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Par Le 21/09/2011

CDS : pire que la dette, le produit financier qui pourrait provoquer la faillite des banques françaises...

François Fillon a taxé "d'irresponsables" mardi les propos de DSK qui avait assuré au 20h de TF1, qu'il fallait "prendre sa perte" de la dette grecque. Et si la restructuration de cette dette déclenchait un risque majeur "caché" pour les banques françaises ?



Comment en effet comprendre l’obstination des autorités françaises à refuser toute restructuration de la dette publique grecque ?

Comment en effet comprendre l’obstination des autorités françaises à refuser toute restructuration de la dette publique grecque ? Crédit reuters

Une lourde interrogation pèse sur le système bancaire européen, et plus spécialement français. Comment en effet comprendre l’obstination des autorités françaises à refuser toute restructuration de la dette publique grecque ? Le ministre allemand de l’Économie, Philipp Rösler, l’évoque ouvertement, son collègue des finances, Wolfgang Schäuble, de façon plus elliptique, mais François Fillon et François Baroin ne veulent pas en entendre parler. Dominique Strauss-Kahn la considère comme inéluctable (il faut « prendre ses pertes ») lors de son passage au 20h de TF1, le Premier ministre juge ces propos « irresponsables ». Pourquoi cette polarisation ?

L’engagement total des banques françaises s’élève à une quarantaine ou une cinquantaine de milliards d’euros, suivant les estimations. Donc si la Grèce restructurait sa dette à hauteur de 50%, la perte de 20 ou 30 milliards serait absorbable par les banques, à tout le moins avec une aide de l’État, qui au passage lui coûterait moins cher que les multiples plans d’aide à ce pays à la dérive.
La bombe des CDS, produits dérivés dangereux

Mais un élément de l’équation reste dans l’ombre : le montant des CDS, et surtout qui les a vendus. Un CDS (Credit Default Swap) est un produit dérivé qui permet de se protéger contre un risque de crédit, d’une grande entreprise ou d’un État. Si vous possédez des emprunts grecs, vous pouvez acheter des CDS auprès d’une banque qui propose ce produit. Vous lui versez à échéances régulières une prime (d’autant plus élevée que le risque de défaut est grand), et si la Grèce fait effectivement défaut sur tout ou partie de sa dette, la banque compense la perte.

Vu comme cela, ça à l’air rassurant, mais il y a deux éléments qui rendent ce produit extrêmement dangereux :

Vous pouvez acheter des CDS sur la Grèce… même si vous ne possédez pas d’emprunts grecs ! Simplement pour jouer, pour spéculer, et toucher le jackpot en cas de faillite du pays. C’est comme si vous pouviez acheter une assurance incendie sur la maison de votre voisin…

Ce produit n’est pas négocié sur un marché organisé et surveillé par les régulateurs, comme la bourse, mais « de gré à gré » c'est-à-dire dans une opacité totale. Et en plus il ne figure pas au bilan des banques, mais dans le « hors bilan », c'est-à-dire que les banques ne communiquent pas dessus et ne publient aucun chiffre.



Ce produit diabolique a été inventé dans les années 1990 par Blythe Masters de la banque JP Morgan (on lira sa très intéressante biographie écrite par Pierre Jovanovic), et connaît un succès foudroyant avec des volumes mondiaux qui dépassent les 50 000 milliards de dollars ! (pour vous donner un ordre d'idée, la dette publique des USA est de 14 500 milliards de dollars).

Si une société vend trop de CDS sans avoir les fonds propres suffisants, elle se met en danger de mort : c’est ainsi que l'importante société d'assurance AIG a fait faillite en septembre 2008, et a du être renflouée de 100 milliards de dollars par Washington, après avoir vendu quantité de CDS sur Lehman Brothers, convaincue que l’une des principales banques d’affaires américaines ne pouvait pas faire faillite…
Les banques françaises touchées par la crise grecque via les CDS ?

Revenons à la France : déjà lors de la négociation du plan d’aide à la Grèce signé le 21 juillet, il fallait éviter tout « événement de crédit » (restructuration de la dette) susceptible de déclencher les CDS. Depuis la situation de la zone euro a encore empiré. Alors soyons clairs : oui ou non les banques françaises ont-elles vendue des CDS sur la Grèce au point qu’un défaut total ou partiel de ce pays les mettrait en situation de faillite ? Voilà qui expliquerait l’obstination du gouvernement ! Le fait que la BNP, la Société Générale, le Crédit Agricole soient autant massacrés en bourse signifie-t-il que les investisseurs savent ou se doutent que c’est le cas ?

Il devient urgent de faire la lumière sur les engagements en CDS des banques françaises et européennes, et de rendre public cette information. Sinon les rumeurs continueront leur travail se sape, jusqu’à une faillite qui prendra tout le monde de
court.


http://www.atlantico.fr/decryptage/cds-credit-default-swap-crise-gre cque-risque-faillite-banques-francaises-186560.html

 

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Près de 5.500 collectivités locales françaises ont contracté auprès de Dexia Crédit Local des prêts "toxiques" qui les mettent en difficulté financière et en exposent certaines à la faillite, écrit mercredi Libération dans un article dénoncé par la banque.

Le quotidien, qui dit s'appuyer sur un fichier confidentiel de Dexia, précise que ces prêts ont représenté 25 milliards d'euros de 1995 à 2009, et que leur surcoût était estimé par la banque à 3,9 milliards fin 2009.

"Des données erronées et tronquées ont servi de support à cet article", a réagi Dexia dans un communiqué, ajoutant que "la banque examine toutes les suites juridiques à donner pour défendre l'intérêt de ses collaborateurs et de ses clients".

"Il est totalement infondé et irresponsable d'avancer que 'des milliers de communes françaises sont en faillite en raison des crédits structurés souscrits auprès de Dexia'", poursuit la banque. "Dexia réfute le chiffre de pénalités évaluées à 3,9 milliards d'euros qui est sans aucun fondement."

L'article de Libération est publié alors que l'opposition socialiste demande la création d'une "structure de défaisance" financée par une taxe sur les banques, un dispositif qui permet d'isoler ces prêts et de soulager les communes, départements, régions ou hôpitaux touchés. Le gouvernement a promis d'étudier cette proposition mais il n'y est a priori pas favorable.

La commission d'enquête parlementaire sur le sujet a repris mercredi ses travaux à l'Assemblée nationale. Elle devait entendre dans l'après-midi des élus de Saint-Etienne (Loire) et Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne), deux villes affectées.

Ces prêts ont pu permettre initialement aux collectivités concernées de réduire leurs coûts en bénéficiant de taux d'intérêt bas. Mais ces taux ont ensuite bondi en suivant des paramètres tels que la parité franc suisse-livre sterling, ce qui se traduit par une envolée des coûts de remboursement.

Libération cite l'exemple de la commune d'Antibes, qui aurait emprunté 60 millions d'euros et devrait payer 21 millions en plus, ou le département de la Loire, qui devrait rembourser 22 millions en plus des 96 millions de prêts.

30 À 35 MILLIARDS D'EUROS

Selon le quotidien, Dexia a couvert ces prêts aux collectivités par des contrats de "swap" avec des banques comme JPMorgan ou Goldman Sachs, contrats qui empêchent désormais la banque de transformer les prêts toxiques en prêts à taux fixe car elle s'exposerait alors à "un risque de perte énorme" face à ces banques.

La Cour des comptes estimait en juillet que 30 à 35 milliards d'euros des 160 milliards de dettes souscrites par des centaines de collectivités étaient toxiques et que 10 à 12 milliards présentaient un risque potentiel très élevé.

L'institution indépendante préconisait alors dans un rapport une loi interdisant aux responsables locaux de souscrire ces produits et proposait la création d'une "agence de financement des collectivités".

La commission d'enquête présidée par le député socialiste Claude Bartolone, président du conseil général de la Seine-Saint-Denis, un département concerné par ces emprunts, doit présenter des propositions avant la fin de l'année.

Dans le dossier des emprunts toxiques, plusieurs élus ont engagé des actions en justice ou porté plainte contre des banques, comme le maire PS de Saint-Etienne contre Deutsche Bank et Royal Bank of Scotland, le maire d'Unieux (Loire) contre Dexia, ou Claude Bartolone qui a porté plainte contre Depfa, Calyon (devenu Crédit Agricole CIB) et Dexia.

Julien Ponthus, Emile Picy et Jean-Baptiste Vey, édité par Gilles Trequesser

Par Reuters

Raison et nature (spiritualité)

Par Le 19/09/2011

"La raison nous trompe plus souvent que la nature."

Vauvenargues.

 

"Rien dans notre intelligence qui ne soit passé par nos sens. "

Aristote.

 

De la façon dont je perçois ces deux citations, il semblerait que la raison soit une entité dont la puissance lui confère la possibilité de s'extraire de la nature, une intelligence qui ne serait pas nourrie en partie par nos sens mais uniquement par notre intellect. Le cogito ergo sum de Descartes serait par conséquent une extension exagérée de notre conscience favorisant, non pas une osmose avec le Vivant mais une distanciation nourrissant une certaine prétention. Comme si cet intellect, associé à la raison, permettait de construire un piédestal et créerait l'illusion que nous ne sommes pas une extension du Vivant, et par conséquent de la Nature, mais une entité supérieure. Le fait de devoir observer nos émotions pour ne pas nous y soumettre ne signifie pas que nous devons nous en priver. Elles sont généréres par cette Nature en nous, ces cinq sens qui nous abreuvent et par leur interpétation inconsciente, spontanée, insoumise parfois. Se limiter à une raison cartésienne est une amputation qui au lieu de nous propulser vers une maîtrise de l'existence nous prive de sa source. A mes yeux, la complétude de l'individu passe par une observation lucide de tout ce que la Nature nous propose puis par une analyse vigilante de cette expérience. Il ne s'agit pas d'être un individu lobotomisé au regard des perceptions mais d'établir une osmose entre la richesse incommensurable de la Nature et cette raison qui l'observe. Dès lors, il est effectivement possible de faire en sorte que cette intelligence devienne une meta-conscience. Lorsque j'ai mal aux cuisses en vélo, j'ai conscience de cette douleur mais j'ai également conscience de cette prise de conscience, je sais que je suis celui qui observe celui qui ressent la douleur. L'animal qui souffre n'est peut-être conscient que de cette douleur mais je n'en ai aucune certitude...Ce qui m'importe en tout cas dans le saisissement de mes perceptions, de mes expériences, de mes émotions, sentiments, passions, émerveillements, colères, ça n'est pas de les réprimer mais de les laisser s'étendre au coeur de cette conscience afin de les épuiser à travers cette reconnaissance au lieu de les refouler et de construire en moi, un résidu émotionnel que je porterai comme un fardeau. Cette raison qui pourrait nous tromper serait à mes yeux ce refus obstiné de cette Nature qui vibre en nous, de ces expériences qui ne seraient que des dispersions, de ce combat prôné par des guides spirituels qui considèrent l'ego comme un bourreau. Je ne suis pas mon ego mais il serait absurde et destructeur de ne le concevoir que comme cet ennemi que je dois vaincre. Il fait partie de ma Nature, il n'est pas une entité venu je ne sais d'où et qui se serait accroché à moi comme une tique, il n'est pas une tumeur dont je dois me guérir, il est une partie de ce que je suis, une partie de ce que la Nature a voulu que je me charge, rien de surnaturel ou de contre nature, rien que je dois exclure. Cette intelligence que je peux développer, cette raison dont je peux user, elles ne seraient que des excroissances morbides si je les privais de cette Nature en moi.

C'est bien d'ailleurs, peut-être, la "raison" première de cette dégradation de cette Humanité moderne, de ces sociétés matérialistes et avides, de cette nécessité "d'avoir" au détriment de "l'être". Il ne reste que la raison quand la Nature est morte.

Lo Sai

Par Le 18/09/2011

A découvrir

 

http://www.losai-france.com/

 

et  à partager.

Walter Bonatti

Par Le 18/09/2011

Ils ne sont pas nombreux, les hommes que j'ai admirés, qui m'ont bouleversé, fasciné, émerveillé. Walter Bonatti en faisait partie. Sa mort ne change rien d'ailleurs.
http://alpes.france3.fr/info/m ontagne--walter-bonatti-est-mo rt-70395387.html?onglet=videos &id-video=GREN_1487242_1409201 11548_F3

 

J'avais 12 ans quand j'ai lu "A mes montagnes.' Mon choix de vie était fait. Je ne savais pas encore à cet âge-là que la quête spirituelle de cet homme m'avait autant marqué. Il n'y avait pas que cet engagement dans la haute montagne qui me fascinait mais tout autant, inconsciemment, ce cheminement intérieur. Cette écriture s'est inscrite en moi, comme une musique que je ne pouvais plus oublier.

 

http://www.editionsguerin.com/boutique_fr_article_51.html

 

 

 

Extrait :

" C’est comme si soudain j’étais revenu à la vie, après en avoir été infiniment éloigné. Je sens renaître l’homme, avec lequel ces derniers jours je n’avais eu aucun contact (…) Je sais que j’ai franchi la barrière qui me séparait de mon âme, je sens que le nœud que j’avais à l’intérieur de moi-même s’est enfin délié. Dans l’émotion de cet instant, je me surprends à pleurer et puis à chanter. ”


Extrait :

La lune monte dans le ciel, qu’elle inonde d’éclatante clarté, empêchant la nuit de s’assombrir, mais non de répandre son calme infini. Tout est immobile dans le grand gel de l’arrière-saison ; le silence est intact. Pas le moindre craquement des glaciers, pas de murmure lointain des torrents des vallées profondes, pas un souffle de vent. Rien que les étoiles scintillantes, une grande mer d’étoiles dans laquelle je voudrais me fondre. Tandis que la froide lune étire et retire sur la neige ses lames de lumière spectrale, moi je suis là, incertaine et fragile statue de glace, à respirer la magie d’une nuit qu’on dirait venue d’un autre monde. Je suis ivre de solitude et de cette imagination qui vous emporte parfois là où vous n’êtes pas, mais où vous voudriez être.[…]

La croupe s’aiguise maintenant en une longue arête de glace et, lorsque celle-ci se couche, je suis au sommet du Mont Blanc.
J’ai atteint mon but. Et maintenant j’ai l’impression que je vis un moment prophétique. Il n’y a plus autour de moi qu’espace et lumière, et les immenses chaînes silencieuses sous leur manteau de neige éternelle.
Nettement détachés au milieu de ces ondulations émergent le Cervin et le Mont Rose, nimbés d’un arc de vapeurs rouges qui annoncent l’apparition du soleil. Sous cette houle de montagnes s’allongent les grandes vallées vertes que la nuit remplit encore de son ombre. Le vent balaie librement les glacis de neige et s’insinue, glacé, sous mes vêtements, mais bientôt s’apaise, car le premier rayon de soleil vient de faire son entrée triomphale dans l’océan blanc du silence.
[…] Mes pensées vaquent, légères, en un incessant va-et-vient des choses à l’esprit et de l’esprit aux choses, je sens naître en moi des émotions nouvelles, des dimensions inconnues qui échappent toujours à mes tentatives de les expliquer et que le moi rationnel craint parfois de découvrir. L’intimité de la solitude m’engloutit totalement, et mon imagination prend plus que jamais son élan. Plus que jamais, j’ai vu avec les yeux de l’esprit, écouté la grande respiration de la nature, donné des dimensions humaines à l’infini. Au terme de mon errance, je me suis confondu dans l’univers. J’ai senti toute la beauté et la merveille de l’existence. J’ai enfin trouvé la vérité, la seule vérité possible au-delà de toute supputation : la vérité du cœur.

Plénitude de l'unité.(2)

Par Le 18/09/2011

Après avoir entièrement relu et modifié quelque peu, "JUSQU'AU BOUT" et "LES EGARES", je m'attelle à replonger dans "LA-HAUT".

Je souhaite apporter à ce texte les dernières réflexions qui me sont venues. Etrangement, d'ailleurs, je réalise à quel point, ce livre ne sera sans doute jamais fini...C'est peut-être pour cela qu'il n'a jamais été édité...Afin que je puisse le compléter au fil de ma vie.

 CHAPITRE 14                                                                       

"Il s’est levé à cinq heures. Très peu dormi.

Il marche vers le sommet des Grands Moulins. Il a garé le 4x4 sur le terre-plein habituel. Il est parti de bonne heure et espère atteindre au moins le col sous la dernière arête.

Autant il a pu voir dans l’apparition de la neige une similitude avec son esprit réclamant l’ensevelissement provisoire sous un tissu protecteur, la construction d’un refuge, autant la fonte actuelle de la neige et l’apparition d’un nouveau paysage révèlent immanquablement dans son esprit l’élévation de forces neuves.

Il marche dans son âme comme il marche sur la Terre. Avec un respect immuable et l’attente de nouvelles apparitions.

L’idée jaillit à la sortie d’un sous-bois. La Nature est le temple offert à l’homme pour se lancer dans la Voie. Mais l’homme, sans aucune reconnaissance, gonflé par ses prétentions, s’est extirpé de cette Nature impassible. La science affirme sans cesse qu’en expliquant les « comment », elle maîtrise les « pourquoi. » Ce n’est qu’une illusion. L’accumulation et la complexité des « comment » déjà identifiés par l’humanité ne lui a pas permis d’élaborer clairement la moindre explication originelle à tout cela. Nous sommes capables de comprendre les structures les plus diverses mais nous ne sommes pas pour autant capables d’expliquer, fondamentalement, l’existence de cette structure. Nous connaissons l’architecture du temple, ses contours, ses piliers, ses sculptures les plus abouties mais nous ne pouvons rien dire sur l’âme de l’architecte. En cherchant à expliquer cette architecture, nous avons oublié de l’aimer, en voulant imposer notre esprit nous avons délaissé l’Esprit. Notre égocentrisme a étouffé notre compassion et la nécessité absolue de contemplation. Seuls, les peuples appelés « primitifs » continuent d’adorer cet Esprit. C’est une des raisons profondes de notre volonté à les faire disparaître. Ils sont trop en opposition avec notre soif de puissance pour leur laisser la liberté de vivre différemment. Ils représentent tout ce que nous avons perdu et les éliminer favorisera la disparition de toute mémoire, l’anéantissement de la nostalgie. Il s’agit avant tout d’un problème spirituel, une certaine forme insidieuse de la mondialisation.

Dieu. Il a toujours autant de mal à se dégager des images imposées par la religion. Il ne pense pas à ce Dieu là. Celui qu’il ressent, il n’en a aucune représentation. Il s’agit bel et bien d’un Esprit et de rien d’autre. Et il n’a aucunement besoin d’un Jésus ni de ses apôtres, ni de toutes ces pratiques dogmatiques et étroites.

La Vie est son prophète.

La Terre est son église.

Les deux sont unis par l’Esprit.

Il ne comprendrait pas qu’un scientifique puisse exécuter son travail sans être frappé par la Foi. La Foi en la Vie. Non une Foi religieuse mais une Foi tournée vers l’Univers. Quel est donc le secret caché ? Et comment comprendre l’Architecte ? Qu’il soit  pur Esprit ou inconnaissable Energie ou les deux à la fois, quel que soit le nom qu’on lui donne, comment pourrait-on étudier tout cela sans succomber à l’Amour.

Il s’efforce sitôt achevée cette projection verticale d’en instaurer l’opposé.

Si l’Univers n’avait finalement aucun objectif, qu’il n’était qu’une succession anarchique d’informations ayant extraordinairement, et non « miraculeusement », aboutie à une organisation viable, si tout n’était qu’un formidable hasard, si toute l’évolution n’était   qu’un sursis à chaque instant maintenu, fragile équilibre, qu’une information malencontreusement insérée dans l’ensemble pourrait dérégler, alors nous ne serions également qu’un amalgame judicieusement assemblé à travers des millénaires de hasards, sous la menace permanente d’un grain de sable qui perturberait l’ensemble et entraînerait une évolution gigantesque ou peut-être notre disparition totale, ce qui à l’échelle de l’Univers, ne serait d’ailleurs qu’un infime changement. Ajouté à ce hasard dans lequel Dieu n’a aucune place, la Vie, si elle est considérée sous l’angle de la chair, n’est qu’une effroyable boucherie et cette abomination rejette avec encore plus de forces l’idée même d’un Créateur. Tuer pour vivre, telle est la règle. Tout, absolument tout, se transforme et évolue à partir d’autre chose. Tout est nourriture. Celui qui dévore sera un jour dévoré et chaque jour qui passe sur cette Terre voit se dérouler un épouvantable massacre dont il vaut mieux sans doute ne pas prendre conscience. L’incommensurable multitude de proies saisies à chaque seconde, ces chairs dépecées, ces ventres déchiquetés, ces herbes tendres broyées par des molaires d’herbivores et mâchées et remâchées dans l’ignorance du cri des herbes, ces êtres animés qui sitôt sortis du ventre maternel ou de l’œuf, pétrifiés par l’accession brutale à ce monde inconnu, vont périr déchirés par les dents acérées des prédateurs affamés qui veulent « naturellement » calmer les douleurs de leur ventre. La vie dans les océans est un condensé de ce monumental carnage. Les nuages d’œufs pondus, ces masses incroyables de vies larvaires, ces milliards d’alevins frétillants ne sont que les proies d’animaux plus grands et seuls quelques individus chanceux ou plus vifs survivront, permettant à chaque fois à l’espèce concernée de se sauver et de se reproduire, déclenchant aussitôt une nouvelle curée. Et tous les prédateurs qui se sont nourris de ces embryons et de ces diverses victimes n’ayant goûté à la vie qu’une poignée d’heures, seront à leur tour, alors qu’ils n’ont pas encore digéré leur festin, la proie d’autres animaux affamés, qui à peine rassasiés, serviront de pâture aux suivants, tout aussi voraces, impitoyables, indifférents. Tout se résume ainsi à un infiniment petit englouti par un infiniment moyen englouti par un infiniment énorme et tout cela massacré dans le même instant par l’homme, l’infiniment tueur. Car cet étripage constant mais naturel n’est sans doute qu’une fioriture si on le compare à ce que l’homme a commis, commet et commettra. Les millions de tonnes de poissons entassés et étouffés dans les filets dérivants et toutes les espèces « inutiles » rejetées aussitôt par-dessus bord sont avant tout des êtres frétillants de vie, et les monceaux de viande dépecés dans des abattoirs ruisselants de coulées sanglantes, ces agneaux, ces poulets, ces porcins hurlants sont des êtres vivants qui vomissent leur terreur.

Que dire des régiments d’enfants décimés dans les guerres, parfois en premières lignes, poussés par leurs pères, leurs viscères coulants dans leurs mains impuissantes, leurs jambes arrachées sur des mines anti-personnelles, leurs yeux crevés par des éclats d’obus, et les mères enceintes violées par des armées de monstres avant d’être éventrées et les bébés vivants cuits dans des marmites d’eaux bouillantes, les sexes coupés qu’on enfonce dans les bouches des prisonniers avant la dernière balle, les pendus qu’on lacère pour accompagner leurs derniers instants des rires ignobles des bourreaux qui se déchaînent, les blessés imbibés d’essence et autour desquels les tueurs dansent au rythme des flammes et des hurlements de ceux qui brûlent, il sait tout cela, il en a lu tout ce qu’il est possible de supporter. Le reste n’a jamais été écrit. Les lecteurs vomiraient sur les pages.

Si, sur cette Terre ensanglantée, chaque être vivant qui meurt poussait un cri puissant à l’instant où il succombe, qu’il soit animal, végétal ou humain, ce monde ne serait qu’un atroce hurlement indéfiniment prolongé et nous mutilerions certainement nos oreilles, préférant être sourds. Ce monde, sous l’angle de la chair, n’est que souffrance et notre naissance est le symbole même de ce piédestal sur lequel tout se bâtit car c’est notre mère qui souffre, parfois pendant des heures, pour nous donner vie.

Il s’arrête et sort le thermos de thé. Un gobelet. Les yeux fixés sur les mondes intérieurs.

Un hasard pourrait expliquer une évolution aussi monstrueuse mais un Dieu ? Se peut-il qu’un Etre créateur instaure volontairement une telle forme de Vie ? Et peut-on dès lors la qualifier de supérieure ? La supériorité par la mort. Voilà donc apparue la putain du Maître. Toujours prête à se donner, à s’ouvrir, indécente, à tout ce qui passe à sa portée. Faire mourir pour vivre, il n’y pas d’autre issue. Et la douleur, comme un soldat fidèle et attentif aux ordres de son Maître, insensible aux cris de pitié, viendrait ajouter à ce goût du massacre l’insupportable plongée dans les délires de l’âme humaine lorsque plus rien ne la maintient à flot et qu’elle s’abandonne à la répugnante délectation du sang. Et Dieu se cacherait là-dedans ? Difficile à admettre.

Le sac sur les épaules, reprendre les bâtons, relancer la mécanique des pas.

Il reste une dernière solution à laquelle la main mise inconsciente des religions lui avait interdit de penser. Se pourrait-il que Dieu soit un être fondamentalement mauvais qui s’amuse à nos dépends ? Se pourrait-il que cette nature que nous adorons ne soit qu’un terrain de jeu pour un Esprit pervers ? Que la beauté du décor ne soit destinée qu’à apaiser les douleurs que le Maître du jeu s’amuse à infliger à la troupe d’acteurs ? Se pourrait-il que la complexité de l’être humain, son évolution lente et obstinée ne soit pas un progrès mais une déchéance, l’éloignement sans fin du point d’équilibre ? Croyant courir après le bonheur, l’humanité, engagée dans une fausse direction, ne serait-elle pas finalement en train de le perdre de vue, de laisser disparaître dans les horizons lointains, dans une Histoire antédiluvienne, la Vie simple et belle, immuable, sans désirs de conquêtes, juste installée dans la contemplation du lever du soleil ? Dieu n’aurait-il pas choisi de laisser en paix les créatures les plus simples, de l’amibe au ver de terre en passant par la baleine bleue et de condamner l’espèce humaine à l’angoisse du néant, l’obligeant à s’épuiser dans une quête matérialiste totalement stupide mais qui l’amuse au plus haut point ?

Ne serions-nous pas ses victimes préférées ?

Il débouche au sommet de la pente de neige qu’il avait aperçue la fois précédente. Le col au pied de l’arête des Grands Moulins se dessine devant lui à une heure de marche.

Un thé chaud. En effectuant un tour d’horizon, il devine le col de Claran sous la montagne opposée. Il se retourne et inspecte la pointe du Rognier qui pourrait servir de prochain objectif. Entre les deux sommets, en contrebas, un vaste plateau à l’architecture complexe, coule en pente douce vers les forêts. Il prend la carte et étudie les différents sentiers. Au milieu du plateau, un petit point indique la présence d’un lac. Le lac vert.

La jeune fille. Comme il serait bon, au printemps, de monter avec elle vers les eaux claires.

Elle est là, en lui, et il aimerait tant qu’elle soit également à ses côtés.

Il range la gourde et s’empresse de reprendre sa progression.

Retrouver le fil des pensées.

La science et la théologie n’auraient jamais dû se dissocier. Même s’il semble qu’il existe un abîme entre la démarche scientifique, fondée sur des expériences rigoureusement prouvées, et la démarche théologique, construite sur une hypothèse injustifiable, elles contenaient peut-être, l’une et l’autre solidaires, respectueuses et attentives, les réponses essentielles. Séparées, elles n’ont aucune chance de parvenir, à travers les millénaires, qu’à l’accroissement de leur égarement respectif, qu’elles continueront fièrement, chacune, à nommer progrès. De multiples progrès, c’est certain. Pour la médecine notamment. Mais pour la compréhension de l’Esprit, il n’en sera rien.

Et l’ensemble de la masse, abandonnée par les chercheurs et les mystiques, qui auraient pu faire office de guides spirituels, continuera à errer dans les affres de cette angoisse existentielle, toujours fiévreusement étouffée, et avec une imagination fertile, sous les artifices de la modernité.

Une pénible nausée. Un tel gâchis.

L’échéance de sa réintégration dans le monde humain l’effraie de plus en plus. Comment réussira-t-il à préserver l’incandescence de ses pensées dans le marasme des jours quotidiens ? Jamais, auparavant, il n’était parvenu aussi loin. Il ne sait si toutes ces idées ont un sens réel mais elles correspondent à la réalité que, lui, il cherche.

Se disant cela, il comprend combien il est facile de basculer dans l’élaboration d’une religion. Il ne sait si ses théories ont une logique scientifique ou si la foi, uniquement, les guide mais il serait prêt à les considérer définitivement acceptables et même peut-être transmissibles. Concevant cela, il s’aperçoit de son orgueil et donc de son appartenance à l’humanité et à ses travers. L’idée lui déplaît fortement mais étrangement elle le convainc qu’il n’a aucune raison de devoir lutter contre les sentiments amoureux. Il s’agit sans doute du même ordre de choses, d’une autre faiblesse. Il n’est qu’un humain.

Et c’est bien peu.

Dieu ne lui est pas accessible. Le Hasard non plus. L’Architecte, quel qu’il soit, n’est pas identifiable. Ni même la Vérité. Pas pour l’espèce humaine, en tout cas.

Il se demande si les animaux n’éprouvent pas davantage la réalité de la Vie que nous. N’ont-ils pas su préserver le Contact ?

L’ultime Compréhension.

Mais alors pourquoi pas nous ? De quoi avons-nous été punis ? Et s’agit-il d’ailleurs d’une punition ou d’une mission à accomplir ? Dieu nous aurait-il envoyé une épreuve afin de juger de l’intérêt de cette espèce particulière ? Si c’est bien le cas, le Créateur doit être effroyablement déçu. Dès lors, cette désillusion consommée, se peut-il qu’il soit parti voir ailleurs, désespéré et n’ayant plus aucune attente ? 

Si Dieu est parti, nous errons dans le Temps à la merci de notre folie qui est sans borne ou du Hasard qui a repris la place laissée vacante.

Et si Dieu est toujours présent et que la mission qu’il nous a envoyée est bien réelle, la tâche à accomplir est d’autant plus immense que nous avons perdu l’objectif de vue, que dans la cacophonie de nos agitations frénétiques, nous n’entendons plus rien. Il n’est dès lors  pas certain que l’humanité soit engagée dans la bonne direction et le progrès qu’elle vénère n’est peut-être en réalité que l’approche de la fange. Si dès lors nous nous éloignons de l’objectif que Dieu nous avait assigné, combien de temps nous faudra-t-il pour nous en apercevoir, expliquer, convaincre la masse non pensante et enfin changer de cap ?

Peut-être s’agit-il d’ailleurs d’une lutte impossible, que le mal est déjà trop ancré dans chacune des cellules qui animent chacun des individus. Que nous tombons en refusant de le comprendre entraînés par la masse colossale de l’humanité. Nous nous sommes arrachés du corps de la nature et nous dégringolons emportés par notre orgueil et notre obstination à ne rien voir.

Les églises, quels que soient leurs noms, ne peuvent plus aider les hommes. Elles ont perdu l’essence même de la Vérité. Elles ne sont plus des temples où Dieu se présente mais des maisons closes où elles ont souillé Dieu, répandant sur la Beauté du mystère leur fiel prétentieux comme une semence assassine. Toutes les règles religieuses sont essentiellement destinées à créer un ciment, à établir une morale commune et donc à contenir les libertés individuelles, à les soumettre, à les anéantir. Les églises ne favorisent en rien la quête de Dieu. Elles l’ont limitée, lui donnant une direction unique, toujours imposée aux incroyants. On connaît les massacres, passés, présents et certainement futurs, perpétrés au nom de Dieu. Il déteste les églises. Dieu, s’il existe, ne peut pas être en dehors de sa Création. Il est dans le brin d’herbe et l’eau des ruisseaux, le vol agité du papillon et les yeux verts de la jeune fille de ses pensées. Que viennent faire les églises dans ce monde sinon le salir et retirer l’homme du temple divin de la Nature ?

Il marche, en lui, sur des pentes inconnues qu’il avait toujours côtoyées sans jamais les parcourir.

Il aimerait mêler à cette avancée étrange la jeune fille de la bibliothèque. Son bonheur alors serait entier.

Il est au pied de l’arête terminale des Grands Moulins. La ligne d’ascension n’est pas clairement visible. C’est un enchevêtrement de piliers ruiniformes et de couloirs enneigés, de blocs instables et de pentes lisses sur lesquelles la neige, pour l’instant, s’accroche. Deux ou trois heures, selon les détours nécessaires, lui semblent indispensables pour atteindre le sommet.

Ne pas monter seul. Une emboîture qui lâche et c’est la catastrophe. Personne ne sait où il est. Des heures de descente. Il sort du sac la paire de jumelles. Il inspecte minutieusement chaque zone et dessine une ligne possible dans les successions chaotiques d’arêtes brisées. La neige est un allié indéniable. Elle maintient les pierres instables et permet de remonter sans risque les zones terreuses qu’elle tapisse. Il ne doit pas attendre la fonte de printemps. La boue sous les pieds est un danger permanent. L’objectif devant lui est à la mesure de ses progrès et de ses élans. C’est là qu’il doit éprouver ses forces revenues, la maîtrise de ses pas.

Il fait demi-tour. C’est la guerre qu’il veut gagner et non seulement une bataille. Il n’est pas en situation de monter au front.

La jeune fille de la bibliothèque. Il a suffi qu’il redescende vers la vallée pour qu’elle s’invite dans ses pensées.

Il retrouve la voiture sans avoir cessé de penser à elle. Il saisit combien la lumière qu’elle diffuse dans son âme peut entraver ses recherches, que l’intensité de l’éclat peut l’aveugler et estomper tout le reste. Pour l’instant, il imagine la jeune fille face à lui mais dès lors ce n’est pas de l’amour, juste un éblouissement. Tant qu’il ne lui déclarera pas sa flamme, il ne verra rien d’autre que le feu de ses prunelles et ne parviendra pas à marcher à ses côtés. Pour avancer dans une direction commune, il faut fusionner et cesser de s’éclairer l’un l’autre. Il voudrait le lui dire, là, immédiatement. Il imagine la blancheur devant eux, l’extrême limpidité des horizons s’ils parvenaient, ensemble, à progresser vers le haut.

Il roule et ne peut arrêter le flot d’idées qui dévale.

Ces deux âmes confondues dans la même brillance, il les voit comme la communion parfaite, celle que l’être humain et la Terre ont autrefois connue. L’être humain et l’Univers, se corrige-t-il. L’amour entre individus, lorsqu’il est à l’échelle de la fusion des âmes, est une empreinte du paradis perdu. Tout le bonheur est là, toute la paix s’y cache. Rien n’est plus profond et plus révélateur que cet amour sublime. Le chant de l’oiseau parlait de cet amour. Et de communion avec le lever du jour. Le mode de conscience dualiste, aussi longtemps qu’il dominera le monde, maintiendra le gaspillage des ressources, l’emploi irraisonné des techniques, la destruction des environnements, l’intoxication des âmes. Chaque nouvelle loi, chaque direction économique, sera toujours prisonnière de ce champ de pensées étroit et néfaste, totalement opposé à l’idée que l’individu est une partie intégrante de la Nature, qu’il ne peut porter atteinte à un élément de la Vie, aussi infime soit-il, sans se détruire lui-même. Il sait que s’il portait atteinte à la jeune fille de la bibliothèque, il anéantirait l’amour, et lui-même, et sans doute un peu l’Univers.

La mort de Blandine a failli le condamner. Il se dit, et les mots lui font mal, qu’il a échappé à l’ensevelissement par manque d’amour. Lui et Blandine n’avaient pas fusionné.

Son Paradis n’était pas le sien.

Il est assis devant la cheminée. Il a rallumé le feu mais l’entretient à peine. Les températures sont douces. L’hiver éprouve de plus en plus de mal à retenir l’avancée du printemps. Il n’a pas vu les jours passer. Sa perception du temps est de plus en plus décalée. Les signes avant-coureurs des saisons le renseignent. Parfois une lettre administrative lui rappelle une date importante, une échéance à respecter, une visite médicale à effectuer. L’heure elle-même est indiquée. Une heure précise dans une vie d’homme. Tout cela lui semble si insignifiant. Nécessaire, sans doute, mais tout de même futile. Il n’est pas de ce monde là. Il le subit et tente juste de le supporter. Il imagine un départ pour une vie différente, dans un environnement sauvage. Une vie sur un voilier ou dans une île, au fond d’une vallée de l’Himalaya, dans la jungle Amazonienne, avec les Aborigènes ou les Inuits. Le choix n’est plus très vaste.

L’étau se resserre."

L'école mise à nue.

Par Le 17/09/2011

Manifeste contre le dépouillement de l’école

 

http://ecole.depouillee.free.fr/spip.php?article1

Nous, collectif contre le dépouillement de l’école, déclarons que les « réformes » appliquées à l’Éducation nationale n’ont de réforme que le nom, et qu’elles masquent en réalité, le plus insupportable, le plus dangereux des dépouillements. Aujourd’hui, selon une logique comptable et technocratique à courte vue, les fondements de l’école républicaine sont menacés, et l’idéal d’une éducation de qualité pour tous sapé à la base.

Nous proclamons aujourd’hui que « l’école est nue ».

Nue non seulement parce qu’elle est privée de moyens financiers, mais aussi et surtout parce qu’elle est amputée progressivement de son sens, expurgée de la visée humaniste qui, depuis les Grecs, lui donne son nom d’« école ».

L’école est dépouillée quand le gouvernement tarit les concours de recrutement de professeurs, quand il n’assure plus la relève des enseignants retraités, ni les remplacements de professeurs malades ou en congé, et qu’il fait appel à des « viviers de vacataires » non formés et corvéables à merci.

L’école est abandonnée, quand l’État se décharge de son financement sur les collectivités locales, supprime la carte scolaire et impose l’« autonomie des établissements », instaurant de telles inégalités entre académies, filières et élèves, qu’il bafoue ses principes républicains.

L’école est dégarnie, quand elle est vidée de sa présence humaine (surveillants, conseillers d’orientation-psychologues, médecins et infirmiers scolaires, assistants sociaux, assistants pédagogiques…), remplacés par des caméras de surveillance et autres portiques de sécurité.

Les professeurs sont démunis, placés devant des élèves sans formation pratique sérieuse quand ils débutent ; obligés, au détriment de la qualité de leurs cours, d’assumer des tâches de plus en plus nombreuses ; sommés, dans certaines filières « réformées », de se convertir à des disciplines qu’ils ne maîtrisent pas en l’espace de quelques semaines ; travaillant souvent sans manuel scolaire et sans savoir à quel examen ils préparent les élèves, car les nouveaux programmes sont appliqués dans la précipitation ; contraints de bricoler, de s’agiter, de faire semblant, de s’adapter à tout et surtout à n’importe quoi sous couvert d’innovation pédagogique.

Les professeurs sont destitués, désormais recrutés, selon leur conformité idéologique au modèle du « fonctionnaire responsable » davantage que pour leur maîtrise d’un savoir ; bientôt réduits à des employés lambda, privés de l’essentiel de leur liberté pédagogique, soumis à une concurrence absurde ; obligés pour mendier des moyens de vendre leurs « projets » comme une soupe, et de se battre contre d’autres professeurs pour conserver leurs heures de cours ou leur poste.

Les élèves sont spoliés, parqués à 35 ou 40 dans les classes, livrés à la loi des « flux », broyés dans la masse ; privés de centaines d’heures de cours dans les différentes disciplines, au profit d’activités-gadgets ; privés de dispositifs efficaces de soutien ; leurs familles rendues responsables de leur échec via des « contrats de réussite » ou des « stages d’été » inadaptés.

Les élèves sont appauvris parce qu’on leur refuse d’apprendre le latin et le grec, les langues dites « rares » (c’est-à-dire toutes hormis l’anglais), les arts et ce qui n’est pas « rentable » ; parce que les nouveaux programmes leur proposent de l’anglais sans Shakespeare, de l’histoire sans passé, du français sans grammaire, des mathématiques sans démonstration – toujours moins de culture, et plus de procédures.

Les élèves sont dépecés, eux que l’on doit calibrer avec des « items » selon les nouvelles « grilles de compétences », comme si l’intelligence humaine pouvait se découper en tranches ; eux à qui l’on doit inculquer un « socle commun de connaissances et de compétences » davantage fondé sur l’idéal de l’O.C.D.E que sur celui de Montaigne.

Aujourd’hui nous appelons tous les « dépouillés » de l’Éducation nationale à nous rejoindre. Professeurs, parents, élèves, citoyens, il est encore temps d’inverser le cours délétère des pseudo-« réformes » qui transforment l’école en garderie sociale et transfèrent ses missions vers le secteur privé, au profit des plus riches et des mieux informés. Il suffit d’une volonté politique, celle de démocratiser le savoir, jadis portée par un Condorcet, un Jules Ferry, ou le comité national de la Résistance (qui a produit la commission Langevin-Wallon). Nous en appelons aux responsables politiques français, pour qu’ils agissent résolument contre le dépouillement de l’Éducation nationale.

Signer le manifeste

?????

Par Le 15/09/2011

Tellement de questions sans réponses

 

http://www.reopen911.info/video/loose-change-2.html

 

Jusqu'à quand ?

Libre arbitre (1)

Par Le 15/09/2011

 Résultat de recherche d'images pour "libre arbitre"

LIBRE ARBITRE

 

Séparons les deux termes en :
libre
et
arbitre
et associons les deux au terrain de foot.

Est-ce que l'arbitre est libre de réguler le jeu ?
Non, bien entendu, il suit des règles qui lui ont été transmises et qu'il a adoptées.
Pourtant, il lui reste la capacité à interpréter les faits et par conséquent à changer le cours des choses : imaginons un pénalty pour une faute qu'il est le seul à avoir vue. Il a vu ce qu'il a interprété comme une faute, c'est à dire qu'en lui la faute existait déjà suite à une réflexion, un questionnement, une expérience antérieure. Cette situation lui a semblé correspondre à cette idée qu'il avait de la faute, même s'il est le seul à la percevoir ainsi. Il a donc appliqué "son" choix, un autre arbitre n'aurait peut-être pas sifflé.
On pourrait dire qu'il dispose donc de son libre arbitre sur l'instant, même si cet instant est nourri par des pensées antérieures... Mais il y a également la pression du match, une erreur précédente qu'il aurait dû siffler et qui aurait pu changer la physionomie du match, une altercation passée avec le joueur qui vient de commettre cette faute, etc etc...
L'arbitre porte en lui un fardeau événementiel qui l'empêche d'évoluer en toute liberté. Et en plus, il ne dispose pas du temps nécessaire à la réflexion. Il agit dans l'urgence, avec une pression énorme ( joueurs, entraîneurs, public ) ce qui réduit encore plus le champ de cette liberté.

 
Ne parlons pas d'un arbitre qui appliquerait à la lettre, sans aucun discernement, les règles apprises alors qu'il se doit justement de tenir compte de tous les paramètres afférents à la présence de 22 individus. Celui-là ne dispose d'aucune liberté sinon celle de se retrancher derrière l'obscurantisme des règles. Une règle ne tient pas compte de tous les paramètres de la réalité. Seul, l'humain, impliqué, en est capable. Ou se doit de l'être... Au risque d'être obscur.
 

On pourrait penser finalement qu'il n'y a pas de libre-arbitre mais uniquement un imbroglio gigantesque de situations et de conséquences générant d'autres situations, c'est à dire sur un plan symbolique, une sorte de ligne chaotique, un encéphalogramme agité, enregistrant des périodes de réflexions intenses et des abandons léthargiques, une absence totale de choix délibérés...

La seule liberté du prisonnier est d'avoir conscience de sa situation. C'est très facile dans une geôle. Beaucoup moins dans une situation de liberté illusoire. Il ne reste donc que cette conscience pour pouvoir se libérer. Non pas atteindre un libre arbitre absolu et constant, c'est impossible, mais atteindre et maintenir la conscience de cette impossibilité.
Et dès lors oeuvrer au mieux pour faire du libre arbitre un objectif prioritaire. 

 

NOIRCEUR DES CIMES : Commentaire (2)

Par Le 13/09/2011

 

Noirceur des cimes 4

Que du bonheur

 

Noirceur des cimes" de Thierry Ledru

L’histoire : Quatre personnages partent à l’ascension du mythique sommet, le K2, la compagne de l’un d’entre eux les attend au camp de base. Sandra, n’est pas là uniquement pour accompagner son compagnon. Elle poursuit une quête spirituelle, et désire finaliser l’écriture d’un essai philosophique. Très vite, elle s’apercevra que la solitude est propice aux questionnements existentiels.

            Dès le début, le lecteur mesure la difficulté de l’entreprise, même pour des alpinistes aguerris. La montagne est le lieu de tous les dangers.

            Thierry Ledru nous entraîne au fil des pages dans un voyage charnel et spirituel. La montagne est pour ainsi dire personnifiée en une figure étrange et sombre (Noirceur des cimes) qui chercherait à incorporer les alpinistes. Sandra, de son côté est face à une solitude qui lui fera douter d’elle, qui remettra en cause sa vie de couple, la relation même.  Se pose alors la question : l’amour est-il un leurre, purement intentionnel ou peut-il devenir inconditionnel ?

            Le lecteur est confronté aux questionnements, aux doutes des cinq personnages, Tanguy, Luc, Etienne et Axel. Au fil des accidents, des drames, les défenses de chacun vont tomber ; les interrogations, les incertitudes, les ambivalences vont assaillir les quatre hommes face aux épreuves. Les silences sont pesants.

            Le récit est un voyage au bout de soi, où la montagne n’est finalement qu’un prétexte, l’âme se confronte à l’égo, l’intime se révèle dans la souffrance. Il plonge dans les abymes des esprits tourmentés par la fatigue et la douleur. Chacun se dévoile à lui-même. Les problèmes techniques se multiplient, se mêlent aux souffrances physiques des quatre hommes. L’auteur relaye les sentiments paroxystiques des quatre alpinistes, ceux de Sandra. Le lecteur se sent comme aspiré, ses propres interrogations s’enchevêtrent dans celles de Luc, de Sandra.

            Les techniques d’escalades sont décrites avec une précision de professionnel, ce qui donne parfois un aspect un peu trop technique, vite dispersé par la force évocatrice de l’écriture.  L’auteur aime et connaît la montagne, ça se voit, ça se sent.

            Au final, le constat est simple : la solitude, le drame mènent à la véritable conscience, lorsque l’être est débarrassé de la claustration dans laquelle il s’est lui-même enfermé.    Le récit est porté par une écriture forte et affinée, dont on ressort le souffle coupé.

http://www.pascale-madeleine.com/pages/Noirceur_des_cimes_de_Thierry_Ledru-5741680.html

 

 

 

D'une tristesse infinie.

Par Le 09/09/2011

Quatre jours de classe, vingt-deux élèves de CM2.

Quatre jours à leur parler.

Je fais mon programme scolaire mais là n'est pas l'important, loin de là.

Des enfants déjà "fatigués" par l'école, des enfants qu'il faut déjà tenter de ranimer. Alors qu'ils n'ont que dix ans.  L'école n'est qu'un lieu de rencontres, un endroit où il est parfois possible de jouer, quelques instants de récréation entrecoupés de longues périodes d'apprentissages forcés.

Terriblement désespérant.

Apprendre n'est déjà plus qu'une corvée, nullement un espace de découvertes pour soi, l'opportunité d'éprouver ses capacités.

Il faut donc déjà que je les inonde de mille histoires. Essayer de capter leur imaginaire et leur attention, de faire briller leurs pupilles, une dépense d'énergie colossale, qu'on n'imagine pas, un défi constant.

Je ne mets nullement mes collègues en cause. Ils subissent la même pression que moi. C'est le système qu'il faut revoir, c'est l'intention qu'il faut redéfinir, le sens de tout ça.

Effrayant également de les entendre parler de l'existence.

La plupart des garçons veulent être joueur de foot professionnel, non pas pour la passion du jeu mais pour gagner des fortunes.

les filles veulent être princesse et se marier avec un prince anglais.

J'exagère à peine.

Toute discussion aboutit inévitablement à une notion d'argent.

Si je leur parle d'Alfred Wegener et de sa découverte de la théorie des plaques tectoniques, de cette passion incommensurable pour la connaissance, une curiosité scientifique comme un élan de vie, ils me demandent s'il est devenu riche...

Si je leur parle de Maud Fontenoy, ils me demandent si elle a gagné beauoup d'argent en traversant l'Atlantique à la rame.

J'exagère à peine.

Si je leur parle du film "Himalaya, l'enfance d'un chef", je les entends parler de "Cowboys et envahisseurs".

Si je leur passe la musique de John Surman, je les entends parler de Mickael Jackson ou de Ryhanna.

Si je leur parle de la Mongolie, je les entends parler de Monte Carlo.

Si je leur parle de la nature et des marches en montagne, je les entends parler de shopping.

Non, non, j'exagère à peine.

J'ai entendu en quatre jours un condensé effroyable de leur image de l'existence, la puissance des formatages, des conditonnements, des imbrications en eux de cette société obsédée par le culte de l'argent et l'angoisse de la pauvreté, les difficultés financières. J'imagine aisément la situation des familles, il n'y a rien de facile pour aucune d'entre elle certainement et ces enfants participent et entendent tout cela, ils en sont submergés, ils finissent par se construire des schémas de pensées extrêmement limités, des horizons terriblement étroits. 

L'école n'est d'ailleurs pour eux qu'un moyen d'avoir un métier et de "gagner sa vie". Je déteste cette expression. "Gagner sa vie. " On a déjà gagné puisque la vie est en nous et on n'a même pas eu l'obligation de participer à quoique ce soit, de se battre pour quoique ce soit. C'est elle qui a décidé d'être là. Et nous, il faudrait qu'on la "gagne" jusqu'à en perdre le goût.C'est absurde, totalement fou.

"Essaie de faire ton devoir et tu sauras ce que tu vaux. Mais qu'est-ce que ton devoir ? Ce qu'exige l'heure présente."

Goethe.

La citation du jour.

Leur apprendre à n'avoir aucune intention dans le travail. La récompense est déjà contenue dans le travail lui-même. La possibilité d'éprouver ses forces, sa détermination, son intelligence, son raisonnement, sa lucidité, sa curiosité, sa persévérance...Le résultat n'a que peu d'importance tant que tout cela a été éprouvé et qu'on en a une image claire et durable afin de pouvoir renforcer encore la puissance de ce don personnel la fois suivante.

Le travail n'est pas une image de ce qu'ils doivent faire mais de ce qu'ils peuvent apprendre à être.

Leur apprendre à être totalement impliqués dans leurs actes, à filtrer les pensées intrusives, à exploiter un potentiel encore inconnu. Sans jamais les laisser croire que ce potentiel leur ouvrira autre chose que le bonheur simple et inépuisable de la connaissance. Sans autre intention. 

Je sais que je vais devoir dépenser une immense énergie.

Liza Lo Bartolo Bardin

Par Le 03/09/2011

Troisième présentation des auteurs à connaître.

 

http://lizabardin.e-monsite.com/accueil.html

 

Là encore, une belle personne, une belle rencontre.

 

A découvrir et à partager.

Marie Fontaine

Par Le 03/09/2011

Deuxième présentation des auteurs à connaître !!

http://mariefontaine.centerblog.net/

 

Marie est éditée chez Léda Editions et son roman GEMINI récolte de beaux commentaires sur la Toile.

Marie a une motivation et une énergie sans faille et une plume toute aussi redoutable !

 

A découvrir et à partager.

Petite Suzy.

Par Le 03/09/2011

Avec plusieurs amis(es) de Facebook, nous avons décidé de créer un groupe de promotion de nos livres. Pas le choix. Puisque les canaux médiatiques "officiels" nous sont quasiment fermés, on se débrouille avec ce qu'on a...

 

Voilà la présentation de "Petite Suzy" et de sa vie. Autisme Asperger.

 

http://autisme.france.free.fr/asper.htm

 

http://la-vie-avec-asperger.skyrock.com/

 

http://www.thebookedition.com/livres-petite-fee-auteur-17088.html

 

Sur cette page FB, nous allons diffuser les liens permettant aux gens inscrits sur nos pages de découvrir les livres de chacun et chacune.

L'histoire de Petite Suzy est donc à découvrir.

Et à partager.

LES ÉGARÉS (roman) 7

Par Le 31/08/2011

 

EXTRAIT

"Les journées d’escalade. Ce besoin de sentir la solidité de la roche, comme les murs de la chambre d’hôpital contre lesquels il s’était appuyé, cette masse indestructible sous ses mains, comme si le vide ne pouvait plus le saisir, s’accrocher de toutes ses forces, résister à la pesanteur, cette chute effroyable vers les noirceurs insondables, repousser les faiblesses, dépasser les limites, ne jamais s’avouer vaincu, aller au bout de l’effort, approcher du noyau d’énergie qui rayonne dans les fibres, sentir palpiter la vie comme un cœur d’étoile, un clignotement infime mais constant, inaltérable, éternel. Se détruire pour vivre. Et entrer en communion avec l’infini. Ses sorties en vélo. Cent kilomètres, cent cinquante, deux cents. Trois cent soixante-quinze. C’était son record. Une journée entière à rouler. Il était parti sans savoir où il allait, direction plein nord, le bonheur de rouler, juste engranger des kilomètres, découvrir des paysages puis la fatigue qui s’installe, plonger en soi et voyager à l’intérieur, le ronronnement mécanique du dérailleur, la mélodie des respirations, l’euphorie de la vitesse, cette déraison qui le poussait à écraser les pédales, cette folie joyeuse qui consumait les forces, ce courant étrange qu’il sentait dans son corps, cette détermination irréfléchie, juste le besoin inexpliqué de plonger au cœur de ses entrailles, d’en extraire les éléments nutritifs, de les exploiter, jusqu’à la moelle, que chaque particule soit associée à cette découverte des horizons intimes, être en soi comme un aventurier infatigable, un guerrier indomptable, passionné, amoureux, émerveillé, ne jamais ralentir, ne jamais relâcher son étreinte, enlacer ses forces comme un amant respectueux, les honorer, les bénir et sentir le bonheur de la vie, une vie qui lutte, qui se bat, qui s’élève, cette certitude que cette vie ne pouvait pas s’éteindre, la sienne certainement, mais pas la vie, pas ce souffle qui circulait en lui.

Il n’était pas en vie. La vie était en lui. Il n’était qu’un convoyeur. Juste une enveloppe. Elle se servait de lui et il la remerciait infiniment de l’avoir choisi. Cette occupation n’était qu’épisodique mais il aurait eu cette chance. Il se devait d’en profiter. Cette palpitation le quitterait un jour, elle irait voir ailleurs, l’enveloppe  deviendra poussière et la vie investira une autre capsule, un autre fourreau, un écrin juvénile.

L’épuisement le guidait infailliblement vers le cœur lumineux de la vie retranchée, il finissait par ne plus entendre les voitures, ni les rumeurs des villages traversés, par ne plus percevoir les paysages, il ne restait que des formes innommées, le parfum âcre de sa sueur, l’oxygène capturé inondant les abîmes affamés et le sourire délicat de son âme extasiée, la plénitude infinie de la vie en lui.

Les derniers kilomètres. Il avait pleuré de bonheur, vidé de tout, les yeux fixant le goudron qui défilait, les muscles liquéfiés, incapable de savoir ce qui permettait encore aux jambes de tourner, vidé de tout, coupé de sa raison, un mental éteint, une absence corporelle, un état de grâce, l’impression d’être ailleurs, hors de ce corps épuisé, une légèreté sans nom sous la pesanteur immense de la fatigue souveraine, un néant de pensées, juste ce sentiment indéfinissable de la vie magnifiée.

Cette vision étrange d’un cycliste déambulant sur la Terre, il était dans les cieux, un regard plongeant, une élévation inexplicable, dans la dimension des oiseaux, les arabesques des routes jusqu’au bout de l’horizon, les champs, les collines, quelques maisons, et ce garçon écrasant les pédales, ce sourire énigmatique, béatitude de l’épuisement, cet amour immense, cette étreinte spirituelle, il était dans les cieux, une échappée verticale. Comme emporté par les ailes d’un ange."

Jarwal le lutin : une étrange rencontre

Par Le 23/08/2011

Le lutin est toujours là. Rien n'a changé pour lui. Sa vie n'est pas suspendue, elle ne dépend pas de la reliure de quelques pages. Elle parfume les airs et je la saisis au vol.

 


JARWAL LE LUTIN (tome 3)

 

 

Jarwal se retourna sur sa natte.

Il ne dormait pas. Une idée qui tournait inlassablement dans son esprit en feu, un orage boursouflé, un tonnerre assourdissant. Impossible de le faire taire. S’il rentrait dans sa forêt, s’il quittait ce pays inconnu, il perdrait sans doute tout espoir de retrouver son passé, de retrouver ce lutin qu’il était, il ne resterait de lui que cette enveloppe vide qu’il traînait comme un fardeau. Personne ne pourrait lui venir en aide. C’est ici que se trouvait peut-être la seule issue. Gwendoline avait certainement raison. Et pourtant, cette colère contre ce peuple, cette rancœur contre ces lieux, ces regrets d’être venu ne cessaient de le déchirer, comme une scission irréparable, l’impression d’être habité par deux individus opposés. Et qu’un troisième observait leur conflit interne.

Il devait se donner une dernière chance. Essayer de retrouver ce peuple, ce jeune Kalén, accepter une aide, sortir de cette colère, abandonner cette prétention qui lui avait fait croire subrepticement qu’il pourrait se guérir lui-même.

Une autre pensée qui s’invita soudainement. Cette violence dont il avait été la victime n’avait pas nécessairement détruit en lui cette mémoire indétectable mais elle l’avait couverte d’un voile opaque. Tout était là encore, mais enfouie, contenue, comme une simple mousse sous les frondaisons immenses de la jungle. Une mémoire recroquevillée. C’était d’amour dont elle avait besoin pour éclore. La colère ne ferait que la maintenir dans des ressentis néfastes. Il s’était mal comporté avec Gwendoline, il le savait. Toujours cette colère qui l’aveuglait. Les émotions sont redoutables si on leur lâche la bride, elles filent au galop et entretiennent la folie. Il n’était plus qu’une bête affolée. Le cavalier était tombé au sol. Il devait redevenir le Maître intérieur.

Il écouta respectueusement la respiration régulière de Gwendoline.

Un sourire à l’âme.

 

Il ferma les yeux.

 

 

Le groupe armé avançait comme une marée montante sans reflux, une vague butée, obstinée, déterminée, emplie de colère, nourrie de rage, une soif de vengeance qui brûlait les âmes. Des machettes qui sectionnaient rageusement les branches, les lianes, les herbes hautes, tout ce qui entravait cette marche forcée.   

Gwendoline entendit la rumeur qui gonflait comme une houle. Elle sursauta et réveilla aussitôt Jarwal.

Le lutin comprit immédiatement et courut à l’entrée de la hutte. Une lumière pâle de petit matin. Un ciel couvert, des vaisseaux de brume accrochés aux arbres comme à des récifs. Des bruits de pas, des branches cassées, des voix, mais surtout cette impression affolante d’une masse en marche, un roulement d’orage, un magma bouillonnant qui montait vers eux. La violence d’une armée.

 

Gwendoline s’empara de toutes les mochillas visibles, les remplit de toute la nourriture qui tombait sous sa main, Jarwal l’aida, l’urgence, s’enfuir, les hommes de guerre approchaient.

Ils sortirent par une fenêtre à l’arrière de la hutte et disparurent sous le couvert des arbres, la peur au ventre, la terreur dans leur dos, des regards hagards jetés en arrière, comme un prédateur à leur poursuite, des frissons incontrôlables qui se déversaient dans leurs muscles. Ils s’arrêtèrent lorsque la brûlure dans leurs poitrines en feu les empêcha de respirer. Ils se tapirent sous un parterre de fougères, un lacis épais de verdure.

Aucun bruit d’hommes. Juste les cris des oiseaux.

 

Léontine vint les rejoindre.

« Ce sont des Portugais. L’armée ennemie de Jackmor. Trois soldats les guident, ils savent où est le camp des Kogis dans la montagne. Ils sont décidés à lancer une nouvelle attaque, ils ont eu des renforts. Tout le monde est excité à l’idée de récupérer l’or des Espagnols.

-C’est d’abord l’or des Kogis, rectifia Jarwal.

-Pour les Portugais, comme pour les Espagnols, les Kogis n’existent même pas, répliqua Léontine. Tu sais Jarwal, il me suffit d’écouter leurs pensées et bien souvent les pensées sont bien plus proches de la réalité que les mots qu’on ose dire. Je peux t’assurer que les pensées de ces hommes n’ont aucune considération pour les Kogis. C’est bien plus effroyable encore que tout ce qu’ils racontent. Ils ne rêvent que de massacres et de fortune.

-Tu lis dans les pensées ? demanda Jarwal.

-Oui, mon cher ami et je sais ce que tu ressens ce matin. »

Une gêne dans l’âme du lutin, un regard furtif vers Gwendoline.

« Et j’en suis infiniment heureuse, » ajouta la petite mouche.

 

Jarwal joignit les mains et croisa les doigts nerveusement en regardant le sol. Une bouffée d’émotions, une incertitude, comme si les mots ne pouvaient pas prendre forme, qu’ils ne sauraient jamais exprimer ce qu’il portait.

Gwendoline posa une main sur sa joue.

Le lutin leva les yeux. Tellement d’amour dans les prunelles, tellement de douceur, même pas cette attente qui crée la tension du doute, aucun espoir dans les paroles à venir, juste cette acceptation dans les yeux de Gwendoline, juste cet accompagnement de l’être aimé, la patience et la confiance unifiées, la sérénité pour témoin.

Jarwal ne pouvait pas retenir en lui ce bouillonnement.

 

« Je sais que tu avais raison Gwendoline. Il faut rejoindre les Kogis et voir ce qu’ils peuvent faire pour moi. Je ne dois pas abandonner et partir. C’est comme si je laissais ce Jarwal sur place et ne rentrait qu’avec un fantôme. Mon histoire est ici et c’est ici que je dois la retrouver. »

 

Elle l’embrassa sur le front. Juste un baiser plein de tendresse.   

Léontine bourdonnait de bonheur autour d’eux.

 

C’est là qu’ils virent certaines fougères bouger étrangement. Comme un roulis, une houle de frissons, un frémissement continu. Ils se levèrent et reculèrent de quelques pas. Les sens aux aguets.

Sous leurs yeux ébahis, des formes s’agitèrent, une myriade de petits êtres couverts de feuillages, des fougères qui n’en étaient pas, une apparition stupéfiante. La troupe se plaça devant eux. Des corps envahis de végétation mais pourtant une forme bien identifiable. Pas plus haut que le chapeau pointu de Jarwal. Des branchages pour membres, des tiges garnis de jeunes pousses, des feuilles, des plantes, des mousses, un amalgame hétéroclite, comme un collage anarchique, mais ce visage souriant et ces yeux lumineux, parfaitement visibles dans l’imbroglio végétal, des prunelles luisantes comme des soleils.

 

« Ah ! L’amour, on ne peut y résister, annonça en sautillant un des petits êtres.

-C’est vrai, c’est tellement bouleversant, enchaîna un deuxième.

-Le seul phénomène qui puisse nous pousser à nous montrer, renchérit un troisième. »

 

Des bonds qui accompagnaient chaque parole, une frénésie joyeuse, une danse pétillante.

 

« Qui êtes-vous ? demanda Gwendoline qui ne lâchait pas la main de son lutin hagard.

-Nous sommes la Vie, comme toi ! » lança le plus impétueux.

Des éclats de rires dans l’assemblée, des cabrioles et des roulades, des individus qui se trémoussaient en mêlant leur verdure, des galipettes et des embrassades, une agitation paroxystique. 

« La Vie, nous sommes la Vie, la Vie, nous sommes la Vie, répétaient-ils tous, en chœur.

 

Jarwal, Gwendoline et Léontine n’avaient jamais vu de tels êtres. Ils connaissaient pourtant bon nombre d’individus curieux et magiques, elfes et gnomes, farfadets et korrigans mais des êtres végétaux dansant des sarabandes endiablées, ils ne l’auraient même jamais imaginé.

Léontine se posa sur l’épaule de Gwendoline.

 

« Nous vous regardons depuis longtemps, mais l’amour était parti du cœur de celui-ci ! lança l’un d’eux en désignant Jarwal 

-Non, pas parti, cher ami, mais submergé de tristesse, reprit un voisin.

-Oui, la tristesse est un étouffoir de l’Amour mais l’Amour n’est jamais triste. C’est juste des feuilles mortes qui le couvrent. Laisse passer l’hiver et tu verras la pourriture des feuilles nourrir la Vie.»

 

Des  éclats de rire encore, Cristallins. Des carillons de notes aigües. Les feuilles agitées de leurs corps sautillants.

 

« Vous voulez dire que vous ne vouliez pas vous montrer à cause de moi ? demanda Jarwal.

-Pas à cause de toi, répliqua un petit être ébouriffé comme un buisson juvénile. Tu n’es pas ce que tu penses. Ne te trompe pas. Ce que tu penses n’est qu’une dérive de l’Amour de la Vie.

-Nous attendions que la pourriture des feuilles soit consommée, ajouta son compagnon. Et que l’Amour remonte à la surface.

-Vous n’apparaissez qu’aux êtres qui s’aiment alors, c’est ça ? interrogea Gwendoline.

-Tous les êtres sont dans l’Amour. L’Amour, c’est la Vie, mais les pensées de votre tête vous font aimer le désordre de vos pensées. Rien à voir avec l’Amour de votre âme. Vous parvenez même parfois à aimer ce qui vous enferme. Ce sont vos pensées. Et votre tête finit par aimer ce qui la ronge. C’est incroyable ça. L’Amour de la Vie n’est pas un guerrier. Il aime la sérénité. Alors, il se retire et il attend que vous arrêtiez de vous mentir. »

 

Des réflexions secrètes, silencieuses, une analyse minutieuse.

 

« Et voilà, vous vous remettez à penser ! lança joyeusement une boule de feuilles agitée. Vous êtes tout de même incorrigibles ! Laissez donc rayonner votre Amour de la Vie.

-Nous avons un grave problème, annonça Gwendoline.

-Mais non, il n’y a pas de graves problèmes, il n’y a que ce que ce vous en pensez. Sinon, cela voudrait dire que la Vie est un grave problème et quand vous pensez cela, la Vie se retire dans son coin et vous laisse exister à travers vos pensées. La Vie ne lutte pas, elle aime la sérénité, je vous l’ai dit.

-Et bien, chers amis, intervint Jarwal, je pense que mes pensées sont un grave problème. Je pense sans cesse à ma mémoire qui a disparu.

-Mais non, elle n’a pas disparu. Elle s’est retirée dans un coin. Et comme tu étais en colère, elle avait peur. On ne réconforte pas un petit animal traumatisé avec de la colère ou de la peur.  

-Tu veux dire que je peux retrouver ma mémoire ?

-Tu ne vas pas la retrouver, c’est elle qui reviendra. Vous êtes vraiment prétentieux, vous autres, à croire que tout dépend de vos pensées et de votre volonté. C’est comme si vous étiez en Vie parce que vous l’avez voulu ! Ridicule. La Vie n’a pas eu besoin que vous pensiez à elle pour s’installer. Et vous, vous pensez que vous pouvez imposer votre volonté à la Vie. C’est incroyable ça !

-Regardez ces grands arbres ! proposa un petit arbrisseau. Vous croyez que c’est la volonté de la graine qui a donné ce superbe ouvrage ? Et la Vie alors ? Elle se serait installée une fois que la volonté aurait pris forme ? Ridicule. Vous observez tout à l’envers. »

 

Des leçons proclamées par une troupe de joyeux lurons.

Gwendoline les observait avec fascination. Une multitude de visages dans une diversité hétéroclite. Des bouilles rondelettes ou triangulaires, des faces plates comme des assiettes, un mélange inexplicable de feuilles assemblées mais toujours ce pétillement dans leurs prunelles, deux soleils ardents qui irradiaient de bonheur.

 

« Vous voulez dire que nos pensées sont des œillères à la réalité de la Vie ? demanda Jarwal.

-La réalité ? Mais qu’est-ce que c’est cette réalité ? Ce que vous voyez ?  Ridicule. »

 

L’ensemble de la troupe, dans un synchronisme parfait, s’évapora. Une multitude d’oiseaux colorés s’égailla au-dessus de leurs têtes, une nuée de piaillements dans des arabesques maîtrisées, des zébrures de corps fuselés, comme des flèches jouant un ballet de plumes. Et toujours ces yeux aussi brillants que des astres naissants, une énergie condensée, une concentration d’univers.

Le ballet cessa d’un coup, les oiseaux disparurent et un champ de pierres inertes s’étendit à leurs pieds. Des roches lisses et immobiles, éparpillées devant les trois amis. Au même instant, sur chaque caillou, des paires d’yeux s’ouvrirent et les observèrent, des prunelles étincelantes d’où jaillissaient des rires de lumières. Des battements de paupières aussi stupéfiants que des naissances d’étoiles.

Puis, avec la même célérité, dans une simultanéité parfaite, un florilège de papillons les entoura, plus de pierres sur le sol mais une farandole radieuse, des élucubrations étourdissantes, des figures imprévisibles, toute la magie délicieuse des vols de papillons. Et sur les corps délicats rayonnaient d’une intensité éblouissante des yeux aussi perçants que des fusions de soleils.

 

Comme un souffle tonitruant balayant tout sur son passage, la nuée de papillons s’évanouit. Rien d’autre n’apparut.

Les trois amis restèrent statufiés.

« Où êtes-vous ?  demanda Jarwal.

 -Chut, coupa Léontine. Les hommes. »

 

Des bruits dans la forêt, des voix qui portaient par-delà les arbres. La troupe des Portugais avait quitté le camp des Kogis et reprenait sa progression.  

 

Jarwal se coucha sous le parterre de fougères en se demandant s’il ne manquait pas d’écraser un de leurs étranges visiteurs. Gwendoline s’allongea à ses côtés.

 

« Ils ne peuvent pas nous voir. Ne bouge pas, » murmura-t-il, en posant délicatement une main sur son bras.

Gwendoline frissonna de bonheur à cette parole protectrice, à cette attention inespérée. Jarwal veillait sur elle. Jarwal reprenait vie.

 

Ils n’aperçurent même pas les soldats à travers l’épaisseur végétale. Ils suivirent attentivement l’extinction des voix et se relevèrent prudemment. Ils regardèrent minutieusement autour d’eux. Des plantes, des oiseaux, des papillons, des pierres…Quelles formes avaient-ils pris ? Où pouvaient-ils bien être ?

La réalité n’était pas ce qu’ils voyaient…

 

Au pied d’un tronc colossal, ils virent un tapis de mousse s’agiter, des ondulations de nuages, des formes timides qui tentaient une croissance, des pousses opiniâtres qui se dressaient, des silhouettes redessinant l’esquisse des corps puis enfin tout un petit peuple de bonhommes moussus, habillés de feuilles disparates. Enfin, les yeux flamboyants s’ouvrirent dans un seul mouvement et la troupe reconstituée, s’avança précautionneusement et les rejoignit.

 

« Bouh, toute cette méchanceté chez ces individus, c’est insupportable. Il nous est impossible de rester visibles dans cette ambiance morbide. Même les plantes en subissent les effets polluants mais moins tout de même que les autres formes vivantes. Chez elles, les pensées sombres s’évaporent rapidement. C’est l’Amour de la lumière qui permet ce nettoyage. Chez les humains, tout reste enfermé.

-Vous n’avez donc aucune forme définitive ? interrogea Gwendoline.

-Une forme ? Mais pour quoi faire ? C’est absurde, se moqua un individu hirsute.

-Tout aussi absurde que cette idée que nous devons avoir un nom, enchaîna son voisin. Vous avez vraiment une idée bien curieuse de la réalité. Vous pensez que parce que vous vous êtes identifiés à votre forme et que vous vous reconnaissez à travers votre nom, vous avez fait le tour de la Vie ? Mais c’est consternant tout ça ! Vous avez conscience de l’insignifiance de votre développement ? »

 

Un ton nullement arrogant, juste un total ébahissement.

Les trois amis sentaient que dans les paroles de ces petits êtres, il n’y avait aucune moquerie. Mais une absolue incompréhension.

 

« Un jour, vous allez mourir, vous allez perdre ce nom et cette forme. Vous aurez quitté la Vie mais la Vie, elle, n’aura rien quitté du tout. Elle n’aura pas disparu, vous comprenez ? C’est vous qui partez, c’est vous qui sortez du flux vital. La Vie continuera sa tâche créatrice, votre tour est passé. C’est ridicule dès lors de s’attacher de la sorte à cette image que la Vie vous a procurée. Il serait bien plus judicieux de saisir cette conscience de la Vie et non d’entretenir la conscience de votre forme. Cette forme n’est rien d’autre qu’une enveloppe. C’est comme si vous décidiez de vénérer votre outre et de délaisser l’eau qu’elle contient. C’est absurde.

-Les deux sont indispensables, intervint Jarwal.

-Bien entendu. Une outre vide ne sert à rien et de l’eau sans outre est intransportable. Mais par contre, elle a déjà une existence cette eau, vous n’êtes pas obligés de devoir la transporter, vous pouvez déjà en profiter. L’outre est secondaire si vous décidez de rester là où se trouve l’eau. Dans votre cas, c’est l’enveloppe qui compte avant ce qu’elle contient. Vous observez à l’envers.

-Vous voulez dire que vous pouvez changer de formes parce que vous êtes reliés à la Vie avant de l’être à votre forme ?

-Oui, c’est cela, magnifique, tu apprends vite cher lutin ! »

 

Une danse spontanée qui agita toute la troupe, des cris de joie et des cabrioles.

 

Gwendoline aperçut un sourire sur le visage de son aimé.  

 

« Quand vous êtes identifiés à votre image, vous êtes attachés aussi à la diffuser à l’extérieur, vous voulez qu’elle vous représente et vous en venez même à chercher des solutions à vos problèmes dans votre environnement et vos relations, vous pensez que le monde est responsable de votre état intérieur. Vous mélangez les conditions de vie et la Vie en vous. Mais la seule réalité qui vous concerne, elle est en vous et nulle part ailleurs. Quand vous vous acharnez à faire, vous en oubliez d’être.»

 

L’urgence de la situation qui s’impose à Jarwal, comme un coup au cœur qui le sort de ce bonheur de l’échange. Les conditions de vie qui reprennent le dessus…

 

« Est-ce que vous savez où se trouvent les Kogis ? Il faut absolument que je les retrouve.

-Les Kogis sont dans la montagne. Des hommes mauvais les retiennent. Et les hommes mauvais qui viennent de passer cherchent les hommes mauvais qui ont capturé les Kogis. Les Kogis sont des êtres humains très bons. Ils nous appellent les Maruamaquas.

-J’ai déjà entendu ce nom, murmura Jarwal. Quelqu’un m’a parlé de vous. Je ne sais pas qui c’était.

-Il ne sera pas difficile de trouver les Kogis, il vous suffira de suivre les hommes mauvais qui viennent de passer.

-Nous devons arriver avant eux.

-Et bien alors, nous allons vous guider, aucun problème. Nous aimons bien les voyages. »

 

Des cabrioles et des rires, des accolades et des embrassades.

 

« Merci infiniment, chers Maruamaquas. Une dernière question. Vous nous observiez depuis longtemps ?

-Longtemps ? Qu’est-ce que ça veut dire ce mot encore ? Toujours une identification de votre forme qui s’ajoute à un espace qui n’existe pas. Vous êtes ici et maintenant et c’est tout. Tous ces mots que vous utilisez ne sont que des commentaires sur vos conditions de vie. Vous ne pouvez pas être ailleurs que maintenant et dès lors le temps ne peut pas être long. Il n’existe pas. Vous faites durer les choses dans vos pensées mais les choses n’ont pas de durée. Elles sont. A chaque instant, nous étions là, tout près de vous. Nous avons observé les évènements et nous n’avons jamais pensé que c’était bien long. C’était ce que ça devait être. Les pensées ne servent à rien quand elles se mettent à commenter les évènements en leur donnant une autre forme que la réalité de la Vie. Ce Temps que vous imaginez, vous lui avez donné une mesure qui vous correspond parce que tout cela renforce votre identification. Le Temps de votre vie, le Temps de vos ancêtres, le Temps de votre avenir. Demande à un arbre ce qu’il a fait hier et tu l’entendras rire.

-Et si je n’avais pas retrouvé le chemin de la lucidité, si je n’avais pas décidé de rechercher les Kogis, vous ne vous seriez pas montrés ?

-Tout ça n’a aucune importance. La seule chose qui comptait à nos yeux, c’était que tu laisses l’Amour s’étendre au lieu de le repousser. »

 

Une bouffée de chaleur dans le corps de Gwendoline, un bonheur immense. Les Maruamaquas percevaient ce que Jarwal portait et il s’agissait d’amour.

Fin.

Par Le 22/08/2011

Laura Mare éditions est en cessation de paiement. Fin de l'histoire.

Jarwal le lutin retourne dans ses forêts.

"Plénitude de l'unité", "Une étrange lumière" et "Les Eveillés", retournent dans les tiroirs.

 

C'est surtout désolant pour Laura.

Pour ma part, la déception est une émotion qui ne me concerne plus depuis un bon moment.

 

Je reprends mes recherches.

Montagne.

Par Le 21/08/2011

Pas besoin de commenter en fait. Faut juste imaginer le silence de là-haut.

Crise(suite)

Par Le 19/08/2011

Le XXI° siècle vient de commencer pour de bon.

MICHEL DRAC

Crise Systémique Globale - Eté 2009 : Cessation de paiement du gouvernement américain
- Communiqué public GEAB N°28 (15 octobre 2008) -



A l'occasion de la parution du GEAB N°28, LEAP/E2020 a décidé de lancer une nouvelle alerte dans le cadre de la crise systémique globale car nos chercheurs estiment qu'à l'été 2009,(un peu en avance sur le calendrier en fait, il a fallu attendre l’été 2011 pour que le relèvement du plafond de la dette entre sur le devant de la scène…) le gouvernement américain sera en cessation de paiement et ne pourra donc pas rembourser ses créditeurs (détenteurs de Bons du Trésor US, de titres de Fanny Mae et Freddy Mac, etc.). Cette situation de banqueroute aura bien évidemment des conséquences très négatives pour l'ensemble des propriétaires d'actifs libellés en dollars US. Selon notre équipe, la période qui s'ouvrira alors deviendra propice à la mise en place d'un « nouveau Dollar » destiné à remédier brutalement au problème de la cessation de paiement et de la fuite massive de capitaux hors des Etats-Unis. Ce processus découlera des cinq facteurs suivants qui sont analysés plus en détail dans le GEAB N°28 :

1.L'évolution récente, à la hausse, du Dollar US est une conséquence directe et provisoire de la chute des bourses mondiales

2.Le « baptême politique » de l'Euro vient juste d'avoir lieu donnant une alternative « de crise » au Dollar US, en tant que « valeur-refuge » crédible

3.La dette publique américaine s'enfle de manière désormais incontrôlable

4.L'effondrement en cours de l'économie réelle des Etats-Unis empêche toute solution alternative à la cessation de paiement

5.« Forte inflation ou hyper-inflation aux Etats-Unis en 2009 », là est la seule question.

Mais on peut déjà se faire une idée de l'évolution à venir en regardant l'Islande que notre équipe suit à la loupe depuis début 2006. Ce pays constitue en effet un bon exemple de ce qui attend les Etats-Unis, et également le Royaume-Uni. On peut considérer, comme d'ailleurs bon nombre d'Islandais aujourd'hui, que l'effondrement du système financier islandais est venu du fait qu'il était surdimensionné par rapport à la taille de l'économie du pays.



Evolution de l'inflation en Islande 2003-2008 - Source Banque centrale d'Islande
L'Islande s'est en fait prise en matière financière pour le Royaume-Uni (1). Comme le Royaume-Uni en matière financière s'est lui-même pris pour les Etats-Unis et que les Etats-Unis se sont pris pour la planète entière, il n'est pas inutile de méditer le précédent islandais (2) pour appréhender le cours des évènements des douze prochains mois à Londres et Washington (3).

Nous assistons en effet actuellement à un double phénomène historique :

 

-d'une part, depuis le mois de Septembre 2008 (comme annoncé dans le GEAB N°22 de Février 2008), l'ensemble de la planète est désormais conscient de l'existence d'une crise systémique globale caractérisée par un effondrement du système financier américain et sa contagion au reste de la planète.

-d'autre part, un nombre croissant d'acteurs mondiaux entreprennent d'agir par eux-mêmes devant l'inefficacité des mesures préconisées ou prises par les Etats-Unis, pourtant centre du système financier mondial depuis des décennies. L'exemple du 1° Sommet de l'Euroland (ou Eurozone ), qui s’est tenu Dimanche 12 octobre 2008 et dont les décisions, par leur ampleur (près de 1.700 milliards EUR) et leur nature (4), ont permis un retour de confiance sur les marchés financiers de toute la planète, est à ce titre tout-à-fait exemplaire du « monde d'après-Septembre 2008 ».



Carte des garanties de dépôts bancaires dans l'Union européenne Source AFP - 09/10/2008
Car il y a bien un « monde de l'après-Septembre 2008 ». Pour notre équipe, il est désormais évident que ce mois restera dans les livres d'histoire de l'ensemble de la planète comme celui « datant » le déclenchement de la crise systémique globale ; même s'il ne s'agit en fait que de la phase de « décantation », la dernière des quatre phases de cette crise identifiée dès Juin 2006 par LEAP/E2020(5). Comme toujours quand il s'agit de grands ensembles humains, la perception du changement par le plus grand nombre n'intervient que lorsque le changement est en fait déjà bien engagé.

En l'occurrence, Septembre 2008 marque l'explosion majeure du « détonateur financier » de la crise systémique globale. Selon LEAP/E2020, ce second semestre 2008 est en effet le moment où « le monde plonge au cœur de la phase d'impact de la crise systémique globale » (6). Ce qui veut dire pour nos chercheurs qu'à la fin de ce semestre, le monde entre dans la phase dite de « décantation » de la crise, c'est-à-dire la phase où l’on voit les conséquences du choc se mettre en place. C'est de facto la phase la plus longue de la crise (entre trois et dix ans selon les pays) et celle qui va affecter directement le plus grand nombre de personnes et de pays. C'est l'étape qui va voir également se dégager les composantes des nouveaux équilibres mondiaux dont LEAP/E2020 présente deux premières illustrations graphiques dans ce GEAB N°28 (7).

Ainsi, comme nous l'avons répété à plusieurs reprises depuis 2006, cette crise est beaucoup plus importante, en termes d'impact et de conséquences, que celle de 1929. Historiquement, nous sommes tous les premiers acteurs, témoins et/ou victimes d'une crise qui affecte toute la planète, avec un degré sans précédent d'interdépendance des pays (du fait de la globalisation de ces vingt dernières années) et des personnes (le degré d'urbanisation, et donc de dépendance pour les besoins de base - eau, nourriture, énergie, ... - est aujourd'hui sans précédent dans l'Histoire). Cependant, le précédent des années 1930 et ses terribles conséquences destructrices semblent à nos chercheurs assez présents dans les mémoires collectives pour nous permettre, si les citoyens sont vigilants et les dirigeants lucides, d'éviter un bis repetita conduisant à une (ou des) conflagration(s) majeure(s).

Europe, Russie, Chine, Japon,... constituent sans aucun doute les acteurs collectifs pouvant assurer que l'implosion en cours de la puissance dominante de ces dernières décennies, à savoir les Etats-Unis, ne conduise pas la planète dans une catastrophe. En effet, à l'exception de l'URSS de Gorbatchev, les empires ont tendance à tenter vainement d'inverser le cours de l'Histoire quand ils sentent leur puissance s'effondrer. C'est aux puissances partenaires de canaliser pacifiquement le processus, ainsi qu'aux citoyens et élites du pays concerné de faire preuve de lucidité pour affronter la période très pénible qui se prépare.

Evolution des emprunts des institutions financières US auprès de la Réserve fédérale américaine (08/01/1986 – 09/10/2008) - Source Federal Reserve Bank of St Louis
La « réparation d'urgence » des canaux financiers internationaux, réalisée avant tout par les pays de la zone Euro en ce début de mois d'Octobre 2008 (, ne doit pas masquer trois faits essentiels :

-cette « réparation d'urgence », nécessaire pour éviter une panique qui menaçait d'engloutir tout le système financier mondial en quelques semaines, ne traite provisoirement qu'un symptôme. Elle ne fait qu'acheter du temps, deux à trois mois maximum, car la récession globale et l'effondrement de l'économie américaine (le tableau ci-dessus montre ainsi la vertigineuse croissance des fonds prêtés aux banques américaines par la Réserve fédérale) vont s'accélérer et créer de nouvelles tensions économiques, sociales et politiques qu'il faut traiter par anticipation dès le mois prochain (une fois les « paquets financiers » mis en œuvre.)

-même s'il était absolument nécessaire de remettre en marche le système de crédit, les gigantesques moyens financiers consacrés sur toute la planète aux « réparations d'urgence » du système financier mondial seront autant de moyens qui ne pourront pas être mis à disposition de l'économie réelle dans les mois à venir pour faire face à la récession globale

-la « réparation d'urgence» constitue une marginalisation, et donc un affaiblissement supplémentaire des Etats-Unis, puisqu'elle met en place des processus contraires à ceux prônés par Washington pour les 700 Milliards USD du TARP de Hank Paulson et Ben Bernanke : une recapitalisation des banques par les gouvernements (décision qu'Hank Paulson est obligé de suivre maintenant) et une garantie des prêts interbancaires (en fait les gouvernements de l'Euroland se substituent aux assureurs de crédits, une industrie au cœur de -la finance mondiale et essentiellement américaine depuis des décennies). Ces évolutions détournent toujours plus de relais décisionnels et de flux financiers hors de l'orbite américaine à un moment où l'économie des Etats-Unis et l'explosion de leur dette publique (9) et privée en auraient plus que jamais besoin ; sans même parler des retraites qui s'envolent en fumée (10).

Le dernier point illustre comment, dans les mois à venir, les solutions à la crise et ses différentes séquences (financière, économique, sociale et politique) vont diverger de plus en plus : ce qui est bon pour le reste du monde ne le sera pas pour les Etats-Unis (11) et désormais, Euroland en tête, le reste du monde semble déterminer à faire ses propres choix.

Le choc brutal que générera la cessation de paiement des Etats-Unis à l'été 2009 est en partie une conséquence de ce découplage décisionnel des grandes économies du monde par rapport aux Etats-Unis. Il est prévisible et peut être amorti si l'ensemble des acteurs commencent dès maintenant à l'anticiper ; c'est d'ailleurs l'un des thèmes développés dans ce GEAB N°28. LEAP/E2020 espère seulement que le choc de Septembre 2008 aura « éduqué » les responsables politiques, économiques et financiers de la planète afin qu'ils comprennent qu'on agit mieux par anticipation que dans l'urgence. Il serait dommage que l'Euroland, l'Asie et les pays producteurs de pétrole, tout comme les citoyens américains d'ailleurs, découvrent brutalement au cours de l'été 2009, à la faveur d'un week-end prolongé ou d'une fermeture administrative des banques et bourses pour plusieurs jours sur le territoire américain, que leurs Bons du Trésor US et leurs Dollars US ne valent plus que 10% de leur valeur car un « nouveau Dollar » vient d'être instauré (12).


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Notes:

(1) L'Islande a adopté depuis plus de 10 ans tous les principes de dérégulation et de financiarisation de l'économie qui ont été développés et mis en œuvre aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Reykjavik était devenu une sorte de « Mini-Me » financier de Londres et Washington, pour reprendre le personnage du film très britannico-américain Austin Powers. Et les trois pays ont entrepris de jouer financièrement à « la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf », pour reprendre la fable de Jean de la Fontaine dont la fin est fatale à la grenouille.

(2) Ainsi la bourse islandaise s'est effondrée de 76% après avoir été fermée quelques jours pour « éviter » la panique ! Source : MarketWatch, 14/10/2008

(3) A ce titre, attardons-nous sur le montant du « paquet financier » annoncé par Londres, soit 640 milliards EUR dont 64 milliards EUR pour recapitaliser les banques et 320 milliards EUR pour renflouer les dettes à moyen terme de ces mêmes banques (source : Financial Times, 09/10/2008). Avec une économie en chute libre à l 'image du marché immobilier, une inflation galopante, des retraites par capitalisation qui s'évanouissent en fumée, et une monnaie au plus bas, à part accroître la dette publique et affaiblir encore plus la Livre, on voit mal comment cela peut « sauver » des banques déjà très mal en point. A la différence des banques des pays de la plupart de la zone Euro, le système financier britannique, comme son homologue américain, est au cœur de la crise, et non pas une victime collatérale. Et Gordon Brown peut bien jouer à Churchill et Roosevelt réunis (Source : Telegraph, 14/10/2008), mais dans sa méconnaissance évidente de l'Histoire, il oublie que ni Churchill ni Roosevelt n'étaient aux commandes de leurs pays depuis 10 ans quand ils ont dû affronter chacun leur « grande crise » (cela vaut d'ailleurs pour les Etats-Unis et l'administration Bush - Paulson et Bernanke inclus - qui viennent tous du « problème » et font donc très peu probablement partis de la « solution »). Sans compter que Roosevelt et Churchill organisaient les sommets comme Yalta ou Téhéran en laissant Français et Allemands à la porte, alors que c'est lui qui a dû rester à la porte du Sommet de l'Euroland.

(4) Source : L'Express, 13/10/2008

(5) Source GEAB N°5, 15/05/2006

(6)Source GEAB N°26, 15/06/2008

(7)LEAP/E2020 présente ainsi une synthèse de ses anticipations sur la phase de décantation de la crise grâce à une carte du monde de l'impact de la crise différenciant entre 6 grands groupes de pays ; ainsi qu'un calendrier anticipatif 2008-2013 des 4 séquences financière, économique, sociale et politique pour chacune de ces régions.

( Car c'est bien la zone Euro, l'Euroland, qui a permis d'arrêter la spirale de panique globale. Depuis des semaines, les initiatives américaines et britanniques se sont succédées sans effet. C'est l'irruption d'un nouvel acteur collectif, le « sommet de l'Euroland » et ses décisions d'envergure, qui ont constitué le phénomène nouveau et rassurant. C'est d'ailleurs un nouvel acteur que Washington et Londres ont systématiquement empêché d'émerger depuis le lancement de l'Euro il y a 6 ans. Et il a fallu toute une mise en scène diplomatique (réunion préalable, photo de groupe pré-sommet,... ) pour permettre au Premier Ministre britannique de faire croire qu'il n'était pas marginalisé dans ce processus, alors qu'il n'appartient de facto pas aux sommets de la zone euro. Dans ce GEAB N°28, LEAP/E2020 revient sur ce phénomène et les conséquences systémiques durables de la tenue du 1er sommet de l'Euroland.

(9)Le plan de sauvetage financier américain a déjà accru de 17.000 USD la dette de chaque Américain. Source : CommodityOnline, 06/10/2008

(10) Ce sont en effet 2.000 milliards USD de retraites par capitalisation qui ont disparu en fumée ces dernières semaines aux Etats-Unis. Source : USAToday, 08/10/2008

(11) En tout cas à court terme. Car notre équipe est persuadée que pour le peuple américain, à moyen et long termes, il n'est pas mauvais du tout que le système dominant à Washington et New-York soit fondamentalement remis en cause. C'est en effet ce système qui a plongé ce pays dans les problèmes dramatiques où des dizaines de millions d'Américains se débattent aujourd'hui, comme l'illustre parfaitement cet article du New York Times du 11/10/2008

(12) Même si c'est une mesure de peu d'ampleur par rapport à la perspective de cessation de paiement des Etats-Unis, ceux qui pensent qu'il est temps de réinvestir dans les marchés financiers peuvent trouver utile de savoir que le New York Stock Exchange vient de réviser tous ses seuils d'interruption des cotations pour cause de chute trop forte des cours. Source : NYSE/Euronext, 30/09/2008

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26-10-2008


par Jan Dahinten et Andrew Roche


SINGAPOUR/LONDRES, 26 octobre (Reuters) - Les grandes banques centrales devraient lancer une nouvelle initiative d'urgence coordonnée la semaine prochaine pour calmer la panique sur les marchés financiers, qui pourraient tanguer davantage avec des indicateurs économiques allant dans le sens d'une récession.

La Réserve fédérale américaine devrait procéder mercredi à une baisse marquée de ses taux d'intérêt, à la suite de la chute des marchés boursiers et des changes dans les économies des pays développés et dans celles des émergents en Asie et Amérique latine.

L'estimation du Produit intérieur brut américain du troisième trimestre publiée jeudi devrait elle marquer une contraction de 0,5% de l'activité au troisième trimestre, après une croissance de 2,8% au deuxième trimestre.

"De plus en plus, il y a des signes d'une récession profonde et synchronisée", constate Bruce Kasman, économiste chez JPMorgan. "Il est encore trop tôt pour mesurer l'ampleur de ce creux, les perspectives dépendant de l'effet des politiques publiques pour limiter la crise financière".

La probabilité d'une baisse de taux d'intérêt de la Fed américaine de 50 points de base ressortait désormais dimanche dans les futures sur les taux à 74%, et à 26% pour une baisse de 75 points de base, à 0,75%.

Les dirigeants européens et asiatiques ont de leur côté serré les rangs ce weekend pour rassurer des investisseurs confrontés à la pire crise depuis 80 ans.



PROTEGER L'ECONOMIE REELLE

"Nous devons utiliser tous les moyens pour éviter que la crise financière n'ait un impact sur l'économie réelle", a estimé le Premier ministre chinois, Wen Jiabao, lors de la conférence de presse de clôture du sommet ayant réuni les 27 Etats membres de l'UE et 16 Etats asiatiques.

La situation de l'économie chinoise reste globalement bonne malgré les défis posés par la crise financière mondiale, a estimé de son côté le gouverneur de la banque centrale chinoise, Zhou Xiaochuan, cité par des médias locaux dimanche.

Zhou a expliqué que le système financier chinois était stable et que les banques se trouvaient globalement dans une bonne situation pour affronter la crise mais il a prévenu que Pékin devait rester prudent afin de parer aux risques.

Le ministre japonais de l'Economie, Kaoru Yosano, a déclaré dimanche que le gouvernement devrait renforcer son plan de sauvetage des banques et le porter à 10.000 milliards de yens (84 milliards d'euros), contre 2.000 milliards de yens prévus pour l'instant.

La Corée du Sud, dont les marchés actions et la devise ont aussi été touchés par la tempête sur les marchés financiers, a estimé nécessaires des mesures d'urgence pour soutenir l'économie. Certains analystes tablent sur une baisse de taux d'intérêt de la banque centrale sud-coréenne lundi.

La banque centrale du Koweit a elle été contrainte de sauver la Gulf Bank, qui a essuyé des pertes sur des opérations sur des dérivés, et le gouvernement de l'Emirat a déclaré qu'il allait garantir les dépôts bancaires des établissements locaux.

L'Arabie saoudite a présenté de son côté un projet de dépôt de 10 milliards de riyals (2,13 milliards de dollars) auprès de la Saudi Credit Bank, pour développer les taux à intérêt zéro destinés à des citoyens pauvres.

Les Bourses du Golfe sont tombées dimanche à des plus bas de plusieurs années. Celles du Qatar et d'Oman ont perdu plus de 8%, Dubaï a abandonné 5,53% et l'indice de la place saoudienne a reculé de 1,83%, après avoir perdu 8,7% samedi.

Les gouvernements de par le monde ont promis au total environ 4.000 milliards de dollars pour soutenir les banques et relancer les marchés monétaires et ils envisagent des règles financières plus strictes pour qu'une telle crise ne se reproduise pas.

(Amusant, n’est-ce pas ?...)

Certains pays comme la Hongrie, l'Islande, la Biélorussie ou la Serbie, se sont tournés vers le Fonds monétaire international pour soutenir leur secteur financier.



ACCORD DU FMI AVEC L'UKRAINE

Le FMI a annoncé dimanche avoir signé un accord de principe portant sur un prêt de 16,5 milliards de dollars à l'Ukraine, pour aider ce pays à équilibrer sa balance des paiements courants face à la crise financière internationale.

Le Fonds devrait finaliser cette semaine un accord avec l'Islande, dont le système financier menace de s'écrouler.

En Russie, des responsables ont assuré ce weekend que la banque centrale russe avait les moyens de contrôler des mouvements brusques du rouble mais qu'elle ne voyait pas le besoin de limiter les mouvements de capitaux ou de changer la marge de fluctuation de la devise nationale.

Les marchés vont à présent scruter une salve de résultats d'entreprises la semaine prochaine et se préparer à des chiffres décevants et à des perspectives moroses, pour ce qui devrait être un mauvais trimestre.

A partir du moment où les banques occidentales sont entrées dans la crise financière, le monde est entré dans une crise économique et donc sociale. Tout l'occident s'est construit sur le fonctionnement et l'extrême puissance des banques. Les hommes politiques alliés aux argentiers ont laissé faire et se sont gavés. Les hedge funds ont été créés avec leur assentiment.

 
La crise obligataire démarrera en 2009 et là, on verra vraiment la puissance de cette crise.
Actuellement le dollar monte de façon totalement injustifiée. Les Chinois le soutiennent parce qu'ils ne veulent pas se retrouver avec des bons du trésor qui ne valent plus rien. S'ils se décident à tout vendre, les USA seront en faillite réelle et devront appeler le FMI à l'aide, comme l'Islande ou la Biélorussie...Impressionnant, non!
Et du coup les hedge funds, les banquiers, les milliardaires, tous les possesseurs d'or physique et papier, dérivés(warrant, turbo), pièces, napoléon etc...vendent tout leur stock parce qu'ils doivent rembourser leurs pertes, débloquer les positions en SRD (levier 5!!!), les assureurs comme AIG doivent récupérer du cash pour rembourser les particuliers qui se retirent du marché, des milliards de dollars, rembourser les prêts qu'ils ont pris auprès des banques qui réclament elles-mêmes les soldes, effet domino...Les plans financiers sont destinés à arrêter l'effondrement des pièces. Mais l'endettement, comment on le gère lorsque l'économie réelle s'écroule?...C'est là qu'on va voir les dégâts... La première erreur dans ce piège à cons a été de laisser couler Lehman Brothers. Quand on met en place un jeu de domino on ne renverse pas la première pièce.

Site Contre Info

http://contreinfo.info/

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Publication originale Washington post, traduction Contre Info

24/10/2008
Devenu célèbre pour avoir prédit la crise des "subprimes", l'économiste américain Nouriel Roubini reste toujours aussi pessimiste à court terme. Lors d'une conférence à Londres, hier, l'économiste américain a estimé que les autorités boursières pourraient être amenées à fermer les Bourses jusqu'à deux semaines, face aux ventes paniques des hedge funds.
Ce dernier estime en effet que des centaines de fonds spéculatifs sont au bord de la défaillance, sous la pression des demandes de retrait de leurs clients, ce qui pourrait les forcer à procéder à des ventes massives sur les marchés : "Nous avons atteint une situation de panique pure. Ne soyez pas surpris si les autorités décident dans les prochains jours de fermer les marchés pour une semaine ou deux (...) Nous payons le prix pour la plus grande bulle d'actifs et de crédit de l'histoire !", a ajouté ce professeur de l'université de New York, pour qui cette crise marquera "le début du déclin de l'Empire financier américain".
Lors de cette même conférence, d'autres experts ont prédit une hécatombe pour les hedge funds... Ainsi, Emmanuel Roman, le patron de GLG Partners, l'un des plus grands fonds d'Europe, a estimé que 25% à 30% des 8.000 fonds spéculatifs dans le monde allaient disparaître, selon un "processus darwinien", soit par faillite, soit en clôturant des fonds aux bénéfices insuffisants. Ce phénomène sera "une bonne chose à long terme", mais restera dans l'histoire comme "l'un des plus grands fiascos bancaires du siècle" , a-t-il ajouté.
Selon l'institut Hedge Fund Research, les investisseurs ont retiré environ 31 Mds$ des fonds pendant le trimestre juillet-septembre. Malgré cela, à fin septembre, les actifs des seuls fonds spéculatifs américains s'élevaient encore à 1.700 Mds$...
Par V.A

09-08-2011

par Andy Sullivan

Pour éviter un défaut de paiement de la dette publique américaine, les démocrates majoritaires au Sénat cherchaient samedi à prendre l'initiative en ajustant leur plan de réduction du déficit aux éventuelles possibilités de compromis avec une opposition républicaine divisée.

A l'approche de la date couperet du 2 août, les divergences des deux camps font encore obstacle à un compromis, les dirigeants démocrates accusant leurs homologues républicains d'obstructionnisme.

Le président Barack Obama est intervenu pour la deuxième fois de la semaine afin d'exhorter les parlementaires des deux bords à conclure un accord et à repousser le spectre d'un défaut qui serait à ses yeux "impardonnable".

"Il y a maintes façons de résoudre ce problème", a dit le chef de la Maison blanche dans son allocution radio-diffusée hebdomadaire. "Le Congrès doit trouver un terrain d'entente sur un plan que les deux parties puissent approuver à la Chambre. Et il doit s'agir d'un plan que je puisse signer d'ici mardi."

Le Sénat a rejeté vendredi soir comme prévu une proposition républicaine de réduction du déficit votée peu avant par la Chambre des représentants, dominée par les républicains. Mais son adoption par la chambre a suscité l'espoir qu'elle s'intègre à un compromis final.


PROJET DÉMOCRATE MODIFIÉ

L'atmosphère a cependant viré à l'aigre au Sénat, les dirigeants démocrates accusant Mitch McConnell, chef du groupe républicain à la chambre haute, de refuser de leur parler.

Le chef de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid, a modifié son projet de réduction du déficit en reprenant des éléments d'une proposition précédente de Mitch McConnell dans l'espoir de rallier des voix républicaines.

Mais il a repoussé une suggestion de Mitch McConnell qui proposait que l'on vote immédiatement sur ce plan remanié. Ce qui laisse penser que Harry Reid ne dispose pas encore de soutiens suffisants.

Le Sénat devrait voter sur ce projet dimanche matin, en vue d'une adoption définitive lundi matin, peu avant l'ouverture des marchés. La Chambre des représentants doit quant à elle voter samedi vers 18h00 GMT sur une version du plan de Harry Reid. Le gouvernement pourrait se trouver à court de fonds mardi pour payer ses créanciers si le Congrès ne relève pas le plafond de la dette, actuellement fixé à 14.300 milliards de dollars.

"Le pays est en crise. Ce n'est pas le moment de faire de la politique à la petite semaine", a déclaré le sénateur démocrate Charles Schumer lors d'une conférence de presse.

Certains espèrent voir les tractations menées en coulisses déboucher sur un compromis durant le week-end. Selon des démocrates, de nombreux élus républicains de la base y sont prêts même si ce n'est pas le cas de Mitch McConnell.

Ce dernier veut s'assurer que la Maison blanche est partie prenante pour que tout projet final obtienne l'aval de Barack Obama, déclarent des collaborateurs d'élus républicains.


NOTE SOUVERAINE

Investisseurs et gouvernements étrangers resteront dans l'incertitude jusqu'au bout, du fait notamment que des questions de procédure rendent difficile au Congrès de transmettre un accord à Barack Obama avant lundi soir.

La proposition révisée de Harry Reid, qui fixerait la baisse du déficit à 2.200 milliards de dollars sur dix ans, intègre des éléments d'un "plan de soutien" d'abord avancé par Mitch McConnell. La nouvelle version permettrait à Barack Obama de relever en trois temps le plafond de la dette pour couvrir les besoins d'emprunt en 2012, année où le président briguera sa réélection.

Le président démocrate et ses alliés avaient espéré éviter des votes parlementaires en série avant l'élection.

Le texte adopté par la Chambre prévoyait 917 milliards de dollars d'économies sur les dix prochaines années ainsi qu'un relèvement pour quelques mois seulement du plafond de la dette d'un montant de 900 milliards de dollars, avant une nouvelle décision au printemps 2012, en pleine année électorale.

Le Trésor, qui a atteint son plafond d'endettement en mai et a besoin du feu vert du Congrès pour emprunter davantage, a averti qu'il serait à court d'argent mardi, ce qui fait courir aux Etats-Unis le risque d'un défaut de paiement vis-à-vis de leurs créanciers, d'un abaissement de leur note souveraine et de graves dysfonctionnements dans les versements fédéraux.

Barack Obama a dit que les querelles politiques pourraient provoquer la perte du triple A des Etats-Unis, leur note souveraine qui leur permet de se financer à des taux avantageux.

Si le pays perd son triple A, a-t-il expliqué, ce sera "parce que nous n'avons pas un système politique AAA à la hauteur de notre note souveraine".

Le jeu politique qui s'éternise provoque l'inquiétude des marchés, mais aussi des acteurs de l'économie mondiale.

Robert Zoellick, le président de la Banque mondiale, a estimé vendredi que les Etats-Unis jouaient avec le feu.

La Chine, premier créancier des Etats-Unis, a dénoncé vendredi une économie mondiale "prise en otage" par des "jeux politiques dangereusement irresponsables". Samedi, le Quotidien du Peuple déplore que la perspective de l'élection de 2012 paralyse la situation. "La farce qui se déroule sur la scène politique américaine a montré au monde entier où sont les problèmes politiques des Etats-Unis", écrit le quotidien.

L'agence de notation Moody's a apporté un peu de répit aux marchés en annonçant vendredi qu'une absence d'accord à Washington ne provoquerait sans doute pas immédiatement la dégradation de la note souveraine AAA des Etats-Unis.

(avec Michael Erman, David Gaffen et Richard Cowan; Gregory Schwartz, Henri-Pierre André et Philippe Bas-Rabérin pour le service français)


Ils vont être fâchés les Chinois si le dollar est dévalué avec leurs milliards de Bons du Trésor américain...Des centaines de millions qui vont brûler comme le vulgaire papier que c'est au final. Les USA, par contre, vont mécaniquement réduire leur dette...Bras de fer.

Personnellement, je rêve d'un peuple instruit.
Ce qui signifierait qu'il n'y aurait pas cette acceptation aveugle à des choix catastrophiques sur le long terme, mais politiquement intéressant sur le court terme, c'est à dire une réelle démocratie dans laquelle l'usage du référendum serait à la base de toute décision. C'est ce qui se passe chez les Indiens Kogis par exemple. Le problème de nos sociétés occidentales vient de la masse dans le sens où elle représente une sorte de "boulet" que les politiciens et les financiers s'efforcent de traîner après les avoir amadoués alors que c'est au peuple d'imposer par des systèmes démocratiques les choix qui les concernent.
Le fonctionnement de l'Europe est incompréhensible pour la majorité des gens. C'est devenu une gigantesque machine politico financière, dé corrélée de la réalité des peuples. C'est encore pire aux USA où les sondages faits ces derniers jours sur la population montrent un consternant niveau d'ignorance quant à la gravité de la situation économique du pays.
C'est à la base qu'il faut tout reprendre. Internet aurait pu jouer ce rôle d'ouverture des consciences et de cet engagement dont je rêve de la part des peuples. Je continue à y croire.
Tiens, au fait, les Républicains et les Démocrates sont sur le point de signer un consensus sur le relèvement de la dette aux USA. Avec une économie obligatoire de 1000 milliards sur dix ans. Sauf que depuis dix ans, les USA s'endettent de 2000 milliards de plus par an...Le Medicare va très vite disparaître. Mais pas les dividendes versés aux actionnaires. APPLE a davantage de cash (76 milliards en caisse ce jour) que le gvt américain (73 miiliards). Ces 73 milliards lui permettent d'honorer ces créances jusqu'au mardi 2 août...


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Mais à quoi bon prêcher ces milliards de somnambules, qui marchent au chaos d'un pas égal, sous la houlette de leurs séducteurs spirituels et sous le bâton de leurs maîtres ? Ils sont coupables, parce qu'ils sont innombrables, les masses de perdition doivent mourir, pour qu'une restauration de l'homme soit possible. Mon prochain n'est pas un insecte aveugle et sourd, mon prochain n'est pas un automate spermatique [...]. Que nous importe le néant de ces esclaves ? Nul ne les sauve ni d'eux-mêmes ni de l'évidence, tout se dispose à les précipiter dans les ténèbres, ils furent engendrés au hasard des accouplements, puis naquirent à l'égal des briques sortant de leur moule et les voici formant des rangées parallèles et dont les tas s'élèvent jusqu'aux nues. Sont-ce des hommes ? Non. La masse de perdition ne se compose jamais d'hommes [...]. »Bréviaire du Chaos »Caraco

http://drorlof.blogspot.com/2007/11/in-girum-imus-nocte.html

 

« Quelles que soient les tentatives pour sauver le système économique mondial, elles échoueront à plus ou moins court terme pour une raison simple : la crise n'est plus conjoncturelle mais structurelle.

C'est toute la structure même du système qui se disloque. L'économie financière vis à vis de l'économie réelle a atteint un tel poids qu'une crise majeure est désormais inévitable. Et le pire, c'est que tout cela s'est fait au prix d'un endettement irresponsable et même irrationnel.

Enfin, le seul point positif est que le mythe de la croissance perpétuelle va se terminer. Avec un monde fini, des ressources naturelles finies, la croissance ne peut être exponentielle et permanente, c'est un leurre. On l'a alimenté par des richesses virtuelles, une tertiarisation à outrance, un endettement kafkaïen et maintenant, on arrive au point de non retour. »

Le Condor.

 

Pour résumer très brièvement…

Crise de liquidité paralysant le commerce et l'industrie.
Reprise de l'inflation.
Menace de récession des US avant l'Europe.
Les états étranglés par les dettes souveraines.
La zone euro intenable ce qui nécessitera de percer l'abcès.

Conclusion : Faites un potager.

Crise.

Par Le 19/08/2011

J’essaie depuis plusieurs années de comprendre les mécanismes économiques, financiers, bancaires. Etant donné que j’ai juste mon BAC littéraire, c’est une tâche qui s’est révélée ardue et il m’a fallu lire beaucoup et garder pas mal de données pour entrevoir le début d’une compréhension. Au vu de cette crise systémique, j’ai repris d’anciens documents et j’ai tout relu. Consternant de voir à quel point l’entêtement des dirigeants et leur vision court-termiste et mercantile ont pu générer un « monstre » qu’ils ne maîtrisent plus du tout.
 

 

 

« Si tout ceci ressemble à un château de cartes, c’est bien parce que c’en est un. Et il va s’effondrer, avec de sérieuses conséquences non seulement pour les banques et les investisseurs, mais aussi pour l’économie dans son ensemble. »


Par Steven Pearlstein, Washington Post, 5 décembre 2007 

Selon le journaliste écossais Charles Mackay, les hommes deviennent fous en masse, mais retrouvent la raison un par un.

Nous en sommes seulement au début du processus qui verra le monde financier retrouver la raison après l’éclatement de la plus grande bulle du crédit que le monde ait connue.

Tout le monde semble admettre maintenant qu’il y aura de nombreux emprunts impayés et que le prix des logements va chuter nationalement pour la première fois depuis la grande dépression. Des prêteurs et des fonds d’investissement sont en faillite, et les banques ont procédé à de douloureuses dépréciations et viré leurs directeurs. Il y a également un large consensus sur le fait qu’une récession est à l’horizon.

Mais croyez moi, nous n’avons encore rien vu.

Ce qu’il faut bien comprendre c’est que, contrairement à ce que vous avez entendu le président Bush déclarer, il ne s’agit pas uniquement d’une crise de l’immobilier et des emprunts hypothécaires. Les géants financiers qui ont créé, packagé, noté et assuré tous ces emprunts subprimes, sont les mêmes, administrés par les mêmes dirigeants, touchant les mêmes primes, utilisant les mêmes techniques financières et de gestion du risque, que ceux qui ont créé, packagé, noté et assuré les emprunts du secteur de l’immobilier d’entreprise, des crédits de cartes de paiement et des crédits finançant le rachat d’entreprises.

Il est très peu vraisemblable que ces établissements ait fait un meilleur travail dans ces autres secteurs que dans celui des emprunts hypothécaires. Mais l’étendue de leurs erreurs de jugement ne sera révélée que lorsque l’économie ralentira - ce qu’elle va sûrement faire.

Au cœur de ce désastre en cours, se trouvent les Collateralized Debt Obligation (CDO) (produits obligataires structurés) qui ont été à l’origine du boom dans l’immobilier et le crédit au début des années 2000. Durant les dernières années, le marché des CDO a explosé, donnant lieu non seulement à des prêts hypothécaires, mais à une expansion de toutes les formes de crédit. Selon certaines estimations, l’en cours des CDO serait de près de 2 000 milliards.

Mais commençons tout d’abord par les CDO adossés à des emprunts immobiliers.

Aujourd’hui, tout le monde sait que la plupart des créances sur ces emprunts ne sont plus détenues par les banques jusqu’au remboursement. Elles sont regroupées par paquets et vendues à des investisseurs, de façon semblable à des bons.

Dans la version la plus simple, chaque investisseur possédait un petit pourcentage de l’ensemble, et recevait la même rémunération que les autres. Puis quelqu’un a eu l’idée d’améliorer le système en vendant ces actifs en tranche, correspondants à différents niveaux de risque de crédit. Avec ce montage, si un emprunt du paquet était en défaut de paiement, seules les tranches les plus risquées absorberaient toutes les pertes avant de perdre toute valeur, puis le processus se répéterait de tranche en tranche selon un risque décroissant.

Grâce à ce découpage, les crédits hypothécaires ont pu être répartis entre les différentes familles d’investisseurs. Les tranches les plus risquées, avec les notes les plus basses, étaient cédé à des fonds d’investissements à la recherche de hauts rendements et acceptant les risques inhérents. Les plus sûres, offrant un rendement inférieur, et notées « AAA » comme les bons du Trésor, ont été achetées sur les marchés monétaires et par les fonds de pensions évitant les investissements risqués. Les tranches les moins recherchées étaient celles du milieu, nommées « mezzanines, » qui présentaient des rendements moyens avec un risque supposé modéré.

Suivez moi bien, maintenant, c’est là que cela devient intéressant. Car nous en arrivons au moment ou les banques ont eu la riche idée d’acheter des groupes de tranches mezzanine dans différents paquets. Puis, en utilisant des modèles informatiques sophistiqués, elles se sont persuadées, tout comme les agences de notation, qu’en répétant ce même processus de découpage, elles pouvaient se servir de ces actifs mezzanine pour créer une nouvelle famille de titres, certains à risques, certains mezzanines, mais la plupart pourvus de la note AAA que la plupart des investisseurs recherchaient.

C’était une « merveilleuse » combinaison d’alchimie financière, qui a permis aux banques de Wall Street et aux agences de notations d’empocher des milliards de dollars de rémunération. Tant d’argent emprunté a été utilisé - pour acheter les emprunts initiaux, acheter les tranches de CDO, puis acheter les tranches de CDO de tranches de CDO - donnant au système un tel effet de levier, que les retours sur investissements - au moins sur le papier - étaient très attractifs. Et ont bien sûr attiré les fonds d’investissements britanniques, les banques allemandes, les villages norvégiens et les fonds de pensions de Floride.

Ce que nous savons aujourd’hui, c’est que les banques d’investissement et les agences de notation ont sous-estimé le risque que les défaillances d’emprunteurs puissent atteindre des niveaux tels que même les investissements notés « AAA » perdent leur valeur.

Une étude réalisée par Eidesis Capital, un fonds spécialisé dans les CDO, estime que pour les CDO créés durant les années 2006 et 2007, à l’exception de ceux des tranches AAA qui perdront de 6 à 31%, les autres investisseurs vont perdre toute leur mise.

Les analystes de JP Morgan qui ont observé ce secteur, évaluent les pertes totales à au moins 300 milliards, pour la plupart encore dissimulées. Ceci inclut au moins 30 milliards de dépréciations supplémentaires dans les plus grandes banques et les fonds d’investissement, et beaucoup plus pour les fonds spéculatifs qui pour la plupart se refusent à reconnaître la réalité.

Pendant ce processus de liquidation, les agences de notations sont en train de mener une réévaluation à la baisse qui forcera de nombreuses banques, fonds de pensions et fonds intervenant sur les marchés monétaires à vendre leurs CDO sur un marché si déserté par les acheteurs, que lors d’une vente récente, E-Trade n’a réussi à obtenir que 27 centimes du dollar pour un portefeuille pourtant très bien noté.

Dans le même temps, les banques qui sont forcées de conserver les CDO dans leurs livres de comptes seront obligées de mettre de côté une grande partie de leur capital comme réserve de garantie, ce qui réduira considérablement la quantité d’argent disponible pour attribuer de nouveaux crédits.

Les conséquences ne s’arrêtent pas là. Les pertes sur les CDO menacent maintenant la note « AAA » de plusieurs compagnies d’assurances qui ont acheté des titres de CDO ou ont assuré les CDO contre les pertes. Ces assureurs fournissant également leur garantie aux investisseurs pour les bons émis par les collectivités locales, les états et les municipalités ont revu à la baisse leurs émissions de bons, face à des investisseurs réticents.

Si tout ceci ressemble à un château de cartes, c’est bien parce que c’en est un. Et il va s’effondrer, avec de sérieuses conséquences non seulement pour les banques et les investisseurs, mais aussi pour l’économie dans son ensemble.

Ce n’est pas là seulement un avis personnel. Mais c’est la raison pour laquelle les banques gardent leurs liquidités, ce qui fait que l’en cours des crédits bancaires et du papier commercial se réduit drastiquement.

C’est pourquoi les fonctionnaires du Trésor travaillent à plein temps pour tenter de lutter contre la marée montante des défaillances d’emprunteurs.

C’est pourquoi les fonctionnaires du budget des Etats et de la Fédération anticipent une diminution sévère des revenus fiscaux l’an prochain.

Et c’est pourquoi la Réserve Fédérale met désormais de côté ses craintes au sujet de l’inflation et du dollar en se dirigeant résolument vers une baisse des taux d’intérêts et en injectant des liquidités dans le système bancaire.

Ce n’est peut-être pas 1929, mais on peut parier que c’est bien plus grave que la crise financière de 1987, celle des Caisses d’Epargne de 1990 ou l’éclatement de la bulle Internet de 2001.

Ce système a conduit à la mise en faillite de Lehman Brothers avec les conséquences que l’on sait…

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Un article de Michel Drac

Chronique d'une crise annoncée  26/10/08
Je poursuis, au risque de lasser, ma modeste réflexion sur la crise économique en cours. Après avoir analysé la situation mondiale (basculement du centre de gravité de l’économie globalisée vers l’Asie), la situation des Etats-Unis (crise structurelle induite par la dérive inégalitaire du capitalisme, renforcée par le libre-échange et artificiellement différée par une bulle monétaire et d’endettement) et les conditions de sortie probables de la crise (gestion par la stagflation dans le cadre d’une négociation mondiale, risques de dérapage réels mais gérables), je vais maintenant essayer de faire le point sur la situation de l’Europe, et plus particulièrement de la France.

Où en sommes-nous ?
La crise américaine nous a maintenant rattrapés dans sa dimension financière. Cette contamination, sur le plan strictement financier, a été extrêmement rapide (beaucoup plus rapide que la contamination par la crise de 1929).

Le 15 septembre 2008, Lehman Brothers fait faillite, discrètement poussée dans la tombe par sa rivale JP Morgan, et non secourue par un secrétaire au trésor, Henri Paulson, qui vient quant à lui d’une autre rivale, Goldman Sachs. Quinze jours plus tard, les européennes Dexia, Fortis et Hypo Real Estate sont au bord du gouffre. Il faut que les gouvernements français, hollandais, belges et allemands volent à leur secours. La purge de la finance américaine s’est répercutée en deux semaines seulement, et avec une intensité qui en dit long sur l’imbrication des intérêts entre les systèmes bancaires américains et européens.

Très vite, les marchés s’affolent. Les banques ne se prêtent plus du tout entre elles, ce qui déclenche une famine de crédits générale, au moment précis où de nombreux acteurs, chancelants, ont désespérément besoin de liquidités. Il est intéressant de noter qu’en l’occurrence, cet affolement a été irrationnel, plus irrationnel encore que lors des krachs « ordinaires ». La panique a gagné très vite, parce que c’était (pour la première fois dans l’histoire du capitalisme depuis 1929) le cœur bancaire du système financier qui s’avérait non fiable. En quelques jours, les marchés ont adopté des valorisations des actifs qui ne peuvent s’expliquer que par l’anticipation d’une récession sévère et prolongée. Si l’on reprend mon article « Quand l’imprévisible est certain », c’est l’entrée de l’Europe directement dans la phase 3 du cycle de krach, pratiquement sur l’heure, dès le déclenchement de la phase 1 (qui est représentée, chez nous, par le contre-choc de Lehman Brothers).

On assiste alors à des phénomènes relativement comiques. Ainsi, dans les jours qui suivent l’annonce du plan Paulson (850 milliards de dollars injectés, donc mesure inflationniste), le dollar remonte contre l’euro. Explication : craignant que le système financier international ne fasse complètement faillite, le capital se réfugie aux USA (énorme demande de bons du trésor), persuadé que même si c’est de là que la crise est partie, c’est aussi là que pour finir, l’argent sera le plus en sécurité – sous-entendu : la faillite des USA engendrant celle de la planète, elle n’aura pas lieu, alors que dans le cas des pays européens, sait-on jamais… Paradoxe : alors même que l’Amérique entérine sa faillite partielle, cette faillite américaine profite momentanément aux Américains, parce qu’elle fait redouter la faillite totale de leurs satellites.

Confrontées à la débâcle impressionnante des bourses du monde entier, les banques centrales tentent une opération spectaculaire : l’abaissement simultané de tous les taux directeurs, partout dans le monde, ou presque. Résultat : néant. Le marché remonte une heure, puis il reprend son trend baissier. Du jamais vu.

Le 5 octobre, les Européens se réunissent pour tenter de définir un plan d’action. Echec : l’Allemagne fait la mauvaise tête. Alors, dans la semaine du 6 au 10 octobre, la tendance « bear » se transforme en krach galopant, accéléré par la spéculation frénétique des petits malins qui jouent la baisse sur le marché à terme. Pratiquement toutes les places perdent entre 15 % et 20 % de leur capitalisation boursière. Le 10 octobre au soir, on peut très sérieusement se demander si la finance mondialisée ne va pas imploser à très brève échéance, complètement, provoquant un phénomène jamais vu : la crise systémique globale, authentiquement globale.

Le 12 octobre, un G7 exceptionnel est organisé. Entre temps, les Allemands sont venus à composition : à leur tour, ils ont été rattrapés par la crise, avec la faillite de Hypo Real Estate. On remarquera à ce sujet que cette faillite est arrivée juste à propos pour obliger le seul pays européen vraiment récalcitrant à s’aligner sur la proposition anglaise : un plan de soutien massif, en Europe comme aux USA. On en déduira ce qu’on pensera pouvoir en déduire, pour ma part, je me bornerai à relever la coïncidence.

Le G7 du 12 octobre prend un ensemble de décisions qui ressemblent à une « opération de la dernière chance » à l’échelle mondiale. Les Européens vont mettre en place un plan de 1.700 milliards d’euros (presque un an du PIB français), les Américains vont rajouter au plan Paulson une « rallonge » de 250 milliards de dollars. A la demande des Britanniques (y compris les conservateurs !), les gouvernements (y compris américain) s’engagent désormais à nationaliser les banques plutôt que de les laisser tomber en faillite. La garantie des dépôts bancaire devient théoriquement illimitée, mais à quel coût ! Au total et compte tenu des injections réalisées précédemment, la masse financière que la sphère publique met à disposition du secteur bancaire se montera donc à 3.500 milliards de dollars (2.200 milliards en Europe, 1.300 milliards aux USA). La France contribuera à hauteur de 360 milliards (40 milliards pour des mesures de recapitalisation, 320 milliards pour un fonds de garantie des prêts interbancaire).

Le 13 octobre, les marchés repartent à la hausse, shootés par cet énorme soutien public. Pratiquement toutes les places boursières gagnent 10 % ou presque. Le taux du marché interbancaire se détend enfin, les banques se prêtent à nouveau entre elles. En apparences, la crise est en voie de résolution.

En réalité, les difficultés ne font que commencer.

Y a-t-il un pilote dans l’avion ?
Pour commencer, personne ne peut décemment garantir que les 3.500 milliards de dollars injectés par la puissance publique vont suffire à surmonter le credit crunch (crise du crédit) en cours de déploiement.

Si l’on s’en tient dans un premier temps aux dettes stricto sensu, sans prendre en compte le marché des dérivés, les données sont les suivantes, pour les principales économies du monde occidental :

En milliards de dollars PIB nominal Dette totale en % PIB Dont privé Dont public
Etats-Unis 14 000 34 300 245% 150% 95%
Allemagne 3 300 6 900 210% 140% 70%
Grande-Bretagne 2 700 5 800 215% 170% 45%
France 2 600 4 200 160% 95% 65%
Italie 2 100 3 200 195% 85% 110%
Autres pays occidentaux 9 000 14 400 160% 115% 55%
TOTAL Am Nord + Europe 33 700 68 800 205% 130% 75%

L’Occident dans son ensemble apparaît donc endetté à hauteur de 205 % de son PIB. Compte tenu de la structure du PIB des pays occidentaux, cela représente à peu près neuf années de production industrielle. Certes, les Etats-Unis établissent un record historique, avec leurs douze ans de production engagée par l’endettement ( !). Mais le reste de l’Occident est à peu près sur les mêmes ordres de grandeur – et la France est loin d’être le plus mauvais élève de la classe, quoi qu’on en dise. Compte tenu des 50 % à 100 % du PIB en endettement caché que représente notre nationale « bulle des retraites des fonctionnaires », nous sommes tout bonnement dans la moyenne.

Peut-on rembourser une dette de 68 trillions de dollars, avec un PIB de 32 trillions ? Réponse : non. La dette, pour être remboursée, doit être prélevée sur les revenus. Une dette de 205 % du PIB représente des intérêts à 11 % du PIB, si l’on admet un taux de rémunération du capital à 5 % (norme de ces dernières années). Comme la croissance des pays occidentaux plafonne à 2 % (version optimiste), et en admettant une inflation de l’ordre de 3 % (pour laisser une marge aux prêteurs à 5 %) une fois défalquée la fausse croissance générée jusqu’ici par l’endettement, les 6 % restants sont structurellement non remboursables (à peu près la moitié). C’est une situation de faillite, dont nous ne pourrions sortir que par une formidable croissance durable (de l’ordre des + 7 % des trente glorieuses) combinée avec un étalement des remboursements sur de nombreuses décennies (moratoire ou quasi-moratoire sur les intérêts). Etant donné qu’il n’y aura ni moratoire (comment faire avaler aux créanciers ?) ni rebond de la croissance (par quel miracle ?), on peut considérer que l’Occident est en dépôt de bilan.

Sur les 68 trillions de dettes accumulées qui « financent » l’actif des créanciers, une très forte proportion ne sera pas remboursée – ou alors, en monnaie de singe. Et le montant de l’impasse est beaucoup, beaucoup plus élevé que 3,5 trillions. Il serait présomptueux de se risquer à un calcul précis, mais il est probable que cette impasse se chiffrera en fin de compte en dizaines de milliers de milliards de dollars. Il faut bien le comprendre : les 3,5 trillions déjà annoncés par Paulson & co, c’est juste le début des festivités.

Outre ce problème central de l’endettement total des acteurs non financiers, un facteur aggravant : la finance spéculative mondialisée, totalement dérégulée, a prouvé de manière éclatante qu’en dépit des assurances des néolibéraux, le jeu des acteurs dans un environnement dérégulé ne converge pas vers les meilleurs choix économiques. Cette finance est devenue complètement folle. Pour dégager toujours plus de rentabilité, les fonds spéculatifs ont utilisé des effets de levier monstrueux, prenant des positions à terme disproportionnées, pour faire travailler un argent qu’ils n’avaient pas.

Le marché des dérivés a atteint des proportions inimaginables. On a calculé que le total de ces marchés avoisine 450 trillions de dollars, soit plus de 5 ans du produit brut mondial. C’est de la démence pure et simple : aussi longtemps que les bulles spéculatives ont été prolongées à la hausse, les acteurs de ces marchés délirants s’en sont sortis par la cavalerie. A présent que les bulles implosent, une à une (immobilier, subprimes, matières premières, bientôt sans doute les crédits Alt-A à peine moins pourris que les subprimes…), les acteurs des marchés dérivés vont se retrouver massivement confrontés à des engagements qu’ils ne peuvent pas assumer.

Fondamentalement, les marchés dérivés ne modifient guère les équations économiques réelles. Mais ils vont contribuer à rendre l’affaire proprement ingérable, puisqu’ils vont fonctionner comme un accélérateur de faillite. Les fonds spéculatifs parient un argent qu’ils n’ont pas, mais leurs créanciers s’attendent à être payés avec cet argent qui n’existe pas. On arrive là à des niveaux d’absurdité tels que la modélisation économétrique devient impossible. Il n’y a plus de pilote dans l’avion, et s’il y en avait un, il n’aurait pas de tableau de bord !

Quand la finance virtuelle contamine l’économie réelle
Au total, la richesse des pays occidentaux (somme des patrimoines particuliers et collectifs) doit avoisiner 90 trillions de dollars. Nous avons une dette collective équivalente à environ 75 % de ce montant, et une partie importante de cette dette ne pourra pas être remboursée. Il faut donc s’attendre à une révision brutale de notre richesse collective, quand il va s’avérer que nos 90 trillions d’actifs sont contaminés par 10, 20 ou 30 trillions de passif irrécouvrable. Très schématiquement, pour solder l’affaire, il faudrait spolier les occidentaux de 15 à 30 % de leur patrimoine. Et d’une manière ou d’une autre, c’est bien ce qui va se passer.

Bien sûr, dire les choses comme ça, c’est simplifier à outrance. En pratique, la spoliation peut prendre des formes très diverses. Mais en pratique, beaucoup de gens croient aujourd’hui qu’ils possèdent quelque chose, et vont s’apercevoir demain qu’ils ne possèdent plus rien. Il faut bien comprendre cette idée, tellement simple qu’elle heurte l’entendement : quand il y a des gens qui ont des créances et qu’il s’avère que ces créances sont irrécouvrables, il y a des gens, les mêmes ou d’autres, qui perdent leurs avoirs. Forcément.

Pour l’instant, une spoliation directe, sous forme de gel des comptes bancaires par exemple, ne semble pas à l’ordre du jour. Comme on pouvait s’y attendre, les classes dirigeantes s’apprêtent à gérer la crise par la stagflation. Plutôt que d’anéantir l’argent, ils vont le dévaluer. C’est la dynamique qui s’est enclenchée avec le plan Paulson, et que le « plan européen » du 12 octobre a poursuivie – et qui sera poursuivie, encore et encore, dans les mois et les années qui viennent.

Bien entendu, le pouvoir économique n’annoncera pas brutalement cette entreprise de résorption de l’endettement par l’inflation. Pour l’instant, la communication organisée par les dirigeants est d’une grande habileté. Comme il n’est évidemment pas question de faire appel public à l’épargne (difficile de trouver beaucoup d’acheteurs d’obligations par les temps qui courent), et comme il n’est pas non plus question d’officialiser le déficit public comme arme de destruction financière massive (éviter la panique), on entretient pour l’instant le flou. En France, on nous explique que la garantie de 320 milliards d’euros qui vient en appui du plan d’injection de capital de 40 milliards ne sera probablement pas utilisée. Eu égard aux véritables enjeux, qui se chiffrent en milliers de milliards, nous avons là une sorte de trait d’esprit comique involontaire – mais pour l’instant, cela suffit à tranquilliser le public.

En l'occurrence, il y a de très fortes chances pour que les garanties soient sollicitées. S'il n'y a plus de confiance entre les banques, c'est pour une bonne raison. C'est parce qu'elles savent qu'il y a, dans le système, des milliers de milliards de dollars de dettes qui ne seront jamais remboursées par les débiteurs eux-mêmes. A partir de là, le seul moyen de sortir de la crise, c'est que quelqu'un rembourse les dettes : soit les créanciers (annulation de la dette), soit le consommateur (inflation), soit l'Etat, c'est-à-dire le contribuable. C’est aussi simple que cela.

La suite du film est déjà écrite.

La contamination de la crise financière à l’économie réelle est inévitable, dès lors que le système n’a pas été mis en redressement judiciaire pur et simple. Les signaux se multiplient d’ores et déjà, à la mi-octobre :

- Le moral des investisseurs est en chute libre, en Europe comme aux USA.

- La production industrielle est en baisse aux USA, elle ne se maintient en Europe que grâce à une excellente performance allemande, pour l’essentiel conjoncturelle.

- Le chômage entame sa remontée, au fur et à mesure que l’économie réelle entre en phase de rétractation.

- Le seul moyen d’enrayer un cercle vicieux de la récession serait, dans l’esprit du système actuel, le soutien à la consommation. Mais ce soutien est impossible, sauf à remettre en cause les conséquences de la dérive inégalitaire du capitalisme. A présent que le moteur de la dette est tombé en panne (impossible de continuer à faire croître un endettement déjà vertigineux), c’est au contraire la contraction de la demande qui est à l’ordre du jour. Tous ces propriétaires de maisons qui vont voir leur capital fondre (et continuer à devoir rembourser leurs prêts), tous ces détenteurs de portefeuilles d’action qui vont voir leur portefeuille fondre, tous ces petits cadres flippés par l’angoisse du chômage : tous ces gens-là vont devoir se serrer la ceinture. Très vite, les secteurs fortement dépendants de la confiance des ménages vont entrer en contraction. Aux Etats-Unis, les ventes des chaînes de magasin sont en train de caler, mais les biens de consommation ne sont pas, à ce stade, le problème essentiel. Les biens d'équipement, l'automobile, le logement : krach de la demande en perspective !

Pour empêcher la récession déflationniste qui menace, les autorités vont injecter de la monnaie, toujours plus de monnaie. On va assister à une course de vitesse entre déflation par contraction de la demande et inflation par création monétaire – et comme l’inflation fait moins mal sur le coup, c’est elle qui gagnera : les autorités feront ce qu’il faut pour ça.

Très vite, nous allons voir se tendre les relations entre le système bancaire et le régulateur, parce que les banques vont avoir tendance à conserver les liquidités que les autorités leur injecteront. C’est qu’elles ont leurs propres problèmes : anticipant les défauts de paiement potentiellement monstrueux des acteurs spécialisés dans l’effet de levier tous azimuts, les banques vont reconstituer un matelas de sécurité, de sorte que pour injecter dans la demande 1 euro, il faudra que les autorités en créent par exemple 2.

C’est pourquoi, très vite, le pouvoir va se retrouver pris en tenaille entre deux des cinq risques que je mentionnai dans mon article précédent :

- Le gel économique par accroissement de la pression sur les consommateurs, qui ne pourra être combattu qu’en injectant toujours plus de monnaie dans le circuit,

- Le risque de voir les créanciers de l’Occident (le Japon, en particulier) taper du poing sur la table si leurs avoirs en dollars sont dévalués dans des proportions insupportables.

(C’est en fait la Chine qui a tapé sur la table en août 2011)

Obligés de piloter à la fois les contraintes internes (limiter la récession) et externes (éviter l’effondrement des monnaies occidentales), les autorités vont piloter à vue. Nous risquons d’assister à une politique de « stop and go » accélérée, qui pourrait présenter un caractère assez surréaliste, avec une alternance déconcertante de mesures inflationnistes et de retour forcé à l’orthodoxie monétaire. Il en résultera un dérèglement général des prix, et nous verrons certainement des phénomènes très étranges, avec des « poches de déflation » au milieu d’une toile de fond inflationniste.

Le déficit budgétaire américain est déjà en forte augmentation. Cela va s’accentuer, et il est très probable que le fameux « critère de Maastricht » de 3 % de déficit public va voler en éclat très rapidement dans la zone euro. (C’est fait…)

Déjà, la très vertueuse Allemagne de Merkel a annoncé qu’elle renonçait à son objectif d’équilibre structurel des comptes publics.

Malgré cela, les marges de manœuvre pour mener des politiques de compensation des effets sociaux de la crise seront très limitées, de sorte que l’accompagnement de la population précaire sera relativement restreint. D’ores et déjà, on sent monter la grogne sociale. Des salariés de l'automobile ont manifesté vendredi midi au Mondial de l'Automobile à Paris pour exprimer leur ras-le-bol face à la multiplication des plans sociaux. C’était un coup de semonce. Nous allons assister à des conflits de classe plus durs, qui recouvriront d’ailleurs souvent un conflit générationnel implicite. Ces salariés de l’automobile se comportaient en pratique comme des trentenaires producteurs en révolte contre la dictature des actionnaires sexagénaires du vieux baby-boom et des quinquagénaires consommateurs du jeune baby-boom : tout un symbole.

Dans ces conditions, le pouvoir soldera la crise sur la partie de la population qui risque le moins de faire « péter le système » par une révolte ouverte. Le solde des 10, 20 ou 30 trillions de dollars fictifs qui gonflent pour l’instant les fonds de retraite des baby-boomers sera probablement trouvé en grande partie sur ces mêmes fonds de retraite. On ne peut pas s’empêcher d’y voir une forme de justice : après tout, cette génération du baby-boom est la principale responsable du désastre. Elle n’a pas fait d’enfants, elle en paiera le prix quand les fonds de retraite auront implosé. Des vieux pauvres qui meurent seuls, vous en verrez beaucoup dans les vingt ans qui viennent.

Le délicat partage du fardeau
Confrontés à des tensions internes de plus en plus ingérables, les Etats vont entrer en compétition pour savoir qui doit porter le fardeau de la catastrophe. Il était visible, le 5 octobre, que le « Prime » britannique Gordon Brown a eu beaucoup de mal à faire avaler son « plan Paulson européen » aux Italiens (Berlusconi s’est lâché au sujet du système financier international, avant de se rétracter en catastrophe) et surtout aux Allemands. L’image restera, pour l’Histoire, d’Angela Merkel faisant la bise à Nicolas Sarkozy devant les caméras. Mais dans la coulisse, on ne devait pas franchement jouer love story.

Le retour des égoïsmes nationaux est à l’ordre du jour. Il n’est pas certain que la soi-disant Union dite Européenne y survive bien longtemps. Si les critères de Maastricht explosent, ils ne le feront pas forcément partout dans l’euroland de manière synchrone, ni dans les mêmes proportions. L’Allemagne, dont la population est traditionnellement très disciplinée, possède une étonnante aptitude à se mobiliser. Ce n’est pas le cas de l’Italie et de la France. L’Etat de l’endettement privé en Angleterre est tel qu’en cas de krach financier provoquant l’implosion de la City, on peut vraiment se demander ce qui va se passer Outre Manche. (On vient d’en avoir un aperçu…)

La France, qui paye aujourd’hui pour l’Europe bien plus qu’elle n’en retire, risque d’être le maillon faible. Vers le retour du Franc ? – L’hypothèse, farfelue il y a peu, prend de plus en plus consistance.

Pour l’instant, les européens ont fait front commun. Mais c’est un front contraint. Il est de plus en plus clair que c’est la pression mise par Washington sur l’Union Européenne qui a enclenché la dynamique de soutien à la bourse. Le sommet de Paris, purement européen, le 5 octobre, n’avait débouché que sur un constat de désaccord. C’est le G7, aux USA, qui a tranché.

C’est à ce niveau-là que se trouve la coordination, et il est clair que l’Union Européenne, en l’occurrence, est un non-acteur. De toute manière, les vraies décisions seront prises largement en fonction des accords entre Japon, Chine et USA (avec la Russie dans le rôle peu confortable d’ennemi potentiel de l’empire américain en implosion). Dans l’histoire, les « zéropéens » bruxellois comptent pour assez peu de choses. Raison pour laquelle, sans doute, ils vont très largement payer une crise née aux USA, et résultant principalement de la politique américaine. La gestion du risque numéro 3 (explosion du consensus USA-UE si la baisse du dollar transfère le mécanisme de délocalisation vers l’Europe) va se faire tout bonnement en imposant à l’Europe de payer pour la faillite américaine, ce qui va reporter sur l’euro une partie de la baisse prévisible du dollar. C’est le mouvement auquel nous assistons depuis deux semaines : légère baisse de l’euro face au dollar, baisse prononcée du couple dollar-euro face au Yen.

Ah, on donnerait cher pour être petite souris, et pour assister aux négociations entre asiatiques et américains ! Pour l’instant, on remarquera simplement que nous assistons à l’accouchement pénible d’un Nouvel Ordre Mondial – un ordre vraiment nouveau, cette fois-ci.

Le risque 4 (les rivalités exacerbées dans le cadre de la redéfinition du système financier international) est maintenant avéré, mais les asiatiques devraient se montrer bons camarades, car ils ont une trouille bleue de la faillite américaine, et cela pour deux raisons excellentes :

- Ils possèdent probablement quelque chose comme 6 trillions de dollars d’actifs aux USA, essentiellement en bons du trésor (perte actuelle : probablement déjà plusieurs centaines de milliards).

- Ils savent très bien que si l’Amérique implose, elle peut devenir folle et utiliser le dernier argument qui lui reste : la plus grande armée du monde.

D’un autre côté, Chinois et Japonais ne peuvent pas tolérer que l’Amérique transforment leurs actifs en brouettes de monnaie weimarienne…

C’est de la balance entre ces deux termes du dilemme que dépendra leur attitude face à Washington, et on commence, à condition d’y regarder de près, à pouvoir deviner comment la question sera résolue. La semaine dernière, une discrète dépêche d’agence nous informait que le groupe bancaire japonais Mitsubishi UFJ Financial prenait une participation de 21% dans la banque américaine Morgan Stanley, émanation de JP Morgan, cœur du cœur du capitalisme anglo-saxon depuis 150 ans. Or, et c’est là que réside la véritable nouvelle, les Japonais ne se contentent pas de mettre au pot. Ils acquièrent un siège au conseil d'administration.

Je crois que cette dépêche d’agence annonce en filigrane ce que sera l’issue de la crise sur le plan géostratégique : l’Amérique reconnaît qu’elle doit désormais associer l’Asie au leadership mondial. A ce stade, j’en ai conscience, cette thèse n’a pour tout soutien qu’une affaire emblématique et marginale – un détail dans l’Histoire, un petit détail de rien du tout. Mais franchement, ça paraît tellement logique.

Le prix de ce condominium sera probablement, pour l’Asie, la renonciation à une grande partie de ses créances américaines. Une crise d’ajustement très violente attend maintenant la Chine, et dans une moindre mesure le Japon. En Chine, il faut s’attendre à des mouvements assez rudes. Pour l’instant, le marché intérieur n’est pas organisé pour offrir des débouchés satisfaisants à l’industrie chinoise, et les transferts de technologie ne sont pas achevés. La crise américaine, d’une certaine manière, survient dix ans trop tôt pour la Chine – et c’est sans doute pour cette raison que les Japonais vont sauter sur l’occasion pour pérenniser leur alliance avec les USA, quitte à la réviser.

En partie ruiné par la faillite américaine, le système chinois va devoir gérer une rétraction considérable de ses débouchés. Plusieurs indices laissent penser que cette rétraction a d’ailleurs déjà commencé. Les secteurs de l’industrie chinoise les plus dépendants de la consommation occidentale sont entrés en crise de la demande. L’industrie du jouet, par exemple, a perdu presque la moitié de ses fabricants en moins d’un an. Paradoxe : l’Amérique peut faire de sa faillite une arme géostratégique redoutable.

D’autres pays vont souffrir de la crise américaine. L’Iran est en crise économique. Des troubles sociaux sont à craindre à brève échéance. L’inflation est déjà de plus de 25 % en rythme annuel dans ce pays confronté à un ensemble de déséquilibres structurels profonds. La baisse de la demande pétrolière, et donc des cours, ne va rien arranger. Spectacle étonnant : l’Amérique est en train d’imploser économiquement, mais cette implosion risque d’être, pour elle, l’occasion de nuire à ses ennemis.

Les scénarios pour l’Europe

Déflation ou inflation ?

Et concrètement, que va-t-il maintenant se passer pour nous, grouillots de base d’un Occident en faillite ?

Je ne suis pas devin (et d’ailleurs, vous aurez le droit dans quelques mois de vous moquer de mes prédictions), mais ce qui me paraît le plus probable, c’est une crise en deux temps :

- d’abord une récession assez violente et déflationniste,

- ensuite une longue période de stagnation accompagnée d’une violente inflation.

Une déflation, pour commencer, parce que les acteurs économiques en situation de pré-faillite vont chercher à vendre leurs actifs, coûte que coûte, pour trouver des liquidités. Ce sont surtout les actions, l’immobilier et les matières premières (bulles spéculatives en voie d’implosion) qui vont souffrir. Les prix des marchandises seront stables, la crise de la demande compensant largement les créations monétaires, dans un premier temps. Baisse des actifs, stabilité des prix à la consommation : on a déjà un début de concrétisation de ce mécanisme dans le découplage observé depuis quelques mois dans l’immobilier, avec des prix à l’achat qui baissent, et des loyers qui montent.

Ce contexte déflationniste, qui va rappeler les conséquences immédiates de la crise de 1929, durera sans doute un an ou deux, pas plus. Cette période devrait logiquement voir se dérouler une récession assez violente. Je m’étais risqué à estimer une contraction mécanique de l’activité, simplement par implosion des secteurs virtuels/fictifs, de l’ordre de 6 % aux USA. A cela pourrait s’ajouter l’impact sur l’économie réelle, par contrechoc. Je ne serais pas surpris que nous assistions à une récession pire que celle de 1993, avec une baisse du PIB américain de 10 % au moins, étalée sur deux ou trois ans, et un choc moindre, mais tout de même très significatif, en Europe. Sortez les mouchoirs.

Ensuite, la résorption de l’énorme dette irrécouvrable (10, 20, 30 trillions ?) va s’étaler sur de nombreuses années. A ce moment-là, les déficits budgétaires exploseront, la zone euro sera complètement réaménagée, et la planche à billets va chauffer pour de bon. La croissance sera faible, parce que les fondamentaux de la production ne seront pas au rendez-vous, et parce que la désorganisation générale des prix va décourager l’activité. Cependant, nous n’assisterons probablement pas à un crash intégral comme celui des années 30. Les gouvernements ne referont pas les erreurs de l’entre deux guerres. Il y aura une forte inflation (la valeur de la monnaie pourrait être divisée par deux ou trois, si la dette irrécouvrable est intégralement monétisée), mais l’affaire sera gérée sur la durée, au moins une décennie. Vous ne verrez pas les spectacles terrifiants de l’Allemagne de 1923, ni les 10 millions de chômeurs qui amenèrent Hitler aux portes du pouvoir dès 1932. Mais vous verrez une longue stagflation, morose et caractérisée certainement, ici ou là, par de très fortes tensions sociales.

L’ajustement de la structure de classe
La grande inconnue, c’est la manière dont le pouvoir va gérer les conséquences sociopolitiques de cette période de déclin.

Il faut se souvenir, à ce propos, que nous assistons en réalité à un retour à la normale. En 1950, 90 % de la population stagnait sous un salaire annuel inférieur à 10.000 euros actuels. Pas de télévision, pas de téléphone portable (pas de téléphone du tout, d’ailleurs, très souvent), pas de vacances ou alors au Crotoy, pas de voiture, un costume solide par an, et de la viande une fois tous les dix jours. C’est en gros le niveau de vie actuel des neuf dixièmes de l’humanité – en fait, c’est même mieux !

Depuis 60 ans, deux phénomènes majeurs avaient en Occident modifié cet état des choses :

- Entre 1950 et 1980, le revenu moyen exprimé en euro constant avait à peu près été multiplié par 2,5 (plus ou moins selon la façon de redresser les prix). Puis, pendant le quart de siècle suivant, il a encore progressé d’environ 35 %, soit sur l’ensemble de la période un quadruplement du niveau de vie.

- Entre 1950 et 1980, la structure de classe avait subi une déformation considérable. Alors qu’en 1950, cette structure était constituée par une énorme base très resserrée (80 % de la population enfermée aux alentours du salaire minimal de survie) prolongée par un « pic » très étroit (10 % de la population vivant dans l’aisance), en 1980, les gros bataillons appartenaient à une vaste classe moyenne, oscillant en termes de revenue dans un rapport de 1 à 3. Depuis 1980, cette structure a eu tendance à se rapprocher progressivement de la configuration de 1950, mais nous n’avons jusqu’ici fait qu’une très faible partie du chemin nécessaire pour revenir au modèle traditionnel : une base pauvre et égalitaire, une toute petite minorité très riche.

Ce que nous allons vivre maintenant, c’est le retour aux conditions de 1950. Certes, ce ne sera pas une reproduction à l’identique. Nous aurons toujours des téléphones portables, des ordinateurs et, hélas, des télévisions. Mais le niveau de vie des occidentaux va régresser considérablement en moyenne, et la structure de classe a de fortes chances de revenir à un modèle proche de celui qui prévalait avant les trente glorieuses.

- Baisse du niveau de vie : inéluctable, sauf à changer radicalement les termes de l’équation. Les occidentaux produisent aujourd’hui, individuellement, à peu près trois fois plus, en termes de production réelle (industrie, agriculture, services productifs) que les asiatiques. Ils consomment environ dix fois plus (compte tenu du niveau de vie très bas des masses chinoises). Dès lors que les termes de l’échange seront rééquilibrés entre les pays émergents et l’Occident, mécaniquement, nous ne pourrons plus consommer que ce que nous produisons. Et d’ailleurs, comment voudriez-vous que perdure la situation actuelle ? Sauf à imaginer un énorme accroissement de la production mondiale (contrainte écologique), nous allons forcément devoir consommer moins, puisque notre production ne justifie pas notre niveau de vie.
(Cette conséquence me réjouit…La décroissance devient nécessaire pour des raisons économiques alors que les raisons écologiques restaient ignorées)


- Déformation de la structure de classe : la crise va surtout percuter les classes moyennes et populaires. Les riches s’en sortiront plutôt bien. Certes, quelques-uns vont tomber. Mais dans l’ensemble, ils ont les moyens d’échapper aux conséquences de l’effondrement. D’abord la part des dépenses contraintes est plus faible pour eux, donc si leurs revenus baissent, leur niveau de vie n’est pas affecté, ou très peu. Ensuite, ils ont la possibilité d’échapper à l’inflation plus facilement que les pauvres. Quand l’argent se dévalue, ce sont les acteurs qui maîtrisent les instruments financiers performants qui s’en sortent le mieux. Ceux qui vont payer ? Les petits rentiers (retraités, classes moyennes), qui verront leurs économies fondre, et leurs retraites réduites à néant (ou peu s’en faudra). Les salariés, qui risquent fort, en période d’inflation, d’être payés avec une monnaie dévaluée sans réévaluation des salaires « en temps réel ». Et puis il y a les pauvres naïfs qui se sont endettés sur quarante ans pour acheter une cage à lapin dont la valeur va être divisée par deux.

(Mais là, on peut « espérer » une réaction commune de cette masse…Juste un petit espoir…)

Il n’y a guère de doutes : l’issue de la crise, telle qu’elle semble être configurée, est pour la société occidentale un retour à la structure duale des sociétés « d’avant les trente glorieuses ». Un retour vers le passé qui, d’ailleurs, est aussi un alignement sur la structure générale des sociétés humaines – partout ailleurs dans le monde, on en est encore à la situation « d’avant les trente glorieuses ». En pratique, ce que la crise à venir nous promet, c’est l’effacement des gains apportés par le progressisme, tel qu’il se manifesta concrètement en Occident, dans la foulée du New Deal américain, à l’époque où le capitalisme, menacé par l’URSS, était obligé de faire des concessions aux travailleurs.

On parle beaucoup, actuellement, sur Internet ou ailleurs, de la question de savoir si cet ajustement est programmé. Des éléments le laissent penser : on a du mal à croire que les dirigeants occidentaux ont fabriqué sans s’en rendre compte une bulle d’endettement presque aussi grosse que l’économie elle-même. Mais au fond, quelle importance ? Que la crise soit l’instrument d’une politique délibérée de guerre de classes, ou qu’elle soit le résultat d’une guerre de classe inconsciente dont elle va maintenant devenir l’argument, qu’est-ce que ça change ?

La grande question, la seule vraie question en fait, qui se pose à nous désormais, c’est : comment les sociétés occidentales vont-elles réagir à ce grand ajustement en préparation ?

Tout indique que le pilotage de la mutation sera chaotique. Quelques faits divers récents montrent clairement que l’hyperclasse est tout à fait insouciante à cet égard. Le risque numéro 5, « l’incapacité des capitalistes occidentaux à comprendre qu’il n’est pas de leur intérêt de procéder à un ajustement trop brutal sur la structure de classes », est à mon humble avis LE risque principal qui pèse sur nous.

Les dirigeants de la compagnie américaine AIG ont passé des vacances dans un complexe luxueux de Californie quelques jours à peine après le sauvetage de l'assureur pour 85 milliards de dollars ! Ceux de Dexia organisèrent un gueuleton à 300 euros par tête de pipe pour fêter le sauvetage de leur société aux frais du contribuable ! Comment qualifier ces comportements ? Indécence est un mot trop faible. Obscénité serait plus juste. Que signifie cette obscénité ? Que l’hyperclasse a perdu le sens de la mesure.

Plusieurs faits divers récents indiquent qu’aux Etats-Unis, où la crise est plus avancée que chez nous, un désespoir impressionnant est en train de monter dans la classe moyenne. Un petit cadre de la finance en proie à de graves difficultés financières a tué récemment cinq membres de sa famille à Los Angeles, avant de mettre fin à ses jours. Cette tragédie a marqué les Américains, et elle a reçu un écho médiatique disproportionné. Régulièrement, on entend parler de suicides de personnes obligées de quitter leur demeure saisie. Les associations de psychologues et psychiatres ont fait état d’une augmentation de l’ordre de 50 % des demandes d’aide psychologique. L’impact serait d’ores et déjà très supérieur à celui du 11 septembre 2001.

Quand on compare l’attitude des dirigeants du capitalisme mondialisé et l’état d’esprit de la population, on se demande où on va. Ou plutôt, non : on ne se le demande même plus. Il est évident que l’hyperclasse n’est pas capable de modérer ses exigences, pas capable de gérer prudemment l’ajustement de la structure de classe. Nous allons probablement assister à une lutte des classes ouvertes, et potentiellement très brutale. Il est très probable que cela sera, pour l’oligarchie, l’occasion d’accélérer le mouvement vers un gouvernement mondial, ou en tout cas vers un gouvernement unique de l’hémisphère occidental. Et il est certain que cela sera, pour les peuples, la dernière chance avant une longue nuit – la dernière chance de se révolter.

Depuis 1989, en Occident, fondamentalement, nous ne faisions que prolonger la même courbe.

Cette courbe est cassée.

Donc on ne peut plus la prolonger.

L’avenir est ouvert.
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Le XXI° siècle vient de commencer pour de bon.

MICHEL DRAC

Crise Systémique Globale - Eté 2009 : Cessation de paiement du gouvernement américain
- Communiqué public GEAB N°28 (15 octobre 2008) -



A l'occasion de la parution du GEAB N°28, LEAP/E2020 a décidé de lancer une nouvelle alerte dans le cadre de la crise systémique globale car nos chercheurs estiment qu'à l'été 2009,(un peu en avance sur le calendrier en fait, il a fallu attendre l’été 2011 pour que le relèvement du plafond de la dette entre sur le devant de la scène…) le gouvernement américain sera en cessation de paiement et ne pourra donc pas rembourser ses créditeurs (détenteurs de Bons du Trésor US, de titres de Fanny Mae et Freddy Mac, etc.). Cette situation de banqueroute aura bien évidemment des conséquences très négatives pour l'ensemble des propriétaires d'actifs libellés en dollars US. Selon notre équipe, la période qui s'ouvrira alors deviendra propice à la mise en place d'un « nouveau Dollar » destiné à remédier brutalement au problème de la cessation de paiement et de la fuite massive de capitaux hors des Etats-Unis. Ce processus découlera des cinq facteurs suivants qui sont analysés plus en détail dans le GEAB N°28 :

1.L'évolution récente, à la hausse, du Dollar US est une conséquence directe et prov

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