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Jarwal : L'irréalité des formes.

Par Le 05/12/2014

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JARWAL ET LES KOGIS

TOME 2

« Je sais que tu avais raison Gwendoline. Il faut rejoindre les Kogis et voir ce qu’ils peuvent faire pour moi. Je ne dois pas abandonner et partir. C’est comme si je laissais ce Jarwal sur place et ne rentrait qu’avec un fantôme. Mon histoire est ici et c’est ici que je dois la retrouver. »

 

Elle l’embrassa sur le front. Juste un baiser plein de tendresse.  

Léontine bourdonnait de bonheur autour d’eux.

 

C’est là qu’ils virent certaines fougères bouger étrangement. Comme un roulis, une houle de frissons, un frémissement continu. Ils se levèrent et reculèrent de quelques pas. Les sens aux aguets.

Sous leurs yeux ébahis, des formes s’agitèrent, une myriade de petits êtres couverts de feuillages, des fougères qui n’en étaient pas, une apparition stupéfiante. La troupe se plaça devant eux. Des corps envahis de végétation mais pourtant une forme bien identifiable. Pas plus haut que le chapeau pointu de Jarwal. Des branchages pour membres, des tiges garnis de jeunes pousses, des feuilles, des plantes, des mousses, un amalgame hétéroclite, comme un collage anarchique, mais un visage souriant et des yeux lumineux, parfaitement visibles dans l’imbroglio végétal, des prunelles luisantes comme des soleils.

 

« Ah ! L’amour, on ne peut y résister, annonça en sautillant un des petits êtres.

-C’est vrai, c’est tellement bouleversant, enchaîna un deuxième.

-Le seul phénomène qui puisse nous pousser à nous montrer, renchérit un troisième. »

 

Des bonds qui accompagnaient chaque parole, une frénésie joyeuse, une danse pétillante.

 

« Qui êtes-vous ? demanda Gwendoline qui ne lâchait pas la main de son lutin hagard.

-Nous sommes la Vie, comme toi ! » lança le plus impétueux.

Des éclats de rires dans l’assemblée, des cabrioles et des roulades, des individus qui se trémoussaient en mêlant leur verdure, des galipettes et des embrassades, une agitation paroxystique. 

« La Vie, nous sommes la Vie, la Vie, nous sommes la Vie, répétaient-ils tous, en chœur.

 

Jarwal, Gwendoline et Léontine n’avaient jamais vu de tels êtres. Ils connaissaient pourtant bon nombre d’individus curieux et magiques, elfes et gnomes, farfadets et korrigans mais des êtres végétaux dansant des sarabandes endiablées, ils ne l’auraient même jamais imaginé.

Léontine se posa sur l’épaule de Gwendoline.

 

« Nous vous regardons depuis longtemps, mais l’amour était parti du cœur de celui-ci ! lança l’un d’eux en désignant Jarwal 

-Non, pas parti, cher ami, mais submergé de tristesse, reprit un voisin.

-Oui, la tristesse est un étouffoir de l’Amour mais l’Amour n’est jamais triste. C’est juste des feuilles mortes qui le couvrent. Laisse passer l’hiver et tu verras la pourriture des feuilles nourrir la Vie.»

 

Des  éclats de rire encore, cristallins. Des carillons de notes aigües. Les feuilles agitées de leurs corps sautillants.

 

« Vous voulez dire que vous ne vouliez pas vous montrer à cause de moi ? demanda Jarwal.

-Pas à cause de toi, répliqua un petit être ébouriffé comme un buisson juvénile. Tu n’es pas ce que tu penses. Ne te trompe pas. Ce que tu penses n’est qu’une dérive de l’Amour de la Vie.

-Nous attendions que la pourriture des feuilles soit consommée, ajouta son compagnon. Et que l’Amour remonte à la surface.

-Vous n’apparaissez qu’aux êtres qui s’aiment alors, c’est ça ? interrogea Gwendoline.

-Tous les êtres sont dans l’Amour. L’Amour, c’est la Vie, mais les pensées de votre tête vous font aimer le désordre de vos pensées. Rien à voir avec l’Amour de votre âme. Vous parvenez même parfois à aimer ce qui vous enferme. Ce sont vos pensées. Et votre tête finit par aimer ce qui la ronge. C’est incroyable ça. L’Amour de la Vie n’est pas un guerrier. Il aime la sérénité. Alors, il se retire et il attend que vous arrêtiez de vous mentir. »

 

Des réflexions secrètes, silencieuses, une analyse minutieuse.

 

« Et voilà, vous vous remettez à penser ! lança joyeusement une boule de feuilles agitée. Vous êtes tout de même incorrigibles ! Laissez donc rayonner votre Amour de la Vie.

-Nous avons un grave problème, annonça Gwendoline.

-Mais non, il n’y a pas de graves problèmes, il n’y a que ce que ce vous en pensez. Sinon, cela voudrait dire que la Vie est un grave problème et quand vous pensez cela, la Vie se retire dans son coin et vous laisse exister à travers vos pensées. La Vie ne lutte pas, elle aime la sérénité, je vous l’ai dit.

-Et bien, chers amis, intervint Jarwal, je pense que mes pensées sont un grave problème. Je pense sans cesse à ma mémoire qui a disparu.

-Mais non, elle n’a pas disparu. Elle s’est retirée dans un coin. Et comme tu étais en colère, elle avait peur. On ne réconforte pas un petit animal traumatisé avec de la colère ou de la peur. 

-Tu veux dire que je peux retrouver ma mémoire ?

-Tu ne vas pas la retrouver, c’est elle qui reviendra. Vous êtes vraiment prétentieux, vous autres, à croire que tout dépend de vos pensées et de votre volonté. C’est comme si vous étiez en Vie parce que vous l’avez voulu ! Ridicule. La Vie n’a pas eu besoin que vous pensiez à elle pour s’installer. Et vous, vous pensez que vous pouvez imposer votre volonté à la Vie. C’est incroyable ça !

-Regardez ces grands arbres ! proposa un petit arbrisseau. Vous croyez que c’est la volonté de la graine qui a donné ce superbe ouvrage ? Et la Vie alors ? Elle se serait installée une fois que la volonté aurait pris forme ? Ridicule. Vous observez tout à l’envers. »

 

Des leçons proclamées par une troupe de joyeux lurons.

Gwendoline les observait avec fascination. Une multitude de visages dans une diversité hétéroclite. Des bouilles rondelettes ou triangulaires, des faces plates comme des assiettes, un mélange inexplicable de feuilles assemblées mais toujours ce pétillement dans leurs prunelles, deux soleils ardents qui irradiaient de bonheur.

 

« Vous voulez dire que nos pensées sont des œillères à la réalité de la Vie ? demanda Jarwal.

-La réalité ? Mais qu’est-ce que c’est cette réalité ? Ce que vous voyez ?  Ridicule. »

 

L’ensemble de la troupe, dans un synchronisme parfait, s’évapora. Une multitude d’oiseaux colorés s’égailla au-dessus de leurs têtes, une nuée de piaillements dans des arabesques maîtrisées, des zébrures de corps fuselés, comme des flèches jouant un ballet de plumes. Et toujours ces yeux aussi brillants que des astres naissants, une énergie condensée, une concentration d’univers.

Le ballet cessa d’un coup, les oiseaux disparurent et un champ de pierres inertes s’étendit à leurs pieds. Des roches lisses et immobiles, éparpillées devant les trois amis. Au même instant, sur chaque caillou, des paires d’yeux s’ouvrirent et les observèrent, des prunelles étincelantes d’où jaillissaient des rires de lumières. Des battements de paupières aussi stupéfiants que des naissances d’étoiles.

Puis, avec la même célérité, dans une simultanéité parfaite, un florilège de papillons les entoura, plus de pierres sur le sol mais une farandole radieuse, des élucubrations étourdissantes, des figures imprévisibles, toute la magie délicieuse des vols de papillons. Et sur les corps délicats rayonnaient d’une intensité éblouissante des yeux aussi perçants que des fusions de soleils.

 

Comme un souffle tonitruant balayant tout sur son passage, la nuée de papillons s’évanouit. Rien d’autre n’apparut.

Les trois amis restèrent statufiés.

« Où êtes-vous ?  demanda Jarwal.

 -Chut, coupa Léontine. Les hommes. »

 

Des bruits dans la forêt, des voix qui portaient par-delà les arbres. La troupe des Portugais avait quitté le camp des Kogis et reprenait sa progression.  

 

Jarwal se coucha sous le parterre de fougères en se demandant s’il ne manquait pas d’écraser un de leurs étranges visiteurs. Gwendoline s’allongea à ses côtés.

 

« Ils ne peuvent pas nous voir. Ne bouge pas, » murmura-t-il, en posant délicatement une main sur son bras.

Gwendoline frissonna de bonheur à cette parole protectrice, à cette attention inespérée. Jarwal veillait sur elle. Jarwal reprenait vie.

 

Ils n’aperçurent même pas les soldats à travers l’épaisseur végétale. Ils suivirent attentivement l’extinction des voix et se relevèrent prudemment. Ils regardèrent minutieusement autour d’eux. Des plantes, des oiseaux, des papillons, des pierres…Quelles formes avaient-ils pris ? Où pouvaient-ils bien être ?

La réalité n’était pas ce qu’ils voyaient…

 

Au pied d’un tronc colossal, ils virent un tapis de mousse s’agiter, des ondulations de nuages, des formes timides qui tentaient une croissance, des pousses opiniâtres qui se dressaient, des silhouettes redessinant l’esquisse des corps puis peu à peu tout un petit peuple de bonhommes moussus, habillés de feuilles disparates. Enfin, les yeux flamboyants s’ouvrirent dans un seul mouvement et la troupe reconstituée, s’avança précautionneusement et les rejoignit.

 

« Bouh, toute cette méchanceté chez ces individus, c’est insupportable. Il nous est impossible de rester visibles dans cette ambiance morbide. Même les plantes en subissent les effets polluants mais moins tout de même que les autres formes vivantes. Chez elles, les pensées sombres s’évaporent rapidement. C’est l’Amour de la lumière qui permet ce nettoyage. Chez les humains, tout reste enfermé. Quand les égos sont les maîtres, la conscience de la réalité s’efface.

-Vous n’avez donc aucune forme définitive ? interrogea Gwendoline.

-Une forme ? Mais pour quoi faire ? C’est absurde, se moqua un individu hirsute.

-Tout aussi absurde que cette idée que nous devons avoir un nom, enchaîna son voisin. Vous avez vraiment une idée bien curieuse de la réalité. Vous pensez que parce que vous vous êtes identifiés à votre forme et que vous vous reconnaissez à travers votre nom, vous avez fait le tour de la Vie ? Mais c’est consternant tout ça ! Vous avez conscience de l’insignifiance de votre développement ? »

 

Un ton nullement arrogant, juste un total ébahissement.

Les trois amis sentaient que dans les paroles de ces petits êtres, il n’y avait aucune moquerie. Mais une absolue incompréhension.

 

« Un jour, vous allez mourir, vous allez perdre ce nom et cette forme. Vous aurez quitté la Vie mais la Vie, elle, n’aura rien quitté du tout. Elle n’aura pas disparu, vous comprenez ? C’est vous qui partez, c’est vous qui sortez du flux vital. La Vie continuera sa tâche créatrice, votre tour est passé. C’est ridicule dès lors de s’attacher de la sorte à cette image que la Vie vous a procurée. Il serait bien plus judicieux de saisir cette conscience de la Vie et non d’entretenir la conscience de votre forme. Cette forme n’est rien d’autre qu’une enveloppe. C’est comme si vous décidiez de vénérer votre outre et de délaisser l’eau qu’elle contient. C’est absurde.

-Les deux sont indispensables, intervint Jarwal.

-Bien entendu. Une outre vide ne sert à rien et de l’eau sans outre est intransportable. Mais par contre, elle a déjà une existence cette eau, vous n’êtes pas obligés de devoir la transporter, vous pouvez déjà en profiter. L’outre est secondaire si vous décidez de rester là où se trouve l’eau. Dans votre cas, c’est l’enveloppe qui compte avant ce qu’elle contient. Vous observez à l’envers.

-Vous voulez dire que vous pouvez changer de formes parce que vous êtes reliés à la Vie avant de l’être à votre forme ?

-Oui, c’est cela, magnifique, tu apprends vite cher lutin ! »

 

Une danse spontanée qui agita toute la troupe, des cris de joie et des cabrioles.

 

Gwendoline aperçut un sourire sur le visage de son aimé. 

 

« Quand vous êtes identifiés à votre image, vous êtes attachés aussi à la diffuser à l’extérieur, vous voulez qu’elle vous représente et vous en venez même à chercher des solutions à vos problèmes dans votre environnement et vos relations, vous pensez que le monde est responsable de votre état intérieur. Vous mélangez les conditions de vie et la Vie en vous. Mais la seule réalité qui vous concerne, elle est en vous et nulle part ailleurs. Quand vous vous acharnez à faire, vous en oubliez d’être.»

 

La Crise ? Quelle crise ?

Par Le 05/12/2014

 

Ce qu'ils appellent, "la crise" est juste un paravent qui leur permet de transférer l'argent du Public vers des caisses Privées. Leurs caisses personnelles. L'argent existe mais il n'est pas disponible. Il est "réservé". Que quelqu'un "s'amuse" à compter les sommes englouties en parachutes dorés depuis la création de l'UE. Et qu'on vienne ensuite parler des raisons de la Crise... Cette institution a uniquement contribué à enrichir leurs instigateurs et leurs sucesseurs, comme une Famille Royale qui se passerait les bijoux de famille, les bijoux extorqués au fil du temps...

Juste du dégoût...Alors, j'entends déjà ceux qui rétorquent que c'est tout de même beaucoup de travail de faire tourner une telle machinerie. Oui, certainement. Mais en quoi faudrait-il surpayer des ingénieurs qui ont fabriqué une machine qu'ils ne contrôlent pas et que des mécaniciens épuisés doivent subir et tenter en plus d'entretenir ? 

Et le pire est de les écouter parler au Peuple en disant qu'il est indispensable qu'ils soient réélus pour continuer à faire tourner cette Machine infernale...Parce que sinon, ça serait l'Apocalypse...L'Apocalypse selon l'UE. Et pas selon Saint-Jean...

 


 

630.000 euros de prime de départ pour Van Rompuy

 - Mis à jour

Herman Van Rompuy, l'ancien président du Conseil européen, va recevoir une prime de départ estimée à 630.000 euros. Selon l'Europe, il aurait reçu cette somme, car il ne lui serait pas possible de trouver un emploi qui n'éveillerait pas des doutes concernant d'éventuels conflits d'intérêts.

630.000 euros de prime de départ pour Van Rompuy

© Reuters

Le journal britannique The Telegraph aurait découvert le montant de la pension d'Herman Van Rompuy. Selon le magazine Elsevier celle-ci serait royale. Les trois prochaines années, le Belge recevra 55% de son ancien salaire. Ce qui, dans le cas de Van Rompuy, représente 169.000 euros. À côté de cela, il percevra également une prime de départ unique de 26.500 euros et une pension à vie de presque 65.000 euros par an. L'Union Européenne défend ce montant en expliquant que Van Rompuy ne pourra plus travailler, car il doit éviter tous conflits d'intérêts. Un argument pas vraiment percutant selon le Elsevier puisque Van Rompuy est de toute façon pensionné. C'est d'ailleurs pour cela qu'il reçoit aussi une pension annuelle de 65.000 euros.

Haïku

Toujours selon The Telegraph, Van Rompuy souhaite se retirer de la vie publique pour se consacrer à ses passe-temps favoris comme l'écriture de Haiku. Il donnera également quelques conférences à College of Europe, une formation pour fonctionnaires européens à Bruges.

Il n'y a pas que Van Rompuy, De Gucht reçoit aussi une grosse prime

 - Mis à jour

Source: Belga

Tout comme Van Rompuy, Karel De Gucht, qui a été durant 5 ans commissaire européen, reçoit une prime de départ non négligeable. Selon le journal Metro, il recevrait aux alentours de 300.000 euros.

Il n'y a pas que Van Rompuy, De Gucht reçoit aussi une grosse prime

© Belga

Un commissaire européen "normal" comme De Gucht reçoit un salaire mensuel brut de 20.832 euros. Lorsqu'il quitte sa fonction, comme ce fut le cas le 1 novembre pour De Gucht, le commissaire européen reçoit une prime de départ qui équivaut à un mois salaire ainsi que le défraiement pour les trajets et son déménagement vers son pays d'origine. En plus de cela, il reçoit aussi une indemnité de transition qui s'élève, selon l'ancienneté, entre 40 et 65 % du salaire de base, et ce sur une période de trois ans toujours selon le site Métro qui cite la commission. Ce qui pour De Gucht représente un montant entre 299.988 et 487.481 euros. Cette prime est néanmoins plafonnée, puisque si l'ancien commissaire trouve un nouvel emploi, le total de son nouveau salaire et la prime de la commission ne peuvent dépasser le montant du salaire d'un commissaire européen.

Herman Van Rompuy

Début de cette semaine, la prime de départ de Van Rompuy a également fait la une des médias britanniques. The Daily Telegraph annonçant un montant de 630.000 euros. Selon la commission, ces chiffres doivent tout de même être nuancés puisque, selon elle, il s'agirait de 349.000 euros sur trois ans. Elle n'y voit non plus aucun mal puisqu'il s'agit là d'une prime de transition des plus classiques. Une prime comme en reçoivent les parlementaires belges. La commission précise encore qu'après cette période de transition Van Rompuy sera pensionné et percevra une pension qui s'élève à 4700 euros par mois. Les salaires et primes des fonctionnaires européens ne sont pas déterminés par les institutions européennes, mais par les pays membres de l'union.

 

Dialogue imaginaire

Par Le 05/12/2014

 

« Vous ne pouvez plus enseigner ou vous ne voulez plus enseigner Mr L ?

-Les deux, Docteur. C’est un burn out moral, physique et idéologique. Depuis quatre ans déjà, je sentais que j’étais au bout, nerveusement, moralement, physiquement, un épuisement complet, l’impression de ne plus parvenir à ressentir le bonheur que j’avais eu jusque-là à vivre avec des enfants et à enseigner. Et puis est venu s’ajouter à cette déliquescence, cette trahison de l’État, cet engagement hiérarchique dans une désintégration du système éducatif.

-C’est peut-être exagéré comme conclusion, vous ne croyez pas ?

-Oui, je sais, Docteur, je suis paranoïaque…Vous n’êtes pas tout seul à le penser.

-Je n’ai pas dit ça, Mr L. Je cherche juste à comprendre.

-Et bien, imaginez qu’une instance dirigeante, l’Ordre des médecins ou l’État lui-même vous impose un cadre professionnel extrêmement perturbant. Imaginez par exemple que votre degré de prescription soit limité par une barrière, un seuil à ne pas dépasser. Vous disposez d’un stock médicamenteux mensuel et c’est à vous de le répartir sur vos patients. Une fois atteint ce seuil financier imposé par votre hiérarchie, vous êtes dans l’obligation de suspendre vos prescriptions. Il vous restera deux solutions : au début de chaque mois, vous prescrivez ce que vos patients ont besoin, sans aucune limitation, parce que vous jugez que le traitement doit être complet pour être efficace mais inévitablement, avant la fin du mois, vous ne pourrez plus rien prescrire à vos patients. Vous aurez atteint le seuil imparti. Ces patients ne seront pas soignés. Soit ils iront voir ailleurs, soit ils reviendront vous voir en début de mois suivant. Mais ils seront donc encore plus atteints et il vous faudra redoubler les prescriptions, ce qui entamera encore plus vite le stock autorisé. Ou alors, vous déciderez en début de période de limiter vos prescriptions pour essayer d’atteindre la fin du mois sans être totalement démuni. Mais vos patients n’auront donc à disposition qu’un traitement parcellaire et il est probable que ça sera insuffisant. Certains rechuteront avec davantage d’ampleur et vous devrez renouveler les traitements ce qui viendra entamer encore une fois le stock disponible. Aucune solution ne sera satisfaisante et vous réaliserez rapidement que vous ne pouvez plus respecter vos idéaux, que vos convictions et votre sens du devoir sont irrémédiablement rognés par ces limitations. Et bien, c’est ce que je vis depuis deux ans.

-Je pense que dans mon cas, cette situation n’est pas envisageable. L’État ne peut pas intervenir de la sorte.

-C’est également ce que je pensais il y a encore deux ans. Il faut croire que nous sommes très naïfs et vous l’êtes donc tout autant que moi. Jusqu’ici l’État vous demande d’être modéré dans vos prescriptions et vous n’envisagez pas qu’un jour il puisse s’agir d’injonctions avec des menaces financières ou autres. Ce que je dis est donc tout à fait réalisable. Rien n’est impossible pour les financiers. Il suffit de trouver le moyen de convaincre la population que c’est pour leur bien. C’est pour ça que les Politiciens existent. Ils sont les porte-parole des Financiers. C’est tout.

-Vous considérez donc qu’il n’est plus possible d’enseigner aujourd’hui.  

-Non, absolument pas. Puisqu’il reste encore des milliers d’enseignants dans les classes. Mais c’est la qualité de l’enseignement qu’il n’est plus possible de préserver. Si l’État venait restreindre vos prescriptions de façon drastique, jusqu’à vous menacer de sanctions diverses et avec un contrôle coercitif très puissant, vous continueriez de pratiquer mais en sachant que vous ne respectez plus vos idéaux. Beaucoup d’enseignants vivent aujourd’hui avec ce dilemme constant, cette torture idéologique. Pour ceux et celles qui ont une idéologie, bien entendu. Je ne parle donc pas des fonctionnaires-enseignants mais uniquement des Enseignants. Vous voyez la différence ?

-Oui, j’imagine assez bien. Entre l’apathie et la passion.

-Voilà, c’est ça. On peut dire aussi entre la soumission et la désobéissance. Mais cette lutte idéologique génère une pression énorme et elle vient s’ajouter aux difficultés inhérentes du métier, comme un poison quotidien. Vous voyez tous les jours les insuffisances chroniques de votre pratique, non pas parce que vous n’êtes pas compétents mais parce que vous êtes considérablement bridé, enfermé, limité, contraint. Jour après jour, ces insuffisances, ces manques, ces limites vous renvoient une image négative de vous-même, jusqu’à ressentir une honte, un malaise qui vous ronge. Vos patients subissent, non pas votre incompétence mais votre obéissance. C’est ça que je ne supporte pas. Jusqu’à en tomber malade, jusqu’à ne plus me supporter moi-même.

-Mais vous n’êtes pas responsable de ces injonctions ?

-Je suis responsable de leur application. Toute la problématique est là. Soit je décide de lutter au mieux pour soulager mes élèves comme vous pourriez lutter pour soulager vos patients mais vous voyez bien que dans ce cas-là, jamais, vous ne pourrez appliquer intégralement vos idéaux. Vous ne ferez qu’appliquer des pansements sur une plaie qui continuera à s’infecter sans jamais pouvoir intervenir sur la cause même de cette plaie. Soit je refuse d’obéir. Parce que moralement et physiquement, je n’ai plus la force pour maintenir cette lutte, parce que je n’accepte pas l’idée que j’accueille des enfants dans un contexte qui porte inévitablement atteinte à leur bien-être. Vous comprenez que c’est antinomique, totalement contradictoire. J’ouvre ma classe avec l’idée fondamentale d’œuvrer au développement équilibré et bienveillant de mes élèves en sachant qu’inévitablement, je leur fais du mal, je leur impose un cadre déstructurant. Avec des effets désastreux. Tout comme vos patients qui ne pourraient plus bénéficier d’un traitement adapté et complet. Les plus faibles risquent même de dépérir. Imaginez cette situation Docteur, imaginez que tous les jours, vous soyez amenés à abandonner une partie de vos patients, parce qu’ils sont déjà trop faibles pour lutter contre la maladie qui les touche et que vous ne disposez plus des moyens nécessaires pour les sauver. C’est ce qui se passe aujourd’hui pour des milliers d’enfants. Essayez de ressentir clairement en vous ce que cette situation génère… Qu’est-ce qui se passe en vous ? Comment vous sentez-vous Docteur ? »       

Le Soi et les actes

Par Le 04/12/2014

C'est en repensant à une séance de natation avec mes anciens élèves que j'ai pris conscience de ce que je fais en méditation...


"Un enfant n'arrive pas en crawl à garder les deux jambes dans l'axe, son genou gauche part en diagonale, comme s'il faisait une demi-brasse. Je peux toujours répéter inlassablement la même consigne, ça sera inutile si l'enfant ne parvient pas lui-même à "observer" ce qu'il fait. Il doit parvenir à ressentir cette jambe en observant simultanément en lui la conscience de cet acte. 

"Tu n'es pas un nageur, tu es un corps qui tente de réaliser un geste technique destiné à te faire nager. Mais si tu restes juste enfermé dans ce corps, tu ne peux pas voir ce qu'il fait, tu te contentes de reproduire des gestes que tu ne "vois" pas et donc, tu ne peux pas les corriger. Tu ne dois donc pas rester à l'état de nageur mais devenir celui qui observe ce nageur. Tu dois prendre conscience de tes actes afin de ne pas être simplement un corps qui agit mais devenir pleinement celui qui œuvre à la maîtrise parfaite de ces gestes de nageur. Le fait de nager n'est pas une fin en soi, ça n'est pas un objectif, ce qui importe, c'est que tu apprennes à observer ce que tu fais. À partir de là, tu ne seras pas qu'un nageur mais le maître du nageur, le maître de ton corps. Je sais bien que tu ne peux pas voir réellement tes jambes derrière toi quand tu nages mais tu peux les voir par l'intérieur. Apprends à te concentrer sur cet endroit précis, défais-toi de tout le reste."



Lorsque je médite, j'observe en moi les phénomènes mais je reste conscient d'être un observateur. Je ne m'identifie pas avec les actes eux-mêmes sinon, il est impossible d'aller vers la maîtrise. Il s'agit de rester le Superviseur et non de se concentrer simplement sur les postures ou la respiration. 

Si je ne parviens pas à extraire de moi les pensées récurrentes et que je m'efforce de les rejeter, je leur donne automatiquement l'énergie nécessaire pour se maintenir. C'est comme nourrir celui qu'on aimerait voir mourir de faim...

"Ne t'invente pas des armées d'ennemis pour excuser tes propres faiblesses."

Il n'y a que l'observation de celui qui observe qui puisse créer la plénitude. Sinon, ça n'est pas le Soi que j'éveille mais la prétention du Moi qui entretient les combats, juste pour se glorifier et exister. 

En même temps, je bénis ce Moi qui cherche à maintenir ses prérogatives car sans lui, je n'aurais pas de miroir dans lequel retrouver cette Conscience réelle. 

C'est parce que j'observe en pleine conscience les tourments du Moi que le Soi apparaît. Le "Je" sert de passerelle...

 

La justice des Maîtres

Par Le 04/12/2014

Il est bon de se replonger dans les textes anciens...


 

KANT :"Idée d'une histoire universelle (1784)

"L'homme est un animal qui, du moment où il vit parmi d'autres individus de son espèce a besoin d'un Maître. Car il abuse à coup sûr de sa liberté à l'égard de ses semblables et quoique, en tant que créature raisonnable, il souhaite une loi qui limite la liberté de tous, son penchant animal à l'égoïsme l'incite toutefois à se réserver dans toute la mesure du possible un régime d'exception pour lui-même. Il lui faut donc un Maître qui batte en brèche sa volonté particulière et le force à obéir à une volonté universellement valable, grâce à laquelle chacun puisse être libre. Mais où va-t-il trouver ce Maître ? Nulle part ailleurs que dans l'espèce humaine. Or, ce Maître, à son tour, est tout comme lui un animal qui a besoin d'un Maître...De quelque façon qu'il s'y prenne, on ne conçoit vraiment pas comment il pourrait se procurer pour établir la justice publique un chef juste par lui-même : soit qu'il choisisse à cet effet une personne unique, soit qu'il s'adresse à une élite de personnes triées au sein d'une société. Car chacune d'elles abusera toujours de la liberté si elle n'a personne au-dessus d'elle pour imposer vis-à-vis d'elle-même l'autorité des lois. Or le chef suprême doit être juste pour lui-même, et cependant être un homme. Cette tâche est par conséquent la plus difficile à remplir de toutes; à vrai dire, sa solution parfaite est impossible."


 

Ce texte date de 1784...

Il va bien y avoir un moment où le Peuple va comprendre qu'il se doit d'être ADULTE et non plus un ENFANT sous le joug d'un PARENT NORMATIF.

La solution parfaite, elle existe : C'est un changement radical de niveau de conscience. 

D'un point de vue politique, cela rendra possible une vraie République et non plus le maintien de cette "Ré-privée". 

Privatisation

Par Le 04/12/2014

http://www.slate.fr/story/77312/privatiser-ecole-france-pas-tout-fait-une-fiction

Personne en France, à la différence de l'Angleterre, n'imagine que l'Etat ne finance plus l'éducation nationale. Et pourtant, en France, les sources de financement privé aident de plus en plus à financer l’école publique.

Au début du mois de juillet, le quotidien britannique The Independent publiait le projet encore secret du ministre de l’éducation britannique Michael Gove de transformer les 30.000 écoles d’Angleterre en «Academy schools». Ces écoles fonctionnent de manière indépendante du système national d’Education et sont financées par le gouvernement mais aussi par des fonds privés. Mais ce qui est encore plus surprenant dans le projet de Michael Gove pour nos yeux français, c’est qu’il souhaite faire de ces écoles des entreprises à but lucratif.

L’école publique ne plaît guère aux vrais libéraux. Leurs arguments sont simples: une école librement choisie serait une école plus efficace car ses «clients» en attendent logiquement un retour sur investissement et cette exigence, stimulante pour le système, relève le niveau de l’ensemble. Dans le modèle libéral, l’Etat garde un rôle économique dans le fonctionnement du système scolaire en jouant un rôle de redistribution et met la main à la poche en allouant aux parents des «chèques éducation».

Un chèque que les familles peuvent utiliser où elles le veulent et comme elles le veulent. La liberté de choix de l’école est totale. Le pape du libéralisme Milton Friedman qui en parla pour la première fois en 1962 dans «Capitalisme et liberté». Ça paraît exotique, mais pour l’économiste Philippe Némo, par exemple, c’est tout à fait importable en France.

La fin de l’école publique et l’instauration d’un système totalement privé, «libre», est-elle vraiment envisageable chez nous? Aucun politique ne l’a dit, ne le dit, ne l’envisage. Mais on observe que le comportement par rapport au système privé a totalement changé ces vingt dernières années. Les grandes guerres scolaires sont derrière nous et les élèves passent allègrement d’un système à un autre: une famille sur deux a recours, au moins une fois durant la scolarité de ses enfants, à l'enseignement privé.

Rares sont donc les parents qui, devant une situation qu’ils estiment difficile dans le public hésitent à passer au privé. C’est sûrement ce qui a donné l’idée à Nicolas Sizaret, qui a passé 6 ans au ministère de l’Education en tant que consultant, d’écrire un livre dans lequel il imagine le lancement d’une chaine d’école d’excellence par un groupe privé. Des écoles qui feraient en concurrence frontale avec l’Éducation nationale. Ce livre, paru l’an dernier, s’intitule «OPA sur le Mammouth» (Edtions Souffle Court). C’est un travail très documenté, bien senti et, chose rare quand on parle d’éducation, drôle.

Quand j’ai vu passer cette information sur les écoles britanniques, j’ai appelé Nicolas Sizaret pour savoir ce qu’il en pensait et s’il considérait que l’école «à but lucratif» était imaginable en France.

Nicolas Sizaret rappelle d’abord qu’en 1994 déjà, l'Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS), signé sous l’égide de l’Organisation Mondiale du Commerce, pressait les gouvernements de libéraliser totalement leurs systèmes éducatifs, bref d’ouvrir un véritable «marché de l'éducation».

Aux Etats-Unis par exemple, les systèmes éducatifs publics sont progressivement démantelés au profit d’établissements scolaires privés que les parents ont la possibilité de mettre en concurrence. Finalement, même l’éducation prioritaire dans les quartiers sensibles va fonctionner sur un modèle entrepreunarial. Ce sont les «charter schools», dont les directeurs ont la liberté d’embaucher et de licencier les enseignants de l’établissement qu’ils dirigent.

Ce qui est nouveau dans le projet britannique, c’est de considérer ouvertement certaines écoles publiques (academy schools, un des systèmes du public, d’écoles indépendantes financées par l’état, près de 40% des élèves en 2012) d’abord comme de potentielles entreprises à but lucratif à qui on pourrait appliquer tous les mécanismes de la finance d’entreprise (levée de capitaux, maximisation des profits, cotation en bourse, entrée au capital de fonds spéculatifs, revente… et éventuellement faillite).

Dans ce projet politique, l’éducation n’est pas (plus !) considérée comme un bien public. Pour Nicolas Sizaret, ce type d’annonce se fait sans complexe et dans une relative indifférence, à partir du moment où les citoyens fatalistes perdent confiance dans les capacités de leurs services publics à répondre à leurs besoins mieux que ne le ferait le secteur marchand.

Les sources de financement privé aident de plus en plus à financer l’école publique.  Elles arrivent par des voies auxquelles on ne pense pas forcément, par exemple le mécénat. Quand on les sollicite, les entreprises répondent présent, sans complexe. D’ambitieux programmes d’enseignement artistique aussi sont largement soutenus par de grandes entreprises, c’est la cas par exemple d’un projet magnifique comme «Orchestre à l’école», développé grâce au mécénat d’Axa, Bouygues, LVMH… etc.,  «qui permet aujourd’hui l’installation de dizaines de classes orchestres dans les écoles de l’Hexagone», nous dit la fondation. Certains établissements lancent eux-mêmes leurs propres fondations.

C’est ce qu’a fait le prestigieux lycée parisien Louis-le-Grand l’année dernière avec de très grosses entreprises : LVMH, EADS, Canal+ et L’Oréal. Sa dotation de départ était de 250.000 euros. L’établissement, public il faut le rappeler, capitalise sur son nom et sa réputation pour recueillir des fonds privés. Tous les lycées ne pourront pas en faire autant. 

L’objectif, précisait Joël Vallat, son proviseur au moment du lancement de la fondation, était «l’ouverture sociale et la mobilité internationale» de son lycée. Enfin, Total a signéun accord-cadre avec l’Etat, plus précisément avec le ministère des Sports, de la Jeunesse, de l’Education populaire et de la Vie associative le 7 juin dernier pour financer à hauteur de 4 millions d’euros la réforme des rythmes scolaires (notamment alloués au développement d’activités périscolaires prévues dans le cadre de la réforme des rythmes éducatifs… de l’argent qui provient en fait de fonds précédemment alloués au Fond d’expérimentation de la jeunesse de Martin Hirsch et qui a mis de l’huile dans la mise en place de la réforme des rythmes).

Enfin, et surtout, il faut bien reconnaitre qu’une autre forme de privatisation remporte un gros, un très gros succès en France. Une note du Centre d’analyse stratégique de janvier 2013 révèle que les Français sont les plus gros consommateurs de cours particuliers en Europe.

La marchandisation de l’éducation ne progresse pas forcément comme un phénomène brutal. A part quelques ultralibéraux (comme Michel de Poncins), personne ne prône ouvertement une privatisation frontale du système.  Mais comme le souligne malicieusement Nicolas Sizaret, si le lycée Louis-le-Grand à Paris était proposé à la vente à un fonds d’investissement (sur le modèle de ce que propose aujourd’hui le gouvernement anglais pour ses établissements scolaires), l’Etat pourrait en tirer 50 millions d’euros (sans compter la valeur des bâtiments, qui appartiennent à la collectivité).

Lorsque le budget de l’Education nationale en sera à 50 millions près, selon la couleur du gouvernement en place et selon l’image qu’aura alors l’Ecole publique dans l’opinion, un tel scénario deviendra-t-il possible?

Louise Tourret


 La raison de l'embauche de "Professeurs" non formés, non diplômés, avec des résultats désastreux aux épreuves (4/20...), tout cela a un objectif, c'est de briser la confiance de la population envers le système éducatif. Une fois que ça sera pleinement validé, la suite viendra... On en reparlera dans quelques années...

L'intimité

Par Le 03/12/2014

Comment structurons-nous notre temps dans la relation avec l'autre ?

http://www.ifat.net/besoin_base.php

Eric Berne classe six manières de s'impliquer dans une relation avec un ordre croissant de stimulations obtenues et de risques pris pour les obtenir.

Cette façon de structurer le temps permet à la personne de choisir le mode approprié qu'elle est prête à engager dans la relation aux autres pour satisfaire ses soifs vitales.

  • Le retrait. La personne utilise son temps pour être en contact avec elle-même, elle est avec les autres mais ne communique pas avec eux, et reste dans ses pensées.
  • Le rituel. La personne entre en relation avec les autres de façon stéréotypée. Elle utilise des formules simples et complémentaires : « bonjour, ça va ? » « ça va, et vous ? ». Ce sont des habitudes culturelles.
  • Le passe-temps. La personne passe le temps, elle échange des informations avec son interlocuteur, elle discute sans trop s'impliquer dans la relation. La conversation est balisée, elle se fait "toute seule", sur des sujets comme la météo, le dernier film, ou les voisins … C'est le moment où la personne repère les partenaires possibles avec lesquels elle pourrait aller plus loin dans la relation.
  • L'activité. La personne instaure une relation qui est orientée vers une tâche à réaliser ensemble. La conversation, les gestes sont dédiés à cette réalisation : une randonnée, l'élaboration d'une maquette, d'un site internet…. C'est une manière d'échanger avec des personnes pour obtenir un résultat, un bénéfice, une production ou une concrétisation … au travail, en famille, etc.
  • Les jeux. La personne établit des séquences relationnelles où la relation et où ses échanges avec l'autre sont très intenses, récurrents et génèrent beaucoup de stimulations, mais aussi, où la fin est prévisible et négative. Eric Berne a nommé ces séquences « jeux psychologiques ».
  • L'intimité. La personne établit une relation sincère et exempte de volonté manipulatoire où les interlocuteurs échangent sur ce qu'ils ressentent, et s'impliquent (joie, tristesse...). C'est le mode le plus risqué de communication parce que les personnes montrent leur vulnérabilité, se livrent. C'est un vécu dans l'instant. L'échange est direct et spontané. Structuration du temps rare, de courte durée, et de grande intensité.


Ce qu'il y a de profondément beau dans la formation que je suis, c'est cette "intimité" qui s'est installée entre nous...

Le Feu Sacré

Par Le 02/12/2014

Une autre façon de vivre la sexualité, non pas seulement dans l'acte mais dans une dimension spirituelle sexuée. On ne fait pas l'amour, c'est l'Amour qui nous fait.

Amour tantra energie

Spiritualité indienne

Par Le 02/12/2014

Les 4 principes de la spiritualité indienne

http://r-eveillez-vous.fr/les-4-principes-de-la-spiritualite-indienne/

Les 4 principes de la spiritualité indienne

Le premier principe : « Quiconque vous rencontrez est la bonne personne. »

Ceci signifie que personne n’arrive dans notre vie par hasard. Tout personne près de nous, toute personne avec qui nous rentrons en contact, est là pour nous enseigner quelque chose ou pour nous aider à améliorer une situation présente.

Le second principe : « Peu importe ce qui est arrivé, c’est la seule chose qui pouvait arriver. »

Rien, absolument rien de ce que nous avons expérimenté n’aurait dû être autre chose. Il n’y a pas de « si seulement j’avais agi différemment, ça aurait été différent. » Non. Ce qui s’est passé est la seule chose qui aurait pu et a dû prendre place dans notre vie pour apprendre la leçon et avancer. Chacune des circonstances de notre vie est absolument parfaite, même si cela défie notre compréhension et notre ego.

Le troisième principe : « Chaque moment est le bon moment. »

Toute chose commence exactement au bon moment, ni trop tôt, ni trop tard. Quand nous sommes prêts pour quelque chose de nouveau dans notre vie, c’est là, prêt à débuter.

Quatrième et dernier principe : « Ce qui est terminé est terminé. »

C’est simple. Lorsque quelque chose se termine dans notre vie, c’est que l’expérience nous a permis d’évoluer et de nous enrichir. Elle n’a donc plus d’utilité, il vaut mieux lâcher prise et avancer.

Soyez bon pour vous-même. Aimez de tout votre être. 

hindouisme

Terra Incognita

Par Le 02/12/2014

Cette formation en sophrologie analysante a des effets révélateurs pour moi.

Cette conscience soudaine que mes fonctionnements au regard de l'altérité sont construits sur une volonté archaïque de me protéger, jusqu'à avoir établi une armure, une carapace défensive, une enceinte au coeur de laquelle très peu de gens sont conviés. 

Mais cette défense, au regard des interférences extérieures, c'est également une geôle dans laquelle j'entretiens ce qui m'empoisonne. 

Imaginons un château-fort, une citadelle imprenable habitée par une population malade qui ne peut sortir. Les "assaillants" seront repoussés mais la population du château dépérira malgré tout, contaminée par ses propres tourments. 

À vouloir me protéger, j'entretiens mes propres poisons, je ne peux pas m'en libérer, je ne peux pas les extraire, je ne peux même pas les observer, tout occupé que je suis à penser devoir lutter contre d'éventuels "assaillants"...

Il ne s'agit pas pour autant d'ouvrir l'enceinte à n'importe quelle invasion. Il s'agit de concentrer l'énergie disponible à la compréhension des phénomènes internes. À lutter contre des entités invasives, j'en oubliais de m'explorer. 

Non pas sur un plan intellectuel mais sur un plan émotionnel... C'est là qu'il faut aller chercher. Je sais qu'en écrivant "Les  Éveillés", je m'offrais l'opportunité d'une exploration mais je n'ai pas su entrer dans l'inconscient parce que j'étais absorbé par les règles de l'écrit et la nécessité de rendre tout ça compréhensible...

Il manquait donc un espace de plénitude, non pas cette dimension intellectuelle que je suis parvenu à établir durant toute la période d'écriture mais un espace "dé-mentalisé", un espace corporel, émotionnel, cellulaire. 

C'est là  que la sophrologie analysante a un impact considérable qui s'amplifie jour après jour. 

Le fait de tenir le rôle de thérapeute puis de devenir à d'autres moments le "thérapé", crée une alternance au coeur de laquelle, les résistances s'ébrèchent, se fissurent, s'entrouvent...

Il y a quelques jours, il m'est arrivé un événement considérable. Quelque chose qui peut paraître anodin pour beaucoup d'autres personnes mais qui pour moi relevait de l'impossible...

J'écrivais en écoutant de la musique et je me suis levé pour aller chercher un fruit. Je me suis arrêté au milieu de la pièce et j'ai eu envie de fermer les yeux. J'ai retourné mes regards et j'ai laissé la respiration m'envahir, en pleine conscience. Et là, la musique s'est mise à couler en moi, à me remplir, comme une chaleur, comme une lumière et j'ai commencé à bouger les bras, puis tout mon corps...

Et j'ai dansé. les yeux fermés. Jusqu'à en oublier mon corps, jusqu'à m'en détacher totalement, jusqu'à ne plus sentir que des mouvements, que l'air, que la présence en moi de la musique et de la lumière...

Un instant suspendu...

Ce regard habituel que je me portais dans cette situation avait disparu. Je ne sais pas danser et je me suis toujours senti ridicule dans cette pratique. 

Mais là, je ne dansais pas...Ça dansait en moi...Comme une énergie qui avait pris les commandes. 

Une émotion considérable. Un instant que je n'aurais jamais pu imaginer il y a quelques jours. 

J'y repensais la nuit dernière...

Ces instants "d'ouverture" qui se succèdent depuis quelques temps...Cette conscience totale en mangeant un fruit, en buvant de l'eau, en regardant les montagnes,en écoutant de la musique, en méditant... En aimant la femme que j'aime.

Cette sensation que "ça" se fait en moi, comme un canal qui s'ouvre, comme des murailles qui s'effacent, sans aucun bruit, sans aucun cataclysme. Avec douceur. 

Ce rêve du chaman qui est revenu.


Un rêve ancien...


Cette conscience qu'en moi se trouve un espace que je ne connais pas encore alors que je m'astreins depuis si longtemps à comprendre le monde extérieur...

La dimension intellectuelle est insuffisante pour s'éveiller. C'est une certitude. Il se pourrait même que les connaissances ne deviennent que des enceintes dès lors que l'individu s'identifie à ce qu'il pense connaître. Mais connaître n'est pas encore une naissance. 

Le monde intérieur de la pensée n'est qu'un espace limité mais nullement l'intégralité de ce qui est à découvrir. 

L'Orient et ses pratiques peuvent apparaître ésotériques dans notre fonctionnement cartésien. Personnellement, il me suffit de m'observer depuis que je pratique la méditation pour réaliser à quel point, je n'en sais que très peu sur moi...

J'ai éprouvé déjà cette Kundalini ou en tout cas quelque chose qui y ressemble. "Ça" rayonnait en moi sans que je ne maîtrise rien du phénomène. Diverses situations, des instants suspendus.

Il est en nous des espaces inconnus, des "Terra Incognita" qui nous attendent, patiemment...Depuis très longtemps...

Des horizons qui sont au-delà même de notre imagination. 

Je veux explorer jusqu'à mon dernier jour. 

Christian...(2)

Par Le 02/12/2014

 

 LES ÉVEILLÉS

Extrait

     Il s’était levé. Le froid dans son corps. Comme une mort en repérage. L’impression qu’elle le jaugeait, prenait ses mesures, humait les tissus, léchait les viscères, entrait dans son catalogue de victimes en sursis le code barre qui lui permettrait de l’identifier le moment venu.

Il avait marché quelques pas, des allers retours rapides mais ces mouvements appliqués avaient renforcé l’immobilité cadavérique du grand frère, cette absence de tout alors que le corps était là, cette effroyable contradiction entre l’apparence sereine et le vide intérieur.

Il était retourné s’asseoir, gêné par sa puissance, son agitation, cette liberté de se mouvoir.

 

La Mort n’était pas une entité.

L’idée avait surgi.

 

Elle n’était qu’un état. Celui de la vie envolée. Il avait toujours considéré cette Mort comme un ennemi reconnaissable, une sorte d’ectoplasme armé, une tueuse à l’imagination infinie. Il s’était trompé, c’était évident, elle n’existait pas elle-même, elle n’était pas l’énergie sombre qu’il imaginait, une force souveraine au service du Mal, un condensé de haine, elle n’était rien d’autre qu’un état, le nom donné par l’homme à ce vide intérieur, le corps statufié. S’il s’était allongé aux côtés de Christian, dans la même posture, rien dans leur apparence ne les aurait différenciés. Sinon, le mouvement régulier de la poitrine. En lui courait toujours le flux vital. Le corps de Christian en était vidé.

La Mort n’avait rien pris, il n’y avait pas eu de combat mais un abandon. Le flux vital s’était retiré. Il ne restait que l’état de Mort. La veine éclatée n’avait été que le moyen que la vie avait choisi pour s’extraire de cette enveloppe.

Il s’était trompé.

Il ne s’agissait pas de vouloir humilier une Mort inexistante mais d’honorer la Vie. Tant qu’elle était là. S’offrir corps et âme à la Vie. A chaque instant. Sachant qu’elle pouvait disparaître. En une seconde.

En quoi consistait ce flux et pourquoi s’était-il retiré du corps de Christian ?

Il n’avait aucune réponse pour la première interrogation. Pour la seconde, l’hypothèse qui le rongeait l’anéantissait. Cet abattement, cette honte, ce sentiment immonde de trahison. Il n’avait plus rien fait pour son grand frère. Plus rien.

 

« Pardon Christian. Pardon. »

Il s’était approché, il avait posé une main sur le front glacé et dur.

Tellement de douleurs dans son ventre, une telle brûlure, les larmes comme un écran devant le corps étendu, envie de disparaître, les jambes qui tremblent.

Un baiser.

« Je reviendrai demain. Il faut que je prévienne papa et maman. Je ne sais pas où ils sont. Il faut que je te laisse mais je reviendrai demain, c’est promis. »

 

Sortir.

L’abandonner, encore une fois, il aurait voulu le ramener à la maison.

 

Il avait marché jusqu’à l’orée de la ville. Auto-stop. Une femme s’était arrêtée.

 

« Vous êtes en vacances ou vous êtes de la région ?

- Mon frère est mort et je ne sais pas où sont mes parents. Il faut que je les trouve. »

Quelques paroles compatissantes. Elle n’avait plus rien dit.

Il n’avait pas envie de parler.

 

La maison de son enfance. Les volets clos. Pas de camping-car. Ils étaient partis en voyage. Où ça ? Appeler le portable. Toujours cette maudite messagerie. La voix de sa mère.

« …et laissez-nous votre message, nous vous rappellerons. »

Comment le dire ? Dès le premier appel, il avait fallu qu’il se décide.

« Maman, papa, c’est Yoann. Christian est mort. Je vous aime. »

Rien d’autre et puis quoi d’autre ? Ils le rappelleraient de toute façon.

Nouveau message.

« Maman, papa, c’est Yoann. Je suis à Fouesnant. Je vous attends à la maison. »

Le répertoire téléphonique dans le tiroir du buffet. Ecrire une liste, son oncle, des amis proches dont il avait entendu parler.

« Bonjour. C’est Yoann. Je suis à Fouesnant. Christian est mort. Je ne sais pas où sont les parents.»

Expliquer à chaque fois, retenir les sanglots, rester lucide, chercher une piste. Personne ne savait, ses parents n’avaient rien dit, ça leur arrivait souvent, ils aimaient prendre la route, partir à l’improviste, ils envoyaient une carte postale. Personne ne savait. Tout le monde allait se renseigner, tout le monde voulait l’aider.

Il était monté à l’étage, il avait poussé la porte de la chambre de Christian. Des flots de souvenirs. Sa voix, son rire, sa démarche, des discussions, quelques photos. Les départs matinaux pour les journées d’escalade. Il avait tellement aimé ces instants privilégiés. Ces bonheurs-là avaient réussi à effacer sa silhouette squelettique au fond du lit, le retour de l’hôpital, toutes les journées sombres. La force du bonheur, ce pouvoir extraordinaire, cette vie lumineuse. Il s’était dit parfois que sans l’accident ça ne serait sans doute jamais arrivé. Etait-ce le sens de tout ça ou juste une réaction de survie ? Il fallait opposer à la souffrance et à la détresse quelques rayons de joie, c’était essentiel, survivre, ne pas sombrer, préserver le flux vital, continuer d’honorer l’existence. Y avait-il une intention, un cheminement inéluctable, un enseignement à retirer ? Pour lui, peut-être, il en devinait les prémisses. Mais pour Christian ? Tout était fini. Prématurément. Il n’y voyait qu’une injustice. Rien d’autre.

Dieu.

Il s’était allongé sur son lit. Les yeux fixant le plafond.

Dieu.

Il n’aimait aucune religion. Embrigadement insupportable. Les Evangiles, comme le condensé des errances humaines. Mais la question de Dieu. Les écritures ne possédaient aucune explication. 

Ce Dieu qui le tourmentait depuis l’hôpital. Pourquoi toutes ces douleurs ? Pourquoi le Mal ? Si Dieu est amour, pourquoi le Mal ? Se poser la question, c’était déjà adhérer à l’existence de Dieu. Mais Dieu ne peut pas vouloir le Mal. Alors, c’est qu’il n’y a aucun Dieu puisque le Mal est là.

Non, ça ne pouvait pas être aussi simpliste.

Il avait toujours senti dans ces réflexions chaotiques une incomplétude et une faiblesse. L’impression que son esprit ne pouvait pas accéder à cette compréhension. Ou plutôt qu’il ne pouvait pas s’agir d’une compréhension. Que le mental était insignifiant dans cette dimension, qu’il ne pouvait même pas l’aborder, qu’il fallait entrer par une autre porte, user d’un autre moyen … Aucune réponse. En se demandant d’ailleurs s’il ne s’agissait pas de la seule conclusion envisageable. Impossibilité d’énoncer une certitude, rien que le doute, le questionnement. Les Écritures avaient imposé le mental, les ego, des convictions humaines envers un mystère divin qu’on pouvait éventuellement ressentir mais qu’il était impossible de décrire.

Fixer le plafond, suspendre l’agitation, fossiliser les gestes, se concentrer sur le mouvement hypnotique de la poitrine, la vie animée dans son réceptacle, cette alternance d’aspiration et de rejet, absorber les particules nourricières, excréter les déchets, le système fonctionnait sans aucune intervention consciente. D’où venait ce mouvement perpétuel, involontaire, cette régularité inexplicable, ce courant énergétique animant l’ensemble, cette impression d’être branché sur un générateur cosmique, toute la Vie bénéficiait de la même source, tous les systèmes vivants s’animaient à travers ce flux, rien à faire, juste recevoir. Et l’aimer.

Il s’était trompé.

Depuis l’hôpital, il était entré en guerre contre la Mort, il avait voulu se dresser, droit et fier, indestructible, agressif, obstiné, sans peur. Il s’était trompé. Il n’y avait pas d’ennemi sinon l’absence d’amour envers le flux vital. Il n’avait pas su aimer. Il avait basculé du côté sombre de l’existence, dans la dimension des ressentis néfastes, la haine, l’amertume, la rancœur, la culpabilité, le dégoût de la Mort.

Lutter contre une engeance imaginaire et délaisser le bonheur. Il s’était fourvoyé. Par arrogance, par prétention, pour exister comme celui qui a vu la Mort, qui a lutté contre elle, qui a soutenu son frère, qui l’a accompagné, qui l’a aidé à se reconstruire.

Et qui l’a abandonné un peu plus tard. Pour une autre identification, d’autres rôles, d’autres prétentions à établir.

Un coup au ventre.

Christian, allongé, dans la salle mortuaire. Il ne bougera plus. Le flux a disparu. Se peut-il qu’il se soit extirpé de l’enveloppe par manque d’attention ? Christian avait basculé dans une lutte constante, un déni de son histoire, une récusation de son état. S’y était-il épuisé ?

Le flux de vie avait-il besoin d’être aimé pour se prolonger ?

Qu’il puisse parcourir l’intégralité du chemin proposé avant de s’éteindre. Aimer la vie la maintenait-elle ? Mais l’amour de soi n’était-il pas nécessaire avant de pouvoir aimer la Vie dans son ensemble ? Christian s’aimait-il assez ? Avant d’aimer ses conditions de vie, aimait-il assez ce qu’il était ?

Il n’aimait sûrement pas ses conditions de vie, il ne s’aimait peut-être pas. Comment aurait-il pu aimer la Vie elle-même ?

Mais qu’en savait-il d’ailleurs ? Depuis si longtemps qu’il ne l’avait vu. Juste des hypothèses, des suppositions comme autant de tourments.

Il aurait dû être près de lui. Il ne devait pas le laisser. Même en partant dans les Alpes, il devait garder le contact. Il aurait pu l’aider.

Les pudeurs et les non-dits avaient cimenté entre eux un mur de silence. Il se disait peut-être que son petit frère ne s’intéressait pas à lui et lui-même se disait que Christian ne supporterait pas son attention, qu’il n’y verrait que de la pitié et il détestait qu’on le regarde comme un individu fragile. Mais toutes ces théories, ils ne les avaient jamais vérifiées, ils s’étaient contentés d’émettre chacun de leur côté un catalogue d’apparences, des défenses, des justifications, des excuses. Ils avaient même fini, pour étouffer les doutes inquisiteurs, par en faire des certitudes. Christian avait-il imaginé dans cette indifférence de son petit frère un désamour profond, et pourquoi pas la preuve de son insignifiance ? Il ne méritait aucune attention, il n’était qu’un handicapé, dépendant du soutien de ses parents, sans amis réels, sans compagne, peut-être même se considérait-il comme un mauvais père puisqu’il ne parvenait pas à offrir à son fils l’enfance que lui, le petit frère, il proposait à Flora, Tom et Loïs ? Est-ce que cette comparaison était devenue une torture, une souffrance inépuisable ? Se disait-il qu’il était le fils raté ?

Est-ce qu’il aurait pu apaiser ses douleurs en restant à ses côtés ?

 

Il n’aura jamais de réponse.

 

Leurs silences respectifs les avaient condamnés. Christian à la douleur de la solitude et lui, désormais, à la douleur de l’incertitude, des questions irrésolues, des culpabilités ressassées.

Le silence.

N’était-ce pas ce qu’il reproduisait avec Leslie ? N’était-elle pas dans la même souffrance ? 

 

Ne pas vouloir tout régler dans le même instant. Il se reprend. Épurer les anciens ressentis avant de se questionner sur le présent. Comprendre les refoulements archaïques avant de clarifier les troubles actuels, remonter à la source au lieu de chercher à surnager dans les eaux troubles de l’océan. Les limons descendent des montagnes, c’est là qu’il doit filtrer les eaux de son histoire. 

 

Que sait-il de la vie de Christian finalement ?

Il avait travaillé pour un sérigraphe. Dépressif, alcoolique, divorcé. Un homme qui l’avait pris sous son aile, lui avait appris le métier, avec passion.

 

Christian l’avait trouvé pendu dans l’atelier.

C’est lui qui avait coupé la corde.

 

Il s’était mis à son compte quelques mois plus tard. Un défi. Photographe publicitaire. Il n’avait pas tenu, seul contre la concurrence. Il suivait une autre formation. Il voulait recommencer, créer une nouvelle entreprise.

Ses parents lui avaient dit que Christian était très volontaire, déterminé, qu’il se battait. Sa vie était sans doute bien plus remplie que ce qu’il pensait.

Qu’il se battait.

Jusqu’à l’épuisement.

Il aurait dû l’encourager, le supporter, se montrer enthousiaste, admiratif. Il le méritait tant.

Pourquoi ce silence ?

 

« La cour vous condamne à porter l’âme de votre frère jusqu’au jugement dernier. »

 

Il faut qu’il s’arrête. Qu’il cesse de marcher pour mettre un terme au défilement déchirant des souvenirs. Des rouleaux de barbelés qui le lacèrent.

Un sous-bois de résineux, une petite clairière, cent mètres sur la gauche du chemin. Pas de ruisseau, tant pis pour la toilette, il a assez d’eau pour le repas. S’occuper, monter la tente, préparer un feu, faire sécher les chaussettes, le tee short, essayer de manger. Dormir surtout. Et ne plus penser. Laisser couler en lui la nausée des mots, la couvrir de quelques aliments, mâcher consciencieusement, fixer les flammes, sombrer dans le vide intérieur, être en absence, dans le silence.

Sophrologie : Deuil personnel (la malle)

Par Le 02/12/2014

 

 

2ème séance :

LA MALLE

« Voilà, allongez-vous confortablement, retrouvez vos ancrages habituels, la position qui vous convient, les jambes étendues, parallèles, les bras le long du corps ou les mains sur votre ventre, cherchez le relâchement et commencez à suivre votre respiration, intérieurement, visualisez-là, parcourez votre corps, lentement, avec un regard bienveillant, ne vous préoccupez pas de vos tensions ou de vos douleurs, laissez-les se diluer avec votre respiration, sans même chercher à les rejeter, laissez-les exister, sans leur donner la moindre énergie supplémentaire, vos pensées sont des carburants, elles entretiennent les tourments, alors ne vous en occupez pas, ne cherchez pas à les faire partir car cela reviendrait à les faire grandir, restez juste concentré sur votre respiration, une respiration longue et calme, comme le va-et-vient de l’océan sur une plage, des allers-retours très doux, sans agitation, cette respiration vous emplit, intégralement.

…Silence…

Je vais maintenant compter de dix à un et à chaque palier vous descendrez de plus en plus profondément en vous-même…

Dix. Votre visage est détendu, vos mâchoires sont relâchées, votre front est lisse, il n’y a aucune tension. Neuf. Vous descendez et vous ressentez cette détente dans vos épaules, votre nuque, le haut de votre dos, toutes les contractions disparaissent, votre respiration est un nettoyeur, un diffuseur de calme et de paix. Huit. Vos bras, vos poignets, vos mains, vos doigts s’enfoncent dans l’immobilité, tout est lourd, apaisé. Sept. Vous descendez encore un palier, en toute confiance, porté par le bien-être du souffle en vous, la vie sait où vous devez aller, laissez-vous guider par elle. Six. Votre thorax s’ouvre, s’élargit, votre plexus solaire se remplit, votre abdomen accompagne votre respiration, vous sentez l’air qui vous nourrit. Cinq. Votre ventre est relâché, vous laissez la respiration le libérer de ses tensions. Quatre. Votre bassin, vos hanches, vos cuisses, la totalité de vos jambes pèsent et tout, en vous, s’enfonce dans la paix. Trois. Vous sentez peut-être de la chaleur dans vos pieds, dans vos orteils, ou peut-être ne sentez-vous rien. Accueillez simplement ce qui est là, sans aucune colère ni volonté, sans aucune attente, aucune pensée négative, restez juste dans l’acceptation de ce qui est là. Deux. Vous êtes empli de cet abandon, votre respiration est un mouvement naturel qui vous relie à la vie. Un. Votre inconscient ouvre en vous un espace de paix, le lieu favorable à la rencontre avec vous-même.

Je vous laisse quelques instants de silence.

…

Devant vous se présente votre Enfant Intérieur. Retrouvez-le, accueillez-le…Comment est-il ?

-Il a huit ans, à peu près. Il est dans sa chambre.

-Bien, très bien. Maintenant, vous voyez devant vous une malle, une malle vide et ouverte. Approchez-vous. Observez-la…Comment est-elle ?

…Silence…

-C’est un coffre en bois, comme un coffre de pirates. Avec des ferronneries et des petits clous. C’est un vieux coffre.

-Est-ce qu’il y a une malle devant votre Enfant Intérieur ?

…Silence…

-Oui…Mais c’est une boîte en bois, une petite boîte, avec un couvercle plat.

-Très bien. Vous allez maintenant chercher en vous, dans votre tête, dans votre cœur, des souvenirs, des photos, des images de votre passé avec votre frère, avec Christian, des souvenirs de ce que vous avez vécu ensemble, toutes les émotions que vous avez connues. Vous n’oublierez rien, vous n’allez rien effacer mais vous allez rendre ces émotions au passé. Ce passé n’existe plus et ces émotions doivent y retourner. Vous ne pouvez pas vous libérer de ce qui est limitant et vouloir garder seulement les émotions agréables. Ce passé n’existe plus, ces émotions n’ont plus de raison d’être. Prenez le temps de retrouver ces souvenirs et tout ce qu’ils transportent, prenez-les et déposez-les dans la malle. Vous et votre Enfant Intérieur. Chacun de vous fait ce travail. Tout le passé qui a été et qui n’existe plus. Tout ce qui vous a comblé tout autant que ce qui vous a fait souffrir. Posez tout cela chacun dans votre coffre. Les joies comme les colères, les bonheurs comme les tristesses.

…Silence…

Pensez à accompagner votre Enfant Intérieur dans ce travail. Lui aussi a gardé des émotions associées à ses souvenirs. Des moments de jeux ou de disputes, des regrets ou des espoirs, des attentes ou des désillusions, des éloignements ou des retrouvailles, des partages ou des secrets…

…Silence…

Maintenant, je vous demande de retrouver en vous tout ce que vous aviez imaginé et qui ne s’est pas réalisé. Tout ce que vous espériez vivre avec votre frère et que sa mort a rendu impossible, tout ce passé qui n’a existé que dans vos désirs. Des journées d’escalade, peut-être des vacances en montagne que vous auriez voulu partager, des sorties de vélo, des journées en famille, vos enfants communs qui grandissent et jouent ensemble à chaque rencontre, des discussions sur vos épreuves, sur votre histoire, sur vos douleurs, des confidences, des secrets révélés, des rires sur vos meilleurs souvenirs, tout ce que vous auriez aimé vivre avec Christian, tout ce qui n’a jamais existé et n’existera jamais. Ce sont des chimères qui vous alourdissent et qui n’ont plus aucune raison d’être.

…Silence…

Si votre Enfant Intérieur a fini son travail, laissez-le s’asseoir et vous attendre.

…Silence…

Je vous demande maintenant d’imaginer ce à quoi vous n’avez peut-être même pas pensé. Un futur lointain, vous et votre frère aux prochains anniversaires, les vôtres ou ceux de vos proches, de vos enfants, des repas de famille, dans cinq ans, dix ans, plus loin encore, des retrouvailles, des projets, des voyages, votre vieillesse côte à côte, toutes ces images qui ne pouvaient exister qu’au fil du temps qui avance. Mais tout cela n’existera jamais.

…Silence…

Vous pouvez écrire quelques mots sur un papier et le déposer dans la malle avant de la fermer. Vous pouvez dire à Christian que vous l’aimez, que vous ne l’oublierez jamais, qu’il sera toujours là mais que ce passé émotionnel, vous vous en libérez. Vous êtes ici et maintenant.

Je vous laisse quelques instants, dans le silence.

…

…

…

Votre Enfant Intérieur et vous-mêmes, vous fermez vos coffres, vous les fermez à clé. Vous allez les détruire. Vous pouvez choisir de les enterrer, de les brûler ou autre chose mais il n’en restera rien, vous ne pourrez plus jamais les ouvrir et retrouver ce contenu.

…Silence…

-Je veux les mettre dans la mer.

-Celui de votre Enfant Intérieur, vous le mettez dans votre coffre ou vous le laissez en dehors ?

-Je le mets dans le grand coffre.

-Bien, comme vous voulez. Ces coffres sont lourds de toute votre histoire, ils vont couler, rejoindre les grandes profondeurs, la mer va les dissoudre, tout va se disperser, se fondre avec l’immensité, il n’en restera rien.

-Je les vois qui s’enfoncent…

-Bien, très bien. Comment vous sentez-vous ? Qu’est-ce qui se passe en vous ?

…Silence…

-C’est bien, ça va…Je n’ai pas de tristesse. Rien. Juste de la paix en moi.

-Laissez tout cela se diffuser en vous, ici et maintenant, dans vos fibres, dans votre corps tout entier, à cet instant et pour tout le reste de votre vie… »

Christian

Par Le 01/12/2014

 

 LES ÉVEILLÉS

Extrait

 

                                                          14

 

 

Il décroche fébrilement le combiné.

« Allo, je suis bien chez Monsieur Yoann Dennez ?

- Oui, c’est moi. » 

Le cœur battant. Vingt-trois heures quinze. La sonnerie du téléphone l’avait brutalement sorti du sommeil. Nu, accoudé au buffet. Les idées claires, lucidité de la peur. Leslie à ses côtés.

Il savait. À cette heure là, ça ne pouvait être qu’une mauvaise nouvelle. Intuition.

La voix inconnue s’était présentée. Un brigadier, gendarmerie de Quimper.

Les pensées qui s’affolent, les interrogations qui fusent.

 

« Vous êtes bien le frère de Christian Dennez ?

- Oui. »

Peut-être juste un accident. Mais pourquoi l’appelait-on ? 

Le défilement des pensées, cette vitesse hallucinante, toutes les options en quelques secondes.

« Je suis désolé Monsieur de devoir vous annoncer ça mais votre frère est décédé. »

 

Une chaise, les jambes qui ploient, le ventre déchiré, un coup de poignard, s’asseoir avant de tomber.

« Le médecin qui l’a ausculté pense à une rupture d’anévrisme. Nous avons essayé de contacter vos parents mais ils ne sont apparemment pas à leur domicile. C’est la compagne de votre frère qui nous a donné votre numéro de téléphone. Je vous passe cette personne.

- Allo, Yoann, c’est Florence. Je suis désolée Yoann. Je ne savais pas quoi faire. J’ai pensé qu’il fallait te prévenir. Christian devait venir chercher Florian pour le week-end. Comme il n’est pas passé à l’appartement, je suis allé chez lui et il ne répondait pas. Ni au téléphone. Je me suis inquiétée et j’ai fini par aller à la gendarmerie. Ils ont ouvert la porte et ils ont trouvé Christian. »

Où sont ses parents ? Le camping-car. Ils doivent être en voyage.

Le cerveau en ébullition, des ruissellements de frissons, la nausée. La Mort qui court dans ses fibres. 

« On a essayé d’appeler tes parents sur leur portable mais on tombe toujours sur la messagerie. Tu ne sais pas où ils sont ? »

Il ne savait pas.

 

Christian. Mort.

La Faucheuse avait fini par l’avoir.

Salope.

Rupture d’anévrisme. Tellement facile pour elle. Elle ne lui avait laissé aucune chance. Une revanche implacable. Il avait osé lui tenir tête, il avait voulu l’humilier. Fini de jouer. Il suffisait d’une petite implosion. Imparable.

Salope.

 

La voix du brigadier, compatissante, posée. Il ne sait plus ce qu’il a dit. Venir en Bretagne, réussir à joindre ses parents, s’occuper du corps, contacter la morgue.

« Je prendrai un avion demain matin. »

Un rendez-vous à l’aéroport avec Florence.

Il raccroche.

Préparer un sac, quelques affaires. Leslie qui cherche un horaire sur internet. Efficace, comme toujours. Elle l’a serré dans ses bras, cette tristesse dans ses yeux. Encore une fois pour lui le soutien indispensable, encore une fois pour elle la douleur de l’impuissance, ce sentiment affreux de ne pouvoir rien faire, ou trop peu, de ne pas trouver les mots, de n’être qu’un témoin démuni.

Tout ce qu’il lui a fait vivre …

 

Christian. Mort.

Deux ans qu’ils ne s’étaient pas vus, juste un repas ensemble, en famille. Il ne vivait déjà plus avec Florence. Florian avait six ans. Une première séparation avec le divorce des parents. Une perte définitive désormais. Un petit garçon sans son père. Pourquoi tout ça ? Question absurde. Il regardait les nuages par le hublot, c’était la première fois qu’il prenait l’avion, l’année de ses trente-six ans. Christian allait avoir quarante ans dans quelques jours. 

Pourquoi tout ça ?

Depuis si longtemps. Tout ce chemin, cette résistance acharnée, cette vie reconstruite, un enfant, une formation professionnelle, tout rebâtir, des années de lutte obstinée, ne jamais abandonner, rester debout, aucune plainte, aucune jérémiade, lutter, lutter, humilier la mort. Vivre debout. Force et Honneur.

 

« Mesdames, messieurs, nous allons traverser une zone de turbulences. Nous vous demandons de bien vouloir attacher vos ceintures. »

 

Et dans la solitude de la nuit, l’abandon au sommeil, le relâchement des surveillances, la Mort qui se glisse, s’insinue dans une veine, elle cherche un point faible, silencieuse, indétectable, même pas une migraine, pas un vertige, pas un cauchemar, aucun signe précurseur, elle fouille, parcourt les labyrinthes au fil du sang, là, une usure, un vaisseau fissuré, une épaisseur érodée, une faiblesse ancienne, elle s’accroche, un sourire aux lèvres, elle s’installe, se niche dans les tissus, teste les fibres, un frisson de plaisir devant l’échéance, le point de rupture, une faille dans la muraille, elle écoute ce battement cardiaque qui l’indispose, ce tempo irritant, elle n’aime que le silence des cadavres, la puanteur des charniers, elle se gonfle de haine, les tissus résistent, elle s’amuse de ce refus qu’elle perçoit, la vie n’abandonne pas, le courant sanguin accélère, le cœur s’emballe, une alerte a retenti, la vie cherche à l’expulser, des cascades vivaces la bousculent, des flots de sang comme des videurs.

Pas de temps à perdre. Fin du jeu.

 

Une lame qui tranche la veine.

Le sang qui se déverse.

Le cerveau qui se vide.

Un sursaut de conscience. La terreur.

Spasmes.

Le cœur qui s’arrête.

Fin des connections.

 

Salope.

 

Il pleure, le front posé contre le hublot.

L’aile tranche des nuages cotonneux. Soubresauts.

 

Cette distance qui s’était installée. Christian aussi l’avait peut-être désirée. Comment supportait-il la comparaison avec ce frère marié, père de trois enfants, instituteur, sportif, voyageur, écrivain ? Tant de douleurs à recevoir à chaque rencontre. L’éloignement le protégeait au moins des colères ravalées. Cette injustice qui le rongeait, c’était tellement visible. Il n’avait jamais accepté cette cassure dans son existence, ce calvaire, ce drame inconcevable, l’accident lui avait volé sa vie. Impossible d’apprécier ce qui lui restait. Pas suffisamment en tout cas. Son enfant lui avait permis de vivre les jours avec davantage de douceur. Enfin.

Et tout s’était arrêté.

Cette désillusion de ne pas parvenir à vivre correctement, à être durablement installé dans une voie professionnelle, cette lutte permanente, comment la vivait-il vis-à-vis de Florian ? Une honte ou un défi ? S’y était-il épuisé au point qu’une veine éclate, son esprit endurait-il un tourment si puissant que la pression s’était révélée insupportable, cette dépendance envers les parents, l’incertitude qu’il représentait, l’inquiétude, l’angoisse, le poids qu’il rajoutait alors qu’ils approchaient de la retraite et pouvaient espérer en apprécier les bienfaits, cette quasi solitude dans laquelle il vivait, il lui restait combien d’amis véritables ?

Cette vie n’avait-elle été qu’un calvaire ? Un chemin de croix ?

Christian … Christ …

Il n’y avait jamais pensé. Le parallèle ne l’avait jamais frappé.

Un chemin de croix.

Pour qui ?

Il avait porté sa vie comme un fardeau.

 

 

Aéroport de Lorient. Florence. Quelques échanges.

Il n’a pas envie de parler.

Une infinie tristesse, une boule d’angoisse qui gonfle, un nœud qui l’étrangle, les pensées qui se projettent.

 

La mairie de Quimper. Il est devant l’accueil.

C’est la première fois qu’il doit prononcer cette phrase immonde.

« Mon frère est mort. »

Il n’a pas envie de parler.

On le renseigne. Bureau de l’état-civil. Une femme, un regard très doux.

Il se sent tout petit, comme un enfant, totalement démuni.

« Je n’arrive pas à joindre mes parents. Ils ne savent pas. »

Elle explique les démarches, il l’écoute, il signe des papiers.

Tout ce qu’il doit faire encore.

 

Pompes funèbres. Il est devant le bâtiment. Sombre comme un caveau.

Pousser la porte. Toutes ces images qu’il devine.

Il a encore essayé de joindre les parents sur le portable. Messagerie. Pas le choix. Il le fera tout seul. Il a la gorge sèche.

Un homme l’accueille. Grand, sec, les cheveux gominés, une raie taillée au cordeau. Costume gris, voix contenue, quelques échanges.

Il n’a pas envie de parler.

Il voudrait que tout se fasse en silence, sans un mot, qu’on le laisse entrer dans sa bulle, qu’il ne soit même plus visible, qu’on ne puisse plus le contacter.

S’occuper de Christian. Il en est capable, il pourrait même le prendre sur son dos et le ramener à la maison, l’allonger dans sa chambre, rester à ses côtés, lui parler, lui lire un livre. Comme à l’hôpital. Et attendre. L’accompagner encore.

Mais il n’a pas envie de parler.

Il n’a pas envie des hommes, leur compassion ne lui sert à rien, elle n’apaise pas les douleurs qui le tenaillent.

Assis dans un bureau. Signer des papiers.

 

« Je n’arrive pas à joindre mes parents. Ils ne savent pas. »

Rien d’autre à dire. 

Il se sent tout petit, comme un enfant, totalement démuni.

L’homme lui parle mais il ne l’entend pas vraiment. Ou plutôt, une partie de son cerveau enregistre les paroles mais l’essentiel de ses pensées n’est pas là. L’homme a croisé les mains sur le bureau. Il a les doigts fins, osseux, gris comme son costume, des ongles rognés, des phalanges bosselées.

 

L’allure des cadavres qu’ils charrient.

 

Son esprit s’échappe.

Il réalise soudainement qu’il se sent misérable parce qu’il n’y a plus rien à faire, c’est trop tard, la lutte est finie, le défi n’a plus cours. La Mort a gagné. Il ne reste que la détresse, l’impuissance. Il est arrivé trop tard. Christian l’a peut-être attendu, il a peut-être espéré qu’il viendrait, il désirait peut-être de l’aide, un soutien, un peu d’apaisement, des rires, l’insouciance, une journée d’escalade, la beauté du monde, retrouver les souvenirs, les ranimer, parler ensemble, se dévoiler un peu, les douleurs, les espoirs, les projets. Cette dernière soirée devant le téléphone, un numéro sur les genoux, ne pas réussir à appeler, comme englué déjà dans les effluves mortuaires. Cette détresse comme le couperet de la vie maintenue.

Le silence, les non-dits, la pudeur, les retenues, les doutes, la fierté, l’amour-propre, la peur de déranger, de s’imposer, de peser sur la vie des êtres. Partenaires de la Mort.

Colère, une immense colère. Le dégoût. Pourquoi l’a-t-il abandonné ? Pourquoi l’avoir veillé pendant des mois pour le laisser ensuite combattre seul ?

Le dégoût.

Culpabilité.

La honte.

L’impression de l’avoir porté et soudainement de l’avoir jeté sur le bas-côté. Une fuite.

« Je vous accompagne jusqu’à la salle. »

L’homme s’est levé. Il le suit.

Une porte en bois. Lourde. Un couvercle de tombe.

L’homme s’écarte, il l’invite à rentrer.

Lumières tamisées, des tentures ocre aux murs, deux bougies.

« Voilà, je vous laisse. Je vous attends à côté. Vous pouvez rester aussi longtemps que vous le désirez. »

Il ferme la porte.

« Je ne sortirai plus. Vous pouvez partir. Je reste là. »

Il a failli le dire.

Il avance vers le fond de la pièce. Un silence étouffant. Une odeur de naphtaline.

Un autel. Il est là.

Christian.

Son grand frère.

 

 

Deux troncs posés au-dessus du torrent. Le roulement de l’eau balaie les idées incrustées. Le flux translucide épure. Il s’arrête au milieu du pont improvisé. Il fixe les tourbillons, les reflets, les éclaboussures sur les pierres usées. Vitalité de l’eau claire. Dans son esprit encombré par les souvenirs déposés comme des champs d’alluvions, le courant a perdu de sa force. Il a laissé lui-même les eaux s’épaissir, brassée par les tourments entretenus la vase a souillé la pureté, son agitation interne n’était pas celle de la vie qui coule mais celle du mental dictateur.

Laisser couler la vie dans le lit tracé.

 

Assis aux côtés du corps inerte. Le visage apaisé, les yeux clos. Effroyable immobilité. Les mains sur la poitrine. Il a caressé les cheveux. Il s’est levé. Il a posé un baiser sur le front. Rigidité glaciale de la peau. Les larmes. Impossible de les retenir.

 

« La cour vous condamne à porter l’âme de votre frère jusqu’au jugement dernier. »  

 

La sentence s’était imposée, comme une voix criée au fond de son cœur, au fond de son être, une ancre jetée dans la boue de son esprit, une stèle cimentée dans le cloaque spongieux de son dégoût.

Il porterait sa croix.

C’était son tour.

 

 

Sophrologie : deuil personnel

Par Le 01/12/2014

« Allongez-vous confortablement. Prenez votre temps pour sentir que votre corps est idéalement placé, comme dans un cocon protecteur, parfaitement installé, dans le bien-être physique qui vous convient...Bien… Maintenant, je vous invite à observer votre respiration, à l’intérieur de vous, regardez-la couler en vous, se répandre, monter et descendre, suivez les mouvements de votre ventre, abandonnez-vous à ce rythme lent et profond, sans effort, sans chercher à changer quoi que ce soit, juste impliqué dans l’instant, concentré sur ce souffle qui entre par vos narines, ce courant un peu frais et cet air chaud qui ressort…Relâchez votre visage, vos mâchoires, votre front, laissez la détente s’installer, accompagnez-la, lieu par lieu, comme sur un chemin lumineux. Votre corps se détend, vos épaules, votre nuque, votre poitrine, votre ventre…Vous descendez de plus en plus profondément, guidé par votre respiration et le calme qui se diffuse. Vos jambes, se relâchent, elles sont lourdes, immobiles, chaudes peut-être…Concentrez-vous sur les sensations de calme, laissez les pensées se diluer, ne cherchez pas à lutter contre elles, laissez-vous guider par votre respiration et cette bienveillance pour les sensations en vous. Tout votre corps est relâché, vous en sentez chaque partie, vous pouvez déplacer votre conscience et parcourir votre être intérieur et profiter pleinement de cette plénitude.

…Silence…

Vous voyez se dessiner maintenant un canal de lumière qui vous enveloppe, une belle lumière dans un canal qui monte, qui monte, et vous entraîne, en toute protection. Vous suivez ce canal et vous vous élevez à l’intérieur, vous êtes aspiré, vous vous laissez emporter en toute confiance. La lumière vous enlace, elle est là pour vous guider dans un espace de plus en plus haut, un tourbillon de plus en plus rapide…

Un fil de lumière se présente à vous, vous le saisissez, il vous élève dans le canal, c’est une ligne que vous suivez, de plus en plus haut, de plus en plus vite, sans aucune inquiétude. Votre être  intérieur sait où il doit aller. Ce fil, c’est le fil du temps, le fil qui vous ramène vers vos souvenirs enfouis, un chemin qui vous appartient et que la lumière éclaire. Vous montez toujours, de plus en plus haut puis vous arrivez enfin dans un espace de calme, de paix, de silence, un espace baigné par une lumière protectrice.

 

Une personne apparaît dans la lumière. C’est votre frère, Christian, votre frère du passé, avant sa mort…Il marche vers vous. Comment est-il ? Quel âge, quelle allure, comment est-il habillé ?

…Silence…

Il a vingt-deux ans. On est à Pen-Hir, on fait de l’escalade. Il a son baudrier et un bonnet sur la tête. Il fait froid. Il me sourit.

-Qu’est-ce que vous ressentez, là, maintenant, en retrouvant votre frère ?

…Silence…

-De la tristesse, une immense tristesse. De l’injustice aussi et puis en même temps, une acceptation…De la culpabilité aussi, de la honte.

-Pour quelles raisons ?

-Je l’ai abandonné pendant trop longtemps, je ne me suis plus intéressé à lui, j’étais dans ma vie et je me suis éloigné. Je ne l’avais pas revu depuis plusieurs mois quand il est mort.

-Est-ce que vous lui avez déjà dit tout ça ?

-Non.

-Prenez le temps de le faire maintenant. Prenez le temps de vous retrouver.

…Silence…

Est-ce qu’il y a de la colère aussi en vous ?

-Il y en a eu quand Christian a déchiré le cahier que j’avais écrit à l’hôpital. Il ne l’a jamais lu. Et puis, j’ai accepté. Ça lui appartenait, c’était son histoire, pas la mienne.

- Dites-le-lui aussi.

…Silence…

-Qu’est-ce que Christian vous aurait répondu s’il avait pu entendre ce que vous venez de lui dire ?

…Silence…

-Que je n’ai rien à me reprocher. Que j’ai fait tout ce que je pouvais et que lui aussi s’est éloigné de moi. On avait tous les deux nos raisons. Personne n’est coupable de rien.

-Est-ce que Christian aurait voulu que vous restiez triste ou que vous gardiez cette culpabilité en vous ?

-Non, sûrement pas.

-Qu’est-ce que Christian aurait aimé vous souhaiter ?

-D’être heureux avec Nathalie et nos enfants.

-J’aimerais que vous imaginiez un lien entre Christian et vous, un lien positif  qui contiendrait vos plus beaux souvenirs, vos plus belles émotions, les bonheurs que vous avez partagés. J’aimerais que vous le décriviez, sa forme, son volume, sa couleur, sa température, son aspect.

-C’est comme une corde, elle est rouge, lisse, elle brille…Elle est solide.

-À quel endroit de votre corps vient-elle se fixer ?

-Dans mes mains.

-Et pour votre frère ?

-Pareil. Il la tient aussi dans ses mains.

-C’est comme une corde d’escalade entre vous ? Comme une cordée ?

-Oui, c’est ça. Comme quand on grimpait ensemble.

-Qu’est-ce que vous ressentez, là, maintenant ?

-C’est chaud en moi, dans mon ventre surtout. Je suis bien.

-Qu’est-ce qu’il y a dans ce lien de plus important, quelque chose que vous auriez appris grâce à votre frère ? Comme l’honnêteté, la fraternité, la patience, la solidarité…Qu’est-ce qu’il y a de plus important ?  

-Le courage. La force morale. Force et Honneur.

-Bien. J’aimerais maintenant que vous imaginiez un autre lien. Un lien limitant qui contiendrait toutes les émotions qui vous attachent encore à Christian et qui vous limitent, les souvenirs qui vous alourdissent. Comment est-ce lien ? Quelle est sa forme ? Où se trouve-t-il ?

-C’est comme un fil barbelé, froid, gris et il fait le tour de notre tête, à tous les deux.

-Vous êtes reliés par un fil barbelé qui entoure votre tête, c’est ça ?

Oui.

-Alors, imaginez que vous placez dans ce lien tous les souvenirs les plus douloureux, tous les moments que vous auriez voulu ne jamais vivre. Vous allez mettre dans ce lien votre colère, votre culpabilité, votre honte, l’injustice, votre peine, votre détresse, tout ce qui vous fait souffrir encore aujourd’hui.

…Silence…

-Vous l’avez fait ?

-Oui.

-Est-ce que vous voulez garder ce lien entre Christian et vous ?

-Non.

-Alors, je voudrais que vous déposiez le lien positif que vous tenez dans vos mains. Juste quelques secondes. Puis, vous allez défaire le fil barbelé qui entoure votre tête. Délicatement, sans vous blesser. Puis, vous allez le déposer au sol. Comme une corde à vos pieds. Quand vous l’aurez fait, vous reprendrez le lien positif dans vos mains et vous le garderez précieusement, bien serré. Vous ne le perdrez jamais. Il sera toujours là, entre Christian et vous.

-Je défais le fil barbelé autour de la tête de Christian ?

-Non, c’est à lui de le faire, c’est de sa responsabilité. On ne peut pas libérer quelqu’un. Qui que ce soit et si vous vous imposez malgré tout, vous lui volez son existence. Christian n’est prisonnier que de lui-même, tout comme vous. Chacun doit œuvrer à sa propre libération.

-Mais il est mort, il ne peut pas se libérer.

-Christian que vous voyez, là, maintenant, il n’est pas mort. Il est devant vous.

-En vrai, il est mort.

-Mais en vrai, personne ne sait ce qu’il en est de cette mort. On ne peut donc pas s’autoriser quoi que ce soit sur quelqu’un, de vivant comme de mort.

-Et si Christian m’avait demandé de le libérer.

-Alors, vous auriez eu le choix entre l’acceptation ou le refus.

-J’aurais accepté. Je l’aurais fait.

-Mais là, maintenant, ce qui importe, c’est que vous gardiez en vous le lien positif entre vous deux. Pensez bien que Christian aurait aimé vous voir heureux.

…Silence…

-Vous pouvez remercier votre frère de s’être présenté à vous, d’avoir permis ce travail entre vous. Vous pouvez lui dire que vous l’aimez tout comme il vous a aimé. Vous êtes reliés par un fil d’amour. Uniquement de l’amour. Et vous laissez se diffuser en vous ce bien-être, dans tout votre corps, dans toutes vos fibres, aujourd’hui et pour le reste de votre vie. »


Visite chez la Psy...

Par Le 01/12/2014

Deuxième séance :

"Puisque vous êtes engagés dans une formation professionnelle et que vous avez envoyé une demande écrite de démission, en quoi est-ce que cette situation vous est encore douloureuse ou anxiogène ? Si ous parvenez à vous projeter dans l'avenir, vous pourriez être motivé, positif, déterminé et en paix par rapport à votre passé. 

-Même si intellectuellement, je parviens à tirer un trait sur cette vie passée, il reste une part émotionnelle totalement insoumise et qui touche deux points : Moi, en tant qu'individu engagé depuis 32 ans dans ce que je considère être une "Mission." Mais, ça, c'est quelque chose qui me concerne et donc, c'est à moi d'y travailler. Mais il y a les enfants. Des milliers d'enfants qui n'ont rien demandé et qui subissent. Des milliers d'enfants qui vivent déjà des situations douloureuses, des violences familiales, des maladies, des séparations parentales...L'école devait rester un lieu de paix. Mais là, aussi, maintenant, c'est le chaos. Du grand n'importe quoi. Il n'y a plus aucun sanctuaire. Ni celui de la famille, ni celui de l'école. Et ça, vous voyez, et bien, c'est insupportable. parce que pour moi, toute ma vie professionnelle, j'ai voulu que ma classe soit un lieu de paix, de sérénité et de travail, de connaissances, de culture, d'ouverture, de développement personnel.  Aujourd'hui, si je devais retourner travailler, j'aurais honte de moi parce que malgré tout ce que je pourrais tenter, il n'y aura plus jamais, jamais, cette opportunité de bien-être.  Donc, je n'y retournerai pas. Quelle qu'en soient les conséquences. Mais cette émotion, elle me ronge, intérieurement. J'imagine mon inconscient comme une poubelle qui déborde et contamine la totalité de l'être. Comme ça n'est pas géré, digéré, assouvi, comme ça reste accroché en moi comme une tumeur et bien, mon corps se retrouve chargé de ce pus cérébral. Je sais le travail qu'il me reste à faire...Et j'y arriverai. Je veux devenir thérapeute et j'ai un cobaye à domicile. Il ne me quitte pas, il est toujours disponible. On s'entend bien. Oui, je me supporte encore. Parce que je suis persuadé d'avoir pris la bonne décision. Malgré tout ce que ça génère. "


« Aucun problème ne peut être résolu sans changer le niveau de conscience qui l'a engendré. »
Albert Einstein


Formation et évolution

Par Le 29/11/2014

Sacrément puissante cette formation en sophrologie analysante, très profonde, existentielle, philosophique, spirituelle, émotionnelle... Alors que je vis dans une quasi solitude volontaire, je me retrouve à évoluer dans un groupe. Et je dis bien "évoluer" dans le sens complet du terme. Je bouge et je me transforme...

Et si je repense à toutes ces heures de formation que j'ai reçues pendant ma carrière d'enseignant et à l'insignifiance absolue des contenus, l'absence totale d'évolution de ma part, simplement parce qu'il n'y avait aucune raison que j'utilise dans ma classe des outils insignifiants, lorsque je pense à ces centaines d'heures perdues, gâchées, anéanties, alors que nous avions tous la possibilité d'évoluer, de grandir intérieurement, de nous découvrir, de comprendre nos fonctionnements, d'identifier des comportements connus chez les enfants, alors que nous pouvions entrer dans des pratiques réellement justes, utiles, bonnes, alors que nous avions la possibilité d'être des êtres et nons des fonctionnaires endormis par le ronron technocratique des conférenciers, quand je repense à ce gâchis et que je le compare à la puissance merveilleuse de la formation que je fais actuellement, je prends conscience, encore une fois, de la misère intérieure de ce milieu enseignant, non pas les enseignants eux-mêmes mais TOUS CEUX QUI GRAVITENT AUTOUR et ne sont que des parasites qui ne compprennent rien, hors leurs théories fumeuses qui n'ont jamais contribué au bien-être et à l'évolution des enfants. JAMAIS. 

En 32 ans de carrière, je me souviens de trois journées de formation professionnelle :

une sur les débats philosophiques (passionnant parce que l'intervenant connaissait réellement les enfants)

une sur la pratique du rugby (qu'est-ce qu'on s'est mis sur la tronche ^^)

une sur la création littéraire libre.

Trois en 32 ans de carrière en sachant qu'il y en a plusieurs, chaque année...

Il y en a peut-être eu d'autres qui contenaient quelques éléments applicables en classe. Ne pas jeter la salle de bain avec la baignoire et encore moins le bébé...Mais en tout cas, l'eau est sale...

Ce que je trouve consternant, c'est que cette formation professionnelle n'était pas dans son intention première une formation personnelle. 

Nous passons pourtant toute notre vie professionnelle face à des enfants et avec la charge immense de les accompagner au mieux. Et non au pire. 

Comment accepter l'idée que la formation professionnelle ne soit pas d'abord et avant tout une formation personnelle?

Je veux devenir thérapeute et je comprends pleinement cette nécessité absolue d'avoir éprouvé en soi les affres des patients. Il est évidemment impossible que je connaisse tout ce qui existe dans le domaine du mal-être mais j'en connais au moins les effets à défaut d'en connaître toutes les causes. 

Alors comment un enseignant peut-il être juste et bon s'il ne connaît pas toutes les étapes évolutives d'un enfant, s'il ne connaît pas les tourments qui l'assaillent, s'il ne parvient pas à identifier un symptôme, s'il n'analyse pas sa pratique autrement qu'avec son "cahier du jour" et ses progressions, s'il ne ressent pas dans le regard inhabituel d'un enfant un trouble incompatible avec le moindre apprentissage, s'il ne cherche pas à développer son intuition en la nourrissant de connaissances psychologiques ? 

Un enseignant est un thérapeute qui se doit de faire en sorte que ses patients ne tombent jamais malades par sa faute. C'est un thérapeute chargé de maintenir le bien-être tout en instaurant avec rigueur des apprentissages nécessaires.

Il y en a, ils existent ces enseignants-là, ils sont nombreux, eux aussi. Mais on ne les entend pas, ils ne font pas de bruit, ils ne cherchent pas à se faire connaître. Pour une raison très simple : L'institution ne les aime pas et les pourchasse.  

La classe est leur espace d'expression. 

Mais aujourd'hui, que leur reste-t-il ? 

L'espace se réduit, se réduit...

L'argent

Par Le 29/11/2014

Les heros sont tous morts

 

Les derniers kilomètres. Elle avait reconnu les flancs de la vallée, le sommet Cristobal barrant l’horizon de sa citadelle enneigée. Une étrange euphorie, un mélange de souvenirs partagés, la peur de la mort, cette effroyable noyade intérieure, les poumons engorgés, l’impossibilité de respirer, les efforts épuisants qu’elle devait produire pour ne pas s’évanouir, ventiler au mieux, se calmer, s’extraire de la terreur…La douceur des Kogis, l’attention de Kalén, la délicatesse des femmes qui s’étaient occupées d’elle, les visages des enfants, ce temps suspendu qu’elle avait passé là-haut, la découverte de la situation dramatique des Peuples Racines, la colonisation jamais stoppée, la déforestation, l’acculturation, la détermination des Anciens à sauver les jeunes, la transmission des savoirs ancestraux, une solidarité constante, une osmose avec la Mère Terre.

Elle n’avait pas pris conscience de tout ce qui s’était inscrit en elle. La force des émotions balayait toute analyse. Il avait fallu plusieurs mois pour qu’elle en devine les effets.

Elle réalisait désormais qu’elle était encore très loin d’une apothéose. Elle s’était crue différente, plus lucide, plus clairvoyante. Il avait fallu qu’une fortune lui tombe entre les mains pour qu’elle prenne conscience de ses errances. Figueras avait lu en elle avec une facilité déconcertante, comme si ne s’y trouvaient que quelques lignes mal rédigées, un message dérisoire, un fatras de pensées anarchiques, aucune observation, juste un ramassis de données désordonnées.

Elle avait vécu comme une décérébrée en reprochant constamment aux individus rencontrés le chaos de leur monde. Et elle en avait honte.     

Il lui restait une dernière opportunité. Le sentiment que cette fois, il lui faudrait plonger au plus profond.

Elle retrouva avec une émotion surprenante les escaliers façonnés par les Kogis dans les pentes, ces infinis tracés séculaires qui relient les hommes. Ce travail solidaire qui réunissait les tribus, soudait les amitiés, éveillait le respect de chacun, la reconnaissance des talents et des déterminations. Elle réalisa brutalement que ses courses en montagne, ces défis d’Occidentaux, n’apportaient rien aux humains, que cette énergie dépensée était perdue pour tous, qu’il s’agissait fondamentalement d’une activité dérisoire et totalement égoïste. Il y avait bien sûr le bonheur de l’effort, les applaudissements des spectateurs, son nom sur un classement, une photographie dans une revue, un nouveau sponsor, une prime… Qu’avait-elle apporté au monde, à la terre, à l’humanité, qu’avait-elle réalisé qui soit durable, dont la trace perdurerait bien au-delà de sa vie ? Avait-elle essayé de restituer l’apport incommensurable des autres humains dans sa vie ? Comment avait-elle marqué par des actes concrets l’estime qu’elle leur portait ? Ses parents, ses professeurs, ses entraîneurs, ses amis, ses amants. Qui avait-elle aimé ?  Non pas dans une démarche intéressée mais juste par amour. Avait-elle déjà aimé ?

Elle buta dans une racine et sortit de ses pensées.

Un rappel à soi. Comme la rupture d’une bulle, un plongeon brutal dans le monde. Et cette idée fulgurante que l’approche des Kogis influait déjà sur son être profond. Elle multipliait depuis quelques jours ces états étranges, cet évanouissement sensoriel et cette plongée intérieure. Elle ne se souvenait même pas en avoir éprouvé au préalable. Pas de cette ampleur en tout cas, pas de cette durée et avec cette fréquence.

Moses.

C’est avec lui que ça avait commencé.

Figueras.

Ayuka.

Les hommes les plus insignifiants, ceux qui étaient supposés ne rien pouvoir lui apprendre. Juste la servir.

Honte.

Une gifle, l’impression d’ouvrir les yeux comme on repousserait deux volets, l’intrusion subite de la lumière, une bourrasque.

Les Kogis. En leur offrant leurs territoires volés, elle allait pouvoir montrer à tous sa capacité à aimer. Le don le plus improbable, une fortune amoureusement dispensée, un cadeau fabuleux qui la propulserait dans les sphères de la reconnaissance éternelle. Elle imagina avec délectation les Anciens dire aux plus jeunes les raisons de leur bonheur retrouvé, un hommage qui se transmettrait. Elle y puiserait l’estime de soi. Elle parviendrait à s’aimer. Et peut-être enfin apprendre à aimer les autres. 

Elle entendit les enfants, des cris de jeux, des appels et des courses. Elle aperçut deux garçons qui s’enfuyaient en riant sous le couvert des arbres. Les tuniques blanches des Kogis. Leurs longs cheveux noirs. Ayuka salua les premiers hommes. Des travailleurs dans un potager, des rigoles d’irrigation en cours de creusement. Elle salua de la tête et laissa son guide expliquer.

Un vieil homme sortit du groupe et s’approcha. Les bras nus, décharnés, des jambes taillées à la serpe, un visage de parchemin. Elle n’aurait pas pu lui donner d’âge. La souplesse et la précision de son pas l’étonnèrent.

Elle lui sourit. Il la salua de la tête.

« Je m’appelle Laure. Je connais Kalén. Il m’a sauvé la vie il y a six ans.

-Je sais, je me souviens de toi. Je m’appelle Ernesto. Figueras est avec toi. Je suis heureux de le revoir. »

Consternation.

Que voulait-il dire ? Elle aurait aimé se retourner, scruter dans tous les angles, elle jeta un regard éperdu vers Ayuka.

Elle vit l’esquisse d’un sourire sur son visage et il cligna des paupières, lentement, avec un signe apaisant de la tête.

« Ne le cherche pas autour de toi. Il est là. »

Le vieil homme posa un doigt sur son sein gauche. Elle eut un léger recul.

« Dans ton cœur. »

Toutes les interrogations qui l’avaient accompagnée pendant l’ascension vers le village.

Figueras.

Non, ça n’était pas possible. C’était du délire.

Le vieil homme la scrutait. Puis, il observa son sac.

« Il n’y a pas que Figueras avec toi. Tu portes beaucoup de monde. Viens. »

Les jambes molles, une envie soudaine de s’enfuir, une présence dangereuse, une intuition néfaste, quelque chose qui s’approchait, irrémédiablement, une menace inconnue, comme noyée encore dans un brouillard opaque. Elle ne comprenait plus rien.

La peur.

Elle n’aurait jamais imaginé la retrouver en ces lieux.

Des enfants vinrent la saluer, une petite fille lui donna la main, elle répondit aux questions sans être vraiment impliquée, un trouble immense qui perdurait.

La certitude inexplicable d’avoir rêvé quelque chose d’impossible, d’inacceptable, d’offensant, elle ne comprenait pas, l’impression d’être habitée par des pensées insoumises, des révélations qu’elle n’aurait jamais pu concevoir, ni même imaginer.

Sommet du Kilimandjaro. Le souvenir de cette détresse étrange, inattendue et implacable. Elle n’avait rien gardé de beau. Un instant brisé. Était-ce donc déjà en elle ce trouble naissant ? Et pour quelles raisons, quel pouvait en être l’élément déclencheur ? Elle n’avait pas encore récupéré l’argent à ce moment-là. Sa vie n’avait pas encore été bouleversée. Pourquoi cette brèche dans l’enceinte de ses habitudes ? Pourquoi cette rupture ?

Moses.

Figueras.

Ayuka.

Une idée folle qui s’imposait. Tout cela avait été prévu, planifié, il n’y avait aucun hasard, ça n’était pas possible, il ne pouvait y avoir autant de coïncidences en si peu de temps.

Kalén, le Mamu.

Elle le reconnut au seuil de la hutte centrale. Il n’avait pas changé. Elle se demanda si le Temps l’atteignait.

Retrouvailles.  

Des paroles de bienvenue, des rires partagés, des questions croisées.

D’autres villageois s’étaient approchés, femmes, enfants, adultes, un attroupement se forma et les voix se mêlèrent.

Elle parlait avec les deux femmes qui avaient participé à ses soins quand Laure aperçut Ayuka et Kalén, à l’écart du groupe. Les deux hommes s’entretenaient de façon concentrée. Elle aperçut un regard furtif de Kalén et en eut le souffle serré.

Qu’avait-elle déclenché ? Quel était donc ce projet qu’elle avait imaginé ? Que tentaient de lui enseigner ces rencontres ? Il y avait quelque chose à comprendre mais l’ombre de la révélation couvrait la mécanique de ses jours d’un voile inquiétant. Un dernier pas à faire, un saut dans le vide.

Le pressentiment que l’enchaînement des événements devait la mener là, que la mallette n’avait été qu’un prétexte, que la finalité était bien au-delà.

Encore une fois, cette idée folle que les pensées qui défilaient n’étaient pas à elle, qu’une entité murmurait à son âme et qu’elle devait écouter.

Kalén revint vers elle et demanda à la communauté de laisser leur hôte s’installer. Le Mamu la conduisit à une hutte très soignée, accolée aux premiers arbres. Elle y posa ses affaires.

« Je vais me changer, expliqua-t-elle. C’était une bonne suée pour monter jusqu’ici. »

Elle ne put rien contre les tremblements de sa voix, sans savoir s’ils étaient perceptibles ou juste imaginés.

Kalén l’invita, quand elle le souhaiterait, à venir le rejoindre vers la source, en amont du village, des travaux en cours, une rénovation de murets puis il sortit.

 

Elle retira son gilet en toile puis la chemise qui cachait son secret. Elle libéra les velcros et poussa un long soupir de délivrance.

Elle essuya la sueur sur sa peau et enfila une chemise propre. Elle cacha la pochette dans le sac à dos et le couvrit avec une couverture.

 

Elle traversa l’esplanade, observant avec curiosité les activités de chacun, elle répondit aux signes de tête, caressa les cheveux des enfants qui vinrent l’accompagner, elle raconta son voyage, les paysages qu’elle avait vus. L’insouciance enfin retrouvée, les souvenirs de son séjour passé, une plénitude contagieuse, comme si cette osmose avec la terre coulait dans les âmes et créait des passerelles.

Elle vit Kalén. Il maniait une pioche par petits coups appliqués, rien de violent, une régularité qui préservait les forces. D’autres hommes apportaient de nouvelles pierres, des enfants dégageaient des seaux de terre, des femmes écorçaient des pieux de soutènement. Un vieil homme, assis sur une roche ronde, frottait son poporo en mâchant la coca.

Laure décida de joindre ses efforts à ceux de deux jeunes garçons qui ramenaient  des pierres taillées.

L’instant n’était pas à la discussion. Elle connaissait le fonctionnement de ce peuple. Son arrivée n’était pas la priorité. Elle le deviendrait le moment venu. Il lui était agréable de se lancer dans une activité physique. Le besoin de s’extraire de pensées perturbantes.

La fin du jour tomba comme une masse, particularité des tropiques. L’activité cessa immédiatement. Le groupe s’éparpilla.

Kalén s’approcha de Laure.

« J’ai convoqué le conseil cette nuit. Nous allons manger et tu nous diras ce qui te pèse tant. »

Elle essaya d’honorer les plats qui lui furent proposés. Une boule dans la gorge. Cette incertitude désormais, la folie de son projet, tellement d’éléments inattendus, de rencontres stupéfiantes, des révélations qu’elles ne soupçonnaient même pas. Elle n’avait même pas élaboré la moindre réflexion, tout s’était énoncé en elle sans qu’elle n’en cherche la moindre étincelle, un brasier gigantesque. Qui parlait ainsi en elle ?

Elle écouta les discussions, la remise en état du potager, la tribu n’était là que depuis cinq jours, une transhumance habituelle à cette saison, le chemin menant vers le bassin devait être rénové, les plantes l’envahissaient, il faudrait couper de jeunes arbres pour remplacer des piliers de deux huttes et refaire des claies pour les plantes grimpantes. Il faudrait aussi purifier le sanctuaire des roches et la cascade aux cristaux, des prières à la Terre, un hommage aux esprits et au flux vital.

Une partie de l’assemblée quitta la hutte principale et Kalén annonça la tenue du conseil.

Laure avait déjà apporté son sac. Elle ne savait pas comment entamer son explication, le récit de son histoire, son désir de marquer sa reconnaissance envers la tribu.

Elle observa le cercle constitué par les Anciens, tous assis en tailleur sur des paillasses et des couvertures. Plusieurs femmes siégeaient également. Une vingtaine de personnes.

Des bougies allumées dans des coupelles, des parfums de fleurs, les ombres stoïques des silhouettes sur les parois, les reflets brillants des yeux, les coulées de lumières tremblotantes sur les longs cheveux. Un conseil. Elle aurait aimé se réjouir de ce privilège.

Les mains moites. Elle frotta nerveusement ses paumes sur son pantalon. Elle s’en voulait de ne pas parvenir à rester calme.

« Ne te fais pas souffrir davantage Laure. Nous t’écoutons. »

La main ouverte de Kalén, une invitation à prendre la parole.

« Je ne sais pas par quoi commencer, c’est une histoire incroyable et dramatique aussi.

-Il y a des morts autour de toi, nous le savons. »

Elle n’avait vraiment pas besoin de cette révélation supplémentaire. Stoppée net. Thomas Blanchard. Toutes les victimes de l’attaque terroriste. Elles étaient là.

« Tu n’es pas seule ici, Laure. Tu portes des âmes qui souffrent. Mais ça n’est pas toi réellement, c’est quelque chose avec toi. »

Elle n’en pouvait plus, il fallait qu’elle vide son sac, l’expression n’avait jamais été aussi adaptée.

Elle sortit la pochette ventrale. Elle y avait enfourné la totalité des billets. Elle les prit par poignées et les déposa minutieusement devant elle.

Elle observa les visages.

Rien.

Aucune réaction. Aucune question. 

Les regards tournés vers elle, une indifférence totale au regard de la fortune posée devant eux.

« J’étais en Afrique, au Kenya, j’avais fait l’ascension d’un sommet et j’allais prendre un avion pour rentrer en France. J’avais décidé d’aller me promener un peu en ville et de faire quelques achats. J’étais dans un très grand magasin, avec énormément de monde. Et il y a eu une attaque terroriste, des hommes qui tiraient partout, j’étais terrifiée, j’ai vu plusieurs personnes se faire tuer. Ils avaient des fusils mitrailleurs et ils ont même lancé des grenades. J’ai couru pour trouver un abri et je me suis cachée dans un restaurant, derrière un meuble. Il y avait un homme qui était assis par terre, il était mort, il avait ouvert une mallette sur ses genoux. Il y avait tout cet argent dedans. Il s’appelait Thomas Blanchard, je ne sais pas pourquoi il avait tout cet argent avec lui. Je n’ai pas voulu laisser une telle fortune aux terroristes et puis j’ai pensé à vous. Je sais que vous avez besoin d’argent pour racheter au gouvernement les terres qui vous ont été volées et que c’est très difficile de récolter cet argent. Je voulais vous remercier de m’avoir sauvé la vie. »

Silence.

Elle vit le regard de Kalén se poser sur les billets puis faire le tour de l’assemblée.

Silence.

L’impression de ressentir l’imbrication des pensées dans l’espace, un champ unifié de mots partagés dans une conscience commune.

Elle ne comprit même pas l’image qui venait de s’imposer en elle. Encore cette idée absurde d’être habitée, qu’une voix murmurait à son âme.

Baisse de l’activité. Elle sentit la paix s’étendre, les pensées réintégrer leurs enveloppes corporelles. Elle aurait aimé que quelqu’un lui dise qu’elle n’était pas folle.

« Je te remercie au nom de l’assemblée d’avoir eu ce projet pour notre peuple, Laure. Il faut que je demande à chacun de dire ce qu’il pense de ta proposition. »

Elle entendit dans la voix du Mamu des réticences contenues et elle percevait dans l’air une étrange crispation, comme un poids qui enserrait les consciences, un étau douloureux. 

 

 

 

Elle ne s’endormit qu’au petit matin. Des heures à tourner sur sa paillasse, les yeux rivés à l’obscurité.

L’enchaînement des réponses de chacun, la gentillesse dans les voix mais cette certitude partagée. Le clan ne pouvait pas prendre cet argent.

Kalén avait mené le tour de parole puis il s’était appliqué à traduire clairement les raisons de chacun.

 

« Cet argent porte la Mort. Tout l’argent du monde porte la Mort mais parfois, les hommes le purifient par la bonté de leurs actes. Nous ne pouvons pas polluer notre Mère avec une histoire emplie de morts. Nous ne pouvons pas retrouver nos racines en souillant la Terre. Nous ne pouvons pas tenter de soigner le territoire de nos ancêtres en répandant dans l’espace les souffrances des âmes perdues. Toute la violence du monde où tu vis se nourrit des âmes perdues. Personne ne cherche à purifier cette histoire et tous les remèdes proposés sont des poisons supplémentaires. Cet argent est un poison pour les âmes et ceux qui ont cherché à construire leur bonheur en se nourrissant de ce poison en sont morts. Nous ne pouvons pas prendre cet argent. Toi-même, depuis que tu as pris cet argent, tu vis dans la peur. Figueras l’a sentie, Ayuka aussi, nous aussi. Ton âme est en souffrance mais tu possèdes aussi en toi l’éveil à la vie. Tu entends des paroles que tu ne saisis pas. Comprends que la vie est en toi, qu’elle te parle, qu’elle te propose un autre chemin, une voie de conscience, une voie d’observation, une exploration de ton espace intérieur. Toutes les tentatives de réparation du Mal sont vouées à l’échec dès lors que les moyens utilisés sont eux-mêmes les piliers de ce Mal. Vous les Petits Frères, vous pensez qu’il suffit d’avoir les moyens pour que tout s’arrange. Mais si les moyens sont employés par des individus en souffrance, la souffrance se répand. Il n’y a que les esprits en paix qui peuvent purifier la Terre. Vous, les Petits Frères, vous portez trop de souffrances. Vous nous voyez comme des êtres pauvres, misérables, sous-évolués. Mais parce que vous cherchez en nous uniquement les moyens que vous utilisez. Votre regard est faussé. Cet argent transforme ton regard. Mais l’argent n’est pas responsable. Il n’est qu’un moyen de combler un vide immense en vous. Il nous est difficile de ne pas succomber aux promesses offertes par cet argent. Nous avons discuté pendant des mois avant de détruire les plants de café donnés par le gouvernement. L’argent qui circulait dans la communauté créait des problèmes immenses, c’est toute la cohésion du clan qui était menacé. Dans vos pays, cette cohésion n’existe plus. Et cet argent porte tous les effets de cette destruction spirituelle. Vous n’avez plus d’esprit. Vous êtes des âmes perdues. »

 

La Vie qui parlait en elle. L’image l’avait considérablement troublée, elle s’était sentie habitée. Et son âme, maintenant, percevait quelques paroles.

 

« Nous sommes très vigilants à purifier les lieux où nous vivons car de nombreuses souillures sont répandues. Il faut expliquer nos actes à la Terre, nos travaux, nos installations, nos pensées, nos rêves, nos émotions. C’est un travail immense et continu. Nous ne pourrions pas appliquer cette purification si nous nous chargeons de choses depuis trop longtemps corrompues. Les dons que nous avons déjà reçus sont offerts par des individus qui ont de belles âmes. Il nous est possible de travailler sur la purification de cet argent parce qu’il contient une émotion positive. »

 

Elle avait deviné la phrase suivante, elle avait compris. Rien ne serait possible.

 

« L’argent que tu transportes est couvert de sang. »

 

Kalén avait expliqué qu’elle ne pouvait pas rester dans le village avec cet argent. Que les narco trafiquants ou des soldats finiraient par percevoir la présence de cette fortune. Que des habitants du clan pourraient même en être affaiblis.

Elle ne comprenait pas. Kalén avait dit que les pensées les plus puissantes se propagent et que celles qui sont attachées à l’argent, à la possession, au pouvoir, au paraître ont une dimension incommensurable, que le monde des Petits Frères est totalement englobé par ces pensées et qu’elles entretiennent le conditionnement de tous, depuis la plus petite enfance jusqu’à la mort. Le clan ne pouvait se permettre de laisser ces effluves se répandre.

Elle devait quitter le village.

Une rupture. Tout ce qu’elle avait espéré, tout ce qu’elle avait imaginé. Un désastre, un chaos.

Elle avait demandé pourquoi le vieil homme qu’elle avait rencontré en arrivant lui avait dit que Figueras était dans son cœur.   

« Figueras a senti ta peur, il a vu les images de tes pensées. Et comme Figueras est un homme bon, il a décidé de t’accompagner pour t’aider à comprendre. »

Là, pendant qu’elle tentait de retenir toutes les paroles entendues, elle imaginait l’âme de Figueras, quelque part en elle. Comment était-ce possible ?

Figueras avait parlé d’un champ de conscience. Tout était lié dès lors que l’Amour nourrissait l’âme des hommes. Les Petits Frères qui aiment vivent tous dans le même monde. Les autres vivent dans un espace individuel, étroit, sombre et néfaste. Il ne s’agissait pas de l’amour primaire entre des individus incomplets mais de l’Amour inconditionnel de la Vie.

Elle ne comprenait pas. Et elle sentait l’épuisement se mêler à la colère.

Partir. Ils ne voulaient pas d’elle, pas de son argent, ils ne voulaient pas de son aide, ils préféraient laisser les terres de leurs ancêtres dans les mains des exploitants forestiers, des exploitants de mines, des dynamiteurs de montagnes. Et bien, tant pis pour eux. Elle saurait bien utiliser cet argent pour elle.

"Je vous en supplie"

Par Le 28/11/2014

« Je vous en supplie », après Nicolas Hulot, David Suzuki appelle à la Désobéissance Civile

26 novembre 2014 / Catégories: Articles, Rédaction / Tags: , , ,  / 0 Commentaires
« Je vous en supplie », après Nicolas Hulot, David Suzuki appelle à la Désobéissance Civile

On ne présente plus le Dr David Suzuki, généticien, journaliste de renommée internationale et animateur de la populaire série « The Nature of Things ». A 78 ans, il est Prix Nobel, titulaire de 22 doctorats honorifiques et détenteur de nombreuses distinctions comme le Prix ScientifiqueUNESCO. Le Dr David Suzuki est une des figures écologistes les plus importantes au niveau international.

Novembre 2014, le petit-fils du Dr Suzuki est arrêté lors d’une manifestation contre un projet depipeline de la compagnie Kinder Morgan, au sein de la zone de conservation de la «Barnaby Mountain» au Canada. Dans la même lignée que son grand-père, Tamo promeut l’écologie et les droits de l’Homme à travers son association. David Suzuki va réagir vivement à cette privation de liberté par une lettre ouverte où il appelle les gens à la Désobéissance Civile pour protéger l’environnement.

« Une Lettre de mon grand-père »

A tous ceux que cela concerne

Texte traduit par Lona Harmaan

« Tamo Campos est mon petit-fils et je suis très fier de lui. Il fait ce que j’aurais moi-même fait si ce n’était pas un risque pour mon poste de présentateur de « The Nature of Things » (La nature des choses) sur CBS.

Le monde est en conflit contre les éléments qui nous maintiennent en vie et en bonne santé – l’air, l’eau, la terre et la diversité des espèces. Les multinationales, particulièrement celles dont le siège est à l’étranger, dans un autre coin du monde, n’ont que faire des écosystèmes ou des communautés locales, tant qu’ils n’interfèrent pas avec la maximisation du profit des actionnaires. Elles ne sont absolument pas obligées de protéger les écosystèmes ou les communautés locales. Leur unique but est d’engranger autant de profit que possible.

Dans le monde entier, des citoyens et des communautés se soulèvent pour protéger leur patrimoine écologique, social et économique contre ces entités envahissantes qui se comportent comme des bandits, qui intimident à l’aide de procès de « Poursuite Stratégique Contre la Mobilisation Publique » et d’autres outils légaux ; n’importe quoi pour continuer sur leur voie destructrice tout en occultant les problèmes importants comme le changement climatique et les risques de déversements [de pétrole] mis en avant par les manifestants.

Si j’explique tout ça c’est pour remettre les actions de Tamo et d’autres dans leur contexte. Tamo se bat pour le monde que nous allons laisser à sa génération. Je crois que ce que Kinder Morgan et d’autres entreprises du même acabit sont en train de faire, c’est commettre un crime intergénérationnel, mais aucun précédent juridique n’existe à ce sujet, impossible donc de les poursuivre en justice sur cette accusation.

Avant que les entreprises ne deviennent aussi puissantes, chaque génération œuvrait pour un avenir meilleur à laisser à leurs enfants. Ce n’est pas l’objectif de ces multinationales. Je vous en supplie, considérez le fait qu’il y ait peu de voix légales pour protester contre ce que je considère être les activités criminelles des compagnies comme Kinder Morgan, par conséquent les citoyens n’ont d’autre choix que la désobéissance civile. Sommes-nous si aveuglés par le pouvoir et l’influence des multinationales, que leurs visions à court terme nous semblent plus importantes que leurs conséquences potentiellement catastrophiques en termes écologiques et sociales?

Mon petit-fils joue un rôle important dans la lutte pour la protection des droits humains, de la justice sociale et de l’environnement, il n’est pas un criminel. Il a fait cela sans même essayer de profiter de ma renommée. Il est un exemple pour tous les jeunes d’aujourd’hui, il les pousse à s’impliquer, à se battre pour leur avenir. J’espère que la cour sera consciente de cela. »

David Suzuki, professeur émérite, UBC.


Bonus

Souvenez-vous ! A 12 ans, une de ses filles va faire un discours bouleversant lors du Sommet de la Terre à Rio en 1992. Discours qui ne cesse d’être partagé encore aujourd’hui pour alarmer sur la situation environnementale de notre bonne vieille planète.

 


Source : 4emesinge.com / vancouverobserver.com

Pic pétrolier

Par Le 27/11/2014

Je sais que je vais être très motivé à devenir centenaire. Pour accompagner les gens que j'aime aussi longtemps que possible mais aussi pour avoir une chance de voir l'effondrement inéluctable de notre système. Ça sera une époque passionnante. 

Violence aux femmes.

Par Le 26/11/2014

Violence conjugale. 33 enfants tués en même temps que leur mère en 2013

Le réseau Solidarité femmes insiste dans son rapport sur les violences conjugales, sur la nécessité de protéger les enfants des femmes maltraitées.

Les enfants sont toujours victimes des violences conjugales, et plus de 80 % des femmes maltraitées ont au moins un enfant. C'est ce qui ressort du rapport 2 013 du réseau Solidarité femmes, présenté lundi à Paris à la veille de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.

Des appels en augmentation

Le 3919, plateforme d'écoute spécialisée gérée par la fédération, a reçu en 2013 plus de 24 000 appels. Sur les dix derniers mois, Solidarité femmes observe une augmentation du nombre d'appels de 30 %.

« L'appel, anonyme, est un point d'entrée », a expliqué à l'AFP Adrien Ricciardelli, responsable de la plateforme. « Pousser la porte d'une association peut en effet être difficile pour un premier contact, car souvent les sentiments de honte ou de peur sont très forts ».

12 % des femmes ayant appelé ont des enfants subissant des maltraitances directes

La Fédération nationale Solidarité femmes a lancé également lundi, en présence de la secrétaire d'État aux Droits des femmes Pascale Boistard, sa nouvelle campagne, qui met cette année l'accent sur la protection des enfants.

 « Exposés ou maltraités directement, les enfants sont toujours victimes », rappelle Françoise Brié, porte-parole de Solidarité femmes.

En 2013, 33 enfants ont été tués dont 13 en même temps que leur mère par son partenaire, et 2 femmes enceintes sont décédées. Selon le rapport du 3919, au moins 12 % des femmes ayant appelé ont des enfants subissant des maltraitances directes.

Une écoute adaptée 7/7 jours

Une vingtaine d'écoutantes, uniquement des femmes, sont disponibles par roulement sept jours sur sept. Elles permettent ainsi aux victimes de violences de la part de leur conjoint ou de leur ex-conjoint de verbaliser leur situation souvent pour la première fois auprès d'un professionnel.Elles sont psychologues, juristes ou assistances sociales et formées en continu pour répondre aux femmes qui les contactent.

« On laisse la personne s'exprimer, parler de la nature des violences, de la présence de certains éléments médicaux et juridiques qui donnent une idée de la situation », détaille Émilie, assistante juridique de formation et salariée de la plateforme.

« Nous allons aiguiller la femme vers telle démarche ou telle association, mais à aucun moment nous ne la poussons à faire quoi que ce soit, elle doit se sentir très libre », dit-elle.

La victime tarde souvent à se manifester car des périodes « d'accalmie » interviennent généralement entre des épisodes violents, précise Émilie, évoquant de nombreux cas de violences« ni quotidiennes, ni physiques ».

Aider les femmes à anticiper les violences et les mettre en sécurité

Solidarité femmes est un réseau de 11 associations en Ile-de-France et 65 sur le reste du territoire.Aider les femmes à anticiper les violences, à préparer un éventuel départ et mettre en place une mise en sécurité sont les principales missions de ces associations.

La Fédération nationale met aussi chaque année à disposition des logements à 6 500 victimes de violences conjugales. « Mais cela ne représente que 10 à 30 % des demandes », souligne Françoise Brié, alors que le réseau demande un effort gouvernemental supplémentaire sur cette question.

Ce numéro reçoit en moyenne entre 250 et 300 appels quotidiens, le double en période de campagne de sensibilisation.

Si le 3919 n'est pas un numéro d'urgence, il doit devenir la référence en matière de violences conjugales.

Lire aussi : Violence faites aux femmes. Les mesures du plan de prévention.

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