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L'école de la République

Par Le 05/11/2011

Quelle république ?

Celle qui consiste à asservir les citoyens en leur faisant croire qu'un vote présidentiel suffit à les placer dans une situation de décideurs ?

Vaste supercherie. Aucun des électeurs n'avait envisagé une telle déroute économique, financière, sociale, égalitaire, culturelle. Aucun électeur n'a eu son mot à dire dans la situation que nous connaissons et pour laquelle, aucun dirigeant politique n'a de solutions autre qu'un paquet de rustines. La république n'est pas une démocratie mais une oligarchie.

Qu'en est-il de l'école aujourd'hui dans ce système manipulateur ?

Et bien, elle se doit d'oeuvrer au maintien des Privilèges. On en est toujours à l'école de la République. F Hollande a déjà précisé dans son programme que "l'école a pour vocation de former des salariés pour soutenir la croissance."

République économique.

Les enseignants se doivent donc d'être des individus soumis afin de conditionner leurs élèves à cette soumission. Il n'est pas question de faire appel à "l'entendement" si cher à Kant mais de propager les valeurs mercantiles des citoyens. Il ne s'agit pas d'être un salarié pour pouvoir s'accorder le temps nécessaire et la tranquillité d'esprit à un travail existentiel mais juste pour pouvoir soutenir l'économie de la République en consommant. L'existence se réduit donc à un salaire et aux dépenses qu'il autorise.

Les individus qui quittent le système scolaire se partagent en trois groupes : les conditionnés, les traumatisés et les rebelles.

Les conditionnés seront les salariés consommateurs.Ils tenteront toute leur vie de continuer à croire que cela suffit au bonheur.

Les traumatisés serviront à faire vivre le corps médical. Comme en plus, ils auront été amenés à emprunter des voies scolaires très courtes, ils serviront de masse ouvrière et tenteront de survivre avec un salaire dérisoire. Ils deviendront supporters de foot et de la Française des jeux.

Les rebelles se partageront en deux sous-groupes : les artistes, les créateurs, les voyageurs, les atypiques, tous ceux qui auront opté pour une voie existentielle, longue, ardue, solitaire, individuelle et puis les voyous. Les premiers se détacheront au mieux de la société de consommation et les seconds se serviront de ses points faibles pour "se servir", donnant par là-même du travail à la République qui se gaussera de protéger ses citoyens et leurs propriétés. La république crée les problèmes qu'elle s'efforcera de résoudre afin de renforcer son influence et l'adoration que lui porte la masse. 

Alors, quelles solutions ?

Aucune solution ne viendra d'une quelconque structure étatique. L'Etat n'a pas vocation a développer l'individu dans sa dimension existentielle mais à prolonger les Privilèges en associant la masse à des rêves de consommation.

La solution n'existe qu'individuellement. C'est une démarche philosophique. Pas la philosophie enseignée à l'école, bien évidemment. 

Quand les gens comprendront que les librairies contiennent les outils les plus puissants qui soient pour creuser une brèche dans les murs de leurs geôles, l'humanité aura fait un grand pas en avant. A travers le cheminement de chaque individu et non en raison d'un mouvement de masse provoqué par une structure étatique.

L'école de la République est une structure étatique. De plus en plus étatique. Et plus la crise économique est dure, plus elle subit la pression de l'Etat.

 

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La philosophie des Lumières était une voie de liberté.

Les Lumières sont des mouvements culturels et philosophiques ayant dominés en Europe, et plus particulièrement en France, au XVIIIe siècle. Ils donnèrent par extension à cette période le nom de siècle des Lumières. Les penseurs de cette époque marquèrent le domaine du savoir (science et philosophie) et de l’art (la littérature en particulier) par leurs questions et leurs critiques fondées sur la « raison éclairée » de l’être humain et sur l’idée de liberté.

Par leur engagement contre les oppressions religieuses, morales et politiques, les membres de ce mouvement, qui se voyaient comme une élite avancée œuvrant pour un progrès du monde, combattant l’irrationnel, l’arbitraire, l’obscurantisme et la superstition des siècles passés, ont procédé au renouvellement du savoir, de l’éthique et de l’esthétique de leur temps. L’influence de leurs écrits a été déterminante dans les grands événements de la fin du XVIIIe siècle que sont la Déclaration d'indépendance des États-Unis et la Révolution française1.

Le mouvement de renouveau intellectuel et culturel des Lumières reste, au sens strict, européen avant tout, et il découle presque exclusivement d’un contexte spécifique de maturation des idées héritées de la Renaissance. La pensée des Lumières s’est étendue à l’Europe, quoique la traduction de ce terme, dans les autres langues européennes, ait toujours privilégié l'idée d'une « illumination » provenant de l’extérieur, alors que le terme français privilégie le fait que les Lumières viennent de soi-même. De manière très générale, sur le plan scientifique et philosophique, les Lumières voient le triomphe de la raison sur la foi et la croyance ; sur le plan politique et économique, le triomphe de la bourgeoisie sur la noblesse et le clergé. Enfin l’on parle parfois des Lumières (au substantif) pour désigner les penseurs, écrivains et philosophes emblématiques de ce mouvement de pensée, ce qui peut être regardé comme un abus de langage (on préférera plutôt parler par exemple de « philosophe des Lumières »).

WIKIPEDIA

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"Sur le plan politique et économique, le triomphe de la bourgeoisie sur la noblesse et le clergé."

 

Effectivement, c'est bien ce qui s'est passé et ce triomphe a même fini par emporter tout le reste. Jusqu'à en devenir "déraisonnable", ce qui montre à quel point la Philosophie des Lumières n'existe plus. 

Alors, il ne faut pas compter sur l'école de la République pour lutter contre cette déchéance. Elle n'en a ni l'envie, ni la force, ni même la capacité au regard de la majorité des gens qui y travaille.

L'école de la république est devenue une énorme machine, une "moulinette" au travers de laquelle il faut passer en essayant de sauver au moins son âme.

L'ineffable

Par Le 02/11/2011

"Ce n'est pas la connaissance extérieure

ce n'est pas la connaissance intérieure

pas plus que la suspension de la connaissance

ce n'est pas savoir

ce n'est pas ignorer

pas plus que ce n'est l'ignorance elle-même

ce ne peut pas être davantage vu que compris

on ne peut pas y indiquer de frontière

c'est ineffable et au-delà de la pensée

c'est indéfinissable

ce n'est connu qu'en le devenant."

Mandakuya Upanishad.

 

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La Présence ne peut pas être saisie par l'individu tant que l'individu exerce une observation du même ordre que celle qui l'anime à travers son existence. Car en cherchant à observer la Présence, il s'extrait lui-même de cette Présence. Cela revient à chercher la source de la Lumière dans une chambre noire alors que la Lumière émane de nous-même mais que nous ne pouvons en situer l'origine. La Lumière existe mais elle n'est ni contrôlable, ni identifiable, ni mesurable, ni soumise. Elle ne nous appartient pas mais elle est en nous. 

Le moi qui sous-tend toute expérience ne peut pas lui-même être expérimenté par ce moi. Toute expérience implique deux composantes : l'expérimentateur et l'expérimenté. Lorsque je suis ému, je peux observer cette émotion. L'émotion est l'objet expérimenté et je suis l'expérimentateur. Mais je ne peux pas expérimenter l'expérimentateur puisque ce moi expérimentateur deviendrait immanquablement l'objet expérimenté.

 

Les Upanishad ont décrit cette problématique tout autant que le Tao Te King.

"Le Tao qui peut être décrit n'est pas le Tao éternel."

 

Dans un ancien traité Bouddhiste, Ashvaghosha écrivait : "Depuis le commencement, toutes choses sont dans leur nature, l'Etre lui-même."

 

Il n'est pas question ici de Dieu dans sa dimension religieuse mais bien de l'Energie créatrice. Le terme de Dieu est bien trop souillé par les hommes pour permettre une démarche lucide.

 

Alors, est-il possible, à notre niveau, de conscientiser ce moi expérimentateur ? Est-il possible de nous extraire de nous-même pour appréhender pleinement cette Présence sans donner à cette Présence la dimension d'un objet expérimenté étant donné qu'elle est elle-même ce qui permet à l'expérimentateur d'exercer son pouvoir d'expérimentation.

Est-il possible d'expérimenter l'expérimentateur sans que celui-ci ne devienne l'expérimenté ?

A quoi cela servirait-il d'ailleurs ? Est-ce qu'il est nécessaire que je comprenne le fonctionnement des particules électriques qui éclairent la pièce où j'écris ? Est-ce qu'il est utile que je comprenne les mécanismes internes qui permettent aux pensées d'apparaître ? Est-ce qu'il est indispensable que je saisisse le phénomène biologique qui fait que mon coeur fonctionne sans aucune intervention volontaire de ma part ?

Nous dérivons quotidiennement dans des phénomènes qui nous échappent constamment. Pourquoi vouloir absolument entrer dans des quêtes aussi abstraites ?

 

Pour ma part, c'est uniquement en raison de la puissance indéfinissable des émotions que cette quête m'a déjà offerte. Rien, jamais, n'a été aussi flamboyant et je veux bien continuer à user de mon potentiel jusqu'à ma mort si c'est pour revivre, ne serait-ce qu'une fois, la plénitude qui en résulte.

Un service (suite)

Par Le 01/11/2011

 

  CORINNE LE STRAT

 

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LE STRAT CORINNE

Zone : Ouest, Categorie : Déco

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Passionnée par le dessin et la peinture artistique depuis mon enfance. Amoureuse de couleurs lumineuses, l'art a toujours eu une place importante dans ma vie. Depuis 4 ans, je vends des tableaux pour décorer la chambre des enfants sur mon site, des sites partenaires, des salons et marchés d'Art créatifs et récemment sur Alittlemarket. D'un style ludique et haut en couleur, j'aime peindre des animaux attachants et rigolos de la Savane. Mais aussi des poupées japonaises appelées « Kokeshi » incarnant une certaine douceur et sagesse...espérant transmettre ma passion aux enfants !

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Présence

Par Le 31/10/2011

"L'Esprit qui est sans commencement est non né et indestructible. Il n'a ni forme ni apparence. Il ne peut être pensé en termes de nouveau ou d'ancien. Il transcende toutes limites ou comparaisons. "

Huang Pô.

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C'est la Présence qu'on ne peut connaître et cette Présence qu'on se doit d'être.

C'est la Présence qu'on ignore et qui parle en nous avec la Nostalgie des choses délaissées.

C'est la Présence qui nourrit notre Intuition et s'amuse de notre étonnement. 

C'est la Présence qui ruisselle parfois dans les flots de la Mélancolie lorsque l'abandon devient trop lourd.

C'est la Présence qui nous bouleverse au lever du Jour quand l'Energie diffuse aimante les formes multiples.

Rien n'est visible si on se contente d'ouvrir les yeux.

Theodorakis

Par Le 30/10/2011

Theodorakis : Si les peuples d’Europe ne se lèvent pas, les banques ramèneront le fascisme

 

http://sos-crise.over-blog.com/article-theodorakis-si-les-peuples-ne-se-levent-pas-les-banques-rameneront-le-fascisme-87508529.html



28 octobre 2011 (Nouvelle Solidarité) – Alors que la Grèce est placée sous tutelle de la Troïka, que l’Etat réprime les manifestations pour rassurer les marchés et que l’Europe poursuit les renflouements financiers, le compositeur Mikis Theodorakis a appelé les grecs à combattre et mis en garde les peuples d’Europe qu’au rythme où vont les choses les banques ramèneront le fascisme sur le continent.

Interviewé lors d’une émission politique très populaire en Grèce, Theodorakis a averti que si la Grèce se soumet aux exigences de ses soi-disant « partenaires européens », c’en sera « fini de nous en tant que peuple et que nation ». Il a accusé le gouvernement de n’être qu’une « fourmi » face à ces « partenaires », alors que le peuple le voit comme « brutal et offensif ». Si cette politique continue, « nous ne pourrons survivre (…) la seule solution est de se lever et de combattre ».

Résistant de la première heure contre l’occupation nazie et fasciste, combattant républicain lors de la guerre civile et torturé sous le régime des colonels, Théodorakis a également adressé une lettre ouverte aux peuples d’Europe, publié dans de nombreux journaux... grecs. Extraits :

Notre combat n’est pas seulement celui de la Grèce, il aspire à une Europe libre, indépendante et démocratique. Ne croyez pas vos gouvernements lorsqu’ils prétendent que votre argent sert à aider la Grèce. (…) Leurs programmes de « sauvetage de la Grèce » aident seulement les banques étrangères, celles précisément qui, par l’intermédiaire des politiciens et des gouvernements à leur solde, ont imposé le modèle politique qui a mené à la crise actuelle.

Il n’y pas d’autre solution que de remplacer l’actuel modèle économique européen, conçu pour générer des dettes, et revenir à une politique de stimulation de la demande et du développement, à un protectionnisme doté d’un contrôle drastique de la Finance. Si les Etats ne s’imposent pas sur les marchés, ces derniers les engloutiront, en même temps que la démocratie et tous les acquis de la civilisation européenne. La démocratie est née à Athènes quand Solon a annulé les dettes des pauvres envers les riches. Il ne faut pas autoriser aujourd’hui les banques à détruire la démocratie européenne, à extorquer les sommes gigantesques qu’elles ont elle-même générées sous forme de dettes.

Nous ne vous demandons pas de soutenir notre combat par solidarité, ni parce que notre territoire fut le berceau de Platon et Aristote, Périclès et Protagoras, des concepts de démocratie, de liberté et d’Europe. (…)

Nous vous demandons de le faire dans votre propre intérêt. Si vous autorisez aujourd’hui le sacrifice des sociétés grecque, irlandaise, portugaise et espagnole sur l’autel de la dette et des banques, ce sera bientôt votre tour. Vous ne prospérerez pas au milieu des ruines des sociétés européennes. Nous avons tardé de notre côté, mais nous nous sommes réveillés. Bâtissons ensemble une Europe nouvelle ; une Europe démocratique, prospère, pacifique, digne de son histoire, de ses luttes et de son esprit. Résistez au totalitarisme des marchés qui menace de démanteler l’Europe en la transformant en Tiers-monde, qui monte les peuples européens les uns contre les autres, qui détruit notre continent en suscitant le retour du fascisme.


http://www.solidariteetprogres.org/Theodorakis-Si-les-peuples-d-Europe-ne-se-levent-pas-les-banques_08207

Sur la route des frères Patison, un bel article.

Par Le 30/10/2011

Un bel article sur le roman de mon ami Max.

Des louanges amplement méritées et auxquelles j'adhère totalement.

 

Max Mercier : Sur la route des Frères Patison
A consommer sans modération !



Il y a des livres qui sont des rencontres. Rencontre avec une histoire solide. Avec une écriture du même calibre. Avec un auteur dont on se dit : « Il est des nôtres. » Eh bien, Sur la route des Frères Patison, de Max Mercier, est de ceux-là. Un vrai roman. Des personnages vrais. Une énigme, des rebondissements, de la patte, de la chair, de dru, du vécu. C’est suffisamment rare pour être signalé. Et salué !

Tout commence le jour où Didier Tonfale, cinquante ans, démissionnaire d’un boulot chiant comme la pluie dans une routinière – et donc barbante – province française, décide d’aller vivre – d’aller vivre enfin – son rêve américain. Et pas n’importe où, bien sûr : dans le Grand Ouest, le Far West, le Wild West. Pour y retrouver ces paysages qu’il porte en lui depuis toujours sans le avoir pourtant jamais vus. Pour se retrouver aussi…

Du rêve, de l’insolite, de l’aventure ? Il ne va pas être déçu. Une Chevrolet Impala (what else ?). La Highway 93. Un arrêt dans un de ces road cafés comme on les aime, en l’occurrence le Rosie’s Den (« le repaire de Rosie »). Et là, un p’tit vieux. Qui lui claque entre les mains en lui confiant une enveloppe jaunie par les ans : « A remettre aux… frères… Patison… »

Voilà. Je ne vous en dirai pas plus, bien évidemment. Sinon que Didier Tonfale va se faire un devoir de retrouver ces frangins dont il ne sait rien et même pas s’ils sont encore vivants.

Mais, dans le même temps que le Frenchie mène son enquête et croise des personnages hauts en couleurs et parfois forts en gueule (le shérif Robert Ponting, Lizbeth, Sherryl, Shane, Susie, Scott, etc.), Max Mercier – et c’est là qu’il fait preuve d’un vrai talent d’écriture – nous tricote une autre histoire qui débute en 1955, une histoire de mineurs, de prospecteurs un peu filous, d’attrapeurs de rêves. Une autre histoire ? Justement pas : une histoire dans l’histoire et qui va éclairer l’ensemble, expliquer l’inexplicable, démêler l’écheveau. Une histoire qui a pour protagoniste central un certain Lucius Komolsky. A savoir le vieux bonhomme qui a laissé son dernier souffle – et son enveloppe – entre les mains de Tonfale.

Sur la route des Frères Patison, qui ferait, disons-le en passant, un excellent film, nous entraîne au bout du rêve. Très loin (1). Dans ces paysages – on a presque envie de dire : ces décors – où l’on a l’impression d’être dans un film, justement, sauf que ce n’est pas un film et que nous sommes néanmoins les acteurs d’une bal(l)ade rythmée par les accents toujours présents de la country music.

Pas question, vous ai-je dis un peu sadiquement plus haut, de vous dévoiler les arcanes de l’histoire. Mais je vous dirai cependant qu’au final – happy end, veut-on croire – Didier Tonfale, pris par la magie ensorcelante (et je sais de quoi je parle) des grands espaces, des petits honky tonks, du feu qui tombe du ciel, des routes sans fin, va décider de faire le grand saut. Pour vivre et travailler (et aimer, mais chut…) dans ce pays qui est un continent. C’est le bon choix. Celui qui s’impose ou s’imposera fatalement à ceux qui ne supportent plus les petits hommes gris. Pour « voir sans limite ni contrainte. »

Alain Sanders

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(1) « On ne va jamais aussi loin que lorsque l’on ne sait pas où l’on va » (Christophe Colomb).

 

Un service

Par Le 30/10/2011

                                               pinceau-magique.gif pinceau-magique.gif

 

http://www.pinceau-magique.com/

 

Une amie participe à un concours artistique. Si son travail vous plaît, il vous suffit de voter en suivant le lien sur la page.

Merci à vous.

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Pinceau Magique a été sélectionné pour participer au concours national « Le tremplin des créateurs »

organisé par M6 et Alittlemarket !!!

Ce concours se déroule sur 2 semaines et dure jusqu‘au 7 novembre 2011 minuit.

 

♥ Si vous aimez les tableaux de Corinne Le Strat, votez pour elle !

 

Voici le lien :
http://www.tremplindescreateurs.teva.fr/profil/681.html

 

Attention, pour que le vote soit pris en compte, vous devez le valider en cliquant sur le lien envoyé par

« Tremplin des créateurs » sur votre boite mail.

Et petite précision, vous pouvez voter plusieurs fois si vous avez plusieurs adresses mail !

 

Rien ne vous empêche d'envoyer ce lien à vos contacts et quoi qu’il arrive MERCI !! ;))

 

CE SOIR, LE COMPTEUR AFFICHE 99 VOTES.

L'illusion de la matière

Par Le 30/10/2011

Il avait dix ans.

Un séjour dans la montagne avec Izel.

 

Il était allongé sur une natte, à même le sol, près d’un foyer. Son père était là, il alimentait le feu de temps en temps et parlait doucement. L’enfant devinait dans le reflet des flammes, les yeux étroits de son père, ce regard aiguisé comme celui des grands rapaces. La voix coulait en lui comme du miel. Il ne se souvenait pas du lait maternel mais la voix de son père l’avait nourri tout autant. Des nourritures spirituelles qui l’avaient grandi, insensiblement, patiemment, sans aucune volonté de transformation mais un simple accompagnement.  

 

« Tu ne choisis pas ton existence Kalén. La vie l’a déjà fait pour toi. Le libre arbitre de chaque humain consiste à être suffisamment lucide pour saisir cette voie d’éveil et de progrès. Ecoute ton âme, c’est là que se trouve le secret. »

 

Izel avait déposé dans les braises une branche de résineux. Les crépitements d’aiguilles avaient retenti dans le silence, des myriades d’étoiles avaient jailli. L’enfant, captivé, avait suivi des yeux le ballet des flammèches. Quand la nuit avait repris son pouvoir, il avait juste eu le temps de voir s’envoler une chauve-souris. Elle avait virevolté au-dessus de lui, il avait vu ses yeux d’aigle. Puis elle avait disparu.

Izel le regardait en souriant.

 

Des paroles comme des nourritures de l’âme.

Il avait quatorze ans. Au bord du bassin, au pied de la chute d’eau. Izel lui enseignait le voyage de l’eau.

 

« Notre corps est composé de matière mais nos pensées et nos émotions contiennent l’énergie qui permet à la matière de se condenser. Les hommes imaginent que la matière est à l’origine de la vie spirituelle des êtres humains, que la matérialisation des corps est prioritaire et que les phénomènes intérieurs suivront. Ils réfléchissent à l’envers. Il faut que l’Energie se condense pour que la matière prenne forme. Il n’y aurait pas de nuages sans la condensation de la vapeur mais il n’y aurait même pas de vapeur sans l’Energie qui la transforme. Nous sommes comme des nuages constitués de pensées. La pensée n’est même pas l’élément déclencheur. Elle n’est que la résultante de l’émotion originelle et nos émotions sont les passerelles entre la pensée et le corps. Les plus primaires sont liées au corps physique et émanent de lui comme la peur ou l’euphorie alors que les plus subtiles sont liées à l'esprit, comme la générosité ou l’empathie. Plus les émotions sont subtiles, plus elles gagnent en valeurs universelles, plus elles mènent les individus vers l’accomplissement de l’existence.

-Quelle est cette émotion originelle qui déclenche la matérialisation ?

-L’Amour, Kalén.

-Mais si le saisissement de l’Amour permet à une âme de se matérialiser, comment expliquer que certains êtres humains dévient de cette voie de sagesse et de plénitude pour sombrer dans les émotions les plus viles ?

-Par paresse et par lâcheté, mon fils. L’élévation des âmes est un cheminement bien plus exigeant que l’exploitation des émotions primitives. Ceux-là quittent la Conscience pour errer dans le mental et s’y complaire. Ils ne sont plus reliés avec l’Energie. Ils fonctionnent comme des entités individuelles.

-La matière n’est qu’une illusion alors ?  

-Non, elle existe bel et bien mais elle n’est qu’une conséquence, pas une cause.

Il ne pleut pas parce qu’il y a des nuages mais parce qu’il y a eu condensation de la vapeur et avant cela transformation de la vapeur et avant cela constitution de l’eau et avant cela fusion des constituants. Il faut tenter de remonter à l’origine des choses et de comprendre qu’avant les choses, il y avait l’Energie.

-L’illusion est de penser la matière comme une finalité, c’est cela Père ?

-Oui, Kalén, la finalité est dans la cause. Ce qui est visible n’est que l’illusion si tu considères cette matière condensée comme un élément fini. Celui qui parvient à retourner en lui à cette Energie dont il est né et devenir comme s’il était sans forme, celui-là existe réellement. Le reste n’est qu’illusion.   

Jarwal le lutin : l'émotion-choc

Par Le 30/10/2011

Jarwal, Gwendoline et Léontine suivaient leurs guides en s’amusant de leurs sauts de cabris. Une insouciance joyeuse qui les libérait de leurs inquiétudes. Ils étaient partis à l’aube, emportant des réserves de fruits, des céréales, des légumes du potager et deux outres remplies d’eau fraîche. Ils quittèrent les derniers grands arbres et s’engagèrent dans les pentes herbeuses. L’air se fit moins lourd, des nuages translucides erraient sur les flancs des montagnes, le soleil les dispersait sans heurts, juste une évaporation délicate qui les obligeait à monter vers les cimes, à délaisser les flancs gorgés de rosée. Un silence apaisant qui contrastait avec le tintamarre des oiseaux et des singes hurleurs peuplant les frondaisons.

Jarwal se laissait guider. Gwendoline était heureuse de retrouver dans le pas de son aimé une détermination renaissante. Leurs nouveaux compagnons avaient ressenti l’amour que Jarwal éprouvait pour elle et ce bonheur la gonflait de forces. Elle aurait pu monter jusqu’aux neiges éternelles qu’elle apercevait au loin.

« Il n’y a personne dans le village, annonça un des Maruamaquas, un amalgame de feuilles, de mousses et de champignons, campés sur deux jambes noueuses et affublés d’une houppette hirsute.

-Comment le sais-tu ? demanda Jarwal.

-Il n’y a pas d’amour dans l’air. Et quand on approche d’un camp Kogis, c’est toujours ce qu’on ressent en premier, et de très loin. »

 

Il ne se trompait pas. Le camp était bien désert. La troupe erra au hasard des maisons. Jarwal passa près d’une cabane sans fenêtre, un rectangle grossièrement assemblé, juste doté d’une porte entrouverte, comme une geôle fracturée. Une impression désagréable, comme un souvenir lointain et douloureux.

Gwendoline le rejoignit au milieu de la place.

« C’est ta musette mon aimé. Elle était suspendue dans une hutte.»

Elle tenait un sac de toile.

« C’est moi qui l’ai faite, je la reconnais bien. Et il y a tes petits sacs de graines à l’intérieur.

-Pourquoi faire des graines ?

-Ce sont les préparations que tu as faites avant de venir ici. Tu m’as parlé d’une préparation qui permettait d’accélérer la pousse de n’importe quelle plante à partir de tout ce qui est vivant. Je me souviens très bien de cette discussion.

-Tu as bien de la chance, répliqua le lutin, désabusé.

-Nous allons retrouver les Kogis, Jarwal. Et ils nous aideront, lança aussitôt Gwendoline. Et nos petits amis sont là aussi. »

Elle ne voulait plus de sa détresse, elle ne voulait plus de cet abandon désespérant.

« Bon, chers amis, les Kogis sont plus hauts dans la montagne, ils ont une mine d’or au pied des montagnes.

-C’est là que les Espagnols doivent les retenir, ajouta Jarwal.

-Et c’est là-haut également que sont montés les autres hommes qui les poursuivent. Nous avons trouvé des traces très nombreuses dans l’herbe, des pas d’hommes qui écrasent tout, vraiment facile à suivre. Jamais les Kogis ne marcheraient de cette façon.

-Vous pouvez nous guider ? demanda Gwendoline.

-Bien entendu ! Cela fait bien longtemps que nous ne sommes pas allés ressentir tout cet amour que les Kogis offrent à la Terre Mère. »

 

Ils quittèrent le village et s’engagèrent sur la piste montante. Les Maruamaquas se montraient toujours aussi volubiles et joyeux, discutant entre eux, alternant les taquineries et les embrassades, se transformant soudainement en oiseaux pour enchaîner des acrobaties ou en grenouilles jouant à saute-moutons. Leur joie de vivre semblait inépuisable. Et toujours ces yeux éblouissants comme des lanternes.

Jarwal profita d’un intermède dans leur exubérance.

« Que savez-vous des Kogis exactement ?

-Ils sont comme nous, ils savent que la Terre est un être vivant. Les montagnes sont la structure ou le squelette comme vous dites, le vent est le système respiratoire, l’eau est le sang, la végétation est un système pileux qui favorise la transpiration, c’est aussi l’organe de la respiration, la terre est l’élément qui permet l’échange nutritif, tout ce qui vit est fondé sur le même fonctionnement. Nous ne sommes que des formes répondant à un système identique. Les Kogis ont une vision très complexe de la Nature. L’équilibre de leur clan dépend de celui de la Nature. Leur savoir n’a qu’un objectif, c’est celui de maintenir l’équilibre entre les forces créatrices et les forces destructrices des êtres humains. C’est par la juste pensée que peut s’établir l’osmose entre la Terre Mère et les êtres humains. Ils aiment méditer, comme nous.

-Quand on vous voit vivre, on a du mal à penser que vous aimez méditer, s’amusa Jarwal.

-Une vision très restrictive, cher lutin. Encore une fois, tu te contentes d’une activité visible. Mais que sais-tu de notre vie intérieure, que sais-tu de notre vie lorsque nous réintégrons le corps de notre Mère Terre?

-Excuse-moi, compagnon, tu as raison, je manque de discernement et je pose trop vite des conclusions partielles.

-Il en est de même avec les hommes blancs qui pourchassent les Kogis. De ce que nous savons, ils les considèrent comme des sauvages, des primitifs, juste parce que leur intérêt spirituel est bien plus élevé que leurs intérêts matériels. Les Kogis ne cherchent pas à posséder des biens extérieurs mais à bien posséder leur richesse intérieure. Les envahisseurs ne s’appartiennent pas eux-mêmes en courant ainsi et ils vivent en dehors d’eux-mêmes étant donné qu’ils ne voient que les éléments extérieurs qui les entourent et qu’ils veulent posséder. Ils se nourrissent des émotions chocs alors que les Kogis vénèrent l’émotion contemplative.

-De quoi s’agit-il ? demanda Gwendoline, fascinée par les paroles de ces petits êtres.

-L’émotion choc consiste à se laisser conduire par une multitude successive d’émotions fortes. A peine finie, cette émotion forte laisse un grand vide et l’individu s’efforce aussitôt de la remplacer par une autre. Ce qui manque à cette expérience, c’est le recul lié à la contemplation, un regard intérieur qui permet d’analyser ce qui peut être compris de cette expérience. Tout cela implique un temps de recueillement. Les Kogis se recueillent souvent. La Terre est un temple accueillant pour qui veut bien y entrer. Spirituellement. Les Kogis connaissent les dangers de ce que nous appelons la pensée émotionnelle. La pensée émotionnelle est un assemblage de deux entités : la pensée et l’émotion qu’elle génère. Dès qu’une émotion vient se greffer, la pensée n’est plus maîtrisée, elle n’est plus observée, elle est prise dans un tourbillon de colère, de frustration, d’envie, de jalousie, d’euphorie, d’espoir, d’attente, d’illusion…Ça n’est plus la réalité mais l’interprétation de la réalité par une pensée influencée par une émotion. La pensée émotionnelle se nourrit de la succession des émotions choc. Si vous préférez, les émotions choc finissent par constituer une existence uniquement soumise à la pensée émotionnelle. Il n’y a plus aucun discernement mais un aveuglement produit par les mirages éblouissants que les egos avides fabriquent eux-mêmes. Tout cela est très complexe et c’est pour cela que les Kogis prennent beaucoup de temps pour prendre une décision. Ils veulent être certains que les émotions ne sont pas venues perturber la qualité des pensées et des réflexions. »

 

Kant et la Révolution.

Par Le 29/10/2011

"Les Lumières, c'est la sortie de l'homme hors de l'état de tutelle dont il est lui-même responsable. L'état de tutelle est l'incapacité à se servir de son entendement sans la conduite d'un autre. On est soi-même responsable de cet état de tutelle quand la cause tient non pas à une insuffisance de l'entendement mais à une insuffisance de la résolution et du courage de s'en servir sans la conduite d'un autre...Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières. Paresse et lâcheté sont les causes qui font qu'un si grand nombre d'hommes, après que la nature les eut affranchis depuis longtemps d'une conduite étrangère, restent cependant volontiers toute leur vie dans un état de tutelle, et qui font qu'il est si facile à d'autres de se poser comme leurs tuteurs. Il est si commode d'être sous tutelle. Si j'ai un livre qui a de l'entendement à ma place, un directeur de conscience qui  a de la conscience  à ma place, un médecin qui juge à ma place de mon régime alimentaire etc, alors je n'ai pas à fournir moi-même d'efforts."

KANT

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La problématique posée par ce texte concerne la situation des hommes lorsque celle-ci ressemble davantage à une soumission passive qu'à une liberté issue de leur entendement. Kant considère en plus que les hommes sont responsables de cette situation et que cette "mise sous tutelle" est la conséquence de leur incapacité à user de leur "entendement" mais plus encore de la conséquence de leur "lâcheté". Il semblerait selon ce texte que les hommes ne sont pas asservis par la force d'une puissance étrangère mais, à l'origine, en raison de leur propre abandon, de leur "paresse."

On peut s'interroger sur cette situation de soumission. Est-elle réelle ? Concerne-t-elle tous les individus ? Existe-t-il une responsabilité de la part des victimes elles-mêmes ?

L'auteur ne laisse aucun doute sur son jugement. Pour lui, il n'y a aucune interrogation mais un état de fait général, universel. Le ton cynique, sarcastique est destiné à montrer de façon crue et détestable cette propension des hommes à se vautrer dans la bassesse. Le fait d'opposer des termes aussi forts que "paresse" et "courage" est révélateur.

Kant parle de courage car il est indéniable pour lui que cette situation réclame une prise de position pleine et entière, non seulement une prise de conscience mais un engagement à travers des actes. Puisque l'homme est "responsable" de cette soumission passive, il doit par-delà son entendement initial être responsable de sa révolte. L'entendement n'est pas suffisant. Il n'est qu'une étape intellectuelle. La cause ne vient pas d'une insuffisance de l'entendement mais à une insuffisance de la résolution qui devrait en résulter.

Les hommes délèguent leurs décisions et leurs actes à d'autres hommes qui leur paraissent plus aptes à les guider et à les prendre en charge. Ce raisonnement, car il s'agit bien d'un raisonnement, aussi primaire soit-il,  est à la source de la soumission et du pouvoir.

Même si je ne sais pas soigner une dent cariée et que je me dois m'en remettre au dentiste, je peux assumer l'entretien de mes dents et veiller à la qualité des aliments que je consomme. Le fait de m'en remettre selon les situations à des gens plus performants que moi dans certains domaines ne signifie pas pour autant que ce choix doit s'étendre à l'ensemble de mon existence et surtout pas aux domaines existentiels.

C'est là qu'il faut rester vigilant pour ne pas sombrer dans une complaisance assassine envers cette paresse et cette lâcheté.

Il y a dans "Le Bon, la Brute et le Truand" une réplique culte.

"Le monde se partage en deux catégories. Il y a ceux qui ont une arme et il y a ceux qui creusent. Toi, tu creuses. "

Selon Kant, on peut rajouter que ceux qui possèdent une arme et donc le pouvoir en disposent parce que ceux qui creusent les ont autorisés par leur soumission originelle à user d'une arme.

Si on prolonge la réflexion, les dictateurs ne sont pas des hommes plus puissants mais simplement des hommes qui ont saisi l'opportunité que la masse leur offrait. C'est la masse par son comportement lâche et servile qui donne le pouvoir aux dictateurs. Il n'est pas permis de critiquer les dictateurs avant même d'avoir pris conscience de ce comportement. La seule solution pour s'extraire de ce rapport de faible à fort, est d'avoir le courage de se servir de son propre entendement et non de se contenter d'un entendement servile. Il ne suffit pas d'analyser une situation. Il faut oeuvrer à son évolution. 

Ce texte issu de l'époque des Lumières correspond au mouvement actuel des "Indignés". Ce mouvement n'attend pas des gouvernants des solutions miracles. Ils les proposent. Leur entendement et leur analyse de la situation les conduisent à entrer en résistance. Ils agissent. L'asservissement est généré aussi par le silence. Pour combattre, il faut d'abord saisir l'ensemble de ses insuffisances.

Une autre question surgit dès lors. Pourquoi les hommes en sont-ils arrivés là ? Est-ce un état naturel dont se servent les Puissants?  Mais dans ce cas-là, pourquoi les Puissants n'en sont-ils pas eux aussi les victimes ? Comment sont-ils devenus Puissants si cet état de laxisme existentiel est un état naturel ? Les Puissants sont bien pourtant des hommes.

La problématique ainsi posée met en évidence la part sociale de l'homme. Son statut de citoyen, c'est à dire un individu inséré dans un microcosme relationnel. Les Puissants oeuvrent à la pérennité de leur statut. Par héritage bien entendu mais bien plus encore par l'éducation. De la même façon, les asservis sont conditionnés à une existence soumise. Les Puissants se chargeront de les y maintenir par d'habiles subterfuges et en se servant de la paresse et de la lâcheté de la masse.

Il n'y a rien de naturel. Tout est éducatif. Certains vont naître avec une cuillère d'argent dans la bouche mais l'environnement va se charger de leur apprendre à s'en servir. Les asservis se contenteront de les envier et de geindre. 

Les Philosophes des Lumières ont mis en avant le droit des hommes à être responsables lorsque ce droit finissait par apparaître comme insaisissable.

 

Jean Jacques Rousseau disait « qu’on perd dans l’asservissement jusqu’au désir d’en sortir. »

 

Les révolutions arabes viennent de prouver qu’il n’en est rien. L’asservissement corrompt les âmes, contraintes à de multiples compromissions pour subvenir à l’essentiel. Toute l’énergie des individus s’y perd. La peur de la perte des biens vitaux devient générale et les individus en viennent à percevoir la masse environnante comme l’adversaire à combattre. Les Puissants entretiennent cette peur et l’amplifient si nécessaire. Elle sert leurs intérêts.

L’entendement devient dès lors la source des actes. Il faut parvenir à cet état d’observation macroscopique, une élévation au-dessus de la masse pour prendre conscience des entrelacs instaurés par la matrice, cette entité constituée par des individus anonymes, travaillant dans les palais. Une fois cette observation validée, chaque individu ayant effectué sa propre analyse et pris conscience de l’émergence d’une pensée commune, les individus éveillés peuvent entamer une tâche évolutionniste. Il ne s’agit pas de chercher des guides mais de favoriser par un travail intérieur son propre éclairage au risque d’être éblouis et par conséquent manipulés par les tenants des lampions…

Les Philosophes des Lumières prônaient la raison comme étendard. Il faut y adjoindre le courage.

Il reste ensuite à ne pas tomber dans l’euphorie magnifiée par des individus avides qui cherchent à se présenter comme les nouveaux Guides. Combien de Révolutions portées par les peuples et tombées aux mains des Puissants ?

La France en est un "bel" exemple.     

Que reste-t-il de cet héritage ? Une démocratie ? Où ça ?

L'émotion observée

Par Le 28/10/2011

Lorsque je lis les directives ministérielles sur les objectifs de l'école primaire, je suis consterné de l'absence de TOUT travail existentiel ou spirituel.

Quels que soient les gouvernements successifs d'ailleurs et le prochain ne fera pas mieux. Je n'ai aucune illusion. Manquerait plus que ça que je me fabrique des illusions...

Emotionnellement parlant, j'ai bien du mal à ne pas céder à la colère.

Et les émotions devraient justement être un sujet analysé à l'école primaire.

Qu'est-ce qui me met ainsi en colère ?

Depuis mon CM2, j'ai voulu être instituteur. Mon Maître s'appelait Mr Quéré et je l'aimais.

Au collège, j'ai eu Mr Pichon, un prof de Français. Lui aussi je l'aimais.

Et puis Mr Ollier au lycée, prof de Français en seconde et en première. Lui aussi, je l'aimais.

Et puis Mme Sotirakis, prof de philo en Terminale. Elle aussi, je l'aimais.

Et je sais que cette colère vient de l'outrage fait à ces enseignants hautement estimables. Ces gens-là oeuvraient pour l'humanité à travers une matière qu'ils aimaient. Ils ne cherchaient pas à produire des élèves performants mais à accompagner des êtres humains en formation. L'école n'était pas une fabrique de futurs salariés, ni même de citoyens responsables mais, avant toute chose, d'individus épanouis, éveillés, lumineux. Ces profs-là savaient que le reste suivrait. 

Aujourd'hui, on me demande de catégoriser les enfants, de les identifier, de les ficher, de les cadrer, de les formater, de dévoiler même des informations privées, intimes, de remplir des dossiers de plus en plus intrusifs. On me demande surtout de nier la personnalité et de limiter au maximum les extensions possibles de chacun.

Cette colère qui monte inexorablement, je sais qu'elle vient aussi de cet amour bafoué pour des professeurs vénérés. Car il me devient peu à peu impossible de propager à mon tour ce respect infini pour chacun.

Alors, émotionnellement parlant, cela devient parfois épuisant.

Mais je me dis aussi qu'il s'agit d'un chemin à suivre, d'une opportunité.

Si je laisse cette colère m'envahir, elle me perdra. J'entrerai dans ma classe avec un objectif d'insoumis et dès lors je ne serai pas ancré dans le don de soi mais dans la contestation envers un système.

Mais qui est en face de moi ?

Des enfants.

Pas le système.

Si je laisse mes émotions prendre la main, je m'y épuise et je n'ai plus rien à donner. A part peut-être cette colère.

Je me dois d'instaurer une priorité très simple. Ces enfants ne sont pas responsables de mes douleurs existentielles et ils n'ont pas à les supporter. Dès lors, cette émotion néfaste n'a rien à faire dans la classe.

Je connais les problèmes, je vois bien depuis trente ans ce que l'école devient. Je peux en parler, les dénoncer, les mettre sous les feux de mes petits projecteurs. Mais sans jamais laisser ces problèmes devenir en moi des pilleurs d'énergie.

Ce que j'ai à donner, je ne dois pas l'affaiblir par des combats émotionnels qui me ruinent avant l'heure.

"Agir dans le non-agir".

J'ai mis très longtemps à réaliser pleinement ce que cette expression pouvait signifier pour moi. Je ne dis pas que mon interprétation est universelle. Elle me convient et c'est suffisant.

Il est par conséquent aussi essentiel d'examiner les pensées que les émotions. "Qu'est-ce qui se passe en moi en ce moment ? " Il ne s'agit pas d'analyser avec méfiance mais juste d'observer. La méfiance créerait un état d'inquiétude et donc de résistance ce qui ajouterait à l'émotion une part néfaste, un système de parasites qui s'entretient et transforme l'émotion elle-même.

Il convient juste de laisser s'étendre cette émotion comme si elle était un visiteur de passage. Elle n'est pas moi mais un élément rapporté, évènementiel, provisoire. Si je m'identifie à elle, si je la considère comme une part de moi, je ne suis plus observateur mais dépendant d'elle. Je et elle se mêlent. Et je ne suis plus. Le problème vient de la charge énergétique diffusée par cette émotion, par cette pensée corporelle, par ce ruissellement de colère ou de joie. La fréquence vibratoire de l'émotion lorsque celle-ci prend le pas sur l'observation amplifie la pensée et le phénomène interne se renforce.

Le mental adore ces situations. Il y trouve un terreau favorable à son expansion. Les pensées se nourrissent des émotions et les émotions fabriquent de nouvelles pensées. Le mental va même s'efforcer d'entretenir cette anarchie intérieure en multipliant les pensées, soit pour résister aux émotions, soit pour les amplifier. La résistance aux émotions, lorsqu'elles se révèlent désagréables, n'est pas une issue. Elle génère de nouvelles pensées émotionnelles. Ce chaos interdit toute observation. L'individu n'est plus qu'un flot d'excroissances mentalisées. La paix est exclue de ce champ de bataille.

La pensée est d'ordre intellectuel et l'émotion d'ordre physique. Lorsque les deux entités agissent de concert, et que la conscience en est bannie, l'individu est en sommeil. Il rêve son existence et ne contrôle rien. A celui-là, tout arrive mais il ne fait rien. Il est sans cesse en réaction. Il réagit mais n'agit pas. Pour agir, il faut être dans le non-agir. C'est là tout le paradoxe.

Le non-agir est un état d'observation neutre. Le fait de ne pas générer de résistance conduira l'émotion à s'éteindre d'elle-même. Elle ne sera pas niée pour autant mais elle ne trouvera pas d'ancrage dans le mental. Parce que ça n'est pas le mental qui l'observe mais la conscience. Il ne s'agira dès lors qu'une bougie qui finira par épuiser sa réserve de cire. Les pensées émotionnelles se débrouilleraient pour reconstituer le stock...Ce qui importe, c'est d'oeuvrer au silence intérieur. Imaginez que la bougie s'est éteinte. Vous êtes dans le noir mais cette obscurité est une lumière intérieure. Vous décidez vous-mêmes des éblouissements et de leur durée.

Lorsque je suis ému par la beauté des montagnes, lorsque je suis dans ce silence intérieur, rien ne vient s'interposer. Je laisse l'émotion s'étendre et je l'honore. L'instant le plus beau n'est pas l'euphorie mais le retour à la paix. Car c'est dans le silence qui suit que la conscience se révèle. Je suis celui qui a rétabli l'obscurité lumineuse. Aucune lutte intestine, juste l'observation.

Si je cherchais à amplifier cette émotion réjouissante, si je cherchais à l'associer à des pensées discursives, à la prolonger par des raisonnements, des exagérations, des embrasements inventés, je me conditionnerai  à vivre la même illusion lorsqu'une émotion néfaste jaillira dans une autre situation.

Il n'y a pas de choix à opérer. Ca serait l'établissement d'un mensonge. Et de toute façon, si je m'abandonne à l'euphorie des émotions joyeuses, je m'abandonne symétriquement et simultanément au désastre des émotions douloureuses. 

On se retrouve de nouveau dans l'image de la balance et des deux plateaux. Je ne peux pas consciemment désirer remplir le plateau des bonheurs et vider celui des malheurs. C'est une tricherie irréalisable. 

Je peux par contre tenter de m'installer au milieu de la balance et apprendre à observer les déséquilibres, l'alternance des situations favorables ou défavorables, sans jamais mêler ma conscience aux pensées émotionnelles qui accompagnent ces troubles de l'existence. 

Résister et enseigner.

Par Le 28/10/2011

http://resistancepedagogique.blog4ever.com/blog/lirarticle-252147-1030669.html

 

"En conscience, je refuse d'obéir !"
Lettre d'un instituteur de Colomiers (31) à son inspecteur


Lettre au format PDF

Colomiers, le 6 novembre 2008

 

Monsieur l'Inspecteur,

 

 

 

 

 

Je vous écris cette lettre car aujourd'hui, en conscience, je ne puis plus me taire ! En conscience, je refuse d'obéir.

 

Depuis un an, au nom des indispensables réformes, un processus négatif de déconstruction de l'Education Nationale s'est engagé  qui désespère de plus en plus d'enseignants. Dans la plus grande précipitation, sans aucune concertation digne de ce nom, au mépris de l'opinion des enseignants qui sont pourtant les « experts » du quotidien sur le terrain, les annonces médiatiques de « réformes » de l'école se succèdent, suscitant tantôt de l'inquiétude, tantôt de la colère, et surtout beaucoup de désenchantement et de découragement. La méthode est détestable. Elle témoigne de beaucoup de mépris et d'arrogance vis-à-vis de ceux qui sont les premiers concernés. La qualité d'une réforme se juge autant par son contenu que par la façon dont est elle est préparée, expliquée et mise en oeuvre. L'Education Nationale n'est pas l'armée ! Il n'y a pas d'un côté ceux qui décident et d'un autre côté ceux qui exécutent ! L'honneur de notre métier est aussi de faire œuvre de raison, de critique et de jugement.

 

 

 

Aujourd'hui, la coupe est pleine ! Le démantèlement pensé et organisé de l'Education Nationale n'est plus à démontrer tant les mesures décidées et imposées par ce gouvernement l'attestent au grand jour : des milliers de suppressions de postes qui aggravent une situation d'enseignement déjà difficile, la diminution du volume horaire hebdomadaire, la préférence accordée à la semaine de 4 jours, pourtant dénoncée par tous les chronobiologistes, l'alourdissement des programmes scolaires malgré une rhétorique qui prétend le contraire, la suppression des IUFM, la disparition annoncée des RASED alors qu'aucun bilan de leur action n'a été réalisé, la réaffectation dans les classes des enseignants travaillant pour les associations complémentaires de l'école, ce qui mettra à bas grand nombre de projets éducatifs dont l'utilité n'est plus à démontrer, la mise en place d'une agence chargée du remplacement avec l'utilisation de vacataires, la création des EPEP où les parents et les enseignants seront minoritaires dans le Conseil d'Administration, la dévalorisation du métier d'enseignant dans les écoles maternelles et les menaces qui pèsent sur celles-ci, la liste est longue des renoncements, des coupes franches et finalement des mauvais coups portés à notre système éducatif. Sans compter, ce qui m'est le plus insupportable, l'insistance à dénoncer le soit disant « pédagogisme », c'est-à-dire les mouvements pédagogiques qui, depuis des décennies, apportent des réponses innovantes, crédibles, raisonnables à l'échec scolaire.

 

 

 

Le démantèlement des fondements de l'Education Nationale est un processus que je ne peux accepter sans réagir. L'objet de ma lettre est de vous informer que je ne participerai pas à ce démantèlement. En conscience, je refuse de me prêter par ma collaboration active ou mon silence complice à la déconstruction d'un système, certes imparfait, mais qui a vocation à éduquer et instruire, à transmettre tout autant un « art de faire » qu'un « art de vivre », en donnant toutes ses chances à chaque élève, sans aucune distinction.

 

1. Les « nouveaux » programmes constituent une régression sans précédent. Ils tournent le dos à la pédagogie du projet qui permet aux élèves de s'impliquer dans les savoirs, de donner du sens à ce qu'ils font, de trouver des sources de motivation dans leur travail. Cette vision mécaniste et rétrograde des enseignements, qui privilégie l'apprentissage et la mémorisation, va certainement enfoncer les élèves en difficulté et accentuer l'échec scolaire. Ces programmes sont conçus pour pouvoir fournir des résultats « quantifiables, publiables et comparables » Or, « en éducation, tout n'est pas quantifiable, ni même évaluable en termes d'acquisitions immédiatement repérables ». (Philippe Meirieu). Nous sommes bien dans une logique d'entreprise et de libéralisation de l'école. Désormais, les enseignants seront évalués sur les progrès des acquis des élèves, c'est-à-dire sur la progression des résultats chiffrés. C'est notre liberté pédagogique qui est ainsi menacée. Dans la mesure où les programmes de 2002 n'ont fait l'objet d'aucune évaluation sérieuse et que d'autre part nous ne savons toujours pas qui a élaboré et rédigé les programmes 2008, d'ailleurs sans aucune concertation digne de ce nom, nous sommes en présence d'un déni de démocratie et de pédagogie. Pour toutes ces raisons, je considère que ces programmes sont totalement illégitimes. C'est pourquoi en conscience, j'ai décidé de ne pas les appliquer et de continuer à travailler dans l'esprit des programmes de 2002.

 

2. Tout particulièrement, je refuse de m'inscrire dans la logique d'une « Instruction morale et civique » aux relents passéistes. C'est une insulte faite aux enseignants et aux élèves de penser que l'inscription d'une règle de morale au tableau, apprise par cœur par les élèves, fera changer un tant soit peu leur comportement ! Aujourd'hui, plus que jamais nous avons besoin de mettre en place dans nos classes des dispositifs qui offrent aux élèves la possibilité de se connaître, de se rencontrer, d'échanger, de se respecter. Nous avons besoin d'une éducation au vivre ensemble, car si nous ne le faisons pas, qui le fera ? L'éducation citoyenne est l'un des piliers de l'école pour construire une société ouverte, démocratique et libérée de l'emprise de la violence. La priorité aujourd'hui est d'apprendre aux élèves à se respecter, à réguler positivement les inévitables conflits du quotidien par la parole, la coopération, la médiation. Aujourd'hui, comme hier, en conscience, j'ai fait le choix d'une éducation citoyenne qui permette aux élèves de découvrir leur potentiel créatif et émotionnel au service du mieux vivre ensemble.


 

 

 

3. La réduction du volume horaire de la semaine scolaire de 26h à 24h apporte des bouleversements tels dans l'organisation des écoles, qu'il faut aujourd'hui parler de désorganisation structurelle. Le dispositif d'aide personnalisée pour « les élèves en difficulté » n'est qu'un prétexte démagogique pour supprimer les RASED. Ce dispositif porte un coup fatal à la crédibilité du métier d'enseignant. En effet, de nombreuses expériences pédagogiques d'hier et d'aujourd'hui ont montré et montrent que la difficulté scolaire se traite avec efficacité avec l'ensemble du groupe-classe, dans des dynamiques de coopération, de tutorat, de travail différencié, d'ateliers de besoin, etc. Le dispositif actuel considère que la difficulté doit être traitée de façon « médicale », avec un remède individuel, en dehors de toute motivation et de tout projet de classe. C'est une grave erreur. Ce dispositif est une faute contre l'esprit et la pédagogie. Dès la rentrée, en conscience, je n'appliquerai pas ce dispositif d'aide personnalisée tel qu'il est actuellement organisé. Ces deux heures seront mises à profit pour mener à bien un projet théâtre avec tous les élèves de la classe, répartis en demi-groupe, le mardi et le vendredi de 15h30 à 16h30, ceci avec l'accord des parents.

 

 

 

4. Les stages de remise à niveau pendant les vacances scolaires à destination des élèves de CM1 et CM2 sont eux aussi des dispositifs scandaleux et démagogiques destinés à caresser l'opinion publique dans le sens du poil. Mis en place sous le motif populiste qu'il est anormal que seuls les riches peuvent se payer des heures de soutien scolaire (dixit notre ministre), ces stages dont certains ne seront pas animés par des enseignants, ne règleront en rien l'échec scolaire. Ils sont destinés à appâter les enseignants qui souhaitent effectuer des heures supplémentaires avec bonne conscience, alors que dans le même temps des milliers de postes sont supprimés, aggravant ainsi les conditions de travail dans les écoles. Parce que je respecte profondément les élèves qui ont des difficultés et leurs parents et que je suis persuadé que ce dispositif est néfaste, je continuerai à refuser de transmettre des listes d'élèves pour les stages de remise à niveau.


 

 

 

5. La loi sur le service minimum d'accueil dans les écoles les jours de grève n'est pas autre chose qu'une loi de remise en question des modalités d'application du droit de grève. Il est demandé aux enseignants de se déclarer gréviste 48h avant la grève afin que ce service minimum d'accueil puisse se mettre en place. Ce qui signifie clairement que les enseignants doivent collaborer à la remise en cause du droit de grève ! On ne saurait être plus cynique ! La commune de Colomiers ayant décidé de ne pas organiser ce service minimum d'accueil les jours de grève, il devient inutile de se déclarer 48h avant. En conscience, je ne me déclarerai pas gréviste à l'administration et j'informerai les parents trois jours avant de mon intention de faire grève.

 

Dans son dernier ouvrage, « Pédagogie : le devoir de résister », Philippe Meirieu écrit : « Nous avons le devoir de résister : résister, à notre échelle et partout où c'est possible, à tout ce qui humilie, assujettit et sépare. Pour transmettre ce qui grandit, libère et réunit. Notre liberté pédagogique, c'est celle de la pédagogie de la liberté. […] Nous n'avons rien à lâcher sur ces principes pédagogiques. Car ils ne relèvent pas de choix passagers de majorités politiques, mais bien de ce qui fonde, en deçà de toutes les circulaires et de toutes les réformes, le métier de professeur dans une société démocratique.

 

 

Et devant les errances de la modernité, le professeur n'a rien à rabattre de ses ambitions, bien au contraire… Face à la dictature de l'immédiateté, il doit travailler sur la temporalité. Quand, partout, on exalte la pulsion, il doit permettre l'émergence du désir. Contre les rapports de force institués, il doit promouvoir la recherche de la vérité et du bien commun. Pour contrecarrer la marchandisation de notre monde, il doit défendre le partage de la culture. Afin d'éviter la sélection par l'échec, il doit incarner l'exigence pour tous.

 

 

Personne ne prétend que la tâche est facile. Elle requiert détermination et inventivité. Echanges, solidarité et travail en équipe. Elle exige du courage. Et la force de nager à contre-courant. Il ne faut pas avoir peur de la marginalité. Car, plus que jamais et selon la belle formule de Jean-Luc Godard, « c'est la marge qui tient la page. » »

 

Si aujourd'hui je décide d'entrer en résistance et même en désobéissance, c'est par nécessité. Pour faire ce métier, il est important de le faire avec conviction et motivation. C'est parce que je ne pourrais plus concilier liberté pédagogique, plaisir d'enseigner et esprit de responsabilité qu'il est de mon devoir de refuser d'appliquer ces mesures que je dénonce. Je fais ce choix en pleine connaissance des risques que je prends, mais surtout dans l'espérance que cette résistance portera ces fruits. J'espère que, collectivement, nous empêcherons la mise en œuvre de ces prétendues réformes. Cette action est une action constructive car dans le même temps il s'agit aussi de mettre en place des alternatives pédagogiques concrètes, raisonnables et efficaces.

 

 

 

Monsieur l'Inspecteur, vous l'avez compris, cette lettre n'est pas dirigée contre vous, ni votre fonction, mais je me dois de vous l'adresser et de la faire connaître. Le propre de l'esprit responsable est d'agir à visage découvert, sans faux-fuyant, en assumant les risques inhérents à cette action. C'est ce que je fais aujourd'hui.

 

 

Je vous prie de recevoir, Monsieur l'Inspecteur, l'assurance de mes sentiments déterminés et respectueux.

 

 

  

Alain REFALO

Professeur des écoles

Ecole Jules Ferry, Colomiers (31)

 

Lettre adressée à Mr l'Inspecteur de l'Education Nationale de la 17ème circonscription de la Haute-Garonne.

 

Lettre au format PDF

 

 

 

Barbarie

Par Le 25/10/2011

Yue Yue, la petite chinoise est donc décédée et cette mort a déclenché un phénomène "médiatique" en Chine et partout dans le monde où les images ont été diffusées. Les "spectateurs" se sont dit choqués...

C'est assez choquant en fait qu'ils se montrent aussi choqués...

3 Millions d'enfants morts en Afrique depuis le début de l'année. Ah, oui, mais ça ne passe pas en boucle sur le Net.

Je me demande si cette réaction révoltée devant l'abomination de la mort de cette petitte fille n'est pas davantage dûe au fait que les images vidéos ont placé les gens devant leur indifférence quotidienne...Ca n'est pas tant la violence de ce drame qui est effroyable mais bien que ça soit devenu possible. Parce que pour en arriver là, pour que ça concerne autant de personnes en si peu de temps, il faut vraiment que cette inhumanité soit inscrite dans les fibres.

Le système occidental transposé à la Chine mais avec une pression insoutenable sur les individus les a conduits à se retrancher derrière une indifférence effroyable.

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"Un froid si terrible" sur la société chinoise

Lettre d'Asie | LEMONDE | 21.10.11 | 14h34   •  Mis à jour le 21.10.11 | 14h35


Une petite fille en pantalon rouge se dandine sur une portion d'allée couverte, entre des boutiques de matériel de nettoyage. Des balles de marchandises si hautes qu'elles débordent d'une échoppe. On est à Huangqi, près de Foshan, un centre industrieux de la province du Guangdong.

Yueyue a 2 ans, ses parents, venus du Shandong, à l'autre bout de la Chine, tiennent l'une des 2 000 boutiques de ce marché de la quincaillerie de 400 000 m2, sorti de terre il y a dix ans à peine. En quelques secondes, c'est le drame. Une camionnette la renverse et passe sur son corps avec sa roue avant droite. Le chauffeur s'arrête un instant. Puis repart, écrasant une nouvelle fois la fillette avec sa roue arrière.

Un passant déambule sans prêter attention à Yueyue qui gît à terre. Survient un homme à Mobylette qui contourne l'enfant. Une troisième personne jette un regard sans s'arrêter. Puis une deuxième camionnette apparaît. Elle roule sur les jambes de l'enfant - essieu avant, essieu arrière. Défileront devant l'enfant blessée un cycliste encapuchonné et dégoulinant de pluie, à la monture chargée de longues tiges. Un triporteur pressé dont la benne est remplie de cartons vides. Une dame trottinant avec sa fillette. Un motocycliste qui s'arrête, perplexe, et se retourne même vers Yueyue.

Ainsi de suite jusqu'à la... dix-neuvième personne. Une petite dame sèche comme un coup de trique. Elle s'appelle Chen Xianmei et sera ensuite fêtée par les médias et couverte de récompenses. Mais, pour l'instant, ce n'est qu'une récupératrice de métaux qui arpente les allées du marché en quête d'un bout de ferraille. Quand elle voit la petite fille par terre, elle pose son baluchon et prend le corps mou comme une chiffe, le déplace sur le côté. Appelle à l'aide. La mère accourt, soulève sa fillette inanimée. C'est une jeune femme au beau visage émacié que l'on verra ensuite recroquevillée dans l'hôpital militaire de Canton où Yueyue a fini par être transportée. Son mari à côté d'elle est en sanglots.

La vidéo, capturée par une caméra de sécurité, a fait le tour des télés chinoises depuis mardi, et gagné les réseaux en ligne du monde entier. Vendredi 21 octobre, Yueyue est morte des suites de ses blessures.

Ce spectacle insoutenable de l'indifférence est un électrochoc pour les Chinois, qui s'interrogent, comme ils ne l'ont jamais fait, sur un syndrome qui n'est pas tout à fait nouveau - même l'écrivain Lu Xun le décrivit il y a plus d'un siècle, dans L'Appel aux armes. Inertie, crainte de se mêler des affaires d'autrui... On n'intervient pas, car personne ne le fait, la culpabilité en est alors réduite d'autant, divisée par le nombre d'indifférents avant vous : "Tout cela traduit une confiance bien faible dans la société", avance Hu Shenzi, un psychologue parmi d'autres qui donne son avis au Quotidien de Canton.

Des faits divers retentissants ont façonné en Chine le sentiment qu'un "bon Samaritain" ne risque que des ennuis. L'affaire Peng Yu, en 2006, est connue de quasiment tous les Chinois : à Nankin, un jeune homme, Peng Yu, qui s'était porté au secours d'une dame tombée dans la rue et qui l'avait conduite à l'hôpital, fut accusée par celle-ci de l'avoir renversée. Elle fit un procès, le juge lui donna raison. L'infortuné dut débourser plusieurs milliers de yuans. En août, un chauffeur de bus à Rugao, dans le Jiangsu, s'est arrêté pour relever une dame âgée qui avait fait une chute de vélo - elle aussi réclama une indemnisation. Mais la police visionna les images de la caméra du bus et découvrit que le chauffeur était innocent.

Avant Yueyue, d'autres affaires ont elles aussi conduit à des examens de conscience sur la réticence à se porter au secours d'autrui. Des cas de chauffards qui ne s'arrêtent pas, voire... achèvent leurs victimes, ont plusieurs fois ému l'opinion. Quand, il y a quelques semaines, une touriste américaine a plongé dans un lac d'Hangzhou, pour sauver une jeune fille qui s'y noyait, les internautes se sont extasiés sur son héroïsme. Mais voilà, rien n'y fait : un "grand froid" a gagné les rouages de la société chinoise et paralyse les "relations humaines", analysent les médias. Le service de microblog Sina Weibo, le Twitter chinois, a recensé près de quatre millions de messages sur ce thème de l'indifférence depuis l'horrible accident de Yueyue. Au moins 400 000 usagers avaient relayé, jeudi 20 octobre, le message : "S'il vous plaît, cessons d'être aussi froids !"

Enquêtant sur le marché d'Huangqi, le reporter du quotidien Nanfang Dushi Bao, de Canton, constate que personne ou presque ne connaît son voisin. On trime, on besogne et l'on ne pense qu'à ça, un "gigantesque marché et un froid si terrible" - à l'image, insinue-t-il, de la Chine entière. Sans foi ni loi, l'empire du Milieu ? Le paradoxe, c'est que tous ceux dont le premier réflexe serait d'aider une personne en difficulté craignent justement d'être entraînés dans un procès à l'issue aussi fluctuante que l'humeur du juge. Et qu'aucune loi ne sanctionne la "non-assistance à personne en danger".

Les autorités du Guangdong ont pris l'initiative de lancer sur le microblog Weibo une enquête pour sonder le public. 63 % des 18 000 personnes qui y ont répondu à ce jour sont favorables à une loi pour "protéger les bons Samaritains". Pour qu'un jour, peut-être, plus aucune Yueyue ne passe sous les roues de deux camionnettes de livraison et n'agonise sous les yeux de dix-huit passants.

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Ce qui est terrifiant, c'est de devoir légiférer, de devoir protéger les Samaritains.

Ce qui est  terrifiant, c'est de penser qu'il n'y a qu'en Chine que ces drames ont lieu.

On ne voit pas la misère de ce monde.

La Barbarie n'est pas une nouveauté. La seule distinction ici, c'est qu'elle a été filmée.

Les municipalités qui dressent des contraventions à ceux qui fouillent dans les poubelles. Les SDF qui vont mourir cet hiver dans les parcs publics. Pas la peine d'aller chercher l'horreur jusqu'en Chine. Lorsqu'on laisse s'installer le terreau des rejets, les rejets ne cessent de grandir. C'est l'apprentissage de la barbarie. Ensuite, il ne s'agit que de degrés dans l'horreur. Faut-il donc attendre qu'une petite fille soit écrasée pour qu'on s'indigne ? Alors, dans ce cas-là, c'est que la barbarie est déjà considérablement installée en nous, que nous y sommes habitués, que les milliers d'images diffusées par les télés du monde nous ont vacciné contre ses outrages et que nous devons être encore plus choqués que d'habitude pour réagir. 

La prochaine fois, ça sera quoi ? Je n'ose même pas l'imaginer.

D'ailleurs, si je voulais m'y prendre comme à la télévision, j'aurais dû commencer cet article par une page de pub, en insérer une autre au milieu et vous annoncer une série américaine ensuite pour vous inciter à encaisser les dix minutes de pub supplémentaire. Ca vous permettrait en plus d'oublier rapidement ce que vous venez de lire.

En toute conscience (spiritualité)

Par Le 25/10/2011

Le Cochon, la Chèvre et le Mouton

Une Chèvre, un Mouton, avec un Cochon gras,
Montés sur même char s'en allaient à la foire :
Leur divertissement ne les y portait pas ;
On s'en allait les vendre, à ce que dit l'histoire :
Le Charton n'avait pas dessein
De les mener voir Tabarin,
Dom Pourceau criait en chemin
Comme s'il avait eu cent Bouchers à ses trousses.
C'était une clameur à rendre les gens sourds :
Les autres animaux, créatures plus douces,
Bonnes gens, s'étonnaient qu'il criât au secours ;
Ils ne voyaient nul mal à craindre.
Le Charton dit au Porc : Qu'as-tu tant à te plaindre ?
Tu nous étourdis tous, que ne te tiens-tu coi ?
Ces deux personnes-ci plus honnêtes que toi,
Devraient t'apprendre à vivre, ou du moins à te taire.
Regarde ce Mouton ; a-t-il dit un seul mot ?
Il est sage. - Il est un sot,
Repartit le Cochon : s'il savait son affaire,
Il crierait comme moi, du haut de son gosier,
Et cette autre personne honnête
Crierait tout du haut de sa tête.
Ils pensent qu'on les veut seulement décharger,
La Chèvre de son lait, le Mouton de sa laine.
Je ne sais pas s'ils ont raison ;
Mais quant à moi, qui ne suis bon
Qu'à manger, ma mort est certaine.
Adieu mon toit et ma maison.
Dom Pourceau raisonnait en subtil personnage :
Mais que lui servait-il ? Quand le mal est certain,
La plainte ni la peur ne changent le destin ;
Et le moins prévoyant est toujours le plus sage.

JEAN DE LA FONTAINE

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"Celui qui ne sait pas est un imbécile, mais celui qui sait et ne dit rien est un criminel."

BERTOLD BRECHT

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Terrible dilemme...Nous avons d'un côté une vision fataliste, ce qui est ne peut pas être changé et il ne sert à rien de s'en tourmenter et de l'autre l'idée que l'ignorance est du domaine des imbéciles et que la connaissance non utilisée est criminelle.

 

Il faudrait bien évidemment analyser ces deux attitudes dans diverses situations pour juger de la pertinence d'un choix.

S'il s'agit de la mort inéluctable d'une fin de vie, il est inutile de se tourmenter, ça ne changera rien à l'affaire et ça serait même le meilleur moyen de se priver du temps qui reste.

S'il s'agit d'une menace extérieure envers cette vie, un risque rapporté, un danger qu'il est possible d'éviter, une sanction fatale à laquelle l'individu peut s'opposer, il convient à mon sens d'user de toute son énergie pour lutter. Ne serait-ce que pour l'estime de soi. Je ne veux pas être une victime consentante. Même si l'issue peut paraître périlleuse, je me dois d'honorer la Vie en moi par l'exploitation du potentiel qu'elle m'a offert. Il s'agit de mourir avec regret, certainement, mais sans remords. Ou éventuellement d'en réchapper.

Qu'en est-il maintenant de toutes les situations dans lesquelles le risque de mort n'est pas présent ?

Celui qui ne sait pas est-il un imbécile ?

Non, assurément, sinon cela sous entendrait que tous mes élèves sont des imbéciles.Et moi aussi au vu de tout ce qui me reste à apprendre.

Par contre, celui qui ne chercherait pas à savoir alors qu'il a conscience qu'il ne sait pas, celui-là serait un imbécile. Mais encore faut-il qu'il puisse disposer d'une aide, d'un support, d'un tuteur pour réaliser au moins qu'il ne sait pas.On ne peut apprendre que ce qu'on sait ne pas savoir.

Celui qui sait et n'agit pas est-il un criminel ?

On rejoint bien entendu le phénomène actuel des "Indignés". Nous savons que nous ne savons pas tout de la vérité et ce que nous en savons nous pousse à agir. 

Celui qui sait et ne dit rien participe au mensonge. C'est une certitude. Il entre dans le registre des "collaborateurs" par son silence. Un rappel historique et on sait à quel point l'Histoire se répète. Cette omission de la vérité a facilité les crimes. Même si l'individu n'est pas le bourreau, il l'autorise à agir.

Certains pourraient dire qu'autour de nous, il n'y a pas de crime, qu'on n'est pas en temps de guerre, que la juxtaposition des époques est indécente.

 

Il faudrait aller l'expliquer à ceux qui ont vu un de leur proche se suicider. En Grèce, le taux de suicide est en augmentation de 40%...Et les statistiques des suicides dans les entreprises françaises n'est pas à porter aux nues..."Allo, je suis bien chez France Télécom? _ Tut...tut...tut..."

Combien de personnes en dessous du seuil de pauvreté ? Combien de repas servis par les Restos du coeur qui n'ouvraient à l'origine que pour un seul hiver ?  Ceux qui s'efforcent de ne pas le savoir sont des assassins de la Vérité. 

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"Il y a deux vérités; L'histoire officielle, menteuse, puis l'Histoire secrète où sont les véritables causes des évènements. "

Honoré de Balzac.

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Le choix du fatalisme, dans l'exploration de la Vérité, est une insulte à l'Homme.

C'est le choix de la lâcheté. Je refuse d'accepter la version officielle. Celle des gouvernants, des financiers, des tireurs de ficelle.

Je ne veux pas être un imbécile mais je refuse avec encore plus de force d'être un criminel.

François Béranger

Par Le 23/10/2011

François Béranger

PARIS-LUMIÈRE

Texte écrit en 1978................ Et on continue, on continue, les murs sont de plus en plus épais, l'armée des citoyens grossit irrémédiablement...............Les rebelles se battront un jour pour sauver les quelques lopins de terre qui n'auront pas été dévastés.........;

Autrefois y avait des gens

Qui ont dit faisons des villes

Pour enterrer nos frayeurs

Ce sera plus simple à plusieurs

Ce sera plus simple à beaucoup

Derrière nos murs de pierre

L'oeil collé aux meurtrières

De chasser les hordes de loups

De chasser tout ce qu'est pas nous

Etrangers pestiférés

Truands saltimbanques filous

Juifs errants et faux prophètes

Jour et nuit de la lumière

Temples d'or chatoyants

Rumeurs douces de la vie

Tous les samedis la fête

L'âge d'or des villes vint

Villes phares éblouissants

Vers qui vont tous les désirs

Et les rêves de continents

Et puis les villes ont grandi

Sont devenues boulimiques

Monstrueuses et hystériques

Bouffant tout ne rendant rien

Gigantesques tentaculaires

Boursouflées et hydropiques

Pestilentielles et criardes

Villes mutilées dans leur corps

Qui exhalent des senteurs

De mille tortures chimiques

Cadavre très avancé

Nous nous sommes les produits

D'une de ces saloperies

Ça s'appelle Paris Lumière

Ça agonise comme Venise

"Sous les ponts de Paris

Coule la Seine"... et la merde

Nous nous sommes les produits

D'une de ces saloperies

Où l'un est l'ennemi de l'autre

Retranché aveugle et muet

Chacun fait sa propre geôle

Dans un désert surpeuplé

Des millions de morts s'agitent

Dans un flot d'indifférence

Tu me croises je te croise

Et vite nos regards s'évitent

On se frôle par accident

C'est la décharge électrique

Les nourritures éclectiques

Ensachées dans du plastique

Vont faire de nous des mutants

Grosses têtes et corps éthiques

Et bientôt le Centième Plan

Bétonnera notre cerveau

Plus jamais d'insurrection

Grâce au conditionnement

Alors nous naïvement

Pour nous sauver du néant

Par nos guitares fluettes

Nos ridicules voix aphones

On balance nos curieux chants

Chants dérisoires inutiles

Essayant juste un moment

D'être avec vous vous avec nous

Puis après comme si souvent

Dans la salle morte et déserte

La solitude va rentrer

Nous aider à tout ranger

Dans la nuit les bagnoles vont

Vers l'hôtel aseptisé

Dont les murs pissent une musique

De pauvres musiciens châtrés

Et dans le lit seul et froid

Mains en coquille sur le sexe

Comme un foetus dans un ventre

Rêves enluminés d'enfant

.

Pirates des Caraïbes...

Par Le 23/10/2011

MESSAGE DE L'HEBERGEUR;

Depuis cette nuit, des pirates informatiques lancent des attaques en direction de nos serveurs. Des techniciens sont mobilisés depuis le début de la nuit pour contrer ces attaques qui sont d’une ampleur unique. Ces pirates sont bien organisés et envoient des milliers de requêtes à la seconde depuis plusieurs serveurs piratés : cela a pour conséquence d’empêcher tout accès à e-monsite et à vos sites.

Il s’agit donc « juste » d’une attaque par déni de service (voir définition sur wikipedia) qui n’a aucun impact sur les données : c’est juste l’accès qui est impossible. Donc, il n’y a aucun risque de perdre des données : quand l’attaque sera contrée vous retrouverez vos sites et vos données comme avant.

Nous faisons le nécessaire pour rétablir l’accès rapidement mais il faut comprendre que ce genre d’attaque qui a clairement comme but de nous nuire est indépendant de notre volonté et imprévisible (les plus grands sites ont subi et subiront ce genre d’attaque).

Nous sommes bien sûr désolé, d’autant plus que cela ne tombe pas au meilleur moment…

Nous vous tiendrons informé sur le blog et sur notre page facebook des évolutions.

EDIT 13h40 : 2/3 des sources d’attaques ont été maîtrisées. Mais cela n’est pas suffisant pour que l’accès soit remis en place.

Vertiges de l'Amour à vélo.

Par Le 22/10/2011

Oui, je sais, c'est un titre un peu inhabituel ici ^^

Mais encore une fois, j'ai pu réaliser aujourd'hui à quel point cette activité ouvre un espace extraordinaire.

La Savoie n'est pas réputée pour ses mornes plaines et une virée en vélo, par ici, est toujours redoutable, dès lors qu'on s'attelle à maintenir un rythme élevé. Bosses, descentes, faux plats montants, murs, longues montées en lacets et quelques plats en fond de vallée.

On entre vite dans la concentration si on veut tenir...

"Appuie, monte la jambe, souffle, souffle, serre le ventre, pousse avec les abdos, ne bouge pas les épaules, arrondis le dos, ne t'occupe pas de la brûlure, oublie-la, oublie tout, laisse les gestes trouver leur auto-suffisance."

C'est là qu'il est possible de franchir un seuil. Lorsque tout se fait mécaniquement, lorsque le corps a trouvé cette symphonie intérieure, un accord parfait entre les muscles, le souffle, la circulation du sang, l'exploitation totale de l'énergie cachée.

Il arrive toujours un moment où il n'y a plus rien de pensé, plus aucune intention, plus rien de réfléchi. Tout se fait. C'est d'ailleurs à partir de là que la vitesse augmente encore. Parce qu'il n'y a aucune inquiétude, aucune idée d'économie, aucune réticence à aller puiser au plus profond. Il ne s'agit pas d'ivresse parce que sinon, la maîtrise du geste volerait en éclat. Je l'appelle l'euphorie. Un sentiment extraordinaire de puissance. Combien de fois il m'est arrivé de sourire et même de rire dans ce bien-être.

Aujourd'hui, j'essaie d'appliquer cette méthode à d'autres domaines. Tout lâcher. Ne rien retenir, plonger au plus profond et découvrir l'immensité de ce pouvoir. Etre là et soustraire toute forme de pensées réductrices, craintives, toute idée d'économie.

On pourrait penser que c'est épuisant mais c'est secondaire à mes yeux. Ce qui m'importe, c'est de ne rien manquer de ce que je suis.

Alors bien sûr, en fin de virée, tout à l'heure, j'ai pris des crampes. Mais je n'avais rien mangé depuis le matin. Hypoglicémie. La leçon est évidente. Il ne faut rien négliger...

Il est en tout cas déconcertant de constater, quand on observe ce jaillissement de l'énergie, qu'il est dépendant du retrait complet du mental, comme si celui-ci, dans ses arabesques chaotiques, instaurait un fardeau, une sorte d'enceinte et que le corps ne pouvait pas se révéler à lui-même tant que le mental l'entravait.

Il n'est jamais aussi beau de faire l'amour que dans cette complète absence de pensées. Et c'est là que l'osmose des partenaires est la plus flamboyante. Parce qu'ils sont eux-mêmes en osmose avec ce corps et l'énergie qu'il contient.

On ne s'endort jamais aussi bien que dans cette absence de pensées.

On ne travaille jamais aussi bien que dans cette absence de parasites, lorsqu'il ne reste qu'une unique pensée, associée à ce travail à mener.

Il me semble que cette exploration corporelle est un cheminement indispensable. Je ne parle pas d'une activité physique liée à une activité professionnelle, quotidienne ou même une activité physique modérée. Il s'agit bien d'une recherche effrénée de l'énergie, une tentative prolongée pour entrer dans ce champ démentalisé.

Les adeptes du zazen le pratiquent mais il me manquerait le bonheur du geste et les horizons des montagnes; Ca n'est pas pour moi. Ou pas encore tout du moins. Peut-être qu'avec l'âge et les limitations naturelles.

Je sais bien aussi que dans le cas d'efforts physiques intenses, les endorphines entrent dans la danse et que leurs effets sont puissants mais dans ce que je cherche à atteindre, il y a une part volontaire, il ne s'agit pas uniquement de pousser la machine jusqu'à l'extase endomorphique mais d'accompagner ce fonctionnement naturel par un travail mentalisé, dans un premier temps, puis une concentration sur un geste particulier pour finir par m'extraire de ce travail pour n'être plus que le geste simple.

S'il ne s'agissait que de l'effet des endorphines, il me faudrait bien plus de vingt minutes de vélo pour y parvenir.

Je ne suis pas mes pensées, c'est une évidence. Je ne suis pas non plus mon corps étant donné que celui-ci se renouvelle et se transforme constamment. Les scientifiques nous ont expliqué qu'en sept ans, les cellules d'un individu se sont totalement transformées. Les cellules apparaissent et meurent mais "je" survis.

Le corps est une partie de ce "je" qui survit mais il n'en est pas la Source. Il est absurde et totalement insignifiant de nous identifier à notre enveloppe tout autant qu'à notre mental.

La seule entité qui soit identifiable durant toute la vie d'un être vivant, c'est l'Energie. Et c'est elle qui me fascine. Mes "performances" physiques n'ont aucun intérêt pour elles-mêmes. Elles ne sont qu'un moyen. Le moyen d'entrer dans cet Amour de l'Energie, dans ce vertige incommensurable, non pas un vertige nauséeux mais une montée verticale vers les altitudes de la conscience. En sachant qu'il n'y a aucune limite, aucun plafond, aucune zone infranchissable. C'est un sommet sans fin.

Je ne sais pas où j'en suis et ça m'est totalement égal. Je suis là où je peux être.

C'est ce vertige de l'Amour qui m'émeut jusqu'aux larmes.


 

Vertiges2

VERTIGES

EXTRAIT

"Le glacier s'étire devant lui, nonchalamment, maquillé par endroits d'embruns scintillants. Des clairières de lumière guident les présents de l'astre vers des étendues insatiables. Dans cette cérémonie amoureuse, tout n'est qu'offrande.

Comme un somnambule fasciné, il chemine lentement entre les crevasses ouvertes. Il perçoit dans ses os les craquements de la glace et son sang est teinté par la nuit bleutée. Il se croyait vidé de tout mais il comprend maintenant qu'il s'est simplement retourné...Son intérieur est dehors...il a déjà ressenti cela, autrefois, sur un sommet...Peut-être n'est-ce pas si loin d'ailleurs. Il ne parvient plus à distinguer le temps qui passe. Il est assailli de sensations inconnues. Il saisit avec une précision extrême la rotation de la Terre, les courants d'air dans l'atmosphère, les soulèvements des océans aimantés par la lune, les mouvements indicibles de la croûte terrestre. Il en est presque effrayé. Tout ce qu'il capte est si éloigné de l'humain.

Pourquoi lui donne-t-on à connaître tout cela ? Qui est responsable ?

Il ne distingue plus son corps.

Il regarde sa main et il aperçoit dans les rides des sillons d'étoiles filantes. Il emmène cette main vers l'endroit supposé de sa joue mais il ne reçoit aucune information connue. Il a peur de disparaître dans l'espace et simultanément, il comprend que c'est déjà fait. 

Il ne s'agit plus seulement d'une cellule au bout d'un doigt, travaillant aveuglément pour cette zone limitée, ignorante du corps qui la porte, il ne s'agit plus d'un individu vivant à l'intérieur d'un espace inconnu, insensible à l'immensité qui le contient. Il est entré ailleurs...Dans une dimension synergique, dans un état d'ultime clairvoyance.

La cellule, au bout du doigt, est intimement liée au Tout...Et dans son entité, simple et unique, le Tout est inscrit.

Il devine alors combien il n'est pas lui mais bien plus. Sans savoir ce que c'est. Il est incapable de poursuivre sa découverte. Tout va trop loin. Il a l'impression brutalement que sa conscience est en expansion, qu'elle s'est inscrite dans le même élan qui porte l'Univers, qu'à l'intérieur de son crâne un processus s'est engagé, qu'il ne contrôle rien et que ce n'est qu'un début.

Il voudrait être sûr de ne rien oublier mais sitôt pensée, l'idée disparaît. Il en ressent une profonde injustice. Plus il tente de se concentrer, moins il comprend. Il doit s'abandonner, il le sent, tout ce qui se passe d'ailleurs n'est que ressenti. La raison est trop restrictive, il faut s'en dépouiller, ne rien vouloir, ça serait encore trop humain et l'humain est si faible. Il faut autre chose et c'est en lui. Il en est certain. Mais où ?

Devenir la sensation pure.

Ne pas vivre dans le monde mais vivre du monde.

Non, la solution n'est pas en lui, il le sent, il le sait, la solution, c'est le monde.

Etre soi, c'est se défaire de soi et entrer dans la complicité avec l'espace, avec la matière vivante qui grandit inexorablement, comme sa conscience.

L'Univers est en lui, il le comprend enfin et il s'étend avec lui, sur sa lancée.

Il dérive dans des courants de lumières inconnues. L'étendue des révélations qui s'éveillent le bouleverse.

Une étrange impression de chaleur se pose sur son visage. Pourtant, rien à l'horizon, n'indique la venue du soleil. Il voudrait comprendre mais aussitôt prononcée, cette volonté anéantit toutes ses chances de saisir. Il ne doit pas vouloir...Il cesse de penser et se laisse porter par sa marche lancinante.

Il écoute avec sa peau, et de nouveau une tiédeur le frôle.

Des courants solaires se sont glissés dans la nuit. Eclaireurs de l'astre, ils annoncent au monde l'élévation prochaine. Des effluves bienfaisants caressent sa peau. Il est heureux."

 

...

Fichage des enfants (école)

Par Le 21/10/2011

http://www.vousnousils.fr/2011/10/21/maternelle-les-enfants-sont-deja-beaucoup-evalues-515284
 
Le pro­jet d'évaluer les élèves de mater­nelle inquiète. Le ministre de l'Education natio­nale, Luc Chatel, a tenu à ras­su­rer en plai­dant pour un « repé­rage pré­coce » des dif­fi­cul­tés. Néanmoins le malaise per­siste. Entretien avec le Dr Geneviève Serre, pédo­psy­chiatre et res­pon­sable du centre dépar­te­men­tal du lan­gage à l'hôpital Avicenne à Bobigny (AP-HP).

Que pensez-vous du pro­jet évoqué par le minis­tère (lire enca­dré) d'apprécier les lacunes dans la maî­trise du lan­gage et aussi le com­por­te­ment des élèves de grande sec­tion de maternelle ?

J'y suis oppo­sée car les enfants de grande sec­tion ne sont pas en âge d'être clas­sés dans des caté­go­ries. Dans l'outil pré­senté, il y a un côté très pré­dic­tif avec évalua­tion des capa­ci­tés lan­ga­gières mais aussi du com­por­te­ment, or l'enfant se construit aussi à par­tir de ce que l'adulte se repré­sente de lui. Cela me rap­pelle la levée de bou­cliers, il y a quelques années, face au pro­jet de détec­ter dès la crèche et l'école mater­nelle les enfants qui pré­sen­taient des troubles du com­por­te­ment avec l'idée d'une pré­dic­tion à long terme (ndlr : en 2006, le col­lec­tif « Pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans » s'était élevé contre le pro­jet de loi et l'idée de créer un car­net de com­por­te­ment en mater­nelle). Et puis cette évalua­tion a déjà lieu : les méde­cins sco­laires doivent effec­tuer un bilan obli­ga­toire en grande section.

En France, envi­ron 10% des enfants d'une classe d'âge sont pour­tant atteints de troubles du lan­gage. Le dis­po­si­tif n'a-t-il pas le mérite de prendre en compte un pro­blème persistant ?

Oui, mais que va-t-on faire des résul­tats obte­nus ? Aujourd'hui, les enfants de mater­nelle sont déjà beau­coup évalués. Au centre du lan­gage, de nom­breux parents arrivent avec les car­nets et les points rouges, orange ou verts de leurs enfants. Je trouve ça ter­rible et c'est sou­vent très dur à vivre pour eux. Je crains aussi que les enfants de migrants ne soient mis à l'index avec un tel dis­po­si­tif alors que l'école doit jus­te­ment leur per­mettre si néces­saire d'apprendre le fran­çais. Et le risque existe que les établis­se­ments soient com­pa­rés entre eux, ce qui insé­cu­ri­sera les enfants, les parents et les enseignants.

Le pro­jet du ministère

Un pro­to­cole d'évaluation a été pré­senté jeudi 13 octobre par la direc­tion de l'enseignement sco­laire . Face au tollé que le "docu­ment de tra­vail" a sus­cité, Luc Chatel, ministre de l'Education, a fait machine arrière le 19 octobre. Les termes de « risque » et de « haut risque » pour clas­ser les enfants seront fina­le­ment reti­rés du pro­jet de « repé­rage pré­coce », facul­ta­tif, des élèves en dif­fi­cul­tés. Il a par ailleurs été pré­cisé que les don­nées res­te­ront à l'échelle de la classe, sans ins­crip­tion au livret scolaire.

Les ensei­gnants sont-ils aptes, for­més et habi­li­tés à repé­rer des troubles du com­por­te­ment et du langage ?

S'il s'agit de repé­rer les pré­re­quis néces­saires à l'apprentissage de la lec­ture en CP, les ins­ti­tu­teurs savent très bien le faire. S'il s'agit au contraire de diag­nos­ti­quer les élèves souf­frant de dys­lexie, il faut entre autres un bilan d'un ortho­pho­niste, ce n'est pas du res­sort des ensei­gnants. Mais on ne peut pas dire si un élève de mater­nelle sera dys­lexique alors qu'il ne sait ni lire ni écrire. Les enfants changent très vite à cet âge, ils mûrissent. Dans le docu­ment du minis­tère, une repré­sen­ta­tion de l'élève idéal est induite et cela me gêne. On a l'impression que l'objectif est nor­ma­tif alors qu'à 5 ans il me semble qu'on doit avoir le droit de ne pas être dans la norme ! L'objectif pre­mier de l'école devrait être d'aider les enfants à être auto­nomes, à avoir du plai­sir à pen­ser et à apprendre.

En admet­tant que l'on puisse détec­ter cer­tains troubles de l'apprentissage avant l'entrée au CP, à qui devrait reve­nir la charge d'aider les enfants à « redres­ser la barre » : des ensei­gnants bien for­més ou des « réédu­ca­teurs » extérieurs ?

Il est impor­tant de repé­rer un enfant qui a des dif­fi­cul­tés pour tra­vailler avec lui, en petit groupe par exemple, sur ses lacunes. Le vrai pro­blème, me semble-t-il, c'est qu'une fois les dif­fi­cul­tés repé­rées, quels moyens donne-t-on ? Les solu­tions ne sont pas toutes à l'extérieur de l'école. Elles existent, il faut nouer des par­te­na­riats, mais il existe déjà les RASED et un sys­tème de santé sco­laire, avec des psy­cho­logues et des méde­cins, sur lequel il faut s'appuyer. Et curieu­se­ment cette étape, fon­da­men­tale, on n'en entend pas du tout par­ler dans le projet.

Charles Centofanti

 

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Il faut savoir que ces RASED sont en voie de disparition. Les postes de "maîtres G" ont déjà été supprimés, les postes de "maître E" suivent la même voie et les psychologues scolaires voient leur secteur agrandir année après année étant donné que les départs à la retraite conduisent à des fermetures de poste définitifs.

Ce que tout cela signifie est très simple. Les évaluations des enfants ne sont QUE des fichages. Ce qui devrait être entamé dès l'identification d'une difficulté relève du défi insurmontable de la part des enseignants qui voient leurs effectifs gonfler année après année. L'individualisation est brisée dès l'école maternelle. 

Il n'y a acune intention d'aide de la part du gouvernement mais uniquement une identification et par conséquent un "enfermement" de ces enfants dans un JUGEMENT très subjectif étant donné qu'il est établi par l'enseignant seul sur la base de données nationales.

Je vois passer tous les ans des évaluations en CM2 qui n'ont pour seul objectif que l'établissement de statistiques, de graphiques, de pourcentages. Aucune considération existentielle, aucune intention humaine mais la limitation de l'enfant à son statut d'élève.

L'élève n'est qu'un "objet" politique.

L'enfant n'est qu'un consommateur en devenir.

Je précise que je n'attends rien de mieux de la part du prochain gouvernement.

L'oubli et le pardon.

Par Le 19/10/2011

LE PARDON ou L’OUBLI.

 

Une réflexion associée à l’idée que nos parcours de vie sont inévitablement alourdis par des évènements traumatisants et que nous les portons comme des fardeaux éternels.

Par quoi faut-il passer pour s’en libérer ?

Le pardon ?

L’oubli ?

Ou un autre « travail » ?

J’ai connu des expériences douloureuses. J’en ai terriblement souffert. Elles sont toutes reliées, imbriquées, elles se sont toutes nourries les unes les autres, comme un enchaînement imparable, une condamnation inéluctable. Comme si le premier drame avait créé en moi une route que je ne pouvais que suivre. Je sais aujourd’hui qu’il n’en était rien, qu’il ne s’agissait pas d’une condamnation mais de cette fameuse identification à laquelle le mental s’accroche parce qu’il s’agit pour lui d’un cheminement connu.

J’avais seize ans. J’ai découvert avec une violence extrême le monde de l’hôpital, de la souffrance, de la détresse, de la mort. Je veillais mon frère, cliniquement mort. Trois mois de calvaire. Et puis des mois de doutes, de peurs, d’espoir, de rémissions, de luttes, d’avancées, de progrès...

Un élément déclencheur, lui-même nourri par l’enfance, l’adolescence, les relations familiales, les questionnements existentiels. Mon engagement auprès de mon frère était généré par l’image que j’avais de moi et que les autres propageaient, entretenaient… Un garçon fragile, maladif, hyper sensible, timoré, introverti.

L’hôpital s’est révélé une opportunité. Découvrir ce que je portais au plus profond, briser cette image pesante, sortir de ce carcan, de cette identification de l’enfant chétif. Mais je ne l’ai pas compris à cette époque, rien n’était conscient. J’étais juste entré en lutte. Pour mon frère mais bien aussi pour moi… Je ne l’ai compris que bien plus tard.

Peu de choses sont conscientes d’ailleurs, sur le moment, tout au long de notre existence et encore moins à l’adolescence.

 

Je n’ai rien oublié de cette époque. Je n’ai jamais essayé d’oublier d’ailleurs, ni même d’entretenir les souvenirs. Ils étaient là et il a fallu que j’apprenne à vivre avec. Tout le problème vient de l’intérêt qu’on leur porte. Là encore, il s’agit d’identification. Comme si ce passé, aussi violent soit-il, reste ancré en nous, comme une teigne. Il faut comprendre ce fonctionnement pour s’en défaire.  

Je ne l’avais pas compris et j’étais tombé dans un autre rôle.

 

Je ne pense pas que l’oubli nous appartienne. Il me semble néfaste de vouloir y imposer une quelconque volonté. Lorsqu’un arbre perd une de ses branches sous le poids de la neige ou les effets d’une tempête, il ne cesse pas pour autant de grandir. Il cicatrise la plaie et continue sa progression vers la lumière. Aucun arbre ne reste figé sur la douleur, aucun arbre ne dévie sa croissance pour rester fixé sur cette plaie. On n’a jamais vu la cime d’un arbre effectuer une courbe pour se pencher sur la marque d’un traumatisme. L’arbre est porté par la Vie. Et la Vie n’a que faire des blocages. On en voit de ces arbres dont la croissance est déviée par un accident de parcours mais elle n’est pas arrêtée.

On parle chez les humains de « sidération ». Et bien, nous devrions apprendre à vivre comme les arbres.

Quand on essaie d’oublier, on doit identifier et réactiver ce qu’on cherche à oublier et dès lors on le réinstalle… Fonctionnement d’humain… Un piège intraitable qu’on se fabrique.

 

Nous ne pouvons pas oublier volontairement. Mais nous pouvons laisser l’oubli s’installer.

Il est de toute façon une autre leçon à saisir dans le comportement des arbres. Demandez leur ce qu’ils ont fait hier et vous les entendrez rire.

Ce Temps qui nous obsède est une aberration psychologique, une damnation si nous n’y prêtons pas garde.

La question même de l’oubli est une insulte à la Vie. La Vie n’a pas de temps. Elle est. Lorsque nous nous accrochons à des souvenirs ou lorsque nous en souffrons, nous nous retirons de la Vie pour nous complaire ou nous faire souffrir de nos « conditions de vie ».

J’aurais pu mourir à petit feu dans les traumatismes de ma vie si j’avais continué à « penser » que ces évènements ou ces conditions rencontrées au fil du temps représentaient la Vie elle-même. Une effroyable erreur dans laquelle j’ai longtemps erré.

J’identifie trois voies dans l’existence. Elles sont représentées par une balance à plateau. Dans un plateau viennent s’accumuler les évènements favorables, ceux qui nous comblent de bonheur. A l’opposé se concentrent les évènements douloureux. L’individu inconscient dépense une énergie considérable pour tenter de maintenir l’équilibre. Il en va des évènements qui se sont réellement produits mais également de ceux qui entrent dans la dimension du fantasme. Parfois, seuls les fantasmes parviennent à remplir le plateau des évènements positifs… On entre dans le domaine de l’illusion. Et c’est effroyablement destructeur, une addiction redoutable.

On voit même des actes qui n’existent pas pour eux-mêmes mais pour un éventuel objectif à atteindre, une chimère ou un projet tout à fait honorable mais dont la projection temporelle va venir consommer à elle toute seule une énorme énergie. Jusqu’à faire courir le risque que le projet échoue. Et l’individu verra le plateau des évènements négatifs pencher fortement alors que ce projet était destiné à l’origine à venir charger le plateau des évènements positifs.

Tout ça ne signifie pas qu’on doive abandonner tout projet mais qu’il convient de ne pas y apporter autre chose que la réalité.

Il en est de même avec les souvenirs.

Ils n’ont aucune autre existence que celle qu’on veut bien leur accorder.

Si on parvient à laisser l’oubli s’installer et non à vouloir qu’il s’installe, on entre dans la voie du Milieu. L’acceptation.  Pas question de laisser-aller ou d’abandon. Il s’agit d’une voie éminemment difficile et qui réclame une totale exigence. En Occident, l’acceptation, tout comme le fatalisme ou le lâcher-prise, sont des notions négatives. Totale incompréhension de ce qu’elles représentent.

L’individu qui souhaite se libérer de l’alternance des deux plateaux de la balance, de ce gaspillage énergétique constant, de cette accumulation d’illusions, se doit d’œuvrer en pleine conscience.

 

Il ne doit jamais l’oublier. C’est la seule chose existentielle qui mérite de ne pas l’être.

 

Qu’en est-il du pardon ?

Est-ce que je dois me pardonner d’avoir été inconscient de tout pendant si longtemps ? Il ne servirait à rien en tout cas que je me le reproche. Ca serait de nouveau un ancrage dans le Temps. Ce que j’ai été n’est plus, ce que je serai n’existe pas. Le pardon porte en lui une attache au passé. Etant donné que ce passé n’a aucune réalité, il m’est inutile de m’inquiéter sur un éventuel pardon à m’accorder.

De plus, les erreurs que j’ai commises m’ont amené là où je suis. Elles ont participé à mon chemin, elles l’ont balisé. Il est inutile de les renier, de les maudire, des les conspuer tout comme il est inutile d’honorer indéfiniment les réussites. Au risque d’entretenir les deux plateaux de la balance.

 

Ce que j’appelle, la Voie du Milieu, correspond pour moi à l’idée que la Vie a une intention. Et que la seule intention que je puisse tenter de maintenir est de comprendre ce que la Vie propose.

L’oubli ou le pardon entrent dans la même dimension que l’espoir ou le fantasme. Des illusions psychologiques qui n’ont rien à voir avec le phénomène de la Vie.

 

Pardonner aux autres est-il possible ?

C’est l’arbre encore qui donne la réponse. Il n’en veut pas à la tempête qui lui a cassé une branche. Il ne s’intéresse qu’à la lumière du jour. C’est la Vie qui l’emporte. La tempête est une épreuve qu’il a franchie et ressasser l’évènement ne ferait que prolonger la lutte alors qu’elle est terminée. Que ferait-il d’un fardeau quand il s’agit de grandir ? L’humain voit dans cette attitude un abandon, une lâcheté, une vengeance ignorée.

Il en oublie sa tâche.  Celle d’aller voir plus haut. C’est la Vie qu’il méprise et par conséquent lui-même.

Mon frère est mort et j’honore sa mémoire en bénissant la Vie.

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