende. Ce type de procès n’est pas le premier. À Nantes, en juillet, un « zadiste » de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) avait pris trois mois de prison avec sursis et 105 heures de travail d’intérêt général (TIG) pour « vol » de denrées périmées dans les poubelles d’un Super U. « Je suis confronté à ce genre de poursuites assez régulièrement, raconte l’avocat nantais Stéphane Vallée, qui avait défendu le jeune homme. Avec les Roms dans les déchetteries, c’est exactement la même volonté de pénaliser la misère. Ça paraît incroyable que le simple fait de prendre ces denrées, destinées au camion-benne, soit considéré comme du vol. Dans le cas des zadistes, les produits “volés” leur avaient été restitués, ce qui montre la difficulté des poursuites… » Les trois Montpelliérains avaient, eux, dû verser leur butin sur le trottoir devant le commissariat, mais se sont arrangés pour en garder une partie. Avec la crise économique, les glaneurs, que filmait déjà la réalisatrice Agnès Varda en 2000, se sont multipliés. Ce système D, s’il témoigne de la pauvreté grandissante, met aussi en exergue le gaspillage alimentaire de la grande distribution. « Il y a urgence à mettre en place des mesures législatives pour régler ce problème, soutient André Chassaigne, député communiste, signataire d’une proposition de loi en juillet pour astreindre les grandes surfaces à proposer leurs invendus alimentaires à des associations caritatives. On ne peut pas, d’un côté, laisser partir à la benne des produits certes périmés mais consommables, et, de l’autre, reprocher à des gens de faire de la récupération parce qu’ils sont en grande précarité. »

Pour une dépénalisation
de de la récupération

Pour dénoncer ce gâchis, le collectif les Gars’pilleurs a une démarche intéressante : ils récupèrent des produits la nuit dans les poubelles des commerces (supermarchés, boulangerie, etc.) et les redistribuent le lendemain sur la place publique. « On fait surtout ça pour que les supermarchés se bougent et redistribuent eux-mêmes les denrées, explique Léo, membre de ce 
collectif. Quand on n’aura plus à le faire nous-mêmes, on aura gagné ! » Ce glaneur espère que le procès montpelliérain mettra ce problème sur la place publique et exige, à terme, une dépénalisation de la récupération. L’avocat des trois Montpelliérains plaidera la relaxe – ou au moins la dispense de peine – en invoquant « l’état de nécessité ». « Vu leurs revenus très faibles, ils ont trouvé ce palliatif pour se nourrir », argumente Me Jean-Jacques Gandini. L’audience 
devrait être renvoyée en raison d’une journée de grève des avocats. Mais aussi parce que les prévenus réclament une collégialité de jugement, à la hauteur des années de prison en jeu…

 http://www.humanite.fr/le-proces-des-ventres-vides-559179#sthash.a5i7ZPPq.qirR8bIG.dpbs


http://www.marianne.net/Francois-Hollande-une-retraite-normale_a243195.html

François Hollande : une retraite "normale" ?

Vendredi 5 Décembre 2014 à 05:00 | Lu 85243 fois I 109 commentaire(s)

"Marianne" le révèle dans son numéro en kiosques ce vendredi : le haut fonctionnaire François Hollande ne s'est pas mis en disponibilité de la Cour des comptes, mais demeure — la nuance est de taille — en détachement. Du coup, son compteur retraite tourne à plein régime. Selon nos calculs, grâce à ses différents mandats au cours de sa longue carrière, sa retraite finale pourrait atteindre pas loin de 36 000 euros mensuels.


Christophe Ena/AP/SIPA
Christophe Ena/AP/SIPA
Et pourtant, il tourne. Qui ? Le compteur de retraite du conseiller référendaire, François Hollande, placé en détachement à l’Elysée. Telle est « la situation du fonctionnaire assurant les fonctions de président de la République », comme nous l’a indiqué la Cour des comptes. Sur le plan de la pension, Hollande la joue une fois de plus comme Chirac. A l’heure de la liquidation de ses droits, il devrait même dépasser le maître et ses 31 000 € brut par mois. Selon nos calculs, détaillés plus loin, le président normal devrait toucher 35 700 € mensuels pour ses vieux jours. 

Si le coup du détachement était un grand classique parmi les responsables politiques, il en va différemment depuis la loi sur la transparence de la vie politique votée à la hâte après l’affaire Cahuzac. Depuis le 1er octobre 2014, les fonctionnaires élus ou membres du gouvernement doivent se mettre en disponibilité – et non plus en détachement – comme leurs collègues désireux d’exercer dans le privé. Pour conserver leur maroquin, Fleur Pellerin, mais aussi Emmanuel Macron, avec un peu de retard* se sont mis fissa en « dispo », renonçant ainsi à leur avancement de carrière et aux points retraite qui vont avec. Une règle qui vaut pour tout le monde… sauf pour François Hollande. 

La situation du président « n’est expressément prévue par aucun texte. C’est donc le droit commun qui s’applique », précise-t-on à la Cour des comptes. En juin 2013, lors de la présentation de la loi, Alain Vidalies, alors ministre chargé des Relations avec le Parlement, assurait toutefois que « le président de la République […] se mettra en disponibilité ». Une promesse de plus non tenue, donc. 

« Il a intérêt à continuer de cotiser à la Cour des comptes. Le régime est très favorable », assure Charles de Courson, député UDI de la Marne et lui-même retraité de la Rue Cambon. Malgré sa fréquentation très épisodique de la cour — trois ans en début de carrière, en 1980, quelques mois en 1993 —, François Hollande a su jouer à plein du système. A part quelques mois de mise en disponibilité entre 1993 et 1995, il a continuellement été détaché comme élu. Résultat : il a d’ores et déjà accumulé trente-deux ans de droits. Avec la majoration de 20 % pour ses quatre enfants, notre président magistrat s’assure une petite pelote de près de 5 000 € brut par mois, que chaque trimestre supplémentaire placé en détachement fait grossir. 

Viennent ensuite ses très nombreux mandats. C’est bien simple, à part sénateur et président de syndic (ça, on ne sait pas), il a tout fait : conseiller puis président de conseil général, adjoint au maire puis maire de Tulle, conseiller régional. Pour ces fonctions locales, il est déjà assuré de toucher 6 000 € par mois. Vingt ans comme député et cinq mois comme eurodéputé ouvrent droit à 6 800 € supplémentaires. Un peu de gratte comme prof à Sciences-Po, mettons 300 €. Et ce n’est pas fini : le bonus « président de la République » lui vaudra encore 6 000 € de retraite. Et son statut de membre de droit du Conseil constitutionnel, 12 000 €. Total général : pas loin de 36 000 €. Chirac est enfoncé. 



François Hollande : une retraite "normale" ?



>>> Retrouvez cette enquête dans notre numéro en vente en kiosques    à partir de demain, vendredi 5 décembre, jusqu'au 11 décembre inclus, au prix de 3 €. Vous pouvez le consulter dès aujourd'hui, jeudi midi, sur notre liseuse Web, iOS    et Androïd, grâce à nos offres d'abonnement numérique et intégral.



* Pan sur le bec, comme dirait le Canard enchaîné : le 24 octobre dernier, Marianne titrait« Quand Macron était à la fois fonctionnaire et banquier », en se fondant sur l’absence de publication au Journal officiel du bon de sortie de cet inspecteur des finances parti pantoufler chez Rothschild. Sous couvert de simplification administrative, une obscure instruction de 2007 a rendu, en réalité, facultative la publication de ces arrêtés. Rien ne change, sinon l’apparition d’un nouveau tampon « non publié au JO ». Du coup, les arrêtés pour ces très hauts fonctionnaires restent dans un tiroir, quand la situation du moindre magistrat doit, elle, être publiée au JO… Notre méprise a au moins permis au ministre de rentrer dans les clous. Alerté par nos questions, Emmanuel Macron (enfin, le responsable de l’Inspection des finances… qui dépend de lui) a placé le 20 octobre Macron Emmanuel « en disponibilité », avec effet rétroactif au 1er octobre.

 

Jarwal : Libre de comprendre

Par Le 06/12/2014

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Au loin, des brumes de chaleur couvraient les vallées d’un voile diaphane, des haleines tièdes qui cachaient les agitations humaines. Les villes se dissipaient sous des volutes immobiles. Les sommets rayonnaient en pleine lumière. Quelques nids de neige subsistaient encore dans les faces sombres. Les forêts de résineux dessinaient des lignes de partage avec les alpages et, plus bas, les feuillus dispensaient des palettes de verts aux variétés infinies.

 

Léo jeta un caillou dans l’eau du lac. Des ondes circulaires s’étendirent dans une symétrie parfaite.

« Quand je vois les cercles, comme ça, sur l’eau, expliqua Rémi, j’imagine toujours mes pensées. La première qui arrive, c’est comme un caillou qui tombe à l’eau et ensuite, la pensée s’étend, s’étend et puis d’autres apparaissent comme si la première leur donnait vie. Et puis, après le calme revient et c’est tout lisse dans ma tête, comme le lac. »

Lou regarda Rémi avec surprise, une certaine curiosité, une émotion étrange. Elle n’avait jamais fait attention à lui au collège. Il était juste le frère de son amie, de sa seule amie. Mais elle ne l’avait jamais écouté et elle découvrait un monde intérieur qui lui plaisait beaucoup. Elle se trouva absurde en réalisant qu’elle avait ignoré le garçon uniquement parce qu’il avait un an de moins qu’elle.

« C’est une très belle image Rémi, avoua-t-elle. Je trouve difficile en tout cas de parvenir à faire en sorte que dans ma tête, ça soit comme le lac. J’ai l’impression que des cailloux tombent tout le temps à l’intérieur et que tous les cercles se superposent sans arrêt. »

Rémi ressentit un picotement délicieux. Cette certitude qu’il existait vraiment pour Lou, qu’il n’était pas juste qu’un camarade du jour. Il se surprenait en même temps d’avoir osé révéler cette image devant de nouveaux compagnons. Cette conscience soudaine que les pudeurs entretenaient l’insignifiance des échanges alors qu’il suffisait d’être vrai et honnête pour créer un réel partage, une rencontre inespérée. Cette idée que les hommes construisaient leurs propres prisons. Jarwal l’avait dit.

 

Ils finirent leur casse-croûte et reprirent le chemin.

Les interrogations s’éveillèrent rapidement. Lou voulait en savoir davantage sur le voyage de l’eau. Tian s’intéressait grandement aux Kogis. Il pensait aux Tibétains, colonisés à leur tour. Encore et toujours des soumissions et des douleurs, rien n’avait changé dans le fonctionnement de l’humanité.

Marine essayait d’expliquer ce que Jarwal avait découvert à travers la perte de sa mémoire.

« Il dit que si on reste attaché à notre mémoire, on perd la conscience de la vie. Mais c’est compliqué à expliquer en fait. C’est comme si le passé que notre mémoire garde en elle nous privait de la compréhension de la vie immédiate.

-Un peu comme si on traînait un fardeau. On dépense notre énergie pour ça alors qu’on devrait l’utiliser dans l’instant présent, c’est ça ? demanda Tian.

-Oui, c’est ça, acquiesça Marine, en souriant au jeune garçon. Mais en plus, Jarwal disait qu’on en finissait par ne plus exister réellement. On se souvenait d’avoir vécu et on se servait de ces souvenirs pour recevoir le présent.

-Par exemple, en ce moment, on est tellement attaché au souvenir de Jarwal qu’on en finit par ne plus voir ce qui nous entoure, ajouta Léo, alors que la petite troupe arrivait au col.

-Tu as bien raison, petit frère, renchérit Rémi. On ne se sert même pas de ce que Jarwal nous a appris. C’est nul.

-C’est bien la preuve que quand on apprend quelque chose, ça n’est pas pour autant que c’est à nous.

-Oh oui, Léo, alors tu imagines un peu avec tout ce qu’on doit avaler à l’école, reprit Marine. Et en plus, ça ne nous concerne pas directement. C’est juste du savoir. Alors que Jarwal, il nous parle de notre vie. Et pourtant, même ça, on n’arrive pas vraiment à s’en servir.

- Dites donc, vous n’imaginez pas le plaisir que j’ai à être avec vous. Je pensais qu’on allait juste faire une balade en montagne et j’étais déjà très contente mais alors, là, ça dépasse tout ce que j’espérais, lança Lou, rayonnante. C’est chouette toutes ces discussions. C’est triste d’ailleurs qu’à l’école, on ne parle jamais de tout ça et même entre nous, comme si l’endroit lui-même nous rendait bête.

-Ah, ah, éclata Tian, c’est exactement ça, c’est un endroit qui nous rend bête de savoir. 

-Et qui nous éloigne de nous-mêmes, continua Rémi, en nous racontant que c’est pour nous préparer à gagner notre vie. Je déteste cette expression. »

Un regard de Lou que Rémi surprit, un choc immense, l’attention qu’elle lui portait, comme une volonté de le comprendre, de saisir tout ce qu’il portait, la tête légèrement inclinée, une interrogation curieuse, tendre, le bonheur de la rencontre, une découverte inattendue. Comme une fenêtre ouverte sur un espace inconnu.

Ils regardèrent silencieusement les horizons gagnés. La chaîne de la Lauzière et ses arêtes dentelées, les forêts comme arrêtées par une ligne infranchissable, l’altitude dessinée sur le faîte des derniers arbres, une longue ligne régulière courant sur les flancs, les alpages les dominant jusqu’aux premières zones rocheuses et cet élan vertical projetant vers les cieux immobiles des flèches minérales.

Ils percevaient, remontant du fond de la vallée, la rumeur des camions et des voitures filant sur l’autoroute, une rumeur sourde, envahissante.

 

« J’aurais aimé connaître cette vallée avant même que l’homme y soit installé, annonça Léo. Vous imaginez cette immensité dans le silence, tout à découvrir, aucun chemin, des animaux en pagaille, ça devait être extraordinaire.

-En Chine, il y a des régions qui sont encore très peu habitées, des étendues immenses, mon père m’a dit qu’il y avait une différence de vie incroyable entre certaines zones du Nord et les grandes villes. Dans les mégapoles, il y a des enfants qui n’ont jamais vu la nature, rien, ils ne sont jamais sortis de ces centaines de kilomètres de rues, les villes en France sont toutes petites comparées à Shanghai ou Pékin.

-Je ne pourrais pas y survivre, intervint Rémi.

-Moi non plus, continua Tian et il y a d’ailleurs beaucoup de gens qui y meurent. La pollution atmosphérique est terrifiante. Certaines villes industrielles sont constamment recouvertes par un nuage gris. On n’y voit jamais le ciel bleu.

-C’est complètement fou. 

-Oui, Léo, pire que ça, même, c’est suicidaire. Et soi-disant pour vivre mieux.

-Il me fait terriblement peur ce monde adulte, » avoua Lou, en baissant les yeux.

Une infinie tristesse qui toucha immensément Rémi, comme des tenailles qui enserraient son cœur.

Le silence qui s’imposa, une peur partagée, un avenir aussi inquiétant qu’un ciel d’orage.

« Et si on descendait voir notre cabane ? proposa Léo. De toute façon, Jarwal ne viendra pas, faut pas rêver.

-Ouais, tiens, chouette idée ça petit frère, » renchérit Rémi.

Un dernier regard sur les horizons, comme un ultime espoir projeté. Tian et Lou, désolés de cette rencontre manquée, Marine, Rémi et Léo, inconsolables de cette disparition. Il fallait occuper le reste de la journée. La mission de partage était achevée. C’était déjà un grand bonheur. Et puis, il y avait ces émotions impromptues, fugaces mais déjà si puissantes. Tian et Marine. Lou et Rémi. 

Léo s’en amusait. Il sentait bien qu’il y avait dans l’air des parfums inhabituels, des échanges secrets, des pensées lumineuses.

 

Ils prirent le chemin vers la forêt.

 

Des discussions et des rires, des histoires de balades, des sorties avec les parents, Tian qui racontait son enfance à Paris, le désir de ses parents de venir s’installer au pied des montagnes.

« Mon père dit que de lever les yeux vers les hauteurs élèvent aussi l’esprit. A Paris, les gens marchent en regardant le sol.

-C’est effrayant de voir qu’il puisse y avoir autant de distance entre les gens, autant de différences dans leur choix de vie.

-Je ne sais pas Marine s’il s’agit vraiment de choix.

-Oui, c’est vrai Tian. Nous, les enfants, par exemple, on ne choisit rien. On naît dans une famille, nos parents nous éduquent et on adopte leurs propres choix avant de pouvoir prendre une voie.

-Mais quand on est en âge de prendre une décision de vie, on le fait en fonction de ce qu’on a vécu. Il n’y a plus vraiment de choix mais une adaptation.

-Alors Tian, on n’est jamais libre ?

-On est libre de le comprendre, Marine. »

 

Dépression et Suicide

Par Le 06/12/2014

Une formation professionnelle qui détruit la personne.

La passion de soigner jusqu'à en mourir.

La pression des études jusqu'à l'oubli de l'autre.

L'identification de l'individu à ce qu'il fait jusqu'à en oublier ce qu'il est.

Les fragilités de l'individu nourries par les tabous de la fragilité psychique. 

On ne parle pas de "ça" parce que c'est honteux et éliminatoire. 

Toutes les abérrations d'une course à la "réussite" jusqu'à en perdre l'essentiel.


Suicide d'une résidente du CHUM: «ses études en médecine l'ont tuée»

Émilie Marchand, 27 ans, souffrait de dépression. «C'est... (PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE)

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Émilie Marchand, 27 ans, souffrait de dépression. «C'est tellement tabou, l'épuisement et la dépression en médecine. Émilie ne voulait pas que ses patrons soient au courant de son état», se désole sa mère, Dominique Couture.

PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE


Au Québec, près d'un étudiant en médecine sur cinq a songé au suicide. Plus tôt ce mois-ci, une résidente en médecine interne au CHUM de 27 ans s'est donné la mort, venant ainsi confirmer cette sombre statistique. Or, depuis des années, la Fédération des médecins résidents du Québec mène un combat auprès des facultés de médecine pour briser le tabou de la détresse et de l'épuisement chez les étudiants-médecins.

Lorsque la police de Montréal a publié un avis de recherche avec la photo d'Émilie Marchand, à la mi-novembre, ses collègues médecins résidents au Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) ont craint le pire.

Comme beaucoup d'étudiants en médecine qui soignent des patients tout en étant constamment évalués par leurs supérieurs, la jeune femme de 27 ans vivait chaque jour du stress à un niveau élevé, jumelé à une impression de ne pas avoir droit à l'erreur.

Et le pire est arrivé.

Le 15 novembre dernier, Émilie Marchand ne s'est pas présentée à sa garde à l'hôpital Notre-Dame. Elle a été trouvée morte deux jours plus tard dans sa voiture. Elle s'était suicidée.

«Ses études en médecine l'ont tuée», affirme sans détour sa mère, Dominique Couture.

L'hiver dernier, la résidente a fait une dépression majeure. Cette étudiante brillante, aimée de ses patients, a repris le travail en juin après quatre mois de congé de maladie.

Ce n'était pas son premier épisode dépressif. Deux ans plus tôt, elle avait reçu un diagnostic de trouble de personnalité limite, qui ne l'avait pas empêchée de poursuivre ses études avec succès.

«C'est tellement tabou, l'épuisement et la dépression en médecine, se désole la mère de la résidente. Émilie ne voulait pas que ses patrons soient au courant de son état. Elle craignait que cela nuise à la poursuite de ses stages. Elle a repris le travail à fond de train comme si rien ne s'était passé.»

La mère en deuil se demande pourquoi les résidents en médecine qui obtiennent un congé de maladie pour épuisement ne peuvent reprendre les gardes à l'hôpital de façon progressive. «Ce sont tellement des études exigeantes. Émilie n'avait pas le temps d'avoir une vie à l'extérieur du travail. Aucun loisir. Rien», déplore sa mère.

La mort de cette résidente en médecine s'inscrit dans un phénomène plus large: les futurs médecins sont souvent au bout du rouleau avant d'atteindre le marché du travail (voir autre texte). Un étudiant en médecine sur cinq a songé au suicide, selon un sondage mené par la Fédération médicale étudiante du Québec en 2012.

«Son suicide ne doit pas être uniquement lié à ce qu'elle vivait à l'hôpital. Mais le fait que la dépression chez les étudiants en médecine soit aussi taboue n'est sûrement pas étranger à sa mort», croit Étienne Leroux, un résident en médecine qui était proche d'Émilie Marchand.

Environ deux semaines avant de mourir, la résidente en médecine interne avait dit à des collègues que si elle n'était pas admise dans la spécialité de son choix en janvier, elle allait se donner la mort, raconte M. Leroux. Comme elle a plus tard annoncé qu'elle avait été admise, ses amis ne se sont pas inquiétés.

Une autre fois, à une collègue qui l'a surprise en train de pleurer, elle aurait répondu qu'elle vivait des difficultés à l'hôpital et dans sa vie personnelle, mais elle aurait demandé de ne surtout pas en parler aux patrons.

«Avec le recul, c'est plus facile d'assembler les pièces du casse-tête, mais elle n'avait dit à personne qu'elle souffrait d'une dépression sévère», affirme son ami.

Viser la perfection

Émilie Marchand était dans sa troisième année de spécialité, donc huitième année d'études en médecine. Comme plusieurs confrères, elle vivait une anxiété de performance. Elle visait la perfection. Rien de moins.

«À 8 ans, elle était déjà consciente de la pression qui venait avec ce travail, se rappelle son père, Richard Marchand. Ça m'a marqué. Elle m'avait dit: «Je veux être médecin, mais j'ai peur de faire des erreurs avec des patients.»»

Ce père en deuil se demande si, comme société, «on n'en demande pas trop à nos médecins». «À force d'exiger toujours la perfection d'eux, on oublie que ce sont des êtres humains», dit-il.

La jeune femme venait de terminer un stage éprouvant aux soins intensifs. La veille de sa disparition, elle a reçu son évaluation de stage. «Émilie me disait que ses patrons aux soins intensifs étaient durs envers elle. A-t-elle reçu une mauvaise évaluation? se demande sa mère. C'était une première de classe. Elle n'acceptait pas l'échec.»

Sa mort a bouleversé ses camarades de classe. L'Université de Montréal a organisé une rencontre d'urgence pour rappeler aux résidents les ressources d'aide psychologique mises à leur disposition. Or, le problème n'est pas l'accès au service d'aide, croit M. Leroux.

«Un système compétitif»

«Cela fait des décennies qu'on enseigne la pratique de la même façon. Notre formation consiste en une série de stages durant lesquels nous sommes supervisés et constamment évalués pendant quatre à huit ans, explique le résident en médecine. Il s'agit d'un vieux système machiste et compétitif qui, à travers les années, continue d'entretenir des règles non écrites telles que la détresse psychologique est un signe de faiblesse.»

À force de se faire dire «je suis passé par là moi aussi» par les patrons - même les plus jeunes -, les résidents en viennent à craindre de parler de leurs problèmes avec leurs supérieurs, raconte M. Leroux. Ils ont peur de recevoir une mauvaise évaluation qui pourrait mettre en péril la suite de leurs études.

L'étudiant a décidé de contribuer à briser le tabou en écrivant sur sa page Facebook que lui-même souffre d'anxiété et d'insomnie. «Je ne veux pas qu'Émilie soit morte en vain», laisse tomber le jeune homme, bouleversé par la mort de sa consoeur de classe.

«Il faut que les facultés de médecine cessent de pousser leurs étudiants au bout du rouleau, sinon il va y avoir d'autres morts», conclut la mère d'Émilie Marchand.


Freud

Par Le 06/12/2014

"On nous conteste de tous côtés le droit d'admettre un psychisme inconscient et de travailler scientifiquement avec cette hypothèse. Nous pouvons répondre à cela que l'hypothèse de l'inconscient est nécessaire et légitime et que nous possédons de multiples preuves de l'inconscient. Elle est nécessaire parce que les données de la conscience sont extrêmement lacunaires : aussi bien chez l'homme sain que chez le malade, il se produit fréquemment des actes psychiques, qui pour être expliqués, présupposent d'autres actes qui, eux, ne bénéficient pas du témoignage de la conscience. Ces actes ne sont pas seulement les actes manqués et les rêves, chez l'homme sain, et tout ce qu'on appelle symptômes psychiques et phénomènes compulsionnels chez le malade ; notre expérience quotidienne la plus personnelle nous met en présence d'idées qui nous viennent sans que nous en connaissions l'origine, et de résultats de pensée dont l'élaboration nous est demeurée cachée. Tous ces actes conscients nous demeurent incohérents et incompréhensibles si nous nous obstinons à prétendre qu'il faut bien percevoir par la conscience tout ce qui se passe en nous en fait d'actes psychiques ; mais ils s'ordonnent dans un ensemble dont on peut montrer la cohérence, si nous interpolons les actes inconscients inférés. "

Freud : "Métapsychologie"

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